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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:00

Martin-Amis-L-etat-de-langleterre-nouvelle-carriere.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martin AMIS
L’État de l’Angleterre
précédé de Nouvelle Carrière
traduit de l’anglais
par Jean-Michel Rabaté
Collection Folio 2€, 2000

Textes extraits du recueil de nouvelles
Eau lourde et autres nouvelles
Gallimard, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’État de l’Angleterre » et « Nouvelle Carrière » sont deux nouvelles de Martin Amis, à l’origine publiées dans le recueil Eau lourde et autres nouvelles, en 2000. L’auteur, Martin Amis, est né en 1949. Fils de Kingsley Amis, auteur reconnu en Angleterre (décédé en 1995), il est un peu la rock star des écrivains anglais. Sa vie privée, ses déboires avec l’alcool sont régulièrement étalés à la une des tabloïds. Ses prises de position sont iconoclastes. Il aime par exemple brocarder la famille royale, ce qui ne manque pas de faire réagir nombre de ses compatriotes. Depuis 2001, il est toutefois plus contestable, adoptant des positions proches des néoconservateurs, et flirtant parfois dangereusement avec l’islamophobie. Mais il est reconnu comme un écrivain brillant, chef de file de sa génération dans son pays.
 
Son premier roman, Le dossier Rachel, a été publié en 1973, et récompensé par le prix Somerset Maugham. Ses autres romans marquants sont La flèche du temps (1991) et Chien jaune (2005).
 
Le style de Martin Amis est concis, incisif. Il porte un regard noir, cynique sur la société. Dans ses romans et nouvelles, il traite beaucoup du malaise, des hommes surtout, leur mal-être sexuel et leurs difficultés à trouver leur place dans la société. Ses personnages sont des êtres déboussolés, plongés dans une société que Martin Amis abhorre. Il dénonce les ravages du matérialisme et de l’argent-roi, l’omniprésence des médias. Le monde, dans les romans d’Amis, se résume à une série d’entourloupes, génétiques, sociales, sur des inégalités contre lesquelles il est vain de lutter. Amis livre un regard noir, désespéré sur la société, mais, élégance toute anglaise, porté par un humour ravageur.
 
 

« Nouvelle carrière », qui ouvre ce recueil, est le portrait croisé de deux écrivains qu’en apparence tout oppose. Dans cette nouvelle, Martin Amis pratique l’inversion : c’est la poésie qui s’arrache à Hollywood, et les scénarios qui se lisent au fond des cafés.
 
Le premier de ces écrivains, c’est Alistair. Depuis plusieurs années, il envoie des scénarios de série B, aux titres incongrus (Quasar 13 attaque, Méduse sur Manhattan…), à un éditeur d’une obscure revue, qui, mis à part un mot d’encouragement après plusieurs années, ne prend pas la peine de lui répondre.
 
« Alistair attendit presque deux mois. Puis il envoya encore trois scénarios. L’un parlait d’un flic robot qui sort de sa retraite anticipée quand sa femme est tuée par un meurtrier en série. Un autre traitait de l’infiltration par les trois Gorgones d’une agence de call-girls dans le New-York contemporain. Le troisième était un opéra rock version heavy metal qui se passait dans l’île de Skye. Il y joignit une enveloppe timbrée à son adresse, de la taille d’un sac à dos. L’hiver était exceptionnellement doux ».
 
Luke, lui, est un poète à la mode. Il travaille pour une multinationale à Hollywood, qui veut produire le poème de l’été. Il a écrit un sonnet, modestement intitulé « Sonnet ». La grande préoccupation de cette multinationale, c’est de savoir ce qu’ont produit les concurrents, à combien d’exemplaires ont été écoulés leurs productions. Ils se repaissent d’un discours creux, mercantile, futile et néanmoins savant.
 
« "Regardons les choses en face, dit Jeff. Le sonnet est essentiellement hiératique. Strictement lié à un contexte historique. Il répond à une mentalité formaliste. Aujourd’hui, nous nous adressons à des mentalités en quête de formes.

— De plus, dit Jack, la chanson lyrique a toujours été le véhicule naturel de l’expression spontanée des sentiments.
 
— Ouais, dit Jack. Avec le sonnet tu es coincé dans le modèle thèse – antithèse –synthèse."
 
Joan dit : "Alors, qu’est-ce qu’on fait ici ? On réfléchit le monde dans un miroir ou bien on l’éclaire ?" »
 
Martin Amis se moque de la dérive mercantile du monde, où la forme l’emporte sur le fond. Et Alistair, l’écrivain obscur, ne vaut pas mieux à ses yeux. C’est de ce monde là qu’il rêve ; à peine est-il entré en contact avec son éditeur qu’il envisage la gloire, et accessoirement de se séparer de son amie pour frayer avec les filles des magazines.



Après cette satire du monde littéraire, Martin Amis livre la vision qu’il a de son pays, dans « L’État de l’Angleterre ». Cette nouvelle est divisée en sept chapitres, dont les titres donnent un aperçu de la vision désenchantée que Martin Amis se fait de son pays : Téléphone portable – Chaudes filles d’Orient – Mortal Kombat – Burger King…
 
Cette nouvelle est l’occasion pour Martin Amis de déplorer ce qui est, selon lui, la décrépitude de la société anglaise. Il la traite à travers le personnage de Big Mal, un être à la dérive, touchant malfrat à la petite semaine, videur de profession et empêtré dans ses problèmes existentiels. Il vient de quitter sa femme, qu’il retrouve pour une fête – une course à pied – à l’école de leur fils. Il arrive le visage ravagé par la bagarre dans laquelle il était impliqué la nuit précédente. Il est mal à l’aise, et se cache derrière son téléphone portable. Et quand, plus tard, il voudra reconquérir sa femme, il le fera depuis son portable, caché dans un buisson à vingt mètres d’elle. Amis stigmatise joliment l’illusion apportée par les moyens de communication de relier les êtres entre eux.
 
« D’autres papas parlaient dans leurs portables, leurs conversations flottaient, désincarnées, unilatérales. L’espace d’un moment, on aurait dit des fous, comme tous les soliloqueurs déments dans les rues de la ville. »
 
Il est mal à l’aise, Mal, pas à sa place dans cette société factice, qui se veut décomplexée, débarrassée de ses préjugés moraux, raciaux, sociaux mais qui reste traversée de césures immémoriales, et qui exclut les gens comme Mal, qui ne sont pas nés du bon côté, qui ne maîtrisent pas les codes. Finalement, le seul moment de répit pour Mal, c’est lorsqu’il se retrouve à l’hôpital, après avoir été planté devant la boîte de nuit où il travaille par un homme à qui, ironie de l’histoire, Mal a interdit l’entrée.
 
« La nourriture de l’hôpital. Mal ne l’aurait jamais admis, en fait il adorait la nourriture de l’hôpital. Pas un bon signe, ça, quand on se met à aimer la bouffe de l’hôpital. On entend le grincement de la table roulante, qui répand aussitôt dans tout le service cette odeur de papier journal humide, et d’un coup vos tripes torturées démarrent comme un moteur de hors-bord et vous déglutissez un quart de litre de salive. C’est le signe qu’on adhère à l’institution de manière suspecte. Il n’avait rien à foutre des quiches et des pizzas que lui apportait Eliza. Il les mettait à la poubelle ou bien les donnait aux pauvres crevés de la salle commune. Les vieux, pris dans l’incendie de leurs nuits, hennissaient parfois, comme les chiens de patrons de café, qui font des cauchemars sous les tables basses ».
 
Alors évidemment, le grand modèle, ce sont les États-Unis, et Mal est parti tenter sa chance là-bas, vivre son rêve américain. Mais, pour quelqu’un comme Mal, cela ne peut que se terminer de manière funeste. Finalement, l’aspect tragique et pathétique dans lequel Mal est embarqué, avec ses compagnons de galère, se retrouve dans la dernière image du livre, qui évoque la course des pères.

« Mais le grand Mal continua à courir, comme il faut le faire. Les pères couraient tous de plus belle, avec une ardeur lourde, dans un tonnerre de pieds en chaussettes ou en chaussures de gym, mais tous faisaient résonner les sabots de bois de leurs années. Leurs têtes étaient rejetées en arrière, leurs poitrines fendaient l’air, ils bavaient et haletaient pour atteindre le premier virage et le poteau, au bout de la dernière ligne droite ».



Ce livre a été pour moi l'occasion de découvrir un auteur majeur en Angleterre. Alors bien sûr, Martin Amis force parfois le trait, comme dans « Nouvelle Carrière ». Une réflexion également, éclairée par ses prises de position récentes sur l’Islam, sur le multiculturalisme dans « L’État de l’Angleterre », m’a laissé un goût un peu amer. Il n’en reste pas moins que Martin Amis est un esprit brillant, désespéré, impitoyablement lucide et férocement drôle, que je ne peux que vous inciter à découvrir.
 
 
Fabien, A.S. bib-méd

 

 

Martin AMIS sur LITTEXPRESS

 

Martin Amis Chien jaune 1

 

 

 

 

 

 

 

 Article de Guillaume sur Chien jaune

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Fabien - dans Nouvelle
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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 07:00

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Boris VIAN
(alias Vernon SULLIVAN)
J’irai cracher sur vos tombes
Christian Bourgois, 1973

LGF/livre de poche, 2001

J'ai lu, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Édité pour la première fois en 1946 aux éditions du Scorpion sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, ce roman fut interdit en 1949 tandis que Boris Vian prétendait en être le traducteur. Il sera réédité seulement 24 ans après par Christian Bourgois en 1973.



Biographie de l’auteur

Voici une biographie de l’auteur : http://borisvian.mes-biographies.com/biographie-Boris-Vian.html



Résumé de l’œuvre et impressions

Le roman débute avec l’arrivée de Lee Anderson dans une petite ville appelée Buckton. Lee est un homme blanc de peau, assez jeune, qui avait deux frères noirs (il avait une mère blanche et un père noir). Cependant, au fil du roman, on comprend que l’un de ses frères fut tué à cause de sa couleur.

Dès le début du récit, nous sommes dans l’incompréhension, nous savons juste que cet homme possède une lettre et un dollar sur lui mais aussi le revolver du « gosse » dans la voiture. Ainsi on se pose déjà un tas de questions : qui est-ce gosse, pourquoi cherche-t-il un endroit où personne ne le connaît ?

Arrivé dans la ville, il occupe un emploi de libraire et sympathise vite avec les jeunes adolescents du coin qu’il séduit rapidement grâce à l’alcool, à la musique et au sexe dans un monde où les « noirs » sont rejetés et détestés. Il décide aussi de séduire deux jeunes bourgeoises, animé par une envie de vengeance omniprésente du début à la fin du roman.



Un roman plus que noir

Dans son roman, Boris Vian intrigue le lecteur dès le début et le place dans l’univers d’une petite ville du Sud des États-Unis raciste qui rappelle les romans policiers américains appelés « hard-boiled». Vian n’hésite pas à utiliser un vocabulaire cru et choquant qui peut être dérangeant mais est indispensable à l’ambiance de ce roman avec le thème du sexe et de la violence physique omniprésent jusqu’à la dernière phrase. De plus, on découvre aussi à l’humour bien typique de Boris Vian qui fait la satire de la société américaine de l’époque.

Ainsi avec ce mélange des genres, on perçoit bien le but principal de l’œuvre de Boris Vian qui est de dénoncer le racisme.

J’ai adoré ce roman pour son humour noir, le malaise qu’il crée et la manière dont Vian dénonce le racisme en mélangeant suspense, débauche, humour et psychologie mais aussien  rejetant l’idée de l’homme bon. Je trouve que ce roman reflète particulièrement bien le style de Boris Vian, mais aussi sa personnalité que l’on retrouve un peu partout dans le roman grâce à des petites références telles que le blues ou le jazz. Je pense qu’il s’agit d’une grande œuvre de cet auteur.


Lucille, 1ère année Bib.

 

 

Boris VIAN sur LITTEXPRESS

 

 

Boris Vian Mademoiselle Bonsoir 1

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Mademoiselle Bonsoir

 

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Pauline et de Tiphaine sur Le Loup-garou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 07:00

La troupe de la Comédie-Française présentait au théâtre Éphémère La Trilogie de la villégiature de Goldoni du 11 janvier au 12 mars 2012. Traduction de Myriam Tanant et mise en scène d’Alain Françon.

 

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Carlo Goldoni (1707-1793) est un grand dramaturge. Il signe son premier contrat d’auteur en 1748 après une carrière politique et juridique. Alors qu’il était fournisseur de pièces pour des compagnies et des théâtres de Venise, il a déjà écrit en 1761 plus de la moitié de ses quelque cent trente comédies. Ses pièces témoignent de sa connaissance de la société vénitienne. Pendant longtemps, Goldoni avait une grande confiance envers la bourgeoisie marchande et lui attribuait même certaines valeurs morales en lui donnant un rôle nettement positif dans ses pièces. Cependant à l’époque où il écrit cette trilogie, Goldoni s’est déjà rendu compte que cette bourgeoisie ne faisait que copier le mode de vie de l’aristocratie sans savoir comment s’y prendre. Les personnages de La Trilogie sont dans le « paraître » mais ont beaucoup de peine à le supporter…financièrement.

Goldoni souhaitait réformer le théâtre italien en le dépouillant de ses masques et de ses personnages-types. Ainsi, il fait une description de la vie plus naturelle, il donne une vision plus véridique des rapports humains, des rapports de classes. La Trilogie de la villégiature, jouée à Venise l’année de son départ pour la France, s’inscrit dans cette volonté de réforme théâtrale qui lui a valu de se confronter à de nombreux adversaires tels que Carlo Gozzi qui critique le réalisme dangereux des comédies de Goldoni. En 1761, Goldoni accepte de composer pour la Comédie-Italienne à Paris, où il meurt non reconnu et dans la pauvreté.

Les trois pièces de La Trilogie ont été conçues pour être jouées indépendamment ou ensemble et Goldoni demandait à ce que l’on joue la première allegro, la deuxième andante et la troisième adagio. Ce rythme participant à l’évolution du parcours des personnages.



Alain Françon, est reconnu notamment pour ses mises en scène de Tchekhov. En 1996, il monte à la direction du Théâtre national de la Colline où il affirme son attachement à présenter des œuvres du théâtre moderne et contemporain. En 2010, il quitte le Théâtre de la Colline et crée le Théâtre des nuages de neige.

Goldoni-image-2.jpg

Leonardo : « Achetez des chandelles de Venise. Elles sont plus chères mais elles durent plus longtemps et sont plus belles. »

La Trilogie de la villégiature est composée comme nous l’avons dit de trois pièces qui mettent en scène l’aspiration à rivaliser avec l’aristocratie de la nouvelle bourgeoisie marchande prise au piège par les effets de l’apparence. Deux familles de la ville de Livourne décident de quitter la ville pour partir en villégiature quelques mois dans leur résidence à la campagne à Montenero. Le premier tableau raconte les préparatifs dans Les Manies de la villégiature. Rien ne semble aller comme il faut, les préparatifs sont mal organisés, on décide de partir, puis de rester, puis de partir… Leonardo et Vittoria se chargent beaucoup trop de peur de manquer sur place et d’être ridiculisés. Ils empruntent des couverts d’argent qu’ils n’ont pas et il faut à tout prix courir chez le tailleur pour avoir la dernière robe à la mode. Giacinta est une charmeuse qui obtient toujours ce qu’elle veut et qui manipule son père à souhait. Celui-ci, très riche, cherche à satisfaire tout le monde mais ne comprend pas qu’on se moque de lui. Léonardo est l’amoureux officiel de Giacinta. Seulement, on devine que Guglielmo est aussi amoureux de Giacinta.

La deuxième pièce, Les Aventures de la villégiature, relate l’oisiveté de la campagne où naissent dans un dédale de dépenses amours et rivalités. Les personnages se retrouvent dans une sorte de temps suspendu. Trop occupés à dépenser l’argent qu’ils n’ont pas pour paraître en villégiature, ces bourgeois en ont oublié comment profiter vraiment de quelque chose : au lever, ils font les comptes de ce qu’ils ont gagné la veille aux parties de carte lorsque celles-ci ont été menées à bien, ce qui se fait rare, et les promenades les fatiguent. Même pour les festivités du soir très attendues, il n’y a plus personne et ce sont les domestiques qui profitent des jouissances. Eux seuls semblent encore capables d’apprécier ces jours à la campagne et d’en faire une partie de plaisir. Giacinta tombe elle aussi amoureuse de Guglielmo mais comme elle est promise à Leonardo qui est riche, Giacinta préfère passer au-dessus de son amour pour faire partie de la haute société. (image 2)

La troisième pièce, Le retour de la villégiature raconte, comme son nom l’indique, le retour à Livourne, soit le retour à la réalité. Les dépenses ont été telles que les huissiers sont à la porte et nous assistons ainsi à la fin d’une société. Leonardo apprend qu’il est ruiné et Giacinta, qui pourrait alors lui refuser sa main, n’ose trahir son engagement et choisit de se sacrifier pour protéger son honneur. 



Dans La Trilogie de la villégiature, le texte a un rôle important et est très actif. Les monologues de Giacinta, par exemple, qui se demande ce qu’elle doit faire entre s’abandonner à ses sentiments et garder son honneur, reflètent une intense activité de la pensée. Goldoni écrivait pour les comédiens et sa langue se révèle donc plus sur le plateau qu’à la lecture. De plus, on notera un travail remarquable de traduction qui rend, malgré quelques coupures, un texte du XVIIIe siècle très compréhensible et actuel. Giacinta est le personnage le plus cultivé et domine grâce à ses raisonnements. Parmi tous les autres qui veulent imiter la noblesse et qui laissent souvent jaillir quelque chose de leur vraie nature lorsqu’ils s’énervent, c’est elle qui a le langage le plus riche et le plus élevé. D’autre part on remarque qu’il n’y a pas d’écart entre la langue des maîtres et des domestiques dans la mesure où les serviteurs imitent souvent le langage des maîtres. Les serviteurs Paolo, le valet de Leonardo, et Brigida, la femme de chambre de Giacinta, en particulier, sont des personnages authentiques. En effet, le mot vérité apparaît souvent et est en général suivi de l’adjectif vrai et du mode interrogatif.

La Trilogie de la villégiature est une critique très forte de la bourgeoisie vénitienne obsédée par l’argent, l’apparence, qui s’endette et s’enfonce dans une crise financière grave. Ce thème se rapproche des préoccupations d’aujourd’hui, ce qui participe à l’intérêt de la pièce. Malgré 4h30 de jeu, le spectateur ne s’ennuie jamais car même si le sujet est classique, les sentiments qui habitent les personnages sont peints avec réalisme, dérision et beaucoup d’humour. Un humour de répétition, notamment dans la première pièce, et de circonstance. Le jeu des acteurs est ironique et fait parfois des clins d’œil à des faits actuels qui impliquent d’autant plus le spectateur. Malgré l’époque lointaine, nous rions de nous-mêmes. Les trois pièces sont également agrémentées de situations digne de la Commedia dell’arte telles que l’éternel conflit entre le maître et le valet, les quiproquos, l’ami envahissant et les deux femmes Vittoria et Giacinta, jalouse l’une de l’autre.


Élisa Langdorf, 2e année éd-lib

 

 

Carlo GOLDONI sur LITTEXPRESS

 

 

Goldoni Baroufe à Chioggia

 

 

 

 

 

 Article de Charlotte sur Baroufe à Chioggia

 

 

 

 

 

 

 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 07:00

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Max AUB
Crimes exemplaires
Traduction de Danièle Guibbert
Phébus Libretto, 2000
Réédition 2011.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qui importe c’est de faire la paix entre les hommes et de la maintenir. Si pour y parvenir il faut en arriver là (et il fit un geste qui embrassait toute la salle), nous le ferons !


Voilà qui donne le ton. De confession en confession, Max Aub a retranscrit ce « matériau de première main, passé simplement de la bouche au papier en égratignant l’oreille. »


De petites tirades, parfois pieuses ou enragées, souvent indifférentes, sur la cause et l’effet. La provocation et la réaction. Qu’est-ce qui nous pousse à tuer ?

Recueillies en Espagne, en France et au Mexique, ces explications n’ont pas vocation à innocenter leur auteur… Ce dernier sait lui-même qu’il est coupable. Il ne se justifie pas, il raconte sa haine, son agacement, sa lassitude face aux petites contrariétés que nous créent les autres, indifférents à nous. Vient donc un moment où la réaction s’éloigne de la correction pour devenir éradication. Sans problème, il n’y a plus de problème, n’est-ce pas ? Les ignorés de ce recueil appliquent donc cette philosophie pour le moins efficace, arguant parfois du fait que finalement, ce fut un mal pour un bien, une bonne action pour le bien de tous…

Les meurtres s’enchaînent donc, et l’on découvre qu’il n’est pas nécessaire d’être un psychopathe pour être quelqu’un de « réactif ». Ce sont des tueries du quotidien, du banal. Le mobile n’est pas compliqué, ni réfléchi… Pas de préméditation, juste le résultat du temps, qui amène l’homme à un instant dans sa vie où « c’en est trop ». Un ras-le-bol comme un raz-de-marée, qui percute sa victime sans l’avoir prévenue, ni inquiétée.

Des phrases lapidaires, qu’on aime pour leur franchise, leur naïveté.

Je l’ai tué parce qu’il ne pensait pas comme moi.

Il niait m’avoir emprunté le quatrième tome… Et un trou dans les tripes aussi grand qu’une niche.

Je l’ai d’abord tué en rêve, ensuite je n’ai pu m’empêcher de le faire vraiment. C’était inévitable.

On remercie Max Aub pour sa petite excursion anthropologique, et on se délecte de l’implacabilité presque animale de certains, comme un destin inévitable, celui de l’antilope entre les griffes de la lionne. Un raisonnement rapide et direct qui les mène à la seule solution envisageable : la destruction pure et simple du problème. L’humain est un animal… et certains sont plus humains que d’autres. Le reste, ce sont des cœurs tendres.

Il y avait vraiment de quoi le tuer. Je l’ai fait.

Que je le regrette ou non, c’est un autre problème.


Anne-Laure, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

 

De Max Aub, découvrez Le Labyrinthe magique, Le Zopilote, La véritable histoire de Francisco Franco aux  éditions Les Fondeurs de briques, maison d'édition assocative créée en 2007 et installée dans le Tarn.

 


 

 

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:00

Joseph-Connolly-Embrassez-qui-vous-voudrez.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joseph CONNOLLY
Embrassez qui vous voudrez

Traduction

Alain Defossé

Seuil, Points, 2002





 

 

 

 

 

 

 

Biographie sur Wikipédia.



Résumé

Elisabeth et Howard Street souhaitent partir en vacances. Leurs voisins Dotty et Brian ainsi que leur fils, Colin, vont partir au même endroit qu’eux. Or ce n’est pas Howard qui part en vacances mais Melody, meilleure amie d’Elizabeth, qui prendra sa place avec son bébé, Dawn. Katie, fille d’Elisabeth et d’Howard, part pour Chicago avec Norman Furnish, employé de Monsieur Street.

Durant leurs vacances, Elisabeth, Melody et Dotty vont rencontrer Lulu Powers, la femme de John. Tous les deux ont changé de lieu de vacances car le premier ne plaisait plus à John. Elles font aussi la connaissance de Miles McInerney, commercial ; ses vacances lui sont offertes par son entreprise pour avoir fait un bon chiffre d’affaires, mais sa femme et ses enfants ne partent pas avec lui. Pendant ce temps Howard est resté à la maison pour pouvoir travailler dans son agence immobilière mais pas que…

Ces vacances révéleront beaucoup de choses sur les personnages. Ne vous attendez pas à des villégiatureses tranquilles, ce ne sera pas le cas.



Le livre

 « Embrassez qui vous voudrez »  est le titre du film réalisé par Michel Blanc, tiré du roman de Joseph Connolly, Summer Things, en français Vacances anglaises. La couverture du livre reprend l’affiche du film.

L’écriture est simple, il n’y a pas de mot compliqué, c’est compréhensible.
Le roman se décompose en trois parties :
Première partie : Avant les vacances
Seconde partie : Les vacances
Troisième partie : Après les vacances

Dans chaque partie, nous suivrons chacun des personnages, avec ce qu’ils ressentent et ce qu’ils pensent. Pendant que nous en suivons un, les autres continuent leur vie. C’est pourquoi, quand nous changeons de personnage, il y a une petite analepse effectuée par un narrateur omniscient qui nous aide à changer de personnage et nous « met à jour » sur ce qui a pu se passer pour le personnage que nous allons suivre.

Le narrateur peut être l’un des personnages principaux mais il peut aussi être extérieur au récit ; il a une vue d’ensemble sur les personnages, se moque de temps en temps en nous dévoilant ce que chacun peut ressentir et qu’il ne nous dira pas quand il sera narrateur à son tour.

Le narrateur donne l’impression de connaître le futur proche des personnages sans pour autant intervenir dans leur vie.



L’analyse

La libido prend une place importante dans le livre mais sous cette libido, on peut aussi voir de l’amour.

Les différentes formes de l’amour sont :

L’amour platonique semble être représenté par Elisabeth et Howard, mais ce n’est qu’une apparence. Ils restent ensemble, mais ont chacun un autre partenaire, ne dorment plus dans le même lit ; on peut cependant penser qu’ils s’aiment encore.

L’amour passion, qui rend violent et paranoïaque, se manifeste dans le couple de Lulu et John. John est tellement amoureux de Lulu qu’il en devient fou, violent et il ne peut plus lui faire confiance. Il met en même temps son couple en péril sans s’en rendre compte.

L’amour maternel que Dotty éprouve pour la fille de Melody, Dawn, l’amènera à en oublier le reste de sa vie et son excentricité.

L’amour de jeunesse, de vacances, est représenté par Colin ; cet amour sera de courte durée mais le souvenir restera longtemps.

De plus l’auteur montre que durant les vacances les gens changent car ils ne sont plus dans leur quotidien ce qui les amène à se révéler. Il va nous montrer le vrai caractère de ses personnages, leur vrais sentiments envers les autres, leurs plus gros secrets. Il nous amène à nous poser des questions sur les personnes qui nous entourent. Car à travers ce livre on peut vérifier la justesse dans motre société du  dicton « ne vous fiez pas aux apparences ».

Sur la quatrième de couverture figure la phrase suivante : « Au moins cette vacherie ne durera qu’une semaine. » Cette vacherie, ce sont bien sûr les vacances et ce qu’elles représentent dans ce livre ; chaque personnage peut faire ce qui lui plaît sans avoir à se cacher. C’est une semaine spéciale comme si elle était entre parenthèses ; après cette fameuse semaine de vacances tout reviendra comme avant. Tout le monde saura qu’elle a existé mais personne n’en dira rien à part les banalités d’usage.



Mon avis

Je n’ai pas particulièrement apprécié ce livre, j’ai eu un peu de mal à le lire au début. Le sujet qui me semblait principal, les vacances, s’est finalement retrouvé au second plan pour laisser place à la libido qui a envahi presque tous les personnages. De plus, au début, les personnages n’ont rien de très attirant, c’est monsieur et madame tout le monde. Puis on s’habitue à cette libido et au fur et à mesure on veut savoir ce que cachent les personnages.Au final, je reste mitigée sur ce livre, bien mais pas exceptionnel.


Clémence, 1ère année Bib

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Published by Clémence - dans fiches de lecture 1A
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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 07:00

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Alexandre IKONNIKOV
Lizka et ses hommes
Traduit du russe

par Antoine Volodine
Éditions de l'Olivier, 2003
Points, 2004





 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie


Alexandre Ikonnikov serait né en  1974  à Urjoum ou Urshum, bourgade située entre Kirov et Tazan, mais non identifiable par Google Maps. Étonnant. L’auteur vit toujours à Urjoum, retiré de la vie littéraire des grandes villes russes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. D’après les sources fiables ou non, Ikonnikov est germaniste de formation, il a enseigné dans le cadre d’un service civil pendant deux années puis collaboré en tant que journaliste-interprète à un périodique.

Finalement il décide de se consacrer à l’écriture. Son premier ouvrage,  Dernières nouvelles du bourbier dépeint la société russe au travers de plusieurs nouvelles loufoques, grotesques et à la fois tragiques.

Alexandre Ikonnikov n’est pas publié dans son pays.

Une question se pose, c’est celle de la véritable identité d’Alexandre Ikonnikov. Volodine serait-il traducteur et auteur ? Peut-on faire des suppositions sur l’emploi d’un pseudonyme par Volodine dont la vie est aussi particulièrement floue ?



Cela dit, l’auteur aurait déclaré à propos de ses œuvres :

« Mon but n’est pas de faire une littérature de dénonciation, mais d’aider à voir où en sont les plus simples relations humaines, comme cela peut exister partout. Mon attitude d’écrivain, mon tempérament personnel, c’est la satire, l’humour, et je crois que même si je montre quelques salauds, je leur garde un peu de tendresse. Je veux aussi sortir d’une certaine vision qu’on a de la Russie, centrée exclusivement sur Moscou ou Saint-Pétersbourg, sur des images répétitives, marquées par la dureté, le tragique. Vus d’une petite ville de province, les rapports sont plus nuancés. »



Le contexte historique et la misère sociale

Nous sommes entre la fin de l’URSS et le début de la Russie lorsque Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985, cherchant à combattre les reliquats du stalinisme grâce à des réformes aux résultats très mitigés. C’est une période chaotique pour le pays qui s’enfonce dans de sombres péripéties comme la pénurie des biens de consommation et les inégalités sociales déclenchant des conflits inter-ethniques.

Beaucoup de passages traitent de la violence et de l’énergie des Russes lorsqu’ils manifestent leur mécontentement et leur faim :

« Une fois de plus le pays sombra dans la folie. On respecta une coutume qui plongeait ses racines au fond des âges ; c'est-à-dire qu’on se mit à casser l’ancien sans avoir la moindre idée de ce à quoi aller ressembler le nouveau. » (page 101)



Dans ce roman, grâce au cheminement du personnage, on assiste à l’histoire d’un peuple miséreux, en détresse, qui connaît de nombreuses difficultés à se loger et se nourrir mais on s’immerge dans son quotidien, au-delà de l’histoire, on assiste aux liaisons amoureuses de Lizka et découvre un tempérament hors du commun.

Ikonnikov-Lizka-image.jpg

Illustration originale d'Agnès

 

Le personnage de Lizka

Lizka est le terme péjoratif employé pour nommer Liza. L’étrangeté du livre c’est qu’Alexandre Ikonnikov  appelle son personnage Lizka dans sa narration et jamais Liza. On peut se demander pourquoi l’auteur emploie ce nom, excepté lorsqu’il insère des dialogues où les gens appellent l’héroïne Liza.

Lizka est une enfant, puis une adolescente avant de devenir une femme. Ce roman est très linéaire et permet de suivre les aventures de la jeune fille grâce aux hommes qu’elle rencontre. Lizka n’a pas de père, il est mort à la guerre, et sa mère est obligée de vendre son corps, multipliant les conquêtes qui sont quelque part des papa pour la petite fille :

« Les gosses du quartier avaient commencé à se moquer de Lizka pour son absence de père […] quand ils lui demandaient ou il était son père, elle répondait avec fierté qu’elle en avait plusieurs. » (page 11)

L’enfant devient une adolescente très attirée par les hommes, elle découve son corps, s’interroge sur la puberté. Dès son plus jeune âge elle possède un caractère indépendant, c’est une bagarreuse, têtue, « toujours prête à en découdre ».

Jeune fille qui devient femme, elle part de sa petite bourgade pour la ville de G., un nouveau départ se dessine et son innocence, sa naïveté éclatent. Elle n’imagine pas qu’elle va se retrouver dans un foyer, serrée dans une petite chambre avec trois autres jeunes filles qui deviendront des amies fidèles. Elle n’imagine pas que les gens vont faire leurs besoins dans la cour parce que les toilettes seront bouchées. On recouvre de neige en hiver et on gratte au printemps pour nettoyer. Elle n’imagine pas les hommes comme des beaux parleurs et se laisse entraîner.

Lizka devient méfiante petit à petit ; sur ses gardes, elle apprend la vie par les travaux qu’elle réalise mais aussi grâce à ses hommes, escroc, homme cultivé, rescapé de guerre, conducteur de tramway, poète. Des hommes chez qui elle cherche un père, la protection d’un homme, une situation stable dans un monde instable, telle une Cendrillon russe.



Les hommes de Lizka, les hommes de Russie

Les hommes de Lizka représentent un pan de la société russe. Ils ne sont pas  tous issus du même contexte social et chacun apporte son lot de points négatifs et de points positifs à la maturité grandissante de Lizka.

Pacha est un employé de la chaufferie de Lopoukhov, il n’a pas réellement de véritable intérêt. C’est avec Pacha que Lizka vit sa première expérience sexuelle peu réjouissante : « Tout se produisit avec une telle rapidité qu’en dehors de la douleur et de la sensation d’avoir reçu une souillure à l’intérieur de son corps, elle n’éprouva rien. » (page 15). Pacha, sous ses airs timides, fait une mauvaise réputation à Lizka dans son village ; le seul bon côté c’est qu’il permettra à l’héroïne de partir pour la ville de G.

Micha, l’escroc charmeur qui soutire de l’argent à Lizka, lui raconte de belles histoires et joue de la guitare. Lorsqu’une de ses amies se rend compte qu’elle sort avec ce bandit bien connu qui s’appelle en réalité Semione, elle n’hésite pas à le chasser, montrant à Lizka sa crédulité et sa naïveté.

Viktor est secrétaire du Comité de Komsomol (Parti Communiste), pas très beau mais charmant. Lizka va surtout profiter de sa situation, de son appartement luxueux. C’est certainement un des personnages les plus importants, il la protège, lui permet de se cultiver et de continuer ses études en lui proposant un marché : devenir une compagne (sans amour), il s’occupera en échange de son développement. Elle se plaît à philosopher et à lire des ouvrages chez Viktor jusqu’au jour où l’ennui de l’hypocrisie politique l’emporte : « elle aurait aimé avoir des relations avec des gens semblables à elle, des gens dont elle pourrait tout comprendre » (page 78). Viktor est comme un père, celui qu’elle n’a jamais eu, elle ressent pour lui de l’admiration et de la reconnaissance. Pourtant, sa vie politique semble à Lizka imprégnée de mensonges et d’hypocrisie. Elle rencontre alors un homme, Arthur, semblable à elle dans ses sentiments et sa nature.

Arthur est un Tatar (les Tatars sont un peuple nomade guerrier venu de Mongolie qui attaqua les principautés russes au XIIIe siècle) qui tombe amoureux de Lizka et la demande en mariage. Elle s’enfonce aveuglément dans cet amour et, lorsqu’elle partira de chez Viktor, ce dernier lui dira : « les jeunes sont naïfs ils prennent tout un tas de décisions irréfléchies, il ne faut pas confondre aimer et tomber amoureux » (pages : 90 et 91).

Max rencontre Lizka par hasard ; ce sont deux êtres qui n’auraient pas dû se croiser, prétexte probable de l’auteur pour parler d’un ancien guerrier mutilé physiquement et mentalement. C’est un homme violent qui poursuit Lizka et veut absolument la protéger, l’avoir pour elle. Il la suit mais elle ne veut pas continuer cette relation, d’autant plus qu’elle est mariée.

Kostia est le dernier homme de l’héroïne. La narration omnisciente devient interne. Il raconte l’histoire de sa rencontre avec Lizka ; il est touchant, drôle, on sent qu’il aime véritablement la jeune femme. Lizka a changé, elle est plus autonome et plus forte. Il y a un renversement des sentiments : avant, elle avait peur qu’un homme la lâche. Aujourd’hui c’est Kostia qui dit :

« Certains soirs quand je m’installe confortablement dans mon fauteuil pour regarder un match […] elle sort de chez nous sans dire un mot, elle ferme la porte à clé […] et je me demande si elle reviendra. » page : 189.



Analyse et opinion

Cette œuvre est d’un réalisme poignant sur la Russie, elle dépeint la vie du peuple russe sans apitoiement, même dans la misère. L’auteur n’édulcore pas le désastre politique et social.

Un peuple pourtant très solidaire dans l’adversité qui recherche le bonheur. Alexandre Ikonnikov apporte beaucoup d’humour et de joie au travers du personnage de Lizka et de ses amies. C’est un conte moderne traitant de sujets divergents comme la condition des femmes, la misère sociale, l’amour, ou tout simplement les relations humaines.

On trouve dans ce livre une dimension philosophique grâce à Lizka parce qu’elle est dans un mouvement de pensée permanent. Au-delà de son combat quotidien, elle aime réfléchir à la condition des gens, au sens de la vie. Peut-être grâce à l’éducation de Viktor. Elle apprend grâce à ses rencontres, il y a une véritable évolution des idées et des réflexions, une débrouillardise incomparable grâce aussi à la solidarité entre femmes.

Par exemple, dans les pages 154 à 162, elle fait un saut en parachute, qui pour moi, symbolise sa nouvelle liberté après son divorce. Elle se rend compte que les gens sont trop attachés aux objets, ils en sont esclaves :

« Comment pouvait-on vivre au nom d’objectifs aussi misérables, alors qu’il y avait un ciel, de l’eau, et, là-dessus des étoiles ! Et comment avait-elle pu rester si longtemps sans comprendre cela ! Lizka tout à coup avait envie de se mettre à crier, de tenir des discours à tous et à toutes. Qu’ils cessent de satisfaire leur propre chair, et que, comme elle en ce moment, ils considèrent la vie avec ravissement, avec enthousiasme! » (page 161).

Pour le lecteur français l’intérêt est de suivre les différentes époques politiques en parallèle à la succession des hommes de Lizka. D’abord le communisme et la perestroïka, puis la chute du régime et l’ouverture à l’Ouest, la corruption et les guerres internes. Au travers d’un flash-back soviétique et des aventures de l’héroïne, on assiste à la misère collectiviste, à l’absurdité de la bureaucratie mais aussi à une énergie incroyable qui m’a emportée en Russie.


Agnès, 2e année Bibliothèques

 

 


 

 

 

Alexandre IKONNIKOV sur LITTEXPRESS

 

Alexandre ikonnikov Dernieres nouvelles du bourbier

 

 

Article de Charlotte sur Dernières Nouvelles du Bourbier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 04:07

Gabriel-Trujillo-Munoz-Tijuana-City-Blues.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gabriel Trujillo MUÑOZ
Tijuana City Blues
Traduit de l'espagnol (Mexique)
par Gabriel Iaculli
 Éditions Les Allusifs
Collection « ¾ polar »
Paru le 7 mai 2009

Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les Allusifs

En 2001, Brigitte Bouchard crée Les Allusifs, une maison d'édition québécoise spécialisée dans les romans courts, ceux qui se situent à la frontière entre la nouvelle et le roman, et que finalement, on ne sait pas trop où classer. Publiant, pour commencer, un texte court d'André Marois (Tête de pioche) qui avait été refusé par tous les autres éditeurs, l'éditrice publie plus tard Tecia Werbowski, une auteure Actes Sud (Hotel Polski, L'oblomova, Le mur entre nous, dans la collection « Un endroit où aller »). De nombreux autres écrivains ont, au fil des années, confié leurs manuscrits à cette éditrice.

Le catalogue des éditions Les Allusifs compte désormais 53 auteurs et plus de 80 titres. Ces écrivains viennent d'horizons très différents : au total une douzaine de langues sont traduites. Qu'un éditeur explore la littérature mondiale est quelque chose de relativement nouveau au Québec, comme l'éditrice l'explique dans un entretien avec Isabelle Roche pour lelittéraire.com : « Si en France, il y a une longue tradition de découvertes d'auteurs étrangers, ce n'est pas le cas chez nous : au Québec on publie québécois ou canadien, parce que la littérature est subventionnée. » Mexique, Chili, Brésil, mais aussi Pologne ou Serbie, l'éditrice n'hésite pas à publier des textes du monde entier.

Cette maison d'édition connaît dès ses débuts un certain succès et une bonne réception critique dans tous les pays francophones. Aujourd'hui, elle commence à se faire une place dans les librairies mais aussi dans la bibliothèque des amateurs de textes courts, français ou étrangers.

Publiant une dizaine de titres par an, Les Allusifs ont lancé cette année une nouvelle collection : « ¾ polar ». Riche de neuf titres actuellement, cette collection n'est pas encore très variée au niveau de ses auteurs et de leur origine. Gabriel Trujillo Muñoz en est l'auteur le plus prolixe, avec la publication d'une quadrilogie : Tijuana City Blues, Loverboy, Mexicali City Blues (sa ville natale et de résidence actuelle) et Mezquite Road.

Les éditions Les Allusifs :  http://www.lesallusifs.com/

Un entretien avec Brigitte Bouchard : http://www.lelitteraire.com/article2383.html



Gabriel-Trujillo-munoz.jpgGabriel Trujillo Muñoz

On trouve peu d'informations sur Gabriel Trujillo Munoz. La biographie donnée par l'éditeur est certainement la plus complète : « Né en 1958 à Mexicali, en Basse-Californie, Gabriel Trujillo Muñoz est à la fois poète, romancier, essayiste, journaliste et critique littéraire. Son œuvre, particulièrement emblématique de la littérature mexicaine frontalière, lui a valu de nombreux prix. Il a pratiqué la médecine comme un hobby, déclarant que sa véritable profession était l'écriture. Ses polars ont déjà été traduits dans plusieurs pays européens, tels que l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Aujourd'hui, il est professeur et enseigne à l'Université autonome de Basse-Californie, à Mexicali. »

 

 

 

Tijuana City Blues

 

 

 

« The law? The law gives us nothing

but a corpse, wrapped in a dirty mantle.

The law is based on murder and confinement

long delayed,

but this, following the insentate music,

is based on the dance :


an agony of self-realization

bound into a whole

by that wich surround us.


I cannot escape


I cannot vomit it up.


WILLIAM CARLOS WILLIAMS

The Desert Music »

 

 

En exergue, on trouve ce poème écrit par William Carlos Williams (1883-1963), poète et romancier américain. Il est l'une des figures majeures du modernisme mais aussi de  l'imagisme dans la poésie américaine.

L'imagisme est défini ainsi par. T.S. Eliot  : « Le point de repère habituellement considéré comme le point de départ de la poésie moderne est le groupe dénommé imagistes à Londres en 1910. »

Il ne serait pas étonnant que William Carlos Williams soit une des références littéraires de Gabriel Trujilo Muñoz, bien qu'aucune déclaration de l'auteur ne puisse nous en donner la certitude, lorque l'on considère leur attrait commun pour la médecine (William Carlos Williams était pédiatre et médecin généraliste).



Toute l'histoire commence à Mexico, où l'avocat Miguel Angel Morgado, qui se révèle être un véritable détective privé, commande l'installation d'une bibliothèque à des charpentiers. Au moment ou il descend l'escalier pour échapper au bruit, il entend : « Faut que je vous parle, maître. » Blondie, un des ouvriers, lui tend alors une enveloppe remplie de coupures de vieux journaux et lui demande de retrouver la trace de son père, disparu depuis 1951. Il s'avère que sur les photographies apparaît William S. Burroughs : le père de Blondie était un des derniers amis proches du célèbre écrivain, après que celui-ci fut sorti de prison. Morgado s'envole alors direction Tijuana, ville où on a pour la dernière fois vu le recherché, dans une affaire de drogue dont les autorités se sont mêlées ...

On s'immisce alors dans l’atmosphère de cette ville particulière, et à travers les pérégrinations du détective au fil de l'enquête, on découvre un peu son histoire. La description qui en est faite et l'ambiance qui s'en dégage semble proche de celle décrite dans Junky de William S. Burroughs. Le lien avec cet auteur dans ce roman passe donc aussi par l'écriture, qui donne les mêmes impressions au lecteur.



Ce qui fait l'originalité de ce roman, c'est la présence de l'hybridation de deux genres littéraires aujourd'hui majeurs dans la littérature contemporaine : le polar et la biofiction, même si celle-ci n'apparaît qu'au second plan.

L'auteur nous raconte ici partiellement la vie de Burroughs, l'un des grands représentants de la Beat Generation, et célèbre pour son expérimentation de la technique du cut-up ; mais en modifiant quelque peu les éléments biographiques de sa vie afin de coller à l'enquête fictive. Le côté fictif de ce genre est donc, en quelque sorte, utilisé afin de servir le polar.

(Pour en savoir plus sur le cut-up : « Aujourd'hui, plus que jamais, les « cut-up de Burroughs » restent d'actualité » :  http://www.6bears.com/cutup.html)



L’œuvre de Burroughs est très présente tout au long du roman. Il semble que le père de Blondie représente Allen Ginsberg, l'un des amis les plus proches de Burroughs. Burroughs lui envoyait les chapitres de Junky au cours de sa rédaction, et c'est lui qui s'est occupé de la publication du roman au début des années 1950, à une période où un tel roman était difficile à mettre à disposition du public, car immoral. Les campagnes antidrogue du Bureau des Narcotiques aux États-Unis faisaient rage, avec des slogans tels que : « The Official TRUTH : If you smoke it, You Will Kill People » (pour en savoir plus, le documentaire Grass, réalisé par Ron Mann en 1999, retrace toutes les luttes contre la drogue à l'initiative du gouvernement américain au XXe siècle.) Toute publication en rapport avec la drogue était donc, en général, impensable pour les éditeurs.

Dans Tijuana City Blues, c'est le père de Blondie qui possède le manuscrit original de Junky. De plus, il a été l'un des derniers amis, le plus proche, du William S. Burroughs fictif, tout comme l'a été Allen Ginsberg pour l'écrivain.



Donc, pour conclure simplement, un roman inattendu, à découvrir absolument !


Un autre avis :  http://www.actualitte.com/critiques/monde-edition/critiques/tijuana-city-blues-gabriel-trujillo-munoz-488.htm


Mélissa Bildé, 2e année Édition-Librairie 

 

 

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 07:00

Divakaruni L histoire la plus incroyable de votre vie



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chitra Banerjee DIVAKARUNI
L’Histoire la plus incroyable de votre vie
Titre original :
One Amazing Thing, 2010
Traduit par Mélanie Basnel
Philippe Picquier, 2011




 

 

 

 

 

Biographie et bibliographie

Voir fiche de Mélanie
 http://littexpress.over-blog.net/article-chitra-banerjee-divakaruni-l-histoire-la-plus-incroyable-de-votre-vie-99051074.html



L'histoire

Quelque part en Californie, neuf personnes sont au consulat indien ; sept d’entre elles souhaitent obtenir un visa pour partir en Inde, pour des raisons qu'elles n'avaient pas l'intention de dévoiler au grand jour. Soudain ces neuf personnes se retrouvent bloquées par un tremblement de terre. Vient alors l'agitation, l'affolement, l'angoisse. Alors ils essayent d'organiser les lieux pour tenter de survivre ensemble ; au début, ils sont tous un peu égoïstes, certains gardent en cachette la nourriture qu'ils ont, un des personnages boit du whisky dans son coin pendant qu'un autre prend des calmants, tout ça en essayant d'éveiller le moins de soupçons possible... Puis tous commencent à se quereller : « Seraient-ils devenus tous fous ? » se demande un des personnage, un autre s'écrie : « Mon Dieu... vous êtes tous devenus des sauvages ! » et à tout cela vient s'ajouter le désespoir et la peur de mourir avec des inconnus. Uma, une étudiante, qui est en quelque sorte le personnage principal, décide d'intervenir :

« Ecoutez, commença-t-elle, nous sommes dans une situation difficile. Il semble que ce tremblement de terre soit assez grave. On ne sait pas combien de temps on va rester coincés ici. J’ai peur, et je suppose que vous aussi […]. Si nous ne sommes pas plus prudents, les choses vont empirer. Nous pouvons continuer à passer nos nerfs sur les autres, au risque de nous enterrer vivants. Ou nous pouvons essayer de nous occuper l’esprit avec autre chose … […]. Nous pouvons raconter, à tour de rôle, l’histoire la plus incroyable de notre vie. »

C'est ainsi que tour à tour ils vont raconter l'événement qui a le plus marqué leur vie, certains vont révéler leurs secrets les plus intimes. À travers leurs histoires ils vont se libérer de leurs fardeaux. Ce tremblement de terre c'est l'occasion pour eux de prendre un nouveau départ, de commencer une nouvelle vie, sans regrets ni remords, en sachant exactement ce qu'ils veulent faire, où ils veulent aller. Mais pendant qu'ils sont immergés dans les récits des uns et des autres, les lieux se dégradent : il y a de nouvelles petites secousses, la pièce commence à être inondée et les secours ne sont toujours pas là...



Thèmes abordés

La religion, la différence de culture , le mélange de cultures notamment entre l'Inde et les États-Unis. Les personnages ont des cultures, des religions différentes. La plupart sont hindous. L’hindouisme, qui est la religion de Divakaruni, est ainsi beaucoup évoqué, il est souvent question du Karma (Il est la somme de ce qu'un individu a fait, est en train de faire ou fera). On découvre alors au fur et à mesure de la lecture de cette œuvre les rites et les coutumes de l'Inde.

L'autre thème récurent dans les nouvelles, c'est l'Amour, car aujourd'hui encore en Inde on ne choisit pas toujours la personne avec qui on va se marier, c'est bien souvent la famille qui choisit. Le livre est ainsi illustré de plusieurs réflexions sur le thème de l'amour, comme celle-ci :

« On peut changer complètement sans même s'en rendre compte. On pense que les épreuves nous rendent aussi durs et froids que la pierre. Mais l'amour entre en nous discrètement, comme une aiguille, pour soudain se transformer en hache et nous mettre en pièces. »

Mais il est aussi beaucoup question de la famille, qu'on aime trop ou qu'on voudrait aimer plus, celle qui nous a fait du mal ou qui nous a permis de nous épanouir. Dans certaines nouvelles la famille fait souffrir, dans d'autres c'est une source de bonheur.



Pourquoi lire « L'Histoire la plus incroyable de votre vie » ?

C'est un livre original puisque roman et nouvelles se mêlent. L'histoire principale nous tient en haleine jusqu'à la fin, on veut savoir ce que tel ou tel personnage cache, et tout au long du récit j'ai été transportée par ces histoires toutes plus touchantes les unes que les autres. On finit ce livre avant même de se rendre compte qu'on l'a commencé. Je l’ai aimé ce livre parce qu’il m'a fait découvrir l'Inde à travers différents points de vue, m'a fait réfléchir sur l'importance des souvenirs qu'on a et ceux qu'on voudrait avoir.



«Si personne ne vous connaît, alors vous n'êtes personne » (Dan Chaon, épigraphe du livre).

À travers cette œuvre, Chitra Banerjee Divakaruni nous montre que si personne ne connaît votre histoire, personne ne sait que vous avez existé, puisque ce sont nos histoires, nos expériences qui nous construisent, qui font que nous sommes nous.


Romane, 1ère année Éd.-Lib.

 


 

Chitra Banerjee DIVAKARUNI sur LITTEXPRESS

 

Divakaruni L histoire la plus incroyable de votre vie

 

 

 

 

 

Article de Mélanie sur L'Histoire la plus incroyable de votre vie

 

 


 

 

 

Divakaruni-Mariage-arrang-.gif

 

 

 

Article de Lara sur Mariage arrangé

 

 

 

 

 

 

 





Article d'Alice sur La Reine des rêves









Articles de Marion, Lucie et Alexis sur La Maîtresse des épices

 

 

 

 

 

 

Divakaruni le palais des illusions

 

 

 

 Article de Céline sur Le Palais des illusions.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Romane - dans Nouvelle
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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 07:00

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Samuel STENTO
Guillaume TROUILLARD
La Saison des flèches –

Omaka Wanhin Kpe
Éditions de la Cerise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Qui n’a jamais rêvé de retourner vivre parmi les Indiens, en parfaite harmonie avec une nature généreuse et préservée ?

C’est trop tard, me direz-vous, ils ont tous été massacrés il y a bien longtemps déjà. Quant à leurs descendants ont-ils encore quelque chose en commun avec les fiers cavaliers des plaines d’antan ?

Le présent serait bien triste si Irving Mc Mulligan n’avait jamais existé, si en 1879 il n’avait inventé, pour votre plus grand plaisir, un procédé exclusif pour mettre les Indiens en conserve »



Eh oui, en effet, il est possible de recevoir chez soi une famille d’Indiens. Vous pouvez choisir quelle espèce vous désirez : Sioux, Comanches, Apaches, Inuits, Hopis, Hurons ou encore Pawnees.

Il vous suffit juste de commander une boîte de conserve Mulligan’s Tradition.

Cette fabrique existe depuis le 12 avril 1879. Irvin Mc Mulligan, entrepreneur, n’avait qu’un seul but : conserver le plus grand nombre d’Indiens. Les familles du futur pourraient ainsi vivre en parfaite harmonie avec la nature en adoptant ces Indiens à domicile pour 19 euros seulement.

Vous pouvez retrouver tous les produits de la gamme Mulligan’s sur : www. mulliganstradition.com

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Agnès et son mari, un couple de retraités charentais, viennent de recevoir la boîte tant convoitée. Livrée par camion, comment une boîte si petite peut elle contenir une famille de trois indiens : le père, la mère et leur grand garçon ? Encore une technique ingénieuse de Mr Mc Mulligan.

Ces sont des Sioux. Ils n’ont pas l’air très communicatif.

Installés dans la chambre d’amis, ils y ont planté leur tipi.

 

 

 


 

 

 

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On suit l’évolution des Indiens dans ce foyer contemporain à travers un carnet de bord tenu par le mari d’Agnès. Au fil des pages, on se rend compte que les indiens ne s’accommodent pas au mode de vie contemporain mais ils imposent le leur.

Un paysage se crée dans la maison. Un arbre pousse dans la chambre. Un canyon relie la salle de bain à la chambre à coucher. Des chercheurs d’or font irruption dans la cuisine. Des bisons déboulent dans les couloirs.
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Un jour, Agnès et son mari reçoivent par la poste, un avis d’expulsion destiné aux Sioux. Considérés comme des clandestins, ils n’ont par leur place en France.

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À partir de ce moment, la douillette vie d’Agnès et son mari va prendre une toute autre tournure. À travers les plaines, en compagnie des Indiens, ils vont vivre une aventure forte en adrénaline.

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Quelques mots sur l’œuvre

Samuel Stento et Guillaume Trouillard nous plongent dans une fiction très bien menée. On y croit ! La biographie d’Irvin Mc Mulligan, inventeur de la boîte de conserve renfermant des Indiens de toute espèce est très bien orchestrée.

Ce western parodique illustre ironiquement la persécution des peaux rouges aux États-Unis.

Il est question du rapport entre l’homme et la nature. De vastes plaines repoussent les murs d’un appartement urbain.

La mise en images de cette histoire loufoque est très originale. On ne peut parler de bande dessinée proprement dite. Une diversité graphique apparaît sous nos yeux : on passe d’un carnet de bord illustré à des fiches publicitaires, à des plans, à des planches de bandes dessinées.

On assiste de plus à des mises en abyme, on plonge dans un livre dans le livre.

Cet album, pas du tout ordinaire, est très captivant. Les aquarelles sont superbes.



La Saison des flèches a reçu le Prix Fnac-Sinsentido en Espagne et fit partie de la Sélection Officielle Angoulême 2010.



Les Éditions de la Cerise

Les Éditions de la Cerise sont une petite maison d'édition bordelaise. Fondée en 2003 et présidée par Guillaume Trouillard, elle édite des ouvrages d'arts graphiques, particulièrement des bandes dessinées.

Pour en savoir plus :
 http://www.editionsdelacerise.com/

 

 

E.P., 2e année Bibliothèques-Médiathèques

 

 

Liens

Interview de Guillaume Trouillard sur La Saison des flèches
http://www.actuabd.com/Guillaume-Trouillard-Mettre-des

Blog de Samuel Stento

 http://stento.over-blog.com/



Samuel STENTO et Guillaume TROUILLARD sur LITTEXPRESS

 
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 Article de Margaux sur Pourquoi pas ? de Samuel Stento

 

 
 

 

 

 

 

 

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Entretien de Nolwenn avec Guilaume Trouillard

 

 

 

 

 

 

 

Présentation par Charlotte des éditions de la Cerise.


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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 07:00

écrivain et éditeur du domaine étranger aux Éditions Phébus.

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À propos de la littérature américaine…

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Comment la littérature américaine a-t-elle été absorbée et découverte par les éditeurs français ? Aujourd’hui, comment s’occupe-t-on des auteurs américains ? Car ils sont très nombreux, et ils couvrent énormément de genres différents… j’aimerais savoir comment vous l’abordez, ici, chez Phébus.

La littérature américaine ?



Oui, par exemple, quelle image avez-vous de cette littérature ? Car finalement vous n’en publiez qu’une partie…

Oui puis ce n’est pas vraiment ce que je publie le plus. De toute façon je ne publie pas un auteur américain, ou un auteur irlandais…

 

 

 

Vous publiez son livre.

Voilà, un livre qui me plaît. Alors, oui, il est américain, mais nous n’avons pas du tout la même approche si c’est un livre rwandais ou américain, l’histoire du pays n’est pas la même, et même dans certains pays, si c’est un homme ou une femme… Il y a des pays ou il faut du courage pour écrire certains livres. Dans les littératures contemporaines, quand j’avais quinze ou seize ans, c’était la littérature américaine qui m’attirait. C’était une génération où on était encore très imbibés de Steinbeck, Hemingway. Fitzgerald pas tellement, cela commençait, graduellement il prenait de plus en plus la place qu’il devait gagner un peu plus tard. Et surtout Faulkner, moi c’était Faulkner. Et Steinbeck qui est très oublié maintenant, qu’on met très de côté…



Il revient au théâtre un peu…

Oui il revient un peu… Des souris et des hommes revient au théâtre mais le roman n’est pas très lu. Les raisins de la colère a été complètement oublié…



Cela n’intéresse plus notre société… ce milieu ouvrier ne touche plus personne…

Oui mais les gens font attention au décor et non pas à la profondeur, ce sont quand même des gens qui luttent contre un système, cela devrait être beaucoup lu maintenant, même si le décor est différent. Il y a une énergie dans la révolte qui devrait être nécessaire à notre époque. Donc beaucoup de choses sont une affaire de forme, et non de fond. Le monde change mais reste un noyau extrêmement récalcitrant et c’est cela qui est bien. Et puis après il y a eu tous les Faulkner ; après, quand j’ai eu 25 ans, j’ai découvert Flannery O’Connor…



Et vous les lisiez grâce à qui ?

Parce que j’étais libraire, et puis on parlait des livres, et c’était la grande vogue du féminisme donc on redécouvrait tous les auteurs féminins. Virginia Woolf était un peu en sommeil d’une certaine manière. Et après, je n’ai pas fait d’études, quand je me suis mis aux langues j’avais 35 ans, c’était quand même assez tard, pour lire Woolf dans le texte. Après cela a été Pavese et ensuite… Mais donc au début aucun Américain. Faulkner est quand même resté mon écrivain préféré. Quand j’ai monté une petite maison d’édition, on a fait une réédition d’un roman de George Sand, Consuelo, qui est un des rares romans épiques français, et puis John Mac Gahern qui est un écrivain irlandais, toujours…



Et pourquoi cet engouement pour les Américains dès votre plus jeune âge ?

Parce qu’il y a une force de frappe grâce aux agents, des gens très efficaces, et puis les conséquences historiques, avec la Seconde Guerre mondiale.



C’était une deuxième invasion …

Je suis né au début des années 50, les gens lisaient des romans américains, des polars américains, la Série Noire, et les films américains... L’Europe avait été assoiffée de films américains, et le jazz ! Les gens allaient écouter du jazz, les festivals de Montreux, d’Antibes, c’était incroyable. Maintenant on n’en parle plus mais c’étaient des manifestations presque au même niveau que Cannes, pour la musique. Donc c’est vrai qu’on était complètement pris par cela…



Par l’ambiance…

Oui voilà, c’étaient les sauveurs, c‘était toute une nouvelle vie, c’était de l’autre côté de la mer. La liberté, un monde complètement différent après avoir été privé d’horizons, et surtout après avoir échappé à la mort pour beaucoup. Je pense qu’il y a cela, doublé de la force de frappe des agents.



Et par rapport au style, pourquoi cela plaît-il autant aux Français ? Car c’est quand même moins tourné vers la personnalité profonde des « héros », des réflexions sur nous-mêmes… ce sont plus des histoires, des épopées…

Oui, en effet, mais je crois que dans les années 50, Steinbeck joignait d’une certaine manière tous les courants intellectuels, les lecteurs et autres. C’était quand même très à gauche, cela rejoignait les Sartre, les Camus, les gens comme cela, même si ce n’était pas tout à fait la même idéologie, c’était très proche. Je pense que l’auteur qui a été très important pour les écrivains français a été Truman Capote avec De sang-froid. Et puis plus tard on a eu un rejet de du concept de l’histoire dans les années 60, avec le Nouveau Roman. On a été moins proches, d’une certaine manière, du roman américain qui s’est à nouveau vendu très bien. Dans les années 60 on découvrait vraiment Faulkner, beaucoup plus qu’avant-guerre. Gallimard a mis douze ans pour écouler deux mille exemplaires du Bruit et la Fureur.



Il a eu du succès parce qu’il était en opposition avec le Nouveau Roman ?

Non, il y avait une recherche…



Oui, sur le style mais…

Tout était éclaté…



Donc il était dans la continuité.

Oui, ils se répondaient, cela faisait écho, avec des différences mais… Après est revenu le goût de l’histoire, de l’intrigue suivie. Le marketing a été de plus en plus fort, le modèle américain s’est propagé. Même les mouvements hippies venaient des Etats-Unis ; même s’ils refusaient tout, ils prenaient part à une idéologie qui était très américaine.

Ce qui est très intéressant, aujourd’hui, c’est que quatre ans plus tôt j’avais à peu près 85 % des livres qui étaient amenés par les agents, et évidemment là-dessus il y avait 70 % d’Américains, ou d’Anglo-saxons. Et là, en quatre ans, c’est un des effets de la crise, je suis passé à 50 % de livres présentés par les agents. Les livres me sont aussi amenés par les traducteurs et traductrices mais toujours avec beaucoup moins d’Américains et Anglo-saxons. Maintenant c’est 25% à peine.



Parce que les Américains arrêtent d’écrire ?

Non mais parce que d’abord je trouve qu’il y a un fléchissement de leur qualité, ils sont en train de payer le côté atelier d’écriture. Alors il n’y a plus de livres comme il y a dix, quinze, vingt ans où on pouvait dire : « Oui, c’est nul ! » Maintenant non, c’est tiède, c’est pas mal foutu, c’est pas mal construit…



Parce qu’on leur apprend les ficelles !

Il y a cela, et le fait qu’en Europe il y a encore de vrais éditeurs, alors qu’aux États-Unis l’éditeur est en train de disparaître. Il perd son importance. Aujourd’hui sur leurs manuscrits il y a au moins cent pages de trop. Il y a des choses qui ne sont pas exploitées, des côtés de l’intrigue qui passent à la trappe. Ce manque me permet de me lancer dans les littératures nordiques, turque, serbe… Toutes les autres. Et je lis beaucoup moins de littérature américaine.



Aujourd’hui vous en avez fini avec elle ?

Oui elle est emmerdante, elle est toujours sur le même modèle, il n’y a plus d’invention. Ceux qui inventent encore des choses, c’est les vieux de la vieille ! Celui que je considère comme un génie c’est DeLillo.  Outremonde est pour moi le À la recherche du temps perdu de la fin du XXe. C’est un livre sublime à tous les niveaux. Il y a tout, les personnages, les histoires, une invention sur le plan de la structure, dans le langage. Il fout trois adjectifs et la manière dont il les a arrangés et le choix de ces trois ouvre sur un point de vue tout à fait moderne, complètement neuf



Donc ils sont en train de stagner, c’est cela ?

C’est-à-dire que tout est un peu sur le même modèle, c’est barbant. Je ne suis ni pour ni contre l’histoire, ni pour ni contre une révolution sur le plan du style, de l’écriture… il y a des romans où il y a beaucoup de recherche stylistique et ils sont complètement ratés et vice versa… Et sur l’histoire c’est pareil. D’une certaine manière celle-ci n’est pas grand-chose. C’est ce qu’on en fait qui compte. Le monde change, les choses se modifient mais il y a très peu de thèmes. Vous en avez cinq « grands » : la vie, la mort, l’amour… Et puis les sept péchés capitaux. Avec l’envie plus forte que la jalousie. Tout est une histoire de point de vue, et là je trouve qu’il n’y a plus tellement de point de vue, d’opinion. C’est mou, c’est people, cela se regarde, cela lorgne vers le cinéma.
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Donc tout ceci, c’est ce que vous proposent les agents, mais est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose derrière qui resterait aux États-Unis ?

Eh bien en tout cas, mes lecteurs et lectrices, depuis un an et demi, il n’y en a pas un seul qui m’ait amené un grand bouquin américain. Ou mis de côté. Peu sont amenés par les agents et quasiment pas d’Américains. Ou alors Elizabeth Crane, seul de l’année, que je trouve sublime. Il y a quatre ans il y en avait six ! Je ne trouve pas de choses intéressantes.

 


Ce que vous aimez disparaît ?

Cette année, sur quatorze nouveautés, seulement deux Américains. Vous vous rendez compte. Cela a commencé il y a quatre ans et cela n’a fait que s’amplifier. Alors je préfère m’ouvrir à d’autres perspectives. Le plus souvent, des bouquins que Phébus aurait pu se permettre d’acheter il y a quatre ou cinq ans, de nos jours les Américains en font monter les prix de manière délirante. Mais c’est n’est pas tellement dû à cela finalement, car on trouve des choses bonnes grâce aux traducteurs. C’est vraiment à cause de la crise : les agents représentent certains auteurs dont ils ne s’occupent pas parce que c’est beaucoup de travail pour vendre un livre à trois mille euros, tandis qu’ils mettent toute leur énergie pour les livres dont ils savent qu’ils les vendront à plus de quinze mille euros.



Donc ils font déjà un tri ?

Absolument. Et c’est le fric. C’est tout. Comme ils ont souvent réduit leur personnel, ils disent que cela ne vaut plus la peine de se fatiguer pour gagner deux mille cinq cents euros.



Et on retrouve cette situation partout, ou c’est propre à Phébus ?

Non, dans quasiment toutes les maisons c’est la même chose. Mais chez nous, on est obligé de fonctionner comme cela car je ne suis jamais à Francfort ni ailleurs, sur les coups. Je ne l’ai jamais été. Mais en plus les agents aujourd’hui savent moins quoi me proposer.



Ils ne vous proposent que quelque chose qui est susceptible de vous plaire ?

Quand je leur donne la liste des auteurs publiés ils regardent à la va-vite, comme des veaux, et en général, après, c’est comme s’ils n’avaient rien lu. Ils ne font pas leur boulot, ils voient juste que c’est très littéraire et puis voilà… Leur opinion est faite.



Donc c’est au petit bonheur la chance…

Ils mettent n’importe quoi !



Mais dans ce cas, cela veut aussi dire qu’ils ne vous mettent pas tout, vous passez à côté de certaines choses.

Oui mais on passe toujours à côté de livres. On peut toujours refuser quelque chose et se tromper.



Oui mais dans ce cas on vous l’a tout de même soumis. Tandis que là si en plus vous n’en entendez jamais parler…

Dans ces cas-là c’est souvent acheté par Belfond, ils ne nous l’ont pas proposé car c’est tout de suite à vingt-cinq mille ou trente mille euros, ou parce qu’ils n’ont pas lu le livre et n’ont pas saisi que cela pouvait être pour nous.



Il y a eu une montée des prix, mais est-ce que les plus chers sont aussi les plus intéressants ?

Pas forcément, ce sont ceux qui ont un plus grand capital de vente. Ce sont des livres dont, même si l’auteur n’est pas connu, ils vous les vendent cinquante mille à cent mille euros, et ils demandent souvent une garantie de promotion, cela peut être dans le contrat ou non. Ou celui qui achète dit ne pas proposer plus de cinquante mille mais promet de mettre cent mille de publicité. Là, cela change tout.Elif-Shafak-Soufi-mon-amour.gif



Et donc ils continuent de publier autant d’Américains.

Un jour si on se fait voler Elif Shafak ce sera à cause de cela. Le jour où je ne serai plus là, Françoise Triffaux [éditrice du domaine étranger de Belfond] ne se gênera pas. Et elle proposera cent cinquante mille de pub !



Et donc par rapport au public, est-ce que les auteurs américains attirent plus, juste par leur nom ?

Oui, toujours, et surtout au niveau des journalistes. Dans les grands journaux, vous en avez trois qui sont intéressés par la littérature anglo-saxonne et un autre qui couvre les littératures espagnole, portugaise et brésilienne ! Il y a moins de place pour ceux-là.



Puisqu’il y a moins d’Américains chez Phébus, cela se ressent sur les ventes ou non ?
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Il n’y a jamais eu énormément de ventes…



Les gens font confiance à Phébus ?
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Oui on arrive à s’en sortir, avec Ana Matute qui a eu le prix Cervantès, les critiques nous ont suivis. Sur le plan de la presse nous avons pas mal de fidèles. Pas pour tout, mais quand même. Et puis l’esprit Phébus c’est aussi, quelque chose que je soutiens, dans une année, sur douze livres, quatre classiques et huit contemporains. Herman Bang, c’est un classique. Cela change les perspectives dans nos choix.

 

Pour en revenir aux classiques américains, pourquoi ce sont eux qui plaisent le plus ?

Parce que c’est les grandes histoires, c’est facile à lire, on est beaucoup moins dans l’écriture. Il faut être objectif, sauf certains. Julie Otsuka c’est un chef-d’œuvre, mais c’est cent quarante pages en huit ans. Ou Elizabeth Crane, cela faisait quatre ans que je ne l’avais pas publiée…

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Donc les gens les attendent puis les oublient.

Mais on se dit aussi qu’un jour ou l’autre, beaucoup de maisons d’édition, avec l’importance du domaine commercial, vont dire que certains auteurs trop peu vendeurs sont à arrêter. Ici j’ai de la chance je peux encore me bagarrer. Avec Vera [Michalski, détentrice du groupe Libella] nous avons encore une volonté de publier une œuvre et non pas un livre. Un auteur est une œuvre. Je trouve que, de plus en plus, chez les Américains, l’idée d’œuvre disparaît. Il y a un livre qui marche, mais se souvient-on de l’auteur ?



Y-a-t-il des auteurs américains que vous aimeriez avoir, et qui sont ailleurs ?

Les Heures de Cunningham ; le reste, je ne trouve pas cela très bon, et Harlem Quartet de Baldwin, un chef-d’œuvre sur l’humanité, cela vous arrache le cœur, il y a tout, il a la structure, la langue, il en change au long du livre, mais on le lit comme cela, c’est intellectuel mais pas tant que cela, c’est humain.



Il y a des auteurs français qui arrivent à rendre cela ?

C’est très différent, on ne peut pas la comparer, c’est très difficile pour eux de construire des monuments. Ils arrivent à construire des œuvres, mais pas des monuments. Proust a canalisé en un seul livre tout le génie français. Il y a toute l’histoire de la littérature française…



Du coup tout le monde est complexé.

Eh bien, il a fallu passer à autre chose, mais c’est très dur. Chez les Américains je pense qu’ils arrivent à faire d’un livre un très grand livre à lui tout seul. Chez les Français il y a des œuvres. C’est une fragmentation des choses pour les Français tandis qu’outre-Atlantique ils ont moins le culte du personnage. Mais le fait est que contrairement aux Français ils font de plus en plus de politiquement correct…



De la fausse provocation.

C’est cela, et ainsi beaucoup de Français aujourd’hui m’intéressent plus. Ils sont moins pressurés par l’agent.



Ils écrivent encore parce qu’ils en ont besoin… Aux États-Unis peut-être que le premier livre d’un auteur est sincère mais le reste sera soumis à la loi de l’argent…

Oui, c’est très souvent le cas. Pour les Américains il y a un fléchissement… c’est dû à une fermeture. Le fait qu’ils n’étudient quasiment plus les langues, plus aucune littérature étrangère, cela crée des eaux stagnantes, ils sont en train de le payer, cela croupit. C’est cela qui est terrible. Il faut s’ouvrir, faire passer les courants des autres littératures… Ils ont un besoin d’être reconnus immédiatement, que cela marche tout de suite… le marché est contraire à la littérature. Qu’ils relisent le journal de Virginia Woolf ! Elle dit qu’au bout d’un an et demi elle a vendu mille cinq cents exemplaires de la Promenade au phare, et elle va pouvoir faire installer une salle de bains. Eh bien cela remet les pendules à l’heure. C’est elle qui le dit, et cent ans après on la lit toujours ! Mais je n’ai aucun a priori. Il faut vraiment que j’aie un coup de foudre.

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Vous prenez ce que vous aimez… quand vous êtes arrivé chez Phébus… vous proposiez ce que vous aimiez ou ce qui était proche des attentes de la maison ?

Non, j’ai proposé ce que j’aimais, mais c’est vrai que ce que j’aimais pouvait s’adapter tout au moins au catalogue Phébus. Et après j’ai proposé des Irlandais (Hugo Hamilton) et le bol c’est qu’ils ont eu le Femina. Tout cela parce que pas mal d’agents m’ont proposé des livres qui étaient à la fois littéraires mais aussi grand public. C’est la chance.

 


Proposiez-vous des choses qui ne vous avaient pas forcément plu mais dont vous saviez qu’elles conviendraient à la maison. Cela doit faire plaisir de voir son livre accepté ?

Oui évidemment… Est-ce que cela m’est vraiment arrivé… j’ai eu assez de chance. Il n’y avait pas de catalogue d’auteurs contemporains, donc je l’ai un peu créé. Les choses se sont inversées.
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Comme vous étiez le premier vous ne vous sentiez pas obligé de respecter une ligne…

Comme il y a eu le Femina, l’ancien directeur m’a fait confiance et il m’a permis de publier des livres qu’il détestait, lui, en revanche. Avec le machisme qui l’accompagnait, il me disait que Crane, c’est de la « tripaille de femelle ». Je ne répliquais pas car je me serais énervé… Et à un moment je lui ai proposé un Américain, Matthew Klam, Sam the Cat, et d’ailleurs je ne sais pas, il n’a plus rien écrit depuis dix ans… bref monsieur Sicre de me demander ce que c’était, et moi, de la « tripaille masculine »… il m’a regardé comme cela, et il m’a foutu une couverture nulle, avec un chat quasiment victorien, un gros pépère avec des rubans partout, cela n’allait pas du tout. La couverture américaine c’était un type pris en photo dont on voyait seulement le haut du pantalon, mais qui voulait bien dire ce que cela voulait dire. Et il fallait reprendre cela, la photo était extraordinaire, elle disait tout. J’ai cru devenir dingue. C’est un des auteurs américains que j’aurais vraiment aimé suivre.
 


Pour publier, il faut que j’entende une voix, je suis un peu le Jeanne d’Arc de l’édition. Les trois-quarts des agents sont des businesswomen, elles n’ont lu aucun des livres qu’elles représentent. J’essaie de travailler avec les vraies lectrices. Et en général celles-ci ne se trompent pas dans ce qu’elles me proposent.



Mais quand elles vous les conseillent, dans ces moments-là vous n’avez pas un peu l’impression qu’elles vous volent un peu votre travail ?

Ah non, pas du tout ! Au contraire, elles font leur travail, je prends cela comme un nouveau chemin, je vais découvrir un auteur. C’est comme avec un libraire. Mais leur vrai rôle serait plutôt de faire connaître aux éditeurs des auteurs qui sans leurs agents resteraient inconnus. Mais cela c’est fini. À part les petits agents… C’est « fric fric fric ». Ils laissent tomber ce qui ne marche pas. Ils font monter les enchères pour un livre, celui-ci ne marche pas, et après l’auteur est out. Ils l’abandonnent.



Donc pour les Américains qui n’ont plus d’agent, il y a un moyen pour prendre contact avec eux ?

Non, ils sont morts. Sauf Victoria Lancelotta dont j’ai publié deux livres qui ne sont pas sortis aux États-Unis. Elle n’avait ni agent ni éditeur, car elle ne se vendait plus. Et c’est très courant d’avoir des Américains plus populaires en France que chez eux.

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Vos traducteurs ou agents, comment choisissent-ils ce qu’ils lisent ? Ils font leur marché en librairie ?

Non pas forcément, ils ont souvent été aux États-Unis, ou en Irlande, et ils m’envoient en général trente pages du livre dans la langue d’origine et trente pages traduites.


AL, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 


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Published by AL - dans Entretiens
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