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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 07:00

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Antoine BLONDIN
L'Humeur vagabonde
La Table ronde, 1955
Gallimard, Folio, 1979
Réédition La Table ronde, 2011
Coll. La petite vermillon, 2011


 

 

 

 

 

 

 

Antoine Blondin, 1922 -1991

Si ce nom n'évoque rien aux jeunes générations, c'est que parmi les grands talents d'après-guerre, seuls quelques auteurs sont restés dans la mémoire littéraire. À chaque rentrée littéraire, les lauréats une fois choisis, revient cette interrogation : de qui nous souviendrons-nous dans 10, 20… 50 ans ? Le cas d'Antoine Blondin est là pour nous rappeler que les prix littéraires n'assurent en rien la pérennité d'un auteur. Vu comme le talent le plus prometteur de sa génération, Antoine Blondin n'a que très peu écrit. L'Humeur vagabonde est son troisième roman, il n'en écrira que cinq.

Issu d'un milieu bourgeois intellectuel, d’un père journaliste et d’une mère poète, il grandit à Paris. Ses parents fréquentent les beaux milieux du début XXe (ils se sont connus grâce à Colette). De nombreux cahiers, dont Journal d'un poète qui date de 1936, attestent qu'Antoine Blondin avait de l'intérêt pour l'écriture depuis le lycée. Il fréquente à son tour le milieu littéraire : Roland Laudenbach (proche d'Action Française, directeur de la revue Prétexte et fondateur de la maison d'éditions La Table Ronde), la troupe de Jean Cocteau… Il étonne tout le monde en acceptant de partir au STO en juillet 1943.

Il revient deux ans plus tard, sans plus guère d'illusions sur le monde. Il reprend son activité de journaliste en menant différentes rubriques (politique, art, sport...) dans plusieurs revues et magazines.

En 1949 paraît son premier roman, L'Europe buissonnière, aux éditions Froissard. Il reçoit le prix des Deux-Magots. Cette publication lui permet de rencontrer Marcel Aymé qu'il admire et dont il connaît bien l’œuvre. Mais aussi Roger Nimier, qui lui fera rencontrer le reste du futur groupe des « Hussards ». Les « Hussards » Michel Déon, Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent se retrouvent à l'occasion de la rédaction d'une préface pour le roman L'Amour vagabond d'André Fraugneau. Auteurs identifiés politiquement à droite, ils s'insurgent contre la IVe République de Vincent Auriol. Antoine Blondin critique vertement la plupart de ses contemporains, Sartre, Prévert, Claudel... D'autant qu'il participe à la revue Rivarol à partir de 1951.

En 1954, Antoine Blondin intègre la rédaction de L’Équipe, quotidien sportif. Journaliste reporter sur le Tour de France, ses interventions et ses articles se font remarquer. La critique dit qu'il réinvente la littérature sportive. Il continue cependant à participer à d'autres publications dont Elle, magazine féminin par excellence. Antoine Blondin est ravi par cette alliance incongrue de deux publications qui ne partagent rien : « [je] savoure le rapprochement : je suis probablement la seule personne à écrire dans le quotidien sportif et dans le magazine féminin. Mais je m'en accommode extrêmement bien ».

En 1955 paraît L'Humeur Vagabonde dont l'accueil reste mitigé. En 1959, Un singe en hiver paraît et reçoit le prix Interallié, la critique est enthousiaste et pose Blondin comme un des auteurs les plus talentueux de sa génération avec un style bien reconnaissable. Sa carrière littéraire s'achève avec la parution de Monsieur Jadis en 1970.



Bibliographie

L'Europe buissonnière, Prix des Deux Magots 1950, rééd. La Table Ronde 1979
Les Enfants du bon Dieu, « La Petite Vermillon », 1973
L'Humeur vagabonde, La Table Ronde, 1955
Un singe en hiver, Prix Interallié 1959, La Table Ronde, 1959
Monsieur Jadis ou l’École du soir, La Table Ronde, 1970
Quat'saisons, Prix Goncourt de la Nouvelle, La Table Ronde, 1975
Un garçon d'honneur, La Table Ronde, 1960
Certificat d’études, La Table Ronde, 1977
Sur le Tour de France, Hachette 1977, « La Petite Vermillon » 1993
Ma vie entre les lignes, La Table Ronde, 1982
O.K Voltaire, rééd. Cent Pages, 2011
Oeuvres romanesques, La Table Ronde, 1988
L'Ironie du sport, éd. François Bourin, 1988
Le Flâneur de la rive gauche, entretiens avec Pierre Assouline, rééd. La Table Ronde, 2004
Oeuvres, « Bouquins » éd. Robert Laffont, 1991.

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Pour les cinéphiles, L'Humeur vagabonde a été adapté au cinéma par Edouard Luntz avec Jeanne Moreau et Michel Bouquet en 1972. (L'affiche fait sourire par sa parfaite reprise de la situation du personnage : un petit poisson menacé, une fleur à la bouche.)


 De même qu'Un singe en hiver par Jean Verneuil avec Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo en 1962.

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L'Humeur vagabonde

 

« Après la Seconde Guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture. J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus. C'est donc dans un grand silence que je pris le chemin de la gare […]. »

 

D'après Antoine Blondin, toute L'Humeur vagabonde se retrouve dans ces cinq premières phrases du roman.

À 26 ans, Benoît Laborie, notre modeste protagoniste, décide de « monter à la capitale », comme on monte l'échelle sociale, les marches de la gloire. Marié à Denise un peu par hasard durant l'Exode, le couple est mal assorti, a des enfants et ne se parle pas beaucoup. Cette petite famille de cultivateurS s'est installée dans le village d'enfance de Benoît où sa mère vit toujours. La « mère Laborie » comme on l'appelle, veille au grain : son fils unique, né à Paris, prédestiné à y vivre et bachelier avec ça ! Elle fait tout pour que Benoît réalise le rêve de succès qu’elle lui a tracé. Hors de la capitale, point de salut.

Les bras chargés de cadeaux un peu désuets (une bonbonnière remplie de pâtes de coing, une azalée du jardin, un poulet fermier), Benoît abandonne tout et part pour Paris. Il compte sur les quelques contacts que sa mère y a gardés, des parents éloignés, un ancien sénateur... Seulement, en août, Paris est désert, personne ne l'accueille ni ne se souvient de qui il est. Ce séjour devient un patient apprentissage de l'errance. Partagé entre la désillusion et l'espoir d'un grand avenir, Benoît parcourt la cité sans grand objectif et vit de menues aventures drolatiques et poétiques : une visite du cimetière du Père-Lachaise l'amène en garde à vue, une chambre dans un hôtel peu recommandable crée un quiproquo délectable... Le rêve parisien s'évapore au bout d'une semaine et Benoît Laborie « redescend » pour la Province retrouver Denise qui, finalement, lui a manqué.

Cette scène émouvante des retrouvailles est gâchée par la mère de Benoît qui assassine d'un coup de carabine bien campagnarde sa belle-fille (qu'elle ne portait d'ailleurs pas en bien haute estime). Il s'ensuit un procès qui renverse toute l'expérience qu'a pu avoir Antoine de Paris, où il retourne vivre tout autre chose.



L'écriture de Blondin : le mythe de L'Humeur vagabonde

 

« Balzac a écrit la mort du Père Goriot en une nuit, la mort du Père Goriot c'est quand même un morceau assez long. Bon je suis pas Balzac, alors, je tourne comme ça autour du pot […] je crois que je vais écrire un roman en deux jours. »

 

La littérature produit de grandes histoires sur les conditions d'écriture de certaines œuvres, quelquefois anecdotiques, qui font de l'acte d'écriture une histoire en elle-même. Ainsi, tout le monde sait que Sur la route de Jack Kerouac fut tapé sur un seul et même rouleau en un mois, quasiment sans arrêt. La genèse de L'Humeur vagabonde est du même acabit.

L'histoire de ce manuscrit commence dans un bar où auteur et éditeur se retrouvent. Par mégarde, Antoine Blondin annonce à Roland Laudenbach qu'il a terminé son prochain roman. L'éditeur commande une autre bouteille de champagne et, le lendemain, envoie son auteur en mauvaise posture en Mayenne, directement chez l'imprimeur pour mener à bien le tirage de ce roman (fictif, pour le moins). Avant que l'éditeur vienne chercher son auteur pour le mettre dans le train, Antoine Blondin raconte :

 

« Là, c'est vraiment la catastrophe, je n'ai pas le temps de courir chez le papetier le plus proche acheter une grosse rame de papier, une superbe chemise fermant bien, si possible, et sur l'une de ces feuilles de papier, je recopie au hasard une page de n'importe quel livre, avant de marquer en haut « 192 ». Cette page je la laisserai soigneusement dépasser de la chemise ».

 

Enfermé dans sa chambre d'hôtel à Mayenne, Antoine Blondin attend, cherche l'inspiration pour ce roman dont il n'a « pas écrit une ligne, [...] pas de sujet, [...] pas de titre, [...] rien du tout. » L'imprimeur dans la confidence fait tourner les rotatives pour un roman de Simone de Beauvoir, en attendant. Blondin écrit L'Humeur vagabonde porté par les cinq premières phrases qui lui sont venues un peu au hasard. Il ira même jusqu'à dicter directement au typographe, qui compose dans l'imprimerie, une partie de son texte « comme on le fait d'un journal ».

C’est donc dans ces conditions d'urgence et d'incertitude que Blondin a écrit. Il est d'ailleurs remarquable, dans les interviews de l'auteur, qu'il analyse son travail a posteriori (l'auteur ne fait que « percevoir » son œuvre, la place laissée au futur dans son discours...). Les mots viennent d'abord, ils prennent sens par la suite. Il n'y a finalement que très peu de travail, et très peu de nécessité d'extérioriser un texte qui aurait été au préalable en lui.

« La nécessité » du texte chez Blondin – il y en a une – est plus terre à terre : l'écriture est en partie un gagne-pain. Antoine Blondin dit avec beaucoup d'humour, écrire pour ses amis et pour payer ses dettes. Ce qui l'amènerait un jour selon lui à dédicacer un livre « à l'homme à qui [il] doi[t] le plus au monde, à [s]on percepteur ».

L'auteur parle d’une « écriture du jaillissement ». C'est de façon inconsciente que le texte prend forme, en prenant au passage des bouts de la vie de son auteur. Sans pour autant relever de la biofiction. Antoine Blondin écrit marqué par ses expériences existentielles. Ainsi, L'Europe buissonnière relate pour lui le voyage enthousiaste et naïf d'un jeune homme plein d'entrain, qui a à peine vingt ans. L'Humeur vagabonde est une œuvre plus tardive (l'auteur a 33 ans), dans un contexte sentimental plus complexe (Antoine Blondin divorce). L'expérience de Blondin est donc au centre de son œuvre et harmonise tous ses romans qui eux marquent l'évolution de leur auteur.

L'auteur parlera d'impressions, de son « subconscient » comme sources d'écriture et d'inspiration. L'œuvre n'est donc pas construite mentalement avant d'être mise en mots, elle se construit au fur et à mesure de l'écriture, en faisant des agrégats de références personnelles ou culturelles. L'intertextualité avec Balzac est visible : le rapprochement entre la figure de Benoît Laborie et Rastignac est facile. L'auteur ne se privera pas l'évoquer comme s'il enfonçait une porte ouverte pour aborder son personnage : « un homme que l'on prend pour Rastignac et qui est en fait un Rastignac sous-développé, [...] presque un Rastignac à rebours, en somme un Charlot ».

En partant du principe que le roman se fonde sur ce que l'on est et sur ce que l'on possède déjà, l'esthétique de Blondin empêche l'idéologie politique de porter le texte. À rebours de ce que font de nombreux auteurs qui lui sont contemporains.

 

« Je vais m'apercevoir de surcroît que ce roman accidentel se rattachera spontanément et comme malgré moi aux deux livres que j'ai écrits précédemment, toujours par ce cheminement obscur de la sensibilité. »

 

 

Les éléments d'analyse du roman

Quasiment improvisé, le roman laisse pourtant à la lecture l’extraordinaire impression que chaque mot est à sa place. Les phrases tombent avec précision en peu de mots. Le rythme est toujours là, il donne un dynamisme à cette écriture minimaliste et pourtant riche. Les phrases se répondent avec tout l'humour et la malice dont est capable Antoine Blondin. Les effets de surprise, propres à faire rire, sont réguliers et entraînent le lecteur dans cette histoire quelque peu banale d'un homme croyant faire fortune à Paris (la littérature nous en a tant offert).

En créant, un quasi-contre-modèle, un voyage raté, Antoine Blondin se joue de toute la littérature de la réussite parisienne. Benoît Laborie, ne serait-ce que par son nom ne pouvait pas tenir le rôle de l'héritier de Rastignac. « Benoît », cela suggère « benoîtement », voire un peu « benêt ». Benoît Laborie est en effet une « bonne pâte », pas simple d'esprit mais ouvert à ce qui lui arrive et dépourvu de méchanceté. Il suit le chemin que lui a tracé sa mère, et qui lui paraît le plus excitant. « Laborie », comme le « labeur », le « labour » évoque ses attaches indéfectibles à la terre et à la vie plus calme de la campagne.

Antoine Blondin fait de ce voyage déceptif la critique d'un monde ridicule qui marche quasiment sur la tête, faute de valeurs. Ainsi, quand Benoît Laborie arrive à Paris, plein d'espérance et candide, personne ne le reçoit. Ses cousins se débarrassent de lui au plus vite, ils sont embarrassés de ce parent provincial qui fait tache dans leur « salon ». En revanche, ils l'accueilleront à bras ouverts une fois que le scandale du meurtre de Denise retentira dans toute la France, ils feront de lui la coqueluche du Tout-Paris seulement pour cette célébrité morbide. Le procès de la madame Laborie n'est pas sans rappeler un autre procès, celui de Kafka. L'administration (que l'on avait déjà rencontrée par l'intermédiaire de deux gendarmes au début du roman) reste rigide et inadéquate à cette affaire qui mêle un quiproquo et des sentiments brutaux (d'une mère qui déteste sa bru et qui adore son fils). La justice n'est pas vraiment perceptible dans ce roman puisque la justice officielle se trompe à plusieurs reprise et n'arrive pas à trancher. De même la justice individuelle n'existe pas, le personnage de Benoît est indécis et ne saurait prononcer un verdict définitif : il ne peut pas en vouloir à sa mère qui a assassiné sa femme pour de bonnes raisons, croyant qu'elle était en train de le tromper, mais il reste désemparé face à cette perte irrémédiable.

Plus qu'une histoire du désenchantement, L'Humeur vagabonde est l'apprentissage de la solitude. Benoît Laborie suit les étapes de son voyage sans pour autant qu'une seule d'entre elles aboutisse. Tout reste inachevé ou stoppé dans son élan, sans que les raisons en soient bien définies. Une fois arrivé à Paris, il n'est rapidement plus question de la carrière brillante de Benoît. Les cousins l’abandonnent rapidement et aucune relation durable n'est créée. Quand il revient à son village, dans l'élan d'un regain d'amour pour son épouse, voilà que Denise est assassinée. Benoît reste donc toujours seul dans son voyage et soumis aux événements. Antoine Blondin décrivait son personnage comme « un homme de trop ». En effet, Benoît Laborie n'est adapté à aucun environnement. Il se sent à l'étroit dans son village, et pourtant ne parviendra pas à « devenir quelqu'un » à Paris.

Il est également isolé par son impuissance et son incapacité à exprimer clairement ce qu'il ressent. D'autant, que sa naïveté ne lui fait prendre conscience que de la moitié de la réalité dans laquelle il évolue. C'est donc au lecteur de reconstituer la partie manquante de cette réalité. En laissant de nombreux éléments non dits, Blondin permet au lecteur d’en savoir plus que le personnage et agrémente son roman de beaucoup d'humour. Le décalage entre la réalité perçue par le personnage et celle que devine le lecteur crée des situations grotesques et drôles. Les quiproquo s'accumulent, comme ceux que connaît un certain Monsieur Hulot dans les films de Tati.

L'humour un peu grinçant, ironique parce qu'il pointe les incohérences de la vie, est un des traits marquants de l'écriture d'Antoine Blondin. Le thème est donc dramatique, mais traité avec une légèreté intelligente et fine, jamais désinvolte. L'auteur déclarait : « Il faut que ce soit drôle puisque ce n'est pas gai ».



L'Humeur vagabonde est donc un œuvre qui laisse une impression durable par son style original, vivifiant pour l'esprit et très rythmé. Elle permet à elle seule d'affirmer que c'est bien injustement qu'Antoine Blondin a été quasiment oublié de l'histoire littéraire, malgré son petit nombre d'œuvres.

L'excellente édition consultée est celle de La Table Ronde qui rassemble L'Humeur vagabonde et Un Singe en hiver, un dossier sur chaque œuvre et une biographie très complète accompagnée de documents inédits, éclairant la question de la réception de l’œuvre de Blondin (coupures de presse).
(35,50€, ISBN 978 2 710368106)


M.C., 2ème année Édition-Librairie

 

 

 

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 07:00

William-Joyce-Les-Fantastiques-livres-volants-de-Morris-Les.gif




William Joyce
Les Fantastiques Livres volants

de Morris Lessmore
traduit de l'anglais par Alice Boucher
Bayard Jeunesse, 2013






L’auteur 

Né en 1957, William Joyce a marqué de son talent tous les supports destinés aux enfants. Parmi ses livres, George rétrécit, À ce soir Père Noël, Bob le dinosaure, Une journée avec Martin Robinson, Rolie Polie Olie… Il a reçu trois Emmy awards pour sa série animée Rolie Polie Olie, créé des personnages pour Toy Story et 1001 pattes, écrit et produit Robots, Bienvenue chez les Robinson, et bien d’autres films d’animation. En 2012, il a reçu le prestigieux Oscar du meilleur film d’animation pour son remarquable court-métrage The Fantastic Flying Books of Mr Morris Lessmore, dont cet album a inspiré l’histoire. Il vit en Louisiane où il a fondé son studio,  Moonbot.



L’histoire

Morris Lessmore écrit le récit de sa vie en consignant tout son savoir, toutes ses découvertes, ses espoirs et ses peines. Un jour, une tornade vient tout détruire et transforme le monde en noir et blanc. Tout est en ruines. Alors Morris erre et erre au hasard des rues. Puis il aperçoit une femme tout en couleurs, tirée par des livres... qui volent. Avant de disparaître complètement dans le ciel, la femme lui donne son livre préféré. Un livre qui va conduire Morris dans une bibliothèque où les livres vivent…

Une nouvelle vie commence pour Morris : celle de la lecture, d'une passion tout en couleurs pleine d'aventures et de joie. Pendant de longues années, Morris va prendre soin des livres. Il va les réparer, restaurer les reliures, défroisser les pages cornées, les chouchouter. Il va leur redonner une seconde vie. Il va se plonger dedans et en sortir généreux, transformé, confiant. Il va prêter ses livres aux gens qui lorsqu'ils les liront vont retrouver leurs couleurs. Les livres deviennent ses amis, des compagnons de tous les instants. Puis Morris vieillit. C'est au tour des livres de prendre soin de lui...



Une signification pure et implicite des mots et des illustrations

Tout au long de l'album, le texte est accompagné d'illustrations significatives. Dès le début on peut remarquer le changement de couleurs. Lorsque le vent se met à souffler et emporte avec lui la maison et les mots du livre qu'écrivait Morris Lessmore, la scène s'assombrit jusqu'à devenir noire et blanche. Il y a un détail important qu'il ne faudrait sûrement pas laisser de côté : ce sont les mots de son livre qui s'envolent et non le livre lui-même.

Quelques pages plus loin, Morris rencontre une jeune femme qui vole, tirée par des livres volants. Cette scène, qui ne comprend pas Morris, est en couleur. Nous pouvons commencer à comprendre quelque chose, dont je parlerai un peu plus loin. À la page suivante, le livre que lui a donné cette dame mystérieuse est vivant, en quelque sorte. Il peut bouger et se faire comprendre grâce à un personnage dessiné sur les pages. Il est qualifié de « bonne histoire » et c'est ce qui manquait donc à Morris Lessmore qui demeure en noir et blanc. En suivant ce livre, il parvient à une maison qui ne contient que des livres.

 

« Des milliers de pages y palpitaient, et le doux murmure d'innombrables histoires différentes lui parvenait comme autant d'invitations à l'aventure. »

 

Les murmures suggèrent que chaque ouvrage a une histoire à raconter. Morris Lessmore est alors toujours dénué de couleurs. Mais lorsque se pose sur son bras le livre de la dame, les couleurs lui reviennent. Le livre s'y pose ouvert, « dans l'espoir d'être lu », c'est d'ailleurs la seule chose qu'il demande et attende. « La pièce bruissait de vie. »

La signification de l'album entier est transparente à ce moment précis, pour peu qu'on lise entre les lignes. Une pièce remplie de livres est une pièce pleine de vie.

La double page suivante est très intéressante également. La page de gauche est réparée, comme si elle avait été déchirée puis raccommodée avec du ruban  adhésif. En lisant le texte qui s'y trouve, on découvre que Morris Lessmore avait ce rôle au sein de la maison des livres, il les réparait et en prenait soin. Sur la page de droite, l'illustration montre certains éléments importants : les livres ont de vrais rôles, des rôles d'objets. L'un est une pompe à oxygène, l'autre fait office d'électrocardiogramme. Il est dit que les livres se rendent visite entre eux.

 

« Éprouvant le besoin de se réjouir, les tragédies rendaient visite aux comédies. Lassées par les faits, les encyclopédies aimaient à se détendre auprès des bandes dessinées ou des romans. »

 

Les livres forment donc une sorte de société, la maison étant leur lieu de vie. Chaque livre a une importance considérable et Morris Lessmore a sa place au milieu d'eux.
   
Morris lit les livres qui vivent autour de lui, tous, dans leur intégralité. Il est passionné, il lit parfois pendant des jours s'en pouvoir en émerger. Les pages expliquant cela montrent le personnage  marchant, courant, jouant dans un livre, au milieu des lettres et des mots. On sent bien ainsi le plaisir que cela lui procure et la véritable passion qui l'habite.



Une page d'illustration me semble intéressante à analyser.

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« Morris aimait partager : ce pouvait être un livre que tout le monde adorait, ou bien un petit ouvrage solitaire qui était rarement lu. "Toute histoire compte", disait Morris. Et les livres acquiesçaient. »

 

L’hétérogénéité des personnages représentés constitue l’un des messages de cet ouvrage : le livre est fait pour tous, de l’enfance à l’âge avancé. L’élément flagrant de cette scène n’est cependant pas ce point mais un autre : l’alternance entre la couleur et le noir et blanc. Le paysage est en couleur de même que quatre personnages sur six. Nous pouvons remarquer qu’il s’agit de Morris Lessmore et d’un enfant. Les deux ont un livre dans les mains. Plus tôt dans le livre, Morris Lessmore était lui aussi, rappelons-le, en noir et blanc. Lorsqu’il a eu un contact avec un livre, les couleurs lui sont revenues. On suppose donc que le petit garçon a repris ses couleurs lorsque Morris Lessmore lui a donné le livre. La signification est assez simple : les livres sont sources de vie, là où la couleur représenterait la vie, pleine, tandis que le noir et blanc représenterait un certain vide. Les gens sont en vie, mais une vie pleine de vide, sans vraiment de sens, contrairement à ceux qui sont en couleurs. On peut bien comprendre la suite de la scène sans même la voir. Tous les personnages qui font la queue deviendront à leur tour en couleurs dès que Morris Lessmore leur aura donné un livre. Concernant le texte, il confirme l’illustration qui lui correspond : « Toute histoire compte », donc chaque livre donné, quelle que soit son histoire, donne un sens à la vie de l’être car l’être lui-même permet au livre de vivre. Un livre n’existe que parce qu’il est lu ; s’il est oublié, il n’est plus.

À la suite de cela, on apprend que la nuit les livres dorment. Morris, lui, en profite pour reprendre l'écriture de son livre, le livre de sa vie. Il y inscrit ce qu'il vit et ce qu'il sait. Les jours, les mois, les années passent ainsi, cependant que le personnage continue de lire et d'écrire. Bien sûr, Morris vieillit au contraire des livres qui restent à l'identique. Alors qu'il devient trop vieux, ce sont les livres qui prennent à leur tour soin de lui. Il ne les lit plus mais ils se lisent eux-mêmes, ils lui font la lecture. Sur cette double page, l'illustration montre à côté de Morris un livre dont la couverture représente un sablier. Une canne est posée contre le livre. On voit bien ainsi le temps qui passe.

Enfin, Morris finit l'écriture de son livre. Il comprend alors qu'il a fait son temps en ce lieu et dans cette vie : « Il est temps pour moi de partir, je crois. » Il décide donc de s'en aller et quitte la maison alors que les livres tristes, dont celui de la femme au début du récit, lui disent au revoir. Lorsqu'il arrive à l'extérieur, il s'envole à l'instar de la femme, tiré par des livres. Peu à peu, il retrouve son apparence d'antan, celle qu’il avait lorsqu'il a découvert le livre. On comprend qu'il meurt, en réalité.

Puis le récit revient sur les livres restés seuls. Ils découvrent quelque temps après que Morris a laissé le livre de sa vie. C'est alors qu'une petite fille en noir et blanc entre dans la maison et découvre ce monde particulier. Le livre de Morris se met alors à voler et se pose sur elle, lui rendant ses couleurs. Elle l'ouvre et commence à le lire.

« Ainsi, notre histoire s'achève comme elle a commencé... Par un livre qui s'ouvre. »

La dernière double page de l'album est primordiale. Si elle ne comprend aucun textee, elle se suffit à elle-même. Les deux mains représentées sont visiblement les nôtres. Le message passe donc aisément : la pérennité des livres ne peut se faire que si nous, lecteurs, les faisons durer et perdurer.

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Un livre pour aimer lire.

 

Julie, 1ère année Édition-Librairie 2012-2013

 

 


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Published by julie - dans jeunesse
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 07:00

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Oscar COOP-PHANE
Zénith-Hôtel                              
 Finitude, 2012







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie d'Oscar Coop Phane sur le site des éditions Finitude
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Oscar Coop-Phane est né en 1988. Après une enfance des plus classiques — divorce parental, gamelles en vélo, Miel Pops le matin — il veut devenir peintre, et puis non. Il quitte le domicile maternel à 16 ans pour vivre avec une jolie blonde dont il est amoureux. Ça ne l’empêche pas de passer son bac et de faire hypokâgne & khâgne option philo depuis sa mansarde.

Ensuite il choisit de tout plaquer et, tout en étant pion pour gagner sa vie, il lit, lit et lit encore. Du matin au soir, du soir au matin, il lit Bove, Calet, Calaferte, Dabit, Céline...


A vingt ans, il s’exile à Berlin où il passe un an à écrire, à lire Proust et à se griller les neurones sur la scène techno. Là-bas il écrit Zénith-Hôtel, le quotidien d’une prostituée parisienne. Retour difficile à Paris.

Il travaille la nuit comme barman dans un bar à cocktail du Xe arrondissement. Et puis il obtient le Prix de Flore 2012 pour Zénith-Hôtel, son premier roman paru aux éditions Finitude.

C’est court, oui, mais il n’a que 24 ans...



Ses œuvres

Zénith-Hôtel (2012)

– Demain Berlin (2013) aux éditions Finitude. 


Avec son roman Zénith-Hôtel, Oscar Coop-Phane reçoit le prix de Flore. Le prix de Flore est un prix littéraire français qui récompense un jeune auteur au talent prometteur. Celui-ci est choisi par un jury constitué de journalistes. Ce prix est décerné au Café de Flore à Paris tous les ans au mois de novembre.

Oscar Coop-Phane est seulement âgé de 24 ans lorsqu’il reçoit ce prix en 2012.

L’auteur parle de son livre lors du salon Lire en Poche à Gradignan en 2012 :

 

 http://www.youtube.com/watch?v=GdwKCtgCuPA



Le livre et son résumé

Zénith-Hôtel, c’est la vie d’une prostituée qui vit à Paris, Nanou. Nanou est lasse de vivre cette vie depuis tant d’années, mais pourtant elle sait bien qu’elle est condamnée à faire la même chose jusqu’à la fin : fumer des cigarettes dans sa chambre d’hôtel, se préparer, enfiler ses talons hauts, boire son café, fumer une seconde cigarette et attendre sur les trottoirs de la place Clichy… Attendre un homme qui viendra la voir seulement pour recevoir un peu de tendresse et une partie de plaisir. Elle a l’habitude, Nanou, elle sait qu’elle est là pour ça et puis que quelques minutes plus tard, l’homme reprendra sa route, sans accorder plus d’importance à la femme qu’il a trouvée là, au beau milieu de la ville. La vie de cette prostituée n’a rien d’original : tous les jours elle fait la même chose, tous les jours elle rencontre des hommes, des hommes normaux de tous horizons qui viennent partager quelques minutes de leur vie avec elle. Elle se sent fatiguée, le corps sale mais elle continue…

Les hommes dont il est question sont présentés tout au long du livre. On découvre leur vie tout à fait banale : Emmanuel est pion, il n’est d’ailleurs pas très dégourdi, Victor ne se promène jamais sans son chien Bâton, et il y a aussi Luc qui se fait appeler Moby One à cause de sa passion pour les mobylettes. L’auteur dresse de chacun de ces personnages un portrait type dans lequel on remarque une particularité. Justement, cette particularité paraît tellement absurde qu’on en déduit que leur vie n’a absolument rien de passionnant.

Tous ces portraits sont coupés par des brèves du journal intime tenu par Nanou, la prostituée parisienne. Elle y raconte sa vie, ses habitudes et également ses émotions. Elle ne parle pas de ses hommes mais seulement de ce qu’elle fait à côté de son boulot, les choses du quotidien. Elle dit qu’elle aime écrire, cela lui permet de penser à autre chose, elle nous fait part de sa tristesse et de sa lassitude face au monde dans lequel elle vit. Le pire, c’est qu’elle dit qu’elle n’est pas la seule : toutes les personnes qui déambulent dans la rue vivent avec leur désespoir, elle dit même que dans la rue, on ne se sent pas bien :

 

 

« Il y a un type en face de moi qui vend des roses. Il trimballe sa tristesse et un gros bouquet de fleurs rouges d’une terrasse à l’autre. Il cherche l’amour, c’est son gagne-pain. »

 

Cette prostituée-là en devient attachante, elle est entièrement consciente de permettre à des hommes inconnus de s’évader quelques minutes, de se détacher de leur vie habituelle et de leur offrir ce qu’ils désirent. Mais Nanou, elle, ne s’attache pas, elle prend les moments tels qu’ils viennent puis elle continue sa vie, ce n’est pas le genre à faire des manières.

 

« Je suis une pute de rue. Pas une call-girl ou quelque chose comme ça ; non, une vraie pute de trottoir, à talons hauts et cigarettes mentholées. »

« Je n’ai pas de tendresse. C’est quelque chose que j’ai perdu. Même les mômes dans la rue, les gentilles têtes blondes ou brunes qui lancent des bouts de bois et qui courent dans tous les sens, ne m’attendrissent plus. »

 

 

 

Analyse et avis personnel

Le style d’écriture utilisé par Oscar Coop-Phane rend l’œuvre réaliste. Il utilise un langage très familier, voire cru à certains moments. Mais il faut savoir que l’histoire racontée dans ce livre n’est que fictive, elle ne raconte pas un fait réel.

Le fait qu’il ait choisi de mélanger des passages du journal intime du personnage principal avec les descriptions des hommes qu’elle rencontre donne un côté original au contenu de l’œuvre. À chaque fin de portrait d’un homme, on retrouve quelques lignes écrites en italique qui résument la rencontre des deux personnages : l’homme banal avec Nanou. Ces lignes sont écrites sous la forme d’une conversation dans laquelle nous comprenons qu’ils vont se rendre dans la chambre d’hôtel de la prostituée.

Les brèves du journal intime sont donc écrites à la première personne du singulier, nous sommes invités à découvrir les moments très personnels et intimes de la femme, elle nous livre aussi bien ses peines que ses petits bonheurs ; nous suivons dans les moindres détails la totalité de ses émotions.

Les portraits, quant à eux, sont écrits à la troisième personne du singulier. Ils décrivent des actions quotidiennes de certains hommes de manière amusante. Nous arrivons très vite à nous attacher à eux. Il faut le savoir, Nanou a aussi bien une « clientèle d’écorchés » que des gens normaux. Nanou sait s’attendre à tout. Bien qu’il n’y ait aucun rapport entre tous les hommes décrits, le lien qui les unit est facilement reconnaissable : c’est elle.

L’auteur nous révèle son désir d’écrire une œuvre sans suspens, sans véritable élément déclencheur qui va mettre le lecteur en haleine et lui donner envie d’aller jusqu’au bout du roman pour voir la chute finale. Non, ce qu’a voulu transmettre Oscar Coop-Phane, c’est le récit d’une vie, la vie normale d’une prostituée parisienne qui se confie dans son journal intime et qui croise tous les jours de nouvelles personnes qui se retrouvent dans un monde trop grand pour eux. « Et elle est belle jusque dans ses faiblesses, cette humanité-là. »

 

 

Zénith-Hôtel est pour moi un véritable chef-d’œuvre. C’est un livre émouvant, avec des personnages très attachants. L’auteur sait trouver les mots justes pour rendre l’entièreté du roman tout à fait tendre et passionnant. Suivre cette prostituée parisienne dans sa vie quotidienne nous fait prendre conscience du monde dans lequel nous vivons, et parvient presque à nous faire ressentir les mêmes émotions que cette femme, creuse et triste à la fois. C’est un texte très poétique qu’on ne regrette pas d’avoir lu. Sa lecture est rapide et très bouleversante. Oscar Coop-Phane a su montrer le monde solitaire des grandes villes avec une belle émotion et un style d’écriture digne d’un vrai auteur de littérature contemporaine ! Son prix de Flore obtenu en 2012 lui est bien mérité !


Laurie G, Édition-Librairie 2012/2013

 

 

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 07:00

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Tanguy VIEL
La Disparition de Jim Sullivan
Éditions de Minuit, 2013




 

 

 

 

 

 

 

 

Voir la Biographie de Tanguy Viel sur Babelio : http://www.babelio.com/auteur/Tanguy-Viel/2060

Interview de Tanguy Viel de passage à la librairie Mollat : http://www.dailymotion.com/swf/video/xyo2s0

 

 

Constatant la place de plus en plus importante que prennent les romans et romanciers américains dans le paysage littéraire français, Tanguy Viel a eu envie d’écrire un roman américain, qui pourrait avoir cette visée internationale que n’offre pas, selon lui, le roman français : « Les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l’action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets et des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international ». Il a donc vulu que l’histoire se déroule aux États-Unis et décidé d’utiliser les éléments caractéristiques, selon lui, du roman américain. Mais le point de vue qu’il a choisi est plutôt original puisque l’auteur se met lui-même en scène en tant que narrateur, racontant au lecteur le roman qu’il a écrit (La Disparition de Jim Sullivan), tout en proposant une analyse et des explications sur le choix d’utiliser tel ou tel élément, de raconter les choses de telle manière ; bref, sur tous les éléments qui font de son roman un roman américain, et par extension international. Ainsi, mélangées à l’histoire de Dwayne Koster, on trouve des explications, à la première personne du singulier, sur la construction du roman, son invention, tel un making-of révélant au lecteur comment l’auteur a imaginé et écrit cette histoire. Petit à petit, au cours du roman, l’analyse littéraire deviendra de moins en moins présente, laissant plus de place à l’histoire fictionnelle.

Ainsi, selon Tanguy Viel, certains éléments sont indispensables pour écrire un roman américain à succès, autrement dit « toutes ces choses que Dwayne avait lues mille fois dans mille romans américains ». Et il ne compte pas « déroger aux grands principes qui ont fait leurs preuves dans le roman américain ». Le ton est donné dès la quatriè^me de couverture :

 

« Du jour où j'ai décidé d'écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d'une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s'appellerait Dwayne Koster, qu'il enseignerait à l'université, qu'il aurait cinquante ans, qu'il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu'il détestait ».

 

En effet, dans tout bon roman américain, le « personnage principal, en général, est divorcé », et a « en général autour des 50 ans ». De même, « toujours un des personnages principaux est professeur d’université » « Un point très important du roman américain, l’adultère. C’est même une obsession du roman américain ». Ainsi, Susan Koster a une aventure avec Alex Dennis, un collègue de Dwayne, et Dwayne avec Milly, étudiante et serveuse. Même les noms ne sont pas choisis au hasard : « […] une serveuse aux Etats-Unis […]  si elle ne s’appelle pas Milly, alors elle s’appelle Daisy ». La vie des personnages doit croiser des grands événements de l’histoire du pays :

 

« C’est une chose dont on ne peut se passer en Amérique, la présence d’événements qui ont lieu en vrai comme la destruction des tours ou la crise financière ou l’intervention en Irak. Ce sont des choses qui doivent faire comme une onde de choc sur les personnages ».

 

Dans le cas de Dwayne ce sont l’assassinat de Kennedy en 1962 (« un jour qu’on trouve cité dans les romans américains […] le 22 novembre 1963 »), la guerre d’Irak en 2003. Concernant la structure du roman, il note entre autres choses l’importance d’« un sens aiguisé du détail », et des flash-backs, puisque « en matière de roman américain, il est impossible de ne pas faire de flash-backs […] »,

 

« y compris des flash-backs qui ne servent à rien, quand souvent il y a des pages entières sur la mère du héros ou le père du héros mort depuis longtemps, au point qu’on en arrive à oublier qu’on est dans le passé, et qu’alors, quand on revient au présent, on a l’impression que c’est le contraire, que c’est le personnage principal qui ne sert plus à rien ».

 

 Mais l’auteur-narrateur semble parfois tiraillé entre ses habitudes de romancier français et les standards du roman américain :

 

« J’ai souvent hésité pour savoir dans quel ordre raconter toute l’histoire, à cause des différents personnages qui la traversaient et donc les différentes lignes narratives qui finiraient par se recouper plus ou moins mais requéraient forcément la patience du lecteur. Mais je n’ai jamais douté que c’était comme ça qu’on écrivait un vrai roman américain, surtout si je voulais que ça fasse comme une fresque, ainsi qu’il est souvent écrit sur la quatrième de couverture […] ce genre de phrases tout à fait attrayantes qui expliquent le caractère international du livre ».

 

Mais au fond, il le reconnaît, il reste un écrivain français se livrant à un exercice de style :

 

« […] j’ai longtemps pensé que mon livre commencerait là-dessus […], à cause de plusieurs romans que j’avais lu qui commençaient comme ça. […] J’ai longtemps réfléchi à ce qu’un romancier américain aurait fait de ça […] »),

 

mais finalement il décide de faire à sa manière.

 

Comme il le dit lui-même,

 

« Après tout, même si j’ai regardé vers l’Amérique tout le temps de mon travail, je suis quand même resté un écrivain français. Or ce n’est pas dans notre habitude à nous, Français […] ».

 

 

Concernant le style de l’auteur, notons qu’il utilise différents points de vue pour raconter l’histoire. La plupart du temps on en sait plus que les personnages puisque le narrateur de l’histoire est l’auteur lui-même, il révèle ce qui va se passer (narrateur extérieur et omniscient). Par exemple : « Et nous depuis longtemps on savait que c’était vrai ». Parfois on en sait moins, comme quand on nous raconte la scène à travers les yeux de l’agent du FBI, qui n’entend que des bribes de conversation.

L’auteur-narrateur introduit à plusieurs reprises des éléments, disant qu’ils n’arriveront que plus loin dans le roman. Par exemple il introduit Lee Matthews mais dit que

 

« […] ce n’est pas le moment de parler de Lee Matthews dès lors qu’il arriverait bien plus tard dans l’intrigue, ainsi qu’il se fait dans ce genre de livres, que certains personnages arrivent bien plus tard dans l’histoire ».

 

L’auteur-narrateur révèle aussi ce qui se passera plus tard dans l’histoire (« et c’est ce qui arriverait. Plus tard dans mon livre, c’est ce qui arriverait. »), ou ce qui n’arrivera pas (« Mais bien sûr ce n’était pas ce qui arriverait »).

Parfois l’auteur-narrateur semble découvrir son roman, comme si ce n’était pas lui qui l’avait écrit et inventé :

 

« Je n’ai pas écrit tout ça dans mon roman. C’est seulement que j’ai dressé des portraits de mes personnages pour mieux les comprendre […]. J’ai fait des fiches. C’est comme ça que j’ai su des choses sur Johannes Koster […]. C’est comme ça que j’ai découvert, par exemple aussi, […] ».

 

Notons aussi que l’auteur utilise des phrases plutôt longues, pouvant aller jusqu’à une demi-page, utilisant de nombreuses virgules pour juxtaposer des morceaux de phrases.

 

Avant de faire un résumé de l’histoire, voici une brève présentation des principaux personnages :

 

– Dwayne Koster : 50 ans, (ancien) professeur de littérature à l’université

– Susan Fraser/Koster : son ex femme

–  Alex Dennis : (ancien) collègue de Dwayne à l’université, en couple avec Susan

–  Milly Jartway : (ancienne) étudiante de Dwayne, serveuse pour payer ses études

– Lee Matthews : oncle de Dwayne, antiquaire à Chicago

– Enfin, il est nécessaire pour comprendre l’histoire de savoir qui était Jim Sullivan – puisqu’il a réellement existé – car il tient une place importante dans le roman (« la raison de ce livre c’est Jim Sullivan »). C’était un chanteur américain, disparu sans laisser de traces en 1975, au Nouveau-Mexique. Sa voiture a été retrouvée non loin du désert, vide. Pour certains, il aurait été enlevé par des extra-terrestre, pour d’autres victime d’un règlement de comptes entre mafias locales. Le mystère sur sa disparition n’a jamais été élucidé. L’auteur-narrateur nous révèle que c’est la fascination de Dwayne Koster pour Jim Sullivan qui a donné le titre du livre :

 

« […] ça reste une énigme la disparition de Jim Sullivan, une énigme qui bien sur fascinait Dwayne Koster, sans quoi je n’aurais pas intitulé mon livre La Disparition de Jim Sullivan ».

 

 

 

L’histoire se déroule dans le Michigan, à Détroit et à Chicago. C’est dans le deuxième chapitre que nous faisons connaissance avec le personnage principal, Dwayne Koster, dans les faubourgs de Detroit, dans le Michigan (« C’est la première scène de mon livre […] »). Installé dans sa Dodge Coronet devant la maison de son ex-femme Susan, en train d’observer ce qui s’y passe à travers les rideaux. À partir de là, des flashbacks permettent de connaître le passé de Dwayne, depuis l’arrivée des premiers Koster en Amérique, son enfance, sa rencontre avec Susan, avec Alex Dennis, et surtout comment ils en sont arrivés à se séparer : elle a eu une aventure avec Alex Dennis, et lui a une aventure avec une de ses étudiantes, Milly Hartway.

À la demande de Susan, Dwayne quitte la maison, sans même chercher à discuter. Il va voir son oncle Lee Matthews à Chicago, qui lui prête son chalet dans la forêt, près du lac Huron, au nord du Michigan. Milly finit par lui trouver un travail au vidéoclub en face du café où elle travaille. Il l’accepte à contrecœur mais ne s’y sent pas à sa place : « S’il arrive qu’on se retrouve à l’opposé de son existence, se disait Dwayne lui-même, alors j’ai trouvé le point exact […] » (p. 89).

Un jour, il surprend Milly en train de tourner dans un film pornographique avec le patron du vidéoclub. Au lieu de chercher à s’expliquer avec elle, il s’éloigne sans bruit, va acheter un bidon d’essence et met le feu au vidéoclub. C’est ainsi qu’à la fin de l’été 2001 il est interné dans un hôpital psychiatrique sur avis des juges, considéré comme dément par les médecins. Il finit par ressortir, et se remet à boire.

Quand Ralph lui apprend que Susan a déménagé et refait sa vie avec Alex, Dwayne se jure de la reconquérir. C’est là qu’on retrouve Dwayne installé au volant de sa Dodge, non loin de la maison de Susan, observant ce qui se passe à l’intérieur. C’est alors qu’il repense à ce que lui a dit son oncle Lee :

 

« Mais s’il y a un problème que tu n’arrives pas à résoudre, […] tu peux compter sur moi. Même, je veux dire, […] si un jour tu as un problème de personne, je peux m’en occuper, insistait Lee, c’est-à-dire  […] faire en sorte que le problème s’évanouisse […] » (p. 76).

 

Il va donc le trouver dans son magasin d’antiquités à Chicago. Celui-ci accepte de s’occuper d’Alex en échange d’un service : il s’agit d’ « Irak », de « dollars », de « cargaison » et de « Baltimore ». On n’en saura pas plus à ce moment-là car la scène est racontée du point de vue de l’agent du FBI présent incognito dans le magasin, qui ne perçoit que quelques bribes de conversation. En fait, il est question du pillage par les locaux des objets patrimoniaux dans les musées et sites culturels pendant la guerre en Irak, en 2003. On soupçonne en effet un pillage organisé, à l’échelle internationale, destiné à alimenter un trafic d’objets archéologiques, notamment aux États-Unis où plusieurs pièces referont surface. Lee Matthews est bien sûr impliqué dans ce trafic de grande ampleur. Il envoie Dwayne à Baltimore afin de réaliser une transaction financière et récupérer les antiquités.

Pendant ce temps, les hommes de main de Lee tabassent Alex Dennis. Sur le chemin du retour, Dwayne remarque qu’il est suivi. Il s’arrête sur une aire de repos, et tandis que l’homme s’approche doucement de lui, il attrape sa crosse de hockey et le frappe jusqu’à la mort. Ce n’est qu’après qu’il remarque la plaque du FBI accrochée à sa ceinture. Comme prévu, son oncle Lee refuse de le couvrir. Il sait alors qu’il n’a plus rien à perdre et décide donc de garder les antiquités, de les cacher et de disparaître de la circulation.

Après avoir enterré les caisses dans le jardin de son ex-femme, il remonte dans sa voiture et roule jusqu’à la nuit, jusqu’au « Nouveau-Mexique puisque, c’est clair depuis longtemps, la raison de ce livre c’est Jim Sullivan ». Nous sommes en mai 2003 et Jim Sullivan prend la direction du « désert craquelé ». Mais voilà, « Dwayne Koster […] n’est plus dans le monde normal », et ce depuis bien longtemps, et « […]  dans son cerveau ça […]  a cogné bizarrement ce matin-là […] ». Obéissant à « la voix à l’intérieur de lui », à sa « pensée négative »,  il se met à accélérer de plus en plus, puis freine brusquement. Mais il est trop tard et la voiture plonge dans le vide. Scène finale : l’aube naissante, la voiture écrasée sur le sol du désert. Dwayne en sang voit une silhouette s’approcher : c’est Jim Sullivan qui « lui dit qu’il peut venir […] avec lui dans le désert ». Dwayne se lève et le suit, et ils disparaissent dans le lointain. « Et puis voilà, c’est l’Amérique ».

 

Ce roman est bien une sorte de fresque littéraire et historique de l’Amérique, depuis l’arrivée des premiers Européens sur la côte Est des États-Unis (Nouvelle-Angleterre), jusqu’en 2003 et la guerre en Irak, en passant par des moments importants tels que l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963, ou les événements du 11 septembre 2001. Il va même jusqu’à parler de l’élection du premier président noir, Barack Obama, qui aura lieu en 2008. On note aussi l’omniprésence des grandes œuvres et grands auteurs américains. Ainsi, Dwayne Koster lui-même enseignait la littérature, « la littérature américaine bien sûr. Il avait même tenu une thèse remarquée sur l’influence de Moby Dick dans le roman contemporain ». Il est d’ailleurs fait plusieurs fois référence à Moby Dick, ainsi qu’à « un baleinier de Nantucket ». Dans le coffre de sa voiture, on peut trouver un exemplaire de Walden ou la vie dans les bois, de H. D. Thoreau. Alex Dennis, collègue de Dwayne, était quant à lui spécialiste de la beat generation, et citait « Jack Kerouac ou bien William Burroughs ». Sont aussi évoqués dans le roman Whitman, Emerson et William Faulkner. Et, plus proches de nous, Thomas Pynchon, Don DeLillo, Jim Harrison, Laura Kasischke, Joyce Carol Oates, Richard Ford, Alice Munro, Philip Roth.

 

Tanguy Viel met en scène l’écriture de son roman et l’histoire de Dwayne Koster, sur fond sonore de Jim Sullivan. Sa construction plutôt inhabituelle fait de ce roman une sorte d’OVNI – comme l’a chanté Jim Sullivan – littéraire, tout à la fois un roman français et un roman américain, un road-movie, et un essai sur la littérature, soulignant en quoi l’origine géographique ou le genre qu’on associe à un livre peuvent être réducteurs, amenant avec eux bon nombre de clichés, d’éléments nécessaires à ce que ce roman soit classé dans telle ou telle catégorie...

 
Delphine, 1ère année Bibliothèques 2012-2013
 

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 07:00

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Stephen KING
22/11/63
Titre original
11/22/63
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Nadine Gassie
Albin Michel, 2013


 

 

 

« Kennedy assassiné hier à Dallas
au cours d’une tournée politique dans le Sud des U.S.A. »
Le Figaro, samedi 23 novembre 1963.

 

 

 

 

Et si vous pouviez changer le cours du temps en retournant dans le passé ? Et si le 22 novembre 1963 était un jour ordinaire dans l’Histoire ? Et si le 23 novembre 1963, les gros titres n’étaient pas consacrés à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ? Quelle serait alors l’histoire des États-Unis aujourd’hui ?

 

Biographie de l’auteur
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Né en 1947 à Portland, dans le Maine, Stephen King est un écrivain américain. L’ensemble de ses œuvres tourne autour du registre du fantastique, de la science-fiction, de l’horreur et du drame fantastique.

Après avoir obtenu sa licence en littérature anglaise en 1970, il alterna entre sa profession d’enseignant d’anglais et sa vie d’écrivain amateur. Il publia avec difficulté Carrie en 1974 et prit la décision de mettre fin à sa carrière d’enseignant pour consacrer sa vie à l’écriture.

Après plus de trente années de vie littéraire, il est l’auteur de plus de cinquante-trois romans dont deux sont à paraître cette année aux États-Unis, de dix recueils de nouvelles, et de quatre essais, primés par de nombreux prix prestigieux comme le prix Bram Stocker, le British Fantasy ou encore le Prix Locus.

Ses romans les plus célèbres sont Carrie, La Ligne verte, Shining, Misery, Ça et la série La Tour sombre. Plus de cent cinquante millions d’exemplaires de ses œuvres ont été vendus dans le monde. Stephen King s’est alors vu décerner le National Book Award en 2003 pour l’ensemble de sa carrière.

 

22/11/63

Stephen King voulut écrire ce roman en 1972 en l’intitulant Split Track, deux années avant la publication de Carrie. Ce projet fut abandonné car, comme il s’agissait d’un roman historique, son écriture nécessitait beaucoup de recherches pour représenter le plus fidèlement possible la vie quotidienne entre 1950 et 1960 aux États-Unis. Les moyens de l’époque ne lui suffisaient pas pour s’engager plus avant dans ce roman.
 
King dit d’ailleurs à ce sujet :

 

« J’ai tenté pour la première fois d’écrire ce livre en 1972. J’ai abandonné le projet parce que la recherche qu’il aurait impliquée semblait vertigineuse pour un homme occupé par l’enseignement à plein temps. Il y avait une autre raison : même neuf ans après les faits, la blessure* était encore trop fraîche. Je me réjouis d’avoir attendu. »

 

Puis, le 2 mars 2011 fut annoncée la publication de ce roman prévue pour le 8 novembre 2011, dont le titre original sera 11/22/63. Il était resté quarante ans dans l’ombre avant de voir son intérêt resurgir dans l’esprit du roi du fantastique.

Les lecteurs français passionnés par les histoires de l’auteur durent patienter deux années avant de pouvoir se procurer le roman traduit, disponible dès le 28 février 2013 sous le titre 22/11/63.

Dès sa sortie aux États-Unis, le roman reçut de nombreux avis positifs. Il resta vingt et une semaines sur la New York Times Seller list, à la première place durant quatre semaines consécutives à partir du 27 novembre 2011. Il devint rapidement un best-seller, remportant le Los Angeles Times Book Prize dans la catégorie Mystère/Thriller et le prix du meilleur roman de l’International Writers Award Thriller en 2012.

Pour terminer, le 12 août 2011, alors que le roman n’était pas encore sorti en librairie, Jonathan Demme annonça vouloir adapter le futur roman en film en collaboration avec Stephen King. Mais des différends entre l’auteur et lui concernant le contenu du script causèrent l’annulation du projet cinématographique.



Résumé

2011. Jake Epping est professeur d’anglais au lycée de Lisbon Falls. Il donne en plus de ses horaires habituels des cours de remise à niveau pour adultes. Le concierge du lycée, Harry Dunning, est un de ses élèves. Deux années plus tôt, pour un travail de dissertation sur le sujet « Le jour qui a changé ma vie », il écrivit un passage choquant de sa vie, à savoir l’assassinat de sa famille par son père durant son enfance. Il fut le seul à en ressortir vivant. Cette histoire marqua le professeur, sujet à l’émotion.

 

« À la moitié de la première page, mes yeux ont commencé à piquer et j’ai reposé mon fidèle stylo rouge. C’est quand je suis arrivé au passage où il avait rampé sous le lit, avec le sang qui lui ruisselait dans les yeux que j’ai commencé à pleurer. »

 

En 2011, son ami Al Templeton, propriétaire d’un fast-food, paraît avoir vieilli de plusieurs années au cours d’une seule journée. Jake aperçoit

 

« ses joues normalement rougeaudes devenues jaunes et flasques. Ses yeux bleus maintenant chassieux, au regard délavé et hébété de myope. Ses cheveux, hier encore presque tous noirs et aujourd’hui presque tous blancs. »

 

L’incompréhension et la stupéfaction gagnent Jake face à cette vision car « en vingt-deux heures, Al Templeton paraissait avoir perdu au moins quinze kilos. » La raison de ce changement soudain s’explique par la présence d’une fissure temporelle dans la réserve de son restaurant. À chaque passage, on se rend au  « 9 septembre 1958, deux minutes avant midi. »

Al Templeton expliqua que chaque passage dans la fissure jusqu’au retour dans le monde moderne a une durée égale à deux minutes pour toute personne restant en 2011. Que l’on s’aventure deux heures ou onze années dans le passé, notre retour se fera deux minutes après notre passage dans la fissure.

Le changement physique soudain d’Al Templeton s’explique par le fait qu’il a attrapé un cancer du poumon alors qu’il était dans le passé. En effet, pour tenter de sauver la vie de Kennedy, il resta cinq années dans le passé – mais deux minutes en 2011, ce qui laissa le temps à son corps de s’affaiblir. Mais se voyant dépérir de plus en plus, et sachant pertinemment qu’il ne parviendrait jamais à survivre jusqu’au 22 novembre 1963, il prit la décision de revenir en 2011 avant d’avoir réussi sa mission.

C’est la raison pour laquelle Al Templeton confie une requête à son ami Jake : sauver John Fitzgerald Kennedy à sa place car son cancer va entraîner sa mort incessamment. Et étant donné que le drame dans la vie du concierge Harry Dunning se déroule à Halloween 1958, Jake décide de changer le cours du passé : il sauvera la famille Dunning de la folie du père en se rendant à Derry, avant de tenter de sauver la vie du 35ème président des États-Unis. Mais « le passé est tenace, il ne veut pas être changé. La résistance au changement est proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risque d’avoir sur le futur. »

 

Une critique du monde moderne

Ce livre sur le voyage dans le temps a permis à King de faire passer des messages quant à nos habitudes quotidiennes. Il dénonce le quotidien des populations dans les pays développés, leur dépendance au virtuel. Aujourd’hui, sans les écrans, chacun d’entre nous serait perdu.

 

 « Après une période de sevrage informatique, j’avais pris suffisamment de recul pour mesurer à quel point j’étais devenu accro à ce foutu ordi, passant des heures à lire des pièces jointes stupides et à visiter des sites Internet pour la même raison qui pousse les alpinistes à vouloir escalader l’Everest : parce que c’est là !

 

Mon téléphone portable ne sonnait jamais parce que je n’en avais pas, et vous ne pouvez pas imaginer le soulagement que c’était. » (p. 253-254)

 « Après avoir compté tous les Dunning de l’annuaire (quatre-vingt-seize), autre chose m’avait frappé : j’avais été conditionné, pour ne pas dire handicapé, par une société où l’Internet était tellement omniprésent que j’en étais venu à le prendre pour acquis et à en dépendre complètement. Aurait-il été si difficile que ça de localiser la bonne famille Dunning en 2011 ? Entrer Tugga Dunning et Derry dans mon moteur de recherche préféré aurait probablement suffi ; taper ensuite Entrée et laisser Google, ce Big Brother du XXIe siècle, faire le reste.

Dans le Derry de 1958, les ordinateurs les plus perfectionnés avaient la taille de petits immeubles et le journal local n’était d’aucune aide. » (p. 159)

 

Il dénonce également la mauvaise qualité des produits de consommation. En effet, quand Jake revient en 2011 et qu’il monte dans sa voiture, il critique sa composition en la comparant à celle qu’il avait achetée en 1958.

 

« En coupant le moteur, j’ai mesuré à quel point ma Toyota n’était qu’un tas de plastique et de fibre de verre tout à fait hideux, exigu et bas de gamme, en bref minable comparée à la bagnole qui avait été la mienne à Derry. »


En lisant ce livre, on a également conscience que notre alimentation a beaucoup changé si on la compare à celle de nos grands-parents :

 

« J’ai pris mes dispositions pour me faire livrer le journal et le lait : imaginez, des bouteilles en verre épais remplies d’un breuvage incroyablement crémeux déposées sur le pas de votre porte. Tout comme la racinette de Frank Anicetti, ce lait avait une saveur incomparable. La crème était encore meilleure. J’ignorais si la crème artificielle avait déjà été inventée, mais je m’en fichais. Je n’en aurais pas voulu pour un empire, pas avec de tels produits à portée de main. » (p.202)

« La tarte était délicieuse – du vrai chocolat, de la vraie crème. » (p. 181)

« J’ai décongelé à coups d’ondes radioactives quelques plats surgelés. »

 

 

Retour à Derry

Le fait qu’une partie du roman se déroule à Derry peut inciter certains lecteurs à s’intéresser à l’histoire car c’est dans cette même ville fictive que se déroule l’histoire de Ça. On y retrouve d’ailleurs deux protagonistes, Richie Tozier et Beverly Marsh, car l’histoire se déroulait également en 1958 pour la partie de l’histoire relative à leur enfance.

Un paragraphe m’a rappelé l’atmosphère noire du roman comme l’instant où Jake Epping se souvient d’une impression étrange ressentie quand il s’était rendu au terrain où se trouve la défunte aciérie Kitchener. Ici gisait une cheminée effondrée et alors qu’il regardait dans le trou noir de cette dernière, une voix lui parvint dans son esprit :

 

« Entre, viens voir, semblait chuchoter la chose dans ma tête. Oublie tout le reste, Jake – viens voir. Viens me voir. Le temps n’a pas d’importance ici, ici le temps se contente de se dissiper. Tu sais que tu en as envie, tu es curieux, tu le sais. C’est peut-être un autre trou de terrier. Un autre portail. » (p. 210-211)

Même si à cette période, les enfants du Club des Ratés pensaient avoir vaincu le clown Grippe-Sou, on peut analyser ce passage comme le fait qu’il soit encore à Derry, préparant son retour pour 1985. Ce passage est aussi problématique car il remet en question le thème du roman où seuls des enfants étaient capables de voir ou entendre le clown assassin. Mais dans 22/11/63, Jake a l’air de l’entendre…

De plus, au moment où Jake sauve la famille Dunning du père venu assassiner sa famille, des détails sanglants rappellent aussi ce même roman.

 

 « Doris était par terre. Il lui avait déjà cassé le bras – l’os saillait par une déchirure dans la manche de sa robe – et, apparemment, démis l’épaule aussi. » (p. 244)

 

Ce passage rappelle le meurtre de George Denbrough qui se fait tuer par Ça en se faisant arracher un bras dans une bouche d’égout au tout début du roman.

 

« Au moment où Harry tira sur sa carabine à air comprimé – ka-tak ! -, Dunning abattit sa masse sur la tête de Tugga. Le visage du gamin disparut derrière un rideau de sang. Des fragments d’os et des touffes de cheveux furent projetés en l’air ; des gouttelettes écarlates éclaboussèrent jusqu’au plafonnier. » (p. 245)

 

Ce court passage rappelle le côté sanglant de Ça.

 

Analyse de l’œuvre

En comparant 22/11/63 avec d’autres œuvres de King, on constate que le personnage n’occupe pas la même place dans cette nouvelle intrigue. En guise d’exemple, dans Shining et Ça, l’attrait de l’histoire dépend des personnages, placés au centre de l’intrigue à travers leurs problèmes psychologiques. Jack Torrance et les enfants du Club des Ratés en sont un bon exemple.

Tandis que dans 22/11/63, l’intrigue ne dépend plus vraiment du personnage en raison de son psychisme fragilisé. Sa place est secondaire. Les descriptions psychologiques restent très peu développées, voire absentes. Une personne ordinaire autre que Jake Epping aurait très bien pu assurer son rôle dans l’histoire.

Le seul détail dont le lecteur ait connaissance est que Jake Epping connaît des problèmes relationnels avec son épouse dont il a récemment divorcé. Alcoolique, elle lui reprochait d’avoir un « gradient d’émotion inexistant » et de ne pas avoir « la larme facile ». Mais ce détail n’a aucun rapport avec l’histoire. Il aurait pu ne pas être précisé, l’histoire n’aurait pas subi de grands changements.

De plus, le style littéraire de King ne m’a pas surpris. La magie des mots a disparu. Je juge cette histoire comme étant trop accessible à tous les lecteurs alors que des romans comme Ça et Shining ont un intérêt très limité pour eux.

L’histoire faisant 930 pages, j’ai noté quelques longueurs avec des descriptions dont le but était de prouver au lecteur que l’auteur a une connaissance précise de la vie américaine du milieu du XXe siècle plutôt que d’apporter quelque chose à l’histoire. Malgré tout, ces longueurs restent intéressantes et n’engendrent pas de lassitude du fait que le roman peut être considéré comme une sorte d’encyclopédie. On y apprend beaucoup de choses sur la vie américaine de l’époque, tels que les modes de vie, les musiques, les émissions de télévision, la ségrégation…

 Lorsqu’il assista à la projection de son roman Shining adapté au cinéma par Stanley Kubrick, King dit qu’il trouvait le film excellent en tant que spectateur mais mauvais en tant qu’écrivain. Mon jugement à propos de ce livre se rapproche de cette critique car 22/11/63 est un très bon roman en tant qu’histoire, mais un mauvais roman en tant que livre de Stephen King à cause d’un style appauvri, trop accessible à tous les lecteurs.
 

 Yann, 1ère année Bib 2012-2013

Note

* l’assassinat de Kennedy


Liens

http://club-stephenking.fr/2083-221163-stephenking-112263?lng=fr&pg=2083

http://en.wikipedia.org/wiki/11/22/63

http://www.albin-michel.fr/multimedia/Documents/espace_journalistes/communiques_de_presse/201303/KING.pdf

 

 

Stephen KING sur LITTEXPRESS

 

 

Stephen King La Ligne verte

 

 

 

 

Article de Clémence sur La Ligne verte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 07:00

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Jean-François PAROT
L’Enquête russe
Éditions 10/18
Coll. Grands détectives, 2013















Biographie

Jean-François Parot est né à Paris en 1946. C’est un diplomate et un auteur de romans policiers. Conseiller à l’ambassade de France à Sofia, en Bulgarie, il prend sa retraite en 2010.

Dès l’enfance il côtoie le monde cinématographique avec des personnalités telles que Jean Gabin, Marcel Carné et Abel Gance. Jean-François Parot est licencié de lettres, mais également titulaire d'une maîtrise en histoire et a obtenu un diplôme d'études supérieures d'ethnologie. C’est aussi un spécialiste des techniques de momification égyptiennes, des mythes des sociétés océaniennes et du Paris du XVIIIème siècle. Des connaissances qu’il utilisera par la suite dans la conception de ses ouvrages.

On le connaît essentiellement pour sa série de romans policiers Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet. Elle compte aujourd’hui onze tomes, dont le dernier est sorti cette année (2013) et se nomme L’année du volcan. Il reçoit en 2006 le prix de l’Académie de Bretagne pour Le Sang des farines et en 2007 celui du Lion’s club pour le même ouvrage. Ses livres ont été traduits dans diverses langues (italien, espagnol, anglais, russe, japonais et coréen). Il est également l’auteur d’un essai : Structures sociales des quartiers de Grève, Saint-Avoye et Saint-Antoine : 1780-1785.



Bibliographie concernant les enquêtes de  Nicolas Le Floch :

1) L'Énigme des Blancs-Manteaux (2000)
2) L’Homme au ventre de plomb (2000)
3) Le Fantôme de la rue Royale (2001)
4) L'Affaire Nicolas Le Floch (2002)
5) Le Crime de l'hôtel Saint-Florentin (2004)
6) Le Sang des farines (2005)
7) Le Cadavre anglais (2007)
8) Le Noyé du grand canal (2009)
9) L'Honneur de Sartine (2010)
10) L'Enquête russe (2012)
11) L'Année du volcan (2013)

Ils sont tous sortis en grand format aux éditions Jean-Claude Lattès et au format poche aux éditions 10/18.



Résumé

Dans le Paris du XVIIIème siècle, Paul, le fils de la tsarine Catherine II, a prévu un voyage incognito à la cour du roi Louis XVI. Il se fait pour cela appeler Comte du Nord. Cependant, le mercredi 22 mai 1782, le comte Rowski, ancien favori de la tsarine, est retrouvé assassiné dans un hôtel rue Richelieu. Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil, est le commissaire du roi aux affaires extraordinaires. Il est mis sur l’affaire, qui doit rester secrète pour ne pas alarmer le Comte du Nord qui doit arriver. Le jour suivant, le corps du commis de l’hôtel est découvert dans le filet de Saint Cloud. Peu de jours plus tard, le comte arrive avec sa femme pour loger chez le ministre russe à Paris.

 Parallèlement aux affaires de meurtres un conflit politique oppose les Anglais et les Américains. En effet, l’indépendance de l’Amérique se précise, les Américains avec l’aide des Français tentent de chasser les Anglais. Louis XVI pense qu’en faisant gagner les Américains la Russie fera régner la paix. Elle pourrait par ce stratagème s’en attribuer les mérites. Il recherche donc un homme de confiance qui enquêtera quant aux réelles intentions des Russes. Sartine, un ancien ministre de la marine, confie au marquis de Ranreuil cette mission autant secrète que délicate. Pour que le comte du Nord demande leurs services, ils ont pour projet de dérober une broche d’une très grande valeur appartenant à la comtesse du Nord. Le but de cette manœuvre étant que Nicolas se rapproche du tsarévitch et qu’il se fasse accepter de lui.

L’affaire va se compliquer le 27 mai 1782. C’est ce jour-là que l’un des collaborateurs de Nicolas le Floch est sur le point de voler le bijou. Un accroc se produit et le commissaire est appelé de toute urgence au Châtelet alors qu’il est à une représentation théâtrale tout comme que le comte du Nord. Deux meurtres ont été commis au logement dans lequel a été accueilli le comte du Nord. Les victimes sont une mouche (espion) que Nicolas Le Floch avait placée en observation comme frotteur et un serviteur du comte. La broche de la comtesse reste introuvable…



Portrait de Nicolas Le Floch

Il est né aux alentours de 1740 en Bretagne. Il est ce qu’on appelle un « enfant trouvé ». Il a été recueilli par le chanoine Le Floch, dont il portera le nom par la suite. Il a reçu une éducation de gentilhomme humaniste par son oncle le marquis de Ranreuil. Il est donc bien instruit : il sait parler anglais, monter à cheval, connaît l’art de l’escrime. Il commence sa carrière en tant que secrétaire du commissaire Lardin et fera sa première enquête sur la disparition de ce commissaire.

Son fils Louis est né de son union avec Antoinette Godelet, une femme de chambre. Dans L’Enquête russe, Antoinette est en mission pour la couronne à Londres. Il vacille entre son amour pour Antoinette et la passion qu’il éprouve pour Aimée d’Arranet, une suivante de Madame Elizabeth (une des sœurs du roi). Il ne veut pas se demander s’il ressent réellement de l’amour pour elle ou uniquement une passion physique.

 

 « Comment pouvait-il concilier sa fidélité amoureuse envers Antoinette avec la passion inspirée par Aimée d’Arranet ? Il n’avait pas la réponse à cette question et n’en cherchait pas. Le fait s’imposait à lui sans détour. C’était la lutte entre le lilas et le jasmin, il sourit à cette pensée.» (p. 261). 

 

Nous pouvons voir qu’il met plus de distance entre lui et Aimée puisqu’il cite le nom de famille de cette dernière. Alors qu’il cite uniquement le prénom d’Antoinette. Les femmes sont liées au parfum qu’elles portent. Nicolas voit ces deux femmes comme des fleurs qui luttent pour trouver une place dans son esprit. La « fidélité amoureuse » qu’inspire Antoinette semble plus noble que la simple passion inspirée par Aimée. Nicolas Le Floch est un homme simple qui ne veut pas souffrir de débats intérieurs. Il a d’autres mystères à résoudre que de savoir laquelle des deux femmes a le plus de place dans son cœur et dans son esprit. Nous pouvons penser qu’il a l’âme poétique lorsqu’il compare les femmes à des fleurs. C’est un séducteur qui sait jouer de ses charmes : « Le pouvoir de séduction de Nicolas était tel qu’elle finit par sourire, se leva et rajusta sa tenue. »(p. 280).  Il en use pour obtenir des informations d’une servante au sujet du double meurtre dans le logement du comte du Nord.

Il aura aussi une aventure d’une nuit avec une prostituée. Elle a le même parfum qu’Antoinette. La question de la tromperie ne s’est pas imposée à son esprit puisqu’il n’a fait que revivre en quelque sorte un épisode de sa jeunesse. Il voyait en cette prostituée l’image d’Antoinette. Cette aventure montre sa générosité puisqu’il offre de l’argent à cette prostituée dans le but de l’aider à subvenir aux besoins de son fils. De plus il lui laisse une adresse à laquelle elle pourra se rendre pour avoir des louis d’or supplémentaires. Il avait promis aussi à Dangeville dit La Fouine, la mouche assassinée au début de l’histoire, de subvenir aux besoins de sa fille et de la protéger, s’il venait à mourir.

Ce qui nous amène à parler du sentiment qu’il éprouve lorsqu’il découvre le cadavre de La Fouine. La citation qui suit nous permet d’analyser ce qu’il a ressenti :

 

 « Nicolas serra les dents de pitié devant le pauvre corps de celui qui lui avait fait confiance. Il avait beau se dire qu’un destin fatal attendait le voleur, il n’en éprouvait pas moins ce regret qui s’était emparé de lui et lui poignait l’âme depuis qu’il lui avait fermé les yeux. » (p. 237)

 

Nous voyons que cette perte l’a profondément touché et n’était pas uniquement un dommage collatéral comme on pourrait le penser. Cette mort va motiver Nicolas plus que jamais à retrouver le tueur pour venger son indicateur. C’est une question d’honneur pour lui. Il se sent responsable de sa mort car c’est lui qui a fortement insisté en le menaçant  pour qu’il fasse partie du complot. Cet événement a fait douter notre personnage quant à son activité professionnelle. Plus d’une fois il a voulu quitter sa profession et se retirer sur ses terres à Ranreuil. Cependant la réalité l’a vite rattrapé et il s’est raisonné. En effet s’il quittait la police reverrait-il Bourdeau, ses amis ?

Nous pouvons constater au fil de l’ouvrage que Nicolas demande des conseils à ses amis pour avancer dans son enquête. Lorsqu’il est invité à la table de Noblecourt, un de ses amis qui est magistrat, notre héros n’hésite pas à parler de l’enquête avec lui. Il désire avoir son avis sur l’affaire en cours puisque son aide est précieuse et ses réflexions, pertinentes. Il semble intéressant pour notre personnage d’avoir un avis extérieur à l’affaire pour pouvoir porter un nouveau regard critique sur les différents meurtres auxquels il est confronté.

 Nicolas n’est pas orgueilleux : « Cet accès de l’orgueil de leur nom ne correspondait pas à ce qu’il éprouvait lui-même.» Lorsqu’il était  plus jeune, il a refusé le titre de marquis de Ranreuil. Cela nous prouve que son nom lui importe moins que le fait de servir la famille royale. Tout au long de la saga, il aura servi deux rois : Louis XV et Louis XVI, qui est sur le trône dans L’Enquête russe. La comtesse du Barry, favorite du roi lui a offert la tabatière de Louis XV, dont il ne se sépare jamais.

Il travaille sans relâche corps et âme pour résoudre les affaires que lui a confiées le roi : « C’est le roi. Je lui obéis et le vénère. » (p 202). Il n’y a pas d’autre explication à sa fidélité.  De plus, quand le comte du Nord lui propose d’entrer à son service pour devenir son fidèle limier, il reste sur ses gardes et ne s’engage pas. Il demeure le fidèle serviteur du roi et uniquement le sien. Mais cela ne l’empêche pas d’aider le comte à résoudre une affaire de meurtre.

Nous pouvons conclure que Nicolas est très lié à la famille royale tant par ses sentiments, que par son devoir.



Un univers : la cour

Le roi Louis XVI
portrait_loui_XVI.jpgL’histoire se déroule comme nous l’avons vu en 1782, sous le règne de Louis XVI et de Marie-Antoinette.  Le couple a eu deux enfants : une fille surnommée Madame Royale, dont le véritable prénom est Marie-Thérèse, et un fils, le Dauphin.  À cette époque une cour se composait des deux souverains du royaume et de courtisans qui faisaient tout pour leur plaire. La vie à la cour était ponctuée de différents divertissements tels que les bals, les promenades organisées dans les jardins du château de Versailles, les soirées dites en appartement...  Au cours de ces soirées, les souverains et leur cour pouvaient danser et jouer à divers jeux de société. Les courtisans perdaient beaucoup d’argent à ces jeux, ce qui avait pour effet d’augmenter le montant de la cassette royale.


La reine Marie-Antoinette
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À l’époque où se déroule l’action, l’impopularité de la reine commence à poindre. Maître Vachon est le tailleur de Nicolas Le Floch et de Sartine. Il appelle la reine «  Madame Déficit ». Ce surnom vient du fait que le peuple reproche à la reine ses dépenses au montant scandaleux. La reine est passionnée par le billard et les jeux de cartes. Ces passions sont à l’origine de certaines augmentations d’impôts qui servent à renflouer la cassette royale. Il lui est également reproché d’être trop frivole, et de constamment s’amuser sans se préoccuper du bien-être du royaume et de son peuple. Cela explique la fureur du peuple à son encontre.

Cette impopularité de la reine auprès du peuple surprend Nicolas car il est très attaché au couple royal. De plus il imagine mal que d’autres personnes ne ressentent pas la même chose que lui sur ce sujet. Pour en revenir à Maître Vachon, il reproche à la reine de ne plus commander autant de vêtements luxueux qu’avant. Elle se plaîl à s’habiller comme une bergère, lorsqu’elle se rend au Trianon en compagnie d’intimes. Selon Michelle Sapori, auteur d’un ouvrage consacré à Rose Bertin, c’était « une bergère propre et coquette, villageoise de satin ». Mme Bertin était la couturière attitrée de la reine tout au long de son règne. L’industrie du vêtement de luxe a souffert  de cette mode épurée privilégiant la simplicité, puisque la cour l’a adoptée. À cette époque, les courtisans calquaient leur mode de vie et leurs habitudes sur celles de leurs souverains. Il semblait impensable qu’une reine se vêtît comme une simple bergère alors qu’elle devait montrer l’exemple et représenter la grandeur et la magnificence de la cour de France. Des scandales ont éclaté suite à cette nouvelle tendance qui désacralisait totalement la reine, en faisant d'elle aux yeux de tous une femme comme les autres. Nous pensons que cette mode,  tout comme ce qu’il se passait au Trianon,  a eu pour conséquence le déclin de la monarchie.

Le Trianon faisait bien des envieux, puisque la reine n’y conviait que certaines personnes triées sur le volet. Elle s’y rendait quand elle voulait fuir la cour. Elle y donnait des fêtes somptueuses,  jouait des pièces de théâtre avec ses proches, donnait à manger aux animaux... Une fois de plus, elle agissait comme une simple femme et non comme une souveraine. Les courtisans se démenaient pour se faire apprécier de la reine dans le but d’obtenir le privilège d’assister à ces événements festifs. Cela créait des tensions entre eux et suscitait beaucoup de médisances à propos de la reine. De plus, la cour se sentait totalement délaissée lorsqu'elle y partait pour quelques jours.

L’impopularité du couple royal, et en particulier celle  de la reine, était notable : beaucoup de pamphlets et de caricatures circulaient. Ils présentaient la reine comme un monstre ou bien une poule. Pour le peuple, elle restera l’Autrichienne et ne sera jamais acceptée comme une Française.

Dans L’Enquête russe, un bal est donné par la reine le 8 juin 1782 à Versailles en l’honneur du comte du Nord et de sa femme. Nicolas y est convié avec son fils par la reine, ce qui est un immense privilège. Lors de ce bal, la reine danse avec Nicolas, ce qui suscite la jalousie de plus d’un courtisan comme en témoigne cette réflexion d’un personnage :

 

 « Qu’éprouvait-il pendant cette danse ? Orgueil ?  Non, plutôt une sorte de détachement qui le menait à être, comme dans tant d’occasions le spectateur de lui-même » (p. 347).

 

C’est son humilité qui distingue Nicolas des autres nobles. Il parvient toujours à prendre du recul par rapport à la position qu’il occupe, ainsi qu’aux privilèges qui lui sont accordés par le roi et la reine. Ce recul lui permet de mesurer la chance qu’il a et de ne pas en abuser.

 

 « – Le cavalier de Compiègne est bien rêveur ce soir, dit Marie-Antoinette, alors qu’ils étaient rapprochés dans la formation d’une figure.
 
– Madame, Sa Majesté doit croire qu’on le serait à moins quand l’honneur insigne d’être son cavalier vous échoit.

– Je vous ai connu moins fin courtisan, monsieur.

– La vérité que je dois à Votre Majesté c’est que je compte mes pas, n’ayant guère l’occasion de danser pour le service du roi !

Elle jeta la tête en arrière en riant.

– Merci, monsieur,  je vous retrouve ; la vérité n’est pas courtisane. »  (p. 347)

 

Ce dialogue dévoile bien la simplicité et la sincérité de notre personnage, ce qui plaît à la reine, qui rappelons-le ne porte pas les courtisans dans son cœur. La dernière réplique de la reine montre bien qu’elle sait pertinemment que les courtisans ne disent que ce qu’elle ou son mari veulent bien entendre. Ils représentent à ses yeux tout ce qu’il peut exister de plus faux, de plus cupide et de plus hypocrite qui soit. Ce qui explique pourquoi elle cherche autant à trouver une sorte d’authenticité quand elle part pour Trianon.

Les courtisans ne comprennent pas comment Nicolas, surgi de nulle part à la cour de feu le roi Louis XV, a pu en si peu de temps gravir l’échelle sociale et se faire une place auprès des personnalités les plus puissantes de la cour de France. Le marquis de Ranreuil est redouté à la cour à cause de ses relations privilégiées et du respect qu’il impose. Il ne trouve pas sa place dans le milieu des courtisans et se sent différent d’eux : « […] non vraiment il n’appartenait pas à ce monde-là qu’il servait. » (p. 349).  Il ne peut pas se sentir à sa place chez les hommes et femmes du peuple puisqu’il a les « mêmes privilèges et habitudes de vie » (p. 348) que les courtisans.
  
Une autre différence est notable entre Nicolas et la cour ; pour expliquer cela, prenons deux exemples.

Sartine se moque de la mort de Dangeville car pour lui ce n’était qu’un pion, à la différence de Nicolas, qui ressent un profond regret suite à cette disparition, et des remords qui le poursuivront tout au long de l’ouvrage. Nous observons également que le comte du Nord n’éprouve rien quand il apprend la mort de Pavel. Cet homme était un serviteur envoyé par sa mère, la tsarine de Russie, pour le surveiller, selon lui.

Concluons donc que les serviteurs représentent peu de choses aux yeux des puissants. Cela contraste avec le fait que le père de Nicolas traitait les siens avec beaucoup de considération et qu’ils le lui rendaient au centuple.

Nous pouvons voir une nette scission entre les deux mondes. Nicolas, ayant commencé au bas de l’échelle sociale, peut mieux comprendre ce que les serviteurs peuvent ressentir. 



La police au XVIIIème siècle

En 1667, Louis XIV créa la charge de lieutenant de police à Paris. Le premier à exercer cette charge fut Gabriel Nicolas de La Reynie. Puis, en 1708, La Reynie mit en place la charge d’inspecteur pour seconder le commissaire. Au niveau hiérarchique, en-dessous des postes cités précédemment, se trouvent les guets puis la garde de Paris. Au XVIIIème siècle, cette hiérarchie connaît quelques petits changements, puisque les exempts et les sergents prennent la place des guets.

Pour résumer, en haut de la hiérarchie se place le  lieutenant général de police ; dans le roman il s’appelle Le Noir. Selon A. Gazier « un lieutenant de police doit prévenir les crimes, les malheurs [….] qui peuvent menacer les citoyens ». Il pense également qu’il y avait très peu de policiers à l’époque. Le lieutenant général  dépend du Roi.

Leurs seconds sont les commissaires, par exemple Nicolas Le Floch. Selon Sartine, qui a réellement existé, les commissaires servent d’intermédiaires entre le peuple et les souverains.

En dessous des commissaires se trouvent les inspecteurs, comme Bourdeau. Il est l’adjoint de Nicolas et a noué une grande amitié avec lui. Il remet Nicolas dans le droit chemin en l’aidant et en lui remontant le moral. Il le soutient quand il doute, pour lui prouver qu’il a eu raison d’agir comme il l’a fait. Nous pouvons donc dire qu’il a un rôle important dans la résolution des affaires sur lesquelles ils enquêtent.

Ensuite, les exempts et sergents étaient aux renseignements et servaient d’intermédiaires entre leurs supérieurs et les indicateurs.

Puis, tout en bas dans la hiérarchie, nous retrouvons les mouches et les différents indicateurs de la police. Les mouches étaient les espions engagés par la police pour filer ou surveiller des suspects. Ce pouvait être des  tenancières de maisons closes, d’anciens voleurs ou des personnes ayant eu un lourd passé judiciaire. Leur rôle était d’être les yeux et les oreilles de la police. Elles pouvaient ainsi avoir connaissance de tout ce qui se passait dans le royaume. Les mouches étaient obligées de coopérer car la police avait des informations compromettantes sur elles. Si elles étaient divulguées, ces personnes pouvaient aller en prison, ou être punies de mort. Dans le roman, les mouches sont Piquadieu, dit La Jeunesse, La Paulet une maquerelle, Dangeville… 

D’autres personnes aident aussi la police comme des ambassadeurs, des traducteurs et des médecins légistes. Les médecins légistes apparaissant dans le roman sont deux. Leurs noms sont Semacgus, qui est un bourreau, et Sanson, un ancien chirurgien de la marine. Ils sont d’une grande aide pour la police lorsqu’il s’agit de déterminer les circonstances de la mort des victimes. Le premier assiste le second pour l’ouverture des corps à la Basse Geôle, qui se trouve au Châtelet. Historiquement, l’identification des cadavres était effectuée à cet endroit.

Le Grand Châtelet était le lieu de réunion de la police. Nicolas Le Floch y retrouve ses collègues pour faire le point sur l’enquête en cours et pour qu’ils réunissent les informations qu’ils ont collectées individuellement. Au-dessous du bureau de permanence se trouvent des  geôles. Y sont  enfermés les potentiels suspects ou les mouches que la police désire avoir à portée de main, de peur qu’elles ne se volatilisent avec des informations confidentielles ou d’une grande importance.

Dans l’œuvre de Parot la police française est considérée comme « la meilleure police d’Europe […] Celle qui retrouvait les montres qu’elle faisait elle-même dérober pour mieux les restituer, si vite que l’honneur en rejaillissait », selon les dires de Sartine dans le roman (p. 27-28). C’était vrai puisque l’histoire nous prouve que la police française était admirée par les souverains des autres pays et décrite comme très efficace.

Sartine (1729-1801) a réellement existé : « l’histoire vante avec raison sa prodigieuse habilité à découvrir les malfaiteurs. Rien ne lui échappait, dit-on. ». Il a rédigé un mémoire en 1768 qu’il achevé en 1771. Il expliquait  le fonctionnement de la police française. Ce mémoire a été rédigé à la demande de Catherine II, la tsarine de Russie.  Selon son mémoire la police avait pour rôle de maintenir les règles et d’appliquer les peines. Elle intervenait dans les affaires concernant

 

« la religion ; la discipline des mœurs (désordres causés par l’ivrognerie par exemple) ; la santé ; les vivres ; la voirie (par rapport aux bâtiments); la sûreté et la tranquillité publiques (homicides, vols…) ; les sciences et les arts libéraux ; le commerce ; les manufactures et les arts mécaniques ; les serviteurs, domestiques, et ouvriers ; les pauvres (mendicité) »

 

Sartine distingue deux types de police : la police simple ou ordinaire et la police criminelle qui s’occupe des crimes et des délits. Dans l’œuvre nous avons une vision de ce deuxième type de police.

Concluons que la police du XVIIIème siècle se faisait respecter par la crainte qu’elle inspirait. Elle est vue comme un réseau de plusieurs personnes qui travaillent à la protection et à la sauvegarde des nobles, du clergé et du peuple.



La série télé
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Les Enquêtes de Nicolas Le Floch ont été adaptées au petit écran à partir de 2008. Cette série télévisée est diffusée sur France 2. À ce jour nous pouvons compter dix épisodes, répartis en cinq saisons. Ce sont des épisodes longs de 90 minutes.


Cependant la série ne respecte pas l’ordre chronologique de parution des ouvrages puisque L’Homme au ventre de plomb (2ème tome) est diffusé avant  L'Énigme des Blancs-manteaux (1er tome). Si la série ne suit pas cet ordre elle respecte néanmoins l’esprit de livres et reste le plus proche possible de leur contenu. À l’exception des épisodes La Larme de Varsovie et Le Grand Veneur diffusés en 2010 qui s’écartent totalement du roman car ils ont été imaginés par Hugues Pagan. Hugues Pagan est un auteur de romans policiers mais également un scénariste de films et de séries télévisées.

Le comédien Jérôme Robart a été choisi pour incarner le personnage du marquis de Ranreuil. Pour en savoir plus : une interview de Jérôme Robart réalisée en 2008 par Esther Bay et Baptiste Jacquiau :

 http://www.serieslive.com/article/516/jerome-robart-le-tournage-de-nicolas-le-floch-etait-une-course-contre-la-montre/



Mon avis

J’aime beaucoup la langue du XVIIIème siècle, car elle est très riche d’expressions qu’on n’utilise plus aujourd’hui. Cette noble langue est également pleine de musicalité.

Beaucoup de détails nous permettent d’entrer dans l’histoire et enrichissent l’intrigue. Nous avons ainsi des descriptions de repas entre amis avec les recettes détaillées, des descriptions du mobilier, mais également le nom des rues de Paris et l’ambiance qui y règne.

Je conseillerais aux lecteurs de commencer par le premier tome des enquêtes de Nicolas Le Floch. Il est difficile de lire le dixème sans avoir lu les autres, car des allusions sont faites aux tomes précédents. De plus l’histoire étant déjà mise en place, les personnages ont connu maintes péripéties ce qui va plus ou moins renforcer leurs liens. Pour bien comprendre l’histoire et le caractère de chaque personnage, le mieux est donc de commencer par le premier roman.

J’aime beaucoup les romans historiques car je pense que les époques passées ont plus de charme que la nôtre. À côté de ses costumes, ses coutumes, sa langue, le présent semble bien pauvre. Selon moi c’est un magnifique roman, qui fait découvrir des personnages à la psychologie très intéressante. L’auteur nous immerge totalement dans le Paris du XVIIIème siècle, ce qui fait le charme de l’œuvre.


Marina, 1ère année Bibliothèques


Sources

PAROT, Jean-François. L’enquête russe. 2013
 

 

Marie-Antoinette, une jeune fille dans l’arène. Télérama hors série, 2008
 

 

LEVER, Evelyne. Marie-Antoinette, un destin brisé. Le Grand livre du mois.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/1782

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_Parot

 

http://www.nicolaslefloch.fr/

 

http://www.wat.tv/video/jean-francois-parot-l-enquete-4utq5_2iynl_.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27ind%C3%A9pendance_des_%C3%89tats-Unis

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Le_Floch

 

http://rives.revues.org/3962

 

http://www.bmlisieux.com/litterature/gambier/gambie23.htm

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lieutenant-g%C3%A9n%C3%A9ral_de_police_en_France_sous_l%27Ancien_R%C3%A9gime

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94412w/f8.image

 

http://www.nicolaslefloch.fr/Histoires/chronologie.html

 

http://www.serieslive.com/article/516/jerome-robart-le-tournage-de-nicolas-le-floch-etait-une-course-contre-la-montre/

 

www.france2.fr/serie-fiction/nicolas-le-floch/videos/interview-de-jerome-robart 

 

http://www.france2.fr/serie-fiction/nicolas-le-floch/videos/les-costumes  

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Le_Floch_%28s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e%29#.C3.89pisode_1_:_L.27Homme_au_ventre_de_plomb

 

http://www.babelio.com/auteur/Jean-Francois-Parot/5454

 

 

 

Jean-François PAROT sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Astrid sur L'Énigme des Blancs-Manteaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Marina - dans polar - thriller
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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 07:00

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Annie PROULX
Brokeback Mountain
Traduction
Anne Damour
Grasset, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Annie Proulx est une journaliste américaine qui publiait des guides pratiques de bricolage avant de se lancer dans l'écriture de romans et de nouvelles. On lui décerne par deux fois le prix Pulitzer, pour son roman Nœuds et Dénouements et pour sa nouvelle Brokeback Mountain.
 


L’édition

La nouvelle fut publiée pour la première fois dans le magazine The New Yorker le 13 octobre 1997. Elle paraît ensuite en 1999 dans le recueil Close Range, dont les nouvelles se déroulent toutes dans le Wyoming.

En France elle paraît d'abord en 2001 dans le recueil Les pieds dans la boue chez Payot, avant de bénéficier d'une édition séparée chez Grasset en 2006.
 


La nouvelle

L'été 1963, dans les montagnes du Wyoming, deux cow-boys, saisonniers des ranchs, se rencontrent. Employés comme bergers et responsables de camp, Ennis Del Mar et Jack Twist qui « n'avaient pas vingt ans » vont passer l'été ensemble et tomber amoureux. À la fin de l'été, le travail achevé, ils se séparent.

Chacun fait sa vie de son côté, ils se marient, ont des enfants. Pourtant quatre ans plus tard ils se retrouvent et un seul regard suffit pour raviver leur amour. Jack, veut vivre cette union au grand jour mais à cette époque, aux États-Unis et en particulier au Texas, cela représente un grand risque qu'Ennis ne veut pas prendre.

Ils vont donc vivre cachés pendant vingt ans, continuant leur vie chacun de leur côté. Ils vivent une vie de couple misérable et terne, font un travail alimentaire pour subvenir aux besoins de leurs familles respectives. Aucun des deux n'est heureux, à part lors de leur retrouvailles pour des « parties de pêche » une à deux fois par an.


Pour eux c'est simple : « Tout ce que nous avons c'est Brokeback Moutain » ; pourtant subsiste l’espoir de se retrouver et, un jour, de monter ensemble un ranch.


Leur histoire d'amour surmontera toutes les épreuves, du temps, de la société. Mais ils seront rattrapés par la société lorsque Jack mourra dans des circonstances étranges.
 
Ce récit va plus loin qu'une simple histoire d'amour interdite. Dans les années 1960, il est impossible pour deux hommes de s'avouer homosexuels, surtout à la campagne, et encore plus quand on est cow-boy. Annie Proulx montre bien les difficultés que rencontrent les deux hommes sans jamais prendre position, ou critiquer la société des années 1960, en particulier dans les campagnes du Texas ou du Wyoming.

Tout au long de la nouvelle, on parcourt les États-Unis avec les deux protagonistes, au fil de leur amour, de leurs problèmes familiaux et de leur peur de l'avenir ou plutôt de leur manque d'avenir car chacun sait qu'il est impossible de dévoiler leur secret.
 
Le texte est court mais on suit la vie des deux personnages depuis leur rencontre jusqu'à leur séparation forcée. Le langage est cru, l’auteur utilise des mots forts qui montrent l'éducation et la pensée des années 1960. Par exemple, lorsque tous deux clament qu'ils ne sont pas des « pédés ». Malgré un langage cru, on voyage au fil des pages dans les États-Unis des années 1960, on prend part à leur vie ; l'écriture qu'Annie Proulx adopte nous rapproche des deux protagonistes, car elle détaille leurs sentiments, leurs ressentis face à cette situation ou encore leur activité au sein de leurs familles respectives, dans leur travail ou lors de leurs retrouvailles.

La fin de la nouvelle est très forte, on ressent la douleur d'Ennis et sa conviction que la mort de Jack n'est pas un accident.
 
La nouvelle a été adaptée au cinéma en 2005 par le réalisateur Ang Lee, pour qui cette

 

« nouvelle n'est pas seulement l'histoire d'une relation clandestine, où est abordée la difficulté d'être homosexuel dans certains milieux et à une certaine époque c'est aussi  une grande histoire d'amour épique qui représente le rêve d'une complicité totale et honnête avec une autre personne ».

 

 
Lucie, 2ème année Bibliothèques

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 07:00

Tove-Jansson-Moomin-et-la-comete-01.gif








Tove JANSSON
Moomin et la comète
Traduction
Emmanuelle Lavoix
Le Petit Lézard, 2008
 






 

 

 

 

 

 

 

 

Petite biographie de l’auteur

Tove Jansson est née à Helsinki en 1914 et décédée le 27 juin 2001. Elle a étudié à la faculté d’art de Stockholm et est devenue peintre. Elle a aussi été illustratrice ; en effet, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a décidé de créer le pays des Moomins, souvent orthographiés « Moumines » en français, pour faire rêver les enfants avec un pays imaginaire. Cette illustratrice est connue pour ses livres sur les Moomins, mais aussi pour des illustrations d’autres œuvres comme par exemple Le Hobbit, de J.R.R. Tolkien, ainsi que Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. De nombreux produits dérivés ont découlé de ses comic strips qui avaient d’abord été publiés dans la presse. Et, sur l'île de Kailo (une île qui se situe vers le sud-ouest de la Finlande), se situe un parc d’attraction, Muumimaailma, un nom qui semble quasi imprononçable et qui signifie « Le Monde des Moomins ».

 

La bande dessinée Moomin et la comète regroupe six histoires différentes :

·         Les Moomins citoyens modèles

·         Moomin et la comète

·         Moomin et la queue en or

·         L’hiver des Moomins

·         Moomin fait de la voile

·         Cafouille est amoureux

 

Elle met en scène le personnage principal nommé Moomin, ainsi que son père, sa mère et Snorke, une demoiselle de son âge. Ce sont des trolls, mais ils ressemblent davantage à des hippopotames sans bouche et aux traits assez simples. Il y a aussi d’autres personnages tels que Stinky (une boule de poils assez mauvaise), Snufkin (une sorte de petit lutin) ou Petite May (une petite dame aux allures de sorcière), etc.

 moomin-et-la-comete-pl-01.jpg

Une planche est la plupart du temps composée de quatre bandes, elles-mêmes composées de trois vignettes. Le cadre qui sépare verticalement ces vignettes n’est presque jamais un simple trait mais plutôt un élément du décor, comme des cannes, des balais, des fleurs, etc. Les Moomins sont tous dessinés sur le modèle de Moomin, mais son père est reconnaissable grâce au chapeau qu’il porte toujours sur la tête et à sa canne, sa mère porte toujours un tablier assez long et Snorke est la seule à posséder des cheveux, disposés comme une sorte de frange. Les autres personnages sont tous assez différents. Il existe toutes sortes d’animaux, mais ces derniers ne sont pas toujours reconnaissables et ils portent des vêtements.

 

Cette bande dessinée est bien sûr destinée à la jeunesse, mais pas seulement. Comme le dit Paul Gravett dans la courte préface de l’ouvrage : « Bien écrire la fiction pour les enfants et pour l’enfant qui sommeille en chaque adulte nécessite une variété de dons parmi lesquels une franchise et une lucidité avec les mots et les émotions, et le courage de les maintenir sans prétention. »

Cette bande dessinée, à travers son monde peuplé d’êtres à la fois étranges et merveilleux, nous laisse entrevoir une véritable satire de la société dite « civilisée ».

 

Lorsqu’on lit Moomin pour la première fois, les dialogues sont quelque peu étonnants comparés aux dialogues que l’on peut trouver dans la plupart des bandes dessinées. En effet, le discours des personnages peut paraître parfois assez soutenu et « raffiné ». Par exemple, dans Moomin fait de la voile, le père de Moomin veut changer de chapeau pour adopter un couvre-chef plus approprié à la situation : une casquette de capitaine, car ils sont sur un bateau. La mère de Moomin déclare : « Chéri, personne ne va te reconnaître sans ton haut de forme !! », celui-ci rétorque « La seule chose qui me distingue est mon chapeau, hein ? » et elle répond :  « Oh non, chéri, mais je pense que ton individualité doit s’affirmer… ».

 

Une histoire de cet ouvrage qui représente bien le côté satirique ici décrit de la société est Moomin et la queue en or. Moomin se retrouve tout à coup avec une queue en or. Tous les autres animaux sont époustouflés et il devient une véritable célébrité. Stinky et un autre personnage veulent chacun devenir son agent et se servent de son amitié pour s’enrichir sur son dos. Il est reconnu de tous, passe dans la presse, et est invité à des événements mondains auxquels il n’aurait jamais été invité auparavant. Même s’il le prend comme une bonne chose au départ et aime son statut de célébrité, il se rend vite compte des nombreux désavantages que sa queue aux poils en or lui cause. En effet, pour plaire à la « haute société » à laquelle il appartient désormais, il doit se plier à toutes sortes de règles, et sa famille aussi. Par exemple, lorsqu’il est invité à un dîner mondain, Snorke passe chez la coiffeuse, se faire la dernière coupe à la mode, elle passe ensuite chez la maquilleuse, s’ensuit un dialogue assez comique :

 

Snorke : « Mais ma bouche n’est pas à cet endroit ! »

La maquilleuse : « Paris a décrété hier qu’elle devait être là, madame ».

 

Elle croise ensuite sa rivale, qui a été chez le même coiffeur et la même maquilleuse qu’elle, et elles se lancent des compliments sur un ton plein d’ironie mais toujours raffiné, ce qui fait douter Snorke qui décide d’enlever tout ce maquillage pour aller acheter un chapeau à la mode à la place. Lorsqu’elle arrive à l’événement, au bras de Moomin, elle recroise sa rivale qui porte le même chapeau et a eu la même idée. La mère de Moomin s’ennuie à ce cocktail et ne se sent pas à sa place, elle s’assoit à l’abri des regards et tache son tablier. Comme elle se dit qu’une « dame du monde » doit savoir se tenir, elle décide de partir en se cachant sous un rideau. Son mari a beaucoup trop bu et danse sur une table ; comme elle n’aime pas qu’il se donne en spectacle elle lui demande de partir avec elle. Cette soirée s’est donc révélée être un échec, et ils rentrent tous chez eux, déçus.

Le besoin d’être reconnu, de faire partie de l’élite mondaine est ici tourné en dérision. Cela fait penser aux bourgeois qui voulaient à tout prix devenir des nobles, se rendant ridicules, et rappelle Le bourgeois gentilhomme de Molière.

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C’est une bande dessinée à la fois originale et agréable à lire, que l’on soit enfant ou plus grand. Les histoires des Moomins n’ont pas forcément un « happy ending » ou une morale bien définie mais elles peuvent être prises comme des leçons de vie car elles abordent souvent des thèmes de la vie en société, même si ce sont des personnages imaginaires qui vivent dans un monde qui semble un peu fou.


Chloé, 2ème année Bibliothèques 2012-2013

Moomin et la Comète sur lze site du Petit Lézard : http://shop.lezardnoir.com/fr/moomins/308-moomin-et-la-com%C3%A8te-9782353480067.html

Le Petit Lézard : http://shop.lezardnoir.com/fr

 

 


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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 07:00

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Katarina MAZETTI
Les Larmes de Tarzan
Traduction
Lena Grumbach
Et Catherine Marcus
Gaïa, 2007
Actes Sud Babel, 2009



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Katarina Mazetti est née à Stockholm le 29 avril 1944. Elle vit actuellement à Lund.

Elle a obtenu une maîtrise en littérature et en anglais à l'université de Lund. Elle a ensuite travaillé comme professeur, puis comme producteur de radio et journaliste. Elle a également été critique littéraire.

Elle est auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes. Son livre  Le Mec de la tombe d'à côté, traduit en de nombreuses langues, a connu un réel succès. Son œuvre est aujourd'hui publiée en France par les éditions Gaia.

Les Larmes de Tarzan est paru en octobre 2009 aux éditions Actes Sud.

 

Les Larmes de Tarzan.

En lisant le titre on pense tout de suite au célèbre personnage et l'image de la jungle nous vient. Mais au fil de la lecture on se rend compte que dans le livre il ne sera question ni de jungle ni de Tarzan. En fait, Tarzan est le surnom que donne un homme, Janne, à Mariana, à cause des circonstances de leur rencontre. C'est une anecdote plutôt cocasse étant donné qu'on a face à nous le couple mythique revisité : Jeanne et Tarzan, ici sous les traits de Janne et Mariana.

Katarina Mazetti met en avant un thème déjà abordé dans  Le Mec de la tombe d'à côté. Il s'agit ici d'un homme et d'une femme, issus de milieux sociaux différents, qui se rencontrent. Janne a 30 ans et gagne très bien sa vie. Mariana a quasiment le même âge et est mère de deux jeunes enfants, Bella et Billy. Elle garde le contact avec le père de ses enfants mais ce dernier ne vit plus avec eux depuis deux ans.

Mariana est l'opposé de Janne et a du mal à joindre les deux bouts. Elle essaye au mieux de faire preuve d'optimisme devant ses enfants.

Lors de leur rencontre, elle lui tombe dessus, d'où le surnom de Tarzan. Janne met tout en œuvre pour croiser le moins possible Mariana et ses enfants qu'il qualifie de « monstres ». Cependant il est littéralement attiré par cette femme, bien qu'il soit maladroit avec ses enfants, n'ayant pas l'habitude.

À travers ce livre c'est principalement le thème d'une mère célibataire avec deux enfants qui est traité. Mariana a peu de moyens financiers et pourtant elle veut offrir le meilleur à ses enfants. Ils reçoivent l'amour de leur mère sans limite et à défaut de jouets tout neufs, ils utilisent des objets qu'ils vont récupérer et se servent de leur imagination.

Katarina Mazetti raconte avec humour les aventures de ce couple plutôt original. Ils ont deux personnalités complètement différentes et pourtant ils semblent être destinés l’un à l'autre.

 Pour finir, l'auteur alterne le point de vue des deux personnages, et parfois celui de Bella, ce qui rend le récit captivant et drôle.


 
Les dernières lignes : « Ah bon, et alors ? Maintenant c'est maintenant. Tarzan, Janne et les bébés singes. Ça ne te semble pas un bon plan, Mariana ? Tu sais, là dehors, c'est carrément la jungle ! »


Caroline, 2ème année Bibliothèques

 

 

 

Katarina MAZETTI sur LITTEXPRESS

 

katarina mazetti le mec de la tombe d a cote

 

 

 

Article de Clara sur Le Mec de la tombe d'à côté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 07:00

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David SAFIER
Maudit Karma
Mieses Karma
Traduit de l’allemand
par Catherine Barret
Presse de la Cité
Pocket, 2008





 

 

 

 

 

 

 

 

La biographie de l’auteur

David Safier, né le 13 décembre 1966 à Brême, est un écrivain allemand. Après le lycée, il étudie d'abord le journalisme. Son expérience de la rédaction lui permet de poursuivre à la radio et à la télévision, entre autres, Radio Bremen.

Depuis 1996, il travaille comme scénariste et romancier, et a publié quatre romans, tous traduits en français. En 2003, il reçoit le Prix Adolf Grimme dans la catégorie des fictions et divertissements pour la série Berlin.

Scénariste renommé, David Safier s’est imposé sur la scène littéraire allemande avec son premier roman, Maudit Karma, qui a été un best-seller dans son pays en 2007, tout comme Jésus m’aime (Presses de la Cité, 2009), une réjouissante histoire d’amour, de famille et de tolérance. Les années suivantes, il a écrit deux autres livres, Sors de ce corps William et Sacrée famille, publiés respectivement en 2010 et en 2012.



Une part de fantastique : la réincarnation

L’intrigue commence dans la réalité au début d’une nouvelle journée. La vie du personnage principal, Kim Lange, animatrice de télévision, ressemble au quotidien de n’importe quelle personne. Néanmoins, un accident va survenir. L’histoire qui a commencé de manière tout à fait banale va nous plonger dans un monde fantastique et irréel. Nous trouvons par ailleurs des références à des célébrités comme Shirley Mac Laine, une actrice américaine qui a écrit un livre sur la réincarnation : « Les seuls à se rappeler leurs vies antérieures étaient soit Shirley MacLaine, soit des cinglés, soit les deux. ».



Un roman humoristique

Nous pouvons relever de nombreux procédés humoristiques, comme les prénoms des animaux (Maryline ou Depardieu pour des cochons d’Inde), des références solides et historiques comme Casanova ou John Lennon, le vocabulaire des animaux parlant et pensant comme des humains…La couverture du livre fait aussi sourire. Nous devinons qu’il s’agit d’une photomontage avec la fourmi au-dessus d’un cochon d’inde, d’un chat et d’un chien.



La morale de l’histoire

L’histoire nous donne à réfléchir sur notre propre destinée. Le fait que le personnage principal soit la personne qui meurt et se réincarne et que ce soit raconté de son point de vue nous fait partager ses pensées et ressentir ses émotions. La morale, c’est que l’héroïne doit avoir des vies consacrées au bien d’autrui pour pouvoir regagner son humanité. Ainsi, ce roman fait réfléchir chaque lecteur sur le sens de la vie, sur son comportement par rapport à ses proches, sur les conséquences que ses mauvais choix peuvent avoir sur sa vie.



Les registres

Maudit Karma est rempli de situations plus rocambolesques les unes que les autres mêlant humour et tristesse. Mais par la suite, nous découvrons la profondeur de l’œuvre, l’importance et l’intérêt de la réincarnation, élément fantastique dans l’histoire. C’est la polyvalence des registres dans cette œuvre qui en fait une qualité. Ainsi, David Safier réussit à nous montrer les vrais sentiments qui unissent les gens dans la vie quotidienne (l’amitié, l’amour, la jalousie...), au-delà des apparences, sans glisser dans la tragédie ou dans le mélodramatique. Cet auteur réussit à aborder certains thèmes graves et sensibles sans dénaturer l’histoire, comme la religion (« La vie après la mort a plusieurs formes d’organisation [...] Les âmes des chrétiens sont administrées par Jésus, celles des musulmans par Mahomet... etc. » p. 235), l’obésité

 

(« J’espère que vous avez pris deux billets ?

– Pardon ?

– Ben grosse comme vous êtes, personne ne peut s’asseoir à côté de vous, dit-il avec un grand sourire.

– Avec vous on se marre presque autant que chez le dentiste, répliquai-je sans perdre mon sang-froid. » p. 260),

 

ou l’adultère (« Je venais pourtant de tromper mon mari. » p. 38).

Enfin, l’écriture possède un vocabulaire recherché et suppose une certaine culture. Nous trouvons par exemple différents lieux comme Venise qui a un rapport avec le passé de Casanova.



Le cadre de l’histoire

Cette histoire se déroule au XXIème siècle dans la ville de Postdam au sud-ouest de Berlin en Allemagne, puisque Kim Lange y est animatrice de talk-show pour une célèbre chaîne de télévision allemande.



Les personnages

Kim Lange : Elle est le personnage principal de l’histoire et une journaliste allemande. Elle est le prototype de la carriériste qui ne pense qu’à son travail et à son image. Elle délaisse totalement son mari et sa fille. Elle doit réparer ses erreurs après sa mort accidentelle et accumuler du karma positif pour remonter l’échelle des réincarnations en passant de fourmi à cochon d’inde, ou de chien à un être humain.

Alex Lange : Il est le mari de Kim. Au décès de sa femme, il est dévasté et doit s’occuper seul de leur fille.

Lilly Lange : Elle est la fille de Kim et d’Alex Lange. Elle a cinq ans le jour où sa mère décède.

Daniel Kohn : Il est animateur d’une chaîne de télévision concurrente et l’amant de Kim Lange la veille de sa mort.

Nina : Elle est la meilleure amie de Kim. Elle console Alex après la mort de Kim et l’aide à s’occuper de sa fille Lilly. Au bout d’un certain temps, elle s’installe dans la maison familiale. Au fil de ses réincarnations, Kim la voit peu à peu prendre sa place d’épouse et de mère dans la famille.

Casanova : Son véritable nom est Giacomo Girolamo Casanova. Lui aussi est un personnage réincarné (depuis des siècles). Il joue un rôle indispensable dans le roman. En effet, il nous fait réfléchir sur des choses sérieuses comme la mort, le karma, faire des choses bien dans sa vie... Il joue à la fois le rôle de conseiller et d’ami pour Kim Lange tout au long de ses innombrables réincarnations. À l’inverse, Kim Lange a un effet positif sur lui, car il se met enfin à accumuler du karma positif après plusieurs siècles, pour aider Kim.

Bouddha : Prince indien, sage, il est le fondateur du bouddhisme. Il apparaît à Kim Lange, au terme de ses réincarnations, dans la forme selon laquelle elle s’est réincarné (exemple en fourmi si elle est en fourmi). Il lui explique ses erreurs et la bonne conduite à adopter.



L’histoire

Maudit Karma parle d’une femme exécrable, Kim Lange, qui meurt dans un absurde accident. L’histoire commence le jour où, animatrice de talk-show au sommet de sa gloire, elle doit se rendre à la remise du prix de la télévision allemande.

Malheureusement, l’anniversaire de sa fille coïncide avec cet événement. Elle choisit de faire passer sa carrière avant sa famille ... Mais la soirée part en vrille et elle finit écrasée par une météorite.

Une fois morte, Bouddha lui apparaît et lui explique qu’elle a accumulé trop de mauvais karma dans sa vie. Le karma est un principe du bouddhisme qui veut que la vie des hommes et des femmes dépende de leurs actes et désigne la somme des actes qu'un être accomplit au cours de ses vies passées. Kim Lange a été indigne de l’amour de ses proches et injuste envers son entourage. S’ensuit alors pour elle une longue quête de bon karma à travers différentes réincarnations. Au travers de ses nouvelles vies elle doit accomplir des actions lui permettant de regagner amour et estime des autres. Après sa mort et sous différentes formes, Kim Lange observe et cherche à protéger sa famille. Elle doit se racheter (rédemption) pour les retrouver à nouveau sous une forme humaine.



Extrait

 

« Je regardais autour de moi et aperçus, somnolant dans un coin, une fourmi volante à l'aile déchirée. D'un seul coup, je fus tout à fait réveillée. C'était l'homme réincarné.

Je m'approchai de lui aussi vite que me le permettaient mes pattes encore endolories.

– Bonjour, dis-je aimablement.
 
Il me jeta un bref regard, puis se rendormit. Il n'en avait vraiment rien à faire de moi. Je choisis l'approche directe :

– Moi aussi, je suis un être humain réincarné.

Cette fois, il était tout ouïe.

– Mon nom est Kim Lange.

Ses yeux brillèrent, mais il ne dit rien. Sans doute lui fallait-il d'abord mettre de l'ordre dans les milliers de pensées qui s'agitaient dans son esprit (1). J'essayai de l'aider :

– Comment t'appelles-tu ?

– Casanova.

– Hein, quoi, comment, pardon ?

– Giovanni Giacomo Girolamo Casanova, énonça-t-il avec fierté.

Il n'y avait que trois possibilités : 1. Il était réellement la réincarnation de Casanova. 2. Il se foutait de moi. 3. Il était complètement cinglé.

(1) Mémoires de Casanova : "Une seule pensée joyeuse occupait mon esprit transporté et ravi : 'Dieu soit loué ! Après tous ces siècles de privations, je rencontre enfin une femme !' " ».

 

Cet extrait décrit la rencontre de Kim Lange en tant que fourmi avec Giacomo Casanova. Ce personnage est très important. En effet, il ne se contente pas de conseiller Kim Lange au fil de ses réincarnations. Sa propre vie nous est racontée en parallèle à celle de Kim Lange. Finalement, nous pouvons le considérer comme un personnage principal de l’histoire. Il nous est aussi donné des informations historiques sur sa vie comme son amour et sa séduction pour les femmes.



Appréciation personnelle

Ce livre m’a beaucoup plu ; pour plusieurs raisons.

L’histoire est palpitante et humoristique. Elle est racontée du point de vue de Kim. En effet, nous pouvons nous identifier au personnage principal et suivre ses péripéties.

Par ailleurs, l’histoire m’a beaucoup fait réfléchir sur le sens de ma vie, sur mon comportement à adopter par rapport à mes proches, sur la manière de mener ma vie et d’être maîtresse de mon destin.

Pour finir, la qualité d'écriture et l’humour font de Maudit Karma un livre agréable à lire et qui laissera des souvenirs.


Mélanie, 1ère année Bibliothèques


Les sources

http://www.babelio.com/livres/Safier-Maudit-karma/91009
http://booknode.com/maudit_karma_039325

http://www.pocket.fr/site/maudit_karma_&100&9782266192392.html

 

 

 


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