Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:00

Malcolm-Lowry-Au-dessous-du-volcan.gif



 

 

 

 

 

 

Malcom LOWRY
Au-dessous du volcan
Under the Volcano, 1947
traduction Stephen Spriel
Au-dessous du volcan
Gallimard, 1959
Folio, 1973






 

 

 

 

 

L’auteur

Malcolm Lowry est né en Angleterre en 1909 et conçoit très vite le projet de devenir écrivain. Il est accepté à Cambridge en mars 1929 et découvre l’écrivain Conrad Aiken. L’influence de celui-ci sur Lowry est décisive, il lui insuffle notamment l’idée que le malheur est le terrain d’élection du génie littéraire. Lowry met en chantier Au-dessous du volcan dès 1936. Mais son œuvre va traverser plusieurs difficultés avant d’être publiée. En 1940, une première version achevée du roman est refusée par douze éditeurs, Lowry se remet donc au travail. Lors de l’incendie de sa maison (juin 44) au cours duquel plusieurs de ses manuscrits brûlent, le Volcan est sauvé de justesse. Trébuchant à plusieurs reprises, l’œuvre est à l’image de son créateur, toujours fragile et toujours proche du précipice. Paru finalement en 1947, Au-dessous du volcan est considéré comme le chef-d’œuvre de Malcom Lowry, mais aussi comme l’un des grands ouvrages littéraires du XXe siècle.



Résumé

C’est la vie d’un homme en perdition, celle d’un alcoolique, d’un Consul, Geoffrey Firmin, exilé au Mexique. Le roman débute véritablement au deuxième chapitre, le jour de la fête des morts en 1938. Le consul retrouve sa femme Yvonne, qui l’avait quitté un an plus tôt et avec qui il est en instance de divorce. Yvonne a trompé Firmin il y a un an avec Jacques Laruelle, un résident de Quauhnahuac. Pendant toute une année, elle a écrit à Geoffrey des lettres tendres et désespérées auxquelles il n’a pas répondu, et pour cause. Quand Yvonne finit par revenir, la première carte qu’elle envoya après son départ un an plus tôt arrive enfin au Mexique, retardée par des problèmes postiers.

Yvonne et Geoffrey s’aiment encore, et n’ont jamais cessé de s’aimer mais, en dépit de leurs efforts, ils ne parviennent pas à se rejoindre. La séparation n’est pas entre eux, elle est en chacun d’eux... Se déroulant entre le lever et le coucher du soleil, les événements qui forment l’ossature de l’histoire, vont malmener les personnages, en  les faisant  s’aimer et se détester, se trahir et se quitter, se retrouver et se perdre... 



L’enfer en toutes lettres

L’enfer dans Volcano n’est pas celui qu’on retrouve après la mort, une fois le jugement établi. Non, ici l’enfer est lié à la condition humaine, à l’incapacité de saisir le bonheur, la rédemption, la réconciliation, alors qu’ils sont à portée. L’homme ne maîtrise pas tout, il est confronté à ses propres limites et souffre. L’enfer est ici un lieu ou un état de torture : ici torture due notamment à l’alcool mais pas seulement. Le Consul est aussi un personnage velléitaire, comme en témoigne le fait qu’il ne parvient pas à écrire son ouvrage sur la kabbale. Si la difficulté d’être saute aux yeux en ce qui concerne le consul, elle est partagée par Yvonne et par Hugh (le frère du consul qui séduit Yvonne), qui vivent l’un et l’autre un déchirement intérieur, rendu visible lorsque l’un et l’autre reviennent sur leur propre vie (Hugh dans le chapitre 6 et Yvonne dans le chapitre 9). L’enfer apparaît comme une expérience individuelle et universelle, elle s ‘inscrit d’ailleurs dans un ensemble plus vaste, puisqu’à cette date, le monde est au bord du gouffre du point de vue historique, l’ombre de la guerre d’Espagne, répétition générale à certains égards du conflit mondial qui débute peu après en Europe, plane sur le roman.



L’expérience de l’enfer

Le choix auquel est confronté le Consul est donc le suivant : renoncer à boire et retrouver Yvonne ou basculer définitivement dans l’enfer en continuant de boire. Or, le constat du Consul est : « Mais voilà ce que c’est de vivre en enfer ». Il met ainsi  en relief le fait que l’enfer n’est pas seulement un avenir. Geoffrey se rend compte qu’il est incapable de prendre une décision qu’il sait pourtant  bénéfique pour lui, le Consul fait déjà l’expérience de l’enfer.

Tout au long, l’œuvre est parsemée de multiples références à l’enfer et à la mort. Un élément traditionnellement rattaché à l’espace infernal est ainsi convoqué dans le roman, il s’agit de la roue. Attraction foraine dont la portée symbolique est manifestée à plusieurs reprises : il s’agit d’une « machina infernal » comme l’indique un panneau et le mouvement qu’elle dessine rappelle celui de la roue d’Ixion. (Puni par Zeus, Ixion est attaché à une roue enflammée qui tourne sans cesse). Lorsque par la suite, le Consul monte dans la roue pour échapper à des enfants harceleurs, la construction géante apparaît comme un instrument de torture, conformément à la tradition mythologique mais aussi comme un monstre vivant. Le Consul fait ici métaphoriquement l’expérience de l’enfer. Firmin est seul, tête en bas, torturé, tout proche de la mort, le monde tourne autour de lui, tout autant qu’il peut tourner lorsqu’il est sous l’emprise du mescal. Les quelques instants passés à bord de la roue dessinent à grands traits l’existence même du Consul, isolé et ballotté par les événements.

S’il donne à lire l’histoire pathétique d’une descente aux enfers, le roman est aussi une torture pour le lecteur qui garde constamment à l’esprit grâce aux présages, aux annonces, et aux symboles disséminés dans le texte, la menace qui plane. Alors même que l’issue est connue, dès les premières pages du roman, une tension s’installe, construite à partir du savoir dont dispose le lecteur, bien supérieur à celle d’un personnage qui s’estime encore à distance rassurante de sa propre mort.



Avis

Au-dessous du volcan est un magnifique roman qui ne laisse pas de marbre et nous entraîne chacun dans nos régions reculées. C’est également sans doute l’une des plus belles et des plus poignantes histoires d’amour écrites. Bourreau de lui-même, artisan de son propre malheur, Geoffrey Firmin, à l’image  du scorpion qui ne cesse d’apparaître à ses côtés, est ce genre d’homme capable de se donner la mort quand il se sent en danger. Le poison coule finalement depuis toujours dans ses veines, et lui seul peut décider de s’injecter la dose fatale.Ce qui marque d’autant plus la lecteur, est que l’œuvre rejoint intimement le créateur, ou bien peut-on dire l’inverse. Faisant de là un véritable écho aux splendides paroles d’Antonin Artaud : «  Ce que vous avez pris pour mes œuvres, n’était que les déchets de moi-même, ces raclures de l’âme que l’homme normal n’accueille pas ».



Phrases

« Comme ils allaient vite, comme ils allaient trop vite ! Au milieu de notre vie, au milieu de la sacrée route de notre vie... »


« Comment avait-il pu penser tant de mal du monde quand le secours avait été là de tout temps ? »


« Et peut être est-ce heureux que j'aie pris du whisky puisque l'alcool aussi est un aphrodisiaque. Ne jamais oublier non plus que l'alcool est une nourriture. »


« Lève la tête Geoffrey Firmin, exhale ta prière d'actions de grâces, agis avant qu'il ne soit trop tard. Mais le poids d'une lourde main semblait lui maintenir la tête baissée. »


Amélie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


Repost 0
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 07:07

Etgar-Keret-La-colo-de-Kneller.jpg







 

 

 

 

 

Etgar KELLER
La Colo de Kneller
Traduit de l'hébreu
par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud, 2001
Babel 2011.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etgar Keret est l'un des auteurs majeurs de la nouvelle génération en Israël. Il est principalement reconnu pour ses bandes dessinées et ses films (Les Méduses). Né en 1967, il ne commencera à publier qu'en 1992, essentiellement des nouvelles. Et ce, durant son service militaire. Son travail est reconnu à la fois par les autorités artistiques, avec de nombreux prix, mais aussi par le jeune public.

Sa mère lui disait qu'il était comme un écrivain polonais en exil en terre d'Israël. Il a pris pour lui cette définition et voit l'identité d'un homme comme le résultat de l'environnement mais également comme quelque chose de propre à chacun. Comme un héritage qui lui permet de voir les choses autrement et de ne pas se sentir pleinement chez lui où qu'il soit.

Les traductions françaises sont disponibles chez Actes Sud



Hayim s'est suicidé, il n'avait pas espéré grand chose d'une éventuelle vie après la mort. Il a en tête quelque clichés : « des sons, comme un sonar, et des gens qui flottaient dans l'espace ». Pourtant c'est tout autre chose qui l'attend, ou plutôt un lieu très semblable à la vie : il faut travailler pour vivre, se trouver un loyer... Hayim trouve donc un travail dans une pizzeria et vit avec un collègue allemand un peu maniaque.

Hayim et Ari se rencontrent au Mort Subite, le seul bar un peu plus fréquentable que les deux autres de la ville. Les tendances suicidaires n'enlèvent rien au besoin de nouer contact avec les gens dans cette ville éteinte. Ari lui présente sa famille, tous les cinq réunis après leurs suicides respectifs : un semblant de famille un peu lugubre mais qui réconforte Hayim. La nostalgie point dans le coeur du jeune homme, ses parents arriveraient presque à lui manquer. Mais aussi son ancien amour Erga, qui a dû certainement beaucoup pleurer à son enterrement et se laisser réconforter dans d'autres bras.

Le rituel de la tournée des bars s'installe, à nouveau la routine. Après quelque temps, Hayim ne tient plus : il faut que quelque chose se passe ! Mais la sanction tombe de la bouche d'Ari : « Il faut que tu comprennes, Hayim, le fait qu'il ne se passe rien est un axiome. » (p 22). Au hasard d'une conversation, Hayim apprend que sa bien-aimée est également ici, dans cette ville sans horizon, sans perspective. Comme Orphée descendit chercher Eurydice, Hayim se lance à sa recherche. Un road trip bousculant leur rythme habituel. La ville s'étiole mollement autour d'eux. Leur voyage ne sera que diurne, les phares de la voiture sont impossibles à réparer et, comme rien ne change ici, personne n'interroge les incongruités de la vie. Sur le chemin, ils prennent en auto-stop une jeune fille, Lihi, qui se dit là par erreur. Avec Hayim, elle est là seule à vouloir se rebeller contre ce monde, elle cherche les « responsables de l'endroit » pour la faire rentrer (autrement dit, la ramener à la vie ou au moins l'amener au paradis). Après plusieurs jours de quête infructueuse, les trois compagnons de voyages rencontrent Keller, qui les invite dans sa maison. Un panneau peinturluré annonce malicieusement « La colo de Kneller » : une seule règle, savoir lâcher prise pour que quelque chose arrive – enfin – : des petits miracles en tout genre. Changer l'eau en vin, marcher sur l'eau, faire pousser des fleurs juste en effleurant le sol est possible si l'on n'y réfléchit plus.

La colo de Kneller n’est cependant pas la fin de l'aventure, Hayim sent que Erga n'est plus si loin de lui.



Etgar Keret rend possible un monde mortuaire de suicidés où l'humour reste toujours présent. A ce titre on retiendra la rencontre avec le chanteur Kurt Cobain qui ne saurait que faire sourire.

«Ari a amené son copain, Kurt, l'ancien chanteur de Nirvana, ce qui l'impressionne beaucoup, mais en fait c'est le mec gonflant au possible. [...] Une fois qu'on en a fini – avec toutes les douleurs qui vont avec, et je vous assure, vous ne pouvez pas savoir comme ça fait mal –, on n'a aucune envie d'écouter quelqu'un dont l'unique souci est de chanter à quel point il est malheureux. Si on en avait quelque chose à branler, au lieu d'arriver ici on serait encore en vie, avec un poster déprimant de Nick Cave au-dessus du lit.» (p 14-15)    ;

L'humour est toujours présent et fait de La Colo de Kneller un texte court, loin du lamento sur la mort auquel on pourrait s'attendre. Ce point de vue sur la mort vient certainement du fait que la mort se révèle aussi dérisoire que l'a été la vie : il n'y finalement rien de mieux. Il faut s'adapter encore une fois à un monde sans promesses, un peu terne. Le monde où on les laisse a toutes les caractéristiques d'une prison éternelle, le temps est monotone, les mêmes obligations régissent les « vies » (travail, loyer...) : puisqu'on ne peut pas y échapper, autant prendre les choses avec dérision et distance.

Une autre originalité délicieuse ponctue le texte : l'unique ligne annonçant le contenu du chapitre à suivre. La reprise de cet ancien code littéraire donne un ton solennel qui contraste avec le contenu du chapitre et même le style qui reste, lui, décontracté («Où Lihi raconte à Hayim une chose intime qu'Ari s'obstine à qualifier de baratin» p 59).

La simplicité du récit et du style n'enlève rien aux réflexions percutantes sur la société, les habitudes, les relations humaines. Les échos entre le monde des vivants et celui des suicidés se multiplient : Ari, en voyant des Arabes le long de la route, perpétue les vieilles querelles qui avaient déjà lieu « en haut » ; Lihi ne peut s'empêcher de chercher des dignitaires pour la faire sortir d'ici comme si la société était encore organisée.



À ce titre, La Colo de Kneller peut se lire comme un court récit sur la quête humaine du sens de l'existence, même s'il ne s'agit plus d'une vie à proprement parler. Il faut pour supporter ce temps qui s'allonge indéfiniment sans changement qu'il y ait une fin, quelque chose à attendre. Les personnages ont beau avoir renoncé au sens de leur vivant, ils s'y raccrochent une fois morts. C'est dans cette logique que la recherche d'Erga, même infructueuse, est un acte contre la mort. Les personnages vont avoir quelque chose à faire. Comme Ulysse luttant pour retourner à Ithaque, Hayim, Lihi et Ari continuent d’aller de l'avant même si renocer à ce projet quasi impossible serait plus aisé. Hayim et Lihi attendent tous les deux une rencontre (respectivement celle d'Erga et celle des autorités compétentes) qui est censée bouleverser leur existence pour quelque chose de meilleur. La rencontre avec Kneller va les arrêter en chemin à double titre. À la fois parce que les trois personnes vont prendre le temps de connaître la colonie et y restent plus longtemps que prévu. Mais aussi parce que Kneller et sa colonie donnent une nouvelle orientation à la vie de suicidés d'Hayim, Ari et Lihi. Kneller va leur apprendre à ne plus réfléchir, ne plus penser consciemment ce qu'ils font pour qu'enfin ils puissent comme tous les autres membres du groupe réaliser des miracles. Le sens ne doit plus être cherché : il vient de lui-même. Cependant, Hayim et Lihi ne pourront se contenter très longtemps de cette vie avec Kneller et les siens.



La Colo de Kneller est une petite parenthèse de 88 pages d'humour, d'originalité qui laissera à chacun le plaisir de plusieurs interprétations. Le style lapidaire a l'efficacité de croquer rapidement des enjeux existentiels sans les aborder de front. Une vie après la mort, peut-être, mais encore faut-il accepter de ne pas espérer qu'elle ait un sens.

Etgar-Keret.jpg



« Je ne pense pas que la littérature offre une vie meilleure mais elle peut créer une cohérence dans quelque chose qui est absolument arbitraire. Le besoin d'écrire c'est un besoin de survie. Mon entrée dansle monde de la littérature n'était pas une tentative d'échapper au monde mais de donner un sens au monde » (Etgar Keret)

 

L’œuvre d'Etgar Keret a été adaptée au cinéma sous le titre de « Petits Suicides Entre Amis » ; le film est assez respectueux du texte.

Le site de l'auteur : http://www.etgarkeret.com/


Clotilde P., 1ère année Éd/Lib

 


 

Etgar KERET sur LITTEXPRESS

 

etgar keret un homme sans tete

 

 

 

Article de Clémence sur Un homme sans tête

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 07:00

Jose-de-la-Cuadra-Noir-Equateur.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

José de la CUADRA
Noir Équateur

Traducteurs

Eudes Labrusse,

Robert Amutio,

Denis Amutio

et Catherine Echezarreta

L’arbre vengeur
collection « Forêt invisible », 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai choisi de présenter un ouvrage édité par la maison bordelaise L’arbre vengeur afin de rendre hommage à leur collection « Forêt invisible », tournée vers l’Amérique Latine. En effet, je remercie les éditeurs David Vincent et Nicolas Etienne de m’avoir fait découvrir l’œuvre de l’Équatorien José de la Cuadra. L’ouvrage intitulé Noir Equateur réunit plusieurs nouvelles de l’écrivain et chaque nouvelle est illustrée par Yoel Jimenez, un artiste cubain, diplômé des Beaux Arts de La Havane.



José de la Cuadra et son œuvre

José de la Cuadra est un écrivain équatorien né à Guayaquil en 1903 et mort en 1941. Il fut professeur universitaire, avocat, militant socialiste, écrivain. Il fut également le créateur de l’Université populaire de Guayaquil, et représentant consulaire de son pays en Argentine et en Uruguay.

D’un point de vue plus littéraire, José de la Cuadra a fait partie du groupe de Guayaquil, dont la devise était « la realidad y nada más que la realidad » (la réalité et rien d’autre). Dans les années 30, ces écrivains, parmi lesquels Joaquín Gallegos Lara, Enrique Gil Gilbert ou Demetrio Aguilera Malta, seront les fondateurs du nouveau récit équatorien. Ce récit est marqué par un important réalisme et un intérêt notable pour les causes sociales.

José de la Cuadra a publié plusieurs recueils de nouvelles comme Repisas en 1931, Horno en 1932, ou Guasintón en 1938. Il a également publié un roman, Los Sangurimas, en 1934, qui n’a jamais été traduit en français, et il a plus tard écrit Los monos enloquecidos, roman aujourd’hui inachevé.

Par ailleurs, José de la Cuadra est reconnu pour avoir publié un essai, intitulé El montuvio ecuatoriano, paru en Equateur en 1938. Cet essai allie sociologie et ethnographie. L’auteur porte un regard le plus extérieur possible afin de décrire les montuvios, qui sont les paysans de la région côtière et rurale du sud du pays, région dont la capitale est Salitre. Le peuple des Montuvios a été « exploré » à partir des années 30 par les écrivains du groupe de Guayaquil, qui proposent aux lecteurs certaines analyses ethnographiques, non seulement dans leurs essais mais aussi dans des textes de fiction. En effet, la littérature de ce groupe est appelée « littérature de la reconnaissance », et son objectif, qui peut sembler paradoxal, est de montrer les us et coutumes des peuples équatoriens, parmi lesquels les Montuvios, dans un but de modernisation de la société. Se connaître, se reconnaître, pour aller de l’avant. De la Cuadra a, en ce sens, participé au projet de nation métisse, projet qui a vu le jour en Equateur avec la révolution montonera de 1895. Il a mobilisé la société par son discours libertaire et a donné à entendre les revendications des métis.

En France, son œuvre est peu connue. L’ouvrage édité par L’Arbre vengeur reprend deux nouvelles qui avaient été traduites par Eudes Labrusse, « Chumbote » et « La Tigra ». Quant aux autres nouvelles, elles sont traduites par Robert Amutio, Denis Amutio et Catherine Echezarreta. Robert Amutio, directeur de la collection « Forêt invisible » chez L’Arbre vengeur, a choisi de présenter neuf nouvelles qu’il a choisies parmi les trois recueils de nouvelles cités précédemment.



Trois dimensions : réalisme, mythe et politique

Tout d’abord, nous pouvons affirmer que la littérature de José de la Cuadra est réaliste, cela ne fait aucun doute. L’auteur décrit des faits de société, sans pour autant apporter de considérations personnelles, il ne réprouve aucun des us et coutumes des Montuvios, il les décrit simplement au lecteur. Les crimes restent alors parfois impunis, comme ils l’étaient dans la société montuvia des années 30. La famille décrite dans la nouvelle « La Tigra », famille constituée par les trois sœurs Miranda après l’assassinat de leurs parents, est un microcosme des plus probables dans la violence de cette zone côtière de l’Equateur.

Par ailleurs, il est fait allusion aux cambujos dans la nouvelle « Chumbote », ces métis de noirs et d’indiens. Une domestique indigène prénommée Rosa, vient quant à elle de la province de León, une province située au sud de Quito.

Pour reprendre les termes des éditeurs de l’Arbre vengeur, José de la Cuadra « nous plonge dans la magie et la brutalité des régions équatoriennes ». En effet, magie et brutalité sont présentes tout au long des nouvelles, et elles semblent être les deux faces de l’âme montuvia.

En ce qui concerne la magie, le merveilleux, ils font partie intégrante de l’âme montuvia selon José de la Cuadra. L’auteur prend soin de transcrire la réalité montuvia telle qu’il la connaît, puisque son grand-père était un paysan montuvio. Il montre cette réalité avec tout ce qu’elle a de fantasque, de magique. Nous sommes dans les années 30 soit quelques décennies avant le réalisme magique de Gabriel García Márquez et le réel merveilleux de Alejo Carpentier. José de la Cuadra fut l’un des premiers écrivains équatoriens qui attacha de l’importance aux coutumes mais aussi aux croyances et aux légendes de son peuple.

Dans la nouvelle intitulée « Terres chaudes », une mère de famille explique à son enfant que rôdent de mauvaises visions et qu’il faut être vigilant.

–- C’est la pleine lune, de mauvaises visions rôdent.


–- C’est vrai les mauvaises visions, maman ?


–- Oui : ton défunt père une fois s’est retrouvé nez à nez avec une de ces visions, là, pas loin, au pied des calmitiers. C’était une masse blanche. On aurait dit une femme. Ça l’appelait, en levant le bras.


–- Et c’était une femme ?


–- Oui.


–- Et qui c’était cette femme, maman ?


–- La mort.
 
Dans ce même récit, le jeune garçon pense à la montagne, la nuit tombée.

Il n’était jamais passé par la montagne de nuit, mais il savait que c’était horrible. Les jaguars et les grands singes étaient aux aguets. En plus, et là c’était vraiment vrai, aux carrefours apparaissaient les sorcières, les diables et les morts. Sur le sol glissaient les serpents. Au-dessus, voletaient, les oiseaux de mauvaise augure.

Le garçon n’est pas dupe, sa mère lui raconte des histoires au sujet des visions, de la mort qui rôde. Par contre, les sorcières, les diables et les morts qui apparaissent la nuit dans la montagne, il y croit de toutes ses forces. Nous avons là plusieurs degrés de légendes, plusieurs croyants : rien ni personne n’est oublié.

Le mythe, la légende sont en effet présents tout au long des récits. Dans « Guasintón, le seigneur du fleuve », un caïman nommé Guasintón est vénéré sur les terres montuvias, c’est le seigneur à qui l’on paye un tribut pour pouvoir traverser la rivière. Il prélève ainsi un animal sur chaque troupeau qui croise son chemin. Voici la description qui est faite de l’animal.

Sur les berges du fleuve, il était devenu presque un mythe. Il faisait l’objet d’une sorte de vénération quasiment religieuse. Cela avait commencé par la peur que l’on faisait aux enfants en brandissant son nom, mais la crainte s’était ensuite propagée chez les adultes. Puis, comme il arrive souvent, de cette crainte était née une superstition, et sur celle-ci s’était bâti une sorte de culte.

Une dimension politique intervient aussi dans cette nouvelle avec le nom de l’animal. Guasintón est tout simplement la déformation de Washington, l’homme politique américain. Ce n’est pas un hasard si De la Cuadra a choisi ce nom : Washington, comme fondateur d’une nouvelle nation, d’un ordre nouveau aux USA. L’écrivain aspire lui aussi à des changements politiques et sociaux en Equateur, et ce caïman pourrait être le père de la nouvelle nation tant attendue, ou, du point de vue du mythe, le mythe fondateur d’une nouvelle nation.

Guasintón est donc ici le Seigneur du Montuvio. Or un jour, il dévore le chien favori de don Macario Arriaga, et ce dernier ne le supporte pas. Il décide donc d’en finir avec l’animal, et pour ce faire, il réunit treize de ses hommes. L’expédition aura raison de Guasintón, même s’il s’agit davantage d’un sacrifice que d’un assassinat.

Et c’est à ce moment-là que se produisit le prodige : Guasintón – qui, sous l’eau, avec sa carapace d’écailles, était invulnérable aux balles, d’ailleurs inoffensives tirées de si près – bondit sur la berge et fou, monstrueusement fou, se jeta sur les hommes. Surpris par l’animal, les hommes ne réagirent pas ; et c’est là que Guasintón arracha d’un seul coup de croc la moitié de la jambe de Sofronio Morán, le chasseur qui se trouvait le plus proche de ses mâchoires.

Mais les hommes retrouvèrent leur sang-froid et, sans s’occuper du blessé, reculèrent. Une pluie de balles tomba sur Guasintón.[…]


Guasintón, Seigneur féodal des eaux du Montuvio, était désormais, et pour toujours, invincible…

En se sacrifiant ainsi, le caïman met fin à cette société féodale qui est celle du Montuvio. Cela fait écho aux idées de l’auteur, qui souhaite mettre un terme à cette société archaïque et moderniser la société équatorienne. Le mythe rejoint donc la politique.

Quant à la brutalité évoquée par les éditeurs, on la retrouve dans l’ensemble des nouvelles, qu’il s’agisse de relations incestueuses entre frère et sœur, comme dans « Terres chaudes », ou bien de banditisme dans « Palo’ e balsa » et dans « Cubillo, chercheur de bétail ».



La Tigra, le chef-d’œuvre de José de la Cuadra.

« La Tigra » est une longue nouvelle du recueil Horno, qui fut traduite par Eudes Labrusse, et publiée en 1994 par les Editions Alfil.

José de la Cuadra y narre la vie de trois sœurs vivant dans l’hacienda Tres hermanas, seules, leurs parents ayant été abattus chez eux par des criminels. Ces filles incarnent le pouvoir de la forêt, le mythe montuvio. L’hacienda qu’elles habitent se trouve à quatre jours de marche de la ville de Balzar, soit en pleine jungle.

La sœur aînée, Francisca, dite aussi Pancha, est La Tigra. Elle a dix huit ans lorsque des bandits s’introduisent dans la maison familiale et tuent ses parents. Sans vaciller, elle attrape un fusil et abat l’un après l’autre tous les criminels. Depuis, elle est surnommée La Tigra pour la dureté, la rudesse de son caractère. Elle monte à cheval, manie les armes à feu et la machette, et choisit l’homme qu’elle mettra le soir même dans son lit. Personne ne peut se refuser à elle : dans la région, tout le monde la connaît et sait de quoi elle est capable. La Tigra est la chef de tribu, d’une tribu archaïque. Tout le monde la craint, à l’image du capitaine Moreira.

Donne-moi un baiser, tu veux ?
 
La niña Pancha se retourna brusquement et gifla le commissaire à pleine main.

– Bas les pattes, hombre ! Vous et vos hommes, vous allez dormir dans la baraque du nègre Victorino. C’est clair, maintenant ?
 
Elle fit un pas en arrière, sur la défensive. Le capitaine Moreira essaya de s’imposer :

– Mais c’est que je représente l’autorité, moi, et je fais ce qui me semble…


– Ecoutez, señor… Laissez tomber vos grands airs… Ici… ici, c’est moi qui commande.
 
La niña Pancha avait pris une attitude résolue. Ses yeux étincelaient de rage. Et le valeureux capitaine Moreira se souvint très opportunément des cinq assaillants tués par balle : il opta pour le repli.
Juliana suit les traces de sa sœur aînée et son style de vie est à peu près similaire. Quant à la plus jeune, Sara, elle est protégée par ses sœurs qui l’enferment lors de chaque fête dans sa chambre, et l’attachent à son lit. Nous apprendrons au fil du récit le pourquoi de cette protection rapprochée.

Après le décès de leurs parents, les trois sœurs apprendront à s’occuper de la maison, des peones, du travail, mais également des invités.

La nouvelle se construit justement autour des hôtes que reçoivent les trois sœurs. Ces hôtes sont les témoins de la vie de ces jeunes filles, et c’est grâce à leurs visites que nous en savons plus sur elles. Au cours du récit, les Miranda recevront successivement : un groupe de peones, le commissaire de police de Balzar et son équipe, leur oncle Sotero Naranjo, des agents de police rurale, un jeune homme en fuite, un guérisseur nommé Masa Blanca et enfin Clemente Suárez Caseros, le jeune serrano qui tombe amoureux de Sara et qui demande sa main.

José de la Cuadra établit une opposition entre le monde intérieur de l’hacienda et celui qui l’entoure. Dans la maison, la Tigra règne, elle impose sa loi. De plus, la maison est tournée vers le passé (les filles possèdent de très vieux disques grâce auxquels elles animent leurs soirées) alors que les visiteurs (à l’exception du guérisseur) incarnent les valeurs de la ville, la modernité. Guayaquil, d’où vient le prétendant de Sara, représente la civilisation par rapport à l’hacienda. C’est en effet une ville portuaire, remplie de commerces et par son port, elle est ouverte sur le monde, contrairement à Tres hermanas. Le jeune homme joue d’ailleurs de la clarinette, un instrument venu de la ville qu’on ne trouve pas dans la jungle du Montuvio.

La construction de la nouvelle est très singulière, le parcours sera truffé d’embûches pour le lecteur. En effet, la lecture doit être très attentive, pour que le lecteur puisse lui-même reconstituer la chronologie de l’histoire. La nouvelle est fragmentée et l’auteur utilise beaucoup l’ellipse et le flash back. Elle est construite autour de trois télégrammes, l’un situé au début, le second au milieu du récit et le dernier, qui clôt la nouvelle. Voici un extrait du premier télégramme :

« À Monsieur l’Intendant Général de la Police du Guayas :

Je soussigné, Clemente Suárez Caseros, Équatorien, originaire de cette ville, dans laquelle je suis domicilié, représentant itinérant de la firme Suárez Caseros & Cie, soumets à votre bienveillante attention les faits suivants : dans l’hacienda appartenant à la famille Miranda, située au cœur du canton de Balzar qui fait partie de votre juridiction provinciale, la señorita Sara María Miranda, légalement majeure et avec laquelle j’ai conclu un engagement formel de mariage qui ne peut aboutir pour la raison ci-dessous exposée, est séquestrée par ses deux sœurs […]. »


Cette nouvelle a été portée au cinéma en 1990 par Camilo Luzuriaga, qui a cependant réalisé quelques changements dans l’histoire. On peut peut-être les attribuer à l’évolution de la société et de l’État équatorien ; en effet, dans le film, la Tigra sera tuée par un policier municipal. Le film a été l’un des rares films équatoriens ayant reçu une diffusion internationale, avant Que tan lejos, en 2008.


Marina, AS Éd.-Lib.


Sites consultés

 http://www.bowdoin.edu/~eyepes/profess/tigra.htm


 http://www.opuslibros.org/Index_libros/NOTAS/CUADRA.htm


 http://books.google.fr/books?id=biXuC5jiBd4C&pg=PA128&lpg=PA128&dq=la+tigra+jos%C3%A9+de+la+cuadra&source=bl&ots=MPTFLeTq52&sig=h6f-XKEYZNYAaF8lIZeeuPTfKac&hl=fr&ei=YJHaTtS-FbTS4QTchq2GDg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CIYBEOgBMAk#v=onepage&q=la%20tigra%20jos%C3%A9%20de%20la%20cuadra&f=false


 http://www.cafardcosmique.com/David-Vincent-et-Nicolas-Etienne

 


Repost 0
Published by Marina - dans Nouvelle
commenter cet article
9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 07:07

Robert-Walser-La-Rose.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert WALSER
La Rose
Die Rose (1925)
Traduit de l’allemand
par Bernard Lortholary
Gallimard,
Collection « L’Imaginaire », 1987
a également été publié
dans la collection « L’Étrangère ».


 

 

 

 

 

 

Robert-Walser.jpg

 

 

 

Biographie

 Wikipédia et/ou fiche de lecture de Retour dans la neige ( http://littexpress.over-blog.net/article-robert-walser-retour-dans-la-neige-68704493.html)



 

 

 

 

Œuvre

Ses premiers écrits (Les Rédactions de Fritz Kocher) sont publiés en 1904 mais Walser n’obtient pas le succès qu’il espère. Il vit avec son frère, Karl Walser, peintre à Berlin, et continue d’écrire.

Entre 1907 et 1909, il rédige ses trois seuls romans : Les enfants Tanner, Le Commis et L'institut Benjamenta. Il obtient un grand succès dans le milieu littéraire berlinois et recueille l'admiration des plus grands écrivains de l'époque comme Frantz Kafka.

Avant la Première Guerre mondiale, en 1913, il fuit Berlin pour retourner en Suisse. C’est à partir de ce moment qu’il n’écrira plus que de courtes nouvelles et des poèmes. Il le fera en restant en marge de la société et de la littérature en général.

Il écrivait également sur de petits bouts de papiers, entre 1924 et 1932 (il continue donc durant son internement). Ceux-ci ont été compilés puis traduits et publiés à titre posthume. Considérés comme illisibles à leur découverte, ils ont été déchiffrés, livrant de véritables chefs-d’œuvre. On retrouve ces microgrammes dans Le territoire du crayon.

Nouvelles et poèmes : Histoires, 1914, La Rromenade, 1917, La Rose, 1925.

Bibliographie complète sur  Wikipédia.



La Rose

Ce recueil, publié trente ans avant la mort de son auteur, est en fait le dernier ouvrage paru de son vivant. Édité dans la collection « L’Imaginaire » de Gallimard en 2009, il compte 156 pages.

La Rose est un recueil de 40 textes. On y trouve des portraits, des monologues, des dialogues, des essais… Les thèmes sont extrêmement variés mais on reconnaît à chaque fois l’écriture de Walser.

La Rose est le titre d’une nouvelle, une sous-partie de Conversations.

Les petits textes en prose de La Rose sont des observations de l’auteur sur le monde et les gens qui l’entourent. On pourrait également penser à de petits autoportraits.

Les sujets sont quotidiens, assez banals mais l’écriture de Walser les rend poétiques.

Dans ces petits proses, Walser ne s’attarde pas. Il a, d’après ce que j’ai pu lire, « l’art de piquer et d’effleurer », comme une rose. J’ai trouvé cette expression très juste. La fin de certains textes peut surprendre. Elle peut aussi frustrer. Elle nous laisse un petit goût d’inachevé, au début un peu amer, mais on finit par s’y habituer. Le lecteur est ainsi souvent surpris et se demande ce qui l’attend. Ce genre d’écriture est déroutant et peut en rebuter plus d’un mais d’autres critères font qu’on peut tout de même l’apprécier.

Tous les textes contenus dans ce recueil m’ont semblé différents. Même au sein d’une seule nouvelle, on passe d’un thème à un autre, d’un style à l’autre sans jamais perdre l’identité de l’auteur. Il a le don de passer du coq à l’âne mais cela reste agréable. Son écriture m’a fait penser à la peinture impressionniste. On a de petites touches de couleur, des points qui n’ont rien à voir entre eux mais qui forment un paysage, une identité.

J’avoue que j’ai été parfois perdue mais j’ai aussi ri.

Walser, (contre toute attente, mais je parle pour moi), manie l’humour et l’autodérision avec brio. Son écriture est délicate, raffinée, parfois naïve. Il peut également être ironique et critique sur la nature humaine et ses travers.

J’ai trouvé cette œuvre extrêmement musicale. La traduction est très bien menée dans le sens où on sent un véritable rythme, des jeux dans les sons, avec les mots. La forme prend alors autant d’importance, voire plus, que le fond et les textes prennent une tonalité différente.

La Rose a été une découverte littéraire que je conseille à tous. Je l’ai trouvée moderne, actuelle. Les thèmes abordés sont des thèmes intemporels, on y parle de sentiments, de vices humains et de littérature. Les petits textes peuvent parler à n’importe qui, ce qui donne à cet ouvrage sa grande richesse.


Julie, AS Éd-Lib.

 

 

Robert WALSER sur LITTEXPRESS

 

 

Robert Walser Retour dans la neige Zoé

 

 

 

Article de Magali sur Retour dans la neige.

Repost 0
Published by Julie - dans Nouvelle
commenter cet article
8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 07:00

Koltes-Roberto-Zucco.gif



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bernard Marie KOLTÈS
Roberto Zucco
Minuit, 1990

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Roberto Zucco est une pièce de théâtre écrite par Bernard Marie Koltès (1948-1989) et parue aux éditions de Minuit en 1990. C’est donc sa dernière pièce.



Roberto Zucco est une épopée des temps modernes, retraçant la vie du personnage principal, incarcéré pour le meurtre de son père, à partir de son énième évasion de prison.

Cette pièce est inspirée de faits réels. En effet, l’auteur reprend ici la terrible histoire d’un meurtrier italien appelé Roberto Succo qui commit de nombreux meurtres. Certes, Koltès n’était pas très informé sur ce sujet mais il s’est appuyé sur des photos et articles de presse résumant la vie et les crimes atroces du jeune homme. En Italie, Succo était devenu une icône anticapitaliste.

Lors de la première représentation, la pièce a fait scandale car il fallait respecter la mémoire des morts et les familles des victimes de Succo. Or, la pièce de Koltès, même si la première lettre du nom du tueur a été changée, présente Zucco comme un héros intrépide.

La pièce est une chronologie d’événements mettant en scène Zucco avec divers personnages secondaires, tous en recherche d’identité. Les thèmes sont la solitude, la quête de l’identité ou du bonheur, les désillusions, la violence de la société, l’abandon, la folie, la perversité, la vengeance, les traditions familiales. En effet, certaines scènes sont choquantes et immorales, comme lorsque Zucco étrangle sa mère alors qu’il fait semblant de vouloir la serrer dans ses bras pour faire la paix (page 18).

Malgré tous ces  thèmes pessimistes, l’œuvre de Koltès est également pleine d’humour. Il y a beaucoup de comique de situation, ou des répliques touchantes, comme par exemple dans les premières pages quand les gardiens de prison discutent paisiblement alors que Roberto Zucco est en train de s’échapper tout près d'eux (lire page 9).

De plus, la scène de la prise d’otage est également marquante : une femme quelconque est prise en otage par Zucco dans un parc et celui-ci menace de la tuer sous les yeux des promeneurs. Or, les témoins de la scène ne sont pas choqués le moins du monde. Au contraire, ils assistent à la scène comme s’ils étaient au théâtre ; nous avons donc en quelque sorte du théâtre dans le théâtre. La vctime de Zucco s’écrie :

« Arrêtez de faire du scandale. Regardez : ces imbéciles vont s’approcher, ils vont faire des commentaires, ils vont appeler la police. Regardez : ils s’en lèchent déjà les babines, ils adorent ça. Je ne supporte pas les commentaires de ces gens-là. Tirez donc. Je ne veux pas les entendre, je ne veux pas les entendre. ».

Les gens sont donc représentés comme des êtres vicieux qui se délectent de la souffrance d’autrui comme d’un divertissement quelconque.



Roberto Zucco est un héros marginal car il ne cherche pas à répandre le bien. Il est choquant car impulsif, sans pitié ; son vocabulaire est cru et ses pensées sont plutôt dérangeantes et folles. De plus, l’œuvre est très axée sur la psychologie : on cherche toujours à comprendre pourquoi le criminel agit de la sorte mais on ne parvient finalement pas à trouver, ce qui est parfois déstabilisant. On veut croire que le héros changera en bien avant la fin du texte mais il s’agit bien d’une tragédie, la fin est inéluctable. D’ailleurs, la quatrième de couverture explique que Zucco est « un personnage mythique, un héros comme Samson ou Goliath, monstres de force ».

Le personnage de La Gamine est sans doute le plus intéressent après le personnage principal car elle seule sait faire parler et avouer le criminel. Elle n’a pas de nom précis mais seulement des surnoms d’oiseaux que lui donne sa famille qui la voit comme une petite fille chétive et pure (petit moineau, alouette, colombe, pinson, poussin…). Elle tombe amoureuse de Zucco alors qu’il lui a volé sa virginité et qu’elle fait la honte de sa famille à cause de cet incident. Il est intéressant de voir que Zucco, gravissant tous les obstacles, est pourtant désarçonné par la délicatesse de La Gamine. Nous pouvons nous demander si Zucco n’est sympathique envers elle que par pitié.



La répartition des répliques est étrange : les personnages autres que Zucco ont toujours plus de répliques que Zucco lui-même alors qu’il est le héros, présent dans toutes les péripéties, comme si l’auteur ne souhaitait pas que l’on arrive à cerner ce personnage sombre. Lorsqu’il daigne exprimer ses pensées, c’est sous l’effet de l’alcool ou bien par obligation, à force d’insistance de La Gamine. Selon lui, il n’y jamais rien à expliquer, le monde est ainsi : il est absurde et il est absurde de vouloir mettre des mots sur des choses ou des sentiments. D’ailleurs, même son identité lui importe peu et il a du mal à révéler haut et fort son nom. Le fait que Zucco se confie moins que les autres personnages nous prouve qu’il est incompris et solitaire.

Ce théâtre se différencie du théâtre de l’absurde. En effet, dans Roberto Zucco, le personnage du tueur n’est pas « vide » comme le seraient les personnages de Beckett ; c’est le monde qui l’a rendu ce qu’il est aujourd’hui, c’est la violence du monde qui l’a transformé en tueur. Zucco est donc irresponsable, il ne peut pas lutter contre son destin.

Une certaine poésie émane des monologues, même lorsque les personnages parlent de la violence environnante. Le comble réside aussi dans le fait que Roberto Zucco, apparaissant comme invincible, en soit réduit à avoir peur de personnes inoffensives comme les enfants ou les prostituées. Ces dernières le défendent car elles le prennent pour un attardé mental presque schizophrène.

Les actions ne se ressemblent jamais et apportent toutes un éclairage sur le personnage mystérieux qu’est Zucco. Les dialogues sont simples mais efficaces. Ils tiennent le lecteur en haleine et poussent à la réflexion. Le rythme est soutenu. Est-ce une critique de la société décadente ou bien des Hommes eux-mêmes qui semblent comparés à des chiens affamés, agissant par intérêt et par égoïsme ?

Le livre peut être perçu comme une alerte sur le manque de communication entre les hommes, sur l’incompréhension. L’auteur nous laisse le droit de nous approprier le texte et plusieurs interprétations du personnage de Zucco ainsi que de l’histoire sont possibles.

J’ai beaucoup apprécié cette pièce et j’ai trouvé qu’elle se démarquait vraiment des autres. Le personnage de Zucco est fascinant. Nous nous rendons compte au fur et à mesure de l’œuvre que nous éprouvons de la compassion pour ce criminel, ce pourquoi la réception de cette pièce a été si polémique à mon avis.


Camille, 2ème année BIB


 

 

Bernard-Marie KOLTÈS sur LITTEXPRESS

 

 

Koltes La nuit juste avant les forets

 

 

 

 

Article de Céline sur La nuit juste avant les forêts

 

 

 

 

 

 

 

 

 Table ronde au TnBA sur Koltès et La Nuit juste avant les forêts


 

koltes-dans-la-solitude-des-champs-de-coton.gif

 

 

 

 

 

Articles d'Elisa et d'Anne-Claire sur Dans la solitude des champs de coton.

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Camille - dans théâtre
commenter cet article
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 07:07

samedi 21 janvier à 17h30
au TnBA

dans le cadre des rencontres « Horizons/Théâtre - TnBA »

 

 

 

Bernard-Marie Koltès est un auteur dramatique français né à Metz en 1948 et décédé à Paris en 1989. Il a écrit une dizaine de pièces, de récits dont quelques-uns retrouvés par son frère et publiés après sa mort. Une de ses œuvres notables est Roberto Zucco, pièce inspirée de la vie de Roberto Succo, tueur italien qui a sévi en France et en Suisse. Son œuvre est significative du théâtre contemporain et une de ses thématiques est justement le désir de théâtre.

Sa pièce  La nuit juste avant les forêts a été montée par Patrice Chéreau en 2010 avec en vedette Romain Duris.

 

Lectures

 

Une lecture de textes de Bernard-Marie Koltès a été organisée par le TnBA au TnBa'R à 17h30 ; des élèves comédiens de l'ESTBA ont lu « La fuite à cheval très loin dans la ville » (roman), « Prologue » (nouvelle) et « Lettres » (correspondance), tous écrits par Bernard-Marie Koltès.

La lecture a commencé par des extraits de « La fuite à cheval très loin dans la ville ». Dans « Le cimetière de la colline aux crapules » une secte s'est installée et les chats pullulent. « Le cœur de la planque aux anges » évoque l’endroit où, le jour, vont se cacher les amoureux en quête de tranquillité et qui, la nuit, devient le théâtre des pires luxures. « Comment Lidia la maussade accoucha de ses filles » nous expose l'accouchement cauchemardesque, en pleine rue, de Lidia qui refuse de se faire aider par les passants et par un policier à cheval. Enfin nous est lu un passage où Cassius poignarde un chat après avoir trouvé Barba au lit avec Chabanne.

Les étudiants ont ensuite apporté des petits plateaux apéritifs aux spectateurs attablés pour une petite pause musicale, avant de continuer leur lecture.

L'extrait suivant était probablement tiré de « Prologue » ; il racontait comment une jeune fille se rend à l’Hôtel del lago et se fait séduire par un homme noir très intéressé qui lui vante les bienfaits de partager son lit avec un nègre.



Table ronde sur le thème de l'écriture de Koltès et la pièce « La nuit juste avant les forêts »

La table ronde se déroulait à l'éstba . Elle était organisée également par le TnBa. Une revue qui résumera les rencontres organisées sera publiée dans le courant de l’année.

Les intervenants étaient Martine Job, professeur de littérature contemporaine, Pierre Katuszewski, docteur en Études Théâtrales (Paris III) et enseignant à l'Université Bordeaux 3 et François Poujardieu, auteur d'une thèse sur Koltès.

M. Katuszewski a ouvert le débat en présentant le contexte dans lequel ont été publiés la majeure partie des textes de Koltès, c'est-à-dire entre 1970 et 1990. À cette époque, explique-t-il, le texte de théâtre est dédramatisé. Koltès disait lui-même qu'il ne fallait pas chercher de signification dans ses textes. Koltès pensait aussi que le théâtre n'est pas une scène politique mais essentiellement un jeu.

M. Katuszewski a ensuite fait le lien avec le thème du fantôme qu'il traite dans un de ses livres, Ceci n'est pas un fantôme. Il a fait remarquer que dans les œuvres de Koltès les fantômes sont hors de l'histoire. Il a ensuite qualifié la pièce de Patrice Chereau de performance ; en effet, la première question qu'il s'était posée était : « Mais comment l'acteur va t-il s'en sortir pour jouer cette pièce ? »

La nuit juste avant les forêts, c'est l'histoire d'un homme qui tente de retenir par tous les mots qu’il peut trouver un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir où il est seul. Il lui parle de son univers. Il lui parle de tout, d’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là. La pièce commence ainsi par le personnage qui arrive sur scène et commence à parler de ce qui s'est passé avant qu'il n'arrive. Les intervenants le feront remarquer, les récits de Koltès commencent toujours par une action, une histoire qui a déjà commencé.

M. Poujardieu a ensuite pris la relève en exposant la difficulté de ranger l’œuvre de Koltès dans un genre. Cette œuvre commence avec La nuit juste avant les forêts. Il a ensuite raconté une anecdote : en 1987, Koltès interviewé disait ne rien savoir de ses prochains personnages, preuve que c'était un « écrivain artisan » ; il pouvait écrire et avoir l'inspiration n'importe où. M. Poujardieu a ensuite remarqué qu'à travers ses textes Koltès libérait la parole de ses personnages et a mis le doigt sur un autre thème cher à Koltès : la femme énigmatique. En effet dans beaucoup de ses récits, on ne connaît pas la vie de certains personnages féminins. M. Poujardieu considère aussi La nuit juste avant les forêts et Dans la solitude des champs de coton comme les deux piliers de la nouvelle écriture de Koltès car ce sont deux récits digressifs. Digressifs dans le sens « rempli de sujets » dans La nuit juste avant les forêts et digressifs dans le sens « chaque sujet en appelle un autre » dans La solitude des champs de coton. Il a également fait remarquer l'importance du rythme dans La nuit juste avant les forêts, primordial étant donné que le récit ne comporte qu'une seule phrase. Avant de passer au débat et aux questions, M. Poujardieu a enfin évoqué le caractère cyclique de l’œuvre de Koltès.



La rencontre s'est ensuite terminée sur les impressions de chacun sur la pièce de Patrice Chéreau, pièce que M. Poujardieu a trouvé trop morcelée, parce que Chéreau n'a pas compris Koltès. Cependant il a aussi fait remarquer que personne ne comprend Koltès et qu'à force Chéreau, très persévérant, devrait réussir à faire mieux. Il a enfin été fait un parallèle de la pièce avec l'histoire de Shéhérazade – en effet le héros de la pièce essaie de parler sans fin pour retenir l'inconnu et ne pas mourir – mais aussi un parallèle avec la vie de Koltès qui en 1988, sachant qu'il ne lui restait qu'un an à vivre (Koltès a été emporté par le SIDA) écrivait à plein régime dans l'espoir de voir ses œuvres adaptées au théâtre par son ami Patrice Chéreau.


Alexis, 2e année Bib.-Méd.

Repost 0
Published by Alexis - dans théâtre
commenter cet article
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 07:07

Koltes-La-nuit-juste-avant-les-forets.gif










 

 

 

 

Bernard-Marie KOLTÈS
La nuit juste avant les forêts
Minuit,1988


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Koltes.jpgBernard- Marie Koltès, auteur dramatique, est né en 1948 à Metz. Fils d'officier, il grandit dans une famille bourgeoise.Pour lui, Metz, c'est la laideur et l'ennui. Alors, à dix-huit ans, il part, découvre le théâtre et suit ses envies d'ailleurs :

« Je trouve qu'il est essentiel de voyager à la fin des études. On apprend des choses qui servent toute la vie. Si on met pas dans la gueule des mecs de 18 ans la place relative qu'on occupe dans le monde, ils passeront leur vie à penser qu'ils sont très importants.(...) Si on l'apprend jeune, on ne l'oublie pas. Moi, à 20 ans, ça m'a mis tout en doute (.... ) ».

Ses pas l'emmèneront en Russie, en Afrique, en Amérique Latine et à New-York.

À vingt ans, il voit Maria Casarès, grande tragédienne française interpréter Médée : impressionné, il se met tout de suite à écrire. Il intègre l'école du Théâtre National de Strasbourg puis monte sa propre troupe, « Le Théatre du quai » en 1970. En 1977, il écrit  La nuit juste avant les forêts, montée en off au festival d'Avignon. Suivront, entre autres, Combat de nègre et de chiens (1979), Dans la solitude des champs de coton et Quai Ouest (1985). Patrice Chéreau sera le principal metteur en scène de ses pièces. Il décède du SIDA, à Paris, à l'âge de quarante et un ans.
 

 
Un personnage semblant vouloir échapper à des individus menaçants et cherchant un abri rencontre au coin d'une rue un individu avec qui il entame, en une longue et unique phrase, un dialogue qui restera sans écho. Celui qui semble être un jeune homme seul et désoeuvré expose alors, avec enthousiasme et désinvolture, ses idéaux teintés d'amertume et de désespoir. À travers la voix d'un personnage anonyme, Koltès distille ses colères et ses aspirations. Il dresse le constat d'une société où « tout fout le camp » : où la politique est faite par des voyous, où la trahison revêt le visage de l'amour, où même les prostituées deviennent sentimentales... Où l'horizon c'est « l'usine ou rien ».

À travers une écriture désarçonnante apparaissent des éléments qui caractérisent les pièces de Koltès : la force du langage, l'impression de solitude et d'étrangeté, des personnages qui se débattent dans une situation qui leur échappe, l'engrenage d'une société corrompue qui broie ceux qui voudraient croire à autre chose.

La nuit juste avant les forêts marque par sa forme. Le monologue du personnage se présente comme une longue et unique phrase. Les mots s'enchaînent en un flot ininterrompu. Cela donne un rythme et une musicalité très forts et fait du langage un élément de l'action à part entière. Koltès donne à la parole une place primordiale. Pour lui, le théatre, c'est fabriquer du langage. « La parole, explique-t-il, a une part considérable dans nos rapport avec les autres, elle dit beaucoup tout en étant complexe. » Il écrira la majeure partie de ses pièces à l'étranger, loin, dit-il, de sa langue natale qui prend alors une autre dimension, plus forte et plus  riche.
 
« (..) forcé de cacher que je suis étranger, forcé de parler de la mode, de la politique, de salaire et de bouffe, tous ces cons de Français avec leurs mêmes gueules et leurs mêmes soucis, parlant de bouffe jusque sous la pluie, tournant le dos au vent et parlant toujours de bouffe, et moi qui approuvais, pour pouvoir être libre tout à l'heure de courir, courir, courir, (..) »
 
Le personnage se sent d'autant plus solitaire et étranger qu'il porte en lui un désir de liberté et une vision anticonformiste du monde. Sa frustration est  renforcée par l'obligation de taire ses aspirations et pourtant elles sont aussi réelles que fortes.  Il les livre donc aux seules oreilles qui lui inspirent confiance et expose son rêve ultime : former « un syndicat international ». Il se rêve défenseur des plus faibles et de l'égalité face à une violence latente et pernicieuse. Il joue les caïds et veut défendre celui qu'il considère déjà comme un ami et appelle « Camarade ». Mais celui qui joue les gros bras ne bronche pas quand deux loubards lui cassent la figure après lui avoir volé son portefeuille.
 
Omniprésent, le pouvoir injuste et aveugle, entrave ses rêves de liberté et d'indépendance :

« (…), je voudrais être comme n'importe quoi qui n'est pas un arbre, caché dans une forêt au Nicaragua, comme le moindre oiseau qui voudrait s'envoler au-dessus des feuilles, avec tout autour des rangées de soldats cachés avec leurs mitraillettes, qui le visent, et guettent son mouvement, et ce que je veux te dire, ce n'est pas ici que je pourrais te le dire, il faut que l'on trouve l'herbe où l'on pourra se coucher, avec un ciel tout entier au-dessus de nos têtes, et l'ombre des arbres (...) ».

Il dénonce le système dominé par une minorité, qui exploite les ouvriers, mais qui bénéficie du soutien du peuple lui-même, ignorant et prêt à se battre pour les miettes qu'on veut bien lui laisser.
 
Ce qu'il reste à ce jeune homme est cet autre, visage amical éloigné des rapports cyniques entre les individus. Dans ce décor urbain, théâtre de tragédies singulières, des histoires d'amour se dissolvent dans l'indifférence générale. Koltès envisage les rapports humains sous un angle commercial car, selon lui, c'est ce qui se rapproche le plus de la réalité. On retrouve cette idée à travers trois relations amoureuses : les deux premières, vécues (ou rêvées) et racontées par le personnage, se soldent par un abandon et par une trahison, la troisième est celle d'une prostituée, qui meurt de chagrin, délaissée par son homme...



Avec  La nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie Koltès nous livre une écriture qui lui est propre, rythmée, musicale et insaisissable. Lui qui se défiait du théâtre et s'imaginait écrire pour De Niro ou Brando, revenait paradoxalement vers lui pour ses contraintes. « Avant, je croyais que notre métier c'était d'inventer des choses, maintenant je crois bien que c'est de les raconter. » L'espace et le temps semblent se confondre, il est parfois difficile de se situer dans ce récit mais cela est peut être secondaire, il est le reflet d'une génération dans laquelle on se retrouve encore aujourd'hui. Ce texte est, plus que jamais, un texte qui se dit. Il semble fonctionner comme une boucle ou un feedback. Le personnage est une voix , une voix qui s'éteint sitôt les mots prononcés, et qui n'existe peut être que parce qu'elle est entendue. En nous plongeant dans l'intériorité de ce personnage énigmatique, c'est à nous que cette voix fait écho...
 
 
Céline, AS Bib.
 
Cette pièce a été présentée au Tnba du 17 au 19 janvier 2012
 

 

 

Liens

 

  tnba www.tnba.org


 http://www.bernardmariekoltes.com/

 

 

Bernard-Marie KOLTÈS sur LITTEXPRESS

 

koltes-dans-la-solitude-des-champs-de-coton.gif

 

 

 

 

 

Articles d'Elisa et d'Anne-Claire sur Dans la solitude des champs de coton.

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by littexpress - dans théâtre
commenter cet article
5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 07:00

le-bureau-des-chats-kenji-miyazawa-9782809701180.gif




MIYAZAWA Kenji
宮沢 賢治
Le Bureau des chats
猫の事務所
traduit par Elisabeth Suetsugu
éditions Picquier
Picquier poche, 2009

 

 


 

 

Biographie

Poète et auteur de contes d’origine japonaise, il est né le 27 août 1896 et mort le 21 septembre 1933. Il est connu pour son appartenance à la religion bouddhiste, ayant été élevé dans une famille très pratiquante, mais aussi pour son militantisme social, en partie dans le domaine de l’agriculture. Depuis son enfance, il a toujours été intéressé par les animaux, en particulier les insectes. D’ailleurs, ses études étaient centrées sur la paysannerie et l’agriculture.

Il ne fut reconnu comme auteur et poète qu’après sa mort grâce au poète et sculpteur Takamura Kôtaro. Ses œuvres commencent à être publié qu’à partir de 1934.

 

 

 

Le recueil

 

Ce recueil est composé de cinq contes, avec pour personnages principaux des étoiles, des insectes et animaux (araignée, limace, blaireau), des chats, une vigne, un arc-en-ciel et un faucon de nuit.  Ils sont tous écrits avec un brin d’humour et/ou d’ironie.

Les thèmes abordés sont dans un premier temps, la discrimination, que l’on peut découvrir dans « Le bureau des chats », avec la « ségrégation » que subit une certaine race de chats et dans « Le faucon de nuit devenu étoile », où le Faucon est rejeté par les autres animaux à cause de son physique disgracieux.

La religion est aussi abordée, surtout dans «  Les jumeaux du ciel », avec des références à l’enfer et au paradis.

On retrouve dans tous les contes les notions de Bien et de Mal, représentées par des personnages comme la Comète dans « Les Jumeaux du ciel » ou par les personnages principaux dans le conte « L’araignée, la limace et le blaireau », où à cause de leurs mauvaises intentions et actions, ces trois animaux meurent.

Une nouvelle se distingue des autres : « La vigne sauvage et l’arc-en-ciel », est plus lyrique et a pour thème principal l’amour impossible.



Mon avis
 
J’ai trouvé ce recueil très agréable à lire. Il nous emmène dans un autre monde où l’étrangeté est commune. Cela change des contes occidentaux traditionnels, bien que les schémas soient similaires. Mais je le recommande à ceux qui sont portés vers l’imaginaire et les contes.


Sarah Degorces, 1ère année Éd.-Lib.



MIYAZAWA Kenji sur LITTEXPRESS

 

Kenji Miyazawa Les Fruits du gingko

 

 

 

 

Articles de Julie et d'Agnès sur Les Fruits du Gingko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Sarah - dans Nouvelle
commenter cet article
4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 07:00

Osamu-Dazai-Le-Mt-crepitant.jpg







 

 

 

 

 

DAZAI Osamu 

太宰 治
Le Mont crépitant
 

御伽草子

Otogi-zōshi, 1945
Traduction de Silvain Chupin
Philippe Picquier, 1997
Réédition Picquier Poche, 2009











 

 

 

 

 

Dazai Osamu, de son vrai nom Tsushima Shuji, est né en 1909 à Kanagi, au nord du Honshu. Il étudie la littérature française à l'université, mais arrête ses études après le suicide de son idole, l'écrivain Akutagawa Ryūnosuke en 1927. Cette mort aura un grand impact sur sa vie, signant pour lui une véritable descente aux enfers (drogue, alcool, femmes, multiples tentatives de suicide) ; en même temps, son intérêt pour l'écriture et la lecture se  développe. Il va aussi s'impliquer dans le parti communiste, avant de s'en détacher sous la pression de ses parents. Pendant la Seconde Guerre mondiale, contrairement à beaucoup d'écrivains, il continue à écrire, même si la plupart de ses ouvrages sont censurés.

Il trouve une certaine stabilité, se marie et il aura deux enfants, dont une fille Satoko, qui deviendra plus tard la célèbre romancière Tsushima Yuko. Néanmoins, après trois tentatives de suicide ratées, il finit par mettre fin à ses jours en se noyant en 1948. Son corps sera retrouvé le jour de son anniversaire, le 19 juin 1948.

En plus de laisser une œuvre considérable derrière lui, Dazai Osamu sera aussi l'un des maîtres du mouvement littéraire appellé « watakushi shōsetsu » ou « roman-Je » : c'est-à-dire qu'il puise dans sa propre expérience pour écrire ses romans et ses contes.

Il écrit aussi bien des romans jeunesse que des romans historiques, des contes ou de la pure fiction. Son style se veut particulièrement pessimiste et un brin ironique. Son œuvre sera complétement redécouverte dans les années 1970.



Quelques œuvres

Bambou-bleu et autres contes (Chikusei),1939-1948
Cent vues du Mont Fuji (Fugaku Hyaku-kei), 1943
Pays Natal  (Tsugaru),1944
Le Mont Crépitant (Otogi-zōshi), 1945
Soleil couchant (Shayō), 1947
La femme de Villon (Biyon no Tsuma), 1947
La déchéance d'un homme (Ningen shikkaku), 1948



Le Mont crépitant

Le recueil Le Mont crépitant est composé de quatre contes, même si l'auteur en annonce cinq. On trouve donc tout d'abord « Les Deux bossus », puis « Monsieur Urashima », « Le Mont Crépitant » et enfin « Le Moineau à la langue coupée ». Dazai Osamu nous explique au début du dernier conte qu'il avait prévu de raconter « Momotarō », mais qu'il ne le fait pas, parce qu'il considére que ce conte est un symbole du Japon, une légende à laquelle il ne peut pas toucher, au contraire des quatre autres contes. C'est donc le seul conte qu'il ne réécrit pas ; en revanche, il va donner sa propre vision de quatre contes japonais particulièrement célébres, ce qui va le conduire à « moderniser » ces textes, afin de leur donner une autre dimension.

Dans le prologue, un père de famille se réfugie dans un abri anti-bombes avec sa famille, pendant que les avions américains bombardent sa ville. Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale, et il faut attendre l'accalmie : le narrateur, à l'aide d'un livre d'images, va donc faire patienter sa petite famille en leur narrant des contes que tous les Japonais connaissent, mais il le fait à sa manière, n'hésitant pas à critiquer quand il juge l'histoire incohérente, ou à donner sa propre interprétation pour que les contes aient un sens pour lui.



Résumé des contes (selon les versions de Dazai Osamu)

« Les deux bossus » : deux vieillards bossus se rendent tour à tour dans une forêt où ils rencontrent des démons qui leur réservent à chacun un sort différent. L'un est gai, enjoué et souvent saoûl ; l'autre est triste et taciturne, en totale opposition avec le premier. Un conte à la fin inattendue, qui réfléchit sur « les aspects tragique et comique du caractère de chacun. »

« Monsieur Urashima » : après avoir sauvé la vie d'une tortue, Urashima Tarō est invité au Palais du Dragon où vit la princesse Otohime. Il reste un certain temps dans ce monde atemporel où tout n'est que beauté, calme et volupté, jusqu'au moment où, pris de mélancolie, il décide de rentrer chez lui. Une réflexion sur la solitude et la nostalgie du passé, portée par des dialogues savoureux, qui donne une autre profondeur au conte.

« Le Mont crépitant » : pour venger ses maîtres, un lapin décide de faire souffrir le raton qui est responsable de leurs maux. Le narrateur décide de faire du lapin une femelle, et à partir de cet élement, l'histoire se lit autrement. Un conte particulièrement cruel où Dazai Osamu fait la part belle à la satire et à l'humour noir.

« Le Moineau à la langue coupée » : un moineau « apprivoise » un homme marié à une femme amère et aigrie. Cette dernière se méprend complétement sur la nature de leur relation, mais jalouse du lien qui s'est créé entre eux, elle décide de couper la langue du moineau. Le vieil homme, inquiet, décide de partir à sa recherche : il va pénétrer dans un environnement qu'il ne soupçonnait pas. Une critique de la cupidité et de la bêtise, menée avec un cynisme particuliérement froid et acide.



De la digression aux remarques de l'auteur

Tout d'abord, il faut savoir que Dazai Osamu structure tous ces contes de la même façon : il nous donne quelques précisions géographiques pour situer l'action. L'action des « Deux Bossus » se passe « sur l'île de Shikoku, au pied du mont Tsurugi, dans la province d'Awa », Urashima Tarō « aurait habité un village nommé Mizunoe , dans la province de Tango, c'est-à-dire dans la partie nord de l'actuelle préfecture de Kyōto. » Et il en est ainsi pour les deux autres contes.

On note aussi, qu'il associe chaque conte à une référence mythologique grecque. Ainsi, il définit le lapin du «  Mont Crépitant »  comme une « jeune fille de type artémisien » ; le cadeau en forme de coquillage qu'il ne faut surtout pas ouvrir dans Urashima Tarō évoque pour lui la boîte de Pandore.

Par ailleurs, ce qui peut frapper le lecteur qui se lance dans Le Mont crépitant, ce sont notamment les digressions du narrateur, c'est-à-dire du père de famille, qui n'hésite pas à interrompre son récit pour donner son propre jugement sur un personnage ou une situation. Par exemple, dans « Monsieur Urashima », l'entrée en scène de la tortue qui a été sauvée par le jeune homme donne lieu à une longue digression sur les différentes races de cet amphibien qui existent au Japon et sur la possibilité que la tortue concernée puisse se trouver à cet endroit précisément alors que ce n'est pas son lieu d'habitat originel :

« Et quant à l'énigme de son apparition dans une région où elle ne peut aller, il suffit de dire qu'il ne s'agit pas d'une tortue ordinaire. »

Il peut aussi digresser sur sa propre situation, en revenant au temps du récit :

« J'aimerais m'arrêter un moment sur ce point : c'est sur les cigarettes Shikishima que l'on trouve la représentation stylisée des pinèdes d'Ugashima telle qu'on la lit ici. ».

Enfin il n'hésite pas à faire des critiques quand il le juge bon. Ainsi, le lapin du « Mont crépitant » le déçoit à partir du moment où il le décrit en train d'observer le paysage, alors qu'il s'apprête à commettre un crime atroce, en laissant le raton se noyer. Pour lui, ce n'est absolument pas cohérent avec le comportement du personnage.



Des contes ?

Malgré la réécriture, les contes gardent quelques caractéristiques du genre, avec un monde ancré dans le merveilleux, même si le narrateur essaye de conserver un certain réalisme. Les animaux parlent, des créatures étranges rôdent dans les forêts (les démons du conte des « Deux bossus »), on a des objets magiques (le coquillage d'Urashima Tarō), et même si le narrateur essaye d'embrouiller son lecteur – « en conséquence, le lecteur qui voudra tirer une leçon de morale courante du conte des Deux Bossus se heurtera à de grandes difficultés » – on peut tirer néanmoins quelques morales de ces contes.



La réécriture des contes

Le narrateur fait bien sûr de nombreuses références aux contes originaux, notamment en résumant l'histoire, ou en citant des morceaux de ces textes. Il le fait surtout pour les deux premiers contes, « Les Deux Bossus », dont il cite abondamment le texte, et pour « Monsieur Urashima », dont il ne cite que la fin, pour résumer la disparition du village du jeune homme. En revanche, aucune citation n'est faite pour les deux derniers contes. D'une certaine manière, au fil du recueil, le narrateur prend de plus en plus de libertés.

Pour la plupart des contes choisis, le narrateur du recueil décide de donner sa propre vision des personnages, de l'histoire, ou même de la morale qui est censée être véhiculée par ces histoires. Lorsqu'il n'est pas satisfait de la version « originale », il peut changer quelques détails, ou bien modifier carrément l'histoire, ce qui donne une autre dimension aux contes, un autre aspect qui lui est propre et qui en même temps parle peut-être plus au lecteur. Il décide notamment de ne raconter qu'une partie du conte : dans « Monsieur Urashima », il ne fait qu'évoquer le sauvetage de la tortue par le personnage principal, mais il ne le décrit pas. Il s'intéresse seulement à la rencontre de la tortue avec Urashima, et au voyage qui le mène au Palais du Dragon. C'est alors dans le dialogue entre les deux protagonistes que se situe l'intérêt du conte, chose qui n'est guère présente dans le conte original. De même, parce qu'il n'est pas d'accord avec la punition « peu virile » que subit le raton dans « Le Mont Crépitant », il décide de faire du lapin une jeune fille :

« j'ai compris pourquoi la conduite du lapin était si peu virile. Ce lapin n'est pas un homme, j'en suis convaincu, mais une jeune fille de quinze ans ».

Par ailleurs, il fait d'Urashima Tarō un homme peureux et pédant dont il peut se moquer aisément, alors que dans le conte original, c'est justement parce qu'il est courageux qu'il sauve la tortue. Il donne sa propre interprétation du personnage . En quelque sorte, c'est une autre clé de compréhension que propose le narrateur.

Ce qui peut frapper aussi dans les réécritures de ces contes, c'est la manière dont le père de famille retravaille la personnalité de ses personnages. En effet, il leur confère un autre caractère, rendant les héros presque antipathiques et agaçants, tandis qu'il met en avant des personnages secondaires. Ainsi, Urashima Tarō apparaît lâche, pédant, vantard face à la tortue moqueuse, intelligente et qui ne se gêne pas pour le remettre à sa place. Elle ébranle aussi toutes ses certitudes. On retrouve le même type de personnalité chez le moineau O-Teru dans « Le Moineau à la langue coupée », qui n'hésite pas à critiquer le vieillard parce qu’il n'est pas d'accord avec son comportement.



Les thèmes

La solitude est l'un des thèmes qui reviennent le plus souvent dans les quatre contes. Tous les personnages sont confrontés, à un moment ou à un autre, à une forme de solitude : le premier des « Deux bossus » a de l'affection pour sa bosse parce qu'elle lui tient compagnie, au contraire de sa femme et de son fils qui sont complétement indifférents à ce qui lui arrive. De même, dans « Monsieur Urashima », la solitude est évoquée à travers le dialogue entre le héros et la tortue, qui lui explique que la princesse Otohime ne ressent pas la solitude. De plus, Urashima lui-même affronte ce sentiment lorsqu'il décide de rentrer enfin chez lui et qu'il voit que tout son village a disparu. Dans « Le Mont Crépitant », ce thème est moins évident. Cependant, le narrateur éprouve une certaine sympathie pour le raton, même s'il est répugnant, et lorsque le lapin le laisse se noyer, on ressent un peu de pitié pour lui. Enfin, dans le dernier conte, la solitude du vieillard est ce que l'on ressent le plus.

L'autre thème important du recueil est sans doute le changement. Tout ce qui arrive aux personnages n'arrive pas pour rien ; du moins il y a quelque chose qui se passe à l'intérieur d'eux, bien que cela ne se répercute pas forcément sur leurs proches. Certains sont changés parce qu'ils passent dans un « autre » monde, comme Urashima Tarō, ou le vieillard du « Moineau à la langue coupée » lorsqu'il rend visite à O-Teru, ou même le bossu qui arrive sur le territoire des démons qui vont causer un grand changement chez lui, en enlevant sa bosse. Face à cet horizon de choses mystérieuses, ils se rendent compte qu'un déclic a eu lieu. Comme le dit la tortue à Monsieur Urashima, il « [n'a] pas l'âme aventureuse, parce [qu'il n'a] pas la force de croire. ». À partir du moment où les personnages acceptent de sortir de chez eux pour voyager, pour voir autre chose, pour sortir du quotidien, il deviennent des aventuriers, ce qui leur permet de croire que ce qu'ils ont vécu a bien eu lieu.

Sans doute l'humour, l'ironie et l'auto-dérision donnent-ils un ton particulier au recueil. Ainsi, le narrateur commente l'action de ses personnages tout en se moquant d'eux, il met une distance entre ce qui est apparent et ce qui est vraiment. Il donne ainsi des indices au lecteur pour que ce dernier ne soit pas dupe. Ainsi, dans « Le Mont Crépitant », il ironise sur le comportement du raton qui essaye de se valoriser devant le lapin, en ramassant le bois et en montrant sa force, alors que le lapin en fait deux fois plus que lui : « Quelle femme aurait pu résister à cette – Comment dire ? – virilité ? » De plus, le narrateur pratique l'auto-dérision légère qui donne un statut particulier au narrateur qui se sent « stupide » ; par exemple dans « Le Mont Crépitant », il nous surprend lorsqu'il dit « ma fille de cinq ans est très laide, c'est le portrait de son père. »



Citation

 « La voie des devanciers dont vous parlez n'est-elle pas précisément la voie de l'aventure ? Non, le mot « aventure » est assez malheureux […], mais que diriez-vous de « force de croire » ? Seuls les gens capables de croire que de belles fleurs fleurissent à coup sûr de l'autre côté de la vallée franchissent cette vallée sans hésiter à s'agripper aux vrilles des glycines. […] Celui qui s'agrippe aux glycines pour traverser la vallée n'a d'autre désir que d'aller contempler les fleurs qui se trouvent de l'autre côté. Il n'a pas la basse vanité de croire qu'il est en train de vivre une aventure. De quelle aventure pourrait-il bien se glorifier ? C'est ridicule. Il croit, tout simplement. Il croit sincérement qu'il y a des fleurs. Et c'est seulement la forme que prend cette conviction qu'on appelle « aventure ». Vous n'avez pas l'âme aventureuse parce que vous n'avez pas la force de croire. » « Monsieur Urashima ».

C'est parce que tous les personnages du recueil croient en la possibilité d'un « autre monde » qu'ils ont la « force de croire ». Certes, cela ne change pas fondamentalement leurs relations avec les autres, mais c'est seulement cette petite différence qui les change imperceptiblement. La force de Dazai Osamu réside dans cette volonté qu'il a donnée à ses personnages qui ne sont plus seulement des personnages de conte.

Sources

 Kimi.ekablog.com/Urashima-taro


 Wikipedia


Nautiljon



Marion Rieder, AS Éd.-Lib.

 

Repost 0
Published by Marion - dans Nouvelle
commenter cet article
3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 07:00

Ogawa-Yoko-La-mer.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA Yōko

小川洋子
La mer


 Umi, 2006
Traduction
Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2009





 

 

 

 


Biographie

Ogawa Yōko est une romancière et novelliste japonaise, née en 1962 à Okayama. Après ses études, elle s'est tout de suite mise à l'écriture et sa production est assez importante : on trouve 22 de ses œuvres traduites en français et 14 ne sont pas encore traduites. Elle a remporté cinq prix littéraires, dont le prestigieux prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991. Elle a été particulièrement influencée par les auteurs japonais Junichirō Tanizaki et Haruki Murakami et les Américains Truman Capote, F. Scott Fitzgerald et Raymond Carver.



La mer

La mer est un recueil de sept nouvelles : « La mer », « Voyage à Vienne », « Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly », « Le crochet argenté », « Boîtes de pastilles », « Le camion de poussins » et « La guide ».

Parues entre 2001 et 2006, elles ont été réunies dans ce recueil en 2009. Elles sont de tailles variables, certaines très courtes (deux pages) et d'autres assez longues (36 pages) et sont écrites dans un style très simple, poétique et imagé.

Les personnages n'ont presque jamais de nom (on retrouve seulement les prénoms féminins Izumi et Kotoko) ; ils sont désignés par leur statut dans l'histoire, de façon très simple s'ils ne peuvent pas être confondus avec d'autres personnages (« l'homme ») ou de façon plus précise (« le petit cadet »). Ils sont de tous âges : fillette, jeune homme, jeune adulte, adultes, personnes âgées...



Thèmes

Ce recueil de nouvelles couvre deux thèmes généraux.

On trouve tout d'abord le thème du voyage, du déplacement : il y a presque toujours des moyens de déplacement dans les nouvelles, comme le train, l'avion, le tramway, le bus, le camion, le vélo, le taxi, le bateau... Le prénom Izumi, de la première nouvelle « La mer », est d'ailleurs également celui d'un célèbre croiseur japonais de la guerre sino-japonaise.

Dans la nouvelle « Voyage à Vienne », on trouve le thème du pays lointain, d'un autre monde. Il s'agit d'un voyage dans l'espace, du Japon à l'Autriche, mais aussi dans le temps, avec la veuve Kotoko qui confie à la narratrice le souvenir de son ancien amant.

 « Le crochet argenté » se déroule entièrement dans un marine liner, un train japonais. Là aussi le voyage se fait également dans le temps avec la narratrice qui se replonge dans son enfance, qui se remémore sa grand-mère qui tricotait – tout comme la vieille dame du train – et qui avait essayé de lui apprendre le tricot, alors même qu'elle rentre chez elle pour célébrer l'anniversaire de sa mort.

Dans « Boîtes de pastilles », tout se passe dans un autobus scolaire. C'est un voyage magique pour les enfants qui sortent du quotidien avec le tour des pastilles que leur joue le conducteur.

C'est le camion de poussins dans la nouvelle du même nom qui change le quotidien et la vie des deux personnages : la fillette retrouve sa voix et le narrateur la reçoit comme un cadeau.

« À ce moment-là, un petit camion apparut au loin sur le chemin. Se prenant les roues dans les ornières, il avançait poussivement en bringuebalant. Sortant peu à peu du nuage de poussière et de la lumière du soleil, il se rapprochait avec un chargement serré, doux et vaporeux, aux couleurs variées. L'homme et la petite fille se levèrent en même temps. Ce chargement, peu assorti à l'aspect vieillot du camion, était coloré de jolis motifs marbrés de rose, de jaune, de bleu et de rouge mêlés. De plus, les motifs bougeaient continuellement, sans s'arrêter un seul instant. Bientôt leur parvinrent des piaillements tellement bruyants qu'ils recouvraient le bruit du moteur. Et le camion, passant entre l'homme et la petite fille, continua sa route. »

Enfin, c'est dans la dernière nouvelle « La guide » que l'on trouve le plus de moyens de transport pour la visite guidée : bus, bateau, taxi. C'est de plus une journée extraordinaire pour le narrateur et l'ancien poète, complètement hors du temps.



Le second thème, celui des sons, des mélodies, s’associe au premier : les sons font souvent voyager, s'évader les personnages.

Dans « La mer », c'est le son de l'instrument imité par le petit cadet qui fait rêver et voyager le narrateur :

« Ce que j'entendis ne fut pas un sifflement ni un chant, plutôt un son léger mais ferme. Il joignait le soulagement d'être arrivé après de longues heures au fond de la mer à l'illimité de voyager encore plus loin. J'ai essayé d'imaginer la silhouette du petit cadet debout au bord de la mer. Les deux pieds prenant solidement appui sur le sable, les paumes enveloppant doucement la vessie. La brise, comme si elle avait trouvé un repère, était attirée par lui. Le vent qui avait traversé la mer était à la recherche de la tiédeur de ses paumes. Ses lèvres, exactement comme si le meirinkin était là, continuaient à faire vibrer les ténèbres. Elles avaient exactement la même forme que celles d'Izumi que j'aimais tant. »

Dans « Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly », le bureau du gardien des caractères d'imprimerie est isolé du reste de l'entreprise par le bruit des machines, alors que ni le bruit des machines ni les bruits extérieurs ne parviennent dans ce bureau. Il devient alors comme un autre monde, dont la narratrice veut sans cesse s'échapper.

« Le camion de poussins » montre à quel point une simple voix peut changer la vie d'une personne, voix que la fillette retrouve grâce aux poussins multicolores du camion.

Enfin, dans « Boîtes de pastilles », le trajet est marqué par le bruit des boîtes de pastilles qui remuent dans les poches du conducteur, avec l'onomatopée « kata, kata ».



Conclusion

Pour finir, nous pouvons trouver un point commun à toutes les nouvelles du recueil : quelqu'un apporte quelque chose à quelqu'un d'autre, chaque nouvelle rencontre change notre vie d'une certaine façon et nous apporte quelque chose, un souvenir (matériel ou non), une autre vision des choses. Ce point commun est illustré par la phrase de l'ancien poète, le titre qu'il donne à la journée qu'ils ont vécue dans la nouvelle « La guide » :

« Il n'y a personne qui n'ait pas de souvenirs. »


Marine, 1ère année Édition-Librairie

 

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

OGAWA YOKO Parfum de glace

 

 

Article de Tiphaine sur Parfum de glace.

 

 

 

 

 


 

Ogawa Yoko Cristallisation secrete

 

 

 

 

Article de Lola sur Cristallisation secrète.

 

 

 

 

 

ogawa tristes revanches

 

 

 

Articles de Marie et d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 

 


Ogawa-l-annulaire.gif

 

 

 

 

Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

.

.

 

ogawa002.jpg



article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



.

.

.

ogawa.jpg

 

 

article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

ogawa-Paupieres.jpg

 

 

 

 

Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

benediction-inattendue.jpg

 

 

 

 

Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

museedusilence-copie-2.jpg

 

 

 

Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

Repost 0
Published by Marine - dans Nouvelle
commenter cet article

Recherche

Archives