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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 07:00

OGAWA-YOKO-Parfum-de-glace.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA Yōko
小川洋子
Parfum de glace
Titre original
凍りついた香り
Kōritsui ta Kaori, 1998
Traduction
Rose-Marie Makino-Fayolle
Actres Sud,
Lettres japonaises, 2002
Babel, 2004



 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa est une grande romancière et novelliste japonaise. Dès le début de sa carrière, elle obtient des prix pour ses romans La Désagrégation du papillon et La Grossesse. Elle se dit influencée par d'autres grands auteurs japonais tels que Murakami Haruki, ou des auteurs américains comme F. Scott Fitzgerald ou Paul Auster. Ses romans sont traduits en neuf langues et une adaptation cinématographique de son roman L'Annulaire a été réalisée en 2004.



Résumé

Connaissons-nous vraiment les gens auprès de qui nous vivons ? Leur passé, leurs tourments, qu'essayent-ils de cacher, qui sont-ils réellement ? C'est autant de questions que se pose Ryoko lorsqu'elle apprend le décès de son compagnon. Hiroyuki ; ils venaient de fêter leur première année de vie commune et il lui avait offert le parfum qu'il avait créé spécialement pour elle, Source de mémoire. Rien ne justifie un tel acte. Aucun indice, aucune piste. Seuls restent de lui les souvenirs et les quelques mots trouvés dans son atelier :

« Gouttes d'eau qui tombent d'une fissure entre les rochers et Air froid et humide d’une grotte. Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. Frasil sur un lac à l’aube. Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »

Des mots qui rythment le récit et l'enquête que décide de mener Ryoko, qui la fait voyager du Japon à Prague, à travers ses souvenirs et ceux des proches de son compagnon. Elle découvre le passé de Hiroyuki, passé dont elle n'avait jamais été informée. Enfant, c’était un petit génie des mathématiques, adolescent, un patineur artistique admiré, jeune adulte, il a travaillé dans un institut pour jeunes aveugles... Autant de facettes qu'elle ne lui connaissait pas. Quant à la mère de Hiroyuki, elle semble porter un lourd secret, celui du concours de Prague, le seul que son fils n'ait jamais gagné. Plus personne à part elle ne sait ce qu'il s'est passé réellement, et aucune trace ne reste nulle part de ce fameux événement. Pourtant, Ryoko va chercher, plus loin encore. Et c'est dans un univers fantastique, aux limites brouillées, qu'elle parviendra à faire son deuil, dans une grotte humide où un gardien de paons la guidera sur le chemin de la guérison. Il n'est plus question de trouver la réponse au « pourquoi s'est-il suicidé ?» mais de l'accepter et vivre avec l'absence de la personne aimée. Et cela dans un mélange de genres, dans un univers de sens et de sensations où le rêve se mêle à la réalité.



Dans Parfum de glace, l'auteur ne rompt pas avec son style habituel. Au contraire, puisqu'à nouveau dans ce monde où s'entremêlent le réel et le magique, on retrouve l'importance des mathématiques, thématique souvent abordée dans ses romans, ou encore l'obsession du classement et la volonté de garder la trace des souvenirs ou du passé. Ce qui fait ici le charme de cet auteur, c'est à la fois sa simplicité à décrire les choses du quotidien, mais également sa capacité à mettre des mots là où nous ne pouvons ni ne savons, à analyser et à dire la douleur, la joie, la peine, la peur.


Tiphaine, 1ère année Bibliothèques.

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

Ogawa Yoko Cristallisation secrete

 

 

 

 

Article de Lola sur Cristallisation secrète.

 

 

 

 

 

 

 

ogawa tristes revanches

 

 

 

Articles de Marie et d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 

 


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Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

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Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

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Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

 

 

 

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Published by Tiphaine - dans Réalisme magique
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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 07:00

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Frances DE PONTES PEEBLES
La Couturière
The Seamstress
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Martine Leroy-Battistelli
Points
Collection Les Grands Romans, 2010
1ère édition  : 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Biographie
 
La Couturière est un roman de Frances de Pontes de Peebles. Elle est née dans le Nordeste brésilien et a passé son enfance à Miami. Elle écrit principalement des nouvelles qui ont reçu de nombreux prix littéraires. La Couturière est son premier roman qui a entre autre reçu le grand prix des lectrices de ELLE aux États-Unis en 2008.



Résumé

Ce livre raconte l’histoire de deux sœurs, Emilia et Luzia. Il se déroule sur une période allant de 1928 à 1935.L’histoire se passe dans un Brésil en pleine modification, allant vers la modernisation.

Cela commence par un prologue qui se passe à Recife en 1935. On apprend que Luzia, l’une des sœurs, est en deuil, qu’elle vient de perdre son mari : « À vingt-cinq ans, elle était déjà veuve et pleurait un époux qui lui était toujours resté étranger ». On apprend aussi la mort de la Couturière, l’impitoyable chef des cangaceiros, bandits du Brésil : « tous les bandits avaient été abattus et décapités, même la Couturière ».

Ensuite, nous avons un retour en arrière, en mars 1928, à Taquaritinga do Norte. Puis nous prenons connaissance de l’enfance de deux sœurs, élevées par leur tante Sofia après le décès de leurs parents, dans les montagnes, dans l’État du Pernambouc. Emilia et Luzia sont très différentes, mais elles ont besoin l’une de l’autre. Emilia est attirée par tout ce qui est grandiose et rêve de s’élever dans l’échelle sociale. Sa sœur quant à elle n’a plus d’espoir de mariage, car dans son enfance, elle a chuté d’un arbre ce qui fait que son bras gauche est infirme. Cela lui a valu le surnom de Victrola, marque d’un ancien lecteur de disques, le surnom faisant référence au bras de lecture. La tante et ses nièces sont d’excellentes couturières, elles vivent de ce métier : « Luzia et [Emilia] maîtrisaient l’art de la coupe, du raccommodage et de la dissimulation ».

Dans les années 30, sévissaient donc les cangaceiros qui voyageaient de village en village et vivaient dans la caatinga, le désert ou la plaine brésilienne, selon les différentes périodes de l’année. Or, un jour, ces cangaceiros se retrouvent dans le village de cette famille. Le Faucon, chef de ces voleurs, souhaite de nouveaux habits pour ses compagnons et lui. Ils demandent donc à la famille Dos Santos de les faire. Tout de suite, il est attiré par Luzia qu’il a surprise dans la nuit libérant des oiseaux. Une fois le travail terminé, et avant de partir, le Faucon demande à Luzia de partir avec lui et sa bande. Elle accepte, sachant pertinemment qu’elle n’aura jamais la vie dont elle rêve en restant dans ce village.

Le livre est donc découpé en plusieurs chapitres avec l’alternance des récits de la vie de Luzia et de celle d’Emilia, à la troisième personne. À chaque début de chapitre, le nom du personnage que nous allons suivre est donné ainsi que le lieu où il se trouve et la période de l’année.

Une fois Luzia partie, la tante Sofia décède et Emilia se retrouve seule. Mais dans son village de Taquaritinga, elle rencontre Degas Coelho, qui appartient à la haute société de Recife. Il vient passer des vacances chez son ami Felipe, fils du colonel de la région ; ils font tous deux des études de droit. Emilia est séduite, et bien vite un mariage est organisé. Elle a donc obtenu ce qu’elle voulait et rentre avec son mari à Recife.

S’enchaînent ensuite différentes péripéties. Les sœurs apprendront leurs parcours respectifs à travers les journaux. Luzia reste donc avec les cangaceiros, devient La Couturière et se marie même avec le Faucon. Emilia, quant à elle, connaît une grande désillusion, car ce n’est pas la vie qu’elle espérait. Son mari ne lui offre aucune tendresse et peu d’attention ; sa belle-famille ne l’aime pas, car elle vient de la campagne et non de la haute société.

En 1930, une révolution va agiter le pays et son mari s’y trouve engagé. Un nouveau président prend la tête de l’État, et veut intégrer l’arrière-pays ainsi que la côte dans son plan de modernisation. Pour ce faire, il veut créer une route. Cependant, les cangaceiros voient cette route d’un mauvais œil, et une révolte s’engage contre les soldats du président. Luzia tombe enceinte, mais ne peut assumer cet enfant, elle décide donc de l’abandonner à sa sœur qui en prendra la charge. La fin du roman est marquée par la mort de trois personnages centraux. Emilia prend donc la fuite pour échapper à sa famille et s’embarque pour les États-Unis avec son neveu.



Analyse

C’est un livre passionnant qui se lit facilement malgré ses 800 pages. On découvre le Brésil des années 30 et ses différents modes de vie, entre les paysans de la campagne, la haute société de Recife et la vie dans la caatinga brésilienne. On découvre les débuts de l’électricité, de la modernisation et de l’émancipation de la femme. Bien que fictif, le roman est ancré dans l’histoire du Brésil de l’époque. On découvre la révolution de 1930 ainsi que la sécheresse de 1932.

Ce roman permet une remise en question, une interrogation sur ce qui est bien, juste et moral. En effet, Luzia, la sœur d’Emilia, devient une criminelle. Par conséquent, cette dernière a bien du mal à se situer, entre sa famille qui souhaite la mort de tous les cangaceiros et son amour inconditionnel pour sa sœur. Il nous est alors difficile de prendre parti, et ce grâce à la manière dont le texte est écrit.

 On découvre aussi le désir des scientifiques de découvrir des marqueurs de criminalité. Pour ce faire, tous les criminels sont décapités et des mesures de leurs crânes sont faites. Cette pratique a réellement eu lieu dans les années 1930, ce qui est assez répugnant. On essaye aussi de l’expliquer en démontrant sa présence dans les gènes. Un peu comme Émile Zola qui dépeignait l’alcoolisme comme héréditaire.

L’écriture est simple et fluide ce qui explique la facilité de lecture. De plus, on se retrouve vite embarqué par l’histoire et on suit avec attention l’histoire de ces deux sœurs qui ont pris toutes deux un chemin très différent.


Marion, 2e  année Bib.-Méd.-Pat.


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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 07:00

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Marie DARRIEUSSECQ
Clèves
Éditeur : P.O.L, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie Darrieussecq est née en 1969 à Bayonne. Elle passe son enfance dans le Pays Basque. Après un baccalauréat littéraire, elle entre en hypokhâgne puis en khâgne. Elle enchaîne avec l’École normale supérieure puis l’agrégation de lettres modernes, obtenue en 1992. Enfin, elle soutiendra une thèse à la Nouvelle Sorbonne et à Jussieu.

En 1988, elle obtient le « prix du jeune écrivain de la langue française » pour sa nouvelle « La Randonneuse ». À la suite de ce prix, beaucoup de maisons d’édition la sollicitent, notamment Grasset, Le Seuil et Fayard.

En 1996, elle publie un premier roman, Truismes, chez P.O.L. Son roman est vendu à 300 000 exemplaires et traduit dans 30 langues. Jean-Luc Godard achète les droits pour en faire une adaptation cinématographique.

Marie Darrieussecq est plusieurs fois accusée de plagiat. En 1998, Marie NDiaye l’accuse d’avoir « emprunté » quelques-unes de ses œuvres pour écrire Naissance des fantômes. Camille Laurens l’accuse à son tour en 2007, à la publication de Tom est mort. En réponse à ces polémiques, Marie Darrieussecq publiera en 2010, Rapport de police, essai sur le thème du plagiat.

En 2011, est publié Clèves.

Marie Darrieussecq est très fidèle à la maison d’édition P.O.L. l’éditeur a publié la majorité de ses romans et de ses récits. Marie Darrieussecq a également publié des essais, des traductions, du théâtre, des livres d’arts ainsi que des textes, en collaboration avec d’autres auteurs. Elle a également participé à des livres audio.



Résumé du roman

Quand commence le récit, Solange est en CM2. On la voir grandir, jusqu'à ce qu’elle atteigne l’adolescence. Son père se dit pilote d’avion et sa mère tient un petit magasin. Depuis ses premières années, elle est gardée par la famille Bihotz, la mère puis le fils. Solange va découvrir non pas l’amour, mais le sexe. On la suit pas à pas dans la découverte de toutes les expériences de l’adolescence : du premier baiser (désastreux avec un pompier soûl), à la première bouffée de shit, et enfin, le premier rapport sexuel. Solange réfléchit avec son corps, ou plutôt avec son sexe et les sensations que lui procure celui-ci. Elle vit dans l’attente du regard des garçons et de la sensation que peut lui procurer ce regard. Solange se pose beaucoup de questions, mais n’a personne à qui les poser. Elle ne peut pas en parler à ses amies de peur d’être considérée comme en « retard ». Elle ne peut pas les poser à sa mère, trop occupée à se déchirer avec son père. Il lui reste Monsieur Bihotz, le voisin baby-sitter, fan de rock et de heavy. On devine que les sentiments de Monsieur Bihotz à son encontre ne sont pas innocents. Mais il attendra patiemment qu’elle grandisse pour enfin faire un pas vers elle. Et ce dernier pas franchi les conduira très loin…



Analyse du roman

« Solange se demande s’il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là ». Rien ne filtre de cette quatrième de couverture réduite au minimum, laissant le lecteur dans le plus total dénuement. Le texte en lui même ne comporte que trois chapitres : « Les avoir », « Le faire », « Le refaire ». Le ton est donné dès le départ et laisse deviner que le propos sera cru. L’auteure se glisse dans la peau d’une toute jeune fille. Celle-ci se questionne, se demande ce qui passe par la tête des copains, dans la sienne. Mais ce qui l’intrigue par-dessus tout, c’est le fait que de nouvelles sensations, de nouvelles pensées font leur apparition.

Solange raisonne et parle comme une adolescente des années 80. Le propos est cru et ne s’embarrasse pas de pruderie. Depuis son enfance, Solange est confrontée au sexe. Ce sera d’abord son père, s’exhibant fièrement nu à la Kermesse après avoir trop bu : « Elle le voit. Entièrement nu. Un foulard rouge autour de son cou, sa casquette Air Inter sur la tête […] La bite de son père, boudin blanc bondissant, est très différente de celle de Monsieur Bihotz ». Il y aura aussi Monsieur Bihotz, n’hésitant pas à se masturber devant elle, croyant que Solange ne le regarde pas :

« Un jour de crise de café, Monsieur Bihotz était posé sur son lit avec ses journaux autour de lui, sa robe de chambre était ouverte et il tenait sa grande bite rouge dans la main ».

Solange est précoce pour son âge. A l’école déjà, une fois dans son lit, elle se caresse. Mais elle ne sait pas encore ce que cela signifie. Elle sait juste que cela lui fait du bien : « Elle subit les enfoncements un par un, lents, profonds, sa main frotte le point central […] plaisir insupportable à faire durer encore ». Toujours en CM2, elle aura ses premières règles le soir de cette fameuse kermesse : « Le long de l’ourlet de petits chiens rouges, il y a des traces sombres […]. À la lumière électrique, sa culotte aussi est pleine de trace sombres ». C’est le début de sa vie de « femme ». Solange en vient même à se demander si les garçons doivent aussi subir ce genre de désagréments.

Sa prochaine préoccupation sera d’embrasser un garçon (n’importe lequel fera l’affaire), puis de faire l’amour. Elle cherche à se trouver à égalité avec ses camarades, qui se disent déjà dépucelées. Son choix se portera sur Arnaud, qu’elle rencontrera lors d’une fête. Elle croit déjà au grand amour et le fait qu’il soit futur bachelier ne gâche en rien son charme. Mais la désillusion sera grande car Arnaud ne voit en elle qu’un objet qu’il pourra utiliser puis jeter afin d’assouvir ses envies sexuelles. Solange ne sait pas encore ce qui l’attend et l’auteure se montre très cruelle envers son héroïne. Le lecteur assiste impuissant à sa première expérience sexuelle, effroyable scène de fellation où Solange se retrouve impuissante face à ce que lui demande de faire Arnaud : « Elle s’est habituée à l’odeur, c’est un peu dommage quand même cette impression de lui nettoyer la bite ». Le propos est très dur et on se demande pourquoi l’auteure cherche à mettre Solange dans ce genre de situation. Peut être pour lui faire prendre conscience que le monde des adultes est différent de ce qu’elle’imaginait. La violence est omniprésente, même dans une relation qui normalement appellerait le bonheur et la douceur. Est-ce que toutes les relations doivent commencer de façon aussi violente et malsaine ? Solange commence très mal sa vie sexuelle et ce qui va suivre ne va que confirmer cette impression de désastre. Elle reverra Arnaud et leur deuxième contact sera encore plus violent tant physiquement que moralement pour Solange. Mais elle s’accrochera à lui, jusqu’à ce qu’il lui fasse comprendre qu’elle est trop jeune, qu’il a déjà une petite amie. Solange ne ressentira aucun plaisir lors de ces rapports. On pourrait même les qualifier de viols tant les relations sexuelles sont non respectueuses voire forcées.

Solange trouvera refuge auprès de Monsieur Bihotz, le gentil baby-sitter. Celui ci s’est constamment retenu depuis qu’elle est en âge de s’intéresser aux choses de la vie. L’évolution de leur relation ne fait aucun doute. Monsieur Bihotz a toujours entretenu des sentiments très forts vis-à-vis de Solange. On peut presque parler de relation incestueuse car Monsieur Bihotz l’a élevée comme sa propre fille. Il va la chercher à l’école, elle a une chambre chez lui, il lui a fait prendre le bain. Toutes ces petites choses qui créent des relations père-fille. Solange le nargue, le délaisse, le déteste parfois, mais dès qu’il fait mine de s’éloigner, elle court à sa suite. Monsieur Bihotz quant à lui est très protecteur, trop même parfois, jouant le rôle d’un père jamais présent.

Marie Darrieussecq provoque. Elle ne prend pas de chemins détournés, elle va directement au but. Le thème de ce livre est délicat, intime. La façon dont elle le traite choque, trop peut être. Solange voit tout son petit monde s’écrouler, elle prend des coups mais sans jamais protester. C’est comme si, dès le départ, elle savait que sa vie allait être un désastre et que de toute façon, il est inutile de se battre. Elle vit dans un environnement malsain n’ayant aucun soutien. Elle arrivera à « Le Faire » comme les autres, mais comment dire à ses camarades que c’est son baby-sitter qui l’a rendue femme pour de bon ? On laisse Solange au début de l’âge adulte, libérée de Monsieur Bihotz mais rêvant toujours de revoir Arnaud et de faire sa vie avec lui… « Elle a tellement de choses à penser ».


Pauline S., 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Marie DARRIEUSSECQ sur LITTEXPRESS

 

Darrieussecq Truismes

 

 

 

Article de Clémence sur Truismes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 07:00

Luis-Sepulveda-Histoire-d-une-mouette-01.gif








Luis SEPÚLVEDA
Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler
Titre original
Historia de una gaviola y del gato que le enseño a volar
Traduction :
Anne-Marie Métailié
Illustrateur :
 Miles Hyman
Métailié, 2004













Résumé

Zorbas est un chat qui mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’un jour une mouette mazoutée s’échoue sur son balcon, mourante, et lui fasse jurer de couver l’œuf qu’elle va pondre avec ses dernières forces, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Zorbas, pour apaiser la mouette, lui promet de le faire et se retrouve alors malgré lui à devoir assumer le rôle de mère. Avec l’aide des autres chats du port, il va élever la petite Afortunada – qu’ils ont baptisée ainsi parce qu’elle a eu de la chance d’être tombée sous leur protection – et non seulement il réussira à tenir ses promesses mais il découvrira aussi la tendresse et l’amour.



Roman d’apprentissage

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un roman sur l’apprentissage de la vie en communauté ; il véhicule des notions comme le respect de l’autre et de ses différences ou la  protection des plus faibles. Les chats du roman élèvent une mouette, la respectent et l’aiment, non pas malgré sa différence mais justement pour cette différence. Zorbas dit à Afortunada qu’« il est très facile d’accepter et d’aimer ce qui nous ressemble, mais quelqu’un de différent c’est très difficile et tu nous as aidés à y arriver. » Zorbas élève Afortunada sans chercher à effacer ses différences et à en faire une semblable, il attend qu’elle trouve sa voie avant de lui apprendre à voler et ne l’empêche pas de partir à la fin du roman pour rejoindre ses pairs, ce qui est une très belle preuve d’amour de sa part.

D’ailleurs, le personnage de Zorbas évoluera beaucoup au cours de l’histoire. Au départ, c’est un chat attaché à son indépendance et à sa liberté qui ne se laisse pas marcher sur les pattes et n’hésite pas à recourir à la violence. Mais après sa promesse, il se trouve contraint d’endosser le rôle de mère, il doit couver, protéger l’œuf et nourrir le poussin. Malgré les railleries des autres chats, il met de côté sa fierté pour accomplir ces tâches et n’hésite pas à braver les dangers pour sa protégée, en faisant par exemple un pacte avec les rats pour qu’ils la laissent tranquille. En côtoyant quelqu’un de différent, il apprendra beaucoup et découvrira ce que sont la tendresse et l’amour ; il considère Afortunada comme sa propre fille. L’auteur dit ainsi qu’il la prend « délicatement entre ses dents » pour la transporter, comme le ferait une chatte avec son chaton.

C’est aussi un roman sur la quête d’identité ; Afortunada va devoir apprendre à s’accepter elle-même tout au long du récit. Elle fait partie de la communauté des chats et cherche donc à leur ressembler mais elle ne peut y parvenir, elle se sent différente et sera toujours considérée comme telle. Elle admire en secret la grâce des autres mouettes et décide finalement de « quitter le nid », de suivre sa propre voie et d’apprendre à voler malgré sa peur. Avec l’aide des chats, elle fera plusieurs tentatives infructueuses, puis y arrivera finalement en se jetant dans le vide du haut de la tour d’une église. Zorbas dira : « Au bord du vide, elle a compris le plus important […] que seul vole celui qui ose le faire ».



Roman sur la société

Le roman, qui est raconté du point de vue des chats, porte un regard très critique sur la société humaine, notamment sur l’absence de considération des hommes envers la nature et les animaux. Les chats voient en l’homme un danger. Ainsi, comme des milliers d’oiseaux chaque année, la mère d’Afortunada va succomber par la faute des hommes. Elle est prise dans une nappe de pétrole et l’on ressent la panique qui la saisit quand elle s’englue dans ce que les mouettes du roman appellent la « peste noire » ou « la malédiction des mers ». Elle se résigne alors à mourir lentement asphyxiée par le pétrole, en se disant que c’est « la plus terrible des morts » qui l’attend. Plus tard, Vent debout, un des chats, qui a l’habitude de naviguer, dira qu’« en mer il arrive des choses terribles » et que « parfois [il se] demande si quelques humains ne sont pas devenus fous, ils essayent de faire de l’océan une énorme poubelle. » Les animaux se moquent des contradictions de la société humaine et ne comprennent pas, par exemple, que les humains parlent tous des langues différentes mais parviennent quand même à se comprendre ou que des bateaux déversent des milliers de litres de pétrole en mer quand d’autres bateaux, pilotés aussi par des humains, essayent de les en empêcher.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler décrit aussi la société animale, plus particulièrement la « communauté » féline. Il s’agit en effet d’une vraie communauté, régie par des valeurs de solidarité et d’entraide, par des lois comme l’interdiction de parler aux humains, par des rites – les chats enterrent la mère d’Afortunada et baptisent la jeune mouette – et par un code d’honneur – tout au long du roman, le chat Colonello ne cessera en effet de répéter qu’« une promesse sur l’honneur faite par un chat du port engage tous les chats du port ». Les chats vivent en accord avec les autres animaux et parlent la même langue qu’eux. Au final, la société féline semble bien plus sage et harmonieuse que celle des humains qui, du point de vue des chats, semble contradictoire, divisée et intolérante.



L’écriture

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un conte d'abord destiné à la jeunesse. Sepúlveda l’a écrit pour ses enfants, du temps où sa famille vivait à Hambourg, lieu où se déroule l’intrigue. Le roman se lit très facilement et l’écriture est simple mais puissante et de qualité. L’auteur aborde des thèmes profonds comme l’amour, la poésie, le respect de l’autre ou la préservation de la nature. Certains de ces thèmes, qui lui sont chers, sont également présents dans son roman le plus célèbre,  Le vieux qui lisait des romans d’amour.
 
Bien qu’écrit pour des enfants, ce roman, qui fourmille de références, offre plusieurs niveaux de lecture. La mère d’Afortunada, lorsqu’elle a les ailes goudronnées, se rappelle le mythe d’Icare et cherche à se rapprocher du soleil pour faire fondre le pétrole de ses ailes, les chats utilisent les plans de la machine à voler de Léonard de Vinci pour apprendre à voler à la jeune mouette ; et dans l’écriture même, Sepúlveda introduit des clins d’œil à d’autres auteurs, comme quand il décrit le bazar qui sert de quartier général aux chats en faisant un inventaire à la Prévert.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un roman empreint de poésie. Tout d’abord dans le thème de l’histoire : les chats sont normalement prédateurs des oiseaux, or, ici, ils décident d’élever une mouette et la considèrent comme leur propre fille. On retrouve aussi cette dimension poétique dans l’écriture et les images utilisées, par exemple lorsque Afortunada,confiante, va prendre son envol pour la première fois du haut de la tour Saint Michel, l’auteur dit que « les projecteurs la baignaient de lumière et [que] la pluie saupoudrait ses plumes de perles. »

La poésie occupe aussi une place importante dans l’intrigue : pour apprendre à voler à Afortunada, Zorbas va faire appel à un humain mais pas à n’importe quel humain ; il demandera de l’aide à un poète en donnant l’explication suivante : « il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots ». Le poète est celui qui est le plus à même de les aider car il est cultivé, ouvert d’esprit et a une sensibilité particulière, quand les chats viennent le voir et lui parlent ; il croit rêver  mais aime à penser que cela est possiblec ar il trouve que « c’est un très beau rêve ». Il cite à Zorbas le poème « les mouettes » de Bernardo Atxaga et c’est ce poème qui leur fera comprendre comment aider la mouette à voler : après l’avoir entendu, Zorbas se rend compte qu’il doit laisser Afortunada s’en aller, il l’encourage à « voler de ses propres ailes » car personne ne peut le faire à sa place, il la laisse se forger sa propre expérience.



Le récit est également plein d’humour ; les chats qui accompagnent Zorbas dans sa mission présentent des caractères humains et s’expriment parfois comme eux. Par exemple, l’un d’eux félicite Zorbas après la naissance du poussin et lui demande combien il pesait à la naissance. Ils sont décrits de manière caricaturale et sont souvent ridicules : Colonello miaule en italien et représente une autorité chez les chats du port alors que ses conseils ne résolvent jamais rien ; il s’approprie les idées de son secrétaire et lui reproche de toujours lui ôter les miaulements de la bouche. Secretario accepte qu’on lui confie toutes les tâches ingrates en échange de nourriture. Jesaitout cite toujours l’encyclopédie avec un ton pédant et fait des dissertations interminables mais aucune des solutions qu’il propose n’est adaptée à la situation, un des chats le lui fera d’ailleurs remarquer. Vent-debout est un chat marin avec un ciré jaune à sa taille qui se déplace en « chaloupant » de gauche à droite ; il parle le dialecte de Hambourg et raconte ses voyages en jurant. Deux chats « voyous » font plusieurs apparitions cocasses dans le roman. Lorsque Afortunada n’est qu’un poussin, ils la voient sans surveillance et veulent la manger, mais Zorbas arrive et les menace ; alors ils prennent peur et affirment être végétariens, puis ils s’attendrissent devant le poussin « qui sera un très beau chat ».



Avis personnel

Mes parents m’ont emmenée au cinéma voir le dessin animé tiré du roman lorsque j’étais à l’école primaire, au moment de la catastrophe de l’Erika. On trouvait alors sur les plages de nombreux oiseaux ayant subi le même sort que la mère d’Afortunada et le sujet m’avait beaucoup touchée à l’époque. J’ai donc décidé de lire le roman lorsque j’ai vu qu’il était dans ma bibliothèque.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un livre optimiste et émouvant, il dénonce les travers de notre société avec acuité et humour et aborde des thèmes importants sans tomber dans le pathétique ou la leçon de morale. L’écriture est humble, sensible et poétique et les personnages sont drôles et attachants. On finit le livre avec un sourire sur les lèvres et l’envie de le faire lire à nos futurs enfants.


Anaig Trebern, 1ère année bib.

 

LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

 

Sepulveda Le Monde du bout du monde Métailie

 

 

Article de Delphine sur Le Monde du bout du monde 

 

 

 

 

 

 


Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





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Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental

 

 

 

 

 

 

LUIS SEPULVEDA la lampe d'aladino

 

 

 Article d'Agathe sur La Lampe d'Aladino.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 07:00

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Howard BUTTEN
Monsieur Butterfly
titre original : Mr Butterfly
traduit de l'anglais
par Jean-Pierre Carasso
editions du Seuil, 1987


 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Howard Butten est né en 1950. Il est psychologue et va se spécialiser dans l'étude des enfants autistes à la suite d'une rencontre avec un enfant nommé Adam Shelton. Il est aussi un clown nommé Buffo.

Il est l'auteur du livre Quand j'avais cinq ans je m'ai tué.



Résumé

Hoover Sears est clown professionnel. Il n'éprouve plus aucune passion pour son métier. Un jour, alors qu'il est en train d'exercer sa profession pour des enfants à l'hôpital, il apprend que le service réservé aux patients atteints de maladies mentales va changer de politique ; il faut trouver pour tous les enfants de ce service de nouveaux logements. Il décide d'arrêter son métier pour consacrer son temps à quatre enfants en échange d'une rénumération de 700 dollars par mois et par enfant. Au fur et à mesure que les jours passent de vrais liens commencent à se créer entre eux. Mais un jour, la commission des Méthodes et Moyens veut reprendre les enfants. Pour Hoover il n'en est pas question. Il va donc tout faire pour pouvoir les garder.



Les enfants dont il décide de s'occuper sont :

– Tina, la seule fille. Elle est née avec ses deux jambes à l'envers (tournées vers l'arrière). Elle a douze ans. Elle se trouve dans le service des maladies mentales car son esprit a été déformé par l'attitude de ses parents à son égard. Effectivement, ils rêvaient d'avoir une fille danseuse, donc ils n'ont pas supporté l'idée de se retrouver avec une enfant handicapée. Malgré cela elle a une intelligence supérieure à la moyenne. Elle reprend même parfois Hoover.

– Harold : il a douze ans comme Tina. Pendant dix ans, il a été victime de son père qui l'attachait au pied d'un lit de fer dans le sous-sol et le battait avec un tuyau d'arrosage.


Mickey : il a onze ans. Il est schizophrène. Il peut manger n'importe quoi ; aussi bien des lacets que des plantes. Il utilise plusieurs voix pour parler.
 
– Ralph : Il a une trisomie 21. Il peut se montrer agressif comme adorable. Il parle de manière incompréhensible pour la plupart des gens sauf pour Hoover qui dit le comprendre.



Le titre

Le titre de ce livre fait référence à l'opéra italien Madame Butterfly de Puccini, lui-même inspiré du roman de Pierre Loti Madame Chrysanthème. Cet opéra raconte l'histoire d'un Américain de passage au Japon, Pinkerton, et d'une jeune geisha nommé Cio-Cio-San et surnommée « Madame Butterfly ». Ils se marient et ont un enfant. Mais Pinkerton doit repartir en Amérique et laisse donc Cio-Cio-San seule avec l'enfant. Cette dernière attend désespérement le retour de Pinkerton qui effectivement va revenir mais sera acommpagné de son épouse américaine. Cio-Cio-San décidera alors de leur laisser l'enfant et de se donner la mort avec le sabre de son père.

Cet opéra est souvent cité dans le livre et Hoover va décider de le mettre en scène pour la commission des Méthodes et Moyens. Il souhaite interpréter le rôle de Madame Butterfly car il ne se sent pas vraiment à sa place dans ce monde et il dit lui-même en parlant de Madame Butterfly : «  ce monde dans lequel elle ne peut pas vivre ». D’autre part, la geisha a un visage poudré de blanc qui peut rappeler le déguisement de clown ; il dit d'ailleurs en parlant des déguisements : «  nos déguisements n'étant que nous-mêmes sous le couvert desquels nous avons vécu depuis toujours. ».



Avis

Pour moi ce livre est une histoire d'amour. Mais pas une histoire d'amour commune, c'est à dire le sentiment amoureux entre deux personnes. Une histoire d'amour entre ce clown qui semble abÏmé, malheureux et ces quatres enfants. On se demande qui a le plus besoin de qui. On se rend compte que les enfants deviennent la raison de vivre de Hoover, sa seule famille. On ne peut s'empêcher d'être ému et d'avoir de la peine pour ces personnages attachants. Ce livre peut se lire et se relire, la fin ne laisse jamais indifférent.


Emmanuelle, 1ère année Bib.

 

 


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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 07:00

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Magnus MILLS
Sur le départ
All Quiet on the Orient Express, 1999
traduit de l'anglais
par Jean-François Merle
10/18, 2002



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur...

Magnus Mills est né en 1956 en Angleterre. C'est un ancien conducteur de bus dans la ville de Londres. Auteur de trois romans traduits en français, il est finaliste du Booker Prize en 1998 avec son premier roman Retenir les bêtes, publié en France dans la collection 10/18 en 2002. En Angleterre, il connaît un grand succès et voit se multiplier les bonnes critiques. Lorsque son deuxième roman est publié en 1999 en Angleterre, All quiet on the Orient Express, titre traduit par Sur le départ en français, paru dans la collection 10/18, l'engouement ne se fait pas attendre et va se poursuivre avec son autre roman Trois pour voir le roi (2005 dans la collection 10/18).



...et sur son style

Magnus Mills est un auteur qui s'attache à montrer à ses lecteurs un monde dans lequel les relations humaines sont complexes. Il y a une sorte de fil conducteur qui parcourt toutes ses œuvres, dont Sur le départ. C'est avec une écriture fluide et suggestive que l'auteur parvient à nous transporter dans un univers oppressant et réaliste. Cette oppression n'enlève en rien l'envie de continuer dans l'histoire. Il y a une sorte de parabole fantasque et une grande lucidité qui émanent de ses récits. Il parvient à séduire tout en déroutant ! Tous les personnages du roman sont différents, chacun a sa personnalité, son identité, ce qui ne cessera de surprendre et d'amuser le personnage principal. L'univers est très masculin ; il n'y a qu'un seul personnage féminin présent tout au long de l'aventure, une adolescente. Nous ne pouvons pas parler de huis-clos bien que l'histoire se déroule dans une petite ville où tout le monde se connaît et de laquelle le narrateur ne parvient pas à s 'échapper. Le lecteur arrive même à se demander si ce jeune homme est trop sympathique ou bien un peu trop faible.



Dans ses deux autres romans, l'auteur use des mêmes procédés : mélange d'oppression et d'ironie, style assez troublant. Les attitudes des personnages paraissent incongrues, parfois exagérées, mais au fil du texte, elles prennent tout leur sens, ce qui rend l'histoire d'autant plus humoristique. Avec cet auteur, il ne faut pas s’arrêter à ce que l'on peut voir au premier plan, il faut garder en tête qu'il y a toujours quelque chose plus loin, plus profondément ancré dans l'histoire. C'est avec un œil avisé et une grande ingéniosité que Magnus Mills dresse un tableau réaliste des relations humaines et de toute la complexité de la cohabitation des Hommes, y intégrant assez discrètement une pointe d'humour noir. Ses personnages ont souvent un regard acerbe sur ceux qui les entourent, ce qui accentue l'atmosphère particulièree de ses romans..



Résumé

C'est l'histoire d'un homme qui décide de faire un voyage à destination de l'Inde. Il est à moto, moyen de transport agréable pour les traversées comme celle qu'il s’apprête à vivre. Le narrateur fait une halte dans un camping de la campagne anglaise pour se reposer quelques jours. Il n'est pas le seul, c'est la pleine saison. Mais les vacanciers rentrent chez eux petit à petit, en même temps que la pluie fait son apparition. Le propriétaire du terrain, Tommy Parker, lui propose de rester gratuitement en échange d'un petit service, ce que le jeune homme accepte volontiers ; après tout, il faut bien s'occuper avant de reprendre la route. Peu à peu, le caractère serviable du narrateur va être mis à contribution par les habitants de Hillhouse. Nous assistons en quelque sorte à l'asservissement du narrateur ; en effet, les demandes de M. Parker semblent aboutir à quelque chose : « La manière qu'il avait de me donner des ordres sous forme de requête courtoise était très efficace, et je me rendis soudain compte que j'étais par mégarde devenu son larbin ». (p. 50)

Dès lors, le narrateur est lié à la petite ville. Considéré comme un étranger par certains, comme Hodge, le vieil épicier, qui prétend ne pouvoir satisfaire ses commandes, ou comme faisant partie de la maison, ainsi que cela se passe dans le seul bar intéressant, le Packhorse. Après quelques semaines de petites tâches en tout genre et de soirées passées au pub, Bryan Webb, un homme surprenant qui porte une couronne en carton sur la tête, l'intègre dans l'équipe de fléchettes.

Depuis plusieurs semaines le jeune homme aurait pu reprendre la route sur sa moto ; le temps est devenu clément et il s'est déjà bien attardé dans cette ville où rien n'est tout à fait normal. Mais du travail, ici, il y en a toujours ; Gail, la fille de M. Parker l'a bien compris, puisqu'elle demande au narrateur de l'aide pour faire ses devoirs, chose qu'il ne peut évidement pas refuser. Mais le plus ironique dans cette situation est que le jeune homme est devenu un objet de convoitise, sans s'en rendre compte :

« Mes yeux tombèrent sur une annonce que je n'avais jamais vue. Dans la rubrique "Services " de la région de Millfold, on pouvait lire : à louer : scie circulaire + ouvrier, renseignements : T. Parker. ». (p.120)


Le narrateur va apprendre à faire face à un M. Parker assez imprévisible, à une communauté qui a ses habitudes, et qui ne supporte pas vraiment les changements. De fil en aiguille, ou plutôt de travaux en travaux, il va commencer à se faire une petite place, au milieu de ces drôles de personnes qui ne cessent de tester sa résistance. Mais après avoir vécu tout cela, son voyage est-il toujours à l’ordre du jour ?



Le voyage

Si le but premier du narrateur était de parcourir des milliers de kilomètres pour atteindre l'Inde, Magnus Mills nous guide vers un autre style de voyage. Le personnage se,trouve pris au piège dans une petite ville de la campagne anglaise sans même s'en rendre compte. À première vue, ce n'est pas un roman initiatique dans lequel le narrateur ferait explicitement un voyage intérieur. Mais l'ambiance est assez similaire. Rien ne force le jeune homme à rester, pourtant c'est le cas. L'auteur aborde des notions comme le travail, la vie en société ; peut-être est-ce ce que le narrateur est venu chercher. Il n'a pas eu besoin de partir en Inde pour se ressourcer et se confronter à ses propres valeurs. L'atmosphère pesante dans laquelle le personnage évolue n'est pas négative aux yeux de Mills mais peut-être bien utile à l'apprentissage de la vie. L'auteur pousse un peu plus, chapitre après chapitre, son narrateur dans cette prison sociale dont rien finalement ne l’empêche de sortir, si seulement il le voulait...



Une société et des Hommes

Ce milieu rural dans lequel est plongé le narrateur est un cercle fermé. Tous les personnages connaissent leurs voisins, leur histoire. La place de l'intimité, dans ce roman est assez mince. De plus, rien n'est dit, n'est fait, ni même pensé, sans que cela ne fasse le tour de la ville. Mills met en scène des personnages aux caractères bien différents, dans un huis-clos dont ils se satisfont, ce qui ne cesse d'étonner le narrateur mais aussi le lecteur. C'est cette cohabitation, parfois difficile, que nous montre l'auteur. Il a choisi de nous entraîner dans les méandres d'une société très masculine, dont les valeurs principales sont le travail manuel et la solidarité des habitants.


Claire Brégé, AS édition-librairie

 

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 07:00

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Vladimir NABOKOV
Un coup d’aile
Traduit du russe
par Bernard Kreise
Gallimard
Collection Folio 2 €, 2010


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov est né en 1899 à Saint Petersburg.

La révolution de 1917 va pousser sa famille à s’exiler dans différents pays. Tout d’abord en Belgique de 1917 à 1923, puis Nabokov va étudier le russe et le français à Cambridge. Il va ensuite s’installer à Berlin mais la monté du nazisme va l’obliger à quitter l’Allemagne pour Paris en 1936. Il meurt en 1977 à Montreux, en Suisse. Les différents pays qu’il a visités expliquent le fait qu’il ait écrit en différentes langues : le français, le russe (qui est la langue originale de la nouvelle présentée ici) et l’anglais.

Il a écrit une quinzaine de romans mais le plus célèbre reste Lolita, sorti en 1955, qui choqua par son sujet : un quadragénaire qui relate sa relation avec une adolescente mineure. Cette ouvrage va inspirer plusieurs auteurs notamment Serge Gainsbourg qui s’est fortement inspiré de l’histoire pour son album-concept Histoire de Melody Nelson.
 
La nouvelle présentée ici est extraite d’un recueil d’une quinzaine de nouvelles, La Vénitienne et autres nouvelles.



Résumé

« Un coup d’aile » nous emmène en Suisse, dans un hôtel au pied des pistes de ski, où séjourne Kern, un jeune étudiant qui tente d’échapper à la tristesse que lui procure le suicide de son ex-épouse survenu six mois plus tôt et qui le hante.  Au détour d’un couloir il va faire la rencontre d’Isabelle qui occupe la chambre voisine de la sienne.

Un soir, alerté par un bruit anormal, il se rend dans sa chambre et la tire des griffes d’une étrange créature faites de plumes et d’ailes qui a l’aspect d’un ange.  Le lendemain Isabelle va mourir dans d’étranges circonstances…



Contraste blanc et noir

On semble percevoir dans le style de Nabokov un jeu de contraste entre le blanc et le noir. En effet il y a tout d’abord la blancheur des montagnes enneigées et les festivités qui règnent dans l’hôtel avec ses soirées dansantes. À côté de cela, il y a la noirceur des pensées du personnage principal qui est hanté par la mort depuis le suicide de son ex-épouse. Il y pense d’ailleurs lui-même durant toute la nouvelle et tout laisse à penser qu’il passera à l’acte à la fin de la nouvelle.

Ce personnage crée une angoisse au milieu de cette ambiance de neige blanche qui renvoie plutôt à la pureté.



Le personnage d’Isabelle

Kern en tombe amoureux ; elle lui apparaît comme un éclair de lumière dans sa vie, comme un ange créé par Dieu. Mais ce bonheur semble tout de même inaccessible ; Kern parle d’elle comme d’« un dernier bonheur criard ». Un rapprochement semble avoir lieu mais sa mort, qui ressemble à une punition divine, donne le coup de grâce, « un coup d’aile » au personnage principal qui semble-t-il va définitivement penser au suicide.



Le fantastique

L’apparition du fantastique dans cette nouvelle surprend le lecteur car il arrive presque aux trois-quarts du récit. Il s’agit de l’apparition d’un ange, comme « sorti de la montagne », dans la chambre d’Isabelle, qui semble annociateur de sa mort future. Mais cet ange a un aspect inhabituellement terrifiant. Il est de couleur marron, il est à l’agonie alors que les anges sont généralement présentés comme immortels.

Cette apparition semble faire le lien avec la mort d’Isabelle le lendemain. En effet, elle meurt dans les airs durant un saut à ski, comme frappée par un coup d’aile, ce qui peut expliquer le titre de la nouvelle.

Il y a un personnage intrigant dans cette nouvelle. Il s’agit de Monfiori à qui Kern confie ses envies de suicide. Peut-être un messager divin car il semble au courant de ce qui va arriver à Isabelle. C’est lui également qui va pousser « avec empressement » le personnage au suicide.



Avis personnel

J’ai trouvé le contraste du lieu et du personnage principal plutôt intéressant. J’ai été surprise de l’irruption du fantastique qui survient assez tard dans le roman et provoque une incompréhension chez le lecteur mais au bout de plusieurs relectures on se rend compte que l’auteur a ménagé plusieurs indices.  


Pauline, 1ère année Bib.

 


 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

Vladimir Nabokov, La Vénitienne

 

 

 

 

Article de Charlotte sur le recueil La Vénitienne.

 

 

 

Article de Yaël sur la nouvelle « La Vénitienne ».

 

 

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 07:00

Veronique-Ovalde-Ce-que-je-sais-de-Vera-Candida.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Véronique OVALDÉ
Ce que je sais de Vera Candida
éd. de l'Olivier, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Véronique Ovaldé est un écrivain née en 1972. Elle publie son premier roman Le sommeil des poissons en 2000. En 2008, son cinquième roman Et mon cœur transparent est récompensé par le prix France Culture/Télérama. En 2009 elle reçoit le prix Renaudot des lycéens et le prix France Télévision, en 2010 le Grand Prix des lectrices de Elle pour son roman Ce que je sais de Vera Candida.
 
Le roman découpé en quatre parties suit le destin tragique de trois femmes d'une même famille sur trois générations dans un petite village imaginaire d'Amérique du Sud.

Le roman débute ainsi : « Quand elle apprend qu'elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna » ; la dernière partie du roman est la suite exacte du prologue qui raconte son retour à Vatapuna et la raison pour laquelle elle est revenue : « je suis revenue retrouver ma grand-mère Rose Bustamente, […] Et débusquer mon grand-père Jeronimo » 

On peut donc prendre la dernière phrase du prologue et passer directement au dernier chapitre, ce qui fait du reste du roman une parenthèse, une réflexion de Vera Candida sur sa vie, celle de sa mère et de sa grand-mère.

Dans la partie centrale du roman, on découvre le destin de Rose, prostituée reconvertie dans la pêche au poisson volant. Elle cède aux charmes d'un homme, Jeronimo, abandonne une vie indépendante et libre pour devenir la prisonnière de cet homme à la fois fascinant et repoussant. Lassée de cette vie de rêve sur le plan matériel mais où elle se sent perdre son âme et l'amour de son amant, elle décide de retourner vivre dans sa petite cabane au bord de la mer, et ainsi reprendre sa liberté bien qu'elle soit enceinte.

De cette union naît Violette, un peu simple d'esprit, qui tombe elle même enceinte à quinze ans, sans qu'on puisse déterminer qui est le père. Très vite Rose se rend compte de l'incapacité de sa fille à élever Vera Candida, elle décide alors de prendre le relais. Violette est retrouvée morte dans la forêt alors que sa fille n'est âgée que de quatorze ans.

Rose envoie Vera Candida prévenir Jeronimo du décès de sa fille ; ce dernier viole Vera Candida sans savoir qu'elle est sa petite fille. Se découvrant enceinte, elle décide de quitter Vatapuna. Après avoir trouvé refuge auprès d'une amie, elle est hébergée dans un centre qui accueille les mères célibataires. Elle y rencontre un jeune journaliste venu enquêter sur le centre. Il lui permet de découvrir une vie où elle et sa fille, Monica Rose, seront aimées. Vera Candida imagine ainsi que sa fille va pouvoir échapper à la malédiction des femmes de la famille.

Ce qui rend ce livre si beau c'est à la fois son aspect très poétique dans le choix des mots et sa capacité à suggérer sans jamais décrire les événements tragiques de l'histoire. Ainsi le viol de Vera Candida n’est pas explicite : « Il la jugea et lui fit signe d’entrer. Et même si Vera Candida était terrorisée et se demandait s’il elle n’était pas en train de pénétrer dans l’antre d’un ogre, ses jambes habituées à obéir avancèrent ».

Enfin, l'absence de ponctuation ainsi que la musicalité du texte, la description des paysages et des personnages renforcent l'impression d'avoir été transporté dans un univers qui nous aurait été conté.


Lucie Philippe 1ère année Bib.

 

 

Véronique OVALDÉ sur LITTEXPRESS

 


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Article de Fanny sur Ce que je sais de Vera Candida

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Veronique Ovalde Et mon coeur transparent

 

 

 

 

 

 

 Article de Laëtitia sur Et mon cœur transparent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:00

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Raymond CARVER
Les Trois Roses jaunes

Œuvres complètes, Volume V
Éditions de l'Olivier, 2011
Traduit de l'anglais par François Lasquin
Première édition : aux Etats Unis, 1988
en France, 1989, Payot.








Éléments biographiques

La vie de Carver n'a jamais été bien éloignée de celle des personnages qu'il dépeint dans ses nouvelles : issu de la classe ouvrière, marié très jeune, il a enchaîné les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille avant d'écrire. L'alcoolisme et le tabagisme furent ses compagnons de route presque toute sa vie. Même s'il réussit à quitter le premier, ce qu'il qualifia lui-même comme « la plus grande victoire de sa vie ». Il mourut en 1988 des suites d'un cancer des poumons, deux mois après son second mariage avec la poétesse Tess Gallagher.

C'est sans doute cette vie ordinaire d'Américain moyen qui inspira ses nouvelles pour lesquelles il est connu et reconnu puisque, peu de temps avant sa mort, il venait d'intégrer l'académie américaine des lettres et des arts.



Le recueil

Publiées aux États-Unis dans le recueil Where I'm calling from, les sept nouvelles présentes dans ce livre furent les dernières qu'il vit éditées de son vivant. L'édition française tire son titre de la dernière nouvelle du volume.



Résumés

« Cartons » : Un fils ne comprend pas le comportement de sa mère : passant son temps à déménager, n'arrivant pas à se contenter d'un endroit, elle vit donc toujours dans les cartons.

« Débranchés » : Dans la nuit, le téléphone sonne, à trois heures du matin, réveillant un couple. Ll'interlocutrice demande à parler à un inconnu, un certain Bud. La seule solution pour calmer les ardeurs de cette femme est de débrancher le téléphone. Mais le sommeil s'est enfui, et le couple se met alors à parler sans vraiment s'écouter.

« Intimité » : Un auteur divorcé retourne voir son ex-femme à la faveur d'une obligation professionnelle ; celle-ci lui fait un monologue de reproches sur l'exposition de son intimité, son humiliation, ne s'expliquant pas le besoin qu'il avait de revenir la torturer.

« Menudo »  (insignifiant, menu en espagnol) : Un homme qui trompe sa femme, Vicky, avec sa voisine Amanda, s'aperçoit de ses moyens insignifiants et de son indécision chronique pour les aider, et se demande s'il n'a pas juste gâché la vie de ces deux femmes.

« L'éléphant » : un homme de la classe moyenne, seul, se retrouve comme un éléphant qu'on dégraisse, à devoir prêter de l'argent à toute sa famille, jusqu'à ne plus pouvoir subvenir à ses propres besoins.

« Le bout des doigts » : Un homme se fait quitter par sa femme, celle-ci le lui annonce par une lettre. Mais il n'effleure cette déclaration que du bout des doigts, ne lisant pas même la lettre en entier.

« Les trois roses jaunes » : Tchekhov est sur son lit de mort. Tchekhov est mort. Mais ce chasseur d'hôtel s'en fiche pas mal, lui ; ce qui lui importe, c'est comment faire pour ramasser ce bouchon de champagne tombé par terre, sans faire tomber ce vase, contenant trois roses jaunes.



Thématiques et style

Toutes ces nouvelles traitent de problèmes de relations humaines, des maux d'une partie de la société américaine, des enjeux de vie de cette classe médiocre et pourtant nécessaire au bon fonctionnement de tout équilibre sociétal moderne.

On peut tout d'abord constater que, quoi que fassent les personnages de ces nouvelles, ils ne se comprennent que peu ou mal, n'arrivant pas à appréhender la réalité de l'autre, chaque vision restant bornée. Les personnages, même s'ils vivent une vie commune, ne font que vivre l'un à côté de l'autre, sans vraiment réussir à marcher d'un même pas. Problème majeur, voire existentiel de tout être en société d'où découlent de nombreux autres impacts sur les vies décrites par Carver.

Le divorce, traité sous différentes formes, revient dans ce recueil, tantôt traité de front, dans « Le bout des doigts », où une femme prend conscience qu'il ne reste que cela comme solution pour rompre le silence et l'inactivité malsaine de son couple, tantôt de façon plus allusive, comme par exemple, dans « L'Éléphant », où l'ex-femme du narrateur n'existe que pour réclamer une pension, ou bien dans « Débranchés » où l'ancienne épouse est décrite comme folle et cause du débranchement quotidien du téléphone. Mais il est intéressant de constater que les personnages ont souvent échoué dans une relation de couple, tout comme Carver a lui-même échoué. Néanmoins, on pourrait croire que le divorce pourrait aboutir à un renouveau, un changement positif, mais il s'avère plutôt que les personnages, soit répètent les mêmes erreurs, soit finissent isolés. À croire, en lisant ces récits, qu'un échec ne vient jamais seul et que perpétuellement l'homme est cantonné aux mêmes comportements.

Cause ou conséquence du divorce, l'adultère est lui aussi abordé du point de vue de l'homme déboussolé par la découverte de la supercherie dans « Menudo » ; il se sent impuissant face à la situation, indécis quant à ce qu'il doit faire. Carver donne donc à réfléchir à la fois sur les raisons de l'adultère, son impact sur les vies, son pouvoir de dislocation des couples et ses conséquences, montrant du même coup la lâcheté banale et humaine d'un homme qui ne sait quoi faire pour se sortir d'un pétrin qu'il s'est lui-même créé.

De façon plus sous-jacente, on peut voir que l'alcoolisme et le tabagisme sont présents tout au long des récits, disséminés, sans doute en raison du lien qu'avait lui-même Carver à ces deux addictions qui ont ravagé les classes populaires américaines durant cette période.

Pour traiter de ces différents thèmes, l'auteur emploie une écriture incisive, d'une simplicité d'abord déconcertante mais finalement tout à fait en adéquation avec la banalité des vies évoquées, leurs comportements médiocres, et leurs existences sans épopée ; en somme, un morne quotidien. Cette simplicité d'écriture force le lecteur à s'interroger, à se forger lui-même une opinion face aux sujets évoqués. Ce style est d'autant plus déstabilisant que les récits se complètent parfois de fins absurdes qui pourraient faire office de chute si elles n'étaient pas totalement déconnectées du reste de la nouvelle. Par ces conclusions tenant presque du non-sens, Carver se démarque du schéma traditionnel de la nouvelle à chute, ce qui lui permet en un sens de s'émanciper et de remettre en cause ces schémas artificiels que la littérature a longtemps véhiculés.



Commentaires complémentaires

Je pense que ce recueil – ou tout autre de Raymond Carver – est une référence incontournable pour quiconque s'intéresse à l'écriture contemporaine, pour comprendre des évolutions, certaines écritures directement inspirées du « style Carver » (qui dans les premières éditions n'était d'ailleurs pas totalement le sien, puisque son éditeur avait grandement modifié ses textes), et un nouveau style dans la nouvelle. Néanmoins, il me paraît aussi évident que cet auteur ne répondrait pas aux attentes d'un lecteur qui souhaiterait se divertir tout simplement, et ne pas sortir de son livre avec une image totalement névrosée du monde ; il faut avoir envie de réfléchir, de s'interroger, admettre qu'il y a une part d'incompréhensible dans ce livre, et un pessimisme ironique assez criant. Dans ce cas, la lecture de ce recueil est fort enrichissante.


Céline R., 1ére année Éd-Lib.

 

 

 

Raymond CARVER sur LITTEXPRESS

 

 

Raymond Carver Qu est ce que vous voulez voir

 

 

 

 

Article de Julie sur Qu'est-ce que vous voulez voir ?

 

 

 

 

carver001.jpg

articles de
Valentin et de Camille sur Neuf histoires et un poème,

 

 



carver-vitamines.jpg


 articles de Joséphine et de Cécile sur Les Vitamines du bonheur,





carver tais toi



article d'Elise sur Tais-toi, je t'en prie.

 

 

 

carver.jpg

 




Article de François et de Cynthia sur Parlez-moi d'amour.

 

 

 

Carver la vitesse foudroyante du passé

 

 

 

Article de Valentin sur La Vitesse foudroyante du passé

 

 

 

 

Carver débutants1

 

 

 Article d'Aurélie sur Débutants.

 

 

 

 

 

 

 


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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 07:00

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Régis JAUFFRET
Ce que c’est que l’amour et autres microfictions
Gallimard, 2007
Collection Folio, 2009



 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je suis Rège de la Gaufrette, écrivain auxiliaire préposé à la postérité et promis au néant. […] se servant à l’occasion de Dieu comme il se sert des hommes, des enfants et des femmes, pour cuisiner sa prose, ses fictions, ses romans. »

 

 

 

Voici comment Régis Jauffret semble se présenter lui-même dans ce que l’on peut considérer comme une ʺautomicrofictionʺ : « Rège la Gaufrette », tirée de Microfictions.



Régis Jauffret est né le 5 juin 1955 à Marseille ; sa volonté d’écrire remonte à son adolescence. Inspirée par les textes de Virginia Woolf et de Marcel Proust, sa plume témoigne d’un certain cynisme et d’une envie de percer l’esprit des individus, des « gens » comme il préfère le dire. Avec Microfictions, publié en 2007, il rencontre un très grand succès, si bien que le recueil est très vite édité en poche et fait l’objet d’un travail de regroupement des fictions touchant à l’amour dans Ce que c’est que l’amour et autres microfictions, en 2009.

C’est un homme plein de souffrance qui n’a pas hésité à mettre en scène son propre vécu dans  Lacrimosa. À son image, les sujets de ses livres reflètent souvent ce que l’être humain doit endurer dans la vie et encore plus en amour.

Si ces histoires courtes ont autant de force c'est certainement que l'auteur s'efface derrière ses personnages. Ils sont anonymes mais nous parlent à la première personne ; ce sont eux qui racontent leur histoire belle, dure, tordue, cruelle. L’espace d’une page et demie, nous passons d’un vécu à l’autre, d’un milieu à l’autre, d’une souffrance à l’autre. Il trace les maux de la société qu’il décortique comme dans une perspective sociologique.



L’amour sous ses formes les plus diverses

Si son titre laisse rêver àun contenu doux et utopique, il n'en n'est rien. Régis Jauffret, comme à son habitude, procède à une analyse rigoureuse de la vie des gens. Il écrit d’ailleurs lui-même dans « Rège la Gaufrette » :

 « [les écrivains] vous sondent, ils carottent vos pensées, vos sentiments […] vous n’êtes pour eux qu’une histoire, des anecdotes coagulées qu’ils dissèquent comme un foie, comme le cadavre que vous serez demain. »

Et c’est exactement ce qu’il fait : la description tranchante de la vie et des sentiments d’inconnus par son écriture acérée.

Ce sont des histoires d'amour aussi belles que tordues qui sont proposées aux lecteurs. Elles sont dépeintes avec beaucoup de force. Pas besoin de fioritures ; en à peine deux pages, Régis Jauffret sait aller à l'essentiel, il manie les mots comme des armes. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que cette belle pomme rouge fait apparaître des tranches si fines qu'elles semblent être découpées au scalpel. C'est d'ailleurs cet instrument qui sert de comparaison à l'écriture de Jauffret en quatrième de couverture.

L’amour est un des thèmes que Régis Jauffret manie le plus depuis Histoire d’amour en 1998 et encore récemment avec Sévère.

Elles sont pour le moins cyniques, les histoires d’amour, pathétiques, elles finissent mal chez Jauffret. Elles sont aussi touchantes parfois mais elles sont sources de douleur. Son objet n’est effectivement pas de décrire des histoires idylliques, pleine de bons sentiments et de romantisme. Il préfère rendre compte des difficultés, des fantasmes assouvis ou non, des bassesses de l’être humain et surtout de l’oubli de soi que peut faire paraître le sentiment amoureux. Sentiment qui met souvent en lumière l’importance de la femme.



La femme un être aussi adorable que vil

 « Je pardonne à mon épouse d’être une femme d’ailleurs je ne lui en ai jamais voulu. » Voici comment est introduite la nouvelle « Relais et Châteaux ». Bien qu’il s’agisse des mots du personnage, il semble que dans une certaine mesure, l’auteur puisse adhérer à l’idée que la femme est un être à part, capable d’actes allant de la profonde sottise à la cruauté extrême.

En effet, la femme est le personnage central de ses œuvres, soit en tant que narratrice soit en tant qu’être de souffrance comme dans « Petite salope ». Elle n’est pas souvent décrite favorablement. Les personnages féminins dans Microfictions, et d’autant plus dans Ce que c’est que l’amour , sont souvent les objets des fantasmes les plus tordus. Ce sont les plus déséquilibrées. La plus choquante des fictions, « Des jeunes un peu timides », est d’ailleurs le fragment de vie d’une femme qui ne semble trouver son épanouissement que dans une sexualité débridée qui va à l’encontre du respect de son corps et de son intimité. À l’opposé, la femme peut aussi infliger à son mari la souffrance par une abstinence et un dégoût de la sexualité qui semble pathologique dans « Décolleté ». Et pourtant elle reste pour l’homme l’être sans qui le sentiment est impossible, quitte à devoir subir son absence ou son indifférence.



Le prix de l’Humour noir

Tous les thèmes que touche Régis Jauffret se transforment en des histoires aussi percutantes que glauques. Dans Ce qu’est c’est que l’amour et dans Microfictions, il nous livre des histoires dont les chutes nous laissent sans voix tant elles sont poétiques ou au contraire cyniques. Il n’est pas surprenant qu’il ait obtenu pour ce recueil de fictions plus que brèves le prix de l’Humour noir Xavier Forneret en 2007. Il manie l’art du trouble chez son lecteur, si bien que celui-ci peut en venir à analyser les gestes de son entourage et à se méfier des inconnus. Ces histoires sont celles de gens troublés, parfois si tragiques et si grotesques que nous nous surprenons à sourire devant le pathétique de certaines situations. Mais elles sont aussi si dures et si décalées que l’on peut tout autant vouloir fermer le livre. Il est facile de pénétrer dans un épisode de vie mais il est moins évident d’en sortir indemne. Le réalisme des situations et le cynisme de Jauffret nous confrontent au désespoir des personnages, au fantasme et à l’amour. Et c’est peut-être aussi pour nous préserver que Jauffret use de cet humour acide et caustique.



Ceux qui refusent de voir les troubles de notre temps n’ont pas intérêt à ouvrir un livre de Régis Jauffret sans un avertissement préalable. Régis Jauffret peut-être vu comme le légiste de nos obsessions, de nos actes les plus déséquilibrés. Il a souvent été décrit comme un manipulateur du réel, rien n’échappe à son regard et surtout à sa plume. Pour lui l’écrit est politique, « la littérature est un lieu de lucidité ». Il est le témoin des vices de ses contemporains qu’il décrit sans aucune retenue avec un style fort de limpidité. Ce que c’est que l’amour est un recueil empli de vie et de douleurs. C’est la vitrine de nos fantasmes. Il peut être lu comme un prescripteur, mais gare aux effets secondaires. Le livre se referme mais le trouble persiste.



Pour en savoir plus sur Régis Jauffret et ses œuvres

http://www.evene.fr/celebre/biographie/regis-jauffret-5075.php

http://www.telerama.fr/livres/16153-regis_jauffret_microfictions.php

http://www.lexpress.fr/culture/livre/regis-le-tenebreux_817376.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/jauffret-en-toutes-lettres_823022.html

http://www.lexpress.fr/culture/livre/regis-jauffret_811937.html


Ambre Nadaud, AS Bib

 


 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

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Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour

 

 

 

 

 

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Published by Ambre - dans Nouvelle
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