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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 07:00

du 14 au 17 février 2012
TnBA Le Dindon

Pièce de Georges Feydeau mise en scène par Philippe Adrien en 2010.
 

Cette représentation est à l’image du vaudeville de Feydeau. Comique à souhait sur des sujets triviaux, questions du mariage, du libertinage, des relations hommes-femmes, de l’amour, du désir….Avec un grain de folie dans le jeu et la mise en scène.



La pièce commence par l’entrée d’un homme et d’une femme dans le salon d’un appartement bourgeois. Cest M. Pontagnac, qui poursuit Mme Vatelin jusque chez elle pour lui déclarer son amour ; au même moment le mari fait irruption dans ce salon. S’ensuivent mensonges habiles, quiproquos et autres imbroglios caractéristiques au vaudeville.

Cette pièce est constituée de personnages forts et hauts en couleurs. Presque tous les stéréotypes du XIXe siècle sont réunis. Se mêlent sur scène les bons bourgeois, la prostituée, les hommes frivoles, la femme hystérique, les petites gens…

Les douze personnages sont incarnés à la perfection par les acteurs plus que confirmés. Distinction particulière pour Luce Mouchel qui joue le rôle de Mme Pontagnac, femme complètement libérée et excentrique.

La pièce est mise en scène par Philippe Adrien, auteur, scénariste et metteur en scène français. On salue l’effort scénographique de cette représentation ; on change plusieurs fois de décor par un système astucieux de disques mobiles au sol, tout est en mouvement, la scène devient mobile, les portes claquent, les personnages défilent sur une sorte de tapis roulant ; l’ensemble donne une impression cinématographique. On relève aussi l’importance des jeux de lumières et de sons dans la constitution des différentes atmosphères. Le mouvement est très présent dans cette représentation, c’est ce qui la rend aussi dynamique et pétillante.

Qui sera le dindon dans cette pièce brillante de 2H15, nommée dans quatre catégories aux Molières 2011 ?

 

 

Charlotte, A.S. Bib.

 

 

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 07:00

Jeanne-Benameur-002.jpg

 

 

 

 

ConviviaLitté recevait
Jeanne Benameur
le 10 février

à 13h
au CRM de l’IUT Michel de Montaigne
en partenariat avec La Machine à Lire

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre de la première du projet ConviviaLitté, nous avons reçu l’auteure Jeanne Benameur. Ce moment d’échange était organisé en partenariat avec la Machine à Lire qui offrait à cette occasion à la vente les livres de Jeanne Benameur ; elle devait le soir-même participer à une rencontre proposée par la librairie. La rencontre, qui avait lieu au Centre de Ressources Montaigne de l’IUT, a réuni plus de quarante participants et était placée sous le signe de la convivialité, comme le nom du projet l’indique, avec une large proposition de mets à déguster. Nous tenons à remercier pour cela les membres de la promotion d’Année spéciale Bibliothèques-Médiathèques qui ont mis la main à la pâte, littéralement. Merci également aux enseignants de leur soutien et au personnel du CRM pour son accueil.

Nous recevions Jeanne Benameur non seulement pour qu’elle nous présente son travail d’écrivaine, puisqu’elle est auteure de romans pour adultes et pour la jeunesse, de pièce de théâtre, de poésie, d’essais et d’albums pour enfants, mais aussi pour qu’elle nous parle de son rôle de co-directrice de collection chez Thierry Magnier et chez Actes-Sud junior. Elle nous a affirmé sa satisfaction de prendre part à ce projet grâce auquel elle peut participer à une entreprise de succession et de transmission, deux notions qui lui sont chères.

Jeanne-Benameur-005.jpg
La discussion s’est tournée avant tout vers les textes de Jeanne Benameur afin d’en comprendre les thématiques prédominantes. Il est tout d’abord question de la symbolique de la falaise en rapport avec le sentiment d’effondrement, qui selon la propre définition de l’auteure revient à toucher le fond. Elle décrit la falaise comme une entité que rien ne semble attaquer ; ni le temps ni les intempéries ne parviennent à l’ébranler et pourtant, un jour, un morceau de roche s’éboule car c’est le fond qui l’a en réalité érodée. Jeanne Benameur estime qu’il en est de même avec les êtres humains : on ne voit pas toujours qu’une personne est attaquée au plus profond d’elle-même jusqu’à son effondrement. Ainsi cette thématique est-elle régulièrement mise en avant dans ses textes dans la mesure où elle a souvent été témoin de cet effondrement chez des proches.

La conversation évoque alors tout naturellement l’écriture de Jeanne Benameur. Elle explique que quand elle écrit, tout son être travaille pour faire sentir les choses dans leur justesse. Elle reconnaît volontiers que c’est le sentiment bien plus que le sens qui anime son écriture, ce qui l’amène à découvrir elle-même ce qu’elle veut dire uniquement en fin de travail. Le sens vient donc seulement après l’émotion, après ce quelque chose qui l’a touchée et mise en mouvement. Elle évoque alors le fait que, parfois, on sent les choses maJeanne-Benameur-003.JPGis on n’en a pas le temps et on ne s’arrête donc pas à les ressentir. Ce n’est que  plu s tard qu’ell es rejaillissent, imposant alors à l’auteur la nécessité d’écrire. C’est cette profonde nécessité qui selon elle lla pousse à écrire et non la seule et simple émergence d’une idée. A partir de là seulement se met en route l’imaginaire, la réflexion intervenant en dernier lieu et coulant de source avec ce qui a été écrit.

Quant à son rapport avec le lecteur, les images qu’elle insère dans ses textes lui appartiennent profondément et ne s ont pas présentes pour des raisons esthétiquez mais bien pour offrir un trajet intérieur au lecteur qu’elle considère comme son semblable. Dès lors, elle cherche à travers son écriture à s’adresser directement à lui dans ce qu’il a de plus profond afin de créer un lien. C’est aussi pour cette raison qu’on sent très présente la thématique du silence dans son écriture. En effet, il s’agit d’un moyen pour l’auteure d’atteindre ce qu’elle nomme le « troisième lieu ». Ainsi travaille-t-elle pour qu’il y ait d’un côté l’auteur qui est un être humain donnant forme à une nécessité, de l’autre le lecteur et enfin un troisième lieu où les deux précédents se rencontrent, créant ainsi un espace pour se rejoindre. Pour Jeanne Benameur, cet espace doit être le silence car elle aime laisser la place d’entrer pour imaginer, rêver et laisser réfléchir.

La complexité de son écriture amène nécessairement à s’interroger sur son approche de la traduction de ses œuvres. Elle estime elle-même que ses textes sont difficiles à traduire justement en raison de son écriture particulière fondée sur la sensation. L’exemple de l’adaptation des Demeurés en pièce de théâtre illustre par ailleurs très bien cette difficulté puisque la mise en scène a demandé deux ans de préparation. Il s’agissait là pourtant seulement d’une traduction dans un autre genre littéraire. La traduction en langue étrangère a cette difficulté supplémentaire que l’auteur ne peut pas toujours maîtriser le texte final publié. Jeanne Benameur a pu s’en apercevoir avec la traduction italienne, langue qu’elle connaît de par ses origines, d’un de ses romans. Ainsi a-t-elle pu mesurer les problèmes posés par une traduction car elle a constaté que par moments, cela ne cadrait pas avec ce qu’elle avait voulu dire. Mais elle ne peut pas intervenir sur toutes les langues et convient que, dès lors, le texte échappe à l’auteur lorsqu’il est exporté.

Jeanne Benameur est ensuite revenue sur les débuts de sa carrière afin de nous éclairer sur le choix appartenant à l’auteur concernant sonJeanne-Benameur-004.JPG éditeur. Elle nous apprend en ce sens qu’elle écrivait depuis longtemps déjà de la poésie mais sans parvenir à  la partager. C’est en fréquentant régulièrement une librairie et en se liant peu à peu d’amitié avec son libraire que ce dernier lui a proposé de la publier. Depuis, elle reste fidèle à son principe de ne jamais écrire sur commande, ce qui guide son choix d’éditeur. Sa rencontre avec Thierry Ma gnier a également été cruciale. En effet, ce dernier avait entendu parler des actions de Jeanne Benameur en tant que professeur dans un collège dit difficile et lui a donc demandé de rédiger un article pour sa revue. Elle a ensuite pris la direction de la collection « Le Monologue intérieur »  qui a été l’aboutissement de sa volonté de créer un espace réservé à l’expression de ce monologue chez les jeunes. Pour elle, ce monologue intérieur est l’incarnation d’un moment précis, de ce qui se passe à l’intérieur, ce qui implique qu’il soit inscrit dans le présent, sans narration et court.

Ainsi s’est conclue la première rencontre d’auteur organisée dans le cadre du projet ConviviaLitté, qui, on l’espère, a encore beaucoup à offrir et qui vise à rendre possible un échange d’expériences littéraires et éditoriales. C’est en suivant ce principe que Jeanne Benameur a terminé en nous conseillant de rester nous-mêmes afin d’apporter ce que l’on est dans l’exercice de nos futurs métiers. Rendez-vous le 29 mars pour la prochaine séance de ConviviaLitté.

 

L’équipe de ConviviaLitté

 


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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 07:00

Samedi 14 janvier,
nous avons rencontré Fédoua Lamodière, traductrice de
Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE des mangaka Clamp.
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Clamp est une équipe de mangaka1 exclusivement composée de femmes d'une quarantaine d'années. En général, leur type de mangas de prédilection est le shōjo2 bien que plus récemment elles aient composé des mangas plutôt seinen3.

Leur aventure de mangaka commence à la fin des années 1980. Toutes inscrites dans le même cours de dessin, elles décident de lancer leur propre studio de création et finissent par créer leurs propres histoires au début des années 1990. Le succès est rapidement au rendez vous avec le manga culte Tokyo Babylon bientôt suivi par RG Veda.

Leurs œuvres deviennent de plus en plus populaires. Clamp touche un large public : enfants, jeunes filles, adolescents et adultes. Elles font aussi bien de la romance, de la fantasy que de la critique sociale. Les personnages sont approfondis avec soin.

En France, les Clamp sont très connues, par les fans de manga des années 1990 bien entendu, mais également par un plus large public : Cardcaptor Sakura passe alors dans une émission pour la jeunesse sur M6.

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Les Clamp exploitent le plus possible le monde de leurs héros et les héros eux-mêmes. Certaines séries se croisent entre elles par leurs personnages ou leurs intrigues. L'intégralité de leur œuvre est intimement reliée, à la grande joie des fans.

Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE est sans contexte un bel exemple : on y retrouve les héros de Cardcaptor Sakura (Sakura et Shaolin), les héros de Chobbits et bien d'autres. Les personnages de séries toutes confondues apparaissent selon les univers. Elle est même liée à xxxHOLiC, créant un parallèle encore plus proche entre deux histoires qui restent indépendantes.

 

 

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L’histoire débute dans le pays de Clow où vivent Sakura et Shaolan. La première est une princesse, le second est un  jeune homme qui vit au sein de la famille royale depuis que son père adoptif, archéologue, est décédé. Tous deux se connaissent depuis leur plus tendre enfance et s’aiment sans oser l’avouer.

En grandissant, Shaolan a décidé de reprendre les travaux de son père et d’explorer les ruines qui se trouvent en face du palais royal. Un soir, les deux amis sont dans les ruines de Clow et découvrent un étrange blason. Au même moment, ils sont attaqués par des inconnus. Une force mystérieuse prend vie et fait perdre la mémoire à Sakura. Tous ses souvenirs deviennent des plumes qui se dispersent dans les différentes dimensions.

Le magicien de la Cour envoie alors Shaolan et Sakura, évanouie, chez la sorcière des dimensions. Là, notre héros va rencontrer Kurogane, un ninja du Japon ancien, et Fye, un magicien du pays de Célès. Tous trois demandent à la sorcière le pouvoir de traverser les dimensions. Cette dernière accepte à condition que chacun lui donne ce qu’il a de plus précieux : Kurogane son sabre, Fye son tatouage et Shaolan doit renoncer à ce que Sakura se souvienne un jour de lui, même lorsqu’elle aura retrouvé le reste ses souvenirs.

Nos quatre héros vont donc devoir voyager de dimension en dimension afin de retrouver les plumes de Sakura, aidés dans leur quête par une joyeuse boule de poils nommée Mokona qui, outre le fait qu’elle leur permet de voyager dans les différentes dimensions, prévient lorsqu’elle sent qu’une plume de Sakura se trouve à proximité.

 tsubasa3La série Tsubasa est très particulière. Elle mélange le temps et l'espace, créant un univers complexe. Le lecteur est tour à tour amené à travers les dimensions spatiales et peut observer le retour de personnages des autres séries des Clamp. Bien que les univers soient différents, on y retrouve des héros familiers. L'histoire se scinde ensuite en deux, une seconde partie venant ajouter une distorsion temporelle. Le lecteur a facilement pu être perdu au fil des parutions. Un détail des tomes précédents peut être essentiel pour la compréhension de la suite. Les explications données paraissent, en outre, de plus en plus alambiquées. L'histoire même de Tsubasa est donc une difficulté en soi.

Il n'en est que plus compliqué de reprendre le travail de traduction en cours de route. Fédoua Lamodière a été l’un des traducteurs ayant œuvré sur cette série culte. Elle a repris ce travail en cours de parution et ce jusqu'à la fin de la série. Il nous a semblé intéressant de comprendre comment un tel cas éditorial peut arriver, comment cette difficulté peut être gérée. Notre projet nous a conduites à Paris, où Fédoua a bien voulu répondre à nos questions.
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Quelle a été votre formation ? Comment avez-vous commencé ?

Fédoua Lamodière a étudié le japonais à l'Institut des langues orientales à Paris où elle a obtenu sa maîtrise.

Le milieu éditorial se construit surtout par le bouche à oreille. Elle était en licence quand une collègue la met en contact avec Glénat. Un autre collègue fera de même pour Tonkam. « Je n’ai jamais réellement eu à envoyer une demande ou une lettre de motivation. » Fédoua est entrée en contact avec l’édition par contacts. À l’époque, il n’existait pas beaucoup de traducteurs japonais pour le manga, ce qui rendait les choses plus faciles.

Elle a commencé en 2001 avec Pikachu’s Adventures chez Glénat puis a continué avec un one-shot de TORIYAMA Akira. La première série qui lui a été confiée est Rave de MASHIMA Hiro, édité par Glénat en France. Elle a également participé au magazine Magnolia chez Tonkam, car le principe l'intéressait : une publication de chapitres de plusieurs mangas chaque semaine, calquée sur le fonctionnement de la publication japonaise. Outre Tonkam et Glénat, elle travaille aujourd’hui avec Pika, Ki-oon, Kaze et Taifu comics.



Comment vous est venue la passion du manga ?

Fédoua fait partie de la génération « Club Dorothée ». C’est au travers de cette émission télévisée qu’elle a découvert le manga (comme toute la France d’ailleurs). Elle a suivi les séries animées alors qu’elle était au lycée et a décidé de devenir mangaka. Elle s’est orientée vers la traduction par la suite en apprenant la langue.



Ne traduisez-vous que le japonais ? Connaissez-vous d’autres langues ?

Elle ne fait de traductions que du japonais au français. Cependant, elle a appris d’autres langues. « J’ai toujours adoré les langues étrangères. » Aujourd’hui, ses connaissances s’étendent également à l’anglais, à l’espagnol, au russe, au chinois et au coréen. Ces deux-dernières lui sont d’ailleurs utiles pour comparer et mieux appréhender les systèmes de signes, les kanjis4 notamment. Le japonais s’avère plus proche du coréen que du chinois.



Quels sont vos outils de travail ?

Elle utilise beaucoup le dictionnaire électronique et Google. Et surtout, plutôt que d’utiliser le dictionnaire français-japonais, elle utilise un dictionnaire japonais-japonais.



Traduisez-vous autre chose que des mangas ?

Les mangas sont l’essentiel de son métier. Depuis peu, elle traduit des albums jeunesse chez l'éditeur Nobi-Nobi. Elle aimerait faire autre chose comme de la littérature, des animes ou des jeux vidéo, mais les secteurs de traductions sont très cloisonnés. La littérature l’intéresserait aussi mais elle manque de contacts. Il n’est pas facile d’intégrer un autre milieu, même si la langue traduite est la même.



Quels types de manga traduisez-vous ? Lesquels préférez-vous ?

À la base, elle traduit surtout du shōnen. Le shōjo est à son goût trop mièvre. Les sentiments sont trop figés. Toutefois, elle en traduit de plus en plus. Le manga Parmi eux lui a véritablement montré que le genre shōjo peut aussi avoir ses qualités. Ce sont surtout les thèmes abordés qui l’intéressent. « Je n’aime pas trop les méchants ou la guerre. »  Le thème peut être un réel handicap car il nécessite un certain vocabulaire. Par exemple, il lui avait été proposé de traduire les premiers tomes de Captain Tsubasa (alias Olive et Tom). Ayant suivi la série animée au préalable, elle aurait beaucoup aimé reprendre ce travail. Mais parce qu’il lui manquait trop de termes techniques, elle n’a pas pu. « Il est primordial d’avoir un thème de prédilection pour faire du bon boulot. » Elle recherche surtout un aspect comique, des situations humoristiques. « Ça me permet de me lâcher. » Elle aime aussi le yaoi5 et c’est elle qui a poussé l’éditeur de Taifu Comics à publier Gravitation dont elle a fait la traduction. Étant donné sa réputation et son expérience, elle peut se permettre de filtrer ce qu'on lui propose.



Le plus souvent, est-ce vous qui proposez une série ou est-ce l’éditeur ?

Fédoua ne travaille pas qu'avec un mais avec plusieurs éditeurs. C'est important dans la traduction de manga d'avoir plusieurs clients avec qui traiter, on n'est jamais à l'abri d'une rupture de contrat ou d'une fermeture de maison d'édition.

Ce sont les éditeurs qui lui proposent des séries à choisir. Elle choisit ensuite ce qu’elle souhaite travailler. Elle a proposé un seul manga, Gravitation. Cela peut être utile au lancement d’un éditeur, lorsqu’il débute. Mais les grosses maisons savent ce qu’elles veulent et sont en général en relation avec un correspondant sur place au Japon qui peut les tenir informées sur la situation éditoriale.

Elle a un statut indépendant : la couverture sociale est identique à celle d’un salarié mais elle n’a pas de contrat exclusif envers un éditeur. Elle garde la possibilité de se diversifier. C’est un travail à domicile, ce qui induit une certaine liberté. Tous les échanges se font par mail.

Les contrats sont constitués par volume, sauf chez Kaze qui propose des contrats par série. Le système « au tome » permet de changer plus facilement de traducteurs. Ce cas reste peu visible, cependant, car cela se passe en cas d’empêchements majeurs (maternité, inconstance dans les délais, etc.). La rémunération se fait par des à-valoir qui une fois remboursés sont remplacés par des royalties calculées en fonction d’un pourcentage sur les ventes.

Elle travaille en ce moment sur dix séries différentes : Sailor Moon (Glénat), Dragon Ball Perfect Edition (Glénat), To love (Tonkam), Lost Paradise (Ki-oon)...



Vos contrats sont-ils de traduction, d’adaptation ou des deux ?

Fédoua ne signe que des contrats de traduction-adaptation. Elle ne peut dissocier les deux. Une fois, elle a tenté une adaptation à partir d’un texte traduit par un Japonais. La traduction seule étant trop littérale, il est difficile de l’adapter ensuite selon le public, le contexte, les personnages, etc.



Qu’avez-vous traduit des Clamp ?

Pour Tsubasa Reservoir Chronicle et XXX Holic, Fédoua les a toutes les deux prises en cours de route. Elle a également travaillé sur une revue dédiée à ces auteures : Clamp anthology. Cela lui a permis de connaître les autres séries comme RG Veda, Tokyo Babylon, etc. L’important dans ces traductions est de bien connaître l’univers, le contexte.



Quand et pourquoi avez-vous repris la traduction de Tsubasa ?

Elle a repris la série à partir du tome 19 et ce jusqu’à la fin de la série (28 tomes). Les précédents traducteurs étaient sur un autre projet en parallèle qui a pris de l’ampleur. Ils ont alors arrêté leur activité de traducteurs pour se centrer sur leur projet commun. L’éditeur a demandé en urgence que Fédoua s’occupe de la reprise, ce qu’elle a accepté.



Quelles ont été les difficultés majeures de cette reprise ?

Techniquement, il est difficile de traduire une longue série car il faut garder une certaine fluidité, une continuité dans les dialogues et les genres représentés. L’incompréhension est à éviter. Il est nécessaire de travailler avec méthode. Dans le cas de Tsubasa, il était important de faire des résumés de chaque tome, passés comme à venir. Il est nécessaire d’avoir une vue sur la production à venir pour éviter d’être trop approximatif dans certaines explications. Il a donc fallu rechercher des scans sur Internet, regarder les forums de fans… Dans le cas d’une adaptation de jeu vidéo, il faut reprendre les termes, les dialogues dans une partie réelle. « On a besoin de précisions sur une série qui est autant suivie. »

La rigueur est très importante. Il ne faut pas oublier les relations entre les personnages : on ne peut passer du vouvoiement au tutoiement et inversement. De plus, l’utilisation des suffixes6 et leur explication doit continuer pour ne pas choquer le lecteur déjà habitué.



La série Tsubasa est particulière, elle réutilise les autres séries des Clamp. Est-ce que ça a été une difficulté ou une aide par rapport à la traduction ?

À partir du moment où l'on connaît l’univers des Clamp, ça n’est pas une difficulté. Ça reste même intéressant car on peut replonger dans les autres séries. C’est surtout un travail de vérification car des citations, des références sont souvent faites à partir d’une autre série. Par exemple la phrase « tout va se passer pour le mieux » dans Tsubasa est une référence à la série Cardcaptor où l’héroïne éponyme utilise souvent cette réplique.



Avez-vous eu des liens avec les anciens traducteurs, les auteures ?

Aucun lien n’a pu se faire. Elle avait seulement l’ancienne traduction. Les délais sont trop courts et il n’y a pas le temps de poser des questions, ni d’attendre les réponses. Les délais se rallongent encore lorsqu’il s’agit de prendre contact avec les auteurs. Il y a beaucoup d’intermédiaires entre eux : le correspondant, l’agent, l’éditeur japonais, l’éditeur français…

Dans un cas, ça aurait été utile de contacter le mangaka. Pour une autre série, il y avait une certaine indétermination quant au genre d’un personnage. Le japonais est une langue qui utilise beaucoup la neutralité – dans les temps, les genres, etc. Dans les dialogues, il était impossible d’utiliser le masculin ou le féminin. Or, le genre-même du personnage devait rester flou en raison du contexte. Cela peut entraîner des problèmes pour le traducteur.



Quelles autres difficultés le japonais peut-il présenter par rapport au français ?

Les jeux de mots deviennent de vrais casse-tête et le japonais joue beaucoup sur l’homophonie. Il faudrait alors expliquer une blague par une note de bas de page mais on perd le comique de la situation. Le lecteur se coupe de l’histoire pour suivre l’explication. Le mieux est de remplacer le jeu de mots par une sorte d’équivalent français, toujours avec une note explicative. Lorsque le jeu de mots est graphique, qu’il intervient dans le dessin même, il est encore plus compliqué de ne pas utiliser la note de bas de page. Pour certaines références faites dans les mangas, Fédoua peut passer une journée entière à en trouver la source.

Elle se souvient, par exemple, d'un dialogue entre deux personnages dans la série Hanakimi et d'un jeu de mots fait. Ce jeu de mots était une référence à une publicité japonaise des années 1980 dont elle ignorait l'existence. Une journée et internet lui ont été nécessaires pour comprendre la référence que seuls les Japonais pouvaient comprendre. L'adapter lui a également demandé une grande création : trouver l'équivalent pour un Français.

Il n’y a pas plus de difficultés à traduire le japonais qu’une autre langue. Il faut surtout faire attention aux répétitions et aux sujets liés à la culture. Le langage des jeunes évolue tout le temps et il faut bien souvent l’adapter au public français qui évolue aussi. Il n'est pas rare que Fédoua se rende sur le net pour chercher la traduction d'une phrase argotique afin d’en saisir le sens exact et la subtilité. Les références culturelles doivent être recherchées. Les termes réellement typiques sont laissés, l'adaptation se fait de plus en plus ressentir. Par exemple, maintenant elle n’utilise plus le terme ramen pour désigner les pâtes japonaises mais l’expression « bol de nouilles ». Avec le recul, Fédoua tend de plus en plus vers l’adaptation, car elle ne peut pas utiliser trop de notes ou de renvois. Malgré l’adaptation il faut s’assurer de garder un goût oriental dans le texte, on ne peut pas le rendre trop occidental. Elle essaye de faire l'équilibre entre la traduction littérale et l'adaptation, en sachant qu'elle ne satisfera pas les deux publics.



Avez-vous fait ou aimeriez-vous essayer un autre métier ?

La traduction est le seul métier qu’elle connaisse ; elle a commencé avant la fin de ses études. Elle en vit très bien aujourd’hui bien qu’il soit difficile de faire respecter ses droits malgré le statut d’auteur. Ils sont une vingtaine à pouvoir vivre de ce travail bien qu’il y ait de plus en plus de traducteurs occasionnels.

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La série Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE reste une des séries les plus connues des Clamp. Il convient de saluer le travail des traducteurs pour avoir permis de la faire connaître. Nous remercions tout spécialement Fédoua Lamodière pour nous avoir éclairées sur ce travail particulier et également pour avoir permis à cette série – comme d'autres – d'être encore publiée aujourd'hui.

 

 

Interview menée par Delphine C., Laure L. et Marina B.

 

Notes

 

1. Auteur-dessinateur de mangas.
2. Mangas plutôt « fleur bleue » réservés à un public féminin, par opposition au shōnen, mangas d'aventure pour un public plutôt masculin.
3. Mangas d'un genre plus mature visant un public adulte.
4. Idéogrammes communs à l’écriture de ces trois langues asiatiques.
5. Mangas érotiques mettant en scène des relations homosexuelles.
6. (-chan, -san, -sama, -sensei, -sempai, par exemple, accolés au nom du personnage et désignant leur statut auprès des autres personnages : ami, supérieur, maître, personne respectable)

 

 

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 07:00

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Donato CARRISI
Le Chuchoteur
éditions Calmann-Lévy, 2010






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur, Donato Carrisi, avant d’écrire ce livre, n’était pas écrivain. En effet, il était juriste de formation, spécialisé en criminologie et sciences du comportement. Il a également écrit une thèse sur un tueur en série italien : Luigi Chiatti surnommé par la presse le « monstre de Foligno ». Ce tueur en série a assassiné deux petits garçons  âgés de quatre et treize ans en 1992 et 1993.

Le Chuchoteur, c’est l’histoire de cinq petites filles disparues. Cinq petites fosses ont été creusées dans une clairière et au fond de chaque fosse se trouve un petit bras  gauche.



Entre réalité et fiction

Le livre parle d’un tueur en série qui ne s’en prend qu’aux petites filles alors que le « monstre de Foligno » a tué deux petits garçons. On remarque, par contre, que l’âge des victimes dans le livre et malheureusement dans la réalité est similaire (entre quatre et treize ans). Lorsque les deux garçons ont été retrouvés, leurs corps comportaient des ecchymoses mais il ne manquait pas de membres. L’auteur, pour bien ficeler son histoire, a ajouté un élément encore plus tragique : un bras coupé sur chaque corps des petites victimes.

On remarque également d’autres similarités entre le vrai tueur et celui du livre : ils ont tous les deux grandi dans un orphelinat. Le thème de l’homosexualité en est aussi un point commun entre réalité et fiction.

La réalité peut parfois être plus horrible que la fiction… Restons donc dans la fiction et continuons d’analyser ce thriller.



L’équipe d’enquêteurs

Elle est composée de cinq agents faisant partie de l’unité d’investigation des crimes violents et d’une enquêtrice supplémentaire, qui s’occupe des disparitions d’enfants. Les cinq agents composant l’équipe principale sont : Goran Gavila, le criminologue ; l’agent Stern, un vieil inspecteur ayant beaucoup d’expérience ; Sarah Rosa, spécialisée dans l’informatique ; Klaus Boris, qui s’occupe des interrogatoires et enfin l’inspecteur en chef Roche.

L’agent envoyé en renfort est Mila Vasquez : « Dans sa carrière, Mila Vasquez avait résolu 89 cas de disparitions ». Elle est envoyée en renfort pour essayer de  retrouver la sixième fille, inconnue, disparue.
 
 

L’histoire principale

Tout au long de l’histoire, le lecteur, par le biais de l’équipe d’enquêteurs, est mené de bout en bout par le tueur. En effet, à chaque fois que l’on pense enfin découvrir qui est l’auteur de ces atrocités, l’auteur ajoute un rebondissement, qui sans perdre le lecteur, le pousse vers une autre piste. Et le rebondissement n’est autre que la découverte d’un nouveau psychopathe, d’un nouveau tueur.

Le premier psychopathe suspecté d’être le tueur en série recherché est Alexander Bermann. Il est découvert dès le troisième chapitre du livre, ce qui pousse le lecteur à avoir des doutes : pourquoi découvrirait-on si tôt le vrai tueur ? On comprend assez rapidement que ce n’est pas le tueur malgré le fait que le corps de la première fillette enlevée soit découvert dans sa voiture.

Le second est le père Timothy. C’est bien un tueur, mais pas celui qui est recherché. Il essayera de tuer une des enquêtrices.

Le troisième est Feldher. Ce personnage avait déjà était interrogé car il était un des camarades du père Timothy à l’orphelinat où ils ont grandi ensemble. Il a tué une  femme et ses deux enfants après les avoir séquestrés dans leur propre maison pendant plus d’un mois. Dans cette maison, on découvre que Feldher n’est pas seul. Et le deuxième homme n’est autre que le véritable tueur.

Le dernier tueur que le lecteur « rencontre » est Joseph B. Rockford. C’est un homme extrêmement riche qui n’a jamais quitté son palais sauf une fois. Et cette fois lui suffira pour rencontrer le tueur qui va le pousser à tuer les hommes que sa mère faisait venir pour l’empêcher de tomber amoureux de sa sœur.
 
Avec ces quatre assassins, le tueur brouille réellement les pistes et c’est lui qui les pousse à tuer : le Chuchoteur. De plus, cette notion de chuchoteur donne du fil à retordre aux policiers mais également durant le procès où ils ont du mal à produire de véritables preuves.
 
Au total, le lecteur découvre six tueurs, les quatre cités précédemment, plus le complice du tueur que le lecteur découvre d’une façon assez surprenante et enfin le tueur lui-même. Et le lecteur est laissé sur sa faim car l’auteur ne va donner aucun détail sur la vie du tueur. On ne connaîtra rien de son histoire personnelle.

Certes, le lecteur est un peu déboussolé mais il n’est pas au bout de ses surprises. En effet, l’auteur a subtilement intégré plusieurs histoires parallèles.



Histoires parallèles

Le premier chapitre est une correspondance entre un directeur de prison et un procureur général. Dans cette correspondance, le directeur de prison parle du comportement étrange d’un de ses prisonniers qui fait méticuleusement attention à ne pas laisser de traces ADN derrière lui (il ramasse tous les cheveux qui tombent, essuie tout ce qu’il touche…). On apprend à la fin que ce prisonnier n’est autre que le tueur lui-même.
 
Certains chapitres sont écrits en italique, on comprend que c’est l’histoire d’une petite fille enlevée et blessée. Le lecteur pense donc tout de suite que c’est la sixième fillette. Mais le lecteur se trompe, c’est l’histoire de Mila Vasquez, l’enquêtrice, enlevée lorsqu’elle était plus jeune. On comprend mieux alors le comportement et la carrière de Mila.
 
Chaque agent va avoir un secret :
– Mila Vasquez et son enlèvement,
– Klaus Boris va être arrêté à propos d’une enquête antérieure et suspecté de meurtre,
Sarah Rosa n’est autre que la mère de la sixième fillette enlevée et le tueur l’obligeait à être sa complice,
– Goran Gavila cache un énorme secret concernant sa famille…



L’écriture de Donato Carrisi

À chaque fin de chapitre, on pense enfin comprendre l’intégralité du livre. Mais non. Le lecteur est à nouveau emmené dans un tourbillon d’actions. L’auteur s’est montré très habile dans la construction narrative car il a su mélanger toutes les histoires personnelles des personnages à une histoire complexe et assez terrible. Tout cela sans perdre le lecteur évidemment.

Pour que le lecteur ait le sentiment de participer à l’enquête, l’auteur a évité les termes trop techniques, comme par exemple durant les autopsies : les termes employés permettent au lecteur de comprendre tout de suite les causes du décès tout en lui épargnant les plus horribles détails.
 
De plus, l’écriture est tellement fluide que le lecteur oublierait presque qu’il est en train de lire. C’est comme si l’auteur nous plongeait dans un épisode de la série « Esprits Criminels ». Il décortique les scènes de crimes, essaye de comprendre le tueur et Gavila va même jusqu’à lui attribuer un nom, « Albert » :

« En effet, devant un mal aussi féroce et gratuit, on tend à oublier que l’auteur, tout comme la victime, est une personne, avec une existence souvent normale, un travail et parfois aussi une famille. »



Mon avis
 
Le roman est assez long : 432 pages mais cela ne m’a pas empêché de le lire presque sans interruption. Même si ce livre requiert beaucoup de concentration (pour ne pas se perdre entre les changements d’histoires selon les chapitres, les rebondissements, les petits détails sans lesquels on ne saisit pas complètement l’histoire), il est surtout extrêmement bien construit. L’auteur a réussi à mélanger enquête policière, atrocités des meurtres et vies personnelles des personnages. Il est assez rare que dans des thrillers parlant de tueurs en série, les personnages d’enquêteurs soient aussi développés.

Je crois que je n’ai jamais lu un livre avec autant de rebondissements. À chaque fois que je finissais un chapitre, que je pensais enfin comprendre ce qu’il se passait, j’étais tout de suite arrêtée dans « mon enquête personnelle » car l’auteur en avait décidé autrement.

En ce qui concerne les personnages, je n’aurais imaginé avant de commencer ma lecture que l’auteur puisse en faire des personnages aussi intenses et torturés. Mais cela ne me déplaît pas, bien au contraire car cela ajoute une certaine dimension, une certaine densité à l’histoire.
 
Pour conclure, je citerai une simple phrase du criminologue Goran Gavila qui, à mon avis, résume assez bien le livre : « Tout le monde a quelque chose à cacher, n’importe lequel d’entre nous ».
 
 http://www.le-chuchoteur-le-livre.fr/

Céline, 1ère année Bib.

 

 


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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 07:00

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Chitra Banerjee DIVAKARUNI
L'Histoire la plus incroyable de votre vie
Titre original :

One amazing thing, 2010
Traduit par Mélanie BASNEL
Philippe Picquier, 2011






 

 

 

 

 


Présentation de l'auteur

Chitra Banerjee Divakaruni est née à Calcutta en 1957. Elle quitte l'Inde à 19 ans, pour étudier l'anglais aux États-Unis. Véritable touche à tout, elle s'essaie à la poésie, aux romans, aux nouvelles et écrit aussi bien pour les adultes que la jeunesse. Elle reçoit de nombreuses récompenses, notamment l'American Book Award pour son recueil de nouvelles Mariage arrangé (Philippe Picquier, 2001).

Plusieurs thèmes de prédilection sont régulièrement évoqués dans son travail : les femmes, l'expérience d'immigrants, l'Asie du Sud, les mythes, la magie, la célébration de la diversité.

Depuis qu'elle est étudiante, elle est engagée auprès d'associations pour venir en aide aux femmes. Elle assure la présidence d'une association de défense des femmes du Sud-Est asiatique.



Bibliographie

La Maîtresse des épices, Éditions Philippe Picquier, 1999

Ma sœur, mon amour, Éditions Plon, 2000

Mariage arrangé, Éditions Philippe Picquier, 2001

Les Erreurs inconnues de nos vies, nouvelles, Éditions Philippe Picquier, 2002

La Liane du désir, Éditions Plon, 2002

La Reine des rêves, Éditions Philippe Picquier, 2006

Le Palais des illusions, Éditions Philippe Picquier, 2008

Jeunesse :

La Confrérie de la Conque, tome 1 : Le Porteur de conque, Éditions Philippe Picquier, 2004

La Confrérie de la Conque, tome 2 : Le Miroir du feu et des rêves, Éditions Philippe Picquier, 2006

La Confrérie de la Conque, tome 3 : Le Pays des ombre, Éditions Philippe Picquier, 2010



L'Histoire la plus incroyable de votre vie

Quelque part en Californie, neuf personnes se retrouvent prises au piège dans le sous-sol d'un consulat indien, à la suite d'un tremblement de terre. âge, origine culturelle, statut social, religion, tout semble séparer nos protagonistes, du moins c'est ce qu'ils pensent.

Confrontés à l'urgence vitale, ils vont devoir s'entraider, s'organiser pour mener une véritable lutte pour leur survie. À tour de rôle, chacun va raconter une histoire, l'histoire la plus incroyable de sa vie.



Multiculturalisme

La célébration de la diversité est un thème cher à l'auteur. Neuf récits enchâssés dans un récit-cadre nous permettent de découvrir une galerie de portraits :

– Uma, une jeune Indo-Américaine, étudiante en lettres, hantée par une question : qu'est-ce que l'amour ? ;

– Cameron, un ancien soldat afro-américain, à la recherche de la rédemption ;

– Lily, une adolescente sino-américaine, punk avant tout, avec un don incroyable pour la musique ;

– Jiang, la grand-mère de Lily, au passé secret ;

– M. et Mme Pritchett, un couple aisé de Caucasiens, dont la relation est en pleine désagrégation ;

– Tariq, un jeune musulman indo-américain confronté aux retombées du 11 septembre ;

- Mangalam et Malathi, deux employés du bureau sur le point de s'engager dans une relation adultérine.

Dans ce huis-clos inattendu, les masques tombent un à un et les personnalités se dévoilent.



Voyage et emprisonnement

Les personnages, tous différents les uns des autres, sont réunis autour d'un projet commun : se rendre en Inde.

« Quand le premier tremblement de terre secoua la salle d'attente du bureau de délivrance des visas, au sous-sol du consulat indien, personne n'eut la moindre réaction. Submergés par les regrets, l'espoir ou l'excitation (comme tous ceux qui se préparent à un grand voyage), la majorité des personnes présentes mirent ça sur le dos du métro aérien. »

Les personnages se préparent, effectivement, à partir en voyage, mais celui-ci va prendre une tout autre forme. Prisonniers dans le sous-sol du consulat, ils voient l'espace se réduire de plus en plus. La tension et la peur sont palpables : la mort rôde. Les esprits s'échauffent. L'individualisme doit laisser place à l'organisation collective pour la survie.

Le réel voyage débute au moment où Uma suggère, afin d'apaiser les esprits, de raconter à tour de rôle une histoire incroyable : « Tout le monde a une histoire à raconter ». On quitte alors ce huis-clos étouffant et angoissant pour voyager au gré des récits partagés. Ces histoires nous font découvrir des contrées aux us et coutumes inconnus pour nous autres Occidentaux.

Jiang, une femme sino-indienne, voit sa vie basculer en 1962, lorsque la guerre éclate entre la Chine et l’Inde. C'est grâce à un mariage arrangé qu'elle quitte l'Inde pour l'Amérique. Malathi défie ses parents et le système de castes, en obtenant un emploi dans le salon de beauté où elle avait été envoyée, initialement, pour recevoir des soins spécifiques aux futures mariées et ainsi attirer d'éventuels prétendants.

Par la parole partagée, des liens vont s'instaurer entre les personnages au-delà de leurs différences.

« En confrontant mon histoire avec celles des autres, je me suis rendu compte d'une chose, c'est que tout le monde souffre d'une manière ou d'une autre. Du coup, je me sens moins seul maintenant. »

Chacun est à sa manière prisonnier de sa propre vie. Ils apparaissent peu à peu comme des pèlerins en quête spirituelle.



Quête(s) et spiritualité

Spiritualité et intervention divine

De nombreuses références, directes ou indirectes, aux religions et à la spiritualité ponctuent le récit. Uma explique qu'elle porte le nom d'une déesse hindoue. D'après les théologiens, ce nom évoque la clarté intellectuelle et la connaissance métaphysique. Elle est une forme particulière de la déesse Parole. Un nom qui prend tout son sens et éclaire la nature du voyage, par les mots, entrepris par tous à l'initiative de la jeune fille.

Chacun va se dévoiler et livrer sa manière d'appréhender la vie et ses événements. Avec Tariq, la religion musulmane est très présente. Malathi et Mangalam font référence au karma :

« Ce n'était pas entièrement de la faute de Naima, continua Mangalam. C'est moi qui ai commencé. Je l'ai utilisée pour obtenir ce que je voulais. C'est normal que ce soit à cause d'elle que j'aie perdu ce qui comptait le plus pour moi. C'est le karma, c'est inéluctable. »

Jiang et son fiancé Mohit vivent un amour impossible aux yeux de leurs familles. Leur séparation relèverait ainsi de l'intervention divine :

« La grand-mère de Jiang et la mère de Mohit, convaincues de la ruine imminente de leurs familles respectives, firent appel à l'intervention divine. (…) Elle firent toutes les deux la même prière : Faites que la relation entre Jiang et Mohit prenne fin et qu'ils épousent une personne respectable de leur propre communauté.

Pendant des millénaires, les gens n'ont cessé de se plaindre – non sans raison – de la lenteur des dieux, mais dans ce cas précis, ils se mirent à l'œuvre immédiatement, même si ce n'était pas exactement ce que les suppliantes avaient imaginé. Trois jours après que leurs prières eurent été faites, une troupe de l'Armée populaire de libération chinoise attaqua une patrouille indienne dans la région d'Aksai Chin à l'ouest de l'Himalaya. L'événement déclencha la guerre sino-indienne de 1962. »



Quêtes et questionnements

Cameron parraine depuis plusieurs années une petite fille, prénommée Seva, qui vit dans un orphelinat en Inde. Il a désormais la possibilité de l'adopter, c'est la raison de son voyage. Seva est également le nom d'un élément essentiel dans la religion Sikh. C'est un service désintéressé et sans arrière-pensée. La philosophie sikh correspond à une manière d'être, de rendre service à l'humanité et d'engendrer la tolérance et la fraternité vis-à-vis de tous. L'illustration parfaite en est cet ancien soldat en quête de rédemption, qui quelques années auparavant a souhaité que sa petite-amie avorte. « C'était le trentième anniversaire – ou du moins ce devait être assez proche, d'après ses souvenirs – de la mort de son enfant, et à chaque année qui passait, l'événement lui pesait de plus en plus. »


Uma est plongée dans une réflexion tout au long de l'histoire : qu'est-ce que l'amour ? Mangalam est venu travailler aux États-Unis pour échapper à l'emprise de sa femme, restée en Inde. Cependant, il porte un intérêt sincère à Malathi.

M. et Mme Pritchett sont un couple fragilisé. Mme Pritchett souhaite échapper à sa situation en allant en Inde. Son mari ne l'aime pas comme elle le souhaiterait.

Jiang évoque son amour de jeunesse impossible. Par la suite, elle se retrouve mariée à un autre homme pour échapper à la guerre et fuir aux États-Unis. Un amour qui va naître au fil des années :

« On peut changer complétement sans même s'en rendre compte. On pense que les épreuves nous rendent aussi durs et froids que la pierre. Mais l'amour entre en nous discrètement, comme une aiguille, pour soudain se transformer en hache et nous mettre en pièces. »



Vers quelle issue ?

« Il y eut de nouveau du bruit au-dessus de leurs têtes, une succession de claquements, comme si un géant – un géant chaussé de souliers en métal – avait décidé d'aller se promener. Ce pouvaient être des sauveteurs, ou des parties du bâtiment en train de s'écouler. Personne ne se leva. C'était bien trop douloureux d'espérer à chaque fois. Mais tous gardaient les yeux grands ouverts. Ils jaugeaient les possibilités, prêts à les accepter.

Les claquements se firent plus proches. Le géant descendait vers eux. Tandis qu'ils attendaient de voir qui allait se passer, Uma commença à raconter la fin de son histoire. »


Uma initie le discours de ses compagnons d'infortune et c'est elle qui termine par le récit de son histoire. La boucle est bouclée, en somme, me direz-vous ? Pas nécessairement. Le lecteur n'en connaîtra pas la fin.

L'auteur n'en dira pas plus et nous laisse dans l'incertitude. La fin oscille entre le tragique – la mort qui rôde depuis le début est-elle finalement victorieuse ? – et l'espoir que les efforts des personnages, dans cette lutte pour la vie, ne soient pas vains.

Finalement, c'est face à la mort que les personnages se révèlent aux autres mais surtout à eux-mêmes. Ils trouvent enfin de nouvelles raisons, non plus de survivre, mais de vivre pleinement.


Mélanie, AS Éd.-Lib.


Sources

 www.chitradivakaruni.com

http://www.editions-picquier.fr/auteurs/fiche.donut?id=12

http://en.wikipedia.org/wiki/Chitra_Banerjee_Divakaruni

http://www.universalis.fr/

 

 


 

 

 Chitra Banerjee DIVAKARUNI sur LITTEXPRESS

 

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Article de Lara sur Mariage arrangé

 

 

 

 

 

 

 





Article d'Alice sur La Reine des rêves









Articles de Marion, Lucie et Alexis sur La Maîtresse des épices

 

 

 

 

 

 

Divakaruni le palais des illusions

 

 

 

 Article de Céline sur Le Palais des illusions.

 

 

 

 

 

 

 


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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 07:00

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Antoine VOLODINE
Le Port intérieur
éditions de Minuit, 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Port intérieur est un roman qui fait partie d’un ensemble de près de quarante titres produits depuis 1985 par des écrivains, qui se qualifient eux-mêmes de post-exotiques - des écrivains tels que Lutz Bassmann, Manuela Draeger, Elli Kronauer, et Antoine Volodine bien sûr.

Tous ces auteurs sont des hétéronymes, c’est-à-dire autres noms, d’un seul et même écrivain-créateur, dont le nom pourrait être Jean Desvignes, d’après quelques sites internet, mais rien n’est moins sûr.

On le voit d’entrée, l’auteur aime l’ambiguïté.

Mais il ne s’agit pas d’une tentative de supercherie, comme il l’affirme dans une interview donnée en septembre 2010, alors que trois de ses auteurs faisaient la rentrée littéraire avec des éditeurs différents :

«  Il y aurait supercherie si j’essayais de faire croire que Lutz Bassmann, Manuela Draeger, Elli Kronauer étaient des individus authentiques. Ils sont sortis de la fiction pour exister littérairement, mais pas pour mener dans le monde réel une existence semi-publique et mystérieuse. Je ne laisse planer ici aucune ambiguïté. Derrière tous les livres signés Volodine, Manuela Draeger, Lutz Bassmann, Elli Kronauer, il y a une seule personne physique, celle qui vous parle en ce moment. Ensuite, il y a une construction poétique, qui met en scène des auteurs différents et indépendants. »

C’est à cette nouvelle construction poétique que l’interviewé a donné le nom de « post-exotisme ».

Le Port Intérieur, œuvre d’Antoine Volodine donc, est construit autour d’une scène récurrente dans les écrits post-exotiques, celle de l’interrogatoire.  « Qu’on en finisse ! » dit tout de suite Kotter.

Car c’est lui qui interroge.

Le Port intérieur a beaucoup de points communs avec un roman traditionnel.

Il raconte une histoire, avec des personnages. On y trouve un semblant d’intrigue, on a un sentiment de linéarité dans le déroulement de l’ « action ». Le tout avec un vrai suspense !

Il y a un début, il y a une fin…

C’est même une intrigue un peu simpliste qui lance le roman :

Gloria Vancouver est envoyée par son Parti, un parti non défini, pour séduire un ancien sympathisant, un écrivain nommé Breughel.

Mais le plan ne fonctionne pas comme prévu : ils tombent dans les bras l’un de l’autre. C’est la passion.

Ensemble ils désertent et s’enfuient à l’autre bout du monde pour se cacher à Macau avec une fausse identité, et beaucoup d’argent appartenant à l’organisation. Mais le Parti envoie à leurs trousses un tueur, Kotter, qui a pour mission principale de retrouver Gloria.

Mais à peine le roman est-il commencé que le narrateur remet en question l’identité du tueur en écrivant :

« Un homme que, par commodité, nous nommerons Kotter, de nouveau appuyait son arme sur la tempe gauche de Breughel.» 

On voit que l’identité est tout de suite questionnée.

Quelques pages plus tard, l’histoire est brusquement mise en abyme :

« J’ai rédigé, commença Breughel [...] Je vous attendais [...] Quelqu’un comme vous allait bien finir par être ici, envoyé par le Paradis [...] Quelqu’un que j’ai baptisé Kotter. Dimitri ou John Kotter selon mon humeur. Ce nom, ça ne vous dérange pas ?

M’est égal, dit Kotter. »

Puis :

« Si vous tenez tant que ça à m’appeler Kotter, allons-y pour Kotter, je n’y vois pas d’inconvénient, Dupont aurait convenu aussi bien, mais Kotter me va comme un gant. Mon nom n’a aucune importance… »

Le doute commence à s’installer.

Même les personnages doutent : Breughel démarre ainsi son carnet de bord :

« J’avais si souvent décrit ma confrontation avec Kotter que je ne savais plus si Kotter existait vraiment, avec son pistolet en plastique et sa ficelle, et si l’interrogatoire avait eu lieu à un moment donné, ou s’il risquait encore de se produire, ou si Kotter existait seulement à l’intérieur de la tête malade de Breughel, c’est-à-dire la mienne. »

Ainsi les noms se décrètent, se modifient.

Les narrateurs se multiplient, se superposent. On pourrait avoir deux Breughel et deux Kotter dans l’histoire : ceux de Volodine, et ceux de Breughel, qui écrit sa propre histoire.

L’incertitude va de fait persister jusqu’à la fin du récit, contribuant à créer une atmosphère entre rêve et réalité.



Une narration concentrique

Le roman est composé de quinze chapitres qui se partagent cinq noms :

« Dialogue », « Monologue »,  « Fiction », « Rêve », « Carnet de bord ».

Il est construit d’une manière très particulière, presque concentrique : le début de l’histoire se trouve au milieu du livre.

Je m’explique : lorsque le roman commence, l’interrogatoire de Breughel est déjà en cours, mais il faudra attendre la page cent dix-sept, le milieu du roman donc, pour se retrouver, temporellement parlant, au début de l’interrogatoire.

En fait, on avance, au fur et à mesure de la lecture, vers le début de l’histoire, à petits pas, par à-coups, au gré des récits faits par les différents narrateurs.

À partir du milieu, l’intrigue va évoluer chronologiquement vers son dénouement.

Cette progression vers l’origine, vers le début, est ralentie par de nombreux retours en arrière qui créent un effet d’attente.

Ce sont des répétitions, dans lesquelles s’introduisent des variantes qui nous font perdre le fil du récit et créent, elles aussi, une certaine confusion.

Kotter, par exemple, trouve le pistolet de Breughel, tantôt en sa présence, tantôt en son absence.

Mais c’est surtout l’impossibilité de distinguer clairement les narrateurs qui crée un flottement, un halo d’incertitude, tout au long de la lecture.



Le rêve

Les récits sont aussi entrecoupés d’épisodes oniriques.

Ce peuvent être des moments de véritable rêverie, d’absence, pendant lesquels Breughel, par exemple, se met en retrait de son interrogatoire.

Il évoque mentalement ainsi, à diverses occasions, Gloria, des souvenirs d’enfance, etc.

Mais il y a aussi le « Rêve », raconté sur trente-neuf pages, qui interrompt la narration à deux reprises.

Il n’a apparemment que peu de rapport avec l’intrigue initiale.

Ce qui fait le lien avec le reste du roman, ce sont des noms : Gloria, Machado (le complice qui les a aidés à s’enfuir), une alliance amoureuse, les slogans, dont certains sont strictement identiques à ceux qui hantent les rêves de Gloria Vancouver :

Pirates de la deuxième mer, regroupez-vous ! par exemple. La guerre noire aussi.

On ne sait pas qui rêve.

En fait de rêve, il s’agit plutôt d’un cauchemar.

Il commence ainsi :

« Tu plisses les yeux, petit frère, tes yeux astigmates, abîmés par la guerre et par l’errance, et, dans la mauvaise lumière, tu essaies de lire… un message. Le message à quoi ta vie est suspendue. Tu ne distingues rien. » (page 50).

C’est ensuite une scène épouvantable qui est décrite, dans laquelle des « épaves somnambuliques de la guerre noire », des « semi-humains », des « bovidés », s’efforcent dans une cohue meurtrière d’accéder à la feuille de carton et de lire, eux aussi, le message.

Mais il leur faut éviter de se faire prendre dans les barbelés et les fils électrifiés à l’intérieur desquels ils sont contenus. Et surveillés par des soldats « adossés à une camionnette pour jouir du spectacle qu’offre la gueusaille en émeute. » (page 51).

Chacun lutte pour lui-même. « Chacun est seul. L’amitié n’existe plus depuis des lustres. » dit le narrateur.

Ceux qui survivront à l’enfer garderont « le remords d’avoir survécu, la honte d’être. »

   

Tout le rêve est raconté d’un point de vue externe, par un narrateur qui est comme une ombre, un esprit, planant au-dessus de la scène, et se rapproche du sujet, en disant « tu », et en l’appelant « petit frère ». Remarquons que Breughel appelle parfois Gloria « petit sœur ».

Ce  «petit frère » scande tout le récit de manière incantatoire et fait penser à une transe.

 D’ailleurs Volodine explique :

 « Parfois la transe se met en place […] Les écrivains post-exotiques n’hésitent pas à plonger au profond de leurs images, ils participent au spectacle profond dont l’image leur a ouvert l’accès, ils sont au cœur de l’image pour la dire. »

Par une sorte de transe, le narrateur est devenu le témoin de scènes tragiques, atroces, qui nous rappellent, sans qu’aucune indication précise ne soit donnée, comme dans les rêves, des scènes de l’Histoire de notre « humanité ».

Le rêve se développe parallèlement à l’interrogatoire mais donne sa véritable tonalité grave à l’ensemble du roman : l’humanité mérite-telle encore le nom d’humanité ?

C’est probablement une des questions que Volodine veut nous amener à nous poser.

C’est peut-être la raison principale pour laquelle il écrit. Nous amener à nous interroger sur notre humanité.



Folie

Comme le rêve, la folie est un thème très présent dans le Port intérieur.

Gloria, ancienne militante, une guerrière dira Breughel, est hantée par des souvenirs de son ancienne vie et de la « guerre noire ».

Qu’a-t-elle vécu ?

Breughel évoque ses hallucinations page 28 :

« Tu inventais un scénario halluciné dont les thèmes ressemblaient à ce qui te torturait dans tes songes. La guerre noire, les déserteurs, le voyage vers les îles, les chrysalides […] Avec émotion, j’enregistrais ce que tu me confiais. Je pressentais que, plus tard, je rédigerais cela, dans la solitude, afin de croire à nos retrouvailles, afin de croire que tu. »

Ce sont exactement les thèmes du Rêve. Breughel est-il le narrateur chamane ?

Les chapitres fonctionnent en miroirs, se reflétant les uns les autres.

Et encore, trois pages avant la fin du roman, ces deux lignes qui nous renvoient une image du début :

« De leur nuit intérieure à tous deux, commune, il fait surgir un détective qui a pour mission de les exécuter. Il le nomme Kotter. Parfois John Kotter, parfois Dimitri. Toujours Kotter. »

Gloria est-elle l’image de quelqu’un que Volodine a aimé et qui n’est plus ?

C’est ce que pourraient laisser penser les phrases « afin de croire à nos retrouvailles, afin de croire que tu. »

Le Port intérieur est peut-être un long poème d’amour, pudiquement dissimulé dans le roman, presque gardé pour soi.

Mais encore une fois, rien n’est sûr.

La folie est une forme de prison, de non-vie, en dehors de tout système social et politique.

Pourtant l’asile est le seul endroit où Breughel rencontrera de l’attention, de la chaleur. Les insanes communiquent avec lui contrairement aux autochtones. Ils le touchent. C’est pour lui un moment de bonheur.

« Quand je parle des fous, je parle des hommes qui venaient vers moi en amitié grande. Ceux-là admettaient mon existence […] et ils me touchaient. »

« Notre langue était une pantomime fraternelle. J’imitais l’oiseau, son cri. Je débitais des fadaises en mandarin, n’ayant pas le souci de me faire comprendre. J’accompagnais de sons le bonheur d’être ensemble et de décrire en commun le monde. »

Un rare moment de joie dans tout le roman.



Lieux

Contrairement aux personnages qui ont des identités floues, le cadre, les lieux dans lesquels se déroule le Port Intérieur sont nommés avec précision.

Le port intérieur, c’est celui de Macau, que Volodine connaît bien.

Ainsi Breughel, « emprunte la rue Paço de Arcos, puis il remonte la rue du Tarrafeiro. Il contourne une poubelle et il s’enfonce entre deux murs. C’est là qu’il habite… » (page 114).

Comble de précision, qui frise bien évidemment l’absurde : Kotter est « ébahi d’avoir abouti là, dans cette pièce sombre, par 22°16’ de latitude Nord et 113°35’ de longitude Est. »

Ceux qui veulent du concret sont servis !

Rua das Lorchas, rua Visconde Paço de Arcos, rua do Almirante Sergio, etc. Détails dérisoires, qui créent un effet de comique et avec lesquels il se moque (gentiment) du lecteur avide de « certitudes ».

Car, bien que l’environnement soit très caractérisé, il reste étranger aux personnages.

Il n’y a aucune interaction entre eux. L’histoire, sans subir aucune modification, pourrait se passer n’importe où, dans un lieu non identifié.

L’important est ailleurs.



Solitude

Breughel n’a aucun contact d’aucune sorte avec la population qui l’entoure.

L’auteur note ainsi, non sans humour, que Breughel est « toléré par les Chinois à qui il verse un loyer quotidien, et qui, malgré cette relation commerciale, affectent de ne pas croire aux preuves de son existence. »

Tous, et surtout toutes, évitent son regard.

« Sur les trottoirs, les hommes me niaient. Quant aux femmes, jeunes et vieilles, elles traversaient mon corps sans le voir. »

Elles ont pour lui des « non-regards ».

Sauf un jour : « un bébé renversa la tête vers Breughel et il me contempla avec une fixité songeuse. »

L’événement est tellement exceptionnel que le point de vue, d’externe devient interne : « Breughel » devient « me ». Tout à coup il existe !

Ainsi des mondes se juxtaposent. Leurs habitants coexistent mais ne communiquent pas. Chacun vit dans une solitude aride. C’est ce que traduisent ces deux passages :

« Non loin de là, comme presque tous les soirs, une bête poussait des cris de souffrance.

La plainte était si hideuse qu’on ne pouvait déterminer à quelle race appartenait le supplicié.

J’écoutais le désespoir de cette bête, et la femme passait avec une bassine de linge ou de nourriture et, au-dessus de moi, elle rotait. »

« Il m’aura ligoté à une chaise et je me disloquerai sous les brûlures de cigarette ou les gifles, et je beuglerai des justifications inarticulées qui ne le satisferont pas, je lancerai des plaintes atroces, et si, dans les parages, des auditeurs surprennent des échos de la scène, ils s’interrogeront : De quelle espèce animale s’agit-il ? Quel genre de chien ? Pourquoi ces pleurs ? Et, au-dessus de moi, en présence du sang et de la douleur, on rotera. » (p.45).

La femme qui rote traduit par son comportement trivial son indifférence totale au monde souffrant qui l’entoure.

Cette scène revient plusieurs fois dans le roman.

Et Volodine n’oublie pas les animaux : les poules qu’on égorge, les anguilles qu’on abat sur une pointe, les « poissons que l’on maintient en agonie sur des présentoirs de métal », là encore, dans l’indifférence la plus totale.

 « Les liquides du carnage inondent le sol » 

« Là débute la nourriture », dit-il.



Décomposition

Le déchet est un motif omniprésent dans le Port intérieur, de même que dans toute la littérature post-exotique.

Breughel vit dans un bidonville, c’est un monde d’exclus, un monde en décomposition : les personnages sont en permanence « abrutis » de chaleur, tout « poisse », partout humidité, odeurs pestilentielles, saleté, moisissures.

Un monde qui survit péniblement, comme Breughel, qui n’en n’a peut-être plus pour longtemps à exister, comme Macau aussi, qui va retourner à la Chine.

Leur environnement est à l’image des personnages et de leurs luttes, contre le tueur du parti, ou leurs anciens ennemis politiques.

Tout se meut dans une harmonie de la décadence, de la chute, de la fin.

La tempête est là aussi, avec un typhon qui menace au début de l’interrogatoire, et  éclatera en un déchaînement apocalyptique quand l’intrigue touchera à son dénouement.

La tempête et le suspense évoluent en parallèle, se soutenant l’un l’autre.

Monde et personnages ne font qu’un.



Consolation

Dans cet univers délabré, à part dans son amour-compassion pour Gloria, Breughel ne trouve de consolation que dans l’apprentissage de la langue chinoise qu’il trouve admirable (océane), mais qui lui résiste, et dans l’écoute d’opéras chinois qu’il cherche systématiquement à identifier.

De même que la tempête, la musique de l’opéra accompagne, et évolue de pair avec l’interrogatoire de Breughel. Marquant des pauses lorsqu’il décide de se taire, par exemple.

Mais la vraie consolation, et le seul moyen de résister, c’est le rêve :


« Bien que souillé pour toujours par la guerre, tu es resté un homme qui rêve sa vie, un habitant de l’imaginaire. Sans mirages, tu sombrerais, tu aurais sombré, […] tu aurais refusé d’aller plus loin dans cet enfer. »

Volodine parle-t-il aussi pour lui ?

Le rêve et la poésie. Le rêve qui engendre la poésie, car le roman est indiscutablement écrit dans une langue très poétique.

Une poésie liée au souvenir, à l’imaginaire.

Mais pas seulement :

On peut dénicher un haïku :

« Dans des cages d’osier ou dans des nasses métalliques,
les poules sont rousses
et elles attendent. »

L’inventaire des enseignes de magasins peut aussi être considéré comme une contribution poétique au roman :

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etc.


De même la liste des slogans que lui livre Gloria :

PIRATES DE LA DEUXIEME MER, REGROUPEZ-VOUS !

OFFICIERS DES RIVAGES DE CIRES, REGROUPEZ-VOUS !

ENFANTS DES PORTS INTERIEURS, REGROUPEZ-VOUS !

Ces slogans, Volodine dit qu’ils lui ont été dictés par Maria Soudaïéva, une poétesse russe qu’il aurait rencontrée à Macau.

Et dont il a traduit chamaniquement les écrits qui on été publiés aux éditions de L’Olivier.

On veut bien le croire. Mais Volodine nous a appris à être sur nos gardes.



Style

Le Port intérieur est écrit dans un style très varié, plein de surprises.

Volodine utilise les temps pour créer des effets saisissants, presque cinématographiques.

Sans transition, il répète une phrase quasiment à l’identique en changeant simplement de temps.

Il passe de l’imparfait au présent par exemple :

 « Je me redressais brusquement dans l’obscurité et je repoussais le linceul ….

Je me redresse dans l’obscurité, je repousse les draps »

Le lecteur est soudainement rapproché de l’objet de la narration. La mise à distance du récit par l’imparfait est tombée. On a une sorte de zoom avant.

Ce procédé se répète :

« mais les fenêtres tremblaient, les portes vibraient dans leurs rainures.

Les portes vibrent dans leurs rainures.

La fenêtre tremble. »

On a presque le son.

Inversement, il passe du présent à l’imparfait :

« Le plâtre poisse. Le transistor poisse

.
Le transistor aussi poissait. Tout était tiède. »

Et cette fois, c’est l’inverse. L’imparfait met à distance. Zoom arrière.

Volodine crée aussi des effets divers en faisant varier le point de vue à l’intérieur du récit.

Il passe sans prévenir de « il » au « je » au « on » :

« Il était assis à côté d’elle sur les galets.

 
J’étais assis à côté de toi sur les pierres. »             

Le point de vue de l’énonciation change : d’externe, avec le pronom « il », il devient interne avec le passage au « je ».

L’effet de rapprochement est ici évident. Avec un sentiment d’être plus impliqué dans le discours.

Comme pour les changements de temps, l’opération ne se fait ici qu’à l’aide d’une petite répétition, comme un changement de pied.

Mais le changement peut se faire aussi sans aucun artifice :

Pages 40-41, le même personnage, Breughel, est repris successivement par « il », puis « on » et enfin « je »,  et page 44, il devient « tu ».

Ces changements sont peut-être une reproduction formelle, stylistique, de la « quête d’étourdissement » dans laquelle il est plongé à ce moment-là.

Les repères ne cessent de varier et le lecteur finit par se sentir lui aussi étourdi. L’atmosphère devient franchement onirique avec l’emploi du « tu ».



L’impuissance des mots à

De très nombreuses phrases du roman restent inachevées. Ces mises en suspens de la phrase peuvent avoir différentes significations.

C’est quelquefois simplement qu’il est inutile d’aller plus loin. Le silence parle de lui-même. Les mots ne serviraient à rien.

Les silences peuvent aussi traduire une sorte de connivence qui existerait entre deux personnages, ou entre le narrateur et le lecteur.

Comme Breughel et Kotter traînent une grande fatigue du début à la fin du roman, il arrive que l’un d’eux ne termine pas sa phrase, qu’il s’interrompe, comme épuisé. Le narrateur s’arrête aussi. Et la forme se calque sur le fond.

Mais c’est aussi quelquefois une pudeur, ou une douleur, qui empêchent de dire :

« C’est pour toi que. Sans toi je ne. »


 « Et c’est pour elle, uniquement pour elle que. »     

Le silence dans ce cas ressemble au silence ultime, auquel le narrateur aspire dans l’incipit :

« On voudrait ne plus parler. Les mots, comme le reste, détruisent. »

Les mots détruisent. Détruisent ce qu’on a enfoui en soi pour l’y conserver précieusement.  A l’abri de toute souillure.

Celle de l’interrogatoire par exemple ?

De Breughel par Kotter.

Mais aussi peut-être d’Antoine Volodine par des lecteurs/critiques/commentateurs hors-les-murs et non-amis ?

Le silence alors préserve.

« Mais, malheureusement, on ne réussit pas à se taire. » dit-il dans l’incipit.

Le silence ou les mots. Parler ou se taire, c’est le dilemme de celui qui est soumis à la question. C’est sûrement aussi le dilemme de l’écrivain.

On pourrait dire encore beaucoup de choses sur la manière d’écrire d’Antoine Volodine.

Je mentionnerai seulement l’usage qu’il fait de la ponctuation, réduite à la virgule dans le récit des interrogatoires – pas de point en huit pages – et de la répétition précipitée des « puis je dis » qui donne un rythme haletant à l’écriture et dessine la parole des deux personnages.

Il crée une langue soignée, dans laquelle apparaît un vocabulaire rare, mais sans que le style soit prétentieux.

Il lui arrive aussi d’utiliser un mot avec un sens qui n’est pas habituellement le sien : Kotter « désarticule » ainsi un début de phrase.

Puisqu’on articule, pourquoi ne désarticulerait-on pas ?



Humour

Ceci m’amène à souligner que, même s’il décrit avec pessimisme un monde tragique, Volodine le fait tout de même avec beaucoup d’humour.

L’ensemble du roman est parsemé de remarques humoristiques.

Même aux moments les plus noirs du Rêve-cauchemar, Volodine écrit par exemple :

« Dans l’obscurité éclatent des disputes. Sans établir de distinction entre les espèces, les poux une dernière fois changent de partenaire. »

Notons bien que les poux ne sont pas racistes !

Parfois le ton devient même burlesque dans un moment en principe tragique :

« Il sentit sur sa tempe l’extrémité d’un tube qui semblait avoir un calibre supérieur à 32 centièmes de pouce, et dont la présence à cet endroit avait un caractère vaguement inquiétant. »

Ou :

« Découvrir qu’il était à la merci d’un 9 millimètres inoffensif vexa un peu Breughel. Toutefois, il garda pour lui ses réflexions et, au contraire, il respecta la chronologie rituelle de l’angoisse précédant la mort, telle qu’il l’avait souvent décrite dans ses ouvrages romanesques. »

Et encore :

« Sur le seuil était une blatte défunte, figée dans une posture naturelle, certes, mais défunte. Je l’écartai du passage. Il n’y avait personne d’autre dans la ruelle. »

Bouddhiste, Volodine ?



Conclusion

Il y a encore beaucoup à dire sur Le Port intérieur.

C’est un univers très riche que Volodine fait entrer dans ce roman, qui n’est qu’un fragment de l’univers post-exotique dans son ensemble.

Il est encore impossible pour l’instant de cerner son œuvre (toujours en cours d’élaboration), mais on peut y voir une sorte de tombeau, dans le sens d’hommage à tous ceux qui se sont tus, ou vivent dans les murs (asiles, prisons, camps) d’où ils ne peuvent pas faire entendre leur voix. Volodine est avec Lutz Bassmann, Elli Kronauer, Manuela Draeger, un de leurs porte-parole. Par l’écriture et par un travail d’une grande originalité et une grande qualité artistique, il s’acquitte de cette tâche avec respect et compassion.

Le Port intérieur est un roman plein d’ambiguïté, de mystère, et donne lieu à de nombreuses interrogations, tout comme le restant de son œuvre sur laquelle se penchent aujourd’hui de nombreux lecteurs, universitaires, et chercheurs. Colloques, thèses, mais aussi créations artistiques à partir de ses textes, se multiplient.

Emmanuel Nunes, compositeur, est par exemple en train d’élaborer une œuvre musicale à partir du Port intérieur.

 « Mes livres sont faits pour qu’on entre à l’intérieur, sont des territoires offerts. »  disait Volodine lors d’une conférence à Aix-en-Provence.

Je vous y souhaite un bon voyage !


Cyrielle, 2e année Éd.-lib.


Antoine Volodine sur Littexpress




Articles de Julie et d'Antoine sur Songes de Mevlido.









article de Julien sur Bardo or not bardo










articles de Joanie et d'Hortense sur Des anges mineurs







article de Delphine sur Dondog

 

 

 

 

 

 

 

 





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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 07:00

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Hermann BROCH
Les Somnambules

Titre original 

Die Schlafwandler
 Date de parution : 1931

Traduction

Pierre Flachat et Albert Kohn
Gallimard
Collection : L’imaginaire
 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

 

Hermann Broch est un romancier, dramaturge et essayiste autrichien (1886-1951) issu d’une riche famille bourgeoise juive de Vienne. En 1907, il est diplômé de l’école d’ingénieur textile de Mulhouse et prend la tête de l’usine de textile de son père. Il quitte la direction de l’usine en 1928 pour suivre des études de mathématiques, de philosophie et de psychologie. En 1931, il devient écrivain après avoir publié plusieurs articles dans des revues depuis les années 10.

En 1931, il publie son premier roman, Les Somnambules, trilogie sur le délabrement des valeurs de la société contemporaine à travers trois époques (1888, 1903 et 1918), évoquant l’Empire allemand sous le règne de Guillaume II.

Il porte un intérêt tout particulier aux questions philosophiques liées à la culture, à l’apprentissage, aux savoirs et à la psychologie des masses (en lien avec la montée du fascisme en Europe). Il est proche du romancier Robert Musil.

En 1938, il est arrêté et emprisonné après que les nazis ont annexé l’Autriche. Avec l’aide de James Joyce, un de ses proches amis, il est libéré et émigre aux USA. Il reçoit le prix de la Fondation Rockefeller pour ses études sur la psychologie des masses et devient professeur à l’université de Yale en 1950.

Son œuvre majeure est La Mort de Virgile, publiée en 1945 aux USA, puis en Allemagne après la guerre. Ce roman retrace les derniers jours du poète Virgile à Brundisium.

Il est le fondateur du concept d’« Apocalypse joyeuse » qui désigne le sentiment de désastre imminent et d’effondrement prochain de l’empire austro-hongrois qui habitait la majeure partie des citoyens au début du XXe siècle.



Résumés

Pasenow ou le Romantisme (1888)

L’histoire commence avec la présentation du père puis de l’enfance de Joachim. Un discours sur l’uniforme nous informe son importance toute particulière pour Joachim. S’ensuit l’introduction de Von Bertrand, un ami et concurrent de Joachim. Le protagoniste rencontre Ruzena, une entraîneuse, au Jaegerkasino.

Après un déjeuner avec Bertrand, Joachim se rend aux courses et, sur le chemin du retour, achète des mouchoirs pour Ruzena. Son père envisage de le marier à Elizabeth Baddensen, une jeune femme de bonne famille, fille de leur voisin.

Un après-midi, Joachim se promène avec Ruzena et ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Le frère de Joachim, Helmutt, meurt lors d’un duel. Son père répètera sans cesse qu’il est mort pour l’honneur. Joachim est donc « obligé » de reprendre le territoire.

Entre-temps, Joachim revoit Bertrand et l’invite à prendre le thé puis à dîner avec lui et Ruzena. Cette dernière se méfie de Bertrand, il ne lui inspire pas confiance. Par la suite, elle deviendra comédienne grâce son aide.

Elizabeth se questionne sur son amour pour Joachim. Sa famille semble matérialiste, attachant beaucoup d’importance aux objets, à la propriété. Ils ont un besoin permanent de belles choses, de grandeur. L’idée de mariage avec Joachim ne lui fait ni chaud ni froid, elle ne ressent rien de particulier pour lui.

Joachim retourne à Stolpin, la maison familiale, et doit rendre visite à Elizabeth mais cela ne l’enchante guère ; il voit cette situation comme une contrainte. Pourtant, lorsqu’il la voit, il la trouve très belle. Il ne peut s’empêcher de lui parler de Bertrand, qui l’a rejoint la veille. Leur entretien se termine sur une proposition de promenade à cheval.

À ce même moment, le père de Joachim confesse à Bertrand qu’il pourrait très bien déshériter son fils sans qu’il s’en aperçoive, Bertrand ne sait que répondre.

Quelques jours plus tard, Elizabeth, Bertrand et Joachim partent en balade. Les pensées de Joachim à propos d’Elizabeth distraient son attention et il chute avec son cheval. Blessé, il doit rentrer. Honteux, il décide de laisser Elizabeth à son rival car il estime que celui-ci la mérite davantage. Bertrand en profite pour faire la cour à Elizabeth, lui déclare son amour mais c’est un échec, elle ne le croit pas et pense qu’il se joue d’elle. Lors de leur conversation, il lui fait part d’une certaine vision de l’amour qui trouble la jeune fille.

Le père de Joachim, fragile depuis la mort de son fils aîné, devient fou lorsqu’il apprend que Joachim veut retourner sur Berlin. Dans cet accès de folie, il le déshérite.

Bertrand fait valoir un faux prétexte pour pouvoir quitter Stolpin et part retrouver Ruzena qu’il veut installer dans une meilleure condition. Sur un quiproquo, elle croit que Joachim l’envoie pour lui annoncer leur rupture. Par mégarde, elle tire sur Bertrand qui est blessé. Ce dernier prévient Joachim qui revient à Berlin et part à la recherche de Ruzena car elle s’est enfuie. Elle ne veut plus le voir mais finit par discuter avec lui. Ils décident de mettre fin à leur relation et Joachim lui verse une rente pour qu’elle ne soit pas dans le besoin. À son retour à Stolpin, il demande Elizabeth en mariage mais elle ne lui donne pas de réponse immédiate.

Joachim retourne voir Bertrand pour lui demander s’il a fait le bon choix et si elle répondra positivement. C’est alors que nous apprenons que la veille, Elizabeth a rendu visite à Bertrand. Confuse, elle ne sait que répondre à Joachim car elle ne ressent toujours rien pour lui. Après une longue discussion, ils s’embrassent mais renoncent l’un à l’autre car leur vision de l’amour n’est pas la même. Bertrand lui assure qu’elle sera heureuse avec Joachim. Elle accepte donc sa main.

Ils se marient et vont à Berlin. C’est au cours de leur voyage en train qu’ils commencent à saisir qu’ils sont mariés. Durant la nuit à l’hôtel, Joachim ne se sent toujours pas à la hauteur d’Elizabeth qu’il place toujours sur un piédestal. Il lui propose de renoncer à elle et de la laisser libre mais elle assure que maintenant ils feront tout ensemble. Dix huit mois plus tard, ils ont un enfant.

L’auteur laisse l’entière liberté au lecteur de deviner ce qui est advenu.

 «  Malgré tout, dix-huit mois plus tard, ils eurent leur premier enfant. Cela vint à point nommé. Les circonstances de cet événement n’ont plus besoin d’être relatées. On a fourni au lecteur assez d’éléments sur la composition du caractère de chacun des personnages pour qu’il lui soit loisible de les imaginer. »



Esch ou l’Anarchie (1903)

Gustav Esch est un employé de commerce vivant à Cologne. Après s’être fait renvoyer de son emploi pour avoir découvert quelques manipulations financières de Nentwig, un collègue, Martin Geyring, socialiste, handicapé, lui trouve un travail à Mannheim. Esch a l’habitude d’aller au café de Mme Hentjen, femme corpulente qui a un rapport particulier avec les hommes, qu’elle méprise. Elle éprouve un dégoût viscéral du sexe opposé.

Arrivé à Mannheim, Esch emménage chez les Korn. Une pression pèse sur ses épaules car Korn qu’il considère comme son beau-frère, espère qu’il pourra le débarrasser de sa sœur Erna, vieille fille sèche qui aguiche sans cesse Esch tout en lui refusant ce qu’il désire hors des liens du mariage.

Il rencontre Gernerth, un propriétaire de théâtre, qui lui offre des places pour son spectacle. Il y fait la rencontre de Teltscher et d’Ilona, deux artistes hongrois.

Un soir, Esch et Korn emmènent Lohberg, propriétaire timide d’un magasin de cigares, voir l’armée du salut et boire une bière. Ce dernier lâche le mot « Rédemption » au milieu de la conversation, ce qui laisse les deux autres hommes perplexes.

Esch assiste ensuite à une réunion que Martin préside lors des grèves, la police débarque et Martin se fait arrêter. Entre-temps, Teltscher décide de se lancer dans les spectacles de lutte féminine et part pour Cologne. Esch participe au projet et demande à Lohberg et Erna de fournir des finances. Il démissionne de son travail pour se consacrer entièrement à cette entreprise.

Ce nouvel emploi lui permet d’éloigner Ilona de Korn, car ils se sont mis ensemble. Il rencontre Oppenheimer, un impresario qui accepte de promouvoir leur projet. Il doit maintenant trouver un lieu et les lutteuses. Ruzena y fait une brève apparition. Esch va plusieurs fois essayer de libérer Martin en allant au journal La Vigie mais il arrive toujours trop tard. Les spectacles sont un succès, il y retrouve d’ailleurs Nentwig.

Esch propose à Mme Hentjen d’aller à Saint-Goar acheter du vin aux enchères. Le voyage débute de façon morose mais l’humeur s’améliore. Ils apprécient de se promener dans la ville en oublient leur but initial. En haut de la Loreleï, Mme Hentjen devient étrange, comme si son âme l’avait quittée. Au retour, ils s’embrassent dans le wagon puis, lorsqu’elle sort de sa torpeur, tout redevient comme avant, elle l’ignore de nouveau. Ce retour à la normale ne plaît guère à Esch et il la force à coucher avec lui, de manière brutale. Étrangement, elle se donne à lui par dépit. Et c’est en prenant possession de son corps qu’il connaît la rédemption (référence à Lohberg).

Un après-midi, Esch se rend dans une librairie, achète un livre sur l’Amérique qui lui donne envie de partir et propose à la mère Hentjen de l’accompagner. De plus, les spectacles de lutte marchent de moins en moins bien. Il propose à Teltscher de monter un spectacle en Amérique avec des lutteuses étrangères dont une négresse pour pimenter l’affaire.

Esch doit donc écumer de nouveau les bordels et rencontre Harry et Alfons, deux homosexuels. Harry est fou amoureux de Von Bertrand et a une grande estime pour lui mais veut mourir depuis qu’ils ont rompu. Esch le raccompagne chez lui puis couche avec Mme Hentjen mais celle ci ne veut pas que leur relation soit connue et se comporte donc de manière indifférente à son égard. Esch ne supporte plus cela et commence à la battre. Il la considère littéralement comme un morceau de viande stupide. On découvre alors que c’est ce qu’elle a toujours vécu.

Esch décide de récupérer les capitaux gagnés avec les combats de pugilistes et de les rapporter à Lohberg et Melle Erna. Avant de partir, Mme Hentjen l’avertit que s’il lui est infidèle, elle le tuera. C’est une idée qui lui plaît. Mais arrivé à Mannheim, il saute sur Mlle Erna, ayant appris que celle-ci va se marier avec Lohberg. Il rend visite à Martin, qui est toujours en prison et l’informe qu’il va aller voir M. Von Bertrand pour le faire. Martin l’en dissuade, c’est une folie. Sa rencontre avec M. Bertrand se déroule à merveille. Il repart en ayant « presque » oublié son objectif.

Dans la nuit suivant sa conversation avec Bertrand, Esch devient l’Élu de l’Insomnie. Il pense à la mort et désire sauver Ilona tout en considérant Mme Hentjen comme morte car elle a été tuée lors de son premier mariage. S’ensuit toute une réflexion sur la mort, qui aboutit au choix de Mme Hentjen. Il abandonne Ilona et décide de vivre l’amour absolu avec Gertrud. Mais lorsqu’il rentre de son voyage, Mme Hentjen n’a pas changé et il devient furieux. Il la bat, « l’oblige » à se marier avec lui et à retirer le tableau de son défunt mari de la salle du café. Ils décident de partir pour l’Amérique, de vendre le café mais entre-temps, Gerneth, le propriétaire du théâtre, s’est enfui avec l’argent. Ils ne peuvent donc plus partir. Alors Telstcher décide de recommencer ses spectacles, fait revenir Ilona et Mme Hentjen met son café en hypothèque pour financer le projet. Lohberg revient pour réclamer les bénéfices qui leur sont dus mais Esch ne peut les rembourser pour le moment. Il apprend par ailleurs qu’Erna attend un enfant. Le doute persistera quant à l’identité du père.

Un jour, Esch décide de dénoncer M. Von Bertrand et écrit une lettre pour le commissariat. Le même jour, il découvre qu’Harry s’est suicidé en apprenant la mort de Bertrand dans le journal, suite à une maladie.

Finalement, Esch trouve un autre travail, confortable financièrement, et regagne l‘estime de Mme Hentjen qu’il a encore du mal à appeler Gertrud. Ils finissent par se marier et continuent leur vie main dans la main. Le spectacle de Telstcher et Ilona fait faillite une nouvelle fois mais le couple Esch les aide à se renflouer.



Huguenau ou le Réalisme (1918)

Whilhelm Huguenau est un homme d’une trentaine d’années, à la tête d’une entreprise de textile, héritée de son père. Il est appelé à rejoindre les troupes de l’armée en 1918. L’horreur des tranchées le décide à déserter. Il décide alors de se lancer dans la viticulture en Moselle et part publier une annonce au journal Le Messager de l’Électorat de Trèves, tenu par Esch en personne qui l’a hérité d’un lointain parent. On retrouve son envie d’émigrer aux USA et il parle de sa femme, que nous supposons être Mme Hentjen.

Voyant cela, Huguenau est tenté de racheter l’entreprise. En rentrant dîner à l’hôtel où il loge, il aperçoit quelques tables plus loin un commandant de l’armée qui s’avère être Joachim Von Pasenow. Sans s’en apercevoir, il se retrouve à discuter des journaux avec lui, se faisant passer pour un journaliste. Tout en finesse, il arrive à le persuader de lui donner des noms de personnes qui pourraient être éventuellement intéressées par le rachat de la maison d’édition d’Esch.

Huguenau réussit à obtenir des fonds du commandant Pasenow et tente d’escroquer Esch en faisant baisser le prix de la maison, ce qu’il réussit sans difficultés. Un contrat est rédigé. Esch se fait berner, comme à son habitude. Pasenow rédige le premier article du journal qui aura un franc succès. Le texte est d’ailleurs fragmentaire, épars, ce ne sont que des bouts, des bribes confuses.

Huguenau titille Esch à propos de la religion. Il se lasse déjà du journal et estime qu’il en a fait le tour. Il envoie des rapports secrets au commandant Pasenow ; sa brutalité naturelle envers Esch transparaît dans ses écrits et dérange Joachim.

Esch, indécis dans sa religion, demande au commandant de lui parler du protestantisme. Ce dernier va être si convaincant qu’Esch se convertit et devient pasteur. Le commandant se rend à leur réunion et une scission apparaît entre Huguenau d’un côté et Esch et Pasenow de l’autre.

Une soirée de gala est organisée, on retrouve tous les personnages que l’on suit depuis le début, ils sont tous rassemblés pour cet événement. Une amitié va se former entre Esch et Pasenow qui on pris l’habitude d’aller se promener. Une révolte débute, Pasenow est dans l’obligation de partir. D’autre part, Huguenau voit d’un mauvais œil cette amitié et veut se faire bien voir de Pasenow. Il rédige alors des articles défavorables et les publie sans l’autorisation d’Esch dans le but de l’incriminer. Cela va mener à une dispute entre Huguenau et Esch qui se méfie dorénavant de l’homme. Le commandant Pasenow apprend que Huguenau est un déserteur. Il essaie de le faire avouer mais celui-ci invente un « alibi ». Cette suspicion ne va en rien effrayer Huguenau qui va rester à son poste.

Les 3, 4 et 5 novembre ont lieu des grèves, une amorce de révolution. Les choses bougent, nous avons des nouvelles du front mais pas de l’armistice. Esch et Huguenau s’engagent dans la milice pour « protéger » le commandant Pasenow. Huguenau va changer de camp et attaquer la maison d’arrêt avec les autres citoyens tandis qu’Esch part à la recherche du commandant qui a eu un accident de voiture suite à une altercation. À ce même moment, Huguenau retourne à la maison et couche avec Mme Esch qui n’oppose aucune résistance comme si tout cela paraissait très normal. Il découvre qu’Esch a amené le commandant blessé dans la cave. Lorsqu’il repart chercher de l’aide, Huguenau va le suivre et le tuer en chemin. Il retourne ensuite auprès du commandant et le soigne. Le lendemain, il le ramène au docteur Kulhenberg et part ensuite avec le commandant à Cologne. Huguenau rentre ensuite à Colmar, sa ville natale. Il revend sa part du journal à Mme Esch, dernière occasion pour lui de l’escroquer. Il se marie et a des enfants. Huguenau n’aura aucun regret de ses actes, le temps de la guerre est pour lui révolu et oublié.

En parallèle avec l’histoire de Wilhelm Huguenau, nous avons celle d’autres personnages qui se croisent et se recroisent au fil du récit. Voici les principaux :

Hanna Wendling est une femme au foyer. Nous pouvons observer qu’elle n’a pas l’instinct des valeurs. Elle connaît le docteur Kessel qui l’emmène en ville quand elle en a besoin. Ce docteur travaille avec Kulhenberg et Flurschürtz. Lorsqu’elle apprend que son mari a une permission, elle craint son retour car elle sait qu’il va avoir envie d’elle charnellement et elle redoute cette proximité. Lorsqu’Heinrich est enfin de retour au foyer, elle ne retrouve pas l’homme dont elle a été amoureuse. Elle le reconnaît physiquement mais ne se sent plus liée à lui. Ils ont changé. Lorsque sa permission se termine et qu’il retourne au combat, Hanna se figure ses six semaines comme un « événement physique » et rien d’autre. Ce sentiment va disparaître et elle va en vouloir à Heinrich d’être reparti car il n’y a pas d’homme pour la protéger. Durant la nuit des émeutes, Hanna Wendling meurt, atteinte de la grippe espagnole.

Ludwig Gödicke est un maçon estropié qui essaie de reconstruire son âme. C’est un territorial. Son âme est divisée en plusieurs fragments qui correspondent à une période de sa vie. La difficulté est de les rassembler, de savoir lequel le définit réellement. Sa reconstruction mentale est dure et il lutte. Lorsqu’il va à l’enterrement de Samwald, il tombe dans le caveau, c’est une sorte de résurrection. C’est un personnage qui parle très peu et qui est sourd à certaines choses, certains sujets.

Jaretzki connaît le commandant Pasenow. C’est un soldat estropié, amputé par l’un des trois médecins à cause de la guerre. Il va recevoir une prothèse de la main mais la guerre l’a anéanti et il possède un certain penchant pour l’alcool.


 

Somnambulisme.

 

Définition de somnambule : atteint de somnambulisme.

Somnambulisme : série de mouvements, d’actes automatiques et inconscients se produisant dans le sommeil, et dont aucun souvenir ne reste au réveil.

 Tous les personnages du roman sont dans cet état de somnambulisme car ils ne maitrisent que partiellement leur vie et ce sont d’autres personnages qui la régissent à leur place ou qui décidnt du chemin à suivre. Par exemple, dans Pasenow ou le romantisme, il est évident que Joachim est dans cet état de veille et que c’est grâce à l’aide d’Eduard Von Bertrand qu’il arrive à prendre des décisions et donc à mener sa vie propre. Le cas de Esch est différent car il prend lui même ses décisions, sait ce qu’il veut mais est toujours à la recherche de quelque chose : la rédemption. Et c’est auprès de Mme Hentjen que, en quête de l’amour absolu, il va le trouver,.

Pour Huguenau, le passage où il aborde le commandant au restaurant de l’hôtel représente particulièrement ce somnambulisme. Il s’avance vers lui et entame une conversation sans pouvoir la contrôler, comme si un mode veille s’était activé. Il ne sait pas ce qu’il va dire mais sa langue se délie toute seule et les mots lui échappent avec une aisance qui l’étonne un peu lui-même. Par ailleurs, il n’arrive pas à contrôler les évènements et leur tournure. C’est son manque de morale qui lui permet de les tourner en sa faveur.

 

 

Thèmes.

 

Plusieurs thèmes sont récurrents dans les Somnambules :

– l’amour

– la mort

– la folie

– les relations hommes/femmes

– la religion

– la dégradation des valeurs humaines que sont le romantisme, l’anarchie et le réalisme.



L’amour

Dans Pasenow, le romantisme est présent sous différente forme. Joachim, personnage romantique par excellence, hésite entre les devoirs de la tradition (épouser une riche héritière) et les battements de son cœur qui le lient à une modeste entraîneuse. D’un côté, nous avons Ruzena, la Bohémienne, dont l’amour est tumultueux, passionné et charnel. De l’autre, il y a Elizabeth, souvent représentée comme une madone virginale qu’il ne faut point souiller. Joachim la met sur un piédestal et ne conçoit pas l’idée qu’elle devienne sa femme car il ne peut accepter l’idée de la salir dans l’acte charnel. Elle est trop fragile, frêle. Il estime que Ruzena lui convient mieux, elle est d’une catégorie sociale inférieure et s’il a parfois honte de se montrer à ses côtés, il repense sans cesse à elle, même après leur rupture. Mais sa relation avec Ruzena est particulière car il est constamment suspicieux, il a peur qu’elle s’en aille avec un autre, il retrouve dans son visage celui d’autres personnes qu’il a rencontrées auparavant. Il fait de même avec Elizabeth donc le visage se transforme en paysage, image calme et linéaire qui effraie Joachim. C’est un amour empli de tendresse qu’il partagera avec Elizabeth, c’est un amour plus « conventionnel ».

Chez Esch, l’amour est brutal, forcé. Alfons décrit l’amour comme une possession pour les hommes et rien d’autre car l’homme « recherche un fragment d’éternité » et fuit l’angoisse et la déception. Il est en quête de l’absolu, quête que l’on découvre avec Esch qui pense le trouver l’amour auprès de Mme Hentjen, or celle ci n’exauce point ce désir. La seule solution selon lui est donc de la battre. Cette quête de l’amour, de l’absolu, permet aux hommes de fuir la mort qui leur court après. On le voit bien dans les descriptions de Mme Hentjen, qui à 37 ans, est déjà vieille. Dès qu’Esch pense à elle, il aime la voir comme une vieille femme, et l’imaginer avec des cheveux blancs, toute grassouillette. Cette image le rassure car c’est lui qui la verra se transformer avec le temps et c’est l’une des raisons qui font qu’il la battra « de plus en plus rarement et finalement plus du tout ».

Dans Huguenau ou le réalisme, l’amour est plus subtil et moins présent. Nous avons l’image de la relation qu’entretient Hanna Wendling avec son mari, relation qui diffère des précédentes. Hanna vit très bien cette séparation due à la guerre et elle s’est habituée à être seule. C’est pour cela que le retour de son mari l’inquiète car elle ne sera plus tranquille, il faudra se donner à lui et cette perspective l’effraie. Nous avons dans ce cas une femme soumise à l’autorité de son mari, qui le craint. Contrairement à Mme Hentjen qui se donne avec indifférence à Esch, Hanna Wendling redoute cette proximité et vit l’acte charnel comme un événement physique. De plus, tout sentiment amoureux semble l’avoir quittée, elle ne reconnaît plus l’homme dont elle est tombée amoureuse. La guerre les a changés tous les deux et elle ne retrouve plus l’émotion qui l’habitait avant qu’il ne parte au front.



La mort

Dans Pasenow, elle est représentée par la perte d’Helmuth, le grand frère de Joachim mais aussi par la folie, la maladie du père qui l’emporte petit à petit. La mort d’Helmuth « pour l’honneur » est maintes fois répétée dans l’histoire et elle marque justement cette déchéance des valeurs car les duels tendent à disparaître. La mort est aussi représentée par le froid qui entoure Joachim et Elizabeth lors de leurs fiançailles et de leur nuit de noce car dorénavant, elle seule pourra les séparer.

Esch ou l’anarchie exprime une autre vision de la mort. Par exemple, pour Gustav, le premier mariage de Mme Hentjen l’a tuée car elle reste impassible lors de l’acte sexuel, de la copulation, comme si elle se trouvait hors du temps, dans un autre monde. Dès qu’il s’agit d’éprouver des sentiments, elle se fige et devient froide, raide, comme si la mort venait de l’emporter. On y apprend aussi le décès de Bertrand et celui d’Harry qui n’a pu concevoir l’idée de vivre sans Bertrand et qui a préféré le rejoindre.



La guerre

Le thème de la guerre est constamment présent en arrière-plan dans Huguenau ou le réalisme et chaque homme qui revient du front s’en trouve à jamais bouleversé. L’horreur de la guerre – ce qu’ils ont vu, les amis qu’ils ont vus disparaître – les a transformés. La mort est présente dans bien des cas, que ce soit la lente consumation par l’alcool de Jaretzki, celle de Hanna Wendling, emporté par la grippe espagnole ou celle du commandant Pasenow dont l’esprit est inerte après l’accident de voiture.



La folie

Le père de Joachim devient fou quand il apprend que son fils retourne à Berlin. Il avait déjà accusé le coup à la mort de son aîné et ne supporte pas l’idée que son autre fils s’en aille. Son rapport avec ce dernier a toujours eu l’air d’être particulier, très peu paternel, distant. Il sombre peu à peu dans la folie, veut déshériter Joachim, oublie certains de ses actes, oscille entre un état mental des plus normaux et un état de désordre mental complet.

Esch voue une haine forte à Nentwig, rôle très secondaire dans son histoire mais qui reste d’une certaine façon omniprésente. C’est à cause de lui que Gustav Esch se fait renvoyer de son travail et il ne le lui pardonnera pas. Dès qu’il le peut, Esch projette sur Nentwig tout ce que lui inspirent les événements malheureux qu’il subit. Cet homme est comme une obsession pour lui, il ne peut l’ôter de ses pensées et il fera référence à lui à plusieurs reprises pour expliquer son état de déchéance.



La religion

La religion prend une place importante dans la troisième partie des Somnambules. Elle est particulièrement présente à travers Esch qui se convertit au protestantisme et devient pasteur. Huguenau va d’ailleurs en profiter pour se moquer de lui. Pour Esch, le monde est noir et blanc, gravé par des forces bonnes ou mauvaises. C’est un thème qui sera développé notamment dans l’épilogue. Broch fait référence à Hegel, Marx et Kant pour étayer ses propos sur l’Antéchrist.



Les relations entre les personnages

La place de Bertrand.

Il est à la fois un père et un frère pour Joachim. Dès que celui ci à un problème ou besoin d’un conseil, il se réfère à lui. Bertrand lui dit ce qu’il doit faire, comment régir sa vie. Il prend le rôle qu’aurait dû avoir Helmuth. Il devient aussi un référent pour Elizabeth qui ne sait comment réagir à la demande de Joachim. De plus, son statut est ambigu car il est à la fois ce père protecteur que Joachim n’a jamais eu mais aussi un concurrent car Joachim lui laisse Elizabeth pour un temps et a peur que Ruzena tombe dans ses bras. Seule cette dernière se méfie de Bertrand. D’autre part, nous ne savons guère en quelle estime Bertrand tient Joachim car il semble avoir les meilleures intentions envers lui et pourtant, lorsqu’il embrasse Elizabeth, Bertrand se sacrifie pour Joachim et trouve qu’il ne la mérite pas. Nous pouvons y voir se dessiner un triangle amoureux entre Joachim, Bertrand et Elizabeth mais aussi entre Joachim, Bertrand et Ruzena.


Joachim et Elizabeth

La relation entre Joachim et Elizabeth semble dénuée d’amour. Ils s’acceptent mutuellement car ils n’ont pas d’autre issue que de se marier pour ne pas déroger aux conventions. La tendresse est peut être l’unique émotion qui les lie l’un à l’autre. Mais Hermann Broch nous laisse entendre qu’ils auront une vie heureuse malgré ce mariage « arrangé ». À travers cette relation, l’auteur fait une critique des mariages arrangés, valeur que nous aurions perdue au fil du temps, délaissant les conventions pour l’élan des sentiments amoureux.


Madame Hentjen

Mme Hentjen entretient un rapport plutôt étrange avec les hommes. La gent masculine la dégoûte et dès qu’elle se sent trop près d’un homme, qu’elle laisse aller filtrer des informations sur sa personne, cela la tétanise et elle perd pied. Peut être est-ce dû à son mariage avec M. Hentjen dont nous savons peu de choses. L’histoire nous laisse entendre qu’elle se faisait battre par son premier mari, mais rien n’est clairement précisé. Par ailleurs, Esch pense aussi à cette hypothèse car lorsque lui même se met à la battre, elle n’a aucune réaction, comme si cela faisait partie du quotidien. La façon dont il la considère ne la choque pas, elle l’admet comme si elle était résignée, comme si tous les hommes se comportaient tous ainsi, irrespectueux et machistes.


Huguenau

Huguenau est un personnage plutôt vil, qui ne craint pas les fourberies pour atteindre son but. C’est quelqu’un qui essaie de se faire bien voir des autorités, en particulier du commandant Pasenow. Il est difficile de cerner ses sentiments à l égard de Pasenow mais durant toute l’histoire, on ressent son besoin d’être dans ses petits papiers. Hypocrite, il voit d’un mauvais œil l’amitié qui se développe entre Esch et Pasenow et n’hésitera pas à corrompre Esch, à le placer dans des situations malveillantes pour le déprécier aux yeux du commandant mais ce dernier n’est pas dupe. Joachim se méfie de Huguenau, il se doute que cet homme a quelque chose à cacher et n’aime pas la brutalité qui le caractérise.



Analyse littéraire

L’ensemble est divisé en trois romans. Les deux premiers sont organisés en trois chapitres chacun, plutôt longs. Huguenau ou le réalisme comporte, à l’inverse, de nombreux petits chapitres.

 
Dans Pasenow ou le romantisme, l’écriture de Broch semble être celle de la classe aristocratique qui est le milieu ou se déroule l’histoire. Le texte est dense, comporte beaucoup de descriptions précises et minutieuses. Broch n’hésite pas à consacrer plusieurs pages à une simple transition, par exemple lorsqu’il évoque la chambre du chasseur pour indiquer que Bertrand dort dans cette pièce lors de sa visite chez les Pasenow.

Dans Esch ou l’anarchie, Broch multiplie les personnages et décrit non plus les classes privilégiées mais les classes populaires. On remarque que le commerce et le capitalisme l’emportent sur les « valeurs » anciennes et Broch montre comment un homme « moyen », Esch, peut soudain être emporté par les idées révolutionnaires en constatant que la perte des valeurs n’entraîne pas moins la disparition des injustices. Son style d’écriture se rapproche du monde qu’il décrit, il devient plus cru dans la façon d’exprimer les pensées de ses personnages, n’hésitant pas à employer un vocabulaire plus trivial.

Huguenau ou le réalisme est bien plus particulier dans sa construction. Nous avons un récit linéaire tressé d’un récit parallèle, « Histoire de la jeune salutiste de Berlin », et de digressions philosophique intitulées « Dégradation des valeurs ». Nous pouvons décrire cette troisième partie comme un patchwork où le récit se démultiplie pour adopter les différents points de vue des personnages. En outre, Broch n’hésite pas à mélanger les différents genres littéraires : poésie, théâtre, traités et essais philosophiques, alternés avec des coupures de presse et des maximes.


La jeune salutiste de Berlin.

L’histoire de la jeune salutiste de Berlin retrace les « aventures » du narrateur, Bertrand Müller, un docteur de la faculté des lettres. Il rencontre le Dr. Litwack et Nuchem Sussin, un disciple. Le protagoniste est plus ou moins attiré par Marie. La jeune femme travaille pour l’Armée du Salut, mais il n’arrive pas à concrétiser les choses avec elle car Nuchem s’est mis en travers de son chemin. Un air chanté par nos trois personnages revient de temps à autre : « Seigneur Dieu, Dieu des armées ». À travers cette litanie, les divers personnages de Huguenau ou le réalisme vont tous s’associer à un moment donné dans le roman.


Dégradation des valeurs.

Les passages intitulés « Dégradation des valeurs » sont des interludes philosophiques parfois ardus. Ils concernent l’architecture et le fait qu’une époque soit marquée par un style particulier, les mathématiques (avec des axiomes, des infinis et des primitifs). Il existe un parallèle entre l’architecture, son style et l’époque contemporaine. En effet, il existe une certaine compréhension entre un artiste et ses contemporains que l’on ne distingue plus à notre époque. Hermann Broch joue aussi sur l’intertextualité et fait référence à la philosophie de Kant dans sa dernière partie concernant la dégradation des valeurs. Pour lui, « la dégradation absolue et la révolution des valeurs entraÏne l’abolition du système ».

Cette dégradation des valeurs est présente sous diverses formes. Par exemple, l’uniforme revêt une importance toute particulière pour Joachim qui ne supporte pas de sortir habillé en civil.

 « Au fond, le costume de civil le gênait : il était comme une exhortation à retourner dans la paix et dans la vie de tous les jours. »

Pourtant, le fait qu’il accepte de passer de l’un à l’autre est déjà un marqueur de cette dégradation. Il côtoie Bertrand, qui a quitté l’armée pour devenir commerçant. De plus, l’arrivée de la guerre a ébranlé ses valeurs et l’uniforme n’a plus cette dimension noble. Pasenow a déjà un pied hors des conventions et des valeurs établies au Moyen-Âge. Ce système de valeurs saute une génération.

Le romantisme est une autre valeur qui tend à disparaître. Nous le voyons bien à travers l’évolution des relations hommes – femmes. Nous passons d’une femme placée sur un piédestal à celle qui est soumise à l’autorité de son mari. Nous perdons les valeurs les unes après les autres. Dans Huguenau, le commerce est un dernier refuge contre cette dégradation.

À travers les discours de Kulhenberg, Pasenow et Kessel, on entrevoit une dégradation du statut de l’armée . ils critiquent l’utilisation de gaz asphyxiants, méthode qu’ils trouvent lâche. Et lorsque Kulhenberg et Kessel discutent de leur profession, transparait une dégradation de la médecine car il y a eu un passage de l’idéalisme au matérialisme que nous n’avons pu empêcher. Kulhenberg est un chirurgien qui s’ennuie et qui découpe les gens pour s’occuper, sans nécessité réelle. Et Flurschürtz entrevoit déjà une séparation des diverses spécialités médicales.

Le maintien de valeurs comme le romantisme permet à l’homme de contrer ce sentiment d’insécurité qui l’envahit. Il n’y a pas de système de valeurs qui ne se soumette à la liberté et l’homme est en quête de cette liberté, de cette rédemption. Les hommes qui forment ce triptyque font partie d’une génération perdue dont le seul but est l’oubli.



Avis

Les Somnambules est un livre foisonnant et riche de points de vue divergents. À travers ces trois parties, nous traversons trois époques phares de l’Allemagne. Les personnages ont leurs caractéristiques propres, nous nous y attachons plus ou moins et la multiplicité des personnages est particulièrement appréciable car nous découvrons un autre pan de leur vie, de nouveaux secrets, ce qu’ils sont advenus.

Les digressions philosophiques sont ardues et je pense qu’une connaissance plus approfondie de certains concepts philosophiques permettrait une meilleure compréhension car certains propos peuvent paraître obscurs.

C’est un livre très intéressant que je recommande mais qui demande une attention extrême et dont la lecture exige beaucoup de temps.


Hélène, 2e année Éd-Lib

 

 

Hermann BROCH sur LITTEXPRESS

 

Hermann Broch Les Irresponsables

 


 Article de Lucie sur Les Irresponsables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 13:00

Marie-Aude-Murail-Oh-boy.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Aude MURAIL
Oh, boy !
L'école des loisirs

collection Médium, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une couverture peu orthodoxe

Couverture très intrigante et amusante, elle attire l’attention par sa simplicité, sa pureté et sa naïveté. On ne sait pas trop sur quoi on va tomber ; instinctivement, on sait que ce seront des problématiques sérieuses mais abordées sur un ton et de façon simple, explicite, avec une certaine fantaisie.



Une rencontre, une histoire

Les Morlevent, ce nom un peu bohème, est porté uniquement par cinq personnes sur terre. Il représentera parfaitement les bourrasques qui viendront frapper la famille. Des difficultés les percutent de tous les côtés, au fur et à mesure, perturbant leur vie en général ou, dans le cas de Siméon, sa santé. Mais ils s’accrochent à la vie, ils continuent et se fixent des objectifs.
 
On observe deux associations : d’une part, Barthélémy et Venise, les deux belles personnes blondes aux yeux bleus avec un QI normal et d’autre part Siméon et Morgane, les deux surdoués un peu disgracieux. Josiane reste toujours à l’écart, peut être parce qu’elle n’a pas de lien de sang avec les quatre autres protagonistes.



« Les Morlevent ou la mort »

Siméon, jeune adolescent de quatorze ans, surdoué et très mature, prend en main la fratrie Morlevent et les affaires de la famille. Il est le plus responsable de la famille et la porte jusqu’au jour où le médecin lui découvre une leucémie. Dès ce jour, l’enfant commence à transparaître à travers ce protagoniste qui se révèle fragile et peu sûr de lui. Un combat contre la maladie débute, ainsi qu’un objectif à atteindre, obtenir son baccalauréat.

Morgane, petite fille de huit ans et déjà un an d’avance à l’école suit pas à pas son idole Siméon. Elle est la petite fille que tout le monde oublie et délaisse, disgracieuse, intelligente et discrète.

Venise, la poupée, cinq ans, fillette blonde aux yeux bleus, de petites fossettes, adore les câlins, les dessins et les Barbies. Elle est l’objet de convoitise de Josiane qui, pour l’avoir est prête à accueillir toute la fratrie. Elle provoque la séparation des Morlevent par sa naïveté et sa gentillesse.

 

 

« Où les Morlevent attendent un roi mage »

Barthélémy, le grand frère et roi mage qui doit sauver les Morlevent, est un jeune homme sensible, volage, très égoïste qui ne pense qu’à sa vie et à son petit ami du moment, Léo. Très vite, les jeunes Morlevent sont sous le charme de ce grand frère tombé du ciel et qui s’écrie « Oh, boy ! » à la moindre occasion. Malgré tout, Siméon reste durant très longtemps sceptique devant les idées et plans loufoques que Bart échafaude pour échapper à ses responsabilités. Bart met beaucoup de temps avant de se prendre en charge, lui, puis les enfants. C’est la maladie de son frère qui va le responsabiliser petit à petit et qui va lui permettre de s’ouvrir aux autres.

Josiane, l’orthodontiste et demi-sœur de Barthélémy par adoption nourrit depuis l’abandon de son père adoptif jalousie et rancune envers tous les Morlevent. Elle jalouse plus particulièrement Barthélemy qui a toujours été plus apprécié par son physique, sa sociabilité et sa bonne humeur. Elle ne veut pas des enfants dans un premier temps, puis tombe sous le charme de la petite Venise et sera prête à tout pour l’avoir.



De grands thèmes

Le combat contre la maladie

On suit toute la maladie du jeune Siméon, de la découverte à la miraculeuse guérison. On voit, pour une fois, la maladie du point de vue de la famille et plus particulièrement de l’avis de Barthélémy. Ce livre permet une première approche de la leucémie. Tous les stades de la maladie sont abordés, les moments d’espoir, de chute pour la famille, mais aussi pour les médecins qui s’attachent aux patients malgré eux.


L’homosexualité

Ce qui est mis en avant dans ce sujet, ce sont les a priori de certaines personnes envers les homosexuels. En effet, Bart accepte totalement son orientation sexuelle mais l’histoire montre que des personnes, de différent corps de métier peuvent porter des jugements hâtifs et qu’il peut y avoir de grandes discriminations sexuelles.


Les surdoués

Siméon et Morgane sont les deux enfants surdoués de la famille. Tous deux supportent des brimades de leurs camarades et, dans le cas de Morgane, de sa maîtresse qui ne l’apprécie gère, à cause de ses compétences trop élevées. Ce livre nous permet de voir les difficultés de l’enfant surdoué dans son quotidien, car si on le voit toujours comme l’élève favori des professeurs, il est aussi brimé par les autres jeunes et parfois même par des adultes, jaloux de ses capacités, ou mal à l’aise.


Les enfants orphelins, la tutelle

Cette œuvre de Marie-Aude Murail montre enfin la complexité du système judiciaire concernant les orphelins. Elle dévoile la mission de chacun, les éléments à réunir, la longueur de la procédure, la pénibilité pour les enfants et les conditions de placement de ces derniers dans des foyers.



Écriture

Ce sont des situations sont courantes et qui ne sont pas toujours faciles à gérer individuellement. Pourtant, dans cette œuvre, tous ces thèmes sont abordés de façon simple, explicite, sans excès dans le propos. Le lecteur reste serein lorsqu’il lit cet ouvrage et peut comprendre et apprendre beaucoup de choses grâce au style et à la technique d’écriture.  En effet, les termes restent simples et les deux petites Morlevent sont les vecteurs de la compréhension. L’auteur se sert de Morgane pour expliquer à sa petite sœur ce dont parle Siméon, le lecteur bénéficie ainsi de ses éclaircissements.

De plus, l’auteur n’hésite pas à mélanger les registres de langue et à inventer de nouveaux mots selon les personnages. Ainsi, l’orthodontiste parlera avec un langage soutenu ; Siméon, l’assistante sociale, la juge et le médecin de façon courante et le reste de la fratrie dans un langage familier. Cela permet de leur donner de la profondeur, du relief et de rendre la lecture fraîche et amusante.

Enfin, il n’y a pas beaucoup de passages descriptifs et ceux-ci sont brefs et très peu imagés ce qui permet une lecture plus fluide.



Organisation du livre

Le livre est découpé en seize chapitres. Chacun d’entre eux est précédé d’une petite phrase qui prépare le lecteur à ce qui va suivre :

« Où les Morlevent découvrent qu’ils sont des enfants sans parents. »
« Quand le vent se lève, il faut tenter de vivre. »
« Aimez-vous la tapenade ? »
« Ce que donner veut dire. »
« Qui n’existe pas pour ne pas porter la poisse aux Morlevent. »

Tous ces chapitres nous emmènent vers une fin, que je ne raconterai pas mais qui sera inattendue…

« Où la maison Morlevent trouve un toit et où le lecteur doit admettre que la vie, c’est comme ça ».


Laurette, 1ère année Bib.

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Published by Laurette - dans jeunesse
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 13:00

Garcia-Marquez-De-l-amour-et-autres-demons.gif


 

 

 

 

 


Gabriel GARCÍA MÁRQUEZ
De l'amour et autres démons
Titre original
Del amor y otros demonios
éditions Mondadori, 1994
éditions Grasset et Fasquelle, 1995
pour la traduction française
Traduit de l'espagnol ( Colombie)
par Annie Morvan


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gabriel García Márquez est né en 1928 à Aracataca en Colombie. Il est considéré comme l’un des fondateurs du réalisme magique. Son plus grand succès, Cent ans de solitude, lui apporte une renommée internationale ; il est traduit dans une quinzaine de pays différents. Il sera fait docteur honoris causa de l'Université de Columbia à New York en 1971 et Commandeur de la Légion d'honneur en 1980. En 1982 il obtient le prix Nobel de littérature.

Tout commence avec un chien. « Un chien couleur de cendre, une lune blanche au front ». Un chien enragé. Le personnage principal, Sierva Maria de Todos los Angeles est mordue par ce chien, et cet incident bénin ( la blessure étant superficielle) la précipitera dans l'horreur. Face à des parents insensibles, la voilà confrontée à la cruauté de l'Église et de tous ceux qui sont incapables d'accepter la différence, qui voient le mal là où émerge le bien.

En parallèle, nous est contée l'histoire d'un prêtre, Delaura, qui se verra confier la tâche d'exorciser Sierva Maria accusée d'être possédée. De cette relation censée être une lutte contre le démon naîtra un amour profond et pur. Dans ce roman, Gabriel García Márquez nous transporte une fois de plus dans son univers plein de magie et de phénomènes paranormaux qui deviennent pourtant des événements quotidiens, où des amours impossibles entre une enfant de douze ans et un prêtre deviennent réelles et attachantes, où des enfants blanches grandissent dans le patio des esclaves sans que quiconque trouve à y redire. Le lecteur est transporté dans un monde merveilleux, oscillant entre érotisme et mysticisme, en plein milieu de Carthagène des Indes, au XVIIIe siècle, et l'on ressent les émotions des personnages comme si elles étaient nôtres. Le retour à la réalité une fois le roman terminé demande quelques minutes, le temps de discerner ce qui est vraiment réel de ce qui ne l'est pas, où s'arrête l'histoire et où commence la légende. On sort de ce livre un peu différents, un peu plus tolérants, prêts à croire de nouveau en la magie, comme du temps de notre enfance et avec peut-être le rêve un peu fou que cette jeune fille aux longs cheveux dorés ait vraiment existé...

Sophie, 1ère année Bib.

 

 


 

Gabriel GARCÍA MÁRQUEZ sur LITTEXPRESS

 

Garcia Marquez De l amour et autres demons

 

 

 

 

 

Articles de Sophie et de Clotilde sur De l'amour et autres démons.

 

 

 

 

 

 

 

 


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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 18:00

Lundi 13 février
à 20h00
à la librairie Olympique

Jean-Paul-Dubost-Fondrie.gifLecture
par Damien Tridant (acteur)
de Fondrie (suite métallurgique)
29 poèmes brefs
de Jean-Pascal Dubost
Cheyne éditeur, 2002

 

 

Le Val d’Osne, l’art et l’industrie, tout une époque, l’âge de la fonte monumentale et luisante. Les entrées de métro Guimard, les nuques polies de danaïdes, les chevaux fous de la Colonne des Girondins sont sortis de là. Et les hommes dans tout ça ? Elle a fermé, l’usine, on visite, on rôde, vite et mal mais quelque chose se creuse, comme la terre, se concasse, malaxe minerai fondu, ça palpite, ça bouillonne, coule en des moules de sable. Prend forme une parole, écriture puisant à tous les modèles, voix multiples forgées en une seule, ciselée et détachée. La lecture, à son tour, de la même façon, à travers, sans trop ni trop peu. « Comment qu’il faut, à cet endroit, que j’entende ou que j’hume ou que je voie.. »

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Mardi 14 février

à 18h00
Sylvie Germain
à la librairie Mollat
Sylvie-Germain-Rendez-vous-Nomades.gifRendez-vous nomades,
éditions Albin Michel

 

 

 « Qu'en est-il de 'Dieu' ? Est-ce une invention, et si oui, de quel type : une œuvre géniale créée par l'imagination humaine, une découverte insoupçonnée, inimaginable, opérée par voie de révélation, une pure fiction construite sur fond de peur et de désir, un mensonge phénoménal concocté pour les naïfs ?
On peut opter pour une signification unique et s'y tenir sa vie durant, ou migrer d'un sens à un autre au fil du temps. On peut aussi déambuler sans fin, en zigzag et en spirale, autour d'une seule signification qui s'impose plus troublante et magnétique que les autres, pour l'interroger, encore et encore.
Et si celle-ci, aussi sapée, criblée de doutes, de points critiques et de pénombres soit-elle, coïncide avec les données de la religion reçue en héritage par voie du hasard de la naissance, alors ce hasard se transforme progressivement en aventure, et l'aventure en destin, à force d'être sans cesse relancée, poursuivie. » Sylvie Germain

Sylvie Germain a reçu notamment le prix Femina 1989 pour Jours de colère et le grand prix Jean Giono 1998 pour Tobie des Marais (Éd. Gallimard).

 

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Mercredi 15 février
à 18h00

Nathalie Léger

à la librairie Mollat


Nathalie-Leger-Supplement-a-la-vie-de-Barbara-Loden.jpg 
Supplément à la vie  de Barbara Loden
éditions POL

 

 

Plusieurs destins s'entrelacent dans ce nouveau récit de Nathalie Léger. Ils se nouent autour d'un film, Wanda, réalisé en 1970 par Barbara Loden, un film admiré par Marguerite Duras, une œuvre majeure du cinéma d'avant-garde américain. Il s'agit du seul film de Barbara Loden. Elle écrit, réalise et interprète le rôle de Wanda à partir d'un fait divers : l'errance désastreuse d'une jeune femme embarquée dans un hold up, et qui remercie le juge de sa condamnation. Barbara Loden est Wanda, comme on dit au cinéma. Son souvenir accompagne la narratrice dans une recherche qui interroge tout autant l'énigme d'une déambulation solitaire que le pouvoir (ou l'impuissance) de l'écriture romanesque à conduire cette enquête.

Le premier roman de Nathalie Léger, L'exposition, a été récompensé par le Prix Lavinal 2009.

 

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Jeudi 16 février
Jean Sabrier
à la librairie Mollat 

Jean-Sabrier.gif

Depuis la fin des années 70, Jean Sabrier travaille à partir des images de la peinture, en référence, en citation ou en déconstruction. Cette question se traduit par le choix, comme sujets, d’objets déjà représentés et repris en tant que tels chez Uccello ou chez Duchamp. Ce sont des images, c’est-à-dire des pensées ; elles ont pris forme sans être limitées à l’apparence qui les représente. En tête, vient cet objet mystérieux qu’est le mazzocchio : une coiffe circulaire composée de 192 facettes. Uccello y voyait le portrait d’un oeil, et il en a fait l’objet expérimental de la perspective. Ensuite il y a l’urinoir et la broyeuse de chocolat. Ce sont des machines qui ne racontent pas d’histoire sinon un déplacement de référence du corps physique, et sont, à tout prendre, l’histoire de leur corps. En soulevant le tissu de la coiffe traditionnelle des Florentins, Uccello découvre l’invisible sous la forme d’un objet devenu l’emblème d’une résistance silencieuse. Avec ses machines visuelles, Jean Sabrier dévoile les nouveaux espaces d’un regard tissé dans le fil du temps. L’acte de voir, soudain débordé par l’imaginaire, s’enfonce dans l’épaisseur d’un savoir.



La rencontre sera animée par Camille de Singly, responsable du site Documents d'artistes, Marc Saboya, Maître de Conférence d'histoire de l'art contemporain à l'université Bordeaux III et Didier Vergnaud, directeur des éditions Le bleu du ciel.

 

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Vendredi 17 février
à 18h00
Thierry Discepolo

à la Machine à lire

Thierry-Discepolo-La-Trahison-des-editeurs.gifLa Trahison des éditeurs

éditions Agone

 

L'édition est la grande absente des analyses du rôle de l'industrie des relations publiques dans l'« éternel combat pour le contrôle des esprits ». Pourtant, comme les autres médias, l'édition est depuis longtemps aux mains de grands groupes, souvent les mêmes. Et elle remplit la même fonction dans le maintien de l'ordre idéologique. Suivant la même logique de croissance par acquisition qui prépare la suivante, les grands éditeurs perpétuent l'existence d'un type d'acteur qui, du seul fait de sa taille et de son mode d'organisation, forge un monde social et économique face auquel les idées de changement ne pèsent pas grand-chose. La distinction artificielle entre "groupes de communication" et "groupes éditoriaux" occulte le rôle de ces entreprises dans une société à caractère de masse : transformer les lecteurs en consommateurs et limiter la capacité d'agir du plus grand nombre. Ecrit par un éditeur, ce livre propose à la fois une antilégende de l'édition et les bases d'une réflexion sur les responsabilités sociales et politiques de tout métier. Un questionnement qui prend une forme plus directe lorsqu'il touche à la diffusion d'idées : de quelles manières et sous quelles bannières défendre quels projets de société.


Rencontre co-organisée avec le Pôle des métiers du livre (IUT Michel de Montaigne) et animée par Georges Monti.

 

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