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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 07:00

Couverture-de-De-sang-froid.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Truman CAPOTE
De sang-froid
In Cold Blood
Ed. Random House, 1966
traduction de
Raymond Girard
Gallimard, 1966
folio, 1972
rééd. 2006




 

 

 

 

 

 

 

Une première de couverture en noir et blanc, un homme menotté que l’on aperçoit entre deux barreaux, sûrement d’une grille mais qui nous évoque des barreaux de prison, tout comme les fenêtres alignées en arrière-plan. Une quatrième de couverture qui présente un extrait du roman, bref mais significatif, et dont la dernière phrase se grave dans notre esprit : « Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. » Ainsi présenté d’une manière qui ne fait que rendre le titre du roman plus glaçant encore, De sang-froid de Truman Capote ne laisse personne espérer lire une jolie histoire d’amour ou un récit comique. On classe déjà ce roman dans la catégorie des thrillers, et pourtant, on est encore bien loin du compte. De sang-froid est un roman dramatique, certes, et qui débute avec rien moins qu’un quadruple meurtre lors d’une nuit apparemment comme les autres, mais ce roman n’a rien d’un thriller. Ce n’est que le récit d’un fait divers dont Truman Capote s’empare à l’aide de sa plume ; un récit dense, réaliste. Et glaçant.

La première partie du roman étant intitulée « Les derniers à les avoir vus en vie », on ne s’attend pas à un miracle : certains personnages vont mourir, et on le sait. Le narrateur nous les présente, nous donne de quoi les apprécier alors même qu’ils nous sont principalement décrits par le biais des dépositions de leurs proches, de ces derniers à les avoir vus en vie, et alors même que, parallèlement, on suit pas à pas le chemin qui conduit les deux meurtriers à leurs victimes. Aucune place n’est laissée à l’illusion car, dès les premières pages, nous savons pertinemment ce qu’il va se passer : « dans Holcomb qui sommeillait, pas une âme n’entendit les quatre coups de fusil qui, tout compte fait, mirent un terme à six vies humaines. […] ces sombres explosions qui allumèrent des feux de méfiance dans les regards que plusieurs vieux voisins échangeant entre eux, étrangement et comme des étrangers. » Ces meurtres vont bel et bien avoir lieu, et ils vont bouleverser l’équilibre ce cette petite ville jusque-là tranquille, où tout le monde se faisait confiance avant que le doute ne s’immisce et ne s’installe entre les habitants.

Les faits sont là, la plupart des clés nous sont données, et l’on souhaite que l’inspecteur Alvin Dewey du KBI (Kansas Bureau of Investigation) puisse trouver le fin mot de cette histoire, qui va d’ailleurs devenir une obsession pour lui. On souhaite que les coupables soient arrêtés, que justice soit rendue (que l’on soit favorable à la peine de mort ou non). Mais cette histoire n’est pas fondée sur une enquête policière dont l’intrigue et le mystère du dénouement nous poussent aux confins du suspense, on ne tourne pas les pages dans l’attente de découvrir enfin l’identité du ou des coupables, de pouvoir enfin comprendre ce qui s’est passé, non. Il y a certes la question de ce qu’il s’est passé exactement dans cette maison, ce soir-là, et dont on n'obtient la réponse qu’au bout d’un certain moment, mais là n’est pas le plus important. Car, au fil des pages, une part de nous en vient à espérer que cette enquête ne soit pas résolue, en partie parce que l’on sait que rien de tout ce qui sera fait ne pourra réparer quoi que ce soit, mais surtout parce qu’il nous est impossible de détester ou de haïr ces deux personnages qui sont les « méchants » de l’histoire : les deux meurtriers. Ils sont haïssables, par leur manière de tourner le dos à leurs méfaits comme ils sortiraient d’un magasin et par leur crime en lui-même, mais peut-on vraiment les haïr ? Ils nous dérangent, par bien des aspects, mais il est difficile de placer une limite entre l’horreur et l’affection qu’ils nous inspirent, car parmi ces nombreuses lignes on s’aperçoit qu’après tout ce sont des hommes, qui nous ressemblent plus que l’on ne le souhaiterait…

Hormis leurs difformités physiques respectives (Dick a un visage comme « fragmenté » et les jambes de Perry sont atrophiées), ils peuvent se fondre dans une foule, rien ne les voue plus que quelqu’un d’autre à « être criminels ». On apprend à les connaître, à comprendre que ce n’est pas parce qu’ils sont des criminels qu’ils sont fondamentalement mauvais pour autant : ils sont comme nous tous, des êtres avec des rêves, des envies et des talents, des expériences douloureuses, une famille et des amis, des mésaventures, des petits bonheurs, des souvenirs, des hontes et des secrets. La seule chose qui leur manque, ce sont les regrets, les remords. Ils ont leurs qualités et leurs défauts, et, surtout, ils ne pensent pas en termes de bien et de mal.

Des deux, Perry est sûrement le plus surprenant, et donc le plus dérangeant. D’un côté, nous lisons que « Dick parvint à la certitude que Perry était cette perle rare, “un tueur naturel”, absolument sain d’esprit, mais dénué de conscience et capable d’assener, avec ou sans motif, des coups mortels avec le plus grand sang-froid. », mais on nous présente également ses rêves, la part sensible et artistique de son être

 

(« le jeune homme ne cessait de projeter des voyages, et il en avait déjà fait un nombre considérable : Alaska, Hawaii et le Japon, Hong-Kong. Maintenant, grâce à une lettre, une invitation à un “coup”, il se trouvait ici avec toutes ses possessions terrestres : une valise en carton, une guitare et deux grosses boîtes de livres et de cartes, de chansons, de poèmes et de vieilles lettres, pesant un quart de tonne. »)

 

et on se sent inévitablement touché par ce personnage contrasté, et effrayant par bien des aspects, mais qui emmène partout avec lui un quart de tonnes de souvenirs.

Dick, quant à lui, est plus prévisible, car il est essentiellement motivé par l’argent tandis que Perry poursuit avant tout son rêve de voyager, de découvrir des trésors. Et, même si Perry est certainement le plus dangereux des deux, le plus sournois et malsain est bel et bien Dick, qui ne s’est lié d’amitié avec Perry que par pur calcul :

 

« il n’avait pas cru que cela valait la peine de cultiver son amitié jusqu’au jour où Perry lui décrivit un meurtre, racontant comment, simplement pour le plaisir, il avait tué un nègre à Las Vegas, comment il l’avait battu à mort avec une chaîne de bicyclette. […] il s’était mis à faire la cour à Perry, à le flatter, prétendant, par exemple, qu’il croyait toutes ses histoires de trésors cachés et qu’il partageait ses envies de se faire écumeur de grève et sa nostalgie des ports, alors que rien de tout ça ne le séduisait, lui. »

 

Il pense à l’argent, aux femmes, et pourtant on l’apprécie, parce que l’on peut aussi voir à quel point les membres de sa famille comptent pour lui, qu’il aurait donné beaucoup pour eux et aurait aimé ne jamais les décevoir.

L’un comme l’autre, ils en sont arrivés là par un enchaînement malheureux d’événements, victimes à la fois de leur personnalité et de leurs choix, et on ne peut pas les en blâmer. On se contente de les plaindre, surtout lorsque l’on apprend que Perry n’a fait que prétendre qu’il avait tué un homme parce qu’il voulait être certain d’être tranquille en prison, d’y survivre, or c’est ce qui a mené Dick à le choisir pour ce travail. Sans cela, tout aurait peut-être, et même sûrement, été différent…

De sang-froid n’est pas un roman policier, c’est un récit de faits réels, de personnages qui ont bel et bien vécu, existé, et qui sont morts tel qu’il nous l’est raconté. C’est une histoire qui soulève des questions, une histoire qui commence par déranger et finit par nous troubler, parce que rien ne saurait mieux dire qu’il y a dans la vie une part de choix et une part de fatalité, parce qu’on a la confirmation qu’un acte ne peut définir à lui seul une personne toute entière, mais qu’il peut par contre changer le cours de beaucoup de choses, de beaucoup de vies. C’est un roman sur l’âme humaine, un roman qui ne se contente pas d’une vision manichéenne des choses et des êtres, un roman qui s’étale sur des nuances de gris, qui nous présente l’être humain dans toute sa vérité, c’est-à-dire jusque dans les horreurs dont elle est capable, de sang-froid.


Maeva J., 1ère année Édition-Librairie

 

 

Truman CAPOTE sur LITTEXPRESS

 

Truman Capote La traversee de l ete 2

 

 

 

 

 

 

 

Article de Marie-Aurélie sur La Traversée de l'été

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 07:00

Marcel-Ayme-Le-passe-muraille.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcel AYMÉ
Le Passe-muraille,1943
Gallimard
Folio, 1973


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcel Aymé est un auteur français du XXe siècle (1902-1967). Il est écrivain aussi bien de romans, de nouvelles, que de théâtre et d'essais. Il est l'auteur de nombreux ouvrages : deux essais, dix-sept romans, plusieurs dizaines de nouvelles, une dizaine de pièces de théâtre, plus de cent soixante articles et des contes. À travers ses œuvres, Marcel Aymé dépeint l'homme et la société dans laquelle il vit : hypocrisie, avidité, violence, injustice, mépris, mais aussi camaraderie, amitié, bonté, indulgence et dévouement. Il décrit les structures sociales de façon très réaliste. L'auteur français a été plusieurs fois récompensé au cours de sa carrière (prix du roman populiste, prix renaudot en 1929). (cf.  wikipédia pour plus d'informations)



Le Passe-muraille est le cinquième recueil de nouvelles de l'auteur, écrit en 1943. L'ouvrage contient dix nouvelles trèss différentes les unes des autres : « Le passe-muraille », « Les Sabines », « La Carte », « Le Décret », « Le Proverbe », « Légende poldève », « Le percepteur d'épouses », « Les bottes de sept lieues », « L'huissier » et « En attendant ». La date d'écriture est significative dans le recueil puisque plusieurs nouvelles évoque la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences. La structure des nouvelles du recueil est plutôt classique (situation initiale, péripétie et dénouement). Enfin, le recueil a donné lieu à plusieurs adaptations cinématographiques, dont une du « Passe-muraille » avec Bourvil ; cette même nouvelle a inspiré Jean Marais dans la création d'une statue à Montmartre, place Marcel Aymé, représentant un homme traversant un mur.


le_passe_muraille.jpg


Résumé des nouvelles

 « Le passe-muraille » : un homme parvient à passer à travers les murs.

 « Les Sabines » : une femme se multiplie autant de fois qu'elle le souhaite et a autant d'amants que de multiplications d'elle-même.

 « La carte » : le gouvernement crée des cartes de temps et tickets de vie. Les personnes inutiles n'ont pas le droit de vivre plus que quinze jours par mois ; à la fin du quinzième jour, elles disparaissent du monde pour ne réapparaître que le premier jour du mois suivant. Un marché noir s'installe, les riches achètent des tickets de vie aux pauvres, certains vivent jusqu'à soixante jours par mois.

 « Le décret » : un saut dans le temps est décrété pour en finir avec la guerre, le temps avance donc de dix-sept années.

 « Le proverbe » : un père tyrannique en a assez que son fils soit dernier de la classe et que son collègue se moque de lui parce que son propre fils est premier de la classe ; le père aide donc son fils à faire son devoir.

 « Légende poldève » : une femme ayant dévouée sa vie à la religion et à l'aide de son prochain meurt mais se retrouve quand même sur liste d'attente au paradis.

 « Le percepteur d'épouses » : des maris doivent payer leurs impôts avec leur femme.

 « Les bottes de sept lieues » : une paire de bottes magiques permet à un écolier de sortir de la misère.

 « L'huissier » : un huissier doit retourner sur terre pour accomplir de bonnes actions auprès des pauvres afin d'accéder au paradis.

 « En attendant » : devant une épicerie, quatorze personnes évoquent chacune leur vie difficile pendant la guerre.

Il y a deux sortes de nouvelles dans le recueil Le passe-muraille : les nouvelles réelles et plausibles (« Le proverbe », « En attendant ») et les nouvelles irréelles et fantastiques. Avec les thèmes récurrents du recueil, nous assistons à un véritable mélange des genres. Tout d'abord, le fantastique est très présent dans le recueil. Il se manifeste dans la nouvelle « Le passe-muraille » avec l'homme qui passe à travers les murs, dans « Les Sabines » avec la femme qui peut se multiplier autant de fois qu'elle le souhaite, dans « Le Décret » qui fait avancer le temps de dix-sept années et dans « La Carte » avec les tickets de rationnement sur la vie des gens « inutiles ». Marcel Aymé réussit à faire entrer le fantastique dans la réalité avec tellement de simplicité que cela n'a presque rien de surprenant qu'un homme puisse passer à travers les murs ou que l'on avance le temps de dix-sept ans. Entre fantastique et merveilleux, il y a la dure réalité de l'occupation et ses conséquences (misère, rationnement, marché noir, les riches s'en tirent mieux que les pauvres avec les cartes de vie qu'ils rachètent aux pauvres). L'humour est également présent dans le recueil, spécialement dans la nouvelle « Légende poldève » et son dénouement. Enfin, la réalité quotidienne de l'époque fait partie intégrante du recueil. Ainsi, Marcel Aymé introduit du fantastique dans une vie des plus banales. Le fantastique devient donc réaliste.

De plus, il y a différents niveaux de fantastique dans le recueil, celui-ci se manifeste de différentes façons. Tout d'abord, nous trouvons des nouvelles entièrement fantastiques et irréalistes, c'est le cas de « Le passe-muraille », « Les Sabines », « La Carte », « Le Décret » et « L'huissier ». Mais on trouve également des nouvelles comiques et peu communes comme « Légende poldève » et « Le percepteur d'épouses ». Il y a aussi du merveilleux, à la manière des contes : « Les bottes de sept lieues » et des nouvelles fantastiques faisant référence à la guerre et à l'occupation, c'est le cas de « La Carte » et « Le Décret ». Enfin, il y a le fantastique d'anticipation avec la nouvelle « Le Décret ».



Impressions de lecture

Le plus surprenant et agréable dans le recueil est la manière dont Marcel Aymé intègre avec simplicité le fantastique dans une vie quotidienne marquée par la guerre et la collaboration. L'auteur parvient à nous dépeindre la société et la vie de l'époque par segments dans les différentes nouvelles du recueil. La vie quotidienne est ainsi rendue fantastique, elle paraît donc moins misérable et difficile à surmonter. Certaines situations prêtent à rire alors même qu'elles sont vécues par les personnages comme un véritable obstacle dans leur vie. C'est le cas du dénouement de « Légende poldève » ou encore des hommes qui en viennent à payer leur impôt en donnant leur femme au gouvernement dans « Le percepteur d'épouses ».


Morgane R., 1ère année Éd.-Lib.

 

Marcel AYMÉ sur LITTEXPRESS

 

Marcel AYME La Bonne Peinture

 

 

 

 

 

Article de Romain sur La Bonne Peinture

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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Published by Morgane - dans Nouvelle
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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 07:00

Les  Éditions Élytis présentent leur collection « Passeport pour » (qui s’intéresse précisément à ce qui constitue la thématique du salon cette année). Xavier, principal éditeur de la maison, est accompagné de trois de ses auteurs, Philippe Rousseau (Passeport pour une Russie), Gilles Moraton (Passeport pour la Chine) et Élise Nanitélamio (Passeport pour Douala).

 

CatPasseport.gif

 

Un mot sur la collection par Xavier

Elle s’intitule toujours « Passeport pour » pour un raison toute simple : on s’est questionné sur ce qui représentait le mieux le voyage ou l’évocation du voyage et on est tombé sur cette idée de Passeport. Le passeport, c’est un petit format qu’on a essayé de reproduire, surtout au niveau de la charte graphique. Sur tous les ouvrages de cette collection, on a l’évocation des pages du passeport, sur lesquelles on insère des documents. On s’est dit que c’était une belle manière de travailler sur la thématique du voyage. Ce sont des ouvrages qui font la part belle au texte, mais aussi à l’image. On travaille avec des photographies et des documents qui peuvent-être des gravures, des documents anciens, des cartographies… tout document qui va en fait s’appuyer sur la thématique que l’on aborde, pour créer un beau petit objet. La collection contient environ une quinzaine de titres et d’autres sont à venir. On a par exemple un passeport pour la capitale de Madagascar, pour Cheju (Passeport pour Cheju, Ysabelle Lacamp, 2010), une petite île au sud de la Corée qui est connue pour sa société matriarcale, ce qui est suffisamment rare aujourd’hui, avec notamment des pêcheuses de perles. Beaucoup de Coréens vont se marier sur cette île. On a aussi Passeport pour Hong-Kong (Boris Martin, 2010), pour Hué – capitale impériale du Vietnam, avec un très grand passé historique – (Dominique Rolland, 2011), pour Tokyo, par un Français expatrié là-bas et marié à une Tokyoïte (Sébastien Lebègue, 2010). Enfin, on a des ouvrages un peu plus atypiques dans la collection mais qui m’intéressaient parce qu’ils évoquent aussi le voyage, à savoir Passeport pour le Pourquoi pas ?, qui était le navire du commandant Charcot, un navigateur-explorateur des pôles au début du siècle dernier et qui est mort tragiquement au cours du naufrage de son bateau en 1936 au large de l’Islande (Thierry Jigourel), Passeport pour les terrils – qui sont des amas de schiste que les mineurs retiraient de la mine pour en faire des montagnes ; ici on a donc l’évocation d’un voyage au centre de la terre – ( Jean-Louis Guidez). Enfin, on a un ouvrage sur le phare de Cordouan, avec une évocation du voyage maritime (Jean Pierre Alaux). En fait, on fêtait cette année au mois de juin les 400 ans de l’allumage du phare, donc on s’est dit que ça pouvait être intelligent de travailler son historique.



Gilles Moraton, Passeport pour la Chine.
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Xavier : Je commence avec Gilles Moraton parce que son ouvrage est celui qui se rapproche le plus de l’idée que l’on se fait du voyage. Les documents iconographiques sont surtout des photographies que Gilles a prises lui-même, accompagnées  de commentaires qui eux ne sont pas vraiment « touristiques ». Je voudrais savoir, Gilles, comment tu as fonctionné pour la réalisation de ce passeport.

Gilles Moraton : C’est curieux que tu dises ça car en réalité je déteste voyager. Je me demande même ce que je fais là parce que c’est le hasard le plus total qui m’a fait rencontrer une épouse chinoise, et donc si je veux essayer de la comprendre il faut que je comprenne son pays. J’y suis allé à plusieurs reprises, quatre fois en tout, et j’ai fait des tas de photos. Or mon travail, c’est d’écrire. La photographie c’est une autre forme d’expression, mais pour moi, c’était ici des photos de famille, personnelles, même si c’est vrai que je peux avoir un regard un peu particulier sur les choses, sur ce que je vois. Au bout de quatre voyages, l’idée m’est venue de mettre des textes sur ces photos, enfin sur certaines de ces photos (j’ai près de trois mille photos sur la Chine aujourd’hui) et j’ai commencé à chercher des éditeurs qui pourraient s’intéresser à ce genre de projet, et c’est comme ça que j’ai rencontré Xavier.

Xavier : Et tu parles de photos improbables, c’est-à-dire qu’on trouve en effet des photos avec des cadrages très étranges, certaines sont même floues. Pour toi, qu’est-ce qu’une photo improbable ?

Gilles Moraton : Une photo improbable, c’est une photo qui ne devrait pas exister, c’est-à-dire que si j’avais fonctionné avec un appareil argentique, je n’aurais pas fait cette photo. Avec le numérique, on a le luxe de pouvoir faire des photos un peu sur le vif, comme on veut. Donc ça donne des photos qu’on voudrait jeter sur un premier réflexe, puis finalement on les garde, et puis ça devient des photos accompagnées d’un texte, et c’est ça qui m’intéressait : non pas de récupérer des photos mauvaises, mais des photos qui parlent, même si elles sont parfois un peu ratées.

Xavier : Par exemple on a une photo et un texte que je trouve très pertinent. C’est une photo de l’extérieur d’un monastère, accompagnée de ce texte : « Difficile, parvenu en haut des 195 marches que compte la tour du monastère, difficile de s’avouer que le plus beau était à l’extérieur ».

Gilles Moraton : Oui, c’est qu’il fallait les monter ces marches ! C’est vrai que ces monastères, bouddhistes pour la plupart, sont très beaux de l’extérieur et ma foi, à l’intérieur, un escalier reste un escalier sur les neuf ou dix étages que compte la tour.

Xavier : Tu t’essaies aussi parfois aux poèmes chinois, que j’aime beaucoup, comme celui qui accompagne cette image qui représente un toit avec des tuiles : « ce n’est pas parce qu’on a vu un toit qu’on en connaît chaque tuile ». Ça pourrait être un proverbe confucéen.

Gilles Moraton : Ça me fait penser au film Tanguy, que j’ai revu il n’y a pas longtemps. Tanguy, ce garçon passionné par la Chine, arrive à excéder ses parents avec des proverbes chinois qu’il applique à chaque situation du quotidien. Au bout de quelques mois, ses parents, qui sont français, n’en peuvent plus. Et c’est cette situation qui m’a donné envie de faire mes propres proverbes.

Xavier : Certains textes ont été traduits en chinois, non ? On est en fait un peu sur un ouvrage bilingue, donc.

Gilles Moraton : Oui, c’est mon épouse qui a fait les traductions. En fait, ce devait être au départ une exposition « souvenirs ». L’idée du livre est arrivée après, parce que le format exigeait des photos réduites, alors que pour l’exposition, j’avais fait des grandes photographies, avec les textes en dessous.

Xavier : Oui, même si on a l’idée d’un beau livre au départ, le format passeport, avec un nombre de page limité, exige un choix plus restreint dans les photographies, ne serait-ce que pour une question de prix. Les « passeports pour » sont toujours des ouvrages en couleur, vendus à moins de 10 euros, donc on est contraint à un format, à un nombre de pages qui peuvent parfois être frustrants pour les auteurs qui travaillent sur l’image précisément.

Gilles Moraton : Disons qu’il faut sélectionner les photos et les textes aussi, parce que tout ne rentrait pas dans le format passeport. Si je vous parlais tout à l’heure de l’exposition, c’était en fait pour vous dire que tous les textes avaient été traduits en chinois, et donc c’était une exposition bilingue.



Élise Nanitélamio : Passeport pour Douala
Elise-Nanitelamio-Passeport-pour-Douala.gif
Xavier : Et quand on parle de l’idée de genèse du livre, il y en a un qui est particulièrement atypique dans la collection, c’est celui d’ Élise Nanitélamio, Passeport pour Douala, capitale économique du Cameroun. Pourrais-tu nous expliquer la démarche que tu as suivie pour cet ouvrage ?

Élise Nanitélamio : J’ai eu la chance d’habiter pendant huit mois au Cameroun, dans un quartier camerounais. Comme je suis architecte, je vois toujours les choses à travers l’espace, et je n’y comprenais rien à ce quartier, il bougeait tout le temps. J’ai donc voulu commencer à écrire pour décortiquer le quartier et comprendre petit à petit ce qui se passait autour de moi.

Xavier : Et c’est surtout un travail qui se faisait autour d’un mémoire d’architecture.

Élise : Oui, un mémoire pour mon diplôme de fin d’études. Je devais mener un projet d’architecture, comme ça se fait normalement pour des études d’architecte, mais au final l’écriture qui était là pour amasser de la matière pour le projet est devenue le projet même.

Xavier : On est donc partis de cette thèse d’architecture pour aller vers le passeport, et ce qui m’a passionné sur ce livre-là, c’est la réflexion menée autour de ce qu’est l’espace public, ce qu’est l’espace privé. Là, on a un ouvrage pratiquement ethnographique sur ces questions. C’est-à-dire qu’il y a la maison dans laquelle tu es, qui est  « a priori » un espace privé et l’espace public, la rue, les places et ce dont on s’aperçoit en lisant l’ouvrage, c’est que la conception de ces deux espaces là-bas n’est pas du tout la même qu’ici, c’est-à-dire que les espaces se mélangent. Comment as-tu vécu cela ? Comment cela se traduisait-il concrètement ?

Élise : Il fallait déjà que je retrouve des repères, que je m’adapte à un ailleurs pour mieux le comprendre, pour voir comment l’intérieur et l’extérieur s’interpénétraient pour me situer et comprendre.

Xavier : Pour évoquer cela, on a une succession de chapitres très courts et thématisés. On a par exemple le chapitre « tourner en rond », le chapitre « entassé », le chapitre « s’occuper des lapins »… En outre, Élise a fait un travail très intéressant sur les listes et les limites. Par exemple, on a la liste de ce qui se passe un jour dans le salon entre 7h et 8h : par le biais de cette liste, on se rencontre que l’espace privé ne l’est pas tant que ça en fin de compte. Comment t’est venue l’idée de lister toutes ces choses ?

Élise : Si j’avais voulu tout écrire, ça aurait été trop long. Et comme il y avait un format et un temps limités, tout ce que je ne pouvais pas écrire, j’ai décidé de le lister. Ces listes, ce sont en fait des choses à développer. Je voulais articuler un geste, une idée, une liste.

Xavier : Il y a des listes plus ou moins longues, plus au moins en rapport avec notre sujet. On a par exemple la liste des objets décoratifs du salon, qui peut paraître anodine mais qui en fait donne un aperçu de ce que peut-être un intérieur à Douala, ou de comment vivent les gens là-bas. Et donc ce qui ressort du livre, c’est la position que tu as prise, un peu comme une ethnographe, c’est-à-dire que tu as observé ce qui se passait et que tu en as tiré des conclusions, en rapport d’abord avec ton mémoire.

Gilles Moraton : Les listes sont justement un procédé littéraire qui est extraordinaire en soi. On ne dit rien d’autre de ce qui existe dans le réel, et c’est au lecteur de faire un travail d’imagination sur la liste. On peut très bien faire une liste de courses, et à travers cette liste, avoir un aperçu de la personne. C’est ça qui est bien dans la liste.

Xavier : Ce n’est pas anodin que tu dises ça. Gilles est en fait en train de travailler sur un concept d’ouvrage qui s’appellerait « l’Inventaire du monde ». Pour Élise, à la fin du livre, on a aussi un travail sur les limites. On apprend par exemple, qu’il y a des limites difficiles à définir à Douala : la limite entre la jeunesse et la vieillesse de la machine à laver, qui a plus de dix ans mais qui n’a jamais servi, la limite entre le moment où la bassine sert de réserve d’eau et celui où elle sert à laver le linge, la limite entre le moment où une maison est en chantier et le moment où l’on a fini de la construire… Donc voilà, c’était un travail un peu atypique dans la collection : un projet d’abord architectural, qui devient un travail littéraire et ethnographique, accompagné de photographies de « terrain » et de quelques plans et schémas qui montrent comment s’agencent l’espace public et privé. Avec Philippe, on a encore une approche différente tout en restant dans le thème de la collection : un travail sur le théâtre. Donc même question pour Philippe, quelle a été la genèse de ce Passeport pour une Russie ?



Philippe Rousseau, Passeport pour une Russie
Philippe-Rousseau-Passeprt-pour-une-russie.gif
Philippe : Moi, je suis allé en Russie par hasard. On m’a proposé en fait d’aller jouer un spectacle avec mes élèves dans un festival en banlieue de Moscou. Je me suis dit : je vais y rester trois jours, le voyage est payé, je vais pouvoir faire un peu de tourisme. Le travail que j’ai fait là-bas m’a amené à y retourner trois ou quatre fois et puis je suis allé en Sibérie. Le voyage que j’y ai fait m’a amené à écrire sur des cahiers de brouillon, achetés là-bas d’ailleurs, et puis petit à petit ça prenait une forme, plutôt dans la poésie, que j’ai développée. Il y a aussi eu un acte fondateur de plein de choses : je me suis perdu pour de vrai sur le lac Baïkal, une nuit par moins quinze degré à peu près. Et cette perte qui, je le dis trois ans après, n’est pas tout à fait un hasard, m’a amené à écrire.

Xavier : Et justement il y a une phrase que je trouve tout à fait pertinente et qui peut convenir à l’idée du voyage : « parfois, l’idée du café vaut autant que le café lui-même ». Est-ce que quelquefois l’idée du voyage vaut autant que le voyage lui-même ?

Philippe : Ca me fait penser à Nicolas Bouvier qui dit  qu’avant le voyage même, il y a l’idée de partir, et cette idée devient une nécessité. En plus, dans ma démarche, les sons viennent parfois tout seuls et forment la phrase, un peu comme une allitération. Quelquefois, c’est cette allitération qui précise le reste de la phrase. Après, ces phrases deviennent des petits slogans. Il y en a pas mal dans le texte, qui viennent éclairer l’état du voyageur.

Xavier : Il y a en effet un gros travail sur la langue, sur les sons, sur les onomatopées et il y a aussi une espèce de fascination pour le cyrillique, ces signes qui ne nous parlent pas mais dans lesquels tu trouves une certaine esthétique. Il y a même quelques passage qui sont traduits en cyrillique.

Philippe : Avant d’être perdu sur le Baïkal pour de vrai, on est perdu dès qu’on arrive à Moscou parce qu’on devient analphabète, à moins de déjà connaître la langue. On ne peut même pas lire le nom des magasins, des rues… On est donc perdu. Et c’est au moment où l’on accepte cette perte que l’on peut se retrouver.

Gilles : C’est pire que d’être analphabète, on devient non-communiquant.

Philippe : L’anglais peut servir un peu mais seulement dans les zones touristiques et en général, il sert à négocier les prix. Ce qui est vraiment étrange, c’est que le cyrillique contient des signes en commun avec notre alphabet, et que parfois on arrive à déchiffrer un mot, mais on ne le comprend pas.

Xavier : Ce qui est étonnant, c’est que même si chacun des ouvrages est unique, ils décrivent tous cette idée de « perte ». Le personnage de Passeport pour une Russie dit même très bien : « Plus j’avance dans ce voyage, moins je sais où je vais ». D’ailleurs, tu as pour projet de monter cette histoire en pièce de théâtre, non ?

Philippe : Oui, c’est une pièce qui aura pour titre « Mes pas captent le vent », et sera jouée en décembre au TNT de Bordeaux. Je me suis vite aperçu au cours de l’écriture que ça pouvait se transmettre d’une autre manière. Cette œuvre suit donc deux chemins parallèles, celui de l’édition et celui du spectacle. Je voulais dire exactement ce qui m’a permis d’avancer.

Xavier : Tu as aussi fait l’expérience du Transsibérien, ce qui devait être assez troublant et atypique. Combien de temps a duré le voyage ?

Philippe : J’ai pris le Transsibérien à Moscou et je suis allé jusqu’à Irkoutsk. Mais il va jusqu’à Vladivostok. Moi, j’y suis resté trois jours et quatre nuits, pour arriver très exactement à 9h04, malgré les cinq créneaux horaires que l’on traverse. J’ai choisi de le prendre en troisième classe, sans cloisons. Autant dire un dortoir de cinquante personnes. Malheureusement, je suis tombé dans un wagon où il y avait un vieux Russe qui ne sentait pas la rose, avec un regard vide. Imaginez passer trois jours et quatre nuits avec un passager pareil… Finalement, on l’a accepté, on s’est rendu compte que notre wagon n’était pas aussi surpeuplé que les autres, et quand ce vieux est parti, il a laissé comme un vide.

Xavier : Et pour toi, Gilles, combien de temps a duré ton voyage ?

Gilles : Moi, j’ai fait plusieurs voyages de deux ou trois semaines à chaque fois. Mais même si la Chine, ce n’est pas aussi loin, aussi perdu que le lac Baïkal, pour moi c’était une autre planète. Et même si ma vie n’était pas en danger, je me suis aussi réellement perdu dans un des quartiers de Pékin. Toutes les rues se ressemblaient et personne ne parlait français…

Philippe : Quand je me suis perdu sur le Baïkal, je ne me suis pas rendu compte des risques que je prenais. Un lac gelé n’est pas aussi lisse que l’on peut le penser, c’est en fait assez accidenté, comme si tout s’était figé alors que les vagues étaient en train de monter. Et quand j’arrive le matin à l’hôtel où l’on m’attendait, où les chambres étaient bien chaudes, il m’était impossible de dormir à cause de la tension. Je décide donc de retourner sur le Baïkal pour voir le soleil se lever. Alors que je rentre à l’hôtel après ma ballade, une francophone me demande comment ça va. Je lui réponds que je vais bien mais que je suis en colère contre la guide qui nous a perdus. Elle me rétorque alors « Pourquoi tu es en colère, tu es vivant ! » et ma colère est tombée.

Xavier : Ton expérience, Élise, a été moins touristique si l’on peut dire que celles de Gilles ou de Philippe. Mais comment t’es tu sentie là-bas ? Touriste ou habitante, étant donné que tu y a passé six mois consécutifs ?

Élise : Je me sentais terriblement étrangère, j’avais du mal à me fondre dans la masse. D’autant plus que, forcément, j’étais très blanche par rapport à la population, j’étais donc très « visible » et je n’aime pas trop cela.

Xavier : Il y a une communauté française là-bas ?

Élise : Oui, bien sûr, mais je ne cherchais pas à être en contact avec elle. Mais je n’ai pas vraiment ressenti la solitude, parce qu’il avait quelque chose qui faisait qu’on se sentait toujours entouré.

Xavier : Pour terminer, je voudrais dire que ce qui m’a vraiment intéressé chez ces auteurs, c’est leur vision atypique, particulière du voyage. En effet, il n’est pas vraiment difficile de trouver des personnes qui ont voyagé et qui veulent en parler, encore faut-il qu’ils aient quelque chose de pertinent à dire. Le voyage, c’est une thématique difficile à traiter, parce qu’il faut savoir capter l’intérêt du public, du lecteur et dire des choses qui sont nouvelles. Pour nous, il est nécessaire d’avoir un regard neuf.

Gilles : C’est en fait l’idée même qu’a l’écrivain : écrire quelque chose de différent, même si le sujet a déjà été traité.

Philippe : De la même manière dont on est attentif « aux mondes » dans lesquels on est allé, on est attentif à la manière dont on écrit. Il y a des liens de forme entre ce qu’on écrit et ce qu’on a vu. Par exemple, dans mon cas, je ne porte pas de jugement sur le monde dans lequel j’avance, sur le lac Baïkal et ça se traduit dans mon écriture par l’absence d’adjectifs qualificatifs. Rien n’est qualificatif.

Gilles : Mais je pense que dans tous nos ouvrages, il y a une volonté de non-jugement, même si parfois je me moque gentiment. Mais de toute façon, quand on décide d’aller voyager, ce n’est pas pour porter un jugement.

Xavier : Tout comme Rudyard Kipling, qui se contentait d’observer sans critiquer même s’il ne comprenait rien à ce qu’il se passait autour de lui. Il était très admiratif et n’avait pas de regard acerbe.

Gilles : En fait, il faut vraiment être très informé sur les faits pour pouvoir porter un regard critique sur des événements.

Xavier : Ce qui me plaît vraiment dans cette collection, c’est le travail effectué sur la langue, sur comment on raconte son expérience. Parce que finalement, le récit de voyage est à la portée de tout un chacun, du moment qu’on possède un appareil photo. Ce qui est difficile, c’est de dépasser la sphère privée pour pouvoir travailler sur un projet éditorial.

Philippe : Dans nos expérience, on est très loin du voyage de masse. Ca n’a rien à voir lorsqu’on arrive avec un bus entier de touristes, on ne peut pas avoir le même regard. Cependant, je ne juge pas le voyage de masse, parce que pour beaucoup de personnes, c’est difficile de créer une occasion de partir.

Gilles : Pour revenir sur ce qu’on a dit précédemment, c’est assez difficile de ne pas juger. En tant qu’être humain, c’est dans nos réflexes. Rien que la réalité du monde extérieur ne correspond pas forcément à l’idée que l’on s’en fait. Donc le jugement il vient de là.

Xavier : J’avais envie de conclure par un proverbe chinois, enfin ce n’est pas vraiment un proverbe : on dit qu’un Occidental, lorsqu’il va en Chine, la première année il ne comprend rien, à cause de la barrière de la langue, la deuxième année il comprend tout (il a appris la langue) et la troisième année il comprend qu’il ne comprendra jamais rien. Et c’est valable partout ailleurs, parce qu’en fait, on reste dans un savoir de surface, et que la langue fait en réalité beaucoup de références à la culture. Il y a beaucoup de sens cachés dans la langue, auxquels on ne peut accéder qu’après des années d’immersion dans la culture du pays. C’est un peu la moralité de notre sujet, il y a toujours un sens caché aux choses (Cf l’Empire des signes de Roland Barthes).


Propos recueillis par Charlotte, AS Éd.-Lib.

 

 


 

 

Lien

 

Site des éditions Elytis


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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 07:00

Elena-Poniatowska-Cher-Diego-Quiela-t-embrasse.gif




 

 

 

 

 

Elena PONIATOWSKA
Cher Diego, Quiela t’embrasse
Titre original
Querido Diego, te abraza Quiela, 1978
Traduction
Rauda Jamis
Actes Sud, 1993
Rééd. Babel, 2010






 

 

 

 

 

 

 

 

« Pas une ligne de toi, et le froid ne recule pas dans sa tentative de nous congeler. »
« Sans toi, je me sens fragile jusque dans mon travail. »
« Diego, je t’embrasse de toute mon âme, autant que je t’aime. »

 

 

 

Biographie

Voir le site du Centre national du livre :
http://www.centrenationaldulivre.fr/?Elena-PONIATOWSKA


 

Le livre


Beaucoup d’informations contenues dans ce roman ont été puisées dans le livre de Bertram Wolfe, La Vie fabuleuse de Diego Rivera.

 

 

 

Résumé

Elena Poniatowska imagine la correspondance entre Angela Beloff et Diego Rivera entre octobre 1921 et juillet 1922. Diego et Angela sont mariés depuis juin 1911. Ils vivent à Paris dans une incroyable misère. Angela, bien qu’artiste, vit dans l’ombre de son mari depuis le début tandis que son mari se dévoue corps et âme à sa peinture. Ils ont un fils mais sont pauvres et doivent donc le confier à un couple d’amis.

En 1917, alors que l’enfant est de retour au foyer, l’hiver est particulièrement rude et meurt des mauvaises conditions de vie. Diego n’a pas l’air très triste et ne veut pas d’un autre enfant. Il a la possibilité de partir au Mexique où il espère pouvoir s’installer en tant qu’artiste reconnu.

C’est à partir de ce moment, quand Diego part, que commence la correspondance, le monologue épistolaire d’Angela, plutôt. Diego ne lui répondra jamais en deux ans. Angela reste en France, enlisée dans sa solitude, dans ses doutes. Elle tente de partager ses joies liées à sa création : Angela est peintre et graveur. Elle essaye de voir du monde, des amis de Diego qui essayent de lui faire comprendre la réalité, de lui ouvrir les yeux. Mais elle est persuadée qu’il reviendra la chercher. Elle ne veut pas affronter la réalité. Elle sait qu’à quelques rues de là, vivent Marievna et sa fille, l’enfant de Diego. Elle devient presque folle, ne se rend pas compte que l’homme dont elle est amoureuse l’a abandonnée, seule. Mais elle continue de croire : Diego travaille, Diego l’aime, elle en est sûre, et il attend le moment opportun pour la faire venir au Mexique. Elle continue d’espérer…
 
Angela parviendra à réaliser son rêve, aller au Mexique et décidera de ne pas prévenir Diego pour ne pas le déranger. Diego passera à côté d’elle sans la reconnaître. Elle aura été très naïve…



Les thèmes

« Dans le studio, cher Diego, rien n’a changé ; tes pinceaux se dressent dans le verre, très propres, comme tu les aimes. Je thésaurise jusqu’au plus petit papier sur lequel tu as tracé une ligne. » Commence ainsi la première lettre d’une femme qui s’est mise à peindre des paysages, nostalgie et mélancolie sont toujours présents, elle ne vit qu’en regardant le passé « quelque peu douloureux et tristes, effacés et solitaires ».

Elle continue de voir les amis de Diego, comme Elie Faure, elle progresse en espagnol « à pas de géant » car ce n’est pas sa langue d’origine, elle avait suivi Diego.

La lettre suivante s’ouvre sur une plainte en vain répétée : « Pas une ligne de toi ».

Il y a des matins où elle craint de devenir folle, furieuse de l’absence de Diego : « Je ne veux pas, aujourd’hui, être douce, tranquille, décente, soumise, compréhensive, résignée, ces qualités que les amies louent tellement. » En effet, comment ne pas devenir folle quand on attend des nouvelles de son bien-aimé ?

L’auteur laisse transparaître les personnalités de chaque personne du roman avec subtilité, habileté et simplicité.

Elena Poniatowska nous plonge au cœur de la passion, de la solitude, de la création. Une lecture de Claude Fell en postface rappelle que le couple fréquentait à Paris Picasso, Braque, Juan Gris, Foujita. Nous nous immergeons donc dans cette époque de peintres célèbres. Ce roman est court, une cinquantaine de pages environ mais cela nous suffit pour imaginer le désarroi de cette femme.

Ces lettres imaginées à partir du moment où leur relation s’est brisée évoquent avec sensibilité ce destin de femme peintre qui affronte à la fois l’absence, la pénurie et le silence, les tourments et les joies de la création.

Dans cette œuvre, on plonge dans l’histoire du Mexique. On assiste aussi à une biographie. Et enfin, une leçon implicite se dégage de l’œuvre. A quoi sert d’attendre l’être aimé, à se gâcher la vie ? L’amour est peut-être l’essence de la vie mais quand il n’est pas partagé, on souffre plus que tout…

C’est un roman bouleversant d’attente vaine de l’âme soeur, de pudeur, d’espoir d’une femme ignorante, d’amour enfoui et même de passion, de rêves non partagés, car je ne pense pas que Diego l’ait vraiment aimée pour oser l’abandonner ainsi, de profonde solitude car cette femme vit seule et vivra toujours seule avec le souvenir de son mari ainsi que de son fils mort, d’un froid glacial et sans retour, cette femme est pauvre, a à peine de quoi manger pour vivre. On espère sans trop y croire, que la réalité a été moins cruelle mais tout compte fait, c’est une histoire vraie. Dure réalité…

« Les êtres trop généreux et qui s'oublient pour les autres sont rarement récompensés de leur patience et de leur délicatesse ! »

Ces lettres apocryphes sont bouleversantes.



Mon avis

On lit un récit à deux voix où l’une si présente, presque trop, fait écho à une autre absente et c’est elle, cette voix absente qui confère à ce très court texte sa dimension tragique. Il y a quelque chose de poignant dans l’innocence feinte ou non de ces lettres ; ce petit plus m’a permis de mieux me rapprocher de cette femme. Mais j’avais aussi pitié d’elle, cette femme n’ose pas affronter la réalité et aura gâché sa vie pour un homme qui a complètement refait la sienne. Ce roman est vraiment empreint de réalité.

C’est la première fois que je lis cet auteur et je ne regrette absolument pas. J’ai dévoré ce livre, l’auteur nous transporte dans son monde. On a l’impression d’assister aux scènes que la narratrice nous décrit, il n’y a aucun effet de style. Tout est mélancolique. L’écriture d’Elena Poniatowska est à la fois simple et riche ; c’est de cette histoire d’amour si triste, à sens unique, de cette femme complètement délaissée par celui qu’elle pense aimer que l’auteur a tiré la trame de son livre.

Elle décide d’en faire un roman épistolaire pour mieux nous faire plonger dans la vie misérable de cette femme. Mais je sors de ce roman quand même en colère et triste aussi… Pourquoi faut-il qu’une femme comme elle, une peintre renommée, passionnée par son travail sacrifie son art pour un homme ne lui apportant que souffrance, s’inflige de telles douleurs morales ? C’est du gâchis…


Émilie, 1ère année Éd.-Lib.

 


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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 07:00

Vassili-Golovanov-Eloge-des-voyages-insenses.gif

 

 

 

 

 

 

 

Vassili GOLOVANOV
Éloge des voyages insensés
traduit du russe
par Hélène Châtelain,

 Denis Dabbadie

et Caroline Bérenger

Verdier,  collection « Slovo »


Le roman a reçu deux prix pour la traduction :
le prix Laure Bataillon 2008
et le prix Russophonie 2009.









Biographie

Vassili Golovanov est un jeune auteur né en 1960. Il est aussi journaliste et vit à Moscou. Éloge des voyages insensés est son seul roman, paru en 2008 chez Verdier.


 

Éloge des voyages insensés


C'est un roman dont un libraire, Pierre Landry de la librairie Préférences à Tulle en Corrèze, dit que c'est « le plus beau livre du monde » depuis trois ans déjà que l'ouvrage est paru chez Verdier – c'est comme ça qu'il est arrivé entre mes mains – et on serait tenté de le croire.

Éloge des voyages insensés est façonné à partir de l'expérience personnelle de l'auteur et aussi d'une belle part d'imagination merveilleuse. Le lieu d'expédition, l'île de Kolgouev (ou Kolgouïev) est une île de l'extrême nord de la Russie, en pleine Russia_-_Kolgujew.PNGmer de Barents, dans une région du monde que l'on appelle le cercle polaire. Une carte, à « l'entrée » du roman, nous montre sa morpho-géographie presque ronde, d'un diamètre de 80 kilomètres environ. Une seule ville y a subsisté, avec quelque 500 habitants, des Nénètses. Golovanov parsème son œuvre de passages de son journal de voyage, mais aussi d'extraits du récit d'exploration du naturaliste anglais Aubyn Trevor-Battye qui parcourut l'île en 1894.

« La berge aux petites fleurs lilas, c'est l'endroit où mes yeux se sont peut-être ouverts pour la première fois. […] Et pendant que nous étions là, hésitants, j'ai enlevé mon sac à dos et j'ai vu...

Un endroit magique. Un vallon vert et ce ruisseau en crue, une eau incroyablement claire et froide dans laquelle se reflète le ciel, le vrai ciel, un ciel profond, perçant sous la toison hirsute des nuages, et ces toutes petites fleurs dans le velours vert de la mousse... Il y en avait une quantité incroyable et cela rendait cette berge... Cela la rendait magique, oui, du moins c'est ainsi que je l'ai vue parce que mes yeux s'étaient ouverts. »



Le livre de Golovanov se compose de cinq parties dont quatre livres : « Livre du rêve », « Livre de la fuite », « Livre de l'expédition » et « Livre des destins »; ainsi que d'annexes comportant des données ethnographiques mais aussi des retranscriptions d'entretiens avec des personnes ayant un lien particulier avec l'île. Le roman est tissé de multiples registres : du conte philosophique au récit initiatique, de l'essai au carnet de voyage, du monologue intérieur à l'autofiction.

Nul besoin d'être soi-même grand voyageur pour être emporté dans ce tourbillon de découvertes. On accompagne le narrateur au fil des pages, on partage ses observations et on ressent les mêmes éblouissements face à la nature, les contraintes physiques, l'intérêt profond de ce petit bout de terre a priori insignifiant aux yeux de beaucoup, mais dont ce livre prouve qu'on peut en faire un véritable trésor.


Léanne Noilhac, AS Édition-Librairie

 

 

Liens

 

Présentation et revue de presse sur le site de Verdier

 

 http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-elogedesvoyagesinsenses.html

 

 

 


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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 07:00

Vendredi 13 janvier

à 18 h 30

 

Toi-aussi-tu-as-des-armes.gif

Rencontre autour du thème Poétique et politique. Autant dans l'ouvrage collectif Toi aussi, tu as des armes, poésie et politique (éditions La Fabrique) que dans le numéro 9/10 de la revue Nioques, Jean-Marie Gleize et Jacques-Henri Michot envisagent la poésie comme « une opération pratique, concrète, où l'on ne se raconte pas d'histoires et où l'on pense l'art comme un acte — individuel, certes — mais aussi comme un lieu public, une scène ouverte. » (Jean-Christophe Bailly).

 


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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 07:00

Witold-Gombrowicz-Trans-Atlantique.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Witold GOMBROWICZ
Trans-Atlantique
traduction

Constantin Jelenski

et Geneviève Serreau

Denoël, 1986

Gallimard, folio, 1990

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir Wikipédia.
  


Trans-Atlantique

Le roman parut d'abord en 1950, en feuilleton dans la revue polonaise Kultura de Paris. Les Polonais immigrés en France ont eu des réactions extrêmement hostiles contre cette œuvre. Ils la considérèrent comme un règlement de comptes de l'auteur avec la Pologne, comme une attaque contre le patriotisme polonais. Gombrowicz fut alors traité de blasphémateur et de traître à la patrie.

L'action du roman dure un mois mais raconte les huit premières années d’exil de l'auteur.

En 1939, Witold Gombrowicz embarque sur le paquebot Chrobry en tant qu'invité à l'inauguration de la ligne transatlantique entre la Pologne et l'Argentine. Il débarque à Buenos Aires le 21 août et les Allemands envahissent la Pologne le 1er septembre. Il décide alors de rester sur le sol argentin et recherche un emploi. La légation1 polonaise hésite entre consacrer ou ignorer Gombrowicz qui sort vaincu de son duel oral contre Borgès. Il lie alors amitié avec un homosexuel qu'il présente dans son roman comme son double, comme « celui qui marche avec lui ».



Les thèmes abordés sont la maturité (représentée par Gombrovicz), l'immaturité (Gonzalo Arturo, le « double » de Gombrowicz), l'opposition entre la jeunesse et la vieillesse, l’achèvement et l’inachèvement, l'infériorité du jeune face à l'adulte, et la sensation de vide et d'insignifiance que lui inspire la patrie.

Dans ce roman, Gombrowizc insiste sur l'opposition entre la sauvegarde de la tradition, l'attachement aux règles morales de la patrie, et la jeunesse, la débauche, et le changement. Son personnage est tiraillé entre, d'une part, la modernité et, d'autre part, la tradition et la « polonité » devant lesquelles il s'agenouille constamment dans le texte.



L'histoire se termine par un Kulig2 et par un immense éclat de rire général qui empêche la situation de basculer vers la mort d'un père ou d'un fils. Ainsi le roman reste en suspens et nous laisse imaginer la conclusion.

Les références de Gombrowicz sont variées mais pour ce livre, l'auteur s'est largement inspiré du Pan Tadeusz (Messire Thadée) de Mickiewicz. Dans Trans-Atlantique comme dans l’œuvre de Mickiewicz on trouve les questions de la polonité et de la nostalgie du pays, ainsi qu'un duel, une chasse à courre, une société secrète et un Kulig.

L'auteur a choisi un procédé emprunté à la littérature polonaise du XVIIe siècle pour mieux la parodier : il utilise la majuscule sur la plupart des mots du texte, parfois pour souligner ce mot ou seulement par jeu graphique. Cependant les traducteurs, Constantin Jelenski et Geneviève Serreau, ont choisi de modérer ce procédé, ce qui facilite la lecture et permet de profiter au mieux de ce roman.


Pour moi, l'atout de ce roman est la multiplicité des histoires qui se passent dans le cercle polonais de Buenos Aires autour de la Légation, de Gonzalo, d'Ignace et de son père, des trois associés le Baron, Pyckal et Ciumkala, et de la Secte ou la Grande confrérie de la douleur et de la souffrance, du supplice et de la terreur avec l'ordre des chevaliers de l'éperon.


Aurélie, 2e année Bib.


Notes

1- Légation : Fait, pour un État, d'assurer une représentation diplomatique dans un pays où il n'y a pas d'ambassade.

2- Kulig : en hiver, la noblesse polonaise investissait les maisons des environs pour engloutir toute la nourriture et boire toute la vodka des maisons, danser, chanter, et emmenait les occupants dans les maisons suivantes. Ils se travestissaient pour l'occasion en Tziganes, paysans, juifs, prêtres, mendiants, etc.


Bibliographie

Mémoires du temps de l'immaturité (Pamiętnik z okresu dojrzewania), 1933

Ferdydurke, 1937

Yvonne, princesse de Bourgogne (Iwona, księżniczka Burgunda), 1938, publié chez Acte-Sud papiers, dans une traduction d'Yves BEAUNESNE, Agnieszka KUMOR et Renée WENTZIG. Cette œuvre a été adaptée à l'opéra par le compositeur Philippe Boesmans en 2009. Elle porte le même titre.

Les Envoûtés (Opętani), 1939

Trans-Atlantique (Trans-Atlantyk), 1953

Le mariage (Ślub), 1953

Bakakaï (Bakakaj), 1957 (=Mémoires du temps de l'immaturité réédité et complété)

Journal (Dziennik) À l'origine publié successivement en 3 volumes :

  • Première partie (1953-1956), 1957
  • Deuxième partie (1957-1961), 1962
  • Troisième partie (1961-1966), 1966

Le Journal est aujourd'hui publié en 2 tomes par Gallimard dans la collection Folio.

La Pornographie (Pornografia), 1960

Cosmos (Kosmos), 1964 (Prix international de littérature en 1967)

Opérette (Operetka), 1967

Cours de philosophie en six heures un quart, 1969

Testament, Entretiens avec Dominique de Roux, 1969

Cahier Gombrowicz, Éditions de L'Herne, 1970

Souvenirs de Pologne, édition Christian Bourgois,1984


Adaptations cinématographiques

Ferdydurke (1991, GB/POL/FRA) - réalisé par Jerzy Skolimowski.

Pornografia (2003, POL/FRA) - réalisé par Jan Jakub Kolski.


Sur Gombrowicz

    Michał Głowiński, Gombrowicz ou la parodie constructive, Noir et Blanc, 2004.

    Rita Gombrowicz, Gombrowicz en Argentine, 1939-1963, Noir et Blanc, 2004.

    Lakis Proguidis, Un écrivain malgré la critique, Gallimard, coll. L'Infini, 1989.

    Jean-Pierre Salgas, Witold Gombrowicz, Seuil, coll. les contemporains, 2000.


Sources

Préface de Constantin Jelenski, dans Trans-Atlantique.

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Witold_Gombrowicz

 www.blogg.org/blog-50350-billet-witold_gombrowicz_trans_atlantique-1011416.html

 www.beskid.com/kulig.html

 http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/l%C3%A9gation

 http://www.gombrowicz.net/

 

 

Witold GOMBROWICZ sur LITTEXPRESS


 

gombrowicz.jpg

 

 

Article de Melaize sur Bakakai. Parallèle avec Stefan Zweig.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 07:00

Balzac-La-maison-du-chat-qui-pelote.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Honoré de Balzac
La Vendetta (1830)
in
La Maison du Chat-qui-pelote
et autres Scènes d la vie privée
 Folio Classique, 1983

 

 

 

 

 

 

 

 

 
L’auteur

Honoré de Balzac est un romancier et dramaturge français né en 1799 à Tours et décédé en 1850 à Paris. Il a laissé derrière lui plusieurs œuvres de genres variés, pour la plupart regroupées dans la Comédie humaine , qui devient en quelque sorte le reflet de l’auteur. Excès, amour, argent, bien qu’artiste de la plume et non pas du pinceau, Balzac pourrait en effet être lui-même le personnage d’un de ces livres.

 

Pour plus d’informations sur la biographie de l’auteur, rendez-vous sur le site suivant :  http://www.alalettre.com/balzac-bio.php
 

Balzac-La-Vendetta1.gif
L’histoire

La  nouvelle « La Vendetta » retrace l’histoire de Ginevra Di Piombo, magnifique jeune fille corse qui s’éprend de Luigi Porta, qui se révèle être le dernier survivant de la famille ennemie de la sienne, décimée par la vendetta.

Ginevra suit des cours dans l’atelier du peintre Servin. C’est là que Luigi, avec la complicité de l’artiste, se cache, statut de proscrit oblige, ayant soutenu Napoléon dans sa chute. La jeune fille le découvre et s’ensuit une histoire d’amour, très vite entachée par l’ultimatum du père, loin d’accepter la situation.

Choisissant d’être reniée par les siens plutôt que de refouler son amour, Ginevra décide de s’enfuir et de se marier. Malgré la pureté et la sincérité de leurs sentiments, le couple ne pourra échapper à une fin tragique, où seuls le malheur et la misère les attendent...


Balzac-La-Vendetta-3.gif
Analyse

La rareté des dialogues contraste avec une description très riche. En effet, l’écrivain a le sens du détail et de la précision dans sa manière de peindre le récit, le cadre, l’ambiance, les personnages. On obtient un effet réaliste : les scènes finissent par ressembler à de véritables tableaux aux yeux du lecteur.

Concernant la structure de la nouvelle, celle-ci est à mon sens comparable à la tragédie classique en cinq actes. En premier lieu, le lecteur assiste à une exposition de la situation des personnages : on apprend l’identité et l’origine de la famille di Piombo, ainsi que le conflit les opposant aux Porta.

S’ensuit alors ce qu’on pourrait considérer comme le deuxième acte, avec l’apparition de l’élément perturbateur qui n’est autre que la découverte de Luigi par Ginevra et, par la suite, l’annonce de leur mariage.

Dans le troisième acte, point culminant de la nouvelle, est révélé le nom de Luigi, fils de la famille ennemie. Un dilemme va alors s’imposer pour la jeune fille, qui doit choisir entre les siens et son bien-aimé. Sa décision prise, ne trahissant aucune hésitation, elle scelle son destin en se liant à Luigi.

Dans le quatrième acte, l’action se noue définitivement, il n’y plus possibilité de faire machine arrière. Après une vie d’abord agréable, les mariés connaissent des difficultés financières dont ils ne pourront plus se défaire : c’est le début d’une vie misérable et malheureuse, malgré l’amour qui les unit.

Enfin, arrive ce qu’on pourrait considérer comme le dernier acte : l’action se dénoue, entraînant au passage la mort de plusieurs personnages. Pour découvrir lesquels, je vous invite à lire cette nouvelle !



Mon avis
 
Bien que la structure soit classique, je trouve la nouvelle intéressante, dans le sens où même si l’on se doute de la fin de l’histoire, on reste admiratif de la manière balzacienne d’écrire, de peindre son œuvre. L’auteur arrive à imiter ses personnages d’artistes, en rendant le récit semblable à des tableaux. Le lecteur est le témoin d’un incroyable jeu de lumières imprégnant les descriptions. La nouvelle révèle un aspect très esthétique, remarquable dans l’ensemble des ouvrages de Balzac, ce qui peut expliquer que ses œuvres aient été souvent portées à l’écran. En effet, cette précision dans les décors, le physique des personnages, est digne d’un script cinématographique.
 
La nouvelle de « La Vendetta » est riche en elle-même, du point de vue des thèmes abordés ainsi que du style, mais elle l’est d’autant plus si on la recoupe avec les autres œuvres de la Comédie Humaine. C’est là qu’elle prend tout son sens.


Caroline, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Balzac novelliste sur Littexpress

 

 

 

Balzac Le Chef d oeuvre inconnu

 

 

 

 

 

Articles de Léna, d'Anne-Fleur, d'Hélène et d'Émilie sur Le Chef-d'oeuvre inconnu.

 

 

 

 

Balzac-Adieu.gif


 

 

 

Article de Laura sur Adieu

 

 

 

 

 

 

 

La-Maison-du-chat-qui-pelote.jpg

 

 

 

 Article d'Ana sur La Maison du Chat-qui-pelote.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 07:00


Tout commença par…

...le festival Argentina proposé par Lettres du monde. C’est dans le cadre de cette manifestation que notre rencontre avec le traducteur de langues hispanique et latino-américaine, Jean-Marie Saint-Lu, eut lieu, plus précisément à la bibliothèque municipale de Bègles, le 8 octobre dernier, où une conférence sur les fictions et microfictions argentines autour des écrivains  Eduardo Berti et  Andrés Neuman était organisée. Charmées par cette animation, nous décidions à la fin de cette intervention d’interpeller M. Saint-Lu afin de lui expliquer le travail que nous comptions réaliser sur et avec lui. Enthousiasmé par cette idée, il ne put cependant nous accorder cet entretien que quelques mois après, par le biais du net, en raison d’un emploi du temps très chargé (voyage à l’étranger notamment).



Le traducteur 

Agrégé d’espagnol et retraité de l’éducation nationale, Jean-Marie Saint-Lu a enseigné la littérature latino-américaine aux universités de Paris X-Nanterre puis de Toulouse II-Le Mirail. Ancien maître de conférences et actuellement traducteur, il a réalisé en vingt sept ans de carrière plus d’une centaine de traductions, essentiellement de romanciers espagnols dont Juan Marsé, Javier Marías, Antonio Muñoz Molina ou latino-américains comme Eduardo Berti, Antonio Caballero, etc. Il collabora également avec Jean-Pierre Clément pour la monumentale Histoire des Indes de Bartolomé de las Casas et pour les Œuvres complètes de Christophe Colomb.

 

 


Jean-Marie_saint_lu.jpg©http://www.sudouest.fr
Mr Saint-Lu à droite sur la photo

 

 

 

Entretien

1. Comment vous présenteriez-vous en quelques mots ?

Je suis agrégé d’espagnol et ai fait toute ma carrière aux universités de Paris X et de Toulouse II, où j’ai enseigné principalement la littérature latino-américaine et l’analyse de textes. Je me définirais comme un littéraire obstiné.



2. Comment êtes-vous devenu traducteur ? Pourriez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?

Je suis devenu traducteur à la demande d’un ami écrivain, le Péruvien Alfredo Bryce Echenique, et de son éditeur parisien. J’ai ensuite continué à traduire sans interruption, parallèlement à mon activité universitaire. J’ai traduit à ce jour plus de cent ouvrages, principalement des romans espagnols et latino-américains, pour les principaux éditeurs français (Gallimard, Actes Sud, Grasset, le Seuil, Christian Bourgois, Anne-Marie Métailié, etc.)



3. Selon vous, quels sont les objectifs du métier de traducteur ?

De toute évidence, faire connaître aux lecteurs français les littératures étrangères.

Bryce-Echenique.jpg

4. Quelle a été votre toute première traduction (nous entendons par là livre traduit) et qu’en avez-vous retenu ? Quels sont vos souvenirs actuels ?

Ma toute première traduction a été celle du roman d’A. Bryce-Echenique intitulé La vida exagerada de Martín Romaña publié en français par les éditions Luneau-Ascot (aujourd’hui disparues) sous le titre La vie exagérée de Martín Romaña.

Ce gros roman m’a demandé beaucoup de travail, mais j’en ai éprouvé un grand plaisir. Il a eu un beau succès et remporté le prix Passion créé par plusieurs grands libraires parisiens. Je m’en souviens comme d’un travail très agréable, qui m’a permis d’entrer dans le monde de la traduction.



5. Dans quelles conditions traduisez-vous (méthodes de travail, outils utilisés, environnement…) ?

Je travaille chez moi, au calme, en musique, avec tous les outils modernes (Internet) et une belle collection de dictionnaires.



6. Partisan du mot-à-mot ou bien d'une « belle traduction » ?

D’une traduction qui soit fidèle à l’original et respectueuse de la langue française.



7. Vous autorisez-vous des libertés, cherchez-vous à vous approprier le texte traduit ou restez-vous en retrait par rapport au texte original ?

En aucun cas. Respect absolu de l’original et volonté constante de rester en retrait.



8. En moyenne combien de lignes ou de pages traduisez-vous par jour ?

C’est très variable. Disons 5 ou 6 pages, parfois plus, rarement plus de 10.



9. Travaillez-vous seul ou vous arrive-t-il d’être en contact avec certains de vos « collègues » pour discuter des vos éventuels obstacles, souhaits… ? Et de ce fait, pensez-vous que les traducteurs sont suffisamment reconnus ou/et soutenus dans le milieu littéraire ?

Je travaille seul, mais en trois occasions j’ai eu recours à un cotraducteur. Sinon, il peut m’arriver de demander conseil, mais plutôt à des hispanophones, et pas forcément des traducteurs.

Les traducteurs ont conquis de haute lutte une reconnaissance (plutôt qu’un soutien) qui n’est pas encore systématique, mais on y vient.



10. Dès lors, quelles sont les principales difficultés liées à la traduction d'un livre en espagnol (langue beaucoup plus musicale que le français) ?

Précisément, pour moi la vraie difficulté est ce que vous appelez, à juste titre, la musique du texte. Je m’efforce de la faire passer en français, en particulier en travaillant beaucoup la ponctuation, différente dans les deux langues, et qui est la respiration du texte.



11. Arrivez-vous ainsi à retranscrire facilement cette musique de la langue hispanique dans la langue française ?

Non, ce n’est jamais facile. J’essaie toujours « d’entendre » ma traduction comme j’entends le texte original, et c’est pourquoi il m’arrive souvent de lire des passages à haute voix.



12. Existe-t-il par ailleurs de grandes différences de traduction pour les différents espagnols parlés ?

Certes, mais il y a de bons dictionnaires pour résoudre ce genre de difficultés. Et les lectures qu’on a faites, bien sûr.



13. Au delà des difficultés, quels sont les plaisirs liés à ce travail ?

Celui d’écrire en français sans avoir l’étoffe d’un écrivain, et de tenter de donner au lecteur le même plaisir que celui qu’on a éprouvé en lisant le livre original.



14. Seriez-vous attiré par la traduction d’autres langues ?

Oui, par l’anglais en particulier.



15. Que pensez-vous du fait de retraduire des œuvres déjà traduites depuis longtemps ?

C’est une nécessité, en tout cas pour les grands textes, car tout le monde sait que si les grands textes ne vieillissent pas, les traductions, elles, vieillissent.



16. Selon vous, quelles sont les principales préoccupations d’un traducteur avant même de commencer son travail de traduction ?

Comprendre les finesses de l’original et saisir sa cohérence. C’est pourquoi il faut toujours commencer par une sorte d’explication de textes.



17. Avez-vous déjà été contrarié voire même déçu par une de vos traductions ?

Oui, très souvent, car on n’est rarement satisfait de son travail, jamais vraiment à la hauteur de ce qu’on espérait.



18. Et au contraire quel est votre plus beau souvenir dans ce domaine ?

Mes plus beaux souvenirs sont davantage liés aux auteurs, avec qui j’ai en général d’excellentes et très amicales relations, qu’à la traduction proprement dite.



19. Ivan P. Nikitine affirmait, dans le numéro 93 de Lettres et images d’Aquitaine : « un traducteur est quelqu’un qui rencontre un voyageur chargé d’un lourd et riche bagage, et qui l’aide à traverser le fleuve pour aller à la rencontre de ceux qui vivent sur l’autre rive. Mais ce voyageur, il faut d’abord apprendre à le connaître, à le comprendre, à l’aimer. Ce n’est que dans ces conditions que la traversée sera possible. » Êtes vous d’accord avec cette image de passeur que l’on attribue souvent au traducteur ?

Je suis d’accord avec cette définition de P. Nikitine.



20. Dès lors, pensez-vous que vos traductions ont un rôle à jouer dans la transmission de la culture hispanique ou/et latino-américaine ?

Bien sûr, du moins je l’espère.



21. Choisissez-vous les auteurs que vous voulez traduire ou bien s'agit-il de commandes d'éditeurs ?

Les deux. Cela dépend. Comme bien des confrères, je suis le traducteur « attitré » de tel ou tel écrivain.



22. Comment se déroule la collaboration entre l'auteur et le traducteur ?

Très bien dans mon cas. Je communique beaucoup avec eux, leur pose des questions auxquelles ils répondent toujours très aimablement. Et comme je le disais plus haut, la plupart sont devenus de très bons amis.



23. De même, quelles sont les relations que vous entretenez avec les éditeurs et correcteurs ? Existe t-il des rapports de force ou au contraire ressentez-vous une certaine complicité entre vous et eux ?

J’ai, globalement, d’excellents rapports avec les éditeurs et les correcteurs, dont j’admire le travail. Mais je ne peux parler que de mon cas personnel.



24. Vous est-il déjà arrivé de refuser des traductions ?

Oui, au moins deux fois.



25. Ancien maître de conférences de littérature latino-américaine à Paris X-Nanterre ou encore Toulouse II le Mirail, vous êtes à la tête d’ateliers de traduction. Quel en est le principe ? Pourriez-vous nous décrire le contexte et les objectifs de cette animation ? Comment vivez-vous cette expérience et qu’apporte-t-elle à votre travail ?

Il s’agit de réfléchir ensemble sur un texte qui a été préparé à l’avance, chacun discutant les propositions des autres. Pour le contexte, et en ce qui me concerne, il s’agit d’une part du Collège International des Traducteurs de Bruxelles, et aussi pendant deux ans, de tutorats pour le Master de traduction littéraire de Bordeaux III.

Quant aux objectifs, ils sont déterminés par la fonction même de ces ateliers, qui est, officiellement, de préparer des étudiants au métier de traducteur littéraire. Malheureusement, il n’y a pas de place pour tout le monde, et c’est souvent une formation qui ne débouche sur rien, mais qui peut apporter du plaisir à ceux qui la suivent. C’est du moins ce qu’ils m’ont toujours dit.

Cette collaboration m’apporte beaucoup, et elle est aussi un peu stressante, car on s’aperçoit que les textes qu’on traduit sont toujours améliorés par ces passages en atelier. Mais personne ne peut se payer le luxe de traduire un livre entier à cinq ou vingt personnes…



26. Spontanément quels sont les conseils que vous donneriez aux étudiants et jeunes traducteurs d’aujourd’hui ?

Lire du français, lire du français, lire du français, se cultiver, se cultiver, se cultiver. Et pas seulement dans la langue qu’on traduit.
Eduardo berti La Vie impossible


27. Vous figurez très souvent aux côtés de l’auteur Eduardo Berti, notamment cette année lors de la manifestation des Lettres du monde consacrée à l’Argentine. Comment l’avez-vous rencontré et quelles sont vos relations avec lui ?

J’avais traduit des articles de lui pour la revue « Magazine Littéraire ». Mes traductions lui avaient plu, et c’est lui qui a demandé à son éditeur de l’époque (Grasset) de me confier la traduction de ses livres. Et nous sommes devenus très bons amis, malgré la grande différence d’âge qui fait que je ne serai pas toujours son traducteur…



28. Vous est-il déjà arrivé d’avoir des désaccords quant à vos traductions avec cet auteur en particulier ?

Non, jamais.



29. Une tout autre question qui éveille notre curiosité : arrivez-vous encore à lire pour votre plus grand plaisir ou bien est-ce que le métier de traducteur revient « au galop » dès lors que vous avez un livre entre les mains ? En quelque sorte parvenez-vous à faire la part des choses ?

Même si le réflexe de traduction revient souvent, j’éprouve toujours, Dieu merci, un très grand plaisir à lire, et je lis et (relis) beaucoup.



30. Enfin, pour clore cet entretien, quelle serait à vos yeux la meilleure définition ou simplement le terme idéal pour qualifier le métier de traducteur aujourd’hui ?

Je donnerai plutôt deux vertus nécessaires au traducteur, selon moi : empathie et humilité.



Bibliographie

  

BERTI Eduardo, La Vie impossible , Actes Sud, 2003.

BERTI, Eduardo : L’Inoubliable, éd. Actes sud, mai 2011.
BERTI, Eduardo : L'Ombre du boxeur, éd. Actes Sud, 2008.
BOUZA, Fernando : Hétérographies : formes de l’écrit dans le siècle d’or espagnol, éd. Casa de Velazquez, 2010.
CABALLERO, Antonio : Un mal sans remède, éd. Belfond, 2009 [rééd.10-18, sept. 2011]
COZARINSKY, Edgardo : Loin d'où, éd. Grasset, août 2011.
FUENTES, Vilma : Des châteaux en enfer, éd. Actes sud, 2008.
LISCANO, Carlos : Le Lecteur inconstant  (suivi de) Vie du corbeau blanc, éd. Belfond, sept. 2011.
LISCANO, Carlos : L'Écrivain et l'autre, éd. Belfond, 2010 [rééd. 10-18, sept. 2011]
LISCANO, Carlos : Souvenirs de la guerre récente, éd. Belfond, 2007 [rééd. 10-18, 2009]
MARÍAS, Javier : Ton visage demain, vol.3 : Poison et ombre et adieu, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 2010.
MARÍAS, Javier : Littérature et fantôme, éd. Gallimard, coll. Arcades, 2010.
MARÍAS, Javier : Ton visage demain, vol. 2 : Danse et rêve, éd. Gallimard, coll. Du monde entier, 2007.
MASIÁ CLAVEL, Juan : Au nom d’un dieu : les lieux saints dans le monde, éd. Rouergue, 2008.
ORDONEZ, Javier : Les Idées et les inventions qui ont changé le monde, éd. Rouergue, 2009.
OSORIO, Elsa : Tango, éd. Métailié, 2007 [rééd. Points Seuil, 2008]
SOLER, Jordi : La Fête de l’ours, éd. Belfond, janvier 2011.
SOLER, Jordi : La Dernière Heure du dernier jour, éd. Belfond, 2008.
URBANYI, Pablo : Le Zoo de Dieu, éd. Actes Sud, 2010.
VALLEJO, Fernando : Carlitos qui êtes aux cieux, éd. Belfond, 2007.
…etc.


Petit plus

Pour plus de renseignements sur ce traducteur, son travail et sa collaboration avec Eduardo Berti, nous vous conseillons l’url suivante de la bibliothèque municipale de Lyon pour ses débats et conférences en ligne autour de l’écrivain et son double : Eduardo Berti & Jean-Marie Saint-Lu.
 

http://www.bm-lyon.fr/spip.php?page=video&id_video=366

 

 

 

 « Mes ateliers de traduction avec Jean-Marie Saint-Lu » de Laetitia Sworzil sur  Tradabordo.  

 

 

 

Angélique BOUZAGE et Lara RICHARD, étudiantes en licence professionnelle bibliothèques

 

 

 


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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 07:00

Vendredi 09 décembre
18h
salon Albert Mollat

 

 

Table ronde autour de la  présentation de la nouvelle traduction intégrale et commentée des Contes des frères Grimm aux éditions José Corti.

En présence de la traductrice Natacha Rimasson-Fertin et de l’anthropologue Nicole Belmont, ce débat animé par Christiane Connan-Pintado, maître de conférences à l’IUFM de Bordeaux aborde les questions suivantes : Pourquoi retraduire Grimm ? Quel en est l’intérêt scientifique ? Quelle place ces contes tiennent-ils dans l’inconscient collectif ?

Contes-de-Grimm.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Jacob GRIMM - Wilhelm GRIMM
Contes pour les enfants et la maison
 collectés par les frères Grimm
traduits de l'allemand
par Natacha Rimasson-Fertin
José Corti
Collection Merveilleux



 

 

 

 

 

 

 

natacha-rimasson-fertin.jpg

 

 

 

Natacha Rimasson-Fertin est germaniste, maître de conférences à l’université Stendhal-Grenoble 3. Elle édité, traduit et commenté la première édition intégrale en français des Contes de Grimm.

 

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Nicole Belmont est  anthropologue européaniste, enseignant-chercheur à l’EHESS. Elle a publié, entre autres, les ouvrages suivants : 

Poétique du conte : essai sur le conte de tradition orale, Paris, Gallimard, 1999. 

Sous la cendre : figures de Cendrillon, anthologie établie et postfacée par Nicole Belmont et Élisabeth Lemirre, Paris, José Corti, « Merveilleux », 2007. 

Mythe, conte et enfance : Les écritures d'Orphée et de Cendrillon, Paris, L'Harmattan, 2010.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Belmont

 

 

L’intitulé de cette conférence suppose qu’on a déjà lu les contes de Grimm : ce sont les classiques qu’on relit.

Les contes de Grimm sont inscrits au Registre International de la Mémoire du Monde de l’UNESCO.

L'œuvre des frères Grimm est très vaste : on dénombre 201 contes plus 28 contes supprimés de leur vivant ainsi que 10 légendes soit au total 239 textes. Natacha Rimasson-Fertin a réalisé la première traduction française intégrale et commentée de l’ensemble de ces contes.



Pourquoi retraduire un classique ?

Natacha Rimasson-Fertin se souciait de traduire l'intégralité des œuvres des frères Grimm, notamment ceux qui n'étaient accessibles qu'aux germanophones. De plus, cette réédition est davantage scientifique (par opposition aux traductions littéraires dont nous disposions). Elle propose des préfaces originales ainsi que des études de contes réalisées par les frères Grimm.

Seulement trois thèses en France ont eu comme sujet les contes des Grimm, celles de F. Fier, N. Ripato, N. Rimasson Fertin ; ces contes ont longtemps été mis de côté au profit d’écrivains comme Perrault...



L’écriture dénature-t-elle le conte, la tradition orale ?

Nicole Belmont nous explique qu'à l'époque des frères Grimm, les contes de tradition orale ne devaient pas faire partie de la culture lettrée car ils étaient qualifiés de grossiers.

Le texte fige le conte en dépit de sa beauté, il change l’idée qu’on peut s'en faire. En effet à l’écoute d’un conte, chacun peut se forger des images mentales de ce qui est raconté. De plus une multitude de versions est possible à l'oral alors que « l'écrit ne permet pas ces fantaisies ».

Le conte raconté n'est jamais le même grâce à la mémoire ; cependant, le passage à l'écrit est « le prix à payer » pour entrer dans la culture lettrée.

Du fait d'être écrits, les contes paraissent plus naïfs et plus simples, on les destine aux enfants.

Jacob Grimm disait qu’il ne savait pas si les contes étaient destinés aux enfants. À l'époque, les contes merveilleux ne leur étaient pas lus.

 

 

 

Les contes et les enfants

Natacha Rimasson-Fertin nous dit que la deuxième édition des contes de Grimm en 1819 est importante. Les frères Grimm expliquent dans la préface qu’ils ont enlevé des passages érotiques, violents et cruels pour que les enfants puissent les lire. À partir de ce moment, le conte est destiné aux enfants.

La violence est tout de même quelquefois présente, mais justifiée par une morale.

Natacha a réintégré ces passages supprimés où on trouvait de la violence gratuite, assez choquante. Par exemple envers les animaux alors que ceux ci sont souvent des adjuvants dans les contes merveilleux.

 

 

La fidélité à l'œuvre

Natacha Rimasson-Fertin a voulu conserver la répartition des tomes voulue par les frères Grimm, c’est-à-dire un découpage en deux tomes. Chaque tome se termine par un conte ouvert, un conte sur la fin duquel on se questionne.

Les frères Grimm souhaitaient retranscrire les contes tels qu’ils étaient racontés. Ils ont demandé à leur entourage de collecter les récits à travers l'Allemagne. Ainsi ils ont pu les écrire, leur but étant de les sauvegarder.

 « La forme vient de nous, mais nous n’avons rien changé à la substance ».

 « Quand on casse un œuf, ne pas briser le jaune ».

Les Grimm ont écrit un troisième tome dans lequel ils indiquaient la région d'où venaient les contes ainsi que les différentes versions existantes pour faire la preuve de l'énorme travail de collecte qu'ils ont mené avant d'écrire ces contes.

Les frères Grimm ont tenu à créer une illusion d’oralité littéraire. Notamment en développant des dialectes, des trames narratives complètes en dialectes ainsi qu'en gardant le vocabulaire populaire utilisé par les « conteurs » pour garder un ton vivant. Les dialectes sont fondamentaux dans l’identité allemande. Les frères Grimm auraient voulu en écrire plus puisque leur travail était de transcrire et sauvegarder ces récits avec un côté identitaire. Pour Natacha, il ne fallait pas pasticher ces dialectes, inventer des langues. En effet, la tradition y perd, mais elle explique dans les marges qu’il s’agit de dialectes.

Au fil des années, les récits se sont étoffés : ajout de dialogues, expression des sentiments des personnages, de plus en plus de descriptions, des phrases très longues.

Le travail de Natacha a consisté à lire et relire ces contes pour trouver un juste dosage. Il fallait tendre vers la version idéale.

 

 


Les genres de contes

Les contes se subdivisent en sous-genres :

  • les contes d'animaux : 13 %,
  •  les contes à formule : 4%, 
  • Les contes facétieux : 17%
  • et enfin, les contes merveilleux (chrétiens et païens).



Les contes merveilleux : des mythes ?

Nicole Belmont :

Les mythes racontent les origines, les récits sacrés qu’on se transmet. Certains contes évoquent des thèmes mythiques qui concernent le destin humain mais bien souvent ce sont des récits plus anodins. On y suit un même personnage depuis sa naissance. Il est obligé de quitter sa famille et de suivre un chemin initiatique. Il surmonte des épreuves successives (souvent, il est obligé de quitter sa famille), des échecs et connaît aussi des réussites. L’initiation est alors réussie. Il accède au mariage prestigieux mais n’est pas reconnu socialement. Avoir des enfants permet une reconnaissance totale.

Ce sont des « Des contes de traverses et de misère » c'est-à-dire que lorsque le personnage arrive enfin à être heureux le conte s'arrête, seules les péripéties importent vraiment.

Dans les contes merveilleux, il faut nouer des liens d’alliance, au début, le héros est plus proche de la famille puis pour évoluer il faut partir. Les contes facétieux sont la contrepartie de ceux-ci : il n’est pas nécessaire de partir.

Le mythe, le conte et le rêve sont des choses différentes : « Le rêve se passe sur une scène autre que la vie », et le conte même s'il présente des éléments de la réalité de la vie quotidienne se passe dans un temps non actuel. D'ailleurs, le reproche qu'on peut faire aux contes aujourd'hui, vient du fait que certains d'entre eux se situent dans la réalité, les enfants ne les comprennent plus de la même façon et ils empêchent de transporter l’imaginaire ailleurs. Dans un conte nous pouvons passer d'un monde à l'autre : c'est l'optimisme merveilleux.

 

 

 Natacha Rimasson-Fertin :

Le merveilleux c'est lorsque l'on s’attend à l'objet magique, il y a des faits étranges mais on y croit.

Dans le merveilleux chrétien, nous pouvons voyager entre les mondes : paradis, enfer et terre, nous pouvons y aller mais tout aussi bien en revenir (Enfant de Marie où le décor est destiné au public enfantin. Vision enfantine inspirée des vitraux dans les églises).

Dans le merveilleux païen, on trouve des géants, des nains, des lutins, des ondines... avec lesquels les humains ont un bon contact même si de temps en temps ils sont néfastes (par exemple, les ondines attirent dans l'eau alors que les nains peuvent aider pour les accouchements, les fées échangent les enfants humains contre les leurs ; ce n'est pas irréversible, il existe des recettes...). Ces personnages sont attachés à des croyances.

Cependant quand les contes ont été christianisés, tous ces personnages ont été regroupés en un seul : le diable.



L'illustration et les contes

En 1837 est publiée en allemand une sélection de cinquante contes illustrés pour la jeunesse. Ils s’inspirent de l’édition de la première traduction anglaise de 1825 (qui ne comportait que cinquante contes). La structure familiale change. Les femmes ont désormais une part dans l’éducation des enfants, pour se centrer sur la famille nucléaire. Les illustrations sont dues à un autre des frères Grimm, peintre, illustrateur, graveur. Cette petite édition va avoir du succès et va permettre de faire connaître la grande œuvre des Grimm.

 Les contes sont-ils illustrés pour pallier le manque d’images mentales que l'on peut se forger avec la version écrite à la différence de l'écoute ?

Nicole Belmont nous indique que les éditeurs de contes pour enfants se croient obligés de les illustrer. Pour elle, c’est un scandale. Les illustrations impriment une image qui empêche le lecteur de se forger sa propre image mentale. L’image du conte est appauvrie. On ne voit que la vision de l’illustrateur.

 « Illustrer un conte c’est comme raconter une autre histoire à côté », elle a un rapport avec celle qui est racontée mais il y aurait de nombreuses autres façons de la voir.

L'édition Corti est illustrée. Certaines illustrations ont été reprises de versions précédentes ; elle comporte également des notes les concernant. Elle se compose des volumes, index, tables des matières, liste alphabétique des titres, postface, dossier, bibliographie, notes de traduction ; tout cela indique la qualité scientifique de l’ouvrage. Les notes suivent le conte auquel elles sont attachées.

 
 Propos recueillis par E.P. et M.L., 2ème année Bib.


Lien

 Entretien avec Natacha Rimasson-Fertin
 http://www.jose-corti.fr/titresmerveilleux/grimm-interviewNatacha.html

 

 


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