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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 07:00

Rabindranath-Tagore-Aux-bords-du-Gange.gif


 

 

 

 

 

 

 

 

Rabindranath TAGORE

Aux bords du Gange

traduction

Hélène du Pasquier

Gallimard,
Folio 2€, 2010

Nouvelles tirées de

Mashi

Gallimard, 1925

Nouvelle édition

Connaissance de l'Orient, 2002

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir  Wikipédia.
 


Le recueil

 

Aux bords du Gange rassemble des nouvelles extraites du recueil de Tagore Mashi, paru chez Gallimard en 1925. Elles sont traduites de l'anglais par Hélène du Pasquier. Les nouvelles de Tagore nous plongent dans un pays oriental bien éloigné de nos mœurs occidentales. C’est avec un talent indescriptible, au travers des nouvelles vives et colorées, que Tagore s’attache à décrire les us et coutumes d’Indiens ordinaires. Tandis que lui vivait aisément, il parvient à pénétrer très justement la vie des plus basses castes indiennes ; ce qui lui donne un style singulier dans la littérature indienne de son époque.

Ses petites nouvelles, aussi anodines qu’elles puisent paraître, sont toujours prétexte à des réflexions sur la société indienne. Rien n’est laissé au hasard ; dans « La sœur ainée », par exemple, Tagore montre une femme blessée prisonnière du pouvoir de son mari. Elle essaye tant bien que mal de protéger son petit frère orphelin victime de la jalousie de son mari.

Ces petites nouvelles sont toujours empreintes d’un grand sens de la moralité profondément ancrée dans la culture indienne ainsi que d’un sens aigu du sacré. « Aux bords du Gange » raconte l’histoire d’une jeune veuve qui avoue son amour à un sanyasi (un prêtre hindouiste) qui ressemble étrangement à son défunt mari ; cet homme, quand il l’apprend, décide de quitter le village afin de pouvoir accomplir son devoir religieux. De même la pudeur envers les hommes, marque de grandeur d’âme pour une femme indienne, est marquantes dans ses nouvelles. A cet effet, la thématique du voile est récurrente. Les femmes sont toujours toutes dévouées à leurs maris et leur sens du devoir passe avant tout même au prix d’un sacrifice.

Tagore nous mène également du côté de la légende indienne avec une plume onirique et poétique. Dans « Le gardien de l’héritage », un avare perfide, Jaganath Kundu, suivant une vieille superstition, ensevelit un enfant (qu’il ne sait pas être son propre petit-fils) dans les profondeurs de la terre, le transformant ainsi en yak, gardien de son trésor. Cette nouvelle entraîne chez le lecteur un sentiment de haine envers cet homme au cœur de pierre, et c’est la mort qui rapidement terrasse cet avare.

La hiérarchie se révèle omniprésente dans ses histoires, en raison du système de castes certes mais aussi dans les rapports familiaux. Dans « La clé de l’énigme », un homme décide de reprendre le bénéfice des terres que son père a inconsidérément octroyées à des nécessiteux. Les conflits de castes sont notoires ; en effet, le fils engage un procès contre un jeune fermier refusant de payer son dû après avoir joui longtemps des bontés du père. Le père avant la sentence donne les clés de l’énigme : ce jeune fermier est le frère de son riche fils. En le priant de l’acquitter, le riche fils exauce la volonté de son père. Dans « La sœur aînée », une femme se soumet entièrement à son mari qu’elle sait cruel et mauvais ; il finira même par la faire disparaître on ne sait comment.

Le sens du devoir est quelque chose de sacré dans ces nouvelles. Dans « La nuit suprême », un homme et une femme, amis d'enfance, se retrouvent ensemble lors d'une épouvantable nuit de tempête. Mariée à un autre, cette femme, pourtant éprise de son ami d’enfance, accomplit son devoir d’épouse et ne posera jamais les yeux sur son ami qu’à travers son voile.

La première nouvelle du recueil, « Le squelette », se détache un peu des autres, elle semble plus ironique et fantastique. Le fantôme d'une jeune femme vient raconter son histoire à un insomniaque, situation plutôt cocasse et qui porte à sourire. Mais ce côté amusant fait vite place à l’ironie. En effet, l’histoire que raconte le squelette est celle d’une jeune fille indienne qui n’a pas pu épouser le jeune homme qu’elle aimait promis à une autre jeune fille plus riche. De manière touchante, Tagore montre du doigt un système social qu’il voudrait voir changer.

L’Inde des castes et les nombreux rituels sont fort bien dépeints par la plume lyrique et vivace de Tagore. Le sens du devoir et le sens du sacré se dévoilent petit à petit nous laissant découvrir une culture orientale bien particulière. Entre rêves et légendes indiennes, Tagore plonge son lecteur dans un voyage enchanté au gré des tintements de bracelets et des saris colorés. 


Quitterie, AS Éd.-Lib.



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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 07:00

Tennessee-Williams-Le-poulet-tueur-et-la-folle-honteuse.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tennessee WILLIAMS
Le poulet tueur et la folle honteuse
Titre original
The killer chicken and the closet queen
Traduit de l'américain
par Jean Lambert
Robert Laffont, Pavillons poche, 2008.





 

 

 

 

 

 

 

 

Ce recueil rassemble les neuf dernières nouvelles écrites par Tennessee Williams vers la fin de sa vie. Le livre est introduit par une préface signée de l'auteur et datée de 1960. Le titre du recueil reprend celui de la dernière nouvelle, « Le poulet tueur et la folle honteuse », écrite par Tennessee Williams en 1971, à l'âge de soixante ans.



Les thèmes majeurs qui traversent ce recueil sont l'amour, le désir et la sexualité ainsi que la mort, la maladie et la dépression. On peut rapprocher ces thématiques du mythe d'Éros et Thanatos. Éros, dieu de l'amour dans la mythologie grecque, est souvent utilisé comme figure allégorique représentant le désir ou le plaisir sexuel, ou plus généralement la pulsion de vie. Il est très souvent opposé à Thanatos, dieu de la mort. Dans ce recueil, Tennessee Williams associe souvent les pulsions érotiques de ses personnages à des pulsions de mort. En voici quelques exemples :

Dans « L'inventaire à Fontana Bella », la principessa meurt en se frappant le vagin et en criant le prénom de son dernier amant.

Dans « Miss Coynte de Greene », Miss Coynte a son premier rêve érotique immédiatement après la mort de sa grand-mère. C'est la mort de sa grand-mère qui permet la libération sexuelle de Miss Coynte.

La nouvelle « Sabbatha et la solitude » se termine sur une situation très érotique où les amants sont réunis sur des coussins près d'un feu de bois. La dernière ligne est une réplique de Sabbatha demandant à son amant dénudé de lui apporter un aspic (une vipère) en référence au suicide de Cléopatre.

Plus symboliquement dans « Le poulet tueur et la folle honteuse » lorsque Stephen fait l'expérience de ses premières relations homosexuelles, il boit de grandes quantités de Bloody Mary, cocktail rouge-sang dont le nom fait référence à Marie Tudor, reine d'Angleterre connue pour sa politique répressive sanguinaire.

 

 

 

Il est facile de faire un parallèle entre cette thématique de l'amour et de la mort et le décès, en 1963, de l'amant le plus important de la vie de l'auteur, Frank Merlo. Il ne semble pas non plus anodin que de nombreuses nouvelles se déroulent en Italie, le pays d'origine de Frank Merlo. Il est donc assez évident que la vie de Tennessee Williams a eu une forte influence sur son œuvre.

 Tennessee-wILLIAMS.jpg

La littérature de Tennessee Williams, fiction « émotionnellement autobiographique »


On retrouve tout au long de ces nouvelles des éléments renvoyant plus ou moins directement à la vie de l'auteur. Cependant l'emploi de ces éléments se fait au travers des émotions des personnages. Comme Tennessee Williams l'explique lui même, « [son] travail est émotionnellement autobiographique. Il n'a pas de relation avec les faits réels de [sa] vie mais il en reflète les courants émotionnels »1. Ainsi, dans « Sabbatha et la solitude », on retrouve une poétesse déchue, déprimée, en exil dans son domaine de campagne, ce qui rappelle la situation de Tennessee Williams qui se retirait très souvent à Key West, dans sa maison de campagne, où il noyait le souvenir de sa gloire passée dans l'alcool et les barbituriques. Ce sentiment d'exclusion se retrouve dans « Un reclus et son hôte », qui met en scène une voyageuse trouvant l'hospitalité chez un reclus qui finalement la rejette et la pousse au suicide. C'est également l'élément central de « Das wasser ist kalt », qui met en scène une enseignante exclue de son école par ses collègues qui lui offrent un aller-simple pour l'Italie. De nouveau, dans « La mère au pian », la mère de famille est rejetée par son entourage et par tout le village à cause d'une maladie qui peut être soignée facilement depuis 1910. Cette exclusion la renvoie à l'état animal puisqu'elle finit par vivre dans la forêt entourée d'animaux.

Un autre sentiment prégnant dans les pages de cet ouvrage est l'aversion de l'auteur pour les valeurs traditionalistes sudistes. La nouvelle qui met en scène cette aversion est « Heureux 10 août », dans laquelle on suit deux personnages incarnant des valeurs et cultures opposées : d'un côté les valeurs traditionnelles sudistes personnifiées par Elphinstone, de l'autre les valeurs progressistes et humanistes de Horne. L'emploi de ces noms en dit long puisque Elphinstone est un nom traditionnel de la noblesse écossaise alors que Horne est le nom de nombreux artistes américains. Ces deux personnages vivent ensemble et semblent incompatibles, mais Tennessee Williams finit sa nouvelle en faisant triompher les valeurs progressistes de Horne puisque c'est Elphinstone qui apporte de la souplesse dans sa vision du monde afin de permettre la cohabitation. Ici on peut voir que l'auteur exprime le souhait de voir tomber les carcans de cette tradition sudiste. Cette opinion renvoie à l'homosexualité longtemps cachée de Tennessee Williams, à une époque où les valeurs puritaines pesaient de tout leur poids sur la société américaine.

Cette stigmatisation de l'homosexualité est ouvertement exprimée dans « Le poulet tueur et la folle honteuse ». Il dénonce ici la pression sociale exercée sur les homosexuels qui ne peuvent vivre leur sexualité librement dans cette société puritaine. Encore une fois, Williams nourrit sa fiction de sentiments qu'il a pu percevoir dans sa vie. Stephen, le personnage principal, se voit dans l'obligation de refouler ses pulsions homosexuelles afin de ne pas être renvoyé de son entreprise. On comprend tout à fait l'aspect « émotionnellement autobiographique » de cette nouvelle même si elle n'a pas de « relation avec les faits réels » de la vie de Tennessee Williams.

Finalement, Tennessee Williams nous offre ici un recueil de nouvelles très variées, tant par leurs tailles, leurs rythmes que leurs thèmes, mais qui permettent d'entrevoir la vision personnelle de leur auteur sur des thèmes centraux de son œuvre — l'amour, la mort, la solitude et la sexualité. Les nouvelles abordent des thèmes assez graves de manière très humoristique, un humour caustique qui nous fait rire jaune parfois mais souvent aux éclats. Une lecture fort agréable en somme.


Baptiste, A.S. Ed-Lib

1. A. DEVLIN, Conversations with Tennessee William, Jackson : University Press of Mississippi, 1986, p.342.

 

 

Tennessee WILLIAMS sur LITTEXPRESS

 

Tennessee Williams Sucre d'orge

 

 

 

 

Article d'Annaïck sur Sucre d'orge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 07:00

Vladimir Nabokov, La Vénitienne 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vmadimir NABOKOV
La Vénitienne et autres nouvelles,
précédé de Le rire et les rêves
et de Bois laqué,
Traduction du russe
 de Bernard Kreise
et Laure Troubetzkoy
Traduction de l'anglais,
établissement du texte et avant-propos
de Gilles Barbedette.




 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov est né le 23 avril 1899 à Saint-Pétersbourg. Son éducation cosmopolite va déterminer toute la problématique de sa vie et son œuvre profondément ambivalente : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j'ai étudié la littérature française avant de passer quinze ans en Allemagne. Je suis venu en Amérique en 1940 et j'ai décidé de devenir citoyen américain et de faire de ce pays mon foyer ». Cependant, il se sent résolument russe, et tous ses écrits sont une sorte d'hommage à la Russie.



Le recueil est composé de deux essais sur l'art et la littérature écrits en anglais suivis de treize nouvelles russes, organisés chronologiquement.

Certaines nouvelles sont restées complètement inédites comme « Bruits », « Ici on parle russe », « le dragon » et « la Vénitienne ».



Du fait de son caractère réducteur et péjoratif, le terme de « texte de jeunesse » appliqué à ce recueil est tout à fait inadéquat. Au contraire, les textes sont pleins de force et de beauté et annoncent toute l'esthétique de son œuvre future. Toute la palette des registres utilisés par Nabokov dans son œuvre romanesque ultérieure est ici présente : satire du totalitarisme, intrigue policière, errance bucolique, fantaisie en forme de fable morale, inquiétante et définitive nostalgie d'une Russie disparue, grotesque, humour ainsi que goût pour l'étrange et refus du réalisme. D'ailleurs, Nabokov le dit lui même, ses instincts le portent vers le rêve, la fantaisie. Il ne voit pas dans la littérature un langage de raison mais une manière de sorcellerie. « Les grands romans, dira-t-il, sont des contes de fées ».

Au cœur de son œuvre palpite une trame, tissée au fil de ses exils : la perte de la Russie. L'amertume de l'exil, manifeste, est compensé par une poésie de la mémoire et la sensualité des descriptions. Un romantisme élégiaque émane des situations tendues mises en scène par l'auteur, où surgissent inévitablement les rêves des forêts de l'enfance.

Son écriture fait coexister la raison, les formes savantes, au sensible, qui bouscule l'ordre imposé par la raison. Élégiaque, lyrique, tendre et triste à la fois, mélancolique et enflammée, elle fait émerger une énergie positive des textes, incroyablement variés tant au niveau du fond que de la forme. Ils induisent tantôt une atmosphère douce et agréable grâce à une observation passionnée, minutieuse et presque parfois bucolique de la nature, tantôt un suspense latent. Des anges, soudain, font vaciller la conscience des personnages. Un portrait de dame réussit à capter sur la surface de la toile le rêve d'un jeune homme trop amoureux et, peut-être, trop curieux. Puis, d'un coup de chiffon, tout rentre dans l'ordre.

Parallèles entre la vie et l'art, regret obsédant du pays natal et jeu sur les perceptions auditives de ses personnages, Nabokov est un formidable illusionniste jouant avec les mots, les langues et les continents.

Il préfère introduire un anachronisme, voire un trompe-l'œil, plutôt que de rester collé sur la vitre des événements. « L'exactitude est toujours morose et nos calendriers, où la vie du monde est calculée à l'avance, rappellent des programmes d'examens incontournables », écrit-il dans « la Vénitienne ». Il échappe à ça grâce à la fiction.

Lors de ses cours universitaires sur Proust et Flaubert, il ne dit jamais rien des mœurs, de la bourgeoisie normande car pour lui, « la structure et le style sont tout », « style et structure sont l'essence d'un livre, les grandes idées ne sont que foutaises ».

En plus d'être un grand maître du roman, Vladimir Nabokov est un extraordinaire nouvelliste.



« Et la vie, qu'est-elle donc, sinon un autre cabaret où les sourires et les larmes s'entrecroisent dans la trame d'un merveilleux tissu bariolé? »


Charlotte, AS Bibliothèques

 

 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

Vladimir Nabokov, La Vénitienne

 

 

 

 

 

Article de Yaël sur la nouvelle « La Vénitienne ».

 

 


 

 

 

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 07:00

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Milan KUNDERA
L'identité
Gallimard, 1998
Folio, 2000


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie : voir les autres fiches (liens au bas de cet article)


 

L'œuvre

 

L'identité, publié en 1997, est le deuxième roman du cycle français de Kundera. C'est un roman court comme le sont les deux autres romans du cycle français par rapport à ceux du cycle tchèque.

L'identité est l'histoire de deux amants, Chantal et Jean-Marc, qui vivent à Paris. Chantal travaille pour une agence publicitaire et Jean-Marc est sans travail. Il vivent à l'écart du monde et traversent tous les deux une profonde crise d'identité. Jean-Marc ne reconnaît plus Chantal qui se dissimule derrière de nombreux masques et derrière son souci de paraître ; elle cache des souffrances anciennes : la mort de son enfant et la pression immédiate exercée par sa belle-famille pour qu'elle ait un autre enfant.

Le roman commence au moment ou, après un jour de solitude, les amants se retrouvent dans un hôtel de Normandie. Chantal confesse à Jean-Marc : « Les hommes ne se retournent plus sur moi » avec sans le vouloir une pointe de mélancolie dans la voix. Quand elle pronnonce cette phrase, Jean-Marc a du mal à la reconnaître. Il éprouve de la jalousie, mais il essaye de comprendre sa femme qui se rend compte qu'elle vieillit et qu'elle ne plaît plus.

Quelques jours plus tard, un lettre anonyme arrive avec ces mots : « Je vous suis comme un espion, vous êtes belle, très belle. » Chantal, intriguée, cherche à savoir qui est l'auteur de cette lettre dont l’auteur, selon ses dires, l'espionne. Sa curiosité devient vite une obsession. Elle se soumet même plus ou moins consciement à son admirateur qui l'imagine dans une chemise rouge cardinal. Par deux fois Chantal est persuadée de savoir qui est l'homme qui lui a envoyé cette lettre puis les suivantes, signées C.D.B. Puis elle se met à soupçonner Jean-Marc, d'abord de les avoir lues puis écrites. Pour en avoir le coeur net, elle se rend chez un graphologue, qui ne l'aide pas beaucoup. Finalement, ce cabinet de graphologie s'avère être un cabinet de délation. Elle y rencontre étrangement le premier des hommes qu'elle avait suspectés d'être le mysterieux correspondant. Celui-ci lui apporte son aide. Bien qu'elle n'ait pas de certitude absolue, à partir de ce moment, elle devient convaincue de l'origine des lettres : Jean-Marc. On a très vite la confirmation de cette hypothèse par Jean-Marc lui-même. On comprend qu'il a écrit ces lettres par amour, pour que sa femme pense que des hommes se retournent encore sur elle, et aussi pour lui dire aussi son propre amour. C'est la signification de la signature mystérieuse C.D.B. : Cyrano de Bergerac, l'amant secret de Roxane, qui lui souffle son amour, à travers la bouche d'un autre homme, plus beau, plus jeune, lui aussi amoureux d'elle, pour toucher son coeur.

Mais Chantal ne le prend pas ainsi : se rendre compte que son compagnon observait pendant tout ce temps les effets produits par ses lettres la rend honteuse et la met hors d'elle. Et il suffit de la simple visite imprévue de quelques menbres de son ex-belle-famille, pour qu'elle s'emporte. Elle finit par déclarer à son compagnon qu'elle s'en va à Londres assister à une conférence pour son travail. Par cela, elle essaye de le provoquer et le confondre. Effectivement, dans sa dernière lettre, le mystérieux inconnu annonce son départ pour Londres. N'ayant au départ aucune intention d'y aller, elle se trouve finalement embarquée par ses collègues qu'elle rencontre par hasard et qui vont à un colloque, dont elle était certaine qu'il ne devait pas avoir lieu avant trois semaines !

La situation déjà étrange devient de plus en plus singulière. Tout juste arrivée à Londres, Chantal se rend dans une maison de rencontres échangistes pendant que Jean-Marc qui a suivi Chantal jusqu'à Londres attend dehors comme un clochard, gardant l'argent qu'il lui reste pour le voyage de retour. Dégoûtée par la situation, Chantal fuit nue dans la maison. Finalement elle se retrouve seule dans une des pièces avec quelqu'un qu'elle reconnaît. Elle est contente de pouvoir lui confier son intention de partir. Mais à ce moment-là, elle entend des coups de marteau de plus en plus forts, on cloue les portes de la pièce. L'homme qu'elle a reconnu, qui lui était apparu comme son seul repère dans cette maison, l'appelle Anne et veut la forcer à rester. Soudain, elle ne se souvient plus de son propre nom, elle ne sait plus qui elle est vraiment et se raccroche à la pensée de son compagnon : « S’il était ici, il l'appellerait par son nom. Peut-être, si elle réussissait à se souvenir de son visage, saurait-elle imaginer la bouche qui prononce son nom. » (p. 203) Chantal se trouve prise au piège, elle est désemparée et, voyant qu'une fenêtre est ouverte, elle crie sa détresse.

Cette histoire est-elle réelle ? Irréelle ? À partir de quand ? Cela n'est pas clairement défini et il est probable que l'auteur lui-même ne le sache pas non plus.

« "Chantal ! Chantal ! Chantal !"


Il serrait dans ses bras son corps secoué par le cri.


"Réveille-toi ! Ce n'est pas vrai !"


Elle tremblait dans ses bras, et il lui redisait encore plusieurs fois que ce n'était pas vrai.


Elle répétait après lui : "Non, ce n'est pas vrai", et, lentement, très lentement, elle se calmait.


Et je me demande : qui a rêvé ? Qui rêvé cette histoire ? Qui l'a imaginée ? Elle ? Lui ? Tous les deux ? Chacun pour l'autre ? Et à partir de quel moment leur vie réelle s'est-elle transformée en cette fantaisie perfide ? Quand le train s'est enfoncé sous la Manche ? Plus tôt ? Le matin où elle lui a annoncé son départ pour Londres ? Encore plus tôt ? Le jour où, dans le cabinet du graphologue, elle a rencontré le garçon de café de la ville normande ? Ou encore plus tôt ? Quand Jean-Marc lui a envoyé la première lettre ? Mais les a-t-il envoyées vraiment, ces lettres ? Ou les a-t-il écrites seulement dans son imagination ? Quel est le moment précis où le réel s'est tranformé en irréel, la réalité en rêverie ? Où était la frontière ? Où est la frontière ? » (p. 205-206).


Après s'être demandé où l'auteur voulait en venir, on a enfin la révélation et on prend conscience de son habilité et de son génie, de l'ambiguïté de cette histoire étrange qu'il a réussi à maintenir jusqu'à la fin.

La question du réel et de l'irréel est bien sûr étroitement liée au thème central du livre : l'identité, l'identité de la personne qu'on aime, et l'identité de soi, les nombreux visages que l'autre ou nous-même pouvons avoir. Dans cette histoire, Jean Marc souffre des nombreux visages de sa femme et veut reconnaître en elle la femme qu'il aime. C'est une véritable quête chez lui.

La quête d'identité chez Chantal est moins évidente parce qu’elle est inconsciente. Chantal souffre de son passé (il y a beaucoup d’analepses au début du livre), de son envie de paraître, de tous ses visages, qui finalement la dépouillent de son identité. Elle a tellement de visages qu'elle n'en a plus. Ce n'est qu'a la fin de l'histoire, lorsqu'elle est nue, et qu'elle ne se souvient même plus de son nom qu'elle prend réellement conscience de ce qu'elle cherche et de qui elle est est vraiment.

En effet Chantal et Jean-Marc ont besoin de se reconnaître l'un et l'autre, l'un dans l'autre, pour exister, pour avoir une identité. Parce qu'ils vivent à l'écart du monde (on peut observer qu'il y a très peu de personnages dans le roman) et que l'autre (Chantal pour Jean-Marc et Jean-Marc pour Chantal) est leur seul reférent au monde. L'autre est la seule chose qui les rattache au monde.

Autour de ce thème central de l'identité, il y a la mort, la disparition, le corps, le libertinage, le nom, le double visage... Ce sont des thèmes assez graves. Les personnages de Chantal et de Jean-Marc se posent beaucoup de questions et nous font le plus souvent part de leurs réflexions sur ces sujets. L'Identité est un roman d’une profondeur métaphysique, avec une dimension existentielle importante.

Il y a aussi un motif ou plutôt une couleur qui revient assez souvent : le rouge. Le rouge des joues de Chantal, le rouge de la tunique cardinale, le rouge des rideaux de la maison de partouzes. Cette couleur peut illustrer dans l'histoire l'émotion ou le libertinage pour les deux derniers cas que je viens de citer. Il illustre même l'adultère pour le cas de la tunique cardinale. En effet, Chantal, soumise au fantasme de son mystérieux correspondant qui l'imagine dans cette tunique, la met pour séduire son mari et coucher avec lui.

Une dernière chose est importante à relever : les points de vue internes alternés des personnages. L'auteur nous montre quccessivement un événement selon la vision de l'un et selon la vision de l'autre. Cela permet au lecteur de se sentir intime autant de Chantal que de Jean-Marc et de mieux les suivre dans leur périgrinations existentielles.



Mon avis personnel

J'ai bien aimé ce livre. Si le style de l'auteur et l'intrigue de l'histoire (et donc la forme de l'oeuvre) sont plutôt simples, son fond est dense et complexe par son aspect philosophique (métaphysique et existentiel) et son ambiguïté entre réel et irréel qui est maintenue jusqu'à la fin. Si je devais relire ce livre, je le relirais principalement pour ces aspects-là.

L'Identité est un livre qu'on ouvre avec difficulté, qu'on referme un peu perplexe, mais dont on perçoit l'intelligence, la finesse et la profondeur.


Myriam, 1ère anné Bib.

 

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS


 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La Lenteur

 

 

 

 

Article de Margaux sur La Lenteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera L'Ignorance

 

 

 

 Article d'Anne-Laure sur L'Ignorance.

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 07:00

Stig-Dagerman-Tuer-un-enfant.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stig DAGERMAN
Tuer un enfant
Nouvelles traduites du suédois
par Elisabeth BACKLUND
Première publication en français
aux éditions Denoël, 1976
Agone, 2007
Collection Marginales



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les raisons de la profondeur et de la puissance de l'oeuvre de Stig Dagerman résident dans les méandres de son existence et de ses expériences vécues. La fiction littéraire rejoint une réalité biographique avec laquelle elle se conjugue, définissant un style littéraire marqué par une certaine « sensibilité pudique au monde ». En comète littéraire maudite, Dagerman traduit l'équation verbale d'un monde qui lui échappe, logé en chacun de nous, irrémédiablement.



Des fragments biographiques, donnés ici et là, seront utiles pour cerner le recueil Tuer un enfant mais aussi le reste de ses écrits prolifiques.

 

L'engagement de Stig Dagerman, militant anarcho-syndicaliste, réside principalement dans l'acte d'écriture en lui-même telle une insurrection vive et grave contre les bassesses humaines, les injustices, la culpabilité, la dureté de la vie. Né en 1923 à Acklareby et décédé en 1954 à Danderyd en Suède, l'homme se suicide à l'âge de 31 ans. Élevé par ses grand-parents dans une misère avancée et abandonné par sa mère (deux postulats qui vont thématiser Tuer un enfant), Stig Dagerman va devenir journaliste en 1941. En 1946, il est envoyé en Allemagne et publie son reportage sous le titre Automne allemand ( Actes Sud, 1980), décrivant un pays éventré par la guerre, détruit par les bombes, un peuple démuni et livré à lui-même, dans un style glacé et lucide. À son retour, il se consacre à la littérature et rencontre un certain succès avec notamment L'île des condamnés (Denoël, 1972). Puis, sans raison apparente (pour autrui, pour la médecine), Dagerman se plonge dans le silence. On lui détecte une schizophrénie. Le 4 novembre 1954, l'écrivain se suicide par asphyxie en s'enfermant dans sa voiture, moteur allumé et conduit d'échappement dirigé dans l'habitacle (méthode utilisée par les nazis pour tuer les juifs avant les chambres à gaz).

Stig Dagerman laissera un dernier texte, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (Actes Sud, 1981), qui explique d'un point de vue métaphysique les raisons de son geste.



On peut aborder le titre du recueil Tuer un enfant sous plusieurs angles. D'abord, on songe au « Tuer le père » de Freud puisque ce recueil est pour Dagerman une narration de ses traumatismes que l'écriture veut faire surgir. On peut dire que l'auteur va alors se réapproprier le scientisme du complexe d'Œdipe pour expliquer ses propres sentiments et sous-entendre que ce n'est pas l'enfant qui tue le père mais le père qui tue l'enfant par sa seule absence.

La thématique de l'enfance présente chez Dagerman peut être entendue avec une partie de la thèse de Georges Bataille dans La littérature et le Mal (Gallimard, 1958) à propos de l'enfance de Kafka. Dagerman et Kafka vont voir dans la littérature des fuites possibles pour les enfants et les hommes qu'ils sont, véritables actions souveraines contre la mort. Ainsi entendue, la littérature permet tout, y compris agir contre la réalité, la traduire ou être un possible remède. Mais en même temps elle ne peut rien car Dagerman ne dissocie pas le « mal faire » d'un enfant du « mal agir » d'un adulte, donnant au malheur des hommes un caractère universel finissant dans l'échec d'un questionnement par l'écriture qui emmènera l'écrivain jusqu'à son suicide.

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1. « Les jeux de la nuit »

Acke est une petit garçon, qui, le soir venu, s'amuse à imaginer qu'il devient invisible et qu'il peut ainsi déambuler dans la maison familiale à son aise. Il s'invente une journée idéale dans l'opacité de la nuit et dans l'obscurité totale dans laquelle il se déplace. Ce jeu n'est pourtant pas pour l'enfant une pure activité de distraction (le désenchantement est constamment présent chez Dagerman) mais une échappatoire au bruit des pleurs de sa mère. Acke s'imagine suivre son père absent de la maison, il idéalise une bienveillance paternelle qu'il ne connaît pas mais, malgré le champ des possibles que l'acte de rêverie pourrait contenir ; les faits et gestes du père échouent et peinent à se terminer normalement, en actes d'homme « responsable ». Le petit garçon va se recoucher et entendre son père arriver. Surgit alors la sensation pesante et troublante du silence : « De nouveau, c'est le silence, le même silence terrifiant. Le silence que seul le réveil grignote, comme un rat. Le réveil-rongeur de l'homme ivre ». Justement, son père est ivre, comme dans son jeu, et ici, la fiction de Acke rejoint la réalité sous la fiction souveraine de l'auteur créant un mouvement bio-fictif qui saisit le lecteur ; son père échoue à rentrer, à se coucher, brisant un silence annonciateur de l'orage malheureux et inévitable au sein de la famille. Dans le lit familial, on entend des grognements humains terrifiant littéralement Acke qui trouve l'apaisement dans le sommeil et le rêve, dans les jeux de la nuit : « […] et le sommeil le prend tandis qu'il joue au dernier jeu de la nuit, celui qui lui apporte l'apaisement final ».

Le comportement de son père va avoir pour effet chez Acke de lui permettre de percevoir deux personnalités paternelles. L'une du jour, avec un père aimant, du moins qui essaie de l'être, auquel il peut difficilement échapper car Acke ne parvient pas à jouer au « jeu du jour ». L'autre de la nuit, associée à l'angoisse. Acke se retrouve face à un dilemme et ne sait plus qui haïr ; il préfère échapper à la réalité par une fugue finale. Fugue analogue aux jeux de la nuit qui constituent un refuge aux pleurs de sa mère et à l'ivresse de son père. Invisibilité par la fuite, laissant deviner la perception que Acke a de lui-même, comme rempart contre la culpabilité née la situation familiale et dessinant véritablement une fuite en avant.



2. « La surprise »

Acke et sa mère sont conviés à l'anniversaire du grand-père par un courrier qui va surprendre la mère jusqu'à un paroxysme pudique des émotions : « La mère regardait fixement devant elle. Ses mains étaient tout à fait seules, froissaient la lettre, la réduisant en une boule irrégulière ». Comme si la lettre était synonyme de souffrances et d'amertume antérieures, la mère met à bas un peu de l'amour familial qu'elle juge incongru, hypocrite ou trop lourd à vivre, à manipuler. Pourtant, tel un secret profondément enfoui en elle, la mère se culpabilise de laisser transparaître une souffrance intime devant son fils : « Lorsque Acke la regarda, elles eurent honte et défroissèrent la lettre, mais celle-ci resta ridée comme un visage de vieille femme ».

Toute la communication entre Acke et sa mère va se traduire par des échanges muets dans une atmosphère pesante d'incompréhension fomentée par la mère qui semble cependant disposée à préserver l'ambiance familiale en se rendant à la soirée d'anniversaire de son père. Le lendemain, Acke et sa mère se rendent dans un magasin pour choisir un cadeau et enregistrent une chansonnette d'amour imprimée sur un disque. Le soir de la réunion familiale, Acke, fier mais aussi intimidé par la puissance du cadeau qu' il lui a octroyé, fait écouter la comptine à son grand-père. Enivré de cognac et confiné dans la chaleur non pas de l'amour familial mais de l'alcool et du poêle, le grand-père n'a que faire du cadeau de son petit-fils : « Tu ne pourrais pas lui couper le caquet à ce sacré machin ! Deux piques ! ».

 
On songe ici à un mécanisme de défense du grand-père qui, dans un rapport supra-réaliste au monde, ne sait que faire d'une telle intention qu'il ne sait pas appréhender, ni comprendre, ni apprécier, non pas qu'il ne soit pas touché mais il n'a jamais appris à recevoir dans la dureté de son quotidien. Ainsi, il rejette ce cadeau pour ne pas endosser la responsabilité d'un signe d'amour et de reconnaissance familiale qu'il ne saurait maîtriser émotionellement. Seulement c'est Acke qui va en faire les frais et payer cette pudeur : « La douleur coula en lui, froide comme une anguille. Ses yeux s'embuèrent, et tous les visages rouges et ivres qui l'entouraient se mirent à briller comme de la tôle ». Ici, « tuer un enfant » prend tout son sens sur un plan symbolique, Acke est mort de ce rejet, blessé de ce refus... tout comme sa mère qui probablement revit cette situation et qui, à travers son fils, a essayé de témoigner de l'amour à son père, situation qu'elle avait plus ou moins prévue dans son silence à la réception de l'invitation. Dagerman fait ici l'hypothèse de la raison de son abandon par sa mère : un environnement familial dur et clos, amer et étroitement pudique. D'ailleurs tout réside dans la première phrase de la nouvelle : « Il est des gens qui ne font rien pour être aimés et qui le sont pourtant. On peut constater que les gens vraiment pauvres ont de la peine à se faire aimer ».



3. « Dans la maison de grand-mère »

 ( Il s'agit d'une nouvelle plus autobiographique.)

On retrouve dans cette nouvelle la thématique du silence chère à Stig Dagerman, doublée de la rêverie d'un enfant (il s'agit donc de l'auteur, enfant) qui échange avec une botte : « Dans un murmure, la botte répondit : "Nous allons jusqu'au silence." Tout à coup, devant eux, se dressa le mur noir d'une montagne, et la botte murmura : "C'est par ici qu'on rentre." » L'enfant matérialise le silence par un jeu d'image et l'associe symboliquement à la mer entendue dans un coquillage. Sa grand-mère lui montre alors l'inexistence du silence qu'elle compare, elle, à une plaine mais lui apprend aussi que le silence d'un territoire ou de l'immensité recèle des bruits existant dans l'usage et l'expérience d'un lieu. Pour la grand-mère, c'est dans le silence de la plaine que l'on peut entendre les souffrances humaines, c'est au sein de l'immensité et de la plénitude silencieuse d'un lieu que l'on peut percevoir réellement le véritable bruit des hommes et leur plainte. Il s'agit ici pour la grand-mère d'une référence directe à la guerre, aux bruits de l'invasion qui fragmente la province silencieuse d'Uppland et qui depuis, a gardé les souffrances des soldats et des habitants. Bruit silencieux du souvenir en corrélation avec le défilé des soldats déchirant la tranquillité de la plaine.

Le petit garçon et sa grand-mère sortent alors sur le perron face à la campagne silencieuse de l'Uppland lorsqu'un bruit éclate dans la nuit. Un homme apparaît et s'écroule tel un mort au bord de la route. Le texte va alors mettre en relief une juxtaposition d'ambiances et d'images puisque Dagerman enchevêtre le silence de l'homme mort dans le silence de la nuit et l'ombre du vivant dans une nature éteinte par le mutisme psychologique du petit garçon et de sa grand-mère qui s'interrogent sur l'état de l'homme gisant devant eux. Le lecteur se retrouve également prisonnier de ce huis-clos en saison morte. Or, il s'avère que l'homme « se repose », découverte provoquant le retour de la conscience du bruit environnant en signe de la vie de l'homme, de la nature : « De l'autre côté de la route coulait le ruisseau, qui tenait les pierres éveillées par ses chuchotements, et de la forêt des nuages, un bruissement calme et puissant descendit jusqu'à lui. ». Le retour des bruits est ici assimilé au retour de la vie alors que le silence emprisonne et construit la conscience de la mort, partout, dans toute chose. Dans une relative simplicité, Dagerman rétablit l'ordre des choses pour une fin heureuse, naïve et assez touchante mais le texte garde cependant un caractère grave puisque la nuit, le sommeil et le silence sont encore un soulagement et une transition vers le meilleur : « Puis ils se turent et continuèrent leur chemin vers la maison éclairée et silencieuse, vers une nouvelle bonne nuit. »



4. « Tuer un enfant... »

(Cette nouvelle fut commandée à Dagerman en 1948 par l'Association pour la sécurité routière et fait l'objet d'un court métrage réalisé par Gösta Werner en 1952.)

Courte, brève et intense, cette dernière nouvelle joue d'une dualité qui fait monter la tension chez le lecteur. Il s'agit du récit de la mort tragique de la petite fille que l'on voit sur la couverture du livre. Un homme inconnu, sans identité particulière hormis son bonheur amoureux (il emmène sa femme voir la mer) est au volant de sa voiture. Au même moment, une petite fille, tout aussi anonyme, joue au bord de la route. Les deux personnages ne se connaissent pas, ne vont pas se parler mais se rencontrer d'une façon tragique. En trois pages, l'auteur plante un décor onirique (se reporter à la couverture) mais qui vole en éclats lorsque la voiture percute et tue la petite fille. L'innocence et la légèreté se transforment aussi en cauchemar puisque Dagerman détruit les deux personnages d'une façon mécanique, froide et inévitable, comme si l'innocence et le bonheur vécus étaient des entreprises vouées à une chute évidente, allant de soi, tragique : « Après, tout est trop tard. Après, une voiture bleue est arrêtée en travers de la rue […] Après, un homme essaie de se tenir debout malgré l'abîme d'horreur qu'il sent en lui […] ». En clair, lorsque que l'on tue physiquement un enfant, on tue symboliquement un adulte et/ou l'enfant en lui.

Dans un pessimisme assez lucide, Dagerman écrit : « Le temps ne guérit pas les blessures d'un enfant mort […] et ne guérit guère mieux le remords de l'homme qui, jusqu'alors heureux, a tué cet enfant. » L'auteur ne dissocie pas le malheur de la mort d'un enfant du malheur de son tueur mais cherche à montrer le caractère universel de la tragédie, monstre froid qui frappe au hasard, sans distinction, mettant une évidence l'impossibilité de distinguer entre le êtres humains réunis sous le couperet de la mort. Parlant de lui-même et résumant le propos, Stig Dagerman dans avoue L'Île des condamnés : « Deux choses me remplissent d'horreur : le bourreau en moi et la hache au dessus de moi. »

C'est peut-être là que l'on peut entrevoir les raisons de suicide de l'auteur, dans ce nihilisme senti depuis l'enfance, vécu dans son inconscience qui, au fur et à mesure de la vie, va se faire de plus en plus clair et ainsi faire apparaître le suicide comme ultime liberté et comme réponse sincère face à l'impasse du questionnement dans laquelle sa vie d' écrivain l'a amené.

Les nouvelles de Tuer un enfant, avec l'omniprésence de l'enfance et du silence, sont les prémices anhistoriques d'une trajectoire d'écrivain existentialiste.


Julien Ladegaillerie, AS Éd.-Lib.


Stig DAGERMAN sur LITTEXPRESS

 

Stig Dagerman Notre besoin de consolation

 

 

 

 

 

 Article de Mathilde sur Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 07:00

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Guy DELISLE
Pyongyang
L'Association
collection « Ciboulette », 2003


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guy Delisle, né en 1966, est un auteur de bande dessinée québécois, également superviseur pour des studios d'animation dont la réalisation des productions est délocalisée en Europe de l'Est ou en Asie. C'est ainsi qu'il se retrouve pendant deux mois à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, l'un des États les plus fermés au monde. Ce séjour lui inspire cet album, qui est le récit autobiographique de ces huit semaines passées au sein de la dictature communiste. D'autres voyages à travers le monde donnèrent lieu, eux aussi, à des albums autobiographiques : Schenzhen (2000), Chroniques birmanes (2007), et Chroniques de Jérusalem (2011).



Deux caractéristiques principales : réalisme et humour

L'album ne tend en aucune façon à être le documentaire exhaustif sur la Corée du Nord d'un grand reporter envoyé sur place, mais bien à présenter le témoignage totalement personnel d'un homme curieux de découvrir d''autres cultures (certains lui reprocheront justement un avis trop unilatéral ou de ne pas chercher réellement à rencontrer la population locale). On ne sent pas dans sa démarche un quelconque militantisme ou engagement politique, mais vraiment un désir de partager une expérience pour le moins peu commune. L’œuvre est ainsi constituée de détails de la vie quotidienne, d'anecdotes glanées ici et là ; on suit l'auteur/personnage à travers la ville, découvrant au fur et à mesure le tableau que le gouvernement veut bien montrer de sa société. Et on reste bouche bée devant ce spectacle, en constatant toutes les absurdités et aberrations de ce pays : une gymnastique qui consiste à marcher à reculons dans la rue, un immense hôtel de cinquante étages pratiquement vide, dont uniquement le quinzième étage est allumé, ou encore un aéroport sans aucun éclairage, alors que le métro en a un « digne de Las Vegas ».

Guy-Delisle-Pyongyang-image2.jpgIl nous raconte la propagande incessante et omniprésente qui règne en cet endroit, en commençant dès les premières minutes du séjour, lorsqu'il est emmené par son traducteur déposer un bouquet de fleurs devant une statue en bronze gigantesque représentant le « père de la nation », Kim Il-Sung (qui demeure le président même après sa mort en 1994 et la reprise du pouvoir par son fils Kim Jong-Il). Même à l'ombre des arbres en pleine montagne, loin de tout, il ne faut pas s'étonner de voir surgir un slogan de cinquante mètres de haut peint en rouge sur la paroi rocheuse, à la gloire du grand leader. Tout cela amène à la grande question que se pose Delisle au cours de son séjour : la population croit-elle vraiment à cette propagande qui, aux yeux des Occidentaux, apparaît tout à fait grotesque ? : « Une chose qui frappe quand on se promène depuis des semaines dans les très propres rues de Pyongyang, c'est l'absence totale d'handicapés. […] "Il n'y en a pas … Nous sommes une nation très homogène et tous les Nord-Coréens naissent forts, intelligents et en santé." Et au ton de sa voix, je crois qu'il le pensait réellement. » L'ironie de la vie a fait que le seul livre que Delisle ait emporté dans ses bagages est 1984 de George Orwell, qui prend pour lui tout son sens au sein de ce pays où absolument tout est surveillé et contrôlé.
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Toutefois, cette image, empreinte d'un réalisme pour le moins tragique, nous est dépeinte avec un humour caustique à souhait qui permet de se plonger sans difficulté dans ce volume plutôt épais, sur un sujet peu joyeux. Les sarcasmes et les blagues fusent et réussissent à nous décrocher des sourires, voire à nous faire totalement rire. Avouons qu'expliquer ce qu'est une rave et faire écouter de la musique techno et du Bob Marley à des Nord-Coréens qui n'ont même pas le droit de boire du Coca-Cola ni de porter des jeans, c'est plutôt osé, et franchement drôle.

En plus de l'humour, l'auteur semble instaurer une forme de distanciation vis-à-vis de la réalité grâce à la simplicité du dessin mais aussi grâce au choix du noir et blanc. On retrouve aussi un autre point de vue le temps de deux planches de l'album (n°166 et 167), qui ont été réalisées par un de ses collègues présent pendant la même période (Fabrice Fouquet), relatant une anecdote avec un dessin encore plus simpliste et cette fois enfantin, qui accentue cette prise de recul. Mais les moments graves ne sont pas pour autant exclus de l'ouvrage. On ressent à la lecture le malaise et le silence qui accompagnent durant tout le séjour Delisle, ne pouvant pratiquement jamais être seul, toujours suivi de son traducteur et/ou de son guide qui ne le lâchent pas d'une semelle ; mais aussi l'émotion qui l'envahit lors de certains événements, comme lorsqu'il assiste à la représentation d'enfants de huit ans, petits prodiges de l'accordéon, arborant de grands sourires faux et crispés : « Tout cela est d'une froideur … et d'une tristesse … C'est à pleurer. » (planche 157). Il présente également des planches représentant des bâtiments et des symboles du régime, sur une page entière : sans commentaire, tout en nuances de gris, comme un tableau froid et silencieux qui donne une puissance muette et profonde à ce témoignage.

Cet album est à dévorer pour ceux qui ne connaissent pas l'intérieur de la Corée du Nord – c'est-à-dire la plupart d'entre nous – et qui souhaitent malgré tout passer un bon moment dans l'univers humoristique de Guy Delisle. À prohiber cependant si l'on n'est pas réceptif au second degré.


Séphora Villeronce, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 07:00

le vendredi 9 décembre 2011
à la librairie La Machine à Lire.
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C’est sous les arcs de pierre de la Machine à lire que nous avons assisté à la rencontre de Michèle Lesbre, auteur de l’ouvrage Un Lac immense et blanc, et de son éditrice, Sabine Wespieser.



Michele Lesbre est née en 1939 et vit à Paris. Elle donne quelques représentations théâtrales, entame une carrière d’institutrice puis de directrice en école maternelle avant de se lancer dans l’écriture au début des années 1990 avec la parution de son premier ouvrage, La Belle Inutile (Le Rocher,1991). Suivent plusieurs ouvrages, dont certains proches du roman noir. Elle publie chez divers éditeurs notamment Actes Sud, dans la collection de poche Babel. En janvier 2003, l’auteur suivra Sabine Wespieser et restera par la suite fidèle à la maison. Sur quatorze livres publiés jusqu’à présent, dix sont aujourd’hui présents dans le catalogue de cet éditeur.
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Certains ouvrages de Michèle Lesbre ont été récompensés par la critique : Le Canapé rouge (finaliste du prix Goncourt, prix Pierre-Mac-Orlan, prix Millepages 2007), La Petite Trotteuse (prix des libraires Initiales Automne 2005, prix Printemps du roman 2006, prix de la ville de Saint-Louis 2006). L’auteur a été nommée chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres en janvier 2010.



Sabine Wespieser travaille pendant quatorze ans pour Actes Sud, puis pour la collection Librio (Flammarion) durant une courte période avant de lancer sa propre maison d’édition en 2001. Elle a alors l’ambition de construire une structure éditoriale de création proches de ses auteurs, afin de les accompagner au mieux. Dans cette logique, la maison d’édition n’a pas une production très importante : une dizaine de titres par an et une centaine de titres au catalogue. La réussite et l’émancipation de la maison repose en partie sur de trois auteures : Duong Thu Huong, Nuala O'Faolain et Michèle Lesbre. Elles ont connu succès en librairie et reconnaissance de la critique (prix Fémina étranger pour Nuala O'Faolain et L'Histoire de Chicago May, prix Elle des lectrices pour Duong Thu Huong et Terre des oublis et sélection finale au Prix Goncourt pour Michèle Lesbre et Le Canapé rouge), ce qui a permis à la maison de décoller économiquement.

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C’est en travaillant chez Actes Sud que Sabine Wespieser découvre et apprend à apprécier l’œuvre de Michèle Lesbre lors de la publication d’Une Simple Chute (Babel,1997). Une rencontre s’ensuit et une complicité se noue entre ces deux femmes. Cela aboutira à la collaboration que nous connaissons aujourd’hui.



Michèle Lesbre s'inspire essentiellement de son vécu pour écrire. Elle accorde une importance particulière à ses émotions et se sert de l'écriture pour y résister. La première personne du singulier est employée dans la plupart de ses ouvrages et le narrateur reste invisible, ce qui laisse à penser qu'elle s'exprime directement. Cette impression est renforcée par le nombre important de personnages féminins (du moins, dans Un lac immense et blanc) auxquels elle se rattache et s’identifie. Elle a parfois l'impression de vivre sa vie de manière détachée, d'un point de vue extérieur, et elle utilise cette vision du monde particulière pour créer ses personnages.

L'écrivain dit « flotter dans plusieurs espaces-temps », ce qui explique sans doute l'ambiance onirique de ses textes. Elle emploie une forme d'écriture très découpée, fragmentée, comme pour organiser ses souvenirs, les rassembler pour mieux les comprendre. Sabine Wespieser utilise le terme de « fondus perpétuels » pour décrire son style narratif : le glissement d'un événement particulier à des situations plus générales, le tout avec un regard décalé et original.

En ce qui concerne Un lac immense et blanc, son unique source d'inspiration lui est venue de son ressenti face à l'image d'un jardin public inatteignable. Il neigeait, de ce fait les portes étaient closes, et il lui est apparu inconcevable de ne pas marcher dans ce « lac immense et blanc ». Elle a alors ressenti une frustration telle qu'il lui est apparu nécessaire d’analyser cette émotion, qu’elle a traduite par une sensation d'enfermement. Mais cette démarche a été longue, huit ou neuf mois ont été nécessaires pour parvenir à écrire son histoire. Il fallait d'abord que l'idée de base résiste au temps, que l'auteur se nourrisse de nouvelles expériences pour l'enrichir, grâce à ses lectures, à la vie de tous les jours, en prenant continuellement des notes. C'est seulement après cette longue préparation qu'elle s'autorisa à écrire. Grâce à la relation de confiance qu'elle a établie avec son éditrice, Michèle Lesbre peut lui envoyer les quinze ou vingt premières pages de son roman pour qu’elle lui apporte conseils et corrections, mais ce sont les seules pages que verra l’éditrice jusqu'à la fin de la composition du livre.
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Michèle Lesbre connaît d'avance la scène finale de son roman mais n'établit pas de plan précis. Son éditrice accorde une grande liberté à ses auteurs mais en contrepartie elle se montre extrêmement exigeante envers eux.

Elle s'inspire d'événement historiques majeurs, tels que la Seconde Guerre mondiale, Mai 68 ou encore la guerre d'Algérie. Ses ouvrages font référence à ces périodes, par exemple Boléro évoque la guerre d'Algérie et Canapé rouge Mai 68.

Sabine Wespieser mentionne que l'utopie de Mai 1968 est souvent représentée par des personnages pétris de rêves qui reviennent à intervalles réguliers dans ses romans.

L'auteur constate un « appauvrissement de l'imaginaire collectif », qui a lieu en parallèle d'une « montée du libéralisme depuis les années 70 et 80 ». Cela découle d'événements historiques majeurs qui ont marqué l'humanité. Pour elle l'écriture est une résistance qui permet de lutter contre « les désillusions et le renoncement ».

Elle accorde de l'importance au lien entre ses œuvres et le patrimoine littéraire. Elle ne conçoit pas qu'un écrivain puisse publier des ouvrages sans en lire d'autres, et par ce biais, s'initier à diverses pensées. Pour elle, la littérature est un art vivant qui permet des jeux d'écriture, de créer des liens entre les œuvres et de communiquer avec le monde en partageant des références connues par de nombreux lecteurs. L'une des influences majeures de Michèle Lesbre semble être Bassani, mais elle mentionne également Duras ou encore Modiano. Se cultiver sert de « terreau à son écriture » et les références qu'elle emploie jouent aussi un rôle tutélaire.

Elle s'inspire aussi de la vie ordinaire. Les lieux, en particulier, sont d'une très grande importance dans ses ouvrages. Elle a besoin de « brasser la foule », d'étudier les différents comportements humains pour écrire. Pour cela, elle va observer la population dans des lieux clés tels que les gares, les cafés ou les transports en commun et note mentalement les situations cocasses pour les retranscrire ensuite. Elle n'aime pas rester chez elle pour travailler. L'idée d'une écriture vivante est très importante pour elle, c'est pourquoi elle bouscule ses habitudes en n'écrivant pas à heures fixes et en se déplaçant constamment.


Elle tient à faire comprendre au lecteur qu'il faut « accepter de laisser leur part de mystère aux gens qui nous entourent» ; c'est pour cela que ses intrigues ne sont pas tout à fait claires et qu'il existe plusieurs niveaux de lecture pour comprendre l'une de ses histoires.

Elle évoque des émotions qui font écho au vécu du lecteur telles que la neige blanche qui représente la pureté, le silence mais aussi une sensation d'isolement. C'est également une source de lumière, qui est essentielle dans Un lac immense et blanc, puisque cette lumière baigne l'atmosphère générale de l'ouvrage.

Enfin la musicalité de cet ouvrage est extrêmement importante. Les phrases de Michèle Lesbre sont basées sur un rythme particulier, l'alternance des phrases longues ou courtes, ou le choix des sonorités employées qui participent au confort de lecture.

Elle adopte une écriture très poétique, et pour cela, elle doit trouver le « la » de son roman. Cependant, comme l'explique son éditrice, il y a certaines « fausses notes » qu'elle doit corriger. C'est somme toute le travail de l'éditeur.


Liens utiles

http://www.machinalire.com/

 http://www.swediteur.com/

Une vidéo montrant Michèle Lesbre qui présente Un lac immense et blanc durant l'édition de 2011 de L'Escale du livre :

http://www.dailymotion.com/video/xix1dw_michele-lesbre-un-lac-immense-et-blanc_news

 

Bastien et Julie, 2A Éd-Lib.

 

 

 


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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 07:00

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Vladimir NABOKOV
La Vénitienne
Titre original
Venetsianka, 1923 -1924,
Traduction
Bernard Kreise
Avec la contribution de
Gilles Barbedette
Gallimard, « Du monde entier », 1991
Folio, 1993
Folio 2€, 2003


 

 

 

 

Biographie

Vladimir Nabokov est un écrivain (poète, romancier et critique littéraire) américain d'origine russe né à Saint-Pétersbourg en 1899 et mort en Suisse en 1997. C'est un écrivain très érudit et cosmopolite. Il disait de lui-même : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne. ». Il s'est également beaucoup intéressé à la peinture. La Vénitienne, une des premières œuvres de l'auteur, est datée du 5 octobre 1924. Toutefois, elle n'est parue qu'en 1990 en France.



Résumé

La Vénitienne, nous présente quatre personnages. Le colonel qui a invité son ami Mr Magor restaurateur de tableaux et sa femme Maureen dans son domaine. Frank, le fils du propriétaire, ainsi que son ami Simpson, étudiants en théologie à Cambridge, y résident pour les vacances également. Le colonel est un passionné de peinture et Mr Magor lui permet d'acheter des tableaux. Sa dernière acquisition est La Vénitienne, peinte par Sebastiano del Piombo (artiste qui a réellement existé. Nabokov s'est d'ailleurs inspiré du tableau La Jeune Romaine dite Dorothée, peinte par Sebastiano Del Piombo pour sa nouvelle).

Simpson tombe en admiration devant la toile et ne peut s'empêcher de remarquer à quel point la femme représentée ressemble à Maureen. Un soir qu'il discute avec Magor, ce dernier lui dit qu'il est possible d'entrer dans un tableau si on se concentre. Simpson, comme envoûté par la toile, ne peut s'empêcher de s'essayer à cette aventure et entre dans le tableau qui devient alors vivant. Mais il n'a pas le temps d'en ressortir qu'il se fige à son tour. Entre-temps, le colonel a découvert que Frank et Maureen sont amants et lui demande de cesser leur relation. La nuit où Simpson entre dans le tableau, Frank et Maureen s'enfuient.

Le lendemain, le colonel découvre le portrait de Simpson ajouté à la toile. Magor avoue alors au colonel, que le tableau n'est pas du célèbre Sebastiano del Piombo mais de Frank.

Le fait d'entrer dans le tableau vient d'un fantasme d'enfance de Nabokov  : au-dessus de son lit il y avait une aquarelle. Il dit, je cite : « j'imaginais l'enjambée que je ferais pour gagner le tableau au-dessus de mon lit et m'enfoncer dans la hêtraie enchantée. »

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Analyse

C'est une histoire où la réalité et l'imaginaire se mêlent, c'est donc une nouvelle fantastique. La thématique du vrai et du faux est très présente dans La Vénitienne à plusieurs niveaux. On la retrouve également dans d'autres de ses nouvelles, notamment Un coup d'aile, qui a d'ailleurs donné le titre de ce recueil composé de ces deux nouvelles uniquement.

Nous pourrons voir dans cette oeuvre la façon dont les protagonistes se mentent entre eux, comment la perception de la réalité de Simpson et Magor est erronée, et la manière dont l'auteur trompe les lecteurs.

Le colonel est le premier abusé. Il pense avoir acheté un tableau du très célèbre Sebastiano del Piombo, mais en réalité Magor lui a vendu un tableau de Frank, fils du colonel qui pense qu'il déteste la peinture et ignore qu'il sait peindre. Il découvre également qu'il a un liaison avec la femme de Magor depuis plusieurs mois.

Frank et Maureen mentent d'ailleurs à tous les autres protagonistes. Simpson, pourtant son meilleur ami, ne découvre la vérité que parce qu'il les surprend. Et le mari de la belle Maureen, apprend la vérité en lisant une lettre de sa femme dans laquelle elle lui avoue son adultère avant de s'enfuir avec son amant.

Frank et Maureen représentent le peintre et son oeuvre. Œuvre qui trompe tout le monde dans ce livre.

Dès la première apparition de Frank, il est dit qu'il « s'efforçait de ne pas trop les malmener » en parlant des autres protagonistes alors qu'ils jouaient au tennis. Cela lui donne déjà un air de supériorité face aux autres personnages. Il est comme un dieu avec ses créations, le peintre avec son art.

Mais il faut souligner que Frank également est trompé, mais par lui-même. Il est persuadé que c'est Simpson, ayant surpris le couple en train de s'embrasser, qui les a dénoncés à son père. C'est d'ailleurs pour se venger qu'il peint Simpson sur la toile de La Vénitienne, avant de partir avec Maureen.

Toutefois, les personnages les plus troublés sont sans aucun doute Magor et Simpson.  Pour Magor, la réalité n'est qu'une pâle copie du monde peint : « Magor ne considérait le créateur de la vie que comme un médiocre imitateur des maîtres que quarante ans durant il avait étudié. » Ce personnage ne semble vivant que lorsqu'il décrit son excursion dans les toiles. Il est passionné des Madones et semble éprouver plus d'amour pour elles que pour sa femme. Maureen paraît inexistante aux yeux de Magor et c'est avec Frank qu'elle prend une dimension réelle. Comme s'il l'avait créée en la peignant. Nous retrouvons alors ce que dit Magor quand il parle de Dieu comme d'un mauvais peintre. Toutefois, Frank n'a su donner de l'intérêt à Maureen que sur la toile, du moins pour Magor qui semble ne voir que son portait.

Cette inversion de la réalité n'est pas seulement éprouvée par Magor. La beauté de la Vénitienne, troublera le discernement de Simpson. La toile n'est décrite au lecteur qu'à travers ses yeux. Dès sa première description, la Vénitienne semble vivante. On a l'impression qu'elle est en mouvement. La description de la  toile est reprise plusieurs fois, et à chaque fois elle a l'air plus vivant. Vladimir Nabokov manie avec brio tout au long de la nouvelle ce procédé d'ekphrasis. Ce qui renforce le fait qu'au fur et à mesure que l'on avance dans le récit, les descriptions de Maureen, notamment par les yeux de Simpson se confondent de plus en plus avec la toile. En effet, on retrouve dans la représentation physique de Maureen, tout comme dans ses gestes, ceux de la Vénitienne qui sont restés figés.

De plus, Simpson est un personnage particulier. Il est décrit comme quelqu'un « d'affable et de timide » et très réservé. Il donne presque l'impression de s'excuser de vivre. Il est dominé par sa sensibilité et ses émotions. Ce personnage a des prédispositions à s'affranchir des limites de l'espace et du temps, comme l'illustre le passage où, après avoir vu le tableau, il s'éloigne dans le jardin, ferme les yeux et éprouve « un accès d'hallucination auditive particulière dont il était affecté depuis l'enfance. » En effet, il pense avoir la capacité d' « entendre le sifflement silencieux de tout ce monde immense à travers l'espace ». Donc la réalité de Simpson semble déjà  altérée et a fortiori lorsqu'il entre dans le tableau.

On remarque d'ailleurs que lorsqu'il plonge à l'intérieur de la toile, la véritable Maureen est la Vénitienne, et non plus la femme de Magor. C'est à ce moment que pour lui le tableau devient sa réalité. C'est aussi à ce moment là qu'il semble prendre vie. En effet, une fois dans la toile ses sens semblent s'éveiller. Sa vue semble éclore lorsqu'il voit le tableau pour la première fois, son ouïe est ensuite mentionnée, puis une fois dans la toile le reste des ses sens se réveillent comme s'ils se révélaient à lui, il sent une « fraîcheur délicieuse » sur sa peau, et l' « odeur de myrte et de cire, avec une touche de citron. »

Pour reprendre les termes d'Angelo Rinaldi dans L'Express, cette oeuvre « consiste à montrer que la vie double de toute indifférence soyeuse la vie de tous les protagonistes, quand la plupart des romanciers installent leurs créatures comme si elles étaient au centre de l'univers. » On le ressent d'autant plus que par moments il fait sortir le lecteur du récit en s'adressant à lui, nous rappelant  qu'il y a un auteur derrière l'histoire : « Ainsi ce brave et agréable vieillard, tel un ange gardien, traverse un instant ce récit et s'éloigne bien vite vers ces régions brumeuses d'où il a été tiré par le caprice de la plume. » Toutefois, il joue sur l'ambiguïté, car, par ce procédé, il rend le personnage marionnette de l'écrivain, mais pas complètement inventé. En effet, « les régions brumeuses » ne sont ni plus ni moins que le sommeil dont l'écrivain l'a extirpé et dans lequel il le laisse retourner, lui donnant ainsi une certaine autonomie et existence.

L'écrivain joue dans toute la nouvelle sur la relation entre réalité et imaginaire. Les personnages ont du mal à discerner le vrai du faux. C'est peut-être sur quoi a voulu insister l'auteur, en rompant le pacte illicite que signe le lecteur avec l'auteur, lorsqu'il entre dans le récit et l'accepte comme réalité le temps de la lecture. Ainsi, il fait appel à notre discernement et nous montre de cette manière qu'il ne se joue pas seulement des protagonistes, mais de nous également. 



Vladimir Nabokov pour symboliser les faux-semblants de cette société dépeinte qui se retrouve aujourd'hui dans la nôtre en bien des points, utilise ce « vrai-faux »  tableau. Ainsi l'art va tromper les protagonistes et représenter les rapports sociaux qui cultivent les apparences pour mieux dissimuler les réalités gênantes. Mais au-delà de cette critique, cette oeuvre soulève d'autres questions. À savoir, où se trouve la frontière entre réel et imaginaire ? L'un et l'autre ne se mêlent-ils pas plus qu'on ne le croit ?  Questions qui nous forcent à la réflexion mais l'auteur nous laisse dans le doute, comme vous pourrez le constater si vous lisez la nouvelle.


Yaël, 1ère année Éd.-Lib.


Sitographie

http://www.encres-vagabondes.com/dossier%20peinture/dossier%20nabokov.htm

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080_2557_2000_num_72_3_6678
 

http://www.lecture-ecriture.com/evenement.php?evt=21

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Nabokov

 

 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 07:00

Histoires-diaboliques.jpg





 

 

 

Sheridan LE FANU
Nathaniel HAWTHORNE
Thomas HARDY
Histoires diaboliques
Titre original
Tales of the Devil

Traduction

Henry Yvinec

Pocket, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

Le recueil

Histoires diaboliques est une anthologie de trois auteurs qui sont Sheridan Le Fanu, Nathaniel Hawthorne et Thomas Hardy, auteurs respectivement de :

« Le marché de sir Dominik »

« Le jeune maître Goodman Brown »

« Le bras atrophié »

Ces trois nouvelles appartiennent au monde du fantastique. Le contexte spatial est toujours réaliste et dans chacunes d’elle apparaît le diable. Chaque histoire est différente. Ainsi, si dans la première nouvelle on découvre un récit enchâssé, dans la deuxième nouvelle on est plutôt dans une sorte de clair-obscur où domine le sens du péché et l’horreur de la faute, alors que dans la troisième, on est à la recherche d’un bonheur volé par une nature hostile.



Citations

« Le narrateur se leva et désigna du bout de sa canne le point précis où se trouvait le corps. »

« Le bon vieux pasteur faisait sa promenade le long du cimetière pour aiguiser son appétit avant le petit déjeuner et méditer son sermon et, en passant, il donna sa bénédiction à maître Brown. Celui-ci recula devant le vénérable saint, comme pour éviter l’anathème. »

« Gertrude, naguère joyeuse, esprit éclairé, devenait une femme irritable, superstitieuse qui passait son temps à essayer sur son mal tous les remèdes de charlatan sur lesquels elle pouvait tomber ».


Alice 1ère année édition-librairie

 


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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 07:00

TnBA , novembre 2011

 

La compagnie s’appelle Timbre 4. Timbre 4, c’est la sonnerie n°4 de la maison du quartier de Boedo à Buenos Aires, où tout a commencé. Là se réunissaient des comédiens, ensuite c’est devenu une école, puis une troupe, une compagnie, un théâtre, une famille.

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La pièce La omisión de la familia Coleman, présentée depuis 2009 en France et jusqu’à aujourd’hui encore, obtient un immense succès. Claudio Tolcachir, le dramaturge et metteur en scène, a obtenu une multitude de prix pour cette œuvre. Il présente aujourd’hui en Europe une autre pièce, El viento en un violín. J’ai quant à moi eu le bonheur de voir les deux, mais je vous parlerai de la seconde, présentée au TNBA en novembre dernier.


Avec cette pièce, Claudio Tolcachir clôt sa trilogie sur les relations familiales, sociales. Il s’attaque à la famille mais aussi à la société argentine à travers certains thèmes, tels que l’homosexualité, la psychanalyse.


Pour cette pièce, il fait évidemment appel à sa troupe fétiche, unie depuis La omisión de la familia Coleman, une pièce créée en août 2005 à la maison Timbre 4. La troupe est très soudée, elle forme plusieurs familles, la famille Coleman et celle que nous retrouvons dans El viento en un violín. Les comédiens sont au nombre de six dans cette dernière pièce, quatre femmes et deux hommes : Araceli Dvoskin, Miriam Odorico, Inda Lavalle, Tamara Kiper, Lautaro Perotti et Gonzalo Ruiz. Ils se connaissent depuis qu’ils sont élèves de l’école Timbre 4 et ont décidé un jour, avec leur ami Claudio Tolcachir, également acteur, de créer une famille, en s’attribuant des rôles (mère, grand-mère, fils). À partir de ces rôles, ils improvisent tandis que Tolcachir prend note de ces personnages, qui se créent peu à peu. Les répétitions ont lieu, à l’époque, chez le dramaturge, qui n’est d‘ailleurs réellement devenu dramaturge qu’après cette pièce, La omisión de la familia Coleman. Après avoir accompagné la création de ses personnages, Tolcachir crée l’espace dans lequel ils vont évoluer. Le texte vient donc à partir des personnages, et quels personnages ! Pour El viento en un violín, nous retrouvons les mêmes comédiens, et des personnages tout aussi hauts en couleur que dans la première pièce !


Ce sont tous des personnages très intenses, qui aiment profondément : ils sont capables de faire tout et n’importe quoi par amour. Cette pièce interroge les limites de l’amour. Jusqu’où peut-on aller par amour ? Tolcachir met en scène des gens qui sont totalement en dehors du système et qui vont construire leur propre système.

Lena-y-Celeste.jpg
Nous avons là deux familles, qu’a priori tout oppose : l’une vit dans un quartier chic, et elle est constituée d’une mère, Mercedes (Miriam Odorico), qui travaille dans un bureau, et de son fils, Darío (Lautaro Perotti), qui, à 29 ans, peine à décrocher un diplôme. La deuxième famille vit dans les faubourgs de la ville et compte également une mère, Dorita (Araceli Dvoskin), et sa fille Celeste (Tamara Kiper). Vit avec elles deux la compagne de Celeste, prénommée Lena (Inda Lavalle), dont on ne sait rien si ce n’est qu’elle est très amoureuse de Celeste. Cette dernière est malade, mais sa mère refuse de parler de ça avec Lena, qu’elle n’apprécie guère. Dorita travaille comme femme à tout faire chez Mercedes, dans la première famille. Elle sera le premier lien entre les deux familles. Le dernier personnage est le psychologue de Darío, Santiago (Gonzalo Ruiz).


Comme l’annonce Claudio Tolcachir, c’est une histoire d’amour, mais surtout d’acceptation. Les personnages feront des choses folles, et même graves, par amour. Lena et Celeste iront jusqu’à commettre un délit. Mais toutes ces actions sont entreprises dans un même but, les personnages ont une seule finalité : l’accès au bonheur.


Mercedes, la mère bourgeoise, aime son fils Darío plus que tout ; elle va jusqu’à négocier pour lui un emploi de secrétaire chez son psy, en offrant beaucoup d’argent à ce dernier pour qu’il accepte. Elle s’occupe aussi de lui organiser des sorties, elle invite des amis pour qu’il ait une vie sociale alors que ses compagnons de l’université le délaissent. Elle lui crie et répète « Vos sos normal » (Tu es normal !) afin qu’il pense qu’il est comme tous les autres, un jeune homme normal. Elle cherche à se persuader qu’il est normal alors qu’elle sait qu’il ne l’est pas. Darío a des relations très compliquées avec tout le monde, avec les filles mais aussi avec son psy comme on pourra le voir. Darío proposera même à Santiago de l’aider dans son travail, de l’aider à analyser ses patients, tout ça en étant rémunéré, bien évidemment. Il le poussera à bout et son thérapeute lui demandera de partir et de ne plus jamais revenir, un comble !


La mère de l’autre famille, Dorita, protège sa fille de l’amante de celle-ci, envers laquelle elle se montre très méfiante et à qui elle ne veut rien dire au sujet de la santé de sa fille. Elle ne souhaite que le bonheur de sa fille, et au début de la pièce, on comprend qu’elle préférerait que sa fille quitte son amie.

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Ce qui est montré est parfois très grave, comme le viol de Darío, organisé par Lena et Celeste, les deux amantes. Cependant le spectateur rit, et de bon cœur. Les répliques sont excellentes et très justes. Si les deux jeunes femmes organisent ce viol, c’est parce qu’elles souhaitent par-dessus tout être mères, fonder une famille, et que c’est la solution la plus simple selon elles. Elles ont choisi Darío, qui leur paraît beau garçon, comme « volontaire » pour être le père de l’enfant. Ce sera le second lien entre les deux familles.


Quant à Darío, il aime de tout son cœur son futur enfant, il a choisi de s’en occuper, d’être présent et de s’impliquer sans son éducation, alors que l’idée de Lena et Celeste était de garder l’enfant pour elles seules.


De ces deux familles naît une nouvelle famille, une famille recomposée après que chacun a accepté les différences de l’autre : la maladie, l’homosexualité, la classe sociale. C’est une oeuvre teintée d’humour noir et très émouvante. Le verbe « amar » est très présent tout au long de la pièce, dans la bouche de tous les personnages excepté celle du psychologue, le seul personnage qui ne fera pas partie de la grande famille constituée à la fin de la pièce.


J’avais envie à travers ce compte-rendu de célébrer le théâtre argentin, qui a été particulièrement bien accueilli en France ces dernières années, avec les pièces de Claudio Tolcachir mais aussi de Romina Paula ou Daniel Veronese. Ce qui est argentin serait bon, d’après la réflexion de la dramaturge Romina Paula qui présente actuellement au Théâtre du Rond-Point sa pièce intitulée El tiempo todo entero. Elle affirme que si le public répond présent, c’est parce que c’est du théâtre argentin ! « Vienen a vernos porque somos argentinos ». Je crois en effet qu’actuellement, après avoir vu les pièces de Tolcachir, le théâtre argentin est ce qui se fait de mieux !

Marina, AS Éd.-Lib.

 

 

 

Quelques liens


http://www.timbre4.com/
http://www.revistaenie.clarin.com/escenarios/teatro/Romina-Paula-Rond-Point-Paris_0_613138923.html
http://www.tandem2011.com/?p=403

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