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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 07:00

Émission Répliques du 12 novembre 2011 sur France Culture

présentée par Alain Finkielkraut

 


Francois-Bon-Apres-le-livre.gifFrederic-Beigbeder-Premier-Bilan-apres-l-apocalypse.gif

 

 

 

François Bon étudie les mutations numériques du livre dans son dernier ouvrage Après le livre ; Beigbeder, lui, vient parler de ce sujet avec son dernier livre Premier bilan après l'apocalypse. C'est un débat intéressant qui va naître entre ces deux auteurs et Alain Finkielkraut. En résumant ce débat, nous pouvons dégager deux axes de pensée : les trois hommes vont parler du livre en tant qu'objet, ensuite ils vont s'axer sur le numérique.

 

Alain Finkielkraut lance la discussion en s'adressant à F. Beigbeder, au sujet du titre de son livre : pourquoi utilise t-il le terme d'« apocalypse » ? N'est- ce pas si exagéré de parler en de tels termes ?


L'auteur se défend en parlant de sa préface assez pamphlétaire qui l'amène dans cette émission. C'est pour traduire une sorte de mélancolie, de peur de voir le livre en tant qu'objet disparaître qu'il utilise des termes aussi forts. De nos jours, le progrès met à mal, selon lui, tout ce qui touche la culture, ou plutôt les objets culturels. Il soulève le sujet de l'éphémérité, de cette rapidité qui est un peu en contradiction avec le livre. Tout ce progrès technique prend de plus en plus d'ampleur et il craint que l’intérêt de la lecture ne soit plus présent dans notre société. Il y a une grande peur du numérique qui se dégage de ses paroles. Tandis que F. Bon va essayer de tempérer cette peur. Le numérique est présent, que l'on soit d'accord ou pas, il fait partie intégrante de notre société actuelle, il voit cette nouveauté avec une certaine euphorie. La peur est présente mais il arrive à passer au-dessus en envisageant l'ampleur du numérique comme bénéfique. D'après lui, « il faut choisir l'endroit où l'on fait la guerre ». On ne peut enlever à la littérature le fait qu'elle nous aide à nous construire un monde, mais il ne faut pas pour autant cloisonner la littérature dans ce support papier. La vision symbolique que Beigbeder a du livre, de cet objet unique, que l'on peut toucher, sentir est remise en cause par la vision de Bon. La technologie étant déjà autour de nous, on ne peut l'exclure et lui tourner le dos. Continuer à vouloir sauver le livre papier est, selon lui, une cause perdue d'avance. On assiste à cette grande querelle entre les anciens et les modernes. Alain Frinkielkraut va freiner les paroles de F. Bon lorsque la discussion va s'orienter vers les réseaux sociaux et la notion de partage. La lecture est personnelle, on ne communique pas avec l'auteur ; dans un premier temps on est dans la réception.

 

 

Nous voyons ainsi ce qui sépare les intervenants. François Bon vit avec la nouvelle technologie, alors que Beigbeder ne veut pas l'accepter, du moins en ce qui concerne le livre. C'est autour de cette période de mutation que s'axe le débat. Le rapport au temps, à la rapidité change avec notre époque. F. Bon va prendre une phrase de Proust pour illustrer sa pensée : Quand on fait le même trajet avec une carriole à cheval et puis qu'on le fait en automobile à 50 km/h, qu'est- ce qui change dans notre rapport au monde ? Si jusque là le livre a résisté à beaucoup d'innovations telles que le phonographe, ou la télévision, pourquoi ne résisterait-il pas au numérique ? C'est justement cette notion de rapidité dans le numérique, dans internet qui fait réagir F. Beigbeder, qu'est- ce qui empêcherait les gens de vouloir tout, tout de suite sur leur tablette ou liseuse ? Le livre tend à disparaître face à cette capacité à tout obtenir quand nous le voulons, et surtout d'où nous sommes sans bouger.

 

Alain Finkielkraut parle ensuite des réseaux sociaux, qui pourraient nuire aux livres, alors que pour Bon, il faut s'en servir pour sensibiliser les jeunes à la lecture. D'après lui, ce serait un des moyens d'accéder à des livres inconnus, ou auxquels nous n'aurions pas pensé. Il ne faut surtout pas tourner le dos à tout cela, car nous pourrions nous couper de ce qui évolue, nous pourrions tourner le dos au reste sans en avoir l'intention. « Personne ne voudra rester statique dans ce que nous connaissons déjà », c'est ce que dit F. Bon. Il voit dans le numérique des enjeux culturels, cela amènerait les gens à avoir rapidement quelque chose qu'ils ne connaissent pas, sans pour autant avoir l'impression d'être montrés du doigt. Il faudrait voir cela comme une manière de faire tomber certaines barrières qui entourent le livre. Beigbeder, à ce sujet, n'est pas totalement contre ; pourquoi ne pas utiliser le numérique comme moyen de sensibiliser des non-lecteurs à la lecture, mais il ajoute un côté plus dramatique à cela. Il doute que le numérique pousse les gens à la curiosité. Seront-ils aussi curieux sur internet qu'ils le sont en librairie ?

 

 

En définitive, les trois hommes ne sont pas réfractaires au numérique, mais ils se demandent quelle sera la place du livre dans le futur. Tendra-t-il à la disparition, ou bénéficiera-t-il d'une certaine réhabilitation ? Il faut être vigilant face à cette transition, car nous n'en avons pas vécu assez pour savoir comment réagir au mieux. Une chose est sûre, c'est que le numérique fait partie intégrante de notre culture, de notre société, il vaut donc mieux s'adapter qu'aller à l'encontre de cette nouvelle technologie.

 

 

Claire Brégé, AS Éd.-Lib.

 


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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 07:00

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Cette rencontre s'est déroulée dans le salon Albert Mollat le jeudi 08 décembre 2011 à 18h, à l'occasion de la parution chez Gallimard du roman Les Solidarités mystérieuses.

J'ai choisi d’assister à cette rencontre avec Pascal Quignard parce que j'ai vu et apprécié deux films tirés de ses romans : Tous les matins du monde et Villa Amalia. Et aussi parce que c'est, selon la biographie de Wikipedia, un écrivain dont l' « œuvre est aujourd'hui considérée comme l'une des plus importantes de la littérature française contemporaine. »


Lors de cette rencontre, Pascal Quignard a commencé par lire deux passages extraits des Solidarités mystérieuses. Ce roman a pour thème le lien entre un frère et une sœur. Quignard a en effet une sœur aînée qui s'appelle Marianne. Il y a énormément de voix dans ce roman : dans le premier extrait lu, c'est un prêtre qui parle et dans le second, c'est un voisin paysan. Ces voix parlent de Claire, l'héroïne, et forment les pièces d'un puzzle.

L'écrivain a ensuite expliqué qu'il composait le plan de ses romans sur de la musique. Pour Les Solidarités mystérieuses, il s'est imprégné du dernier Nocturne de Chopin, le Nocturne N° 21 en Do mineur. Je crois que cette pièce figure dans la bande originale du film Villa Amalia. Après la lecture par l'auteur de ces deux passages du livre, il nous a ainsi fait écouter ce Nocturne de Chopin.



Sont venues ensuite les questions des participants à cette rencontre (la salle était d'ailleurs presque pleine).

Pascal-Quignard.jpg
Question : Pourquoi, alors que la lecture est un moment fondamental pour toi [c'est l'un des frères de Quignard qui parle], Claire [l'héroïne des Solidarités mystérieuses] ne lit-elle pas ?

Pascal Quignard : Lorsque j'avais 20, 30 ou 40 ans, j'avais un énorme besoin de lire et de partager les expériences d'écrivains. Les lieux étaient moins importants que les livres. Puis, en vieillissant, la nature est devenue plus importante que les livres. La contemplation est devenue plus essentielle que la lecture.



Quels sont les écrivains les plus proches de vous ?

Marguerite Duras, Annie Ernaux, Pierre Michon...



En tant que mélomane, connaissez-vous et que pensez-vous de Brian Wilson (leader des Beach Boys) ?

Je ne connais pas Brian Wilson. En effet, mes goûts vont plus vers la musique classique et notamment contemporaine avec des artistes comme Suzanne Giraud par exemple.



Pourquoi écoutez-vous de la musique quand vous écrivez ?

Je n'écoute pas de musique quand j'écris mais quand je fais le plan d'une œuvre. Jacques Derrida et Claude Lévi-Strauss écrivaient en musique mais pas moi. Il me faut le silence pour rêver.



Avez-vous besoin de beaucoup de solitude et doit-on quitter la vie sociale pour s'épanouir ?

Selon moi, pour s'accomplir, il faut s'associer mais pour se retrouver, il faut se retirer, s'isoler pour retrouver sa première vie. La lecture est d'ailleurs pour moi le contraire de la solitude.



Quel est le rôle de la société ?

Les premières sociétés étaient des sociétés de chasseurs. Et la première spécialisation fut celle de fou, de chamane. Mais j'ai des doutes sur ce qu'est la société. Elle est faite de hiérarchie, qui a conduit notamment à l'horreur du XXe siècle.


Peut-on, selon vous, établir une classification psychologique selon le type de fratrie (fils unique, un ou plusieurs frères ou sœurs...) ?

Nous n'avons qu'une famille et nous n'en sommes jamais contents. Il existe un mythe en sanscrit dont l'histoire est celle d'une femme qui doit choisir de conserver soit son frère, son fils ou son mari. Elle choisit de conserver son frère car on ne peut pas en faire un autre. On peut, en effet, avoir un autre fils et un autre mari mais pas un autre frère. En ce qui concerne la vie de famille, j'avoue que le rôle de père est très difficile.



Avez-vous un rituel d'écriture ?

Je me lève tôt et je me couche tôt.



Faut-il forcer les enfants à lire ?

Selon moi, il ne faut pas faire preuve de ruse pour faire lire un enfant car ouvrir un livre et l'approfondir peut être un plaisir mais aussi un péril. Il faut être en bonne santé pour pouvoir lire. Un des signes d'ailleurs de la dépression est l'impossibilité de lire par manque de concentration. J'ai, en effet, fait plusieurs dépressions dans ma vie.



La mort et l'amour dans votre œuvre sont-ils en lien avec le mythe d'Orphée ?

Dans Tous les matins du monde, le rappel de la mort se fait par la musique. La musique éloigne les morts. La musique nous rappelle la voix de notre mère quand on était dans son ventre. La musique renvoie à un monde perdu.



Quel est votre rapport à l'écriture ?

Je n'ai pas toujours écrit mais j'ai besoin de lire pour vivre. La lecture c'est suivre le fil, filo relecto en latin. J'écris au fil de la relecture.



Pourquoi le monde japonais vous attire-t-il autant ?

Dans onze mois, je vais en Sibérie. Le chamanisme sibérien s'est déplacé en Corée, au Japon et en Amérique du Nord, tel un fil. J'ai aussi lu toutes les sagas islandaises. A vrai dire, j'aime le monde japonais sans raison.



J'ai fait un lapsus en disant « ce soir, je vais voir Patrick Modiano » au lieu de Pascal Quignard... Existe-t-il un pont entre Modiano et Quignard ?

Peut-être que moi et Modiano avons en commun l'art de la paix ou l'ombre d'une guerre avec cette ville du Havre détruite par la Seconde Guerre mondiale puis reconstruite.



Dans Tous les matins du monde, peut-on vous identifier à Monsieur de Sainte-Colombe ?

Moi et Sainte-Colombe avons tous les deux à un moment donné de notre vie voulu quitter Versailles pour Sainte-Colombe et Paris pour moi.



Quel est selon vous le statut du roman ? Pourquoi n'avez-vous pas écrit des contes, traités ou poèmes ?

J'aime perdre pied. Les romans sont comme des rêves. Je suis étonné du peu de contes écrits par les auteurs.



Comment faites-vous le tri entre ce qui doit être joué, écrit ou tourné ?

Les moines taoïstes ne doivent pas laisser de traces pour éprouver plus intensément...



Qu'évoque pour vous la problématique dépressive ?

La dépression c'est une énergie à vivre qui est affligeante, c'est un reflux. L'envie de vivre est, elle, un afflux.



Comment avez-vous vécu votre prix Goncourt en 2002 ?

C'était pour le premier tome du Dernier Royaume : Les Ombres Errantes. À vrai dire, ça m'est passé comme l'eau sur les ailes d'un canard.



J'ai vraiment apprécié cette rencontre avec Pascal Quignard. Sa voix est rauque, éraillée mais expressive (il fait de nombreux bruits de bouche quand il parle) et douce à la fois. C'est un être sensible, humain, calme mais un peu mélancolique. N'ayant vu que des films adaptés de ses romans, cela me donne envie de lire un de ses romans, bien que son œuvre ait l'air un peu trop austère et introspective à mon goût.

 

 

Simon C., AS Bib.

 

 

Pascal QUIGNARD sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Margaux sur Villa Amalia

 

 

 

 

 

 



article d'Elise sur Triomphe du temps











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Article de Lise sur Petits Traités

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Quignard Medea

 

 

 

Compte-rendu de Clément sur Médéa (Ritournelles).

 

 

 

 

 


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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 07:00

Miyazaki-Nausicaa-1.gif



 

 

 

 

 

 

 

 

MIYAZAKI Hayao
Nausicaä de la vallée du Vent
Titre original
風の谷のナウシカ,
Kaze no tani no Naushika
1982-1994
Traduction Yann Leguin (tome 1 à 3)
et Olivier Huet (tome 4 à 7)
Glénat, 2000-2004

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Hayao Miyazaki est né le 5 janvier 1941 à Tokyo, au Japon. Il est avant tout connu grâce à son travail dans l'animation (séries, films). En effet, après ses débuts dans les studios d'animation Tôei et jusqu'au studio Ghibli, il est devenu un des plus grands créateurs actuels de dessins animés au monde. Enfin, Miyazaki est un professionnel complet : il est réalisateur, scénariste et producteur de longs-métrages, de séries animées, de clips vidéos, dessinateur de mangas.



Le manga

C'est en décembre 1981 que Miyazaki annonce dans la magazine Animage qu'il travaille sur un nouveau projet de manga, Nausicaä de la vallée du Vent. Ce dernier est publié dans ce même magazine à partir de 1982, puis de façon très discontinue. En effet, entre les différentes publications de son oeuvre, il fait de longues pauses pour s'occuper de la réalisation de ses longs-métrages. C'est ainsi que les lecteurs de Nausicaä ont suivi ses aventures pendant 58 chapitres et environ douze ans. Le manga est publié en version brochée en sept volumes par les éditions Tokuma Shoten en 1982 peu de temps après la publication dans Animage. Cette version a été retravaillée par Miyazaki, certaines scènes sont dessinées différemment, mais l'histoire n'est en rien changée.

La version française voit le jour début septembre 2000 et s'achève en mars 2002. Les volumes reprennent le découpage de la réédition japonaise en sept tomes et se lisent dans le sens original japonais.



Résumé

Ce qui est l'origine de l'histoire et de la création de ce monde pollué est la fin de l'ère industrielle (dans la réalité, elle correspondrait à une période de mille ans après aujourd'hui). Durant cette période, la technologie était à son paroxysme avec la possibilité de « recréer des êtres vivants à sa guise ». Cependant, cette évolution technologique a mené l'humanité à sa perte durant les « Sept jours de feu », guerre qui a détruit presque entièrement la terre, les hommes et leur savoir pour transformer le monde en un immense désert pollué recouvert par la mer de Décomposition, une forêt toxique.

Environ mille ans plus tard, Nausicaä, princesse du petit royaume de la vallée du Vent, essaye de comprendre le fonctionnement de la mer de Décomposition. En effet celle-ci s'étend de plus en plus, réduisant le peu de terres fertiles encore existantes, et donc la population diminue inexorablement. La vallé du Vent, alors paisible, se retrouve au coeur d'un conflit provoqué par deux grands empires, les Tolmèques et les Dorks qui cherchent à s'agrandir et à accaparer les dernières ressources disponibles. Nausicaä est obligée de quitter son royaume et commence alors un long voyage où elle découvrira les différentes facettes des hommes, souvent négatives, ainsi que la vérité sur cette nature qui l'entoure. Elle finira par comprendre quel est son rôle dans l'avenir de son monde.

Miyazaki-Nausicaa-nature.jpg

L'omniprésence de la nature

Dans Nausicaä, on peut distinguer trois thèmes reliés à un quatrième qui est mis en avant tout au long de l'histoire : la technologie, la civilisation et la guerre ont un impact sur la nature. Ils ne peuvent être considérés indépendamment de ce thème central de la nature car ils influent tous sur elle.


Technologie et Nature

L'état du monde où évoluent les personnages de l'histoire est le résultat du développement de la science et de la technologie qui a mené à une guerre dévastratrice. En effet, il a suffi de sept jours pour tout anéantir et réduire l'humanité à seulement quelque hommes qui vivent maintenant dans un monde extrêmement pollué et inhospitalier. C'est leur sanction pour avoir oublié l'importance de la nature. Mais au lieu de choisir de détruire et d'oublier cette technologie dont il reste quelques traces mille ans plus tard, les hommes décident de la garder et de l'utiliser pour se défendre contre de possibles attaques ennemies et avoir plus de chances de rester en vie, sans penser que celle-ci peut encore les mener à leur perte. Cette idée est mise en avant avec le dieu-guerrier découvert puis gardé par le peuple de Pejite, peuple anéanti par l'armée tolmèque qui récupère cette technologie.


Civilisation et Nature

Les hommes ont réussi à s'adapter à ce nouveau monde ; des royaumes et des empires se sont bâtis et essayent de vivre avec la mer de Décomposition. Cependant les êtres vivants de cette forêt toxique, plantes et insectes, sont détestés par la majorité des peuples car ils sont synomynes de mort. Cette nature dégradée est la punition de la civilisation pour avoir voulu jouer avec la technologie, c'est donc à cause d'elle si la nature est dans cet état. Cependant, après mille ans, les hommes oublient d'une certaine façon cet aspect, oublient leur culpabilité, ils ne se sentent donc pas concernés par la situation de la mer de Décomposition. Elle n'est plus considérée comme une sanction qu'il faut accepter mais seulement comme une forêt qui nuit à leur existence et donc qu'il serait bon de détruire.


Guerre et Nature

Dans l'idée de survivre, les hommes oublient trop souvent pourquoi ils en sont là, pourquoi leur monde est dans cet état. Dans l'espoir de gagner une guerre, les hommes utilisent la nature à leur gré, sans penser aux répercussions de leurs actes. Les différentes guerres qui ont eu lieu n'ont fait qu'accroître la mer de Décomposition et augmenter la rancœur de la nature contre la civilisation. Par exemple, durant la guerre civile d'Eftar qui s'est déroulée sept cents ans après les « sept jours du feu », des hommes ont chassé les Ōmus (un insecte géant) pour leurs carapaces très résistantes. La réponse de la nature fut la charge d'Ōmu sur la cité, ce qui provoqua sa fin. Mais l'exemple le plus frappant est la création d'un fongus mutant par les savants dorks pour détruire l'armée tolmèque. Ils jouent aux apprentis-sorciers en créant un être artificiel sans se rendre compte des conséquences de leurs actes : la destruction d'une partie de leur pays et la formation d'une nouvelle forêt toxique. Les hommes n'apprennent pas des erreurs passées.

Les actions des hommes, souvent irresponsables, conduisent inévitablement à des catastrophes pour la nature, mais encore pour la civilisation. « Quand l'homme rompt l'équilibre du monde, la forêt fait d'énormes sacrifices pour rétablir cet équilibre. Voilà pourquoi dans ce millénaire, la forêt n'a cessé de croître et de s'étoffer. » Plus la forêt s'étend, plus la civilisation se réduit, et c'est l'homme qui est toujours à l'origine du développement de la mer de Décomposition.


La question centrale de l'histoire est alors de savoir si la civilisation doit être sauvée ou doit s'éteindre.

« Sommes-nous donc une race maudite destinée à être condamnée ? »



Le personnage central
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Nausicaä est une adolescente, fille du roi Jill de la vallée du Vent. Son père étant malade, elle a dû grandir plus vite pour pouvoir gouverner et assumer ses reponsabilités envers son peuple. Elle est attentive, diplomate, elle agit toujours avec une grande maturité. Elle est proche de son peuple et l'aime profondément, son peuple l'aimant et la respectant tout autant.

Depuis sa plus tendre enfance, Nausicaä essaye de comprendre la nature qui l'entoure. Elle l'aime de la même façon qu'elle aime les hommes. C'est sur ce point qu'elle se différencie de la plupart des hommes et surtout de son père qui dit : « Les insectes et les hommes ne sont pas faits pour vivre ensemble sur le même monde ». Régulièrement, elle se promène dans la mer de Décomposition pour observer les êtres vivants qui s'y trouvent. Elle cultive même certaines plantes dans son château, pour trouver un remède contre les spores mortels de la forêt.

«Et l'Élu, vêtu de bleu, viendra à nous descendant un champ d'or pour renouer le lien à la terre que nous avons perdue.»

Nausicaä, tout au long de l'histoire, cherchera à pacifier les relations avec les peuples, elle veut mettre fin à cette guerre qui fait des ravages partout où elle passe. « Nausicaä, elle est le lien qui nous réunit tous. [...] Si elle n'était pas là, aucune union n'aurait pu se faire. » De plus, elle voudrait que l'homme et la nature puissent vivre ensemble. En effet, lorsqu'elle découvre le rôle de la mer de Décomposition, elle comprend qu'ils font partie du même écosystème, que chacun appartient au même monde.

Alors qu'elle essaie de calmer des Ōmus chargeant pour se venger des hommes, ses vêtements sont recouverts par le sang de ces insectes. Ils changent de couleur et deviennent bleus, comme l'élu dont parle la prophétie. Le rôle de Nausicaä est révélé : réunir nature et hommes. Certains la voyant alors comme un obstacle à leur plan d'envahissement et de récupération des ressources essayeront de la tuer, d'autres voyant sa sincérité et l'importance de son rôle l'aideront et la suivront dans son voyage.

Très vite, on repère qu'il y a une finalité plus profonde et complexe dans ce rôle d'élue. Au fur et à mesure de son voyage, Nausicaä entrevoit les méfaits de la civilisation. Elle se rend compte de la tristesse de cette dernière. Différentes visions de l'avenir, de ce que peut devenir la terre sous ses pieds lui sont proposées. Elles lui permettent de mettre en place sa propre idée du futur possible de son monde car elle est celle qui prendra la décision du destin de l'homme et la nature.


Miyazaki-Nausicaa-film.jpg
Le film

Voyant le succès du manga, la direction du magazine Animage propose à Miyazaki de réaliser un court-métrage sur Nausicaä. Il refuse d'abord, puis accepte à condition que Takahata soit le producteur exécutif du film et qu'il puisse en allonger la durée.

Cependant, l'adaptation lui pose un problème : comment faire pour réaliser un film original sans pour autant altérer l'hisoire de Nausicaä ? Il n'a lui-même écrit que 16 chapitres du manga (soit environ deux tomes), et doit réfléchir à la meilleure manière d'adapter Nausicaä pour que le film ait sa propre histoire. Il ne se concentre alors que sur l'invasion de la vallée du Vent par les troupes tolmèques, le voyage de Nausicaä et sa compréhension du rôle de la mer de Décomposition, appelée dans le film Fukaï.

Sa sortie dans les cinémas japonais fut un énorme succès avec plus de 900 000 entrées et l'obtention de nombreux prix . le film a donc permis une reconnaissance internationale de l'animation japonaise. De plus, ce succès lui permet en 1985 de fonder le Studio Ghibli en compagnie d’Isao Takahata.


Suzy L., EL2

 


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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 12:00


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C'est au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil que j'ai pu rencontrer l'auteure Marie Caillet une nouvelle fois. Sa présence sur le salon concorde avec la sortie de la suite des aventures de ses personnages phares Mydria et Orest, L'Héritage des Darcer — tome 2 : Allégeance. Pour ceux qui ne connaîtraient pas l'intrigue de cette trilogie, voici un petit rappel :

«Lorsqu’on s’appelle Mydria, qu’on est la fille unique et chérie des puissants Siartt et qu’on a pour objectif principal d’accéder à un pouvoir plus grand encore en épousant le prince héritier du royaume, la vie ne peut pas être ennuyeuse. Jusqu’au jour où Mydria découvre ses vraies origines. Elle n’est nullement Siartt, mais l’ultime héritière d’une dynastie renversée depuis des générations ! Horreur : à la suite de ses ancêtres, elle est tenue de se lancer à la recherche du trésor familial, recevant pour seules aides un sifflet et le Don d’Aile, cet étrange pouvoir capable de vous métamorphoser à volonté…Le pire danger ne l’attend peut-être pas derrière l’errance, la bataille et les cloques aux pieds. Le pire danger pour un cœur confiant ne tient peut-être qu’en un seul nom : Orest.» (résumé de l'éditeur).

 

 

Marie CAILLET
L'Héritage des Darcer

  Tome 2 Allégeance
Michel Lafon,
décembre 2011

 

 


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Marie-Caillet-boite.jpgUn an après la sortie de son premier livre, qu'est-il devenu ? Grâce au bouche à oreille et à plusieurs articles parus dans des journaux destinés à la jeunesse, L'Héritage des Darcer s'est très bien vendu, et la suite des aventures de Mydria vient tout juste de paraître. L’engouement pour cette série s'est vérifié lors des dédicaces de l'auteure le samedi 3 décembre de 12h à 14h puis durant celle du dimanche 4 décembre de 14h à 15h. Dix minutes avant le début des signatures, une longue file de lecteurs attendait déjà l'arrivée de Marie Caillet. Les fans n'ont pas été déçus : la décoration du stand les emmenait directement en Edrilion (une chimère en glaise, un grimoire, une carte, ainsi qu'un trésor aux milles pépites, le tout créé et fabriqué par l'auteure elle-même) et un petit papillon offert à chaque dédicace. De plus, la maison d'édition Michel Lafon donnait aussi un poster et une carte cartonnée représentant la couverture du deuxième tome.


Marie-Caillet-papillon.jpg

J'ai profité d'une petite accalmie pour lui poser quelques questions :


Peux-tu nous présenter l’intrigue de ce nouveau tome ?

Le tome 2 commence avec une situation de crise : le royaume d’Edrilion se retrouve privé de roi. En effet, celui-ci a disparu et on le croit mort, mais personne ne sait ni comment, ni pourquoi. Les seuls à le savoir sont My et Orest, mes deux héros. Pour la bonne raison qu’ils l’ont tué.

Cette mort va engendrer d’énormes luttes de pouvoir : un parent de ce roi va chercher à conquérir le trône, aidé par les Chimères, des monstres extrêmement dangereux (on découvre leurs pouvoirs au fil du livre). Mais la seule à pouvoir prétendre au trône de façon légitime, c’est My. My qui descend des Darcer, rois chassés du pouvoir deux siècles auparavant. My qui possède le pouvoir de sa famille (se changer en créature ailée) et dont le meilleur allié est Orest, son compagnon. Hélas, Orest est un voleur et assassin, et n’a pas sa place aux côtés d’une reine…

Dans ce tome, de nouveaux personnages font leur apparition. La relation qui unit My à Orest évolue énormément. My apprend également à utiliser son pouvoir. On découvre d’autres particularités du monde, comme les Kmett (des traqueurs), les Chimères, les fauconniers… et My réalise que la partie est loin, très loin d’être gagnée.



En appréhendes-tu la sortie, la réaction des lecteurs du tome 1 ?

Bien sûr. Il y a toujours une part d’appréhension, surtout que je tiens beaucoup à ce projet. Cette suite fait découvrir plus de choses sur Edrilion, elle est également plus forte d’enjeux. Quand j’ai rendu le manuscrit, je me suis dit que j’avais fait mon possible pour ce livre-là. Je n’ai donc pas de regrets (même si on peut toujours améliorer un livre, mais c’est un autre débat !) Je sais que chaque lecteur a ses goûts, et que les avis seront différents. Mais je trouve intéressant de voir que chacun a sa façon d’imaginer un personnage, une situation, voire ne rit pas aux mêmes choses.



Au début, L'Héritage des Darcer ne devait se dérouler que sur deux tomes. Pourquoi avoir finalement choisi le format de la trilogie?

En fait, c’est un peu différent : le tome 1 pouvait être un one-shot (une histoire en 1 tome). Il avait sa fin, le sort des personnages était « réglé », et en même temps, l’histoire pouvait se poursuivre. J’avais donc le choix. Et j’ai décidé de poursuivre. Je pense que j’ai fait le bon choix, car beaucoup de lecteurs m’ont dit qu’ils espéraient une suite, et qu’ils trouvaient dommage de voir l’histoire se terminer si vite.



L'écriture du troisième tome avance bien ?

Pour le moment, tout va bien ! Ce tome 3 va être mon préféré, il se passe beaucoup de choses décisives…



Comment se déroule l'élaboration de l'histoire ?

Certains auteurs arrivent à être très organisés, et à bâtir un scénario à l’avance. Moi, pas du tout. Je bâtis l’histoire par petites touches, par exemple en travaillant un personnage. A la fin, j’ai des fiches pleines de notes en vrac, que je rassemble dans des grandes parties de l’histoire (le tome 3 en a six). De cette façon, je retiens les éléments-clés et je laisse mes personnages libres. Je prévois juste le plan du prologue et des premiers chapitres.



Combien de temps te prend en général la correction de ton manuscrit ? Est ce une étape que tu redoutes ?

La grosse part des corrections prend à peu près deux mois. C’est une étape que je déteste (j’aime bien écrire, mais me relire est assez pénible, même si c’est nécessaire).



Quel effet te fait d'avoir dans tes mains un livre que tu as écrit ?

C’est incroyable de se dire que quelque chose qui vous occupe depuis un an devient concret, fini. J’ai éprouvé un sentiment d’accomplissement, d’autant que le travail sur la couverture était magnifique !



Cela fait environ un an que ton aventure dans la monde de l'édition a commencé, qu'en retires-tu ?

C’est quelque chose qui m’a fait beaucoup grandir. Ne serait-ce que pour mener un projet jusqu’au bout, en sachant que derrière, une équipe compte sur moi. Je sais aussi, maintenant, que l’écriture est vraiment ma passion. Et que c’est ce que je veux continuer à faire.



On voit que tes lecteurs sont au rendez-vous pour cette dédicace. Pensais-tu qu'ils seraient aussi nombreux ? Quel est l'intérêt des séances de dédicace pour toi ?

Les voir aussi nombreux m’a été droit au cœur ! Les séances de dédicace, c’est l’occasion de rencontrer des lecteurs en vrai, et je pense que c’est aussi important pour eux que pour moi. Je peux aussi répondre à leurs questions, ou discuter du livre. C'est une autre facette du métier d'auteur.

 

Marie-Caillet-L-hertage-des-Darcer-1.gif

 

 

 

Entretien réalisé avec Marie Caillet l'année dernière

 http://littexpress.over-blog.net/article-entretien-avec-marie-caillet-62403418.html

Site de l'auteur  http://mariecaillet.20minutes-blogs.fr/

 

 

 

 

Suzy 2e année éd.-lib.

 

 


 


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Published by Suzy - dans Entretiens
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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 18:00

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Wells TOWER
Tout piller, tout brûler

Titre original

Everything Ravaged Everything Burned

Traduit de l’américain
Par Michel Lederer
Collection Terres d’Amérique
Albin Michel, Mai 2010













Wells-Tower.jpgWells Tower est un jeune Américain de 38 ans qui a grandi en Caroline du Nord, où il a probablement appris à observer ses contemporains, et plus particulièrement ceux qui sont à la marge, les paumés, les rêveurs, les pudiques, les romantiques, les inadaptés, les rebelles…

En somme, tous ceux qui sont exclus de l’Américan Way of Life.

Titulaire d’un diplôme en Anthropologie et en Sociologie, Wells TOWER suggère déjà une forme de violence, de virilité exacerbée à travers le titre de son recueil de nouvelles. Il aurait même pu ajouter à la suite du titre : tout détruire, puisqu’on pressent qu’il va y avoir de la casse. Néanmoins, ce qui est partiellement ou totalement pillé et détruit ici, ce sont les personnages eux-mêmes, avec leurs peines de cœur, leurs problèmes d’argent…

La couverture dévoile également une forme de chaos, qui pourrait être tirée d’un Mad Max mais qui en réalité est un cliché emprunté à un jeune groupe d’artistes plus connus sous le nom de « Ant Farm » et qui, en 1974, avaient littéralement planté dix Cadillac dans la terre d’un coin reculé et poussiéreux du Texas. Ce groupe faisait partie du mouvement de la contre culture américaine et on peut y voir un clin d’œil de la part de l’auteur.

Le titre du recueil est également celui de la dernière nouvelle, qui nous plonge dans un monde apocalyptique où une horde de barbares organisent des raids de pillage et de terreur créant un véritable charnier. Cette nouvelle est totalement différente des huit autres et c’est celle qui m’a le moins séduit.

Les autres nouvelles nous amènent à côtoyer des personnages souvent liés par le sang, frères, maris… qui souffrent à la marge d’une société qui les rejette ou semble les ignorer. Le sentiment de solitude éprouvé, même accompagné, transpire à chaque page. Les relations familiales sont disséquées sans complaisance, les couples se déforment plus souvent qu’ils ne se forment malgré l’espoir porté en chacun d’eux. Même s’ils semblent parfois désespérés, ils ne sont pas désespérants et s’accrochent, nous captivant parfois par l’empathie qu’ils suscitent.

Les thèmes qui reviennent de manière quasi obsessionnelle tournent autour de la famille, des difficultés à exprimer ses sentiments, de l’amertume mais avec ironie, de la solitude, de l’éloignement qu’il soit choisi ou subi.

Dans « La côte de brun », la première nouvelle, le personnage principal, Bob Munroe, s’exile dans la maison de son oncle Randall, après avoir successivement perdu son père, son travail, son héritage et pour finir, sa femme. Reclus dans cette maison située sur une île à l’écart, il est fasciné par un vieil aquarium qu’il remplit obsessionnellement de poissons, bernard-l’ermite, d’hippocampes pour lesquels il nourrit une véritable affection. Évidemment cela ne durera pas très longtemps puisque suite à un tragique accident ce petit monde aquatique ne survivra pas. Cela n’affectera pas outre mesure Bob, qui n’hésitera pas à se comparer à la limace responsable du désastre :

« S’il était né créature marine, il ne pensait pas que Dieu l’aurait doté de nageoires bleues et jaunes à l’instar du magnifique poisson à ses pieds, ou mis dans le corps d’un requin, d’un barracuda ou autre délicat tueur. Non, il aurait sans doute appartenu à la famille de ce concombre de mer, créé pour nager dans les eaux d’égout, rotant et affligé d’une haleine fatale à toutes les belles choses qui l’approcheraient ».

Dans « Un lien fraternel », deux frères amorcent une réconciliation en partant chasser. L’aîné a acheté une montagne après quelques déboires professionnels et sentimentaux et tente de renouer avec son frère malgré leurs antécédents, c'est-à-dire une rivalité nimbée de perversion. La chasse semble se passer à merveille mais un événement inattendu viendra bouleverser à nouveau l’espoir de réconciliation entrevu par les deux frères. La chute de cette nouvelle m’a frustré car j’ai l’impression qu’elle est inachevée.

Dans « Exécutants d’énergie importantes », titre ô combien ironique, le personnage principal renoue malgré lui des liens avec un père détruit par la maladie d’Alzheimer et une belle-mère qui s’occupe de lui comme d’un enfant. Tower interroge nos rapports à la famille à merveille et incruste quelques moments de poésie.

« Une porte dans l’œil » est la nouvelle que j’ai préférée. Un père de 83 ans est accueilli par sa fille étudiante afin de passer quelques jours ensemble. Il décide de peindre sur le perron afin de faire passer ses journées le plus agréablement possible. Totalement fasciné par la porte d’entrée d’une des voisines, régulièrement sollicitée pour ses charmes selon les dires de sa fille, notre bonhomme finira par découvrir la véritable activité de cette dame et n’en sortira pas indemne mais ragaillardi par cette rencontre.

Les autres nouvelles sont également savoureuses car elles sont à mon avis l’œuvre d’un digne héritier des Hemingway, Carver, Cheever et autres Faulkner, c'est-à-dire d'un auteur à l’écriture nerveuse, acérée qui vous donne envie de tourner les pages afin de suivre nos « anti-héros ».

Wells Tower doit publierr un roman en 2012 qui pourrait être inspiré d’une des nouvelles de ce recueil et c’est tout ce que je lui souhaite.


Nicolas, AS Éd.-Lib.

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 07:00

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 07:00

Hermann-Broch-Les-Irresponsables.gif








Hermann BROCH
Les Irresponsables
Titre original
Die Schuldlosen
Traduit de l’allemand
Par Andrée R. Picard
Gallimard, 1961
L'Imaginaire, 2001






 

 


Résumé

 

 

Plusieurs personnages se mêlent dans ce roman choral. On y suit principalement la vie d’Andréas. Il quitte l’Afrique du Sud et à son arrivée en Allemagne, il se lance à la recherche d’une chambre à louer. Il trouve une solution en la demeure de la baronne W. Après un accueil glacial de la part d’Hildegarde, la fille de la baronne, et de Zerline, la servante de la famille, il parvient à se lier d’amitié avec la servante et obtient la reconnaissance de la jeune fille. Il entretiendra notamment une relation singulière avec la baronne, qui se substituera à sa mère. Il rencontrera Zacharias, professeur de mathématiques, membre du parti social-démocrate, avec qui il conversera toute une nuit, écoutant la présentation des opinions politiques et philosophiques du parti. Il séduira une jeune fille, Melitta, qu’il déflorera bien vite grâce au rôle d‘entremetteuse que jouera la servante de la baronne, Zerline. Mais Hildegarde, la fille de la baronne W, rend alors visite à l’innocente et lui annonce que A. l’aime, elle, et qu’au moindre signe de sa part, il serait prêt à l’épouser. Mélitta, dans un élan de désespoir, se donne la mort.

Le soir-même, Hildegarde force A. à lui faire l’amour mais celui-ci, sans opposer de résistance à cette idée, n’y parvient pas physiquement. Le lendemain, il apprend la mort de la blanchisseuse Melitta. Il fait l’acquisition d’un pavillon de chasse, en dehors de la ville, où il s’installe avec la servante Zerline et la baronne W et où il se suicide. Cette deuxièmee mort est suivie par une troisième : celle de la baronne W. Zerline hérite alors du pavillon de chasse.

 

 

Structure : un récit fragmentaire

Le récit est divisé en trois parties (et en tranches de dix ans) :


— Récits antérieurs, 1913 (avant la première guerre mondiale)
— Récits, 1923 (dans l’entre deux guerres, au début de la propagande nazie)
— Récits postérieurs, 1933 (Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg. Par la suite il impose un régime dictatorial).

La première partie est précédée par une parabole et la dernière s'achève sur une parabole. Chaque partie débute par une Voix, sous la forme d’un poème en prose qui donne la couleur du récit qui le suivra, instaure le contexte historique de la partie, notamment l’état d’esprit et le mode de pensée en vigueur durant cette époque. Chaque parabole commence par une anaphore : « pourquoi écrire, poète ? » La réponse est différente, évolue selon la période de l’Histoire. Dans les récits antérieurs :
 
« Laisse-moi un instant évoquer ton visage, oh ma jeunesse ! »

C’est la période de la jeunesse bourgeoise où l’on s’intéresse à l’amour, à l’argent, où l'on cherche à se distraire, surtout. On croit en une Histoire linéaire et téléologique, ascendante : on se dirige irréversiblement vers le progrès. Mais la guerre vient bouleverser cette vision que cultivent notamment un certain nombre d’auteurs de la Mitteleuropa tel Robert Musil.

« C’est ainsi que s’achève 1913,
[…]
Les échos éteints d’une fête passée »

La guerre pourtant est justifiée par certains par un noble but ; on « parle abondamment de devoir, du sol de la patrie, de l’honneur du pays, des femmes et d’enfants qu’il faut défendre. » C'est l'occasion de faire preuve de bravoure, source d’honneur et de prestige

Cependant la réalité est tout autre :

« sonne clairon, nous allons à la guerre.
Nous ne savons pas pourquoi nous combattons.
Mais reposer entre hommes, côte à côte, dans la tombe,
Ça fait peut-être bien plaisir. »

Les gouvernements promettent la victoire mais il n’y a de victoire pour personne.

 L’homme a perdu foi en la sainteté. Il n’a plus de repères ; « convictions et fausses saintetés » abondent. Elles vont mener à la terreur. Les hommes se posent des questions métaphysiques : on dénonce l’absurdité de l’existence humaine, la vie a-t-elle un sens ? (p. 63). Ils voient en ces « convictions creuses » la réponse à leurs questions.

Sans être coupable, chacun est responsable, conclut Broch.

Dans les récits postérieurs :

« Terre promise de l’éternel adieu,
Ô pressentiment de cieux ignorés !
[…] Ne nous leurrons pas, nous ne serons jamais bons ».

L’homme a décidément perdu foi en la croyance selon laquelle l‘homme serait naturellement bon. La mort surplombe tout. Les instruments de terreur, de torture sont rois. Le peuple croit en la toute puissance de la force, pour gouverner, il faut inspirer la crainte.

« Mais aie le courage de dire merde à celui qui poussera les hommes
À massacrer leurs frères au nom d’une prétendue conviction », p. 309.


Le bourgeois veut être assujetti, le manque de principes devient la loi. Il obéit aux règles édictées sans y croire, par pur automatisme.


« le petit bourgeois veut être réduit à l’esclavage et exercer la tyrannie », p. 312.

Chaque partie recèle des digressions philosophiques. Au récit se mêle l’essai philosophique qui rend compte des inquiétude métaphysiques de l’auteur. La question de la totalité de l’univers y est notamment omniprésente (p. 246-247).

La complexité de la forme reflète également celle de la pensée brochienne et surtout celle du monde. À ce titre, Broch louait Joyce :

« le mérite de son œuvre est d[e se] rapprocher de la représentation totale d’un monde devenu trop complexe en ayant recours à des dimensions multiples, à des symboles particuliers dans la construction ».

Cependant, ces propos sont tout aussi valables pour l’œuvre de Broch. Celui-ci, dans le chapitre II, « Construction méthodique » évoque « la méthode du contrepoint » en musique. Celle-ci consiste en une superposition organisée de mélodies (soit de différentes rythmiques, enchaînements d’accords) mais de manière à rester dans une certaine harmonie de l’ensemble; qu’il faut appliquer au roman. Lors de la première lecture, cette construction du roman nous donne l’impression d’un manque de lien logique entre les parties. On peut apporter des explications de différents ordres à cela.

Explication objective/concrète. Ceci semble naturel, puisqu’en effet, à l’origine, l’éditeur a décidé de réunir cinq nouvelles (« Voguons au léger souffle de la brise », « Construction méthodique », « Le retour du fils prodigue », « Légère déception », « Nuage furtif ») parues dans des journaux divers pour en faire un roman. Il a ainsi, dans le désir de conférer une certaine cohérence au texte, demandé à Hermann Broch de rédiger de nouveaux récits ( les six restants) pour donner un semblant d’unité à l’œuvre. De légères modifications sont donc apportées aux cinq nouvelles de départ, le travail consiste notamment à faire concorder les noms.

Explication subjective/réflexive. L’explication subjective concerne deux dimensions de la pensée brochienne. La dimension esthétique de son œuvre, tout d’abord, met en avant l’idée de rejet du roman traditionnel, « le roman épuisé ». La dimension philosophique y est également suggérée. Cette déstructuration du roman s’associe au polyhistorisme (plusieurs strates temporelles dans le roman) et polyphonisme (plusieurs points de vue de personnages et donc différentes visions du monde) afin de souligner la perte d’unité et de sens de la totalité des temps modernes.



Une perte générale de sens, une dégradation des valeurs

Pour reprendre le propos de Kundera : « Le chemin du roman se dessine comme une histoire parallèle des Temps modernes »

  • dédivinisation

 Le concept de dédivinisation qui caractérise l’époque moderne est particulièrement prégnant dans cette œuvre. En effet, Broch estime que depuis le Moyen-âge on assiste à une dégradation des valeurs. Au Moyen-âge, Dieu était au centre de la vie des hommes. Il régissait la vie quotidienne de chaque individu, constituait une référence commune pour tous et ses  enseignements (textes bibliques) transmettaient des valeurs communes à tous les humains (l’amour d’autrui, l’ascétisme ...). Au fur et à mesure, Dieu a perdu de son influence. Ainsi, on note que, dans Les Irresponsables, aucun personnage n’est pratiquant et même, pour aller plus loin, aucun des personnages ne semble croire en Dieu. Pour Broch, cette « mort de Dieu » (Nietzsche) soit cette perte générale des valeurs et des sens; fait qu' il n’existe plus de vérité absolue et conduit à une crise existentielle.
 
Historiquement, cette crise existentielle a conduit à la tragédie qu’est l’avènement d’Hitler au pouvoir en 1933, conclusion logique du livre dans les « récits postérieurs ». Il va mener à la mise en place d’un régime « totalitaire », au sens que donne Hannah Arendt à ce mot, le nazisme.

Philosophiquement, cette crise existentielle de l’homme engendre la solitude des êtres et une certaine indifférence envers autrui et le monde qui les entoure.



Conséquences : la solitude, des personnages fragilisés qui souffrent silencieusement.

 

Sans jamais tomber dans le pathos, sans jamais émettre de jugement à l’égard de ses personnages, Hermann Broch dresse le portrait de personnages profondément seuls. Dénués d’identité, de personnalité claire, ils souffrent.

 

  •   Andreas également appelé A. 

Presque tout au long du livre, il est dépossédé de son passé puisqu’en perdant son nom, il perd ce qui le relie à sa famille, à son passé. Par bribes, on apprend qu’il a perdu sa mère et son père et que tout jeune, avant la mort de ses parents, il était déjà privé de liens affectifs puisqu’il avait quitté son pays, ne voulant pas aller au lycée. Par la suite, il avait continuellement voyagé (p. 156). Citoyen hollandais, il se lance dans le commerce en Afrique du Sud, jouant le rôle actuel de spéculateur financier. Le fait qu’il ne veuille pas révéler son nom est donc significatif de son déracinement. Dans l’ouvrage cette crise identitaire se traduit par son attachement à la baronne W qui devient une mère pour lui, et son identification au personnage du mythe de Don Juan. Dès la page 90, la baronne apparaît comme une figure maternelle pour A. qui cherche à se recréer une famille, à combler ce manque qu’il éprouve depuis fort longtemps. Ceci explique que le chapitre III; qui relate l’arrivée de A. dans l’appartement de la baronne; ait été intitulé « Le retour du fils prodigue ». Cette illusion de famille s’établit en accord avec les sentiments de la baronne elle-même qui semble projeter en lui l’amour qu’elle éprouvait pour son amant et lui témoigne « une affection filiale » (p. 248). « il s’occupait d’elle et lui était dévoué comme un fils » (p. 321)

 

 

 

On peut également trouver dans l’ouvrage un parallèle persistant entre Don Juan et A.qui, tout comme Don Juan, semble être irrésistiblement attiré par les femmes ; il les désire mais une fois leur corps possédé se désintéresse d’elles, comme le peut attester son histoire avec Melitta. A s’identifie d’ailleurs explicitement à M. Von Juna, page 140, qui incarne à son tour Don Juan. A. est agnostique tout comme Don Juan qui, selon les auteurs, est parfois athée. Comme Don Juan, A. n’a pas de morale. Il n’a pas de morale, au sens employé par l’opinion publique, c’est-à-dire qu’il n’agit pas selon le Bien. Mais il est également dépourvu de toute morale dans la mesure où, à aucun moment, il ne semble pas s’être doté d’un code éthique personnel.  Son issue fatale dans le roman est d’ailleurs à rapprocher de celle de Don Juan.
 

 

  La baronne W [Elvire].  

La baronne a perdu son amant et son mari : « Nous vivons très isolées depuis la mort de mon mari » (p. 76). Elle été trahie par son amant, M. Von Juna (anagramme de Don Juan), qui a, entre autres, une relation avec la servante Zerline. Il peut servir la femme par son corps, lui apporter du plaisir mais ne peut l’aimer. Son prénom, Elvire, fait référence à la femme du Dom Juan de Molière, trahie par celui-ci mais qui continue à l’aimer. Ainsi, le fait que A. se sente proche de Don Juan nous incite à croire que d’une certaine manière, la baronne retrouve en A. des traits de Von Juna. Selon moi, un « transfert » (concept psychanalytique que l’on doit à Freud et Joseph Breuer) s’opère chez la baronne : on assiste à un déplacement d’affect. Elle transfère l’amour qu’elle éprouvait pour Don Juna sur A.

  •     Melitta.

Melitta vit recluse dans son appartement. Elle a pour unique compagnon son grand-père. Après avoir connu le bonheur avec A., elle ne pense probablement plus reprendre sa vie telle qu’elle l’était avant lui. Elle va donc se suicider.

 

 

  • Zerline.

Depuis son plus jeune âge, Zeldine a servi la famille de la baronne W. Elle désire plus que tout se marier mais demeure vieille fille. Elle n’a pas eu d’enfants. Elle était éperdument amoureuse du mari de la baronne M., le Président, qu’elle n’a pu qu’aimer en silence.

  • Hildegarde

Fille unique bâtarde de la baronne, elle ne semble pas avoir de vrais amis et n’a pas d’amants.

  • Zacharias

Personnage incompris, Zacharias s’est enfermé dans une relation destructrice avec son épouse Philippine. Dépourvus de but dans la vie, ils errent dans la société sans jamais y prendre part.
 

 

 

 

L’indifférence et l’individualisme : la passivité alimente, conduit le train hitlérien.

 

L’individualisme des personnages s’associe à une indifférence à multiples visages : une indifférence envers le monde qui les entoure, une indifférence envers autrui. On peut signaler une disparition du sentiment d’empathie.

« [L’homme] ne voit plus les hommes qui vivent à ses côtés ».

  • Andreas

« Il ne se rappelait pas avoir jamais fait acte de volonté. Il s’en était toujours tiré avec ce manque de décision qui faisait penser à de l’inertie, cette inertie agissante, qu’il appelait sa foi dans la destinée. », p. 122.

Andreas s’attache uniquement à se créer et entretenir une vie « confortable ». Son inertie se traduit aussi bien par son absence d'engagement politique que par son comportement au quotidien. À la question de Zacharias lui demandant s’il est antisémite, il répond je n’ai « jamais essayé ». Andreas n’y a jamais pensé, il n’a aucune opinion politique. La première évocation explicite d’Hitler n’apparaît qu’à la page 324 du roman soit à la quasi-fin de l’ouvrage, ce qui traduit son manque d’intérêt pour la politique. Andreas, d’ailleurs, n’y fait ici allusion que dans la mesure où il s’interroge sur son avenir économique : «  avec le succès possible d’Hitler, ce dément politique, il faut être […] prudent si l’on ne veut pas être réduit à la mendicité du jour au lendemain », p. 324. Il en parle uniquement parce qu'il se soucie de son propre futur, s’interroge  sur l’état de ses finances. Il éprouve ainsi une indifférence totale par rapport au monde qui l’entoure : « Il faut apprendre à ne pas se soucier du monde », déclare-t-il p. 325.

Son comportement au quotidien.

Il se laisse convaincre par Hildegarde lorsqu’elle désire passer à l’acte avec lui, il se laisse convaincre par Zerline de contracter l’achat du pavillon de chasse. Il ne réagit pas à la mort de Melitta. Tout cela renvoie à sa totale passivité (il subit sa vie plus qu’il n’en décide, tous ses choix ne sont que des illusions de choix) et son indifférence aux sentiments d’autrui (la mort de Melitta ne lui cause pas de peine, le récit de la vie de Zerline non plus) :

« Ma grande culpabilité, celle qui mérite le plus un châtiment, provient d’une indifférence générale. C’est une indifférence originelle que l’on dresse devant sa propre condition humaine. Il en découle une indifférence devant la souffrance d’autrui. », p. 346.

Andréas incarne le type allemand de l’indifférent qui se soucie uniquement de lui-même. C’est cette indifférence générale de la population allemande qui, selon Broch, a permis la naissance du régime hitlérien : « Et nous avons laissé agir Hitler, le profiteur de notre paralysie », p. 350.

  • Melitta

« Je ne saurais le dire […] car je ne m’occupe jamais des autres gens »,  p. 168.

« Nous n’allons presque jamais en ville ».

 

« Elle disait en ville comme si elle demeurait à la campagne et elle habitait cependant la rue commerçante de la ville où la circulation était la plus intense », p. 168.

L’ indifférence de Melitta est liée à son statut d’isolée, elle se noie dans son travail, ne vivant que pour lui et son grand-père.

  • M. Le Président

« La justice lui importait moins que sa position et sa réputation pour lesquelles il était même prêt à tolérer la bâtarde d’un assassin dans sa maison. », p. 150.

L’ indifférence du baron est liée à son statut social, seul lui importe sa position sociale.

  • Zerline, la baronne W, Hildegarde

L’ indifférence de ce trio est due à leur égoïsme : elles ne pensent qu’à leurs propres souffrances et à leur désir de domination (Zerline, Hildegarde) et de liberté (la baronne).Leur individualisme frise l’égoïsme.

  • Zacharias : un cas à part

Il est précisé que Zacharias fut décoré de la croix de deuxième classe (décoration militaire allemande qui est attribuée à ceux qui ont participé directement à l’effort de guerre de manière exemplaire, louable, décernée ici durant la Première Guerre mondiale). Ceci constitue une allusion à Hitler, car il fut l’un des détenteurs les plus célèbres de la croix de fer de 1914-1918 ; il obtint la croix de fer de première classe sous le grade de caporal.
 http://www.seconde-guerre.com/biographies/biographie-n-hitler.html

 Zacharias est ce que je nommerais un suiveur : « Zacharias qui avait  l’habitude de toujours modeler ses opinions sur celles des gens au pouvoir », p. 182. Lorsqu’il pressent que le parti social-démocrate a le vent en poupe, il le rejoint. Issu d’une classe sociale que l’on qualifierait aujourd’hui de moyenne (p. 184-185), il éprouve de l’aigreur et de l’envie par rapport aux classes dominantes. Ses choix sont dictés par son puissant désir d’ascension sociale. L’entre-deux-guerres lui offre ainsi des possibilités d’accéder à de plus hautes sphères. Il semble donc être le personnage type de l’opportuniste.

Cependant, son désir d’ascension sociale se cristallise dans son rêve de devenir directeur d'école or cela semble tout à fait réalisable à long-terme. Son envie paraît donc elle-même conditionnée par son origine sociale ; il fait partie d’une classe sociale inférieure. Alors qu’il aurait pu aspirer à devenir avocat, notaire ou tout autre métier plus prestigieux et mieux rémunéré, il se cantonne à des rêves limités, reflet de ses valeurs liées elles-mêmes à son rang. Cet individualiste n’est pourtant pas un personnage véreux, cupide, à l’esprit mercantile, qui cherche à accumuler de l’argent, il apparaît juste comme un arriviste qui s’intéresse à sa position sociale et obéit aux ordres de la société.

Le personnage de Zacharias permet en outre à l’auteur de mettre en exergue des éléments qui sont communs à tous les partis politiques. Il montre le danger d’adhérer pleinement, sans prise de recul à un parti ; le parti politique peut ainsi, par le biais de la propagande, en arriver à aliéner l’individu, à le déposséder de tout sens critique.

Un professeur.

En tant qu’enseignant, Zacharias est un membre très appréciable pour le parti puisqu’il occupe un statut stratégique. Sa profession est essentielle car c’est par l’éducation, par le conditionnement des jeunes, que se transmet, se diffuse l’idéologie social-démocrate. Il en sera de même lors du nazisme, cela peut nous faire penser aux Jeunesses hitlériennes.

 

 

Évocation de la propagande.
 
La propagande se traduit par l’intégration des traits distinctifs du parti dans son quotidien :

— image des dirigeants dans son salon (portraits au dessus de son buffet) p. 182,
— respect et admiration envers ceux-ci,
— mise en œuvre d’une discipline de fer, rigueur,
— mise en application stricte des demandes de l’État (ici programmes scolaires), Celles-ci apparaissent incontestables, indiscutables.
 

 

Véritable pantin politique, Zacharias ne se pose pas de questions, il ne fait preuve d’aucune distanciation critique vis-à-vis de l’État : « n’incitait-on pas les élèves à poser des questions impertinentes et embarrassantes ? », p. 183. Ici évoqué au sujet du parti social-démocrate, ce phénomène est tout aussi valable, et même amplifié lorsqu’il concernera le parti nazi.
 

 

 

Un personnage manipulé

Une fois qu’il est rentré dans le parti, il se persuade qu'il est dans le parti de la « vérité » : « c’est un enseignement auquel il est difficile de se soumettre, mais qu’il est encore plus difficile de dispenser, car on nous a non seulement gratifié de la dignité du juge, mais imposé l’indignité du bourreau . »

Il s’imprègne totalement des pensées du parti social-démocrate sans pour autant y croire véritablement. Il adhère au parti et à ses idées malgré le fait qu’il n’éprouve pas de réelle conviction politique. Il est également l'objet d’une manipulation psychologique qui vise à faire passer le peuple allemand pour une victime.

« Toute balle que nous sommes forcés de tirer vise également notre propre cœur, tout châtiment que nous sommes contraints d’infliger devient notre propre châtiment. »


Le nationalisme est l’une des clefs de voûte du parti. Le peuple allemand est montré à l’image d’un prophète qui doit guider le monde vers la vérité.

« En tant qu’Allemands nous avons assumé cette charge ».

Zacharias fait ainsi l’apologie de la fraternité allemande incarnée selon lui dans son armée.

Cette fraternité serait d’après lui, le fruit de

1. la répression de tout mouvement de rébellion, mouvement contestataire,
2. l’humiliation de la personne.

Conséquences :

3. L’oubli de l’individu au profit du « groupe » , effacement de la personnalité de l’individu qui vit au service de la communauté, de ce qu‘on lui dit être le « bien commun », abnégation totale de l’être,
4. Obéissance totale,
5. Sentiment de sécurité de l’individu.

Il prône une société ultra-hiérarchisée et réglementée pour contrer le désordre qui régnait durant la Première Guerre mondiale et le désordre généralisé qui s’ensuivit (inflation, mécontentement populaire, instabilité politique). Ainsi, le peuple allemand retrouverait sa liberté, « une liberté planifiée », et bénéficierait d’une égalité parfaite : « une égalité devant le commandement, la discipline et l’autodiscipline, telle sera notre égalité, ordonnée selon l’âge, le rang et les services rendus à la société ». Ces principes renvoient également aux postulats du national-socialisme qui lui aussi propose une société hiérarchisée : une société dominée par la « race aryenne » et plus précisément la classe dominante de la race aryenne, la bourgeoisie allemande. D’ailleurs une phrase du texte attribué à Zacharias, et donc par répercussion une transcription des pensées du parti, semble annoncer l’arrivée d’Hitler : « ce sera une pyramide bien équilibrée à la tête de laquelle sera appelée l’élu, un censeur qui dirigera tout ».



la perte de l’individu dans la masse

— Causes du ralliement à la masse
 
Cette indifférence envers le monde, la solitude de l’être peuvent conduire l’individu à se reposer sur la masse voire à la rejoindre. L’individu désire toujours se sentir entouré, en sécurité, trouver une certaine stabilité également.  La masse la lui procure, c’est pourquoi l’individu va se rallier à elle. Cette condition anthropologique qui conduit l’homme à abandonner sa conscience pour se fier tout entier à la masse est nommée « état crépusculaire » par Broch.

 

 

Conséquences

On ne distingue plus l’individu de la masse. On assiste à une perte de l’individualité, de la singularité de l’être : « L’homme n’a plus de contours, il est devenu pour lui-même une image floue », p. 346.

La masse dilue notre conscience, l’efface. Pour reprendre une expression populaire, l’homme se noie dans la foule. L’homme renonce ainsi à son identité personnelle, à ses opinions, pour adopter celles de la masse. Il adhère à tout ce qui émane d'elle. Il se fond littéralement dans la masse. Devenu anonyme, il ne réfléchit plus : il agit uniquement comme un automate. Il se sent libéré de toute responsabilité : ce n’est plus lui mais la masse qui est responsable de ce qui se produit.

Or seule notre conscience nous rend humain. C’est elle qui nous guide, c’est elle l’ultime trace de notre humanité : « Grâce à la possession de mon moi, je me distingue des bêtes, je m’approche de l’image de Dieu » ; « je lui dois la cohésion de ma vie ».

Le Moi ne peut se constituer qu’en comblant l’angoisse de sa solitude face à la mort. C’est dans cet objectif, que l’homme tend naturellement à se forger des valeurs. Néanmoins, d’après l’ouvrage Théorie de la folie des masses si ces valeurs visent à obtenir un certain mode de vie ou à affirmer la supériorité et l’autorité d’une certaine race, la folie des masses est alors terriblement proche : « On a cessé de rêver à la communauté humaine, notre idéal jusqu’à présent, le rêve où nous existions les uns pour les autres », p. 349 ;  « c’est pourquoi comme on ne peut pas vaincre la solitude ».
 
Les hommes ont commencé à se battre pour défendre le futur hypothétique, utopique de ce rêve; rêve d’un monde où les hommes seraient naturellement altruistes et bons; pour les générations à venir. Dans Les Irresponsables, la « fraternité allemande » semble apparaître comme une concrétisation de ce rêve.



 La question de la responsabilité

L’ exemple d’Andreas est le plus pertinent. Andréas ne se sent responsable de rien pendant tout le récit, seule lors de sa confrontation avec la mort, il reconnait sa responsabilité dans la manière dont le parti nazi allemand s’est répandu : « Nous sommes nés responsables […], et cela seul est décisif ». Nous sommes responsables non seulement de nos actes mais de ceux des personnes qui nous entourent car nous sommes responsables de la définition que nous voulons donner à l’humanité . Le peuple allemand est responsable tout entier car le régime hitlérien s’est bâtie sur l’indifférence et l’individualisme de ses habitants.

Une phrase illustre cette idée : « L’Allemand plaisante difficilement », p. 222 ; le rire suppose une prise de recul par rapport au monde qui nous entoure. l’Allemand pour Broch ne rit pas, c'est le reflet de son incapacité ou plutôt de son refus de distanciation avec la société dans laquelle il évolue.

De plus, le petit bourgeois, d’après Broch, est l’exemple parfait de l’ « irresponsable ». Sans être directement coupables, les personnages de ce récit et plus globalement une grande partie de la population allemande ont joué un rôle déterminant dans la mise en place du régime hitlérien et de ses dramatiques conséquences. Sa passivité, son assentiment silencieux aux ordres qui lui ont été donnés ont eu de désastreuses répercussions sur l’Europe et ont conduit à un sérieux questionnement sur la nature humaine : l’homme est-il foncièrement mauvais ?

 

 L’oubli

Pour moi, l’oubli, bien que peu évident, est un thème inhérent à cet ouvrage. Il se dessine en filigrane tout au long de l’ouvrage. L’oubli personnel de chacun des personnages, notamment de leurs fautes respectives renvoie à l’oubli des fautes collectives, de l’Histoire. Ce roman, à mon sens, incite également au devoir de mémoire. Il semble vouloir donner une explication possible, une analyse éventuelle de l’avènement du régime hitlérien afin que l’homme prenne conscience de ses erreurs et que plus jamais il ne les reproduise.  Il est ainsi important de ne jamais oublier ce qui a suivi le 30 janvier 1933. Car comme l’annonce Broch : « rien ne s’oublie et ne se pardonne », et il est essentiel que rien ne s’oublie.

 

 


 Perversité des relations

Ce thème nous fait d’ailleurs penser à l’univers de Kundera voire à celui de Tanizaki.

 

 

Rapports de domination exacerbés

« A approuva d’un signe de tête, car on tient toujours quelqu’un d’autre prisonnier, et l’on croit toujours être seul captif. »

  • Le triptyque Hildegarde-Zerline-baronne W

Hildegarde et la servante Zerline avouent elles-mêmes « emprisonner » la baronne W. Elles prétextent qu’elles agissent ainsi pour prendre soin d’elle mais en réalité, cela semble avoir un lien avec l’adultère de la baronne W, sans aucun doute. Je suppose qu'il a suscité haine et jalousie chez sa servante qui elle-même était amoureuse du baron. Zerline a donc éduqué Hildegarde de manière que celle-ci, d’une part, se refuse aux hommes; — elle aurait voulu la faire entrer dans un couvent mais elle n’est pas catholique, malheureusement —, d’autre part, qu’elle éprouve du dégoût envers sa mère. Elle a élevé Hildegarde de manière qu'elle veuille venger son père.

  • La relation Hildegarde-Andreas

Cette relation semble plus se présenter comme un jeu de manipulation qu’un jeu de séduction. En effet, Hildegarde se dénude devant Andreas et le pousse à lui faire l’amour, car dit-elle, elle a besoin de se « sentir désirable ». Mais surtout, il semble qu’elle ait besoin de se sentir le maître de la situation. Elle va jusqu’à lui faire du chantage, elle tente de l‘exciter pour parvenir à ses fins : « si vous réussissez à me prendre, je vous promets le plaisir le plus vif qu’un homme ait jamais ressenti avec une femme ». Elle place Andreas dans une position de soumission. La scène est dominée par une « tension macabre » où un jeu malsain se déroule interminablement sous nos yeux innocents de spectateurs mais aussi de voyeurs, selon le point de vue. Elle force Andreas à la prendre, elle lui demande de la « violer ». Mais celui-ci, dépité, n’y parvient pas. Elle ressent alors la « joie méchante de la victoire ». Elle l’a humilié, elle seule est le maître du jeu : « le désir suit la trace du sang, le meurtre exalte le désir », p. 283.

 

 

Échec de l’amour


Les personnages ne croient même pas en l’Amour comme valeur commune. L’amour n’est même pas utopie puisqu’ils ne cherchent pas à vivre l’Amour.

Zacharias : « L’amour ? Non, il n’existe pas », p. 198. Il entretient une relation conflictuelle avec sa femme Philippine et rejette l'amour.

Hildegarde : « Je souhaite surtout ne pas être aimée », p. 282. Elle refuse de se lier avec un homme (notamment à cause de l’influence de Zerline).

Mélitta : elle se suicide à cause de la déception amoureuse causée par les dires d’Hildegarde à propos de son amant A. Elle ne prend même pas la peine d’interroger A. pour avoir sa version des faits. Elle ne met aucunement en doute la véracité des propos d’Hildegarde. Elle semble donc n'avoir aucune confiance en l’amour.

A. : sa relation avec Melitta aboutit à un échec. L’amour n’est pas au rendez-vous, seulement le désir sexuel. Lorsqu’elle meurt à cause d’Hildegarde, on pourrait croire à une nouvelle idylle entre cette dernière et A. mais rien ne se produit. A. n’est pas dévasté mais il n’existe rien de véritable entre lui et Hildegarde.

Zerline : toujours utilisée comme un objet pour assouvir le désir des hommes, elle aura plusieurs amants mais un seul qu’elle ait jamais aimé : le baron W. : «  Il y a plus de 40 ans qu’il m’a empoigné les seins, mais toute ma vie, je l’ai aimé de toute mon âme ». La blessure déchirante que lui laisse cette non-relation la pousse notamment à émettre de durs propos envers les hommes. Elle la conduira même à jeter Melitta dans les bras de A. En effet, on peut supposer que Zerline encourage cette relation au début car Melitta, blanchisseuse, est issue d’une classe sociale inférieure à celle de A.: « [Zerline] éprouvait encore plus de satisfaction en songeant à la différence sociale entre A. et la petite blanchisseuse que Zerline considérait comme son égale », p. 252. Or, son amour pour le baron était principalement compromis du fait de leur différence sociale. Et lorsque Zerline a décidé d’envoyer toutes les lettres échangées par la baronne et son amant M. Von Juna, le baron a préféré sauver les apparences en niant les informations qu’elles contenaient. En effet, M. Von Juna a assassiné une de ses amantes. Afin de sauvegarder sa position sociale et le prestige qui lui est associé, le baron ira jusqu’à délibérément fausser la justice en ne divulguant pas l’existence de ces lettres. Pour ne pas entacher sa réputation, il jugera en faveur de l’amant de sa femme. Il évitera ainsi à ce dernier la condamnation à mort. Tous les moyens lui semblent bons pour échapper au scandale : « La justice lui importait moins que sa position et sa réputation pour lesquelles il était même prêt à tolérer la bâtarde d’un assassin dans sa maison. » p. 150.

la baronne W :  elle fut trahie doublement : par son amant et son époux.

 

Une fin tragique inéluctable : la mort.

La mort est omniprésente dans ce roman.

La mort due à la guerre, évoquée par les Voix. La guerre semble vaine et inutilement sanglante. Il ne faut pas donner de pouvoir à la mort.

La mort des personnages romanesques. La mort de Melitta semble celle de l’innocence et de l’espoir. La relation Melitta-A. ouvre une perspective joyeuse et légère dans le roman. Celle-ci est vite avortée. Ce premier mort est suivi d'une avalanche de cadavres.

La mort de A. est placée sous le signe de la rédemption. Elle a lieu après une conversation de celui-ci avec ce qui lui semble être une représentation de sa culpabilité, le messager de sa mort, sous la forme d’un vieil homme grisonnant qu’il identifie tout de suite à l’image du grand-père de Melitta, un vieil homme aveugle (topos de la cécité physique signe de la lucidité de l’esprit).  Après s’être confessé, il va expier sa faute en se suicidant. Le sacrifice de soi semble la seule solution pour se purifier. Il comprend qu’en se réfugiant dans le pavillon de chasse, il tenté de fuir ses responsabilités, de s’abandonner au confort d’un foyer, au côté de la figure rassurante d’une mère.

Des allusions au début du récit

L’apparence du spectre : les diamants. Paradoxalement, le fantôme serait de « chair et de sang » ou de diamant. L’allusion au diamant est particulièrement intéressante dans la mesure où le diamant est symbole de pureté et de lumière voire de guérison d’après une tradition indienne? or le spectre vient pour « guérir » A. de ses péchés, il vient lui faire expier sa faute. De plus, c'est également un clin d’œil au début du roman puisque A. se présente lors de son entretien avec la baronne comme un « marchand de pierres précieuses ».

Le pistolet, la croix de Saint-André et la décision de taire son nom

Dans le chapitre I, « Voguons au léger souffle de la brise », Andréas se trouve dans un bar. On ne sait pas véritablement si cette scène est réelle ou imaginaire. Il avoue lui-même que tout semble s’embrouiller dans sa tête comme s‘il se trouvait dans un rêve. Un déclic de revolver retentit dans le bar et A., à partir de cet élément, imagine sa mort. Il se voit tué par une balle de revolver, cloué sur une croix de Saint-André (p. 37-38). Il prend alors la décision de ne plus se nommer que « A. ». Lors de sa mort, le spectre s’adresse à lui en le désignant de son vrai nom, Andreas ; ainsi, A  retrouve son « moi », sa conscience. Par la suite, A se tue effectivement à l’aide d’un revolver. Et lors de sa mort, il est précisé qu’il a les bras en croix « comme si on devait le clouer sur  une croix de Saint-André ». A. a retrouvé son nom, ses valeurs. Peut-être a-t-il même retrouvé la foi en Dieu.

   

 

 

Intertextualité : Don Juan

La pièce de théâtre Don Juan est citée, très brièvement, dans le premier chapitre (p. 31) par Andréas lui-même qui tourne en dérision l’aspect fictionnel, irréel de son issue : « Comme si les morts sortaient de leurs tombes pour venir les tuer. Le Commandeur. Le Convive de pierre. Cela n’existe qu’au théâtre […] et seulement dans Don Juan. » Pourtant, Broch se joue du lecteur puisqu’il orchestre la mort de son protagoniste de manière à faire écho à celle de Don Juan. Le titre du chapitre « Le convive de pierre » (chapitre X) nous oriente vers cette interprétation. En effet, l’origine du personnage prend racine dans l’œuvre espagnole de Tirso de Molina intitulée El burlador de Sevilla y Convidado de piedra. Dans cette pièce de théâtre, tout comme A. qui se repent et obtient la purification de son âme par la mort, le protagoniste lui aussi meurt en demandant en vain d’être absous. Dans le Dom Juan de Molière, on retrouve, en outre, l’idée d’un spectre de la mort. Dom Juan a assassiné un homme, le Commandeur. Alors qu’il se trouve déjà dans une situation délicate (il cherche à sortir d’un mariage qui ne lui convient plus sans déchaîner la colère des frères de son épouse et sans perdre la rentrée d’argent assurée par son père pour qui l’honneur est une valeur fondamentale), Dom Juan voit apparaître le fantôme du Commandeur. Celui-ci lui rappelle qu’il doit tenir sa promesse de dîner avec lui. Il s’empare de sa main et bientôt Dom Juan s’embrase. Si l’on compare ce récit à celui de la mort de A., on retrouve certaines étranges similitudes. Tout comme dans Dom Juan, la rencontre avec un spectre, symbole du Ciel (surtout pour Dom Juan) du repenti (pour les deux), conduit à sa mort. Le spectre semble leur apparaître sous la forme visuelle la plus criante qu’il donne à leur culpabilité : la victime de l’un (le Commandeur en statue de pierre pour Dom Juan) et un proche de la victime pour l’autre (le grand-père en spectre « de diamant » de Melitta pour A.). Dans les deux scènes, le personnage offre sa main au spectre ; alors que pour le premier, la main provoque son embrasement (les flammes de l‘Enfer), pour l’autre, la main, au contraire, est glaciale (la mort naturelle). Enfin, ultime ressemblance (bien que secondaire), tous deux  sont attendus pour dîner mais la mort les fauchera le ventre vide.

Zerline cache cet événement à la baronne mais celle-ci sait que A. n’est plus lorsqu’elle aperçoit le comportement bizarre de sa chatte Arouette, la chatte noire évoquée dans le chapitre I, juste avant le déclenchement du revolver.

La mort de la baronne, qui succède immédiatement à celle de A., nous incite à douter de son caractère accidentel. Zerline, en effet, au soir de l’événement, donne « deux somnifères » à sa maîtresse à sa demande expresse. Étant donné que Zerline était l’héritière testamentaire toute désignée du pavillon de chasse, s’il arrivait quelque chose à A. et à la baronne, on pourrait se demander si ce n’est pas elle qui l’a assassiné. Autrement, la coïncidence revêt aussi un caractère symbolique : la mère de substitution de A. ne peut continuer à vivre sans son « fils ».

Cette mort est donc bienvenue pour Zerline qui, enfin, vit comme elle l’entend. Elle devient la seule décisionnaire de sa vie et comme pour faire un pied-de-nez à sa vie antérieure, elle prend des domestiques.


Conception de l’art

Broch rejette l’« art kitsch » tout comme Musil qui le désigne comme un rebut, un art de camelote. Cet art tape-à-l’œil, de pacotille est pour eux une expression ultra-sentimentale (rejet du lyrisme), exacerbée à l’extrême donc mensongère, conditionnée par l’industrialisation qui se diffuse même dans l’art et la distraction de masse, du monde. Cet art à outrance cherche à plaire, c’est  un art vaniteux tout comme les hommes qui le créent et s’en gargarisent. Broch considère que l’œuvre d’art authentique, à l’inverse, « éblouit l’homme jusqu’à le rendre aveugle et […] lui donne la vue » (Quelques remarques à propos du kitsch). L’art n’a pas vocation à séduire, il doit  offrir une vision la plus juste possible de sa société dans toute sa complexité. Ainsi, dans le chapitre II des Irresponsables intitulé « Construction méthodique », il expose sa conception de l’art. L’art a le pouvoir d’illustration, il est selon lui un « exemple en puissance ». Pour obtenir une œuvre qui reflète « l’unité et l’universalité du tout », l’auteur doit inventer des « histoires », « péripéties » et personnages singuliers, imaginaires mais à travers ceux-ci, transparaissent les caractères communs à tous les hommes (les mêmes préoccupations, les mêmes questions). L’art doit être porteur de connaissances écrit-il dans le chapitre III, « L’éleveur d’abeilles ». Il doit éclairer l’homme.  Il est doté d’un sens social et métaphysique. L’art a également pour objectif d’entamer la purification de l’âme du lecteur, d’où l’emploi proche du procédé de catharsis de la tragédie grecque avec la représentation de la mort et la purification de A. dans Les Irresponsables.


Quelques symboles

La croix de Saint-André


Citée au début du roman, dans la partie « récits antérieurs », elle est vue par Andreas sur le sol d’un café : « une croix de Saint-André, inutile dans le jeu de marelle, tout à fait superflue ». Utilisée pour signifier le phénomène de dédivinisation, de déclin des valeurs et ainsi pour évoquer ce qui rattache Andréas au monde qui l’entoure (notamment son nom).

Prédiction p 38 : « On me trouvera gisant sur ma croix de Saint-André, comme si on devait m’y attacher, m’attacher à son nom. Mais me suis-je déjà appelé André ? ». Lors de sa mort, il a les bras en croix « comme si on devait le clouer sur  une croix de Saint-André ».

 

 Les sept couleurs de l’arc-en-ciel

Il est courant d’associer un caractère sacré au chiffre 7 (7 comme les 7 jours de la création de l’univers par Dieu). L’arc-en-ciel, avec ses sept couleurs, est donc souvent synonyme d’espérance et de renouvellement. Il est notamment évoqué lors de la mort d’Andreas.


Citations

« A approuva d’un signe de tête, car on tient toujours quelqu’un d’autre prisonnier, et l’on croit toujours être seul captif. »

« rien ne s’oublie et ne se pardonne »

« La fatigue est une mesure qui ne se trompe pas… Elle indique exactement de combien se rétrécit le périmètre de notre vie. », p. 249.

« Son rêve a l’éclat sordide du clinquant », p. 310.



Source principale

Mon travail s’est inspiré de l’article paru sur le site
http://trajectoires.revues.org/index192.html  (les enjeux éthiques et politiques de l’œuvre de Broch notamment un approfondissement sur la notion d’ « état crépusculaire »)

 

 

Des ouvrages et des liens internet pour se familiariser avec la pensée de Broch

Enjeux philosophiques et politiques de son œuvre


Théorie de la folie des masses, Hermann Broch (éditions l’Eclat)


 http://www.fabula.org/revue/document5520.php


 http://www.centrenationaldulivre.fr/?Theorie-de-la-folie-des-masses

 

 

Enjeux esthétiques


Quelques remarques à propos du kitsch, Hermann Broch (éditions Allia)


http://revues.unilim.fr/nas/document.php?id=356


http://www.editions-allia.com/fr/livre/349/quelques-remarques-a-propos-du-kitsch


Lucie.V, 2nde année édition-librairie

 

 

 


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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 07:00

Studio de création, TnBA, mardi 6 décembre, 20h
Conception, mise en scène, images et interprétation : Renaud Cojo

 

 

La pièce présentée s’intéresse à David Bowie et à son avatar créé en 1972, Ziggy Stardust, un messager humain doté d’une intelligence extraterrestre qu’il fera mourir sur scène en 1973 à l’Hammersmith Odeon.


Le décor est planté ; on peut y voir une cabine téléphonique rouge, un des symboles anglo-saxons, au centre de la scène ; nous voici plongés dans l’univers du chanteur londonien des années 80.

La représentation commence. Huit écrans sur la scène diffusent un reportage sur le metteur en scène et son acteur principal. Tous deux discutent de la pièce, celle que nous sommes en train de voir. On découvre les questionnements des comédiens et metteurs en scène lorsqu’ils montent un spectacle, le travail préparatoire effectué dans la création d’un projet, ici inclus dans le spectacle. Cette vidéo éveille la curiosité. On comprend au fil de la discussion le sujet de la représentation.

Un acteur entre dans la cabine téléphonique muni d’une guitare ; il s’y enferme et commence à jouer une musique de David Bowie ; nous entrons dans l’univers musical de l’artiste. Cette musique vient s’inscrire dans la pièce comme un fond sonore, l’acteur est enfermé dans la cabine, le son paraît étouffé, lointain. À cette musique se superpose la voix de l’acteur principal. Il s’adresse au public, parle de Ziggy Stardust. Il tient entre ses mains une caméra qui lui permet de filmer des parties de la scène et dont nous recevons les images en temps réel sur l’un des écrans présents. Ce jeu sur l’image attire notre regard et donne une deuxième dimension à la scène que nous avons sous les yeux. À de nombreuses reprises dans le spectacle, les écrans présents sur scène vont s’allumer pour laisser place à des vidéos en tout genre qui parlent de Ziggy Stardust. Reportages sur David Bowie, vidéos sur des fanatiques de Ziggy Stardust… Dans ces images apparaît le personnage principal de la pièce ; ainsi, il est à la fois devant nous et sur les écrans vidéo. C’est un véritable travail de fond, d’enquêtes de terrain qui a été réalisé par Renaud Cojo. Il a en effet rencontré des fanatiques de Ziggy Stardust dans toute la France, il a aussi fait un reportage à Londres sur les traces de Ziggy Stardust, allant jusqu'à rechercher le lieu de prise de la photographie de l’album Ziggy Stardust de David Bowie.

La scène réunit par l’intermédiaire du média vidéo l’ensemble du travail de l’acteur qui s’est imprégné du sujet, travail proche de la performance ; on peut découvrir les images du comédien qui décide d’intervenir sur scène lors d’un concert près de Paris le jour de la date anniversaire de la mort du double de David Bowie et reprend celui donné par Ziggy Stardust le jour de sa mort. Des vigiles le font sortir de scène, c’était un acte spontané, une performance artistique.

Sur scène, la diversité des médias utilisée est à souligner, on trouve à la fois des écrans plats, de vieux téléviseurs, un ordinateur portable, une caméra portable, un smartphone. L’acteur interagit avec les objets (connection internet). Par la réunion de tous ces supports sur une même scène, il semble faire une photographie de nos modes de diffusion, de communication, tout en abordant un événement qui se situe dans le passé.

Les moyens utilisés sont donc très divers mais tous d’actualité ; à ceux-ci s’ajoute la musique, à la fois sur scène et dans les vidéos qui nous sont présentées. Il est plaisant de voir apparaître entre deux vidéos un musicien et chanteur qui interprète en direct la musique de David Bowie.

Il faut savoir que cette pièce repose bien évidemment sur la musique, celle de Ziggy Stardust. Mais elle pose aussi la question récurrente de l’identité. Ziggy Stardust est un double : celui de David Bowie. Renaud Cojo a fait le choix d’inclure dans la représentation des lectures de textes qui abordent tous la question de l’identité. On peut entendre un texte qui traite de la schizophrénie, du dédoublement de la personnalité, de la quête de l’identité en philosophie. C’est une question de fond que souligne ce spectacle.

Il faut savoir que ces extraits d’ouvrages qui sont lus à chaque représentation, le sont à chaque fois par des personnes qui étaient présentes dans le public le jour d’avant. En effet, à la fin de chaque spectacle, Renaud Cojo demande si une personne du public est disponible pour venir lire les textes de la représentation du lendemain. Ainsi chaque soir ce sont des personnes différentes qui viennent jouer un rôle dans la pièce, passant du statut de spectateur à celui d’acteur. Ici aussi la question de l’identité, des rôles, est soulignée.

On découvre aussi que le comédien s’est fait passer pour un Ziggy Stardust auprès d’un psychologue de la région et l’on peut suivre des extraits de ses séances de psychanalyse réalisées en caméra cachée. Ici encore on voit à quel point la représentation théâtrale que nous avons sous les yeux n’est qu’une infime partie du travail réalisé et de l’œuvre elle-même.

Renaud Cojo a choisi dans sa pièce de faire jouer un étudiant handicapé, en fauteuil roulant, qui se fait passer pour un stagiaire présent sur scène pour observer. On trouve dans cette pièce beaucoup d’humour et d’allusions à des choses très actuelles ; le jeune homme handicapé aborde par exemple le succès du film Intouchable qui remplit actuellement les salles de cinéma. Ziggy Stardust est plongé dans notre univers, au présent, et l’on joue sur la nostalgie de ces musiques du passé et nos pratiques, souvent moquées, du présent (réseaux sociaux par exemple).


Paroles de Renaud Cojo, musique, lectures, vidéos… tout s’entremêle et donne son rythme à cette représentation.


C’est un véritable regard et questionnement sur la société. Qui sommes-nous ? Quelle est la place de chacun ? La diversité. Une réflexion sur nos modes de vie actuels, l’hyperprésence des technologies, d’internet...

 

Marine, 2e année Bib.

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 07:00

Goldoni-Baroufe-a-Chioggia.gif







Carlo GOLDONI
Baroufe à Chioggia, 1762.
Pièce en trois actes
traduite de l’italien
par Ginette Herry
Circé, 2001













 

 

Contexte littéraire de l’époque

Carlo-Goldoni-copie-1.jpgCarlo Goldoni est un dramaturge italien du XVIIIe siècle ; il est né à Venise en 1707, il y passera la moitié de sa vie avant de partir pour Paris où il mourra en 1793. Goldoni est connu pour sa réforme de la commedia dell'arte ; il écrit à cet égard un ouvrage pour expliquer sa théorie : Mémoires pour servir à l'histoire de ma vie et à celle de mon théâtre. L’idée de cette réforme se trouve davantage illustrée dans ses pièces. Il se rapproche du théâtre de Molière en s’intéressant au caractère des personnages, il se veut proche des attitudes de la vie quotidienne. Cependant, Goldoni ne tire pas de morale de ces pièces, il reste optimiste, et ne dépeint que le quotidien de la vie de bourgeois ou de gens du peuple mais jamais il ne s’aventure dans le monde controversé de la religion ; en cela il se démarque de son modèle, Molière.

Sa réforme interroge les comédiens et est détestée par le deuxième grand dramaturge italien de l’époque, Carlo Gozzi, qui lui aussi cherche à réformer la commedia dell arte en créant un nouveau genre théâtral la fiaba, mêlant fantastique et farce légère. Cette rivalité avec Carlo Gozzi pousse Carlo Goldoni à accepter l’invitation des Italiens de Paris à venir jouer dans cette ville. Même si il n’a pas le succès escompté, Carlo Goldoni se plaît à Paris.

Le dramaturge écrit ces pièces en vénitien, français et parfois, pour certaines, il utilise le dialecte de la population mise en scène, comme dans Baroufe à Chioggia où il reprend le langage propre à la communauté des pêcheurs de Chioggia.



Résumé de la pièce

Cinq femmes tricotant dans une rue de Chioggia attendent leur frère, leur mari ou leur fiancé partis pêcher en mer depuis dix mois. Dans ce petit groupe vient s’immiscer le jeune et fainéant Toffolo qui papillonne autour de deux jeunes femmes, Lucietta, sur le point de se marier, et Checca, encore une très jeune fille. Commencent alors les jalousies et commérages.
 
On annonce dès la première scène des mariages à venir, mais vont-ils se réaliser ou les futurs mariés vont-ils se laisser influencer par les mensonges et par les multiples disputes qui en découlent ?

 

 


port-de-chioggia.jpgLe port de Chioggia

Peinture d’une communauté de pêcheurs
 
Goldoni attache de l’importance au réalisme de ses pièces, il part d’éléments concrets qu’il a pu observer. En effet, dans sa jeunesse Goldoni a eu un poste dans l’administration juridique de Chioggia ; c’est de cette expérience et de ses observations plus récentes que naît la description de la société chiozzotte dans Baroufe à Chioggia. Il peint des femmes hautes en couleurs ; elles mentent, crient, se disputent, et sont jalouses :

 « LUCIETTA, à part à Toffolo. Donnez, mais oui. En montrant Checca. Pour la faire endêver celle-là. »

 Elles sont tantôt aimables, aimantes, et tantôt vulgaires, médisantes :

« LUCIETTA. Cette petite garce d’Orsetta et l’autre chipie de Checca, comment elles s’en sont prises à nous. »
 
Il dresse aussi un portrait des pêcheurs de Chioggia rentrant chez eux après dix mois passés en mer ; les patriarches sont plutôt calmes, tandis que les jeunes hommes sont plein de fougue et prêts pour la bagarre. Ils sont un peu niais, et se laissent influencer par leurs femmes.

Le monde de la justice est également présent au travers du substitut du chancelier Isidoro, qui pourrait être le jeune Goldoni qui s’exprime. C’est un personnage important qui « aime les gens » et arrange leurs affaires. Il fait avancer la situation dans la pièce.
 
C’est une comédie au rythme vif, égayée par le comique de mots, les expressions populaires comme « bon sang d’bois », l’accent des Chiozzotte et les surnoms des personnages. Le personnage de Patron Fortunato prête à rire par son fort accent :

« FORTUNATO. Q’s’qu’vous êtes venues bavaser ? »

Les situations comiques s’enchaînent, avec des quiproquos, des bagarres…
 


Mot de la fin

Cette comédie de caractère, caractéristique de l’œuvre de Carlo Goldoni, met en scène avec réalisme une population de pêcheurs. Une pièce dynamique et pleine d’entrain qui donne envie de la voir sur scène. Car le théâtre ? c’est surtout une affaire de représentation, d’oralité, de spectacle. Le TnBA a proposé la semaine du 22 au 27 novembre une représentation très moderne de la pièce de Goldoni, Baroufs, mise en scène par Frédéric Maragnani. Voir le compte rendu de Joanna.


Charlotte, AS Bib.

 


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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 07:00

William-Faulkner-Treize-Histoires.JPG

 

 

 

 

 

William FAULKNER    
Treize histoires
Titre original
These thirteen, 1931
Traduction de R.N. Raimbault
et Ch.-P. Vorce
avec la collaboration de
M.-E. Coindreau
Gallimard,1939
Collection Folio


 

 

 

 

 

 

 

William-Faulkner.jpgQuelques éléments biographiques

Né William Cuthbert Falkner en 1897 à New Albany dans l’état du Mississippi, le futur écrivain est issu d’une famille comme seul sait en produire le Sud des États-Unis.


Tout débute avec son grand-père. Colonel confédéré durant la guerre de Sécession, avocat, entrepreneur de chemin de fer, donateur public et possesseur d’une banque, il incarne à la perfection les valeurs du white social status.

Ce lien intime qu’entretient la famille Falkner avec l’histoire des États-Unis marquera profondément le romancier qui cherchera à participer au premier conflit mondial. Réformé du fait de sa taille, il se tourne vers le Canada qui lui offre sa chance. Pour son grand malheur, il est encore en formation à la fin du conflit. C’est peut-être pour ne pas faillir à la réputation de la dynastie que celui qui ne s’appelle encore que William affecte un boitillement à son retour et abreuve ses proches de mensonges quant à ses prétendus exploits guerriers.

Sa vie privée est à l’image de ce mensonge initial : il joue double jeu avec les femmes qu’il consomme aussi bien que les bouteilles. Les petits boulots s’enchaînent également jusqu’à ce qu’il rencontre son premier succès littéraire en 1925 avec son roman Soldier’s Pay (Monnaie de singe) qui lui ouvrira les portes de la reconnaissance nationale mais également mondiale.



Sa carrière

1929 voit sa carrière prendre un formidable essor puisqu’il publie successivement Mosquitoes (Moustiques) et l’un de ses chefs-d’œuvre, The Sound and the Fury (Le Bruit et la Fureur). Il expérimente dans ce dernier ouvrage la multiplicité des points de vue et le stream of consciousness, technique narrative qui consiste en un flux de pensées ininterrompu. C’est également le départ de la saga de la Yoknapatawpha, comté inventé dans lequel certains de ses plus fameux romans sont situés : As I Lay Dying (Tandis que j’agonise, 1930), Light in August (Lumière d’Août, 1932), Absalom, Absalom ! (Absalon, Absalon !, 1936). À l’image de Zola, il fait évoluer les familles Snopes et Sutpen dans un Mississippi où l’apartheid racial et la cruauté sentimentale sont le pain quotidien.

Outrepassant les limites de son pays, son œuvre atteint une renommée mondiale qui lui permet d’accéder au prix Nobel de littérature en 1949, à deux prix Pulitzer en 1955 et 1963 ainsi que deux prix nationaux en 1951 et 1955.



Le recueil

Les treize histoires qui constituent ce recueil ont la particularité d’être organisées en trois parties au travers desquelles Faulkner développe d’une manière obsédante le thème du cercle.

Temporalité en dehors du monde, fermée sur elle-même, la guerre est le thème central de la première partie. Il n’est pas ici question des grandes batailles ni de leur bestialité mais de la haine quotidienne et pernicieuse qui s’insinue entre les soldats, telle cette rivalité qui oppose deux gradés amoureux de la même prostituée (« Tous les pilotes morts »). Ou bien encore de la violence des officiers envers les subordonnés. Lesquels ne manqueront pas de se rebeller par l’intermédiaire du soldat Matthew Gray qui, promu au rang de capitaine, reproduira ce cercle vicieux de maltraitance injustifiée. Cette période apocalyptique est également l’occasion de voir les anciens ennemis partager la même table et scander tel un refrain que « tous les hommes sont frères » (« Ad Astra ») ne serait-ce que le temps d’une nuit.

Dans cette temporalité si particulière, il n’est plus question de passé ni de présent dans la société civile abordée dans la seconde partie. Tout s’entremêle et les souvenirs sont susceptibles de ressurgir à tout instant. Ainsi, dans « Feuilles rouges », les Amérindiens, exterminés par les Blancs, se font les bourreaux injustes et stupides des esclaves noirs. Cette rencontre aura pour conséquence de donner un être inédit en la personne de Sam Fathers (« Un juste»). Ni Noir, ni Indien son métissage le lie à deux cultures plus anciennes que les États-Unis, deux mondes quasi mythologiques. Les légendes prennent une place importante avec « Soleil Couchant » où Nancy, esclave alcoolique et simple d’esprit, doit faire face à ses terreurs nocturnes lors du départ de son compagnon, Jésus. Victime de ses croyances entre religion vaudou et terreurs enfantines, Nancy transforme son ancien amant en un croquemitaine assoiffé de sang, vivant dans les fossés, le couteau entre les dents. Version moderne de ces récits oubliés, la rumeur populaire et la cruauté sont l’objet d’ « Une Rose pour Emily ». Fille de bonne famille, épiée par toute la communauté dans laquelle elle évolue, Emily Grierson est mise au ban de cette société qui médit dans son dos. Le poids du regard condescendant de ses concitoyens la conduira jusqu’au meurtre. Jouet de la cruelle médisance populaire, la « pauvre Emily » mourra dans la demeure familiale aux côtés du cadavre momifié de son ancien amant, tel un sacrifice à l’ogre « Opinion » que constituent les bourgeois bien-pensants de la petite communauté.

Dans la troisième partie, le cercle matérialise la limite au-delà de laquelle les narrateurs ne peuvent pas aller. Les deux personnages de « Mistral » ne sauront jamais quelle est l’issue du drame qui se joue dans le petit village italien où ils résident quelques jours. Tout comme le narrateur, le lecteur reprendra la route à la recherche d’un troisième homme perdu dans la campagne. Le silence est aussi gardé quant à la suite de l’histoire d’amour entre les deux marins Carl et Georges. Le secret ne réside pas dans leur homosexualité que tout le monde connaît mais bien dans la suite de leur histoire entachée par la tromperie de Carl qui a passé la nuit avec une prostituée.

Au travers de ces Treize histoires, il y a bien plus que des nouvelles. Ce sont les germes de véritables romans qui ne demandent qu’à surgir. Tout comme l’esthétique circulaire dont ils sont issus, ces récits ne se définissent pas par leur genre, pas plus que par leurs personnages. Seuls les contours peuvent arriver à cerner leur sujet sans jamais l’aborder de front. Ainsi, la délicatesse apparaît-elle chez les protagonistes les plus frustes tout comme la violence se fait jour dans les milieux prétendument civilisés. Dans cette ambiance crépusculaire, l’homme n’échappe aux cercles de l’enfer que par ce qu’il possède d’indéfinissable qui le distingue de la primitivité : il doit son salut à son âme.


Romain, AS Bib

 

 

William FAULKNER sur LITTEXPRESS

 

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Published by Romain - dans Nouvelle
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