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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 07:00

Pierre Michon Les onze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre MICHON,
Les Onze
Verdier, 2009
Folio, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Les Onze, Pierre Michon reçoit, à l’âge de 64 ans, le grand prix de l’Académie Française en 2009.



Dans la nuit du 15 nivôse de l’an II, on commande à François-Elie Corentin, alors âgé de 63 ans, une fresque qu’il nommera Les Onze. Tableau monumental de plus de quatre mètres de large et plus haut qu’un homme debout, cette huile, exposée au Louvre, représente le Comité de salut public ou le Grand comité de l’an II : « Tu sais peindre les dieux et les héros, citoyen peintre ? C’est une assemblée de héros que nous te demandons. Peins-les comme des dieux ou des monstres, ou même comme des hommes, si le cœur t’en dit ». Corentin, dont on ne connaît que très peu de choses sur son apparence physique et présenté brièvement au début du livre, réalisera cette œuvre selon des clauses artistiques et politiques tenues secrètes. Après plus de quinze ans de travail, de gauche à droite sont alignés Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André.


Dans son ouvrage, Pierre Michon fait référence à la Révolution, à la Terreur ainsi qu’à de multiples peintres :

« Cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres – et eux, ils sont plus que peintres, Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh ».

Finalement, l’œuvre qu’il dépeint joue avec l’imagination : ses descriptions ressemblent à celles des tableaux du Caravage ou encore de Tiepolo, respectivement peintres italiens du XVIe et XVIIIe siècle. A la fois court et dense, ce roman mêle l’art et l’histoire qui confondent, ne font plus qu’un.



Imaginez le tableau…


C.M.

 

On peut également lire cet article sur le site de la Maison Française d'Oxford.

 

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 07:00

Vila-Matas-suicides-exemplaires.jpg
 

 

 

 

Enrique VILA-MATAS,
Suicides exemplaire, 1991,
traduction
Éric Beaumatin
Christian Bourgeois Éditeur, 1995
Titres, 2008
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enrique Vila-Matas est né à Barcelone en 1948.

Il commence à écrire vers 12/13ans. À 18 ans, il est embauché comme rédacteur dans une revue de cinéma barcelonaise, Fotogramas, pour laquelle il réalise parfois de fausses interviews.

En 1974, il rencontre Marguerite Duras à Paris. Elle lui louera sa chambre de bonne pendant deux ans. De retour à Barcelone en 1976, il se consacre à l'écriture et collabore à des journaux.

Il a depuis obtenu pour son œuvre Le Mal de Montano le prix Herralde de Novela en 2002, le prix de la Critique en 2003 et le prix Médicis étranger en 2003.

Son premier succès est Abrégé d'histoire de la littérature portative en 1990.

Il a aussi écrit Bartleby et compagnie en 2002, et Perdre des théories en mars 2010.

 

Le cœur de l'œuvre : le suicide et la mort.

Tout au long du livre, les personnages cherchent un moyen de quitter cette vie qui n'a plus de sens pour eux.

Il peut être question d'un suicide direct. C’est le cas d'un jeune homme, Fernando, dans la nouvelle « Amours de toute une vie » : il a aimé une jeune femme pendant dix ans sans que celle-ci soit au courant et au final il se donne la mort après avoir appris qu'elle allait se marier, en laissant derrière lui une lettre. Officiellement son acte passe pour une protestation de son passé honteux alors qu’en réalité il s'agit d'un acte d'amour. C'est ce qu'affirme un des autres personnages, Ana Maria, qui n'est autre que l'amie de Fernando, et qui aime celui-ci en secret depuis plusieurs années. Elle dit :

« Eh bien, je crois, moi, qu'il a aimé Beatriz de toutes ses forces jusqu'au dernier instant et que cette lettre ne servait qu'à dissimuler le véritable motif de son suicide. Il l'a aimée jusqu'à la dernière minute, en silence et dans le désespoir. Il n'aura pas voulu la déranger et aura fait passer son geste pour une protestation alors qu'il s'agissait en réalité d'un acte d'amour. »



Les personnages peuvent aussi avoir recours à un suicide indirect dans le sens où ils se laissent aller et attendent leur heure venir, impuissants, en vivant déjà à moitié morts dans une situation insoutenable. C'est le cas dans la nouvelle « Puisqu'on me demande de me présenter ». En effet :

« En écrivant, je me suis rendu compte que j'ai moi aussi, terriblement envie de disparaître. J'ai fait le tour de toutes les modalités de suicide connues et, m'étant avisé que toutes ces morts présentaient de notables inconvénients, j'ai finalement choisi de me chatouiller jusqu'à en mourir. »

On peut voir dans ce choix quelque chose de paradoxal puisqu'il veut mourir, mais en même temps il ne peut pas se résoudre à mettre définitivement un terme à son existence et préfère mourir d'une mort lente et insoutenable.



La première nouvelle, « Voyager, perdre des pays », une sorte d'introduction de l'œuvre.

Dès la première nouvelle, intitulée « Voyager, perdre des pays », on relève de nombreuses références au suicide : « labyrinthe du suicide », « un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière », « il s'était dignement donné la mort », « voyager, perdre des suicides », « voyager jusqu'à épuiser dans ce livre toutes les nobles options de mort possibles », suicidé-né ».

On aborde directement le sujet annoncé dans le titre Suicides exemplaires.

Cette première nouvelle peut être vue comme une sorte d'introduction pour bien cerner le sujet et permettre au lecteur de se familiariser avec le mot « suicide » qui apparaît à plusieurs reprises et avec la mort qui rôde dans l'existence de chacun des personnages.

Cette nouvelle repose sur des citations, des œuvres et des noms de personnes. À première vue elle semble très théorique avec tous ces termes. Il s'agit peut être pour Enrique Vila-Matas de combiner théorie et pratique. En effet, cette nouvelle serait l'exposition de la théorie du suicide et les onze suivantes seraient des mises en pratique. Parler de théorie pour mieux comprendre la pratique, et cerner le sens de chaque nouvelle.



Une question fondamentale : dois-je ou non disparaître ?

Cette question se pose dans chacune des nouvelles. Les personnages réfléchissent au moment le plus approprié de quitter l'existence et au moyen le plus efficace d'y parvenir.

Certains personnages hésitent parfois à se donner la mort en pensant à leur entourage et à la peine que leur causerait leur mort. C'est le cas dans la nouvelle « Rosa Schwarzer ». En effet, cette femme veut mettre fin à ses jours mais elle pense à son fils Hans qui est condamné car il est malade : « Et puis non, elle ne se tuerait pas non plus cette fois-ci. Il fallait bien que son petit Hans chéri, ait à dîner ce soir-là. » Au final, elle ne se suicidera pas.

Alors que d'autres personnages veulent quant à eux réaliser un dernier projet avant de mourir, pour ne pas avoir de regrets et pouvoir partir en paix. Prenons l'exemple de la nouvelle « Les Nuits de l'Iris Noir » où une jeune femme est atteinte d'une maladie, et n'ayant plus que quelques moi à vivre, décide d'aller passer quelques jours dans la ville d'origine de son père pour connaître son passé. Elle se sait condamnée et veut profiter de ses derniers mois pour apprendre dans quelles circonstances est mort son père. Et l'ironie c'est que plus tard dans la nouvelle on apprendra que son père faisait partie d'une sorte d'association pour suicidés.



La mélancolie.

Certains personnages, au lieu de se suicider, plongent dans une amère mélancolie.

Cette mélancolie est présente dans la nouvelle « La mort par saudade ». Le personnage s'assoira tous les soirs sur un banc dans la ville, pour passer le temps, restant des heures plein de mélancolie :

« Je m'assiérai pour attendre, il y aura bien une chaise pour moi dans cette ville, et on pourra m'y voir tous les soirs, pratiquant silencieux de la saudade, le regard scrutant la ligne d'horizon, dans l'attente d'une mort qui se dessine déjà dans mes yeux et que j'aurai toute la patience de voir venir, tout le temps qu'il faudra, assis face au bleu sans fin de Lisbonne, sachant qu'à la mort sied fort bien cette vague tristesse d'une attente sévère. »

Ce que qu'on appelle saudade c'est le sentiment qui mêle mélancolie, tristesse et mal du pays. Le personnage demeure mélancolique, ce qui va finir par le tuer. On peut interpréter cela comme un suicide lent.



Peur et folie.

 La peur que les personnages éprouvent peut être ce qui va les amener à leur perte. En effet, par exemple, dans la nouvelle « Une invention drôlement utile », une femme est terrorisée par la bouche gigantesque d'un acteur entrant en scène lors d'une représentation théâtrale. Elle va être hantée par cette image tout au long de la nouvelle et cela va s'apparenter à de la folie.

La folie peut dicter la conduite de certains personnages. Par exemple, dans la nouvelle « Le collectionneur de tempêtes », un homme tout juste veuf a inventé une machine qui reproduit des images de tempêtes et veut pouvoir mourir dans un cercueil à côté de celui de sa femme.



Conclusion

À travers Suicides exemplaires, Enrique Vila-Matas mêle à la fois fiction et réalisme. Il s'est intéressé au suicide et aux personnalités de chaque personnage. Vont-ils ou non sauter le pas et quitter cette existence qui ne leur convient plus ? L'auteur traite avec humour et légèreté un sujet pourtant grave.

 
Caroline F., 1ère année Bib.

 


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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 07:00

Milan-Kundera-L-Ignorance.jpg



 

 

 

 

 

 

Milan KUNDERA
L’ignorance
Éditions Gallimard, 2003
Folio, 2005





 

 

 

 

 

 

 

La chute du Mur. La libération. L’heure du Grand Retour ?

 

 

 

La nostalgie.

Elle est la souffrance de l’ignorance. Ne pas pouvoir être témoin de l’avenir d’un pays qu’on a quitté, contre son gré, de tous ses vœux. Pour Irena vingt ans d’ignorance, mais combien de souffrance ?

Le pays d’accueil, la France, intègre dans ce statut d’émigré politique une dimension inaliénable, celle du désir de retour. Incarnée par Sylvie, cette France condescendante et fière de son aide aux exilés ne comprend pas, n’envisage pas qu’à l’heure des retrouvailles l’émigré puisse souhaiter se défiler. C’est le Grand Retour d’Ulysse dans son Ithaque, le lit de Pénélope… Comment peut-on s’en détourner ?

Irena le sent et nous l’explique : ce désir presque enfantin a disparu. Ils ne connaissent plus ce pays et ont perdu la douleur de l’absence. Elle s’est fondue dans l’ignorance, née du temps passé au loin.

Cependant l’image que la terre d’accueil a de l’émigré persiste, on attend d’eux qu’ils manifestent leur peine, qu’ils rentrent au pays et c’est le mépris et le désintérêt qui s’installent lorsqu’il faillit à son image de veuve éplorée. Cette représentation et la réalité s’ignorent l’une l’autre.

Poussés et presque convaincus par le tableau larmoyant qu’on agite sous leurs yeux, Irena et Josef partent tout de même pour leur Tchécoslovaquie, Mère entre toutes. Pourtant cette histoire leur est devenue étrangère. Une fois là-bas, ils ne rêvent que de leur chez-soi et pour Josef se matérialisent plusieurs fois sa maison danoise, et le sapin planté par sa femme, lui montrant le chemin de son retour.

Ce pays ne leur appartient plus. Irena, ayant quitté Prague dans la précipitation des premiers jours du communisme russe n’avait pu faire sa balade d’adieu. Et c’est un matin, 20 ans plus tard, qu’elle réalise qu’elle est en train de l’accomplir.

Ils sont passés de l’autre côté et c’est une autre nostalgie qui les habite.



L’ignorance.

Ce non-savoir se révèle double. Irena et Josef sont nostalgiques, et ceux restés au pays ignorent aussi ce que sont devenus leurs frères et filles… Mais au Retour ils ne veulent pas l’entendre. Les exilés pensaient qu’on s’intéresserait à leur sort, cependant l’habitude de l’oubli a pris le dessus et l’ignorance indifférente est devenue maîtresse. Ce passé hors des frontières mères est regardé comme illégitime, et ceux qui y sont restés le nient. Pour eux rien ne compte plus que le pays. Le reste a disparu de la carte, toute l’attention est tournée vers eux, ils n’en ont plus à donner. La vie ailleurs n’en était pas vraiment une…

Pour que les émigrés redeviennent tchèques à leurs yeux, ils leur demandent de s’amputer de vingt ans de leur vie. Leur pays d’accueil les renvoie chez eux et leur terre natale refuse leur nouvelle nature, trop étrangère… Tous doutent de leur véritable identité et attendent des preuves.

Lors de ce qui n’est finalement qu’une visite les Ulysse veulent savoir quel passé leur a échappé. Ils ne le sauront pas, car ce qu’ils n’ont voulu connaître leur sera caché et seuls les souvenirs communs feront l’objet de conversations, comme pour vérifier l’authenticité du revenant. C’est un jeu pour essayer de les faire remonter à leurs racines et contrôler leur volonté de se refondre dans leur pays. Ou non…


Alors qu’Irena et Josef se refusent à sacrifier ce qui est devenu leur vie, les autres restent indifférents à la souffrance qu’ils causent.

L’ignorance se retrouve partout entre eux, dans les moindres nœuds des liens qui les rapprochent, tout cela pour façonner une image de l’autre, ne gardant que ce qui fait de lui une parfaite représentation d’Ulysse ou de l’exilé. Elle est volontaire et inconsciente.




Le malentendu, l’amour et l’ignorance.

Amoureux dans sa jeunesse, Josef a montré à Milada la cruauté comme seul moyen de défense face à l’inconnu. Et les deux, ignorants de la force de caractère de la jeunesse, n’ont pas su apprécier la mort et la réalité, l’impact qu’ils avaient sur elle… Josef l’a sous-estimé et a poussé la jeune fille au suicide, tandis que cette dernière l’a surestimé et n’est pas morte, gelée dans sa beauté éternelle, pour n’avoir pas su surmonter la nostalgie qu’il y a dans l’amour, ce « Tu es loin et je ne sais pas ce que tu deviens. »

Entre Irena et Josef, c’est l’ignorance le déclencheur : il ne se souvient pas d’elle, elle l’idéalise, entouré de mystère… Elle n’a pour attirance que sa mémoire : le reste elle l’ignore, c’est le destin qui se dessine dans les retrouvailles, l’excitation de se croire maîtresse des ses décisions après deux compagnons presque imposés qui l’enchante. Une fois qu’elle apprend la vérité, tout s’effondre. Ne pas savoir a du bon, parfois…

En effet Josef ne vit que pour sa femme, décédée, elle est sa nouvelle terre et même si Irena aussi a vu son premier amour s’écrouler sous la maladie, tous les deux ne se comprennent pas. Ni l’exil ni le deuil ne les font se rapprocher, se soutenir. Ils ignorent leurs plaies respectives pour s’apitoyer sur les leurs.



Encore une fois chez Kundera l’amour n’est qu’un malentendu, fruit de l’ignorance de l’histoire et des pensées de l’autre.

Ainsi L’ignorance est-elle le récit d’une redécouverte. Celle de notre véritable appartenance.


Anne-Laure, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La Lenteur

 

 

 

 

Article de Margaux sur La Lenteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 12:00

Du 1er  au 5 décembre
Montreuil.jpg

 

 

 
En quelques chiffres

7 pôles artistiques, des expositions, 340 maisons d’édition, 2700 auteurs, 150 000 visiteurs attendus.



Le thème

Le thème du cirque est décliné sur le Salon car c’est un univers cher aux livres jeunesses et à l’univers enfantin. Le cercle formé autour du conteur rappelle ainsi la piste où évoluent les artistes au cirque. Les stands remplis de livres colorés et les espaces de lecture aux grands fauteuils rouges semblent tout droit sortis d’un chapiteau.

 

Une ouverture aux littératures d’Europe et d’Outre-mer

Le Salon a ouvert ses frontières en étant labellisé en 2011 « Festival Européen ». Il est la cinquième manifestation française à obtenir un tel label. Cette ouverture se voit dans la présence d’ouvrages traduits en VO, de projections de films d’animation européens, de rencontres, d’ateliers et de séances de lecture en langues étrangères. Les éditeurs, les écrivains et les illustrateurs étrangers invités représentent 17 pays d’Europe : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Royaume-Uni, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Suède et Suisse.

Cette année, il s’ouvre aussi à d’autres littératures étrangères en mettant à l’honneur le Mexique autour de rencontres, d’ateliers, de traductions et de lectures.

 

Un changement d’organisation

Pour l’année 2011, le salon du livre jeunesse change d’organisation en s’ouvrant notamment aux nouvelles technologies et à l’Europe. Cette année, il s’articule autour des sept pôles principaux : ados, BD, théâtre, art, numérique, cinéma d’animation et pôle presse. Comme le dit la directrice du salon, Sylvie Vassalo, un événement, s’il ne se renouvelle pas, décline rapidement, surtout dans un domaine tel que la littérature jeunesse qui s’adresse à un public qui change rapidement de goûts et de façon de lire.


Les changements du Salon se voient aussi à travers l’attribution de nouveaux prix : les Pépites. Ils récompensent des catégories classiques : album, premier album, roman ados européen, livre d’art, documentaire, nouvelle mais aussi des catégories qui prennent en compte d’autres supports : application numérique et adaptation (cinéma d’animation).



Livre et innovation

L’idée développée est que les enfants apprécient les livres qui leur ressemblent et ainsi aiment retrouver la littérature sous des formes aussi jeunes qu’eux : tablettes, animations numériques, mangas… Les éditeurs l’ont bien compris tout comme les organisateurs du Salon : l’I-Pad géant qui surplombe les différents stands en est l’illustration parfaite.

Le livre numérique est donc à l’honneur. J’ai notamment apprécié la proposition des éditions du Polygraphe : de petits livres de 5 à 10 pages, en libre service sur internet, avec des prix variant de 50ct à 2€. Les L’auteur Yak Rivais présentait ainsi une dizaine de ses livres en version raccourcie. Ces petits fascicules agrafés, dont quelques uns étaient inédits, semblaient de bonne qualité qu’ils soient imprimés en noir et blanc ou en couleurs. Ce type de livre s’adresse à des professeurs qui n’ont pas le budget pour acheter une trentaine de livres et peuvent ainsi les imprimer à moindre frais.



Finalement, cette année, le livre s’ouvre à de nombreuses formes de création et certains se demandent si ce n’est pas l’esprit du Salon qui est en train de changer, ce à quoi d’autres répondent que l’important est de constater un renouvellement d’intérêt des enfants et de leurs familles pour le livre. 


Émilie P., 2e année édition-librairie

 

 

Liens

 

 Salon du livre de jeunesse de Montreuil.

 

 

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:00

Milan-Kundera-La-Lenteur.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan KUNDERA
La lenteur
Gallimard, 1995

Folio, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie.

Voir la fiche de lecture d'Élodie sur La Plaisanterie.



Résumé et construction

La Lenteur est le septième roman de Kundera et le premier qu'il écrit en français, en 1995 ; il est publié aux éditions Gallimard. L'action se déroule en France ; c'est le deuxième roman pour lequel l’auteur choisit ce cadre.

Le livre est divisé en cinquante et un courts chapitres ; on peut cependant distinguer deux parties. D'abord le lecteur est plongé dans un monologue au travers duquel il peut suivre les réflexions de l'auteur. Ensuite arrive une sorte de récit fictif qui met en scène des personnages qui viennent appuyer les réflexions de l'auteur.

Le roman commence ainsi : « L'envie nous a pris de passer la soirée et la nuit dans un château. » Véra et Milan sont en voiture. Elle s'inquiète de l'imprudence des automobilistes et le lui fait remarquer. De cette remarque va découler tout le processus de réflexion du narrateur. Il va alors s'interroger sur l'opposition entre notre société et celle d'antan, notamment à travers la disparition de la lenteur. Nous vivons dans une société industrialisée qui permet à l'homme de sortir de son corps, de déléguer ses douleurs aux machines. De là découle la perte « du plaisir de la lenteur ». Kundera oppose alors l'oisiveté et le désœuvrement.

« Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque. »

On peut dire que le reste du roman glisse le long du fil de cette pensée. Afin de mettre en parallèle deux conceptions du temps, l'auteur s'appuie sur quelques œuvres libertines du XVIIIe siècle, notamment Les Liaisons dangereuses de Laclos et Point de lendemain de Vivant Denon.

Dans une « seconde partie » (j’emploie ici des guillemets car la mise en page ne fait pas état d'un tel découpage), l'auteur met en scène plusieurs personnages qui participent à un colloque d'entomologistes. Le colloque se déroule dans le château où se rendent Milan et Véra le soir même de leur arrivée. Ce sera le théâtre où vont se mettre en scène ceux que Kundera appelle « les danseurs ». Cette métaphore est utilisée pour parler des hommes politiques. Pontevin et Berck sont les porte-parole de cette idée. Le lecteur peut, au travers de leur discussion, s'interroger sur la finalité des politiciens ; gloire personnelle ou réelle volonté de faire avancer l'Histoire ?

Vincent, quant à lui, incarnera le personnage qui sera opposé au Chevalier, le protagoniste de la nouvelle de Vivant Denon. Suite à une humiliation publique, Vincent décide de séduire Julie afin de coucher avec elle, pour ensuite s'en vanter auprès de ses collègues. Cependant sa précipitation et la finalité purement égoïste de ses actes vont le mener à une situation ridicule, vidée de tout sens. Au moment d'entamer l'acte sexuel, Vincent se retrouve impuissant ; il se met alors à simuler le coït.

Cette scène est une illustration des relations amoureuses contemporaines, selon Kundera. Ce qui prévaut n'est pas l'intimité entre les deux êtres mais plutôt le spectacle qu'ils vont pouvoir offrir au monde. La Lenteur, c'est aussi une réflexion sur la redéfinition des frontières entre les sphères de l'intime, du privé et du public. Autrefois les relations étaient réglées sur des codes qui imposaient des différences de comportements selon que l'on soit dans telle ou telle sphère. Le jeu amoureux prenait tout son sens lorsque les deux êtres avaient conscience de ces codes. Ils devaient redoubler d'intelligence et d'imagination afin d'accéder à la finalité ultime de cette danse tout en restant cachés du reste du monde. L'essence même de l'acte sexuel résidait dans le fait qu'il était le fruit d'une longue et lente ascension. Aujourd'hui ce même acte est vidé de tout sens, de toute volupté. La vitesse à entraîné la perte de l'élément fondamental de la relation. Le fait d'accéder immédiatement et sans grands effort à un coït avec Julie provoque chez Vincent la perte de sa virilité. Il ne peut donner du sens à cet acte et ne se formalise pas de ne pas réussir à être en érection. Ils ne sont pas dans l’intimité, il est normal que son membre reste inerte. Malgré la conscience de son impuissance et des raisons de celle-ci, Vincent ne cherchera pas à créer une véritable relation avec Julie. Après cette pièce, il ne la reverra jamais. Ils auront été les acteurs de leur vie, ils ont glissé rapidement sur le temps, sans chercher une véritable prise pour créer une relation amoureuse. Vitesse et précipitation ne les ont menés qu'à des faux-semblant.

La scène qui se déroule entre Vincent et Julie n'est qu’une partie d'un tableau. La simulation du coït a lieu autour de la piscine du château. Cependant se déroulent simultanément d'autre saynètes. Tandis que Vincent et Julie sont occupés à leurs ébats, Immaculata simule quant à elle un suicide par noyade pendant qu'un savant tchèque fait des pompes en observant cette mascarade générale. Cette scène apparaît comme l'illustration ultime de la société actuelle. Nous ne sommes plus dans l'univers feutré et raffiné des salons d'antan mais dans l’exhibitionnisme d'aujourd'hui. Il faut se montrer, se mettre en scène pour exister. Kundera nous offre à travers La lenteur une image assez sceptique et sombre de notre société. Il nous fait miroiter un certain idéal qui fait désormais partie du passé afin d'accentuer les dysfonctionnements actuels. On peut cependant relativiser cette idée en opposant à Kundera son scepticisme exacerbé lié à une nostalgie d'un temps qu'il n'a connu qu'à travers la littérature. Une littérature qui est marquée par un optimisme grandissant dû à l'impression qu'on avance vers le progrès avec les idées des Lumières. Aujourd'hui cette idée de progression vers quelque chose de mieux est un peu désuète.

Kundera a utilisé un château pour le déroulement de son action. Le lieu est porteur d'une histoire ; entre ses murs nous pouvons revivre la nuit d'amour des personnages d'antan. C'est un endroit chargé de souvenirs, qui continue de traverser le temps, immobile et témoin de l'évolution des sociétés. C’est un théâtre dans lequel se déroule l'Histoire mais aussi l'histoire des hommes.

Le roman se clôt par la rencontre de Vincent et du Chevalier. Au petit matin, après leurs deux nuits d'amour respectives, les personnages décident de faire un tour dans les jardins du château. L'un appartient au passé tandis que l'autre est contemporain. Ces spécificités ne les empêchent pas de se croiser physiquement. Le temps est distordu, les personnages sortent de la réalité pour s'opposer. La rencontre donne lieu au dédain du Chevalier pour Vincent.

Kundera conclut sur l'incapacité des hommes comme Vincent à être heureux. Il démarre en trombe sur sa moto. Une véritable fuite en avant, il fuit la réalité. Le Chevalier quant à lui est entouré de volupté : « Dans cette lenteur, je crois reconnaître une marque de bonheur. »

L'homme qui a su prendre son temps, apprécier l'instant, est entier.

« Point de lendemain. Point d'auditeurs. Je t'en prie, ami, sois heureux. J'ai la vague impression que de ta capacité à être heureux dépend notre seul espoir. »



Impressions de lecture

La Lenteur est un roman extrêmement agréable à lire. Les quelques notions philosophiques qui sont soulevées sont accessibles et expliquées clairement. De plus l'illustration par les personnages de Kundera ouvre de nouveaux horizons à la réflexion. Comme pour ses autres romans, on retrouve une stratification du temps ; cependant la chronologie est respectée. On est dans une conception linéaire de la temporalité. La Lenteur est aussi un roman très drôle qui met en scène des personnages excessifs et impulsifs. La combinaison de ces deux traits de caractère nous offre alors des scènes particulièrement amusantes.


Margaux, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 07:00

Cette fondation d’art contemporain bordelaise  est née de l’initiative du mécène Bernard Magrez, propriétaire de vignobles en France et à l’étranger, pour qui «  il faut partager lorsque l’on a réussi ».

C’est donc bien un projet qui a pour objectif de démocratiser l’art contemporain, en exposant vingt œuvres d’artistes de renom au grand public.
Chateau-Labottiere.jpg
Il faudra dès lors se rendre au château Labottière, dans une zone résidentielle un peu perdue de Bordeaux. L’endroit y est magnifique : il s’agit d’un petit hôtel particulier du XVIIIe siècle, bien restauré, avec un jardin à la française.

L’exposition que j’ai pu visiter a pour thème « L’étoffe du temps », et s’articule autour de deux conceptions du temps : un temps fugitif, que l’Homme cherche en vain à maîtriser, face à un temps plus contemplatif, celui de la méditation.

En entrant, notre regard est immédiatement frappé par un énorme éléphant empaillé, œuvre du Chinois Huang Yong Ping, complètement étranger et incongru en ce lieu. Et comme nous ne sommes pas chez Deyrolles (boutique chic parisienne de taxidermie) mais bien dans une fondation d’art contemporain, cet éléphant a pour particularité de n’avoir plus de peau : celle-ci traîne à ses pieds, comme un vulgaire manteau qui aurait glissé de son dos.

Si le spectateur prend la peine de lire les explications, il apprendra qu’il s’agit ici d’une référence au mythe platonicien de la caverne. Et c’est là le petit bémol de l’exposition : faut-il toujours justifier et intellectualiser l’art contemporain ? La vue de cet énorme éléphant, accueillant fièrement le spectateur à l’entrée d’un lieu aussi délicat, ne nécessitait peut-être pas de discours pour être apprécié.

La suite de la visite se déroule au fil d’œuvres d’artistes célèbres : «  le silence est d’or » d’ Yves Klein, deux panneaux de Marc Desgrandchamps, Picasso ( «  Femme assise » ), Giacometti ( « 4 femmes sur socle ») …ou encore Mircea Cantor, artiste roumain qui a gagné le prix Duchamp cette année, avec sa vidéo « Tracking Happiness » (où des jeunes filles, dans une danse synchronisée, balaient leurs traces de pas dans le sable. Le titre est assez évocateur).

Il y a certes assez peu d’œuvres, et le lien avec le thème de l’exposition n’est pas toujours évident. Les initiés trouveront certainement que les œuvres sont « déjà vues » ou quelque peu évidentes. Mais les néophytes comme moi se réjouiront de cette exposition, dont le cadre apporte un charme nouveau à ces œuvres de qualité.

L’Etoffe du Temps : De Picasso à Othoniel, du 15 octobre 2011 au 14 janvier 2012
Institut Culturel Bernard Magrez - 5, rue Labottière – 33000 Bordeaux

 

 

Anne-Claire ALESSANDRA, AS Bib.

 

Liens

 

 Présentation de l'institut Bernard Magrez sur Art-flox.com

 

Site Bernard Magrez.

 

 Entretien avec Huang Yong ping, Centre Pompidou

 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 07:00





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Milan KUNDERA
L'Insoutenable légèreté de l'être
écrit en 1982
Titre original
Nesnesitelná lehkost bytí
Gallimard, 1984
Folio, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

Tereza n’aurait dû être qu’une des nombreuses maîtresses de Tomas, médecin, rencontre fortuite dans le café d’un petit village. Suite à leur aventure nocturne, ils décident de se revoir de temps à autre pour renouveler cette plaisante expérience.

Quelque temps plus tard, Tereza arrive chez Tomas sans prévenir, quittant sa mère castratrice et son travail de serveuse sur un coup de tête. Fiévreuse, elle s’endort d’épuisement chez son amant. En la laissant dormir chez lui, Tomas déroge à tous ses principes avec les femmes. Aucune de ses conquêtes n’a jamais partagé son sommeil. Cette première erreur que commet Tomas donne naissance à leur histoire. La seconde lui fait comparer Tereza à une corneille blessée venue s’échouer dans ses bras.

L’amour, dit Kundera, commence par une métaphore ; l’image de la corneille formulée par Tomas est dangereuse, car elle amène la compassion et symbolise une certaine forme d’attachement. Elle lie les deux personnages de manière indéfectible.

En parallèle à l’histoire de Tomas et Tereza, Kundera nous entraîne dans l’univers de Sabina, artiste indépendante haïssant toute forme d’attachement, qui noue une liaison avec Franz, homme désireux d’échapper à sa morne existence.

L’insoutenable légèreté de l’être narre les errances de quatre êtres qui se cherchent et se perdent entre légèreté et pesanteur.

 

Construction du livre

L’insoutenable légèreté de l’être est une œuvre à la frontière entre le roman et l’essai. Tout au long du livre, le lecteur navigue agréablement entre les deux, sans qu’il y ait de quelconque césure. L’œuvre est divisée en sept parties, chacune allie essai et réflexion sur l’être, l’âme, la fuite, l’évolution avec le récit. Fréquemment, les passages philosophiques servent d’introduction à l’histoire des personnages.

Exemple : la réflexion l’éternel retour de Nietzche amorce la rencontre de Tomas, personnage libertin.

Autre exemple : le passage sur le kitsch qui introduit la pensée de Sabina et sa raison d’être.

À l’inverse, les actions et les propos des personnages servent également les essais.

Le récit commence après la rencontre des personnages, alternant entre passé, présent, futur. La mort des personnages est annoncée au milieu du récit, sans que cela affecte sa construction.

Les variables temporelles ne sont que des éléments de décor ; seules l’âme, les actions, les pensées, les relations entre les êtres importent réellement. Cela explique également l’absence de description physique des personnages.

 

Historicité

L’importance du lieu de l’histoire (la Tchécoslovaquie principalement), donne une dimension historique et autobiographique à l’œuvre de Kundera. Ses personnages sont les réceptacles et les témoins de son propre exil. À travers eux, Kundera retrace le régime de persécution qu’il a vécu. On pourrait considérer l’écriture comme une forme d’exutoire inconscient à la souffrance de son exclusion.

Kundera se défend de cette interprétation ; selon lui, l’Histoire ne sert qu’à poser un décor. Ses personnages sont des champs d’expérimentation et là réside l’essentiel. Néanmoins, je pense que l’idée que je viens d’énoncer, si elle n’est  pas aussi importante que les relations entre les personnages, a tout de même sa raison d’être.

Le roman permet aussi de raconter la censure, la persécution, la liesse du printemps de Prague auquel assistent Tomas et Tereza. Tous deux sont surveillés par la police. Le régime communiste exerce une forte pression sur la population pour qu’elle se soumette à l’ordre établi. Tomas, par exemple, est condamné pour avoir écrit un texte qu’il a refusé de modifier. Il perd son travail de médecin et devient laveur de carreaux pour survivre.

L’invasion russe structure le récit. Elle symbolise la rupture entre deux époques auxquelles sont confrontés les personnages. La première est source de sécurité, avec un emploi stable et des revenus réguliers, tandis que l’autre est incertaine, initiant la phase de désenchantement du couple.

 

L’amour

L’ensemble des relations entre les personnages se traduisent par des rapports de conflit et de domination.

L’amour est une forme d’obligation à l’image de l’impérieux « es muss sein » édicté par Beethoven. C’est cette conception qui pousse Tomas à rester auprès de Tereza. Elle serait considérée comme un impératif divin auquel il se soumettrait avec une forme de répugnance. Mais dans ce cas peut-on réellement parler d’amour ? La vision pessimiste de Kundera laisse envisager le contraire.

L’amour n’existe pas ou peu, il est un moyen de combler la solitude. Il lie les êtres un temps, avant de les faire souffrir, car ils ne savent pas aimer. Ils se cherchent dans l’autre sans trouver, ils attendent de l’autre quelque chose qu’ils ne peuvent pas avoir. Comme Sabina et Franz qui ne se comprennent pas et attendent le contraire de ce que fait l’autre. Alors ils cherchent ailleurs et trompent avec une certaine culpabilité mais sans pouvoir s’arrêter, à l’image de Tomas qui trompe Tereza. Il agit ainsi pour échapper à son amour étouffant et finit par haïr Tereza pour les sentiments contradictoires qu’elle fait naître en lui. Cela ne l’empêche pas de revenir vers elle. Tereza le déteste car il part dans d’autres bras et garde des traces de ces étreintes, notamment dans ses cheveux. Les personnages restent par compassion, habitude, routine, chacun souffrant sans pour autant remédier à sa propre situation.

Tomas et Terza n’ont ni les mêmes buts ni les mêmes ambitions. Mêmes leurs tromperies divergent par leurs motifs.

Tomas couche avec les femmes pour posséder l’essence du nu et de la féminité, en découpant leur corps avec un scalpel invisible. Il les collectionne, les étranges, les belles, et conserve en mémoire les souvenirs de leurs jeux sexuels.

Tereza le trompe une fois car elle se sent délaissée ; son amant d’un soir, l’a séduite et a répondu à son désir de reconnaissance, brisant sa solitude.

Seul le sexe permet d’oublier l’espace d’un instant la fuite solitaire de l’être humain peu désireux de reconnaître ses erreurs.

 

Le chien Karénine

Karénine est un chien offert par Tomas à Tereza en souvenir de leur seconde rencontre, lorsqu’elle arrive chez lui avec le roman Anna Karénine de Tolstoï à la main. Ce chien est un élément clé de la relation du couple. Il est comme une pendule ou bien une forme d’espace-temps coupé du monde qui lie les personnages dans une routine rassurante. Les instants de vie avec Karénine sont des moments de répit pour le couple qui délaisse ses problèmes. Sa présence cimente le couple à tel point que lorsque des tensions se présentent, le bonheur du chien prime sur le leur. Tomas et Tereza vont même jusqu’à se battre pour son affection car il leur porte un amour sincère, dénué de la moindre intention intéressée.



La fuite en avant ou la quête  de liberté factice  

Tous les personnages sont mus par le principe de la fuite. Elle est le but sous-jacent de leur existence pour ne pas faire face aux responsabilités qui leur incombent et au monde qui les entoure.

Tomas a choisi de ne pas s’attacher aux femmes, ni à son fils, car les relations qu’il entretient avec eux peuvent vite devenir contraignantes. Lorsque son ex-femme décide qu’il ne verra plus son fils, Tomas ne se bat pas et laisse les choses se faire. De même, quand ses parents rompent le contact avec lui car il choisit de ne pas approfondir ses relations avec son fils, il n’esquisse aucune tentative de réconciliation. Il se tourne toujours vers la solution de la facilité : la fuite. Dans le même ordre d’idées, il construit ce qu’il appelle le principe de « l’amitié érotique » avec les femmes. Il s’agit de relations sexuelles régulées selon une charte précise qu’il a définie, instaurant un temps de rotation entre ses maîtresses « permanentes » et ses maîtresses « temporaires ». Ce système témoigne de sa répugnance à l’engagement complet, il exècre le couple, et semble mû par l’ivresse de la liberté. Tomas est volage tout en ayant des routines qui lui créent un quotidien rassurant. L’arrivée de Tereza bouscule ses habitudes. Tout en l’aimant, il ne peut s’empêcher de la tromper car il ne veut nullement renoncer à ses aventures. Cela dissimule en réalité sa crainte d’être définitivement lié à une seule et unique personne. Agissant de la sorte, il fuit pour mieux se perdre.

Tereza, écrasée et étouffée par son univers, fuit sa mère, sa famille et son village, éprise de liberté. Si sa fuite « physique » se concrétise, elle ne parvient pas à ignorer son corps qu’elle tente de fuir. Il est l’objet d’une haine et d’un dégoût profonds initialement provoqués par les agissements de sa mère. Cette dernière le considère comme un simple instrument, une mécanique, le réduisant à une machine disgracieuse à déféquer et ingurgiter de la nourriture. La pudeur, par conséquent, n’existe pas chez elle et n’a pas lieu d’être. La mère de Tereza lui a toujours refusé l’intimité qu’elle demandait, occasionnant un fort complexe chez sa fille pourtant considérée comme une « belle femme ». Tereza souhaite voir dans son corps le reflet de son âme ; cependant, l’éducation donnée par sa génitrice fait qu’elle n’y parvient que très brièvement.

Sabina fuit les hommes quand la relation devient sérieuse, elle brise chaque attache pour rester libre, elle craint de rester enchaînée mais le fait de vivre ainsi l’amène à chaque fois à une solitude plus grande. Sa peinture reflète sa pensée, elle instaure une rupture complète avec les beaux-arts classiques, ses toiles représentant une rupture entre deux plans. Elle se révolte contre le monde, le kitsch et le système communiste pour mieux les fuir et échapper à leur réalité.

Franz fuit sa vie coutumière, sa femme et sa fille qui l’insupportent avec leurs manières « bourgeoises ». Il se perd dans les bras de Sabina, et même quand elle rompt avec lui, il continue de voir à travers elle un but mystique à atteindre, une sorte de divinité, échappatoire à la réalité, au monde et à ses exigences. Il se fixe ainsi des buts insensés qui finiront par le mener à la mort.

La fuite prend également la forme de l’exil pour Tomas, Tereza, et Sabina, en direction de la Suisse, lors de l’invasion russe, pour ne plus faire face au quotidien douloureux et échapper à l’oppression. Tomas et Tereza fuient une dernière fois vers la fin de leur vie à la campagne, ultime échappatoire à leur vie aliénante emplie de souffrances, ultime tentative de sauver leur couple.



Les rêves

Les passages oniriques accompagnent les personnages tout au long de l’histoire. Ils les construisent et les dévoilent entièrement. Tereza est le personnage dont les rêves sont le plus présents. Ils sont l’expression de sa souffrance, qu’elle dissimule à Tomas, l’expression de ses désirs inavoués et de sa propre détresse.



Le kitsch

Note : j’ai choisi de conserver le mot « merde » tel quel car c’est ainsi que Kundera l’use pour parler du kitsch.

La « merde » sert d’introduction au kitsch. Selon Kundera, elle est le principe métaphysique qui fait de l’homme un être de chair et d’entrailles. Elle le distingue du divin pour un certain nombre de personnes, posant un grand paradoxe et un profond dilemme. Si Dieu a créé l’homme à son image, c’est qu’il déféquait lui aussi, mais que Dieu déféquant n’est pas l’image de la divinité, cette image peut paraître indécente mais pose une contradiction.

« Mais la responsabilité de la merde incombe entièrement à celui qui a créé l’homme, et à lui seul. »

Selon des théoriciens et sa propre analyse, le principe de la « merde » et le dégoût qui s’ensuit ne sont que le résultat de l’expulsion du paradis où l’homme prend conscience de sa propre médiocrité. Il perçoit également l’excitation dont la conclusion se définit pour lui par l’orgasme, rideau de lumière déchirant l’essence du monde. La « merde » et l’excitation seraient liées, donc le sexe par conséquent.

Le problème de la « merde » pose un débat : si la « merde » est acceptable pourquoi la masque-t-on au monde, et dans le cas contraire cela veut dire que Dieu a créé l’homme d’une manière inacceptable.

Pour certaines personnes, le monde se résume au fait que leur idéal esthétique exclut la « merde », faisant comme si elle n’existait pas. « Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch »

« […] le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable »

Sabina combat l’esthétique communiste (kitsch communiste) : monde de faux semblants où toute la population est en accord avec le gouvernement par crainte de représailles. Le kitsch joue sur la sensibilité des êtres, il les englobe dans une généralité constituée de stéréotypes dans lesquels tous peuvent se reconnaître : le bonheur se résumant à la joie d’enfants courant dans l’herbe. Le kitsch combattu par Sabina est une manière de dénoncer le dogmatisme du communisme persistant à réunir les êtres dans un tout heureux, le résumant au « bien ». Il sert d’instrument aux politiques, jeu sur l’affectif et les médias, pour mieux séduire le peuple et mieux le contrôler. Kundera le nomme kitsch totalitaire car il n’existe aucun courant pour lui faire opposition. Le kitsch est la dictature d’un idéal de perfection et de normes à l’image du « travail, famille, patrie » instauré par Pétain. Tout ce qui est contre le kitsch finit au goulag, réceptacles de tous les contrevenants à l’ordre établi. C’est donc bien une critique du système totalitaire que Kundera fait de manière détournée.

Le kitsch englobe un ensemble de représentation diverses qui s’adaptent à un contexte, et finissent inexorablement par définir le monde et les êtres malgré eux. Tout discours peut être déformé et transformé en kitsch. Le kitsch est une personnification de la censure du régime contre laquelle Kundera a lutté.


Aloïs, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 07:00

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Milan KUNDERA
La Valse aux adieux
Titre original
Valčík na rozloučenou
Traduit du tchèque
par François Kérel
Nouvelle édition revue par l’auteur
Gallimard, collection Folio, 1978

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Valse aux adieux a été écrite en 1973. Ce roman a été traduit en français en 1976, et corrigé par l’auteur dix ans plus tard. Il se situe au centre du pemier grand cycle « kundérien ». C’est le tout dernier roman que Kundera a composé avant de quitter la Tchécoslovaquie pour s’installer en France.



Résumé

Huit personnages se lient en cinq jours de la manière la plus incongrue. Le premier est Klima, figure du Don juan ; c’est un musicien célèbre. Il est marié à une magnifique femme, qu’il trompe.  Mais un jour, une demoiselle avec qui il a eu une aventure lui annonce qu’elle est enceinte. Cette jeune femme se nomme Ruzena et habite dans une ville d’eau. C’est dans ce lieu et autour de cette histoire qu’apparaissent les autres personnages : le gynécologue Skreta, la femme de Klima, le petit ami de Ruzena, un riche Américain ? Breughel, Jakub et Olga.



Thèmes

Les thèmes sont variés, néanmoins ils ont tous un rapport étroit avec la relation amoureuse.

En premier lieu, la tromperie est une thématique transversale du roman. En effet, il est souvent difficile de discerner la frontière entre réalité et mensonge, illusion et vérité. Ruzena ne sachant réellement qui est le père de son enfant affirme qu’il s’agit de Klima. Elle trompe ainsi le musicien et son petit ami. Klima est lui aussi une figure du mensonge. Il cache à sa femme ses relations extraconjugales et fait croire à Ruzena qu’il l’aime afin qu’elle avorte.

L’avortement est un autre élément central de l’intrigue. Ruzena va-t-elle obéir à la volonté de Klima ? Klima va-t-il sauver son mariage ? Kundera n’engage pas de débat mais offre un point de vue très machiste sur la question.

La tromperie engendre la jalousie de la femme de Klima. Elle a parfaitement conscience des actes de son époux : « Il n'est rien comme la jalousie pour absorber un être tout entier. ». De plus, le livre donne une image assez forte du libertinage : « Séduire une femme, c'est à la portée du premier imbécile. Mais il faut aussi savoir rompre ; c'est à cela qu'on reconnaît un homme mûr. » Ce sujet est également abordé du point de vue opposé. En effet, Kundera décrit les corps de femmes âgées comme des anti-figures de la fécondité et de la séduction. L’évocation de leurs seins ballants offre un contraste avec les pratiques libertines des personnages principaux.

 La question de l’identité est présente dans La valse des adieux comme dans les autres œuvres de Kundera. Identité de Ruzena qui vit entre deux mondes. La vie de Klima l’attire et la fait rêver tandis que l’environnement de la ville d’eau l’exaspère. Identité de Jakub également, qui quitte son pays. Mais aussi lidentité de Skreta qui cherche un père et souhaite être adopté.

Par ailleurs, la culpabilité de Jakub se manifeste dans la perte d’une pilule bleue. Des années auparavant, ce personnage a demandé à Skreta de lui procurer un poison lui permettant de se donner la mort. Cet objet est pour lui un symbole de liberté. En sa possession, Jakub peut avoir le choix entre vivre ou mourir, il est alors en capacité de maîtriser sa destinée. Mais par mésaventure, Ruzena confond cette pilule avec l’un de ses médicaments d’un aspect similaire. Cette erreur lui coûtera la vie. Jakub n’a pas réagi alors qu’il avait conscience de ce danger. Qu’est-ce qui a bien pu retenir Jakub de sauver Ruzena ? Kundera confronte ce personnage à une situation étrange en évoquant son cheminement de pensée.



Analyse

 Le premier élément concerne le personnage de Ruzena. En effet, son prénom a été emprunté au roman Les Somnambules d’Hermann Broch. Dans ce récit, Ruzena est une jeune femme sensuelle d’origine bohémienne. C’est un hommage intertextuel de Kundera à Hermann Broch.

Ces deux auteurs sont également comparables du point de vue de leur écriture. On peut la qualifier de sèche et tranchée. En effet, Kundera et Broch n’élaborent pas des métaphores dans le simple but de faire beau. L’écriture poétique est au service d’un propos ; autrement dit une image sert une idée, ce qui créé une esthétique toute particulière.

Du point de vue de la construction du roman, on peut observer un double triangle amoureux. L’histoire centrale entre Ruzena et Klima, ce qui implique leurs conjoints, Frantisek et Kamilia. Des histoires individuelles s’entremêlent jusqu’à une triple nuit d’amour à la fin du roman.

Par ailleurs, la théâtralité est la base de la construction des romans de Kundera et tout particulièrement de La valse des adieux.  L’unité de lieu est présente. En effet, l’ensemble du récit se déroule dans la petite ville d’eau, un lieu où des femmes cherchent la fécondité.

De plus, l’enchaînement temporel est linéaire. On constate une unité de temps ; cinq jours, du lundi après-midi au vendredi soir.

D’autre part, les histoires d’amourettes peuvent évoquer le théâtre de boulevard. La succession des événements et la fin tragique de Ruzena peuvent être rattachés au vaudeville. Dans ce cas, cette histoire s’apparenterait à une comédie. Les personnages sont souvent victimes du hasard ; une grossesse inattendue ou tout juste une mauvaise plaisanterie dans le cas de la jeune Ruzena. Le récit est ponctué de nombreux passages très drôles. C’est le cas de la supercherie du docteur Skreta. Ce gynécologue soigne des femmes qui cherchent à avoir un enfant. Elles ignorent souvent qu’elles sont victimes de l’infécondité de leur mari. Aussi, Skreta se contente-t-il d’introduire son sperme dans « les entrailles de ces femmes ». Dans ce livre, de nombreux enfants de la petite ville sont décrits comme ayant un long nez ressemblant à celui du docteur. Par conséquent, il se pourrait qu’à terme il y ait des centaines de petits Skreta !



Mon avis

J'ai ressenti un vrai plaisir à lire ce livre qui lie comédie et tragédie, légèreté et gravité, détente et réflexion. Dans ce sourt ouvrage, il est facile d’aller à la rencontre de ces personnages attachants.

Kundera pose des questions existentielles sur la société, il explore notamment l’individualisme de chacun. Son refus du sérieux rend la chose encore plus dévastatrice, comme dans cet extrait :

« Tu as toujours pensé que ton devoir était d’être, comme on dit, dans le coup. Au centre de la réalité. Mais qu’est-ce que c’était pour toi la réalité ? La politique. Et la politique, c’est ce qu’il y a dans la vie de moins essentiel et de moins précieux. La politique, c’est l’écume sale sur la surface de la rivière, alors qu’en fait la vie de la rivière s’accomplit à une bien plus grande profondeur. L’étude de la fécondité féminine dure depuis des milliers d’années. C’est une histoire solide et sûre. Et il lui est tout à fait indifférent que tel ou tel gouvernement soit au pouvoir. Moi, quand je mets un gant de caoutchouc et quand j’examine les organes féminins, je suis beaucoup plus près du centre de la vie que tu ne l’es, toi qui as failli perdre la vie parce que tu te préoccupais du bien de l’humanité ».

C’est une valse entre différents destins où tout s’accélère. Kundera nous invite dans une histoire drôle, audacieuse, et susceptible de plusieurs lectures. 

 
Enfin, je trouve la citation de François Richard assez juste pour qualifier ce roman : « La coucherie d’un mari peureux et d’une Bovary de station thermale ».


Roxane, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 12:00

Vendredi 2 décembre à 20 h 30

 

Trois écrivains parlent de leurs ouvrages et de leur rapport à la littérature.


Camille-Laurens--Les-fiancees-du-diable.gifCamille Laurens, Les fiancées du diable, enquête sur les femmes terrifiantes, éditions du Toucan.

 Pourquoi les femmes font-elles peur aux hommes ? Loin d'incarner les seules valeurs de douceur, d'amour, d'angélisme, de générosité, la femme est d'abord, dans l'imaginaire collectif, une créature mystérieuse et inquiétante, "tout entière taboue", disait Freud. Elle perturbe, effraie, bouleverse, à la fois menaçante et désirable, agressive et rassurante. Dénoncée comme fatale, poursuivie comme sorcière, porteuse de déchéance et de mort, elle incarne aussi, par sa beauté, sa séduction et sa capacité d'enfanter, une formidable puissance symbolique, un monstre impossible à vaincre sans mourir soi-même. Mythes et religions ont transmis l'image d'un être démoniaque, d'une pécheresse animale et lubrique. Les arts, notamment la littérature et la peinture, matérialisent ces représentations souvent inconscientes, dont les formes ont évolué dans le temps sans que le noyau d'effroi en ait été vraiment dissous : peintres, plasticiens, écrivains, photographes nous donnent à voir l'irreprésentable. Partant de cette question toujours actuelle, Camille Laurens est allée à la recherche des représentations féminines à travers les oeuvres d'art et ses souvenirs de lecture. L'ouvrage se propose d'enquêter parmi ces multiples images, figures réelles ou fantasmées, afin de mieux comprendre, au fil des siècles et des oeuvres, les ressorts profonds d'une angoisse à la fois archaïque et universelle.

 

Helene-Lenoir--Piece-rapportee.gifHélène Lenoir, Pièce rapportée, éditions de Minuit.

Quand elle apprend que Claire, sa fille de vingt-quatre ans, vient d´être transportée sans connaissance à l´hôpital Beaujon après avoir été fauchée sur son vélo par un motard qui a pris la fuite, Elvire saute dans le premier train pour Paris et pressent très vite que cet accident va l’ébranler. A mesure que se reconstitue le patchwork de sa vie, Elvire s’éloigne peu à peu de sa famille pour qui elle n’a finalement jamais été qu’une pièce rapportée.


 

Bertrand-Leclair--Dans-les-rouleaux-du-temps.gifBertrand Leclair, Dans les rouleaux du temps, éditions Flammarion.

« Ce que ça nous fait, ce que ça peut bien nous faire, la littérature, ici et maintenant, à tous et à chacun ? » Destiné à interroger les puissances de la littérature, cet essai repose sur une conviction qui restait à vérifier : les livres qui nous ont profondément marqués en savent long sur nous - et peut-être plus long que nous.
Ils sont gros de tout ce que nous ne savons plus savoir, au quotidien laborieux des jours, tout ce que nous préférons enfouir par conformisme et par habitude sous la « connaissance conventionnelle ». Récit d'une expérience, Dans les rouleaux du temps mobilise les oeuvres de Céline et de Mallarmé, d'Aragon et de Cixous, mais aussi Sur la route ou encore Histoire d'O. Comme le fleuve à l'embouchure, il ne pouvait que se jeter dans l'expérience proustienne, cependant : A la recherche du temps perdu est bien « le » livre des livres, le livre qui délivre - et qui délivre quoi, sinon la littérature, et donc la vie ?

 

 


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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 07:00

Kundera-La-Plaisanterie.gif









Milan KUNDERA
La Plaisanterie, 1967
Titre original : Žert
Edition Gallimard 1968
pour la traduction française
1980 pour la traduction française révisée
1985 pour la traduction française définitive
2003 pour la postface de François Ricard.







 
Biographie

Milan Kundera est une figure importante de la littérature française et internationale. Il est né à Brno en Moravie en 1929. Son père étant pianiste et musicologue,  la musique va avoir une influence importante sur son œuvre et sur sa vie. Il fait des études de littérature et d’esthétique mais change de voie en s’orientant rapidement vers une école de cinéma. En 1952, il entre au parti communiste mais en sera exclu pendant un an « suite à des agissements contre le pouvoir. » Réintégré, il en sera pourtant définitivement exclu en 1970.

1953 est l’année de sa première publication, un recueil de poèmes lyriques, L’Homme, ce vaste jardin, où il essaie d’adopter une attitude critique face à la littérature dite de « réalisme socialiste ».  Il est très apprécié comme auteur dans son pays, il donne un souffle libérateur à la littérature. Il deviendra une figure du mouvement pour la liberté avec notamment deux ouvrages où la critique se fait plus virulente : La Plaisanterie et Risibles Amours. Déchu de sa nationalité tchèque, il vient s’installer en France. Il trouve rapidement un poste de professeur à l’université de Rennes et entreprend la correction des traductions de ses divers ouvrages déjà parus. C’est ici qu’il signera ses plus grands succès et son chef-d’œuvre, L’insoutenable légèreté de l’être paru en 1984. Aujourd’hui, il est le seul auteur vivant qui fasse partie de la Pléiade.

http://www.epl.auch.educagri.fr/pages/pdfcdi/Milan%20Kundera.pdf
http://www.alalettre.com/kundera.php
http://www.evene.fr/celebre/biographie/milan-kundera-185.php



La plaisanterie

« Il n’y avait vraiment pas eu d’autres issues, il m’avait fallu balayer cette histoire piteuse, cette plaisanterie mauvaise qui ne se contentait pas d’elle-même mais se multipliait monstrueusement en d’autres et d’autres plaisanteries. » (p. 354).

Achevée le 5 décembre 1965, La plaisanterie ne sera publiée qu’au printemps 1967 à Prague. La Tchécoslovaquie est encore officiellement communiste même si le printemps de Prague a déjà commencé à exercer son influence depuis plusieurs années déjà. L’œuvre connut un grand succès dans son pays. La critique des « méfaits du stalinisme » n’étant qu’un thème banal pour l’époque, le succès du roman succès fut lié à sa richesse d’un point de vue « thématique et formel ». À l’étranger, l’accueil fut tout autre puisque l’œuvre fut interprété ecomme un geste courageux de dénonciation politique du régime.

Selon François Ricard, La Plaisanterie reste « le roman le plus traditionnel qu’il ait écrit [car] il s’écarte peu des grandes conventions formelles du genre romanesque. »



Structure de l’œuvre

Le roman  est divisé en sept grandes parties, chacune d’entre elles se subdivisant en une vingtaine de chapitres. La nouveauté qu’instaure Kundera est d’établir une narration polyphonique avec des récits rétrospectifs de quatre personnages principaux qui prennent la parole à tour de rôle.

 

 

 

Un récit polyphonique

1. Ludvik

Lorsque la première partie commence, c’est le personnage de Ludvik qui parle à la première personne. Il revient dans sa ville natale, totalement perdu et dans le but d’accomplir une tâche. Mais laquelle ?
 
Il s’installe dans une chambre d’hôtel peu accueillante et décide de retrouver une vieille connaissance qu’il a aidée auparavant, Kostka. Généreux, celui-ci accepte à sa demande de lui prêter son appartement pour le lendemain, pour un rendez-vous avec une jeune femme encore inconnue du lecteur. Kostka décide alors d’amener Ludvik dans le salon de coiffure de la ville pour le faire raser de près pour son rendez-vous. Mais voici que la jeune femme qui va s’occuper de lui, Lucie, est une personne qu’il a connue dans son passé.

2. Helena

On découvre le personnage d’Helena, jeune femme qui n’a plus goût à la vie. Vie de famille brisée, elle se réjouit de sa rencontre avec Ludvik. Son couple est détruit, son mari ne l’aime plus, il la trompe. Fervente adhérente du parti communiste, elle y croit mais ne supporte plus d’y être mal vue. Elle va nous raconter comment elle a connu Ludvik, ce qu’il a changé dans sa vie. La partie se termine lorsqu’elle évoque son prochain rendez-vous avec lui qui se déroulera lors de la Chevauchée des rois.


3. Ludvik

Alors que Ludvik se balade dans sa ville natale, il va être assiégé par ses souvenirs. Le fait de revoir Lucie va raviver le passé. Cette partie est entièrement un flashback. Nous revoici en 1949, alors que Ludvik était un jeune adhérent du parti communiste, heureux de vivre. Il évoque son rôle au parti, l’importante que cela a eu pour lui. Il passe son temps avec ses camarades à taquiner son amie Marketa, dont il est secrètement amoureux. Pourtant, celle-ci fervente membre du parti, saisit l’opportunité d’un stage durant ses vacances. Ravie de sa formation, elle n’en fait que des louanges. Déçue qu’elle ne soit pas plus affectée par leur séparation, Ludvik va alors décider de lui envoyer une carte postale pour la choquer, la taquiner :
« L’optimisme est l’opium du peuple ! L’esprit sain pue la connerie .Vive Trotski ! »
 
Malheureusement, celle-ci ne sera pas interprétée comme une plaisanterie. Ses nombreux sourires faisaient déjà douter certains au sein du parti. Leur correspondance sera contrôlée et Ludvik convoqué rapidement dès la rentrée par un comité composé de trois de ses anciens camarades. Il est pris pour un trotkiste. Il pense trouver un allié dans un de ses camarades, Pavel Zemanek, qui est le futur président de l’organisation. Cependant, il sera tout de même exclu du parti et on lui interdit de continuer ses études. Il perdra aussi Marketa qui ne veut pas avoir de problèmes et désire rester au parti.

Ludvik part alors au service militaire, dans une unité réservée aux personnes comme lui qui sont sous surveillance du parti. Ils sont appelés « les noirs ». On va alors découvrir sa vie à la caserne, les nouveaux amis qu’il se fait et l’évolution de sa vision du parti. C’est lors d’une permission qu’il rencontre Lucie. Va alors commencer toute une stratégie de séduction ; pourtant Lucie reste très secrète et distante. Un nouveau chef arrive à la caserne, beaucoup plus strict et autoritaire. Ludvik va perdre petit à petit ses amis, l’un sera exclu, un autre fuguera et le dernier fidèle au parti se suicidera lorsqu’il en sera exclu. Un soir, Ludvik fugue pour retrouver Lucie.

Pourtant, alors qu’il s’apprête à passer à l’acte, elle se refuse à lui ; il va presque la violer et s’enfuit. Il fugue à nouveau pour essayer de la retrouver. Elle aura néanmoins déjà déménagé, et il perdra sa trace. Cependant, il sera pris, et fera dix mois de prison. Sa mère décédera pendant ce temps ; c’est alors qu’il prolongera son service. S’ensuit une ellipse de plusieurs années de sa vie et le chapitre s’achève ainsi.

4. Jaroslav

Jaroslav est un vieil ami de Ludvik, attaché aux traditions musicales de son pays ; le festival de la Chevauchée des rois est très important pour lui. Il aimerait que son fils accepte de devenir le roi de la chevauchée, ce serait un honneur pour lui. Mais celui-ci n’a pas la même vocation. Jaroslav va chercher à lui faire partager sa passion. Cette partie est très centrée sur la musique et illustre bien son importance pour l’auteur qui insère même des extraits de partitions.

Jaroslav croise Ludvik qui arrive sur le trottoir en face en rentrant de sa réunion avec le comité qui prépare le festival. C’est un clin d’œil à la première partie où l’on voit la même scène du point de vue de Ludvik. Déçu que ce dernier l’évite, Jaroslav réussira néanmoins à le revoir et l’invite à dîner. Il s’aperçoit que Ludvik a changé, garde une certaine réserve dans ses propos, a peur de parler.

5. Ludvik

On comprend ici que le but que s’est assigné Ludvik en revenant dans sa ville natale est de séduire Helena afin de se venger. Elle est la femme de Pavel Zemanek, celui qui l’a exclu du parti alors qu’il était son ami. Un flashback du procès nous fait comprendre l’impuissance de Ludvik face à la commission, et le désespoir que lui inspire la trahison de son ami. Il va réussir à mener son plan à exécution puisqu’il couche avec Helena, mais cette dernière lui fait comprendre un peu trop tard que son couple n’en est plus un depuis longtemps.

6. Kostka


On retrouve Kostka, l’ami qui prête son appartement à Ludvik dans la première partie. C’est un fervent catholique qui lui aussi, va avoir des soucis avec le parti. Il va rencontrer Lucie qui fuyait Ostrava après la rencontre avec Ludvik. C’est grâce à lui qu’elle va retrouver confiance en elle. On apprend qu’elle a été violée à seize ans par une bande de garçons de son village ; sa famille a décidé de l’envoyer en pension à Ostrava. C’est là qu’elle rencontrera Ludvik et elle racontera à Kostka qu’elle a failli se faire violer par un soldat. On a ainsi à nouveau une autre interprétation de la réalité.

Kostka va coucher avec Lucie et se sentir coupable. Il saisit une opportunité de partir en ville pour s’éloigner d’elle mais il la retrouvera plus tard dans la même ville que lui avec son mari.

A la fin de cette partie, on se rend compte que tous les personnages sont réunis dans la ville natale de Ludvik. C’est comme si la boucle se refermait.

7.  Ludvik-Helena-Jaroslav

Ludvik rate son train pour Prague. Il se balade alors dans les rues de la ville. Il se retrouve face à la Chevauchée des rois. En même temps, Jaroslav voit son fils couronné. Cependant, il apprend peu après qu’il a été dupé : ce dernier est parti à un festival de moto dans le village voisin. Il se sent trahi par sa famille. Va s’ensuivre une discussion violente avec sa femme où il lui fait part de son amertume.

Pendant ce temps, Helena fait une interview sur l’événement et tombe sur son mari au bras de sa maîtresse. Elle lui annonce fièrement qu’elle est avec Ludvik. Celui-ci la félicite. Ludvik se retrouve ainsi nez à nez avec son rival, mais finalement se rend compte qu’il ne lui en veut car il est comme lui. Il est même prêt à accepter ses excuses.

Il décide de rompre avec Helena qui le prend mal et, espérant que Ludvik reviendra vers elle, fait une tentative de suicide.

Ludvik retrouve Jaroslav dans les prés en train de réfléchir et lui propose de se joindre à son orchestre comme lorsqu’ils étaient jeunes. Ils joueront ensemble jusqu'à l’excès, et Jaroslav est victime d’une crise cardiaque à la fin du concert. Dans la dernière scène, Ludvik accompagne Jaroslav dans l’ambulance.



La nouveauté du récit rétrospectif.

Quatre personnages vont prendre la parole à tour de rôle en utilisant le pronom« je ». On assiste ainsi à une démultiplication des points de vue : chacun a sa subjectivité et un style propre. Le roman va avancer au fil des narrations ; un personnage raconte, un autre prend le relais. J’ai l’impression que Kundera tisse une toile d’araignée au fil des pages où chaque élément est important pour la suite. Tout est relié, l’histoire avance avec la prise de parole des personnages et un même événement peut être narré à plusieurs reprises par des personnes différentes. Pourtant, cela n’apporte pas d’objectivité au lecteur. Les interprétations diverses des personnages peuvent être complémentaires comme contradictoires. Le lecteur doute et ne sait plus ce qu’il doit croire. La vérité se perd.

Cela permet au lecteur de comprendre l’histoire comme un tout ; on s’attache aux personnages, on s’interroge sur leurs choix, leurs actes, leurs soucis et leurs vies.

L’importance de la vérité est un leitmotiv dans l’œuvre. Avec les différents sens et interprétations qu’on nous offre, on est face à une vérité multiple. On peut utiliser l’exemple de la scène du viol de Lucie. Nous ne savons pas réellement comment les choses se sont déroulées ; d’un côté, Lucie avait dit à Ludvik qu’elle serait consentante, de l’autre, Ludvik donne sa vision de la scène, tandis qu’on a plus tard le récit de Kostka rapportant le point de vue de Lucie. Le lecteur doit se faire une opinion en fonction des différentes visions des personnages.



Des personnages solitaires

Toujours seuls face à leurs choix, nous pouvons voir des personnages qui ont peur de vieillir, d’évoluer. La jeunesse est dénigrée tandis que le temps qui passe aura une incidence sur leurs opinions. On a l’impression de se retrouver face à des personnages désespérés, à qui il n’arrive que des ennuis. Ils sont tristes dans leurs vies, insatisfaits. La seule échappatoire que donne Kundera à ses personnages dans ce roman est la musique. C’est la seule chose qui les attendrit. Il y a deux tentatives de suicide, Kostka, malgré sa foi, ne se sent pas bien dans la religion qui devrait l’apaiser, Ludvik est animé par le désir de vengeance, Jaroslav trahi par sa famille donne une image négative du couple, même Lucie qu’on croit s’en être sortie se fait battre par son mari. Le passé ronge les personnages mais les retient, tandis que l’avenir leur fait peur.

« […] cette irréalité apparente me fit penser que tout ce qui m’entourait était non pas le présent mais le passé, un passé vieux de quinze ou vingt ans, que les holà, holà ! étaient le passé, Lucie était le passé Zemanek était le passé et Helena était la pierre que, sur ce passé, j’avais voulu jeter ; ces trois derniers jours n’étaient qu’un théâtre d’ombres.
Quoi ? ces trois journées seulement ? Ma vie entière a toujours été surpeuplée d’ombres, et le présent y tenait une place probablement assez peu digne. Je me représente un trottoir roulant, (c’est le temps) avec un homme (c’est moi) qui court dessus en sens inverse ; mais le trottoir se meut plus vite que moi, ce qui fait qu’il m’emporte lentement à l’opposé du but vers lequel je me dirige ; ce but (étrange but situé en arrière !) c’est le passé des procès politiques, le passé des salles où des mains se lèvent, le passé des soldats noirs et de Lucie, passé dont je demeure ensorcelé, que je m’évertue à déchiffrer, débrouiller, dénouer, et qui m’empêche de vivre comme l’homme doit vivre, face à l’avant. » (p. 419)



Une vision précise de l’Histoire… mais à nuancer

Plus qu’une histoire ancrée dans une Tchécoslovaquie communiste des années 40 à 60, le lecteur se retrouve face à un roman original qui cherche à rendre compte de fragments de vies universelles. Il est vrai que Kundera ancre son récit dans son pays natal pris dans un système totalitaire mais il ne cherche pas à le dénoncer. La richesse de ce livre est de mettre des personnages en situation et d’analyser les réactions qu’ils pourraient avoir. On va néanmoins voir une évolution de la société de l’époque à travers leurs regards. C’est ce qui pourrait expliquer la méprise dans l’interprétation lors de la première publication lorsque Aragon fera une magnifique préface sur son courage, texte jugé par la suite hors sujet. Cette œuvre a le mérite d’être ainsi le miroir d’une société sans pour autant être un roman historique.

Les personnages se retrouvent confrontés à des questions existentielles. Dans sa préface de la dernière publication en 2003, François Ricard, fervent analyste de Kundera nous parle « d’expérience du monde comme espace dévasté. »

« Et voila que de nouveau Lucie resurgit devant mes yeux […] peut être avait-elle voulu me dire que son destin […] était proche du mien, que, nous deux, nous étions sans doute manqués, faute d’avoir pu nous comprendre, mais que les histoires de nos deux vies étaient fraternelles et conjointes, étant tous les deux histoires de dévastations ; ainsi qu’on avait en Lucie dévasté l’amour charnel et privé son existence d’une valeur élémentaire, ma vie aussi fut spoliée des valeurs sur lesquelles elle voulait s’appuyer […]. » (p. 448).

C’est une constante de l’œuvres de Kundera : l’important n’est plus l’aspect historique mais une interrogation sur l’Histoire elle-même. L’homme est face à la fatalité de l’histoire, comme s’il était pris au piège de son univers. Pris dans son engrenage, il est impuissant.

« Comme j’aimerai révoquer toute l’histoire de ma vie ! Seulement, de quel droit pourrais-je la révoquer, si les erreurs dont elle est née ne furent pas les miennes ? En fait, qui s’était trompé, quand la plaisanterie de ma carte avait été prise au sérieux ?[…] De telles erreurs étaient si courantes et si communes qu’elles ne représentaient pas des exceptions ou des « fautes » dans l’ordre des choses, mais constituaient au contraire cet ordre. » (p.414)

 

 

Élodie Lapierre, 2e année Édition-Librairie

 

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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