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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 07:00

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Milan KUNDERA
Risibles amours
Titre original
« Smesne Lasky », 1968
Première publication en France
Traduction François Kérel
Gallimard, 1970
édition revue en 1986 par l’auteur
Folio, 1994

 

 

 

 

 « Le plus grand malheur de l’homme, c’est un mariage heureux. Aucun espoir de divorce. »
Risibles amours, « Le colloque »

 

 

 

 

 

 Risibles amours

 
Risibles amours est un recueil de sept nouvelles que Milan Kundera a écrites de 1959 à 1968 en même temps qu’il rédigeaut son premier roman La Plaisanterie, publié en 1967. Pourtant, initialement, Risibles amours était le titre que l’auteur avait donné à trois cahiers parus à Prague entre 1963 et 1969, et contenant dix nouvelles. Huit seulement seront retenues pour la première publication en 1970 à Prague. Le recueil sera traduit par François Kérel et publié en 1970 après avoir retiré une autre nouvelle. Une seconde traduction par Kérel sera publiée en 1986.
 
Les nouvelles se déroulent en Tchécoslovaquie, le pays d’origine de Kundera, à une époque où le stalinisme est à son apogée. Elles abordent en outre plusieurs thèmes que l’auteur développera plus tard dans ses romans : l’identité, l’amour, la fidélité et l’infidélité, le mensonge, l’être et le paraître, l’illusion.

(Source : postface de l’édition folio de François Ricard)

 

 

 

La structure du recueil

 François Ricard, essayiste et romancier québécois, connu notamment comme le principal rédacteur des postfaces de Milan Kundera dans la collection Folio et son travail sur l'édition de la Pléiade, a étudié la structure complexe de ce recueil de nouvelles : il perçoit une composition en triangle, c’est-à-dire que les nouvelles seraient symétriques et se rejoindraient à la nouvelle centrale « Le colloque » :


                                       D
                               C     ↔      C
                        B                         B
                    A                                   A
 

(source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Risibles_amours)
 

 

La structure étant évidente, je m’appuierai donc sur cette constatation dans la suite de mon étude. 

La première nouvelle, « Personne ne va rire », est mise en parallèle avec la dernière, « Edouard et Dieu » : les deux personnages principaux (M. l’assistant – le narrateur – pour la première et Edouard, pour la deuxième) sont tous deux professeurs et vivent dans un monde où le rire n’est pas permis et où le mensonge prend rapidement de très grandes proportions.
 
En effet, M. l’assistant, narrateur de son histoire et dont on ne connaît ni le prénom ni le nom, ne voulant pas rédiger une note appréciative sur le travail qu’il trouve médiocre et erroné d’un homme (M. Zaturecky), commence à mentir à cet homme parce qu’il n’a pas le courage de lui parler franchement. Il prétend alors qu’il ne peut faire cela sans lui porter préjudice, puis lui fait croire qu’il est en voyage, malade ou encore invente que son amie Klara, une jeune femme vivant chez lui et travaillant en tant que coutière dans un atelier, lui a dit que M. Zaturecky a tenté de la violer quand il est venu chez lui pour obtenir la note tant désirée, ce qui est faux. Mais ses mensonges entrainent de terribles conséquences : la femme de M. Zaturecky tient à rencontrer Klara afin que celle-ci s’explique sur ses propos mensongers alors que la jeune femme n’y est pour rien. Finalement, le directeur de l’université le menace de l’expulser à cause de sa conduite : M. l’assistant perd alors Klara, la femme qu’il aime et son travail. Pourtant, la nouvelle se termine avec un personnage qui considère plutôt sa situation comme comique :

« Elle se leva, me tendit la main (visiblement pour la dernière fois), me tourna le dos et sortit.
Il fallut encore un moment pour comprendre que mon histoire (malgré le silence glacial qui m’entourait) n’est pas du genre tragique, mais plutôt comique.
Ce qui m’apporta une sorte de consolation. » (p. 56)

L’histoire d’Édouard est semblable, puisqu’il est également professeur, et tombe amoureux d’une jeune femme très croyante, surnommée Alice. Mais le régime politique installé en Tchécoslovaquie à l’époque ne permet pas la croyance en Dieu. Pourtant, pour la séduire, Edouard va se faire passer pour un croyant presque fanatique. Son comportement (aller à l’église, notamment) est remarqué par les responsables de l’université qui le convoquent pour lui signaler cette conduite inadmissible, plus particulièrement parce qu’il enseigne. Au lieu d’expliquer la vérité, Édouard continue à mentir et leur fait croire qu’il est croyant malgré lui. Il voit dans le mensonge un moyen de fuir la réalité, les « fous » qui se prennent au sérieux dans un contexte où le rire n’a plus de place.
 
« Pourquoi dire la vérité ? Qu’est-ce qui nous y oblige ? Et pourquoi faut-il considérer la sincérité comme une vertu ? Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu’il est un poisson. Vas-tu te disputer avec lui ? Vas-tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n’as pas de nageoires ? Vas-tu lui dire en face ce que tu penses ? […] Si tu ne lui disais que la vérité, ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi-même fou. C’est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou. » (p. 298-299)

La directrice de l’école dans laquelle il enseigne lui propose alors de le rééduquer lors de petites réunions chez elle en tête-à-tête. Ces réunions aboutissent, bien entendu, à une liaison entre les deux personnages qui continueront à se voir régulièrement après cela. Puis Édouard rompt avec Alice parce qu’il considère que leur relation est trop futile et « dérisoire » : la jeune femme n’a pas su garder ses convictions jusqu’au bout et a cédé au plaisir charnel, alors qu’elle se l’était interdit.

Second parallèle que l’on peut faire est entre la deuxième nouvelle (« La pomme de l’éternel désir ») et la sixième nouvelle (« Le Docteur Havel, 20 ans après ») : elles parlent toutes deux d’un don juan dans le sens que ces deux hommes donnent plus d’importance au jeu de la séduction qu’à l’acte sexuel, parce qu’ils ont besoin de se sentir désirés pour exister. La séduction, l’amour, le paraître et le mensonge sont les thèmes principaux de ces nouvelles. En effet, dans « La pomme de l’éternel désir », deux amis d’une quarantaine d’années décident de partir toute une journée séduire des femmes. Le narrateur, peu sûr de lui, suit attentivement les conseils de son meilleur ami, marié néanmoins. Tous deux rencontrent de nombreuses femmes devant lesquelles ils se font passer pour des cinéastes et des cameramen. Plusieurs rendez-vous sont pris, mais aucun n’aboutit et ils rentrent chez eux seuls.

On retrouve le Docteur Havel dans la nouvelle centrale, « Le colloque », qui met encore en avant la question du paraître puisque le séduisant docteur est maintenant vieux et malade, pourtant marié à une actrice jeune et belle, éperdument amoureuse de lui. Néanmoins, lors d’une cure pour soigner une douleur causée par sa vésicule, l’homme ne peut s’empêcher de tenter de séduire les belles femmes qu’il rencontre. Cependant, il comprend vite que sa beauté, aujourd’hui vieillissante, ne lui est plus d’aucune utilité et qu’il faut alors jouer sur un autre tableau. Il fait alors venir sa femme afin que sa notoriété lui permette de séduire. Un plan qui marche à merveille puisque, éconduit une première fois par la masseuse qui se charge de ses cures, le docteur est ensuite accueilli chaleureusement par la même femme.

 « […] De ses propos, Havel conclut que le bref séjour de sa femme l’avait totalement métamorphosé aux yeux de cette gentille fille musclée, qu’il avait acquis brusquement du charme et, bien mieux : que son corps était pour elle l’occasion de se lier secrètement à une actrice célèbre, de devenir l’égale d’une femme illustre sur laquelle tout le monde se retournait. Havel comprit que d’emblée tout lui était permis, tout lui était promis tacitement, d’avance. » (p. 244)

La beauté cède la place à la notoriété, au paraître qui installe un voile d’illusion avec lequel le personnage joue volontiers. Rien de moins que la situation dans laquelle les sociétés occidentales vivent encore actuellement. Une société fondée sur le paraître.

La troisième nouvelle (« Jeu de l’auto-stop ») et la cinquième nouvelle (« Que les vieux morts cèdent la place aux jeunes morts ») racontent la rencontre d’un couple, jeune dans la première, plus âgé dans la seconde, dont la tension sexuelle est intense mais s’installe sur un fond illusoire : la première parce que le jeune couple joue un rôle (elle, pourtant douce, timide et mal à l’aise avec son corps de femme, devient une auto-stoppeuse séduisante et provocante ; lui, un séducteur et collectionneur de conquêtes féminines, mais sous le charme de cette jeune fille discrète, joue le conducteur séduit) et la deuxième parce qu’un homme trentenaire et une femme plus âgée se retrouvent après quinze ans de séparation pendant lesquels l’homme a continuer d’idéaliser le corps de cette femme avec qui il a fait l’amour une nuit, mais sans l’avoir vue nue à la lumière. Les deux histoires se terminent par l’acte consenti mais presque brutal. On retrouve les thèmes de l’illusion, de l’amour, de l’être et du paraître.

La quatrième nouvelle est mise en valeur dans ce recueil puisqu’elle en est le centre, la « clé de voûte ».,Elle se distingue d’ailleurs des autres par sa longueur et par sa forme théâtrale. L’histoire se déroule dans la salle de garde d’une clinique où se mêlent des conversations sur l’amour, le mariage et les illusions qu’ils supposent, et la séduction. On retrouve le séduisant Docteur Havel, don juan qui a une réputation incontestable auprès des femmes de l’hôpital, puis le patron des médecins, l’infirmière, Élisabeth, séductrice follement amoureuse de Havel, une doctoresse maîtresse du patron et enfin un médecin plus jeune nommé Fleischman, encore perdu dans les méandres de l’amour, qui prend les regards de la doctoresse pour des avances. La conversation oscille rapidement vers une question : pourquoi le docteur Havel, qui couche pourtant avec presque toutes les infirmières, ne veut-il pas faire cet honneur à Elizabeth ? Chacun y va de son hypothèse, jusqu’à ce que ladite Élizabeth manque de mourir par asphyxie au dioxyde de carbone dans une seconde salle de garde, dans laquelle elle s’était endormie nue sur un divan. Elle est sauvée de justesse par le jeune médecin qui passait par là ; poussé par les propos mensongers du patron qui prétend qu’elle a voulu se suicider à cause de Fleischman, il va se mettre à croire qu’Elizabeth a fait cela parce qu’elle l’aimait, sentiment qui n’était pas réciproque. Le prétendu intérêt que lui porte l’infirmière va flatter l’ego du jeune médecin qui se prend alors pour un homme monstrueux puisqu’il lui refuse cet amour.

 « L’histoire reprend donc là où elle s’est achevée hier, mais Fleischman croit y rentrer beaucoup plus âgé et beaucoup plus fort. Il a derrière lui un amour grand comme la mort. Il sent une vague se gonfler dans sa poitrine, et c’est la vague la plus haute et la plus puissante qu’il a jamais connue. Car ce qui l’exalte si voluptueusement, c’est la mort : la mort dont on lui a fait présent ; une mort splendide et revigorante. » (p. 174)

La naïveté du jeune médecin qui croit que l’infirmière a voulu se suicider parce qu’il ne l’aimait pas, est poussée à l’extrême et le transforme en personnage ridicule car le lecteur sait que tout cela n’est que pure invention de la part du patron des médecins. Fleischman va même jusqu’à aimer l’idée qu’une femme puisse vouloir mourir pour lui, ce qui est lecomble de la bêtise.



La place de la femme dans le recueil

La femme est omniprésente dans le recueil puisque l’auteur aborde les relations entre les hommes et les femmes, la séduction et la légèreté dans ces liaisons, mais on remarque souvent qu’en apparence, la femme est soumise au bon vouloir de l’homme et dépendantede lui : en effet, dès la première nouvelle, le lecteur fait la connaissance de Klara, une jeune femme très belle qui vit clandestinement chez le narrateur et subit les conséquences de ses mensonges. De plus, elle espère obtenir un travail grâce à lui. Cependant, le narrateur ne fait jamais rien pour l’aider, alors qu’il le lui avait promis. Pourtant, à la fin de la nouvelle, c’est elle qui le domine puisqu’elle le quitte et tient même un discours moralisateur.

D’autres femmes, dans les nouvelles suivantes, connaissent ce changement de situation : par exemple, dans « Le jeu de l’auto-stop », une jeune femme timide et mal à l’aise dans son corps de femme, se transforme en une auto-stoppeuse séduisante et même provocante. C’est elle qui mène le jeu. Néanmoins, au terme de l’histoire, son compagnon reprend le dessus parce que, finalement, elle n’a fait que jouer un rôle qui n’était pas le sien.

Dans « La pomme de l’éternel désir », les deux principaux personnages, deux hommes, partent en voyage pendant une journée pour aller séduire des femmes et faire l’amour avec elles. Pourtant, alors qu’ils ont tout d’abord une position dominante sur ces femmes qui croient en leurs mensonges, la situation se renverse puisque certaines d’entre elles ne viennent pas au rendez-vous qu’ils leur ont fixé.

Ainsi, la femme est une sorte de trophée pour l’ensemble de ces hommes, une chose qui leur permet de s’assurer de leur virilité et de leur pouvoir de séduction. Et dès qu’elles leur opposent un refus, ils perdent pied et leur pouvoir d’attraction disparaît, comme c’est le cas pour le docteur Havel, dans la nouvelle « Le Docteur Havel, vingt ans après ». Sa femme, actrice célèbre, lui permet de retrouver un pouvoir de séduction sur les femmes qui, jusqu’alors, le dédaignaient (p. 244).



Conclusion

Les thèmes que Kundera aborde paraissent très sérieux, d’autant plus qu’il les situe dans un contexte où le stalinisme est à son apogée et ne laisse pas la moindre place à l’individu, à sa liberté de pensée, sa liberté de croyance. L’importance de ce sérieux, et peut-être même, comme il le dit dans l’une des nouvelles, ce manque de sérieux, sont évoqués à travers des situations comiques, des personnages qui s’amusent, mentent et se séduisent dans cette société totalitaire. La légèreté permet de désamorcer le poids de ce contrôle gouvernemental. C’est, par ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles Kundera sera censuré dans son pays pendant plusieurs années.



Mon avis

J’ai particulièrement aimé ce recueil pour les sujets qu’il abordait : l’amour, la dérision et la façon dont Milan Kundera les a traités. La plupart des situations sont comiques et font presque oublier au lecteur le contexte dans lequel elles ont été écrites. En effet, le cadre politique et social de l’époque n’apparaît que de manière succincte. On pourrait presque croire que les histoires ont lieu dans notre société actuelle.

En outre, les nouvelles sont entraînantes et on a envie de connaître la fin de l’histoire, de savoir comment les personnages vont se sortir de la situation dans laquelle ils se plongent presque volontairement. L’auteur ne nous perd pas dans une profusion de détails inutiles et va à l’essentiel.


E. Maréchal, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 18:00

Renaud Cojo et le TNBA organisent une représentation supplémentaire de son spectacle « et j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust » le vendredi 2 décembre à 15h30.

Cette représentation est en entrée libre (pour cause de tournage du spectacle) et les places étant limitées il convient de confirmer votre venue.

T +33 (0)5 56 33 36 68

 

 

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 07:00

nouvelle traduction de Jean-Paul Manganaro,
mise en scène de Frédéric Maragnani pour le TnBA

Baroufs.jpg
Un petit groupe de femmes tricotent, trois d’un côté, deux de l’autre. La tension monte, malveillance et jalousie viennent fissurer l’ambiance laborieuse qui régnait jusqu’à présent sur cette scène d’ouverture. On est à Chioggia, un petit port au nord de l’Italie, non loin de Venise. Les femmes attendent le retour des hommes, partis pêcher en mer.

Les femmes, ce sont elles qui dirigent le village. Les hommes les aiment mais ils les craignent et ils sont prêts à tout pour leur faire plaisir. Mais comme dit Patron Fortunato : « Quand il y a dames, il y a damnation. » À Chioggia, les femmes font du barouf, et elles y entraînent leurs maris, leurs frères, leurs fiancés. Des relations conflictuelles divisent les deux clans familiaux, menant à des affrontements violents. Au gré des cris des femmes, les situations se nouent et se dénouent, les couples se font et se défont.

Mais à Chioggia, même si les femmes sont « baroufeuses », le village finit par retrouver sa sérénité dans un dénouement heureux qui lie les deux familles : trois mariages célébrés par une fête bien arrosée.

Frédéric Maragnani met en scène le texte Barouf à Chioggia de Carlo Goldoni (1707-1793) dans une nouvelle traduction commandée à Jean-Paul Manganaro. Baroufs replace le texte de Goldoni dans la contemporanéité, tout en conservant une langue qui révèle un dialecte vénitien veiné d’argot de Chioggia. L’oralité est au centre des relations des douze comédiens. Les personnages sont tous désignés par des surnoms qui jouent sur les sonorités de leurs noms, tels que Toffolo ‘l’alcoolo’, Dona Pasqua ‘que de la gueule’, etc.

Un des patriarches conclut que « les femmes, les femmes ne s’arrêtent jamais de parler, de parler ». Elles s’interpellent, se hèlent, se tirent les cheveux en proférant des insultes, elles s’embrassent en se susurrant des mots doux, et c’est là que réside tout le piquant de la pièce.

Au début, on est frappé par cette langue argotique, cette langue du quotidien, des petites gens, que l’on a du mal à saisir dans sa totalité. On la trouve bruyante, théâtrale, trop théâtrale. Puis on se laisse aller à la musique des mots et on se fait happer tout entier dans cette farce bouillonnante de vie.


Joanna Thibout-Calais, 2e année Éd.-Lib.


Pièce jouée au TnBA du 22 au 26 novembre 2011.
Une bande-annonce de la pièce est disponible à cette adresse : http://vimeo.com/32086387



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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 18:00

RITOURNELLES # 12 : L’INCARNATION DU VERBE

24 novembre 2011

 

 

Rencontre avec Valère Novarina, auteur et metteur en scène et Cyrille Habert, fondateur des Éditions de la Transparence ; librairie Mollat.

Valere_Novarina.jpg

Réflexion autour de la langue


Pourquoi aller au théâtre ? Plutôt que pour se distraire, Valère Novarina préfère répondre que c’est pour l’émotion, « pour ce qui nous happe » ; en sortant d’une représentation, le spectateur doit être joyeux, « plus vaillant ». Le spectacle doit donc « produire du nouveau », mais surtout créer un espace de vie aux antipodes du « sentiment obligatoire », dans un siècle où toutes nos façons d’être au monde nous sont de plus en plus dictées, par les médias, les politiques ...


Aller à l’encontre de ce « sentiment obligatoire » que nous impose la société, c’est donc protester contre une transparence permanente qui s’impose comme la ligne de conduite actuelle. Or Valère Novarina trouve qu’une certaine obscurité subsiste dans le langage, et qu’elle est à préserver.


L’auteur et metteur en scène parle du langage comme de « l’émission de quelque chose dans l’air entre nous », qui a donc une matérialité. Il croit qu’il est également nécessaire parfois de savoir « saisir les pensées comme un organisme, un animal vivant ». Cette vision animale du langage et des pensées leur confère un aspect concret, physique ; et pour Valère Novarina, tout le travail du théâtre est de donner « une leçon de concret et d’humilité devant la matière et les sons ».


Ainsi, il faut laisser le corps révéler le sens des paroles ; dans ses oeuvres théâtrales, Valère Novarina insère délibérément des phrases dénuées de sens apparent, dans lesquelles l’acteur se retrouve en « terra incognita », sans clés de compréhension du texte ni indications d’expression. Mais si la fluidité émane de cet incompréhensible, alors c’est bien le corps qui apporte la raison au mental ; la richesse du théâtre permet de découvrir la matérialité du langage.

« L’incarnation du verbe pour ‘œuvres de chair et de mots’ », dira dans son éditorial Marie-Laure Picot, directrice et programmatrice du festival.


Mais si le langage est animal, il a donc son indépendance. Dans son écriture, Valère Novarina se laisse donc porter par la langue, qu’il est bon de ne pas trop brider : s’efforcer de retrouver un mot, un nom … est souvent peine perdue ; alors que beaucoup d’idées très fortes apparaissent lorsqu’on n’y pense pas… L’écriture résulte donc de cette synthèse entre le laisser-être et la maîtrise des mots, qui reste un minimum nécessaire.


De même, dans son travail de metteur en scène, Valère Novarina souhaite que toute l’histoire, qu’il a pourtant écrite, « lui revienne par la bouche de l’acteur », et désire ainsi « comprendre enfin cette scène ». Il se positionne en spectateur naïf, regarde sa propre pièce comme celui qui ne sait pas, pour être dans l’aventure mais surtout pour voir émerger de nouvelles choses dont lui-même n’avait pas conscience.


La pièce en tant que telle est aussi envisagée comme un organisme : Valère Novarina parle d’un « spectacle vivant » pourtant éphémère dans sa temporalité et dans sa mise en espace. Le spectacle vit concrètement le temps de la représentation. Pourtant, c’est à la longue que les choses apparaissent, s’affirment, que les acteurs dépassent le parfait (lisse) pour atteindre quelque chose de plus sensible, et de plus précieux. Le spectateur quitte la représentation comme un rêve : en se souvenant précisément de la pièce, mais incapable de la remettre dans l’ordre.


Et si Valère Novarina prend le soin de fixer ses thèses dans ses ouvrages, c’est pour lui une façon de faire le point, d’écrire « sur le travail de l’atelier », déroulé en amont.


Livre d’entretiens et journal de voyage, portfolio et carnet de notes, Paysage parlé rassemble six conversations menées in situ à Paris, Lausanne, Debrecen, Champigny-sur-Marne, Varallo et Trécoux de janvier 2009 à août 2010. Au fil d’un dialogue itinérant, faisant étape dans ces multiples lieux où l’écrivain vient s’affronter à la matière, Valère Novarina évoque avec Olivier Dubouclez les circonstances concrètes de son travail. C’est lorsque tout est encore à l’état natif, vacillant, que débute chaque entretien : on y découvre alors comment l’écriture et la mise en scène croissent dans un lieu donné, intime ou inconnu, qui résonne à travers tout le corps du langage.
http://editionsdelatransparence.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=19


- Valère Novarina est né en 1947 à Chêne-Bougeries (Suisse). Il passe son enfance et son adolescence à Thonon, sur la rive française du Léman.  À Paris, il étudie à la Sorbonne, la philosophie et la philologie.  En 1974, sa première pièce, L'Atelier volant est mise en scène par Jean-Pierre Sarrazac. En 1976, pour La Criée théâtre national de Marseille, il réalise Falstafe, une libre adaptation des deux Henry IV de William Shakespeare. Il a mis en scène plusieurs de ses pièces : Le Drame de la vie, Vous qui habitez le temps, Je suis, La Chair de l'homme, Le Jardin de reconnaissance, L'Origine rouge, La Scène, L'Acte inconnu et Le Vrai sang. Il a reçu en 2011 le Prix de littérature francophone Jean Arp pour l'ensemble de son œuvre.
http://www.novarina.com/spip.php?article8


Bérengère A-B., A.S. Bib.

 


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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 07:00

L’incarnation du verbe était cette année le thème de Ritournelles, festival de littérature et d’art contemporain qui s'est tenu à Bordeaux du 22 au 26 novembre 2011. Et qui mieux que Valère Novarina peut représenter cette incarnation ?
Novarina.jpg
Ce dramaturge d’origine suisse, né en 1947, écrit des pièces de théâtre dès 1974, suite à des études de philosophie et de philologie à la Sorbonne et après avoir réalisé un mémoire sur Antonin Artaud. Depuis les années 1980, il est aussi peintre et dessinateur et met en place des performances dans lesquelles il mêle textes et images. Ritournelles propose une exposition de ces dessins à la galerie  Cortex Athletico jusqu’au 23 décembre 2011.

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André Marcon, comédien et acteur français, a joué une des douze animations du festival, Le Discours aux animaux, le mercredi 23 novembre 2011 à 20h30 à la Maison Cantonale de Bordeaux Bastide. Ce texte de Valère Novarina publié en 1987 aux éditions P.O.L. avait été monté, une année avant sa publication, par ce même André Marcon au Théâtre des Bouffes du Nord.

 

 

Valère Novarina Le discours aux animauxUn comédien pour un monologue d’une heure, une mise en scène sommaire mais une force du verbe sans précédent. Novarina dit :« À nous qui devenons muets à force de communiquer, le théâtre vient rappeler que parler est drame ; à nous qui perdons la joie de notre langue, le théâtre vient rappeler que la pensée est en chair. » Jean, aux noms de famille changeants, s’adresse à Dieu, au diable, aux animaux. Il incarne la citation du dramaturge en questionnant le bien-fondé du langage, en le bousculant. Jean déclame que « l’homme trompe avec son tube parlant ». Sans la faculté de parler, les hommes seraient sur un pied d’égalité avec les animaux. Mais en sommes-nous réellement différents de toutes façons ?

Jean interroge aussi notre existence, l’obscur destin de l’être humain. Il raconte qu’« [il] est allé voir un médecin pour savoir s[’il] étai[t] ». Pourquoi sommes-nous et qui sommes-nous ? Sommes-nous réellement différents les uns des autres ? Quel est le but de notre existence ? Jean n’apportera pas de réponse.

Novarina appréciait particulièrement une phrase de Ludwig Wittgenstein : « Ce dont on peut parler, il faut le taire. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire. » Car au delà du questionnement métaphysique, tout l’intérêt de la pièce réside dans la langue poétique, absurde, foisonnante de Novarina. Gilles Costaz qualifie La Chair de l’homme, autre pièce de Novarina, ainsi : « la scène est un préau poétique où les prophéties usées sont remplacées par des drôleries métaphysiques, des débats à l’envers, des attitudes incertaines et des listes infinies de noms et d’histoires imaginaires », et finalement cela s’adapte tout aussi bien au Discours aux animaux. Le monologue est scandé par une apostrophe, « Animaux, animaux », vouée à ébranler, en chacun de nous, notre statut premier de mammifère. André Marcon parle avec vélocité mais fluidité, les mots s’enchaînent, rebondissent, perdent tout sens, en prennent un nouveau, s’associent, font sourire… Novarina redonne sens à la parole et à l’oralité, avec l’aide d’André Marcon, à la prestance impressionnante. On sort de la pièce étourdi par la densité de ce que l’on vient d’entendre ; on ne sait toujours pas pourquoi l’homme est homme ni la raison de notre existence ; mais l’on est maintenant sûr que si cela réside dans notre faculté de parler ; c’est une bonne chose, car chez Novarina, la langue est belle.

Ce long poème de Novarina, n’est pas sans rappeler le texte d’Allen Ginsberg, Howl, par la puissance de son oralité, ses répétitions et son absurdité.


Joanna Thibout-Calais, 2e année Éd.-Lib.


Le Discours aux animaux a fait l’objet d’un enregistrement CD par André Marcon, disponible aux éditions Tristram, et un enregistrement radiophonique est disponible à l’écoute sur le site web de France Culture à cette adresse : http://www.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-le-discours-aux-animaux-de-valere-novarina-le-discours-aux-animaux-

 

 

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 07:00

julio-cortazar-fin-d-un-jeu.gif

 

 

 

 

 

 

Julio CORTÁZAR
« Les Ménades »
in Fin d’un jeu,

Final del juego, 1956
traduction
Laure Guille-Bataillon
et Françoise Rosset
Gallimard
L’Imaginaire, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« J’ai besoin d’un sujet très humain : de vie, d’amour, de souffrances, de contacts personnels » disait Julio Cortázar à son ami Alain Sicard, professeur à l’université de Poitiers.


Au premier plan, la nouvelle « Les Ménades », tirée du recueil de nouvelles Fin d’un jeu, publié en 1956, cinq ans après sa première œuvre, Bestiaro. Le lecteur ne peut qu’être intrigué par une quatrième de couverture des plus prometteuses : « le public survolté d'un concert qui finit par dévorer le chef d'orchestre et les musiciens... »

Dans un univers où le fantastique devient la supra-lucidité et l’écriture la naissance de l’angoisse, Cortázar nous invite à découvrir l’idée d’une vile Humanité, une humanité sans majuscule soumise à ses plus primaires instincts animaux. Contexte improbable, l’auteur joue avec celui-ci : par la notoriété intellectuelle qu’a encore aujourd’hui l’opéra, il insiste cyniquement sur les bassesses de l’Homme en communauté, indépendamment des valeurs sociales dans lesquelles ce dernier évolue : des expressions splendidement bestiales, une violence extrêmement verbalisée, une sémantique plus que charnelle, rien n’est laissé au hasard pour décrire un univers où toute idée aristotélicienne d’Homme comme animal doué de langage et de raison est volontairement omise. Dans une certaine mesure, la raison n’est plus, et n’a peut-être jamais été chez cette créature de la pire espèce.

Peinture d’un tableau pessimiste, l’écriture de l’auteur fait preuve de beaucoup d’humilité : kunderienne en un certain sens, elle n’abuse pas d’un vocabulaire élitiste à consonance philosophique, mais use d’une description simple et d’une histoire basique, permettant ainsi une analyse critique de tous sur le sujet difficile qu’est le sujet humain.

Qui plus est, l’implantation d’un naturel fantastique n’est que la cerise sur ce  « gâteau linguistique » bien réussi, donnant naissance à la thématique de l’angoisse, angoisse d’un personnage principal dont on s’imagine qu’il est Cortázar en personne : Trouble des sens, perte de contrôle psychique, victime d’un « effroi lucide »… Une Angoisse dont le principal vecteur de croissance n’est qu’une dimension profondément humaniste de l’auteur qu’il est important de souligner. En effet, à première vue, le lecteur de Cortázar et plus particulièrement de cette nouvelle serait tenté d’en faire un auteur aux allures misogynes, à la dureté misanthrope tant ce dernier ne mâche pas ses mots quand il s’agit de nous faire le tableau de l’Humanité. Il lui revient donc de creuser les sentiers de l’écriture de l’auteur et d’en dégager le véritable sens, la crainte d’un homme face aux autres hommes, le sentiment d’oppression qui émane d’un individu au milieu de la foule, la peur de l’amour et du déchirement qu’il invoque, l’espoir et l’oubli, la souffrance, le solipsisme, l’intensité de la vie…

Au-delà de toutes ces thématiques cryptographiées, Julio Cortázar donne naissance à une thématique suprême, question-mère de la littérature dans l’absolu : A quoi bon l’écriture ?


Si l’on retrouve chez Cortázar tant de références littéraires et d’humbles références à d’autres écrivains (notamment Lautréamont), c’est peut-être parce que son œuvre fait partie intégrante d’une remise en question générale de l’écriture, voire de la raison d’être d’un écrivain. Personnage pour le moins névrosé, l’auteur semble créer une complexe dichotomie : chercherait-il à travers l’écriture à générer l’angoisse lui ouvrant les portes de la lucidité, le véritable sens de sa vie, ou utiliserait-il l’écriture à une fin thérapeutique qui l’aiderait à estomper progressivement le mal-être procuré par cette angoisse dévastatrice ?

Question-mère qui ne demande peut être pas de réponse, mais qui apparaît hypothétiquement comme les mille possibles chemins que je vous souhaite d’emprunter pour trouver un sens à la beauté de l’écriture de cette nouvelle.


Kévin Maudet, 1ère Année Bib.

 

 

 

Julio CORTAZAR sur LITTEXPRESS

 

Julio Cortazar Cronopes et fameux

 

 

 

 

 

 

 

Article de Simon sur Cronopes et fameux.

 

 

 

 

 

 

 

 


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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 07:00

Samedi 26 novembre
 18h30

Maison cantonale
 Ritournelles 2011première étape de création
de Gianni Fornet
Lecture publique

 

 

Projet « Francesco Theatre »
Par Gianni Fornet, avec Manuel Vallade et une invitée
Texte de Gianni Fornet / Sonorisation et composition sonore de Nicolas Barillot
Sortie publique / Lecture publique

en partenariat avec l’association Dromosphère

et l’Office artistique de la région Aquitaine (OARA).

Maison Cantonale De Bordeaux Bastide
Angle rue de Nuits et rue de Châteauneuf.
Tram ligne A, arrêt Jardin botanique
Réservation conseillée dans la limite des places disponibles

Permanences de la littérature : 05 56 86 64 29
accueil@permanencesdelalitterature.fr

Tous publics / Entrée gratuite

 

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 07:00

texte de Valère Novarina
lecture par Philippe Dormoy, comédien
accompagné de Chris Martineau, violon alto.

 

Lumières du corps

Samedi 26 novembre
16h00
Bibliothèque municipale

de Bordeaux Mériadeck

 

 

 

Bibliothèque Municipale de Bordeaux Mériadeck
85 cours du Maréchal Juin
05 57 48 44 19
Tram ligne A, arrêt Hôtel de police
Entrée libre

 

 


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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 07:00

mise en scène et jeu de Vanda Benes
Ritournelles 2011Vendredi 25 novembre
18h30
Molière-Scène d’Aquitaine

 

 

Production La Passerelle,
scène nationale de Saint-Brieuc
et Compagnie La belle Inutile.

Molière-Scène d’Aquitaine
33 rue du Temple
Tram lignes A et B arrêt Hôtel de ville
Réservation conseillée dans la limite des places disponibles
Molière-Scène d’Aquitaine : 05 56 01 45 66
Entrée gratuite

 

Pour plus de renseignements, consulter le programme complet de Ritournelles ici.

 

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 21:10

Jeudi 24 novembre
18h00

Paysage-parle.gifRencontre-signature

avec Valère Novarina et Cyrille Habert,
fondateur des Éditions de la Transparence
autour de Paysage parlé
livre d’entretiens et journal de voyage, portfolio et carnet de notes,
dans le cadre de Ritournelles

 

 

 

Librairie Mollat
91 rue Porte Dijeaux
Tram lignes A et B, arrêt Hôtel de Ville
Entrée libre

 

Pour plus de renseignements, consulter le programme complet de Ritournelles ici.

 

 


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