Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:00

Adolfo-Bioy-Casares--L-Invention-de-Morel.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adolfo BIOY CASARES

L'Invention de Morel

La invención de Morel, 1940

traduit par

Armand Pierhal

10/18, domaine étranger, 1992

Robert Laffont,1992

LGF/Livre de poche, 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adolfo Bioy Casares, écrivain Argentin (1914 — 1999), grand ami de Borges (qui a d'ailleurs rédigé la préface du livre), considère que sa carrière débute réellement avec L'Invention de Morel (La invención de Morel, 1940), malgré ses six romans précédents.

Par l'intrigue et les thèmes évoqués, nous pouvons rapprocher cette œuvre de L'Île du Docteur Moreau (H.G. Wells, 1896), Le Château des Carpathes (Jules Verne, 1892) ainsi que des robinsonnades (Robinson Crusoé de Daniel Defoe, 1719, pour ne citer que cette œuvre).



Résumé

Le récit, présenté comme un journal intime, raconte la vie d'un fugitif (un écrivain vénézuélien condamné à la prison à vie probablement pour des raisons politiques) qui se cache sur une île déserte non localisée (elle semble se trouver quelque part en Polynésie). Cette île qui au premier abord semblait déserte est en fait habitée par une vingtaine de touristes, présence qui pousse le narrateur à se cacher de peur d'être dénoncé aux autorités. Il finit pourtant pour s'éprendre de l'une d'eux, Faustine, et décide de lui déclarer son amour.

Cependant Faustine l'ignore et ne répond pas à ses demandes. Voyant d'abord cela comme du mépris, le fugitif s'acharne. Pourtant, il se rend rapidement compte que les autres habitants de l'île ne semblent pas le remarquer non plus. Il note aussi que les touristes agissent toujours de la même façon, répètent constamment les mêmes actes. À cela s'ajoutent des évolutions topographiques importantes sur l'île, qui semble changer complètement de saisons selon les heures de la journée, la végétation luxuriante laissant place à des arbres morts. Le narrateur remarque même la présence de deux soleils et deux lunes. De plus, alors qu'il ne voit aucun bateau s'approcher des côtes, les touristes disparaissent et apparaissent sur l'île d'une façon qu'il croit d'abord aléatoire.

Craignant d'abord d'être devenu fou à cause d'une insolation ou d'une indigestion de racines hallucinatoires, ou même d'être face à une apparition extraterrestre, il cherche cependant à percer les mystères de l'île.

C'est au cours d'une discussion entre Morel et les touristes qu'il comprend les événements : Morel est ainsi un savant qui a monté un laboratoire sur l'île et a élaboré une machine capable d'enregistrer toutes les facettes de la réalité et de les reproduire. Ainsi, cette semaine de vacances a été entièrement capturée par la machine et se répétera à l'infini. Morel affirme que son invention capte même les âmes, et qu'il passera alors l'éternité en compagnie de la femme qu'il aime, Faustine.

Cependant, les précédentes expérimentations concernant l'usage de la machine ont montré que l'enregistrement entraînait une mort certaine. Les touristes comprennent alors le sort que leur ami Morel leur a imposé sans leur consentement.

Le fugitif, lui, malgré une jalousie agressive à l'endroit de Morel, s'assure que Faustine ne partageait en rien son amour : en l'espionnant, il finit par comprendre qu'elle ne l'aimait pas et que Morel cherchait désespérément à la séduire. Il comprend que la femme qu'il aime n'existe plus et qu'il ne pourra jamais la rencontrer et la séduire. Il décide alors d'apprendre le fonctionnement des machines pour s'enregistrer lui-même. Dans ce but, il consacre de longues répétitions à apparaître aux côtés de Faustine, à répondre à ses remarques et à s'accorder parfaitement avec elle, de manière à ce qu'un spectateur extérieur imagine qu'ils formaient un couple. Il espère même qu'un jour quelqu'un sera capable de modifier la machine de manière à ce qu'il entre dans le champ de conscience de Faustine et qu'ils puissent s'aimer réellement.

Alors qu'il meurt après s'être enregistré grâce à la machine, il se remémore sa patrie qui l'a condamné et se rend compte que malgré tout, il l'a aimée.



Analyse

Parmi les thèmes présents dans le roman, nous pouvons d'abord en remarquer deux qui s'opposent et se complètent : la lutte pour la survie du corps et la volonté de vie amoureuse de l'esprit. D'un côté, le fugitif est tiré uniquement du côté du physique, par son combat pour résister à la vie sauvage, de l'autre entièrement au spirituel, par son amour pour Faustine (amour qui ne peut être physique étant donné la non-existence réelle de Faustine, ramenée dans l'œuvre à seulement une image d'elle-même). La fin de l'œuvre nous laisse présager une victoire du spirituel, le narrateur choisissant le suicide de son corps face à la vie éternelle de son âme. L'œuvre nous présente aussi une ambivalence entre la nature et la technique. Plutôt que d'apprendre et de développer des techniques de survie, le fugitif préfère se concentrer sur l'acquisition de la technique nécessaire au fonctionnement la machine. Il choisit ainsi de développer des outils non pour survivre dans le monde matériel, mais pour se dissoudre dans une sorte de paradis artificiel. Le narrateur lui-même se présente comme un intellectuel, un écrivain qui, plutôt que chasser va manger des racines, explorer le musée de Morel et dans un premier temps s'installer dans les vestiges du laboratoire de Morel. Ainsi, face à la dureté de la vie, le narrateur choisit d'interférer avec une vie paradisiaque illusoire.

Cependant nous pouvons noter que dans les deux cas, le narrateur reste seul. Physiquement, il est le seul être humain vivant sur l'île, spirituellement, il ne peut atteindre Faustine, puisque même si son âme a été captée par la machine, comme le prétend Morel, il semble fort peut probable que le fugitif, entrant dans la représentation créée par la machine, puisse parvenir à la communication.

Le peu d'informations données par le personnage nous suggère que sa vie antérieure à son arrivée sur l'île était elle aussi solitaire : il n'évoque qu'un Italien qui lui a indiqué comment se rendre sur cette île, mais ne mentionne ni famille ni ami. De plus, le narrateur a été contraint de fuir son pays pour échapper à la prison (pour des raisons qui semblent politiques, bien qu'elles ne soient pas évoquées). Le choix du suicide par le personnage peut alors peut-être s'expliquer par cette vie solitaire : en dehors de l'île, plus rien ne semble l'attendre, et l'île elle-même ne peut le contenter. La mort, avec une possibilité d'immortalité de son âme, lui semble la délivrance la plus appropriée.

Son histoire d'amour avec Faustine est elle aussi marquée par la solitude, et on peut noter deux degrés dans leur amour impossible. Au premier abord, alors que le narrateur pense que Faustine est réelle, une différence sociale forte les sépare, ce qui pousse le fugitif à penser que d'abord Faustine l'ignore par mépris. En effet, les touristes qui peuplent l'île se comportent comme de riches bourgeois des années 20, tandis que le narrateur fuit un régime politique. Mais l'impossibilité de leur amour s'exprime ensuite à un degré encore plus prononcé puisqu'il s'agit d'une différence matérielle entre un être et une image : Faustine n'existe plus, ils ne peuvent communiquer et leur amour semble ne pouvoir connaître aucune solution, mis à part l'espoir d'entrer dans le champ de conscience de Faustine, une fois le fugitif capté par la machine. Le suicide du héros n'est donc pas seulement un renoncement à la vie, mais aussi l’espoir d'une nouvelle vie immortelle.

L'insularité elle-même est un élément clef de la solitude du narrateur. Géographiquement, l'île présente une limite nette (contrairement à un continent) déterminé par l'océan, qui ne peut apparaître comme une réelle échappatoire du fait de sa dangerosité et de son incertitude, obligeant le personnage à se replier sur lui-même. L'île elle-même se présente généralement comme un espace désert, représenté souvent dans les fictions comme renfermant un secret fantastique ou bien inconnu, qui va obéir à ses lois propres. Elle ne peut donc nous plus apporter la sécurité. L'île est donc non seulement un lieu d'isolement mais aussi d'inconnu et de mystère, qui fixe l'altérité et pousse à la découverte de soi-même, au dépassement de ses capacités. L'Invention de Morel ne nous propose pas une île déserte, mais une île désertée, qui plus est pleine de rumeurs sur les maladies qu'elle décèle. Il s'agit aussi d'une île sans nom ni localisation géographique : c'est un espace dont on ne sait rien. Cependant, il apparaît rapidement que l'île détient un secret, enfermé dans son sein, dans les sous-sols du musée de Morel, et cet intérieur labyrinthique se présente comme une sorte d'île dans l'île. Le fugitif découvre tout de suite les machines de Morel, mais cependant il ne les comprend pas : tous les mystères de l'île sont livrés directement et la construction de l'œuvre va s'axer autour de la compréhension de ces secrets déjà découverts. Cette stratégie d'écriture place au même plan le narrateur et le lecteur, du fait même de l'utilisation du procédé de journal intime. Le lecteur est enclin à suivre le narrateur, qui lui-même marche dans les pas de Morel. En ce sens, et de plus par le fait que Morel et le fugitif sont tous les deux amoureux de Faustine, ces deux personnages deviennent rivaux : à son tour, le fugitif comprend le fonctionnement de la machine, et s'insère dans la représentation, pour les même raisons que Morel : conquérir Faustine. Cependant, Morel reste le personnage tyrannique de l'île, possédant son domaine, créant sa machine seul, décidant sans le consentement de ses amis de les sacrifier et de se suicider par la même occasion. Le fugitif, lui, se suicide seulement. Malgré tout, il choisit d'imposer à Faustine l'image fausse de leur amour aux yeux des spectateurs potentiels de l'illusion créée par la machine.

Le choix du suicide du personnage nous montre son attachement à l'image plutôt qu'à la réalité, à l'être plutôt qu’à l'apparaître. Il choisit de devenir à son tour une image et ainsi de vider le présent. Cependant par là-même, il peut accéder à l'immortalité. Non pas de vivre éternellement, sur une plage de temps illimitée, mais de cesser d'exister pour donner à voir une image qui se répète à l'infini. Ici, la durée apparaît comme une cercle, une répétition non linéaire. Le discours tenu par Morel soulève une des questions principales relatives à son invention : l'interrogation de la captation de l'âme. En effet, la machine de Morel permet-elle de capter la conscience, l'esprit des êtres qui la subissent ? Ou bien seulement l'apparaître ? Jusqu'à quel point ces doubles sont-ils des images ou bien des êtres ? Par sa machine, Morel crée des simulacres, et par simulacre, nous entendons une ressemblance parfaite entre deux êtres, entre un être et son image, ou entre deux images. L'Invention de Morel nous propose un simulacre tel qu'il n'est plus nécessaire d'avoir l'original sous les yeux (original qui de toute façon est détruit par le processus de captation de la machine), comme s'il s'agissait d'un reflet de miroir qui n'aurait plus besoin d'avoir effectivement quelqu'un en face, car l'invention induit non seulement l'image et le son, mais aussi la durée, la présence physique occupant un espace défini, et les odeurs. Le simulacre absolu que nous propose l'œuvre ne requiert plus de présence humaine : d'une part? comme nous l'avons dit, l'original est tué par le processus, d'autre part Morel lui-même, une fois la machine lancée, n'a plus besoin d'intervenir.

On ne peut donc considérer l'Invention de Morel comme une réelle anticipation scientifique, d'autant plus que l'auteur ne se concentre pas sur les aspects techniques réalistes de la machine. Pour autant, le récit dans sa forme nous est présenté comme un journal intime, possiblement retrouvé après la mort du narrateur : cet élément-là semble relever d'une volonté réaliste d'insérer l'œuvre dans une possible réalité contemporaine. De la même façon, le témoignage du narrateur n'est pas seulement organisé autour de la représentation induite par l'invention de Morel, il s'agit aussi d'une géographie des lieux, des annotations liées aux marées, des listes des tâches de survie du personnage. En ce sens, le récit se rapproche des robisonades, et semble ancré dans le réel. Cependant l'œuvre se clôt sur elle-même, et ne se concentre pas sur le passé ou le futur possible du personnage, le texte lui-même étant au présent. Le récit apparaît alors comme atemporel, sans lien avec une réalité possible en dehors de l'île.

Ainsi il est essentiel de se poser la question du choix suicidaire du narrateur. Considère-t-il que par la machine il va retrouver non seulement l'apparaître mais aussi l'être de Faustine ? Ou bien va-t-il à son tour se chosifier et n'être plus qu'une image ? Quand bien même l'invention permettrait de capter l'âme, ne restera-t-il pas enfermé dans la même boucle temporelle, répétant sans cesse les mêmes actions à l'infini ? On peut alors se poser la question des motivations du personnage : en tombant amoureux d'une image, et en choisissant de se chosifier, il semble prisonnier d'une société de la représentation. Peut-on alors voir à travers l'œuvre une critique d'une société tournée vers l'apparence ? En effet, il ne faut pas oublier les effets secondaires de la machine, car en choisissant de vivre seulement dans l'apparaître, on s'expose d'une part au dépérissement, d'autre part à l'appauvrissement. Ainsi, non seulement l'invention condamne à la mort le corps physique, possiblement l'esprit des êtres, mais de plus elle les enferme dans une boucle identique, ne permettant pas d'explorer toutes les possibilités d'un réel donné. Cependant, pouvons-nous réellement considérer cette œuvre comme une mise en garde ? Car c'est de l'image que va naître le sentiment amoureux, l'envie de trouver un sens à la vie du narrateur : paradoxalement ce sera sa passion amoureuse, sa jalousie qui vont le pousser à découvrir les mystères de l'île, comprendre la technique de la machine, et enfin à choisir de se sacrifier pour l'amour, semblant ainsi être poussé à la connaissance et aux passions. Malgré tout, il ne faut pas oublier qu'au moment de sa mort, le narrateur se remémore avec nostalgie sa patrie, l'amour qu'il a eu pour elle : s'agit-il d'un regret ? D'une prise de conscience de l'importance des faits sur l'emprise de l'esprit ou des passions ?

On peut cependant considérer que par le renoncement à la vie, le narrateur est en quête d'une sorte d'Eden où son amour impossible prendrait vie : il choisit d’entrer dans la représentation de la machine pour créer un paradis artificiel (celui qui les représente, Faustine et lui, comme un couple). Il est intéressant de noter que d'un côté il existe un ordre établi, strict, créé par Morel et son invention, qui réduit la vie à une boucle non modifiable. Pour autant, le fugitif, en devenant rival de Morel, suit ses pas et le dépasse en perturbant cet ordre. Alors que Morel voyait la séquence captée par la machine comme une sorte d'hommage représentatif de son amour pour Faustine, le fugitif s'insère au milieu de cela, et dans l'apparence prend place aux côtés de Faustine en les montrant comme un couple amoureux, réduisant ainsi à néant les possibilités pour un spectateur d'imaginer une idylle entre Faustine et Morel. D'une certaine manière, le fugitif accède à une position déifiée à la suite de Morel, en recréant son propre paradis artificiel par-dessus celui de ce dernier. Cependant, une seule solution semble possible : être à la fois extérieur et intérieur à cette création : tout en la créant, le fugitif se dissout en son sein. Ce nouveau paradis va créer une seconde représentation qui en s’y superposant va dédoubler à nouveau le réel (peut-être les prochains explorateur de l'île ne verront-ils plus deux soleils et lunes mais bien quatre — l'auteur se plaît d'ailleurs tout au long du livre à dérouler les paradoxes et la logique proprs de l'île).

Cette volonté de créer une nouvelle version de l'illusion soulève des interrogations sur les rapports de l'homme au monde : en effet, quelle vie choisir ? Le narrateur se retrouve dans la tentation du virtuel, de la représentation, dans une relation inouïe aux choses puisqu'il choisit d'en devenir une. On pourrait peut-être voir ici une interrogation sur l'art lui-même, puisque le personnage nous semble, au sein de la fiction elle-même, choisir d'entrer dans une autre fiction, une autre œuvre, qu'il invente de toutes pièces et qu'il répète comme une pièce de théâtre. Cette métaphore est d'autant plus forte que pour que son apparente histoire d'amour avec Faustine existe, il est nécessaire qu'il y ai un spectateur pour la percevoir : sans être perçue par une être extérieur, leur histoire d'amour n'existe pas. À ce point du récit, il apparaît que la réalité elle-même n'existe plus de manière indépendante, en et pour elle-même : elle doit être perçue pour être, donc elle doit nécessairement être perçue par un spectateur. Plus spécifiquement, le rapport du fugitif à la représentation, le fonctionnement même de la machine peut sembler être une analogie avec les rapports entre auteur et lecteur. En effet, le narrateur arrive sur une île inconnue, où des lois propres semblent exister : il doit donc comprendre cet ordre-là, établi précédemment par Morel, personnage tyrannique qui impose sa vision du monde à tout autre être venant sur l'île. De la même manière, le lecteur, en se plongeant dans la fiction, chercher à saisir cette logique nouvelle et à la comprendre. Le narrateur, lui, ne la saisit pas seulement, il s'en empare, la fait sienne et remodèle la représentation captée par la machine. Pour autant, pour comprendre cet ordre, il doit s'insérer au cœur du processus, explorer le cœur de l'île, et finir par s'y enfermer, peut-être même malgré lui (comme le suggère la scène où il se retrouve bloqué parmi les machines devant un mur illusoire qu'il ne peut détruire). Le narrateur devient alors auteur lui-même, et non plus seulement spectateur, et devient captif des images. Pour autant, tout comme Morel avant lui, la machine et la représentation n'ont plus besoin de lui pour fonctionner, les lois en vigueur sur l'île fonctionnent seules, sans aucune intervention nécessaire une fois la création faite. Morel et le fugitif deviennent des images, et s'abolissent dans leur triomphe fictionnel, tout comme l'auteur se dissout dans son œuvre, s'efface derrière la fiction qui devient alors une œuvre à part entière, existant par elle-même et pour elle-même, sans même que l'auteur ait à la soutenir.

Ressources en ligne

Wikipedia — « The invention of Morel »
 http://en.wikipedia.org/wiki/The_Invention_of_Morel
Max Milner — "Le thème du simulacre dans L'Invention de Morel"
 http://centre-bachelard.u-bourgogne.fr/Z-milner.pdf
Jean-Paul Engélibert — "Problèmes de l'insularité : la clôture et la fente dans Le Château des Carpathes, L'Île du docteur Moreau et L'Invention de Morel"
 http://www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2003-1-page-23.htm
Roger Bozzetto — "L'invention de Morel, Robinson, les choses et les simulacres"
http://www.erudit.org/revue/ETUDFR/1999/v35/n1/036126ar.pdf

 

 

M. F., 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Adolfo BIOY CASARES sur LITTEXPRESS

 

Adolfo Bioy Casares Le Heros des femmes

 

 

 

Article d'Élodie sur Le Héros des femmes .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

adolfo Bioy Casares La Trame celeste

 

 

Article de Marie sur La Trame céleste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by littexpress - dans fantastique - horreur
commenter cet article
15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 07:00

adolfo-Bioy-Casares-La-Trame-celeste.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adolfo BIOY CASARES
La Trame céleste

La trama celeste

traducteur

Édouard Jimenez

Robert Laffont

Pavillons, 1998,

Livre de poche, 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est souvent difficile, lorsque l’on parle d’un recueil de nouvelles, de trouver un point de départ pour développer son propos. À tout seigneur tout honneur, commençons par présenter l’auteur dudit recueil.

Adolfo Bioy Casares est né le 15 septembre 1914 à Buenos Aires, au sein d’une famille de riches propriétaires terriens, ce qui le met à l’abri sa vie durant des soucis d’argent.  Doté d’origines béarnaises par son père, il a une grande culture française en même temps qu’une tendresse particulière pour le pays.

En 1931, il rencontre Jorge Luis Borges, qui reste son ami pendant plus de quarante ans.  A deux, ils écrivent notamment des pastiches de romans policiers sous le pseudonyme de Bustos Domecq.  C’est avec L’invention de Morel, publié en 1940, qu’Adolfo Bioy Casares connaît le succès. Préfacé par Jorge Luis Borges qui en parle comme d'un chef-d’œuvre, ce roman impose son auteur comme maître du fantastique dans la littérature sud-américaine.  Les nombreux ouvrages  publiés par la suite n’ont  fait que confirmer la position d’Adolfo Bioy Casares comme auteur de référence :

—  1940 : L'Invention de Morel

—   1945 : Plan d'évasion

—  1954 : Le Songe des héros

—  1969 : Journal de la guerre aux cochons

—  1973 : Dormir au soleil

Nouvelles :

—  1945 : Nouvelles fantastiques

—  1971 : Nouvelles d'amour

—  1986 : Nouvelles démesurées

En collaboration avec Jorge Luis Borges :

—  1942 : Six problèmes pour Don Isidro Parodi

—  1967 : Chroniques de Bustos Domecq

—  1977 : Nouveaux contes de Bustos Domecq

 

 

 

La trame céleste est un recueil de  deux titres,  « La Trama Celeste » (1948) et « Historia Prodigiosa » (1956), publié en France dans la collection « Pavillons » chez Robert Laffont.  On remarque dans les six nouvelles certains procédés typiques de la littérature fantastique.

 On peut définir le fantastique comme l’irruption du surnaturel dans le quotidien, quotidien qui en devient effrayant.

 

« [Adolfo Bioy Casares] déploie une Odyssée de prodiges qui ne paraissent admettre d’autre clef que l’hallucination ou le symbole, puis il les explique pleinement grâce à un seul postulat fantastique, mais qui n’est pas surnaturel. »

« Bioy renouvelle pleinement un concept […] que Dante Gabriel Rossetti a formulé dans une musique mémorable : I have been here before/ But when or how I cannot tell »

« J’ai discuté avec son auteur les détails de la trame, je l’ai relue ; il ne semble pas que ce soit une inexactitude ou une hyperbole de la qualifier de parfaite. »

Extraits de la préface de L’invention du docteur Morel par Jorge Luis Borges.

 

Pour obtenir ce résultat, Adolfo Bioy Casares fait appel à deux types de procédés dans la construction de ses nouvelles :

 

—  la collision entre passé et présent dans « En mémoire de Paulina », où le narrateur reçoit la visite tardive et mystérieuse de son ex-fiancée, visite qui se révèle n’être qu’une illusion ; « Des rois futurs » confronte un homme devenu adulte à ses anciens camarades d’enfance, lesquels sont devenus fous et font des expériences génétiques ; « L’idole » est une statue au passé chargé, achetée par un marchand d’antiquités et dont la présence devient de plus en plus inquiétante…

 —   l’enchâssement de plusieurs récits successifs dans « La trame céleste », « L’autre labyrinthe » et « Le parjure de neige ».


Dans les trois premières nouvelles, le passé revient hanter le narrateur, généralement sous la forme d’une femme, qui incarne un amour déçu, une opportunité ratée ou même une antique religion au service d’une divinité sanguinaire… Pris au piège de ce qui aurait pu être, le narrateur devient incapable de distinguer ce qui est, et perd peu à peu le contacte avec la réalité, entraînant le lecteur dans sa chute.

 

Plus complexe à décrire, le deuxième procédé est aussi plus simple : il s’agit pour Adolfo Bioy Casares de créer trois ou quatre couches de narration successives, afin de faire perdre ses repères à son lecteur. Ainsi, dans « La trame céleste », le narrateur lit une lettre dans laquelle un ami retranscrit une histoire que lui a racontée un troisième personnage. Ces nouvelles à tiroir, ou polyphoniques, brouillent la situation d’énonciation pour le lecteur, mais permettent de donner plus facilement une explication plausible.

                                                                                                                                        

En effet, quand il s’agit de faire face à son passé, le narrateur ne dispose d’aucun recul et doit affronter directement ses propres perceptions, ce qui brouillent quelque peu son jugement ; tandis que s’il s’agit d’un récit à plusieurs voix, le narrateur principal dispose d’une vision d’ensemble de la situation, ce qui fait qu’il peut réfléchir plus calmement et logiquement à la situation. Logique, et non pas rationnelle ; car il faut notamment accepter le fait qu’un avion puisse servir à effectuer des passes magiques qui ouvriraient un passage entre deux univers et provoqueraient un saut dans une dimension parallèle pour trouver un début d’explication…

 

« En mémoire de Paulina »  (extrait)

« Notre misérable amour n’avait pas arraché Paulina à la tombe. Il n’y avait pas eu de fantôme de Paulina. J’avais serré dans mes bras un fantôme monstrueux, fruit de la jalousie de mon rival. […] Ourdir cette fiction est le tourment de Montero. Le mien est plus réel. C’est la conviction que Paulina n’était pas revenue parce qu’elle avait été déçue de son amour. C’est la conviction que je n’avais jamais été son amour. C’est la conviction que Montero n’ignorait pas certains aspects de sa vie que je n’ai appris qu’indirectement. C’est la conviction qu’en la prenant par la main – au moment supposé de la jonction de nos deux âmes –, j’avais obéi à une supplication de Paulina qu’elle ne m’avait jamais adressée, mais que mon rival avait entendue à maintes reprises. »

 

Mais la désorientation du lecteur ne suffit pas à Adolfo Bioy Casares. Comme pour le fantastique occidental, il fait en sorte que l’attention puisse se focaliser sur un objet, qui par la modification de son statut fait prendre conscience de la bizarrerie de la situation. On se souvient de la carafe du Horla de Maupassant : le niveau baissant indépendamment de la volonté du narrateur, celui-ci en a déduit la présence d’une entité étrangère. Le même schéma se retrouve dans certaines nouvelles du recueil.  Ainsi, dans la première nouvelle, « En mémoire de Paulina », le narrateur découvre le fin mot de l’histoire grâce à un petit cheval de jade, offert jadis à sa fiancée, et qui change de place  au gré de souvenirs qui ne sont pas les siens. L’idole n’est autre qu’une statue en bois, représentant un chien sans yeux et couverte de clous, donc à l’aspect oppressant... La légende veut que chaque clou représente une âme qui lui a été offerte en sacrifice, ce qui pousse le narrateur à s’inquiéter pour la sienne. Les objets deviennent les outils de l’étrange, qui s’introduit de fait dans le quotidien et fabrique grâce à eux une opportunité pour le surnaturel.

 

« L’idole » (extrait )

« Geneviève et sa mystérieuse besogne ne m’inquiètent pas. Je n’ai pas peur. Au bas de ces pages, je tracerai, avec détermination et soin, le mot FIN ; puis je m’abandonnerai (soulagé, tel celui qui revient, après une douloureuse tentative de séparation, vers la femme aimée) à la froide, tendre et chaste étreinte de mon lit, et je m’endormirai dans la béatitude. Quelle paix ! La longue journée de travail m’a mis en communication, enfin, avec la vérité. Une kyrielle de coïncidences facilement explicables – ou inexplicables, à l’instar de la vie et de nous-mêmes – m’ont inspiré une histoire fantastique, dont je suis, outre le héros, la victime. Je dormirai sans crainte. Geneviève ne me volera pas mon âme (y a-t-il mythe plus stupide que celui de Faust ?). On ne peut pas voler l’âme de ceux qui l’ont déjà perdue ; moi, quand je suis heureux, j’ai l’âme chevillée au corps…

Geneviève m’a interrompu à cet instant. Elle est entrée dans ma chambre, et, témoignant d’une singulière sollicitude, d’un ton de reproche affectueux, elle m’a dit que c’est déjà le matin, qu’il faut que je me couche, que je dois me reposer, que je dois dormir. »

 

Et le narrateur est seul, face à ses doutes et ses angoisses ! Il ne peut même pas compter sur une présence féminine, maternelle et rassurante ; au contraire, dans les nouvelles d’Adolfo Bioy Casares, la femme est généralement un personnage fourbe, mystérieux, qui provoque dans une majorité de cas le malheur du narrateur masculin. Paulina est l’ancienne fiancée traîtresse du narrateur, partie avec un autre après une soirée. Geneviève est la prêtresse de « L’idole », chargée de lui amener d’innocentes âmes en sacrifice. Le complot de « L’autre labyrinthe », qui provoque la mort de deux hommes, est entièrement dû au caprice d’une seule femme appelée Madeleine. C’est aussi une femme, Lucia, la cadette de trois sœurs, qui conduit « Le parjure de neige » à la mort. Toutes ces femmes apparaissent non pas comme des personnages secondaires, mais comme des créatures fantastiques, tentatrices, un peu mythologiques, destinées à conduire l’homme au trépas, ou tout du moins à la folie.

 

La perte des repères spatio-temporels dans la situation d’énonciation, et la perte de contact avec la réalité que cela provoque, la révélation du surnaturel par le changement de statut des objets du quotidien, et la présence fantomatique et inquiétante des femmes sont autant d’éléments qui attestent du côté fantastique des nouvelles du recueil. Tous ces éléments sont tirés d’une étude plus ou moins approfondie dudit recueil. Mais au-delà de l’aspect littéraire, indispensable pour qui s’intéresse à la littérature fantastique et aux textes représentatifs de celle-ci, La trame céleste est plus qu’agréable à lire. À travers ces six nouvelles, l’auteur réinvente la réalité et oblige le lecteur à ouvrir les yeux sur tout ce qu’elle a d’étrange. Les phoques pourraient gouverner le monde, une chambre bien meublée peut faire voyager dans le temps, on peut échanger sa place avec un alter ego d’un autre univers sans s’en apercevoir, on peut arrêter l’écoulement du temps en répétant les mêmes actions à l’infini… On peut tout en littérature. Et c’est ça, surtout, qui est fantastique.

 

 

 Marie, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Sources

Wikipédia
Le héros des femmes, d’Adolfo Bioy Casares.
www.cogitorebello.com, article du 16 février 2008, « Adolfo Bioy Casares ? Enchantée ! »
http://jacbayle.perso.neuf.fr/livres/Utopie/BioyCasares.html, interview du 16 novembre 1995 du Figaro Littéraire.


 

 


Repost 0
Published by Marie - dans Nouvelle
commenter cet article
13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 14:00

Soirée spéciale étudiante

jeudi 17 novembre

19h30

 

 

image002.gif

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 07:00


Afiiche festival Lettres du Monde

Depuis huit ans l’association Lettres d’échanges organise des rencontres avec des auteurs étrangers à l’occasion de la manifestation Lettres du Monde. Cette année l’Argentine est à l’honneur. Ainsi, la littérature sud américaine a franchi les portes de l’IUT Michel de Montaigne grâce à la venue de Diego Vecchio.



Diego Vecchio est né à Buenos Aires en 1969. Il y fait des études de psychanalyse qu'il poursuit en France dès l'âge de 23 ans en choisissant d'approfondir sa connaissance de l’école lacanienne. Il finit par y étudier la littérature, qu’il enseigne aujourd’hui. Pour lui, celle-ci n’est pas si éloignée de la psychanalyse qu’il perçoit même comme une branche de la littérature. Il écrit son premier roman en 2000 au moment de la crise en Argentine, Historia Calamitatum. C’est une œuvre épistolaire, genre peu pratiqué dans les littératures de langue espagnole. Il s’inspire pour cela des grands romans épistolaires français du XVIIIe siècle comme les Liaisons dangereuses en ajoutant un grain de folie. Par cette œuvre, Diego Vecchio voulait renouer avec sa langue maternelle qui, selon ses mots, était devenue une « langue morte » à ses yeux à une époque où il avait cessé de la parler régulièrement.

Après avoir soutenu une thèse sur l’œuvre du mentor de Jorge Luis Borges, Macedonio Fernández, en 2001 il continue à écrire en espagnol. Il retrouve un rapport fort à sa langue grâce au jeu qu’il mène avec les difficultés de celle-ci. Il s’amuse à créer, étudie les sonorités et les jeux d’écritures. Osos, sa dernière œuvre, en est un exemple fort.



La maison d’édition L’Arbre Vengeur nous offre la seule œuvre traduite de Diego Vecchio à ce jour. Microbios paraît en langue originale en 2006 et en français en 2010. Le recueil est composé de neuf nouvelles chacune centrée sur un personnage confronté à la maladie. La littérature argentine de Jorge Luis Borges, le « modèle gênant », lui impose la forme de la nouvelle. Cependant il s’en démarque, même s’il nous dit : « en tant qu’Argentin, il faut négocier avec Borges pour pouvoir écrire ». Ainsi, il traite le corps qui est un thème absent dans l’œuvre de Borges. Il trouve par ailleurs plus intéressant de s’intéresser aux maladies du corps qu’à celles de l’esprit. Pour Diego Vecchio, l’écriture ne peut pas être envisagée comme quelque chose de rationnel. L’écriture est une sorte de symptôme, elle s’impose à lui. Il ne réfléchit pas aux thèmes et à la forme quand il écrit. Il nous confie que les sujets tombent sur lui, « arrivent comme des rêves » et il s'agit de les laisser faire irruption. On peut comparer l’auteur à l’étudiant Roderick Glover soignant ses migraines grâce à la traduction dans la nouvelle « l’Homme aux fourmis dévisseuses ». Diego Vecchio nous dit : « Je me suis rendu compte, à la fin, que j’avais écrit sur la littérature et la maladie ».

Le dictionnaire Larousse lui a permis de trouver des termes médicaux aux sonorités mélodieuses et esthétiques. Ce détournement du dictionnaire est aussi un moyen de cultiver l’ambiguïté, dans cette littérature irréaliste pleine de réalisme. Ce jeu traduit de nouveau l’importance du lien avec sa langue natale. Ce travail fut si intense, la description des symptômes si poussée qu’il nous confie être devenu un peu hypocondriaque à l’époque. Ainsi Diego Vecchio  réintroduit le corps de l’écrivain qui a tendance à être refoulé en faveur de l’esprit.

De plus, l’humour est omniprésent dans le recueil Microbes. Il est d’abord un moyen de dédramatiser les sujets horribles traités au fil des nouvelles, de « supporter la maladie et de rendre les choses légères ». Diego Vecchio avoue aimer rire lui-même et pense donc à ses lecteurs lorsqu’il introduit l’humour dans son récit. Pour lui, il est une arme redoutable et permet l’introduction de l’élément critique et l’ironie. C’est aussi une manière de se différencier de Borges.

David Vincent et les autres éditeurs de l’Arbre Vengeur ont été séduits par cette littérature, hors de tout moule, qui déstabilise son lecteur tout en échappant à son auteur.  C'est pourquoi David Vincent a choisi, avec son associé, d'éditer Microbes en français en 2010. L'œuvre s'insère dans le projet éditorial de l'Arbre Vengeur. Fondée il y a dix ans, cette maison d’édition éprouve un grand intérêt pour le thème de la maladie ou de la folie car ses acteurs perçoivent la littérature comme une obsession. David Vincent éclaire cette vision en déclarant : « L'écriture est une maladie très sévère » et « chaque nouvelle [de Microbes] est comme écrite pour notre catalogue ».

L’œuvre est traduite par Denis Amutio. La maquette de l’édition française s’intègre bien dans la ligne graphique de l’Arbre vengeur.
Diego Vecchio Microbes



 

 

 

 

 

Voici la couverture réalisée par Alain Verdier. L’œuvre elle-même devait s’y refléter tout en s’intégrant dans l’esprit de la collection. Les éditeurs ont donc fait appel à un artiste bordelais lui-même malade. Le choix n'est donc pas anodin, l’illustrateur s'est retrouvé dans l'œuvre par cette douleur que peut être la création. On retrouve à la fois la marque de la maison d'édition, qui est le cercle, et une des thématiques de l'œuvre : le microbe (ce n'est qu'en observant l'œuvre de près, comme au microscope, que le motif se révèle, à l'instar des microbes).

 

 

 

 

 

 


Diego Vecchio n’a pas réellement participé à cette édition française. Il a pu se faire connaître du traducteur mais celui-ci ne l’a pas consulté car solitaire dans son travail. Pour l’auteur, le plus important est  que Denis Amutio ait  perçu « le rythme qui existe en espagnol et l’ait traduit français ». Pour l’éditeur, la traduction est un sujet sensible (les directeurs de collections de l’Arbre vengeur sont eux-mêmes des traducteurs).

L’auteur est plutôt content du résultat final. Un seul mot l’a fait tiquer, un petit mot qui a une grande importance. Il est écrit sur la quatrième de couverture : « fantastique ». C’est ainsi que l’œuvre est qualifiée. Diego Vecchio veut se détacher de cette étiquette trop souvent attribuée aux auteurs argentins. C’est David Vincent qui a écrit cette quatrième de couverture. Il explique que ce choix est commercial. Cette partie du livre servant d’accroche, elle est censée capter le lecteur qui selon lui est attiré et à la recherche de telles étiquettes. Diego Vecchio est attentif à cet argument. Les deux hommes s’accordent à dire que leur collaboration est une  réussite.

Osos sera peut-être bientôt traduit ; un ouvrage porté par le thème de l’ours, et plus précisément de l’ours en peluche, qui n’existe pas tellement en Argentine. Diego Vecchio y aborde cette sorte de « religion ursine » surreprésentée en Europe.  La traduction par la même maison d’édition était envisagée en cette fin de conférence tout à fait passionnée et passionnante.

diego-vecchio-osos.jpg

Affaire à suivre…

 

 

A.S. Bib.-Méd.

 

 

Repost 0
Published by A.S. Bib.-Méd. - dans EVENEMENTS
commenter cet article
11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 07:00

Diego-Vecchio-Microbes.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diego VECCHIO
Microbes
Titre original
Microbios
 Ed. Beatriz Viterbo, 2006
Traduit de l’espagnol
par Denis Amutio
L’Arbre Vengeur, 2010



 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Né en 1969 à Buenos Aires, Diego Vecchio réside en France depuis 1992. Il est l’auteur de deux romans,: Historia Calamitatum; publié en 2001, et Osos, 2010 ainsi que d'un essai, Macedonio Fernández y la liquidacion del yo paru en 2003. En 2006, la maison d’édition Beatriz Viterbo publie son recueil de nouvelles Microbios, seule œuvre de l’auteur traduite en Français, et publiée aux éditions de l’Arbre Vengeur en 2010. Diego Vecchio fut fortement influencé dans son écriture par l’auteur argentin Macedonio Fernàndez, auteur qui fut l’objet de sa thèse en 2001.



L’éditeur 

L’Arbre Vengeur est une maison d’édition créée en 2002 par un libraire et un graphiste, David Vincent et Nicolas Étienne. Elle avait pour but initial de rééditer des romans qui n’avaient pas eu le succès qu’ils méritaient à leur première publication. Elle se veut insolente et anticonformiste, choisissant avec soin les livres et manuscrits qu’elle publie afin qu’ils soient en accord avec sa politique éditoriale originale. Elle a également un attachement particulier pour les auteurs italiens et hispaniques, du fait de la collaboration de ses fondateurs avec Lise Chapuis (traductrice de l’italien), Robert Amutio et Denis Amutio (traducteurs de l’espagnol) qui nous font partager leurs découvertes littéraires dans ces deux langues. Microbes, recueil hors du commun d’un auteur argentin, a donc toute sa place dans le catalogue. de LArbre vengeur.



Le recueil

Microbes est un recueil composé de neuf nouvelles relativement courtes puisqu’elles varient de 14 pages pour la plus courte à 25 pour la plus longue (le livre étant de petit format) :

– « La dame aux quintes »,
– « L’homme au tabac »,
– « La fille à la peau sur les os »,
– « Les dames aux peaux de phoque »,
– « L’homme à la cervelle »,
– « L’homme aux fourmis dévisseuses »,
- « La dame aux fleurs »,
- « L’homme au dernier livre »,
- « L’homme au bordel ».

L’histoire de chaque nouvelle se déroule dans une partie du monde différente. Ce sont des fictions humoristiques basées sur des cas cliniques ou maladies improbables. Cependant, cet ouvrage n’est certainement pas à prendre au premier degré, ni en ce qui concerne les maladies, ni à propos de la situation spatio-temporelle puisque l’auteur n’a aucunement fait d’études de médecine ni n’a voyagé dans les différents pays évoqués dans ses nouvelles. Ce recueil a pour thème principal la maladie et l’hypocondrie (dont l’auteur dit souffrir). Il en est question dans chaque nouvelle. Cependant, ces sujets évoqués habituellement avec gravité sont ici présentés sous forme humoristique et donc avec une certaine légèreté.

 

 

 

Cet ouvrage pourrait ressembler à un livre de médecine :

« Les mains sont des membres qui, étant en contact permanent avec le monde, peuvent transmettre une infinité de maladies, entres autres, la fièvre typhoïde, le choléra et la méningite cérébro-spinale épidermique. » (page 22).
 
Il n’en est rien.

Cet ouvrage pourrait ressembler à un livre de conseils pour jeunes mamans :

« Il est indispensable de leur inculquer le respect des horaires, dès le début, sans les brusquer, et en sachant mettre à profit ces instants privilégiés du rituel du coucher. » (page 11).
 
Il n’en est rien.

Cet ouvrage pourrait avoir pour but de prévenir les lecteurs sur les causes de maladies éventuelles :
 
« La nicotine provoque une forte accoutumance. Il est parfois difficile d’arrêter de fumer. N’hésitez pas à vous faire aider par un spécialiste. Buvez beaucoup, surtout de l’eau. Buvez du thé et des jus de fruits, limitez votre consommation d’alcool, qui peuvent accroître votre envie de fumer. […] » (page 40).

 Il n’est pas cela non plus. Microbes est un recueil de nouvelles qui, s’il contient des passages explicatifs, n’est ni plus ni moins qu’une œuvre fictionnelle au style original.

Le livre et l’écriture sont des thématiques également très présentes dans l’œuvre puisque huit nouvelles sur neuf concernent des écrivains, auteurs de romans, d’articles, de livres spécialisés, ou encore à la recherche de la phrase parfaite. La seule nouvelle dans laquelle le livre (ou l’idée d’écriture) est absent est « L’homme au bordel » pour une raison purement logique, puisqu’elle suit directement la nouvelle intitulée « L’homme au dernier livre ». Chaque nouvelle évoque l’écriture sous différents aspects, écriture qui souvent se trouve difficile à réaliser pour de douloureuses raisons.

La principale particularité de ce recueil est l’humour présent au cœur même de toutes les nouvelles de façon sous-jacente. Cet humour est à identifier rapidement ici pour éviter de considérer Diego Vecchio comme un être cynique sans une once de sentiment ni de compassion. L’humour est apporté par les situations pour le moins originales mais aussi et surtout par le style particulier d’écriture de Diego Vecchio.

 

 

 

Le côté fantasque de chaque récit est la deuxième particularité de ce recueil de nouvelles. Chaque histoire possède une ou plusieurs caractéristiques la détachant d’un possible réel, ou du moins d’un réel commun. On trouvera par exemple un enfant qui rétrécit jusqu’à disparaître, un homme devisant avec un médecin de l’Antiquité et lui cédant des parties de son corps, ou bien encore une femme guérissant des enfants par le biais de ses livres de contes.

Microbes, unique œuvre de Diego Vecchio publiée en France, est donc incontournable par son originalité et le plaisir qu’elle apporte lors de sa lecture. La capacité de l’auteur à dédramatiser la maladie grâce à l’humour nous guérit presque à travers ce recueil.

À lire au fond de son lit ou en bonne santé !

Sarah Chamard, 1ère année édition-librairie.

 

 

 


Repost 0
Published by Sarah - dans Nouvelle
commenter cet article
10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 07:00

Roald-Dahl-James-et-la-grosse-peche.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roald DAHL
James et la grosse pêche
Titre original
James and the Giant Peach, 1961

Traduction

Maxime Orange

Gallimard, Blanche, 1966
Nouvelle édition
Folio junior, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roald-Dahl.jpgNé en 1916 au Pays de Galles, il est cependant d'origine norvégienne. Il vit son enfance dans une famille aisée. Jeune homme, il a soif d'aventure et devient pilote de chasse dans la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale. Il commence sa carrière d'écrivain en écrivant des nouvelles pour adultes. Il se lance ensuite dans l'écriture pour la jeunesse avec son tout premier roman en 1961, celui que nous allons découvrir. Dans ses ouvrages destinés aux enfants, Roald Dahl explique qu'il essaie « d'écrire des histoires qui les saisissent à la gorge, des histoires qu'on ne peut pas lâcher. Car si un enfant apprend très jeune à aimer les livres, il a un avantage dans la vie ». Il décède en 1990, après le grand succès de son roman Charlie et la chocolaterie.



Résumé

James Henry Trotter a quatre ans au début de l'histoire, il fête son anniversaire avec ses parents. Son père lui promet de lui offrir un voyage à New York, ville magique qu'il veut lui faire découvrir. Fils unique, James vit avec sa famille en Angleterre. Après la mort mystérieuse de ses parents, il est confié à ses ignobles tantes Piquette et Éponge qui vont lui faire vivre les pires moments de son existence. Un beau jour, alors que James exécute les tâches données par ses tantes dans le jardin, il rencontre un vieillard qui va lui offrir un sac de graines. Graines qui vont bouleverser le cours de son existence. Ce sont elles qui vont faire naître auprès du pêcher de ses tantes, qui ne fleurissait jamais, une immense pêche, plus grande que la maison du jeune garçon.



Un monde magique

Le monde de James H. Trotter qui est peint par Roald Dahl baigne très rapidement dans un univers fantastique, monde qui dépasse le réel. Dès la première page, nous apprenons la mort des parents de James ; cette mort n'est pas une mort ordinaire, car tous deux « furent dévorés [...] par un énorme et méchant rhinocéros échappé du jardin zoologique ». La magie entre véritablement dans le récit lorsqu'un vieillard rencontre James dans le jardin de ses tantes. La scène est très sombre, il fait nuit la seule lumière qui guide James est celle de la lune. Il a froid et est apeuré. Soudain, ce vieillard, venu de nulle part, s'adresse à lui pour lui donner un sac de petites graines constitué de mille langues de crocodiles, d'un bec de perroquet et autres ingrédients étranges. Le vieillard lui indique que « sur la première chose qu'elles rencontreront, elles pratiqueront leur magie noire ». Le vieillard disparaît et James laisse s'échapper toutes les petites graines. Ainsi va mûrir une pêche sur le pêcher, jusque là sans vie, de ses cruelles tantes. La vie reprend et cette pêche devient très rapidement plus grande que la maison habitée par James.

Cette histoire appartient au fantastique car le fond de l'histoire semble souvent très réaliste, bien que romancé, et il est interrompu par des scènes totalement irréelles. Le monde magique est incarné par la pêche qui va devenir un royaume de l'imaginaire. James va entrer dans la pêche pour y vivre avec ses compagnons de route une histoire fantastique coupée de toute réalité. Réalité qu'il retrouve dès qu'il sort physiquement de cette pêche. La pêche, c'est le monde de l'imaginaire qui surprend les personnages extérieurs, ceux qui n'y sont pas entrés et qui la voient. Des marins restent bouche bée lorsqu'ils voient cette pêche géante survoler les eaux de l'Atlantique depuis leur bateau, le Queen Mary, parti d'Angleterre pour les États-Unis, ils s'étonnent de voir « un petit garçon en culotte courte » à bord d'un « espèce de coccinelle géante ».



Un univers poétique

Cette pêche arrive de façon symbolique comme un immense soleil jaune orangé au milieu d'un paysage grisâtre. En la découvrant, on l'imagine resplendissante tel le soleil couchant dans la baie du Havre de Monet. L'image de la pêche, d'une douceur sucrée est très poétique.

À six reprises, l'auteur insère des monologues dans cette histoire, semblables à des poèmes, en vers à rimes croisées, prononcés par certains des personnages, les tantes et le mille-pattes qui chante par exemple :

« J'ai mangé des tas de croquettes de crottin,
D'innombrables boulettes de hanneton,
Des œufs de serpent brouillés au gratin,
Des frelons cuits dans le goudron ».

Ces poèmes résonnent dans l'histoire comme des chansons que l'enfant peut fredonner. Une adaptation cinématographique de James et la grosse pêche a été réalisée en 1996 par Henry Selick, intitulée James et la pêche géante. Dans ce film, les personnages chantent tous les passages du roman écrits en vers.


De l’humour

Les romans de Roald Dahl regorgent d'humour et de poésie comme en témoignent les prénoms des tantes Piquette et Éponge ; ces noms parlent d'eux-mêmes et sont très faciles à mémoriser pour un enfant. Roald Dahl crée pour mieux toucher. L'humour de Roald Dahl passe donc par le langage. Ainsi, lorsque la grosse pêche qui vole dans les nuages, arrive à New-York, les sapeurs-pompiers s'exclament : « c'est une gorgone ! C'est un serpent de mer ! C'est un lunosaure ! C'est un manticore ! C'est une joubarbosse !c'est une opotruche !». Roald Dahl invente des termes qui pourraient être sortis de la bouche d’enfants (pourtant prononcés par des adultes !) il les énumère et surenchérit comme aiment à le faire les enfants.

La description de certaines situations par l'auteur est elle aussi amusante. Lorsque les habitants de New York voient la pêche géante au dessus de la ville, il nous raconte que « le maire de New York appela le président des États-Unis à Washington[...] Le président, en train de prendre son petit déjeuner en pyjama » annonça « la plus grosse bombe de tous les temps ». Le Président nous est décrit comme un personnage ordinaire, l'imaginer en pyjama prête à sourire.



Les personnages

Les parents de James : dès le début du roman, à la première page, nous prenons connaissance de leur mort. Ils ne seront donc pas physiquement présents dans le roman mais ils existeront au fil de l'histoire à travers la pensée de leur fils James. En quête de cette ville qu'ils lui avaient promis de lui faire découvrir : New York. Et c'est dans ce but précis que James va accomplir une traversée de l'océan a bord de sa pêche géante. Le souvenir de la disparition de ses parents hante la pensée du jeune homme, et même si sa pensée est ailleurs, les tantes de James n'oublient pas de lui répéter sans cesse comment ses parents sont partis.

Les tantes de James : Tante Piquette et Tante Éponge. Deux personnages qui sont comme très souvent dans les romans de Roald Dahl, très caricaturaux. L'une, Piquette, est comme son nom l'indique « mince comme un fil et sèche comme un os rongé , aussi longue, aussi décharnée qu'un vieux tisonnier rouillé » tandis que l'autre « était une montagne de graisse, ronde comme une soupière », c'était « une horrible ogresse ». Des descriptions très imagées qui offrent à l'enfant lecteur la possibilité de se faire assez rapidement une image précise des ces bonnes femmes. Sur le plan physique tout les oppose mais toutes deux se complaisent à faire vivre à James un véritable enfer, elles sont vulgaires, méchantes, grossières, sadiques et avares. Tout ce que les parents de James n'étaient pas. Ces deux femmes terrorisent le jeune enfant.

Les animaux : lorsque James entre dans le monde magique de la grosse pêche, il y découvre des animaux : une araignée, un vieux grillon, une coccinelle, un mille-pattes, un ver. Très rapidement une très grande complicité naît entre James et les animaux qui sont d'un extrême gentillesse. Comme souvent dans les livres pour enfants, les animaux sont personnifiés, ils parlent et agissent avec une grande amitié. Bien plus de sentiments émanent des animaux dans cette histoire que des tantes de James, si sauvages. Ici les rôles sont inversés, les tantes sont plus « animales » que les insectes compagnons de route de James.



Échos d’autres récits

À la façon de Jacques et son haricot magique, James va semer des graines, celles qui vont faire naître chez lui le rire et la magie.

Le personnage de James est également celui d'un enfant-héros auquel le lecteur peut s'identifier, il en est de même par exemple dans Mathilda, autre roman de Roald Dahl écrit en 1988. Ici aussi le récit de l'enfant commence lorsque celui-ci est âgé de quatre ans.

D’autre part, tout comme Charlie avant qu'il ne découvre la magie de la chocolaterie, James vivait dans l'insalubrité, la solitude et la pauvreté. Le rêve existait dans son imaginaire avant qu'il n’entre dans sa vie. Dans cet ouvrage écrit en 1961, Roald Dahl semblerait nous offrir les prémices de ce que sera son livre Charlie et la chocolaterie écrit en 1964. En effet, lorsque James entre dans les entrailles de la grosse pêche, il y découvre un mille-pattes qui décide de rompre avec ses dents la branche qui retenait la pêche à l'arbre du jardin de ses tantes. Ainsi la pêche se décroche et roule dans la ville :

« Au bout de la rue, la pêche traversa impitoyablement un énorme bâtiment en laissant deux trous béants dans les murs. C'était une fameuse fabrique de confiserie. Aussitôt, un torrent de chocolat fondu, tout chaud encore, jaillit par les brèches. Au bout d'une minute la masse onctueuse et brune avait envahi toutes les rues du village, les maisons, les boutiques et les jardins. Les enfants se promenaient dans les flots de chocolat fondu [...] ».

Ce bâtiment serait-il déjà celui que Charlie découvrira trois années plus tard aux côtés de Willy Wonka ?



Le livre se termine sur des mots de l'auteur qui s'adressent directement à son lecteur pour lui confier que cette histoire lui a été racontée par James en personne.

Les livres de Roald Dahl ont toujours une saveur exquise, ici celle d'une pêche sucrée, parfois celle d'un onctueux chocolat, tel est l'univers sensoriel dans lequel on plonge avec délice.

 

 

Marine, 2e année Bib.-Méd.

 

 

Roald DAHL sur LITTEXPRESS

 

Roald-Dahl-L-invite.jpg

 

 

 

 

 Article d'Hortense sur L'Invité.

Repost 0
Published by Marine - dans jeunesse
commenter cet article
9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 07:00

Fitzgerald-Les-enfants-du-jazz.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Francis Scott FITZGERALD
Les Enfants du jazz
Titre original
Tales of the Jazz Age, 1922
traduction de
Suzanne Mayoux
Gallimard, 1978
Collection Folio




 

 

 

 

 

 

 

Francis Scott Fitzgerald, célèbre pour ses romans, véritables plongées dans l'Amérique des années vingt, et ses frasques mondaines, n'en est pas moins l'auteur de nouvelles mêlant avec subtilité humour et profondeur, frivolité de l'existence et drame de la destinée. On retrouve ces ambivalences dans la personnalité même de Fitzgerald, qui cultivait à la fois « l'égotisme aristocratique », la sensibilité artistique d'un être profondément marqué par les ambiguïtés de son époque et la nostalgie de l'amour romantique.

Les enfants du jazz, recueil de nouvelles publié en 1922, rassemble plusieurs récits publiés dans des magazines américains tels que Saturday Evening Post et Scribner's.

J'évoquerai donc tout d'abord la vie de cet auteur qui s'est profondément nourri de ses propres expériences. Puis je présenterai ce recueil de nouvelles, à travers le prisme de la question récurrente chez Fitzgerald, de la destinée, avec tout d'abord le symbole des fêtes, puis le personnage de la « flapper », auquel fait face celui de l'homme éconduit. Enfin je terminerai par l'analyse comparée de deux nouvelles : « La coupe de cristal taillé » et « La sorcière rousse », qui offrent chacune une réflexion sur la question du destin.

 

Fitzgerald, personnage complexe, ambivalent, pétri de contradictions, est l'auteur du déséquilibre, oscillant toujours entre joie et mélancolie, orgueil et sensibilité profonde. Sa vie, mondaine, extravagante, jalonnée de fêtes, de bals, de voyages, n'en fut pas moins tragique. Et malgré son attachement à l'apparence, on ne peut ignorer la lucidité avec laquelle il observe son époque.

Tout d'abord, sa vie est marquée par plusieurs rêves brisés. Né en 1886, issu d'un milieu modeste, il a pourtant la chance de fréquenter une université prestigieuse, Princeton. Mais aux prises avec ses tensions intérieures, il quittera l'université sans diplôme, frustré à la fois de n'avoir pas été un brillant élève, de n'être pas riche et de n'avoir pas pu faire partie de l'équipe de football de Princeton. Il verra ensuite encore un de ses rêves se briser quand il apprendra que la Première Guerre mondiale est terminée avant même qu'il n'ait eu le temps de rejoindre le front.

On retrouve ces rêveries dans L'Envers du Paradis, roman quasiment autobiographique :

« (…) avant de s'endormir, il rêvait l'un de ses rêves éveillés favoris, celui où il devenait un grand joueur de football, ou l'invasion japonaise, où on le récompensait en faisant de lui le plus jeune général du monde. C'était toujours du devenir qu'il rêvait, jamais de l'être ».

Face à cette vie qu'il préfère rêver, Fitzgerald a d'emblée trouvé refuge dans l'écriture. Il raconte dans Auther's House, la genèse de son activité littéraire :

« Trois mois avant ma naissance, ma mère a perdu ses deux autres enfants, et je crois que tout vient de là, sans savoir vraiment ce qui s'est passé. Je crois que je suis devenu écrivain à cet-instant-là. »

La littérature ne cessera plus d'occuper une place importante dans sa vie, véritable interface entre lui et le monde : « J'avais compris ceci : on peut ne pas être doué pour l'action, mais être doué pour en parler. Car les impressions que l'on éprouve atteignent un même degré d'intensité. C'est une façon détournée d'affronter la réalité. » (Auther's House).

Mais malgré tout le sérieux et le goût de l'effort avec lesquels il abordait son travail d'écriture, Fitzgerald ne connaîtra pas longtemps le succès. Son premier roman publié, L'Envers du paradis, fait sensation et lui permet à la fois d'accomplir ses rêves de gloire et d'épouser la riche et belle Zelda, mais il n'en demeure pas moins le seul succès de son vivant. Véritable peinture des années vingt, qu'il nommera « les années du jazz », il y fait des révélations sociales et culturelles sur la jeunesse de l'entre-deux-guerres. Mais pour subvenir aux besoins d'une vie extravagante, il publie des nouvelles dans des magazines. Et malgré la qualité de bons nombres de ces nouvelles, il ne peut s'empêcher d'écrire à Hemingway : « Le Post paie maintenant la vieille putain 4000 dollars la passe ». Les romans qui viendront après, tels Tendre est la nuit, Gatsby le magnifique, ou encore Les heureux et les damnés, apparaîtront trop frivoles alors que l'heure est au réalisme, au social et à l'engagement politique.

Ainsi sa vie se terminera de façon tragique. Il meurt d'une crise cardiaque en 1940, suivi de près par sa femme qui brûlera dans l'incendie de l'hôpital psychiatrique où sa folie l'avait conduite.



Fitzgerald sera redécouvert dix ans plus tard, pour son écriture qui va au-delà des apparences et donne à voir la fragilité des êtres. Chronique des années vingt, orgueilleuse, l'œuvre de Fitzgerald n'en est pas moins riche, ciselée, relatant avec subtilité la complexité des émotions. Les enfants du jazz, titre de ce recueil tiré d'une expression dont l'auteur revendique la paternité, rassemble treize nouvelles qui varient à la fois par leur longueur et par leur forme.

Tout d'abord plusieurs nouvelles répondent aux critères du genre tels que les évoque Baudelaire. En effet, la brièveté de la nouvelle, selon lui, ajoute à l'intensité de l'effet, laissant un souvenir bien plus puissant qu'une lecture brisée comme l'est nécessairement la lecture d'un roman. La nouvelle forme un tout dont l'ensemble des effets est au service d'une volonté d'unité d'impression. Ces nouvelles sont donc courtes, concentrées dans le temps, et s'articulent autour de quelques événements de la vie d'un seul personnage. On retrouve dans cette catégorie : « Guimauve », « Le dos du dromadaire », « Tarquin des bas quartiers », « Chaud et froid », « Rags Martin-Jones et le Prince de Galles », « Gretchen endormie » et « Jémina la fille des montagnes ».

D'autres nouvelles s'éloignent de la définition de Baudelaire. Toujours centrées sur un personnage principal, elles s'étirent dans le temps et racontent un long moment de la vie du personnage, voire même parfois sa vie entière. Il s'agit de « L'étrange histoire de Benjamin Button », « La coupe de cristal taillé » et « La sorcière rousse ».

Enfin, deux nouvelles présentent toutes les caractéristiques du théâtre (didascalies, mise en page), rarement utilisées sous la forme de la nouvelle : « Monsieur Icky » et « Bleu porcelaine et rose chair ».



Malgré la diversité des formes, ces nouvelles sont toutes reliées par la question de l'homme face à son destin. Fitzgerald, à travers l'évocation d'événements apparemment futiles et anodins, n'a de cesse d'interroger l'emprise que l'homme peut exercer sur sa propre existence.

Tout d'abord, les bals et les soirées mondaines, en apparence simples moyens de divertissement, sont avant tout le lieu d'enjeux importants (amoureux ou professionnels) et marquent un moment décisif dans la vie des personnages. La fête, théâtre de la vie humaine, devient une véritable épreuve au cours de laquelle se décide toujours quelque chose. Le bal est le symbole de la destinée humaine, il a un début et une fin et place le héros face à sa liberté. Ce dernier n'a d'autre solution que d'agir. Et par le choix de ses actes, mais aussi par l'intervention du hasard, le héros va réussir ou échouer.

A travers les relations amoureuses qui se font et se défont lors de ces soirées, la destinée de ces hommes et de ces femmes se tisse peu à peu. Alors que Benjamin Button rencontre sa future femme lors d'un bal, le personnage principal du « Dos du dromadaire » parvient à épouser celle qui avait pourtant rejeté sa demande en la piégeant grâce à un stratagème peu honnête.

Guimauve, dans la nouvelle du même nom, se rend au bal, convaincu par son ami. Il va y rencontrer la femme qu'il désire, mais le hasard, plus fort que ses choix, la lui offre puis la lui retire. Fitzgerald, conscient des réalités de son époque, accuse le déterminisme et écrit : « Ce trésor de la ville allait devenir la propriété exclusive d'un individu au pantalon blanc… tout ça parce que le père de cet individu produisait de meilleurs rasoirs que son voisin. » (p.23).

Cette question du destin se pose également à travers le thème de la « flapper ». Elle est un personnage omniprésent dans toute l'œuvre de Fitzgerald. C'est la femme des années vingt, qui porte les cheveux courts à la garçonne, parce que dans « garçonne » il y a « garce ». Elle n'hésite pas à se maquiller outrageusement, véritable peinture de guerre nécessaire pour affronter le combat entre les sexes. Et elle n'oublie jamais de porter des colliers aux multiples perles, symboles des hommes qu'elles collectionnent sans attachement. Et puis la « flapper » cultive l'hédonisme et l'égoïsme, car elle est consciente de la destinée des femmes. Zelda, la femme de Fitzgerald, en propose une définition :

« Comment une fille en vient-elle à dire : "Je ne veux pas être respectable parce que les jeunes filles respectables ne sont pas attirantes", et comment en arrive-t-elle à être avisée pour découvrir que les garçons dansent avec les filles qui embrassent le plus, et que les hommes épousent les filles qui se laissent embrasser sans appeler papa. »

Consciente, la « flapper » s'est réveillée de sa dépendance léthargique. Elle est donc celle qui décide de changer son destin, celle qui tente de sortir de l'aliénation des hommes en les réduisant à de simples conquêtes.

Fitzgerald nous offre plusieurs descriptions de « flappers », plus indépendantes les unes que les autres, affichant par leur pouvoir de séduction la revanche qu'elles prennent sur les hommes, sur la vie, sur leur destin.

Dans « Le dos du dromadaire », lorsque le héros demande la femme qu'il aime en mariage, cette dernière refuse, et Fitzgerald ajoute, comme pour prendre sa défense : « La petite Medill voulait l'épouser, ne voulait plus l'épouser. Elle s'amusait si fort dans la vie qu'elle redoutait de se plier à une démarche aussi décisive. » Mais malgré sa force et son ambition, la « flapper » ne sort pas toujours victorieuse du combat. Medill, à la fin de la nouvelle, est prise au piège du héros qui usera d'un stratagème pervers pour la contraindre à l'épouser,

C'est aussi Rags Martin-Jones, la « flapper » par excellence, qui se fera prendre au piège, celui de la séduction cette fois, malgré sa lutte pour l'indépendance tout au long de la nouvelle intitulée « Rags Martin-Jones et le Prince de Galles ». En effet, son entrée est fracassante, elle revient de cinq ans de voyage durant lesquels elle n'a pu s'empêcher de séduire des hommes. Elle rentre dans son pays plus que dans sa famille, puisqu'elle n'en a plus, comme beaucoup des personnages de Fitzgerald. Il écrit donc, sans oublier ni détails ni humour :

« Tap ! Ses cinquante kilos touchèrent le débarcadère qui sembla s'infléchir et palpiter sous le choc d'une telle beauté. Quelques porteurs s'évanouirent. Un grand requin sentimental qui avait suivi la traversée se souleva d'un bond désespéré pour la voir une dernière fois, puis il replongea, le cœur brisé, dans la mer profonde. Rags Martin-Jones rentrait chez elle. » (p. 407)

Et lorsqu'elle s'apprête à se rendre à une soirée, elle n'omet aucun atout : « Les grosses perles aussi, toutes les perles, et le diamant-poire, et les bas à baguettes de saphirs. » (p. 417)

La « flapper » prend donc en main son destin, n'accepte plus qu'on décide à sa place. Et par là même, c'est le destin des hommes qui se retrouve remis en question. Car au symbole de la liberté féminine incarné par la « flapper », répond en écho l'homme qui cherche quelle nouvelle place il pourrait occuper. La « flapper » est une guerrière, elle ne peut conquérir sa liberté sans faire de blessé. C'est pourquoi l'homme, dans les nouvelles de Fitzgerald, est bien souvent épuisé, toujours prêt à basculer, et voit son équilibre remis en question par les femmes.

L'homme affaibli préfère ériger la femme en icône, telle la nouvelle vierge auréolée du jazz, comme l'illustre très bien Romain Slocombe sur la première de couverture. Démuni face à la « flapper », il croit encore pouvoir lui être utile, comme par exemple dans « Guimauve » :

« L'espace d'un instant, elle noua les bras autour de son cou, pressa les lèvres contre les siennes.

– Je suis un morceau déraisonnable de l'humanité, Guimauve, mais vous m'avez rendu un fier service. » (p. 37).

Il convient de préciser que Guimauve l'a aidée à retirer un shwing-gum de la semelle de sa chaussure, service tout à fait dérisoire qui n'a pour but que de permettre à cette femme de continuer à s'amuser et à séduire.

Les hommes, nostalgiques de l'amour romantique, sont souvent éconduits, réduits à l'état de victime, n'ayant plus le choix que d'user de stratagèmes divers pour conquérir la femme adulée. Et Fitzgerald ne manque pas une occasion de faire rire, sans cruauté, de leurs déboires.

Ainsi dans « Le dos du dromadaire », le héros, plein de naïveté innocente, se prend à rêver que la femme qui ne veut pas l'épouser pourrait accepter de s'associer à lui pour constituer le costume de dromadaire qui nécessite deux personnes :

« Il s'offrit une pensée sentimentale. Il allait lui demander, à elle. Leur amour était mort, mais elle ne pourrait lui refuser cette dernière faveur. Sûrement, ce ne serait pas trop lui demander : l'aider à respecter pour un seul soir ses obligations mondaines. Si elle insistait, il lui laisserait prendre l'avant du dromadaire, il se mettrait derrière, décida-t-il, content de sa magnanimité. Il caressa même dans sa tête le rêve rose d'une tendre réconciliation à l'intérieur du dromadaire, cachés aux regards du monde entier. » (p. 61).

Et Fitzgerald poursuit sur le ton humoristique la description de l'essayage du costume, dont le comique de situation n'a de cesse que de rappeler le ridicule du héros, contraint de payer le chauffeur de taxi pour qu'il complète le dos du dromadaire :

« Un grognement issu de la bosse répondit à ce compliment suspect.

— Sincèrement, vous êtes magnifique ! répéta Perry avec chaleur. Marchez un peu ?

Les pattes de derrière avancèrent, ce qui produisit l'effet d'un énorme chat-dromadaire arquant le dos avant de sauter.

— Non, déplacez-vous de côté.

Les reins du dromadaire se démirent brutalement du tronc, un déhanchement à faire pâlir d'envie une danseuse du ventre. » (p.63)

 

La question du destin, omniprésente tout au long de ce recueil, se pose de façon plus marquée dans deux nouvelles : « La sorcière rousse » et « La coupe de cristal taillé ». Ces dernières semblent se répondre, elles se suivent dans le recueil et sont très proches par leur forme. Elles font partie des longues nouvelles, qui suivent un personnage de son entrée dans l'âge adulte jusqu'à sa mort. Elles contiennent toutes deux très peu d'humour, oscillant souvent entre réalité et imagination, et relatent la difficulté des personnages à affronter leur existence.

Tout d'abord, la question du destin semble s'être glissée au cœur du quotidien des personnages, elle leur est familière mais ils l'ignorent encore.

Dans « La coupe de cristal taillé », seule nouvelle du recueil qui évoque clairement la guerre, la coupe devient un symbole dont la polysémie fait toute la richesse de cette nouvelle. Ainsi, Fitzgerald nous explique que les cadeaux de mariage, à cette époque, étaient souvent en cristal taillé. Une fois le mariage passé, les coupes et autres objets de ce type, trônaient dans la maison tout en se délitérant progressivement. On peut y voir le symbole de l'amour du couple qui, tout comme ces cadeaux fragiles, ne peut survivre intact au mariage. Chez Fitzgerald, amour et souffrance demeurent indissociables.

Mais il convient de préciser que cette coupe a été offerte à la femme du couple, par un prétendant déçu, qui ne manqua pas d'expliquer son choix : « Evelyn, je vais vous faire un présent aussi dur que vous l'êtes vous-même, aussi beau, aussi vide, aussi transparent. » (p.161) Et contrairement aux autres objets en cristal, celui-ci va résister, bien au-delà de la vie des personnages eux-mêmes.

Dans « La sorcière rousse », la question du destin est elle-aussi familière à Merlin, mais comme Evelyn, il l'ignore. Dans cette nouvelle, le héros travaille dans une librairie et quand vient le soir, il a un rendez-vous particulier, il retrouve Caroline : « Chaque soir […]° il rentrait auprès de Caroline. Il ne dînait pas avec Caroline. […] il ne l'avait d'ailleurs jamais invitée. Il dînait seul. […] il mangeait son dîner et voyait Caroline. […] Il l'appelait Caroline parce qu'il avait trouvé un visage qui lui ressemblait sur la couverture d'un livre de ce nom […]. » (p.200)

Les jalons de ces deux nouvelles sont posés, avec d'un côté Evelyn la bonne épouse qui veut rester belle, à qui l'amoureux éconduit offre une coupe tel on profère une malédiction; et de l'autre côté Merlin, amoureux discret d'une femme qu'il observe comme au théâtre.

A partir de là, leur vie va se dérouler avec l'obligation de tenir compte de ces éléments, en dépit de toute leur volonté pour les ignorer.

Tandis qu'Evelyn vieillit, la coupe demeure et devient de plus en plus menaçante : « La coupe parut soudain se retourner, se distendre, enfler au point de devenir un grand dôme qui étincelait, frémissant, au-dessus de la pièce, au-dessus de la maison; […] Evelyn vit que la coupe continuait à s'étaler de plus en plus loin […]. Au-dessous marchait l'humanité toute entière […]. » (p.192)

Sous la plume de Fitzgerald, la coupe prend la place du personnage principal, véritable incarnation du poids du destin sur l'existence d'Evelyn. La coupe semble prendre vie, pour le plus grand malheur d'Evelyn. Fitzgerald va jusqu'à donner la parole au destin, qui semble s'exprimer par l'intermédiaire de la coupe :

« Vois-tu, je suis le destin, criait la voix, et je suis plus fort que tes plans dérisoires. Je suis l'issue des événements et je diffère de tes petits rêves; je suis la fuite du temps, la fin de la beauté et les désirs frustrés; tous les accidents, les omissions, les instants qui déterminent les heures cruciales, m'appartiennent. Je suis l'exception qui ne confirme aucune règle, les limites de ton pouvoir, le condiment dans le plat de ton existence. » (p. 193)

Dans « La sorcière rousse », le destin s'incarne à nouveau dans le personnage très énigmatique de Caroline. Il prend une forme beaucoup moins menaçante, et semble rappeler sans cesse à Merlin qu'il peut changer son destin. En effet, Caroline apparaît une première fois, dans la librairie de Merlin, et le pousse à s'amuser en lançant des livres dans un lustre de satin, qui finit par céder. Jamais Merlin n'a autant ri, mais Caroline disparaît aussi rapidement qu'elle est apparue. Caroline réapparaîtra beaucoup plus tard, Merlin a maintenant une vie de famille peu exaltante. Lors d'une promenade Merlin reconnaît Caroline, véritable « flapper », assise dans une belle voiture, avec un homme. Elle devient rapidement l'attraction du moment, des tas d'hommes s'approchant d'elle et de sa belle voiture :

« La foule augmentait. Une rangée s'était formée derrière la première, et deux autres derrière celle-là. Au milieu, orchidée jaillissant d'une gerbe noire, Caroline trônait dans son automobile assiégée, inclinait la tête, saluait de la voix et du sourire avec un bonheur si véritable que, tout d'un coup, une nouvelle vague de messieurs plantaient là femmes et compagnie et allaient à elle. » (p.231)

Mais il faut attendre la fin de ces deux nouvelles pour que se révèle enfin tout leur sens. Alors qu'Evelyn, attrapant la coupe à bras le corps comme elle voudrait étreindre son destin, échoue, et finit par mourir dans un déséquilibre fatal, Merlin prend conscience de sa vie gâchée lorsqu'un jour Caroline réapparaît dans sa librairie. Ils sont tous deux âgés, mais Merlin reconnaît sa voix. On retrouve l'importance de la voix, comme si le destin à nouveau s'exprimait, non plus à travers la coupe, mais à travers Caroline. Et quand Merlin, une fois cette dernière partie, discute avec son employée, il s'étonne qu'elle ait pu la voir. Elle lui révèle même son identité, c'était une célèbre danseuse qui faisait scandale. Alors le destin s'abat sur lui, et Merlin comprend qu'il n'avait pas rêvé. Il avait le pouvoir de changer son destin mais il n'a pas été à la hauteur de ses rêves. Fitzgerald termine la nouvelle ainsi :

« — Oh Sorcière Rousse !

Mais il était trop tard. Il avait provoqué le courroux de la providence en résistant à trop de tentations. Il ne lui restait que le ciel, où il rencontrerait seulement ceux qui, comme lui, auraient gaspillé leur séjour terrestre. » (p. 251-252)

Si Evelyn semble subir inexorablement le poids d'un destin malveillant contre lequel elle tente vainement de lutter, Merlin mesure les occasions manquées de vivre un destin plus exaltant.

Est-ce un fantasme de Merlin ? Peut-il y avoir autant d'hommes autour de Caroline ? Peut-elle être aussi puissante, tout comme la coupe peut-elle être aussi maléfique ? Ou est-ce dans l'esprit de ces personnages torturés par leurs craintes ? Le destin, la providence, jouent bien des tours aux humains, et qu'ils prennent l'apparence d'objet ou d'être humain, ils ne cessent de leur rappeler la fragilité de leur existence et leur incapacité à être à la hauteur de leurs rêves. La coupe entraîne la mort d'Evelyn, Caroline n'a pas empêché Merlin d'avoir une vie étriquée. Comme vexés par le peu d'impact qu'il peut avoir sur ces personnages, le destin prend sa revanche et les tue. Fitzgerald propose ici une conception dynamique de la destinée humaine, laissant l'espoir d'un possible changement.

 

 Francis Scott Fitzgerald, non sans humour, rapporte donc dans ces nouvelles, la triste situation de l'homme et dresse le portrait tragique d'une époque qu'il qualifie de « sursis » volé à l'histoire. Selon lui, l'homme héroïque appartient au passé, il se trompe en croyant qu'il peut encore prendre soin de la femme, il est embué d'illusions et subit son destin par la petitesse de son caractère. Sans tenir de discours, restant toujours dans l'instinctif et le ressenti, Fitzgerald révèle à la fois la fragilité des êtres face à un destin qui les dépasse, et la toute puissance de la littérature qui, grâce à l'humour, engage le lecteur à surmonter ses craintes, car après tout, mieux vaut en rire !


Marie, A.S. Bib.

 

 

 


Francis Scott FITZGERALD sur LITTEXPRESS

 

 

fitzgerald-Absolution.jpg

 

 

 

 

 

 Articles de Lila et d'Emmanuelle sur « Premier mai » in Absolution.

 

 

 

 

 

 

 

 

Fitzgerald Les enfants du jazz

 

 

 

 

 

 

Article de Charlotte sur Les Enfants du jazz.

 

 

 

 

 

 

 

nouvelles-new-yorkaises.jpg

 

 

 

 

Article d'Elisa sur Nouvelles new-yorkaises (Fitzgerald, Miller, Charyn).

Repost 0
Published by Marie - dans Nouvelle
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 14:00

mercredi 9 novembre

18h30

 

Eduardo-Antonio-Parra-Les-limites-de-la-nuit.gifDavid-ToscanaUn-train-pour-Tula.gif

 

Le festival Lettres du monde, en partenariat avec les Belles latinas, accueille Eduardo Antonio Parra, auteur des Limites de la nuit ( Zulma), et David Toscana, auteur d'Un train pour Tula (Zulma) et El último lector,  à la Librairie Contraportada à partir de 18h30 en présence de leurs traducteurs respectifs, François-Michel Durazzo et François Gaudry.

 


Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 07:00

 Librairie La Machine à Lire, Jeudi 3 nov. 2011

 

Afiiche-festival-Lettres-du-Monde.jpg

 

Avec Benoît Virot pour Le désert et sa semence de Jorge Baron Biza (éditions Attila), Dominique Bordes pour Op Oloop de Juan Filloy (éditions Monsieur Toussaint Louverture) et Jean-Louis Ducourneau pour la revue Tango. Lectures par Mario Dragunsky (directeur de la compagnie de théâtre professionnelle 4cats). Rencontre animée par Olivier Desmettre (directeur de Lettres du Monde). Avec la participation de Robert Amutio (Traducteur).

Dans le cadre du festival Lettres du Monde, une rencontre était organisée autour de deux ouvrages : ceux de Jorge Baron Biza intitulé Le désert et sa semence et de Juan Filloy, Op Oloop ainsi que d’une revue : Tango. Les discussions autour de ces œuvres, animées par Olivier Desmettre, étaient entrecoupées de lectures de passages de ces mêmes œuvres. Des lectures de Mario Dragunsky à l’accent argentin chantant et dont la voix semblait s’essouffler à chaque fin de phrase mais revenait à chaque fois avec plus de force. Sont retranscrits ici les principaux échanges de cette soirée littéraire argentine.


 
Olivier Desmettre (Directeur de Lettres du Monde) : Qu’est-ce qui a amené ces textes et qu’est-ce qui amène un texte en général à votre maison d’édition ou à votre revue ?

Jean-Luc Ducourneau (Revue Tango) : La revue Tango paraît tous les couverture-revue-Tango.jpg25 ans, par 4 numéros. L’ensemble des textes et des illustrations qui la composent sont inédits. Ils ont un rapport non pas avec le Tango, la danse, mais plutôt  avec le tango comme ambiance nocturne. Je crée un synopsis et les textes viennent s’y greffer.

Benoît Virot (Attila) : Attila fut au départ une revue qui a évolué ensuite en maison d’édition. Attila se veut un traqueur de textes rares avec une volonté d’aller à la recherche de textes inédits autour desquels la maison d’édition s’est bâtie. La majorité des textes découverts sont liés à des rencontres avec des bouquinistes, des libraires, des traducteurs, des auteurs ou des éditeurs.

Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture) : Comment avoir découvert un texte comme Op Oloop ? Un peu par hasard. Le travail d’éditeur est un travail de veille, on est toujours en train de lire des articles, des préfaces qui mentionnent d’autres auteurs. La découverte de Op Oloop s’est faite lors de la lecture d’un catalogue d’une maison d’édition allemande. Op Oloop était le seul titre  qui n’était pas traduit en allemand, ce qui était surprenant surtout lorsque l’on sait que les Allemands ont tendance à tout traduire. Petit à petit je me suis intéressé à l’auteur et j’ai découvert les singularités de son écriture comme le fait que les titres de ses ouvrages comportent toujours le même nombre de lettres (7).


couverture-Op-Oloop.jpg
Olivier Desmettre : les ouvrages présentés ici se distinguent par une utilisation singulière de la langue, ce qui rend difficile la traduction, et notamment en ce qui concerne l’ouvrage de Juan Filloy qui utilise le « cocoliche ». Qu’est-ce qui fait la difficulté de la traduction ?

Robert Amutio (traducteur) : Op Oloop n’est pas seulement une œuvre tragique et dramatique mais elle est également comique par le biais de l’utilisation du cocoliche. Le texte de Juan Filloy est problématique car il oblige à inventer au fur et à mesure un langage permettant de rendre compréhensible le texte. Le cocoliche est une sorte de langue archaïque parlée par les parents et les grands-parents, une langue familiale propre à différents milieux. De l’espagnol plaqué sur un parler et une accentuation italiens, une sorte d’argot parlé par les immigrés italiens. La difficulté de traduire un texte de Juan Filloy est qu’il utilise une multitude de cocoliche.

Benoît Virot : dans la traduction de textes comme celui de Jorge Baron Biza, la relation avec le traducteur est primordiale. La première lecture en espagnol par le traducteur lui semblait fluide tandis que la mienne fut plus difficile, je butais sur certains éléments du texte. Une négociation fut nécessaire entre moi qui voulais un texte compréhensible par tous et le traducteur qui souhaitait conserver certains aspects de l’œuvre qui lui paraissaient essentiels.


couverture-Le-desert-et-sa-semence.jpg
Olivier Desmettre : le texte de Juan Filloy est humoristique et grotesque, il est notamment l’inventeur de palindromes, 8 000 environ. Celui de Jorge Baron Biza est tout aussi particulier. Mais qui sont ces deux auteurs, que nous délivrent ces ouvrages ?

Benoît Virot : Le désert et sa semence est le seul ouvrage de cet auteur publié à ce jour. Il reflète parfaitement la vie de Jorge Baron Biza. Il est le fils d’un milliardaire, écrivain, dont les textes se placent dans le sillage de ceux du Marquis de Sade, et d’une mère actrice, autrichienne, passionnée d’aviation dont l’avion s’est écrasé dans le jardin de ses beaux-parents. Son père se remarie ensuite avec une femme qui fut considérée par certains comme la concurrente d’Eva Peron. Femme au visage de laquelle il jeta un verre de vitriol. Il se suicida ensuite. Le livre débute suite à cet épisode, quand l’auteur conduit cette femme à l’hôpital.

Dominique Bordes : Les parents de Juan Filloy étaient tous les deux analphabètes, de condition modeste, son père était espagnol, sa mère française. Ils se sont battus tous les deux pour que leur fils aille à l’école. Juan Filloy n’a pas été qu’un écrivain, il a exercé plusieurs métiers dont celui de juge de paix durant une trentaine d’années, ce qui lui a permis de rencontrer beaucoup de monde. Il ne cherchait pas à publier et imprimait lui-même ses textes qu’il distribuait à ses amis et ses connaissances. Juan Filloy n’a été réellement redécouvert que depuis quelques années.

La maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture n’a pas forcément de cohérence éditoriale. J’aime avant tout ce que font les auteurs avec la langue et Juan Filloy a une façon particulière de jouer avec les mots. Il développe une densité littéraire, une énergie créatrice qui rend la langue très inventive. Dans Op Oloop, la langue est très présente. On a l’impression qu’il s’agit parfois  d’un écrivain européen ou d’un Américain ayant vécu en Europe.



Olivier Desmettre : ces deux ouvrages que sont Op Oloop et Le désert et sa semence sont deux véritables objets. Il y a ici la volonté que les textes soient mis en valeur par un écrin éditorial puisque pour Le désert et la semence les maquettes ont été confiées à de véritables artistes qui ont également réalisé un poster intégré dans l’ouvrage. Tandis que la revue Tango mêle textes, peintures et photo, tous inédits.

 

Cette soirée, qui m’a fait découvrir des textes et des éditeurs jusque-là inconnus pour moi, s’est terminée par une dernière lecture d’un texte d’Alan Pauls, « Buenos Aires, ville presque européenne », extrait de la revue Tango et lu par Mario Dragunsky dont l’énergie et la théâtralité ont conquis toute l’assenblée.



Quelques sites


la revue Tango : http://www.tango-bar-editions.com/main/index.php?option=com_content&view=article&id=122:tango-nd3-sommaire&catid=66
Les éditions Monsieur Toussaint Louverture : http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/
Les éditions Attila : http://www.editions-attila.net/


Propos recueillis par Baptiste P., AS. Bib.

 

 

 


 


Repost 0
Published by Baptiste - dans EVENEMENTS
commenter cet article
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 07:00

carlos-salem-nager-sans-se-mouiller.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carlos SALEM
Nager sans se mouiller

titre original

Matar y guardar la ropa

traduit par Danielle Schramm
Actes Sud,
Actes noir, 2010
Babel Noir, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juan Perez Perez est pour sa famille, un type d'une banalité affligeante. C'est un cadre supérieur médiocre qui travaille pour une grande multinationale qui vend du papier hygiénique. Rien de bien excitant. Sauf qu'en réalité, cette multinationale, l'Entreprise, est une immense agence de tueurs à gages pour laquelle Juan est Numéro Trois. Il est d'ailleurs l'un des meilleurs dans ce qu'il fait.

Divorcé depuis trois ans, il s'apprête à passer ses premières vacances seul avec ses enfants. La veille du départ, Numéro Deux, le supérieur de Juan, le charge d'une mission de surveillance dans un camping naturiste chic. Anodin. À partir de cet instant, les problèmes s'enchaînent : le numéro de plaque d'immatriculation servant à repérer la cible se révèle être celui de son ex-femme qui s'est installée dans la tente d'à côté et qui s'envoie en l'air avec son nouveau petit ami le juge Beltrán, réputé incorruptible ; il doit également essayer de tisser des liens avec ses enfants ; faire face au retour de son ami d'enfance Tony qu'il n'a pas revu depuis des années, à l'arrivée d'un autre Numéro dans le camping, puis du commissaire Arregui que Juan a déjà croisé plusieurs fois dans le cadre de la « livraison de ses colis », et ainsi de suite jusqu'à la fin du livre.

Il y a cependant quelques points positifs à ces vacances : il rencontre Yolanda qui travaille au camping. Avec elle, Juan se pose des questions sur lui, sur ce qu'il a fait, ses relations avec les autres. Il rencontre également un auteur sicilien, Camilleri, à qui il finit par se confier.



Ce qui est le plus intéressant dans ce roman, ce sont les relations que le personnage principal entretient avec les autres et son rapport à l'identité. Juan a tout compris, il sait s'adapter à toute éventualité, il sait comment réagir face à n'importe quelle situation. Il a un regard assez distant et plein de bon sens sur ce qui l'entoure. Il est posé et réfléchi. Nager sans se mouiller est un roman sur l'identité. Sans parler de quête, puisque Juan sait faire la différence entre Juan et Numéro Trois, il découvre tout un tas de choses sur lui qu'il ne soupçonnait pas : sa capacité à être un père responsable et à aimer ça, son envie d'être avec Yolanda (et pas seulement physiquement).

Juan a un rapport tout particulier avec les autres : son ex-femme le considère comme une personne médiocre et Juan s'en contente parfaitement (c'est une manière pour lui de protéger ses proches sur ce qu'il est vraiment), Andres Camilleri joue un rôle important pour Juan. On ne peut pas parler de père de substitution mais Juan s'entend parfaitement avec lui. D'ailleurs, si père de substitution il doit y avoir, ce rôle devrait être endossé par le vieux Numéro Trois que Juan a dû tuer avant de prendre sa place. Il est mort mais Juan y fait si souvent allusion qu'on dirait qu'il est lui aussi au camping. Arregui a quant à lui déjà croisé Juan à plusieurs reprises lors de colis livrés par Juan, il a donc des doutes sur cet homme vraisemblablement minable.



En dehors de l'aspect psychologique, l'enquête de Juan au sein du camping est véritablement passionnante, le puzzle des personnages se met lentement en place, révélant les caractères de chacun.

Noter que la fin est très surprenante avec un long épilogue et un dénouement inattendu.


E. A., 2e année Éd.-Lib.

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Article de Clémence sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM (1)

 

 

Rencontre avec Carlos Salem (suite).

 

 

 

 

 

 


Repost 0

Recherche

Archives