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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 07:00

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Eduardo BERTI
L'inoubliable

Titre original   
Lo Inolvidable
traducteur

Jean-Marie Saint-Lu

Actes Sud, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Né à Buenos Aires en 1964, Eduardo Berti a participé à la vie littéraire de l'Argentine, notamment en collaborant à de nombreux journaux comme La Nación. Il est aussi l'instigateur d'une des premières radios indépendantes argentines. Dans les années 1990, il réalise plusieurs documentaires télévisuels sur sa passion : le tango. Il crée sa propre maison d'édition hispano-argentine nommée  La Compañia, mais est aussi critique littéraire et traducteur. C'est donc un auteur qui connaît très bien le monde de l'édition et de l'écriture. Ayant vécu jusqu'en 2006 à Paris, il habite désormais Madrid, où il continue d'écrire.

Son premier livre édité en France est Le désordre électrique publié chez Grasset en 1999. Peu après, c'est Actes Sud qui reprend ses droits, et publie alors la majeure partie de ses œuvres comme La vie impossible (2003), ou encore L'ombre du boxeur (2009).

Mais c'est pour son roman Madame Wakefield, publié en 2000 par Grasset, qu'Eduardo Berti connaît le succès. C'est une réécriture d'un conte de Nathaniel Hawthorne, que Borges considère comme une préfiguration de Melville et de Kafka. Ce roman a figuré parmi les meilleurs livres de l'année 2000 et a été sélectionné pour le prix Fémina étranger en 2001.

On peut sentir une très grande influence de Borges dans les thèmes abordés comme la mémoire, le cycle... qui sont aussi très présents dans son œuvre.



L'Inoubliable est l'ouvrage le plus récent d'Eduardo Berti, sorti en librairie en 2011. C'est un recueil constitué de douze nouvelles assez courtes. Le fil conducteur de ces dernières n'est pas un personnage ou encore une histoire commune, mais le souci de la mémoire. En effet, l'auteur développe les différents aspects que peut avoir la mémoire, qui peut être omniprésente, fuyante, trompeuse, ou même parfois blessante. Mais il l'envisage aussi sous le point de vue de la postérité.

Par exemple, dans « Formes d'oubli », on suit un grand maestro du tango, Avella, au plus haut de sa renommée qui oublie tout à coup comment jouer du piano. Un jour, un homme nommé Marmonti propose un marché à Avella qui consiste à faire un échange de la reconnaissance d'Avella contre le don pour la musique de Marmonti. Au seuil de la mort, Avella accepte, et retrouve miraculeusement son don pour la musique. Seulement, plus personne ne se souvient de lui, mais de Marmonti. Ce dernier sera à son tour frappé d'une « amnésie musicale » à la fin de la nouvelle.

Dans « Éclats d'Ataminski », la mémoire est insidieuse, elle se faufile à travers le corps d'Ataminski, rescapé de guerre dont le corps est parsemé d'éclats d'obus. Chaque nuit, les éclats remuent dans la chair de cet homme, et le font souffrir, comme s'ils ne voulaient pas que ce dernier oublie les horreurs auxquelles il a assisté : « il avait des dizaines d'éclats dans la chair. Et pour une raison étrange, qui fascinait grand-père, ils se livraient bataille quand le polonais dormait. » (p. 17).

La mémoire devient alors le personnage central des nouvelles, qui se teintent de magie. En effet, le réalisme magique est un élément central des nouvelles, car toutes contiennent au moins un élément fantastique. Mais les personnages ne sont en général aucunement effrayés par ce surnaturel qui surgit dans leur vie.

La nouvelle « L'Inoubliable » est à mon avis la plus poétique ainsi que la plus joyeuse du recueil, car elle montre comment une vieille femme peut retrouver la joie de vivre grâce à la littérature oubliée. Elvira Rial, veuve de 74 ans, vit seule une vie paisible dans son appartement. Mais un jour, son dentier se met à parler la nuit, à réciter des phrases de romans, pièces de théâtre ou poèmes ayant tous un rapport avec les dents. Elvira va alors se mettre à chercher d'où viennent ces phrases, se rend compte qu'elle a oublié tous les livres d'où sont tirées ces citations. Son dentier lui permet donc de redécouvrir la richesse de sa bibliothèque, mais un jour il se tait. Elvira décide alors de sortir pour chercher des livres ayant un quelconque rapport avec les dents, les ré-oublie, et réécoute son dentier parler.

Eduardo Berti est un auteur qui apprécie le mélange des genres, c'est pourquoi aucune de ses nouvelles n'est écrite de la même manière. Il se donne volontairement des contraintes afin de travailler son récit de toutes les manières possibles. Par exemple, aucune des nouvelles n'est écrite uniquement à la première ou la troisième personne du singulier. Ainsi, il peut donner différentes impression à la lecture, qui n'apparaissent pas forcément selon la personne employée pour narrer le récit.

Mais l'auteur se concentre notamment sur le principe du cycle. En effet, ceci est un thème récurrent dans l'œuvre de Berti, c'est-à-dire que toute action recommence sans arrêt, que tout n'est qu'infini. Dans sa nouvelle « Hugh Williams », basée sur une trame policière, on suit l'histoire d'un collectionneur d'armes anciennes qui rencontre un certain Williams, avide de mourir. Le héros se retrouve embarqué sur un bateau pour le tuer quand un naufrage les frappe. Le seul survivant est le héros, qui hérite malgré lui de l'identité de Hugh Williams. Mais ce fait n'est pas unique en son genre : depuis plusieurs siècles, de nombreux naufrages ont eu lieu où le seul survivant portait ce nom.

Une autre contrainte qu'apprécie Eduardo Berti est de créer une chute à la fin de ses nouvelles. Souvent inattendue, elle contribue au rythme au récit, et impose des contraintes particulières à l'auteur. Dans « La copie », une jeune femme achète la reproduction d'un tableau de maître, mais se retrouve prise sous un orage sur le chemin du retour. N'ayant que le tableau pour se protéger, elle le sacrifie à la pluie, et celui-ci redevient totalement blanc. Mais de retour chez elle, elle reçoit un appel du peintre qui lui annonce que le tableau qu'on lui a donné était en fait l'original. Tout au long du récit, l'auteur nous persuade que cette toile est une reproduction, et donc que cela n'a pas d'importance s'il est détruit, mais toutes nos certitudes se brisent lors du dernier paragraphe.



Ce recueil est donc un mélange de genres et de styles qui donnent un caractère original à l'écriture de l'auteur. On peut y voir l'attachement de Berti pour la culture et les arts, quels qu'ils soient, mais aussi les influences, particulièrement des écrivains américains, dans son œuvre, ce qui la rend encore plus riche.


Alice Andro, 2° année Éd.-Lib.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 07:00

Ana-Maria-Shua-La-Saison-des-fantomes.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Ana María SHUA
La Saison des fantômes
Édition originale
Temporada de Fantasmas
 Páginas de Espuma, 2004
Traductrice
Anne-Marie CHOLLET
 Cataplum, 2010.

 





 

L’auteur

Née en 1951 à Buenos Aires, Ana María Shua est une écrivaine argentine qui s’est fait connaître en Amérique latine grâce à un genre littéraire très particulier : les microfictions. Publiée et traduite en Argentine, au Brésil, aux États-Unis, en Allemagne, Espagne et Italie, elle reste pourtant très peu connue en France, malgré un répertoire littéraire très varié. En effet, si ses microfictions ont contribué à sa postérité, elle a également su montrer ses talents dans des domaines allant des romans aux poèmes, en passant par les nouvelles, les contes, mais également les récits pour enfants. Pour en citer quelques exemples, voici une bibliographie sélective :

El sol y Yo, recueil de ses premiers poèmes (1967),

Soy Paciente (1980), roman adapté au cinema par Rodolfo Corral en 1986,

Los amores de Laurita (1984), roman également adapté par Antonio Ottone deux ans après sa publication,

El libro de los recuerdos (1994) : roman,

La sueñera (1984) : recueil de microfictions,

Casa de geishas (1992) : recueil de microfictions,

La batalla entre los elefantes y los cocodrilos (1988) : histoire pour enfants.

 

Le genre

Pour commencer, inutile d’attendre un résumé ou l’analyse approfondie d’un personnage, la microfiction (ou microrécit) étant un genre littéraire qui n’en laisse pas la possibilité. On peut cependant retenir que ce genre est très original d’autant qu’il n’est pas aussi répandu que la nouvelle ou le conte. En effet, dans un microrécit, la difficulté de « l’écriture juste » est décuplée, car ces récits sont si courts qu’ils nécessitent l’utilisation du mot parfait, en quelque sorte. Un auteur de microfictions peut alors emmener le lecteur dans un univers onirique, à la fois totalement irréel et éphémère, qui lui laisse une impression très forte car les mots utilisés dans la microfiction ont un impact très important sur le lecteur. D’ailleurs, c’est ce qu’explique Ana María Shua dans une interview :

« La seule limite [du genre], c’est qu’il ne permet pas le développement des personnages. Pour le reste, un cosmos de quinze lignes peut tout contenir. Bien entendu, il vaut mieux que les meubles soient petits. Par ailleurs, le conte très bref exige une écriture impeccable. À cette taille, la plus petite erreur acquiert des proportions gigantesques. Mais cela ne constitue pas une limitation, au contraire, c’est un avantage pour le lecteur. Pour l’écrivain, c’est un grand plaisir qui l’attend : la possibilité de partir de la matière brute et d’arriver à la sculpture parfaite d’un seul coup. Dans la production du genre, il y a des instants d’extase et de révélation, comme dans la poésie… »



L’œuvre

En premier lieu, il est important de savoir que le recueil La Saison des fantômes ne se contente pas de regrouper les 99 (pas une de plus !) microfictions de son auteur dans un ordre décidé par le hasard . l’œuvre se subdivise effectivement en neuf parties :

« En couple »,

« Mystères de la Fiction »,

« De la vie réelle »,

« Caprice divin »,

« Maladies »,

« Autres peuples, autres mythes »,

« Dormir, rêver »,

« De la galère »,

« Le désordre surnaturel des choses ».

Nous pouvons relever un rapport implicite entre ces parties, qui illustre parfaitement l’esprit des microfictions d’Ana María Shua, à savoir l’ancrage dans le merveilleux. Citons en exemple la deuxième partie, intitulée « Mystères de la fiction », qui présente un genre où la frontière entre réalité et fantastique est la plupart du temps aussi trouble qu’infime.

On pourra également noter que certaines microfictions ne sont pas classées au hasard. En effet, chacune d’entre elles aura un lien avec la thématique abordée par la partie qui la concerne dans la table des matières. Par exemple, nous pouvons remarquer que la première partie, « En couple », rassemble des récits autour de la thématique du couple: la première microfiction parle des sirènes, une autre est une recette de philtres d’amour, etc.

On trouve d’ailleurs certaines relations entre elles : dans la partie « Mystères de la Fiction », on peut lire deux récits intitulés « Tarzan » et Tarzan II », ou encore « Cohabitation impossible » et Van Gogh II » dans la partie « Le désordre surnaturel des choses ». Un autre ensemble de microfictions qu’il est primordial de ne pas négliger : dans « Caprice divin », on découvre en effet six récits intitulés « Création I », et « Création II », etc. jusqu’à « Création VI », qui relatent la création du monde du point de vue de l’Ancien Testament, thème revisité par l’auteur.

De plus, si chaque microrécit emporte le lecteur dans un univers aussi singulier que fugace, c’est justement parce qu'Ana María Shua aborde des thématiques pour mieux s’approprier leur atmosphère : qu’il s’agisse de l’histoire de l’art, illustrée par deux microfictions relatant le geste de Van Gogh se coupant l’oreille (qui laissent au lecteur une impression de violence nette), ou encore de chefs-d’œuvre de la littérature classique : on découvre dans « Tarzan » un clin d’œil au dramaturge Shakespeare, plus précisément adressé à sa pièce Hamlet. Une autre microfiction témoigne de cette faculté de s’imprégner de l’univers d’un genre ou d’une œuvre, tout en le parodiant, dans un seul récit d’une quinzaine de lignes : il s’agit de « l’enfant rétif », qui reprend le conte imaginé par les frères Grimm. L’auteur ne se contente pas de reprendre le conte, elle en imagine la suite et réussit le tour de force de rester dans l’esprit à la fois réaliste (avec l’image de l’éducation rigide de la mère du personnage) et retors des frères Grimm : la microfiction se transforme alors en un « microconte » qui transporte le lecteur dans leur univers tout en en faisant la critique.



Jugement personnel

Pour ma part, c’était la première fois que je lisais des microfictions, et je dois dire que pour une première expérience, c’était très surprenant ! L’auteur a un style d’écriture vraiment direct, et utilise des mots justes, à la fois poétiques et très contemporains. Si on fait vite le rapprochement avec des fables comme celles de la Fontaine, il faut reconnaître qu’Ana María Shua s’est inspirée de beaucoup de genres littéraires divers et variés, qui lui ont donné la capacité d’enrichir par son écriture le genre littéraire des microfictions.


Ana Maria Shua Botanique du chaos
L’édition

Hormis La Saison des Fantômes, la seule œuvre d’Ana María Shua ayant été traduite est  le recueil de microfictions Botanique du Chaos (titre original : Botánica del Caos), parue aux  éditions Équi-librio.

Si vous souhaitez acquérir le recueil qui vous a été présenté, je dois néanmoins vous prévenir qu’il n’a été publié qu’en 1000 exemplaires, et qu’il est difficile de le trouver dans le commerce. Je vous offre donc le présent suivant : le paragraphe de présentation du recueil :

« Ils ne viennent ni pour s'accoupler, ni pour pondre. Ils n'ont pas besoin de se reproduire. On ne peut pas non plus les chasser. Ils n'ont pas suffisamment de substance pour tomber dans les filets de la logique et les balles de la raison les traversent. Brefs, essentiels, dépouillés de leur chair, ils viennent ici pour se montrer, ils viennent pour agiter leurs suaires humides devant les observateurs. Pourtant, ils ne s'exhibent pas aux yeux de n'importe qui. L'observateur de fantôme expérimenté sait qu'il doit adopter un regard indifférent, jamais direct, accepter cette perception imprécise, sans chercher à s'approprier une signification évanescente qui file entre les doigts : des textes translucides, méduses des sens.

Que la Saison des Fantômes commence. »

 
Sarah Dabin, 1ère année Bibliothèques-Médiathèques 2011-2012.

 

 

Lien

 

Si vous souhaitez vous renseigner davantage sur l’auteur et son œuvre, vous pouvez vous rendre sur  son site.
Attention toutefois : ce site n’est pas traduit en français, alors armez-vous de patience et de votre dictionnaire !

 


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Published by Sarah - dans Nouvelle
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 07:00

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Mary Ann SHAFFER & Annie BARROWS
Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
Titre original 
The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society
Traduit de l’américain
par Aline AZOULAY
NiL, 2009
10-18, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 


Pourquoi deux auteurs ?

Mary Ann Shaffer, la créatrice du roman, a eu des problèmes de santé l’empêchant de le terminer. Elle a alors demandé à sa nièce, Annie Barrows, écrivain de métier, d’achever son œuvre. Mary Ann Shaffer décède en Février 2008, quelques mois seulement avant la publication de son livre.



Une œuvre à succès
 
« Absolument délicieux ! » selon Anna Gavalda, ce livre est aujourd’hui traduit dans plus de vingt pays.



Un roman original

Il se démarque des autres, ne serait-ce que par sa forme épistolaire. Au début, c’est un peu déstabilisant pour le lecteur, d’une part parce qu’il n’y est pas habitué, et d’autre part parce qu’il doit rapidement comprendre qui sont les nombreux personnages et quelles sont leurs relations, uniquement grâce à leur correspondance. Une fois cet obstacle franchi, le lecteur peut profiter pleinement de ce que lui offrent toutes ces missives : il en sait plus que chaque personnage, et bénéficie de leurs différents points de vue. Il se transforme, en quelque sorte, en détective, grappillant des informations par-ci, par-là, pour avoir une vision globale des événements. Son attention est ainsi sollicitée d’un bout à l’autre de l’œuvre.

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Une histoire captivante… ou plusieurs
 
Bien que l’intrigue tourne autour d’un personnage central, Juliet Ashton, les lettres nous révèlent chaque fois un peu plus de la vie des différents personnages.

Juliet Ashton est une jeune journaliste londonienne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle écrivait, sous le pseudonyme d’Izzy Bickerstaff, des articles légers et humoristiques, dans le but d’alléger un peu le climat pesant de l’époque. Désormais, nous sommes en 1946, et la guerre est donc terminée. Mais « tout semble si effondré : les routes, les bâtiments, les gens. Les gens, surtout. » C’est dans cette atmosphère de reconstruction que Juliet publie un recueil de ses articles, Izzy Bickerstaff s’en va-t-en guerre, et en fait la promotion. Son nouveau projet est d’écrire un livre, dont elle n’a cependant pas encore trouvé le sujet.
 
Autour d’elle gravitent non seulement ses amis, comme Sidney Stark qui est également son éditeur, mais aussi des inconnus que l’on découvre, en même temps que Juliet, à la lecture des lettres qu’ils s’envoient. De fil en aiguille, on apprend à connaître des personnages attachants qui nous font partager leurs souvenirs de l’occupation allemande à Guernesey, mais qui nous montrent surtout quelle est leur vie maintenant que la guerre est terminée.

Entre documentaire et histoire d’amour, ce livre nous emmène dans son univers, où la dureté des réalités de la guerre est compensée par l’humour des expéditeurs des lettres.



Pourquoi des « amateurs d’épluchures de patates » ?
 
À vous de lire ce roman pour trouver la réponse !
 
 
Lola, 1ère année Éd.-Lib.

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 07:00

 

carlos-salem_portrait.jpg
 

 

Toujours dans le cadre de Lettres du Monde / Argentina, nous étions également présentes à l'entretien avec Carlos Salem à la bibliothèque de la Bastide à Bordeaux le 11 octobre 2011. Un article ayant déjà été publié récemment sur cette même rencontre, nous allons présenter le nôtre sous un angle différent. Il va s'agir de la transcription littérale de l’échange entre Christophe Dupuy et Carlos Salem. Les sujets déjà abordés dans  l'article de Soizic seront réduits au minimum afin d'éviter les redondances.

En ce qui concerne la biographie de Carlos Salem, nous vous renvoyons à  l'article de Soizic.

Bonne lecture à tous !


Sur la table :  Aller simple publié en 2008 + Nager sans se mouiller publié en 2010 + Je reste roi d’Espagne publié en français dans le courant de l'année prochaine



Christophe Dupuy : Le polar, aujourd'hui, c'est quoi ? C'est assez cadré, structuré... Dans les livres de Carlos Salem, il se passe des choses un peu en travers, dans le désert marocain ou dans un camp de naturistes. Le dernier de ses romans vient d'être publié en espagnol et s'intitule Je reste roi d’Espagne. Il y a de l'action, il y a de l'ambiance, il y a des choses particulièrement succulentes, et derrière il y a de grands moments de poésie. Parce que Carlos est poète également, il vous parlera un peu de cela. J'ai déjà fait une rencontre avec lui hier soir, alors nous n'allons pas aborder tout à fait les mêmes sujets car je risque de m'ennuyer ainsi que Carlos Salem. Mais il y a des choses sur lesquelles il faut que l'on revienne, et l'on va parler un peu de la différence qui existe selon lui entre le roman et la poésie.

Carlos Salem est argentin, il vit en Espagne depuis une vingtaine d'années, et je pense que la première question que l'on peut lui poser, en tout cas dans le cadre du roman policier qui m’intéresse, c'est qu'il y a peu d'auteurs argentins qui vivent en Argentine, comment cela se fait ? Carlos Salem vit en Espagne, Raul Argemi vit en Espagne également. Peu d'auteurs que l'on connaît vivent en Argentine. Il y a tout de même Gian Carlo Delgado et Edgardo Cozarinsky qui font des papiers régulièrement dans la presse pour râler un petit peu contre le manque d’intérêt du gouvernement pour la culture. Vous pouvez peut être nous en parler un petit peu ?

Carlos Salem : C'est un petit peu contradictoire, effectivement. Le gouvernement n'a pas beaucoup aidé la culture et la littérature. Mais ces dernières années il essaye d'arranger cela avec la création, par exemple, de prix correspondant à l'équivalent d'un salaire en Argentine. Cela n'existait pas avant.

Mais ce qui me fait peur finalement, c'est que, comme tous les gouvernements qui payent les artistes, le gouvernement argentin ne choisit que ceux qui lui sont loyaux et fidèles. Ou alors en tous cas qui ont des affinités particulières avec le pouvoir. C'est une attitude qui a commencé dans les années soixante-dix dans le milieu politique. Puis avec les difficultés économiques cette attitude engendra un litige par désenchantement, par déception.

Dans le cas des auteurs comme Raul Argemi, qui est arrivé à Barcelone il y a huit ans, leur départ est dû au fait qu'ils n'avaient plus en Argentine la possibilité de publier, d'être connus. Mais il est vrai que ces dix dernières années il y a eu des changements. En effet, avant, un écrivain qui arrivait du journalisme était mal vu, non pas par le public ou la société, mais plutôt par les critiques journalistiques et les critiques littéraires. Maintenant ce n'est plus vraiment le cas. C'est aussi pour ça que les gens sont petit à petit venus en Europe, pour des raisons personnelles ou autres.

Et c'est mon cas par exemple. Je ne suis pas directement publié en Argentine, mais ce sera le cas à partir de l'année prochaine. Quand je suis parti il y a vingt ans, je n'étais pas du tout connu en Argentine en tant qu'écrivain. Malgré le fait que j'avais gagné à l'époque un petit prix de poésie, dans ce milieu je n'étais pas connu non plus. Ma grande peur concernait justement mes romans car ils sont situés et installés dans le paysage espagnol, français ou européen. J'avais peur que, s'ils étaient lus là-bas en cas d'exportation, on dise : « Mais qu'est ce qu'il fait celui-là à écrire en espagnol et non en argentin ! », ou que l'on m'appelle « traître ». Mais comme on ne me connaissait pas à l'époque, ils m'ont connu avec mes romans publiés en espagnol d'Espagne. Donc la presse est plutôt tendre avec moi. J'avais énormément d'offres éditoriales pour la publication de mes romans. Mais quand on commence à écrire dans une langue on poursuit généralement les ouvrages suivants dans cette langue-là. Je ne le savais pas mais j'ai énormément de lecteurs en Argentine qui aiment que j'écrive en espagnol d'Espagne. Avec un ami journaliste, qui travaille dans un journal culturel, je disais justement que je ne m'y attendais pas et que je pensais qu'on allait me tomber dessus. Et il m'a répondu que même si le vocabulaire est espagnol cela semble cohérent car les romans se déroulent là-bas et ce qui plaît, c'est que le regard de l'auteur continue à être un regard argentin. Et il avait raison.



Christophe Dupuy : Et vous ? Vous vous sentez plus un écrivain espagnol ou argentin ?

Carlos Salem : Comme je suis Argentin et que j'ai publié ces romans en Espagne, je me considère comme un auteur « argengnol ».

Comme je le racontais déjà hier : pour faire des anthologies latino-américaines on ne compte pas les auteurs qui écrivent en espagnol d'Espagne. Et en Espagne il se passe la même chose : pour faire des anthologies espagnoles on ne contacte pas d'auteurs argentins. Mais la tendance est en train de se renverser car on m'a contacté pour participer à une anthologie argentine. De plus, je ne reçois d'aide financière d'aucun des deux pays.

Il y a toujours eu en Argentine une fascination, une attraction pour la culture française. Et le fait que mes romans fonctionnent plutôt bien ici, en France, a fait que finalement l'Argentine m'a bien accueilli. Et il est très fréquent que cela arrive. Par exemple Cesar Aira qui est quelqu'un de très prolifique, vit en Argentine mais il n'y était pas très connu jusqu'à ce qu'il publie ici en France. Il a alors commencé à avoir un certain nombre de lecteurs fidèles argentins et maintenant il est carrément un monstre littéraire en Argentine. Pourtant, il fait exactement les mêmes bêtises qu'avant, quand on ne faisait pas attention à lui.


Carlos Salem Aller simple
C.D. : Passons un petit peu au roman policier. On vous découvre en 2009 avec  Aller Simple, en 2010 avec  Nager sans se mouiller. Le troisième Je reste roi d’Espagne arrive cette année. Avant de parler de la genèse de l'écriture de ce roman, comment en êtes-vous arrivé à écrire du polar ?

C.S. : Je pense déjà que ça a à voir avec les goûts, avec l'expérience littéraire de chacun. Moi j'ai commencé à lire très tôt, vers mes quatre ans. J'ai commencé par lire des bandes dessinées, des choses comme ça, et des livres également.

À l'âge de quatorze ans, j'ai lu deux livres qui m'ont énormément marqué : un des romans de Raymond Chandler et un roman d’Osvaldo Soriano qui s'appelle Je ne vous dis pas adieu. Je l'ai lu le même hiver et je me suis dit que je voulais faire la même chose mais en mieux. J'ai mis très longtemps avant d'écrire des romans et je me suis vite rendu compte que mieux qu'eux je ne pourrais pas.

Lorsque je commençais à écrire plus sérieusement, petit à petit, dans tous les romans que j'essayais d'écrire ou que j'écrivais, apparaissait à chaque fois un revolver calibre 38, tout rouillé, assez long. C'est un petit peu amusant ce que je vous dis mais c'est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'il fallait que je me dirige vers le polar.

Mais je voulais écrire un polar à ma manière, je ne voulais pas créer un détective ou un commissaire un peu triste qui déprime durant toute l'histoire. Cela peut tout de même marcher, comme dans le cas de Andrea Camilleri parce que son commissaire est quelqu'un de formidable et un personnage magnifique. C'est également le cas de Fred Vargas et de son commissaire.

Ce qu'il y a aussi à savoir, c'est que quand j'étais adolescent je volais des voitures. Non pas pour les vendre mais juste pour faire un tour avec. Généralement je les laissais au détour d'une rue, pas loin de là où je les avais prises. Une professeure de collège qui savait un petit peu où j'allais et ce que je faisais, a commencé à me mettre au défi de lire et d'écrire des rédactions. Et comme je le dis dans Aller Simple, elle m'a appris qu'il était bien plus amusant de lire et d'écrire que de voler des voitures. Et elle m'a aussi appris que la réalité en Amérique latine est elle-même un roman noir.



C.D. : Donc au départ vous dites être influencé par Chandler mais à l'arrivée ce n'est pas vraiment le cas. Il y a des gens qui sont influencés par Chandler et qui écrivent des histoires de privés, d'inspecteurs dramatiques. Chez vous, on ne sent pas trop son influence.

C.S. : Si si, j'ai été influencé par Chandler ! (rire)



C.D. : Il y a un côté désabusé c'est vrai, mais le côté nudiste n'est pas chez Chandler !

CS : Chandler et sa femme étaient nudistes ! La femme de Chandler est le premier mannequin qui a posé nu en Amérique du Nord. Il y a d’ailleurs une sorte de légende sur le fait qu'elle se promenait toute nue dans la maison, qu'elle cuisinait nue... Il y a même une rumeur, qui n'est pas vérifiée, mais qui parle d'une visite de Former à Chandler. Chandler lui aurait ouvert la porte nu, sa femme aussi était nue. Je ne sais pas si c'est vrai mais j'adorerais que ce le soit ne serait-ce que pour imaginer la tête de Former quand on lui a ouvert la porte.

En ce qui concerne l'imitation de Chandler, il y a des écrivains qui imitent sa manière d'écrire et d'autres qui aiment tellement la musique de son écriture qu'ils essayent de la reproduire. Il faut faire attention aux dialogues, à leur structure, aux liens qui existent entre les personnes... Et dans Nager sans se mouiller on peut retrouver ce trait.

Dans Je reste roi d’Espagne, le détective est profondément un « chandlérien » même s'il est basque et qu'il vit à Madrid. Ses dialogues, ses mots, sont vraiment « chandlériens ». Il chante cette musique de Chandler que j'aime tant.



Carlos-Salem-Je-reste-roi-d-Espagne.gifCD : Poursuivons sur Je reste roi d’Espagne, le dernier en date de vos romans. Le roi d'Espagne disparaît. Il a l'habitude de faire de petites fugues, mais dans ce cas-là, le gouvernement est un petit peu désemparé parce que cela fait plus d'un mois que le roi a disparu. Il est urgent de le retrouver car il doit faire dans quelques jours une apparition télévisée pour Noël. Entre en scène un détective privé, parfaitement « chandlerien » comme tout le monde peut le remarquer (ton ironique) qui va partir sur les traces du roi d'Espagne. J'aimerais bien que vous me racontiez la genèse de ce roman et ensuite comment on arrive à mettre Je reste roi d’Espagne en place.

CS : J'aimais bien le personnage du détective Arregui, qui apparaissait déjà dans Nager sans se mouiller. Même si c'est un personnage secondaire, je lui avais déjà créé une histoire. Je ne voulais pas non plus que ce soit un détective mort de faim, sans argent, alcoolique et avec une vie dissolue. Comme moi j'ai une vie assez compliquée, j'essaye de donner à mes personnages une meilleure vie. Je voulais un détective qui soit réel, qui soit possible et qui s'adapte à l'Espagne actuelle.

Et donc j'ai créé l'histoire de ce détective qui cinq ans auparavant avait sauvé la vie du roi. Il avait reçu un tuyau disant que le roi était dans un chalet aux abords de Madrid, et au lieu de demander des renforts à ce moment-là, il s'etait carrément jeté dans le chalet, avait forcé la porte, avait vu que le roi avait été drogué et que deux personnes essayaient de le tuer. Le détective tue les kidnappeurs. Et comme il se doutait que le roi avait été entraîné à cause d'une histoire de rendez-vous avec une femme, il l'avait pris sur ses épaules, il l'avait mis dans sa voiture et l'avait déposé à l'entrée du palais puis il était parti. Le roi sut quand même qui l'avait sauvé et il envoya un médaillon au détective, une sorte de pièce de monnaie avec un code, un numéro de téléphone pour l'aider un jour si le détective avait un problème. Le détective n'a jamais utilisé cette pièce car il ne considère pas que le roi a une dette envers lui.

Quand il met en place son agence de détective, il commence à avoir des clients assez haut placés. Parce que même si cette histoire n'a pas été publiée dans les journaux, et que l'on n’en parle pas dans son dossier de police, la rumeur est passée dans certains cercles. Ces personnes pour pouvoir être ou rester en bons termes avec le roi et éviter tout problème, préfèrent s'adresser à cette agence de détective. J'ai donc fait un détective qui est en pleine force de l'âge, mentalement et physiquement, mais qui n'aime pas les clients qui viennent le voir.

Comme il a déjà sauvé le roi, maintenant que peut-il faire ? Et pendant deux - trois ans, j'ai réfléchi à cela sans réussir à démarrer le roman parce que le personnage est extrêmement structuré dans mon esprit et j'ai déjà des idées pour six ou sept romans sur lui.

En fait, un jour, en regardant la télévision, le roi était à la télé je me suis dit : pourquoi ne pas lui faire sauver à nouveau le roi, ou que le roi le sauve lui ?. Je me suis rendu compte aussi que le détective Arregui était quelqu'un de jeune dans son esprit, et que le roi est également un grand enfant de soixante-dix ans. Je me suis dit que les réunir tous les deux dans un roman pouvait être quelque chose d'intéressant et que si jamais ça ne marchait pas, j'abandonnais. Mais finalement j'ai aimé et, petit à petit, j'aimais de plus en plus.

Comme l'Espagne est quelque part un peu mon pays maintenant, je ne voulais pas écrire sur un ton sérieux mais plutôt humoristique. A deux cents mètres de beaucoup d'autoroutes, il y a une Espagne qui est arrêtée, stoppée nette dans les années 60 - 70 d'une certaine manière. Ce sont des endroits où les gens sont voisins mais n'habitent pas dans le même village, ne se parlent pas. Lorsque justement le détective retrouve le roi, et qu'il essaye de le remettre, d'une manière plus au moins discrète aux autorités espagnoles pour qu'elles le ramènent au palais, il doit traverser toute une partie de l'Espagne déguisé en hippie. Et dans cette Espagne profonde, il se rend compte que tous les personnages sont comme Rétroviseur, un devin qui ne sait voir que le passé. Ce personnage risque de se faire lyncher dans tous les villages où il passe car les gens n'aiment pas qu'on leur raconte leur passé. Parce que tout ce que l'on aime raconter de notre passé, c'est ce que l'on veut que les autres croient. Il croise également un musicien qui cherche à retrouver une mélodie qu'il a perdue. C'est une mélodie qui est censée guérir les maux. Pour cela, il roule toujours la fenêtre de sa voiture ouverte en essayant d'entendre cette mélodie. Et d'autres personnages dont je ne parlerai pas sinon vous ne lirez pas le roman ! (rire)

Je pense qu’avant les cinquante, quarante dernières pages, je ne sais pas si je vais faire publier ce que j'écris. Je le mets dans un tiroir et au bout d’un mois je l’oublie. Quand j’y reviens je le trouve plutôt bien.



C.D. : Comment tout cela s’agence ?

C.S. : Quand un roman me plaît ce n’est pas forcément une garantie qu’il plaira à tout le monde. Il faut savoir prendre du recul. Je pense que le mieux pour un auteur c’est de ne pas se faire confiance.

Je pense également que tous les auteurs qui passent par l'écriture et qui souffrent, mentent. Moi, je dis toujours qu’écrire c’est mieux que le sexe. Car lire c’est quelque chose de merveilleux pour un écrivain et écrire parfois c’est encore mieux que lire. Alors tous ceux qui disent qu’ils souffrent mentent.

Généralement je pars d’une idée qui, petit à petit, s’imbrique dans une autre et je sais généralement comment va finir le roman. Je laisse un temps. Quand j’ai, par exemple, une quatrième idée, je m’installe et je me mets à écrire. J’écris soixante, soixante-dix, quatre-vingts pages. J’arrête. Je laisse le roman dans un coin comme si je me mettais à un autre et j’écris quelques nouvelles, de la poésie, et je retrouve le roman que j’avais mis dans un tiroir. Quand je le reprends, généralement je lis et ça me plaît. Je me dis que je vais continuer. Ce que je ne veux pas c’est vraiment écrire en mode « automatique ». Car personne n’est obligé de finir un roman. Ce n’est pas grave si je n’écris pas, si je ne publie pas d’autres romans. Au lieu d’écrire un roman en mode « automatique », je préfère le laisser dans un coin, jusqu’à ce que je l’ouvre, je regarde, je sens que ça part bien et je continue.


C.D. : En France, on est prêt à souffrir pour écrire des romans. Jean-Patrick Manchette, auteur de polars, en entendant d’autres auteurs se plaindre durant les tables rondes qu’ils ont « porté ce livre », qu'ils « ne peuvent pas le lire parce que cela les perturbe », dit souvent qu’il ne faut pas se rendre malade pour de la littérature, qu’il faut faire autre chose.

C.S. : Effectivement, j’ai discuté avec Jean-Patrick Manchette à Pau et on a beaucoup parlé de cette « maladie » même si lui ne parle pas espagnol et moi français, mais plus on buvait de vin et plus on se comprenait. C’est lui qui m’a beaucoup soutenu dans l’apprentissage de la langue française. Et d’ailleurs, quand je suis venu en France pour la première fois, dans un salon du polar à Lyon, il m’a beaucoup aidé. Avant, je ne savais pas dire « oui » en français. En fait, lui n'a su qu’au dernier moment qu’il y avait quelqu’un, un hispanophone, qui arrivait avec un roman plein de poésie et d’humour. Il a acheté un Stephen Fry et le lendemain on a eu une table ronde sur le polar et l’humour. On était six auteurs et il est le seul à avoir parfaitement compris l’idée de mon roman. Il en a fait la promotion et je n’avais plus rien à dire de mon côté. Il se trouve que lui aussi a écrit un roman sur un couple qui vivait dans un camp naturiste et il se trouve également que je venais de publier mon premier roman sur un personnage dans un camping. Au final, il disait à tous les gens qui venaient pour une dédicace de son dernier roman, d’aller voir ceux de Carlos Salem. Le lendemain, je devais me lever tôt parce que l’après-midi, je devais rentrer à Madrid. Il m’a demandé à quelle heure je partais, je lui ai répondu que je partais dans une heure, une heure et demie, il s’est mis alors à faire la « promo » de mes livres en disant : « Achetez ! Achetez ! C’est un excellent roman » et j’ai vendu tous mes livres. Depuis lors, je lis ses romans très lentement en français et effectivement je suis d’accord avec lui quand il dit que quand on souffre d’écrire, il faut faire autre chose.



C.D. : Pour Paco Ignacio Taibo, on n’écrit pas de romans policiers ou de polars mais des « nouveau romans d’aventure ». Qu’en pensez-vous ?

CS : Je pensais déjà ça avant que Paco Ignacio Taibo ne le dise. Et c’est toujours ce que j’ai voulu faire. Jusqu’à ce que je m’y mette réellement. Pour moi, Paco est un grand maître. Je suis un grand amateur de ce que fait cet auteur. C’est un détective particulièrement efficace. Paco a publié soixante-deux romans. Pour ma part, je n’en ai publié que onze. Dans Je reste roi d’Espagne qui sera édité en France l’année prochaine, il est question d’un détective qui s’appelle Felipe Marc Lopez en référence à Philip Marlowe.

Je pense que le roman noir a tout le temps un fond social. Mais chacun raconte cela comme il veut. Pour ma part, pas particulièrement sauf si c’est un gros roman. Je n'aime pas que dans un roman on me raconte par exemple comment se passe le trafic d’organes. J’ai l’impression que tout le reste, les personnages, tout cela, sert juste à remplir l'histoire. si j’ai envie de savoir comment cela se passe, je prends un documentaire et là je sais. Pour moi, le roman noir, le polar c’est un roman ancré dans les personnages mais bien sûr, il y a forcément une structure globale, une histoire, une intrigue qui met en scène ces personnages. Je suis d’accord avec Paco parce qu’il faut dire qu’effectivement c’est le nouveau roman d’aventure. Chaque détective qu’il crée réussit à faire ce que personne n’avait envie de faire . Contrairement aux justiciers, les héros n'ont pas besoin de porter des déguisements pour se sentir héroïques. Alors qu’en tant que détective, s’il avait fait deux pas de plus, il aurait pu être le délinquant qu’il est en train de poursuivre. C’est pour ça que cette figure a perduré jusqu’en 1939.

Le premier roman que j’ai écrit, j’ai pensé que c’était un bon roman, qu’il soit publié ou pas. J’ai fini de l’écrire je ne sais plus quel mois de l’année 1997, j’ai dû demander trois jours de repos. Je me suis vidé la tête en faisant la fête avec des amis pendant ces trois jours. Quand je me suis demandé, un peu plus tard, si le travail que j'avais fait avait du succès, sur internet j’ai appris qu’Oswald Olgano, à qui j’avais dédié mon premier roman, était mort. Quand j’ai rencontré Paco, c’était pour vérifier qu’il n’était pas mort. Comme je n’étais pas sûr de finir mes romans et de rencontrer les auteurs que j’admirais avant qu’ils ne décèdent, j’ai écrit des romans où je les ai inclus en tant que personnages. D’ailleurs dans ce roman (Je reste roi d’Espagne), le faux Zigliani est comme je l’imagine, comme je l’ai senti à travers les interviews. Avec Paco Igniaco Taibo, j’ai fait la même chose ; comme un personnage secondaire qui jouerait un rôle plus important qu’en réalité. Il fallait que ce soit quelqu’un de pas forcément exceptionnel et surtout un détective pour qui c’était naturel d’enquêter. Il n’y a personne incapable de ne s’étonner de rien. Paco a également une acuité, un don dont il pourrait très probablement vivre : il devine l’origine du Coca-cola, dans quel pays il a été fabriqué. Et finalement les personnages du roman finissent par ressembler aux personnages de la réalité.


Propos recueillis par Margot et Alice, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Article de Clémence sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM

 

 

 

 

 

 


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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 07:00

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Carlos SALEM
Nager sans se mouiller

traduit par

Danielle Schramm

Actes Sud,

Actes noir, 2010
Babel Noir, 2011






 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Carlos Salem est né à Buenos Aires en 1959. C’est un journaliste et écrivain qui vit à Madrid depuis 1988. Il a cofondé le bar culturel Bukowski Club en 2006, où il organise des rencontres hebdomadaires de lecture de poésie et de nouvelles. En 2007, il écrit son premier roman, Camino de Ida (traduit par Aller simple en français et publié chez Moisson Rouge, prix du meilleur premier roman à la Semana Negra de Gijón) et un an plus tard, il publie Matar y gardar la ropa (en français : Nager sans se mouiller). En novembre 2008, il écrit un recueil de nouvelles : Yo también puedo escribir una jodida historia de amor, et en mai 2009, sort son troisième roman : Pero sigo siendo el rey (Je reste roi d’Espagne).



L’œuvre

Le héros s’appelle Juan Pérez Pérez (mais tout le monde le surnomme « Juanito »), et dire qu’il a une vie compliquée serait un euphémisme. D’un côté, il est un timide père de famille, divorcé, cadre d’une entreprise multinationale qui « vend des compresses dans la moitié de l’Europe » et qui tente tant bien que mal de faire face à sa tyrannique ex-femme, qu’il a profondément déçue au cours de leurs années de mariage. De l’autre, il est Numéro Trois, tueur à gages efficace employé par l’Entreprise, dont la réputation n’est plus à faire et qui ne se pose pas de questions sur son métier.

Jusqu’à présent, il a toujours réussi à bien séparer travail et vie familiale sans jamais laisser son entourage découvrir l’autre facette de lui-même. Mais alors qu’il s’apprête à emmener ses enfants sur la côte pendant un mois (tandis que Leticia, va un mois dans un camp de nudistes avec son nouveau petit ami), un contrat de dernière minute l’oblige à modifier ses plans. Il doit désormais lui aussi rejoindre une plage de nudistes dans le but de tuer sa nouvelle cible sans quitter sa progéniture des yeux (sous peine d’avoir affaire à son ex-femme, ce qui, selon lui, est beaucoup plus inquiétant que d’avoir à affronter l’Entreprise elle-même). Alors qu’il arrive à destination, on lui communique le numéro d’immatriculation de la cible. Un numéro qu’il connaît très bien puisque c’est lui qui a acheté cette voiture à Leticia ! D’ailleurs il tombe nez à nez avec elle dès le premier jour car leurs tentes sont voisines, et, surprise, l’homme qui sort nu de la tente avec elle est le très célèbre juge Gaspar Beltrán, réputé pour chasser le crime au péril de sa vie. Il est un des trois hommes pour qui Juan éprouve de l’admiration.

Il apprend tout de même à son grand soulagement qu’elle a vendu la voiture, et que c’est donc son nouveau propriétaire qui est visé, non elle. Mais à sa grande horreur, il se rend compte que celui qu’il doit tuer est Tony, un ami d’enfance qu’il a mutilé deux fois, sans le faire exprès, à l’œil et à la jambe, quelqu’un envers qui il se sent responsable et qu’il ne pourrait jamais se résoudre à assassiner. Il finit par soupçonner l’Entreprise de lui tendre un piège, car cette mission mêle beaucoup trop sa vie privée avec son travail, ce qui est interdit. Cependant, il a beau chercher, il ne voit pas ce qu’il a pu faire contre elle (il n’a jamais posé de problème, n’a jamais eu connaissance d’informations compromettantes et s’est toujours acquitté de ses missions consistant à « expédier ses colis » — traduction : tuer ses cibles — avec soin et efficacité).

En même temps qu’il se pose toutes ces questions, Juan fait la rencontre d’une jeune femme, Yolanda, dont la beauté et le sourire font chavirer son cœur, et d’un vieil homme, Andrea Camilleri, qui sera pour lui une figure paternelle mais qui cache un lourd secret.

La narration est très légère, dépourvu de descriptions superflues. Elle est conduite à la première personne et nous voyons l’histoire à travers les yeux de Juan, ce qui nous permet de mieux nous assimiler à lui. Le style de l’auteur est assez cru et on assiste parfois à quelques scènes sexuelles, sans excès de détails.

Les personnages sont drôles et attachants, car très humains. Ils ont des défauts qui leur donnent une dimension plus réaliste et ils doutent beaucoup d’eux-mêmes ou de leurs actes, particulièrement le héros, qui a de plus en plus de mal à assumer ses deux personnalités. Il confond de plus en plus le travail et la vie privée et à certains moments, on peut même voir un début de schizophrénie : « Un moment, ce n’est pas moi qui ai répondu, mais Numéro Trois. C’est sa voix, son sourire et sa façon de marcher. »

Pour acquérir cette double personnalité, le protagoniste a eu un mentor : l’ancien Numéro Trois, dont on ne connaît pas le nom. Il lui a appris le métier après l’avoir recruté et il lui a expliqué « qu’on tue mal quand on hésite, parce que les balles le savent. » À l’époque, Juan était le Numéro Trente-Trois. Il dit de son mentor que « le vieux Numéro Trois était un sanglier à qui rien  n’échappait » et ce dernier lui a prodigué des quantités de conseils utiles :

« Ceux qui tuent et après se lamentent sont comme ces putes qui pleurnichent après avoir été payées. Pour tuer correctement, il faut tout oublier, sauf la balle. La cible est vivante, d’accord, mais c’est une cible. Si tu te mets à penser que le type a une famille et tout ça, tu vas le rater, et tu vas le rater encore plus car il ne va pas mourir tout de suite et tu devras l’achever. Le mieux, c’est d’arrêter les conneries, viser et, puisque de toute façon tu devras livrer le bonhomme, le faire vite et bien. »

Ces conseils étaient parfois accompagnés d’une étrange philosophie : « se méfier des coïncidences et des putes aux petits seins ». Juan ajoute dans le livre : « Il m’aimait bien, à sa façon. Mais c’était une façon de merde. »

L’ancien Numéro Trois est mort avant que ne commence le roman. Son assassin n’est autre que son apprenti lui-même, qui l’a descendu sur ordre de l’Entreprise (mais pour savoir pourquoi, vous devrez lire le livre !) et qui a pu entendre ses derniers mots : « Il avait tué tant de gens que, lorsque ce fut son tour, ses dernières paroles furent pour apprécier l’efficacité du tueur. – Neuf sur dix, dit-il. Et il mourut. » Juan en vient à se demander si le fait qu’il l’ait tué il y a si longtemps et cette mission plus qu’étrange ne sont pas liés. Et toujours cette question récurrente : qui sont Numéro Deux et Numéro Un ? L’identité du premier est révélée à la fin du livre, mais vous ne le saurez pas dans cette fiche ! Lisez le livre, vous dis-je !

Un deuxième mentor apparaît au cours de l’histoire, qui n’est autre que Camilleri. Ce dernier est à l’opposé de l’ancien Numéro Trois : c’est un vieil homme qu’il rencontre au début de l’œuvre, écrivain, philosophe à ses heures perdues et dont le rêve serait de finir ses jours en Sicile. Il emploie beaucoup de métaphores pour illustrer ses réflexions :

« Quand on passe sa vie à lire, on finit par croire que la vie est un livre, qu'on peut revenir en arrière si l'on perd le fil de l'histoire. Mais ce n'est pas comme ça. La vie, notre propre vie, on ne peut la lire qu'une fois tout en avançant. Et connaissez-vous quelque chose de plus difficile que de lire en marchant ? »,

« Moi je continue à aimer les femmes belles, et je ne parle pas seulement des visages. Quoique aujourd’hui mon grand âge me pousse plus à la contemplation d’une toile qu’au plaisir de la peindre... »,

«  – Quel tableau serait-elle ? je lui demande. – Un moderne, parfait, millimétré et glacé. […] Il n’y aurait pas de traces de pinceau, et chez une femme belle ce qui importe ce sont les traces de pinceau. »

Il s’avère que ce personnage est authentique et est encore en vie. Dans l’œuvre, il guide Juan à l’aide de sa philosophie et de sa bienveillance en lui donnant des conseils pour faire face à sa vie si compliquée. On peut dire qu’il remplace le vieux Numéro Trois et le père qu’il a perdu quand il était petit.

Au niveau des relations père-fils, lepersonnage central a un rapport particulier avecAntoñito, qui est un petit garçon timide : « Il me fait penser à moi, quand j’étais moi. » Ce dernier est complètement dominé par sa sœur, Leti, qui tient beaucoup de sa mère et qui, comme elle, est très rationnelle et très dominatrice :

« Leti, allongée, envahissant des bras et des jambes le territoire de son frère qui se recroquevillait pour gêner le moins possible. Pauvre Antoñito qui ne sait pas encore que ça n’empêche pas certains de trouver qu’on dérange quand même. »

Avec l’adolescence, la ressemblance entre Leti et Leticia est de plus en plus frappante, ce qui gêne Juan. En effet, son ex-femme et lui ne sont divorcés que depuis deux ans et leurs relations, au début du livre, sont encore tendues. Elle continue de lui faire des reproches, particulièrement quand il entame sa relation avec Yolanda. Cependant, au fil de l’histoire, ils finissent par se réconcilier et elle lui fait même des avances, qu’il repousse au profit de la jeune femme.

Mais, comme dans chaque histoire, à chaque fois qu’il y a un héros, il faut un ennemi. Txema Arregui, qui apparaît à la moitié du livre, est en quelque sorte la « bête noire » de Juan. Ils ont souvent été confrontés l’un à l’autre, notamment pour une affaire de migales (mais je ne vous en dis pas plus !) et pour en savoir plus sur lui, le héros a eu une liaison avec sa fiancée, Claudia. Contre toute attente, il tombe follement amoureux d’elle :

« Avec Claudia […] j’avais l’impression d’être moi, même si je ne savais toujours pas qui était ce moi […] J’étais moi, comme je ne l’ai plus jamais été jusqu’à hier avec Yolanda. »

Mais elle meurt avant que ne commence le récit, tuée dans une ruelle sombre par deux junkies en manque. L’inspecteur, fou de douleur, mène son enquête et apprend que son amant est la dernière personne à l’avoir vue. Il en retiendra une vérité fondamentale : Juan Pérez Pérez a tué celle qu’il aimait !

La relation entre les deux personnages est pleine de contradictions : on sent qu’ils s’aiment bien, mais tout les oppose ! Ils s’apprécient, s’estiment, mais s’en veulent et se méfient l’un de l’autre.

Pour terminer, Juan manque parfois de romantisme dans son rapport avec la gent féminine. Ainsi, quand il raconte comment il a rencontré son ex, il dit : « Quand j’ai connu Leticia, je suis tombé amoureux de sa gaîté, de son goût de la vie. Et de son cul. J’adorais voir rire son cul. » L’auteur a quelquefois des qualificatifs étranges pour décrire les femmes comme : « cul rieur ». Cela ne donne pas une bonne image de la femme en général. Ainsi, la petite amie de Tony le trompe avec son homme de main, Leti envisage de coucher avec un garçon qu’elle connaît à peine dans le but de perdre sa virginité maintenant pour pouvoir poursuivre ses études tranquillement plus tard, Leticia, après avoir divorcé de Juan, essaye de tromper Gaspar Beltrán avec son ex en lui faisant des avances. Seule Yolanda, celle dont le héros est amoureux, n’a pas de comportement répréhensible.



Mon avis

C’est un livre passionnant. L’écriture est rafraîchissante, l’histoire est drôle, racontée avec beaucoup de légèreté et le suspense est gardé intact jusqu’à la fin. On s’attache facilement au personnage principal, qui tente de faire face aux drames de l’existence d’un agent secret comme aux catastrophes de la vie quotidienne. Les rebondissements sont inattendus et donnent plus de volume à l’histoire, notamment au niveau des relations des personnages. Pour parfaire l’ensemble, Carlos Salem parsème son récit de réflexions philosophiques et psychologiques qui, loin d’être lourdes, sont les bienvenues et sont souvent accompagnées d’une poésie agréable et profonde. Un seul regret : une fin un peu trop « happy » pour un thème aussi noir.

 

 

Clémence d. G., 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 07:00

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Parmi les invités,

 

Derib, Lax, Dauvillier, Cheret, Bergese, Loth, Pascal, Widenlocher, Annabel, Ben Basso, Caupenne, Cecil, Filippi, Jouannigot, Barbaud, Koeniguer, Liberge, Queireix, Sala, Revel.

 

Plus d'informations ici.

 

Plan d'accès là.

 


 

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 07:00

 

 

 

 

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Nathaniel Hawthorne
Le Hall de l’imagination
traduction

d'Alexandra Lefebvre

 Allia, 2006



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Nathaniel Hathorne naît en 1804. Il devient Nathaniel Hawthorne afin de se démarquer de ses ancêtres aux histoires troublées. Son enfance fut solitaire et rythmée par  ses lectures. Après  des études faites par défaut, il vit une retraite de douze ans afin de se consacrer à l’écriture. Il commence son œuvre par des nouvelles qu’il appelle « contes ». La Lettre écarlate, écrite en 1850, est son œuvre la plus fameuse. Cette fiction érige Nathaniel Hawthorne au rang des premiers romanciers américains. Il décède en 1864 après avoir inspiré son Moby Dick à Herman Melville.


 

Résumé

Les trois nouvelles du recueil Le Hall de l’Imagination sont publiées entre 1843 et 1846 dans le United States Magazine and Democratic Review, puis regroupées dans Mosses from an old manse (Les mousses du vieux presbytère).

« Le Hall de l’Imagination » (Hall of fantasy), première nouvelle, accueille deux amis réunis ici par hasard. Ils errent dans cet immense lieu, discutant et philosophant sur les groupes de gens qu’ils croisent au fil de leurs pas. On y découvre des poètes, des hommes d’affaires, des inventeurs ou encore un vieux sage annonçant la fin du monde. Les deux hommes, sans prendre part aux scènes qui les entourent, parient sur le devenir de l’humanité et en particulier de leur nation naissante : les États-Unis d’Amérique.

« Une soirée select » (A select party) a lieu dans un château d’allure gothique entièrement recouvert de feuilles d’or et comme posé sur de vastes nuages. L’Homme de l’Imagination accueille des invités ayant peu de choses en commun. Ainsi, quelques dizaines d’invités, dont le plus vieil homme de la Terre, Monsieur-on-dit et un patriote américain, partagent un dîner. La fonction de chaque invité est décrite au fur et à mesure que l’homme de l’Imagination les prie de rejoindre l’assemblée.

« La correspondance de P. » (P’s correspondence) nous est rapportée par son ami qui n’est nul autre que le narrateur. Il nous fait part de ses rencontres avec quelques grands auteurs et un Louis Napoléon Bonaparte faiblard. Seul problème, tous ces hommes sont bel et bien morts lorsqu’il les rencontre. P. croise notamment lord Byron, revenu à un train de vie et des mœurs exemplaires. De ce fait il ne comprend plus ses propres œuvres et a perdu sa plume incomparable. Nathaniel Hawthorne nous offre ici le premier modèle d’uchronie de la littérature en langue anglaise.



Analyse

Nous avons affaire à trois essais satiriques avec pour fil conducteur l’imagination. Elle semble être le prétexte à la déclamation ouverte des pensées de Nathaniel Hawthorne. Il utilise une description très précise des lieux afin de nous y mener avec simplicité. Cet état amène le lecteur à assister avec impuissance à des critiques sur son état et son futur.

L’Homme — qu’il ne soit plus, qu’il soit ou qu’il arrive en ce monde — est au centre du récit. On assiste à une allégorie morale pour les générations à venir grâce à la présence d’abstractions personnifiées. On croit deviner l’avis de Nathaniel Hawthorne sur la nature humaine : « Je veux que son entité, ronde et solide [la Terre], dure indéfiniment, et qu’elle reste peuplée par les hommes que je considère bien meilleurs qu’ils ne le croient eux-mêmes ».

Deux thèmes rappellent étrangement la jeune vie solitaire de Nathaniel Hawthorne. La lumière a une importance déterminante dans l’atmosphère donnée aux lieux. La lune est, en quelque sorte, le symbole de l’imagination et rappelle aux personnages qu’ils ne sont pas dans le monde réel. Le soleil baigne les lieux de différentes manières : à travers des vitraux, des barreaux ou bien directement. Il est synonyme d’espoir et de guide. La fenêtre tient une place de choix dans les descriptions et ambiances des lieux. Elle est la frontière entre le réel et l’imaginaire, le symbole de l’évasion de l’esprit dans l’imaginaire. Pour exemple : le château des airs, lieu de réception de la soirée select, est doté de centaines de fenêtres. Aussi, la chambre de P. a pour décor des murs à la chaux et une fenêtre munie de barreaux.

On croit aussi apercevoir les influences livresques de sa jeunesse solitaire. On ne trouve pas moins de vingt mentions d’auteurs ayant influencé les plus grands écrivains romantiques, Nathaniel Hawthorne en premier lieu. Ainsi, des hommes comme Walter Scott, François Rabelais ou Goethe sont mentionnés parmi les influences de la littérature dite « américaine » et non plus de la « Nouvelle-Angleterre ».

Les trois contes sont baignés d’humour. Dans « La soirée select » on peut croiser Monsieur On-Dit, qui aurait des origines françaises, s’occupant d’aller raconter des ragots dans toute l’assemblée. Lord Byron quant à lui est devenu tellement gros qu’il en est méconnaissable. Avec surprise on découvre un Walter Scott végétatif dans « La correspondance de P. ». De nombreuses situations comiques donnent un second degré aux événements les plus graves : l’Homme de l’imagination parvient à combattre les démons du passé de cette manière.
 


Conclusion

Le Hall de l’imagination est représentatif des débuts de la littérature américaine. Il est un bonheur de lecture pour qui aime l’atmosphère des récits puritains. Tous les thèmes préoccupant les auteurs américains de l’époque sont présents. Cependant Nathaniel Hawthorne apporte une touche particulière à ses récits : une imagination débordante. Grâce à elle le lecteur s’évade et se questionne. Cependant : « Les gens devraient réfléchir avant de se rendre à une invitation dans le royaume de Nulle Part »


Laëtitia, AS Bib 2011-2012

 

 

Nathaniel HAWTHORNE sur LITTEXPRESS

 

Hawthorne La Lettre écarlate

 

 

 

Article de Cynthia sur La Lettre écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 07:00

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Sylvain TESSON,
Dans les forêts de Sibérie
Gallimard, 2011





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je pratique un exercice qui consiste à se plonger dans des lectures dont la couleur propulse aux exacts antipodes de ma vie présente. »

C’est ce que nous propose Sylvain Tesson avec son dernier ouvrage : Dans les forêts de Sibérie. Habitué aux récits de voyage, il nous fait vivre son exil volontaire dans une ancienne cabane de géologue, de trois mètres sur trois, posée sur les rives du lac Baïkal, aux confins de la Sibérie et de la Mongolie. Sylvain Tesson emporte avec lui quelques « produits indispensables au bonheur » : des livres, des cigares et de la vodka qui nous accompagnent tout au long de la lecture.

Son expérience est relatée sous la forme d’un journal décrivant ses six mois passé en Sibérie, de février à juillet. Le récit des journées alterne entre descriptions poétiques de la nature, des activités quotidiennes, réflexions philosophiques et absorption de vodka, récurrente tout au long du livre et marquant les moments de solitude comme les moments de partage. Outre cette poétisation et une relation particulière à la nature, quelques thématiques se dégagent.



Une quête d’identité

Dans les forêts de Sibérie est tout d’abord un récit introspectif. Le bandeau apposé sur le livre indiquait la phrase suivante : « connais-toi toi-même ». Cette phrase, mise en exergue, nous donne un avant-goût de l’expérience menée par Sylvain Tesson, celle d’un homme en quête d’identité, de son identité. Rien de tel que d’être confronté à soi-même pour se connaître véritablement.



Une critique de la société

Des bords du lac Baïkal, Sylvain Tesson porte un regard dur et désabusé sur la société qu’il a quittée l’espace de quelques mois, en comparant les hommes à des « chasseurs-cueilleurs d’un monde dénaturé ». Pour s’extraire de cette société, de cette voie tracée d’avance, il prône la retraite comme moyen de révolte, révolte silencieuse à porté de tous : « L’ermite, lui, ne demande rien ni ne donne à l’État. Il s’enfouit dans les bois, en tire subsistance. Son retrait constitue un manque à gagner pour l’État. ».



Une solitude apparente

Cette vie d’ermite, qu’il a choisie pour un temps, lui permet de s’adonner à différentes activités et, quand ces dernières sont terminées, que reste-il à faire ? Lire et écrire. Ce récit nous donne l’impression que le temps s’est arrêté et que l’auteur en dispose à profusion. Le temps est une donnée importante dans cet ouvrage. Si importante que Sylvain Tesson nous invite à penser à un futur où les gens se mettraient en quête de ce temps, comme s’ils étaient à la recherche d’une denrée rare, aussi rare qu’un métal précieux. Fatalement, comme toute denrée rare, le temps et la solitude deviendront un luxe dans un monde de l’immédiat.

La solitude ne semble ici qu’une façade. Même si « la solitude est cette conquête qui vous rend jouissance des choses », il est paradoxal que dans un endroit reculé comme peut l’être le lac Baïkal, les rencontres se multiplient, avec d’autres habitants de ces cabanes qui essaiment sur le pourtour du lac ou avec quelques animaux. La description de ces rencontres nous invite à découvrir ces hommes et ces femmes du froid, au détour de quelques descriptions de leur façon de vivre.

Le propos est riche, poétique et le dépaysement total. Dans les forêts de Sibérie donne l’envie de se nicher dans sa propre cabane, loin des vicissitudes de notre temps en nous proposant un retour aux sources de la condition humaine.


Baptiste P., A.S. Bibliothèques/Médiathèques

 

Sylvain TESSON sur LITTEXPRESS

 

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 Article d'Élise sur Une vie à coucher dehors.

 

 

 

 

 

 

 

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 07:00

En inquiétante compagnie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carlos FUENTES
En inquiétante compagnie
Titre original
Inquieta compañia
Traduction française
Céline Zins
Gallimard, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir  Wikipedia.

 
Le  recueil

En inquiétante compagnie est un recueil composé de six nouvelles, publié en 2003 au Mexique et en 2007 en France. Ces nouvelles sont toutes écrites à la première personne du singulier, excepté la troisième, intitulée « En bonne compagnie », qui est écrite à la troisième personne du singulier. Le choix de la première personne permet au lecteur de s'immiscer dans la peau des personnages principaux et d'être en empathie avec ce qu'il ressentent, comme s'il était à leur place et vivait ce qu'ils vivent. Chacune des six nouvelles raconte une histoire sensiblement différente des autres mais elles présentent cependant toutes des caractéristiques communes. Ainsi, chaque récit tourne autour d'un personnage principal qui est au centre de tous les événements et les subit. Le schéma narratif est globalement le même dans la plupart des nouvelles : l'histoire débute dans un environnement réaliste et normal mais, peu à peu, va s'instaurer une atmosphère inquiétante (d'où le titre) flirtant de plus en plus avec l'étrange et le fantastique, le point culminant de cette atmosphère étant atteint à la fin de la nouvelle. Le personnage principal est impuissant face à ces phénomènes étranges et en est la première victime. Le lecteur, quant à lui, est complètement désorienté et même perdu car l'auteur mêle réalisme et fantastique avec une telle habileté que l'on est amené à se poser la question suivante : ces événements étranges sont-ils réels ou est-ce le personnage principal qui perd la raison et est victime d'hallucinations ? Toujours est-il qu'il y a une volonté de la part de l'auteur d'entretenir cette ambiguïté dans le but (on ne peut plus atteint) que le lecteur ne s'y retrouve plus. On peut donc noter que ce recueil s'inscrit dans le registre fantastique.

 

 Avis personnel

 La lecture de chacune de ces nouvelles m'a permis de m'identifier aux personnages principaux et de partager leur incompréhension croissante face aux phénomènes fantastiques auxquels ils sont confrontés. Ainsi, au fur et à mesure que les intrigues progressaient, je me sentais de plus en plus décontenancé et perdais mes repères dans des univers de plus en plus surnaturels, où les morts et les vivants, le réel et le fantastique, la raison et l'éventuelle folie des personnages principaux se mélangent complètement. La volonté de l'auteur d'entretenir ce flou a ébranlé, le temps de cette lecture, mon esprit rationnel comme celui de nombre de lecteurs. Selon moi, ce recueil de nouvelles a sur le lecteur l'effet escompté par l'auteur, ce qui démontre son talent dans un genre inhabituel chez lui, le fantastique.


Antoine Phénix, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

Carlos FUENTES sur LITTEXPRESS

 

Carlos Fuentes En bonne compagnie

 

 

 

 

 

 

Article de Marlène sur En bonne compagnie.

 

 

 

 

En inquiétante compagnie

 

 

 

 

Article deLaure sur En inquiétante compagnie

 

 

 

 

 

 


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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 07:37

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Julio CORTÁZAR
Cronopes et Fameux,1962
 titre original
Historias de Cronopios y de Famas
Gallimard

rééd. Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mélange de pataphysique et de magie verbale façon Boris Vian.

Des nouvelles à la Borges.

Un univers qui lui est propre.

Une invitation à ouvrir les yeux.

Une critique subtile d’une société enfermée.

Un auteur à découvrir de toute urgence.



Julio Corázar est né à Bruxelles en 1914. Il a été instituteur et professeur en Argentine. S’opposant au régime de Perón, il refuse une chaire universitaire. Il termine en temps record ses études de traducteur et s’installe à Paris en 1952. Il a écrit le présent recueil entre Rome et Paris jusqu’en 1959.



A travers quatre assortiments, Julio Cortázar nous régale d’une littérature drôle, surprenante, parfois surréaliste. Son écriture est déconcertante et chacune des parties (assortiments) nous emmène  plus loin dans son univers. On peut lire ce recueil comme une initiation nous apprenant à regarder différemment le monde  qui nous entoure.

Dans la vie, il existe toutes sortes de personnes, Julio Cortázar lui, range l’humanité en trois grandes catégories que sont les Cronopes, les Fameux et les Espérances. Nous sommes en quelque sorte tous des Espérances en devenir, en grandissant ; peut-être à la lecture de ce livre, certains deviendront des Cronopes et d’autres plutôt des fameux. Les Fameux sont des gens sérieux, ils sont prévoyants, organisés et n’aiment pas être surpris. Généralement, ils n’apprécient pas les Cronopes qui sont joueurs, irresponsables, rêveurs, distraits et j’en passe. Ce recueil par sa forme et par son fond, nous invite fortement à devenir un Cronope.



La première partie de ce recueil s’appelle « Manuel d’instructions » ; en effet, on y apprend dans des textes très courts à pleurer, à chanter, à se détacher de sa montre, marque du temps qui file, à tuer des fourmis et surtout à prendre conscience de la brique de verre qui nous enferme et des possibilités de vivre malgré ces parois. Tout en usant d’images qui laissent place à l’interprétation, l’auteur nous invite à agir différemment pour que la moindre course à la boulangerie devienne un parcours semé d’embûches ou de plaisir, au choix.



Le deuxième assortiment du recueil porte sur des « Occupations bizarres ». On a là des histoires un peu plus longues qui nous content la vie de personnes aux mœurs étranges comme construire un échafaud ou récupérer un cheveu dans les canalisations. L’auteur nous entraîne sur les pentes de l’absurde. Cela est très drôle et apporte tout de même son lot de critiques. Derrière le rire, on grince un peu devant l’attitude des voisins déçus de ne pas voir l’échafaud servir ou devant la tristesse forcée des gens en deuil. Cortázar se moque de ses concitoyens enfermés dans des codes qui les dépassent. Par  son regard critique, on assiste et on se moque des réactions des personnages tout en s’interrogeant quelque peu sur nous-mêmes.



Le troisième assortiment a pour titre « Matière plastique ». Son titre fait pendant à l’évocation de la brique de verre du début ; dans cette partie, Cortázar nous livre différentes activités et réflexions nous permettant de vivre en Cronope dans cette brique de verre. La partie s’ouvre sur l'évocation d’un écrivain obligé par sa secrétaire à employer les mots justes, ce qui l’attriste. Ce début n’est pas anodin car il semble effectivement que l’auteur adorerait se débarrasser du poids bien trop réel des mots. Dans cette partie, il nous fournit même des éléments bruts pour écrire un poème, un rêve. Cet assortiment est le plus varié du recueil, il en ressort une certaine folie, des idées étranges comme un manuel de géographie fourmi. Cette folie ambiante écarte les barrières de la raison, et invite à une nouvelle écriture qui ne s’embarrasserait pas d’une raison étriquée.



La quatrième et dernière partie se divise en deux avec la première et encore incertaine apparition des Cronopes, des Fameux et des Espérances. « Phase mythologique » et « Histoire de Cronopes et de Fameux ». Alors qu’il présente cette partie comme étant mythologique, il n’est pas du tout question de genèse ou autre apparition. Bien au contraire, ces êtres sont immédiatement présents et bien vivants. Ils dansent et chantent, sont tristes. On comprend peu de choses d’eux si ce n’est qu’ils s’inscrivent dans le même monde que nous et qu’ils ont un langage un peu particulier. Les histoires nous renseignent un peu mieux sur le type de personnalités dont il s’agit. Ces histoires évoquent des situations souvent absurdes mais tout à fait envisageables. Le fait qu’elles arrivent à la fin du recueil apparaît en quelque sorte comme un test pour savoir de quel côté nous nous plaçons. Les situations décrites sont caricaturales et on hésite constamment sur le côté à choisir s’il y en avait un. Tout penche tout de même du côté des Cronopes qui sont si attachants avec leurs pendules en feuilles d’artichaut et leurs maisons pleines de souvenirs épars. De toutes façons, l’être humain est socialement fait pour être un fameux, mais il a tout de même besoin de temps à autre de devenir Cronope et ce petit livre peut admirablement l’aider.



Pour conclure, je ne peux que vous conseiller de pénétrer l’univers de Julio Cortàzar car c’est un monde drôle et poétique. Ce recueil de nouvelles est parfois déroutant par la distance qu’il opère avec le réel et la raison, mais après tout, tout texte a quelque chose à dire, il suffit de bien l’écouter.


Sur ce, je vous souhaite Bonnes salènes, Crono Cronope.


Simon L., A.S. Bib.

 

 

 

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