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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 07:00

Dédicace à l'espace BD
Samedi 29 Octobre 2011

à 16h00

 

Emile-Bravo-Un-plan-sur-la-comete.jpg

Une épatante aventure de Jules

Volume 6, Un plan sur la comète,

éditions Dargaud

 

Emile-Bravo-Un-plan-sur-la-comete-copie-1.jpg

Plus d'informations sur  le blog d'Emile Bravo.

 


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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 07:00

R-B-octobre.jpg

jeudi 27 octobre - 20h
à l'Oiseau Cabosse

 

 

L'oiseau Cabosse
30 rue Sainte Colombe
3300 Bordeaux

tram ligne A place du Palais.

 

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:00

Carlos-Salem-Aller-simple.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carlos SALEM
Aller simple
Camino de ida, 2007
Traduit par
Danielle Schramm
Actes Sud,
Collection Actes Noirs, 2009
Babel Noir, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Quelques éléments biographiques
 
Carlos Salem est un auteur argentin né en 1959 à Buenos Aires. Il vit  actuellement en Espagne. Il fut traduit en France par les éditions Moisson Rouge puis par les éditions Actes Sud. Il est écrivain et journaliste. Il a également possédé un bar dans  la ville de Madrid ; Le Bukowski Club. Charles Bukowski est un écrivain qui l'inspire sans nul  doute. Aller simple est son premier roman traduit en France. Il a reçu le prix Mémorial Silverio Canada en 2008. Carlos Salem est aussi l'auteur de Nager sans se mouiller (2010) et de Je reste Roi d'Espagne (septembre 2011).



L'histoire
 
Tout commence le jour où la femme envahissante et acariâtre d'Octavio Rincon décède. Octavio, simple employé de l'état civil d'une petite ville espagnole, voit alors sa vie changée. Depuis vingt ans, Dorita envahit son existence et décide de ses choix et de  ses envies. Plusieurs fois, il a rêvé de la voir mourir. C'est pendant leur svacances au Maroc que  son vœu s'exauce. Une sieste funeste lui octroie cette libération. Ce sentiment d'être  libre, Octavio ne le ressent pas immédiatement. Il ne sait pas comment réagir, deux sensations  contradictoires l'envahissent : la peur mais aussi une joie inespérée. Il descend à l'accueil de l'hôtel pour  prévenir du décès de sa femme et éviter toute accusation fortuite de meurtre.

Une rencontre inattendue dans le bar de l’hôtel va quelque peu modifier ses projets. Un Argentin aux idées révolutionnaires, venu vendre des glaces dans le désert marocain va entraîner Octavio dans de nombreuses péripéties toutes plus drôles, inattendues et  périlleuses les unes que les autres. Son nom est Raul Soldati. Sa vision de la vie, libre et sans retour, va être  le fil conducteur de la nouvelle existence du modeste « monsieur tout le monde », qu'est Octavio.

Ensemble, ils vont se voir confrontés à un mafieux bolivien, trafiquant de  faux dollars, qui va les poursuive à travers le désert marocain pour récupérer un agenda  électronique contenant des informations précieuses et confidentielles. De nombreux personnages vont se  trouver sur leur route. Ils croisent une bande de hippies, dont un, nommé Charlie, se  trouve être un chanteur de tango décédé depuis de nombreuses années : Carlos Gardel. Ce dernier a pour but d'éliminer Julio Iglesias qui a fait des  reprises de ses chansons. Un hommage très mal considéré par l'artiste. Une  rencontre avec l'une des hippies, nommée Ingrid, va permettre à Octavio de  découvrir que la vie sexuelle éteinte qu'il avait avec sa femme n'était pas  du tout satisfaisante. Il se découvre un autre homme, viril et sûr de  lui. Son sexe, qui double de taille, est le symbole de cette virilité  retrouvée.

Remarquons que Carlos Gardel est mis en avant dans le roman avant chaque  nouvelle partie. Carlos Salem narre alors un passage de la vie du chanteur. Un mélange de fiction et de réalité, qui permet aux lecteur de connaître l'histoire de cet homme, symbole de  l'Argentine.

Octavio et ses deux compagnons de route quittent les hippies pour échapper au Bolivien, toujours à leur poursuite. Ils essaieront de récupérer le corps de Dorita resté à l'hôtel. Une diversion tourne mal, le bâtiment prend feu. Ils doivent une nouvelle fois fuir le Bolivien et les autorités marocaines sans avoir retrouvé le corps.

De retour dans la campagne et le désert marocains, ils croiseront de nombreux personnages atypiques : Gimaldi, un scénariste fantasque qui, pour son dernier « chef d’œuvre », tourne dans le désert, sans se préoccuper de l'absence de pellicule dans les caméras. L'équipe de tournage, consciente de cette absurdité, continue sans relâche à jouer pour ce  scénariste caractériel.

Après être tombé en panne de voiture, Octavio se voit contraint de trouver des outils. Il rencontre alors, dans un village isolé, un rassemblement de  touristes en attente devant une maison. Il se trouve qu'un écrivain de talent, reconnu mondialement et détenteur d'un prix Nobel de littérature, habite dans ce village. Octavio, contre tout avis, décide d’entrer chez ce dernier, appelé Mowles. L'auteur l'accueille avec curiosité et bienveillance. Les deux hommes discutent et l'auteur trouve enfin l'occasion de révéler son secret : il n'a jamais écrit un seul livre. Il s'est contenté de faire un mélange de diverses œuvres classiques. Malgré tout, la  profession, les journalistes et ses lecteurs lui vouent une admiration sans bornes. Il supporte de moins en moins ce succès immérité. Selon lui, ses lecteurs ne doivent même pas le lire. Ses livres sont justes bons à décorer les bibliothèques. Octavio lui propose de lui remettre sa propre histoire, quand tout cela sera fini et que lui et le corps de sa femme seront de retour en Espagne. Mowles accepte et se voit soulagé de connaître un jour peut-être une gloire méritée.

Octavio voit son périple finir par une nouvelle étonnante. Dans un élan de nostalgie, il appelle son domicile en Espagne. C'est sa femme qui répond. Une dispute éclate. Pour une fois Octavio, fort de son incroyable aventure, dit à sa femme ce qu'il pense réellement. Il refuse de venir habiter avec elle. Il lui avoue ne l'avoir jamais aimée et être, pour la première fois de sa vie, heureux. Après s'être débarrassé du Bolivien et de son équipe de tueurs, Soldati et Gardel repartent aux États-Unis, pour réaliser leur rêve d'entreprise et de vengeance. Octavio se retrouve seul pour enfin vivre selon ses envies. Il écoutera maintenant l'adage de son ami argentin : la vie n'est qu'un aller simple, il faut savoir en profiter.

 

Les thèmes majeurs
 
Le périple d'Octavio est un éloge du lâcher prise et de la liberté. Cet homme banal et sans histoire qui se laisse vivre sans prendre en compte ses envies, sans avoir une seule opinion ni le courage de se confronter à sa femme, va connaître en quelques jours ce qu'il n'a jamais osé imaginer en cinquante ans d’existence. Il va se libérer de toutes contraintes morales et sexuelles. Tout ce que sa femme ne lui permettait pas, il va le réaliser : les femmes, le sexe, l'alcool, la fête. Il se redécouvre et dépasse ses limites.
 
Cependant, tout n'est pas si simple. Une culpabilité l 'envahit fréquemment. Le corps de sa femme est resté dans la chambre d'hôtel. Il tient absolument à le récupérer, pour procéder à un enterrement dans les règles, en Espagne. Cette idée va être son objectif pendant toute l'histoire. Sa femme décédée reste présente. Dès qu'il vit un moment de joie ou qu'il se montre courageux, il aimerait que Dorita soit là pour le voir. Il se sent coupable mais aussi  fier de tout ce qu'il fait. Sa femme qui le considérait comme un minable, ne verra jamais le nouvel Octavio.
 
L'humour est également très présent dans ce roman. Malgré des personnages désespérés et frustrés, le décès d'une femme, et les envies de meurtres d'un mafieux, l'histoire nous apparaît légère, pleine d'ironie et de situations extravagantes.
 
L'amitié qui lie Octavio, Soldati et Carlos Gardel est aussi un élément majeur de l’œuvre. C'est grâce à ces deux hommes qu’Octavio réussit à changer de vie et à résister à toutes les épreuves qu'il rencontre. Cette amitié masculine est révélatrice d'un monde  machiste où les femmes ne trouvent leur place que dans un lit ou dans une tombe. Dorita est la caricature de la femme envahissante et insupportable. Son mari incapable de se prendre en main,  n'est-il pas la raison de tout cela ? Les femmes qu’Octavio rencontre par la suite sont simplement des objets sexuels. Il ne se lie jamais avec elles. Sauf Ingrid, qu'il retrouve, par hasard, à la fin du roman.



Pour finir, Carlos Salem fait de nombreuses références à ses contemporains, une sorte d'intertextualité que l’on découvre dans les noms des personnages. Raul Soldati évoque un réalisateur et écrivain italien du même nom. Le prix Nobel Mowles (Paul Bowles ?) possède un chat : Jorge Luis, en référence à Jorge Luis Borges, figure emblématique de la littérature sud-américaine. Octavio Paz, grand poète mexicain serait, quant à lui, à l'origine du prénom du personnage principal du roman.



Extraits
 
« Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances. J'en étais sûr. J'avais passé vingt de nos vingt-deux années de mariage à  lui inventer des morts fantasmatiques. Et quand enfin cela arriva, ce ne fut  aucune de celles que j'avais imaginées. Mettant de côté les attentats les plus divers, les poisons et les piranhas dans la baignoire, qui étaient surtout des exercices innocents de réconfort, j'avais toujours su qu'elle mourrait avant moi et dans un lit. »
 
« — Moi aussi j'ai longtemps été triste. Ça ne m'a servi à rien. Longtemps après, j'ai découvert que tous les chemins qu'on prend sont sans retour..
— Jusqu'où ?...
— C'est ce qui compte le moins, répondis-je. L'important c'est d'aller, de faire, de rire, de pleurer, de vivre. Ce sont des verbes, de l'action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce que être malheureux, c'est aussi un choix, mais un choix de merde. »
 
 
Justine Genois, 2e année édition-librairie

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

 Rencontre dans le cadre de Lettres du monde 2011.

 

 

 

 

 


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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 07:00

Eduardo-berti-La-Vie-impossible.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eduardo BERTI

La vie impossible
La vida imposible

traduction de

Jean-Marie Saint-Lu

Actes Sud

Coll. Le Cabinet de lecture, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eduardo-Berti.jpgBiographie rapide *
 
    Né à Buenos Aires en 1964
    Dans sa jeunesse il collabore dans des journaux argentins (Página 12, Clarín, La Nación).
    Fondateur d’une des premières radios indépendantes de son pays
    Il a crée une maison d’édition :  Editorial La Compañía.

    Il est également traducteur, critique littéraire et lecteur.

 
*  http://www.salondulivreparis.com/?IdNode=2100&Lang=FR&KM_Session=8446d08e763121c1818e5418aaf62484
 
*  http://notabene.forumactif.com/t3385-eduardo-berti-argentine
 
 

 

La vie impossible
 
C’est un recueil de 82 nouvelles, avec des récits courts (allant d’une phrase à trois pages maximum). L’auteur condense les histoires pour en extraire l’essence même. Il exclut le superflu pour se concentrer sur l’essentiel ; on se retrouve ainsi confronté directement au sujet de la nouvelle.
 
 « Quand on tient un sujet original, tout le reste est affaire de routine, de technique, de labeur artisanal patient et monotone » ( Sarane Alexandrian). On peut ainsi dire que les nouvelles de Berti n’ont pas besoin d’être développées ; elles se suffisent à elles mêmes.
 
Berti « étale devant le lecteur un trésor de romans à l’état d’embryons, de semences de récits qui, comme si elles avaient été saisies dans l’ambre, n’ont nul besoin de se développer davantage pour nous réjouir et nous étonner », ( Alberto Manguel dans la postface du recueil)
 
Les récits sont souvent absurdes ou fantastiques : « Maternité » raconte l’histoire d’un village où les femmes donnent systématiquement naissance à des animaux, ou encore « Le magicien et l’enfant » raconte comment un enfant disparaît après un tour de magie qui tourne mal, car le magicien a fait une crise cardiaque avant la fin et donc n’a pas pu faire réapparaître l’enfant. Et pour en citer un autre, dans « Papillon humain », une espèce de papillon fait le cycle inverse de ses congénères, il est d’abord papillon puis devient chenille. Ce nom lui a été donné car, tout comme l’homme, «  il naît libre et meurt en rampant ».
 
Les thèmes abordés sont divers, mais on peut en retenir quelques-uns comme ceux de la langue, du genre littéraire, ou encore des livres.
 
 
 
Exemples

 

« Bovary » raconte l’histoire de deux Lyonnais sexagénaires qui publient un livre intitulé Bovary, qu’ils ont mis quinze ans à écrire, en réutilisant tous les mots du roman de Flaubert mais dans le désordre.
 
Un autre récit raconte qu’un érudit hawaïen redécouvre un vieux roman oublié datant de 1739, dans lequel tous les personnages portent les noms de grands écrivains anglais qui donc n’étaient pas encore nés à cette époque : Fielding, Brontë, Conrad, Melville et autres ; « on connaît déjà un éditeur londonien qui a fait une proposition millionnaire à un romancier de dix-huit ans sans avoir lu son premier livre » juste parce qu’il faisait partie des trois noms encore inconnus qui apparaissent dans le roman.

 


Avis


 Alors que certaines histoires vous feront froncer les sourcils, d’autres vous feront écarquiller les yeux, une poignée vous feront douter, d’autres vous amèneront vers l’incompréhension. Plongez dans l’univers d’Eduardo Berti, et laissez-vous vous transporter à travers ces histoires incroyables, rapides à lire et simples à comprendre ; votre temps ne sera pas perdu !!

 
Pour en savoir plus :  http://www.chronicart.com/livres/chronique.php?id=8521
 http://publije.univ-lemans.fr/Vol2/pdf/3.2a.DELAFOSSE.publije2.OK.pdf
 
Bibliographie de l’auteur :  http://www.evene.fr/celebre/biographie/eduardo-berti-27389.php?livres ou  http://fr.wikipedia.org/wiki/Eduardo_Berti
 
 

 

 

Interview d'Eduardo Berti

« Buenos Aires, ma tête de Goliath » lors du salon du livre de Paris, extraits.
 
Quel regard portez-vous sur la littérature argentine ? On la résume souvent à quelques écrivains mythiques (Borges, Casares, Cortazar) et à des courants comme le fantastique. Cette vision des choses comporte-t-elle une part de vérité ? Partagez-vous l'impression de grande vitalité qu'elle donne ?

Oui, c'est une littérature très variée, très riche et très changeante, où on discute (encore) avec passion. Il est vrai qu'on peut la réduire à quelques noms basiques et à une tendance qui a été assez prédominante dans les années 1940, 1950 et 1960 : le néo-fantastique, ou fantastique quotidien, ou pour mieux dire le sinistre dans l'acception freudienne (« l'inquiétante étrangeté »), auquel on pourrait raccrocher Silvina Ocampo, Juan José Hernández, J.R. Wilcock, Marco Denevi ou Angel Bonomini, par exemple. Mais la littérature argentine est plus vaste, on y trouve aussi de grands poètes comme Alejandra Pizarnik, Alberto Juarroz ou Alberto Girri, des romanciers déjà classiques comme Sabato et Mallea ou un peu plus récents comme Puig et Saer, et surtout des écrivains presque impossibles à classifier, comme Macedonio Fernández…

 

 

 

Quelle serait alors la spécificité de la littérature argentine au sein des littératures hispanophones ?

Il est très difficile de répondre en quelques mots, mais on pourrait dire qu'elle est (grosso modo) très urbaine, avec une tendance à « l'auto-conscience » et aux jeux avec la raison. Bien entendu, elle comporte aussi une spécificité dans l'écriture, non seulement dans la « langue argentine » mais dans le fait que la littérature argentine a l'habitude et l'objectif d'être moins rhétorique que l'espagnole et moins baroque ou foisonnante que la littérature des Caraïbes.
 
[…]
 
Même si vous avez publié plusieurs romans, vous semblez avoir un goût particulier pour la forme courte : nouvelle, texte bref, vignette, voire aphorisme…

J'ai grandi en lisant des nouvelles. J'aime la forme courte depuis toujours. Et je n'aime pas qu'on considère que les nouvelles sont au roman ce que les court-métrages sont parfois aux long-métrages : un moyen d'apprentissage. Je sens que j'ai une tendance naturelle aux textes assez courts : en fait, mes romans ne sont pas très longs et, parfois, ils sont même composés de fragments ou de petits chapitres, surtout « Madame Wakefield ».

 
Pour lire l’interview en entier
 http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-eduardo-berti-argentine-salon-du-livre-ombre-boxeur-3181.php


Mélody, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 


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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 07:00

Albert-Sanchez-Pinol-Treize-Mauvais-Quarts-d-heure.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Albert SÁNCHEZ PIÑOL
Treize mauvais quarts d'heure
Tretze Tristos Trángols,
La Campana, 2008
Actes Sud, 2010
Traduit du catalan
par Marianne Millon


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De son métier, Albert Sánchez Piñol tire la matière première d'une œuvre au fondement anthropologique mais à la facture résolument romanesque. Auteur d'un essai et d'un recueil de nouvelles, le Catalan, qui continue d'écrire dans sa langue, connaît avec son premier roman, La Peau froide, un succès critique et public qui ne se dément pas à l'heure des parutions de Pandore au Congo et de Treize mauvais quarts d'heure. Chaque nouvelle expédition au cœur des ténèbres assoit une bonne réputation littéraire qui traverse les frontières et incite la presse à le comparer à Conrad ou Stevenson.

Source: www.evene.fr



Treize mauvais quarts d'heure est un recueil de treize contes qui nous interrogent sur notre condition d'hommes modernes. A la lecture, nos dimensions spatio-temporelles s'étirent et la distinction entre homme et animal ou folie et santé mentale se révèle ténue. Ceci afin de mieux épingler les travers du fonctionnement de notre société et notamment des relations à l'intérieur de celle-ci. Que ce soit sur le couple, la cellule familiale ou notre société dans son ensemble, l'auteur s'amuse à tendre un miroir à son lecteur qui ne peut que s'interroger sur lui-même et ses contemporains. L'auteur passe par des personnages aussi divers qu'un homme tombé de la lune, un zèbre, un naufragé, un épouvantail et bien d'autres encore. Une résonance entre les différents contes du recueil démultiplie le sens, même s'ils ont parfois une tonalité très différente, qui va d'une naïveté apparente à l'horreur.

Les récits sont courts, l'écriture va à l'essentiel et est riche en images très évocatrices. Les chutes sont tantôt drôles tantôt terribles ou alors terriblement drôles. Le lecteur est directement embarqué dans la narration, dans un ailleurs qui n'est qu'un autre lui-même. La tension entre la gravité des maux que l'auteur dépeint et le ton léger, humoristique qu'il emploie met en relief beaucoup de nos défauts: c'est pour cette raison que le lecteur passe treize mauvais quarts d'heure en lisant ces treize contes.



Dans la première nouvelle du recueil, « Quand les hommes tombaient de la lune »,  Piñol nous rappelle que nous avons la mémoire courte, nous oublions d'où nous venons, nous oublions que l'homme en face de nous qui a une peau de zèbre et des cornes est notre semblable. Pire : nous finissons par n'être plus que des répliques les uns des autres ; en témoigne l'homme tombé de la lune, qui après avoir perdu sa peau d'animal et ses cornes pour s'acclimater à la société des hommes n'en est pas plus humain pour autant ; le narrateur, un petit garçon qui a encore un regard juste, le décrit par la négative : « Ni riche, ni pauvre, ni grand, ni petit, ni gros, ni maigre. » p. 18. Lui non plus « n'aimait pas se rappeler la vérité » dit le petit garçon au sujet de l'homme tombé de la lune. Ce qui caractérise ce dernier est avant tout la crainte du regard de l'autre.

Seule la grand-mère que l'on ne laisse pas parler a de la mémoire : elle se souvient d'où ils viennent...



Cette question de la mémoire se révèle importante dans les différents récits du recueil. L'auteur fait ponctuellement référence à des civilisations anciennes et disparues ; parallèlement à cela il utilise un fonds culturel commun pour mettre en perspective le vide des relations et la difficulté de l'homme à être sa propre mesure.



Dans « Tout petit, toux de chien, plus grand, patte d'éléphant » un enfant voit l'un de ses avant-bras transformé en patte d'éléphant. Plusieurs membres de sa famille vont graviter autour de lui et donner leur avis sur ce qui lui arrive. Il s'agit de l'irruption de l'inhabituel dans une famille très banale, mais cette patte d'éléphant ne parvient pourtant pas à dynamiter la banalité des relations. Il s'agit en quelque sorte de la Métamorphose de Kafka sur un mode mineur. Un passage sur le signifié des mots nous intéresse en particulier:

P. 62 : « Là, je voudrais préciser que ma tante avait une façon d'utiliser l'expression "Mon Dieu !" comme personne sur cette planète. C'était un "Mon Dieu !" qui vidait toute chose de sens. De tout sens. Si le président Roosevelt avait entendu le "Mon Dieu !", l'attaque contre Pearl Harbor lui aurait semblé insignifiante, il n'aurait jamais déclaré la guerre au Japon, et Hiroshima et Nagasaki seraient toujours debout. »

À l'image de ce mot, « Dieu », le vide a envahi la cellule familiale, et finalement avoir une patte d'éléphant, ça ne change pas grand-chose...



« Titus » est un récit au passé simple qui a pour cadre la Rome des Césars. Un patricien, pour asseoir son autorité, va se créer des ancêtres de toutes pièces. Il va transmettre l'héritage de ces faux ancêtres à sa descendance jusqu'au jour où l'un d'entre eux va lui poser une question à ce sujet. Ce n'est pas cette question qui va déstabiliser notre patricien mais une autre question, fondamentale : est-il, lui, digne de ses ancêtres imaginaires ?



Originellement, un conte est l'interprétation, à l'oral, d'une matière commune. L'auteur joue avec ce genre. Par exemple sous le titre  « Le roi des rois et les deux villes », l'on trouve l'indication : « C'est l'histoire que le corbeau a racontée à l'épouvantail », ce qui est une référence à un autre conte du recueil, « L'épouvantail qui aimait les oiseaux » dans lequel, effectivement, l'oiseau raconte un conte à un épouvantail. L'on trouve donc un effet gigogne intéressant.

Par ailleurs Piñol reprend certains motifs très connus de notre culture afin de les adapter à l'homme contemporain : que ce soit Jonas dans le ventre de la baleine ou la nef des fous, à chaque fois le sens premier de l'œuvre originelle est détourné.



«Entre le ciel et l'enfer » est la prise de conscience, en une fraction de seconde, de la médiocrité de sa vie d'un « employé de bureau plongeur sous-marin » avalé par une baleine. Alors qu'il se croit dans le ventre d'une baleine, « l'employé de bureau plongeur sous-marin » ne semble éprouver aucune angoisse quant à sa situation présente, son angoisse étant de parvenir à s'extraire de la masse de ses semblables et à être quelqu'un grâce à l'aventure atypique qu'il est en train de vivre. Il se situe donc à l'opposé de Jonas dans la Bible à qui les trois jours passés dans le ventre du « grand poisson » vont permettre de se repentir car il a désobéi à Dieu, et de renoncer à toute vanité. La chute de ce conte moderne est particulièrement spectaculaire et drôle, sans parler de l'ironie profonde qui s'en dégage.
BRANT-LA-NEF-DES-FOUS.gif


« La nef des fous » est le titre de plusieurs œuvres, notamment d' un ouvrage allemand écrit par le Strasbourgeois Sébastien Brant à la fin du XVe siècle et qui fut véritablement un best-seller européen. Cette œuvre inspira de nombreux artistes, et continue encore aujourd'hui à être une matière vivante. C'est aussi le titre d'un tableau de Jérôme Bosch, peintre néerlandais dont l'œuvre se situe au tournant du XVe et du XVIe siècle. Pour résumer, ces deux artistes déplorent les folies des hommes, ceci dans un contexte socio-historique chrétien.

Le tableau de Bosch est « une critique de la folie des hommes qui vivent à l'envers et perdent leurs repères religieux. » tandis que l'œuvre de Brant établit un catalogue des folies des hommes, tous embarqués sur un navire qui part inexorablement à la dérive.

« La nef des fous » est un récit au présent de l'indicatif. Un naufragé est sauvé par un navire rempli de fous qui sont à mi-chemin entre l'humanité et la bestialité. Le naufragé réalise alors où il se trouve : il se souvient d'une curieuse coutume. Ils vont croiser un navire qui navigue en sens contraire, un bateau de pêche nordique. Le naufragé va vouloir embarquer sur ce bateau-ci en prouvant qu'il n'est pas fou. Pour se justifier, il tente de convaincre les chrétiens du bateau de pêche qu'il est lui-même un pilote aguerri... ; il est même allé sur la lune ! On se met à douter de sa santé mentale. Où est la folie? Où est l'humanité et la bestialité ?

Il s'agit d'un texte particulièrement riche, d'une réécriture du tableau de Jérôme Bosch ou de l'œuvre de Sébastien Brant : à l'âge moderne les travers de l'âme humaine ne peuvent plus être catalogués comme l'a fait Sébastien Brant dans son ouvrage. Les deux bateaux, face à face, finissent par ne plus se distinguer l'un de l'autre.



La mémoire, c'est aussi se rappeler tout au long de sa vie une prostituée cubaine que l'on a précipitée dans l'armoire conjugale au moment où sa femme rentre à la maison. Alors que cette armoire se révèle magique l'on se demande sa vie durant si cette Cubaine pour qui l'on a eu le coup de foudre va réapparaître à un moment ou un autre. Et si l'armoire magique réservait d'autres surprises ? L'amour conjugal va-t-il être suffisamment fort ? « Dis-moi juste si tu m'aimes encore » est terriblement drôle et incisif.



Dans « N'achète jamais de churros le dimanche », il s'agit d'oublier la mort accidentel d'un enfant dont on a été en partie responsable. Toutes les instances de la société, si efficaces, vont nous y aider. Jusqu'à la mort du prochain enfant ?



La mémoire peut être une clef de lecture, parmi d'autres, de ce recueil. J'ai apprécié cette lecture car l'auteur, avec beaucoup de légèreté et d'humour nous place face à notre « ère du vide » et nous force à nous questionner. Derrière une apparence de naïveté, ces différents textes sont riches de sens et incisifs. Cependant un texte en particulier me semble énigmatique, « Je n'en peux plus ». Est-ce une parabole sur le choc entre civilisation moderne et sociétés traditionnelles qui se trouvent à bout de souffle à cause de nous ? A vous de vous faire une opinion...


Marie-Laure, A.S Bib.-Méd.

 

 

 


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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 07:00

Jonathan-Coe-dedicace.jpg

Jonathan Coe, écrivain britannique, était l’invité d’honneur de la 7e édition du salon Lire en Poche de Gradignan.
 
 Né le 19 août 1961 à Birmingham, il a étudié à la King Edward's School à Birmingham et au Trinity College à Cambridge avant d'enseigner à l'Université de Warwick.
 
Il doit sa notoriété à son roman Testament à l'anglaise qui est une critique de la société britannique des années du thatchérisme et qui a obtenu le prix Femina étranger en 1995. Il a également reçu le prix Médicis étranger en 1998 pour La Maison du sommeil.
 
 
Ses romans traduits et publiés en France :
 
La Femme de hasard (The Accidental Woman) (1987)
 
Une touche d'amour (A Touch of Love) (1989)
 
Les Nains de la mort (The Dwarves of Death) (1990)
 
Testament à l'anglaise (What a Carve Up !) (1994)
 
La Maison du sommeil (The House of Sleep) (1997)
 
Bienvenue au club (The Rotters' Club) (2001)
 
Le Cercle fermé (The Closed Circle) (2004)
 
La Pluie avant qu'elle tombe (The Rain Before It Falls) (2009)
 
La Vie très privée de Mr Sim (The Terrible Privacy of Maxwell Sim) (2011)
 
 
Jonathan Coe a également écrit trois biographies de personnes illustres dans le monde du cinéma : 
 
 Humphrey Bogart, la vie comme elle va (1991)
 
James Stewart, une biographie de l'Amérique (1994)
 
 B.S. Johnson, histoire d'un éléphant fougueux (2004)

 

 

Jonathan-Coe-entretien.jpg

 

L’entretien
 
 L’entretien a été animé par Jean-Luc Furette et traduit par Paul Veyret.
 
 
Jean-Luc Furette Avant de devenir écrivain à temps plein, quel était votre parcours ?
 
Jonathan Coe Bonjour à tous ! Je suis très honoré d'être parmi vous, dans cette belle région et avec ce temps magnifique, très intéressé par tout ce qui se passe ici ! Quant à mon CV, à ce que j'ai fait avant d'être écrivain : quand j’y pense, j’ai toujours été écrivain et j’ai toujours voulu être écrivain à plein temps. Et on peut, si on veut, trouver le début de ma vocation, j’ai le souvenir d’avoir écrit à huit ans ma première histoire qui, en fait, n'était pas vraiment une histoire mais j'en étais très fier ; c'était un premier roman, ça  faisait environ 150 pages que j’avais écrites dans mon cahier d’écolier et divisées en chapitres. Quand je l’ai terminé, j’étais extrêmement fier et j’ai dit : « Ça y est, j’ai écrit un livre » et donc peut être que c’est là qu’on peut dater le début de ma vocation d’écrivain mais je n’ai pas de souvenirs de ne pas avoir voulu être écrivain à temps plein.
 
Je viens d’avoir cinquante ans il y a un mois et avec le temps qui passe, je trouve que la nature humaine est vraiment très mystérieuse et la raison pour laquelle j’écris est aussi mystérieuse. Quand j’essaye de penser à mon métier, je pense à ma vie qui est de raconter des histoires, de raconter des mensonges pour le plaisir de mes lecteurs. Quand j’essaye de me demander pourquoi, quelle est ma motivation, je me dis que peut être au fond ce serait l’ennui parce que je m’ennuyais quand j’étais enfant, quand j’étais jeune. Je viens de la banlieue de Birmingham, banlieue assez morose et peut être que, si à l’époque je n’avais pas eu cette vie qui était beaucoup plus simple que maintenant, — on n’avait pas internet, pas Facebook, à l’époque je passais mon temps seul dans ma chambre à imaginer des histoires —, dans les années 70, si je n’avais pas eu cette vie, je ne serais peut être pas devenu écrivain. Et peut être qu’au fond, il y a toute une génération d’écrivains en ce moment, à cause des réseaux sociaux, à cause de Facebook, est en train de disparaitre.


 
J.-L. F. Comment travaillez-vous aujourd’hui ?
 
 J.C.   J’ai différentes façons d’aborder l’écriture, tout dépend du moment où j’en suis dans le roman. Le problème est que je découvre qu’en vieillissant c’est de plus en plus difficile. J’ai surtout peur de me répéter. Une fois que j’ai mis toute mon énergie dans un roman, il me faut du temps pour retrouver cette énergie et aborder quelque chose de nouveau.
 
Ça fait deux ans que je réfléchis à un projet de roman, j’y réfléchis jour et nuit. Ce qui est important pour moi c’est surtout de ne pas me dépêcher, il faut vraiment attendre que l’idée arrive à maturation. En fait, c’est un processus de travail, un processus invisible. Lorsque mes amis m’encouragent, ma famille me voit assis dans mon fauteuil, aller prendre l’air, ils n’ont pas vraiment l’impression que c’est du travail et pourtant c’est une part absolument essentielle de mon travail d’écrivain.
 
Ensuite, l’étape suivante c’est l’étape de panique où je me dis : « Oh la la ! Ça fait deux ans que je n’ai pas écrit un mot, il faut absolument que je m’y mette, sinon ça ne viendra plus, je ne pourrai plus jamais écrire ». Alors même si le livre n'est pas prêt, même si le roman, l’idée n’est pas prête, je me lance. Et c’est ce que je vais faire dans les prochaines semaines.
 
Ensuite, l’étape suivante qui dure plusieurs mois, c’est lorsque je cherche la voie du roman et donc je me force à écrire. J’avance assez lentement et c’est un travail assez ingrat parce que chaque phrase que j’écris, chaque situation que je mets sur la page me paraît fausse, laide. Donc je me force à écrire même si je me dis que l’intrigue n’est pas encore totalement développée dans ma tête, que je n’ai pas encore tous les détails. Donc j’écris très lentement, environ une demi-page par jour et en me disant à chaque fois que ce n'est pas bon. J’avance en me disant tous les jours qu’il faut que je me force.
 
Un jour j’arrive à cette phase où avec un peu de chance bon je touche du bois —, l’idée vient, l’illumination est là. À partir de ce moment-là, l’écriture devient vraiment agréable. Ce n’est pas vraiment que le livre s’écrive tout seul, ce n'est pas vraiment ça, mais ça coule,  l’écriture vient. Et à ce moment, je change de méthode de travail, je deviens quelqu’un de très organisé. Je me rends tous les jours avec des horaires fixes, à l’appartement qui appartient à ma belle-sœur. J’y vais tous les jours, je m’occupe de cet appartement, j’arrose les plantes, etc. En fait, c’est un travail de bureau, de 9h30 à 17h et là j’écris beaucoup plus, de quatre à cinq pages par jour. Ce n’est pas que ça devienne vraiment agréable et facile mais au moins le livre devient plus réel.
 
Et pour finir, quand j’arrive environ à la moitié du roman, les choses s’accélèrent, j’ai l’impression d’arriver au sommet de la côte et ensuite quand on a dépassé le sommet, c’est la descente et c’est un peu en roue libre. C’est un moment extrêmement grisant pour moi, j’écris la deuxième moitié de ce roman, je l’aborde avec beaucoup plus de légèreté, j’écris beaucoup plus vite. Les deuxièmes moitiés de mes romans ont été écrites de façon beaucoup plus rapide. J’ai un rythme beaucoup plus soutenu, je travaille de dix à douze heures par jour et il me faut environ deux mois et demi à partir de là pour finir la deuxième moitié de ces romans. Et donc, pour résumer, la première moitié de mon roman, il me faut environ deux ans et demi pour y parvenir entre le moment où je commence à penser, à réfléchir et à écrire et pour la deuxième moitié, c’est environ deux mois.

 

 
J.-L. F.   Vous avez beaucoup observé les citoyens britanniques, vous vous êtes interrogé sur l’identité britannique, le contexte social, économique et politique. Quand vous racontez vos histoires, avez-vous des intentions, des objectifs politiques ?
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 J.C. Sans doute mon texte le plus politique j'ai simplement changé d'avis en vingt ans pour des questions politiques , disons le plus engagé politiquement, c'est un roman qui est sorti en France en 1995 sous le titre de Testament à l'anglaise, What a Carve Up ! en anglais, sorti en 1994. C'est un livre que j'avais commencé à écrire en 1990, et en fait, c'était une époque, une année très importante qui marquait la fin des gouvernements de Margaret Thatcher qui avait été Premier ministre pendant onze ans, et ça avait été pendant ces onze années une période de changements extrêmement radicaux, voire brutaux, qui avaient affecté toute la société britannique, et donc je me rendais compte en 1990 que j'avais un sujet tout à fait important sur lequel il fallait absolument que je fasse un roman.
 
Rétrospectivement, ce roman me paraît plein de colère, plein de mépris, mais aussi ce qui est grave, il y a pas mal de naïveté, pas de la naïveté littéraire, pas politique. À l'époque, quand j'ai commencé à écrire, j'avais vingt ans, je pensais que l’écriture pouvait changer l'opinion des gens.
 
S’il fallait utiliser des étiquettes, ce serait un roman de gauche et je me suis aperçu qu'aucun lecteur de droite n'a été changé politiquement après la lecture de ce roman.
 
Les gens me demandent si je voudrais écrire un autre roman comme celui-ci. D'abord ce roman est toujours très apprécié parce qu’il donnait une expression, il donnait une forme à des opinions politiques qui étaient partagées, c'était donc une expression littéraire de sentiments. Donc, on me demande si je vais en écrire un autre dix-sept ans après. Certes, il est dangereux de dire qu'on ne refera plus jamais quelque chose et effectivement je n'aime pas me répéter, ce roman en est un bon exemple, mais je pense néanmoins que le message politique de ce roman, qui était très clair, est toujours valable de nos jours en 2011. Ce message, pour le résumer, c’est qu'un système social basé sur l’intérêt individuel, une telle société n'est pas acceptable. Mais néanmoins, j'ai dit ce que j'avais à dire et je ne suis pas quelqu’un qui tienne à se répéter.
 
 

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J.-L. F.   Si je reviens à votre roman le plus récent, je dirai que vous avez un cheval de bataille qui me paraît apparaître avec force qui est que le monde moderne, technologique semble avoir écorné notre liberté et notre intimité n’est plus aussi grande qu’elle a été. Est-ce que la technologie ne restreint pas notre intimité individuelle ?
 
J.C.     Je pense qu’on n'est qu’au début de toutes ces questions qu’on se pose concernant la préservation de l’intimité, la limitation qui est faite aux libertés individuelles. De plus en plus d’écrivains veulent se pencher sur la question. Cette révolution technologique est aussi récente que profonde et dans le dernier roman qui vient d’être publié en France, La vie très privée de Mr Sim, je pose cette question qui appréhende les rapports humains et comment ils sont affectés par les nouvelles technologies.
 
Nous courons tous un grand danger, celui de se retrouver complètement atomisés, obnubilés par notre identité individuelle et d’en oublier comment on doit fonctionner en société. Je ne suis pas du tout contre les nouvelles technologies, elles permettent de nous connecter les uns aux autres et parfois c’est très utile, mais parfois, elles peuvent aussi nous séparer les uns les autres et l’intimité peut devenir difficile. C’est ce paradoxe que j’explore dans mon dernier roman.

 

 
J.-L. F. Quel est dans votre œuvre, le livre que vous nous conseilleriez de lire en premier ?
 
 
J.C. Tout dépend de la personne qui pose la question. Voici un autre paradoxe. Je n’écris pas dans le vide, ma principale motivation dans le roman c’est de donner du plaisir, si ça n’est pas le cas, le roman est un échec. Paradoxalement je ne sais pas qui est ce lecteur car j’ai un lectorat très varié. Donc je vais essayer de faire une réponse très personnelle.
 
D’abord, je ne me relis pas. Je préfère ne pas penser à des romans que j’ai déjà publiés. Je suis très critique. Ma réponse va donc être très lapidaire ; le roman que je vous recommande : le prochain ! Voilà la réponse que j’aime faire pour gruger les journalistes. Mais d’un autre côté quand je participe à ce genre d’événement, c’est extrêmement flatteur que des gens viennent vous voir parce que des romans déjà publiés ont été de grands moments dans leurs vies. C’est quelque chose de très palpitant pour moi ! Mais effectivement le plus souvent j’essaye de ne pas penser aux romans déjà parus.
 
Pour résumer, si on passait notre temps à se demander quel serait l'effet d'un roman sur le lecteur, on serait absolument paralysé, terrorisé. Et donc on est parfois très surpris des réactions des lecteurs et agréablement étonné de ce qu'un lecteur peut trouver dans son propre livre, des choses auxquelles on n'avait pas seulement pensé. J'ai d'ailleurs une anecdote pour illustrer ceci. Hier, un lecteur est venu me voir, je tairai son identité par prudence ; il m'a dit que deux de mes romans avaient absolument bouleversé sa vie. Il m'a dit : « Ces livres m’ont enfin décidé à quitter ma petite amie » et donc j'étais un petit peu embarrassé. En relisant, enfin, en me remémorant ces livres je me suis dit : « ah, oui, d'accord effectivement ». Mais en fait, c’est quelque chose d'assez embarrassant ; à la fois j’essaie de plaire, d'attirer mon lecteur, au sens neutre de lectorat, et en même temps j'essaie de m'en distancier.

 

 

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J.-L. F.   Concernant le cinéma, il y a plusieurs années, vous êtes venu au Jean Vigo pour une soirée cinéma très spéciale, et nous avons la chance que toute votre œuvre même l’œuvre de non-fiction est traduite en français ; je voudrais savoir ce que représente le cinéma dans votre vie ? Vous avez fait des biographies de réalisateurs, vous avez fait la biographie de B.S. Johnson ; c’est quoi le cinéma ?
 
 
J.C.   Je parlerai de l’importance de la télévision plutôt que du cinéma. Il faut se rappeler que je suis né en 1961 et que j’ai grandi avec la télévision. La télé britannique des années 70 est considérée comme l’âge d’or de la série télé. Quand je dis ça à l’étranger on ne me comprend pas. Il faut savoir que les meilleurs réalisateurs britanniques ont commencé à travailler pour la télévision. J’ai donc grandi avec ce média et ça se ressent dans la façon dont j’écris les dialogues. Mais à chaque fois qu’on a essayé d’adapter mes romans au cinéma, leurs adaptations étaient quelque peu ratées. On trouve que mes dialogues sont très cinématographiques mais, à chaque fois, dans le scénario on a réécrit ces dialogues. J'ai donc une oreille pour le langage ordinaire, que j'arrive à retranscrire dans mon écriture.
 
Mes romans ont des qualités cinématographiques mais, en même temps, ne sont pas du tout cinématographiques, ils sont longs avec des intrigues assez compliquées, des jeux dans le temps, il est souvent question de passés historiques, du passé d’une histoire personnelle. Et ça, je pense que ce sont des choses assez dures à traduire à l'écran. Bien sûr, j’ai essayé d’écrire des scénarios, et je me suis aperçu que c'était une discipline totalement différente.
 
J’ai une grande admiration pour les bons scénaristes qui savent raconter une histoire compliquée en quelques pages, parce qu'il faut savoir qu'un scénario de film tient en 120 pages. Par exemple dans Testament à l’anglaise, il y a quelque chose de très cinématographique, dans le montage, dans les références et le titre, comme dans un certain cinéma anglais des années 40, mais d’un autre côté il y a quelque chose de difficile à retranscrire : l'intrigue assez complexe qui se passe sur quarante ans, un laps de temps difficile à traduire. Donc finalement je pense que mes romans sont assez peu cinématographiques.
 
Peut-être que dans le cinéma britannique il y un manque d’espace, de grandeur, une absence de grands paysages. Le cinéma américain est caractérisé par son espace, ses paysages et sa lumière. Peut-être que le cinéma britannique est trop étroit, trop réaliste, pas assez cinématographique.   

 

 
J.-L. F.   Pour revenir aux poches, est-ce que vous aimeriez être publié directement en poche sans passer par la case grand format ?
 
 
J.C. Oui, l’édition de poche, je suis pour, je la préfère à l'édition reliée, mais malheureusement aucun auteur n'a assez d’arguments et de pouvoir sur son éditeur pour être publié directement en format de poche. Je trouve que l’édition grand format n’est pas vraiment agréable, c’est assez lourd, assez encombrant. Pour moi le choix des éditeurs est assez étrange.
 
Surtout que les éditeurs sont aujourd’hui menacés par toutes les nouvelles technologies comme les tablettes numériques et le téléchargement. Alors pourquoi ce premier obstacle du livre relié ? Je ne comprends pas vraiment tout cela.
 
Pour moi, mon premier livre en édition reliée, a été édité en 272 exemplaires, je me souviens parfaitement de ce chiffre tout à fait faramineux, et le livre est resté en librairie pendant un certain temps, et il a disparu avant d’être réédité en édition de poche, ce qui a propulsé véritablement les ventes de ce premier livre.
 
 


Public   Il a été dit tout à l’heure que l’inscription de vos romans dans la réalité politique sociale britannique donc devrait beaucoup parler aux Britanniques ; comment se fait-il que, ça a été rappelé, vos livres soient visiblement davantage lus en France que dans votre pays ?
 
 J.C. Il y a une réponse très simple. Pour les Britanniques, c’est une réalité qu’ils connaissent déjà parfaitement, qui leur est familière alors que pour les Français et les Italiens en particulier, il s’agit d’un bulletin d’informations sur la situation politique et sociale en Grande Bretagne à un moment donné. C’est une photographie d’une certaine réalité sociale et économique.
 
 


J.-L. F. J’avais visionné un reportage sur la télévision anglaise disant que vous étiez tombé amoureux de la voix de la jeune femme qui était dans votre voiture, dans votre Toyota Prius, sur le GPS. Est-ce que c’est fondé ?
 
 J.C. Oui c’est exactement ce qui arrive au héros de mon roman qui parle donc des relations entre l’homme moderne et la technologie, l’homme au sens opposé à la femme, l’homme qui à mon avis est plus proche, est plus intéressé par la technologie que la femme. Alors, oui, c’est légèrement autobiographique (rire).
 
Je suis plutôt lent quand il s’agit des nouvelles technologies. Par exemple, mon premier GPS je l’ai depuis 5 ans avec ma voiture, une Prius que j’ai toujours et donc j’ai une anecdote sur cette fascination pour les nouvelles technologies. J’étais avec ma femme et mes enfants au Pays de Galles sur une route assez simple. En fait, on n’avait pas besoin du GPS mais j’aimais bien l’avoir, avoir le plaisir, tout à fait fasciné de voir la carte se dérouler devant mes yeux et cette voix qui me parlait et  à un moment, je me souviens, la voix me disait « tourner à droite », « tourner à gauche » et ma femme me parlait en même temps ; j’ai dit à ma femme « tais-toi » (rire) et donc évidemment elle n’était pas très très contente. Donc cette anecdote a fait germer en moi l’idée de ce roman, c’est-à-dire que la voix de ce robot, cette voix synthétique était en fait plus importante pour moi que la voix de ma femme.
 
Une autre inspiration, une inspiration littéraire, c’est un roman de Flann O’Brien, The Third policeman, écrit en 1940. Je ne sais pas s’il a été traduit en français mais c’est un chef-d’œuvre absolu que je vous recommande. Donc, ça raconte l’histoire d’un homme qui est amoureux de sa bicyclette, qui a une relation absolument torride avec sa bicyclette. Alors donc vous aurez compris que ca appartient à la tradition de l’absurde, c’est quelque chose d’assez surréaliste et pourtant l’écriture en même temps est extrêmement précise, extrêmement réaliste et donc je crois que j’aborde dans mon écriture, dans mon travail un nouvel élément, c’est l’absurde. Ce serait la grande différence avec Testament à l’anglaise. Maintenant, la réalité que j’observe, je la trouve de plus en plus absurde et en fait, c’est un constat assez inquiétant que je fais, il n’y a plus de changement, plus de rachat possible pour nous. Voilà, j’aborde un virage absurde et irréel dans mes romans.


 
J.-L. F. Concernant la littérature française, vous disiez récemment que vous aviez lu le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert (qu’il faudrait réactualiser) ; quel est le dernier auteur français que vous avez lu ?
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J.C. Particules élémentaires de Michel Houellebecq est le dernier roman en français que j’ai lu.
 
Pour moi, Houellebecq est un véritable provocateur, c’est un compliment. C’est quelqu’un de tout à fait intéressant. Sinon, bien sûr Flaubert, le Dictionnaire des idées reçues et Bouvard et Pécuchet. Pour moi, Bouvard et Pécuchet est un roman très très moderne. Ces deux personnages, Bouvard et Pécuchet, seraient tout à fait heureux de vivre à notre époque, ils seraient comme des poissons dans l’eau avec Facebook, ils auraient certainement des blogs, ils posteraient des commentaires totalement inintéressants du matin au soir (rire). Et en fait, ce qui est intéressant avec Flaubert et  Bouvard et Pécuchet c’est que la réalité a fini par rattraper la fiction. Nous vivons à une époque de Bouvard et Pécuchet.
 
En Grande Bretagne, il est honteux de constater que pour un écrivain français, il est très difficile de trouver son lectorat. Il y a très très peu de traduction et les éditeurs sont assez peu aventureux ; même un romancier comme Emmanuel Carrère n’a pas tous ses romans traduits en anglais ; il y en a quelque-uns traduits chez un éditeur qui s’appelle Serpent's Tail, c’est un petit éditeur très courageux qui ne publie que des traductions.
 
Je trouve ce constat tout à fait alarmant parce que les écrivains britanniques et américains n’ont pas à avoir de monopole sur la littérature, il y a déjà un monopole sur la langue, et c’est quelque chose de tout à fait injuste selon moi.
 
 
 
Quelques précisions sur ses romans cités dans l’interview
 
 
Testament à l’anglaise
 
Un jeune homme dépressif et agoraphobe, Michael Owen, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d'écrire la chronique de l'illustre famille Winshaw. Il va ainsi découvrir des vices et des méfaits d'une ampleur insoupçonnée. Par une nuit d'orage, alors que tous sont réunis au manoir de Winshaw Towers, la vérité éclate.
 
 
La vie très privée de Mr Sim (Quatrième de couverture)
 
Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l'échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l'échec à l'âge adulte (sa femme le quitte, sa fille rit doucement de lui), il s'accepte tel qu'il est et trouve même certaine satisfaction à son état. Mais voilà qu'une proposition inattendue lui fait traverser l'Angleterre au volant d'une Toyota hybride, nantie d'un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux. Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d'étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d'éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l'entente et le bonheur d'être ensemble l'ont tant fasciné. Va-t-il les retrouver ? Et pour quelle nouvelle aventure ?
 
 
Notre avis
 
Très ouvert à la discussion, Jonathan Coe a partagé son humour et ses anecdotes pour le plus grand plaisir des personnes présentes à la conférence du salon Lire en Poche de Gradignan. A l’oral comme à l’écrit, l’auteur a de nouveau réussi à séduire ses lecteurs de longue date mais aussi à s’attirer les faveurs d’un nouveau lectorat.
 
Jonathan Coe est devenu en cinq romans l'un des talents les plus prometteurs d'Angleterre. Son  goût pour l’histoire et la société anglo-saxonne, et son humour font de lui un auteur très apprécié en dehors des frontières de son pays.
 
 
Sources
 
 Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jonathan_Coe
 Evene : http://www.evene.fr/celebre/biographie/jonathan-coe-6213.php
 
 
Liens
 
Autre interview de Jonathan Coe : http://www.sudouest.fr/2011/10/01/coe-et-la-culture-dominante-514573-2780.php
 
 
Agnès, Aurélie et Laëtitia. 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 


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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 07:00

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Laurent MAUVIGNIER
Ce que j'appelle oubli
Éditions de Minuit, 2011
 
 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Mauvignier est né en 1967. Diplômé en arts plastiques, il signe son premier roman, Loin d'eux, en 1999. D'autres comme Seuls en 2004 ou Des Hommes (2009) viendront étoffer une œuvre remarquable.
 
« Ce que j'appelle oubli » : les premiers mots d'une longue phrase de soixante-deux pages évoquant les derniers instants d'un homme de vingt-cinq ans, Michaël Blaise, Martiniquais battu à mort par quatre vigiles zélés, monstrueux d'avoir sanctionné d'une telle manière le  vol (puis la consommation) d'une canette de bière dans un supermarché.

Tout cela est arrivé à à Lyon en décembre 2009 mais Laurent Mauvignier ne relate pas un fait divers. Au contraire, le narrateur s'adresse au frère de la victime et ne donne aucun nom. L'auteur n'est en aucun cas journaliste, encore moins présentateur de journaux télévisés et le patronyme, tout comme l'origine du tabassé à mort importent peu ; ce sont la victime et sa souffrance qui sont mis en avant. Mauvignier cite les brèves de journaux pour frapper, comme l'a été le pauvre homme dans la réserve du magasin, la conscience des lecteurs endormis dans leur quotidien.

Le texte a beau se lire d'une traite et être court, à l'instar des minutes passées par les bouledogues en costume-cravate bon marché et mal ajusté à briser ces os et à enfoncer cette cage thoracique, le temps vécu par la victime, de l'interpellation jusqu'au coup final (fatal ?), défile au ralenti ; chaque rayon, chaque article, chaque caddie de supermarché est perçu comme si tous les détails, dans un instant de peur puis de douleur extrême, avaient leur importance. Car ces futilités, le texte semble les montrer comme l'antithèse du parcours vers la réserve. Elles sont la vie, quotidienne et insouciante au point que nul ne voit ce qui se trame.
 
Laurent Mauvignier délivre donc un texte sorti de nulle part, comme extrait d'une longue histoire et dont la ponctuation manquerait (pas une seule majuscule ni un seul point), écrit d'un seul souffle, comme lorsque la respiration d'un homme se bloque à cause de la violence des coups. Juste avant l'arrêt cardiaque.
 
 
Guillaume A., 2e année Bib.-Méd.-Pat. 2010-2011.

 

 

Laurent MAUVIGNIER sur LITTEXPRESS

 

Laurent Mauvignier Ceux d'à côté 

 

 

 

Article de Margaux sur Ceux d'à côté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 07:00

 
Dans le cadre des  « Lettres du Monde » / Argentina, Carlos Salem était présent à la bibliothèque de la Bastide à Bordeaux le 11 octobre 2011. Auteur de polars, argentin exilé en Espagne, l’auteur au look de pirate a eu l’occasion de parler de ses trois romans policiers traduits en France dont Je reste roi d’Espagne, sorti en septembre. Dans une ambiance conviviale, une dizaine de lecteurs et les bibliothécaires de la Bastide sont venus assister à cette rencontre animée par Christophe Dupuis, critique littéraire spécialiste du polar, aidé de Nayrouz Zaitouni-Chapin comme interprète.

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Présentation

Carlos Salem a déjà publié onze ouvrages au total si l’on ajoute sa poésie aux cinq romans policiers, tous parus en Espagne où il vit depuis une vingtaine d’années. Il a expliqué que peu d’auteurs argentins résidaient encore dans leur pays d’origine à cause du gouvernement qui ne s’intéresse que très peu à la culture, malgré de petites améliorations ces dernières années par la création de prix littéraires. De plus, le risque serait pour les auteurs de n’être aidé par l’État que si leurs œuvres sont en accord avec les idées du gouvernement. Mais ce n’est pas la seule raison : beaucoup d’Argentins, écrivains ou non, s’exilent à cause des problèmes politiques ou économiques du pays ainsi que par déception, désenchantement. Pour Carlos Salem et d’autres écrivains argentins, l’exil est aussi dû à la mauvaise vision systématique qu’ont les critiques littéraires du pays des journalistes qui se lancent dans l’écriture.

 

Entre Espagne et Argentine

La position de Carlos Salem en tant qu’auteur d’origine argentine mais résidant en Espagne n’est pas toujours facile à vivre pour lui. Au départ, le monde littéraire s’intéressait peu à lui car il était vu comme Espagnol en Argentine et comme Argentin en Espagne. Petit à petit, il a réussi à trouver sa place en Espagne en écrivant des romans qui se passent dans ce pays. L’année prochaine, un de ses romans sera pour la première fois publié en Argentine où il  n’était pas du tout connu avant son exil, à part dans le monde de la poésie. À cette idée, Carlos Salem était très inquiet car il avait peur d’être vu comme un traître par son pays d’origine puisqu’il écrit sur l’Europe et dans une langue propre à l’Espagne. Finalement, il recueille d’ores et déjà une critique positive puisque beaucoup de lecteurs argentins aiment ce langage. Il obtient aussi une bonne reconnaissance grâce au succès de ses traductions par Actes Sud en France car l’Argentine est particulièrement fascinée par notre pays. Carlos Salem estime donc que ses romans sont en partie espagnols, par les sujets et la langue utilisée, en partie argentin à travers le regard qu’il propose de l’Espagne dans ses romans.

 

Romans policiers

D’après Carlos Salem, chaque auteur qui écrit dans un genre particulier le fait grâce à son goût et à son expérience littéraire. Ainsi, s’il en est arrivé à écrire des romans policiers, c’est parce qu’il a été marqué par la lecture de Raymond Chandler à l’âge de quatorze ans. À ce moment-là, il s’est dit qu’il aimerait « écrire la même chose mais en mieux » (aujourd’hui il considère modestement ne pas avoir réussi). Au lycée, une de ses professeurs l’a poussé à lire et à écrire pour qu’il arrête de voler des voitures. En écrivant, il s’est rendu compte qu’il faisait apparaître systématiquement une arme à feu de calibre 38 dans ses histoires. C’est alors qu’il a commencé à se poser la question d’écrire des polars. Carlos Salem a ajouté que si beaucoup d’écivains latino-américains sont des auteurs de polars, c’est parce que la réalité même de l’Amérique latine est un roman noir, selon lui.

Aujourd’hui, il admet s’inspirer de l’œuvre de Raymond Chandler même si cela n’est pas toujours très visible dans ses romans. En effet, il a expliqué qu’il réutilisait plus la « musique » de Chandler que ses personnages ou la structure de ses romans. Il reprend donc son ironie ou encore l’éthique amicale des personnages qui ne peuvent pourtant faire confiance à personne.

Pour Carlos Salem et d’autres écrivains comme Paco Ignacio Taibo II, ni le polar ni le roman noir ne correspondent à l’écriture policière latino-américaine : ils préfèrent parler de « nouveau roman d’aventure ». Les particularités de leurs détectives sont qu’ils aiment leur ville, qu’ils sont habillés comme tout le monde et qu’ils étaient à un pas de devenir les délinquants qu’ils poursuivent. Carlos Salem considère que les auteurs comme lui vont à la recherche de ce qui n’intéresse plus la plupart des gens.

 

 

Je reste roi d’Espagne

 

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À l’origine, Carlos Salem ne souhaitait pas créer un détective stéréotypé qui lui servirait pour une série de romans. Il considère qu’il est nécessaire de créer un personnage très bien construit pour qu’une série possède un réel intérêt. Or cet exercice est très difficile et il n’a pas osé le faire jusqu’à Je reste roi d’Espagne qui devrait être le premier roman d’une série autour d’un détective nommé Txema Arregui. L’auteur avait déjà introduit ce personnage dans Nager sans se mouiller en tant que policier qui pense à devenir détective privé. Il avait pris soin d’en faire un personnage atypique avec une histoire personnelle mais sans qu’il soit alcoolique et pauvre. C’est un personnage qu’il voulait réel, adapté à l’Espagne actuelle, « en pleine force physique et mentale ». Carlos Salem a réfléchi à son détective pendant deux ou trois ans avec seulement l’idée qu’il aurait sauvé le roi cinq ans auparavant et qu’il s’ennuierait avec ses clients. Il se mit enfin à écrire ce roman lorsqu’il eut l’idée de faire de nouveau sauver le roi par Arregui. Ce roman commence donc avec la disparition du Juan Carlos sur laquelle le détective chandlerien va accepter d’enquêter. À travers ce livre, l’auteur résume ses vingt années passées en Espagne sur un ton ironique mais non moqueur car il considère désormais l’Espagne comme son pays. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’ont fait hésiter à publier son livre jusqu’à ce qu’il écrive les cinquante dernières pages. Avec ce personnage, Carlos Salem prévoit d’écrire sept ou huit autres romans.

 

 

 
Rapport à l’écriture

La manière dont Carlos Salem travaille l’écriture de ses romans peut être considérée comme originale. En effet, il n’écrit pas qu’un seul ouvrage à la fois mais plusieurs. Il a l’habitude d’écrire de 70 à 100 pages d’un seul coup puis de laisser l’ouvrage travaillé dans un coin avant d’y revenir quand ça lui plaît vraiment. Il n’écrit que lorsque qu’il sait comment la partie qu’il veut travailler va finir. Il connaît aussi la fin de son roman avant de commencer à le rédiger. Il ne se sent jamais obligé d’écrire à un rythme régulier pour publier absolument. Carlos Salem estime qu’il est important de prendre du recul lorsqu’on écrit, qu’il ne faut pas trop se faire confiance. Mais il dément l’idée exprimée par certains écrivains qu’écrire serait une souffrance. Pour lui, on écrit seulement pour le plaisir et il trouve que l’écriture est la meilleure des choses, « mieux que le sexe ».



Hommages aux écrivains

Dans chacun de ses romans, Carlos Salem réserve une place particulière à un écrivain qu’il admire. Il leur rend hommage en les faisant apparaître comme personnage de l’histoire à part entière d’après les traits qu’il connaît. Ainsi, Andrea Camilleri ou Paco Ignazio Taibo II sont cités dans deux de ses romans mais restent des personnages fictifs. Pour lui, c’est une façon de rencontrer les écrivains qu’il admire depuis longtemps.



 Bukowski Club

Suite à la question d’un lecteur, Carlos Salem nous a parlé de son bar si particulier qu’est le Bukowski Club. Ce bar est en effet un lieu littéraire où chacun peut venir lire trois de ses poèmes en toute liberté, sans être connu, en s’inscrivant simplement chaque mercredi. L’auteur avait mis en place ce système en réaction contre les bars qui sélectionnaient officiellement leurs poètes. Depuis, il a quitté son amie qui a gardé la possession de ce bar et près de trente endroits identiques se sont développés à Madrid.


Soizic, 2e année Éd.-Lib.

 


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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 07:00

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Carlos FUENTES,
En bonne compagnie
Titre original
En buena compañía
nouvelle extraite
d’En inquiétante compagnie.
Traductrice : Céline ZINS
Gallimard
Folio 2 €









 

 

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Carlos Fuentes est né le 11 novembre 1928 au Panamá mais est de nationalité mexicaine. Tout au long de sa vie, il va partager son temps entre Quito (Equateur), Rio de Janeiro (Brésil), Washington (USA), Santiago du Chili et Buenos Aires (Argentine). Il étudie le droit d’abord à l’université de Mexico puis à celle de Genève. Il travaille plusieurs années pour l’O.I.T (Organisation internationale du travail) pour la délégation mexicaine.

En 1955, il fonde la Revue mexicaine de littérature avec l’écrivain Octavio Paz. La même année, ils créent également la maison d’édition « Siglo XXI ». De 1974 à 1977, il est ambassadeur en France, à Paris. Il a enseigné la littérature dans des universités nord-américaine de la « Heavy league » telles que Princeton, Brown et Harvard, et à l’université anglaise de Cambridge. Il a également enseigné en Europe, où il a rencontré les auteurs Gabriel García Márquez, Milan Kundera, William Styron et Juan Goytisolo avec lesquels il se liera d’amitié, en particulier avec Milan Kundera.

Au cours de sa carrière il a reçu de nombreux prix, notamment :

en 1984, le prix national de littérature du Mexique.

en 1987, le prix Cervantès remis par le ministère de la culture espagnol et qui récompense l’ensemble de l’œuvre d’un auteur. C’est le prix le plus important pour des écrivains qui créent en langue hispanique.

En 1994, le prix Prince des Asturies qui prime également l’ensemble de l’œuvre de l’auteur. Ce prix est attribué des travaux d’envergure internationale dans huit catégories différentes : la littérature, le sport, les arts, la communication et humanité, coopération internationale, sciences sociales, concorde et techniques et recherches scientifiques.)

Son credo : Extraire le merveilleux d’un réel ordinaire.

Il se considère comme un passeur de culture entre le vieux continent et le nouveau monde.

 

 

 

La nouvelle

« En bonne compagnie » est une nouvelle extraite d’En inquiétante compagnie, recueil mettant en scène des personnages confrontés à une réalité plus ou moins réelle et qui sont tous en quête d’une explication et d’un but à leurs vies.

 

 

 

Personnages

Alejandro de la Guardia

Doña Lucila, la maman d’Alejandro  et la sœur de Zenaïda et Serena

Doña Serena, tante d’Alejandro et sœur de Lucila et Zenaïda.

Doña Zenaïda, tante d’Alejandro et sœur de Serena

 

 

 

Cadre spatio-temporel

Époque contemporaine, de nos jours,

France puis Mexique (ville de Mexico).

 

 

 

Le sujet

 

Alors que sa mère vient de mourir, Alejandro part pour le Mexique, à la rencontre de ses deux vieilles tantes acariâtres et célibataires, en quête d’un potentiel héritage.

À son arrivée, il fait la connaissance de Zenaïda, la gentille, et de Serena, la méchante, qui se partagent non seulement la maison dans laquelle elles vivent ensemble, mais aussi le temps dans lequel elles peuvent apparaître. Ainsi, Zenaïda peut profiter de son habitation le matin jusqu’en milieu de journée et Serena y vit la fin de l’après-midi et toute la soirée. Confronté à ce mode de vie bien particulier, Alejandro va vite comprendre que ses deux tantes ne sont pas si normales et sympathiques qu’elles veulent bien le laisser croire.

 

 

 

Incipit

Avant de mourir, la mère d’Alejandro de la Guardia l’avait prévenu de deux choses. La première, c’est que le père du garçon, Sebastián de la Guardia, n’avait pas laissé d’autre héritage que cet appartement délabré de la rue de Lille. Ce qui n’était pas rien. Mais cela ne suffisait pas pour vivre. Il pourrait continuer à le louer. La vie de rentier était une vieille occupation de la famille. Rien de déshonorant là-dedans.

Le problème c’était les tantes. Les sœurs de la mère d’Alejandro.

 

 

 

Thèmes

 

Plusieurs thèmes sont présents dans la nouvelle : la mort, la folie, l’isolement, l’envie de vivre ou encore le but de la vie. Cependant, le thème central de cette œuvre est la mort ; elle est omniprésente : cela commence avec l’élément déclencheur de la nouvelle : la mort de Lucila la mère d’Alejandro et les conséquences de ce décès s’étendant jusqu’à la fin du récit. La mort est également dérangeante dans ce texte. L’auteur plonge le personnage dans un sentiment d’angoisse persistant et cette sensation est partagée par le lecteur qui est alors plongé au cœur du récit. Cette mort est aussi obsessionnelle pour le personnage principal, il rêve de sa mort et alors même qu’il marche dans la rue il pense à sa mort plus ou moins lointaine et aux circonstances dans lesquelles elle apparaîtra. Le fait qu’elle soit à la fois dérangeante et obsessionnelle, emmène le lecteur dans un stade d’attente, une attente qui débouchera sur la mort d’Alejandro. On ne peut s’empêcher de se demander tout comme lui, comment et quand il va mourir, et c’est ce même sentiment qui dérange à la fois le lecteur mais aussi le personnage.

Parallèlement, la mort va apparaître sous forme de rêves et d’hallucinations à Alejandro : on peut prendre comme exemple l’hallucination où il se voit mourir percuté par le tramway dans la rue, alors qu’il est à l’arrêt du tram. Cette forme d’apparition est une partie de tous les éléments de rêve que Carlos Fuentes intègre dans le récit. Cette manière d’écrire inspirera Milan Kundera qui, comme dit précédemment, est l'ami de Carlos Fuentes et utilisera ce même procédé dans certains de ses écrits.

Le récit est aussi très particulier dans le sens où deux temporalités se superposent dans le texte. Habituellement, l’auteur utilise trois temporalités : la temporalité historique, la temporalité subjective et enfin la temporalité du mythe. Ici, celle du mythe est absente pour laisser une plus grande importance à celles de l’histoire et de l’inconscient. La temporalité subjective est expliquée par la lente progression de la folie d’Alejandro. En effet, l’esprit de ce dernier perçoit le temps d’une manière différente. Ainsi, alors que le garçon ne passe que quelques jours dans la maison de ses tantes, il croit voir passer des mois et des mois. Il vit dans un univers qui a sa propre temporalité ; un univers fait de rêves et d’hallucinations. La temporalité de l’inconscient est primordiale dans le récit, car ce sont les mésaventures d’Alejandro que l’on suit ; par conséquent le lecteur adopte le même rythme que le garçon. Ce rythme est l’illustration du déséquilibre mental du héros.
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 Par ailleurs, il existe plusieurs similitudes entre l’univers de l’œuvre et celui de d’Edgar Allan Poe. En effet, ce dernier instaure un univers gothique et une ambiance angoissante, exactement comme on le remarquait au-dessus. Poe écrivait de manière à créer un sentiment de malaise chez son lecteur, et une impression d’oppression. C’est précisément ce qui arrive à Alejandro dans la nouvelle, il sent qu’il ne pourra pas se sortir de cette vie et c’est pourquoi il passe son temps à rêver de sa mort car il sait que ce sera son unique échappatoire à cette situation qu’il sait bouchée. Par ailleurs, Poe composait des œuvres qui voyaient leurs protagonistes punis pour leurs erreurs de jugement et leurs défauts de caractère. Carlos Fuentes, établit le même schéma dans En bonne compagnie en punissant Alejandro pour sa naïveté poussée à l’extrême et son manque de méfiance.

Pour conclure, le recueil entier est parcouru d’expériences surprenantes voire terrifiantes comme l’histoire d’Alejandro, les personnages sont confrontés à leurs propres peurs qui conduisent irrémédiablement à une folie profonde. Dans le recueil et par conséquent dans la nouvelle, l’auteur flirte avec le surnaturel et le fantastique c’est pourquoi beaucoup l’ont classé dans le réalisme magique alors qu’il n’en est rien. Il s'applique seulement à extraire le merveilleux d’un réel ordinaire. Dans ce monde, les morts et les vivants cohabitent et le bizarre devient la norme.

 

 

Marlène, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 


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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 13:00

Vendredi 21 octobre
19 h

Frederic-Leal-Le-peigne-jaune.jpg

Frédéric Léal parlera de son dernier recueil, Peigne-jaune, publié aux  éditions de l’Attente.


« Accroche-toi. Le début de l’histoire, on l’a su par Chris. Si, rappelle-toi : c’est elle-même qui nous l’a raconté.
Bref.
non
Paul ? Génial !
tait gé nial.
non mais laisse-moi raconter
Il
couinait tout le temps
Il couinait tout le temps
tout-le-temps
toutletemps
des litanies sur ses patients – il les adorait – des litanies incessantes sur les « casse-berles » comme il les appelait, «tu peux pas savoir comme ils me pompent le mou.
peux plus
Paul tout craché
= se plaint sans arrêt. »


« Et voilà! Le bon docteur récidive avec son sixième opus aux éditions de l’Attente. Troisième dans la série des « peignes », toujours aussi décoiffant, le Peigne-jaune a du mordant dans les interstices fictionnels et frise le kidnapping déontologique. Où l’on assiste en trois volets aux faiblesses d’un médecin en milieu rural face à une brute épaisse et son chien Sarko. Préparez vos boules Quiès. » (présentation de l'éditeur).

 

 

La rencontre sera animée par Franck Prujat, son éditeur.

 

 La Machine à Lire
8, place du Parlement

Tram : ligne C. Arrêt Place de la Bourse.

 

 

 

Liens

 

Frédéric Léal sur le site des éditions de l'Attente.

 

Frédéric Léal sur le site de P.O.L.

 

 Fred Léal sur Littexpress (festival Ritournelles).

 

 

 


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