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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 07:00

Mizuki-Shigeru-Moi-la-mort-et-kappa.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIZUKI Shigeru
水木 しげる
Moi, la mort et Kappa
Traduit du japonais par
Nathalie Bougon
et Victoria-Tomoko Okada
 éditions Cornelius, 2011




 

 

 

 

 

 

 

 

Une maison perdue au milieu d’une forêt japonaise, un chat qui parle et un messager de la Mort qui lit le journal des Enfers… Quoi de plus normal ? Lorsque je commence à lire Moi, la mort et Kappa, je plonge tout de suite dans un univers rocambolesque, absurde, mystérieux et fantastique. J’ai presque l’impression de voir une scène du quotidien lorsque, dès la dixième page, je rencontre un squelette à lunettes qui boit tranquillement son thé en face d’un chat volubile. Scène de ménage ? Dispute ? Ces deux-là attendent tout simplement Sampeï, le héros de notre histoire. L’un – le messager de la Mort – rêve de chaparder l’âme de ce gosse, tandis que l’autre espère ardemment voir déguerpir ce vil sac d’os.

Les premiers mots sont jetés et l’ambiance posée. Nous sommes entre le réel et l’irréel, et l’histoire s’annonce particulièrement absurde. Les cases défilent et je me retrouve rapidement en face de Sampei qui discute – comme si de rien n’était – avec un type étrange. Non content de s’appeler le Vieux Sans Odeur, ce gars affirme à notre héros qu’il cherche à atteindre la Voie du pet… Je reste quelques instants devant la case où le vieil homme confie cela à Sampei… « Mais qu’est-ce que c’est que ce bouquin ? Dans quoi je me suis lancé ? » Curieux de connaître la suite des événements, je laisse filer les cases, glisser les pages, et je ne peux plus m’arrêter. Concours de pets interracial – entre fantômes, humains et  Yōkaï –, vol d’anus – si, si –, explosion et feux d’artifice, quarante pages passent et je n’en reviens pas. Ce livre est complétement déjanté ! Tout au long du manga, Sampei enchaîne les aventures, rencontre le dieu des arbres, tombe amoureux d’un fantôme, découvre une étrange cité où les êtres humains se transforment petit à petit en chats… À chaque page, je plonge un peu plus profondément dans l’imaginaire japonais.

 

 

Complètement farfelu, cet ouvrage se fonde sur de nombreuses croyances nippones et nous permet de découvrir un univers merveilleux qui n’en finit pas de surprendre. Shigeru Mizuki, l’auteur, nous propose un voyage initiatique au sein des mythes japonais. Ce n’est plus Sampei qui rencontre tous ces Yokaï et monstres étranges, mais le lecteur, qui ne peut que s’identifier à ce petit héros naïf mais débrouillard.

Ainsi au détour d’une forêt, nous rencontrons Kappa, un être imaginaire vivant normalement dans les marécages japonais, réputé pour attirer des jeunes filles au fin fond d’une eau trouble dans le but de leur voler leur vertu.

 



 

De nombreuses créatures apparaissent sur le chemin de Sampei : des belettes anthropomorphes, des dieux, des démons de l’enfer, des chats civilisés. Nous retrouvons beaucoup de personnages de l’imaginaire japonais Le-voyage-de-chihiro.jpgmais aussi des situations qui font partie du légendaire nippon : Par exemple, la Mort se lance un jour dans un trafic de cochons qui s’avèrent être en réalité des êtres humains transformés en animaux. Ce type de situation se retrouve dans d’autres œuvres tels que le Le voyage de Chihiro, produit par les Studio Ghibli. Dans ce film, les parents de la jeune héroïne, Chihiro, sont transformés en cochons après avoir abusé d’une nourriture destinée à des Yokaïs. Sampeï rencontre de même une mère de famille, transformée en énorme araignée parce qu’elle avait tenté de pénétrer un univers sacré appartenant à des arachnides peu aimables. Nous retrouvons ici la relation étroite entre l’imaginaire et le quotidien : la peur de passer de l’autre côté, la nécessité de dissocier le monde des démons de celui des humains, tout en sachant que la frontière entre ces deux univers est perméable. Au fil des pages, nous réalisons un voyage d’autant plus divertissant qu’il est didactique : « Partez avec moi découvrir l’Autre Monde », nous propose Shigeru Mizuki.
Mizuki Shigeru Moi lamort-et-kappa-3
Si Sampeï reste le personnage principal de l’histoire et représente l’être auquel le lecteur pourrait s’identifier, une autre créature est très importante au sein de ce manga : le messager de la Mort. Tour à tour, il nous attendrit puis nous dégoûte : lui qui voulait tout d’abord tuer Sampei tente de lui redonner forme humaine lorsque notre héros se retrouve réduit à l’état d’insecte. Plus tard, ce bon vieux squelette se met en tête de cultiver un champ avec sa femme et de prendre sa retraite. Cela ne l’empêche pas de toujours jouer des tours ou de vouloir terrifier les passants qui le frôlent de trop près. Comique et terrible à la fois, ce personnage est un élément clé de ce manga. En effet, dès le début, il est annoncé que Sampei doit mourir, et cela suffirait presque à justifier la présence de ce démon : « Le messager de la Mort, déterminé à emmener le garçon au royaume de la Mort, attendait son retour. » Si nous voyageons avec Sampeï, la Mort n’est jamais très loin. Et pour cause ! Il est dangereux de se hasarder dans le monde des esprits, de vouloir devenir l’ami des Yokaï parfois peu scrupuleux. L’âme aventureuse de notre héros le conduira d’ailleurs à sa perte puisque, cent pages avant la fin du manga, Sampeï meurt en tombant d’une falaise, alors qu’il fuyait le royaume des chatsdans lequel il avait pénétré sans permission. Censées être dramatiques, même les conséquences de cette mort sont absurdes, comiques et touchantes. Pour éviter que la mère de Sampeï soit triste, son ami le Kappa se déguise et prend sa place… Il est difficile pour ce Yokaï de s’acclimater aux us et coutumes des êtres humains et le quotidien dérape rapidement…Mizuki Shigeru Moi lamort-et-kappa-2

 

 

 

Si vous aimez les légendes, l’absurde, les mythes en tout genre, il est fort probable que vous aimiez ce manga. Réelle initiation à l’imaginaire japonais, Moi la mort et Kappa vous entraînera au plus profond des marécages et forêts japonais, au plus profond des croyances de cette île montagneuse. Vous serez peut-être d’abord surpris par le trait simpliste de Shigeru Mizuki : Les têtes ne sont que des ovales hasardeux percés de grands yeux ronds et surmontés de cheveux en pics. L’aspect parfois brouillon ou enfantin de ce dessin n’empêche pas, pourtant, de se laisser emporter par l’histoire de ce manga. Au contraire, le trait quelquefois incertain de Shigeru Mizuki ajoute un peu de poésie et de magie et rappelle que nous nageons en plein délire, en plein rêve.


 
« Shigeru Mizuki est né le 8 mars 1922 à Sakai-minato, petite ville côtière du sud-ouest du Japon. Il connaît là une enfance libre et heureuse, période faste dont il s'inspirera à de nombreuses reprises dans ses mangas. »  Lire la suite de sa biographie sur  le site des éditions Cornelius, qui ont publié l’ensemble des traductions françaises de ses œuvres.
 
 
Adrien, 2e année Éd.-Lib. 2010-2011


Shigeru MIZUKI sur LITTEXPRESS

 

shigeru mizuki kitaro le repoussant

 

 

 

 

 

 

 Articles d'Aurélie et de Nathalie sur Kitaro le repoussant

 

 

 

 

 

 

SHIGERU MIZUKI YOKAI 1

 

 

 

 

 

Article de Karine sur le Dictionnaire des yokai

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 07:00

Arto-PAASILINNA-petits-suicides-entre-amis.jpeg












Arto PAASILINNA
Petits suicides entre amis
Titre original
Hurmaava joukkoitsemurha
Traduction
d’Anne Colin du Terrail
Editions Denoël, 2003
Gallimard, folio, 2005








 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arto-PAASILINNA.jpeg

 

Biographie

Voir Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arto_Paasilinna


Résumé

Un matin, l’homme d’affaires Onni Rellonen, dont les projets font faillite, décide de mettre fin à ses jours. Il songe à une vieille grange isolée en pleine campagne, un endroit tranquille, parfait pour quitter cette terre. Mais il est loin de se douter qu’au même moment, un autre homme a exactement la même idée que lui. Il s’agit du colonel Kemppainen, un homme veuf, rongé par une solitude insupportable. Dérangés par leur rencontre, les deux hommes doivent se rendre à l’évidence : les candidats au suicide sont nombreux. Ils font alors paraître une annonce dans le journal :

« Songez-vous au suicide ?

Pas de panique, vous n’êtes pas seul.

Nous sommes plusieurs à partager les même idées, et même un début d’expérience. Écrivez-nous en exposant brièvement votre situation, peut-être pourrons nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous vous contacterons. Toutes les informations recueillies seront considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées à aucun tiers. Pas sérieux s’abstenir. Veuillez adresser vos réponses Poste restante, Bureau central de Helsinski, nom de code ‘essayons ensemble. »

En l’espace d’une semaine, le président Rellonen et le colonel Kemppainen reçoivent plusieurs centaines de lettres de tous les coins de Finlande. Dépassés par l’ampleur de l’effet produit par leur annonce, ils décident de recruter parmi les expéditeurs Helena Puusaari, une directrice ajointe. Ainsi formé, le trio décide à l’unanimité de convier tous les désespérés à Helsinki dans le sous-sol d’un restaurant. Après une conférence, un échange de témoignages et un bon repas, les idées en vue d’un suicide collectif se précisent. Dès le lendemain, les suicidaires s’embarquent à bord d’un car de tourisme flambant neuf, voyageant à travers toute l’Europe, avant de se rendre au cap Saint Vincent au Portugal où se trouve la falaise idéale pour un dernier envol.

Au cours du voyage des liens se créent, un certain goût de la vie réapparaît chez quelque-uns des membres du groupe. Mais les membres semblent pourtant déterminés à mettre fin à leur jours. Le suicide collectif aura t-il lieu ?



Avis personnel

Un récit très bien mené, assez burlesque et rocambolesque, écrit avec beaucoup d’humour, de légèreté et de fantaisie et accompagné d’une pointe d’absurde et de démesure. Un vrai plaisir !



Citation

« Vers cinq heures du matin, le campement de la villa du lac des grives fut tiré du sommeil par l’apparition d’un gigantesque autocar de luxe. Le transporteur Rauno Korpela était arrivé. En marche arrière il gara son vingt tonnes entre l’abri et le pavillon de verdure dressé dans le jardin et fit hurler son klaxon.

L’on vit descendre du bus d’un bond agile un homme d’une soixantaine d‘années vêtu d’un costume bleu pareil à celui d’un aviateur et coiffé d’une casquette à visière vernie. Les côtés du pullman flambant neuf s’ornaient du logo du propriétaire, peint en couleurs métallisées : La Flèche du Tourisme de Korpela. Le transporteur héla les hommes couchés sous l’abri :

"Terminus, tout le monde descend ! C’est bien ici le camp des kamikazes ?" »


Myriam Bluteau, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Arto PAASILINNA sur LITTEXPRESS

 

lievre-de-vatanen.jpg

 

 

 

 

Articles d'Alix et de Jennifer  sur Le lièvre de Vatanen.

 

 

 

 

 

 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 07:00

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Conan Doyle Le monde perdu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arthur Conan DOYLE
Le monde perdu
The Lost World, 1912
Première traduction en français
Louis Labat, 1913
Réédition Livre de poche, 2007
Traduction de
Gilles Vauthier


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retient le plus souvent de Sir Arthur Conan Doyle le héros qui l'a fait passer à la postérité, je parle bien sûr du fameux détective Sherlock Holmes. Son créateur ne s'est cependant pas limité au genre policier, dont il était l'un des précurseurs, et a également écrit des oeuvres relevant du fantastique (La Main brune), ou de ce qu'on appellerait aujourd'hui science-fiction (ou plus exactement Lost Race Tales, Mondes perdus).

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Le Monde perdu en est un exemple d'autant plus intéressant qu'il a inspiré Michael Crichton pour le techno-thriller Jurassik Park, près de trois quarts de siècle plus tard.

L'histoire commence lorsque Edward Dunn Malone, jeune journaliste de vingt-trois ans, trouve le courage de déclarer sa flamme à Lady Gladys Hungerton (l'incarnation, selon ses dires, de la féminité). Celle-ci a tôt fait de refroidir ses ardeurs en lui présentant sa vision de l'homme idéal, qui ne correspond pas à notre infortuné Edward. Un homme idéal dont la virilité exigerait de s'exprimer par l'héroïsme et dont la gloire rejaillirait sur l'élue de son coeur.
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Il y a, « tout autour de nous, des héroïsmes », et c'est en se fondant sur cette idée qu'Edward se met en quête de ceux-ci. Quête qui le rapproche du Professeur Challenger, éminent scientifique l'assurant de la présence, en Amazonie, des derniers représentants de l'espèce des dinosaures. Voilà notre journaliste ambitieux entraîné dans l'aventure en compagnie de Lord John Roxton, chasseur émérité, et du Professeur Summerlee (qui a pour but de démentir les affirmations du Professeur Challenger).

Ce groupe hétéroclite de quatre aventuriers, malgré le comportement assez insolite des deux scientifiques qui en viennent presque aux mains pour savoir quelle tribu d'indigènes les pourchasse, parvient tant bien que mal au monde perdu. Ils découvriront un certain nombre d'espèces nouvelles, affronteront toutes sortes de dinosaures des temps anciens, lutteront pour leur survie face aux derniers représentants du chaînon manquant...
 conan-doyle-4.jpg
On appréciera l'humour so british présent même dans les situations les plus dramatiques et le fait de retrouver la plume de Conan Doyle dans un récit mêlant aventures à la Jules Verne et mystère à la Sherlock Holmes. Le narrateur s'adresse directement au lecteur, ce qui renforce la proximité entre les deux et permet une meilleure immersion dans l'histoire. Les personnages sont hauts en couleurs, le professeur Challenger, totalement irrascible et imbu de lui-même, n'en est que plus attachant. On sent poindre une critique moqueuse des professeurs et des savants à travers la représentation de deux scientifiques qui peuvent se montrer totalement ridicules, mais l'humour bon enfant domine.

Le Livre de Poche recommande cet ouvrage à partir de douze ans ; il me semble que c'est l'âge auquel je l'avais lu la première fois, et effectivement à la relecture on voit que l'ouvrage touche un public plus jeune que celui de Sherlock Holmes, ne serait-ce que par le thème, à savoir la quête d'aventure d'un jeune homme en mal d'amour.

On déplore quelques imprécisions et erreurs scientifiques, mais on se rappelle que Conan Doyle ne disposait pas alors de notre savoir actuel. Enfin, le principal reproche qu'on pourrait faire au livre serait cette supériorité affirmée du Blanc sur les indigènes et les autres « races », qui relève plus, selon moi, du contexte dans lequel il a été écrit que d'une opinion malveillante de l'auteur.
 
En résumé, Le Monde perdu est un bon roman d'aventures, dans la lignée des Jules Verne, mélé d'un humour british et d'une touche Conan Doyle qui valent le détour, à condition de ne pas chercher un chef-d'oeuvre.


Victor, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 


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Published by Victor - dans Mondes perdus
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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 07:00

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Jean ÉCHENOZ
Jérôme Lindon
éditions de Minuit, 2001



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Échenoz a déjà publié une dizaine d'ouvrages lorsqu'il se décide à écrire ce petit ouvrage, quelques mois après la mort de Jérôme Lindon, son éditeur, directeur des éditions de Minuit. En quelques pages, il décrit avec une sincérité touchante et sans s'appesantir sur certains détails, leur relation qui a duré plus de trente ans. Initiée par la publication du premier livre de Jean Jean Échenoz, elle s'achève à la mort de l'éditeur.

Notre mémoire de fin d'études portait sur les rapports entre un auteur, en l'occurrence Nicolas Bouvier, et ses éditeurs. Le livre de Jean Échenoz venait compléter à merveille ce travail sur les liens entre auteurs et éditeurs. Ce livre dévoile ces liens particuliers et sensibles. Tout au long de ses pages, les rapports entre éditeur et auteur se dessinent clairement et prennent une tournure autobiographique. Nous découvrons ainsi un peu plus cette figure emblématique de l'édition française qu'a été le directeur des Éditions de Minuit1.

 

 

 

 

En effet, Jérôme Lindon est une figure marquante de l'édition française car il a été dans beaucoup de combats pour préserver l'édition et pour faire admettre l'urgence de la mise en place de ce qui sera au début des années 80 la loi dite Lang. Sur cet engagement que l'on pourrait qualifier de politique dans le sens où cet éditeur s'est engagé pour la chose publique, pour la vie de la cité, Jean Échenoz s'attarde à plusieurs reprises :

« […] il s'assied n'importe où, pliant généralement sa longue taille sur un meuble de rangement, croisant les bras, et c'est parti sur les questions du temps, la librairie ou le prix unique, les photocopies ou le prêt payant […] »2.

Ce petit livre de 63 pages prend la forme d'un récit aux accents chronologiques dans lequel Jean Échenoz raconte sa vie d'auteur à travers le prisme éditorial. Son récit débute par sa toute première démarche entreprise auprès de plusieurs éditeurs pour son premier manuscrit. Il l'envoie à nombre d'entre eux et en dépose un aux éditions de Minuit. Ainsi commence son aventure avec les éditions de Minuit, son seul et unique éditeur.

Ce récit emprunte le ton de l'autobiographie, et cela sans équivoque. La première personne du singulier prend beaucoup de place et Jean Échenoz est même nommé lorsque l'éditeur lui suggère de changer de prénom3.


Le style très limpide fluidifie la narration et n'est jamais sectionné dans sa forme par des guillemets même lorsque Jérôme Lindon s'exprime. L'auteur s'adresse parfois au lecteur4, ce qui renforce cette narration et la rend plus personnelle. Se dessine au travers de ce livre la démarche éditoriale de la maison. On comprend ainsi l'attitude entreprise en faveur des auteurs. Les éditions de Minuit apprécient de travailler avec un auteur en souhaitant que celui-ci leur réserve une certaine exclusivité. Ce qui a été le cas pour Samuel Beckett. Ce qui est le cas pour Jean Échenoz. L'auteur raconte ainsi comment Jérôme Lindon refuse de publier un de ses livres mais l'engage à ne pas tenter sa chance ailleurs, chez un autre éditeur: « […] il me prévient aussi qu'il me fera une crise de jalousie si je tente de le faire paraître ailleurs. »5

Les liens entre l'auteur et l'éditeur se nouent au moment où Jean Échenoz dépose un manuscrit aux éditions de Minuit. Jérôme Lindon le recontacte rapidement et un rendez-vous est fixé. Mémorable rendez-vous où l'auteur transi de timidité semble stupéfait que son éditeur soit le directeur des éditions de Minuit. Cette timidité semble être une caractéristique importante de l'auteur en présence de son éditeur.

« Il téléphone souvent le matin à la maison […]. Je lui réponds tant bien que mal et, chaque fois qu'il appelle, je suis tellement intimidé que je serre le combiné dans ma main de toutes mes forces, parfois au point que j'ai peur de le casser. Mais en général, encore une fois, c'est lui qui parle et moi j'écoute. »6

Des relations de grande proximité s'installent entre eux. L'éditeur appelle souvent chez l'auteur à la suite d'un manuscrit envoyé, pour prendre rendez-vous, pour proposer un déjeuner, pour connaître l'avancée des écrits en cours.

 

 

 

Et à travers ce livre, en filigrane, se dessine un portrait. Celui de Jérôme Lindon. Le portrait est parfois délibérément impressionnant. Comme lorsque Jean Échenoz le décrit lors de leur première rencontre7. D'autres fois, le portrait se fait moins imposant, il décrit çà et là quelques caractéristiques propres à cet éditeur. Éditeur qui intervient très peu, n'impose ni ne propose aucun changement quand le livre lui plaît8. Toutefois, l'auteur devra réécrire une fin d'ouvrage, revoir un titre9 et changer quelques virgules dans un autre livre. « Puis les livres suivants – les miens – ne poseront plus aucun problème particulier. Sauf, presque chaque fois, sur la question des virgules, seule divergence esthétique de fond entre nous. »10

On le sent parfois dur, coléreux, injuste, exigeant. Alors qu'un manuscrit ne lui convient pas, il dit « cette simple phrase : Vous ne faites plus partie des Éditions de Minuit. »11 Il le met en quelque sorte dehors mais assurera la publication des livres suivants. Pourtant, Jean Échenoz précise :

« Qu'on n’aille pas croire cependant que cet homme est froid, cassant, autoritaire, inaffectif, que sais-je, c'est tout le contraire. C'est juste qu'il est passionné, qu'il s'émeut, qu'il se moque, qu'il s'enflamme et se réjouit autant qu'il peut s'indigner et se révolter. Qu'on ne pense pas non plus qu'il n'est pas sympathique, la question n'est pas là, c'est un homme parfaitement aimable. La question, c'est qu'il a autre chose à faire qu'être sympathique, la sympathie n'est pas son souci. »12

Tour à tour Jean Échenoz raconte des événements plus ou moins importants. Il raconte par exemple ceci au sujet de Cherokee13 :« Je me retrouve sur la liste du prix Médicis. […] Puis finalement, la chance, on l'a. Et ce prix, je l'ai. »14 Il obtiendra le Goncourt pour Je m'en vais, publié en 1999.

Enfin, ces quelques mots sur ses liens avec Jérôme Lindon : « On ne deviendra jamais intimes avec Jérôme Lindon mais, quand même, suffisamment pour qu'il m'engueule encore quand il me trouve mal habillé »15.


Claire, Année Spéciale édition-librairie 2010-2011

 

 

Notes

1. Figure emblématique autant que ces éditions créées pendant la Seconde Guerre mondiale par Pierre de Lescure et Jean Bruler.
2. Jean Échenoz, Jérôme Lindon, Paris, les éditions de Minuit, 2001, p.60.
3. Op. cit., p.17.
4.  Exemple de cette démarche de l'auteur page 29.
5. Op. cit., p.24.
6. Op. cit., p.16.
7. Op. cit., p.13.
8. Op. cit., p.35.
9. Op. cit., p.34. Discussion autour d'un titre qui finira par être L'Equipée malaise.
10. Op. cit., p.51.
11. Op. cit., p.25.
12. Op. cit., p.42.
13. Cherokee publié en 1983.
14. Op. cit., p.30.
15. Op. cit., p.54 et p. 55.

 

 

Jean ÉCHENOZ sur LITTEXPRESS

 

echenoz ravel

 

 

 

 Article de Jean sur Ravel

 

 

J








Article de Samantha sur L'Équipée malaise







Jean-Echenoz-Lac.gif


Article de Maude sur Lac














Article de Marlène sur Je m'en vais.







Article de Quentin sur Courir

 

 

 

 

 


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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 07:00

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Michel ROSTAIN
Le Fils
Éditions Oh !, 2011.







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel-Rostain.JPGBiographie


Féru de musique depuis son plus jeune âge, Michel Rostain suit des études musicales durant toute sa scolarité. Plus tard, il enseignera la philosophie et participera à des travaux en sciences humaines au sein de laboratoires de recherches et de cliniques psychiatriques.

Par la suite, il décide de se consacrer pleinement à ses deux domaines de prédilection : l'écriture et à la musique. Il fonde la Scène nationale de Quimper-Théâtre de Cornouaille où sont à la fois mis en scène des classiques mais aussi des œuvres contemporaines. En parallèle, il écrit et interprète ses propres pièces de théâtre comme Sept nouvelles de la douleur.

En 2011, Michel Rostain  est confronté à la disparition brutale de son fils qui succombe à une méningite foudroyante.  Le Fils est le témoignage intense de ce père qui vient de perdre son enfant, Lion, à l'âge de 21 ans.
 


Analyse

Un couple vient de perdre son fils Lion, suite à une méningite foudroyante. Michel Rostain nous fait le récit poignant du deuil d'un père désemparé par la mort de son fils. Le récit est écrit selon le point de vue du fils qui observe la souffrance de son père. Toute la puissance du livre réside dans le fait que le fils est le narrateur. Il décrit les souvenirs de sa propre mort :

« Papa ne me reverra plus que dans une heure, quasi mort, respirant encore, respirant le temps pour lui de comprendre qu'en fait c'est une machine qui me fait respirer, allure de vie, tuyau qui sort de ma bouche, entrée et sortie de l'air, ce n'est plus mon air, ce n'est plus ma vie, c'est l'air d'un appareil » (p. 63),

 ainsi que l'errance insoutenable de son père qui tente de ne pas succomber à la folie :

« Papa navigue entre présent et futur […]. Il n'a qu'une envie aux lèvres, venez avec nous, venez ! Allons nous allonger sur le cercueil. Que tout s'interrompe, stop, me garder, ne pas faire un pas de plus. Papa veut en rester là » (p.94-95).

Ils sont plongés dans le chaos et la solitude avant, pendant et après l'enterrement :

« Les morts ont besoin d'oasis. Les vivants aussi. Maman et papa s'assoient par terre et hurlent. Sûr si les cendres de Lion sont déposés là, ils vont se tirer une balle » (p. 89).

Meurtri au plus profond de son être,  son père est rongé par les regrets : « la mort c'est une machine à regrets » (p.59).

    Néanmoins, ce jeune homme nous fait part avec « sérénité des derniers instants de sa vie ». Il a un regard à la fois ironique et tendre envers ce père anéanti :

« De retour à la maison, il trouve la chienne en train de mordiller mes pantoufles. Là aussi il y a mes odeurs. Papa tu ne vas quand même pas te disputer avec Yanka et te mettre à sucer mes pompes puantes, non ? » (p.11).

 Une certaine ambiguïté est présente dans de nombreuses situations : Lion nous dresse un tableau à la fois triste et amusant de ses propres obsèques : « Pompe jusqu'à la lie : mes obsèques commencent. Tatata taaa !Tatata taaa ! Qu'est-ce que Beethoven fout dans la tête de Papa à cette heure-ci ? » (p. 92). Au lieu de tomber dans le larmoyant, le fils décrit avec humour, originalité et finesse cet instant qui est pourtant si difficile à supporter pour ses parents. Malgré la gravité du sujet, la mort d'un fils, Michel Rostain fait l'éloge de la vie :

 

« Il criait "vive la vie" parce qu'il croyait depuis toujours, parce que, benêt ahuri, il la voulait la beauté du monde. Maintenant, il va encore et quand même crier " Vive la vie", plus du tout parce qu'il y croirait, mais parce qu'il le faut de toute manière. » (p. 25).

Les sentiments violents du père vont évoluer au fur et à mesure des semaines suivant le décès : la douleur insupportable, la colère et le soulagement. Le récit se termine sur une note d'apaisement lorsque le père trouve la voix pour  vivre « avec ça ». Le désespoir absolu,  celui que l'on imagine insurmontable devient, à la lecture de ces lignes, presque supportable. Ce récit mêle la fiction et le vécu pour mieux offrir des perspectives de réponses. On peut imaginer que pour Michel Rostain, ce récit a servi d'exutoire à sa douleur : une thérapie en somme comme pour rendre la vie plus supportable. Écrire c'est déjà se soulager et trouver une sorte d'apaisement dans sa quête inlassable de retrouver son enfant perdu. 

La dernière page tournée, le lecteur reste bouleversé par la plume percutante, vive et spontanée qui retrace avec pudeur un épisode intime de la vie de Michel Rostain. Certains passages profondément émouvants sont des hymnes à la vie et à l'amour. Sur un ton léger, il réussit à mettre les mots justes sur un événement inconcevable pour des parents : la disparition de leur enfant. La lecture de ce témoignage est indéniablement une aide pour quiconque connaît le drame de la perte d'un enfant.


Lara R., 2e année Bib.-Méd. 2010-2011

 

 


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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 07:00

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Michel SUFFRAN
Entre deux rives
Atlantica, 2011.








 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Biographie tirée du  site de l’ECLA

« Michel Suffran est né rue Saint-Rémi à Bordeaux, tout près du port dont il conserve, gravée dans sa mémoire, l'intense palpitation. Puis il a vécu dans un village du Lot-et-Garonne qui a servi de cadre à son premier roman : Le Lieu le plus obscur (1982).

 Michel Suffran a exercé pendant une trentaine d'années la médecine et a mené parallèlement un travail d'écrivain. Il s'est d'abord consacré à l'écriture radiophonique et à l'écriture de films (œuvres originales et adaptations littéraires). Il a ensuite développé une œuvre prolifique et extrêmement diverse : roman, poésie, histoire, nouvelle, essai, biographie... avec une prédilection pour la création théâtrale. Il collabore régulièrement avec le Groupe 33, le Théâtre de la Lucarne, le Théâtre du Port de la Lune.

 Son premier livre publié, Sur une génération perdue, 1965, est consacré aux écrivains aquitains nés vers 1885, pour la plupart disparus dans la fournaise de la guerre de 1914-1918. Michel Suffran a bien connu François Mauriac à qui il a dédié une part de ses ouvrages de critique littéraire. Il a également publié un livre autour de Dino Buzzatti (Qui êtes-vous Dino Buzzatti ?, La Manufacture, 1991) un autre de ses « compagnons des routes intérieures ».

 Michel Suffran a été récompensé par le Grand Prix littéraire de la ville de Bordeaux. Il est également membre de l'Académie des sciences, arts et belles lettres de Bordeaux. »



Le texte

Entre deux rives est un recueil de cinq nouvelles dont le titre vient de l’une d’entre elles, la première pour être précis. Michel Suffran dira même que c’est celle qui illustre le mieux tous les personnages du livre, pris entre deux mondes, entre deux moments cruciaux de leur existence. Ils sont tous à la recherche d’un sentiment qu’ils ont perdu.



Les nouvelles

Les personnages de ces nouvelles sont extrêmement ordinaires. Dans la première, on s’immisce dans la vie d’un homme politique qui vient de remporter des élections, mais qui va soudainement tout plaquer parce qu’il a « besoin d’air ».

Dans la deuxième, on change totalement de décor, puisque nous sommes sur une île ; le personnage central est une fillette qui voit une île qu’elle seule parvient à percevoir.

 Dans la troisième, on est en présence d’un S.D.F., qui vit dans une petite rue mais  ne fait pas la manche. Tout le monde le regarde d’un mauvais œil, sauf les enfants. Sous ses allures de pauvre hère, il semble avoir une grande influence sur le monde.

La quatrième nouvelle raconte l’histoire d’un homme tout à fait banal qui a l’habitude de promener sa chienne Mirza tous les soirs, selon le même circuit. Le tournant de l’histoire se situe lorsque le protagoniste rencontre de l’autre côté de la rue un homme que la chienne semble reconnaître. Cette rencontre va déclencher des déplacements dans le temps, où le personnage va trouver des réponses sur lui-même.

Enfin, la dernière nouvelle met en scène la confrontation d’un acteur qui, en cinquante ans de carrière, n’a eu que des petits rôles qui ne lui ont pas offert le succès, avec un producteur redouté dans toute la profession.



Mon avis

Ces nouvelles sont toutes très intéressantes parce qu’elles présentent des types de personnages très différents mais l’auteur montre qu’en fait ils sont tous semblables, tous dans la même spirale du monde, tous « entre deux rives ». En cela, le titre de l’œuvre est extrêmement bien choisi. On assiste à des moments cruciaux de la vie de gens tout à fait ordinaires.

De plus, j’ai beaucoup apprécié la côté fantastique des nouvelles, où l’on voit l’avenir d’un personnage dessiné à la craie, un spectre, et d’autres choses encore que je ne dirai pas, il ne faut pas tuer le suspense !


Ces textes sont très faciles à lire, mais en même temps empreints d’une philosophie et d’une réflexion qui justifient que l’on s’arrête sur les détails pour les apprécier totalement. On ne peut que réfléchir sur l’humanité, sur des thèmes tels que l’angoisse de la mort, la peur de l’oubli, ou bien l’obsession d’avoir raté sa vie. Tous ces thèmes sont évoqués avec une grande justesse de ton, et l’on se laisse emporter au fil des pages sans s’arrêter. La dernière nouvelle m’a tout particulièrement touchée, parce qu’elle met en scène une extrême cruauté où entrent en jeu la mort et l’appât du gain. On ne ressort pas indemne de cette lecture, à mon avis, parce qu’elle amène le lecteur à l’introspection et à l’affrontement avec les mêmes angoisses, si humaines.


Bérengère L., AS BIB 2011-2012.

 

 

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Les éditions Atlantica.

 

 

 

 

 


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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 07:00

animée par Eric Audinet
à La Machine à Lire
le 14 septembre 2011
à 18h30.

Michel-Suffran.jpg



Biographie d’Eric Audinet : http://ecla.aquitaine.fr/Annuaire-des-professionnels/Ecrit-et-livre/Auteurs/Eric-Audinet

Biographie de Michel Suffran : http://ecla.aquitaine.fr/Annuaire-des-professionnels/Ecrit-et-livre/Auteurs/Michel-Suffran


En arrivant sur les lieux de la conférence-entretien, on est surpris de voir un homme d’un certain âge prendre place sur la chaise, face à un petit groupe de spectateurs attentifs. Mais la vraie surprise se produit lorsque la conversation entre les deux écrivains commence. L’auteur est habité d’une réelle énergie qui donne à ses commentaires une grande force, et qui rend les spectateurs totalement sous l’emprise du charme du texte. Entre deux rives est un recueil de cinq nouvelles, écrit par un auteur attaché à sa ville d’origine, Bordeaux.

 

 

 

L’entretien a mis en évidence quelques caractéristiques de ces cinq nouvelles.
 
Tout d’abord, les personnages sont tous des gens ordinaires, des « losers » selon les propres termes  de Michel Suffran. Pourquoi ? Parce que l’important n’est pas dans le caractère exceptionnel des personnages, mais dans les actions extraordinaires des gens ordinaires. L’auteur apprécie beaucoup la notion de « raté ». Les gens se retrouvent toujours, à un moment donné de leur existence, face à leur miroir, le miroir de leur conscience, et se demandent qui ils sont vraiment  et ce qu’ils ont raté dans leur vie. En découle l’envie de tout plaquer, de changer de direction.


La première nouvelle en  est un exemple type, où le personnage principal vit une vie toute tracée, dirigée par le désir de pouvoir et d’argent. Un soir de victoire électorale, il a le désir de prendre l’air, et il ira jusqu’au bout de son désir de changement.

 

 

 

Ensuite, on trouve dans toutes les nouvelles une dimension religieuse sous jacente. Les personnages font face à des événements qui paraissent mystiques, voire fantastiques. De même on voit beaucoup d’allusions à Dieu et à la foi dans les différents textes.

Prenons par exemple la deuxième nouvelle, intitulée « l’île ». La petite fille qui en est le personnage principal pourrait être celui d’un roman fantastique, dans le sens où elle vit sur l’île en tant que spectre et continue à voir sa famille pendant les vacances d’été.

On voit également  que l’auteur accorde une grande importance à la géographie de ses nouvelles. L’auteur est bordelais et accorde un véritable sens aux lieux. D’ailleurs tous ses personnages évoluent à Bordeaux ou dans les environs, notamment l’île qui se trouve entre Arcachon et l’Amérique. Tous les personnages se trouvent pris dans une topographie similaire : on les voit traverser des ponts, vivre dans une petite rue, circuler sur les quais de Bordeaux. En un sens, les choix des personnages sont matérialisés par un changement de direction physique, comme tourner « au coin de la rue ».

 

 

 

Enfin, un des thèmes principaux du recueil est l’obsession de la mort, et la peur d’être victime de l’oubli. L’auteur s’appuie sur une expérience personnelle qui l’a marqué : quand il était jeune, sa grand-mère maternelle est morte et on ne le lui a pas dit tout de suite, on le lui a caché. Cet épisode fut traumatisant et, depuis, l’obsession de la mort et de l’oubli marque son œuvre. Il espère, il pense que la vie ne se termine pas à son terme physique. Il y a une volonté de continuer à avoir des relations entre les vivants et les personnes chères défuntes. Quelque part, c’est aussi un moyen de laisser une trace même après la mort, et ce dans le cœur des vivants.

 

 

 

Finalement, ces différents points conduisent à une réflexion sur l’écriture. Pour Michel Suffran, l’écriture est le seul moyen d’échapper à cette fatalité de la mort, le seul moyen de combattre l’angoisse de l’oubli. Cela nous amène à des questionnements sur l’écriture : à qui s’adresse le livre que je tiens? À moi ? À quelqu’un d’autre ? Vais-je comprendre l’œuvre alors qu’elle ne m’est pas adressée ? Le livre est en fait un élément d’un dialogue. L’autre moitié du processus est le lecteur, qui interprète le texte et lui donne une postérité. C’est le lecteur qui permet à l’auteur, à travers l’œuvre, de vaincre l’angoisse de la mort et de l’oubli.

 

 

Bérengère, A.S. Bib.-Méd.-Pat. 2011-2012

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 07:00

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Jamie HEWLETT, Alan MARTIN
Tank Girl, tome 1
traduction
d'Alex NIKOLAVITCH
Ankama, 2010






 

 

 

 

 

 

 

 

Gorillaz-Demon_Days.jpg

Tank Girl est un comic imaginé par les Anglais Alan Martin – au scénario – et Jamie Hewlett – au dessin –, plus connu maintenant pour le visuel du groupe Gorillaz. Tank Girl fut publié de 1988 à 1995 dans le magazine Deadline. Ce comic culte du début des années 90 n’avait pas été réédité depuis, Ankama en profite pour nous le faire découvrir ou redécouvrir. Cela fait donc l'objet de plusieurs recueils édités dans la collection très « pop culture » Label 619. Le tome 1 regroupe les quinze premiers épisodes sortis de 1988 à 1990.

Tank-Girl-pl.jpg

 

Tank Girl c'est le surnom de Rebecca, une tankiste qui s'est fait virer de l'armée. Elle est maintenant poursuivie dans tout l'Outback – l'arrière-pays australien – par bon nombre de chasseurs de primes. Mais ce n'est pas sa préoccupation principale ; ses soucis sont plus triviaux : manger (boire de la bière), s'hydrater (boire de la bière), s'amuser (se bastonner et boire de la bière). Elle sera accompagnée de Booga, un kangourou mutant qui lui sert de compagnon, Camp Koala, Mr. Precocious et dans certains épisodes de ses amies Jet Girl et Sub Girl, mais tous ne lui survivront pas.

 

 

Tank Girl c'est surtout un univers post-apocalyptique, déjanté, violent, propice à des aventures douteuses où il est question de contrebande de bière, de rencontre avec le diable, d'anus artificiels ou encore de barbecue. C'est un comic punk, bourré de références à la culture pop et clairement en opposition au thatchérisme de l'époque.



tank girl pl2
 

Le dessin en noir et blanc est chargé et confus, cela donne un rendu super ! Ou plutôt on aime ou n'aime pas. Le coup de crayon de Jamie Hewlett est en perpétuelle évolution tout au long de la série et on s'étonne en lisant les tomes suivants de voir le dessin changer autant et s'approcher de plus en plus de l’esthétique de Gorillaz. Il y aura même ensuite des épisodes psychédéliques en couleur.

À mon avis, Tank Girl ne brille clairement ni par son scénario ni par son humour potache. Le côté private joke des auteurs et la succession de références à une culture qu'on n'a pas ou plus forcément peuvent être agaçants à la longue. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça, le point fort de Tank Girl est l'atmosphère qui s'en dégage et son héroïne attachante. On a vraiment l'impression de lire un fanzine imprimé sur la photocopieuse de la fac. Je conseille donc de le feuilleter et de voir si on accroche ou pas !


Romain, 2e année Bib. 2010-2011

 

 

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 Interview d’Alan Martin, le scénariste, sur Bodoï 

 

 

 


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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 07:00

à la Machine à lire


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Rencontre avec Lyonel Trouillot qui viendra présenter son dernier roman, La belle amour humaine, publié par Actes Sud.

 

 

Mardi 27 septembre
18 h 30

Lyonel-trouillot.jpg


 Lyonel Trouillot est un journaliste, romancier et poète haïtien qui écrit en créole et en français.

 

 

 

 

 

La Belle Amour humaine

« À bord de la voiture de Thomas, son guide, une jeune Occidentale, Anaïse, se dirige vers un petit village côtier d'Haïti où elle espère retrouver les traces d'un père qu'elle a à peine connu et éclaircir l'énigme aux allures de règlement de comptes qui fonde son roman familial.


Le caractère particulier de ce voyage encourage bientôt Thomas à prévenir la jeune femme qu'il lui faudra très probablement renoncer à une telle enquête pour faire l'expérience, dans ce village de pêcheurs dont il est lui-même issu, d'un véritable territoire de l'altérité où les lois sont amicales et flexibles, les morts joyeux, et où l'humaine condition se réinvente sans cesse face aux appétits féroces de ceux qui, à la manière du grand-père d'Anaïse et de son complice en exactions, le "colonel" - tous deux jadis mystérieusement disparus dans un incendie -, cherchent à s'octroyer un monde qui appartient à tous.


Dans ce roman qui prône un exercice inédit de la justice et une fraternité sensible entre les hommes sous l'égide de la question : "Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?", Lyonel Trouillot, au sommet de son art, interroge le hasard des destinées qui vous font naître blanc ou noir, puissant ou misérable, ici ou ailleurs - au Nord ou au Sud. S'il est vrai qu'on est toujours "l'autre de quelqu'un", comment et avec qui se lier, comment construire son vivre-ensemble sinon par le geste - plus que jamais indispensable en des temps égarés - d'accueillir, de comprendre ? » (présentation de l'éditeur)
 


La rencontre sera animée par Françoise Escarpit.

La Machine à Lire
8, place du Parlement
Bordeaux
Tram : Ligne C
Arrêt : place de la Bourse.

 

 

 

Liens

 

Interview sur le site Mandor.fr

 

Interview par Zoé Varier sur France Inter.

 


 

 


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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 07:00

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FUJISAWA Tōru
藤沢 とおる
Tokkō

特公

(tome 1)
Pika éditions

collection Senpai, 2007





 

 

 

 

 

 

 

L’auteur


toru_FUJISAWA.jpgFujisawa Tōru est un mangaka japonais né le 12 janvier 1967 à Hokkaidō. Dans son enfance, il appréciait tout particulièrement les mangas et animes notamment ceux de Go Nagai, le créateur de Goldorak, à qui il voue une grande admiration. Il commence à dessiner dès la maternelle et publie son tout premier roman à l’école primaire. Mais c’est au collège qu’il se lance réellement dans la réalisation de mangas en créant des histoires originales ou en faisant des parodies d’animes connus, ce qu’on appelle des Dōjinshi (ou Doujinshi).

Durant sa scolarité, Fujisawa Tōru apparaît comme un élève moyen et plutôt dissipé bien qu’il obtienne quelques prix dans les domaines artistiques. À la fin du lycée, il lance un fanzine avec ses amis. C’est la révélation, il découvre sa vocation et décide de devenir mangaka. Il part alors pour Tokyo où il s’installe. Le Magazine Fresh accepte alors de prépublier son premier manga.

Il fait ainsi ses débuts en janvier 1989 avec Love You toujours dans le magazine Magajin Fresh tout en devenant l’assistant d’un célèbre mangaka. L’expérience sera pour lui enrichissante et lui permettra d’affiner son sens de la perspective et du détail. À partir de cet instant, les succès arrivent et s’enchaînent.

Dans un premier temps avec Adesugata Junjou Boy, qu’il publie en quatre volumes chez Kodansha de 1989 à 1990 et où il nous narre les aventures d'un garçon forcé par son père à se déguiser et se comporter comme une fille. Puis, dans un second temps en 1991 avec Shonan Junaï Gumi ou Young GTO (en cours d'édition en France). C’est dans ce manga qu’apparaît pour la première fois son personnage, aujourd’hui fétiche, Eikichi Onizuka et l’ami de ce dernier, Danma Ryuji. La série, composée de 31 volumes répartis sur 6 ans de travail et publications, connaît alors une grande réussite.

Mais Fujisawa y mettra un terme pour se consacrer à Bad company (histoire de la rencontre entre Onizuka et Ryuji) puis en 1997 à GTO (la suite de Shonan Junaï Gumi) où on retrouve à nouveau Eikichi Onizuka. Ici, il devient le professeur le plus anticonformiste du Japon.

Publié pour la première fois dans l'hebdomadaire Shōnen Magazine, GTO devient rapidement un manga incontournable et un best-seller international. Fujisawa obtient la consécration en 1998 en remportant la 22e récompense de la Kodansha. À la fois miroir de la réalité de la société et décalée, la série se fait le reflet du sens de l’observation de son auteur qui s’inspire de sa vie personnelle : son quotidien, ses assistants, ses amis, les émissions de télévision, l’attitude des badauds et même les conversations des usagers qu’il entend dans le métro. C’est pour cette œuvre qu’il est le plus connu en France.

Peu de temps après avoir achevé cette série, Fujisawa change de genre en se lançant dans une série plus noire où il parvient habillement à mêler humour, action et batailles sanglantes : Rose Hip Rose. Son succès devient alors variable et il est contraint d’interrompre la publication de Rose Hip Rose en 2003 puis celle de Tokkô contre l'avis des fans européens qui le soutiennent. En 2006, il reprend et termine l’histoire de Rose Hip Rose pour ensuite en commencer une autre, parallèle, Rose Hip Zero.

À la même époque, Fujisawa participe en tant que scénariste à la série Baseballers et prépublie également Himitsu Sentai Momoider dans le Weekly Young Jump Magazine. Un an après la parution du 25e et dernier tome de GTO, il commence un nouveau manga en trois volumes : Tokkō, qui mêle cette fois ci le rêve, la notion de parcoure initiatique, le fantastique, l’enquête policière, et s’adresse à un public plus mature au vu des scènes parfois d’une grande violence qu’elle contient. Ce nouveau style surprend et fait mouche notamment auprès du public européen bien que la parution soit stoppée au bout de trois tomes. Néanmoins, on sait que la série connaîtra une suite et comprendra certainement une douzaine de volumes au final.
 
Grand travailleur, Fujisawa est un mangaka qui aime toucher à tous les styles et nous surprendre. Il bouillonne littéralement d’idées et de scénarios nouveaux qu’il cherche à explorer. Pour lui, ce sont les personnages eux-mêmes, ainsi que leurs caractères, qui font évoluer ses histoires dans telle ou telle direction. Cette « liberté » ne l’empêche cependant pas d’accorder une attention quasi maniaque à ses dessins qu’il retouche sans cesse dans les moindres détails dans un désir de perfection.

En 2007, Fujisawa commence une nouvelle série nommée Kamen Teacher, qui renoue avec l’univers scolaire et la baston, thèmes qui avaient permis sa consécration avec GTO. On retrouve ici aussi un professeur atypique et peu conventionnel mais cette fois-ci chargé d’enseigner à une classe de délinquants. La série à peine terminée, il poursuit avec Revend D, nouveau titre dont on pressent qu’il nous réserve de nouvelles surprises. Mais qu’attendre d’autre d’un auteur qui déclare vouloir toujours surprendre ses lecteurs ? Il est aussi à noter qu’il a repris la narration des histoires d'Onizuka depuis le 9 juin 2009 dans un nouveau titre, GTO Shonan 14 Days.



Résumé

2011 à Tokyo. La capitale du Japon est en proie à une vague de criminalité sans précédent. Face à l’augmentation croissante des crimes, la police crée la Tokkō, groupe spécial d’enquête.

Le personnage principal, Shindō Ranmaru fait partie des nouvelles recrues du département de police de la Tokki. Son ambition est de réduire à néant la criminalité, et d’élucider le mystère de la tragédie de Machida qui a bouleversé son enfance. Cette journée, il ne peut l’oublier, car elle les a vus, sa sœur et lui, devenir orphelins. Sur les habitants du bloc d’immeubles où habitaient les Shindō, 185 personnes sont mortes, sauvagement assassinées et retrouvées mutilées par des bêtes sauvages que pourtant personne n’a vues. Sa famille, ses amis, ses voisins, tous sont morts. Mais une dizaine d’enfants semblent avoir miraculeusement survécu comme ce fut le cas pour Shindō et sa sœur.
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Durant une mission avec sa division et son meilleur ami et collègue Hanazono, Shindō se fait attaquer par de jeunes délinquants au comportement étrange . Ces derniers semblent possédés par des espèces de parasites à visage humain collés sur eux et libérés par un autre monstre à apparence humanoïde. Devant leur sauvagerie, leur force inhumaine et face à l’inefficacité de leurs balles, tout semble perdu. Mais surgit alors une fille aux cheveux rouges qui sauve les rescapés de son équipe en tranchant les monstres à coups d’épée. Cette fille, Shindō la connaît, et pour cause, il la voit en rêve presque toutes les nuits tenant à la main une épée et juchée sur un monceau de cadavres sanglants.

En réalité, cette fille appartient à la Tokkō, unité secrète de la police dont le rôle officieux est d’éradiquer les monstres et de couvrir leurs agissements pour éviter un mouvement de panique général. Cette inconnue s’appelle Suzuka ; elle aussi est l’une des survivantes de Machida et elle apprend à Shindō que cette tragédie n’est pas sans rapport avec les choses qui viennent de les attaquer. D’après elle, elles rechercheraient les survivants de Machida ; elle le met donc en garde. Il apprend aussi à cette occasion que l’ensemble de la Tokkō, à laquelle elle appartient malgré son jeune âge, est composée de rescapés de cette tragédie.

Shindō entreprend alors d’entrer à la Tokkō afin de se rapproche de son but, mais cela ne sera pas sans problèmes pour lui comme pour le reste de son entourage au vu de la menace de possession.



Analyse

Les personnages

Shindō Ranmaru, le personnage principal, a 24 ans, il vit avec Shindō Saya, sa sœur, avec qui il entretient une relation très fusionnelle depuis la mort de leurs parents. Tous deux appartiennent aux forces de l’ordre. Au début du premier volume, on le voit obtenir son diplôme et devenir membre de la 3e division de la Tokki, le groupe spécial d'enquêtes antiémeutes créé par l'Agence Nationale de Police. Sa vocation n’a qu’un seul motif, le désir de retrouver les assassins de ses parents. C’est un personnage à l’apparence un peu gamine bien qu’il lui arrive de prendre des expressions graves qui contrastent avec cette première expression.

Toutes les nuits, Shindō rêve d’une jeune femme aux cheveux rouges se tenant sur un charnier une épée à la main. Ses sentiments à propos de cette femme sont ambigus mais ce qui est certain c’est qu’il éprouve une certaine attraction et fascination pour elle. De prime abord, on se demande si elle ne serait pas l’expression d’un fantasme de Shindō. Peu après sa prise de service, il découvrira que cette fille, Sakura Rokujō existe réellement et appartient à la Tokkō. Dans sa quête de vérité, Shindō est aidé d’Hanazono, son collègue et meilleur ami depuis l’école de police. Ce dernier lui a promis de l’aider à découvrir la vérité sur le drame de Machida et d’en trouver les responsables. Affecté avec Shindō à la division de Shibuya, il va, comme leur supérieur aux attitudes d’ancien voyou, être entraîné dans cette aventure.

Durant leur enquête, les personnages vont être amenés à s’intéresser aux circonstances de la tragédie de Machida et au séisme qui l’a précédée, créant en plein Tokyo un gouffre aujourd’hui étroitement surveillé par la Tokkō.


Les références

Tout au long de ce premier tome, on trouve des références et des sens cachés. Tout d’abord le nom de l’équipe spéciale, « Tokkō », qui n’est pas anodin ; c’était en effet le nom de la « Haute police spéciale » (特別高等警察) qui était une force de police établie au Japon en 1911. Cette division avait pour but d’enquêter sur les groupes politiques et les idéologies vus comme une menace à l'ordre public. À l’époque, elle avait acquis le surnom de Shisō Keisatu ou « police de la pensée ». Cette homonymie semble voulue et il est à penser que l’auteur a voulu ici y faire un clin d’œil. Dans l’esprit de Fujisawa, c’est comme si l’ancienne menace politique avait aujourd’hui fait place à une menace surnaturelle.

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L’apparence des monstres. Tout d’abord il y a celle des « parasites », lancés par les démons, et qui ont été les premières créatures auxquelles Shindō et ses amis ont été confrontés. Ces parasites possèdent des corps d’insectes surmontés de visages humains rappelant ceux de nourrissons. L’auteur a-t-il voulu nous faire comprendre que ce qui rend les possédés inhumains n’est pas tant le parasite qu’une partie d’eux-mêmes ? D’après moi, cela renvoie à la dualité humaine et à la partie sombre qui fait partie de chacun d’entre nous.

toru_FUJISAWA-Tokko-monstre.jpgPuis viennent ensuite les autres monstres à l’apparence plus « humanoïde » mais au look assez particulier. Le haut du visage bandé, parfois un bâillon sur la bouche, des pics autour du cou et de multiples bandages font d’eux des sortes de momies revisitées. Tout cela m’évoque la culture gothique, certaines pratiques comme le bondage (très populaire au Japon), mais aussi les « trois singes de la sagesse ». Ce dernier symbole, illustre à l’aide des gestes de trois singes cette ancienne maxime : « Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal » qui, si elle est respectée, permettra le bonheur à son adepte. Il est aussi à noter qu’une des plus anciennes  représentations connues de ces trois singes se trouve au Nikkō Tōshō-gū, l'un des Sanctuaires et temples de Nikkō au Japon. C’est donc un symbole qui fait entièrement partie de la culture japonaise. Là aussi, l’apparence des monstres fait référence à quelque chose de positif alors que, dans l’histoire, ils représentent le mal. De même, après leur première apparition, ces monstres changent d’apparence pour en revêtir une plus humaine avant de redevenir monstrueux au fil de leurs meurtres et possessions. Ainsi, leur brève apparence humaine serait une sorte de stade dans leur évolution ce qui renvoie, selon moi, au visage des parasites qu’ils contrôlent et aux rites funéraires de l’ancienne Égypte. Cette dernière référence semble pertinente au vu de leur première apparence. Ainsi, c’est comme si les meurtres commis redonnaient vie à leurs corps desséchés. Or, les Égyptiens pensaient qu’en momifiant les morts ils leur permettraient d’accéder à l’Au-delà et à l’immortalité, comme ce fut le cas pour l’un de leurs dieux, Osiris.



Impressions de lecture

C’est un manga à l’intrigue difficile, de prime abord, mais dont le graphisme vaut le détour. L’auteur nous fait rapidement entrer dans l’histoire et on se met assez naturellement à éprouver de l’empathie pour les personnages. Très vite, on en vient à partager leur désir de vérité face aux mystères qui s’offrent à eux. Qui sont les responsables du massacre de Machida ? D’où viennent les monstres apparaissant à Tokyo? Ont-ils un rapport avec la faille de Tokyo et les événements de Machida ? Quelle est la véritable fonction de l’équipe Tokkō ?

Le suspens reste entier et la lecture devient vite passionnante. Et, c’est ce plaisir qui a motivé mon désir de partager ce manga. À travers cet ouvrage, j’ai pu également découvrir, dans une ambiance proche du polar américain, le paysage urbain de Tokyo, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant. De même, l’apparition de démons (« Yōkai » en japonais) fait entrer l’inhumain au sein du récit, ce qui ajoute alors une dimension surnaturelle à l’histoire, tout en faisant le lien avec les anciens mythes de la culture japonaise encore profondément ancrés chez les Nippons.

 

 

Perrine, 1ère année Bib.-Méd. 2010-2011


Webographie


- Page consultée sur le site Bedethèque :
 http://www.bedetheque.com/auteur-6141-BD-Fujisawa-Toru.html
 
- Pages consultées sur le site  Tokkô FR :
 http://tokkofr.free.fr/index.php?page=auteur-tokko
 http://tokkofr.free.fr/index.php?page=personnages-tokko

- Pages consultés sur Wikipedia :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C5%8Dru_Fujisawa
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Tokk%C5%8D
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Singes_de_la_sagesse
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Rite_fun%C3%A9raire#.C3.89gypte_antique

 

 

 

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