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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 07:00

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Un lieu mythique
   
On associe de nombreuses légendes à la forêt de Brocéliande. Située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Rennes, elle cache en son sein de nombreux trésors : Merlin y aurait rencontré Viviane à de nombreuses reprises à la Fontaine de Barenton et y serait même enterré. Morgane y aurait enchanté le Val, afin que ceux qui y pénètrent y errent sans fin. La forêt mythique est liée à de nombreux textes issus de la Matière de Bretagne.
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Créé il y a plus de vingt ans par Claudine Glot,  le Centre de l'Imaginaire Arthurien est installé au cœur de la forêt dans le  château de Comper-en-Brocéliande à Concoret. C'est en ce lieu, bordé par l'étang de Viviane, que la Dame du Lac aurait élevé le jeune Lancelot. C'est naturellement ce site qui a été choisi pour abriter les premières Rencontres de l'Imaginaire il y a sept ans, festival devenu depuis annuel et prenant place chaque avant-dernier week-end de juillet.

Une fois de plus à l’initiative de ce projet, Claudine Glot souhaitait mettre en lumière la richesse de la Matière de Bretagne et la rendre accessible au grand public à travers des expositions et des rencontres avec des auteurs et illustrateurs.



Les Rencontres de l'Imaginaire

 Les Rencontres de l'Imaginaire se déroulent en deux temps : tout d'abord une exposition visible tout l'été, puis un week-end, point fort de ce festival où le public peut rencontrer les artistes participant à l'exposition, assister à des conférences et des tables rondes, écouter des contes …

Le festival se veut un rendez-vous familial et chaleureux où l'amoureux de la légende arthurienne et de la féerie côtoie le visiteur néophyte. Les illustrateurs et auteurs se mêlent au public, assistent aux nombreuses animations ou dédicacent le temps de quelques heures.



L'édition 2011 – 23 et 24 juillet

Cette année, dix-huit auteurs et illustrateurs étaient présents : René Hausman, Erlé Ferronnière, Pascal Ferry, Virginia Lee, Juliette Pinoteau, Fred Spirin, Tiffanie Uldry, Brucéro, Pierre Dubois, Hervé Gourdet, Didier Graffet, Syveline Lemaire, Yoann Lossel, Marc Nagels, Séverine Pineaux, Erwan Seure Le Bihan, Yannick Thiel et David Thierrée. Les invités d'honneur étaient Pierre Dubois et René Hausman : tous deux spécialistes de la Féerie, des contes et des légendes, leur Almana Sorcier a été récemment réédité chez les  éditions Terre de Brume.

Cette septième édition a débuté par une projection du film  Sire Lanval, adaptation du lai de Marie de France, réalisé l'année dernière à l'occasion du projet « Partager nos légendes » où une vingtaine d'artistes français et anglais s'étaient retrouvés autour de ce texte. Une exposition, ainsi que la réalisation de ce film avaient conclu le projet.



Conférence « Le Roi Arthur dans l'Histoire de l'Art »

Jean Deulceux, maître de conférences en histoire de l'art à Rennes a animé une conférence sur le thème «le Roi Arthur dans l'Histoire de l'Art ». Il a d'abord rappelé les moments clés de la légende arthurienne, avant de nous introduire à ses nombreuses représentations dans l'art sous forme d'abécédaire. Il a souligné l'influence importante que la légende a engendré pour des générations de peintres, illustrateurs, musiciens, metteurs en scène au théâtre et au cinéma. De l' Enchanteur pourrissant de Guillaume Apollinaire, en passant par Parsifal de Wagner, Excalibur de John Boorman ou Kaamelott d'Alexandre Astier, Jean Deulceux a survolé les divers visions de la légende à travers les siècles et montrer son constant renouvellement.

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L'Almana Sorcier et Les Îles au Nord du monde mis à l'honneur

Deux ouvrages ont été mis à l'honneur durant le week-end : L'Almana Sorcier de Pierre Dubois et René Hausman et Les Îles au Nord du monde de Marc Nagels, Didier Graffet et Vincent Munier, beau livre co-édité par les  éditions Siloë et Artus. Les auteurs et illustrateurs de ces deux titres ont participé à une présentation le samedi après-midi.

Pierre Dubois et René Hausman sont revenus sur leur parcours respectifs et leurs nombreuses collaborations : ils ont signé notamment la série Laïyna chez Dupuis ou Le Grand fabulaire du petit peuple dans le journal delogo Luzabelle Spirou au début des années 80. En quarante ans, leur association a abouti à une trentaine de titres en bandes dessinées, beaux-livres et livres illustrés destinés à la jeunesse. L'Almana Sorcier est le fruit de recherches que Pierre Dubois a faites tout au long de sa carrière. Il y a compilé par mois proverbes, dictons et autres contes provenant des régions françaises. René Hausman, quant à lui, en a fait les illustrations. René Hausman nous a également parlé de son parcours : il a commencé par des illustrations d'animaux dans les années 60 et a notamment réalisé un abondant travail sur les fables de La Fontaine avant de se tourner vers la féerie. En 2008, il a ouvert sa propre maison d'édition,  Luzabelle.

Les îles au Nord du monde est une invitation au voyage dans les terres lointaines, fruit de l'union entre trois aventuriers du merveilleux : Marc Nagels, Didier Graffet et Vincent Munier. Accompagnés de Juliette Pinoteau et Yoann Lossel, qui ont également signé quelques illustrations dans le livre, ils ont présenté la genèse du projet, ainsi que les diverses sources d'inspiration des textes.



Table ronde « La Compagnie des lutins »

La table ronde « La compagnie des lutins » était animée par Claudine Glot, auteur, historienne et présidente du Centre de l'Imaginaire Arthurien. Y étaient conviés René Hausman, illustrateur et conteur, Pierre Dubois, auteur, scénariste, conteur, conférencier et inventeur de l' « elficologie » et Hervé Gourdet, illustrateur, créateur du festival de féerie « Le printemps des légendes » et fondateur du Centre Culturel des Légendes.

Après quelques histoires et anecdotes, la discussion s'est rapidement orientée sur l'influence de la religion dans les croyances populaires et la façon dont les précurseurs de la séparation de l'Église et de l'État au début du siècle dernier ont ridiculisé les contes populaires, le folklore, et combattu les parlers régionaux.

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Et enfin …

Placée sous le signe de Morgane et de Mélusine, cette septième édition des Rencontres de l'Imaginaire permettait également au visiteur de découvrir les destins tragiques des deux fées légendaires. Le Centre de l'Imaginaire Arthurien proRencontres-imaginaire-5.JPGpose en effet du 3 avril au 16 octobre une exposition évoquant les liens, différences et complémentarités des deux créatures moyenâgeuses.

Avec ses trois cents visiteurs environ dans le week-end, les Rencontres de l'Imaginaire sont un petit festival, par la volonté des organisateurs qui souhaitent le voir rester à échelle humaine afin de faciliter les relations entre artistes et visiteurs : on y vient en famille, en simple visiteur curieux passé par hasard ou en fan acharné venu rencontrer son auteur ou son illustrateur préféré.

De plus, son ancrage dans la forêt de Brocéliande en fait un lieu unique, berceau des légendes que le Centre de l'Imaginaire Arthurien ne cesse de mettre en valeur et promouvoir.

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Laure D., A.S. Bib.-Méd.-Pat. 2011-2012

 

 


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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 07:00

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Theodore DREISER,
Sister Carrie
première édition
Doubleday & McClure Company
New York, 1900.
traduit de l’anglais
par Jeanne-Marie SANDRAUD
Points Signature, Paris, 2010.













Theodore Dreiser (1871-1945)

Après avoir été renvoyé de l’Université d’Indiana, Theodore Dreiser commence une carrière de journaliste itinérant à travers les États-Unis, et en particulier à Chicago au Chicago Globe. Il fait de nombreuses interviews d’auteurs et de personnalités politiques, ce qui va fonder sa veine engagée et sociale.

Après ses débuts en tant que journaliste, il écrit treize romans et nouvelles ainsi qu’une dizaine d’ouvrages politiques qui traitent des inégalités sociales. Durant toute sa vie, l’auteur s’implique dans plusieurs campagnes contre l’injustice sociale et dénonce le capitalisme ainsi que le militarisme américains. À plusieurs reprises, il doit se battre contre la censure des autorités et l’opinion publique à cause de sa vision du monde en rupture avec ce qui se fait en littérature à son époque, littérature qui tente d’exalter le meilleur de la nature humaine et l’exigence éthique.



Durant sa carrière de journaliste, Dreiser se lie d’amitié avec Arthur Henry, patron du journal Toledo Blade. Une amitié forte se noue entre les deux hommes et lorsqu’en 1894 Theodore Dreiser s’installe à New York, Henry le suit de peu.

Alors qu’il commence l’écriture d’un roman, Henry incite Dreiser à faire de même, comptant sur une entraide amicale et dynamique. Débute alors l’écriture de Sister Carrie, écriture maintes fois abandonnée et qui n’aurait pas vu le jour sans les encouragements et l’insistance de l’ami de Dreiser ainsi que de sa femme Sara White.

Ce roman, dont la rédaction est entreprise en 1899, est fondamentalement incompatible avec la morale et les aspirations de l’époque. Pour envisager une publication, Arthur Henry incite l’auteur à faire quelques coupes dans son texte. Dreiser va jusqu’à changer la fin, faisant mourir l’héroïne plutôt que son amant. Malgré ces nombreux changements, le texte peine à trouver un éditeur qui l’accepte. Suite à d’autres coupes et à force de persévérance, Frank Doubleday accepte le manuscrit. Sister Carrie est publié sans aucune publicité et sans l’appui moral de l’éditeur. Il se vend donc à seulement 456 exemplaires.

L’ouvrage va véritablement être apprécié et jugé à sa propre valeur lors de sa publication en Angleterre. Des éditions moins censurées que celle de Doubleday & McClure Company sont proposées dans les années 1930. Elles sont ensuite reprises aux États-Unis. Et ce n’est qu’en 1981 que le texte sort dans sa version originelle.



Résumé

Caroline Meeber, surnommée « Sister Carrie » quitte sa campagne natale, Columbia City, à l’âge de dix-huit ans, pour aller à la ville, la grande ville, Chicago, et pouvoir réaliser son rêve. Carrie doit être hébergée chez sa sœur et le mari de celle-ci, les Hanson. Dans le train entre Columbia et Chicago, scène qui ouvre le roman, la jeune fille rencontre Charles Drouet, un jeune représentant de commerce, qui est immédiatement séduit par sa beauté, sa simplicité et sa naïveté. Il lui propose un rendez-vous pour la semaine suivante.

Quand Carrie arrive chez les Hanson, elle est immédiatement déçue du dénuement dans lequel ils vivent et perçoit qu’elle n’est pas la bienvenue. Si sa sœur l’accueille, c’est qu’elle espère que la jeune fille paiera une pension et améliorera leur condition dans les plus brefs délais. Alors que Carrie désire profiter des divertissements de la ville, elle est contrainte de trouver un emploi. Lors de ses premières journées de recherches, la jeune fille a du mal à accepter les conditions dans lesquelles elle va devoir travailler : salaires misérables, aucune garantie, etc. Elle prend finalement un poste dans une fabrique de chaussures mais elle ne peut s’empêcher d’être profondément choquée par les conditions sordides du lieu, les manières des autres ouvriers et la fatigue physique inhérente au travail à la chaîne.

À son arrivée chez sa sœur, Carrie décline l’invitation de Drouet, honteuse de l’appartement peu attrayant dans lequel elle doit vivre. Après quelques jours de travail, elle croise le jeune homme fortuitement dans la rue. Il s’occupe d’elle, lui offre à manger et lui propose une petite somme d’argent. Ils se revoient et Drouet lui propose de fuir de chez sa sœur pour s’installer dans un appartement dont il paie les frais. Carrie accepte aussitôt, se voyant libérée de l’obligation de travailler, et elle part un soir, ne laissant qu’un mot pour expliquer son geste aux Hanson.

Après quelque temps de vie commune, Drouet présente à sa protégée un ami à lui, directeur de bar, George Hurstwood. Par ses manières et son habillement, l’homme plaît immédiatement à Carrie, auprès de qui Drouet avait perdu de son prestige. Par sa fonction, Drouet doit souvent partir en déplacement ; Hurstwood en profite pour rendre plusieurs fois visite à la jeune fille et ils entament rapidement une relation.

Charles Drouet, connaissant la fascination de Carrie pour le théâtre, lui propose un rôle dans une pièce amateur. La jeune fille saisit l’occasion et monte sur scène avec brio. Le lendemain de la représentation, l’histoire bascule ; Drouet apprend la liaison entre Hurstwood et Carrie, la jeune fille découvre que son amant est marié et celui-ci que sa femme, Julia, se doute de l’adultère. Drouet et Carrie se séparent et Julia Hurstwood fait du chantage à son mari.

Un soir, George Hurstwood, éprouvé par les événements et troublé par une consommation abusive de spiritueux, vole une grosse somme d’argent dans le bar dans lequel il travaille. Il se rend sur-le-champ chez Carrie et incite la jeune fille à le suivre sous un faux prétexte. Il lui fait croire que Drouet est hospitalisé et qu’elle doit aller le voir sans tarder. Hurstwood « kidnappe » donc Carrie dans le but de s’enfuir avec elle. Il l’emmène à la gare et la fait monter dans un train pour Montréal. Quand la jeune fille se rend compte de la ruse, elle est d’abord révoltée, puis se laisse toucher par les excuses de son amant.

Arrivé à Montréal, Hurstwood a mauvaise conscience à cause du vol. Encouragé par un détective privé lancé à sa poursuite, il décide de rendre l’argent. Carrie et Hurstwood n’ont alors plus beaucoup d’argent pour subsister et la ville ne leur plaît pas. Avant de partir pour New York, Hurstwood fait semblant de céder à la volonté de Carrie et organise un faux mariage – ce que Carrie n’apprendra qu’à la fin du roman. Ils deviennent alors monsieur et madame Wheeler.

À New York, Carrie acquiert son indépendance et le pouvoir entre eux s’inverse. Hurstwood peine à trouver un emploi et la seule affaire à laquelle il prend part s’effondre, le laissant sans argent. Découragé, il abandonne les recherches d’emploi et tombe dans une dépression. Lasse de la situation et de l’inactivité de son (faux) mari, Carrie envisage de se lancer dans le théâtre et débute une carrière de danseuse dans une troupe. Elle se fait rapidement un nom et atteint une grande notoriété. Elle quitte alors Hurstwood pour s’installer chez une amie danseuse.

À partir de ce moment-là, Hurstwood plonge de plus en plus dans la déchéance. Il se retrouve à la rue, subsistant à peine grâce à de petits emplois précaires et finit par contracter une pneumonie. Au sortir de l’hôpital, il survit uniquement grâce aux bonnes œuvres et à la mendicité. Il se suicide dans une chambre insalubre, ne trouvant plus aucun intérêt à la vie.

Carrie, rayonnante, au sommet de sa carrière, se rend pourtant compte qu’elle n’arrivera jamais à atteindre le bonheur. Ce bonheur qu’elle a toujours envié chez les autres, les gens plus riches.


« Dans ton fauteuil à bascule, près de la fenêtre, si tu rêves ce sera d’un bonheur que sans doute jamais tu ne connaîtras. »



Le naturalisme américain

Theodore Dreiser est le fondateur de l’école naturaliste aux États-Unis. Il s’inspire d’Émile Zola, dont L’Assommoir a été traduit en 1879 et a induit chez certains auteurs américains une conception transitive de la littérature. Dreiser va chercher ses histoires dans la rue, là où les injustices sociales influent sur le destin des individus. Il écrit sur l’impact de la société sur l’homme. Pour cela, il remet en cause les valeurs littéraires qui ont cours à son époque et il laisse, dans ses récits, une place pour la banalité, le sordide et les pulsions primitives. La littérature de Dreiser fait le pari de dire le monde tel qu’il est.

L’auteur est aussi influencé par Honoré de Balzac, dont il cite plusieurs œuvres dans Sister Carrie au travers du personnage de Robert Ames, jeune intellectuel qui se bat contre les idéaux bourgeois et dont Carrie tombe amoureuse. La dernière scène du roman est elle-même une référence au Père Goriot (1835), Carrie est très proche du personnage de Rastignac.

L’Origine des espèces de Charles Darwin, publié en 1859, est une autre influence pour Theodore Dreiser. Cet ouvrage supprime le pouvoir de Dieu dans les comportements humains et met en avant les thèmes de la dérive, du hasard, de la lutte et de la compétition.



Contexte historique

Le naturalisme américain se focalise sur une thématique urbaine, ancrée dans un contexte historique particulier. Sister Carrie prend forme dans la réalité sociale et économique des États-Unis de la fin du XIXe siècle. Ce roman montre le changement qui a lieu après la guerre de Sécession (1861 - 1865) : le passage d’une société agricole à une société industrielle et urbanisée. Theodore Dreiser capte les aspects de la vie moderne.

Sister Carrie  met en avant la réalité et les changements économiques de la société à travers le thème de l’argent qui est central. L’histoire de Carrie est celle de la construction d’une identité par le truchement de la réussite matérielle. Tous les personnages du récit sont guidés par l’argent, soit qu’ils souhaitent en gagner constamment plus, soit que cela les desserve totalement, soit qu’ils veuillent vivre dans son rayonnement comme le fera au début Carrie puis le personnage de Lola Osborne. Aucun n’échappe à cette réalité, cette fatalité même, qui décide de leurs vies et de leurs morts.

La réalité économique de la fin du XIXe siècle est présentée dès les premières pages par la recherche d’emploi de Carrie. Ensuite, tout le roman est constellé d’allusions particulièrement précises à l’argent, allant jusqu’au moindre cent que le personnage d’Hurstwood ne cesse de compter et de recompter en permanence, jouant même sa vie sur cette somme.

Tous les rapports entre les personnages sont déterminés par leurs revenus. Carrie, par exemple, aura des relations avec des hommes uniquement pour atteindre un but matériel, un mode de vie spécifique – même si finalement elle parvient à celui-ci par son propre travail. Quand Carrie rencontre Charles Drouet, elle dit qu’ « il fait naître un monde de richesse dont il était le centre ». Et quand, par exemple, elle est avec George Hurstwood, à qui elle voue beaucoup d’admiration au début, plus il perd sa fortune, moins elle a d’admiration pour lui. L’argent pour Carrie est « doux », « soyeux » et il a un « pouvoir en soi ».

L’argent, c’est aussi la consommation. La fin du XIXe siècle incarne l’apparition des grands magasins et Carrie va être obnubilée par la mode et l’apparence, toujours dans le désir d’acquérir la dernière nouveauté pour se démarquer. Carrie est représentative d’une nouvelle génération américaine.



Sister Carrie c’est aussi le roman des inégalités, première œuvre de Dreiser qui annonce son engagement social à venir. Le thème du travail est évoqué par l’auteur dans des descriptions du travail en usine et de sa difficulté physique, de ses conditions désastreuses et des mauvais salaires. À l’époque où Theodore Dreiser écrit Sister Carrie, de plus en plus de femmes doivent travailler. L’auteur montre l’effet que cela a sur l’unité des foyers qui tend à se déliter car les femmes n’ont plus le temps de s’en occuper. Le travail, c’est aussi la crise du travail, et les grèves. Dreiser dénonce, par la description d’une grève de conducteurs de tramway, les patrons qui embauchent des hommes volontaires (dont Hurstwood fera partie) pour remplacer les grévistes, ne considérant pas en cela leurs revendications.

À travers les figures de George Hurstwood et de Carrie, l’auteur expose la mobilité sociale qui a cours à l’époque par deux trajectoires totalement différentes. La société industrialisée peut créer des ascensions sociales, telles que celle de Carrie, mais aussi faire chuter brutalement un homme socialement établi, Hurstwood. Par celui-ci, qui devient un « clochard irrécupérable », Dreiser décrit aussi les conditions de vie des hommes sans domicile.



Le changement de mode de production induit une urbanisation de la vie. C’est ce thème qui est réellement central dans Sister Carrie. Dreiser place le récit dans les deux villes américaines en plein essor : Chicago et New York. Pour Chicago, l’impression est forte et immédiate sur Carrie. L’arrivée dans cette ville est un moment « merveilleux » pour la jeune fille fascinée par cette ville en expansion, en construction, bruyante, lumineuse, qui « grouille » de gens. De Chicago, le lecteur peut retenir le mouvement perpétuel, les « lumières des enseignes » ainsi que le « tintement des tramways ». Chicago, c’est aussi, et surtout, la foule, refuge apaisant pour Carrie.

New York va influencer les deux personnages et va sceller l’accomplissement, bon ou mauvais, des aventures de Carrie et Hurstwood. Carrie est immédiatement « captivée par l’animation » de la ville. New York c’est Chicago en plus grand, là où la foule enfle et devient plus impressionnante.

À l’inverse, Montréal, lieu d’un court passage de Carrie et Hurstwood est définie comme une « cité canadienne où tout allait lentement » et cela ne plaît pas du tout aux personnages, figures modernes.

La ville est réellement le personnage central du roman, toujours présent et dont l’influence est décisive.



Carrie, une femme moderne

Par le personnage de Carrie, Dreiser dépeint l’érosion des valeurs traditionnelles et le changement des relations entre les hommes et les femmes.

Dans les années 1880, aux États-Unis, apparaît la figure de la « New Woman ». Suite à la prise d’indépendance financière des femmes liée à leur accès au travail, celles-ci ont tendance à se détacher des hommes et à se regrouper entre elles, comme le feront Lola Osborne et Carrie en partageant un appartement. Elles ont aussi une meilleure éducation qu’auparavant et des rudiments de conscience politique – ce qui n’est pas le cas de Carrie. La jeune fille du roman est une figure de transition entre l’idéal victorien, en vigueur jusqu’à présent, et cette « New Woman » plus autonome et volontaire. Carrie est moderne par son indépendance et le zèle qu’elle met à réussir sa carrière. Dreiser fait de Carrie une femme qui n’évoque à aucun moment le désir d’un enfant et qui dénonce son mari quand il la traite comme une servante.

Dans la littérature encore en vigueur à l’époque, Carrie aurait dû être punie pour son immoralité, mais Dreiser décourage le lecteur de penser la jeune femme comme telle. Elle n’est pas uniquement manipulatrice et mauvaise envers les hommes, elle a toujours un fond de gentillesse. L’auteur rompt avec le thème littéraire traditionnel de la chute de la femme pour immoralité. Bien que dans la première version publiée de Sister Carrie, la jeune fille meure de mélancolie, elle n’est pas punie pour avoir eu des relations extra maritales mais pour ne pas avoir su trouver le bonheur. 

Avec le personnage de Carrie, Dreiser a une conscience très moderne de la femme et il dénonce les inégalités de sexe en la faisant quitter son foyer.



Carrie est en quête d’un bonheur impossible. Ce bonheur, elle pense le trouver dans l’argent puis dans sa notoriété de femme de théâtre. Dès le début du roman, en de nombreuses occurrences, la jeune fille exprime la sensation d’un bonheur proche. Mais plus l’histoire avance, plus Carrie se rend compte que ce bonheur n’est jamais à sa portée, il reste toujours virtuellement proche mais ne l’atteint jamais. Un parallèle est intéressant à faire entre le début de l’œuvre et la dernière phrase de celle-ci. Alors que Carrie vit encore chez sa sœur, elle est dans un fauteuil à bascule, elle observe la ville et dit : « Je vais être heureuse. » Mais le roman se termine par une scène similaire, Carrie dans un fauteuil, face à la ville, à la différence près qu’elle se rend compte qu’elle ne parviendra jamais à être heureuse comme elle l’a toujours rêvé et imaginé. Cette prise de conscience se fait suite à une discussion qu’elle a avec Robert Ames. Le jeune homme lui dit qu’elle est « désenchantée ». Par comparaison à la figure de Balzac, Ames met au jour la nature de Carrie et son impossibilité du bonheur.

 

« “Non, je ne le crois pas. L’homme qui échoue en esprit, voilà celui qui échoue sur toute la ligne. Il y a des gens pour se figurer que ce sont les richesses et le rang social qui font le bonheur. Et Balzac le pensait, je crois. Beaucoup de gens le pensent. Ils sont là à regarder autour d’eux et à se tordre les mains à chaque vision éphémère de bonheur. Ils oublient que, si leurs rêves se réalisaient, ils n’auraient plus rien à attendre. Le monde est plein de situations enviables, mais, malheureusement, nous ne pouvons en occuper qu’une seule à la fois. La plupart des gens occupent une situation enviable et, trop longtemps, ils en sous-estiment les mérites parce qu’ils ont envie d’autres choses.”

Carrie le regardait avec attention, mais il ne la voyait pas. Il lui semblait que c’est d’elle exactement qu’il parlait. N’était-ce pas exactement ce qu’elle avait fait, et à plusieurs reprises ? »


Joanna Thibout-Calais, 1ère année Éd.-Lib.

 

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 07:00

Le commentaire qu'elle a laissé sous l'entretien de Lise et d'Émeline avec Noda Kensuke et Ilan Nguyên ne pouvait qu'exciter notre curiosité. On a cliqué...

 

Nathalie est traductrice de b.d. et déplore que, à part dans le domaine du manga, les éditeurs se montrent aussi timorés et ne fassent pas davantage traduire.

 

Allez faire un tour sur  Le Blog de la mirabelle où Nathalie présente The Pea of Anger d'Ivo Kircheis, b.d. qu'elle a traduite de l'allemand en français et en anglais, et bien d'autres choses !

 

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 07:00

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Michel BUTOR
L'Emploi du temps
Éditions de Minuit, 1956

Double, 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour plus d'informations sur l'auteur et pour lire le résumé du livre, consultez la  fiche d'Agnès.
 



Michel Butor et le Nouveau Roman

Michel Butor s'inscrit dans le mouvement littéraire du Nouveau Roman, principalement promu par les  Éditions de Minuit alors sous la direction de Jérôme Lindon. Ce mouvement est actif entre les années 1950 et les années 1970.

On considère que le Nouveau Roman naît sous la plume d'Alain Robe-Grillet (conseiller éditorial aux Éditions de Minuit) lorsqu'il publie Pour un nouveau roman en 1963 où il rassemble des essais sur la nature du roman et sur son futur. Il remet ainsi en question les codes classiques de la forme romanesque qui avaient atteint leur apogée avec des auteurs tels que Balzac ou Zola. Il rejette l'idée de l'intrigue ou même celle de la nécessité des personnages : le nouveau roman se veut un art conscient de lui-même, qui recherche une nouvelle forme d'écriture, une nouvelle forme de réflexion. La lecture devient donc moins fluide pour les lecteurs, elle demande une analyse permanente du roman, l'initiative d'une nouvelle approche de lecture puisque l'histoire narrative tout comme les personnages sont relégués au second plan. (Plus d'informations sur le Nouveau Roman : http://www.ed4web.collegeem.qc.ca/prof/rthomas/textes/n_roman.htm )

L'Emploi du temps de Michel Butor, publié en 1956, s'inscrit donc dans le Nouveau Roman, et Michel Butor explore cette nouvelle approche du romanesque où finalement l'intrigue n'a pas une place primordiale. L'analyse de ce roman nous tourne vers de nombreuses thématiques telles que la descente aux enfers du narrateur, Jacques Revel, lors de son arrivée à Bleston (avec l'employé des chemins de fer représentant la figure du gardien, par exemple), ou encore vers les nombreuses références mythologiques et bibliques utilisées par l'auteur. Mais il me semble qu'afin de pouvoir « entrer » dans ce roman, de pouvoir le comprendre et d'en saisir la portée, il y a deux thématiques importantes à analyser et intégrer : celle de la ville, ville de papier puisqu'entièrement créée par l'auteur, et celle du labyrinthe, aussi bien spatial que temporel.



Bleston, une ville de papier aimée et haïe
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Jacques Revel, français, débarque par le train à Bleston, une ville britannique (il achète un billet Bleston-Londres pour son départ), afin de suivre un stage de six mois dans une entreprise de cette ville.

Cette ville nous apparaît comme réelle, par la qualité des précisions qui sont apportées par l'auteur. Plans, cartes, plan des lignes de bus, architecture, monuments (dont plus particulièrement le musée et les deux cathédrales), histoire de la ville… : tout y est décrit, avec de nombreux détails, et ce de façon assez surprenante lorsqu'on sait qu'en fait Bleston est une ville de papier, entièrement créée par l'auteur !

 

Le narrateur entretient une relation assez étrange d'amour-haine avec Bleston. Dès le début du roman, elle nous apparaît comme hostile, antipathique et froide. Jacques Revel y arrive de nuit, en train, en véritable étranger (le premier obstacle est la langue). Il ne possède pas encore de plan de la ville, il est donc perdu ; le lendemain, lorsqu'il verra pour la première fois la ville de jour, il n'y reconnaîtra rien de ce qu'il avait vu pendant la nuit.

« Le ciel est gris et la ville semble comme un lieu sans fin, où on est perdu, on se sent abandonné. Tout est monotone et triste. Si cette ville est tellement négative, pourquoi est-ce qu’on construit des villes pareilles ? »

Malgré cela, le narrateur tentera tout au long du roman de découvrir la ville et de se l'approprier, d'en comprendre les mécanismes. Il s'attachera pour cela à la lecture et relecture d'un polar, Meurtre à Bleston, qui lui servira en quelque sorte de guide pour la ville. Il rencontre et questionne de nombreux habitants de la ville, qui pour la plupart semblent habiter ici depuis plusieurs générations.

Mais bien vite, il apparaît que ses errances dans la ville, ses fréquentes visites du musée, des foires ou des cathédrales, finalement tout ce qu'il entreprend pour comprendre cette ville, ne le mène nulle part et au contraire le perd davantage.


Par là, Michel Butor personnifie véritablement la ville qui devient la femme vengeresse, à la fois désirée et haïe. Il est à la fois attiré et repoussé. Bleston devient un personnage à part entière du roman, personnage mystérieux et complexe que Jacques cherchera à comprendre, avec qui il tentera de nouer des liens.



Les labyrinthes, structure du récit

Si Jacques Revel ne parvient pas à comprendre et à s'approprier cette ville, c'est que cette ville est un vrai labyrinthe, sans véritable entrée ni sortie, à l'intérieur duquel il est enfermé. Il essaiera d'abord d'en cerner les limites, mais la ville n'a pas de limites distinguables, il ne peut en sortir. Il se perd dans la ville, ne comprend pas la logique supposée de sa construction et c'est ce qui la rend si sauvage à ses yeux. Il ne peut pas s'en échapper, il y est comme prisonnier, mais en même temps il est rejeté, aussi bien par certain habitants que par la ville elle-même.

La structure de la ville est symbolisée par le mythe de Thésée, dont un des mythèmes principaux est celui du labyrinthe. Les tapisseries du musée de Bleston représentent ce mythe, il fait donc partie intégrante de la ville, et c’est ce que Revel comprendra à la fin de son récit lorsqu’il affirmera : « ce que je cherchais dans ces panneaux, c’était la lumière sur ton origine, Bleston. »


Mais ce qui fait toute la particularité de ce roman, c'est que ce labyrinthe spatial se double d'un labyrinthe temporel (on peut d'ailleurs se demander si le narrateur construit ce labyrinthe temporel sous l'influence de la ville-labyrinthe.)

Sous la forme d'un journal, Revel raconte des événements qui se sont déroulés six mois plus tôt. Le récit est au départ linéaire, malgré le fait qu'il n'écrive pas les samedis et dimanches, ce qui entraîne de nombreuses ellipses. Mais rapidement, le narrateur mélange les événements passés et présents, sans coupures marquées.



Ce roman plonge donc le lecteur dans un double labyrinthe, spatial et temporel, qui a pour résultat de le perdre au moins tout autant que le narrateur, à la fois dans la ville et dans le récit.


Mélissa, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 

 

Pour aller plus loin


  http://opus-all.paris.iufm.fr/littecompa/butor/butorfrm.htm

 http://opus-all.paris.iufm.fr/littecompa/butor/emploi_frm.htm

http://dumas.ccsd.cnrs.fr/docs/00/43/58/79/PDF/Brenu_L._Memoire_sans_images.pdf


 http://www.larbi.org/post/2006/04/14/203-ciel-michel-butor-est-vivant


Michel BUTOR sur LITTEXPRESS

 

Butor L Emploi du temps

 

 

 

 

 

 Article d'Agnès sur L'Emploi du temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

BUTOR1.jpg

 

 

 

 

Michel Butor à Ritournelles (octobre 2009)

 

article de Sophie, Elise et Fanny

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 07:00

dans le cadre de 

Lettres du monde 2011 / Argentina

 


VisuelLettres2011 Argentina(light)

 

en présence de Robert AMUTIO, traducteur et directeur de collection à l’Arbre Vengeur

 

 

Vendredi 14 octobre
BORDEAUX Université de Bordeaux 3 - IUT métiers du livre
Amphithéâtre Robert Escarpit, à 9h30

 

 

 

 

Diego VECCHIO DiegoVecchio-3.JPG


Diego Vecchio est né à Buenos Aires en 1969 et réside en France depuis 1992. Après des études à l’Université de Buenos Aires, il soutient en 2001 une thèse de doctorat sur l’œuvre de Macedonio Fernàndez à Paris. Il est l’auteur de Historia Calamitatum (roman, 2000) et d’Egocidios : Macedonio Fernàndez y la liquidacion del yo (essai, 2003). Son recueil de nouvelles, Microbes (traduit par Denis Amutio), a été publié en 2009 par les éditions talençaises L’Arbre vengeur, dans la collection dirigée par le traducteur Robert Amutio.

 

 


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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 07:00

Boris-Vian-Mademoiselle-Bonsoir-1.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Boris VIAN
Mademoiselle Bonsoir
in Mademoiselle Bonsoir
suivi de La Reine des garces
Le Livre de poche, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié seulement en 2009, cet inédit de Vian est constitué de deux comédies musicales écrites selon Nicole Bertolt, directrice de la fondation Boris Vian, en 1952 ou 1953. Il est doublement préfacé d'abord par Ursula Vian Kübler puis par M. d'Déé, dont on sait seulement qu'il est un « complice des premières heures » pour Mademoiselle Bonsoir.

Mademoiselle Bonsoir est un chef-d'œuvre qui révèle l'étendue de la pensée visionnaire de Vian. Mademoiselle Bonsoir est en son essence une satire de la société d'alors dont les intellectuels étaient déjà anéantis par l'engouement « des masses » pour les reality show. C'est par le biais de la comédie musicale que l'auteur adorateur de musique nous invite à découvrir un genre peut-être nouveau pour vous aussi. Pour les plus avertis, Mademoiselle Bonsoir n'est pas une comédie musicale à proprement parler ; on admet plutôt que c'est un opéra lyrique ou une comédie dramatique lyrique ou bien qu' « il y a de l'opéra populaire dans son écriture ».


Mademoiselle Bonsoir est composé de quatorze tableaux entre lesquels sont insérés des ballets, des tangos et des chansons, des chorals. À chaque début de tableau, Vian nous dévoile un décor parfois très surprenant :

« Premier Tableau, Décor. - La rédaction du courrier du cœur du journal Cœur Maître. Bureau en forme de cœur, chaises à dossier en cœur, chanteurs de charme à bouche en cœur dans cadres en cœur, etc. »

« Cinquième Tableau, Décor. - Une usine entièrement peuplée de jolis robots qui l'animent et la dirigent. (…) Dans l'obscurité verdâtre apparaissent les robots, de jolies filles en collants argent, avec de petites lampes rouges et vertes en guise d'yeux. Clémentine paraît. Un robot étoile mène le Ballet des robots. »

Les chorégraphies et les chansons sont repérables grâce à deux pictogrammes significatifs. On ne trouve pas, et c'est peut-être regrettable, les paroles des chansons, ce qui laisse le simple lecteur sur sa faim. Pourtant le décor du neuvième tableau est un des plus directifs du point de vue de la mise en scène et favorise l'imagination :

« La musique commence et elle chante. Les statues manifestent un certain intérêt, s'étirent, descendent de leur socle, ouvrent de petits placards dans lesdits socles et se vêtent d'oripeaux divers. On met une tête à la Victoire de Samothrace, des bras à la Vénus de Milo, etc. Les deux partenaires du Baiser de Rodin se séparent et commencent à se quereller. Le Penseur qui en a assez de penser se met à faire de la gymnastique suédoise. André se lève et danse avec Clémentine. »



On débarque au cœur de la rédaction du journal Cœur Maître où Janine et Robert répondent au courrier des lecteurs amoureux ou sur le point de l'être, lecteurs qui sont en fait le fonds de commerce de l'agence. Le travail à peine entamé, André paraît, lecteur du magazine, célibataire à cause de sa timidité. Il propose un « bizenèce » aux deux rédacteurs :

« André, volubile. Voilà... le soir... je voudrais une fille qui vienne m'embrasser dans mon lit... je n'en demande pas plus... on s'adresserait à une maison sérieuse... on paierait une petit somme... et le soir, elle viendrait, elle entrerait... une chanson... un baiser... adieu ! et une nuit pleine de beaux rêves... Pour tous les célibataires timides... »

L'argument de vente avancé par la société est le remède aux insomnies des célibataires. La société investit dans une roulotte de fête foraine et engage Clémentine, une chanteuse (L'usage du prénom Clémentine est une récurrence chez Vian). Janine, Robert et André lui proposent une coquette somme en échange d'une prestation chaque nuit. Son premier client est Kyriano, tueur et « roi de la came » ; cette première prestation est un succès pour Clémentine qui devient vite très réputée, malgré le caractère innovant du concept.

Un mois plus tard, les sonneries au standard de la société sont incessantes et l'emploi du temps de la starlette est surchargé de rendez-vous. André paraît et reproche à son associé de ne pas lui accorder un seul rendez-vous avec l'endormeuse. Il s'enfuit, et alors qu'il flâne il rencontre Michel, le gosse. Celui-ci l'emmène dans un camp de clochards, et apparaît Clémentine. Il en tombe désespérément amoureux et tente de conquérir son cœur.

Pendant ce temps, Janine et Robert organisent un casting afin de remplacer partiellement Clémentine et de soulager son emploi du temps ; ce casting est nécessaire afin de mieux répondre aux nouvelles demandes, à la machinerie infernale du reality show et de la consommation de la bimbo. Une sélection de jeunes filles est faite par les six plus grands célibataires de la place de Paris. Kyriano le tueur fait une proposition à Robert et Janine qui le remballent hâtivement. Cependant, énerver Kyriano qui a promis de se venger est un coup de pub inespéré pour la production, ce qui réjouit Janine et Robert. Clémentine est enlevée par les tueurs de Kyriano et retenue dans une tour. Apparaissent tous les acteurs et le coup de pub est réussi ; s'ajoutent des journalistes, des reporters, des photographes et un animateur radio ; bref, l'enlèvement de Clémentine est un véritable propulseur médiatique.


Mademoiselle Bonsoir force à une lecture multiple du fait qu'elle se prête à la fois à une contextualisation de l'œuvre et à une recontextualisation ou une actualisation ; loin d'être une simple comédie musicale de divertissement, c'est une œuvre lyrique contemporaine. La satire que Vian fait de sa société est tout à fait valable pour la nôtre, dans ses grandes lignes. L'auteur montre que la société consumériste, pourtant bien floue, est tout aussi douce et confortable qu'hypnotisante.

Les personnages et les décors sont constamment des prétextes au concept et à l'idée : la grosse production est alimentée, crée de la valeur ajoutée par l'Audimat (les rendez-vous dans le texte) et les people (Clémentine et les jeunes filles du casting) ; on entre dans l'ère de l'automatisation, de la robotisation (cf. Cinquième Tableau) pour que finalement le profit revienne aux mafieux, aux gangs et aux « têtes couronnées » (Robert et Kyriano). Les plus petits n'hésitent pas à écraser le voisin pour grapiller des miettes de notoriété. Mademoiselle Bonsoir, autrement dit Clémentine, n’est que le produit des attentes de la société et, loin d'être un individu affranchi, elle se laisse manipuler par les acteurs de la machination, qui sont Robert et « les téléprédateurs », les « téléphages », les messieurs Tout-le-monde. Au final ce n'est qu'une bimbo, une jeune femme devenue icône. La principale victime demeure André, amoureux transi de l'image, idole, icône, concept, victime de ses sentiments. Kyriano, la bête noire, est pourtant le personnage qui donne le ton et une tournure nouvelle, il dirige le récit et mène le jeu. C'est finalement lui qui a tout à gagner.


La notoriété est ce phénomène particulier que Claude Maggiori qualifie de « maladie de l'époque ».

« Aujourd'hui, il faut être célèbre, vite, de n'importe quelle façon, être connu pour s'extraire de la masse et espérer toucher le jackpot. (…) Tout le monde veut participer à tous les castings : si je suis choisi, je vais être connu, je vais être célèbre. (…) La célébrité est devenue un système. Elle s'autoproduit. (…) Nous avons fini par inventer la « star de rien » : une invention formidable ! », L'Echo des savanes, avril 2011, p.79.


Chloé, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 

 

Boris VIAN sur LITTEXPRESS

 

 

 

VIAN.jpg

 

 

 

 

 

 

Articles de Pauline et de Tiphaine sur Le Loup-garou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 07:00

titre2011
L'association Permanences de la littérature
vous invite à sa deuxième édition
du festival Littérature en jardin
dans le cadre des Scènes d'été en Gironde
et Aquitaine en scène

 

 

 

Samedi 17 septembre

19 heures

 

 

 

wwwPhoto-generique-cPermanences-de-la-litterature-e1307.jpg

 

 



 

 

 

 

 

Contre les bêtes
Monologue
de et par Jacques Rebotier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abzac
dans un jardin privé
25 Port du Mas

A89 sortie 11

Coutras,

route Saint Médard de Guizière
pour en savoir plus

 


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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 07:00

Guarnido-Blacksad-1.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GUARNIDO et DIAZ CANNALES,

Blacksad, Quelque part entre les ombres
 Traduction
Anne-Marie Ruiz
Dargaud, 2000



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BlackSad est une bande dessinée policière écrite et dessinée respectivement par Diaz Cannales et Guarnido, tous deux espagnols, qui se déroule à la fin des années cinquante à la Nouvelle-Orléans. Le premier tome, Quelque Part Entre les Ombres, a eu un succès planétaire et est aujourd’hui reconnu comme un classique par tous les professionnels de la bande dessinée. La préface de Loisel donne le ton : « C’est beau, c’est fort, c’est vivant ».
blacksad 2
La forme des personnages intrigue autant qu’elle choque : des têtes et des peaux d’animaux mais les personnages se comportent tous comme des hommes. Ainsi les policiers sont des chiens, les lascars des lézards, les journalistes des fouines. Le héros quant à lui est un chat, un chat noir détective privé. Le fait qu’il soit un chat noir avec toute la symbolique que cela suppose n’est pas un hasard ; le malheur pèse sur lui et il doit faire face à des situations difficiles. Lui-même est parfois malfaisant, rendant la justice par ses propres moyens, rarement légaux. Le style hardboiled est bien présent dans toute l’œuvre, la narration est rythmée par la découverte d’indices qui font progresser l’intrigue jusqu’à la dernière page.

L’histoire commence par la mort d’un ancien amour du héros, une actrice avec qui il a eu une aventure. Résolu à venger sa mort, il affrontera des menaces, se fera tabasser mais il continuera jusqu’à tuer de ses mains le meurtrier.

Ce premier volume est en quelque sorte une présentation du personnage alors que les tomes suivants abordent des thèmes sensibles tels que le racisme ou le nucléaire ; ce premier opus est le plus intime car il touche directement le héros.

Tout le génie de cette bande dessinée repose sur le style créé par les deux auteurs ; les personnages anthropomorphiques ont des réactions humaines réellement surprenantes. La couleur réalisée à l’aquarelle donne une force et un ton tout particuliers aux illustrations. Blacksad s’inscrit dans les chefs-d’œuvre à la fois du genre policier et de la bande dessinée.
blacksad-3.jpg
« Une étoile s'était éclipsée abandonnant mon passé dans le noir, égaré quelque part entre les ombres. Et personne ne peut vivre sans son passé. Là dehors se cachait le coupable de deux meurtres, au moins : celui d'une personne et celui de mes souvenirs. »

« Sartre affirme que l'enfer c'est les autres. La phrase est brillante, mais je crois qu'elle reflète plus un état d'âme qu'une vérité universelle.
Je veux bien admettre que les autres peuvent nous rendre la vie insupportable ... mais ils peuvent aussi être nos compagnons de paradis.
Pour moi, l'enfer, c'est le néant. Un endroit sans mes amis, sans musique, sans paroles qui stimulent l'imagination, sans beauté qui exalte les sens. »

 

 

Laura, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 

 

 


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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 07:00

 à La Machine à lire

 

 

 
Rencontre avec Michel Suffran, pour son recueil de nouvelles Entre deux rives, éditions Atlantica.

 

Michel-Suffran-Entre-deux-rives.png

Mercredi 14 septembre
18 h 30

 

Cinq récits différents de ton, tour à tour pathétiques, burlesques, fantastiques. On y croise un affairiste « arrivé » en qui surgit l’idée saugrenue de s’aventurer, en pleine nuit, sur un pont en apparence désert, une adolescente hantée par la promesse ou le mirage d’une île, un promeneur à l’allure un peu trop paisible, un singulier mendiant aux aguets à l’angle d’une rue, un comédien raté.

« Il n’y a pas de gens sans histoire. Tous portent en eux la conscience sourde, parfois muée en irrésistible appel, d’on ne sait quel « ailleurs ». Mais à mieux y songer, chacune de nos existences ne pourrait-elle se définir comme une incertaine traversée entre deux rives également énigmatiques ? »

La rencontre sera animée par Éric Audinet.

 

 

Rencontre avec Christian Oster autour de son dernier roman, Rouler, paru aux éditions de l’Olivier.

 

Christian Oster Rouler

Jeudi 15 septembre
18 h 30


« J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heures trente. »


« On ne sait pas grand-chose des raisons qui poussent le narrateur à quitter Paris et à rouler en direction de Marseille, ville qui s’est imposée à lui comme un mot plus que comme une destination. Le seul besoin de fuir ? Ce serait trop simple. N’a-t-il pas plutôt l’intuition que c’est justement en s’en remettant au hasard que la vie peut enfin apporter du neuf ? »


« La géographie n’a jamais été mon fort », apprendrons-nous plus loin. Avec ce road novel d’un genre très particulier, Christian Oster signe l’un de ses plus beaux romans.


La rencontre sera animée par Vincent Lafaille.

 

 

 

La Machine à Lire
8, place du Parlement

Bordeaux

Tram ligne C

arrêt Place de la Bourse

 

 


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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 07:00

Anita-Desai-Le-Jeune-et-le-festin-0.gif


 

 

 

 

 

 

 

Anita  DESAI
Le Jeûne et le Festin
Titre original
Fasting, feasting
traduit de l’anglais
par Anne-Cécile Padoux
Mercure de France, 2001
Gallimard, Folio, 2002








 

 

 

 

Le Jeûne et le festin, écrit par Anita Desai, est publié pour la première fois en 1999 par les éditions Chatto and Windus sous le titre Fasting, feasting. Le Mercure de France propose sa traduction en 2001. Il a été sélectionné pour le Booker Prize en 1999.



anita_desai.jpgL’auteur

Anita Desai, née en 1937, est une auteure indienne. Elle grandit en parlant allemand, la langue de sa mère, chez elle, et anglais à l’extérieur. Ayant appris à lire et à écrire en anglais à l’école, elle associe cette langue à la littérature.

Elle a été nommée trois fois au Booker Prize : en 1980 pour Clear Light of Day, en 1984 pour In Custody et en 1999 pour l’ouvrage dont il est ici question. Ce manque de « chance » est loin d’être héréditaire puisque sa fille, Kiran Desai, gagne en 2006 pour La Perte en héritage, publié aux  éditions des Deux Terres (Kiran Desai est également l'auteur du Gourou sur la branche).

Anita Desai a toujours aimé écrire au sujet d’êtres qui ne sont pas là où ils devraient être. Ses livres sont pleins de voyageurs, d’exilés et de personnes qui vivent à contre-courant de leur époque. Ils sont trop préoccupés par l’échec de leur culture pour comprendre celles des autres. Arun, un des personnages, s’inscrit dans cette catégorie. Sa vie en Amérique marque pour lui la fin violente des illusions le concernant et concernant le rêve américain.

anita_desai-le-jeune_et_le-festin_1.jpgL’histoire

Le Jeûne et le Festin a été écrit quelques années seulement après qu’Anita Desai eut quitté l’Inde pour enseigner à l’Université du Massachusetts où l’un des personnage, Arun, est étudiant. Le roman traite du quotidien. « Le problème d’écrire sur ce thème est, explique Anita Desai, de trouver des personnages suffisamment attentifs pour voir les drames qui se jouent. » L’écrivaine résout cela en attribuant un observateur naïf à chacune des parties du livre. Uma, dans la première moitié, est lente et captive. Sa compréhension des choses qui l’entoure est limitée. Dans la seconde moitié, son frère, Arun, prend le rôle de celui qui voit. Il a quitté l’Inde pour la première fois afin d’étudier aux États-Unis, et se sent lui-même agressé par l’étrangeté du trivial made in America.

L’Inde racontée par Uma est étrangement hors du temps. Certains détails semblent appartenir aux années 50, d’autres nous sont contemporains. Uma elle-même vieillit sans que nous le réalisions. Tous contribuent à créer ce sentiment de claustrophobie. Le temps n’a aucun impact sur l’histoire si ce n’est le calme et la monotonie. Uma est une fille ordinaire pour qui tout va de travers, qui n’arrive pas à se trouver un mari et qui finit donc – parce que tel est le monde qu’Anita Desai décrit – comme une servante captive dans sa propre maison.Son sort est donc fixé puisqu’Uma n’a ni la volonté, ni même l’idée de remettre en cause l’autorité paternelle. Mais tout au long du chemin, les personnes qu’elle rencontre lui montrent des alternatives. Elle voit soudain un champ de possibilités dans ce que l’on mange et le mode de vie, et, pour un temps, elle encourage la colère de ses parents en les adoptant. Elle accompagnera ainsi Mira-masi, une tante veuve, à compléter un pèlerinage qui se révèlera particulièrement frugal. Cependant cette même tante sait cuisiner les plus délicieux ladoos. Uma apprend donc qu’il y a un temps pour tout. De même, Ramu, son cousin préféré et méprisé par Mamanpapa, l’emmène dîner et danser au Carlton lorsqu’il lui rend visite. Ces soirées sont l’occasion pour Uma de comprendre que l’on peut rire aux éclats jusqu’à tomber de sa chaise.

Arun arrive aux États-Unis sans la moindre notion de ce qui l’attend. Il noue une sorte d’amitié avec Mrs Patton chez qui il loge. Mais ses relations avec la famille sont si incompréhensibles et la nourriture si répugnante pour lui que les défauts de sa famille lui semblent anodins. Il  est parvenu à échapper à une maison sans joie et parfois cruelle où il n’avait pas de place, pour arriver dans une autre où les dysfonctionnements sont encore plus aliénants. Les maux dont sont victimes les membres de cette famille sont le fruit d’une abondance et d’une liberté extrêmes. Au milieu de tout cela, Mrs Patton est apeurée et désespérée par sa propre maisonnée. Elle n’est pas moins captive de sa propre maison que ne l’est Uma. Son seul refuge est le supermarché, où elle devient soudainement indépendante et confiante. Les étalages colorés lui donnent une sensation de liberté alors qu’ils n’inspirent que dégoût à Arun.



La nourriture comme révélateur d’une culture

Le Jeûne et le Festin traite de quelques-uns des aspects les plus inconfortables et morbides de la société et refuse de leur accorder une quelconque rédemption par des finesses littéraires. Le récit est grave, impitoyable et tragique.

Comme le titre l’indique, le roman parle des pratiques alimentaires, celles acquises dans l’enfance, qui restent inflexibles. Elles entrent dans la maison par la porte du réfrigérateur, par la table à manger et par les cuisines. Elles symbolisent les relations humaines à travers le langage mais aussi à travers l’envie, le dégoût, la boulimie et toutes sortes de relations que l’on peut entretenir avec la nourriture.Une des choses qui m’a le plus marquée est l’attachement des gens à leur cuisine. Certains sont prêts à abandonner leur nationalité, leur langue, leur religion, mais renoncer à leurs habitudes alimentaires se montre généralement trop difficile. Elles ont une signification personnelle trop importante.

La nourriture est un prétexte pour étudier les rapports de force qui existent entre les membres d’une famille. Anita Desai est sans pitié dans sa critique. Sa réflexion s’appuie sur les contrastes entre la vie en Inde et aux États-Unis, le rôle des hommes et celui des femmes. Arun part étudier en Amérique. Uma, sa sœur, vit dans une petite ville de province en Inde.

Pour Desai, la famille nucléaire est un royaume fou à l’esprit étroit, dont le pouvoir est maintenu seulement par l’exclusion pure et simple de tout élément perturbateur. « Ses » pères, indien et américain, partage tous deux cette même paranoïa à propos de l’entrée d’éléments allogènes dans leur maison.

« [Arun] en avait fait l’expérience : son père avait la même expression, triomphant toujours, refusant toute opposition, tout défi à son autorité, attendant, insensible, qu’ils faiblissent, cèdent peu à peu au désespoir, et soient anéantis ».

 Les femmes, qui se débattent au sein de ce petit cercle, souffrent de tics, de claustrophobie et se maintiennent grâce à d’impossibles fantasmes d’amitié et de voyage.

Cependant Anita Desai laisse germer quelques grain d’espoir telles que la lettre d’Oxford qui, comme un murmure, apparaît tout au long de la première partie, ou le châle, élément unificateur des deux récits. Le monde est cruel et il n’y a que peu d’espoir que cela change jamais. Mais au milieu de tout cela, la vie est aussi faite de détails délicats qui lui donnent toute sa valeur.



Sentiments de lectrice

Je dois avouer que je me suis souvent sentie exaspérée par le manque d’empathie de nombreux personnages et la passivité d’Arun. Cela est plutôt bon signe. Anita Desai a su créer des personnages suffisamment humains pour que l’on s’attache à eux, pour que l’on se soucie de ce qui leur arrive. Les héros de cette histoire sont loin d’être des héros. Ils se définissent d’abord par leurs défauts. Le portrait ainsi dressé est saisissant et ne peut qu’interpeller le lecteur. « Elle doit exagérer. » « La vie en Inde, et encore moins aux Etats-Unis ne peut pas être à ce point désolée, ni même maussade et encore moins sinistre. » Voici quelques-unes des pensées qui peuvent effleurer l’esprit. Je ne peux donner de réponse à ces questions.

Anita Desai a écrit : « On ne peut pas savoir ce qu’il y a de plus dangereux dans ce pays [les Etats-Unis], la recherche de la santé ou celle de la maladie. » On ne peut savoir ce qu’il y a de plus dangereux, l’absence totale ou la surabondance de libertés.


Floriane, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


 

 


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