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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 07:00

Yoshimura-Akira-La-jeune-fille-suppliciee-sur-une-etagere.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YOSHIMURA Akira
La Jeune Fille suppliciée

sur une étagère

Traduit du japonais

par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2002

Babel, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Yoshimura est né en 1927 dans un quartier populaire de Tokyo. Il est très marqué par la Seconde Guerre mondiale puisque son frère meurt durant les combats en Chine. Il perd ses parents qui meurent tous les deux d’un cancer, sa mère en 1944, son père en 1945. Adolescent à la fin de la guerre, il est confronté à la misère. Ce vécu se retrouve dans ses romans dans lesquels il met en scène ses thèmes de prédilection, à savoir la misère, la mort, la solitude… Malgré cette vie difficile, Yoshimura entre à l’université où il étudie la littérature. Mais, ayant des soucis de santé et d’argent, il se fait renvoyer. Il en profite alors pour se consacrer à l’écriture.

Au Japon, Yoshimura est considéré comme l’un des plus grands auteurs de la deuxième moitié du XXe siècle mais il reste très peu connu en France. Ses romans s’inspirent de légendes japonaises ou bien encore de faits divers parfois liés à la Seconde Guerre mondiale.

Il meurt le 31 juillet 2006 d’un cancer. Pendant les dernières semaines de sa vie, il écrit son dernier roman, Shinigao, traduit par Le visage de la mort, avant de demander au médecin de le laisser mourir.



L’histoire

C’est l’histoire d’une jeune fille de seize ans, Mieko, qui meurt et voit son corps vendu à la science. Avant sa mort, elle vit avec ses parents dans un quartier populaire. La famille vit dans la précarité : la mère confectionne et peint des masques pour les revendre ensuite et les revenus du père (dont on ne connaît pas la profession) ne suffisent apparemment pas à faire vivre la famille. Mieko est donc contrainte (même si elle nous assure dans le livre que c’est son choix propre) de trouver un travail pour aider ses parents. Après plusieurs petits boulots plutôt bien payés, elle décide de viser plus haut et devient strip-teaseuse dans un cabaret. Au bout de quelques jours, elle tombe malade, décide quand même d’aller travailler par peur d’être moins payée et s’effondre sur scène. Elle meurt peu après d’une pneumonie aiguë selon le diagnostic des médecins. Mieko n’en veut pas à ses parents et assure que c’est elle qui a choisi de travailler. Elle n’en veut même pas à sa mère d’avoir appelé le médecin au tout dernier moment, causant ainsi son décès.

À partir du moment où elle meurt, Mieko va nous raconter tout se qui se déroule autour d’elle comme si ses yeux voyaient encore. Son corps est inerte mais c’est comme si elle était toujours en vie.  Elle voit donc des hommes en blouse blanche arriver, donner une enveloppe à ses parents (enveloppe désignée comme étant une « donation faite par l’hôpital ») et l’emmener avec eux. Pendant le trajet, elle voit et décrit tout le paysage qui défile autour d’elle.
   
Lorsqu’elle arrive à l’hôpital universitaire, elle est allongée sur une table d’auscultation et déshabillée entièrement. C’est alors que commencent toutes les expériences qui vont être pratiquées sur son corps. Les hommes en blouses blanches, entaille après entaille, vont disséquer son corps, prélever les organes, le cuir chevelu et tout ce qui est susceptible d’être étudié. Puis elle est donnée à une classe d’étudiants qui, eux aussi, vont disséquer son corps. Une jeune fille, particulièrement, va faire ressentir de la gêne à Mieko par sa dureté et l’air de contentement qui se peint sur son visage lorsqu’elle commence à utiliser son scalpel.


Après cela, le corps de Mieko, ce qu’il en reste, est mis dans une sorte de grande boîte dans laquelle il va rester environ deux mois. Ensuite, les scientifiques décident qu’il est temps de l’incinérer afin de la ramener dans sa famille. Mais une fois arrivé dans la maison de Mieko, l’homme qui est chargé d’apporter l’urne est confronté à un problème dont il n’a pas l’habitude : la mère de la jeune fille semble ne prêter aucune attention aux cendres et dit qu’elle n’en veut pas (« Ce n’est pas donné de les confier à un temple, vous savez, répliqua-t-elle, l’air outré. ») Elle va même jusqu’à se plaindre de la somme qu’on lui a donnée pour le corps de sa fille car elle n’est, selon elle, pas assez importante. Finalement, on se rend vite compte que ce qui motive cette famille, dans tous les actes de sa vie quotidienne, est l’argent, et que n’importe quel moyen est légitime  pour en trouver.

Face à ce refus, l’homme est obligé de remporter l’urne. Mieko est donc emmenée dans une sorte de tour où sont enfermées toutes les urnes dont les gens ne veulent pas ou qui sont anonymes. La jeune fille, qui espérait simplement que tout cela finisse vite et reposer en paix, ne pourra finalement pas trouver le repos.



Le thème de la mort

J’ai choisi comme fil rouge pour mon analyse le thème de la mort, qui est évidemment très présent dans cette histoire mais qui est traité d’une façon qui peut nous paraître gênante ou malsaine.

Tout d’abord, il faut signaler que le style d’écriture de Yoshimura est souvent assez sombre et d’une remarquable précision, presque chirurgicale. Dans La Jeune Fille suppliciée sur une étagère, les différents organes et les parties du corps sont évoqués sans aucune pudeur, comme si l’auteur s’attachait à tout retranscrire au lecteur en lui épargnant tout subterfuge d’écriture ou toute métaphore qui pourrait adoucir la réalité de l’histoire qu’il nous raconte. Car, comme vous l’avez remarqué dans le résumé que je viens de faire, il s’agit d’un récit qui est loin d’être gai et certaines personnes pourront être choquées par les descriptions froides de Yoshimura concernant tout ce qui arrive à cette jeune fille. La mort, thème de prédilection dans ce roman, est présente dès le début du roman. C’est en effet la première chose qui est évoquée afin que le lecteur comprenne tout de suite le genre d’histoire dans lequel il s’engage. « À partir du moment où ma respiration s’est arrêtée, j’ai soudain été enveloppée d’air pur, comme si la brume épaisse alentour venait de se dissiper pour un temps. » Ceci est la première phrase du roman, qui débute donc « in medias res ».

Le point négatif (la mort) est tout de suite contrebalancé par un point positif. En effet, Mieko décède mais elle elle voit et entend tout ce qu’il se passe autour d’elle, et possède même des sens plus aiguisés qu’avant : « Je m’apercevais que mes sens étaient tellement affûtés que c’en était étrange. » Finalement, dès le début, la mort est évoquée de façon très sereine par la jeune fille, elle ne semble pas du tout paniquée, mais bel et bien résignée. Elle accepte parfaitement le fait d’être morte et cela peut en quelque sorte réconforter le lecteur qui devient spectateur à ses côtés. Pendant les scènes de dissection, tout est décrit de façon très précise et réaliste, mais Yoshimura ne tombe jamais dans le morbide grâce à une écriture très détachée.


« Le scalpel se déplaça un peu partout à la surface de mon corps. On me souleva les bras afin de m’enlever de la peau même sous les aisselles […] Les petits carrés de peau de mes cuisses, de mon ventre, de mon crâne et même de mes lèvres tombaient au fond du formol en oscillant. »

Même si cette description peut paraître gênante, on remarque tout de suite que la façon dont elle est amenée par l’auteur n’en fait pas quelque chose d’insoutenable pour le lecteur. Peut-être est-ce parce que Yoshimura s’attache à faire des descriptions que l’on pourrait qualifier de scientifiques que tout cela n’est pas choquant.

« Un scalpel s’enfonça profondément à la naissance de mon cou, tirant une ligne droite jusqu’à mon bas-ventre. »

Le lecteur, s’il ne veut pas être dégoûté par ce livre, doit le lire de façon très détachée et avec beaucoup de recul.


« Mes seins, découpés à une vitesse incroyable par la main experte du grand, se retrouvèrent en un rien de temps sur la table à côté de la paillasse. Ils en furent réduits à deux masses de chair sanguinolente légèrement inclinées. La couleur des mamelons était devenue violette. »

Le corps de Mieko et les expériences qui sont pratiquées sur elle sont décrits sans aucune pudeur, comme si le corps n’était après tout qu’une enveloppe sans réelle importance et que ce qui comptait le plus était l’esprit ou l’âme. Effectivement, le corps est disséqué, séparé en différents morceaux et finalement brûlé, mais jusqu’à la fin du livre le lecteur voit à travers les yeux de l’héroïne comme si son esprit restait vivant pour l’éternité.



Conclusion

Ce livre pose incontestablement la question de notre rapport à la mort. Il est possible qu’au Japon, le rapport à la mort et au corps du défunt soit différent du nôtre. Les Occidentaux attachent beaucoup d’importance aux rituels funéraires, il s’agit de quelque chose qui est ancré dans notre culture. C’est pourquoi la lecture de ce livre peut être troublante pour nous. En tout cas, tout cela nous amène à réfléchir. Est-ce que c’est le rapport au corps décrit dans le livre qui est malsain ou bien est-ce nous qui avons un rapport malsain à la mort et à tout ce qu’elle implique ?

 

 

 

Mélanie, A.S. Éd.-Lib.


YOSHIMURA Akira sur LITTEXPRESS

 

Yoshimura voyage vers les étoiles

 

 

 

 

 

 

Article de Julie sur    Voyage vers les étoiles.

 

 

 

 

 

 

 


  YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

Articles d'Elise et de Rachida sur Le Convoi de l'eau.

 

 

 

 

 

 

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Article d'Eric sur La Jeune Fille suppliciée sur une étagère.

 

 

 

 

 

 

 

 


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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 07:00

Marcel AYME La Bonne Peinture


 

 

 

 

 

 

 


Marcel AYMÉ
La Bonne Peinture
Folio 2€, 2010
nouvelle tirée du recueil

Le Vin de Paris

1ère édition : 1947

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« À Montmartre, dans un atelier de la Rue Saint-Vincent, demeurait un peintre dénommé Lafleur, qui travaillait avec amour, acharnement, probité. Lorsqu'il eut atteint l'âge de trente-cinq ans, sa peinture était devenu si riche, si sensible, si fraîche, si solide, qu'elle constituait une véritable nourriture et non pas seulement pour l'esprit, mais aussi bien pour le corps. »

L'incipit amuse-gueule de La Bonne Peinture, délicieusement concocté par Marcel Aymé en 1947, ne peut que mettre l'eau à la bouche de l'affamé d'histoires douces et fantastiques, saupoudrées allégrement de bons mots et de justesse incisive. Le menu de l'histoire, quoique simpliste pour les estomacs littéraires les plus délicats et exigeants, s'édicte comme la promesse de combler les appétits les plus féroces. Un peintre anodin, Lafleur, artiste modeste et dépourvu de véritable ambition sinon celle puérile de surpasser son rival et ancien ami Poirier, découvre, par l'entremise malhonnête de son galeriste Hermèce, que sa peinture revêt le pouvoir de remplir le ventre de quiconque se donne la peine de la contempler. La découverte des propriétés nutritives de ce qu'il convient d'appeler « l'art nourrissant » fait ensuite monter une mayonnaise de péripéties aussi drôles que touchantes dans les velléités et passions immatures du milieu artistique d'un Paris populaire plongé dans la faim et les difficultés d'approvisionnement de l'après-guerre. Le repas en récit s'achève dans la grâce d'un dessert au dénouement heureux et subtil, agrémenté d'un coulis utopique et sucré, dépourvu de cette délicieuse amertume et de l'acidité que l'on prend plaisir à savourer tout au long du récit, comme une excuse en conte de fée pour achever d'une note fleurie ce repas de lettres et de belle langue française dont nous régale Marcel Aymé.

« Ainsi commença cette existence édénique, qui nous paraît à présent si naturelle, que nous sommes un peu tentés d'oublier les jours amers, du marché noir, de l'anarchie, de la corruption, des tickets de tout, de la fatigue et du découragement, une époque heureusement révolue et qui n'est pourtant pas très loin de nous. »


Plus qu'une émulsion de jeux de mots et de grâce stylistique, la nouvelle de Marcel Aymé bat les œufs de la société d'après-guerre en neige pour nous en révéler toute la saveur au détour d'un doux récit fantastique mêlé d'un réalisme poignant, véritable chef-d'œuvre salé-sucré dont on laisse la saveur s'instiller à nos papilles de lecteur surpris par cette heureuse association. Quelle justesse dans le dosage des épices des caractères des personnages ! Quelle finesse dans les relations jalouses entre les deux peintres, dans la description de leurs ambitions et leurs rêves de grandeur, au final tempérés par le sel d'une réalité plus savoureuse que la dépossession d'une telle promesse ! Marcel Aymé, en cuistot du genre humain, parvient à en extraire le meilleur comme le pire pour le sublimer dans l'élaboration de son plat, avec toute la trivialité de dialogues conçus à partir d'ingrédients bruts et naturels et emmenés par une prose impeccable.

« […] Au bout de vingt minutes, ils n'avaient plus faim. Ma peinture les avait nourris.

    Ça ne m'épate pas, ricana Poirier. Des clochards, ça se nourrit à la boîte à ordures.

    À propos, tes anges, c'était pas plutôt des mouches à merde ? »

Mais la préparation succulente de la Bonne Peinture ne laisse pas la part belle aux tribulations des dignitaires de l'art nourrissant et parvient, d'une légère pointe d'acidité savamment dosée, à nous faire ressentir l'écœurement, et le dégoût de l'auteur pour l'épuration zélée qui sévit au sein de la société française après la Seconde Guerre mondiale et dont il aura été lui-même l'injuste victime. Que l'on considère le personnage de Balavoine ou la nationalisation absurde et comique de Lafleur, au nom de la grandeur et des besoins impérieux de la France, Marcel Aymé se pose, sinon en défenseur de la neutralité du plus grand nombre durant l'Occupation, comme le doux liant de la sauce de la tolérance et de la médiation de cette société française écorchée vive par les divisions qui la déchirent.

 Tout aussi élaborée avec maestria, sans fadeur ni excès, la réflexion du rôle de l'art qui transcende les appétits de gloire individuelle ou de grandeur nationale, pour servir les intérêts du plus grand nombre, s'accommode à merveille à l'ensemble du repas préparé par l'auteur, comme un nectar léger et profond venu arroser l'ensemble du menu.

Il se reprochait d'avoir méconnu l'importance des arts, particulièrement de la peinture. « J'étais comme tout le monde, je croyais que ça ne servait à rien ».

Et c'est à l'instar de Moudru, que lecteur achève le récit nourrissant de Marcel Aymé, la panse littéraire bien tendue et bercée de la certitude rassurante que l'art et la littérature ne servent pas à rien et continueront de nourrir à travers les siècles nos esprits et nos âmes affamés de leur guidance précieuse et délectable.

 

 

 

Romain, A.S. Éd.-Lib.

 

 

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Published by Romain - dans Nouvelle
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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 07:00

Jean-Teule-Le-MAgasin-des-suicides.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean TEULÉ
Le magasin des suicides

Juillard, 2007

Pocket, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Jean Teulé, né le 26 février1953, est un romancier français qui a également pratiqué la bande dessinée, le cinéma et la télévision. Pour en savoir plus, http://www.bedetheque.com/auteur-4653-BD-Teule-Jean.html .

 

Résumé

La famille Tuvache tient depuis dix générations un magasin où l’on vend des objets pour se suicider. De la corde jusqu’aux bonbons empoisonnés. La famille est composée de Mishima, le père de famille, Lucrèce, la mère de famille, Vincent, le fils aîné, Marilyn, la fille, et Alan, le petit dernier conçu lorsque ses parent testèrent l’efficacité d’un préservatif troué.

 

« …une dame âgée qui s’approche d’un bébé dans un landau gris :

– Oh, il sourit !

                  […]

–  Comment ça, mon fils sourit ? Mais non, il ne sourit pas. Ce doit être un pli de bouche. Pourquoi il sourirait ?

                 […]

–   … personne n’a jamais souri dans la famille Tuvache ! »

 

Alan est un peu le vilain petit canard de la famille : il aime rire, il est plein de joie de vivre, il chantonne, tout ce que déteste sa famille, pour qui seule la mort a du sens. Comment va-t-elle vivre au quotidien avec un enfant qui a des valeurs si opposées ?

 

Un avis personnel

Un livre à découvrir ! Il se lit très rapidement, facilement et avec plaisir car il est rempli d’humour, souvent noir, qu’il faut prendre au second degré. C’est aussi un livre surprenant car ce thème n’est pas courant dans la littérature ; ici, il est placé dans un contexte irréel  et surprenant.

Venez découvrir la vie d’une famille pas comme les autres, « où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre ».



Extrait

«  Ze m'amusais beaucoup là-bas mais ça énervait les instructeurs. Sinon, les autres élèves bombes humaines comme moi, z'ai su les détendre (.. .) Ils sont rentrés en chantant : Boum ! Mon cœur fait boum !... Le responsable du stage commando-suicide était catastrophé. Ze zouais à faire semblant de ne zamais rien comprendre à ses explications techniques. Il s'arrachait les cheveux et la barbe. Un matin, à bout de nerfs, il s'est ceinturé d'explosifs, a pris le détonateur dans sa main et m'a dit : 'regarde bien car je ne te ferai la démonstration qu'une seule fois !' Et il s'est explosé. On m'a renvoyé.

Mishima hoche d'abord verticalement la tête en silence. Il est comme un acteur qui ne sait pas retrouver les mots de son rôle. Puis il a un va-et-vient latéral : 'Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?' » (p.109-110, lorsque Alan revient de son stage commando-suicide)

 


Critique de Guillaume Monier

Avec une ambiance à la famille Adams, au climat digne des Noces funèbres de Tim Burton, Teulé donne l’envie de passer la porte de son Magasin des suicides et nous fait passer celle de nous suicider...

(Lire l’intégralité de l’article sur
http://www.evene.fr/livres/livre/jean-teule-le-magasin-des-suicides-25342.php?critiques)


Mélody S., 1ère année Bib-Méd-Pat.

 

 

Jean TEULÉ sur LITTEXPRESS

 

 

jean-teule-mangez-les-si-vous-voulez.gif

 

 

 

 

 Article de Laure sur Mangez-le si vous voulez.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 07:00

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AHN Do-hyun (안 도현)
Saumon (연어)
Traduit du coréen
par Yeong-hee Lim et Françoise Nagel
Illustrations de Eom Taek-su
Éditions Picquier, 2008

Picquier poche, 2011






 

 

 

 

 

 

Ahn-Do-Hyun.jpgBiographie

Ahn Do-hyun est un poète et nouvelliste de la jeune génération coréenne né en 1961. Sa carrière littéraire commence véritable lorsqu'il reçoit le prix « Shinchun Munye » organisé par le quotidien Dong-A Ilbo en 1984. En effet, les grands quotidiens coréens (dont Dong-A Ilbao) ont parmi leurs objectifs l'encouragement de la création littéraire et la découverte de nouveaux talents grâce à des prix appelés « shinchun munye ». Ces quotidiens consacrent une rubrique à la découverte de ces jeunes artistes littéraires sous la forme de romans-feuilletons.

Ce prix ne tarde pas à être suivi d'autres pour des recueils de poèmes comme Feux de bivouac, Seul et triste ou le Bureau de poste au bord de la mer. Ahn Do-hyun est également récompensé pour des contes pour adultes dont Saumon et des essais comme Assumer sa solitude. Il est également couronné du prix des jeunes poètes en 1996 et du prix Sowol en 1998. Ahn Do-hyun est publié dans de nombreuses langues asiatiques, et depuis quelques années, il commence à se faire connaître des lecteurs européens.

Son livre Saumon paru en 1996 en Corée a été vendu à un million d'exemplaires dans toute l'Asie. L'ouvrage est devenu rapidement un classique dans les écoles coréennes. Il s'agit également de son œuvre la plus connue en France.

 

Saumon

Le premier chapitre est consacré à la genèse du livre et à l'explication de cette phrase : « le mot saumon sent la rivière ».

La véritable histoire du roman débute avec un article rédigé par Ahn Do-hyun dans un magazine de pêche à la ligne qui commence précisément par cette phrase. L'objectif premier de ce court article était pour Ahn Do-hyun de proposer la création d'un mouvement de défense des saumons. Mais, très rapidement, l'auteur a reçu des appels et des courriers de lecteurs le questionnant sur cette première phrase, voire lui reprochant de ne pas véritablement connaître les saumons étant donné que ceux-ci passent la plus grande part de leur vie en mer. Ce roman n'est pas vraiment une justification de l'emploi de cette phrase mais plutôt la volonté de faire découvrir et partager la vie des saumons. Il s'agit d'un hommage poétique aux saumons, doublé d'un discours critique sur l'impact humain sur la nature, projet littéraire qui n'est pas cependant un plaidoyer écologique à portée politique.

 « Pour comprendre parfaitement les saumons et les aimer, il faut les observer en se plaçant à leur niveau. Cela demande également un brin d'imagination. En un mot, il est indispensable de les regarder avec le cœur, c'est à dire d'avoir le désir de saisir ce que les yeux ne voient pas et d'être ainsi capable de percevoir l'invisible. »

 Ahn Do Hyun Saumon image 3

Vif-Argent n'est pas un saumon comme les autres. Non pas seulement parce que ses écailles sont argentées mais également parce qu'il se questionne. Il s'interroge sur le sens de la vie. Il n'est pas comme les autres saumons qui ont pour seul raison de vivre de remonter le fleuve Émeraude et d'assurer leur descendance. Non, Vif-Argent désire autre chose. Mais quoi ? Il ne le sait pas lui-même. Nous suivons donc le périple de Vif-Argent qui découvre l'amour grâce à Regard-Limpide et doit faire face à de nombreuses épreuves dans sa quête du sens de la vie.

 Ahn-Do-Hyun-Saumon-image-4.jpg

Nous plaçant « à leur niveau », nous portons un regard excentré sur l'impact du comportement de l'homme sur la Ahn-Do-Hyun-Saumon-image-5.jpgnature. Cela est rendu notamment avec le fleuve malade. Une des thématiques importante du livre est aussi la capacité de chaque être vivant de choisir son propre chemin dans la vie. Il peut s'agir d'un chemin facile, celui qui permet de remonter la rivière sans risque, ou celui, dur mais rempli de gloire, qui fait affronter la cascade.

Ahn Do-hyun ne tombe pas non plus dans la stigmatisation. En effet, les humains ne sont pas tous décrits comme des êtres vils et corrompus. Le fleuve raconte à Vif-Argent deux types d'êtres humains : ceux avec les cannes à pêche et ceux avec les appareils photo. De plus, il n'existe pas que des gentils saumons sous l'eau.
Ahn-Do-Hyun-Saumon-image-6.jpg
Ahn Do-hyun nous emmène dans un monde poétique et émouvant où chaque être vivant est doué de paroles et de pensées : les saumons, la rivière... et même les pierres. Il s'agit d'un style d'écriture assez simple mais qui, toutefois, soulève des questions très profondes sur les rêves, le sens de la vie, notre maîtrise relative de la vie... C'est un ouvrage qui peut être aisément abordé par un jeune lectorat mais qui permet également une double lecture pour un lecteur plus âgé. Ahn Do-hyun abolit la barrière d'un âge de lecture à travers ce roman.

 Le dernier chapitre reprend, à son début et à sa fin, la fameuse phrase « Le mot saumon sent la rivière ». La dernière page est particulièrement émouvante. En effet, il s'agit d'un message d'espoir, teinté me semble-t-il d'un brin d'envie de la part de l'auteur :

 

« Je voudrais avoir les yeux et les oreilles du cœur pour savoir, au seul bruit de leurs nageoires, que les Vif-Argent sont revenus à la rivière. C'est avec cet espoir que je me répète inlassablement : le mot saumon sent la rivière. »



Les illustrations de Eom Taek-su

Les dessins de Eom Taek-su rythment l'ouvrage de AHN Do-hyun, rendant encore plus poétique et enchanteresse l'histoire philosophique de Vif-Argent.

 Ahn-Do-Hyun-Saumon-image-7.jpg

Mon avis

J'avoue n'avoir pas été très emballée à la lecture des premières pages du roman en raison d'un style d'écriture a priori naïf, sentiment renforcé par le choix de l'éditeur d'utiliser une typographie à gros caractères. Mais très rapidement, j'ai été emportée par la poésie de Ahn Do-hyun et de Vif-Argent. J'ai été vraiment touchée par l'histoire et l'univers « parallèle » du monde naturel qui coexiste avec le celui des hommes. J'avoue également que je ne regarderai plus les saumons de la même manière après avoir lu ce roman.

Il est  flagrant que l'auteur est également un poète inscrit dans la tradition asiatique. Les phrases sont simples, dépouillées, porteuses d'une grande sensibilité et d'une réelle profondeur de pensée. J'ai également apprécié les dessins de Eom Taek-su qui illustrent l'œuvre avec beaucoup de poésie et proposent à chaque page une découverte esthétique.

 Ahn-Do-Hyun-Saumon-image-8.jpg

Margot, 1ère année Bib-Méd-Pat.

 

 

AHN Do-hyun sur LITTEXPRESS


 

Choi Kyu-sok l'amour est une protéine

 

 

 

 

 

 Article de Camille, sur L'Amour est une protéine, manhwa de Choi Kyu-sok, adaptation d'un roman de Ahn Do-hyun.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 07:00

Jean-Luc-Lagarce-Juste-la-fin-du-monde.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Luc LAGARCE
Juste la fin du monde
 Les solitaires intempestifs
Collection Bleue, 1990
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juste la fin du monde est une pièce de théâtre écrite par Jean-Luc Lagarce, auteur contemporain le plus joué en France, un dramaturge français qui a marqué le XXe siècle par son écriture particulièrement novatrice. En effet, il emploie un langage qui suit le cours des pensées de ses personnages ; de ce fait, les dialogues sont hachés, décousus, et il faut fournir un réel effort pour comprendre la version écrite de ses pièces. L'auteur aime exploiter plusieurs thèmes qui lui tiennent à cœur : la famille, en premier lieu, mais surtout la façon dont les membres qui la composent interagissent. Il met en scène un certain malaise lié à un événement donné.

 La pièce Juste la fin du monde est également construite dans cette optique. C'est l'histoire d'un jeune homme, Louis, qui vient rendre visite à sa famille qu'il n'a pas vue depuis des années. Cette arrivée crée une perturbation et révèle les sentiments enfouis de chacun des membres de cette famille sans histoire.
 
Ainsi, Suzanne, la cadette de 23 ans, reproche à Louis, son frère, sa trop longue absence et par ce biais se plaint de ne pas être considérée à sa juste valeur et d'être encore sous la tutelle de sa mère qui l'étouffe. La mère reproche à Louis son départ mais elle pleure surtout la mort du père survenue peu avant cet événement. Antoine jalouse son frère parce que, lorsqu'ils étaient enfants, il recevait plus d'attention à cause de sa santé fragile, et se sert du prétexte de son absence pour l'accabler. Enfin, Catherine, la femme d'Antoine, cherche à se lier d'amitié avec cet homme qu'elle n'a jamais connu. Cependant elle est vite renvoyée à son rang de pièce rapportée par les frères et soeurs qui veulent s'emparer de ce frère maintenant présent, ce qui montre que Catherine ne s'est pas totalement intégrée à cette famille.
 
 Et Louis ? Pourquoi est-il revenu ?
 
Aucun ne se pose la question, et pourtant. Il est revenu pour annoncer une terrible nouvelle, sa « mort prochaine et irrémédiable ».
 
Dès le début de la pièce, le lecteur connait l'intitulé de ce message. Cependant, tous les membres de cette famille font part de leurs opinions à propos de Louis sans essayer d'écouter le personnage lui-même. Un nouveau choc ébranlera-t-il cette famille ou Louis décidera de partir avec son secret ? Va-t-il au contraire rester parmi les siens qui ont sans doute évolué depuis son départ ? Pourquoi avait-il décidé de quitter le foyer familial ? Les réponses à toutes ces questions sont implicites et soumises au jugement des spectateurs.
 
Cette pièce est essentiellement constituée de monologues et de dialogues entre Louis et une deuxième personne. Ces différentes scènes mettent en exergue les sentiments des personnages, leurs pensées et la difficulté de leurs relations construites entre mensonges et non-dits. Chaque personnage cherche à être rassuré ou consolé mais décide de rester diplomate plutôt que d'avouer ses difficultés avec l'autre. Cela se traduit par de très longues phrases qui prennent parfois une page entière où les mots se répètent et s'entrechoquent, expriment une idée et son contraire.
 
Antoine illustre parfaitement cela :

« On ne se le disait pas assez facilement
Rien ici ne se dit facilement [...] »
 
Au milieu de l'ouvrage, il y a soudain une scène en extérieur. Le fait de ne plus être enfermé entre quatre murs semble libérer les paroles, comme si le lieu influait sur les relations entre les personnages. L'agencement des meubles a d'ailleurs une importance particulière puisque, du fait de leur disposition, les personnages ne se touchent jamais, sauf lorsque Louis serre la main de Suzanne. De même, ils dressent des frontières inconscientes en  n'osant pas aborder les thèmes qui sont jugés tabous ou en restant séparés par une table, par exemple.
 
Pour comprendre toute la portée de cette pièce, il faut donc savoir lire entre les lignes, il faut donc pouvoir comprendre les dialogues dans leurs sens multiples et il peut être nécessaire de relire l'ouvrage pour avoir une vision plus claire et pouvoir multiplier les points de vues. Je trouve donc cette pièce particulièrement intéressante en raison de sa richesse, et de la possibilité de la redécouvrir en permanence.

Voici, ci-dessous, un extrait vidéo des premières retrouvailles entre Louis et sa sœur Suzanne :
 http://www.lagarce.net/scene/extraits/idspectacle/28/idcontent/2193/from/principales_mes
 
Et le site internet dédié à l'auteur :
 http://www.lagarce.net/index
 
 
Julie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Jean-Luc LAGARCE sur LITTEXPRESS

 

Jean Luc Lagarce J etais dans ma maison

 

 

 

 

 

 

Article de Cynthia sur J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 07:00

Stig-Dagerman-Notre-besoin-de-consolation.gif










Stig DAGERMAN
Notre besoin de consolation

est impossible à rassasier
 traduit du suédois

par Philippe Bouquet

Actes Sud, Babel, 2008






 

 

 

 

 

 

 

stig-dagerman.jpgL’auteur

Stig Dagerman (1923-1954) fut l’un des écrivains suédois les plus importants des années 1940. De 1945 à 1949, il publia avec un succès considérable un grand nombre d'œuvres littéraires et journalistiques dont Le Serpent, son premier roman qui le consacre alors comme le porte-drapeau de la nouvelle vague littéraire suédoise.

Vers 1946, il est envoyé en Allemagne pour constater les dégâts des bombardements et témoigner pour son journal de la misère et de la pauvreté qui y règnent. Anarchiste engagé, Stig Dagerman ne se lance pas dans des discours moralisateurs contre le nazisme. Il entre dans les caves inondées où vivent les rescapés de la tragédie nazie, témoigne des conditions infernales, de la famine, de la haine et de la souffrance, sans pour autant oublier l'horreur d'hier.

Puis, après avoir brutalement avoir cessé d’écrire, c'est au cours de l'automne 1954 que l'écrivain le plus emblématique de sa génération a été retrouvé mort dans sa voiture dont il avait fermé les portières et laissé le moteur tourner.

Dans son œuvre, Stig Dagerman aborde les grandes préoccupations universelles telles que la moralité et la conscience, la sexualité, la philosophie sociale, l'amour, la compassion et la justice. Il sonde la douloureuse réalité de l'existence et dissèque les émotions telles que la peur, la culpabilité et la solitude. Mais ces sujets plutôt graves ne l'empêchent pas de montrer un véritable sens de l'humour qui donne à certains de ses textes une dimension burlesque ou satirique.

Les années 1980 ont vu naître un regain d'intérêt pour l'œuvre et la vie de cet auteur. De nombreux chercheurs ont examiné son œuvre sous tous les angles possibles, aussi bien philosophique que politique, psychologique ou journalistique, sans oublier la relation entre son œuvre et le cinéma, ainsi que les raisons qui l'ont rendu si populaire auprès des lecteurs français et italiens.

Des artistes, tant en Suède qu'à l'étranger, mettent ses textes en musique et plusieurs de ses nouvelles et romans ont été portés au cinéma. L'œuvre de Dagerman a été traduite en plusieurs langues et son travail est toujours une source d'inspiration pour les lecteurs, écrivains, musiciens et cinéastes de Suède et d'ailleurs.



Le texte

 Avant de sombrer dans le mutisme et de se donner la mort, Stig Dagerman, auteur suédois torturé et emblématique dans son pays, a laissé ce petit texte écrit en 1952 et découvert en 1981 qui a les caractéristiques d’un poème en prose, d’une brève autobiographie et d’un ultime « testament » : il y fait la démonstration de l’étendue des pouvoirs de son écriture avec un texte d’une poésie noire et profonde, dans une réflexion sur l’absurdité de son existence et de la nôtre, où plane l’ombre de la dépression qui ne tardera pas à l’assaillir. Ce texte est une quête du sens de la vie. Dagerman y exprime son incapacité de vivre et sa recherche de consolations à la condition humaine. Mais qu’est-ce donc qui pourrait nous consoler de cette triste condition ? Tellement de choses, l’amour, la religion, l’art… Mais finalement, quand le voile du réel se déchire et met à nu la vraie nature et les failles de cette condition, que reste-t-il ?

«  Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. »

Ce premier paragraphe annonce la couleur, car c’est bien dans une mélancolie profonde que nous plonge l’auteur avec ce texte superbement écrit qui part d’une hypothèse simple et immuable dont on ne peut plus contester la véracité une fois le livre refermé : « […] le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier. »

Considéré aujourd’hui comme un véritable classique, ce texte est devenu une source d’inspiration pour de nombreux artistes, et a notamment été adapté en musique par le compositeur français Denis Dufour et par les Têtes Raides. C’est en effet un texte d’une vingtaine de pages, court mais intense, où chaque mot semble parfaitement à sa place, et qui ne saurait laisser personne indifférent, nul ne pouvant ressortir complètement indemne de cette lecture.

Voici peut être un des plus beaux textes laissés par l’auteur. Selon ses propres termes, « le thème central de [l’] œuvre est l'angoisse de l'homme moderne face à une conception du monde qui s'écroule. »


Mathilde, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 07:00

tsushima-yuko-o-vent.jpg


 

 

 

 

 

Tsushima Yūko
Ô vent, ô vent qui parcours le ciel
風よ、空駆ける風よ
Kazé yo, sora kakeru kazé yo
Traduit du japonais

par Ryōji Nakamura et René de Ceccaty
Édition originale : Bungei-Shunjū, 1995
Édition française : Seuil, 2007


 

 

 

 

 

 

 

TsushimaYuko.jpgL’auteure et l’histoire

Yūko Tsushima est le pseudonyme de Satoko Tsushima. Elle est née le 30 mars 1947 d’une mère coiffeuse et d’un père célèbre, l’écrivain Dazai Osamu. Mais il se suicide alors qu’elle n’a qu’un an parce qu’il ne croit plus en des jours meilleurs et un avenir positif pour le Japon.

Yūko Tsushima commence à écrire dès ses 19 ans des nouvelles et des contes fantastiques. Elle écrit par la suite des romans, des recueils de poèmes et c’est aussi une critique et une essayiste. Elle acquiert très vite de la notoriété grâce à ses talents de jeune auteure et devient l’une des meilleures représentantes du shishōsetsu de son époque (rappel : le shishōsetsu est généralement à la première personne et à caractère autobiographique). Elle reçoit le prix de la littérature féminine avec son œuvre L’enfant de fortune en 1978.

Ses principales sources d’inspiration sont sa vie, celle de ses parents et plus particulièrement celle de sa mère. Elle puise aussi dans ses expériences personnelles : son divorce, situation encore plus mal vue au Japon qu’en France, va donner le côté intimiste, poétique, onirique et nostalgique de ses romans. En 1985, elle fait la triste expérience de perdre son garçon de huit ans qui va lui inspirer Poursuivie par la lumière de la nuit (1987). Le thème récurrent et presque emblématique de Yuko Tsushima est la maternité.

Mais pour comprendre cette auteure et ses œuvres on ne peut pas s’arrêter à sa biographie. Il est nécessaire de connaître le contexte historique dont elle est l’héritière et durant lequel elle a vécu.

Elle grandit dans un pays qui cherche à se reconstruire après la Seconde Guerre mondiale. Un peu plus tard, Yūko Tsushima est confrontée aux manifestations étudiantes des années 60-70 pour le pacifisme, contre la guerre au Viêt-Nam, contre le renouvellement du traité de sécurité nippo-américain ; et elle se retrouve, en tant qu’auteur, héritière d’une littérature féministe.

La femme avait toujours été peu présente dans la littérature et c’est dans ces années que s’enclenche « l’histoire d’une reconquête culturelle de la nouvelle position de la femme ». Dès les années 60, plusieurs auteures s’attachent à décrypter la vie intime des femmes, leurs spécificités, leur nature. « D’autres à la plume plus acérée » se lancent dans une véritable « bataille du féminisme » qui remet en cause des conventions sociales, telles que le couple, la famille. Elles laissent aux plus jeunes le soin de prendre le relais pour parler de la féminité.

Pour cette partie, je me suis appuyée sur les propos de Cécile Sakkai, extraits de l’ouvrage Un siècle de romans japonais. Voici une citation du livre pour caractériser notre auteur : « Yūko replace dans la quotidienneté du shishōsetsu les acquis du militantisme, prônant une indépendance liée à la redécouverte de la féminité, notamment la maternité ».



L’auteure et son œuvre

L’œuvre et ses détails

Tout d’abord, je vais tenter de faire un résumé de l’œuvre, chose difficile car il y a énormément de détails (qui ont tous leur importance !) ; puis je m’attarderai sur des points précis de l’œuvre qui m’ont paru importants.

L’auteur nous raconte sa vie, ses souvenirs lorsqu’elle est au chevet de sa mère, agonisant à l’hôpital. Ensuite le récit pourrait être construit en deux parties. Dans la première, Ritsuko Takasé, personnage et narrateur de l’histoire, raconte sa vie au collège, au lycée jusqu’à sa vie d’adulte et ses relations instables. La seconde partie, après une importante révélation (dont on se doute au fur et à mesure que l’on avance dans le récit), se concentre autour de la vie d’adulte et des souvenirs de Fumiko Yokoyama, amie d’enfance de Ritsuko Takasé, et de chacun des membres féminins de sa famille (sœur, mère, tante, cousine, nièce...) en adoptant leur point de vue à tour de rôle.

L’une des premières caractéristiques de cette œuvre est le jeu des points de vue et des narrateurs, qui nous offre aussi un regard sur leur époque et les métamorphoses d’un Japon qui a subi les dégâts d’une guerre destructrice.  Au départ, le récit est structuré, le narrateur se distingue de l’auteur ; nous avons un seul point de vue et une seule narration : celui de Ritsuko. On voit les deux jeunes filles grandir dans un Japon qui change et qui se tourne vers une société de consommation.

C’est ensuite que l’on se perd petit à petit dans le mystère de l’identité du narrateur, en même temps que l’auteur intervient dans la narration et échoue elle-même dans ses réflexions. Sensation étrange : le lecteur n’est pas omniscient, il est à la fois interne et externe. Une impression d’être une partie de la conscience de l’auteur.  C’est aussi à ce moment-là qu’elle nous explique les prénoms des personnages puisque le récit passé a rejoint le présent du roman :

 

« Fumiko se nommait en effet bien Yokoyama avant de se marier, mais si l’histoire de Ritsuko Takasé correspond fidèlement à mon adolescence, ce n’était pas mon nom réel. Je me reconnais entièrement dans ce que j’étais, à l’époque du collège et du lycée, mais j’ai du mal à faire le lien avec celle que je suis devenue maintenant. C’est justement pour cela que le nom est différent. »

 

En reliant les personnages et la temporalité de la narration, Yūko Tsushima peut reprendre le cours de son récit dans un moment présent.

À chaque fois, on accompagne le narrateur dans la mort de sa mère en prenant le point de vue de la fille (et quand il y a des sœurs, le point de vue de l’une puis de l’autre). Régulièrement, en alternance, on revient sur le point de vue de l’auteur.

À la fin, ce sont seulement des pensées au hasard, introduites par des points de suspension sans précision sur la personne qui parle. C’est un labyrinthe uniquement féminin qui nous dépeint une réalité, pas toujours facile à vivre, mais sans jamais l'auteur se plaigne. Yūko se pose éternellement la même question : quel est l’amour qui relie sa mère et sa fille ? Comment savoir si l’on a été une bonne fille ou une bonne mère ? 

 

La question du temps est aussi abordée. Il y a constamment un lien avec le passé : l’auberge des grands-parents qui finalement sera détruite pour pouvoir reconstruire ; cette mère qui ne meurt pas et garde en mémoire les souvenirs des défunts partis trop tôt.  Dans ce roman, trois générations se croisent : les mères, les filles et les enfants de ces filles. Le passé ne disparaît jamais, il est toujours présent quelque part avec, au fond, un sentiment de nostalgie et de regret. Le plus surprenant c’est qu’il n’y a pas de tristesse quand le narrateur en parle, elle (le narrateur est toujours une femme) évoque cela comme un fait, sans s’y attarder.

Par le temps, j’entends aussi celui que le narrateur emploie pour raconter son récit. Le passé est le temps dominant et dans celui-ci, il y a l’imparfait, le passé simple, le passé composé et le présent pour les dialogues des personnages (mais n'oublions pas qu'il s'agit d'une traduction...). À la fin, les derniers chapitres sont racontés au conditionnel. Le narrateur s’est arrêté à une époque précise, antérieure aux événements qui se poursuivent. Avant que la mère de Ritsuko ne meure.

Autre caractéristique : les personnages masculins sont pratiquement inexistants. Ils sont effacés, ils n’assument pas leurs responsabilités, ils sont morts... ; bref, ils disparaissent littéralement du récit. Le seul qui prenne une véritable importance et qui aurait pu avoir un rôle plus positif, M. Yamagata, s’en va quelque temps après la mort de la mère de Fumiko avec qui il entretenait une relation hors mariage.

Les deux thèmes phares de ce roman sont donc la mort, qui est aussi vue comme une naissance (« Êtes-vous sur le point de naître ? Vous voulez naître ? Où ? Pourquoi ? »), et la maternité, sans cesse remise en cause.



Le titre

Pour le titre, je tente une explication subjective (et donc peut-être totalement fausse mais je prends le risque), qui s’appuie quand même sur l’impression que m’a laissée ce roman qui évoque le ciel presque tout le temps dès les derniers chapitres. Kazé, soit le ciel en japonais, pourrait symboliser le temps, témoin de la vie, représentée par le vent, qui passe et qui s’en va sans jamais s’arrêter.



Le style

L’auteure emploie toujours la première personne du singulier, « je », et son univers est très intimiste, très féminin, très doux, très onirique et nostalgique. Toute l’écriture est chargée de détails parce que l’écriture japonaise accorde beaucoup d’importance à l’instant présent, vécu. Il ne faut pas chercher à comprendre, il n’y a pas de logique. C’est toute une ambiance qui s’attache à l’immédiateté et qui fait le charme et la magie de cet univers.



Mon point de vue

Ce livre m’a rappelé L’étranger d’Albert Camus à cause des premiers mots. Il écrit « Maman est morte » tandis qu’elle commence ainsi : « La mort de maman. Maman est morte. ...maman est morte sans que je le sache. » Ensuite, cet univers très féminin m’a aussi fait penser à celui des films de Pedro Almodovar qui lui aussi traite beaucoup des femmes et de la relation mère-fille, mais pas de la même manière.

Bien que je m’y sois prise à trois fois pour entrer dans le récit, ce livre m’a beaucoup émue.  Il se lit comme on écoute une musique ; on se laisse bercer par cette écriture fluide et légère. Il est empreint de poésie, de simplicité et de beaucoup de naturel. Cet esprit japonais est différent de celui qui, en Occident, analyse et juge tous les actes commis ; il y a ici, selon moi, une plus grande liberté. Les tabous n’empêchent pas une relation amicale forte et la réserve qu’a Ritsuko avec Fumiko, peut être vue de deux façons. En conservant un point de vue occidental, je n’aurais jamais cru que leur amitié pourrait durer si longtemps vu que certaines choses qui me semblent naturelles sont complètement effacées et tues entre elles. Mais si l’on apprend à regarder avec un point de vue japonais, on comprend cette réserve,  qui est une marque de respect, d’estime que Ritsuko marque envers Fumiko.

Je recommande ce livre à tous ceux qui aiment la littérature japonaise et qui veulent en savoir un peu plus sur le monde des femmes et de la maternité. (Et puis aussi parce qu’il est très bien écrit et qu’on ne peut passer à côté de cette auteure !!)


Lara S., 2e année Bib.-Méd.


Interview de Yuko Tsushima sur France Culture : 

http://www.franceculture.com/emission-hors-champs-yuko-tsushima-2010-11-04.html

 

 

 

 

 

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 07:00

murakami-haruki-danse-danse-danse_image.jpg






Haruki MURAKAMI
Danse, danse, danse
Traduit par Corinne Atlan
Points, 2004
Première parution en 1988









 

 

 

 

 

 

 

Biographie  : voir fiche de lecture de Laura.

Danse, danse, danse prolongerait « la trilogie du Rat » (du nom de l'un des protagonistes, ami du narrateur) : Écoute le chant du vent (1979), Le Flipper de 1973 (1980) et La course au mouton sauvage (1982). Le narrateur du roman Danse, danse, danse apparaît également dans La course au mouton sauvage.

 

 

 

Résumé de La course au mouton sauvage  

 

voir la fiche de lecture de Laura.

 

 

 

 

Résumé de Danse, danse, danse

Quatre ans et demi après l’histoire de La course au mouton sauvage, le narrateur – dont on ignore le prénom – retourne à Sapporo (Hokkaïdo) à l’Hôtel du Dauphin. Il est à la recherche de son ex-girlfriend dont il a entendu en rêve l’appel au secours. À son arrivée à Sapporo, le narrateur se rend compte que l’ancien hôtel, « miteux comme un chien noir boitant sous une pluie de décembre », est devenu un immense palace, financé par la spéculation immobilière et la corruption.

L’un des leitmotive de l’histoire est une scène d’un film dans lequel tourne l’un des anciens camarades du narrateur, Gotanda, avec la mystérieuse ex-girlfriend nommée en réalité Kiki. Le narrateur renoue alors avec Gotanda et découvre l’existence d’un réseau international de call-girls de luxe ; le meurtre de l’une d’entre elles amène le narrateur à rencontrer des enquêteurs kafkaïens.

Dans une réalité parallèle, au quinzième étage de l’Hôtel du Dauphin, l’Homme-mouton (également messager de l’autre monde dans La course au mouton sauvage) lui ordonne : « Danse, continue à danser ». Dans cet hôtel, il rencontre également Yumioshi, la jeune fille de la réception, et Yuki, une jeune fille de quinze ans douée d’intuition. Il noue des liens très forts avec ces deux personnages. Il a une relation amoureuse avec la réceptionniste et revient d’ailleurs en sa compagnie du monde des ténèbres. Il accompagne Yuki de Sapporo à Tokyo et à Hawaï et devient son confident ainsi que son ami.

Ce roman flirtant avec le genre du roman policier, mêle habilement questionnements existentiels et étrangeté, irréel.



Parcours initiatique

Ce roman s’articule autour d’un parcours initiatique. Le récit présente le héros comme étant parvenu à un point de son existence où il doit se « reconnecter » au monde. « Mais c’est par là que tout doit commencer. Je le sais. Ça ne peut commencer que comme ça. » (p.13).

Ce récit présente le temps d’un éveil pour le narrateur, la question de l’identité est omniprésente et dès le début Murakami instaure un raisonnement sur « ce qui est soi » et « ce qui n’est pas soi ». Ainsi, l’hôtel ne serait qu’un prolongement de l’être du narrateur : « je perçois nettement les battements de coeur et la douce chaleur de cet hôtel dont je ne suis qu’une infime partie ».

A propos de son identité, le narrateur se questionne :

« Qu’est-ce que je pourrais savoir de moi-même ? […] le moi que j’appréhendais à travers ma propre conscience était-il mon vrai moi ? […] Tout comme notre propre voix enregistrée sur une cassette nous paraît différente de notre vraie voix, l’image que j’avais de moi-même n’était-elle pas une image déformée et reconstruite à la façon qui m’arrangeait ? » (p.13).

L’auteur amène alors son narrateur à faire une série de rencontres (Yumioshi, Gotanda, Yuki, des call-girls, Hiraku Makimura écrivain et père de Yuki (double de Murakami ?)…et bien d’autres encore) qui recoupent la question de l’identité et de la réalité. Le personnage principal de cette histoire fait face à un moment ou un autre à des événements étranges et il s’en trouve transformé. La fin du roman est articulée autour d’une nouvelle naissance du narrateur. « La naissance au monde » et le « retour vers l’autre » structurent l’éveil du personnage principal, marquent la fin de quelque chose et le début d’une autre. Pas après pas, le narrateur va devoir réapprendre à danser, à suivre le rythme du monde.

« C’est la réalité. Je suis enfin dans la réalité, et c’est ici que je m’arrête. […] Je réfléchis trois ou quatre minutes à ce que je voulais dire. Il y a plusieurs façons de s’exprimer. Différentes possibilités, différentes expressions. Pourrais-je prononcer les mots comme il fallait ? Mon message saurait-il s’envoler habilement au vent de la réalité ? Je marmottai quelques phrases tout seul. Puis je choisis la plus simple, et murmurai à son oreille : – Yumiyoshi-san, c’est le matin ! »

Ici, le matin est la métaphore de l’éveil du narrateur notamment par l’amour.



La mort

Avant cet éveil, le narrateur doit tout de même faire face à la perte et à la mort. Sa femme l'a quitté, son ami le Rat est mort et son chat Sardine également. La mort emporte des gens qu’il a connus, qu’il a estimés et/ou aimés (May la call girl, Gotanda son ami, Dick Nose le compagnon de la mère de Yuki...)

« La mort de May avait réveillé en moi un vieux rêve de mort, et un sentiment de deuil. La mort de Dick Nose une sorte de résignation. Mais la mort de Gotanda suscitait en moi un désespoir sans issue, comme une boîte plombée. Rien n’aurait pu l’empêcher de mourir. Il ne parvenait pas à intégrer ses propres impulsions. Et cette force fondamentale en lui l’avait poussé jusqu’au bord du précipice. Jusqu’à l’extrême limite de la sphère de la conscience. Puis jusqu’au monde des ténébres qui s’étendait de l’autre côté » (p. 531).

Pour lui, la mort ne suscite pas la peur. C’est plutôt une fatalité, voire une destinée, à l’image de la vision des squelettes lorsqu’il part à la recherche de Kiki à Hawaï, qu’il croit avoir aperçue comme un fantôme...

« Je focalisai mon regard, cherchant à distinguer le sac de Kiki dans la pénombre [...] Il me semble voir des espèces de housses blanches froissées sur les chaises et sur le canapé. Mais en m’approchant, je m’aperçus que ce n’était pas du tissu, mais des os : deux squelettes humains étaient assis côte à côte sur le canapé. Des squelettes complets, auxquels pas une articulation ne manquait. L’un de grande taille, l’autre petit, assis dans la même position que s’ils étaient encore vivants. L’un avait le bras appuyé au dossier du canapé, et le plus petit les deux mains posées sur les genoux, comme s’ils étaient morts sans même s’en rendre compte, avaient perdu leur enveloppe charnelle, ne gardant que leur ossature, sans même s’en apercevoir. Ces deux squelettes, d’une blancheur surprenante, semblaient sourire. Je ne sais pas pourquoi, je ne ressentais aucune peur. Toute vie semblait arrêtée ici, immobilisée dans son élan. Comme l’avait dit l’inspecteur, un squelette c’était propre et calme. Vraiment mort. Cela n’avait rien d’effrayant. » (p.400).

Dès lors, les différentes morts et pertes d’êtres chers semblent plus que jamais le rattacher à la réalité. A la fin du récit,  même l’Homme mouton a disparu. Signe indéniable du renouveau de son existence ?



Point de vue

Après avoir lu La course au mouton sauvage (dont j’ai trouvé le début du récit un peu lent mais dont l’histoire finit en apothéose), le lecteur se sent proche du narrateur car il connaît déjà ses habitudes (l’alcool, la musique...). Placé dans une sorte de huis-clos dans le roman de La course au mouton sauvage, le narrateur est en éveil dans Danse, danse, danse notamment par la multitude de rencontres qu’il a l’occasion de faire. Danse, danse, danse est un récit rythmé qui entraîne le narrateur et le lecteur à travers plusieurs villes, à la rencontre de nombreux personnages et à l’élucidation de certains mystères.

Le goût de l’auteur pour la musique et l’Occident – notamment pour l’Amérique – se retrouve dans son écriture ainsi que dans les choix musicaux du narrateur. Danse, danse, danse vous fera vraiment passer un agréable moment de lecture.

 

 

Maureen, AS-BIB.

 

 

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


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Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Article de Chloé sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

À paraître en août 2011 chez Belfond, les deux premiers volumes de la trilogie 1Q84, publiés en 2009 au Japon.

 

 

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 07:00

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J.-M. G. LE CLÉZIO
La Guerre
Gallimard, 1970
L’Imaginaire, 1992


 

 

 

 

 

«Un roman n'est intéressant que si son auteur se remet en question et s'expose à ce qu'on lui dise : " C'est illisible”.»

 Jean-Marie Gustave Le Clézio - Extrait d’un article dans Paris Match - Novembre 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

LeClezio.jpgLa vie de Jean-Marie Gustave Le Clézio est elle-même faite d’aventures dont il se sert pour élaborer ses livres. Bien que sa vie soit passionnante, nous allons ici n’aborder que trois points fondamentaux qui éclairent la lecture de La Guerre.

Il est né à Nice en 1940. Il est donc dès sa naissance plongé dans un monde hostile : celui de la guerre. Il vit une enfance difficile, entouré par les horreurs du conflit.

Il a énormément voyagé et voyage toujours. Il est parti à la découverte de pays complétement étrangers, perdus. Il a voulu apprendre à vivre avec des civilisations différentes ayant des modes de vie différents du nôtre (Cameroun et Nigeria ; on pense ici à son roman Onitsha, par exempl., Thaïlande, Mexique, Panama où il va vivre dans des tribus indiennes). Tout cela pour dire qu’il a été confronté à des espaces, des habitats profondément différents de notre société caractérisée par la technologie, le progrès et l’industrialisation.

Enfin, Le Clézio est né en France certes, mais ses ancêtres étaient d’origine bretonne et sont partis vivre à Maurice au cours du XVIIIe siècle et ont donc acquis la nationalité britannique. Le Clézio se retrouve donc avec une multitude d’identités si on peut dire cela ainsi et il se cherche en quelque sorte, il est à la recherche de ses origines et de son identité.

On décèle ainsi les grands thèmes qui vont peupler chacun de ses livres.

Il y a d’abord les voyages et les découvertes culturelles, puis le désir de révolte (que l’on retrouve en position centrale dans La Guerre) et enfin la recherche de soi et donc l’inspiration autobiographique (l’ambiance familiale qu’il a lui-même connue).

 

Le Fond

Résumé ?

Il est difficile à première vue de s’engager dans la tâche que constitue un résumé de ce livre.

Difficulté de faire un résumé due au fait qu’il semble que le personnage principal n’ait pas de réelle quête ou en tout cas elle n’est pas énoncée dans le livre.On pourrait dire que ce livre, c’est le parcours initiatique d’une fille face au monde, la recherche de la guerre.

Le personnage principal, Béatrice B, se trouve au départ dans une ville, dans une chambre située dans un immeuble, et elle décide de parcourir la ville seule ou avec un homme, Monsieur X qui semble être son confident. Elle analyse dans les moindres détails ce qu’il y a autour d’elle afin de déceler la présence de la guerre.

Mot d’ordre du livre : la guerre est partout. (Cependant il va me falloir définir par la suite ce terme de guerre qui ne correspond pas tout à fait à l’idée que nous nous en faisons.)

Elle parcourt différents lieux : un carrefour, une boîte de nuit, un aéroport, une autoroute… Et elle décrit ce qu’elle voit, ce qu’elle entend et ressent en permanence.

Fin : le seul moment où il semble y avoir un soupçon d’action, c’est à la fin ; une limousine la prend en autostop. Elle rencontre quatre ou cinq personnes, ils boivent et fument mais elle n’est pas vraiment consciente, c’est comme si elle était portée par les événements sans rien contrôler. Ces gens-là s’amusent à rouler sur les routes à la recherche de personnes égarées à pied et les écrasent tout simplement ; ils mènent une chasse à l’homme. À la fin, Monsieur X meurt dans son appartement d’une balle perdue. L’auteur ne s’attarde pas sur ce fait.

Dans le chapitre suivant, Béa B meurt sur son lit après avoir effectué une sorte de rêverie transcendante. Mais ensuite elle n’est plus morte, elle a disparu dans la foule. On ne sait pas où elle est. Bref, succession d’incohérences ou peut être symbolique de la mort et de la foule à analyser.

Le livre se termine par une phrase de Le Clézio lui-même :

« Moi-même je ne suis pas vraiment sûr d’être né »

On a donc du mal à trouver un fil conducteur à ce livre. On comprend finalement la « quête » de l’héroïne mais on n’a pas de quoi s’accrocher à elle.

 

Personnages ?

Beatrice B ou juste Béa B.

Personnage principal, elle joue le rôle de spectatrice, médiatrice entre le lecteur et la guerre. On voit le monde à travers ses yeux.

Pour commencer, on peut dire qu’il y a peu d’informations rationnelles sur Béa B, peu de choses qui la caractérisent. On sait qu’elle a environ la vingtaine, qu’elle a une peau métisse, qu’elle travaille dans le domaine de la publicité (ou du moins qu’elle cherche un travail), qu’elle fume et que sa grand-mère est morte. Elle tient un journal appelé « Semainier Pratic » où elle écrit tout ce qu’elle ressent. On en lit des passages de temps à autre.

On trouve dans le livre différentes désignations : « Béatrice B » (une fois), « Béa B, la jeune fille » (les vingt premières pages), « la jeune fille qui s’appelait Béa B », « XY » (une fois, pour signer une lettre).

Lorsqu’elle n’est pas avec lui, Béa B communique par lettres avec Monsieur X.

Il y a peu de choses que l’on puisse dire de Béa B. Existe-t-elle vraiment ? Elle souffre cruellement d’un manque de personnalité. Le personnage n’est volontairement pas approfondi et le lecteur perd ses repères et de ce fait a du mal à suivre le livre. Nous sommes à l’intérieur de sa tête, nous voyons ce qu’elle voit mais nous ne savons rien de sa vie et de ses sentiments. On ressent seulement sa peur, son étonnement face au monde et son oppression.

 

Monsieur X

Il est le confident de Béa B. Celui à qui elle dit tout dans ses lettres ; cela peut très bien être des choses tout à fait inintéressantes ou, à l’inverse, ses analyses sur le monde. Il parle rarement ; lorsqu’il parle, c’est quand ils discutent de choses inintéressantes. Il écoute, il est l’oreille, il est comme le lecteur : avec Béa, à son écoute.

Le doute survient cependant sur Monsieur X lorsqu’on se rend compte qu’elle appelle tous les hommes qu’elle rencontre comme ça. Par exemple, à la fin, quand Béa B se retrouve dans la limousine, il y a plusieurs personnes. Elles ont tous des noms sauf le chauffeur qu’elle ne connaît pas. Elle se dit : « Il ressemble à Monsieur X », puis jusqu’à la fin elle l’appellera Monsieur X.

Soit Monsieur X est constamment avec elle soit il semble que Monsieur X n’est personne et tout le monde à la fois.

 

Thèmes récurrents

La guerre. Toutes les descriptions tendent toujours vers l’idée de guerre, celle-ci est partout et inévitable. La guerre a envahi tous les horizons. Mais il s’agit de se demander ce qu’est la guerre dans le roman. Non, on ne voit pas à chaque page des militaires armés, des morts à chaque coin de rue, c’est plus subtil que cela et moins violent en apparence.

Qu’est-ce que la guerre ?

On peut attribuer deux sens au terme de guerre dans ce livre :

Le premier, le plus simple, se réfère au sens commun qu’on lui donne, la lutte entre les hommes, ayant pour issue la mort ou la victoire. Mais le livre semble dire que le seul gagnant, ici, c’est la guerre elle-même, les hommes sont seulement voués à lutter, souffrir et mourir. Cette définition s’illustre dans un chapitre où l’auteur parle littéralement de la guerre, Monsieur X étant au Vietnam et écrivant des lettres à Bea B, décrivant les horreurs de la guerre, ce qu’il vit et voit. Mais on sent bien que ce sens du terme n’est qu’évoqué, n’occupe pas une place primordiale.

Le second sens est omniprésent, plus qu’important, il parcourt le livre. Selon ce sens, la guerre semble être toute chose existante, inventée par l’homme. Même tout ce qui peut paraître utile ou inoffensif comme un carrefour ou un néon dans une boîte de nuit. Tout ce qui résulte de l’activité humaine engendre ce qu’il nomme La Guerre. On a du mal à voir les limites de la guerre, dans ce sens, c’est comme si elle était respirable ou matérielle. La guerre est vue comme un fléau qui envahit les rues à mesure de l’implantation humaine. Les hommes se suicident quotidiennement avec leurs activités. C’est ce que la guerre représente dans le livre, l’idée que par le biais de l’industrialisation, de la « modernité », nous ruinons nos vies. La guerre est née avec l’homme et c’est elle qui le tuera. Tant que l’homme existera, elle sera présente.
 

Le thème le plus important est donc la guerre, nous l’aurons compris, il y a donc d’autrs thèmes en accord avec celui-ci.

 

 

La destruction et le chaos : tout est voué [tout = création de l’homme] à être détruit et à engendrer la destruction. L’idée de chaos revient souvent avec l’image d’un dragon qui aurait la gueule ouverte et aspirerait tout, aurait besoin des âmes humaines pour survivre.

La peur et le doute, ressentis notamment grâce aux passages où on voit le monde à travers les yeux de Béa B. L’idée que rien n’est sûr et qu’à chaque pas, à chaque coin de rue, on risque sa vie.

Sons et images. La manière d’écrire de Le Clézio laisse une grande place aux sens, notamment au son et l’image : le bruit et la lumière. L’idée de lumière revient incessamment. La lumière artificielle des boîtes de nuits, des aéroports qui éblouissent et paraissent dangereux. Le son s’illustre, lui, par le bruit désagréable des machines qu’utilisent les hommes. L’idée primordiale qui se raccorde au bruit c’est que celui-ci est synonyme de guerre. La paix, c’est le silence, le sommeil est donc un exemple de paix, de répit.

Le « Je » ou plutôt l’impossibilité du « Je ». On remarque un complexe d’identité fort. Il y a donc une perte d’identité et surtout une recherche perpétuelle de celle-ci. La ville et le monde du livre sont en général vus comme un ensemble empêchant toute pensée individuelle. La guerre ne laisse pas de place au « je ». L’individu est aspiré dans un mouvement qu’il ne contrôle pas, il est pris dans la foule, source de peur. Les noms donnés au personnage prouvent cette perte d’identité : Béa B, Monsieur X. Les personnages perdent toute leur originalité, ils ne sont plus humains puisqu’ils n’ont ni nom, ni histoire. Ils ne sont là que parce qu’une histoire, un roman a besoin de personnages. Ils sont là aussi pour rappeler à quel point cette guerre qui rafle tout détruit aussi l’âme et l’esprit des gens.

Quête d’identité : On décèle donc dans le livre, en lien avec cette impossibilité de l’affirmation de soi, des passages qui attestent de la recherche d’identité des personnages, surtout de Béa B, puisque nous la suivons. Long passage où Béa B se contemple dans un miroir comme à la recherche de qui elle est. Elle se parle à elle-même, s’invente une histoire. Passage également où elle feuillette un journal pornographique et se compare aux filles qui y sont en photo. Elle se cherche une histoire à travers leurs histoires. Elle s’imagine à leur place.

 

La Forme

« Incohérences »

 On peut repérer quelques particularités ou incohérences au fil des pages.

Il y a d’abord un décalage entre des idées complexes et abstraites, représentées par des phrases longues et dont on ne perçoit que difficilement le sens d’un côté, et des actions simples, représentées par des phrases très courtes (sujet, verbe, complément) dont les sujets sont très terre à terre de l’autre. (« C’est l’hiver. Il pleut. Le ciel est gris. », p 37)

Il n’y a ni espace ni temps : on ne saura jamais dans le livre ni où l’action se passe ni quand. On aura bien sûr des indications de lieu comme un aéroport, une ville, un carrefour ou un pont mais cela reste impersonnel. Nous n'avons rien à quoi nous rattacher et c’est ce qui rend la lecture difficile, je pense. Le temps non plus n’existe pas ; on ne sait pas en quelle année on est, ni à quelle heure telle ou telle chose se passe.

Le seul repère temporel que nous ayons est le passage du jour à la nuit.

Exemple d’incohérence dans le temps : à un moment où le récit est pris en charge par Béa B, elle parle au futur puis au passé, comme si elle ne savait pas elle-même se repérer dans le temps, ou comme si elle avait sauté le passage où ce qu’elle avait imaginé s’est réalisé et est devenu passé ; bref, on est perdu dans un espace-temps inexistant.

Il y a tout au long du livre une alternance entre la troisième personne et la première. On lit un chapitre écrit à la troisième personne donc par un narrateur extérieur à l’histoire et au chapitre suivant, on se retrouve dans la tête de Béa B. Parfois, on passe au « Je » sans prévenir. Il se trouve que dans les parties écrites à la troisième personne, il y a des passages du « Semainier Pratic » de Béa B, donc des passages à la première personne inclus dans les chapitres à la troisième personne.

 

On dirait que l’auteur fait tout pour qu’on se perde : le personnage principal n’est nommé qu’à la page 23 ; au début, on a juste des « la jeune fille » et c’est à partir de ce moment qu’on se demande si au final le personnage principal n’est pas la guerre elle-même.


 

Structure du roman

Une structure très originale, tout en étant neutre et simple.

Les dialogues. Il y a seulement un ou deux vrais dialogues (« vrais » parce que on se retrouve de temps à autre face à une structure de dialogue alors que Bea B parle toute seule, en fait.) Paradoxalement, lorsque l’on trouve un dialogue, il dure très longtemps, de 5 à 6 pages.

 

Chapitres ? J’ai parlé de chapitres mais je ne sais pas trop si le terme peut être employé ici parce qu'on se retrouve effectivement face à la structure normale d’un chapitre : saut de page et alinéa mais on n’a jamais de titre de chapitre, et l’auteur aborde toujours la même chose ; il n’y a pas de réelle rupture entre les parties du livre. Ou bien on passe du coq à l’âne sans comprendre.

 

Typographie

 

Mise en page. On lit parfois des blocs de textes qui semblent ne pas avoir été mis en page alors que d’autres passages sont disposés en paragraphes courts. Parfois, également, sur une même page, on va trouver un bout de texte aligné à gauche, un autre bout à droite, une ligne au milieu.

 

Lettres CAPITALES. On trouve aussi souvent des mots en capitales au milieu d’un paragraphe, souvent pour transcrire des sons. Lorsque Bea B s’interroge sur ce qu’elle voit dans le silence, Le Clezio nous montre ce qu’elle perçoit, c’est-à-dire une toile de lettres et de chiffres.

 

Conclusion

Ce qui nous permet de nous accrocher à ce livre dont la lecture est difficile c’est l’écriture prodigieuse et absurde qui nous transporte, partant d’un rien du tout, d’une chose ou d’un lieu banal et en faisant les objets de réflexions métaphysiques avec des mots simples mais dont les idées sont lourdes d’un désir de révolte. La guerre racontée sous la plume de Le Clezio est une lecture ardue certes mais des plus transcendantes.

Tout au long de la lecture, j’ai pu voir que les descriptions étaient perpétuellement agrémentées d’un vocabulaire de la nature. Il y a par exemple beaucoup de références à la mer: « Les plages, les rivières, les forêts, les pics de montagne, où sont-ils ? » (p. 113). On sent que l’auteur est à la recherche d’un monde naturel dépourvu de technologie et éloigné de l’activité humaine. Le sentiment général est donc ce regret de la nature.

Pour conclure, je dirai donc que La guerre, c’est avant tout un cri de révolte contre le monde artificiel  d’aujourd’hui.

 « Mon message est très clair : il faut continuer à lire des romans. Parce que je crois que le roman est un très bon moyen d’interroger le monde actuel sans avoir de réponse qui soit trop schématique, trop automatique. Le romancier ce n’est pas un philosophe, ce n’est pas un technicien du langage parlé, c’est quelqu’un qui écrit et, au moyen du roman, pose les questions. S’il y a un message que je voudrais livrer c’est celui-là : poser des questions. », , Le Clézio, jeudi 9 octobre 2008.

 

 

 

Marion, 1ère année Èd.-Lib.

 

 

 

LE CLÉZIO sur LITTEXPRESS

 

 

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 Article de Gwenaëlle sur L'Africain.

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Marion sur Onitsha.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 07:00

aux jeudis littéraires de Talence.

vautrin 

 

Jean-Vautrin-Romans-noirs.jpgC’est dans une petite salle, au  Forum des Arts de Talence, que Jean Vautrin nous retrouve. Peu nombreux, nous sommes plongés dans une atmosphère intimiste qui nous rapproche de cet auteur. Nous découvrons petit à petit cet écrivain novateur dans ce que l’on appelle aujourd’hui le néopolar.

Il est là pour nous parler de l’ouvrage publié dans la collection Bouquins qui rassemble cinq romans noirs qui ont fait son succès : Billi-ze-Kick, Bloody Mary, Canicule, L'Homme qui assassinait sa vie, Le Roi des ordures. Il nous explique le retour en arrière accompli lors de la relecture pour des raisons éditoriales; l’émotion ressentie à retrouver les premiers mots qui l’ont fait connaître.

« Ils n’ont pas pris une ride », nous dit-il.

Il est difficile de remettre ses pas dans les siens. L’écriture évolue, le style change et se perfectionne. Lorsque l’on reprend un roma,n le style s’est modifié, ce n’est plus le même qu’au commencement. Jean Vautrin voit aujourd’hui l’homme plus jeune qui a écrit, à travers ces lignes. Ce n’est plus la même colère, la même allégresse qui anime sa plume aujourd’hui. « La vie est passée sur moi. » À présent, c’est comme s’il se tenait face à un corps étranger, mais il ne le renie pas. Voilà qu’il nous fait une comparaison avec un coureur qui, à soixante-dix ans, se revoit à vingt-cinq.

Tandis que l’intervenant lui demande quelle colère donne naissance à ces livres, Jean Vautrin nous plonge petit à petit dans les souvenirs de sa jeunesse, raconte comment, rue Sébastien-Bottin, il se retrouvait dans une petite cave avec des auteurs, connus eux aussi aujourd’hui, comme Manchette ou Siniac. Il se définit comme un «anarchohumaniste. » Cela semblerait signifier qu’il se sentait uni avec ces autres jeunes auteurs passionnés par l’actualité de l’époque. Ils étaient tous en colère et trouvaient dans l’écriture une échappatoire pour évacuer cette colère, ce trop-plein d’émotion.

La ville de Sarcelles est devenue pour lui un foyer d’extravagance et il vit petit à petit la ville évoluer avec le flux des migrations, devenant une cage à lapins où différentes communautés venaient petit à petit s’installer pour finalement la transformer Sarcelles. Pour l’avenir, cela n’allait faire sortir que de la colère.

C’est ainsi que Jean Vautrin crée un nouveau roman social totalement différent de la littérature « en col blanc », comme il dit. Selon lui, ce n’est qu’un problème de « nombril », d’héritage. Il se voit comme un auteur engagé qui cherche à défendre des opinions. Il veut combattre une société où l’argent est maître et qu’elle handicape. Il y a comme une sensation de bourrage à l’excès, comme si on ne pouvait aller plus loin. Mais il rend aussi hommage aux marginaux de cette société inégalitaire, aux laissés pour compte qui sont écartés pour des raisons physiques ou financières. Il se destine ainsi à un public de littérature populaire. Il rêve de rendre ses lettres de noblesse à la lecture par épisodes. Il a envie de tutoyer le lecteur afin de se réapproprier une certaine fraternité à travers la littérature. La proximité avec le lecteur est chez lui primordiale. L’exemple qui l’a marqué est celui de Victor Hugo, lorsque que les Indiens déclarent que les seuls livres qu’ils connaissent sont Les Misérables, ou lorsque, dans la tristesse de l’enterrement de son fils, le peuple le salue.

Selon lui, on a aujourd’hui perdu cette révolte. La civilisation moderne n’a créé que des veaux avec la télévision, l’excès de crédit et de communication. Nous sommes devenus des moutons. Les gens sont ligotés et ont perdu la capacité de se révolter, d’avoir un jugement.

Vautrin rapproche son écriture de celle de Celine, de Queneau ; on l’interroge sur la musique de ses textes. Pourtant, nous dit-il, il n’avait jamais voulu faire de la littérature. Il aime les galipettes des mots et raffole du dictionnaire. Il cherche à trouver son vrai langage. C’est Queneau qui lui a donné le déclic de l’écriture, il lui doit beaucoup. Tandis qu’enfant il voulait être explorateur, il se définit aujourd’hui comme un itinérant, un polycarte… « Chaque livre est un voyage. » Il accorde à chaque personnage un vocabulaire propre et essaie de le mettre en scène. Ayant fait l’IDHEC, grande école de cinéma devenue la FEMIS aujourd’hui, il a eu la chance de devenir l’assistant de Rossellini ce qui lui permit de voir l’aventure naître sous ses pas.

Peut-on parler de réalisme transcendant dans ses ouvrages ?

C’est la pratique du langage qui fait que les mots finissent par décoller et se détacher petit à petit de la réalité. On se retrouve ainsi au-dessus d’un parler normal. Même s’il essaie de s’ancrer dans la réalité, il n’a pas l’intention de trahir et se laisse emporter par les mots. Il veut montrer la lutte contre la réalité quotidienne qui est difficile.

Sa curiosité à l’égard des autres est inextinguible. Il s’inspire des gens qu’il croise et en fait des personnages pour ses livres. Il cite l’exemple d’un paysan rencontré dans le Lot. C’est un goût des autres qui se développe et l’intrigue. Par curiosité, il suit même des gens dans la rue. Il aime vérifier si ce qu’il s’imagine sur les gens en les observant se révèle véridique. Il tient même un carnet où il transcrit sa perception des choses, des mots. Cela devient une expérience quotidienne mais surtout une mauvaise habitude, nous dit-il.


Élodie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Jean VAUTRIN sur LITTEXPRESS

 

 

 

 Entretien réalisé par Aline et Ingrid.

 

 

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Published by Élodie - dans polar - thriller
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