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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 07:00

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Annie ERNAUX
Les Années

Gallimard, 2008
Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le monde littéraire a connu un essor considérable de l'écriture de soi, laquelle comprend une grande variété de formes : autobiographie, roman autobiographique, mémoires, journal intime, autofiction, autoportrait... Annie Ernaux, écrivaine française contemporaine s'inscrit pleinement dans ce mouvement d'écriture. Son oeuvre est presque entièrement autobiographique. Comme elle l'affirme dans un entretien avec Grégoire Lemenager du Nouvel Observateur, elle refuse toute forme de fiction.



ernaux-annie-portrait.jpgL'auteur

Annie Ernaux est née en 1940 en Normandie. Elle est élevée dans une famille ouvrière et commerçante. Elle poursuit ses études d'abord au lycée, puis à l'université où elle obtient successivement le Capes et l'Agrégation de lettres modernes, accédant peu à peu à la petite bourgeoisie. Elle enseigne au collège puis est nommée professeur au CNTE (qui deviendra le CNED). Elle se marie avec un homme relevant précisément de la petite bourgeoisie avec qui elle a un premier enfant. Elle divorce dans les années 1980. Bien que son oeuvre ne raconte pas sa vie de façon directe ou chronologique, le passage de ces années en fournit la matière. A travers de nombreux ouvrages, Ernaux met en scène ses expériences fondatrices : son ascension sociale (La Honte, 1997 ; La Place, 1983), son adolescence (Ce qu'ils disent ou rien, 1977), son mariage (La femme gelée, 1981), son avortement (L'Événement, 2000), la mort de sa mère (Une femme, 1989).

 

 

 


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Résumé

Résumer Les Années est un exercice délicat : en effet cet ouvrage ne comporte pas vraiment d'histoire, mais plutôt des histoires. Les Années traversent soixante ans de la vie de l'auteur et plus largement soixante ans d'une vie française mais aussi soixante ans de politique française, soixante ans de musique, soixante de cinéma, soixante de mouvement de libération de la femme, soixante de slogans publicitaires... Ces années sont ponctuées par les souvenirs de l'auteur activés par des photographies la représentant. L'ouvrage débute par son enfance qui s'inscrit dans le contexte particulier de l'après-guerre et se termine à la fin des années 2000. À l'intérieur de ces deux repères chronologiques, l'auteur raconte une vie, la sienne, mais toujours à distance, sans employer la première personne du singulier autobiographique. Cette vie est assez ordinaire finalement : c'est celle d'une petite fille issue d'un milieu plutôt modeste, qui fera toute de même des études supérieures et qui s'élèvera socialement. Cependant, le reste de son parcours reste assez classique : elle devient professeur de lettres, se marie, devient mère, divorce. Une trajectoire donc assez banale. Et finalement, ce sera cela le propos d'Annie Ernaux : à travers cet ouvrage elle va montrer les multiples similitudes d'une vie intime à une autre.



Une forme inédite de l'autobiographie.

En retraçant l'évolution depuis l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui, Annie Ernaux met en scène sa construction personnelle parallèlement à des événements historiques, sociaux, et culturels. Dans Les Années, elle laisse donc en arrière-plan ses propres souvenirs et s'intéresse davantage à la mémoire collective. En conséquence, elle modifie la conception traditionnelle de l'autobiographie pratiquée jusqu'ici. Selon la définition de Phillipe Lejeune, auteur de L'autobiographie en France et du Pacte autobiographique, l'autobiographie consiste en un « récit rétrospectif en prose que quelqu'un fait de sa propre existence, quand il met l'accent principal sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité ». Or, la place accordée à l' Histoire collective dans Les Années est bien plus importante que celle concernant la vie intime de l'auteur. L'autobiographique dépasse l'individu pour s'inscrire dans un mouvement beaucoup plus vaste, celui de la construction de toute identité féminine à cette époque. L'intégration de discours populaires et politiques ainsi que de références télévisuelles, cinématographiques, musicales, littéraires, publicitaires organise un espace collectif entre l'auteur et ses lecteurs. Ces différents discours ou voix s'entrecroisent et créent une sorte de mosaïque de la société. La notion d'autobiographie est ici brouillée : l'expérience strictement personnelle est niée et l'individu renvoyé à une masse commune d'expériences semblables et d'idées partagées.



Le « on », le « nous », le « elle ».

Afin de renforcer le caractère impersonnel de ses souvenirs, Annie Ernaux refuse l'utilisation du « je », première personne du singulier traditionnellement attachée à l'autobiographie. Évoqués à la troisième personne indéfinie, « on », les événements ne semblent pas concerner l'auteur directement. Elle raconte sa propre expérience à travers une voix collective. Chacun peut se substituer à l'auteur, en modifiant les noms, et y retrouver sa propre histoire. Annie Ernaux utilise également le « elle », dans les quelques pages la concernant directement : la description des photographies.



L'utilisation de la photographie.

L'incorporation des photographies se fait tout au long de l'ouvrage qui s'ouvre par la description de trois photos de l'auteur alors nourrisson et s'achève par un cliché de l'auteur à soixante-six ans. En tout, seize photos différentes sont décrites. Elles introduisent les différentes phases de vie de l'auteur et les différentes périodes de l'histoire. La description des photographies renforce le caractère objectif du récit. En effet, chaque photo est présentée avec cette même attention soigneuse des détails. La description porte tant sur le propre corps de l'auteur que sur l'environnement qui l'entoure ou les caractéristiques techniques du cliché. Ce procédé détache Annie Ernaux de sa propre histoire. En écartant ses souvenirs personnels et en se concentrant sur la réalité de la photo, l'auteur se voit de l'extérieur et se décrit comme une inconnue. La description successive des images symbolise également le passage des années et borne le texte de repères chronologiques. Les images présentent l'auteur comme nouveau-né, puis à huit ans, quinze ans, dix-sept ans, dix-neuf ans, vingt-trois ans, vingt-sept ans, trente-deux ans, quarante ans, quarante-cinq ans, cinquante-deux ans, cinquante-neuf ans et finalement soixante-six ans. Les photos sont de plus en plus éloignées avec l'âge, parallèlement à la diminution des expériences bouleversantes dans la construction identitaire de l'auteur.



Une écriture très graphique

Le travail sur la temporalité et sur la polyphonie dans Les Années se traduit par une écriture très graphique. Le texte possède une ponctuation assez libre voire inexistante, sur certaines pages. Souvent les phrases ne comportent ni majuscule, ni point final, ce qui donne au texte l'aspect d'une liste, ou de notes prises spontanément. Les expressions populaires, les lieux communs, les slogans publicitaires sont retranscrits entre guillemets ou en italique tout comme les titres de films, de chansons, de romans... L'auteur insère également de nombreux espaces blancs dans son texte, indiquant un changement de sujet ou l'avancement dans le temps vécu. Les espaces les plus grands sont réservés pour le saut d'une période à une autre, toujours annoncé par la description d'une nouvelle photo. Le fond et la forme de l'ouvrage sont donc en totale adéquation.



Conclusion

Dans les dernières pages du livre, Annie Ernaux explique qu'il s'agit d'une « autobiographie romanesque » inspirée de ses notes, de son journal et de photographies qui jalonnent sa vie. En partant de ses reliques personnelles que sont les photographies, Annie Ernaux élargit le souvenir personnel à la mémoire collective, à l'esprit d'une époque.


Aurore, A.S. Bib.-Méd.

 

 


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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 07:00

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John Howard GRIFFIN
Dans la peau d'un Noir
(Black Like Me)
traduit de l'anglais
par Marguerite de Gramont.
éditions Gallimard, 1962

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John Howard Griffin (1920-1980) est un journaliste et écrivain américain. Étudiant en français, littérature et médecine à l'université de Poitiers, il fut aussi rattaché au service psychiatrique d'un hôpital français lors de la Seconde Guerre mondiale. Il prend part à la résistance et sert dans l'armée américaine avant de revenir en Europe à la fin de la guerre. Une blessure le contraint à revenir vivre aux États-Unis où son engagement pour la paix sociale va motiver ses écrits et ses opinions. Les conditions de vie des Noirs américains du Sud sont pour lui insupportables. Son combat contre les discriminations raciales a fait sa renommée. L'ouvrage, Dans la peau d'un Noir (Black Like Me), récit d'une expérience singulière que J.H Griffin décide de vivre en 1959, illustre parfaitement ses convictions. Une adaptation cinématographique et documentaire fut, par la suite, inspirée de cet écrit.

J.H. Griffin est également l'auteur de nombreux autres ouvrages comme, par exemple, The Devil Rides Outside (1952), The Church and the Black Man (1959), A Time to be Human (1977), tous préoccupés par les relations sociales, économiques et politiques entre les « races ».



Dans la peau d’un Noir

Ce livre est un récit autobiographique sous forme de journal. Il relate une expérience véritable que J.H Griffin commence en 1959. Décidé à dénoncer la vie des Noirs du Sud des États-Unis, il considère que seule une immersion totale dans la vie d'un Noir confronté quotidiennement au racisme des Blancs, lui permettra de comprendre comment cela peut changer. Il désire aussi faire passer un message aux citoyens américains : il ne faut plus fermer les yeux sur la situation. La ségrégation raciale aux États-Unis est présente dans de nombreuse villes. Le passé du pays est à l’origine de cet ordre social. Les Blancs dominent les Noirs. Ces derniers vivent en communauté dans des quartiers misérables, sans aucun avenir ni espoir d’une quelconque reconnaissance sociale.

« Une idée m'avait hanté, pendant des années, et cette nuit-là, elle me revient avec plus d'insistance que jamais. Si au cœur des États du Sud, un Blanc se transformait en Noir, comment s'adapterait-il à sa nouvelle condition ? Qu'éprouve-t-on lorsqu'on est l'objet d'une discrimination fondée sur la couleur de peau, c'est-à-dire sur quelque chose qui échappe à votre contrôle ? »
 
L'expérience se déroule sur trois mois. J.H Griffin sous la surveillance d'un dermatologue se soumet à un traitement intensif aux ultraviolets et à des médicaments spécifiques à l'origine destinés, par petites doses, à soigner une maladie de peau, le vitiligo (maladie qui a pour symptômes des taches incolores sur le visage et le corps). Pour parfaire sa transformation, il se rase le crâne. Pendant toute l'expérience, il change littéralement d'identité et coupe toutes relations avec sa famille et ses amis, sa vie d'homme blanc. Il décide juste de conserver son nom.


Un ami à lui, George Levitan, propriétaire d'une revue à diffusion internationale, destinée aux Noirs, Sépia, accepte de publier ses comptes rendus journaliers. Il commence son voyage à travers le Sud du pays par la Nouvelle-Orléans. Il traversera ensuite cinq états différents où la ségrégation raciale envers les Noirs est forte. L'expérience de la vie d'un Noir des années 1960 va être révélatrice pour l'auteur. Il ne pensait pas que les Noirs avaient une vie aussi rude. Son constat est clair, il faut le vivre pour comprendre.

Les mondes des Noirs et des Blancs sont, dans une même ville, séparés par des barrières morales et psychologiques très fortes. Sa vie de Noir n'est pas de tout repos. Le plus simple des gestes quotidiens devient insurmontable ; il ne peut plus boire ou aller aux toilettes comme avant. La plupart des cafés et des restaurants lui sont fermés. Un simple trajet en bus, lui fait connaître les pires humiliations. Il est devenu noir. Son existence en tant que Blanc n'est plus considérée.

Il rencontre pourtant des Blancs qui lui viennent en aide (logement, trajet en voiture). Mais ces hommes, derrières leurs actes respectueux, le considèrent toujours comme inférieur. La haine raciale n'est pas toujours visible, le fait de ne pas considérer les hommes noirs comme des êtres humains égaux à l'homme blanc, est intériorisé par beaucoup. De nombreuses discriminations sont insidieuses et difficilement perceptibles quand on ne les subit pas. Des hommes noirs ou blancs qui désirent changer les choses, il va en rencontrer. De quoi redonner un espoir de voir disparaître, un jour peut-être, préjugés, haine raciale et inégalités.

Son retour en tant qu'homme blanc ne sera pas sans problème. Son expérience une fois connue de tous, il devra subir les réactions de ces concitoyens, souvent pleines de haine et d'incompréhension. Son témoignage aura des conséquences importantes. Sa vie de Blanc ne sera jamais plus la même. Il ne sera ni blanc ni totalement noir aux yeux de nombreuses personnes. Les changements ne se feront pas en un jour. Il faudra du temps et des personnes résolues pour parvenir à faire taire le racisme.
 


Extrait

« Je pris Chartres Street dans le quartier français et me dirigeai vers Brennan's, un des restaurants réputés de la Nouvelle Orléans. Dans un moment de distraction, je m'arrêtai pour consulter le menu qui était artistiquement mis en évidence dans la devanture. Je lisais, sachant que quelques jours auparavant j'aurais pu entrer et commander tous les plats que j'aurais voulu. Mais maintenant, tout en étant la même personne, avec le même appétit et les mêmes goûts et jusqu'au même portefeuille, aucun pouvoir au monde ne pouvait me faire entrer dans cet endroit et y prendre un repas. Je me souvins d'avoir entendu un Noir dire : ˜Vous pouvez vivre ici toute votre vie, mais vous n'entrerez jamais dans un des grands restaurants, sauf comme garçon de cuisine˝. C'est monnaie courante pour un Noir de rêver de choses dont il n'est séparé que par une porte, sachant qu'il ne les connaîtra jamais. Je déchiffrai le menu avec attention, oubliant qu'un Noir ne fait pas une chose pareille. »
 
Le récit de John Howard Griffin est un témoignage choquant et bouleversant. Ce qu'il vit paraît invraisemblable mais est pourtant réel. La situation actuelle des gens de couleur semble meilleure. Mais le racisme toujours présent s'exprime plus silencieusement. Cette expérience était révélatrice à l'époque d'un malaise social majeur. Pouvons-nous aujourd'hui prétendre que ce malaise a disparu ? La ségrégation sociale envers les immigrés ou les personnes de couleur est malheureusement toujours visible. Ce livre traverse tristement les années, en dénonçant des faits qui persistent; le racisme et la xénophobie.

« Maintenant, le témoignage est là, tangible, solide, prêt à prendre place dans les rayons de toute bibliothèque qui se respecte »  Robert Escarpit, Le Canard enchaîné.


Justine, 1ère année édition-librairie.

 

 

 

 

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 07:00

schuiten-abeille Les-mers-perdues-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François SCHUITEN
et Jacques ABEILLE
Les Mers perdues
Attila, août 2010








 

 

 

 

 

 

 

 

Biographies

Fils d'un architecte reconnu de Bruxelles, François Schuiten publie à 16 ans sa première histoire, intitulée Mutation, dans l'édition belge de Pilote. Il étudie dans l'atelier de bande dessinée de l'Institut Saint-Luc auprès de Claude Renard.


Il publie en collaboration avec son frère Luc Schuiten ses premiers récits dans Métal Hurlant en 1977. Il produit avec Claude Renard en 1981, le livre Rail, qui sera publié en 1982.

D'après l'historien et théoricien de la bande dessinée belge et française, Thierry Groensteen, dès ses débuts en albums, François Schuiten réussit à « imposer un univers fantasmatique d'une rare cohérence », variation autour de motifs invariables (la construction, le vol, etc.), témoignant « de l'impérieuse nécessité d'une œuvre qui ne doit rien à l'opportunisme et qui se développe selon une logique interne plus ou moins consciemment maîtrisée ».

En 1983, il entame une fructueuse collaboration avec son ami Benoît Peeters lorsque paraît Les Murailles de Samaris, la première histoire de la série Les Cités obscures. Cette série est située dans un univers parallèle au nôtre mais avec de nombreux passages vers notre monde réel. Le goût du détail a poussé les auteurs à décrire les disciplines surprenantes de ce monde (comme la cryptozoologie ou la cartographie compulsive), sa faune et sa flore étranges, ses us et coutumes décalés et, surtout, son architecture obsédante, composante fondamentale de la série. Chaque cité est en effet dépeinte dans un style architectural précis ; la psychologie des personnages et le récit en sont même fortement influencés.



Jacques Abeille est né en 1942. Orphelin à deux ans, il est recueilli par son oncle haut fonctionnaire qu'il suit à travers la France jusqu'à l'été 1959, où il débarque à Bordeaux.

Il découvre le surréalisme, intervient dans la revue La Brèche et sera membre du groupe surréaliste bordelais Parapluycha. Il fait des études de psychologie, de philosophie et de littérature ; pour finir professeur agrégé d'arts plastiques. Marié, père de trois enfants, il achève sa carrière dans un lycée de Bordeaux.


Peintre autodidacte, poète, romancier et nouvelliste bordelais, il est l'un des derniers représentants du surréalisme en France. Il faut aussi savoir qu'il écrit aussi, sous le nom de Bartelby ou de Léo Barthe, des romans érotiques.

Petite histoire

Jacques Abeille a publié  Les Jardins statuaires en 1982 chez Flammarion, son texte est resté relativement confidentiel, jusqu'à ce qu'il tombe sous les yeux de François Schuiten alors illustrateur de la couverture de la réédition de ce roman. Inspiré par le monde créé par Jacques Abeille, Schuiten propose une collaboration à l'auteur autour des planches qu'il a créées lors de sa lecture.

Jacques Abeille présente, dans la vidéo suivante, Les Mers perdues pour la librairie Mollat :
 http://www.youtube.com/watch?v=k4GBa3knhZM&feature=player_embedded

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Les Mers perdues

« Lointaines sont les contrées de ce livre.
Plus lointaines encore leurs frontières indécises. […]
Il y a des pays. Encore et toujours.
Qui insufflent aux hommes qui les parcourent l'ampleur
de leurs mondes et l'obscurité de leurs désirs.
Les Mers perdues sont de ceux-ci. »

Étranges mais poétiques, ces mots nous font entrer dans un monde de rêve, de calme et de réflexion que l'on retrouve couramment chez François Schuiten (comme dans le cycle des Cités Obscures).

Un mystérieux milliardaire décide de financer une expédition vers des territoires inconnus. Cette expédition nous est racontée par un narrateur chargé de tenir le journal de bord de ce voyage. Nous lisons ainsi les lettres qu'il adresse à un de ses amis. Quatre personnes sont recrutées, pour former un groupe insolite : un ancien aventurier devenu chasseur de pigeons bienveillant, guide et chef du groupe ; une géologue brillante mais dont les talents ne sont pas exploités ; un artiste utilisant la rigueur mathématique (méthode obsolète pour les artistes contemporains); et un écrivain condamné à écrire des invitations mondaines, dont le rôle est de tenir le journal de ce voyage. Ils sont accompagnés par des Hulains, petits hommes vivant dans le désert. Tous recrutés par cet étrange commanditaire, ils ne sont pas informés du but de leur lointain voyage. Ils supposent alors qu'il s'agit de découvrir quelque trésor caché. Mais ce qu'ils vont découvrir est bien plus incroyable. Ils se rendent en fait sur les rivages des Mers perdues, qui pour certains ne sont que légendes.

On suit donc la troupe dans ce voyage vers l'Est, vers les rivages des Mers perdues. Ils découvrent alors successivement une cité industrielle désertée et un monde où les villes sont construites autour de statues géantes.

schuitten-abeille-trombine.jpeg


Le texte est présenté sous forme de colonne, identique aux colonnes d'articles de journaux, entrecoupé de croquis ou d'illustrations. On trouve aussi des fragments de texte agrandis comme les gros titre de journaux. Les esquisses alternent avec des planches pleine page qui représente des paysages et monuments incroyables, mais ne limitent cependant pas l'imagination du lecteur.

Les descriptions ne sont jamais redondantes par rapport au dessin. Elles sont d'une légèreté poétique et traduisent à merveille le mystère et la souffrance. En effet, ces statues de pierre interrogent tout autant les explorateurs que le lecteur qui voit leur souffrance et imagine ce qui a pu arriver. Les statues semblent jaillir de terre pour embrasser les bâtiments, les étreindre ou les étouffer, comme une végétation minérale.

Pour avoir lu précédemment des bandes dessinées de Schuiten et Peeters, je peux dire que pour moi leur univers étrange se retrouve dans cet album. Le lecteur fidèle n'est donc pas dépaysé. Ce qui m'a impressionnée, c'est la complémentarité entre les descriptions de Jacques Abeille, que l'on suit sans se lasser, et  le style particulier de François Schuiten dans la composition de ses esquisses et illustrations.



A..P., 1ère année Bib.-Méd.

 

 


 

Jacques ABEILLE sur LITTEXPRESS

 

Jacques Abeille Les Jardins statuaires

 

 

 

 

 

Article de Jérémy sur Les Jardins statuaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Aurélie - dans bande dessinée
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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 07:00

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THUÂN
Chinatown
Seuil, Cadre vert, 2009




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteure

Thuân est originaire de Hanoi, a fait des études d’anglais à Leningrad et enseigné cette matière dans des collèges en France où elle vit en depuis une vingtaine d’années.

Elle a reçu le prix de l’Union des écrivains, la plus haute distinction littéraire au Vietnam.



L’histoire

On découvre non pas une mais trois histoires enchâssées.



Première histoire

Madame Aû est dans le métro avec son fils Vinh, douze ans. Le métro s’arrête à cause d’un colis suspect pendant deux heures. C’est le temps pour la narratrice de se remémorer son passé et d’imaginer son futur.



Deuxième histoire

Les pensées de madame Aû se multiplient et se mélangent, son passé, son présent, et son futur entremêlés. On découvre ainsi la vie de la narratrice par anecdotes, épisodes, sentiments…

Originaire d’Hanoi, elle y a vécu toute son enfance et adolescence, entourée de parents étouffants. Poussée en permanence par eux, elle est la meilleure élève du lycée et promise à un avenir brillant, mais sa rencontre avec Thuy, un garçon chinois, va tout bouleverser. Le conflit sino-vietnamien bat son plein et rend leur amour impossible, désapprouvé par les parents de la narratrice.

Après l’obtention de son diplôme, elle part faire des études d’anglais à Leningrad, sans toutefois oublier Thuy. Pendant ses cinq années d’études, elle est motivée par une seule peur, que Thuy ne l’ait pas attendue.

À son retour, Thuy l’a attendue, mais la désapprobation est toujours forte. Malgré cela, ils se marient et Vinh naît quelque temps plus tard. Cependant, après ces retrouvailles, on ressent un certain malaise à travers les sentiments de la narratrice. Elle pleure en permanence, il ne se sent pas à sa place. Après un an et demi, Thuy prend la fuite et part s’installer à Cholon, le Chinatown de Saigon, laissant la narratrice plus malheureuse que jamais. Rester seule à Hanoi, près de ses parents, est intenable. Elle décide donc de partir pour Paris avec son fils afin de poursuivre ses études, d’oublier Thuy, et d’échapper à la déception de ses parents.

Elle s’installe à Belleville, un des Chinatown de Paris. Elle arrête ses études et, pour vivre, enseigne l’anglais dans un collège de la banlieue parisienne. Les seules choses qui la motivent encore sont l’écriture, qu’on découvrira dans la troisième histoire, et regarder son fils Vinh grandir. La rencontre d’un homme français dans l’avion vient faire revivre l’espoir de ses parents de la voir faire un grand mariage. La narratrice, elle, semble détachée de cette relation puisqu’elle l’appelle « le Français », et on peut ressentir son hésitation à s’engager, motivée par la peur d’être encore une fois poussée par ses parents, de revivre le passé. De plus, ses pensées la ramenant en permanence à Thuy nous font comprendre la place, encore très importante, qu’il tient dans sa vie.



Troisième histoire

La troisième histoire est en fait le livre qu’écrit la narratrice, I’m Yellow.

Un homme, se sentant oppressé, quitte sa femme et sa fille et part sur la route, libre. Pendant son voyage en train, qui n’est pas sans rappeler le long trajet quotidien de la narratrice en métro, l’homme rencontre une femme qui semble comprendre son besoin de liberté et propose de l’accompagner.

Dans le personnage de cet homme, on retrouve la personnalité de Thuy, qui fuit l’identité pour laquelle on l’a rejetée et qui entretient un détachement certain par rapport à sa famille. Dans le personnage de la femme rencontrée, on trouve la narratrice, qui semble, par sa compréhension, accorder une forme de pardon à Thuy.



Analyse

La narratrice

Dans le personnage de la narratrice, on remarque une forte concordance avec la vie de l’auteure elle-même.

En plus de cela, la narratrice n’a pas de véritable identité, le seul nom qu’on lui connaît est Madame Aû, nom de son mari. On peut comprendre ici que sa vie a toujours été dirigée et influencée par les autres, d’abord ses parents, et ensuite Thuy. Elle a vécu toutes les étapes de sa vie en étant passive, elle a subi tous les événements.



L’influence de la ville

Les villes rencontrées dans le livre représentent les étapes de la vie de la narratrice. En effet, à chaque changement de ville, on peut observer une nouvelle étape dans l’histoire, mais aussi dans sa vie. Les quatre étapes sont Hanoi, Leningrad, Hanoi, et Paris.

Ensuite, on ressent l’influence de la ville par le seul titre du livre : Chinatown. Il illustre à la fois les différents temps du livre, mais est également symbole de la perte d’identité. On remarque que Chinatown est à la fois passé – Cholon, Chinatown de Saigon, où Thuy a fui –, présent – Belleville, Chinatown de Paris, où la narratrice vit actuellement avec son fils –,  futur – le XIIIe arrondissement, Chinatown de Paris, où elle imagine que Vinh vivra plus tard. C’est aussi un symbole de perte d’identité puisque tous les Asiatiques sont rassemblés dans ces quartiers, sans différences entre nationalités. Pour la narratrice, la distinction qui a gâché sa vie, le conflit sino-vietnamien, est ici totalement ignoré, et aucune différence n’est faite entre Chinois et Vietnamiens.



L’écriture

Le mélange d’écritures et de narrations différentes peut être assez troublant. On lit les pensées brutes de la narratrice, qui se caractérisent par une suite de phrases parfois incohérentes, des répétitions, des liens logiques manquants et des jeux d’écriture. Mais on lit aussi l’histoire qu’écrit la narratrice, caractérisée par une narration totalement structurée, une histoire claire. Il est possible de comprendre que les pensées de la narratrice représentent une grande liberté d’écriture, forte volonté de l’auteure.



Conclusion

Un livre qui enchante par sa forme originale, à la fois dans l’écriture et dans l’histoire désorganisée. Les passages d’un pays à l’autre sont extrêmement intéressants, ils permettent de sentir le poids de l’histoire sur les gens les plus ordinaires, et les changements ressentis dans la population, ici exprimés par les habitudes les plus ordinaires, la nourriture par exemple.

Cependant, avis aux âmes plus sensibles, préférant les lectures plus limpides. Ce livre n’est en aucun cas une lecture facile, sa forme assez originale rend la lecture plus ardue, mais plus intéressante encore.


Sasha, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 


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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 07:00

Philip-Pullman-a-la-croisee-des-mondes-1.jpgPhilip-Pullman-a-la-croisee-des-mondes-2.jpgPhilip-Pullman-a-la-croisee-des-mondes-3.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philip PULLMAN
À la croisée des mondes
Les Royaumes du Nord
La Tour des anges
Le Miroir d’ambre
Traduit de l’anglais par Jean Esch
éditions Gallimard
collection Folio Junior, 1995, 1997 et 2000


 

Philip-Pullman.jpgL’auteur

Philip Pullman est né en 1946 dans la ville de Norwich, à l’est de l’Angleterre ; il a été scolarisé en Australie et au Zimbabwe où il a passé l’essentiel de son enfance. Devenu instituteur à Oxford, il se met à écrire pour ses élèves des pièces de théâtre qui seront la première ébauche de ses romans pour enfants. Il écrit ses premières histoires policières fantastiques, puis les romans s'enchaînent. Dès 1985, il commence une série policière dont l'héroïne, Sally Lockhart, doit beaucoup au célèbre Sherlock Holmes de Conan Doyle. Mais c'est avec la trilogie À la croisée des mondes que Philip Pullman connaît son plus grand succés.

Il est plus pertinent d’étudier les trois tomes en même temps, car le véritable intérêt de l’histoire réside dans son intégralité.

 

La trilogie

Élevée au Jordan College d’Oxford, dans un monde quasi similaire au nôtre, Lyra Belacqua a grandi au milieu des érudits. Elle n’a pour seule famille qu’un oncle, Lord Asriel, qui a délégué son éducation aux moines du Jordan College. L’enfance de Lyra se partage entre les leçons des érudits et les jeux avec les enfants d’Oxford. Toujours accompagnée par Pantalaimon, son dæmon, Lyra évolue dans un monde dirigé par le Magisterium, une organisation religieuse qui régit les moindres faits et gestes des habitants.

L’histoire commence quand Lyra assiste par hasard à la tentative d’empoisonnement de son oncle. Explorateur aguerri, il profite de sa venue au Jordan College pour demander une subvention aux érudits. Il déclare avoir avancé dans ses recherches sur une particule élémentaire appelée la poussière et demande des fonds pour mener une expédition dans le Grand Nord. Le Magisterium pense que la poussière est la conséquence du péché originel. L'Église a en effet observé que cette Poussière est moins attirée par l'innocence des enfants que par l'expérience des adultes. Intriguée par cette poussière, Lyra supplie son oncle de l’emmener dans le Nord mais il refuse catégoriquement.

Dans un même temps, des enfants et leurs dæmons disparaissent à tous les coins de rue ; les gens crient à l’enlèvement. À l’abri dans leur collège, Lyra et Pantalaimon ne se soucient pas le moins du monde de ces disparitions jusqu’au jour où leur meilleur ami Roger et son dæmon Ratter sont à leur tour enlevés par ceux qu’on appelle les enfourneurs. Peu après, Billy Costa, fils des gitans et ami de Lyra, disparaît à son tour. Lyra décide de partir à leur recherche mais cette tentative avorte à cause de l’arrivée d’une jeune femme très brillante, Mme Coulter, qui propose à Lyra un rôle d’assistante dans son voyage dans le Nord.

Lyra se prépare donc à quitter son collège pour partir à l’aventure mais, avant son départ, le maître de Jordan College lui remet un instrument en or qui ressemble à une boussole et qu’on appelle aléthiomètre. Lyra ne doit en aucun cas montrer cet objet. L’aléthiomètre permet à ceux qui savent en lire les symboles de mesurer la vérité, c’est-à-dire de la découvrir.

Mme Coulter entreprend d’éduquer la fillette, mais peu à peu son comportement devient suspect pour Lyra et Pan qui finissent par découvrir que la jeune femme est un membre éminent du Magisterium qui est lui-même à l’origine des disparitions d’enfants.

Lyra et Pan s’enfuient et sont recueillis par des gitans qui recherchent également les enfants disparus et surtout leur fils, Billy. Grâce à l’aléthiomètre, Lyra découvre que les enfants sont détenus dans le Nord et que les savants du Magisterium pratiquent des expériences sur eux afin de trouver un moyen d’anéantir la poussière. Les gitans et la fillette décident de partir dans le Nord afin de sauver les enfants. Dans cette contrée mystérieuse, Lyra découvre un passage vers un autre monde, le nôtre, et part en quête d’informations sur cette étrange poussière qui semble être à l’origine de tous les mystères de l’univers.

Dans son périple initiatique, Lyra rencontrera l’amitié, l’amour, mais aussi la mort, la solitude et la séparation. Elle devra faire face à de terribles révélations comme la vérité sur ses origines ou encore la mission dont elle est investie pour rétablir l’ordre des mondes et abolir le règne du Magisterium.

 

La place de la religion

La religion fait partie intégrante de la trilogie de Pullman. On y trouve de grands questionnements sur la notion d’âme ou encore le péché originel.

La notion d’âme est mise en évidence par l’existence des dæmons ; en effet, bien qu’humain et dæmon forment deux entités distinctes, ils sont en fait un seul et même Être. Un lien intime les relie s’ils sont physiquement séparés par une trop grande distance, l’un et l’autre arrivent à ressentir un profond mal-être. De plus, les deux entités partagent les sentiments et sensations de l’autre. Avant la maturité, il peut se métamorphoser à volonté. Ensuite il prend sa forme définitive, forme qui correspond à sa personnalité et à celle de son humain. Dans l’œuvre de Pullman, si un humain meurt, son daemon meurt également, ce qui remet en question la croyance en la survie de l’âme.

Il existe un grand tabou, universel, implicite et acquis par tous, qui stipule qu’aucun humain ne doit toucher de quelque manière que ce soit un dæmon qui n'est pas le sien. Pourtant, comme Lyra le découvrira, cet acte anodin amène son daemon à choisir sa forme définitive. On remarque ici une métaphore de l’acte sexuel et de la perte de l’innocence. L'œuvre évoque largement la Chute décrite dans la Genèse. Philip Pullman dans son œuvre dénonce l’Église qui empêche la connaissance. Dans le livre, l’Église est représentée par le Magisterium qui souhaite empêcher ce qu’il appelle un deuxième péché originel.

Malgré ses propos incisifs, l’auteur  a trouvé le soutien des chrétiens les plus libéraux. Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry, répond aux attaques des chrétiens fondamentalistes que les critiques de Pullman sont concentrées sur les dangers du dogmatisme et l'usage de la religion en tant que moyen d'oppression, pas sur le christianisme lui-même. L’écrivain a déclaré durant des interviews que ses arguments peuvent s'appliquer à toutes les religions et à toute forme de totalitarisme en général.



Adaptations

La trilogie a été adaptée en feuilleton-radio sur la radio britannique BBC Radio 4. Cette version radio a été diffusée en 2003, et est maintenant publiée (en anglais) en CD et cassettes.

Nicolas Hytner a adapté les livres en une pièce de six heures en deux parties, pour le London's Royal National Theatre, jouée de décembre 2003 à mars 2004. Les dæmons-marionnettes avaient été conçus par Micheal Curry. La pièce fut un énorme succès et a été rejouée (avec un casting différent) de novembre 2004 jusqu'à avril 2005. Constituée d'adolescents, la troupe théâtrale de Spalding, s'est produite les 6 et 7 juin 2008 au South Holland Center pour la première partie et au cours du mois d'août pour la seconde. Le Birmingham Repertory Theater a proposé une nouvelle adaptation de la trilogie au théâtre avec le West Yorkshire Playhouse. Les pièces ont été jouées entre le 13 mars et le 11 avril 2009, mises en scène par Rachel Kavanaugh.

Une adaptation cinématographique du 1er tome est sortie en France le 5 décembre 2007.  Produit par New Line Cinema, la société ayant produit Le Seigneur des anneaux, ce premier film dirigé par Chris Weitz s'intitule À la croisée des mondes : la boussole d'or (en version originale : The Golden Compass). La réalisation a d’abord été confiée à Chris Weitz mais il s'est retiré du projet car il ne pensait pas être à la hauteur. Il avait aussi expliqué dans une interview, peu avant son départ, que son projet ne prenait pas en compte les allusions de Philip Pullman à la religion pour ne pas choquer certains spectateurs. Il a été remplacé par Arnand Tucker mais celui-ci a finalement abandonné à son tour le projet au profit de Chris Weitz qui a repris sa place initiale. Le casting semblait plutôt prometteur, avec Nicole Kidman dans le rôle de Mme Coulter, Daniel Craig dans le rôle de Lord Asriel et Eva Green dans le rôle de Serafina Pekkala. Une inconnue, Dakota Blue Richards, devait incarner Lyra à l'écran. La jeune fille avait été repérée à Cambridge lors d’un casting mené au Royaume-Uni. Philip Pullman, sans toutefois s’impliquer dans le film, a tenu à participer à l’élaboration de certaines scènes. Ses dernières déclarations avant la sortie restaient positives, évoquant un script « véritablement excellent » et une distribution de très haute qualité. Pourtant le film n’a absolument pas fonctionné, à tel point que la réalisation des tomes 2 et 3 a été abandonnée.a-la-croisee-des-mondes-film.jpg

Après avoir vu le film, j’ai compris les raisons d’une telle absence de succès. Même si ce n’est pas un chef-d'œuvre du cinéma, je trouve que l’ambiance du livre est assez bien retranscrite ; de plus il est vrai que le casting est excellent bien que la version française soit très mal réalisée. Néanmoins le scénario est tellement condensé et confus qu’il est impossible de comprendre les tenants et les aboutissants du film sans avoir lu le livre.

 

La trilogie de Phillip Pullman est une référence en littérature jeunesse. Contrairement aux conseils de Gallimard, je conseille ce livre aux enfants de plus de 12 ans. Un enfant plus jeune ne peut saisir tout l’intérêt du livre. Cet ouvrage est absolument enrichissant pour le jeune adolescent puisqu’il aborde des thèmes essentiels comme l’amour, la mort, l’âme ou encore la sexualité avec beaucoup de philosophie et de délicatesse.

 

Un chef-d'œuvre de la littérature jeunesse à mon sens.



Amélie, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 


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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 07:00

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Daniel WOODRELL
Un hiver de glace
(Winter’s bone)
traduit de l’américain
par Franck Reichert
Rivages, 2007.





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ree Dolly a grandi au milieu des paysages accidentés des Ozarks. Du haut de ses seize ans, elle élève seule ses deux frères, Sonny et Harold, et s’occupe de sa mère, dans un état végétatif, perdue dans le monde de ses pensées. Son père, Jessup Dolly, fabricant et dealer de poudre blanche, brille par ses innombrables séjours en prison. Un jour d’hiver, alors qu’il est en liberté conditionnelle, Jessup décide de partir au volant de sa Capri bleue et de ne jamais revenir. Quelques jours plus tard, alors que l’hiver est déjà bien installé et que les placards de la maison sont vides, Ree apprend que pour bénéficier de sa mise en liberté conditionnelle, son père a hypothéqué la maison. L’absence de Jessup au tribunal où il est convoqué une semaine plus tard signerait la saisie de la maison et donc l’expulsion de Ree et de sa famille. Mais le père de famille est introuvable.

C’est alors que commence pour Ree la quête insensée de son père, bravant l’hiver glacial qui s’abat sur la région, prenant la route pour aller questionner les membres de sa famille.

Huitième roman de Daniel Woodrell, Un hiver de glace est avant tout le portrait de Ree, jeune fille accablée par le destin mais qui pourtant ne s’apitoie pas sur son sort. Faisant vivre sa famille aussi bien qu’elle le peut, elle n’hésite pas à sillonner les montagnes pour retrouver son père à temps, seule solution pour ne pas finir sans toit au milieu de l’hiver.

Responsable avant l’heure, Ree va devoir affronter les membres de sa famille – personnes peu fréquentables, consanguins et bien souvent drogués – et combattre le mutisme dans lequel ils se terrent pour protéger leur « clan ». Dans sa quête, Ree sera aidée de son amie d’enfance, Gail, fille-mère, et de son oncle Larme, antipathique au premier abord, mais qui se révélera prêt à tout pour protéger sa nièce.

Semblable à l’hiver qui fait rage, le monde dans lequel évolue Ree devient de plus en plus rude et brutal. La violence, l’injustice et la cruauté sont omniprésentes dans ce récit à la noirceur extrême et pourtant, le lecteur ne peut s’empêcher de garder l’infime espoir que les choses s’améliorent malgré tout.
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Daniel Woodrell est un auteur de polar américain, né dans le Missouri le 4 mars 1953. On lui doit huit romans dont les actions se déroulent généralement au milieu des Ozarks.

 


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Deux de ses œuvres ont été adaptées au cinéma : Woe to live on a inspiré le film d’Ang Lee, Ride with the Devil  sorti en 1999 ; Un hiver de glace a quant à lui été adapté en 2010 par Debra Granik sous le titre de Winter’s bone. Le film a reçu de nombreuses récompenses dont celle de la meilleure actrice au Festival international du film de Stockholm pour Jennifer Lawrence interprétant le rôle de Ree.

 

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Un hiver de glace est également disponible sous forme de roman graphique chez Rivages/Casterman/Noir, avec des dessins de Romain Renard.

 

 

 

 

Pauline, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 


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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 07:00

Benjamin Remember

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BENJAMIN
Remember
Éditions Xiao Pan, 2006






 

 

 

 

L’auteur

Remember n’est pas un manga. C’est un manhua, une bande dessinée chinoise. Le manhua se lit de gauche à droite, dans le sens de lecture occidental, et les livres sont habituellement édités sous de petits ou moyens formats. Benjamin est l’un des principaux auteurs contemporains de manhuas, on les appelle « manhuajia » (équivalent d’un mangaka au Japon). De son vrai nom Zhang Bin, il est né le 16 mai 1974 à Hei Long Jiang où il étudie la mode et le design. Il part pour Pékin en 1996 avec l’intention de se lancer dans la bande dessinée. Benjamin va enchaîner les petits boulots tout en s’exerçant au dessin jusqu’en 2000 où il va vraiment trouver son style et publier dans le fanzine Comic Fan Magazine de nombreuses bandes dessinées comme Fleurs inconnues en été ou encore La Colombe plane sur le silence (sorti uniquement en Chine).

benjamin-exposition.jpgPendant ce temps, Benjamin va également fonder avec des amis la « Société de la BD Rouge », dont on ne connaît pas grand-chose. En 2002, il publie son premier recueil individuel, One Day, et crée une société d’illustration publicitaire. C’est là qu’il décide d’adopter la technique de dessin par ordinateur. Il est l’un des seuls auteurs de bandes dessinées à fabriquer ses planches uniquement sur ordinateur avec un crayon et une tablette graphiques et avec des logiciels de retouches d’images comme Corel Painter. Il va même publier en un ouvrage sur la technique de la BD par ordinateur.

Benjamin publie quatre bandes dessinées réalisés avec cette technique : One Day en 2002, Remember (qui fut le premier manhua de Benjamin publié en France et dont la première nouvelle a déjà été publiée dans un magazine), Orange en 2006 et Sailor en 2010. Il va également écrire deux romans, The Basement en 2005 et Chinese Youth, Where shall we go en 2008. Benjamin va aussi montrer son talent en réalisant le clip de Jena Lee en 2009 « J’aimerais tellement ».

Cette technique assistée par ordinateur est la signature de Benjamin, on peut reconnaître sa patte parmi des centaines d’autres dessins. Édité en France chez Xiao Pan, maison d’édition spécialisée en manhua, Benjamin aime la France et la France le lui rend bien ; il a fait l’objet d’un exposition à Paris du 8 février au 9 mars 2011.

 

 

 

Remember

Remember est le deuxième manhua de Benjamin, mais le premier publié en France. Il est composé de deux histoires courtes, deux one-shot. Ce sont des fragments de la vie de l’auteur, de ses pensées, de sa jeunesse dans le monde de l’édition et du manhua. Ce sont des souvenirs d’un passé douloureux, des histoires mélodramatiques dont on ne sait pas si elles sont vécues ou non. Peut-on alors parler d’autofiction ?

Les deux héros de ces histoires sont des manhuajia. Pour la première, « Personne n’est capable de voler, personne n’est capable de se souvenir », l’histoire du jeune dessinateur pourrait être la sienne ; lui-même précise qu’il y a des bribes de cette bande dessinée qui le concernent.

 « L’histoire est à moitié vécue, à moitié inventée, pleine de provocations et d’agressivité, à mille lieues de mes expériences vécues d’alors. […] Je suis un menteur ; je ne dis la vérité qu’une fois sur deux » (Benjamin, Remember, p.90)

C’est donc l’histoire d’un jeune auteur de bande dessinée en galère, luttant pour se faire éditer, qui va attirer malgré lui une jeune dessinatrice, Yu Xin. Jeune fille naïve, elle va essayer de lui faire comprendre son art. En effet le monde de l’édition chinoise décrite par Benjamin est plutôt limité. Une histoire d’amour assez peu ordinaire va naître entre les deux jeunes manhuajia, le jeune homme va passer tout son temps à la repousser jusqu'à ce qu’il se rende compte qu’il ne peut vivre la bande dessinée sans elle ; seulement, lorsqu’il s’en rendra compte, il sera trop tard.

                                                Benjamin Remember 2-copie-1



La seconde histoire, intitulée « L’été de cette année-là », raconte le quotidien de jeunes gens préparant un concours d’entrée dans une école d’art. Ces adolescents vont se montrer très agressifs envers un de leurs camarades venant de la campagne. Seul le narrateur va essayer de l’aider. On va assister à la descente aux enfers de ce pauvre jeune homme martyrisé par ses camarades jusqu’à ce que son père le ramène dans son village pour cause de folie. Benjamin se présente dans cette histoire en se définissant comme un auteur rebelle qui fume, boit et profite des filles. Mais il montre son côté bon Samaritain en aidant de son mieux le jeune martyrisé, qu’il prend en pitié. En postface, Benjamin précise qu’il a écrit cette bande dessinée dans un contexte particulier.

 « Quoiqu’en disent les autres, c’est une œuvre bien meilleure que n’importe laquelle de mes bandes dessinées, en terme de valeur, de sincérité. Sa lecture me rappelle une tranche de vie inoubliable » (Benjamin, Remember, p.125)

 Benjamin Remember 3


 
Analyse, style graphique
 
Quand on lit Remember pour la première fois, l’œuvre peut sembler complexe. Mais Benjamin nous embarque tout de suite avec ses dessins dans son univers unique. Les deux histoires se rejoignent dans le monde de la solitude. On remarque un lien entre les deux personnages masculins principaux des deux one-shot et l’auteur. Il se présente comme un auteur rebelle et valorise son égo tout en montrant ses faiblesses : il est enfermé en lui-même et dans son propre monde.

Le style de Benjamin lui est propre ; ses dessins se reconnaissent au premier coup d’œil. Benjamin utilise ce qu’il appelle un crayon optique et, à l’aide d’une tablette, dessine et colorise sur son ordinateur. La modernité du trait et le travail de coloriste sont extrêmement bien maîtrisés. Benjamin utilise principalement trois couleurs dans Remember : le bleu, le vert et le rouge. Dans le premier one shot, « Personne n’est capable de voler, personne n’est capable de se souvenir », il emploie des couleurs plutôt pastel qui rappellent le côté naïf de Yu Xin et la mélancolie amoureuse alors que le côté plus sombre de « L’été cette année-là » est renforcé par un graphisme plus noir, les couleurs utilisées tendent plutôt vers le bleu-gris, le blanc et le noir. Benjamin mélange les styles, on a parfois l’impression que les planches ne sont pas terminées. À la fin de l’ouvrage se trouve un artbook (un recueil d’images destiné aux fans de l’auteur) avec une présentation et une critique de chaque illustration faites par l’auteur. S’y trouve également une biographie, une préface de M Rong Cheng, président des éditions Tianxia en Chine et une postface par Benjamin. Tout au long de l’ouvrage, Benjamin présente sa bande dessinée, sa vie, son métier et l’état d’esprit dans lequel il a écrit Remember.

 
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Avis

Benjamin est l’un des manhuajia les plus doués de sa génération. On est souvent tenté de rester sur une illustration pendant quelques minutes afin d’en décortiquer tous les détails. Ses bandes dessinées comme ses romans font tous référence aux difficultés de la solitude, du sentiment d’abandon, du rejet, et du repli sur soi. Thèmes souvent liés à l’adolescence. Remember est peut-être l’une voire la meilleure bande dessinée qu’il ait faite. Les dessins et les couleurs sont magnifiques, beaucoup mieux travaillés et plus sophistiqués que dans ses précédentes œuvres.

Benjamin se présente tout au long de cet ouvrage en exprimant ses douleurs passées et l’environnement difficile de la bande dessinée chinoise. Il présente quelques moments de sa vie avec une longue réflexion sur celle-ci grâce à de petits textes entre deux illustrations. Au début du manhua se trouve une phrase : « N’oubliez pas ce livre, n’oubliez pas son auteur. », et à la fin : « N’oubliez pas mon livre, ne m’oubliez pas ».
                                                 

Mathilde, A.S. Éd.-Lib.

 

 

BENJAMIN sur LITTEXPRESS

 

Benjamin Remember

 

 

 

Article de Cécile sur Remember.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 07:00

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Taichi YAMADA
Présences d’un été
 

Ijin-tachi to no natsu.

(異人たちとの夏)

Traduction : Annick Laurent

Picquier, 1998

Picquier poche, 2006










 

 

 

 

Taichi Yamada est né à Tokyo en 1934. Il est célèbre au Japon pour ses scénarios télévisés. Il a également écrit beaucoup de romans et pièces de théâtre. Site de l'auteur (en anglais) ici.
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Présences d’un été a été publié au Japon en 1987, et est paru en France aux éditons Picquier en 1998, puis en 2006 pour l’édition de poche. Il a été traduit par Annick Laurent. L’original japonais a remporté en 1987 le prix Yamanoto Shugoro. Le roman fut adapté au cinéma un an après sa parution sous le titre : Ijintachi tono natsu (異人たちとの夏)


 

 

 

 

 

 

Résumé

Difficile de faire un résumé tant le roman est riche de détails et de rebondissements ; pour ne pas dévoiler tout l’intérêt du l’histoire je ne résume ici que les premiers événements.

Le narrateur, Hideo Harada, a quarante-sept ans, tout comme l’auteur ; il est scénariste de télévision, il a un fils de dix-neuf ans, à qui il parle peu, et vient tout juste de divorcer de sa femme. Ses parents sont morts renversés par une voiture quand il avait douze ans. C’est un homme solitaire qui, depuis son divorce, vit à son bureau qu’il loue dans un grand immeuble près d’un axe autoroutier à Tokyo. Les appartements étant principalement loués comme bureaux, la nuit, il est la seule âme qui vive de tout l’immeuble. Du moins c’est ce qu’il croit, jusqu’au jour où il rencontre la mystérieuse Kei, elle aussi résidente de l’immeuble. Un soir, l’étrange locataire se présente à sa porte, une bouteille de champagne à moitié vide à la main, à la recherche d’une certaine compagnie, mais Hideo ne la laisse pas entrer, préférant sa solitude.

Le temps passe et, le jour de son anniversaire, Hideo est poussé par l’envie soudaine de retourner dans le quartier populaire de son enfance à Asakusa. Hideo se replonge dans ses souvenirs et, en entrant dans un bar, il fait la rencontre d’un homme ressemblant trait pour trait à son père. Surpris, Hideo suit cet homme qui l’invite chez lui et, de nouveau, l’impensable se produit : la femme de l’homme en question est elle aussi l’exact sosie de sa mère décédée.

Passé l’effet de surprise, ce jeune couple semble bien être les parents d’Hideo Harada. Le héros renoue alors des instants de vie avec ses parents dont il n’avait jamais pu véritablement faire le deuil.

Entre temps, pris de remords d’avoir laissé sa voisine Kei à la porte le soir où elle semblait avoir besoin de compagnie, il l’invite à plusieurs reprises chez lui et ils deviennent amants. Tout irait alors pour le mieux, dans la vie de cet homme qui sort peu à peu de son isolement, si Kei ne semblait pas si effrayée de le voir maigrir. En effet, même si Hideo ne perçoit aucun changement dans la glace, ses visites fréquentes chez ses parents décédés semblent causer des dommages à son apparence et à sa santé. Mais cela importe peu à Hideo qui ne peut lutter contre l’attrait des moments volés de son enfance au contact de ses parents, retrouvant ainsi l’affection et le confort familiaux.

Néanmoins, voyant la peur toujours plus grande dans les yeux de sa compagne, Hideo finit par avouer son secret à Kei. Cette dernière, pensant alors qu’il risque de mourir à vieillir si brutalement, l’oblige à ne plus fréquenter ses parents. Dès lors un vrai dilemme s’installe pour le narrateur : choisir entre son présent, sa nouvelle vie tournée vers Kei, ou se réfugier dans le passé, synonyme de mort mais de réconfort auprès de ses parents.

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Une atmosphère étrange

« Le bruit assourdissant des camions sombra au fond de ma conscience, celui du climatisateur s’estompa aussi, et, par moments, je ne distinguai plus que le tic-tac de l’aiguille des secondes de l’horloge murale. Puis à nouveau ce silence trop pesant. »

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une atmosphère inquiétante. Le personnage est désabusé, presque dépressif : « j’avais l’impression de n’être fait que d’eau et d’indifférence. »

Silence oppressant, solitude du personnage, immeuble vide, femme étrange... Ces différents éléments pourraient aisément planter le décor d’un film d’horreur. Pourtant, même si par la suite il est question de revenants, de secrets inavoués, rien n’est franchement effrayant. Tout se passe comme si Harada flottait entre deux mondes, celui du réel et celui de l’irréel, sans pouvoir s’accrocher à aucun d’eux.

Le basculement vers le surnaturel est progressif. Le narrateur se questionne, allant jusqu’à se perdre dans des réflexions métaphysiques sur l’existence de ses parents. L’acceptation du surnaturel se fait progressivement avec quelques hésitations par moments, par exemple quand le narrateur se reprend : « Ma mère. Cette femme qui me rappelait ma jeune mère ». Puis Hideo tente de rationaliser le phénomène qu’il vit comme une hallucination intense provoquée par la solitude et le chagrin enfoui :

« Pour des parents de trente et quelques années, un fils de quarante-huit ans appartient au monde de l’irréalité, mais si les hallucinations autorisaient ce genre de choses je ne demandais qu’à m’y abandonner. »



La fête des morts

Dans le récit, la fête des morts est évoquée :

« Les volets des maisons sont fermés. Jusqu’au 17, c’est complètement désert. – Je réalisai alors que pendant la fête des morts qui commençait le 8 août, il n’y avait personne à Tokyo. »

La fête des morts ou O-Bon est un festival bouddhiste japonais qui existe depuis plus de 500 ans, et qui fut importé de Chine. Ce festival honore les esprits des ancêtres. Au fil des ans, cette fête religieuse s'est transformée en un jour férié consacré à la réunion de famille, durant laquelle les gens des grandes villes retournent à leur ville natale et s'occupent des tombes de leurs ancêtres.

 

 

Rituels

Pour guider les âmes des morts pendant la journée, des lanternes sont allumées devant chaque maison. La partie la plus importante du rituel est l'offrande de nourriture qui est le symbole du partage. Cette fête, bien que religieuse et grave, est l'occasion de réunions joyeuses. (Source : Wikipédia)


Cette référence à la culture japonaise peut donner quelques clés d’interprétation lorsque Hideo retourne dans sa ville natale ou encore lorsqu’il apporte de la nourriture à ses parents. De plus, l’apparition des parents d’Hideo coïncide avec la fête des morts.



Conclusion

Le va-et-vient progressif entre d’une part le réel, le rationnel et d’autre part le surnaturel laisse dans un premier temps planer le doute sur les causes de ces événements : pure invention de l’esprit prolifique du narrateur-scénariste ? Entités inventées sous les effets de l’alcool ? Ou bien le narrateur est-il tellement éloigné des vivants que s’est ouverte une porte par laquelle les morts peuvent passer le jour de la fête O-bon ? Le style laconique laisse place au début à plusieurs interprétations.


Par ailleurs, les doutes du narrateur permettent au lecteur de tracer son portrait psychologique. On comprend les liens qui ont façonné la personnalité d’Hideo et combien sa vie fut affectée par la mort de ses parents puisque de nouveau à leur contact s’opère un véritable changement : il devient plus sociable, plus efficace dans son travail, allant jusqu’à renouer contact avec son fils.


Présences d’un été est un roman court où s’entremêlent le surnaturel et le réalisme des sentiments. Les dernières pages sont de loin les plus marquantes puisque la tension monte d’un cran, les scènes deviennent quasi cinématographiques, et le malaise s’intensifie… Tant et si bien qu’une fois la lecture achevée, l’ambiance puissante de mélancolie plane encore sur le lecteur.

 

 

 

Élise, A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 07:00

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Carlo FRABETTI
Calvino-Calvina
Titre original : Calvina
traduit de l'espagnol
par Faustina Fiore
éditions Les Grandes Personnes, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

Le livre s'ouvre sur Lucrecio, un petit délinquant qui projette de cambrioler une vieille maison. Au premier abord, l'opération ne semble pas risquée puisque la maison est censée être inoccupée comme son complice le lui a assuré. Bien que ce dernier soit en retard, Lucrecio se risque seul dans le jardin et trouve une fenêtre entrouverte. Le cambriolage parfait, pense-t-il, en se félicitant tout bas. Oui mais voilà, la lumière s'allume brusquement et devant lui se tient un petit garçon à l'allure étrange. Il a une dizaine d'années, se présente sous le nom de Calvino et, détail incongru, il a le crâne rasé... mais a priori pas de quoi inquiéter le cambrioleur. Cependant la situation va très vite basculer : Calvino semble tout connaître de sa vie… et voilà Lucrecio forcé de négocier avec un enfant ! Celui-ci lui propose un marché : Lucrecio devra jouer le rôle du père de Calvino, à qui il ressemble étrangement et en échange le garçon n'appellera pas la police.

C'est le début d'une histoire rocambolesque avec des rebondissements plus improbables les uns que les autres. Tout au long du livre, les apparences se révéleront trompeuses et les questions vont s'accumuler : Calvina ou Calvino, qui est cet enfant ?  Garçon ou fille ? Est-il fou/folle ou menacé(e) par un grave danger ? Pourquoi le cadavre congelé dans le garde-manger disparaît-il puis revient-il à la vie ? Et quel est cet étrange endroit appelé asile-bibliothèque ?

Lucrecio va subir les événements, allant de surprise en surprise pour finalement se trouver au cœur d'un mystère familial auquel il n'est pas si étranger que cela.

De toute façon, une chose peut en être une autre, ou même les deux à fois. Mais alors la vérité est-elle si importante ?

 

Si Calvino-Calvina est un livre  jeunesse très divertissant, aux multiples rebondissements, avec un style d'écriture vif qui s'adapte impeccablement à la folie des événements, ce livre cache aussi une réelle réflexion. Le lecteur peut choisir de passer à travers comme il peut s'y arrêter. C'est pourquoi cette œuvre peut aussi bien être lue par des enfants que par des adolescents ou des adultes. Les premiers liront Calvino-Calvina comme un agréable divertissement alors que les seconds pourront y trouver une analyse sur le rôle du livre et de l'imagination. En effet, l'auteur lance des pistes de lecture et de réflexion qui parsèment l'intrigue sans jamais imposer un point de vue unique.



Une histoire rocambolesque et des personnages décalés.

L'étrangeté de l'histoire est liée à l'improbabilité des personnages. Ceux-ci possèdent des caractéristiques assez communes mais qui ne sont pas exploitées « normalement » par l'auteur. En effet, l'horizon d'attente du lecteur est sans cesse mis à mal. Les événements que le lecteur attend – parce qu'il a l'habitude de les trouver dans d'autres livres – sont remplacés par d'autres plus surprenants. On est entraîné de rebondissement en rebondissement avec une question dont la réponse devient de moins en moins évidente au fur et à mesure de la lecture : comment tout-cela peut-il finir ?

Le traitement des personnages relève presque de la parodie. Pour commencer, Lucrecio pourrait être le personnage type du petit délinquant qui vole pour subvenir aux besoins de son unique fille. Cependant, celle-ci n'est mentionnée qu'une fois et n'est jamais invoquée pour justifier ses actes et redorer son image, comme on aurait pu s'y attendre. Lucrecio n'a aucune profondeur psychologique ou intellectuelle : il pose des questions mais ne fait jamais de déductions logiques et ne fait preuve de lucidité à aucun moment de l'intrigue. La résolution de l'énigme se fait par une succession d'événements sur lesquels il n'a aucune prise. Par exemple, après avoir touché un visage dans l'armoire de la chambre, il se jettera sous le lit où il restera tremblant de peur jusqu'au lendemain. Le « rat », comme on le surnomme, n'est absolument pas un personnage crédible ou attachant : c'est clairement un « être de papier » créé de toutes pièces par l'auteur pour nous faire voyager dans ce livre. En effet, cette absence de crédibilité n'est absolument pas gênante pour le lecteur puisque Lucrecio est simplement le reflet des questions que se pose le lecteur et qui nous permet de découvrir l'univers de Calvino-Calvina.

Calvino-Calvina quant à elle/lui est le mystère du livre. A la fois fille et garçon, selon les circonstances, cet enfant a la maturité et le comportement d'un adulte. Il semble gérer la situation, ou du moins essayer, avec une détermination et une autorité qui devraient revenir à la figure du père, totalement absente de ce livre. Tout comme Lucrecio, ce personnage n'a pas de profondeur psychologique ou sentimentale. Calvino pourrait être une figure pathétique : il semble n'avoir ni père ni mère, ne va pas à l'école et a besoin de monter une machination pour que Lucrecio joue le rôle de son père. Mais l'auteur rend simplement ce personnage un peu antipathique : le lecteur, tout comme Lucrecio, ne peut pas avoir d'avis tranché sur lui du fait de son étrangeté et de sa « non-crédibilité ».

La mère de Calvino n'échappe pas à cette absence de crédibilité : elle apparaît plusieurs fois comme dangereuse mais aussi, à plusieurs reprises, comme une femme charmante.  Lucrecio la croit morte puis la voit devant lui. Finalement, elle est, tout autant que les autres, source d'éternelles questions.

Les autres personnages sont exagérément étranges, allant du géant déguisé en nain à l'infirmière-bibliothécaire, mais cette invraisemblance n'est pas gratuite : elle permet l'introduction des thèmes de l'illusion, de le dualité et de la perte d'identité.



Comment les thèmes de l'illusion, de la dualité et de l'identité viennent-ils renforcer l'improbabilité des personnages et perdre le lecteur ?

« – Deux choses distinctes sont nécessairement une chose ou une autre – ou une troisième ! décréta Lucrecio.

– Vous oubliez une possibilité mon cher, objecta Emelina [la bibliothécaire]. Ce pourrait être à la fois une chose et une autre.

–Ou la première chose et la troisième, ou la deuxième et la troisième, ou les trois à la fois, renchérit Calvino. »

Rien n'est ce que l'on croit, et même dans la construction du livre les choses se confondent : le dernier chapitre s'appelle l'épilogue-prologue par exemple. Tous les chapitres sont duels, on trouve le jardin-jungle, le loup-chien, la morte-vivante, le clou-clef, etc.

Lucrecio, avec un esprit très cartésien, est gêné par cette dualité de l'identité, c'est pourquoi il demandera : « Et ce n'est pas désagréable d'être plusieurs personnes à la fois ?  ». Il obtient alors la réponse suivante : « […] ce qui serait désagréable, ce serait d'être éternellement enfermé dans une identité unique. » Le lecteur est donc prévenu : il lui sera difficile de démêler la vérité de l'illusion, si tant est qu'il existe une unique vérité.

Il faut noter quand même que malgré toutes ces étrangetés et le fait que l'auteur ne cache pas que c'est une histoire « prétexte », le lecteur n'est pas perdu dans un monde fantastique ou un univers parallèle. Les mécanismes du récit ressemblent à ceux d'un roman policier anglais (un peu à la Hercule Poirot) même si ce n'est pas par des déductions mais par de simples questions que Lucrecio arrive à trouver le fin mot de l'énigme. À la fin, tout, ou presque, est expliqué et résolu avec des raisonnements logiques et rationnels. La folie, elle-même, est justifiée. Mais le lecteur sent bien que ce n'est pas là l'enjeu de l'ouvrage.



Des pistes de lecture et de réflexion viennent donner une réelle profondeur au livre.

Les références aux classiques de l'enfance sont nombreuses dans ce livre. Les titres évoqués sont toujours liés à un événement ou à un personnage. Quand Lucrecio touche un visage dans l'armoire, l'auteur écrit : « Lucrecio frissonna en repensant aux histoires du Monde de Narnia, qui l'avaient beaucoup marqué, petit ». Le loup-chien de Calvino, appelé Loki, rappelle Croc-Blanc dans le roman de Jack London. Calvino expliquera d'ailleurs à Lucrecio qu'il faut déguiser Loki en chien pour sa promenade.

L'essentiel des références à d'autres œuvres est fait dans un lieu appelé l'asile-bibliothèque qui est le prétexte à une réflexion sur le rôle du livre et de l'imagination. On peut y trouver Ulysse, le Vaillant Petit Tailleur, le Chapelier fou, Italo Calvino (un auteur italien), le Baron perché discutant avec Tarzan, le Vicomte pourfendu, Cyrano, la fée Clochette... et bien d'autres encore.

 

L' asile-bibliothèque

Lucrecio trouve tout d'abord ce lieu très étrange :

« – Mais alors, c'est un asile de fous ou une bibliothèque demanda Lucrecio, perplexe.

– Quelle est cette manie de toujours vouloir trancher ? Ce n'est pas forcément soit une chose, soit une autre. »

Emelina, la bibliothécaire décrit ce lieu comme un asile spécialisé dans les livres ambulants, c'est-à-dire d'adorables aliénés qui se prennent pour des personnages littéraires ou même des œuvres entières. Emelina est un personnage « initiatique » qui va être à l'origine de discussions portant par exemple sur la différence entre une œuvre, un auteur et ses personnages :

« – Mais un auteur n'est pas ses personnages ! objecta Lucrecio. Andersen, le vrai, s'identifiait peut-être au Vilain Petit Canard, mais je doute qu'il ait eu quelque chose à voir avec la Petite Sirène !

– C'est discutable. Dans une certaine mesure, d'une certaine manière, un auteur est tous ses personnages et, quand il écrit un livre, il est ce livre, car ce livre lui emplit l'esprit à longueur de temps. Et même si ce n'était pas le cas, nous ne connaissons les auteurs que par leurs œuvres, donc nous ne pouvons pas nous identifier à leurs rages de dents ou à leurs problèmes de voisinage : nous nous identifions à leurs personnages... »

L'aliéné qui se prend pour Napoléon dira qu' « un livre est un plan à partir duquel notre imagination peut construire bien plus qu'une maison [...] mais que le monde que chaque lecteur se bâtit mentalement à partir de ce livre-plan est infini ; il contient tout ce qui se trouve dans le livre, et bien d'autres choses encore […] »

La pharmacie-librairie est aussi le prétexte à une réflexion sur le rôle que joue la lecture dans une vie. Elle explique par exemple que « les enfants aiment réentendre indéfiniment les mêmes contes pour vérifier qu'ils ont retenu et mis les événements dans le bon ordre ; en plus d'apprécier l'histoire, cela les rassure de voir qu'ils s'en souviennent et la comprennent [...] ».

Je pourrais encore citer de nombreux passages où le monde de la fiction est questionné comme le passage sur le cinéma-dortoir (qui propose des onirothérapies) qui est l'occasion d'une analyse de la différence entre film et livre.

Si les personnages et l'intrigue peuvent sembler loufoques voire trop plats ou encore inintéressants à certaines personnes, celles-ci sauront sûrement apprécier la façon dont l'auteur questionne le monde de l'imagination et du livre, allant jusqu'à intégrer ses récentes évolutions comme le montre la présence du livre numérique (sur laquelle je ne m'étendrai pas pour ne pas dévoiler le dénouement).



À ceux qui n'ont pas peur d'être confrontés à l'absurde, à l'incompréhension ou à des personnages auxquels ils ne peuvent s'identifier, je conseille ce livre, ne serait-ce que pour découvrir ces incroyables lieux que sont l'asile-bibliothèque et la librairie-pharmacie.


Émilie Pesou,1ère année Éd.-Lib.

 

 

 


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Published by Emilie - dans jeunesse
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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 07:00

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Camille JOURDY
Rosalie Blum
Tome 1: Une impression de déjà-vu, 2007
Tome 2: Haut les mains, peau de lapin !, 2008
Tome 3: Au hasard Balthazard !, 2009

Coffret, 2009

Actes Sud
Collection Actes Sud BD



 

 

 

 

 

 

 

Rosalie-Blum-tome1_1.jpg

 

 

 

Tome 1: Une impression de déjà-vu.

Vincent a 30 ans, un chat, une mère folle et possessive qui habite à l'étage, une petite amie qui vit loin, un cousin coureur de jupons et un salon de coiffure. « Une petite vie simple, triste, sans projet... »
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Jusqu'au jour où il rencontre cette épicière : Rosalie Blum. Il ressent comme « une impression de déjà-vu... »

« Mais où ? Quand ? Impossible de me rappeler qui elle était. Je n'arrivais même pas à associer de souvenirs à son visage. Ça m'a travaillé sur tout le chemin du retour. C'est le genre de choses qui m'agace. »

Qui est Rosalie Blum ? Vincent va chercher à percer ce mystère. Elle va devenir son obsession. Il va se mettre à la suivre partout où elle se rend : dans une libraire, au cinéma, dans un bar... Il va même jusqu'à la poursuivre devant chez elle.

Un jour, le téléphone sonne dans le salon de coiffure de Vincent. Rosalie Blum souhaiterait se faire couper les cheveux...

 


 

Rosalie-Blum-tome1_3.jpg

 

Rosalie-Blum-tome2_1.jpgTome 2 : Haut les mains, peau de lapin !

Aude a la vingtaine, un « kolocataire » loufoque, des amies dévouées, une tante solitaire. Elle cherche du travail mais lorsqu'elle en trouve, elle ne s'y rend pas.

« Je crois que plus on ne fait rien, plus on ne fait rien... Je veux dire... La fainéantise engendre la fainéantise... Et la lenteur engendre la lenteur. »

Jusqu'au jour où sa tante lui demande un service. Aude doit prendre en filature un homme qui suit sa tante et découvrir qui il est et pourquoi il la suit. La tante d'Aude se nomme Rosalie Blum. Et cette homme n'est autre que Vincent.

Vincent est ici pris à son propre jeu. Il est vu comme un psychopathe par Aude et ses amies. Elles vont vite se rendre compte qu'il n'a aucune mauvaise intention. Mais le mystère reste entier : pourquoi suit-il la tante d'Aude ?

Un jour, Rosalie décide de prendre un rendez-vous chez le coiffeur, chez Vincent. Elle veut savoir qui il est.

Dans ces deux premiers tomes, c'est en miroir que se déroulent les deux histoires. Deux histoires qui ne font en fait qu'une.

 Rosalie-Blum-tome2_2.jpg



Rosalie-Blum-tome3_1.jpg

 

 

 

Tome 3 : Au hasard Balthazard !

Ce dernier tome débute où les deux premiers se terminent. Rosalie et Vincent se retrouvent dans le salon de coiffure de Vincent. Gênés, ils ne vont pratiquement pas s'adresser la parole.

Par la suite, Vincent, Rosalie et Aude vont se recroiser. Ces trois solitaires vont apprendre à se connaître.

Si vous voulez résoudre le mystère qui entoure le passé de Rosalie Blum, il faudra suivre cette histoire jusqu'à la fin.

 

Rosalie-Blum-tome3_2.jpg

 

 

 

Quelques mots sur l'œuvre

Camille Jourdy photographie des scènes de la vie quotidienne à travers cette trilogie. D'une certaine façon, on se retrouve dans les personnages : lorsqu'ils prennent leur petit déjeuner, lorsqu'ils se rendent au marché ou lorsqu'ils vont au cinéma.

On déambule dans les rues avec les personnages.

Une part d'irréel est aussi présente dans cette œuvre. On s'introduit dans les rêves des personnages.

Camille Jourdy sait marier les couleurs avec les sentiments. Le dessin est net et très coloré.

La seule vue de la couverture nous incite à plonger à l'intérieur du livre et à découvrir qui est Rosalie Blum...


E.P., 1ère année Bibliothèques-Médiathèques

Pour en savoir plus sur Camille Jourdy et ses œuvres, voir son blog : http://camillejourdy.canalblog.com/

 

 

 

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