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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 07:00

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Bernard LENTERIC
La nuit des enfants rois
Olivier Orban, 1981
LGF/Livre de poche, 2001
Réédition Numéro 1, 2011







 

 

 

 

 

 

 L'auteur en quelques mots
 
Bernard Lenteric est un écrivain français né à Paris en 1944 et décédé en 2009. Il exerce de nombreux métiers avant de se tourner vers la littérature. Son premier roman, La Gagne, sort en 1980 ; il acquiert une certaine notoriété en 1981 avec La nuit des enfants rois. Ce livre sera qualifié de « best-seller » en France et fera l'objet d'une adaptation cinématographique en 2010.

La bibliographie de Bernard Lenteric se compose d'une quinzaine de livres publiés chez divers éditeurs tels que Olivier Orban, Lattès, Plon.



Résumé
 
Jimbo Farrar informaticien de génie et surdoué de surcroît semble être la personne désignée pour mener à bien le projet de la fondation Killian. Ce dernier consiste à débusquer, dès la maternelle, des enfants qui présenteraient des capacités intellectuelles bien supérieures à la moyenne. Pour cela, Jimbo, aidé de son super ordinateur nommé Fozzy, traque et teste tous les enfants des États-Unis. Malgré des investissements financiers considérables, ce projet semble stérile jusqu'au 18 juin 1971 « et il est 10 heures du soir quand ça arrive ».

Sept écrans, sept dessins. Aucun ne ressemble pourtant aux autres. Jimbo est assailli par un malaise grandissant. Lorsqu'il ordonne à Fozzy de superposer les gribouillages et qu'il découvre les mots « WHERE ARE YOU ? » sur l'écran, il sait qu'il vient de faire une découverte qui dépasse l'entendement. Ces sept enfants ont entre quatre et cinq ans, ils sont dispersés aux quatre coins des États-Unis et ne se sont jamais rencontrés... Pourtant, un lien inexplicable les unit. Durant dix années, Jimbo Farrar rencontrera chacun d'eux à l'occasion d'une visite annuelle. À l'exception des phrases « Vous n'êtes pas seuls. Vous êtes sept » prononcées la première année, ses visites se résumeront à un regard, une sorte de piqûre de rappel. S'enclenche alors un compte à rebours avant que les Sept soient réunis à l'occasion d'une distribution de prix organisée par Killian Incorporated. Tout aurait pu laisser place à un bonheur parfait, celui d'être enfin ensemble ; pour la première fois de leur vie, ils se sentent entiers et apaisés. Fini la solitude et le mensonge. Plus besoin de paraître pour rester dans une invraisemblance acceptable. Ils peuvent être ce qu'ils sont réellement : de purs génies, bien plus intelligents que tous les autres, à eux sept ils ne font qu'un. « Ils sont un seul esprit, une seule volonté. »

Hélas ! la nuit de leur rencontre sera aussi celle de leur basculement dans la violence. Battus, violés et blessés, ils sortiront de cette expérience pleins de haine et de besoin de vengeance. Les Sept sont désormais des meurtriers en puissance. Le monde leur appartient ; il ne tient qu'à eux d'en prendre possession. Jimbo l'a compris, rien ne pourra les détruire, excepté celui qui les a créés. Lui. Jimbo. Tiraillé entre amour et admiration, il devra choisir son camp. S'il n'est pas avec eux il est contre eux. Il n'y a pas d'alternative.



Un roman plein d'inquiétude
 
Paru en 1981, ce roman met en scène un monde qui évolue en permanence, engagé dans une course stimulée par l’émergence de l'informatique et la rapidité du progrès technique. Le personnage principal, Jimbo Farrar, est le représentant de la génération qui arrive. Il est plongé au cœur de l'informatique à tel point que son ordinateur subit une personnification sans égal :

« On l'avait baptisé Fozzy. Il était tellement ultraperfectionné qu'il pouvait parler avec une vraie voix humaine, en imitant par exemple Cary Grant dans Philadelphia Story, Judy Garland dans A star is born ou Dustin Hoffman dans Macadam Cowboy. Et, mieux que cela, si on lui posait une question stupide, il était capable de réponses encore plus stupides. Plus ultraperfectionné que cela, c'est difficile. Et naturellement, quand cela arriva, il parlait avec Jimbo Farrar. »

Il me semble presque naturel de dire que Fozzy est un des protagonistes de l'histoire. C'est lui qui trouvera les Sept, qui sera le lien entre eux et Jimbo. Ce rôle accordé à l'ordinateur n'est pas anodin. Il traduit cette inquiétude ambiante face au progrès technique, à la méconnaissance de son influence sur l'homme, la société et l'économie.

Ce roman est une sorte de mise en garde contre la faiblesse de l'informatique malgré sa toute puissance apparente. Les Sept symbolisent cet aspect de la pensée. Bien qu’ils semblent indestructibles, les failles existent.

La nuit des enfants rois, c'est aussi un roman de l'adolescence et de ses conséquences sur le passage à l'âge adulte. Cette transition est également abordée d'une façon très noire. Les Sept sont au cœur de la violence générée par leur changement de statut, caractérisé par le passage de l'adolescence. Cette période est marquée par une haine destructrice qui va les mener jusqu'au meurtre. Ce passage, considéré comme « difficile » dans une vie humaine, est ici amplifié, dilaté jusqu'à être complètement destructeur. Le trauma généré par la nuit de viol et de passage à tabac déclenche le processus de transition. L'enfance est à jamais quittée mais ils ne veulent pas être adultes. Comme les Sept sont des génies, leur « crise » d'adolescence ne sera pas ordinaire. Pleins de haine et de rancœur, ils décident de voler des millions. Ils ne reculent devant rien et éliminent tous ceux qui approchent de la vérité.



Construction et écriture
 
Le roman se divise en huit chapitres eux-mêmes découpés en sous-chapitres. Cela donne un rythme particulier qui laisse plus de place à l'action qu'à la profondeur des personnages. Les Sept sont considérés comme une seule et même entité. Dans cette idée, Lenteric n'a pas étoffé sept personnalités différentes. On ne connaît pas bien leurs noms, excepté celui de Liza. Le lecteur a accès à son intériorité car elle sera une sorte de clé pour le dénouement final. Les enfants sont nommés « les Sept ».

Jimbo est marié à Ann. On n’a d'elle qu'une brève description très synthétique, presque comme une fiche technique :

« Ann vient d'achever des études de journalisme et de droit. Elle peut occuper un poste dans un journal de Denver avec d'autant plus de facilités que le journal appartient à la famille, comme pas mal de choses dans le Colorado. Elle peut aussi partir pour Los Angeles ou New York, ou pour l'Europe. Pas de problèmes. Et, si elle veut entrer dans la télévision, ABC, NBC ou CBS, aucune difficulté. L'oncle Harold leur verse assez d'argent en publicité. […] Ann Morton est blonde et grande. À trois reprises, les gens de Playboy sont venus lui demander de poser dans leur page triple du milieu, vêtue en tout et pour tout d'une rose entre les dents. Elle a failli dire oui à la seule fin d'emmerder Mme veuve et l'oncle Harold. Elle a dit non. »

Cet extrait à propos d'Ann est très représentatif des descriptions qui jalonnent le roman. Ce qui est important, c'est l'action et surtout l'inquiétude face à la société qui se développe. Les personnages n'ont pas besoin d'être profonds, le lecteur n'a pas de temps à perdre dans les méandres de leurs pensées ; ce qui prévaut, c'est l'intrigue.

Seul le personnage de Jimbo a une réelle profondeur. On le suit, lui et ses doutes. C'est une sorte de géant au cœur tendre. Le lecteur apprend peu à peu à le connaître à travers ses réflexions sur les Sept et la conduite à adopter à leur égard.
 


Avis personnel
 
La nuit des enfants rois est un roman de fiction et d'action. Il est très rapide à lire ; c'est un choix qui est accentué par la mise en page. On peut lui reprocher le manque de profondeur de certains personnages qui mériteraient un peu plus d'attention et la rapidité de la fin. J'aurais d'autant plus apprécié le roman si cette dernière avait dérogé à la règle de la vitesse pour nous accorder quelques pages de plus. Malgré ces quelques petits reproches, qui semblent être partagés par de nombreux lecteurs, je ne me lasse pas de ce roman. Il réussit à mettre en scène des personnages entre fiction et réalité. De telles intelligences confinent à la folie et pourtant les Sept sont attachants. Jimbo Farrar réussit à nous faire douter avec lui de la nécessité de les détruire. C'est aussi une critique, enfin plutôt une mise en garde, contre le progrès et ses effets. Ce roman s'inscrit contre l'idée générale de l'époque qui veut que la technique soit salvatrice. Il montre qu'elle peut être utilisée contre l’homme même si son but premier était de l’assister. Qu'elle peut même échapper à tout contrôle à travers une poignée de leaders. Jimbo soulève cette question en s'interrogeant sur les hommes qui ont marqué l'histoire et la conjoncture des événements qui a favorisé leur montée en puissance.

Il me semble que ce roman convient aussi bien aux adolescents qu'aux adultes. Les uns et les autres n'y verront pas les mêmes intérêts mais finalement chacun y trouve son compte.


Margaux, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 


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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 07:07

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Aurélia AURITA
Fraise et Chocolat
Les Impressions Nouvelles, 2006




 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l’auteur

Aurélia Aurita, de son vrai nom Hakchenda Khun, souvent raccourci en Chenda, est née en 1980 en région parisienne. Son pseudonyme désigne le nom latin d’une espèce de méduse, la méduse commune, ou méduse bleue. Parallèlement à des études de pharmacie, elle a publié ses premières histoires courtes dans Fluide Glacial. Puis en 2001 elle publie Angora, livre sensuel et troublant, qui est immédiatement remarqué par la critique. Invitée à participer à l’ouvrage collectif  Japon, paru fin 2005 simultanément en français, en japonais et en cinq autres langues, elle se rend une première fois dans l’Archipel. C’est le coup de foudre. C’est à Tokyo qu’elle réalise les pages de Fraise et Chocolat. Paru en français en mars 2006 puis en quatre autres langues, l’ouvrage reçoit un accueil chaleureux de la critique et du public. En 2007 paraît Fraise et Chocolat 2, suivi de Je ne verrai pas Okinawa en 2008, qui raconte les déboires de l'auteure avec les services d'immigration japonais. Tenue d'écourter son séjour, la jeune dessinatrice rentre définitivement en France début 2008, et s'installe discrètement dans les Vosges aux côtés de son compagnon Frédéric Boilet. Aurélia Aurita publie par la suite en 2009 Buzz-moi, qui retrace de manière vive et drôle comment elle vécut ce tourbillon suscité par le succès de ses albums.



Le livre

Fraise et Chocolat s’inscrit à mi-chemin entre le journal intime, le carnet de croquis, la bande dessinée et le manga. On y découvre Chenda, une jeune dessinatrice de 25 ans qui se rend au Japon et y rencontre Frédéric Boilet, de 20 ans son aîné, lui aussi auteur de BD (L’Épinard de Yukiko). Il s’agit donc d’un récit hautement autobiographique. Ce qu’on découvre dans Fraise et Chocolat, c’est l’histoire d’amour qui a lieu entre Chanda et Frédéric, le tout agrémenté de nombreuses scènes érotiques, où le sexe est abordé de manière fraîche et décomplexée.

Aurelia-Aurita-Fraise-et-chocolat-planche.jpg

Le style

Le dessin, très simple, est esquissé à traits rapides ce qui évoque un carnet de voyage, comme si la narratrice avait croqué des scènes pour elle-même (cela n’a rien d’étonnant puisqu’elle s’est inspirée de ses carnets de croquis comme matière première du livre). Cette simplicité suffit pourtant à évoquer les sensations éprouvées et à créer une véritable ambiance. Elle s’exprime sur ce style : « j’accorde plus d’importance à l’expressivité d’un dessin qu’à son esthétique. Je souhaite avant tout que le lecteur comprenne l’histoire, plutôt qu’il ne s’attarde sur une illustration. »



L’écriture de soi ?

Il est intéressant de noter que malgré l’évidence autobiographique, l’auteur se distingue de son personnage. Dans un entretien accordé au site actuabd, elle déclare :

« En tant que travail basé sur la vie réelle, l’autobiographie nécessite une grande vigilance et une responsabilité envers les gens dont on parle. Il faut parfois faire des aménagements pour préserver son entourage. Mais avec de la complicité et du dialogue, tout devient beaucoup plus simple. »

Plus loin, elle ajoute que l’autobiographie est une forme de fiction puisque :

« Dès l’instant où je mets les personnages en scène, cela devient une fiction. En 192 pages d’un livre, je sélectionne, transforme, réécris et fais des ellipses. Au final, le livre ne raconte qu'une toute petite partie de ma vie... »

Il est vrai qu’au final le lecteur a tendance à plus s’identifier aux personnages et à leurs situations qu’à avoir le sentiment d’être en position de voyeur.

Quant au titre, il fait allusion à deux anecdotes assez cocasses qui, si elles peuvent choquer de prime abord, sont abordée avec tant de drôlerie qu’elles perdent vite leur caractère dramatique. Je laisse aux curieux le plaisir de découvrir par eux-mêmes ce dont il s’agit...



L’accueil de la critique

La critique a salué la démarche d’Aurélia Aurita qui est parvenue à présenter le sexe sans réserve et sans une once de pornographie. On peut lire par exemple que « la BD est sans doute mieux adaptée à la pornographie que les styles plus « photographiques ». En l’allégeant, en la caricaturant forcément, le dessin la rend plus abordable, plus accessible, plus globale et donc moins gênante.

Les raisons de ce succès sont multiples : l’ouvrage est écrit et dessiné par une femme, il change de la vision habituelle qu’on peut avoir de la représentation du sexe en bande dessinée, et à plus forte raison dans le manga. « Pour la première fois dans l’histoire de la bande dessinée européenne, une femme raconte sa sexualité, sans fard. Si cette lectrice d’Anaïs Nin soulève les draps d’un geste large, dévoilant sans pudeur le spectacle de ses expériences les plus intimes, elle fait ainsi la preuve que le sexe peut être graphique sans être porno. » À nous Paris, juillet 2006.



Ce que j’en pense

À travers une histoire personnelle, l’auteur présente en réalité l’histoire de chacun. Sans jamais sombrer dans la vulgarité, elle aborde de façon tendre certains tabous de la vie sexuelle et du couple, avec humour et légèreté. Ce n’est pas sans rappeler Clumsy, de Jeffrey Brown (Ego comme x) qui raconte son histoire d’amour avec pudeur et justesse.

Un deuxième tome est paru récemment. Il est plus concentré sur la relation elle-même, et les doutes qui l’accompagnent, après les premiers émois, l’excitation de la découverte de l’autre. Ludique, joyeux, Fraise et Chocolat est selon moi une véritable bouffée d’air frais dans la représentation de l’amour et des relations, non seulement dans le choix graphique extrêmement dépouillé mais dans la démarche même.


Laura, A.S. Éd.-Lib.



Revue de presse

http://www.aurita.net/fr/aurita-presse.htm
(Entretien du 16 mai 2006 pour le site actuabd.com, en intégralité ici : http://www.actuabd.com/Aurelia-Aurita-Les-recits-autobiographiques-sont-des-fictions-comme-les-autres)

 

 

 


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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 07:00

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Arthur UPFIELD
Le monstre du lac Frome

(The Lake Frome Monster)
Éditeur : 10/18
Collection : Grands Détectives
Traduit de l’anglais par
Michèle Valencia
Date de parution : 1966
Dépôt légal : avril 1995
Nouveau tirage : août 2000

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Arthur Upfield (1888-1964) est issu d’une famille bourgeoise anglaise. Dès son enfance, il est séduit par Sherlock Homes et Sexton Blake. Après une scolarité médiocre sans doute marquée par ses lectures, il est envoyé en Australie à l’âge de 19 ans. Il découvre alors le bush australien, les plaines désertiques et la vie sauvage. Il part faire la guerre en 1914 en France et en Égypte et revient aussitôt après, l’appel du bush se faisant trop pressant. Pendant dix ans, il sillonnera le continent, exerçant ici et là des métiers de tous genres (manœuvre, trappeur, mineur et berger). Il s’établit ensuite comme cuisinier en Nouvelle-Galles du Sud. En 1927, il rencontre un métis à l’histoire peu ordinaire. Fils d’un colon blanc et d’une aborigène exclue de sa tribu pour avoir violé la loi tribale, Léon Tracker est l’un des meilleurs traqueurs de la police de l’État du Queensland. Doté de charme et de bagout, il a reçu une éducation secondaire et transporte avec lui une petite bibliothèque de voyage. Au moment de se quitter, les deux hommes échangent des livres, objets rares et précieux à l’époque et dans la région. Arthur Upfield hérite d’une biographie de Napoléon Bonaparte. C’est ainsi qu’il décide de s’inspirer, pour les livres qu’il est en train d’écrire, des récits de Léon Tracker, de modifier les caractéristiques de son héros qui devient Napoléon Bonaparte, l’un des personnages les plus particuliers de la littérature policière, appelé familièrement Bony par l’auteur.

L’œuvre d’Upfield décrit l’Austalie intérieure des années 1930 aux années 1950. Ses romans connurent un vif succès en Angleterre puis aux États-Unis où l'éditeur Doubleday eut l'idée de publier quelques titres destinés aux soldats américains postés dans le Pacifique ; ces derniers étaient envoyés en permission en Australie et se faisaient ainsi une idée de l'environnement qui les attendait là-bas.

C’est en 1943 que ces romans furent publiés pour la première fois aux États-Unis ; il put enfin jouir d'une certaine sécurité financière et se consacrer entièrement à l'écriture de romans policiers.

À l’inverse, il fut longtemps snobé par le milieu littéraire australien en raison de son intérêt pour les aborigènes et leur culture. En 1948, Upfield mit à profit l'intrigue d'Un écrivain mord la poussière pour se moquer de l'intelligentsia australienne.

Arthur Upfield mourut le 13 février 1964. La rédaction du roman auquel il travaillait, Le monstre du lac Frome, resté inachevé fut confiée à J.L. Price et Dorothy Stange.L'ouvrage fut publié en 1966.



C’est en 1991 que ses romans parurent en France grâce à Tony Hillerman qui fit découvrir le genre à Jean-Claude Zylberstein, directeur de la collection Grands Détectives aux éditions 10/18.

Tony Hillerman a vu en Arthur Upfield le pionnier du polar ethnologique et dira à propos de l’auteur :

« C’est lui qui m’a montré comment l’ethnologie et la géographie peuvent être utilisées dans une intrique et comment ces disciplines peuvent enrichir le roman policier. »

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L’histoire

Un employé de Quinambie retrouve le cadavre de Maidstone, un photographe qui faisait un reportage sur les animaux s’abreuvant la nuit au bord des lacs. Cela faisait deux jours qu’il était sur l’exploitation et sa mort paraît mystérieuse. L’inspecteur Bonaparte va donc mener l’enquête dans cette région désertique de l’Australie, près de Broken Hill.

Napoléon Bonaparte est un inspecteur de police métis quinquagénaire (fils d’un père blanc et d’une mère aborigène). Cette caractéristique fait de lui un être marginal car il appartient à deux sociétés. Il a longtemps vécu dans sa tribu et des marques d’initiations sont visibles sur son dos, traces qui lui permettent d’être identifié par les aborigènes des autres tribus.

« Une chose était claire, Bony était à moitié aborigène, et dans sa personnalité, cette moitié était bien plus forte que la moitié blanche. Il pouvait donc, autant que les aborigènes de sang pur, être victime de certaines pratiques. »

Homme très instruit, il est diplômé de l’université du Queensland. Afin de mener à bien cette enquête, il se fait embaucher comme employé dans l’exploitation de Quinambie et prend un nom d’emprunt afin de ne pas se faire repérer. Son emploi consiste à réparer la clôture destinée à éloigner les animaux indésirables comme les coyotes. Tout en effectuant les tâches qui lui sont demandées, il interroge un à un les divers employés de l’exploitation. Les témoignages se recoupent, sont plus ou moins précis, des dates changent du jour au lendemain, des événements sont omis. L’enquête s’avère difficile, les preuves sont peu fournies et fiables, le travail sur l’exploitation est rude. De plus, un mystérieux monstre rôde dans la région du lac Frome et terrifie les aborigènes. Un élément de plus qui va ralentir la progression de notre inspecteur.



Le polar ethnologique

C’est un sous-genre de la littérature policière, particulièrement intéressant car il mêle enquête policière et culture d’un peuple.

Dans l’œuvre d’Arthur Upfield, la culture aborigène est le pilier central des enquêtes de l’inspecteur Bonaparte. Grâce aux descriptions approfondies des paysages, des coutumes et du comportement du personnage principal, l’auteur nous révèle petit à petit des caractéristiques de cette culture.

Les policiers font souvent appel à des traqueurs. Ce sont des aborigènes qui suivent, grâce aux empreintes laissées par les animaux ou les hommes, le chemin effectué par ces derniers. À partir de ce travail préliminaire, les policiers ont commencé à émettre diverses hypothèses pouvant élucider le meurtre du professeur Maidstone.

D’autre part, les aborigènes sont croyants et très superstitieux. Dans chaque tribu il y a un sorcier. Dans Le monstre du lac Frome, Charlie le Dingue, le sorcier de la tribu du chef Moïse, va lancer un sortilège sur Bony afin qu’il perde le fil de ses pensées et ne puisse découvrir le véritable assassin.

« L’un d’eux, que Bony prit pour Charlie, le sorcier, raclait lentement une petite pierre au dessus d’un morceau d’écorce placé devant lui. Pas un muscle ne tressaillait dans les trois visages, qui auraient pu être sculptés dans la pierre. […] Ayant toujours au cœur la crainte des esprits de l’ombre qu’ils étaient en train d’invoquer, les trois aborigènes s’enfuirent précipitamment. »

L’auteur fait aussi allusion à l’os pointé. Ce « sortilège » consiste à pointer un os sur un individu, vouant ainsi ce dernier voué à la mort. En outre, les esprits ont une part importante dans la magie.

« Il savait parfaitement que la pensée pouvait se transmettre – des cas de télépathie à très grande distance avaient été attestés. Bony savait qu’il n’avait pas rompu les liens avec la race aborigène et croyait encore fortement qu’un homme mourait quand l’os était pointé sur lui. »

Pour communiquer à longue distance, les aborigènes font des signaux de fumée ou utilisent la télépathie. Ce concept peut nous paraître ridicule mais il est néanmoins majeur dans cette culture.

 

 

 

Mon avis

Ce sous-genre reste peu développé en France et n’a réellement été reconnu que dans les années 1990 grâce à Tony Hillerman. Arthur Upfield dépeint une culture avec ses mythes et ses croyances qui nous sont inconnus. Le personnage de Bonaparte est attachant et on se prend d’intérêt pour l’enquête. De nombreuses descriptions nous permettent d’imaginer les paysages qu’il a sous les yeux. Cette littérature est très agréable car on se prend au jeu de l’inspecteur et on découvre en même temps que lui les indices qui vont nous mener à la vérité. De plus, la culture aborigène est décrite avec beaucoup de précision, on en apprend un peu plus à chaque nouvelle enquête. Je recommande ce livre à tous ceux qui apprécient le genre policier et qui ont envie de découvrir une autre civilisation.


Hélène, 1ère année Éd-Lib

 

 

Le polar ethnographique sur LITTEXPRESS

 

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 Article d'Angélique sur L'Empreinte du renard de Moussa Konaté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Australie du sud sur LITTEXPRESS.

 

David Fauquenberg nullarbor 

 

 

 

Article d'Isabelle sur Nullarbor de David Fauquemberg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 07:00

Murakami-Ryu-Raffles-Hotel.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

MURAKAMI Ryū
Raffles Hotel
Traduit du japonais
par Corinne ATLAN
Éditions Philippe Picquier
Picquier Poche, 2002


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Japonais, né en 1952.

Il a étudié le design à l’université des beaux-arts de Tokyo.

En 1976, il publie son premier roman, Bleu presque transparent, avec lequel il obtient l’équivalent du Goncourt au Japon, le prix Akutagawa. Les critiques ont apprécié le mélange de violence et d’érotisme.

Il passe sa vie entre le Japon et les états-Unis.

À la fois romancier et cinéaste, il a tourné le film Raffles Hotel en 1989 avant d’écrire un roman à partir du scénario.



Résumé et présentation des personnages

Les trois personnages principaux  se partagent la narration.

Le premier, Toshimichi Kariya, est un ancien photographe de guerre (au Vietnam) reconverti en portraitiste de star. Il a eu la possibilité de se remettre à la photo grâce à son talent et à sa bonne situation financière d’homme d’affaires. Bien que son travail l’amène à voyager beaucoup, sa résidence principale est au Japon où il vit avec sa femme et son fils. Il mène une vie relativement tranquille… bien qu’il soit hanté par ses souvenirs de guerre.

Un jour, à New York, il reçoit un appel d’une Japonaise qui veut être photographiée par lui. Le coup de téléphone est très énigmatique ; elle raccroche avant qu’il en sache plus. Le lendemain, elle est dans le hall de son hôtel ; elle a fait le voyage Tokyo-New York juste pour le rencontrer.

C’est là qu’entre en scène le personnage central : Moeko Honma. Actrice schizophrène, impulsive et excentrique, elle voit le monde comme une pièce de théâtre. Pour elle, chaque scène du quotidien est l’occasion de pratiquer son jeu d’actrice. Dans les chapitres où elle est le narrateur, il y a beaucoup de digressions, de paragraphes coupés de l’histoire, de comparaisons parfois étranges. Elle donne l’impression d’avoir un trouble de l’attention, comme si elle ne pouvait pas rester concentrée sur un même sujet.

Alors qu’elle recherche Kariya à Singapour, elle fait la rencontre de Takeo Yūki, troisième personnage et narrateur ; il est son guide touristique personnel. Guide pour une agence de tourisme de luxe, Takeo Yūki a l’habitude des gens riches ; parfois un peu snob, parfois un peu excentrique, jamais cependant il n’avait eu affaire à une personnalité telle que celle de Moeko. Il est à la fois intrigué et fasciné par l’actrice, sans en être pour autant « vraiment » amoureux ; ses sentiments son ambigus, lui-même a du mal à les cerner. Il reste un personnage secondaire dans le récit, il est plus un témoin de l’histoire, un témoin de l’existence particulière de Moeko. Sa rencontre avec elle semble être la seule chose intéressante qu’il ait vécue.



Intérêt de l’œuvre

Dans cette œuvre polyphonique, les trois personnages principaux se partagent la narration par chapitres. Les récits de Karya et Yuki semblent être les témoignages de leurs rencontres avec Moeko. Bien qu’il y ait des digressions, des moments où ils s’égarent dans des anecdotes, leurs discours sont clairs, les associations d’idées sont logiques. Cela contraste avec les chapitres racontés par Moeko. Elle s’égare dans tous les sens, des éléments qui n’ont aucun lien logique avec l’histoire peuvent apparaître au beau milieu d’une action. Les retranscriptions des dialogues sont elles aussi entrecoupées de « pensées parasites » sans liens avec la conversation, comme si un trouble de l’attention l’empêchait de se concentrer sur un même sujet durant toute une conversation. Elle semble jouer sa vie comme on joue une pièce de théâtre. Ce style d’écriture donne vraiment l’impression que le narrateur a un esprit dérangé.

On trouve un point commun à ces trois personnages ; ils semblent tous coupés du monde réel. Kariya est hanté par ses souvenirs de guerre. Moeko ne distingue pas toujours la réalité de ses rêves et de ce qui se passe dans son monde imaginaire. Et Yuki est constament complexé par son milieu social d’origine plutôt pauvre et par sa petite amie danseuse. Au final, c’est peut-être l’actrice schizophrène qui s’en sort le mieux dans le monde réel ; malgré ses difficultés à communiquer, elle a toujours un but et des rêves, elle est prête à tout pour parvenir à ses fins.

Chaque chapitre reprend les derniers événements du chapitre précédent mais avec la vision et les pensées d’un autre personnage. L’impression de déjà vu n’est que minime tant les pensées intérieures du narrateur contrastent avec celles du narrateur précédent. Par ce système de point de vue, le lecteur est vraiment proche de chacun des trois protagonistes et peut de constater les difficultés qu’ont les personnages pour communiquer. Par ailleurs, le lecteur ne se perd pas entre les narrateurs, non seulement parce que le nom du narrateur est donné au début de chaque chapitre mais surtout parce que l’auteur arrive à associer un style d’écriture particulier à chacun de ses personnages.

 

 

Noémie, 2e année Bib.-Méd.

 


 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

 

murakami ryu parasites

 

 

 

Article de Laure sur Parasites.

 

 

 


 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


murakami-ruy-melancholia.gif

 

 

 

Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 


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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 07:00

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Terry PRATCHETT
Le Père Porcher
Éditeur : Pocket
Collection : Pocket Fantasy, 2006    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il s'agit du vingtième livre des Annales du Disque Monde, l'univers déjanté sorti de l'imagination de l'auteur britannique Terry Pratchett. Une autre fiche présente cet écrivain, je ne reviendrai donc pas sur sa biographie.

 

 

 

Résumé
 
Tous les enfants (et les adultes) du Disque-Monde attendent impatiemment la nuit du Porcher pendant laquelle le gros bonhomme barbu viendra déposer des cadeaux dans leurs chaussettes. Mais le Père Porcher a disparu, « effacé » par Leureduthé, membre de la Guilde des Assassins. C'est donc la Mort (pour ceux qui ne le savent pas la Faucheuse est un être masculin) qui montera dans le traîneau tiré par des cochons sauvages pour effectuer sa tournée avec l'aide résignée de son fidèle assistant Albert. Mais la disparition du Père Porcher a une autre conséquence : elle a provoqué un déséquilibre et de nouvelles croyances donnent naissance à des incarnations anthropomorphiques dès qu'on les évoque. Ainsi apparaissent entre autres le Dieu des gueules de bois, la fée Bonne Humeur, le monstre mangeur de chaussettes et le gnome Verrue Plantaire... Heureusement, Suzanne, la petite fille de la mort, a la ferme intention de ramener le Père Porcher et de rétablir l'ordre des choses.



Les Annales du Disque-Monde

Le Disque-Monde est, comme son nom l'indique, plat et circulaire. Il est porté par quatre éléphants eux-mêmes juchés sur le dos d'une tortue. Les volumes des Annales du Disque-Monde présentent l'histoire de personnages différents (marraines fées, la Mort, sorcières, mages...). Certains d'entre eux réapparaissent dans plusieurs tomes, se croisent ou interviennent indirectement dans la trame principale de l'histoire. L'ensemble forme un patchwork bigarré et saugrenu mais cohérent. Chaque histoire respecte les règles qui assurent l'intégrité du Disque-Monde qui, riche en références littéraires, musicales et cinématographiques, est animé par l'écriture satirique et parfois parodique de Terry Pratchett. L'aspect farfelu de ce monde favorise la distanciation avec cet univers qui n'est pas le nôtre. Pour autant, et en cela tient tout le génie de l'auteur, Pratchett utilise son humour ravageur pour dénoncer certains aspects de la vie en société. Dans le Père Porcher, la Mort, visitant les maisons est scandalisé par l'existence des sans-abri. Il est dans un sens plus humain que les hommes et n'hésite pas à sauver la petite fille aux allumettes, quitte à provoquer l'indignation des deux anges venus l’emmener au Paradis.

Les Annales du Disque-Monde constituent une série de plus d'une trentaine d'ouvrages. D'une écriture facilement appréhendable mais pourtant de qualité, Le Père Porcher, est un roman dont je vous recommande vivement la lecture. On passe un bon moment à travers une histoire agréable et pourtant assez riche.

 

 

Marie-Cécile, 2e année Bib.-Méd.

 

 

Terry PRATCHETT sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Caroline sur De bons présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le traducteur de Terry Pratchett

 Entretien avec Patrick Couton, propos recueillis par Marine et François.

 

 

 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 07:00

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ISHIDA Ira
Ikebukuro West Gate Park III – Rave d'une nuit d'été
(Kotsu no Ikebukuro West Gate Park)
Éditions Philippe Picquier, 2010
Traduit par Anne Bayard-Sakai




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la biographie de l'auteur, je vous laisse vous référer aux fiches consacrées aux précédents tomes de la série : http://littexpress.over-blog.net/article-31261048.html (lien vers la fiche de Julie)


L'histoire

Ce livre est le troisième tome des aventures de Majima Makoto, « solutionneur d'embrouilles » au sein du quartier d'Ikebukuro, à Tokyo.

Alors que la canicule s'abat sur l'ensemble du Japon, Makoto est appelé par Takeshi, son ami d'enfance et « King » des G-boys, un gang de jeunes d'Ikebukuro, au sujet d'une sombre histoire de drogue. Les clients, cette fois-ci, sont une importante société, Heaven, dont la spécialité est l'organisation de raves, officielles comme sauvages. En effet, un nouveau produit semble faire fureur, la serpentine ou snake bite, distribuée par Ourobouros, sombre organisation qui semble traquer Heaven afin de leur faire mettre la clé sous la porte. Makoto est alors plongé par Towako, nouvelle star de la chanson japonaise et égérie de Heaven, dans l'étrange monde des raves et de la drogue afin de démasquer les coupables.

Mais le temps presse. On dénombre déjà plusieurs victimes du serpent d'émeraude...



Les personnages

Makoto est le héros de la série des Ikebukuro West Gate Park. Plutôt futé, ancien fauteur de troubles qui a quitté le lycée très tôt afin d'aider sa mère à tenir le magasin de fruits familial. Il vit depuis son enfance dans le quartier d'Ikebukuro et son amour pour ce lieu se fait clairement ressentir dans l'ensemble de ses aventures. C'est cette affection pour l'endroit qui l'a vu grandir qui le pousse à y rétablir la paix au fil de ses différentes affaires. Car Makoto est à présent un trouble shooter qui apporte son aide à ceux qui ne souhaitent pas recourir à la police, et ce, gratuitement. Il donne l'image d'un grand-frère bienveillant, un peu pataud et maladroit, mais attachant. Suite à ses différentes affaires et ses années d'études, il dispose de très nombreux contacts assez variés qui tissent un très vaste réseau d'informateurs, que ce soit dans la mafia ou la police.

Pour cette affaire, Makoto est aidé d' Eddy (Yamaguchi Eichin Williams de son nom complet), un jeune métis américano-japonais, adepte de drogues en tout genre et de raves. Makoto l'a tiré d'un mauvais pas et, depuis, Eddy lui voue un respect sans bornes. Ce jeune homme est un personnage clé de l'intrigue, puisqu'il rejoindra Ourobouros au milieu du récit, devenu dépendant au snake bite. Il est l'image d'une jeunesse perdue et désillusionnée qui cherche désespérément une issue de secours, sans repères.

À l’opposé  se trouve Towako (Shimao Naomi), jeune chanteuse et mannequin qui a la particularité de porter une prothèse à la jambe. Malgré son handicap, elle a préféré se battre pour vivre sa vie comme elle l'entendait. Adepte des raves, elle initie Makoto à leurs secrets. Elle fut liée autrefois à Seaki Issei, ex-membre de Heaven qui est à présent à la tête d'Ourobouros.



Les thématiques essentielles

Dans ce tome, Makoto est immergé dans la ville industrielle, ses changements successifs et très rapides. À travers son regard, Ishida Ira critique l'hyper-industrialisation de Tokyo, qui détruit l'âme de la ville pour la transformer en une sorte de stéréotype américain sans valeur ni chaleur humaine. Mais il décrit aussi Ikebukuro, l'un des quartiers les plus fréquentés de Tokyo, comme une zone de mixité ethnique et sociale, entre les sans-abris et les bureaucrates, les jeunes et les plus vieux, les mafieux et les honnêtes travailleurs. Les descriptions de Makoto font ressortir l’aspect convivial de ce vaste quartier, tandis que ses déambulations sont très clairement retranscrites de manière à renforcer un sentiment de réalité.

Ishida Ira aborde également le thème des jeunes en perdition, désillusionnés, au travers d'Eddy. Afin d'échapper à la dure réalité d'une vie d'adulte sans perspective, les jeunes usent de subterfuges divers pour oublier un moment leur triste condition : les drogues mais aussi les raves, de vastes fêtes où plus rien ne compte que de se déchaîner sur une musique commerciale, les objets technologiques comme les portables. L'auteur souligne par de petites phrases à l'ironie mordante le malaise éprouvé par la société et met en avant le sentiment d'impuissance que certains éprouvent face à leurs problèmes, qui les pousse aux actions les plus inconsidérées.

L'enquête de Makoto se déroule pendant le mois d'août 2003, alors que la ville subit de très fortes vagues de chaleur. Cette sensation est omniprésente dans la nouvelle, que ce soit au cours des raves, ou en raison de l'atmosphère électrique perceptible tout au long du récit.



Note à propos du titre original

Kotsu no Ikebukuro West Gate Park peut se traduire littéralement comme « les faits divers du parc de la sortie ouest », ce qui retranscrit bien le contenu des livres : de petites histoires autour du quartier d'Ikebukuro.


Marine, 1ère année Éd.-Lib.



Sources

http://www.entre2noirs.com/interviews__7_interview-ishida-ira_74.html

http://www.editions-picquier.fr/

 

ISHIDA Ira sur LITTEXPRESS

 


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Articles de  Julie et de Maëva  sur le 1er tome.

 

 

 

 

 

ishida ira ikebukuro 2

 

 

 

 

 

Article de  Marina sur le tome 2.

 

 

 

 

 

 


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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 07:00

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Ken Grimwood
Replay
Titre original : Replay
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Françoise et Guy Casaril
Seuil, avril 1988
Collection Points

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ken-Grimwood.jpegKen Grimwood

 Auteur de fiction américain né à Dothan en Alabama. Ayant étudié à l’université d’Emory, il travaille dans les années soixante avec l’éditeur de fictions d’horreur EC Comics et touche au photojournalisme. Il étudie aussi la psychologie à l’université de Bard à New York et apporte sa contribution à un court-métrage, L’Observateur, en 1969. Il écrit ses premiers romans alors qu’il est rédacteur en chef de la radio KFWB News de Los Angeles mais le succès qu’il obtient avec son roman Replay, récompensé par le « World Fantasy Award » lui permet de se consacrer entièrement à ses projets de romans. Ses thèmes de prédilection tournaient autour de l'affirmation de soi, du contrôle de sa vie, de l’espoir et de concepts métaphysiques.



Replay

Jeffrey Lamar Winston ne s’attendait pas du tout, quand il mourut d’une crise cardiaque le 18 octobre 1988 à 13h06, à revenir en 1963 dans sa chambre d’étudiant à l’université d’Emory où il fit ses études 25 ans plus tôt. Alors âgé de 18 ans, mais avec la mémoire intacte de son ancienne vie, il se dit que c'est pour lui une nouvelle chance de ne pas refaire les erreurs qu’il a commises dans son autre vie. Voulant alors changer les choses, il arrête ses études et fait des paris sur des courses de chevaux. Avec l’argent amassé, il bâtit un empire financier puissant et tente d’éviter l’assassinat de Robert Kennedy mais sans succès. Il se marie et a une fille, Gretchen. Quand le jour fatidique de sa mort arrive, il s’y prépare et croit sincèrement qu’il restera en vie cette fois…Monumentale erreur…

Et le revoilà en 1963 dans sa vieille voiture avec sa petite-amie du moment, Judy, regardant un film d’Hitchcock. Il comprend alors que tout ce qu’il a pu construire dans sa dernière vie a été effacé y compris sa fille Gretchen qui maintenant n’existe plus que dans son souvenir. Et plusieurs fois la chose se produit. Et aucun moyen de changer la donne. Jeff est condamné à revivre la vie qu’il avait de 1963 à 1988. S’assurant un avenir matériel à chaque fois grâce aux courses de chevaux et aux tournois de baseball, il cherche des réponses sur la situation qu’il vit et vit et revit encore et encore. Il rencontre de nombreux personnages tels que Sharla Baker, qu’il verra dans deux de ses « replays » et qui l’entraînera sur le chemin du vice et de la perdition mais Jeff ne se laissera pas longtemps berner. Il ira dans différents pays, surtout en Europe. Il se mariera avec sa petite amie de la fac, Judy mais ne voudra plus jamais engendrer d’enfants à cause de la douleur de les perdre à chaque fois.

« Pour la première fois dans sa longue vie brisée, il comprit pleinement la lamentation de Lear pour Cordélia :

…car tu ne reviendras

Jamais, jamais, jamais, jamais, jamais. »

Il rencontrera Pamela, autre « répétitrice », une fois médecin, une autre fois productrice d’un film, Starsea, coproduit par Steven Spielberg dans lequel elle souhaitait faire comprendre au monde le phénomène qu’elle vivait. Avec elle, Jeff se rendra compte que ses « replays » se feront de plus en plus tard, raccourcissant ainsi le temps de chaque vie qu’il vivra. Ils tenteront au début, de vivre uniquement l’un pour l’autre puis l’idée de rechercher d’autres personnes dans leur situation leur permettra de trouver un « répétiteur » fou à lier, Stuart McCowan, persuadé qu’il est sur une scène de théâtre pour amuser des extra-terrestres.

« – Par qui ? Par quoi ? Par Dieu ? Toute cette affaire n’a fait que me renforcer dans mon sentiment, qui était aussi celui d’Albert Camus : si Dieu existe, je le méprise.

– Appelez ça Dieu, Atman ou comme il vous plaira. Vous connaissez la Gita :

L’esprit qui se ressaisit ouvre les yeux

A la connaissance de l’Atman,

Qui est nuit noire pour ceux qui ne savent pas.

Ceux qui ne savent pas ouvrent les yeux.

À la vie de leurs sens,

Qu’ils prennent pour la lumière du jour :

Pour celui qui voit, ce n’est que ténèbres. »

 

Dans une autre vie, Pamela et lui tenteront de faire bouger les différents organismes savants et de recherche et tomberont ainsi sous le joug du gouvernement et de Monsieur  Hedges, enquêteur de la CIA et intéressé par les prédictions que ces deux personnages peuvent faire sur l’avenir du monde. Prisonniers, seule la mort peut adoucir leurs peines et les renvoyer encore une fois au point de départ qui se déplace petit à petit dans le temps. Ils semblent revivre leurs vies propres mais au ralenti et en plusieurs cycles. Ils se rencontrent donc à plusieurs stades de leurs vies respectives, ne comprenant toujours pas ce qui leur arrive.

 

« Juste avant que la lumière disparaisse, il lui murmura quelques mots à l’oreille, un vers de Blake :

–         "Voir un monde dans un grain de sable et un paradis dans une fleur sauvage."

Elle lui prit les mains et termina la citation à mi-voix :

–        "Tenir l’infini dans la paume de sa main et l’éternité en une heure." »



Avis personnel

L’idée que certains d’entre nous revivent un morceau de leur vie passée me terrifie et me fascine en même temps. Le concept est intéressant dans le sens où il suggère une multitude de réalités intercalées dans la nôtre car quand on quitte une vie, en réaliser une autre ne signifie pas que la première ne continue pas sans nous.

Fascinée par cette chance artificielle que « les replays » permettraient de ne plus faire d’erreurs ou du moins de les éviter le plus possible et le fait aussi que grâce à eux, il serait possible de revoir des personnes qui ont aujourd’hui disparu.

Et terrifiée à l’idée qu'à chaque cycle, tout serait perdu et à refaire. On peut retrouver ici le mythe, raconté dans l’Odyssée, de Sisyphe qui, pour avoir osé défier les dieux, fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu'en haut d'une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet. Revivre sans fin un morceau de sa vie peut blaser au début et rendre fragile mentalement à la fin.

Mais même en sachant cela, les personnages de ce roman continuent à répéter leurs vies, profitant à chaque fois du temps qu’ils savent compté et fini.

J’ai adoré ce livre pour ces deux aspects et aussi parce que le fin mot de l’histoire, selon ce que j’en ai compris, est «carpe diem ».

 

Alice L., 1ère année Bib-Méd.

 

 

 

 

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 07:00

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Antonio LAPONE, Régis HAUTIÈRE
Accords sensibles
Éditions Treize étrange
Format : 165 x 240 mm
144 pages
Façonnage: Cartonné
EAN/ISBN : 9782723473606
Prix: 17.00€


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous avez dit histoire d’amour ? Vous avez dit ligne claire et style Atome ? Vous connaissez l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles ? L’école de Bruxelles et l’école de Marcinelle ? Vous voulez de la bande dessinée franco-belge qui tire des racines lointaines des générations passées ? Ne cherchez plus, et ruez-vous dans votre librairie préférée pour acquérir Accords Sensibles de Régis Hautière et Antonio Lapone. Pour ceux, qui ne connaissent pas (encore) les distinctions de l’étendard du neuvième art, je vais rapidement vous les expliquer.

L’école de Marcinelle et l’école de Bruxelles sont deux groupes d’auteurs des années 50-60 en Belgique. L’école de Marcinelle développe le style Atome dans le magazine Spirou, et est composée des enfants de Franquin, Tillieux, Morris…, l’école de Bruxelles utilise la ligne claire dans la droite ligne d’Hergé, dans le journal Tintin ; Edgard P. Jacobs, Jacques Martin, Bob de Moor, sont les grands noms de ce courant. Elles ont toutes deux pour caractéristique d’avoir proposé de véritables chefs-d’œuvre du neuvième art. Quel rapport avec Accords Sensibles ? me direz-vous. Je vous l’expliquerai bientôt, soyez patient.

 
Lapone-Hautiere-Accords-sensibles-3.jpgDans cette pleine page, vous pouvez remarquer tous les codes et références à l'exposition universelle de 1958 : L'Atomium dans le fond, le logo de l'exposition sur le mur derrière la femme, le nom du café : Atomik, une affiche pour l'exposition sur le café, et l'espoir de modernité qu'elle incarnait écrit sur le café de droite : « Un nouveau... »

 

 

 

Entre jazz et amours croisées, six personnes évoluent. Gabrielle est tombée amoureuse de Simon mais s’ennuie avec lui et pense bien plus à Lester le briseur de cœurs. Lester s’est séparé d’Anna et commence à désirer s’arrêter de courir les jupons pour avoir une vie stable. Anna est celle-là même dont Gordon, trompettiste de génie, tombe amoureux. Si bien qu’il ne voit pas qu’Audrey, amie d’Anna, l’aime en secret.

Le lien entre tous ces hommes et femmes ? La musique, le jazz, la trompette, la vie, finalement. Elle ne cesse de broder un fil rouge passion entre les cinq histoires courtes qui composent ce roman graphique, d’une beauté éphémère qui semble vouloir s’échapper à tout instant, presque nostalgique. Ce sont des amours croisées et déçues, des tranches de vie flamboyantes et terribles, des petits riens, des hasards, des coïncidences malheureuses, que nous mettent en images, en mots, et en musique les deux auteurs.

 

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Le trait d’Antonio Lapone s’incarne dans le style Atome, à l’instar de celui d’Yves Chaland ou de Joost Swarte. Les nostalgiques de la « grande époque » y trouveront leur bonheur. Ceux qui ne la connaissent pas y feront le premier pas avec délice. Dans des tons bleutés et sépia, les protagonistes évoluent avec passion sous la plume de Régis Hautière, qui avec peu de mots sait créer une ambiance douce-amère. Cet ouvrage donne à voir un véritable scénario réaliste ; quoi de plus naturel qu'une "histoire de gens" ? La ville est présente, et nous rapproche Ô combien des personnages. Les bars-cafés mis en image ressemblent à ceux que l'on croise et fréquente. Nous nous attendons presque à surprendre les six protagonistes au détour d'une rue, d'un disque de jazz, au coin d'une place...

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Qui sont ces deux auteurs ?

« Régis Hautière est né en Bretagne en 1969. Il passe une bonne partie de son enfance le nez plongé dans les livres (que ce soient des romans ou des bandes dessinées) et se découvre très tôt un goût prononcé pour l'écriture. En 1995, il s'installe en Picardie où il devient membre des AJT, une association informelle qui réunit des auteurs amateurs de bandes dessinées. C'est au sein de cette association qu'il rencontre quelques-uns des dessinateurs avec lesquels il publie ses premiers albums (Hardoc, Fraco, David François). Il travaille en parallèle pour une structure associative. En 2005, il démissionne pour se consacrer exclusivement à l'écriture de scénarios pour la bande dessinée. »*

« Antonio Lapone est né à Turin, en Italie, en 1970. Grand amateur des années 50 et de la ligne claire, il travaille comme graphiste et illustrateur, notamment sur la série A.D.A (Antique Detective Agency), trois tomes parus chez Paquet. En 2002 et en 2003 il a réalisé les portfolii Girl Atomik et Club Colonial pour les éditions Le 9e Monde. Pour les éditions Nocturne, il a réalisé Les Platters et Stravinsky dans la collection BD Musique. En 2008, il publie l'artbook Cars and Girls chez Paquet. Antonio Lapone vit et travaille à Andenne en Belgique. »*



Que dire sinon que cet ouvrage laisse un goût étrange dans la bouche, qu’un vague à l’âme s’installe dès la dernière page lue, et que la nostalgie semble être présente dans chaque parcelle de notre monde.

Cette bande dessinée ne se lit pas. Elle se savoure, s’écoute, et se respire.


Éloi, 2e année Éd.-Lib.

* Source : Site internet de Glénat

 

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 07:07

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MURAKAMI Haruki
Sommeil

traduction de

Corinne Atlan

Belfond, novembre 2010

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Petite biographie de l’auteur

Fils d'un enseignant de littérature japonaise en collège, il opte pour les arts théâtraux et souhaite devenir scénariste de cinéma, sans avoir encore rien à raconter.

Après des études universitaires à Waseda, il est pendant huit ans responsable d'un bar de jazz, le Peter Cat, à Tōkyō, dans le quartier de Kokubunji. Haruki reste un passionné des chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire, cette amitié explique la présence invariable de cet animal dans sa littérature.

Cette expérience le nourrit à son insu et lui permet d'écrire son premier roman Écoute le chant du vent, publié au Japon en 1979, pour lequel il reçoit le prix Gunzo.


Une fois sa renommée établie après plusieurs romans à succès, il part vivre à l'étranger : tout d'abord au sud de l'Europe (Italie et Grèce), puis aux États-Unis. Il enseigne la littérature japonaise à l'université de Princeton (où Scott Fitzgerald fut étudiant).

Il revient vivre au Japon en 1995, marqué par le tremblement de terre de Kobe et l'attentat au gaz sarin perpétré par la secte Aum dans le métro de Tokyo. Ces tragédies inspirent le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre.

Haruki Murakami est également traducteur en japonais de plusieurs écrivains anglo-saxons (parmi lesquels Scott Fitzgerald, John Irving ou encore Raymond Carver). Murakami est aussi un grand amateur de jazz auquel de nombreuses références sont faites dans ses romans.



L’œuvre de Murakami

Ses écrits (romans ou nouvelles) sont fréquemment fantastiques, ancrés dans une quotidienneté qui, subtilement, sort des rails de la normalité. Ayant vécu dans le sud de l'Europe (Grèce, Italie), puis aux États-Unis, il laisse transparaître une certaine influence occidentale dans ses œuvres. Cela fait de lui un écrivain plus international que d'autres avec des références à la culture populaire mondiale tout en gardant le vécu japonais contemporain de ses personnages. Les ouvrages de Murakami révèlent une forme de surréalisme très rafraîchissante qui, en se fondant sur une mélancolique banalité quotidienne, arrive à former des récits originaux. Il utilise cette idée du lien qui relie dans la pensée asiatique (bouddhisme, shintoïsme) tous les événements et les êtres. Une action provoque même de façon lointaine et indirecte une réaction dans l'instant, dans la réalité ou ailleurs, dans un autre monde que Murakami sait parfaitement rendre. Le réalisme magique donne à l’œuvre une teinte extravagante, sans pour autant oublier la réalité dans laquelle évoluent les personnages. L'âme humaine y est décortiquée, dans ses recoins parfois les plus intimes, de façon à ce que le lecteur soit emporté pour un voyage en lui-même, mais dans un cadre parfois loufoque. La mélancolie lancinante de Murakami et ses analyses sociales en demi-teinte rappellent parfois un certain nombre de noms de la littérature nippone, notamment le mangaka Jirô Taniguchi dans son expression la plus simple du quotidien. On retrouve ici de longues pensées d'êtres tiraillés, à la recherche de leur identité et abordant l'existence avec parfois une certaine anxiété, un recul face à cette vie inconnue.

Je traiterai ici principalement de trois œuvres majeures de Murakami ( Les Amants du Spoutnik, Le Passage de la nuit et Kafka sur le rivage) en les mettant en corrélation avec la nouvelle Sommeil. Au fil des lectures murakamiennes, on découvre des thèmes récurrents propres à l’auteur qui lèvent peu à peu le voile sur son identité, son caractère, mais également sur l’univers qu’il crée dans ses récits.



Sommeil

« Je pense que nous vivons dans un monde, ce monde, mais qu’il en existe d’autres tout près. Si vous le désirez vraiment, vous pouvez passer par-dessus le mur et entrer dans un autre univers. » Interview d’Haruki Murakami pour le Magazine littéraire en 2003.

Une jeune femme, mariée et maman d’un petit garçon, se trouve frappée d’insomnie, de façon aussi soudaine qu’inexplicable. Ayant déjà été victime de ce phénomène, elle n’en parle à personne, pas même à son mari qui, lui, dort sans problème toute la nuit. Elle continue à mener sa vie diurne sans changement, sans jamais ressentir la moindre envie, ni le moindre besoin d’un sommeil réparateur. Au contraire, plus ses nuits d’insomnie se prolongent, plus elle se sent en forme.

Dans l’incapacité désormais de trouver le sommeil, elle s’installe chaque nuit sur son canapé avec un verre de cognac et commence à lire. En relisant Anna Karénine, elle retrouve ses émotions d’antan, d’avant son mariage pour lequel elle se rend compte qu'elle a renoncé à beaucoup de choses.

« Je voulais lire Anna Karénine en mangeant du chocolat, comme autrefois. Je sentais dans mon corps une soif intense de chocolat. »

Bientôt, elle ne pense plus qu’à se replonger dans son roman, retrouver Anna et Vronski, au détriment des désirs de son mari.

« De dix heures du soir à six heures du matin, mon temps n’appartenait plus qu’à moi. »

Elle vit ainsi, dans une sorte d’état de grâce, pendant dix-sept nuits… Et pourtant, un sentiment de danger, initié par le rêve bizarre et un peu sinistre qui marque le début de l’insomnie, s’installe au fil des pages et prend toute son ampleur dans la dernière partie.

C’est une nouvelle étrange, subtile et effrayante à la fois, assez représentative de l’univers de Murakami, où conscient et inconscient, vie, rêve et mort sont souvent intimement mêlés, à l’image de la narratrice de cette nouvelle, toute en retenue et comme en retrait de sa vie et de celle des autres.



Bref résumé des autres œuvres

 

— Le Passage de la nuit : l’histoire est celle de plusieurs personnages aux destins totalement différents qui ne cessent de s'entrecroiser au fil des pages. Dans le monde de la nuit où la ville est « une gigantesque créature » submergée par « une mer de néons multicolores », on découvre tour à tour une adolescente en fuite (Mari) et sa sœur plongée dans un profond sommeil (Eri), un jeune garçon passionné de jazz (Takahashi), la gérante d'un hôtel particulier et ancienne catcheuse, une prostituée chinoise frappé par un business man... Les histoires s’envolent dans ce récit plongé dans la noirceur blafarde de la nuit.
 
Les Amants du Spoutnik : K. est un jeune instituteur sans histoires éperdument amoureux de sa seule et unique amie, l’étrange Sumire. Mais Sumire aime Miu, cette femme charismatique et amatrice de bons vins. Et tandis que K. reste en retrait, assistant au rapprochement de ces deux femmes que rien ne destinait à se rencontrer, il sent son amie s’éloigner, si bien qu’un soir, il reçoit un coup de fil de Miu : Sumire a disparu.

Kafka sur le rivage : Le jour de ses quinze ans, Kafka Tamura fuit son domicile familial où son père prophétisa qu’il serait un jour parricide et incestueux. Il erre alors jusqu’à une bibliothèque tenue par une femme mystérieuse et un bibliothécaire androgyne. En parallèle, on découvre qu’un vieil homme simple d’esprit, capable de parler aux chats et de faire chuter des poissons du ciel, a quitté Tokyo et se rapproche de lui comme s’il obéissait à un appel mystérieux. Le destin les entraîne tous deux dans une direction de plus en plus étrange…

 

 

 

Parallèle et thèmes récurrents de Murakami

La musique

Intimement lié à la musique sous toutes ses formes (il a tenu un bar de jazz durant plusieurs années), Murakami donne une identité propre à ses récits en citant çà et là des chansons ou airs classiques qui l’ont inspiré. Le processus d’écriture se moule alors sur ces airs, donnant au récit un caractère original et entêtant.


Les Amants du Spoutnik : pour Miu et Sumire, un de leur premier sujet de conversation, cette même musique qui guide K. pour retrouver son amie disparue, l'entrainant au bord des songes.

Sommeil : le goût immodéré de l'héroïne pour la musique lui permet de s'échapper en se remémorant sa vie d'antan.

Le Passage de la nuit : tout le roman est guidé par la musique (références à différents styles qui vont d’Éric Clapton, Jimi Hendrix, donc de musiciens de rock à Curtis Fuller, un jazzman), donnant une identité au livre, à l’auteur et aux personnages. Un ton précis, comme une BO.

Kafka sur le rivage : le roman tire d’ailleurs son titre d‘une chanson fictive que découvre Kafka Tamura, « Kafka sur le rivage ». Tout au long du roman, la musique va agir sur les personnages comme vecteur de sentiments et de sensations nécessaires, entre autres, à la quête identitaire qui se joue individuellement pour chacun d’eux.

 

La littérature

La littérature occupe une grande place dans les œuvres de Murakami. Que ce soit pour éclairer le caractère des personnages ou pour introduire une scène, un livre n’est jamais bien loin.

 

Les Amants du Spoutnik : l'amour de Sumire pour les lettres est le fil conducteur de son amitié avec K., la passion qui l'a conduite à arrêter ses études pour devenir écrivain. Étrangement, plus son amour pour Sumire grandit et moins elle a envie de lire, ou d'écrire.

Sommeil : comme dans Les Amants du Spoutnik, on retrouve ce parallèle entre l'amour et la littérature. Ici également, plus l'héroïne lit et plus elle se détache de sa famille, préférant s'abandonner à Anna Karénine. Le monde des lettres est ici celui de la liberté, opposé à la morne routine qui englue son quotidien.

Le Passage de la nuit : le début du roman est significatif puisqu'après une description de la ville de Tokyo, on pénètre dans un restaurant pour voir la jeune Mari, que nous allons suivre tout au long du récit assise, seule à une table, absorbée par sa lecture. La lecture devient un point de passage pour rentrer dans l'univers de la nuit.

 

L'onirisme et la place de la nuit

Autres éléments majeurs de l'œuvre de Murkami, la nuit, le rêve et le sommeil font partie intégrante de l’univers de l’auteur. Souvent, ils permettent de faire le lien avec un monde obscur, presque irréel, s’offrant à nous dès la nuit tombée.

 

Les Amants du Spoutnik : dans le roman, la majeure partie des événements importants se déroulent à la nuit tombée (le souvenir de Miu, l'appel annonçant la disparition de Sumire, la recherche de K. sur les berges des îles grecques). Tout semble rappeler qu'un autre monde est peut-être près du nôtre, à quelques pas au bord de notre esprit.

Sommeil : ce sont ici bien sûr la nuit et le rêve qui redonnent vie à l'héroïne, cette femme enfermée dans un quotidien dont elle n'arrive plus à sortir. Si la nuit les couleurs de son existence brillent à ses yeux avec tout leur éclat et leur beauté, le jour apparaît comme un passage terne et monotone.

— Le Passage de la nuit : outre la gigantesque ville et les personnages qui la composent, c'est peut-être la nuit qui est l'héroïne de ce roman. Elle est ici vue comme un monde à part entière possédant ses propres codes et son mode de fonctionnement. Des éléments qui apparaissent le jour n'existent plus une fois le soleil couché.

 

 

 

Le réalisme magique


« J’ai toujours considéré l'écriture comme un rêve éveillé. Pour moi, rien n'est plus naturel que le surnaturel. » Haruki Murakami

Murakami ne cesse d'emmener le lecteur à la frontière de l'imagination, nous prenant par la main pour nous montrer des chemins de traverse, des portes de notre esprit jusque là inconnues de notre pensée, le tout avec un réalisme saisissant, comme si tous les événements évoqués n'étaient pas le fruit de son imagination ou de la nôtre.

 

Les Amants du Spoutnik : la disparition de Sumire, la recherche de K. au bord du monde connu, les souvenirs de Miu…, tels sont les éléments qui constituent le réalisme magique dans le roman de Murkami, avec force mystère et d'évasion.

 — Sommeil : si toute la nouvelle est construite sur une base chronologique et réaliste (les 17 nuits, chiffre par ailleurs énigmatique), le retournement de situation final fait basculer le lecteur dans le doute et les affres de l'incompréhension. La magie s'empare alors de nous, laissant place à l'imagination et aux suppositions les plus folles.

Le Passage de la nuit : la ville elle-même semble être l'espace du réalisme magique, à l'instar de la nuit. Il y a ici un brouillage permanent entre le réel et l’irréel : à minuit pile, la télévision dans la chambre d’Eri s’allume alors qu’elle est débranchée, Mari se regarde dans une glace puis s’éloigne alors et que son image demeure dans le miroir.

Kafka sur le rivage : on parle ici d'un incident survenu dans la jeunesse de Nakata. Mais ce côté surnaturel possède une dimension onirique, comme souvent chez Murakami, qui prend une grande ampleur au fil du roman tant et si bien qu’il devient parfois difficile de distinguer ce qui est du domaine du réel et ce qui appartient au rêve.

 

 

Conclusion

Sommeil est donc un récit envoûtant, aussi bref qu’intense, s’inscrivant dans la longue tradition murakamienne. Tous les éléments propres à l’auteur s’y mêlent avec efficacité (présence de la nuit, de la musique, de la littérature, réalisme magique, etc.) dans une construction propre à la nouvelle. Ce sont ces éléments qui nous rapprochent de l’auteur, de sa vision du monde et de l’art. Mais ces thèmes récurrents ne sont-ils pas l’expression de sa propre vie, au-delà de ses pensées ? En effet, Murakami introduit subtilement des éléments biographiques afin d’étayer ses récits : rapport à la musique car il a possédé un bar de jazz, fascination pour les chats depuis son enfance, place de la disparition et changement avec le tremblement de terre de Kobe... On découvre alors une nouvelle facette de l’auteur, plongé à corps perdu dans son œuvre, à mi-chemin entre réalité et magie.


Pierre-Yann, 2e année Éd.-Lib.

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


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Article de Mélanie sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Article de Chloé sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

À paraître en août 2011 chez Belfond, les deux premiers volumes de la trilogie 1Q84, publiés en 2009 au Japon.

 

 

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Published by littexpress - dans Réalisme magique
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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 07:00

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MIDORIKAWA Yuki
Le Pacte des Yōkai
Natsume Yujin Cho
Delcourt, 2005 (2008)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Née le 23 mai 1976, Midorikawa Yuki publie son premier manga en 1998 dans le magazine Lala. Elle reçoit un prix pour cette série, celui de jeune auteur prometteuse (LMG). Je n’ai malheureusement trouvé que peu de renseignements sur elle, si ce n’est que toutes ses histoires tournent autour des yōkai et des superstitions populaires.

Le premier tome du Pacte des Yōkai est publié en 2005 et remporte un succès immédiat auprès du grand public. Aujourd’hui, onze tomes sont parus au Japon pour dix en France. La série a récemment été adaptée en anime sous son nom d’origine et comporte treize épisodes.

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L’histoire

Natsume Takashi, orphelin, âgé de quinze ou dix-sept ans, voit les yōkai depuis qu’il est tout petit. Il hait ces fantômes qui l’ont forcé à passer de famille d’accueil en famille d’accueil sans réussir à s’attacher à quelqu’un à cause de son comportement étrange. Cette fois-ci, il est recueilli par des cousins éloignés de son père, un couple assez âgé, sans enfant, vivant à la campagne. C’est en fuyant un nouveau yōkai, dès son arrivée, que Natsume pénètre dans l’enceinte d’un temple shintoïste et brise un kekkai*.
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C’est là qu’il libère par erreur Maître Griffou (illustration), un démon supérieur de la famille des kitsune* qui passe son temps sous la forme d’un gros chat ressemblant à un maneki-neko*. Natsume va apprendre à cette occasion que sa grand-mère Reiko, qu’il n’a jamais connue, possédait le même pouvoir et qu’elle l’utilisait pour se lier aux yōkai en consignant leurs noms dans un carnet… Carnet dont il a hérité. Depuis, les démons le harcèlent pour récupérer ce carnet, soit pour retrouver leur nom, soit pour obtenir plus de pouvoirs. Maître Griffou va accepter de protéger Natsume à condition que celui-ci lui lègue le carnet lorsqu’il mourra.

 

 

Le jeune homme va par la suite rencontrer toute une panoplie de personnages, humains ou yōkai, chacun avec ses propres capacités qui le feront peu à peu changer d’avis sur la différence entre les deux espèces. Parmi les plus récurrents, l’exorciste et acteur Natori et ses démons serviteurs, un fils de bonze et son camarade de classe Tanuma et deux démons qui apprécient Natsume : Msuzu et Hinoe.



Le manga

L’histoire se présente sous forme de chapitres, de nouvelles, chacune centrée généralement sur une nouvelle rencontre. Le pacte des Yōkai étant avant tout un shojo*, l’histoire tourne beaucoup autour de sentiments purs, poétiques : l’amitié, l’acceptation de soi et de l’autre, la tolérance… Avec bien évidemment la présence du “mignon” et d’humour, notamment entre Natsume et Maître Griffou… Bien qu’il ait juré de le protéger, cela ne l’empêche pas d’essayer de le croquer dans son sommeil !


Concernant le dessin, Midorikawa Yuki a un trait très épuré, très fin et très clair : les personnages, bien que clairement identifiables, ne possèdent pas beaucoup de détails, les paysages sont rares, vaguement esquissés et la présence d’esprits malfaisants est signalée par une augmentation des zones noires dans la page.
Midorikawa Le Pacte des yokai scan2


Les croyances

Midorikawa Yuki nous présente un grand nombre de croyances populaires japonaises. Différents types de yōkai sont représentés, des plus puissants, à l’exemple des kami*, aux plus insignifiants. Les yōkai réincarnations d’animaux ou autres à forme humaine possèdent un masque ou un voile marqué d’un symbole pour cache leur visage. L’auteur nous montre également plusieurs types de rituels d’exorcisme (d’emprisonnement, de libération, de destruction…).

Le nom a également une importance capitale, surtout à travers l’existence du carnet. Au Japon, la superstition veut que si quelqu’un connaît votre nom complet et son écriture, il a tout pouvoir sur vous. Les mots en général ont aussi une grande importance pour eux. D’ailleurs, lorsque Natsume effectue le rituel pour rendre son nom à un yōkai, il doit coincer la feuille entre ses lèvres et expirer profondément pour projeter les caractères hors du papier.

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Mon avis

Une série très agréable à lire et qui permet de se familiariser avec l’univers fantastique et les croyances populaire du Japon. Cependant, et sans doute à cause du genre du manga, même les yōkai les plus redoutables n’apparaissent pas si dangereux. De manière générale, il se dégage une ambiance assez douce de l’histoire, d’autant que les dessins restent très clairs. Une autre série montre davantage l’aspect menaçant qu’ont souvent les forces occultes : xxxHolic, du studio CLAMP, édité aux éditions Pika.

Toutefois, Le Pacte des Yōkai reste un manga facile à lire, relaxant et qui permet de se familiariser avec les fantômes japonais.


Lory, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 Lexique

Kami : esprit supérieur, souvent représentatif d’un élément ou d’un objet dans l’imaginaire japonais et pouvant être assimilé à un dieu en Occident.
Kekkai : barrière magique rituelle, souvent délimitée par une cordelette de lin blanc.
Kitsune : démon renard.
Maneki-neko : statuette porte-bonheur représentant un chat à la patte levée.
Shōjo : manga pour jeune fille.

 

 

 

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