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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 07:00

Yan-Lianke-Songeant-a-mon-pere.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YAN Lianke

Songeant à mon père

traduction de

Brigite Guilbaud

Philippe Picquier, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yan Lianke est un romancier chinois. Né en 1958 dans un village du Henan, pour fuir la condition de paysan pauvre, il s'engage dans l'Armée populaire de libération en 1979 à l'âge de 20 ans. Repéré pour son talent pour l'écriture, il est autorisé à suivre des études à l'université et devient écrivain officiel. À ce poste, il écrit slogans et textes épiques à la gloire du Parti. Sans jamais devenir un véritable dissident, Yan Lianke ne se laisse pourtant pas happer par la pression idéologique qu'on lui impose. Certains de ses textes, d’inspiration érotique comme Désirs lui attirent les foudres de ses supérieurs.


Son livre préféré, Bons baisers de Lénine, n’a pas été interdit et a reçu le prix Lao She mais a déclenché des réactions virulentes de l’armée : il est contraint de démissionner de l'armée en 2004. Alternant les textes engagés comme Le Rêve du village des Ding, qui dénonce une affaire de sang contaminé dans sa région natale du Henan, et la satire humoristique comme Servir le peuple, la majeure partie de son œuvre est clandestine. Interdits de publication dans son pays, ses romans voyagent via Taïwan dans le monde entier, où il rencontre un succès certain.


Yan Lianke est aujourd'hui l'un des auteurs les plus respectés de son pays. Son ton critique lui a plusieurs fois valu la censure des autorités, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre dans la voie qu'il a choisie : écrire avec une totale honnêteté morale et évoquer ce qu'il estime être la réalité chinoise. Sur ses trois livres qui ont été censurés, deux parlent de l’armée : « L'expérience dans l'armée est la plus grande chance dans ma vie, cela m'a aidé  à écrire pas mal de livres célèbres. »


« J'ai par exemple été témoin de la guerre entre la Chine et le Vietnam en 1979, et j'ai vu de nombreux jeunes mourir pour rien. Et plusieurs années après la guerre, j'ai vu les leaders chinois et vietnamiens se serrer les mains et se donner l'accolade lors des Jeux d'Asie. À ce moment, j'ai réalisé que la guerre n'avait aucun sens et que la vie était fragile... »


Critique à l’égard des prix qui l’ont récompensé : « certains prix chinois sont comme de la viande de porc injectée d'eau : il n'y a aucune qualité » et à l’égard des intellectuels de son pays : «l’intelligentsia chinoise n'a ni pensée indépendante ni dignité. Ils n'osent pas et ne veulent pas dire la vérité. »


« Je critiquais le silence et l'inaction des intellectuels qui se disent : ‘il n'y a pas moyen d'agir, dès lors on n'agit pas… Et ils cherchent tous à s'intégrer dans le système. Les intellectuels sont victimes à la fois de l'attrait du marketing et de la répression politique.
Il n'y a pas de pensée indépendante en Chine. Les écrivains sont dans le système, et donc il n'y a pas besoin de censure visible, ils savent tous où sont les limites, c'est une censure invisible…»


Yan Lianke ne choisit pas les sujets dont il parle, mais la réalité de laquelle il veut témoigner : « Je ne choisis pas le sujet, je ne fais que choisir les sources. »

Voilà ce qu’il dit de l’ouvrage dont je vais vous parler, Songeant à mon père : « En songeant à mon père, publié l'année passée, est très populaire, et ne crée aucun débat. On a vendu plus de 200 000 livres en six mois, maintenant on a franchi la barre des 300 000. Cela montre deux choses : premièrement, le livre est plein de belles choses et de tendres sentiments, donc le public aime, deuxièmement, cela prouve que le public ne souhaite voir que les bons côtés, mais pas les mauvais. »

Voilà ce qu’il dit de son œuvre et plus spécifiquement de son dernier ouvrage : « Ce qui est sûr, c'est que pour la première fois j'écris sans objectif de publication, et c'est très important. Un ouvrage qui n'est pas destiné à être publié ne sera peut-être pas utile, mais il sera libre. Ce n'est peut-être pas sensé pour les auteurs occidentaux, mais en Chine, c'est très important. C'est un moyen pour avoir une vraie liberté... »

 

 

Songeant à mon père est un texte autobiographique qui retrace l’enfance de Yan Lianke dans la province pauvre du Hénan, et sert de support à une réflexion sur la piété filiale.

Nous autres Européens fonctionnons ainsi : ce que nos parents ont fait pour nous, nous le rendons à nos enfants, nous soldons la « dette »  que nous avons auprès de la génération précédente, de nos parents, en nous occupant de nos enfants, qui a leur tour résoudront cette dette en s’occupant de leur enfants. Et notre société considère qu’il va de soi que les parents doivent support et assistance à leurs enfants jusqu'à ce que ceux-ci soient en mesure de se débrouiller seuls.

En Chine il en va tout autrement ; le système de dette fonctionne dans l’autre sens, l’enfant mâle d’un couple et sa femme vont s’occuper des parents de l’homme, et leurs enfants s’occuperont d’eux dans leurs vieux jours, et ce devoir est sacré. Pour Yan Lianke, ces valeurs de piété filiale se perdent :

 

« c'est quelque chose de fondamental dans la société chinoise, mais dont l'importance tend à diminuer. L'enrichissement de la société, l'appétit de consommation, l'enfant unique, tout cela crée une génération très égoïste et les liens entre parents, grands-parents et enfants ne sont pas aussi étroits. »
 
Nous allons voir dans ce livre qu’il considère qu’il a toujours été un très mauvais fils. Ce livre prend donc la forme d’une confession, voire d’une séance d’auto flagellation.


« C'est vrai à la ville comme à la campagne et dans mon livre, je m'interroge sur ma propre attitude vis-à-vis de mon père et sur la manière dont j'ai rempli avec plus ou moins de bonheur ma responsabilité envers mes parents, mon frère et mes deux sœurs. Peut-être qu'avec ce livre, j'ai essayé de régler une partie de ma dette. »


L’élément déclencheur de l’écriture est l’anniversaire de la mort de son père. Alors qu’il s’était engagé à écrire sur lui, l’auteur réalise qu’il n’a toujours rien fait en ce sens : c’est ce constat qui préside à l’écriture de cet ouvrage.

La nouvelle « Songeant à mon père » est publiée dans un recueil éponyme chez Picquier, avec des nouvelles qui sont toutes autobiographiques et traitent dans la majorité des souvenirs d’enfance de Yan Lianke. La nouvelle « Songeant à mon père » elle-même est divisée en dix chapitres qui font entre deux et six pages. Yan Lianke habitait au milieu de la campagne chinoise et son père était un paysan. Avec ses deux sœurs, son frère et sa mère, ils habitaient une grosse maison en brique et en terre dans un petit village. Ce récit donne aussi à Yan Lianke une occasion de rendre comptes des difficultés que rencontraient et ont encore les paysans chinois : manque de soins, manque de moyens, nationalisation des terres… Cependant, faire la critique de la société chinoise n’est pour une fois pas l’objectif premier de ce récit dont le thème principal est évidemment le rapport au père.


Yan Lianke dépeint son père, tour à tour héros à la force et à l’endurance surhumaines dans « silhouette terrienne », père pélican prêt à tout sacrifier pour sa famille, tout au long du récit, juge impartial et père exigeant dans « les gifles », compréhensif dans « Guerre »… Il se dépeint de son côté comme une fils tiraillé entre sa nature d’enfant, égoïste et humain, et d’autre part le modèle que représente son père à qui il voudrait ressembler.
Il raconte par exemple l’épisode suivant : en rentrant du travail aux champs, son père cueillait parfois pour lui des fruits et quand Yan Lianke les recevait, il courait les manger dans un coin de la cour sans jamais en donner à son père. En comparaison les sacrifices faits par son père lui apparaissent comme des miracles, par exemple quand ce dernier l’autorise à devenir soldat, dans le chapitre « Guerre », alors que son aide à la ferme serait précieuse.


Le narrateur considère en fait tous les membres de sa famille comme des exemples d’altruisme : son grand frère est dépeint dans le chapitre « Maladie » comme un martyr dans un passage qui ressemble presque à une parabole biblique. Sa sœur, très malade, est de son côté capable de taire pendant la période des fêtes la souffrance qui la ronge continuellement afin que ses parents oublient leurs soucis. Dans les autres nouvelles du recueil, c’est la piété de sa tante, ou encore l’amour inconditionnel de sa mère qui sont loués. Il juge être le seul vilain petit canard de sa famille, lui fils indigne qui a préféré s’engager dans l’armée et s’éloigner de sa famille, et qui n’a même pas trouvé le temps d’écrire un éloge funèbre à son père (c’est la fameuse « dette » qu’il déplore le plus, mais que ce livre contribue à résoudre).

Il est aussi constamment déchiré entre le système chinois dans lequel il doit s’occuper de son père, et le système occidental importé en Chine, celui de l’individualisme (voir extraits d’interview supra) ; en effet, son entrée dans l’armée puis son succès, d’abord en tant qu’écrivain officiel, puis en tant que voix de la contestation l’ont peu à peu écarté des réalités qui étaient celles de sa famille : travail de la terre, proximité avec la nature (voir le chapitre « Silhouette terrienne ») importance de la famille, religion (nouvelle « Ma tante et sa prière »…) simplicité dans le mode de vie…


Il est terriblement honteux d’être aussi loin maintenant de sa famille, qu’il y ait autant de distance entre lui aujourd’hui, écrivain occidentalisé, et le petit garçon qu’il était alors, qui n’avait jamais vu une grande ville (lire la nouvelle « Cet adolescent qui entrait dans Luoyang »), qui volait de l’argent à son père pour acheter des galettes de sésame sur le chemin de l’école…

Ce livre a donc une vocation triple, la première que j’ai déjà évoquée est très secondaire, et se retrouve dans tous les ouvrages de l’auteur, il s’agit de rendre compte des conditions de vie des paysans chinois (je rappelle qu’elles ont peu changé en 50 ans). La deuxième est de rendre à son père ce qu’il estime lui devoir : au minimum un éloge posthume, mais en fait bien plus que ça, des excuses sous la forme d’une nouvelle autobiographique. La dernière mais pas la moindre : se racheter auprès de toute sa famille, et de toute la société chinoise paysanne, laissée en marge de la transformation de la Chine ; dire à cette frange de la société dont il faisait partie étant petit qu’il ne les a pas oubliés, qu’il se souvient d’où il vient. C’est pour cette raison qu’il clôt son récit dans le chapitre « Conclusion » en disant qu’il souhaite se faire enterrer dans le lopin de terre qui lui est réservé à côté de son père, là où celui-ci avait dit : « plus tard Fake (le frère aîné de Yan Lianke) et Lianke seront enterrés là ».


Anne, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Liens

   http://www.rue89.com/hors-jeux/2008/08/24/linterview-yan-lianke-pas-de-pensee-independante-en-chine


 http://www.rue89.com/chinatown/2009/03/01/apres-deux-romans-interdits-un-livre-prime-du-chinois-yan-lianke


http://www.icilachine.com/reportages/interviews/1957-interview-yan-lianke.html

 

 

 

 

 

 

YAN Lianke sur LITTEXPRESS

 

 

Yan Lianke Bons baisers de Lénine

 

 

 

 Article de N. sur Bons baisers de Lénine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 07:00

Abe-Kobo-La-Femme-des-sables.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abe Kōbō
La Femme des sables
Titre original :

Suna no onna
Traduction du japonais
par Georges Bonneau
Stock, 1992

Rééd. livre de poche, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abe Kōbō, né à Tōkyō en 1924, était un écrivain reconnu au Japon. Il a passé son enfance à Mukden en Chine, où son père travaillait en tant que médecin, et c'est en 1943 qu'il est allé faire des études de médecine à Tōkyō. Par la suite, il obtint son diplôme de médecin, mais avec la promesse de ne jamais exercer. Se tournant vers la littérature, on le rattache dès son premier roman à des mouvements artistiques d'avant-garde. Puis il obtient le prix Akutagawa, le plus grand prix littéraire japonais, pour son roman Les Murs, paru en 1951. Par ailleurs, il a aussi écrit beaucoup d'œuvres théâtrales, qui connurent un certain succès auprès du public lors des représentations.

En plus d'être écrivain, il fut aussi militant communiste, et le resta même quand le mouvement commença à s'essouffler au Japon. Cela lui a permis de rencontrer des artistes d'avant-garde.

Avec son roman La Femme des sables, paru en 1962,  un certain nombre d'observateurs pense qu' Abe Kōbō a atteint son objectif en termes d'esthétique et de politique. Cela vient, selon eux, du fait que cette liberté d'imagination a enthousiasmé les lecteurs à l'époque où une État japonais contrôlait les idées, l'art et la littérature.

Cette œuvre a remporté le Prix du Yomiuri au Japon et le Prix du Meilleur Livre Étranger en France, et elle fut portée à l'écran par Hiroshi Teshigahara en 1964. Cela a inscrit définitivement l'œuvre en tant qu'élément-clef de la Nouvelle Vague Japonaise.
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Au début de La Femme des Sables, un homme part dans le désert, seul, étudier des insectes, pour assouvir sa passion de l’entomologie.

Ensuite, le ciel s'assombrissant, des villageois vont proposer à l'homme de l'héberger pour la nuit. Il accepte volontiers, les suit jusqu'à leur village perdu dans les dunes et descend dans une fosse où se trouve la maison de son hôte, entourée de murs de sable. Il fait ainsi la rencontre de la femme qui va le nourrir et l'héberger pour la nuit.

Ce n'est que le lendemain que l'homme, remarquant qu'il n'y a plus d'échelle pour sortir de la fosse, va comprendre qu'il a été fait prisonnier par les villageois. La femme lui apprend alors qu'il doit enlever le sable avec elle afin d'assurer leur survie.


Refusant avec véhémence cette situation grotesque, l'homme va chercher à s'échapper par tous les moyens.

« De la direction que j'allais prendre, je me suis gardé, et bien délibérément, d'informer quiconque... Au fait, ce parti pris de silence... était-ce donc, en moi, chose aussi simple...? Non, ça n'a pas été seulement, de ma part consciente, volonté de jouer à toute force du mystère.  Ç'a été que... Oui toute cette clique de soi-disant collègues avait vraiment la peau par trop couleur de cendre, de cette même cendre dont est faite leur quotidienne existence... Alors, pour les bien agacer, les pousser à bout, j'avais trouvé ce truc-là, à mes yeux le plus efficace d'entre les meilleurs. »

On comprend que si l'homme est parti dans le désert, ce n'est pas seulement pour étudier des insectes (pur prétexte de sa part), mais c'est aussi et surtout pour trouver une certaine liberté qu'il n'a jamais pu avoir auparavant. Dès cet instant, on peut voir le récit sous deux angles différents physique et mental.

La première dimension sera prédominante du début jusqu'à la moitié du récit. L'homme pense d'abord trouver une source de liberté en s'enfuyant vers le désert. Certes, physiquement, il la trouve, mais pas mentalement. Il ne cesse de ressasser son passé tout au long du récit :

« Dire qu'entre nous deux il n'y avait pas le moindre amour, ça serait mensonge. Simplement, de réciproques bouderies, l'impossibilité où j'étais d'être jamais sûr d'elle, des rapports plus ou moins ternes, sombres : cela, oui, c'est vrai... ».

Dans la fosse, l'homme doit trouver la liberté intérieure. Ici, on peut établir un lien avec le sable, motif omniprésent dans le récit qui en recèle par ailleurs beaucoup d'autres. Le sable s'infiltre partout, et dans la première partie du récit, l'homme va lutter contre lui, « autour des lèvres, à la base du nez qui, durci de sueur,s'était collé. Du dos de la main, il le racla et le fit tomber, tout en répétant, craintivement, ses clignotements »

Cette lutte contre le sable symbolise la lutte contre le destin. Pour trouver sa liberté intérieure l'homme doit  abandonner et accepter l'amour que lui porte la femme. Il doit coopérer avec l'un et l'autre :
 
« La lutte contre la condition  humaine est une lutte futile qui ne peut amener à la liberté intérieure, il faut accepter la vie et son absurdité. »

Cela ne peut que mieux exprimer la morale de cette histoire qui veut que, dans cette vie pourtant absurde, l'homme puisse trouver un but à son existence. But qu'il ne l’ait pas trouvé avant, car tout n'était que formalités.

 

 

 

Pour ma part, je n’ai vraiment apprécié l'œuvre dans toute son ampleur que lorsque j'ai saisi toute la symbolique qu'il y avait derrière ce récit, ce qui m'a permis de mieux comprendre la fin.
LaFemmedessables.jpg

 

Abe-Kobo-La-Femme-des-sables-1.jpg

 

 

 

Je conseille l'adaptation cinématographique d'Hiroshi Teshigahara (dont un plan est visible sur la première de couverture de l'ancienne édition du livre de poche), très fidèle à l'œuvre d'Abe Kôbô et dont les plans judicieux (sur le sable notamment) permettent d'appréhender au mieux les tourments qui affectent l'homme.

 

 

 

 

 

 

Guillaume G., 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Abe Kōbō sur LITTEXPRESS

Abe Kobo Cahier Kangourou

 

 

 

 

 Article de Mélanie sur Cahier Kangourou.


 

 

 

 

 

 

Abe Kobo, La Femme des sables

 

 

 

 

 

Article de Florian sur La Femme des sables.

 

 

 

 

 

 

 

 


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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 07:00

Choi Kyu-sok l'amour est une protéine 

 

 

 

 

 

 

 

CHOI Kyu-sok
L’amour est une protéine
traduit du Coréen
par Baek Hye-ri
Casterman
Collection « Hanguk » , 2006
 

 

 

 

 

La collection « Hanguk »

a été lancée par Casterman

dans l’optique de mener
une politique éditoriale d’auteur
autour du manhwa.

 

 

 

 

 

 


Choi-Kyu-sok-copie-1.jpgQuelques mots sur l’auteur
 
Dessinateur Sud-Coréen né en 1977, Choi Kyu-sok a terminé ses études de bande dessinée à l’université de Sangmyeong en 2003. Il a, cela dit, été remarqué dès 1998 lorsqu’il a obtenu la médaille d’or du Concours des jeunes dessinateurs organisé par la maison d’édition Seoul Munwhasa, devenant ainsi un des auteurs émergents dans l’art du manhwa. Lors du Festival International de la Bande Dessinée organisé par Dong-A LG en 2002, il a ensuite décroché un grand prix dans la catégorie caricature.

En 2003, après la parution remarquée de Nouilles Tchajang, adaptation d’un roman écrit par le Coréen Ahn Do-hyun, il a reçu le prix du Président de la République récompensant les talents les plus prometteurs du XXIe siècle.

Il est membre du trio de dessinateurs de manhwas « Métamorphose en trois étapes », et enseigne dans un lycée professionnel spécialisé dans le dessin animé.

[sources : wikipédia, « L’amour est une protéine », mangakana.com]

 

Le manhwa

« Manhwa (prononcer man-houa) est le nom donné à la bande dessinée en Corée. On l'utilise à l'étranger pour désigner la bande dessinée coréenne. Part importante de la culture coréenne, le manhwa est très dynamique et se décline sous de nombreuses formes : papier, internet et téléphone mobile. La Corée du Sud est aujourd'hui l'un des premiers pays producteurs de bandes dessinées. Un auteur de manhwa est appelé un manhwaga. »

[Source : http://www.manga-the.com/definition-des-termes]

 

Les différentes intrigues

L’amour est une protéine est un manhwa composé de six nouvelles.
Choi Kyu-sok planche 1 L'Amour est une protéine-copie-1

Dans « L’amour est une protéine », trois colocataires commandent un poulet. Le livreur, un coq ruiné, est contraint de sacrifier son poussin pour honorer la commande.

 

Choi Kyu-sok planche 2 Cocaman-copie-1
Dans « Cocaman », Lee Dong-Wook, un premier de la classe un peu chahuté par ses camarades, décide de manipuler Cocaman, un grand dadais costaud et un peu simplet fan de coca-cola, pour en faire une arme de défense.

Dinosaure Dooly cherche à trouver du soutien pour sauver son ami Downer l’extraterrestre d’un kidnapping, mais personne ne souhaite le suivre.

« Léviathan » commence avec un roi qui règne en toute bonne humeur et bonne chère sur un royaume peuplé d’affamés dont il est déconnecté. Un révolutionnaire émerge du peuple, fomente un coup d’état et le renverse. Il part à la recherche d’une alternative à cette royauté, et se laisse berner par un « sage » qui le convainc d’adopter le « Léviathan ». Sorte de « big brother », ce dernier prend le pouvoir et applique une dictature « nouvelle formule », où tout le monde est officiellement heureux.

Dans « Ma décision », Jin-Suk, un jeune caïd, fait la loi dans son lycée. Seul un individu le fait flancher à chaque fois : Jung-Hoon, un des membres de sa bande qui s’interpose dès qu’il mène une action cruelle.

« Aiguille de pin » dépeint selon le schéma classique un village au sein duquel l’autorité de la famille-chef se base sur l’entretien d’une fausse croyance en une divinité. Il faudrait s’y soumettre et lui vouer un culte pour assurer la survie de tous. Sol, jeune fils de cette même famille-chef, découvre l’invalidité de cette croyance et décide, d’abord en toute insouciance, d’en faire part au reste de la tribu.

 

Des récits localisés portant une peinture globale de la condition humaine

Ces nouvelles ont pour point commun de proposer un regard pour le moins pessimiste sur la société dans laquelle évoluent leurs personnages : un monde misanthrope, autoritaire, sadique, peuplé d’individus sans scrupules, voire tout simplement fous, ou qui du moins parviennent habilement à se mentir de manière à pouvoir faire endurer à d’autres d’intenses douleurs sans pour autant s’en culpabiliser outre-mesure.

Un tableau empreint de noirceur qui a priori dépeint les vices de la société coréenne, mais qui peut aisément s’appliquer aux sociétés occidentales, voire aux sociétés humaines de manière générale. Il ne s’agit pourtant pas d’une description globale desdites sociétés : cette analyse parvient toujours à se réaliser dans des lieux, époques et contextes très particuliers, locaux. Dans la plupart des nouvelles, l’action prend place en ville : dans une société imaginaire dans la nouvelle « Léviathan », et au sein d’une société primitive dans la nouvelle « Aiguille de pin ».

Si ces situations localisées parviennent à revêtir un caractère universel, c’est parce que le lien est en permanence maintenu entre attitudes et choix individuels, et schéma sociétal global. C’est le caractère intrinsèquement mauvais des humains qui mène à des situations générales monstrueuses. Le monde semble voué à l’atrocité parce qu’elle coule dans les veines mêmes des êtres qui le constituent. L’ordre social semble s’y maintenir grâce à une manipulation des individus qui s’opère grâce à leur médiocrité intellectuelle. Ils sont ainsi souvent amenés à construire eux-mêmes cette situation sociale calamiteuse.

Dans « Léviathan », par exemple, on parvient dans un premier temps à faire accepter aux habitants du royaume une autorité présentée comme naturelle. Cette autorité amène une privation de liberté pour les individus, qu’on leur fait accepter avec aisance grâce à l’efficace argument de « la recherche du bonheur collectif », argument que l’on peut retrouver dans nombre de discours politiques ayant jalonné l’histoire humaine.

Les médias ne jouent pas dans ce recueil de rôle reluisant : publicité dans « L’Amour est une protéine », dessins animés ou jeux vidéos dans « Cocaman », buzz télévisuel dans « Dinosaure Dooly », propagande dans « Léviathan » et « Ma décision »… Dans la plupart des cas, ils contribuent à l’aliénation des individus.

On rencontre pourtant systématiquement dans ces nouvelles au moins un personnage qui tente de résister au rouleau compresseur d’une cruauté humaine convaincue de son bon droit. Cela en fait une figure attachante, du moins émouvante, même si souvent impuissante et largement dépassée par les événements. Ce personnage semble ainsi exister, non pas pour rassurer le lecteur ou le faire croire en la possibilité d’un happy-end, mais pour incarner une goutte d’humanité et de sensibilité dans l’océan de cette société dure, amère, blasée.

 

Ces six nouvelles s’articulent généralement en deux temps : un passé et un présent, ou un présent et un futur. Le temps qui intervient en second lieu voit presque systématiquement se dérouler un scénario, une situation encore plus déplorables qu’à l’époque précédente. Même si les situations initiales sont parfois peu joyeuses, un individu ou événement pivot, central, permet parfois d’espérer un mieux, mais aboutit quasi irrémédiablement à une fin encore plus sombre.

 

Aspect visuel de l’œuvre
Choi Kyu-sok planche 2 L'Amour est une protéine
 L’ensemble du recueil se caractérise par un trait précis et des angles de vue variés, quasi cinématographiques : plan large, zoom, plongée, contre plongée, onomatopées, effets visuels de mouvement, viennent nourrir les différents récits de Choi Kyu-sok. Le travail des couleurs, ainsi que le dessin des personnages humanoïdes à têtes d’animaux de l’Amour est une protéine (dont un figure en couverture), amènent un rendu à la fois subtil et efficace, qui n’est pas sans faire penser à la série Blacksad.

L’esthétique des six nouvelles est cependant nettement diversifiée, tant et si bien que l’on pourrait croire à un recueil collaboratif. Les planches de « Léviathan » semblent avoir été réalisées à la peinture à l’huile (l’image du Léviathan couronné p. 101 n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’huile sur toile du Pape Innocent X réalisée par Velasquez en 1650). Celles d’ « Aiguille de pin » s’apparentent davantage à de la gravure sur bois, et celles de « Cocaman » et « Dinosaure Dooly » à un travail au crayon. Choi Kyu-sok nous propose ainsi une intéressante démonstration de la maîtrise qu’il a développée de son art.

Ce manwha constitue ainsi une œuvre particulièrement riche, jalonnée de diverses subtilités visuelles, narratives et métaphoriques.


Camille, A.S. Bib.-Méd.
 

Informations annexes

« Les personnages des colocataires du récit « L'Amour est une protéine » réapparaîtront dans un autre manhwa de Choi Kyu-sok, Le marécage, sorti en 2005.

Le récit « Cocaman » a gagné le Grand prix catégorie « caricature » lors du Festival international de la bande dessinée organisé par Dong-A LG en 2002.

Le récit « Aiguille de pin » a reçu la médaille d'or du concours des jeunes dessinateurs dans la catégorie « manhwa pour adultes » organisé par la maison d'édition Seoul Munhwasa en 1998.

Le récit « Dinosaure Dooly » est un hommage à un héros célèbre en Corée du Sud, « Dooly le petit dinosaure », […] créé en 1981 par Kim Su-jeong, qui signe la postface du récit. Le titre original du manhwa est d'ailleurs « Triste hommage à Dooly le dinosaure. »


 

 

 

 


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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 07:00

Hans-FalladaSeul-dans-Berlin.gif


 

 

 

 

 

 

 

Hans FALLADA
Seul dans Berlin
 Titre original : 
Jeder stirbt für sich allein
Traduit par

A. Vandevoorde et A. Virelle
Paru en 1947 en Allemagne
Puis en France chez Plon en 1967
Denoël, 2002
Gallimard (Folio), 2004

 

 

 

 

 

 

 

Hans Fallada

Seul dans Berlin, « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie » selon Primo Levi est le dernier roman d’Hans Fallada. Celui-ci, considéré comme l’un des plus grands écrivains allemands du XXe siècle, laisse une trentaine d’ouvrages derrière lui dont plusieurs sont traduits en français. Rudolf Ditzen dit Hans Fallada (ce pseudonyme fait référence à deux des personnages des contes des frères Grimm) est né en 1893 en Poméranie dans une famille aisée. En conflit avec son père dans son enfance, il est arrêté et interné dans une clinique psychiatrique à 18 ans après avoir tué son ami Hans Dietrich von Necker lors d’un duel. Il abandonne ses études et travaille successivement dans l’agriculture, l’édition et le journalisme tout en continuant d’écrire. Il mène une vie mouvementée et rencontre plusieurs problèmes. En effet ses succès littéraires vont être ponctués de cures de désintoxication et de séjours en prison.

Son premier succès a lieu en 1931 avec son roman Paysans, gros bonnets et bombes (Bauern, Bonzen und Bomben), puis l’année suivante Et puis après (Kleiner Mann, was nun ?) étend sa notoriété au-delà des frontières allemandes. L’auteur fait là une critique de la société allemande de l’entre-deux-guerres. Avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Hans Fallada augmente sa production mais se consacre à une littérature plus distrayante que critique afin de bénéficier de la tolérance du régime nazi. Il écrit en 1944 Le buveur (Der Trinker), un roman qui rappelle le parcours de l’auteur dans lequel il évoque son parcours d’alcoolique et de morphinomane depuis sa jeunesse.

Hans Fallada dresse des romans fidèles de la société allemande de l’entre-deux-guerres en mettant en scène la vie des petites gens. C’est ce qui fait de Seul dans Berlin une œuvre de fiction romanesque assez plausible pour prendre aussi une valeur de témoignage.

 

Un roman

Ce roman, dont le titre original est « Chacun meurt seul », est fondé sur l’histoire réelle d’Otto et Elise Hampel, exécutés pour actes de résistance et dont le dossier de la Gestapo a été transmis à Hans Fallada après la guerre.

L’œuvre se divise en quatre parties. Dans la première, Hans Fallada semble construire assez lentement son roman avec une présentation bien ficelée des personnages et du contexte. Seul dans Berlin raconte la vie de gens ordinaires d’un immeuble dans Berlin, rue Jablonski au moment où les nazis fêtent leur victoire en France. Du sous-sol au troisième étage, et à travers les histoires des habitants de cet immeuble, Hans Fallada nous raconte comment tous ces personnages parviennent à vivre ou survivre sous le régime d’Hitler. On fait alors au fil des pages la rencontre avec Frau Rosenthal, une veuve juive, la famille Persicke, tous nazis convaincus, l’ancien magistrat Fromm, Emil Borkhausen, profiteur et voleur ainsi que le couple d’ouvriers Otto et Anna Quangel. C’est sur ce couple, plus précisément, que l’auteur se concentre. Mais d’autres personnages interviennent dans le roman tels que le commissaire Escherich de la Gestapo ou Eva Kluge, postière et membre du Parti qui va apporter la triste nouvelle de la mort de leur fils unique aux Quangel. C’est à partir de là que débute la dynamique romanesque car les Quangel, désespérés par la mort de leur fils vont décider de se lancer dans une lutte contre le nazisme et le Führer en écrivant des cartes postales de contre-propagande qu’ils vont abandonner dans les cages d’escalier des immeubles de Berlin. « En les voyant passer personne ne les soupçonnerait de disséminer régulièrement des cartes postales appelant les Allemands à la résistance dans des cages d’escaliers choisies au hasard… »

La seconde partie s’apparente à une enquête policière durant laquelle le commissaire Escherich est chargé de retrouver celui qui ose disséminer dans Berlin des messages qui insultent le IIIe Reich. Par ce biais nous découvrons les méthodes de la Gestapo : corruption, chantage violence… dans un cadre parfaitement hiérarchisé. L’enquête fonctionne selon l’effet papillon en ouvrant de multiples pistes au commissaire. Toutes s’avèrent fausses jusqu’au jour où les Quangel commettent une faute qui resserrera l’étau autour d’eux d’un seul coup. Fallada dépeint alors cette société dans laquelle priment l’égoïsme pour sauver sa peau, la folie normalisée où chacun a sa place et la peur. La peur de dire, de lâcher un mot, un nom de trop lors d’un banal interrogatoire de routine.

Enfin les troisième et quatrième parties érigent progressivement le couple en héros de la résistance antinazie bien qu’en réalité les cartes postales aient quasiment toutes atterri à la Gestapo sans avoir été lues par ceux qui les ont ramassées tant la peur de la répression était forte. Quangel et sa femme sont évidemment condamnés, lui à la peine capitale et elle à la prison. Les fréquentations des Quangel sont aussi arrêtées et certaines exécutées. Mais cet acte de résistance finalement inutile mettra toutefois en valeur d’autres types de résistances à travers par exemple le conseiller Fromm qui héberge des juifs ou Eva Kluge qui adopte le fils abandonné de Borkmann. C’est ici l’héroïsme que Fallada a voulu mettre en valeur, de personnes qui en temps normal seraient des individus ordinaires et qui en temps de troubles ont choisi de résister.

«  – … Vous avez résisté au mal, vous et tous ceux qui sont dans cette prison. Et les autres détenus, et les dizaines de milliers des camps de concentration… Tous résistent aujourd’hui et ils résisteront demain.

Oui et ensuite, on nous fera disparaître ! Et à quoi aura servi notre résistance ?

A nous, elle aura beaucoup servi, car nous pourrons nous sentir purs jusqu’à la mort. Et plus encore au peuple, qui sera sauvé à cause de quelques justes, comme il est écrit dans la Bible. Voyez-vous Quangel, il aurait naturellement été cent fois préférable que nous ayons eu quelqu’un pour nous dire : " Voilà comment vous devez agir. Voilà quel est notre plan. " Mais s’il avait existé en Allemagne un homme capable de dire cela, nous n’aurions pas eu 1933. Il a donc fallu que nous agissions isolément. Mais cela ne signifie pas que nous sommes seuls et nous finirons par vaincre. Rien n’est inutile en ce monde. »

 

Un témoignage

Ce roman permet de se représenter la réalité de la vie à Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le style est littéraire et les descriptions précises, notamment dans l'évocation du fonctionnement de la police de l’époque. Fallada écrit avec réalisme et parvient à suggérer l’inquiétude et l’angoisse, à créer une atmosphère qui rend la fiction suffisamment plausible pour qu’elle puisse prendre une valeur de témoignage. En effet, ce roman social dépeint des péripéties dramatiques qui incitent à se laisser captiver, des moments plus drôles lorsque Borkhausen se prend lui-même à ses propres entourloupes, ainsi qu’un certain suspense pour savoir si oui ou non la Gestapo va finir par arrêter les Quangel. Le climat et les mentalités sont habilement rendus. Mais Fallada essaye de rendre également compte des délations, des menaces, des chantages et des pressions qui ont fait le quotidien des habitants berlinois sous le IIIe Reich.

Ce roman donne à comprendre de l’intérieur comment a fonctionné le régime nazi et l’immeuble de la rue Jablonski devient à lui seul un échantillon représentatif de tous les comportements qui ont pu exister durant cette période. Il n’y a aucun héros ni coup d’éclat dans cette histoire, puisque même les Quangel entrent en résistance en tant que simples gens plutôt pour se venger de la mort de leur fils que par réelle idéologie. L’auteur est témoin de l’intérieur et décrit l’engrenage des comportements face à la peur d’où découlent plusieurs attitudes possibles : la résistance, la lâcheté, la collaboration, la passivité, la délation, la paranoïa… Chacun s’observe, se jauge, à la limite du défi. Quel comportement adopter lorsque la terreur nous ronge en permanence ? Cet aspect moral met à nu l’âme humaine. La plupart du temps c’est l’égoïsme qui gagne et Fallada n’essaye pas de la cacher. Cependant il a voulu mettre en avant l’héroïsme de quelques-uns qui à travers leurs petits actes ont participé à leur façon à la chute de l’Empire d’Hitler.

En filigrane, Fallada se pose la question de savoir pourquoi la résistance ne s’est pas organisée en Allemagne sur une échelle comparable à celle des autres pays. En France, quand on luttait contre les nazis, on était un résistant à l’ennemi. En Allemagne, quand on faisait la même chose, on était un traître à la nation. L’auteur met cela sur le compte tout d’abord du lien puissant qui lie l’Allemand de l’époque au pouvoir et de la discipline germanique, puis sur celui de la lâcheté qui a affligé Borkhausen notamment, le désir de vivre même si cela doit en coûter aux autres.

 

Élisa Langdorf, 1ère année édition/librairie

 

 

 

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 07:00

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MURAKAMI Ryū,
Parasites

(Kyoseichu)
Roman traduit du japonais
par Sylvain Carbonnel
Edition Philippe Picquier, 2002
Edition Philippe Picquier poche, 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Murakami Ryū est né le 19 février 1952 à Sasebo (dans la préfecture de Nagasaki). C'est un écrivain et cinéaste japonais à ne pas confondre avec son confrère  Murakami Haruki (ils n'ont aucun lien de parenté).

Murakami Ryū est l'auteur prolifique d'une trentaine de livres dont les plus célèbres sont Bleu presque transparent (qui a reçu le prix Akutagawa en 1976),  les Bébés de la consigne automatique (1980) et Parasites. Il a également reçu le prix Yomiuri en 1998 pour  Miso Soup.

 

 


Bibliographie

Bleu presque transparent (限りなく透明に近いブルー, 1976)

La Guerre commence au-delà de la mer (海の向こうで戦争が始まる, 1977)

Les Bébés de la consigne automatique (コインロッカー・ベイビーズ, 1980)

1969 (シクスティナイン, 1987)

Topaze et autres nouvelles (トパーズ, 1988)

Raffles Hotel (ラッフルズホテル, 1989)

 Ecstasy (エクスタシー, 1993)

Kyoko (1995)

Love & pop (ラブ&ポップ, 1996)

 Miso Soup (イン ザ・ミソスープ, 1998)

Lignes (ライン, 1998)

 Melancholia (メランコリア, 2000)

 Thanatos (タナトス, 2001)



L'œuvre du Murakami

L'œuvre de Murakami est extrêmement sombre et désespérée. Elle reflète cette société japonaise où les individus sont isolés, perdus dans le monde de l'internet (Parasites), où des enfants sont isolés dans l'immensité des métropoles (comme dans  les Bébés de la consigne automatique), des exclus vivent en marge, parfois de prostitution (Miso Soup).

Murakami revisite et analyse son temps et l'histoire, celle du vrai Japon, pas si glorieuse. Il aborde les thèmes de la surconsommation, de la violence gratuite, de l'abandon des traditions, de la rupture des liens affectifs et sociaux. Murakami donne à lire une œuvre complexe, désordonnée mais encore inachevée.

C'est peut-être Parasites qui résume à lui seul cette œuvre. Un jeune homme, de ceux qui sont en complète rupture avec école et famille et ne communiquent plus qu'à travers Internet, pense qu'un ver est entré dans son corps. Il prend contact avec une organisation qui va le pousser à commettre des meurtres. Internet qui isole mais qui entraîne aussi vers l'autre, y compris pour le détruire.

 

 

 

 

Résumé

 

Uehara est ce qu'on appelle un  hikikomori. Il vit reclus dans son appartement avec pour seuls contacts sa mère qui vient de temps à temps lui apporter de quoi vivre et son médecin.

Un jour, cependant, Uehara décide de se connecter à Internet avec l'ordinateur que lui a offert sa mère. Sur le site d'une journaliste qu'il admire, il entre en contact avec une étrange organisation nommée INTER-BIO. Uehara leur confie son secret, un secret fou, en effet : Uehara pense être possédé par un étrange insecte depuis son enfance. Ce mystérieux insecte dont personne n'a entendu parler aurait pris possession de lui le jour où il rendait visite à son grand-père mourant à l'hôpital. Depuis ce jour, Uehara déclare être dans l'impossibilité de sortir de chez lui.

Dans ce roman de Murakami Ruy, Internet est omniprésent et joue un rôle à double tranchant : comment cet outil de communication peut-il conduire un être à une rupture totale avec la société, provoquer chez lui de sérieux troubles psychiques, le trasformer en un tueur sans remords ?




Analyse

Parasites retrace l'évolution (ou la chute ?) d'un personnage caractéristique de la société japonaise, caractéristique mais qu'on veut oublier : l'hikikomori. Uehara, d'abord enfermé chez lui, sans contact, finit par s'ouvrir au monde grâce à Internet. C'est en soi positif mais Internet est ici à double tranchant.

« Un formidable outil de communication, pensa-t-il. Inutile d'apparaître à visage découvert, le lecteur reste un parfait inconnu […] Il était inutile de tendre l'oreille pour écouter son interlocuteur ni d'avoir, en retour, à entendre sa propre voix. Inutile de dévoiler son identité – il pouvait être n'importe qui – et il était impossible de connaître l'identité réelle de ses correspondants. On pouvait enfin exprimer librement ses opinions ou ses pensées par des messages anonymes » (page 13-14)

Uehara, plongé dans son univers fantasmagorique, raconte l'histoire folle et improbable de ce mystérieux insecte. INTER-BIO lui sert un explication complètement inventée de ce ver khoslocatère avec l'aide de pages internet présentant des rapports scientifiques, historiques, ethnologiques. Ce parasite choisirait son porteur et ce dernier – possédé par lui – deviendrait ainsi un dieu tout puissant, élu, pouvant détruire, tuer, massacrer qui il veut.

« Il existe aussi certaines espèces ou groupes programmés pour disparaître d'eux-mêmes afin de préparer l'avènement de modes de vie biologiquement supérieurs. […] Le ver khoslocatère est l'annonce d'un nouvel espoir pour cette espèce qui a programmé son propre anéantissement. Les êtres humains dont le corps a été choisi pour abriter le ver khoslocatère ont reçu de Dieu le droit de tuer, de massacrer ou de se suicider » (pages 100-101).

Est-ce vrai ? Est-ce un mensonge ? Ici, ce n'est pas le plus important ; ce qui l'est, c'est qu'Uehara y croit. Grâce à l'explication de son état, Uehara reprend confiance en lui et commence enfin à sortir sans avoir peur. Mais il se pense investi d'une mission importante donnée par ce ver parasite : assassiner les personnes indignes.

 

 

Deux rencontres majeures.

Tout d'abord, INTER-BIO, étrange organisme qui paraît d'abord tout à fait normal, devient peu à peu menaçant et animé de mauvaises intentions. Les personnes se faisant passer pour INTER-BIO, comme on l'apprend au fil du roman, sont au final aussi seules qu'Uehara. Leur but : détruire sciemment des personnes fragiles comme Uehara en les poussant au suicide ou au meurtre (encore mieux : les deux).

Une autre rencontre importante survient lors d'une des premières sorties d'Uehara. En allant au drugstore faire de petites courses, le jeune homme rencontre une femme, folle, qui parle seule, rejetée par les autres. Bien décidé à la tuer, il finit par être invité chez elle pour un thé. Cette femme, délirante, croit voir en lui son fils disparu. Uehara n'ose pas la contredire et la laisse délirer en cherchant un moyen de la tuer proprement.

 

Elle va cependant renverser la situation en lui montrant un vieux film japonais de la Seconde Guerre mondiale. Ce film documentaire montre à Uehara des images diverses : d'enfants japonais à l'usine, d'étranges soldats avec des masques à gaz sur le visage, de troupes militaires, de suicides collectifs à l'arrivée de l'ennemi, de massacres... Et là, on bascule dans l'irréalité, le femme répète sans arrêt à Uehara : « regarde, c'est toi ! », « regarde, c'est toi ! » Et il finit par assimiler ces images comme faisant partie de son passé et de son caractère. On peut assimiler cette femme à un guide spirituel ; du moins c'est ce que Uehara pense car elle a provoqué en lui des visions et a fait parler le ver vivant dans son corps.

« Elle a essayé de m'enseigner la guerre et la mort. Elle m'a enseigné que la réalité était mensonge et que la vraie réalité était sur cet écran parmi ces images de mort et de massacre » (pages 189-190).

« C'était grâce au film que lui avait montré cette femme qu'il avait pu conserver son sang-froid lorsque ces types étaient morts devant ses yeux. En lui montrant le passé, elle lui avait annoncé les événements à venir. » (page 385).

C'est en ayant connaissance de ce nouveau chemin à prendre que Uehara met en place un plan pour se venger d'INTER-BIO.

 

 


L'ambivalence d'un titre au service de l'histoire

Le titre original est Kyôseichu (共生虫). Ce terme ne peut pas se traduire par « parasite » ; en effet, en Japonais, Kyôseichu signifie « symbiote » (organisme qui vit en symbiose avec un autre, la symbiose étant une association indissoluble et durable entre deux espèces dont chacune tire bénéfice.) Un symbiote n'est pas un parasite à proprement parler car un parasite est être qui se nourrit, vit aux dépens d’autrui au risque de le tuer sans que l'autre en tire bénéfice.


Mais alors pourquoi traduire Kyoseichu par Parasites et pas Symbiotes ? Si on va plus loin dans l'analyse du terme japonais, on se rend compte que le mot même de Kyôseichu a une double signification. D'abord « symbiote » mais si on découpe le mot en deux : kyosei veut dire « castration » et chu « insecte ». Le titre joue de cette double signification auprès du lectorat japonais, chose impossible avec une traduction française. Et cette polysémie est mise en relief dans l'œuvre de Murakami :

 

 

 –  Kyoseichu, c'est d'abord internet, à la fois outil devenant indispensable, au service des individus mais pouvant parasiter la vie, comme on peut le voir dans ce roman.

–  C'est aussi INTER-BIO, cette organisation qui vit pour détruire mais qui a besoin d'autrui pour exister.

–  Et c'est ce ver : symbiote ou parasite ? D'un côté il aide Uehara à sortir, à devenir lui-même, d'un autre il le force à tuer, à agresser.

–  Uehara lui-même, au début de l'histoire, est un parasite pour la société, inutile, désaxé, mais, à la fin du récit, pense être en osmose avec elle, croit avoir trouvé le moyen de la rendre meilleure.

 

 


L'écriture et l'intertextualité

La première chose à savoir, c'est que le lecteur est plongé directement dans l'esprit du narrateur, Uehara. En effet, on suit tout le développement de sa pensée, ses ressentis sur telle ou telle chose, ses interrogations, ses problèmes, ses difficultés. L'auteur utilise des phrases courtes, simples, comme si Uehara écrivait lui-même son journal à la troisième personne. Le tout est très imagé, plein de couleurs, d'odeurs, d'associations d'idées, de métaphores originales.

Ce qui est aussi saisissant dans ce récit est l'intertextualité. En effet, le récit est entrecoupé de longs paragraphes reproduisant les dossiers entiers sur le ver khoslocatère qu'Uehara a trouvés sur Internet, les mails échangés avec INTER-BIO dans leur intégralité, les nombreux témoignages de la Seconde Guerre mondiale également trouvés sur internet et que Uehara lit. C'est cette omniprésence d'informations, de témoignages qui met en relief la réalité du récit pour mieux replonger dans la folie de la situation.

Par exemple, dans un premier temps, le dossier historique sur l'existence du ver est présenté d'une telle façon que l'on ne peut qu'y croire. Tout semble juste, plausible au niveau des dates, des coutumes anciennes des peuples. L'auteur s'amuse, à partir de faits réels, à insérer sa petite touche imaginée au service du récit. La réalité bascule dans l'imaginaire et le mensonge sans que le lecteur en soit forcément conscient immédiatement.



Mon avis

Parasites n'est peut être pas le bon roman si on veut débuter dans la lecture de l'œuvre de Murakami Ryū. Pour apprécier tous les arguments développés dans Parasites, pour s'imprégner de l'ambiance du récit, je pense qu'il faut déjà avoir une idée (même petite) de l'univers de l'auteur.

Parasites est l'un des romans de Murakami Ryū que je préfère, car il faut en faire une deuxième lecture pour en dégager les enjeux. S'arrêter à ce que dit le narrateur, c'est juste plonger dans l'histoire d'un grand malade manipulé et manipulable. Mais c'est en lisant entre les lignes qu'on se rend compte de la richesse de ce roman et des réflexions développées par l'auteur sur notre société, vouée selon lui à disparaître.

« Les individus contraints de vivre "en retrait du monde" refusent probablement ce monde de fausse espérance » (Murakami Ryû, dans la postface de Parasites).

 

 

 

Laure Liarçou, 2e année Ed.-Lib.

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


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Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 07:00

Hanawa Kazuichi contes-du-japon-d-autrefois











 

 

 

 

 

HANAWA Kazuichi
Contes du Japon d’autrefois
Traduit du japonais
par Pascale Simon
Commentaires
par Rumiko Takahashi
Kana, collection Sensei, 2008














hanawa-kazuichi.jpgQuelques mots sur l’auteur

Hanawa Kazuichi est né le 17 avril 1947 au Japon, dans le département de Saitama à Yorii. Il débute sa carrière de mangaka en 1971 en publiant le manga Kan no Mushi dans le magazine Garo. Ses œuvres de l’époque (Kikan, Niku yashiki…) sont influencées par Yoshiharu et l’eroguro : c’est un mouvement artistique japonais qui mêle l’érotisme à des éléments macabres et grotesques. Certains artistes de ce mouvement se revendiquaient de Georges Bataille ou du Marquis de Sade.

Hanawa-dans-la-prison.jpg

 

 

ax.jpgDans les années 80, son style évolue. Il développe un intérêt pour le moyen-âge japonais, les histoires se référant au bouddhisme, aux légendes et aux créatures imaginaires. En 1994, il est arrêté pour détention illégale d’armes à feu. Il est condamné à trois ans de prison, période pendant laquelle il écrit Dans la prison. Il fut publié en 1998 dans le magazine Ax et eut un immense succès. Dans la prison est publié en France chez Ego comme X.


 

 

 

 

 

 

Résumé de l’œuvre

Ce one-shot est un recueil de dix anciennes légendes qui sont reprises ou revisitées par l’auteur :

« Le moineau à la langue coupée »
« Urashima Tarō »
« Le Mont-qui-crisse »
« Le bonhomme comme un pouce »
« Le vieil homme qui faisait fleurir les arbres »
« Dame Courge »
« Momotarō »
« Le vieil homme qui avait perdu sa bosse »
« La bataille des singes et des crabes »
« Dame Kaguya »
« Conte du Japon du futur »

 

Hanawa-Kazuichi-Contes-du-japon-d-autrefois-pl.jpg

 

Voici le résumé des deux premiers contes ainsi qu’un lien vers la légende dont s’est inspiré l’auteur pour chacun d’eux :

 

 

« Le moineau à la langue coupée »
 
Une jeune fille vit avec une vieille dame qui la maltraite. Cette dernière se plaint des oiseaux de son voisin, un vieil homme ; ils viennent faire des saletés sur les vêtements qu’elle met à sécher. Pour s’excuser, le vieil homme donne à la jeune fille une calebasse dorée remplie de riz et qui ne se vide jamais. De retour chez elle, la veille dame essaye la calebasse mais rien ne sort. Furieuse, elle décide de couper la langue d’un moineau, qu’elle avait attrapé plus tôt dans la journée, afin de se venger du vieil homme. Quelque temps plus tard, la jeune fille rencontre le vieil homme dans la montagne. Tous deux font la rencontre du moineau à la langue coupée qui les invite à un banquet. Avant de repartir il leur donne un panier contenant des objets précieux. Jalouse, la vieille femme décide de partir dans la montagne pour trouver le trésor des moineaux. Elle tombe sur une grotte pleine d’un trésor. Mais elle appartient à des bandits qui, voyant la vieille femme tenter de voler leur butin, la tuent.

 La légende du moineau à la langue coupée dont s’est inspiré l’auteur.
 


« Urashima Tarô »

Une jeune fille vit dans un village au bord de la mer et s’occupe d’un jeune veau, Kuro. Son grand-père doit s’en séparer afin d’en avoir un plus vieux. En parallèle de cette histoire, un homme, Urashima Tarō, revient au village mais il ne reconnaît rien ni personne. Personne ne semble se souvenir de lui. Dépité, il ouvre la boîte que lui avait donnée une princesse de l’océan : il se met d’un seul coup à vieillir. Alors il se rend compte que le temps est passé plus vite qu’il ne le pensait pendant qu’il était dans le royaume sous-marin. N’ayant plus rien qui le rattache au village, il décide de retourner dans le royaume sous-marin. Pendant ce temps, la jeune fille cherche un moyen de ne pas vendre son veau Kuro. Ce dernier bouscule la boite d’Urashima Tarō et se transforme en un magnifique taureau. Voyant cela, la jeune fille retourne en courant au village, heureuse de ne pas avoir besoin de vendre Kuro.

 La légende d’Urashima Tarō dont s’est inspiré l’auteur.


Analyse

Dans chacun de ces contes, le même schéma se répète : une jeune fille d’une dizaine d’années environ mène une existence assez misérable mais un événement surnaturel vient bouleverser sa vie qui devient meilleure. Kazuichi-Hanawa-n-b.jpgL’élément surnaturel est toujours facilement accepté par les personnages, qui ne se posent aucune question : par exemple, dans le conte « Urashima Tarō », lorsque le veau devient un taureau, la jeune fille n’est même pas surprise de cette transformation ; elle est simplement heureuse. De plus, on remarque que cet élément surnaturel relève le plus souvent de la science-fiction : souvent, c’est un petit personnage qui fait son apparition et change le quotidien de la jeune fille ; on remarque que ce personnage ressemble parfois à un Martien (voir l’image ci-contre tirée du conte « Le bonhomme haut comme un pouce »). Cela constitue une différence importante avec nos contes occidentaux où le surnaturel réside souvent dans la présence de fées, sorcières… bref plutôt le monde de la magie, du fantastique. On se rapproche ici davantage du monde de la science-fiction avec ces personnages ressemblant à des extra-terrestres. Ces contes japonais semblent plus modernes, plus en avance sur leur époque que nos contes occidentaux ; ils sont en même temps moins enfantins mais cela est dû aussi à la démarche de l’auteur qui a repris des légendes japonaises pour les réécrire à sa façon.

Concernant le graphisme, Hanawa Kazuichi dessine un peu à l’ancienne. Beaucoup comparent son style à celui des estampes japonaises : on retrouve le même souci du détail surtout dans les paysages.



Mon avis

J’ai bien aimé ce recueil mais il m’a fallu plusieurs lectures pour comprendre certains contes, entrer dans cet univers fantastique si différent de nos contes occidentaux. On en apprend beaucoup sur les anciennes croyances japonaises ainsi que sur le Japon du moyen-âge. Quant au dessin, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu du mal à entrer dans ce recueil : il y a un certain souci du détail concernant les différents paysages mais les personnages semblent un peu tasser sur eux-mêmes ; il est vrai que la plupart sont des paysans qui mènent une vie dure ; il est donc normal qu’ils ne soient pas représentés comme étant en pleine forme, mais certains ont l’air un peu brouillon ; l’héroïne est dessinée avec une tête assez proéminente sur un petit corps, ce qui, selon moi, gâche un peu le dessin. Malgré tout, ce recueil reste un incontournable pour qui veut s’immerger dans les légendes japonaises.


Marina B., 2e année Bib.-Méd.

 

 


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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 07:00

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Jeff SMITH
Bone
Delcourt,  2007 pour le n° 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeff-Smith-01.jpgJeff Smith est né le 27 février 1960. Passionné de dessin et d’animation, il publie ses premiers travaux professionnels dans le journal de l’Ohio State University sous la forme d’un strip comique quotidien baptisé Thorn. En 1986, après s’être initié aux techniques d’animation, il devient cofondateur d’une agence de dessin animé, «Character Builders ». En 1989, il découvre Dark Knight de Miller. Smith envisage la bande dessinée comme un  moyen d’expression.

En juillet 1991, sort le premier épisode de Bone, comic book en noir et blanc de 24 pages, publié par Cartoon Books. Il passera inaperçu, noyé parmi les centaines de titres paraissant chaque mois aux États-Unis. Le bouche-à-oreille va faire grimper les ventes. Bone est aujourd’hui un best-seller de l’auto-édition, une série largement récompensée et recommandée par diverses célébrités parmi lesquelles Will Eisner ou Neil Gaiman.

Jeff Smith a obtenu de multiples prix dont le prix du meilleur album graphique en 1994 à l'Harvey Award et le prix du meilleur cartoonist à l’Harvey Award en 1997.

Logo Bone

L'œuvre

Bone est une série de onze volumes publiés en France chez Delcourt. Au départ en noir et blanc, l'œuvre est colorisée pour la première fois en 2007. L'histoire, en résumé, conte les aventures de trois « bones », trois cousins : Smiley, Phoney et Fone Bone. Chassés de Boneville à la suite d'une énième magouille de Phoney Bone, ils se retrouvent perdus dans une forêt et se perdent de vue. En quittant Boneville, ils vont découvrir un monde étrange peuplé de rats-garous, de dragons, de rêves, etc.
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L'intrigue

Jadis existait un royaume où l'entente entre les dragons et les humains était parfaite. Et puis une guerre commença entre les humains et le seigneur des criquets qui voulait prendre le contrôle de la vallée de Barrelhaven et du royaume. Afin de protéger le destin du royaume, la descendance de la famille royale fut confiée aux dragons. Des années plus tard, le seigneur des criquets cherche à se libérer de sa prison. Par le biais d'un serviteur, il dirige l'armée des rats-garous qui pille et tue tout sur son passage. Le but du seigneur des criquets est de trouver un corps hôte ayant suffisamment de force et de pouvoir pour ne faire qu'un avec lui. Cette personne sera soit Thorn, soit un des « bones »...



Les personnages

Les « Bones »
fone-bone.jpgFone Bone, personnage courageux, serviable et de bon cœur. Il est décrit comme poli par Mamie Ben chez qui il va participer à toutes les tâches de la ferme : aller chercher l'eau, nourrir les animaux, etc. Avant de rencontrer Thorn, la petite fille de Mamie Ben, il nous apparaît comme débrouillard ( il trouve un refuge, fait du feu pour se chauffer, etc.) et courageux face aux rats-garous. Dès sa première rencontre avec Thorn (Tome 1, La Forêt sans retour), il tombe éperdument amoureux d'elle et lui voue une sympathie sans mesure. Amoureux timide, il lui écrira des poèmes d'amour (aux allures comiques plus que romantiques). Des trois « bones », il est le plus raisonnable et le plus sérieux.

 

 

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Phoney Bone est, des trois bones, le plus grincheux, orgueilleux, magouilleur ; bref il est le pire et ça du début jusqu'à la fin. Le « Bone » recherché par les rats-garous et le seigneur des criquets, c'est lui (dit « celui à l'étoile » à cause de son tee-shirt noir orné d'une étoile doré). Il se fera vite détester des villageois de la vallée à cause d'une de ses innombrables entourloupes ( Tome 2, La grande course) mais réussira à les faire changer d'avis à son sujet par la manipulation. Comment ? En utilisant deux choses vieilles comme le monde : la peur et les croyances liées aux dragons ( Tome 5, Le pourfendeur de dragons). Qui plus est, notre ami Phoney Bone n'a que deux intérêts dans la vie : se remplir les poches de billets (si possible) et quitter la vallée pour regagner Boneville. Il découvrira malheureusement que, dans la vallée, seul le troc est pratiqué ; mais bon, il s'en contentera...



   

 

 

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Smiley Bone, lui, peut paraître simplet. Il est le compagnon de toutes les magouilles de Phoney mais bon, ne lui en voulons pas. Ces « bones » orphelins ont grandi ensemble avec pour aîné Phoney ! Alors il est normal que Smiley n'utilise pas sa logique et sa raison. En fait, des trois, c'est le suiveur, il ne s'impose jamais — mis à part pour sauver Bartleby ( cela ne vous dit rien ?), le bébé rat-garou avec lequel il se lie d'amitié.

 

 

 

 

 

Les humains

 

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         Mamie Ben est un des personnages les plus ambigus. D'un côté, on voit une simple grand-mère ayant beaucoup de cœur et de l'autre une femme combattante, secrète, à fort caractère. Ancienne guerrière de la première guerre (lire L'intrigue) et membre de la famille royale, elle va devoir avouer la vérité à sa petite-fille à contre-cœur. Celle-ci prendra tous ses mensonges comme une trahison alors qu'il s'agit d'un acte d'amour pour la protéger de souvenirs douloureux. Mamie Ben prendra donc seule en charge la préparation de la vallée à la guerre jusqu'à la décision de Thorn.

         Thorn est recueillie par sa grand-mère à la mort de ses parents. Elle a toujours eu une confiance absolue en elle mais lorsque les rats-garous se rendent plus visibles, que le dragon réapparaît (alors qu'il ne devait pas exister selon les dires de Mamie Ben) et que des rêves angoissants mettent le doute dans sa tête, elle n n'arrive plus à distinguer le vrai du faux et commence à se détacher de sa grand-mère. Son seul compagnon et confident devient alors Fone Bone.

         Lucius est l’ami fidèle de Mamie Ben. Une vieille histoire semble les lier. Comme tous les humains de la série, il s'agit d'un personnage à double identité. Au fil des tomes, on apprend qu'il n'a pas toujours été le propriétaire de la taverne du village, The Barrelhaven. Par ailleurs, il semble vouer un amour démesuré et fidèle à Mamie Ben pour qui il n'hésite pas à se mettre en danger. Ses rapports avec les « bones », en particulier avec Phoney, seront des rapports de force ; il fera même un pari avec lui.

 

 

 

Les rats-garous


En dehors des humains et des « bones », on rencontre des créatures imaginaires comme le dragon, les rats-garous, Bartleby et Ted. Trois de ces créatures ont à leur manière une importance capitale :


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Rats-garous (tome 2)

 

 
          Ted, la petite bestiole indéfinissable, est serviable et raisonnée. Elle rendra plusieurs services lors de cette guerre, notamment en étant le messager. Par ailleurs, logique et raisonnée, cette créature essaiera plusieurs fois de remettre Phoney Bone dans le droit chemin (Tome 6, Le feu de la Saint-Jean) ;

          Bartleby est le bébé rat-garou recueilli par Smiley puis abandonné aux siens sur l'avis de Fone. Il va vite devenir un fidèle compagnon lorsqu'il protégera les « bones » contre une attaque des rats-garous alors qu'au départ il était dans leur camp du fait de son origine. Il est le véritable confident et ami de Smiley et les deux compères se protégeront mutuellement.

 

 

Le couple de rats-garous constitue le duo comique de l'histoire ; toujours ensemble, ce vieux couple se dispute continuellement et ne pense qu'à manger (notamment une quiche pour un d'entre eux). Rarement avec les autres rats-garous, ils avancent seuls dans cette guerre et apparaissent souvent peureux et inquiets. À un moment de l’histoire, les « bones » les aideront.



L'univers

La série Bone oscille entre la tragi-comédie et l'héroic fantasy. Les éléments qui participent à la comédie sont les personnages eux-mêmes par leur personnalité ; par exemple, le personnage de Phoney Bone, cupide et escroc, a un grand potentiel comique. En ce qui concerne le tragique, il  apparaît au travers des mensonges, des vérités cachés à propos du destin de Thorn et de son entourage. Comme dans toute tragédie, la vérité et le destin apparaissent difficiles à surmonter et à supporter, encore plus lorsqu'il s'agit d'une trahison commise par un proche (rapportsThorn/Mamie Ben). Néanmoins, le destin s'accomplit toujours car « nul ne peut lui tourner le dos ». Quant à l'heroic fantasy, elle apparaît certes au travers des créatures imaginaires (dragons, rats-garous, etc), du lieu et de l'époque de l'action (le royaume d'Atheia est un royaume médiéval) ainsi que de la grande importance des rêves et des visions. À cela, il faut rajouter l'intrigue elle-même.


Au niveau du dessin, Jeff Smith nous propose avec les « bones »un graphisme simple, issu de la tradition du cartoon et un dessin plus complexe, plus détaillé et plus sombre pour les humains. Comme la trame de l'intrigue, celui-ci se complexifie au fil des albums devenant de plus en plus expressif, révélant la personnalité de chacun.

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Mon avis

Jeff Smith dépeint ici un univers singulier, une intrigue qui tient les lecteurs en haleine avec des personnages aux caractères complexes et bien trempés. Pour définir la mise en place des personnages, on pourrait parler d'une toile d'araignée dans le sens où, dès que l'on découvre un trait de caractère d'un des personnages, on est amené à un nouvel élément. Qui plus est, cette série est truffé de références littéraires à l'œuvre d'Herman Melville : Bartleby et Moby Dick (livre préféré de Fone Bone). En dehors de cette série, l'auteur a écrit deux bandes dessinés consacrées chacune à un personnage particulier : Big Johnson Bone contre les rats-garous et Rose. Pour ma part, je conseille fortement cette lecture. Les personnages y sont complexes et passionnants et l'intrigue haletante. Jeff Smith y dispose au fur et à mesure de nouveaux éléments qui excitent notre curiosité jusqu'au bout des onze volumes !

 

 

Aurélie, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 


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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 07:00

Le samedi 25 juin 2011, l'association Liv(r)e aura le plaisir de vous accueillir lors de son premier évènement littéraire et inter-artistique, Et si vous Allier lire ailleurs ? dans le parc des Sources à Vichy (03, Allier).


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L'association Liv(r)e a pour but « de promouvoir le livre et la lecture ainsi que d’organiser la rencontre entre les professionnels des métiers du livre et un public lors d’évènements populaires, littéraires et inter-artistiques ».

Programme détaillé ici :

 http://association-liv-r-e.blogspot.com/2011/02/le-25-juin-2011-des-nombreux.html

 

 

 

 


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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 07:00

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Jean-Michel MAULPOIX
Journal d’un enfant sage
Mercure de France, 2010






 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Jean-Michel Maulpoix : poète, essayiste, critique littéraire, professeur ou bien encore créateur et animateur de revues.

Ce Montbéliardais de 59 ans est actuellement l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages poétiques.

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes et auteur d’une thèse de doctorat d’état sur la « notion de lyrisme », Jean-Michel Maulpoix dirige une équipe de recherche intitulée « L’observatoire de la poésie contemporaine » à Nanterre, où il enseigne principalement la poésie moderne. Actuel président de la « maison des écrivains », il dirige depuis 1984 la revue trimestrielle de littérature et de critique « Le nouveau recueil ». Célèbre pour ses nombreux travaux universitaires et essais généraux de poétique, il publie en outre des études critiques sur René Char, Henri Michaux, Jacques Reda entre autres.

C’est aussi en proposant depuis des années un site web, Jean-Michel Maulpoix & Cie, et un blog, que cet auteur et poète contemporain contribue au renouveau de la poésie.
 


L’œuvre en quelques lignes

« Les gens n’ont pas seulement leur âge ;
jusqu’à un certain point, ils ont tous les âges, ou n’en ont pas. »
D.W. Winnicott

Imaginez à quoi pourraient ressembler les pensées d’un petit garçon de trois ans si elles faisaient l’objet d’un livre ? Et imaginez votre réaction si, du jour au lendemain, vous appreniez que cet enfant en personne est auteur ? Surpris, vous auriez vite fait de songer à l’univers des princes qui épousent les princesses ou des chevaliers qui s’en vont en guerre pour combattre les méchants.

De fait, prêter la plume à un enfant de trois ans ne s’avère pas être une tâche facile. Or, tel a bien été le projet de Jean-Michel Maulpoix. Choisissant de s’effacer derrière les paroles de Louis, son fils aîné, l’auteur parvient à mettre en oeuvre une écriture simple et inventive.

« N’ayant pas atteint l’âge de la majorité, je confie à mon père (…) le soin de signer ce volume. Je sais qu’il ne manquera pas de corriger quelques étourderies et qu’il saura se garder de trop mêler sa voix à la mienne ».

Ainsi, humour, compassion et imagination permettent de redécouvrir les délices de la naïveté enfantine.

Les lecteurs apprécieront le « Cahier de Louis », composée de trois parties : journal que notre petit auteur aurait tenu pendant près d’un an, « Leçons de choses », où Louis cherche à comprendre les mystères du monde qui l’entoure, et enfin « Proses pour Adrien » où fables et contes sont écrits pour la naissance du petit frère.



« Cahier de Louis »

Louis se plaît à écrire pour ses anciens camarades ou ses cousines Hélène, Émilie, Juliette ou bien encore Chloé.

Tenu quotidiennement, ce petit journal met en avant les interrogations, les craintes et les doutes de ce petit garçon alors âgé de trois ans. Les lecteurs seront guidés au fil du temps dans un monde merveilleux, peuplé de jouets et de héros de toutes tailles.

À travers la description de ses vacances, de ses colères ou bien de ses caprices, Louis nous immerge dans un univers enfantin et burlesque. Il se moque des adultes :

« On a beau raconter ce que l’on veut je n’ai jamais vu de cigogne transporter un bébé éléphant dans un grand sac accroché à son bec ! (…) ce ne sont que des histoires à dormir debout ! »

Plongé dans son monde – « Et ce soir je suis très content : dans le métro, j’ai vu des aviateurs. Ils portaient un blouson fourré et un gros casque radio sur la tête avec des écouteurs énormes et tout brillants… » –, Louis n’a que faire des mamies qui l’idolâtrent et des grandes personnes qui le grondent ; son souhait le plus fort est de devenir LE chevalier ou LE gendarme et parfois même L’aviateur en personne.

Ainsi, comique et naï,f ce petit cahier détaille avec précision les pensées d’un petit être en pleine réflexion et découverte du monde.



« Leçons de choses »

Originale et invraisemblable à la fois !

Louis notre auteur de trois ans se transforme en un véritable petit professeur très sérieux soucieux de l’instruction de ses camarades. Les lecteurs auront ainsi l’occasion d’apprécier les connaissances de ce jeune garçon à travers l’énumération des leçons de vie et de plusieurs grands principes du savoir.  « Ici résident en effet mes véritables compétences », explique Louis d’un ton plutôt fier. Il s’attarde ainsi sur la description des animaux dont il est un spécialiste, distille au fil des pages de petites réflexions sur la mythologie, les fleurs, les légumes, le ciel ou l’anatomie humaine.



« Proses pour Adrien » 

Louis est fier de la naissance de son petit frère Adrien. Il est devenu l’aîné et se doit de protéger ce petit être fébrile et si fragile à ses yeux.

De la description de l’embryon jusqu’à la naissance d’Adrien en passant par les fables et histoires imaginées à l’intention de ce petit frère, Louis nous livre ses impressions et son enthousiasme à l’idée de devenir « un grand garçon » : « Il boit de tout petits biberons. Moi, je mange des saucisses et bois de l’eau qui pique. » 

Ainsi, les lecteurs pourront apprécier au fil de leur lecture « L’abeille et le papillon », « la fable du premier jour », « Le petit chat est mort » et « Le conte du bouton de nacre », fables toutes inventées à l’intention d’Adrien.

« Aujourd’hui c’est pour lui que j’écris ces fables et ces histoires. Pour qu’il oublie ses gros soucis et que ce monde lui soit aimable. »



Analyse de l’œuvre et avis personnel

Un petit moment de pur plaisir !

Plaisant à lire, ce petit Journal d’un enfant sage permet aux lecteurs de redécouvrir les charmes de l’enfance dans une écriture simple et enfantine mêlant imagination, descriptions et interprétations les plus diverses. Les lecteurs seront plongés dans l’univers imagé de Louis, découvrant page par page les péripéties les plus cocasses,
les secrets d’une ambiance chaleureuse et idyllique.

Un petit livre touchant qui ne fera que ravir les grands enfants !

Cependant  la dimension psychologique de cet ouvrage demeure importante. Les lecteurs connaissent au fil des jours les craintes et angoisses du petit garçon face à la vie et la naissance de ce petit frère qui pour lui reste un MYSTÈRE. Tant de questions de posent au sujet de cet événement ! Certains « incidents », pour nous, dans la vie courante, peuvent n’être que des détails mais pour un enfant de trois ans sont contrariants voire traumatisants. L’exemple nous en est donné avec la naissance du petit frère Adrien, qaund curiosité, angoisse et inquiétude envahissent  Louis.

On notera aussi l’univers presque excusivement masculin de cette œuvre. Peu de femmes nous sont dépeintes et l’enfant n’évoque  que son père et son frère : « Je vous parlerai de mon père… (…) il est ma force, je suis la sienne ». La mère est peu décrite : « ma mère est une grande jeune femme aux yeux clairs. Je ne vous en parlerai guère, pardonnez-moi. Je n’ai pas très envie de partager ce qui m’est le plus cher… ».  Par conséquent, les relations entre père et fils sont mises en avant ainsi que les relations entre frère aîné et cadet.

En ce qui concerne l’écriture et le style, l’auteur a choisi de rester simple. Adoptant un vocabulaire accessible, il a su mêler avec précision la prose à la poésie des chansons et vers inventés par Louis.

Soulignons enfin l’humour, l’art du sous-entendu qui accentue le côté burlesque et cocasse des choses !

 

 

Jean-Michel Maulpoix a beaucoup pensé au petit prince et à Saint Exépury, ce grand enfant malheureux sous son enveloppe d’adulte. « Dessine-moi un poème ! », demande Louis à un moment. Et papa s’est exécuté. Avec talent et tendresse.1

 

 

 

Angélique, 2e année Bib.-Méd.

 

  1. Citation du site http: //www.maulpoix.net/Journalenfantsage.html

 

 

 

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 07:00

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OGAWA Yoko
Cristallisation secrète
 

Traduction de

Rose-Marie Makino-Fayolle

Actes Sud

Lettres japonaises, 2009

 

 

 

 

 

Quelques éléments biographiques

Yoko Ogawa est née en 1962 à Okayama. Elle fait ses études de littérature anglaise et américaine à l’université Waseda de Tokyo dont elle est diplômée. Son professeur, Motoyuki Shibata, lui fait connaître Paul Auster, dont il est le traducteur japonais, et dont le roman  Moon Palace a eu une grande influence sur Ogawa. Elle est l’auteur de nombreux romans, nouvelles et essais et a remporté de nombreux prix littéraires, dont le prix Kaien pour sa première nouvelle, La désagrégation du papillon, et la prestigieuse récompense Akutagawa (équivalent du Goncourt) pour son livre La Grossesse. Il faut savoir que Yoko Ogawa a été très influencée par des écrivains japonais comme Junichiro Tanizaki ou Haruki Murakami, mais aussi par des écrivains américains tels que F. Scott Fitzgerald, Truman Capote et Raymond Carver. Son œuvre déjà importante, une vingtaine de romans, occupe une place indéniable dans la littérature contemporaine. Tous ses romans sont traduits par Rose-Marie Makino-Fayolle. Ces livres, traduits dans le monde entier, ont fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques. On y retrouve des thèmes comme la volonté de garder la trace des souvenirs du passé, conjuguée à l’analyse minutieuse des sentiments de la narratrice, qui débouche souvent sur des déviations, des perversions.

 Elle écrit Cristallisation secrète en 1994, mais le roman ne sera édité en France qu’en 2009, 15 ans plus tard, chez Actes Sud.



Un court résumé

« Je me demande de temps en temps ce qui a disparu de cette île en premier.

– Autrefois, longtemps avant ta naissance, il y avait des choses en abondance ici. Des choses transparentes, qui sentaient bon, papillonnantes, brillantes… Des choses incroyables dont tu n’as pas idée, me racontait ma mère lorsque j’étais enfant.

– C’est malheureux que les habitants de cette île ne soient pas capables de garder éternellement dans leur cœur des choses aussi magnifiques. Dans la mesure où ils vivent sur l’île, ils ne peuvent se soustraire à ces disparitions successives. Tu ne vas sans doute pas tarder à devoir perdre quelque chose pour la première fois.

– Ça fait peur ? lui avais-je demandé, inquiète.

– Non, rassure-toi. Ce n’est ni douloureux ni triste. Tu ouvres les yeux un matin dans ton lit et quelque chose est fini, sans que tu t’en sois aperçue. Essaie de rester immobile, les yeux fermés, l’oreille tendue, pour ressentir l’écoulement de l’air matinal. Tu sentiras que quelque chose n’est pas pareil que la veille. Et tu découvriras ce que tu as perdu, ce qui a disparu de l’île. » (p. 9)

 

Ainsi débute ce roman, sur la douce disparition des choses. La narratrice vit sur une île dont on ne sait rien, sauf qu’elle est coupée du monde et que les objets y disparaissent progressivement. La narratrice a grandi, elle est devenue romancière. Ses parents sont morts et elle vit désormais seule dans la maison familiale, passant son temps entre l’écriture de ses romans et  ses visites à celui qu’elle appelle le « grand-père », un vieil homme qui vit seul sur son ferry qui, jadis, reliait l’île au monde extérieur. Privé d’emploi quand les bateaux ont disparu, le grand-père a préféré continuer à vivre sur le ferry abandonné.

Vient la première disparition à laquelle nous assistons : celle des oiseaux, qui disparaissent physiquement puis, mentalement, en s’effaçant de la mémoire des gens. Sur l’île, d’inquiétants camions bâchés se mettent à sillonner les rues, traquant la poignée d’habitants de l’île qui sont doués de mémoire, et qui n’ont pas été touchés par le phénomène des disparitions. Après le grand-père apparaît un deuxième personnage important, prénommé R., qui est l’éditeur de la narratrice. Il fait justement partie de ces quelques personnes chez qui la mémoire des objets ne s’efface pas.

Ainsi, les disparitions vont se succéder, s’accélérer même : roses, aliments, graines, calendriers, photos… autant de choses qui laissent le cœur de la narratrice « plein de cavités ». Face à cette menace, l’inquiétude gagne les esprits. Mais la plupart des gens s’accommodent, vivant dans la peur et dans l’angoisse d’être emmené par les traqueurs de souvenirs. La narratrice, aidée du grand-père, prend alors la dangereuse décision de cacher chez elle son éditeur R., sous le plancher.

 La vie du trio s’organise tant bien que mal (le grand-père est venu vivre chez la jeune femme), dans la méfiance et la peur perpétuelles. Les choses, de plus en plus vitales, continuent de disparaître, et la nature elle-même se déchaîne : la neige ne fond plus et un tremblement de terre terrible secoue l’île, engloutissant le vieux ferry. La situation empire vite et le jour où les livres disparaissent, les mots n’ont plus aucune signification dans l’âme de la narratrice qui ne parvient plus à former des phrases et arrête donc son activité d’écriture. Quelque temps après, les habitants voient disparaître leur jambe droite, perdant ainsi jusqu’à leur intégrité physique. La fin semble proche, inéluctable, et l’on devine que les altérations du corps ne font que commencer. Et plus la narratrice renaît difficilement au monde de l’écriture (c’est R. qui lui enjoint de continuer à écrire pour ne pas oublier), plus son enveloppe charnelle se disloque.



Construction du roman et écriture de Yoko Ogawa

Mise(s) en abyme

Yoko Ogawa construit son roman sur un jeu de double narration. En parallèle de l’histoire « réelle » se tisse l’histoire « fictive », celle que la narratrice écrit. Le lecteur va comprendre petit à petit que ce récit fait étrangement écho à la situation vécue sur l’île. Dans son livre, la narratrice met en scène une dactylo qui se trouve sous l’emprise d’un inquiétant professeur. La dactylo, un jour, perd sa voix et devient totalement tributaire de sa machine à écrire, qui lui permet de communiquer. Après quelques cours de dactylographie et une impression étrange, presque hypnotisante, que le professeur produit sur elle, sa machine à écrire commence à se détraquer. Les deux personnages, conduits à se retrouver seuls, deviennent amants. Leur relation va vite dériver jusqu’au jour où celui qui est devenu son « maître » l’emmène dans le grenier d’un clocher oublié et lui explique alors qu’il a emprisonné sa voix dans l’instrument.

Ainsi, progressivement, l’existence de la jeune personne s’effrite. Muette, elle ne peut appeler au secours et devient l’esclave du professeur qui l’emprisonne dans ce grenier. Ce dernier finit par se lasser de sa présence, ce qui entraîne le dépérissement de son élève. Lentement, son corps et ses sensations adhèrent de plus en plus à cette petite pièce dans laquelle elle est détenue. C’est comme si son être se liquéfiait, qu’elle devenait transparente et que le silence l’absorbait.

« C’est peut-être la preuve que j’adhère de plus en plus à cette pièce. Les sentiments que j’avais dans le monde extérieur ont dégénéré et se sont métamorphosés en quelque chose d’adapté à cet endroit […] Je n’arrivais déjà plus à me souvenir de la sensation que l’on éprouve quand on existe […] Mon existence était rapidement aspirée vers un endroit inaccessible. » (p.325 à 333).
 
Ce roman dans le roman met donc lui aussi en scène le phénomène des disparitions. Un mécanisme narratif se met en place et les deux histoires vont alterner chapitre après chapitre, sans pour autant perdre le lecteur, qui saisit d’autant plus la subtilité de la mise en abyme, des mises en abyme qui se multiplient. Un exemple : il y a des similitudes entre les situations de R. et de la dactylo, tous les deux enfermés pour une durée indéterminée, seuls.

« Je l’ai observé un moment de dos en silence. Était-ce une illusion de penser que son corps avait rétréci petit à petit depuis qu’il s’était caché ici ? Sa peau qui n’était jamais exposée au soleil était devenue blanche, et il avait sans doute maigri […] mais ce que je ressentais, n’était pas un changement d’ordre rationnel, plutôt une altération de dimension beaucoup plus abstraite. […] Peut-être était-ce la preuve que son corps s’était adapté à la chambre cachée ? »

Yoko Ogawa réussit à faire cohabiter les deux récits avec habileté, et elle les fait se recouper à la fin du livre avec une grande adresse.



Écriture de l’onirisme et concision poétique

Ce travail de mise en abyme de l’auteure me conduit à vous parler un peu de son écriture, si particulière. On retrouve en filigrane dans ce roman l’impression d’étrangeté propre aux auteurs japonais. L’écriture est fluide et poétique, frôlant la limite entre le rêve et la réalité. Un critique parlait de roman « kafkaïen », je trouve que cela correspond plutôt bien à l’atmosphère du roman : sinistre, dérisoire, sans issue, et sur laquelle il est difficile de mettre des mots. Le lecteur est dans l’incompréhension face à une situation inhabituelle et angoissante qui le déroute. L’écriture de Yoko Ogawa parvient à retranscrire ce flou qui demeure tout au long du roman.

Son récit est imprégné d’un calme oppressant, de lourds silences qui dérangent. L’atmosphère est étrange, onirique presque. La narration est très douce, et pourtant l’ambiance sur l’île est celle d’une guerre. Il y a un contraste entre cette écriture et l’univers grave et pesant engendré par son style. En effet, le roman est écrit avec des mots simples qui accentuent la force du récit. Les adjectifs vont se faire de plus en plus rares et les métaphores deviennent progressivement invisibles. Tout est dans cet art de la suggestion, du sous-entendu, que Yoko Ogawa sait si bien manier, avec sa langue sobre, épurée. Elle  se contente simplement de laisser des indices, sans être trop explicite.

 Cette exigence totale de l’écriture, d'une économie et d'une acuité remarquables, donne d’autant plus de force à cet univers obsédant. Pourtant, si son style est celui d’une apparente simplicité, sans longues descriptions, derrière cette surface lisse, se cachent des fêlures, des mystères inexplicables, des contradictions, des obsessions.

 

Des thèmes obsessionnels  à la métaphore des régimes totalitaires : vers une réflexion sur le pouvoir des mots

Dans Cristallisation secrète, on peut dégager quelques grands thèmes, d’ailleurs récurrents dans toute l’œuvre de Yoko Ogawa, tels que le fétichisme, la perversion insidieuse, la mémoire et le souvenir, l’oubli, la disparition et la mort.



Mémoire, souvenir, oubli, disparition, des thèmes obsessionnels

Souvent, au cours de l’histoire, la narratrice se souvient qu’enfant, sa mère cachait les objets disparus dans un tiroir à la cave. Si sa mère se souvenait du sens, de l’utilisation des choses disparues, elle, avait tout oublié. Au début, ce sont des objets banals qui disparaissent : rubans, grelots, timbres… Personne ne peut prévoir ces amputations. Le jour où s’efface un objet, l’atmosphère se fait particulière, silencieuse. Une sombre force pousse les habitants à se réunir pour brûler ou faire disparaître tout ce qui concernait l’objet disparu. Ces disparitions sont suivies de l’effacement du souvenir de l’objet dans la mémoire des gens. Se souvenir devient alors un tourment, un ennui, alors que la disparition n’est ni douloureuse, ni contraignante.

La mécanique affolante de ces éliminations semble parfaitement orchestrée. Cette acceptation des habitants de l’île face aux étranges phénomènes qui s’y déroulent est incompréhensible, voire effrayante. En fait, le jour où disparaît un objet, le rapport qu’entretient l’homme avec lui devient flou, inexistant. Les séquelles sur les consciences sont effrayantes : les souvenirs relatifs aux choses s’éclipsent de la mémoire et n’auront plus aucune répercussion dans les esprits. On ne voit pas de solution pour résister à ce pouvoir invisible, et dont l’emprise est sans fin sur les hommes.

 « J’ai beau essayer, je n’arrive pas à combler le vide laissé par la police secrète » (p. 25).

Cette image du vide, des cavités, pour reprendre un mot qui revient souvent, est présente tout au long du récit, symbolisant une mort lente, une cristallisation progressive qui ampute les esprits et tue l’être de l’intérieur.

Mais tandis que le monde qui entoure la narratrice-écrivain se rétrécit, elle poursuit son roman. R., son éditeur caché sous le plancher, représente pour la jeune femme la dernière chance de ne pas laisser sa mémoire se cristalliser en perdant le sens des objets.

Dans cette île où l’auteure a placé l’action, l’étau se resserre. Il n’est plus possible de s’échapper ni de se soustraire à ces disparitions successives et dangereusement banales. Depuis le début de l’histoire, on sent planer la question terrible de la disparition des livres. C’est ce jour où les livres disparaissent, où des autodafés se mettent  à crépiter un peu partout sur l’île dans un paysage désolé et apocalyptique, que la narratrice renonce à l’écriture. Impuissante. « Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler les hommes. » : cette phrase, prononcée par la narratrice au moment de l’autodafé, plane sur Cristallisation secrète.

Son Moi finit par disparaître lui aussi.

« Mon véritable moi est en train de disparaître. En silence et avec certitude il est en train d’être aspiré dans une fissure entre deux couches d’air. »



Métaphore des régimes totalitaires

Yoko Ogawa conjugue récit intimiste et récit poétique, tout en faisant la part belle à la science-fiction, à travers l’allégorie d’un système totalitaire. Et c’est cette ambiance particulière et oppressante de huis-clos que le lecteur prend progressivement conscience de l’horreur du pouvoir grandissant d’une force invisible, dictatoriale.

Totalitarisme, oppression, terreur, autant de termes qui nous font penser à la Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, et en particulier lorsqu’intervient pour la première fois la police secrète qui traque ceux qui se souviennent et les emmène dans un endroit qui nous est inconnu. Cette milice agit toujours de la même manière, fouillant les maisons et emmenant les suspects. Les gestes sont ceux d’automates, efficaces, radicaux, systématiques.

On assiste, impuissant, à la mise en place d’une amnésie collective dont on ignore qui sont les commanditaires mais dont les conséquences sont effrayantes.

Les trois êtres (la narratrice, R., le grand-père) tentent vainement de lutter contre les phénomènes mystérieux qui agitent l’île qui est sous l’emprise d’une force quasi-diabolique. Les habitants de l’île, dont nous ne saurons rien, semblent ne pas avoir de réelle identité et se présentent comme des ombres errantes, inexpressives, apathiques qui subissent leur existence. Ils s’épient, se méfient, vivent dans la soumission et la peur des rafles. Alors que les traqueurs de souvenirs sont de plus en plus présents, que l’approvisionnement quotidien devient de plus en plus délicat, leur seule préoccupation semble être la survie, les yeux baissés.



Réflexion sur le pouvoir des mots

 La narratrice fait tout pour ne pas leur ressembler, mais malgré elle, ses souvenirs s’effacent sans qu’elle puisse les retenir et son indifférence face à ce qui l’assaille grandit. Quand les disparitions touchent les livres, elle n’a plus aucun souvenir de son manuscrit.

Dans la revue Lire, de septembre 2000, on apprend qu’ «à 13 ans, Yôko Ogawa a lu le Journal d'Anne Frank. Elle a découvert que des mots ordinaires, quotidiens portaient en eux une force de libération inouïe. » Ogawa, adolescente, comprend le pouvoir des mots et s’exprime ainsi : « Avec ce livre, j'ai rencontré les mots. Et la cruauté. Celle de l'Holocauste, d'Hiroshima. » La réflexion sur ce pouvoir des mots parcourt l’ensemble du roman.

 À travers cette subtile métaphore des régimes totalitaires, Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l’insidieux phénomène d’effacement des souvenirs, des images, qui peut conduire à accepter le pire. Cristallisation secrète, peut donc être lu comme une fable sur le totalitarisme, la dictature et le travail de mémoire. On lit l’hommage qui se dessine, à peine voilé, à l’écriture et à la lecture, derniers remparts contre le totalitarisme et l’oubli.

Le récit dépasse de très loin la métaphore et prend une valeur poétique, voire spirituelle. Je vais reprendre une phrase d’un article de La Revue des deux mondes de février 2010 consacrée au Japon futur (article : « Yoko Ogawa ou le chant des ombres »), où l’auteur écrit : « Les émotions, les sentiments, les cœurs se cristallisent. Un souffle, et l’ensemble vole en éclats. Que reste-t-il ? Le manuscrit de la narratrice car rien ni personne ne parviendra à effacer les mots. »

 

Conclusion

Cristallisation secrète est le récit d’une lente déflagration dont le lecteur s’imprègne, à laquelle il se confronte. Dans beaucoup de ses romans, et dans celui-là, on retrouve l’attirance de Yoko Ogawa pour les rêves, l’étrangeté, les anomalies physiques et mentales. Elle aborde la terreur, nous emporte vers un monde abstrait, anonyme, sur un ton qui reste calme, poétique. Le mode narratif, associé à une construction spécifique, se marie parfaitement avec les thèmes abordés, fidèles à ses obsessions et dessine une atmosphère en demi-teinte, adoucie, étouffée. J’ai lu par la suite son court roman L’annulaire et j’ai pu retrouver cette ambiance si particulière.

Je terminerai sur une citation de Junichirô tanizaki qui déclare dans Éloge de l’ombre :

« J’aimerais élargir l’auvent de cet édifice qui a nom littérature, en obscurcir les murs, plonger dans l’ombre ce qui est trop visible, et en dépouiller l’intérieur de tout ornement superflu. »

 

 

Lola, A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

 

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

ogawa tristes revanches

 

 

 

Article d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 


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Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

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Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

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Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

museedusilence-copie-2.jpg

 

 

 

Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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