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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 07:00

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KIM Dong-hwa
La mal aimée
Traduction
Kette Amoruso
Casterman
Collection Écritures, 2008
Réédition 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kim Dong-Hwa est né à Séoul le 10 novembre 1950. Il commence sa carrière à l'âge de 25 ans en faisant des illustrations animalières principalement pour les enfants. La qualité de ses dessins lui permet de se faire connaître auprès de nombreuses maisons d'édition.

C'est aujourd’hui un manhwaga, manhwa étant le terme que l'on utilise pour parler de la bande dessinée coréenne. En Corée, il est considéré comme l'un des auteurs les plus talentueux de sa génération et le créateur d'une BD adulte notamment grâce aux thèmes qu'il aborde.

En France, il s'est fait connaître avec La Bicyclette rouge publiée en 2005 chez Paquet. Cet ouvrage a reçu le Grand Prix de la critique de l'ABCD.

Mais c'est avec Histoire couleur terre, que l'auteur acquiert une grande renommée.



Quelques mots sur la collection

La collection Écritures a la particularité d'accueillir des auteurs du monde entier ayant des qualités narratives originales. Elle fait connaître de nouveaux créateurs talentueux et publie des traductions d’œuvres étrangères qui se distinguent par leur forme, leur style d'écriture...

Cette collection de l'éditeur Casterman met en avant des bandes dessinées en noir et blanc dans un format novateur.

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Présentation de l’œuvre

La mal aimée n'est pas une série, maisun one shot comprenant plusieurs histoires courtes. Ce concept s'oppose à celui des séries à plusieurs tomes, bien connues dans les mangas.

Ce recueil est divisé en onze histoires courtes. Elles sont de véritables hymnes à l'amour, à la nature et surtout à la femme. L'auteur présente la vie de femmes dans la Corée traditionnelle d'autrefois principalement caractérisée par un ancrage dans le confucianisme.

Il met en avant les paysages somptueux, les arbres en fleurs, la douceur des saisons et les maisons traditionnelles.

Les thèmes récurrents chez Kim Dong-Hwa se retrouvent dans ce recueil. Il fait allusion à la naissance de la sexualité chez l'enfant, aux premiers sentiments amoureux, à la célébration de la féminité et aux traditions bien marquées. Par exemple, au chapitre 1, « Chagrin d'enfance », il met en scène un enfant qui entre tout juste dans l'adolescence et tombe sous le charme d'une femme alors qu'elle s’apprête à se marier. Il nous montre tout le cheminement de sa pensée : ce garçon s'imagine déjà père et devant assumer des responsabilités.

Au chapitre 11, l'auteur met en scène un jeune couple. L'homme promet un jour à sa femme de lui acheter des chaussures brodées en rentrant du marché le lendemain pour lui prouver combien il l'aime. Alors qu'il tarde à rentrer et que sa femme l'attend, trois hommes viennent annoncer à la jeune femme la mort de son mari, une bande de brigands l'a tué. Ils lui remettent alors la paire de chaussures qu'il serrait fort dans ses mains.

Elle est plongée dans un grand désespoir et pour couronner le tout, ses parents lui annoncent qu'elle doit quitter sa maison et se remarier pour ne pas rester seule et veuve. Désemparée, elle part se suicider avec aux pieds, les chaussures brodées de son mari.

En effet, certaines histoires sont légères, douces et gaies alors que d'autres, en opposition, sont tragiques.

À travers ses récits l'auteur met en avant la complexité des sentiments, tout en montrant la beauté de la fidélité et de l'amour entre les personnages. Il n'utilise comme personnages principaux que des femmes à l'exception d'un chapitre. Ce sont des femmes mariées, célibataires,veuves, jeunes ou moins jeunes.



Pour ne pas déroger à la règle de la collection, La mal-aimée est entièrement en noir et blanc. Les illustrations sont épurées et délicates. Dans cette œuvre rien n'est laissé au hasard. On peut ressentir toutes les émotions et les sensations telles que le vent avec les feuilles qui volent et le soleil qui brille.

On retrouve dans l'expression des personnages des éléments propres aux mangas comme par exemple les codes graphiques lorsque les personnages se mettent à crier mais ce manwha se distingue assez bien des mangas « traditionnels ». Les paysages sont de véritables tableaux artistiques, ils prennent souvent une double page. Cette façon de mettre en avant le décor permet à l'auteur de nous plonger dans le récit et dans la beauté des lieux. Les tracés sont toujours délicats et fins.

L'auteur nous présente une Corée ancienne avec ses nombreuses traditions et coutumes très ancrées dans la vie des Coréens. C'est un véritable hommage à son pays que l'auteur rend ici à travers la nature mais également les expressions qu'il utilise et qui sont expliquées sous la vignette. Par exemple lorsqu'un personnage dessine sur un pan de vêtement des canards mandarins, la note nous explique qu'en Corée ces canards symbolisent le bonheur conjugal et que le caractère sur le fond signifie « mariage ».

On remarque également que les fleurs sont omniprésentes dans les récits qui portent leurs noms. Des chapitres comme « les balsamines », « les iris », « le pissenlit », « l'alcool de fleurs », « les roses sauvages » font un éloge de ces fleurs tout en mettant en scène une histoire à travers des personnages.

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Mais alors pourquoi ce titre : La mal aimée ?

L'auteur explique en introduction que ce terme n'a pas une connotation forcément négative. En effet, lorsqu'il était petit il appelait la mal-aimée cette jeune fille qu'il dessinait et qu'il trouvait si belle : « Autrefois, cette expression désignait aussi bien l'objet de notre amour que son contraire ». L'auteur a écrit ce recueil en pensant à toutes les « mal-aimées » qui ont croisé son enfance.



Mon avis

Je ne pensais pas au premier abord apprécier la lecture de ce recueil car je préfère les histoires longues. Mais j'ai été agréablement surprise car ce recueil met en avant tous les sentiments humains, je me suis donc laissé porter par les différents récits. J'ai beaucoup aimé même si j'étais un peu frustrée que certains histoires ne se poursuivent pas.

Les images sont douces et belles, et nous montrent toute la beauté d'une Corée en fleurs.



Lydie, 2ème année Bibliothèques

 

 

 


Kim Dong-HWA sur LITTEXPRESS

 




Article de Pauline sur Histoire couleur terre

 

 

 

 

 

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Article de Lory sur La Bicyclette rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 07:00

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Fréderic BOILET
& Benoît PEETERS
Tôkyô est mon jardin
Avec l’aide de Jiro TANIGUCHI
Casterman, 2003
Ego comme x, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Boilet

 

Boilet.JPGFrédéric Boilet est né le 16 janvier 1960 à Épinal.

Diplômé des Beaux-Arts de Nancy en 1983, il publie son premier album, La Nuit des Archées, cette même année. Quatre ans plus tard, avec Le Rayon vert, Boilet adopte une nouvelle méthode de travail, que l'on retrouvera dans beaucoup de ses albums : il dessine à partir de photos ou de vidéos.

Il est important de noter que Fréderic Boilet est le premier lauréat à la fois de la bourse annuelle de manga Kôdansha en 1993 et de la Villa Kujôyama en 1994. En 1997, il s'installe au Japon et passe du statut de touriste à celui d'habitant. Il fait la rencontre de Kaoru Sekizumi, de qui il tombe amoureux, et qui inspirera notre personnage féminin principal Kimié. En 2011, il organise l’Événement Nouvelle Manga à Tokyo à l'occasion de la sortie de L'Épinard de Yukiko, qui sera traduit en neuf langues.

Au Japon, les écrits de Boilet, ses illustrations, ses articles, paraissent dans la presse à grand tirage – c'est le cas de Asahi Shimbun tiré à 8 millions d'exemplaires. En France, ils seront rassemblés dans les ouvrages L'Apprenti Japonais et Elles.

Dans les années qui suivent, Boilet prend de l'importance dans le monde du (ou plutôt de la) manga, proposant des adaptations en français d’œuvres japonaises, et en japonais d’œuvres françaises. Entre 2004 et 2008, il crée les collections Sakka et Sakka Auteurs chez Casterman, proposant pour la première fois en France les œuvres de certains des meilleurs auteurs de la BD japonaise (on peut citer  Kiriko Nananan, ou encore Kyôko Okazi).

Depuis 2008 , il vit dans les Vosges où, en 2012, il a  pris la direction de l’Imagerie d’Épinal, une collection de L’Atelier des Vosges.



L'Histoire

Dans Love Hotel, David Martin part en voyage au Japon et se familiarise avec une nouvelle culture. Dans cet album, on retrouve David bien intégré à cette société nippone, un jeune homme mûri par l'expérience. Il connaît les kanjis par cœur, mieux même que certains Japonais, il manie bien la langue, et vit avec sa petite amie... David est devenu représentant d'une marque de Cognac française, Heurault.

Depuis deux ans qu'il s'est installé au Japon, il n'a pourtant vendu aucune bouteille, trop occupé à s'immerger tout entier dans la culture orientale, à sortir en boîte de nuit et à travailler au marché aux poissons pour se faire un peu d'argent.


Mais dès le début de l'album, les choses tournent mal pour David ! Entre ses nouvelles lunettes qui selon ses amis ne lui vont pas du tout, sa petite amie qui le quitte exaspérée par la puanteur de ses bottes du marché aux poissons et par ses appels à l'étranger, il ne manquait plus que la cerise sur le gâteau... son patron arrive dans quelque jours au Japon pour évaluer son travail !

Sur les conseils d'amis, David va tenter de proposer gratuitement certaines de ses bouteilles lors de diverses soirées, il en oubliera d'ailleurs une dans le métro ! Lors de l'une de ces soirées, il fait la connaissance de Kimié, de qui il va se rapprocher avant de tomber amoureux, et qui remettra un peu d'ordre dans sa vie... En attendant l'arrivée de M. Heurault !



Les thématiques abordées dans l'album

Non pas un choc mais un rapprochement des cultures.
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La rupture de David et sa copine est l’excuse pour nous faire errer avec lui et découvrir les rues de Tokyo, un pays et ses mœurs.

Frédéric Boilet nous plonge dans la vie japonaise de la manière la plus simple, la plus quotidienne, en détournant les stéréotypes, en les abordant avec humour, pour que finalement nous nous rendions compte, comme le dit David que  « les Japonais sont en tous points pareils à nous: c’est leur façon d'être identiques qui change ». La mise en parallèle avec une autre culture est décrite à l’aide de références sur des mœurs du quotidien, des habitudes alimentaires ou encore sur des aspects commerciaux exportables de la culture.
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On peut lister un incroyable défilé de stéréotypes et cela commence dès la quatrième page, lorsque la copine de David le quitte disant « Moi qui croyais que les Français étaient comme Le Grand Bleu ». Réfugié au bar, David s’entend dire par les Japonais qu’il ressemble à « Alain Delon » et à beaucoup d'autres :les Japonais ne sont pas totalement fermés à la culture française.

Sur les habitudes culinaires, on peut noter ce dialogue amusant où David dit à Kimié :  « En France, une fille peut facilement savoir si un garçon est vraiment amoureux d’elle : s’il est amoureux, il va se lever le premier pour aller chercher les croissants » ce à quoi Kimié répond : « Si je devais manger des croissants tous les matins je deviendrais folle… Vous n’avez pas de la soupe Miso ou du poisson séché en France ? » L’opposition délicate de nos modes de vie arrache forcément un sourire à la lecture de cette scène.

Avec M. Heurault au Japon arrive aussi la comparaison des modes de vie dans le sens inverse cette fois. Et ce sont des petites choses qui marquent les esprits : des prix exorbitants comme l’entrée en boîte à 5500 yens soit 300 francs à l’époque, ces mêmes boîtes que les Japonais rejoignent dès la sortie du travail et qui du coup ferment à minuit, un fromage très particulier, les tremblements de terre, les Japonaises... 

Il est très intéressant de voir, au fur et à mesure que l’histoire avance, la culture japonaise se dévoiler, et de se rendre compte que derrières ces différences culturelles, nous sommes tous aussi curieux d’en apprendre plus sur une autre culture, de partager la nôtre, au-delà des barrières de la langue…

On peut conclure cette partie avec une belle citation qui rend hommage à notre culture : « Elle dit que c’est ça la France qui plaît aux Japonais. Ce n’est pas le TGV ou la Tour Eiffel, ils ont la même chose… c’est le cinéma, les droits de l’homme, le vin… » 
 


Des éléments autobiographiques ?

C’est une question que l’on peut se poser sur l’ouvrage. Inspiré d’une expérience vécue, de rencontres, de réelles photographies… Oui, mais l’histoire en elle-même est une chronique de la vie japonaise qui synthétise plutôt les ressentis de ce que Boilet a vécu au Japon !

Ceci dit, on trouve à un moment donné un clin d’œil à son travail : le héros, David, écrit un roman qui parle « d’un homme qui veut se libérer de ses entraves, il rompt avec ses attaches, son travail, les petites lâchetés qui l’entourent… Au début il croit que c’est le Japon qu’il veut comprendre, et peu à peu, il découvre que le Japon n’est qu’une façon pour lui de se retrouver. »

On peut le voir comme un aveu de Boilet. L'album tend à nous montrer entre autres que le voyage est formateur pour un individu, que c'est un réel apprentissage, une rencontre avec les autres mais aussi parfois avec soi-même.
 


Que devient une bouteille égarée à Tokyo ?
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La fameuse bouteille que David a oubliée dans le métro va finalement connaître une fin heureuse. En réalité, c’est même elle qui va le sauver et donner à l'histoire une fin plus « glorieuse » !

 

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Au début de chaque chapitre, on peut suivre sa progression. Elle passe de mains en mains avant d’arriver à un restaurant et de connaître son premier succès.

 

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Le fait de placer une petite vignette de cette bouteille à chaque chapitre nous donne comme un rythme, une impression de continuité, un fil conducteur, nous ne sommes pas perdus ! Elle finit en plus par revenir vers David : comme quoi, le monde est petit, même à Tokyo !


 

 

 

 Les particularités de l’album

L’album, avec sa superbe couverture colorée, est pourtant entièrement dessiné en noir et blanc, ce qui est l’une des spécialités de Fréderic Boilet.

Dans la préface, Dominique Noguez nous dit que « ça a l’air d’être une BD, mais ce n’en est pas une. C’est une œuvre insolite, un objet culturel non identifié ». Et on le ressent car, très vite, entre les images de Tokyo qui nous sont offertes et les dialogues pleins de sens et jamais inutiles, on se laisse porter et on ne sait plus si nous sommes dans une BD, dans un roman…  Noguez le décrit même comme une sorte de « roman avec des mots accompagnés de dessins ».
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Tous ses dessins sont inspirés du réel, dans le respect total des formes. Les traits sont appuyés plus particulièrement sur les visages des personnages, traduisant les émotions avec un réalisme impressionnant. J’ai remarqué qu’il n’y avait que peu de vues « panoramiques » ; les décors, lorsqu’ils sont détaillés, encadrent seulement les personnages, ou bien nous placent nous en situation de contemplation.  Il faut savoir aussi que pour réaliser cet album, Boilet a demandé à ses amis de prendre la pose pour des photographies, avec différentes expressions, qu’il a pu ensuite attribuer à ses personnages, d’où cette impression constante de réel.
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L’auteur dit qu’il a voulu reprendre l’idée du manga, sa fluidité. On en retrouve les influences de deux manières dans l’album : diminution du nombre de cases par page, ou bien utilisation de davantage de cases pour décrire une seule émotion. C’est particulièrement le cas lors des scènes érotiques – il y en en a à plusieurs reprises, elles sont toujours présentées sans pudeur, et n’ont rien de vulgaire ou de choquant. Ainsi il apporte quelque chose de nouveau dans la mise en page : la taille très variable et  l'agencement subtil des vignettes dans la page, qu’il considère comme un espace autonome.

Une autre particularité de l’album à signaler : la plupart des textes sont aussi écrits en japonais dans les vignettes. Un vrai régal pour ceux qui connaissent un minimum de japonais, et une incitation à la découvrir pour les autres !



Avis personnel

Tokyo est mon jardin m'a réconciliée avec la bande dessinée, j'ai pris plaisir à la lire, vignette par vignette, et j'en suis très heureuse. Fréderic Boilet est un auteur charmant, avec qui j'ai eu l'occasion de discuter, passionné par son travail, toujours prêt à le partager.

Si vous n'êtes pas déjà attiré par le Japon et sa culture, il sera difficile d'y résister après cette lecture, car on est immergé, en même temps que les personnages, on apprend en à leurs côtés, et lorsque l'on ferme la dernière page, on a tout simplement envie de vivre une telle expérience nous-même !

C'est donc un album que je conseille aux lecteurs de BD ou aux non-lecteurs comme moi qui pourront être agréablement surpris par le mélange des styles, aux amoureux du Japon et aux esprits aventuriers, finalement, à tous ceux qui prennent plaisir à faire un petit voyage littéraire !


Tiphaine, 2ème année Bibliothèques

 

 

Frédéric BOILET sur LITTEXPRESS

 

Frédéric Boilet L'Apprenti japonais 

 

 

 

 

Article de Mylène sur L'Apprenti Japonais

 

 

 

 

 

 

 

 


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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:00

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Frédéric BOILET
L’Apprenti Japonais
Les Impressions nouvelles, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La biographie complète de Frédéric Boilet se trouve sur son site officiel :  http://www.boilet.net/fr/biographie.html

 

 

 

Ce livre se compose de quatre grands chapitres qui commencent tous par une interview de l'auteur.

Dans le premier, il explique en quoi son livre Tokyo est mon jardin est moins oppressant que Love Hotel. Il s’agit principalement de textes – notes brèves, extraits de correspondances, ébauches d’articles. Il nous explique que pour l'Apprenti Japonais, il s'inspire de son voyage à Tokyo durant un an, entre 1993 et 1994. Il explique que si son dessin a gagné en clarté, c'est parce que sa vie a changé, notamment durant cette année de voyage. C'est aussi ici qu'il rencontrera son « modèle » Kimié.

Dans ce chapitre, nous trouvons toutes sortes de notes, extraits de lettres/fax, de nombreux croquis et photos qui nous retracent certains souvenirs durant son expérience tokyoïte. Il nous explique par exemple dans une note du 6 avril 1993 les difficultés qu'il rencontre pour que l'on écrive son prénom correctement. Un dialogue de sourds commence puis à force de dessins il arrive à faire comprendre à son interlocuteur qu'il manque une lettre à son prénom. Difficile lorsque l'on vient à peine d'arriver dans un pays dont on ne maîtrise pas totalement la langue.

Nous pouvons trouver des notes plus ou moins longues ; nous n'avons pas toujours leur contexte, ce qui peut être déroutant. Parfois, nous trouvons une note constituée d'une phrase très concise qui marque un souvenir à un moment donné ; le reste importe peu. «  Vu Neko à la télé. Elle joue le rôle d'une geisha qui se fait peloter » (page 12).

Il arrive aussi à Frédéric Boilet de compléter ses notes écrites par des photographies, des croquis. Il nous montre un aspect du Japon et notamment de Tokyo que les Occidentaux ne connaissent pas forcément. Il nous parle par exemple d'un après-midi où il se promène dans le quartier de Shinjuku où il prend par mégarde une Japonaise en photo.
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On se trouve parfois confronté à des croquis réalisés sur des feuilles d'agenda avec quelque mots griffonnés ; ils sont souvent difficiles à déchiffrer mais montrent l'état d'esprit de l'auteur à un moment donné.

L'auteur nous présente une anecdote qui lui est arrivée le 2 juin 93 ; il nous explique ses déboire quand il remarque qu'il lui manque cinquante yens pour pouvoir prendre le métro. Cette anecdote montre à quel point les Japonais sont méfiants, ils ont besoin d'un grand nombre d'informations pour accorder leur confiance.

Il lui arrive aussi de trouver des Japonais sachant quelque mots de français qui en profitent pour les lui dire, par exemple madame Iwata qui tient une papeterie avec son mari. Ayant des notions de français, elle en profite pour parler avec Frédéric Boilet ; ses expressions faciales méritent des photos selon lui.

Il explique qu'il souhaite découvrir un Japon au jour le jour et qu'il évite donc d'aller à l'institut franco-japonais de Tokyo ; il souhaite découvrir le quotidien des Japonais ; il remplit donc son carnet de notes sur les événements survenus lors de ses journées.


Il s’amuse à donner des noms aux stations de métro avec les quelques kanji qu'il connaît, ce qui donne des résultats assez drôles : « Yushima : l'île de l'eau chaude, Asakusa : l'Herbe basse … » (page 42).

J'ai beaucoup apprécié le moment où l'auteur à la fin du premier chapitre dit qu'il n'a pas « fait » le Japon, alors que ses collègues disent qu'en trois semaines ils « font » un pays. Beaucoup de touristes disent après un voyage de plus ou moins longue durée qu'ils ont fait le Japon… ; cependant je trouve cette expression réellement irritante ; il est impossible pour une personne de « faire » un pays car même dans son propre pays on découvre chaque fois de nouvelles choses.



Chapitre 2

Ce chapitre se compose de textes et d'illustrations parus dans un bimensuel : Big Comic ; le chapitre commence par l'interview de Frédéric Boilet ; cette interview parle de ses sources d'inspiration et de ses relations intimes avec ses modèles. On trouve sur une cinquantaine de pages les treize articles et illustrations de « Prisonnier des Japonaises », parus en 1998 et 99 dans le bimensuel Big Comic.

« Je ne suis pas Américain » : cette chronique parle du fait que pour les Japonais les étrangers sont des Américains ; ils se font un plaisir de parler en anglais, malgré le fait que l'auteur leur dit en japonais qu'il est français. «  Inutile de lui dire que vous ne comprenez pas le louchébèm anglo-américain, il serait tout à fait perdu ». Cet extrait montre que la France est une « province » étatsunienne pour une majorité de Japonais influencés par l’importance du tourisme américain, et qu'ils se font un plaisir de parler en anglais après avoir suivi des cours du soir.

L'auteur aime parler des Japonaises, s'il le pouvait il parlerait d'elles dans toutes ses chroniques. Il explique à quel point elles sont « formidables ». Les deux inconvénients d'une Japonaise sont d’abord le fait qu'elles ont plusieurs petits amis à la fois – « un pour le ciné, un pour le restau, un pour la voiture, un pour le sexe. Dans ce cas, arrangez-vous pour être celui pour le sexe ».  Le second est qu'une fois que l'on a connu une Japonaise, il est difficile de tomber amoureux d'une Française. Dans cet extrait il montre qu'il accepte les petites excentricités des Japonaises. Il prend cela avec beaucoup d'humour et de dérision, ce qui fait sourire le lecteur qui peut ce mettre à la place des différents petits amis et éprouve alors de la compassion pour eux.

Abordant pour la première fois un des clichés sur le Japon, les Love Hotel, il nous en fait une description très précise. Il explique également les endroits ou l'on peut en trouver. Explique aussi que les Japonais aiment savoir où ils mettent les pieds et ont donc inventé différents types d'hôtels, les uns pour dormir, d'autres pour « dessoûler », pour se ressourcer et prendre une dose de Japon, et enfin les Love Hotel pour faire l'amour.

 
Il traite aussi de Santa Claus, explique la véritable histoire de ce personnage qui a été remplacé par sa « doublure » venue des USA. Il en vient donc à parler de ses propres souvenirs des fêtes de Noël dans la chronique suivante. Il traite aussi du fait qu'habitant dans le nord-est de la France il avait en décembre une double dose de cadeaux car il recevait ceux de saint Nicolas le 6 décembre et ceux de « Santa Cola » le 24 décembre. Des petits clins d’œil à ses souvenirs de Noël notamment avec le dernier paragraphe de l'article « Je ne suis pas saint Nicolas ! » . C'est grâce aux Américains qu'il a eu une double ration de cadeaux à Noël.



Chapitre 3

Le troisième chapitre propose, une sélection d’illustrations et textes extraits de l’Encyclopédie illustrée de la jeunesse, parue en 1999 dans le grand quotidien d’information Asahi Shimbun. «Voilà qu’un nouveau défi s’offre à moi: devenir "apprenti jeune Japonais".»

Dans ce chapitre, il traite de sujets plus connus en France. Notamment les informations concernant les télécommunications ; dans une chronique, l'auteur prend l'exemple d'une jeune Japonaise de 17 ans qui possède trois téléphones portables et qui se plaint de n'avoir aucun message depuis le matin. Cette chronique est illustrée par un dessin en noir et blanc montrant plusieurs personnes téléphone à la main, comme greffé à l'oreille.
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Il parle aussi des tenues des étudiantes, de leurs jupes qu’elles enroulent autour de leur taille pour les raccourcir. Dans un premier temps l'auteur se demande pourquoi les directeurs des lycées demandent à leur étudiantes de porter des jupes si courtes pour aller en cours. Finalement, il se rend compte que ce sont les étudiantes elles-même qui choisissent de les raccourcir. Or cette méthode comporte des risques ; quand elles montent les escaliers, elles doivent trouver des parades afin d'éviter que l'on regarde sous leur jupes. Ce geste est devenu si coutumier qu'elles le font même en redescendant les escaliers alors qu'il n'y a aucun risque.

« Un geste finalement gracieux, et très typique de la jeune Tokyoïte moderne qui porte désormais systématiquement un sac ou une main à ses fesses pour monter le moindre escalier, mais aussi, plus curieusement … pour les descendre ! » (p. 162).

« L'empire des doigts levés » traite du fait que les Japonaises aiment faire un V avec leurs doigts qui symbolise leur bonheur. C’est un des clichés les plus répandus dans le monde entier. Il n’est pas difficile de reconnaître des touristes japonais en France lorsqu’ils adoptent cette attitude.

Enfin le quatrième chapitre, baptisé « Le Monde vu du Japon », couvre la période 2003-2005. Il s’agit d’une sélection d’illustrations pour l’Asahi Shimbun sur des sujets d’actualité internationale ou japonaise. Elles sont accompagnées quand c’est nécessaire de commentaires inédits, pour les lecteurs français peu familiers du paysage médiatique, social, politique, ou tout simplement urbain du Japon.


Mylène, 2ème année Bibliothèques

 

 

 

 


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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 07:00

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Jean-Marie OMONT (scénario)
ZHAO Golo (dessinateur)
La balade de Yaya
Éditions Fei
Tome 1 paru en 2011
Intégrale 1er volume, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Yaya a vu le jour sous le crayon de Golo Zhao, dessinateur de la série. Né en 1984 et d’origine chinoise, cet artiste de 29 ans est encore peu reconnu en Europe. Il a obtenu le diplôme de l’Académie des Beaux-Arts de Guangzhou, et celui de l’Académie cinématographique de Beijing. Son début de carrière se caractérise par l’illustration dans des magazines et des bandes dessinées. C’est aussi un auteur de manhua (bandes dessinées chinoises) mais peu productif.

Golo Zhao s’associe en 2010 avec Jean-Marie Omont, réalisateur et scénariste français, pour le projet de La balade de Yaya. C’est pour s’évader qu’il commence à écrire des histoires et aller au cinéma, domaine qu’il étudie à Bordeaux. Pendant dix ans il travaille comme assistant réalisateur, et écrit aujourd’hui pour la télévision et la bande dessinée. En parallèle, il développe des projets pour le cinéma.

Golo Zhao et Jean-Marie Omont créent donc La balade de Yaya, bande dessinée qui paraît pour la première fois en janvier 2011 sur une idée de Patrick Marty. Il s’agit à la base d’une série de neuf volumes en petit format à l’italienne, qui a été éditée récemment en version intégrale. Cette dernière représente trois volumes de grand format dont le troisième et dernier est en cours de parution. Chaque volume reprend trois volets de la série initiale.

La balade de Yaya est publiée par les éditions Fei, créées en 2009 par une jeune Chinoise. Cette maison est reconnue pour faire découvrir aux lecteurs occidentaux les auteurs méconnus de bandes dessinées chinoises. Son but est principalement de faire collaborer Chinois et Occidentaux sur les projets pour favoriser une qualité d’adaptation et de traduction.

Le tome 1, La fugue, est lauréat 2012 des prix : LIivrentête de littérature de jeunesse, Bulles en Fureur, et Meilleur Album des Collégiens Samariens.



Le résumé

Le tome de La balade de Yaya que j’ai choisi d’analyser est le premier de la version intégrale, c’est-à-dire les trois premiers volets de la série initiale. Deux jeunes enfants se retrouvent perdus en Chine pendant la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), et n’ont comme arme que leur innocence. Yaya et Tuduo n’étaient pas destinés à se rencontrer puisque tandis que l’une est issue d’une famille bourgeoise de Shanghai, l’autre est un enfant des rues.

Au début de l’aventure, en 1937, Yaya s’enfuit de chez elle pour participer à un concours de piano, alors que les bombes s’abattent sur le pays et que ses parents projettent de partir se réfugier à Hong Kong. Elle finit par se perdre au milieu du désastre, seulement accompagnée par son oiseau Pipo, qu’elle seule peut entendre lorsqu’il parle. Semblable à Jiminy Cricket dans Pinocchio, il lui dicte la bonne conduite mais n’est pas toujours écouté. C’est grâce à lui que Tuduo, un enfant des rues qui passait justement par là, va la retrouver au milieu des décombres.

Avant que Tuduo, enfant acrobate, ne trouve Yaya, lui et son petit frère Xiao étaient prisonniers de Zhu, son jeune idiot de sous-fifre le dénommé « Sauce d’huître », et son vieux chien Whisky, bête et méchant. Ils étaient en train de fuir Zhu quand Tuduo s’est vu dans l’obligation de confier son petit frère à l’Église avant de se lancer sur la route de Hong Kong avec Yaya.  
 
Désormais associés, ils partent à la recherche des parents de Yaya qui ont fini par prendre la mer. Sur la route, ils vont se heurter à la cruauté du monde, en faisant de belles mais aussi de bien mauvaises rencontres, le tout dans une atmosphère de douce et parfois drôle innocence.



Des rencontres dans un univers sans pitié…

Le début de La balade de Yaya coïncide avec celui de la seconde guerre contre le Japon en 1937. Pour le contexte, cette guerre a commencé quelques mois avant que les Allemands attaquent la Pologne, fait qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. La Chine s’est alors fait envahir par l’armée impériale japonaise. C’est le 9 août 1967 exactement que Shanghai, ville de Yaya, se trouve prise dans de violents combats.

Au cours de ce premier album, les deux enfants font de bonnes et de mauvaises rencontres.

Certains adultes profitent de leur faiblesse. Tuduo en est la principale victime puisque, orphelin, il s’est trouvé sous l’emprise de Zhu, un gros bonhomme malfaisant qui l’oblige à travailler pour lui. Un soir, alors que Zhu lui annonce qu’il va désormais s’occuper de son petit frère Xiao, Tuduo décide de fuir. À Xiao : « On doit s’échapper maintenant. Sinon Zhu va te frapper comme moi, pour t’apprendre à travailler. ». Tuduo, a un grand cœur et beaucoup de courage, il protège ses proches de façon exemplaire. C’est ainsi qu’il se sépare de Xiao en le laissant entre les mains protectrices d’une Sœur. Mais Zhu et son sous-fifre restent sans cesse à ses trousses.

Yaya quant à elle, d’une grande naïveté, n’en fait qu’à sa tête et poursuit son rêve de pianiste coûte que coûte, malgré l’interdiction et la mise en garde de ses parents. Elle se trouve alors surprise par les bombardements et c’est Tuduo qui la sort d’affaire.

 « Sauce d’huître » l’associé de Zhu finira cependant par les retrouver et les ramener à Zhu qui les enferme. La fuite de Tuduo lui vaut alors une séance de fouet. Zhu à Tuduo :

 

« Tu m’as enlevé Xiao alors qu’il était sur le point de me rapporter de l’argent. Je devrais t‘enfermer à la cave pour te faire passer l‘envie de t’enfuir… mas j’ai besoin d’argent rapidement. Je me dis qu’avec cette guerre qui arrive, il doit bien y avoir un moyen d’en tirer profit ».

 Tuduo-et-Zhu.jpg
Zhu mettra également fin à la vie de Fang Yin, la gouvernante des parents de Yaya, prévenue par Pipo pour qu’elle vienne les aider.

Plus tard, alors qu’ils ont réussi à grimper dans le camion d’un homme qui leur offre de les conduire vers Hong Kong, on se trouve confronté à un autre enfant souffrant le martyre après s’être fait exploser la jambe par une grenade. C’est grâce au conducteur qu’ils trouvent refuge quelques jours chez une paysanne où tout le monde est nourri et soigné.

D’aventure en aventure, les enfants sont confrontés à une dernière rencontre : un homme louant des barques. Yaya s’est enfuie toute seule une fois de plus, et donne naïvement des diamants (trouvés précédemment), à l’homme qui bien évidemment s’en prend violemment à elle pour lui voler son butin. Tuduo qui arrive à ce moment-là subit le même sort et ils se retrouvent à voguer sur le fleuve à bord de la barque, inconscients…

Les éditions Fei parlent de Yaya :

 

« Trop souvent, les enfants sont les premières victimes des conflits, et les plus durement frappés. Alors que les adultes s’ingénient à créer l’enfer sur terre, les enfants, eux, souffrent et personne, bien souvent, ne se soucie de leur point de vue ».

 

 

 

…couplées aux rêves et à l’imaginaire de deux jeunes enfants.

Malgré quelques images et un contexte durs, l’histoire est peinte dans une certaine légèreté car il y a un véritable contraste entre la douceur du dessin et la dureté du sujet. Le dessin de Golo Zhao est aquarellé, rond et coloré, non sans rappeler celui du célèbre Japonais Hayao Miyazaki.

totoro-miyazaki.jpgTotoro – Hayao Miyazaki

 

La grande douceur des traits apporte de la fraîcheur à l’histoire, et donne l’impression de lire la guerre à travers la naïveté des yeux d’enfants.
 tuduo-yaya.jpg
Dans les premières planches, il y a toujours un contraste entre la robe jaune de Yaya et la grisaille des soldats en arrière-plan. De même pour sa naïveté et sa joie de vivre qui contrastent avec la violence qui l’entoure.

Durant tout ce premier album, on découvre la guerre sous ses aspects les plus sinistres mais jamais de façon triste car le dessin est doux et les personnages sont pleins de fraîcheur. Face à des événements tragiques, ils donnent une atmosphère naïve et facétieuse.

Tuduo et Yaya apprennent tout au long de l’histoire à grandir sans leurs parents, livrés à eux-mêmes et à leurs représentations du monde qui les entoure. On trouve souvent au début des dessins représentant les deux enfants, colorés et pleins de vie, qui rient et s’amusent, sur un fond de ville grise, détruite, fumante. Ils font ainsi la part belle au rêve et à l’imaginaire.

Certaines planches consacrées à Pipo, l’oiseau malin mais peureux, font sourire car il joue de malchance. Notamment lorsqu’ils se retrouvent tous hébergés chez une paysanne et que Pipo n’y trouve pas le repos car un homme rendu fou par la première guerre le poursuit pour lui couper la tête, comme il fait aux poules. Le sujet est traité avec humour mais il montre les ravages autres que matériels, que peut faire la guerre, par exemple lorsqu’il se fait courser par le chien Whisky de Zhu.



Mon avis

Je ne précise que maintenant qu’il s‘agit d’un album classé au rayon jeunesse dans les librairies, autour de 7-9 ans, parce que j’estime qu’il a également tout a fait sa place chez les adultes. Les dessins sont certes doux et colorés, le sujet n’en reste pas moins délicat et est aussi intéressant à lire avec l’œil plus critique d’un adulte. En fait, il convient à tout âge pourvu qu’on soit sensible au dessin poétique de Golo Zhao.

J’ai personnellement adoré me plonger dans ce premier tome très beau d’un point de vue esthétique. La frustration qu’on éprouve à la fin du premier tome, dévoré en vingt minutes, donne instantanément l’envie d’aller acheter le deuxième, et le troisième (qui ne sort que dans quelque temps). Même sur un sujet aussi dur, revoir le monde avec ses yeux d’enfant est très reposant.



Céline, AS Bib.

 

 

 


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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 07:00

Bouzard-The-autobiography-of-me-too.jpg



 

 

 

 

 

 

 

Guillaume BOUZARD
The autobiography of me too
Les Requins marteaux, 2008




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guillaume Bouzard est un dessinateur français né à Paris en 1968. Dès 1986, il crée son premier fanzine nommé Caca Bémol qui durera dix numéros. Il entre en 1989 aux Beaux-Arts de Toulouse où il va rencontrer Pierre Druilhe, ils vont créer ensemble Les pauvres types de l'espace publié en 1995 chez Les Requins Marteaux. Dans les années 1990, il devient l'un des piliers du fanzine en participant à de nombreux projets. Il revient chez Les Requins Marteaux en 2004 avec The autobiography of me too qui aura deux suites, intitulées The autobiography of me too two et The autobiography of me too free. Depuis 2002, il collabore avec le journal Fluide Glacial. Guillaume Bouzard est également un passionné de football, il réalise des planches pour le journal Libération ainsi que pour le magazine So Foot. Elles ont été réunies chez Dargaud sous le titre de Football Football en deux volumes. Bouzard tient aussi un blog avec le dessinateur James intitulé  On veut travailler au Canard Enchaîné.
James-pl.jpg

Dessin de James. Blog On veut travailler pour Le Canard enchaîné.
 

 

 

 

Guillaume Bouzard était présent au stand de  La Mauvaise Réputation cette année pour une séance de dédicace à l'Escale du livre.

The autobiography of me too est paru aux éditions Les Requins Marteaux en mai 2004 dans la collection Centripète (regroupant 8 titres parus). Les planches ont été prépubliées dans le magazine de bande dessinée Psikopat créé en 1982 par le dessinateur Carali. C'est un album de format 19x26 cm, cartonné toilé de couleur orange ce qui confère un bel aspect à cet ouvrage. L'album compte 72 pages en noir et blanc. Il a reçu le soutien de la région Aquitaine pour sa création.

Cet album se compose de quatorze histoires courtes s’apparentant à des anecdotes de la vie quotidienne de Bouzard. S'il s'appuie sur ses propres expériences, celles d'un trentenaire, le dessinateur s'en écarte facilement pour se placer sous le signe de l’autodérision et rendre risibles les tracas du quotidien. L'ironie est présente grâce à des digressions qui emmènent le lecteur vers des récits farfelus et des dénouements absurdes. Le héros de l'album se nomme Bouzard et les traits de ce dernier sont proches de ceux de l'auteur dans la vie. Le coup de crayon est simple, ne cherchant pas à reproduire la réalité, sans se soucier d'un critère esthétique particulier. On peut même rapprocher ces dessins de celui du dessin journalistique que l'on retrouve dans les quotidiens tels que Charlie Hebdo ou Le Monde avec le dessinateur Plantu. De plus, ce qui prime dans ces petites histoires est le dénouement, la chute souvent humoristique. Quand Bouzard se met en scène, son personnage a des traits particuliers que l'on retrouve au fil des histoires, il est plaintif, de mauvaise foi et fuit les responsabilités. Les bulles sont écrites à la première personne, ce qui renforce l'aspect autobiographique de l'ouvrage.

Bouzard-the-autobiography-of-me-too_Page_6.png

La seconde histoire de l'album s'intitule The French « Savoir vivre » (p.10-p.13). Elle illustre parfaitement la philosophie de l'ouvrage. Dans la première case, Bouzard tond la pelouse dans son jardin et explique que c'est une activité apaisante, facile et dont on voit tout de suite le « boulot abattu ». Vient alors le temps de la bière, de la préparation d'un barbecue pour ses amis et d'un bon moment de camaraderie.

Tout semble s'articuler correctement, il y a « des bonnes andouillettes de chez le charcutier », les copains qui arrivent et l'apéro peut commencer. Ils refont le monde, parlent un peu politique et « comme tout le monde est d'accord, on refait un cocktail ». L'un de ses amis remarque leur état d’ébriété avancée, les rires fusent, Bouzard part alors chercher les andouillettes mais ces dernières sont carbonisées. La nuit commence à tomber, la bande de copains est de plus en plus joyeuse et Bouzard finit par se retrouver nez à nez avec la pelouse, « juste tondue », « c'est doux et c'est frais ! ». C'est à ce moment qu'arrive Cécile, sa femme, qui débauche de sa garde de nuit à l’hôpital. Elle lui fait remarquer son piètre état et Bouzard déclare « hoooo Cécile ! ». Dans la case suivante, le héros est au lit, la bave séchée aux lèvres. Cécile ouvre les volets, il est huit heures du matin. Bouzard grogne et lui déclare : « Qui c'est qu'a passé la tondeuse hier ? C'est toi peut-être ? ». Cécile claque la porte, Bouzard pense avoir eu le dernier mot mais cette dernière revient pour l'informer que sa grand-mère a téléphoné, elle aimerait que son petit-fils passe la tondeuse. Dans les trois dernières cases, Bouzard passe à nouveau la tondeuse, son visage illustre une gueule de bois vertigineuse, et sa grand-mère est à la fenêtre et lui dit : « Moi, quand j'étais plus jeune... J'aimais bien passer la tondeuse. »


Louis, AS Éd.-Lib.

 

   
Pour en découvrir davantage sur Guillaume Bouzard

Volume 2 :  http://www.lesrequinsmarteaux.org/article-3846417.html
Volume 3 :  http://www.lesrequinsmarteaux.org/article-18644259.html

Son blog avec James :

 http://jeveuxtravaillerpourlecanard.blogspot.fr/

 

 

Lire également l'article de Paul ici.

 

 


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Published by Louis - dans bande dessinée
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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 07:00

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Ce samedi 6 avril à L’Escale du Livre, deux auteurs de bande dessinée sont venus nous parler de la collection dans laquelle ils ont été récemment publiés chez les Requins Marteaux. Cette collection n’est autre que l’audacieuse « BD Cul » et les auteurs qui se sont prêtés à l’exercice sont Nine Antico (qui n’aime pas qu’on l’appelle Virginie) et Monsieur Guillaume Bouzard. Au cas où l’on serait passé à côté de cette collection un peu particulière, il peut être utile de voir ce qu’en disent les Requins Marteaux sur leur site :

 

« La collection BD CUL, originellement créée par Lisa Mandel, Cizo et Felder, se propose de remettre à l’honneur la BD de “genre“ dans un domaine ô combien intime : le CUL !

Cette collection permettra aux auteurs d’explorer leur libido en toute liberté tout en se confrontant à l’exercice imposé de la pornographie.

Ce travail sera, en tout bien tout honneur, dirigé par Cizo et Felder.

C’est à ces deux anciens collaborateurs de Ferraille Illustré que nous avons confié l’habillage et l’éditorial de la collection. La maquette et l’identité visuelle volontairement explicite (inspirée des BD de gare des années 70), permettront par la forme d’ancrer la collection dans la pornographie, laissant ainsi une plus grande latitude aux auteurs dans le fond.

La bd pornographique n’est que le point de départ, l’impulsion de cette collection.

La plupart des dessinatrices et dessinateurs ont une libido surdéveloppée mais une vie sexuelle quasi inexistante. 

Bd Cul devrait donc donner naissance à de magnifiques chefs-d’œuvre de la bande dessinée érotique. »

 

 

Nine Antico et Guillaume Bouzard présentaient respectivement leurs ouvrages I Love Alice et La Bibite à Bon Dieu. Le premier met en scène une jeune sportive fraîchement arrivée dans un petit village de province et rejoignant l’équipe de rugby féminine, dont les membres ont trouvé une façon bien particulière de fêter la 3ème mi-temps. Le second nous dévoile les méthodes tout aussi particulières qu’a le père Guillaume – curé lui aussi fraîchement arrivé dans un petit village – de transmettre à ses ouailles le dicton « Dieu est amour »…

logo-bd-cul.jpg

Rencontre.
Nine-Antico-I-love-Alice.jpg
Comment en êtes-vous venus à participer à cette collection ?

Nine Antico : Je partage le même atelier que Cizo et Felder. Ils m’ont demandé naturellement de participer à cette idée de livre-objet avec des fausses pubs, et j’ai accepté. Maintenant la collection commence à être connue et les auteurs demandent à participer.

Guillaume Bouzard : C’était un projet de longue date avec d’autres auteurs avec qui nous avions créé le blog Bdcul qui a duré un an ou deux. La collection a été lancée en suivant. C’est un exercice intéressant, le format est excellent, les rythmes de narration sont géniaux. L’idée était de faire de la BD comme un film de cul : deux pages d’histoire et huit pages de sexe.

N.A. : L’excitation sexuelle vient d’un bon dosage de frustration et d’exhibition, il n’y avait pas cette fonction dans mes autres livres, ça m’a demandé de vraiment bien penser mes moments clés.



Vous aviez tout de même l’envie de raconter une histoire ?

N.A. : Quand il n’y a plus que du cul, du cul et du cul, ce n’est même plus excitant, j’avais plus envie d’y mêler de l’humour. Peut-être pour me cacher un peu, je ne sais pas.

G.B. : J’étais parti sur l’idée de ne faire que du cul, mais l’histoire s’est montée d’elle-même. Dessiner exclusivement du sexe le rend vite super clinique. Je me suis d’ailleurs pas mal documenté sur quelques sites intéressants. J’ai perdu 15 kilos. Enfin bon l’histoire reste importante, d’autant plus que le format est très malléable et permet de faire durer ou de raccourcir les actions très facilement.



Vous aviez une contrainte de pagination ?

G.B. : Oui, 120 pages en gros. C’est en référence à ces petits pockets de gare, un peu sulfureux.



Vous avez dû vous documenter ?

N.A. : Je n’en ai pas eu besoin. Pour les gestes techniques du rugby, je suis partie de l’idée que mon équipe était mauvaise et ne ferait rien dans les règles de l’art. Pour les scènes de sexe, je suis restée fidèle à moi-même, très classique.

G.B. : Pas vraiment, j’avais un peu eu dans la main en tant qu’ado ces bouquins dont on parle. C’est un hommage aux fumetti en fait.

Guillaume-Bouzard-La-bibite-a-bon-dieu.jpg

Le format présente aussi quelques particularités… (Note : sur la couverture de I Love Alice, entre les fesses de la jeune femme se trouve une petite perforation dans la couverture. Pour la Bibite à Bon Dieu, un relief apparaît au niveau de la soutane du père Guillaume, ne laissant par sa forme que peu de doutes sur sa provenance.)

N.A : Oui, c’est toujours le cas sur les premiers tirages. Ca n’est pas de notre initiative, mais on nous le propose et on dit OK. Ça colle avec l’image de la collection.



Guillaume, toi tu mets en scène des femmes comme tout le monde, c’est presque du porno de terroir.

G.B. : Je vis à la campagne, donc je ne vois pas au quotidien des Américaines blondes et pulpeuses. D’ailleurs, je ne saurais pas quoi en faire, avant même d’en toucher une j’en mettrais partout ! Non non, je voulais dessiner de vraies femmes.



Nine, on entend pas mal dire de ton livre qu’il s’inspire de la sexploitation des années 70…

N.A. : Alors pas du tout. Plein de gens viennent me dire qu’ils trouvent des similitudes avec un vieux film que je n’ai même pas vu ! Ce serait plus « Sauvé par le gong » mais qui dérape, un univers un peu rétro… Je n’ai pas de référence particulière, peut-être MTV, les cheerleaders… L’idée d’une équipe de rugby est venue d’une illustration que j’avais eu à faire pour un magazine. J’ai voulu utiliser la symbolique du rapprochement des corps.



L’un comme l’autre, vous êtes-vous imposé des limites ?

G.B. : Pas de pédophilie. Je voulais plutôt faire des trucs qui me touchent personnellement. Sauf pour la page de double pénétration anale, ça c’est plutôt un truc que j’ai découvert sur internet. Dans le cadre de ma documentation. Le but n’était non plus de créer des polémiques.

N.A. : Je ne me suis même pas posé la question. J’ai juste fais attention à bien répartir les scènes de cul. S’il avait fallu faire plus long, j’en serais peut-être arrivée à mettre en scène des animaux, genre un berger allemand qui arrive par derrière, je ne sais pas.



On peut tout montrer en BD comme en littérature ?

N.A. : Oui.

G.B. : Non, enfin pas moi. Il y a la façon de faire, le talent…



Vous jouez beaucoup de la sexualité dans les mots, avec des doubles sens, tout ça est très chargé d’érotisme.

N.A. : L’humour n’empêche pas l’érotisme. Je suis pour l’humour partout.

G.B. : Je pense qu’il y a autant d’érotisme dans les regards, les paroles, que dans les actes. Je joue pas mal là-dessus c’est vrai, ça et l’humour qui est plutôt ma partie.



On dit que l’érotisme est le retardement de la pulsion et du désir…

G.B. : Bien sûr, bien sûr. Et puis c’est obligé pour la mise en scène. C’est quand même plus intéressant de faire durer.

N.A. : Pareil.



Il y a un jeu sur l’ellipse aussi. Avec toi Guillaume on ne voit pas dès le début les séquences de sexe.

G.B. : Moi j’ai juste dû lire un seul Manara quand j’étais plus jeune, j’ai un rapport plus naturel à tout ça. Et puis ça rendre aussi dans le cadre de la narration d’un album classique.

N.A. : Oui et puis même dans le porno il y a une répartition, une montée en puissance, un ordre même. D’abord le cuni puis la pipe, et après, enfin bon. J’ai essayé de faire quelque chose de bon enfant pour ma part.

G.B. : C’est le principe de la collection : l’auteur apporte sa vision de la chose. Il n’y a pas de message, c’est un exercice de style, l’appropriation d’un thème. Si en plus on peut y mettre des sentiments, c’est encore mieux.



Nine, ton histoire est un peu féministe, non ?

N.A. : Je ne l’avais pas pensée comme ça, mais finalement ça parle de femmes qui n’ont plus besoin des hommes. Donc effectivement c’est une orientation même si ce n’était pas un but que je m’étais fixé au départ.


Est-ce qu’il y avait un suivi éditorial comme sur un autre album ?

G.B. : Pas avec les Requins Marteaux, il y a une relation de confiance qui s’instaure. Pas de pression, pas de lectures. On nous donne des conseils si on en demande mais c’est tout. D’ailleurs je n’ai jamais eu de suivi éditorial, même ailleurs. Après, pour l’idée de départ, je n’aurais pas commencé ça de moi-même, mais c’est ma façon de travailler, jamais dans le vide.

N.A. : J’ai juste eu des retours de mes parents. Et aussi des retours un peu énervés d’autres personnes, qui se plaignaient que ce n’était pas excitant !

G.B. : Je n’ai pas eu de retours incroyables. Je ne l’ai juste pas offert à ma mère.



Tu n’as même pas eu de problèmes avec les catholiques ?

G.B. : Non, personne n’a l’air choqué pour l’instant. Après tout, « Dieu est amour », tout ça.



Vous envisagez des suites ? Sur une autre religion pour Guillaume par exemple ?

G.B. : Pas sûr. Les réactions pourraient être plus virulentes. Et une suite avec les mêmes personnages n’a aucun intérêt, ce serait une autre histoire ou rien.

N.A. : C’est dur de réussir à faire des trucs excitants. Un dessin sur deux que je faisais ne marchait pas. Là, c’était juste pour la collection, pour l’objet.

G.B. : Je pourrais refaire une histoire. Le rythme de création est rapide, je l’ai fait entre plusieurs jobs, presque comme une récréation. Ca m’a peut-être pris un mois et demi à temps plein. Mon dessin, un peu bâclé, vif, s’y prête bien.

N.A. : Je suis un peu dégoûtée car ça a été plus long pour moi. Rien que la création de l’histoire et du story-board m’ont pris un mois et demi, et au total j’ai dû y passer 7 mois dont 3 vraiment à plein temps. En fait ça fait beaucoup de temps pour un truc porno lu en cinq minutes aux chiottes… Ce qui me laisse un goût amer en fait…

G.B. : Après, « porno » n’est ni péjoratif, ni négatif, ce n’est pas forcément vulgaire, si ? Je n’arrive plus à savoir maintenant, j’ai passé trop de temps sur des sites pornos.

 

Difficile de ne pas être conquis par cette petite collection (six albums pour l’instant) qui, on l’aura compris, n’est pas vraiment un refuge de pornographes purs et durs. Les formats compacts à la maquette soignée sont même plutôt séduisants, avec leurs couleurs effet rétro et des polices à la Orange Mécanique de Kubrick. On attend impatiemment de connaître les prochains auteurs qui voudront bien se plier aux contraintes de cet exercice.

Enfin, il aurait été dommage de ne pas profiter de l’Escale du Livre pour se faire dédicacer le chef-d’œuvre de Bouzard !
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Paul, 2ème année bibliothèques

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 07:00

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DUONG Thu Huong
Sanctuaire du cœur
Sabine Wespieser, 2011
Le livre de poche, 2013



 

 

 

 

 

 

L’auteur, Duong Thu Huong
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Ici, nous ne ferons pas la biographie de l’auteur. L’article  et le lien suivants donnent une biographie complète et pertinente concernant Duong Thu Huong :

 http://littexpress.over-blog.net/article-16731431.html

 http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C6%B0%C6%A1ng_Thu_H%C6%B0%C6%A1ng 



Résumé de l’œuvre

Thanh a seize ans et décide un jour de fuguer. Son avenir semblait, pour tout le monde, brillant et plein de réussite.  Pourtant, il fuit sa ville natale et son environnement familial. Cette disparition plonge les parents de Thanh dans le désespoir et la crainte.

Le lecteur retrouve Thanh plusieurs années après, il est devenu gigolo.


On remarque que l’ouvrage se découpe en trois grandes « parties »

Les premières pages sont consacrées au récit personnel de la narratrice, en fait la cousine de la mère de Thanh. Elle reçoit un télégramme annonçant le drame et décide donc de  se rendre sur place pour soutenir la famille et tenter de comprendre. Une fois là-bas, elle nous dépeint un Vietnam encore enraciné dans ses traditions.

La seconde partie est composite. Nous retrouvons le fugitif quelques années plus tard chez une femme et avec une femme.Thanh s’est enfermé dans cette « nouvelle » vie, le lecteur partage les souvenirs du héros.

Enfin, une troisième partie vient expliquer la fuite de Thanh : l’épisode de la relation entre sa demi-sœur et son père.



Organisation particulière de l’œuvre

Le lecteur peut se retrouver perdu à cause de l’organisation peu conventionnelle de ce roman.


Une première partie originale pour présenter le contexte

La première partie de l’ouvrage (environ 130 pages) s’ouvre sur la réception d’un télégramme ; la première page intrigue tout de suite le lecteur : « Le petit Thanh a fugué avec le fils de M. Hoang Vuong. Peux-tu venir ? Thy et Yên » L’aspect particulier de cette partie repose sur le fait que c’est la narratrice elle-même qui nous raconte les événements, elle y participe directement.

Le lecteur appréhende ainsi l’arrivée dans le village de Lan Giang. Cette première partie du roman permet d’esquisser les personnages, de les situer, de connaître leur relation…

Enfin, l’auteur évoque un Vietnam enfermé dans ses traditions. L’épisode de la visite chez le couple Vuong en est une parfaite illustration ; le mari est poète et ne gagne pas d’argent ; sa femme, Maîtresse Na, est l’institutrice du village mais ne gagne pas assez pour nourrir toute la famille. Les femmes sont obligées de manger séparées des hommes. Même si le mari ne gagne pas d’argent, il décide de tout dans le ménage et impose ses codes en patriarche.

 

« S’ensuivit un silence assourdissant. Le visage de Hoang Vuong passa du blanc au rouge puis, il se leva d’un bond.

- Mais quelle imbécile cette épouse !

Furieux que son méfait ait été révélé, il s’apprêtait à aller battre sa femme.
 

 

[…] – Confucius l’a enseigné : "La femme est une espèce difficile à éduquer" ».

 

La naissance d’un enfant hors mariage est une grave atteinte à l’honneur de la famille, l’auteur nous raconte l’histoire de Maîtresse Na (p. 93 à 103)

Cette première partie se termine sur ces mots :

 

« Ainsi dans le brouillard, vous, lecteurs, comme moi, nous tâtonnons devant nous. Nous tâtonnons dans la recherche de la vie ! Dans le brouillard ! »

 

L’auteur laisse alors son lecteur en totale autonomie pour découvrir la suite de l’histoire Thanh.



Retour sur le personnage de Thanh

La seconde partie débute directement sur la « nouvelle » vie du héros. Au fil des pages, on le découvre dans son nouvel environnement, quinze ans plus tard. On constate qu’il est devenu gigolo et se prostitue pour gagner sa vie. Au moment précis où le lecteur retrouve Thanh, il entretient une sorte de relation avec une femme qui a le double de son âge : Kim.

Au fur et à mesure, le lecteur découvre la vie de Thanh depuis son départ de la ville de Lan Giang, mais aussi et surtout sa vie d’avant. Cette partie s’articule également de façon particulière : le récit de la vie de Thanh est parcouru de souvenirs, le lecteur découvre alors la vie passée du héros.


Le centre (/le dénouement) de l’histoire
 
Enfin, le secret de Thanh est révélé au lecteur à la moitié du roman : la femme dont il est tombé fou amoureux, TraMy, a une relation avec son père.  À ce moment, toutes les frustrations de Thanh ressortent et le condamnent à partir loin de sa famille. En quelque sorte, il s’agit du dénouement de l’histoire, et le roman pourrait s’arrêter là mais l’auteur choisit de montrer comment le héros va se sortir de cette impasse.


Le lecteur suit pas à pas le chemin de Thanh ; arrivera-t-il à guérir, oublier ou pardonner à sa famille ?

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Analyse

À travers ce roman, l’auteur nous porte à réfléchir sur des sujets contemporains qui lui sont chers et lui tiennent à cœur : le poids des traditions, les valeurs familiales, le libre arbitre des individus dans une société codée à l’extrême.

En effet, tout au long de ce livre, Duong Thu Huong pose la question de la destinée et des choix des enfants des hommes et des femmes de sa génération. Quel avenir laissons-nous à ces enfants ?

Elle s’est toujours battue pour des idéaux, la liberté et la démocratie dans son pays. Un thème dans ses ouvrages revient souvent : la critique du régime communiste (ses espoirs et ses désillusions). Cette critique peut être illustrée par l’histoire du notaire Ding et de son fils.


À travers le portrait de chaque personnage, l'auteur décrit un  des aspects du Vietnam.

Pour moi, la narratrice serait symbole de la liberté et la démocratie, un Vietnam moderne (« je vivais dans un petit appartement à Hanoi, dans la capitale »).

Le couple Vuong est l’illustration du couple des traditions vietnamiennes.

Le coupleThy et Yên vivent aisément, ils sont respectés dans leur village et ont une fonction importante (« Thy et Yên […] étaient responsables des deux départements les plus prestigieux : mathématique et physique [… ]littérature et histoire. Tous deux étaient des enseignants renommés »).

Thanh serait le symbole de la société « souterraine » dont on ne parle pas et que l’on ne voit pas : la prostitution, l’exploitation, la pauvreté…

TraMy, élément de perturbation et de destruction, peut être une référence aux guerres qu’a traversées le Vietnam. À cause d’elle, des familles sont déchirées.


Les thèmes principaux  sont l’argent, le sexe et la corruption qui au fond mènent le monde. Pour de l’argent et pour vivre, Thanh est obligé de se prostituer. Le héros nous parle d’un hôtel l’Orchidée pourpre, géré par Monsieur Khoan.

 

« Il était arrivé à L’Orchidée pourpre après dix heures […]. L’endroit était frais et agréable. […]

– Allez vas-y ! Tu verras. N’oublie pas que c’est une cliente exceptionnelle. Et que c’est la première fois.

Les tentures vertes rappelèrent soudain à Thanh le lieu où ils se trouvaient. Monsieur Khoan avait fait doubler les voilages par du velours. Vert également, couleur de la jungle […] là où l’ombre est éternelle. »

 

 

Mais surtout, l’auteur passe beaucoup de temps à construire des relations complexes entre les personnages.  Dans le roman, beaucoup des relations entre êtres humains sont basées sur des faux semblants. Sanctuaire du cœur s'applique à révéler les impostures et les mensonges, à dévoiler la vraie nature des êtres.


Parents-enfants : le père de Thanh a une relation avec TraMy qu’il cache à sa femme et à son fils. Thanh les a aperçus et ne dit rien, ni à sa mère, ni à son père. Thanh en veut à sa mère qui ne voit rien et se laisse tromper. Sa mère fait semblant de ne rien voir même si le lecteur peut se dire qu’elle connaît cette relation depuis le début… Donc, un « triangle relationnel » compliqué, où tout le monde se ment et se trompe, est mis en place.

Amant-amante : La relation entre Kim et Thanh est fondée sur le mensonge, rien n’est réel ou possible entre eux. Par ailleurs, la relation entre les deux personnages finit par une rupture, ils se rendent compte que tout est voué à l’échec. Cette rupture révèle la vérité sur leur personne.

Relations familiales : le père de Thanh a un frère « fou », ce frère est enfermé dans une cage et caché aux yeux de tous.

 

 

Aucune relation humaine n’est saine si elle est basée sur le mensonge. Thanh préfère fuir que continuer à mentir à sa mère.


L’auteur choisit de mettre en valeur les femmes ; la vie de Thanh est rythmée par les femmes qui l’entourent. Dans son enfance, c’est sa mère qui s’occupe de lui, puis il découvre l’amour avec TraMy, il rencontre des femmes lorsqu’il travaille à l’Orchidée pourpre, et a enfin une relation avec Kim. Chacune apportant son lot de traumatismes et/ou de réconfort.



Avis personnel

Voulant découvrir un peu les auteurs du Vietnam, je me suis penchée sur Duong Thu Huong. Son écriture est simple et facile d’accès. Le sujet est intéressant et transgresse les tabous. On retrouve l’univers de l’auteur et ses sujets de prédilection. Elle tient son lecteur en haleine seulement sur la question suivante : le héros finira-t-il par pardonner ?

La première partie est longue (130 pages), l’auteur met en place le contexte et le lecteur peut se lasser. Pourtant, une fois l‘intrigue mise en place, le lecteur se doit de finir le livre pour avoir une réponse… ou non, à la question qui parcourt tout le livre.


Ce roman est « diaboliquement construit ».


Marion A., AS bibliothèque


L’auteur présente son roman :  http://www.youtube.com/watch?v=THstyBARNTo



DUONG Thu Huong sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Soline sur Terre des oublis.

 

 

 

 

 

 

 

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 07:00

Lyonel Trouillot L amour avant que j oublie




 

 

 


Lyonel TROUILLOT
L’Amour avant que j’oublie
Actes Sud, 2007
Babel, 2009





 

 

 

 

 

 

 

 




Lyonel Trouillot est haïtien, né à Port au Prince en 1956. C’est un écrivain aux multiples facettes et je vous encourage à consulter la fiche suivante pour en savoir plus sur sa vie :  Lyonel Trouillot, Yanvalou pour Charlie.

Ce roman est le premier que j’ai lu de cet auteur, il m’a énormément marquée, bouleversée même ; c’est une histoire que l’on aime lire plusieurs fois et qui se redécouvre à chaque lecture…

L’histoire de quatre hommes : l’Écrivain, l’Historien, Raoul et L’Étranger. Leurs vrais noms, on les mentionne au fil du récit, mais ils importent peu, seuls leurs pseudonymes sont importants, ils caractérisent bien leur façon d’être, leurs idées, leur vraie nature.

L’écrivain, c’est le narrateur. Il écrit dans l’urgence, pour ne pas oublier, et surtout pour se livrer à cette femme qu’il a rencontrée dans un colloque de littérature et qu’il aime.

Les trois autres sont ses « aînés », ils vivaient tous ensemble à la pension quand l’écrivain avait vingt ans.



Le fil conducteur du récit

L’écrivain est sans nul doute celui qui relie tous les personnages entre eux : il leur rend hommage en écrivant leurs histoires, du moins ce qu’il sait de la vie de chacun. Le récit est alors divisé en trois parties, sans surprise : LÉtranger, L’Historien, et Raoul. Chacun a sa façon d’être et les moments qu’ils ont passés tous ensemble ont beaucoup marqué l’écrivain, un peu comme si leurs relations ne s’étaient pas arrêtées au simple fait qu’ils étaient voisins et amis, mais que chacun représentait pour lui une figure paternelle.

De même, il y a une chanson qui accompagne le roman, et qui pourrait être qualifiée d’élément répétitif. Un point de repère qui revient régulièrement dans la narration et qui introduit le roman : « Tu connais la chanson :  Bleu, bleu, l’amour est bleu. À l’époque, toutes les voix la chantaient. ». Il s’agit d’une chanson de Vicky Leandros qui a connu un succès mondial en 1967 et a été chantée en plusieurs langues : L’Amour est bleu. On peut ainsi situer l’histoire aux alentours de cette date.



Les personnages principaux

L’Étranger : il est le plus ancien des locataires. Il a pour particularité de laisser constamment la porte de sa chambre fermée à clé.  Il aime raconter ses récits de voyages, ce qu’il a appris en parcourant le monde : « La bouche de l’Étranger vivait de toponymes. Chaque phrase était un long voyage ».

L’Historien : il est le troisième arrivé au pensionnat.  Il dit que l’Écrivain lui ressemble quand il était jeune et l’encourage dans l’écriture de ses poèmes. Pourtant il est aussi celui qui a le plus de regrets et de mal à s’exprimer : « L’Historien n’était pas un homme de confidences. Il jetait des bribes de son ancienne vie à un rythme très lent, laissant beaucoup de temps, un jour, voire une semaine entre deux informations. […] Oui, l’Historien parlait avec un piège dans la gorge, le poids et la mouillure de tant de choses tues »
.
Raoul : il est le deuxième arrivé. Il est « le moins académique des Aînés » ; un peu discret, il a un petit rituel : celui de rendre visite à ses amis mort, et de faire une fois par semaine la tournée des cimetières pour honorer ceux dont on a oublié le nom avec le temps. Il ne parle pas beaucoup, mais il sait raconter des choses justes, et au bon moment : « Je me souviens aussi d’avoir conclu que la littérature de Raoul, pour orale qu’elle était, valait mille fois mieux que la mienne. ».

L’Écrivain : il est le plus jeune. Il dévoile beaucoup de choses sur sa personnalité, ses goûts et ses habitudes dans son récit. Au bout de quelques pages il parle de lui pour la première fois en ces termes :

« Le matin, j’allais donner mes cours au collège. J’enseignais, pour gagner ma vie, une langue que je n’aimais pas et que je connaissais mal. Mais j’attendais la nuit pour me chercher une destinée et une définition. Chaque nuit, dans la chambre, je traquais le poème. Je m’étais donné la poésie pour fin. ».

C’est cette poésie que l’on retrouve tout au long de ce magnifique roman, elle nous enveloppe, nous berce et nous raconte des fragments de vies et de souvenirs d’une façon particulièrement émouvante.



Un récit déstructuré

Le narrateur écrit sur chaque souvenir qu’il a des aînés, et comment il a appris des détails sur leurs vies (souvent des choses tenues secrètes ou qui se sont passées avant leur arrivée à la pension). Il concentre donc les souvenirs qu’il a de l’Étranger dans la première partie, les souvenirs de l’Historien dans la deuxième, etc., de sorte qu’il suit un ordre plus ou moins chronologique pour chacun d’eux, mais que certains faits ou détails vus dans une partie seront plus longuement expliqués dans une autre. Sans qu’il s’agisse d’un un véritable puzzle, le lecteur comprend donc l’importance de certains événements bien plus tard dans le récit.  C’est un petit jeu de piste qui réveille l’intérêt du lecteur et le pousse à se remémorer des éléments lus auparavant et qui avaient été compris de manière diffuse. Ainsi malgré cette « déstructuration » (qui est toutefois à minimiser, ce phénomène ne domine pas le roman) il est intéressant de voir comment le récit arrive à regrouper les trois parties et les faire s’imbriquer les unes dans les autres.



Une pensée pour son pays d’origine : Haïti

L’auteur est un fervent défenseur de la démocratie dans son pays, une véritable figure de la résistance luttant contre une dictature de plus en plus oppressante. Beaucoup de ses écrits font référence à cette situation ou portent comme arrière-plan les couleurs d’Haïti, ce qui n’est pas le cas dans L’amour avant que j’oublie. En effet, dans ce roman, le côté sentimental des personnages est privilégié et aucun endroit n’est clairement déterminé (pour donner un caractère universel à l’histoire) mais quelques indices nous prouvent que le cadre est tout de même celui d’Haïti. Lyonel Trouillot rend hommage à la culture de son pays par le biais d’exergues. Par exemple, il cite trois vers d’un poète haïtien nommé Davertige, deux autres de Manno Charlemagne, un artiste et ancien homme politique d’Haïti. Dans la première partie du roman il cite également le nom du « Colonel Albert Pierre » qui était tortionnaire au service de Jean-Claude Duvalier, un homme politique haïtien aux méthodes dictatoriales.



Un roman imprégné de merveilleux

Enfin, malgré les multiples aspects que revêt le récit, son petit côté merveilleux est celui qui m’a le plus fasciné. L’auteur se sert des récits de voyages de l’Étranger pour nous conter des histoires étranges et improbables, mais que l’on adore pour les morales qu’elles véhiculent. Il en est de même dans la partie dédiée à la vie de Raoul, qui se démarque des autres jusqu’à la typographie : les bribes de récit sont à la troisième personne et facilement remarquables par le fait qu’elles sont en italique.



Mon avis

Sans faire d’analyse trop approfondie pour ne pas gâcher  le plaisir des futurs lecteurs, j’espère vous avoir convaincus que L’Amour avant que j’oublie est un magnifique roman qui se savoure !


Golvine, 1ère année édition-librairie

 

 

Lyonel TROUILLOT sur LITTEXPRESS

 

 

Lyonel Trouillot Yanvalou pour Charlie

 

 

 

 Article de Julie sur Yanvalou pour Charlie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 07:00

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Marc DUGAIN
Avenue des Géants
Gallimard, 2012

 




 

 

 

 

 

 

 

« Romancer un personnage, c’est le trahir pour mieux servir ce que l’on pressent de sa réalité. Du fond de sa prison de Vacaville, Ed Kemper pourra peut-être comprendre que je me sois approprié sa vie. Stéphane Bourgoin aussi dont le documentaire sur le tueur en série diffusé sur la chaîne Planète a déclenché mon envie de m’immiscer dans cet être complexe. »

 

En concluant son récit de cette note, Marc Dugain offre à ses lecteurs les principales raisons l’ayant poussé à dépeindre la vie d’un des plus sanglants et grands (2,20 mètres) tueurs en série qu’aient connus les États-Unis.

Cette œuvre s’inscrit dans le cadre général des derniers livres de l’auteur, bien loin de La Chambre des officiers (éditions Jean-Claude Lattès), son premier roman (publié en 1998), qui lui avait permis de rencontrer le succès. Il va en outre profiter de cette histoire pour nous décrire toute son admiration pour les paysages américains.

 

Né en 1957 au Sénégal et revenu en France à l’âge de sept ans, il travaille dans la finance puis l’aéronautique. En 1998 il décide de retranscrire l’histoire de son grand-père maternel, gueule cassée de la guerre 1914-1918. Ce roman va lui apporter reconnaissance du public et des critiques, lui permettant d’obtenir 20 prix littéraires dont le Prix des libraires, le Prix des Deux-Magots et le Prix Roger-Nimier. Il sera même adapté au cinéma.

Ses œuvres récentes sont plus denses, plus abouties peut-être aussi, mais elles s’intéressent surtout à un cadre historique précis : La malédiction d'Edgar (Gallimard, 2005) racontait la vie de John Edgar Hoover, chef du FBI pendant 48 ans, Une exécution ordinaire (Gallimard, 2007) portait sur le stalinisme et la Russie au moment de l’épisode du sous-marin Koursk, L'insomnie des étoiles, (Gallimard, 2010) relatait un meurtre dans le Berlin occupé de 1945, et enfin Avenue des géants évoque le destin d’Edmund Kemper.


Basé sur une histoire vraie, celle d’Edmund Kemper (rebaptisé Al Kenner ici), ce roman dépeint la société américaine des années 1960, entre guerre du Vietnam et incompréhension du tueur en série pour la montée en puissance des mouvements hippies. Le destin d’Al Kenner était-il tout tracé ? Fils de parents divorcés, il est tiraillé entre une mère possessive, caractérielle, castratrice et sa grand-mère chez qui il sera envoyé, portrait craché de sa mère … en pire. Mesurant pourtant près de 2,20 mètres et possédant un QI supérieur à celui d’Einstein le personnage demble pourtant impuissant, presque mangé par ces caractères féminins. Solitaire, ayant des problèmes à s’ouvrir aux autres (en raison de sa taille ?).

Un jour, sans que quoi que ce soit ait pu nous prévenir, il abat ses grands-parents. La grand-mère d’abord : « Je voudrais bien voir l’effet que ça fait de tuer sa grand-mère. C’est le genre d’idée saugrenue qu’ont les ados, sauf que normalement ils ne passent pas à l’acte. » Puis son grand-père :

 

« Quand mon grand-père est rentré des courses, je me suis trouvé dans un sacré dilemme. Soit je le laissais découvrir le cadavre de ma grand-mère avec tout ce que cela supposait de peine et de ressentiment, soit je l’exécutais à son tour. Je sais qu’après un ou deux mois il aurait pris la mort de ma grand-mère comme une libération, mais en bon esclave, il était aussi amoureux de ses chaînes. »

 

Son principal regret : l’assassinat le même jour de JFK, qui éclipsera son acte. Il va finir par se rendre à la police et être interné dans un hôpital psychiatrique. Il expliquera son acte simplement par « je voulais voir ce que ça faisait. Depuis une bonne quinzaine de jours, je me demandais ce que ça ferait de tuer ma grand-mère. »

Il est libéré cinq ans plus tard par décision des psychiatres après avoir été pourtant déclaré « schizophrène paranoïde ». Il va repartir vivre chez sa mère, figure tyrannique par excellence. « Elle m’effrayait toujours autant. La pauvreté affective de son regard me faisait me sentir comme un pauvre bout de plasma qui traînait derrière elle. »

Après de multiples boulots, il va travailler pour la police locale et même l’aider à essayer de traquer le tueur en série qui sévit sur le campus universitaire et qui n’est personne d’autre qu’Al lui-même, assassinant, violant, démembrant des auto-stoppeuses, toutes étudiantes dans l’université où travaille sa mère. C’est après avoir tué celle-ci qu’il se livrera à la police après trente heures de conduite sur les routes du Colorado. Sur le meurtre de sa mère il écrit : « Je ne me suis jamais senti aussi vivant que durant les minutes qui ont suivi. »

Il y’a plusieurs thèmes forts que développe Marc Dugain dans ce roman. Tout d’abord le sentiment d’abandon, l’humiliation, le rejet des autres qu’éprouve et ressent le narrateur Al Kenner. L’auteur ne justifie en rien les crimes, il essaie juste de comprendre le pouvoir de l’autre sur nos choix, nos actes. De plus, ce livre est l’occasion de dépeindre les États-Unis des années 1960, de l’assassinat de Kennedy à la guerre du Vietnam, aux mouvements pacifiste, hippie, à l’alcoolisme et à l’addiction aux drogues qui frappent une frange très importante de la population. Ce roman est aussi l’occasion de montrer tout l’amour de Marc Dugain pour les étendues américaines. L’avenue des Géants étant cette allée  du Colorado bordée par d’immenses pins.

Ce roman est aussi l’occasion, comme dans l’ensemble de ses écrits, de traiter de personnages décalés, souvent marginaux, voire fous tout en décrivant une société de contradictions (héros de guerre / gueules cassées repoussées, guerre du Vietnam / hippies).

Finalement, cette œuvre entre dans le cadre de l’écriture de soi. Marc Dugain nous donne sa vision et sa propre histoire d’Edmund Kepper. Il relate comment les choses auraient pu se passer. Le fait qu’il ait choisi de faire dire « je » à Al Kenner donne une réponse aux interrogations du lecteur sur le pourquoi de ses agissements. Le tueur en série nous apparaît en prison communiquant avec une Susan et voulant rédiger un livre pour donner sa vraie version des choses. L’auteur poussera même le vice jusqu’à appeler l’inspecteur auquel Kenner se livrera (et qui aurait pu être son futur beau-père) Duigan, anagramme de Dugain.



Avenue des Géants est un roman fort sur les conséquences du rejet. Marc Dugain pénètre l'esprit d'un tueur en série et donne sa propre vision sur comment les choses ont pu se dérouler. En utilisant l’auteur des meurtres comme narrateur, le livre est empli de légèreté, de naïveté, devenir tueur en série semblant presque banal ici compte tenu de ce qu'a pu souffrir Al Kenner. La relation avec la mère, clef de voûte de l’œuvre, est parfaitement retracée. Marc Dugain nous décrit donc le personnage du Mal tout en dressant un tableau de la société américaine qu’il semble particulièrement affectionner.
 

Clément AS Éd/Lib

 


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11 juillet 2013 4 11 /07 /juillet /2013 07:00

 

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Bruce BÉGOUT
Le ParK
Allia, 2010
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
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Bruce Bégout est né à Talence en 1967. Professeur de philosophie à l’université Bordeaux 3, il explore dans ses travaux les rapports de l’homme avec son milieu désormais urbain, analyse le quotidien, ou les « lieux communs » de notre culture occidentale contemporaine. Auteur de plusieurs essais, comme Zéropolis en 2002, Lieu commun en 2003, ou La Découverte du quotidien, en 2005, parus chez Allia, il a aussi publié un recueil de nouvelles, Sphex, aux éditions de l’Arbre vengeur en 2009, ainsi que L’Éblouissement des bords de route chez Verticales en 2004, qui mêle esquisses de textes, nouvelles, notes de journal ou pensées théoriques. Le ParK est son premier roman.
 

 
Visite du ParK

Besoin de vacances ? Offrez-vous un billet pour la Malaisie. Au large de Bornéo, découvrez une île privée de 624 km² où, moyennant quelques milliers de dollars, Le ParK vous ouvre ses portes.

« Le ParK est un parc. Mais pas un parc comme les autres. Il existe toutes sortes de parcs, pour les plantes, les animaux, les hommes, les entreprises, les véhicules, et même pour les appareils hors service, des parcs de loisir, de détention, de stationnement, de protection. Le ParK est tout cela, et plus encore. Sa majuscule signale sa singularité absolue. Ce lieu exprime en quelque sorte l’essence universelle de tous les parcs réels et possibles. » (p.11).

D’innombrables attractions en tous genres vous seront proposées. Vous pourrez assister à de grandioses spectacles son et lumière, visiter le GTO, « reconversion de la célèbre prison pour terroristes islamistes » où vous participerez à des « tortures assistées par ordinateur et surveillants schizophrènes amateurs de free fight », tenter votre chance au casino, ou encore faire un tour au Cabaret des Utopies Perdues qui propose de « vivre virtuellement la mise au point d’un attentat ou d’une révolution dans un pays pauvre ». Il est cependant quasi impossible d’évoquer toutes les ressources du ParK, tant son étendue est immense et tant il évolue et se modifie en permanence afin de toujours contenter et devancer les attentes de ses clients.
 
Ce qu’il est intéressant de remarquer dans Le ParK, c’est qu’il échappe à la simple somme de ses attractions.

« C’est le parc de tous les parcs, la synthèse ultime qui rend tous les autres obsolètes, le concept universel, l’invariant formel. Tout ce qui peut caractériser en général un parc se retrouve dans Le ParK, mais sous une forme inédite et quelque peu fantastique. D’aucuns diront abominable. » (p.11).

Il n’y a pas de thème particulier pour Le ParK, hormis lui-même. Toutes les formes de parcs y sont réunies. Zoo, camp de réfugiés, foire, camp de concentration… « Le parcage est l’idée même qu’il met en scène ».
 
N’égarez pas le bracelet orange qui vous sera fourni à l’entrée du ParK ; il constitue le seul moyen de différencier les visiteurs des figurants et des résidents non-volontaires. En effet, il est difficile de distinguer les acteurs des prisonniers réels, les salariés des travailleurs forcés. Garante d’un bon divertissement, cette confusion est nécessaire. Comme le dit Licht, l’architecte, « seule la plus extrême vérité possède le pouvoir déréalisant de la fiction ». Il est de toute façon préférable pour les clients de rester groupés. Le ParK étant également une réserve naturelle, la nature y est restée sauvage, et il est « difficile d’oublier cet état de choses lorsqu’on se retrouve nez à nez avec un couple de guépards au bas d’un manège ou lorsqu’un crocodile a décidé de se réchauffer sous les néons rose dragée d’une maison de jeux » (p.105). Cette nature dangereuse est évidemment partie constituante des attractions qui vous seront proposées. Il arrive fréquemment qu’un malheureux croise le chemin de quelque meute et se fasse dévorer. Les micros placés dans tout le parc enregistrent alors la scène, qui est ensuite traitée par un technicien, transmise au Conservatoire des Cris, et mise « à disposition d’un public avide d’entendre les infinies nuances de la souffrance humaine ».
 
Le personnel du ParK fera tout pour vous garantir le meilleur séjour possible. Par « meilleur », entendez « le plus intense ».

 

« Le merveilleux et l’horrible, le ludique et le pathétique, tout ce qui suscite des émotions fortes, qu’elles soient plaisantes ou non, telle est l’offre spectaculaire du ParK. » (p. 22).

 

Pourquoi Le ParK ?

Le ParK s’inscrit dans le grand mouvement, toujours plus innovant, du divertissement de masse. La demande constante d’amusement exige le renouvellement perpétuel des lieux de loisir. Le ParK ne cherche pas seulement le gigantisme, l’extravagance ou l’abondance. Il crée du nouveau, en profondeur. Pour répondre aux attentes du public, il ne suffit plus d’ajouter des éléments supplémentaires. Il faut saisir le besoin de divertissement à la racine et employer tous les moyens nécessaires pour le satisfaire à sa source. Un journaliste de La République des Pyrénées a bien saisi que « dans le cas du ParK, le divertissement ne vient pas s’ajouter à la réalité afin de lui donner un tour plaisant, mais pénètre comme une seringue en son cœur et y injecte son fluide comico-funeste ». L’amusement n’est plus une évasion du quotidien : nous sommes face à un « loisir d’invasion ». Le ParK sait se saisir de tout ce qui aura un écho en vous, de tout ce qui sustentera votre besoin de divertissement.

« La question ultime posée par Le ParK : comment peut-on s’amuser après Auschwitz ? Sa réponse : on peut s’amuser d’après Auschwitz ». (p. 58).

 

Tout est question d’intensité. Et l’intensité naît des mélanges impensables, des combinaisons incongrues. Imaginez ce qui vous répugne le plus. Le ParK en fera votre attraction favorite. Le malheur devient joie du spectacle ; l’horreur se change en ravissement de l’inattendu. Dans un monde où la fête et la distraction règnent, il devient nécessaire de trouver ce qui permettra au public de se perdre dans un « fun » qui ne souffrira pas la routine de l’amusement classique. La commercialisation et la consommation massive de l’agrément l’ont affadi et aseptisé. Il n’y a aujourd’hui plus de place pour l’excitation du dangereux, pour le frisson de l’inconnu. Le ParK est donc là pour vous prémunir de cet ennui gangrenant.

« Dans un univers prévisible et rationnel, la folie est l’unique voie de délivrance. » (p. 102).

 

Une autre particularité du ParK est aussi, on l’a vu, de mettre en scène le parcage lui-même. Une attraction, le Pavillon des visionnaires, est ainsi dédiée à la présentation, aux moyens d’animation et d’archives, de Heinrich Himmler, Victor Gruen, Naftali Frenkel, Walt Disney, et autres créateurs de nouvelles formes d’enclavement des hommes. Le ParK, bien qu’il les dépasse, est l’héritier de ces lieux de rassemblement, de ces enceintes d’enfermement. Qu’il s’agisse de camps de concentration, de parcs d’attractions, ou de centres commerciaux, le parc a toujours joué un rôle déterminant dans la vie humaine.

 

« Le parcage a été la planche de salut des hommes vulnérables et sans défense, la prothèse réparatrice. Les villes, l’agriculture, l’élevage, les techniques, les loisirs, la sélection naturelle, la pacification, l’éducation, la guérison, tout cela est né et a prospéré entre les murs d’une enclave, derrière des barrières protectrices. » (p. 24).

Par nécessité de survie, par besoin de contrôle, ou par plaisir, l’homme s’est toujours enfermé. Le ParK est le reflet de cette composante de la condition humaine. Il fait voir l’omniprésence du parc, il est le symbole du besoin de confinement. En observant les figurants enfermés du ParK, les visiteurs font face à ce qui fait leur vie sans qu’ils le sachent. Lors de votre séjour au ParK, au détour d’un baraquement, vous verrez peut-être l’habitation de Lev, 113 ans. Prisonnier volontaire du ParK, il a toujours vécu enfermé. Dès qu’il lui arrivait, par malheur, de se trouver à l’air libre, il s’arrangeait, en commettant un quelconque crime, pour retrouver l’emprisonnement rassurant d’une cellule. Le ParK est né du besoin de barrières. Il rend compte de cet état de fait, et peut constituer un abri pour qui en a besoin.

« Le parcage est la solution pratique à la crainte paralysante de l’Illimité. » (p. 37).
 
 

 
« Comme toute exception, Le ParK aspire à devenir la règle »
 
Si certains considèrent que Le ParK est une fantaisie délirante, il n’en demeure pas moins vrai qu’il est le résultat des plus savantes recherches scientifiques. Afin de toucher au plus près la clientèle, les neurobiologistes qui travaillent pour Le ParK se penchent sur les études les plus pointues du moment concernant le cerveau humain et son fonctionnement pour les mettre en application lors de la mise au point d’une nouvelle attraction. C’est ainsi qu’une récente découverte, le « facteur E », est au centre de toutes leurs considérations.

« Ce que l’on sait aujourd’hui de manière à peu près certaine, tel le grain primitif de la science nouvelle, c’est que plusieurs ingrédients bien connus entrent dans la composition du facteur E : spectacle, commerce, émulation, envie, loisir, hystérie, volonté de domination, appétit sexuel, caprice infantile, complexe d’infériorité, besoin de plaire, désir mimétique. » (p. 104).

La recherche scientifique est mise au service de l’industrie du loisir afin de saisir les ressorts complexes de l’amusement. Le ParK, dans son ensemble, repose sur ces études. C’est de cette façon que ses dirigeants ont saisi quels éléments il convient d’invoquer chez le client pour qu’il s’amuse. Le ParK répond aux mécanismes les plus profonds – et les moins avouables – des visiteurs et leur garantit ainsi de grands moments. Si Le ParK arrive à « métamorphoser un camp de prisonniers piteux et décharnés en une séduction publicitaire glamour » (p. 104), c’est qu’il a une connaissance précise de sa cible. Les spectacles les plus amusants sont les plus sérieusement étudiés.
 
Ainsi, Le ParK semble constituer l’horizon de toute organisation du divertissement. Etroitement lié aux avancées industrielles et scientifiques, il suit aussi au plus près les évolutions des sociétés et des mentalités occidentales. Le ParK connaît le fonctionnement et les désirs profonds de l’homme apprivoisé par quelques milliers d’années de civilisation. Pendant que la société se fait de plus en plus tranquille et aseptisée, Le ParK, lui, s’adresse à ce qu’il reste de l’hybris.

« … plus le monde occidental deviendra sain, beau, bon, riche et vieux, plus une frange importante de sa population ne supportera plus ce bonheur inéluctable et cherchera à le fuir coûte que coûte. » (p. 149).

De cette manière, Le ParK – ce qu’il contient, ce qu’il représente – s’annonce inexorable. Peut-être pourrait-on même y voir un chantier d’essais, un projet pour l’avenir. On remarquera que Le ParK accueille régulièrement des hommes politiques, de tous pays et de tous types de régime. Ils se révèlent être les visiteurs les plus attentifs et les moins incommodants. Et une fois « la visite finie, ils repartent joyeux avec plein d’idées en tête ». (p. 44). Il est également intéressant de noter que Le ParK se situe sur une île. Cet état de fait n’est pas sans rappeler quelques réflexions passées sur ce que pourrait – ou devrait – être la société future, comme L’Utopie de Thomas More, La Cité du Soleil de Tommaso Campanella, ou encore l’île d’Icarie du Voyage en Icarie d’Etienne Cabet1. Nombre de sociétés idéales imaginées en littérature ou en philosophie se trouvent en effet dans des lieux isolés du reste du monde. Le ParK : lieu d’expérimentations pour une meilleure société future, ou annonce dystopique d’une horreur imminente ? Rien n’est tranché. Peut-être n’y a-t-il pas grande différence.
 
 
Visiter – ou lire – Le ParK, c’est expérimenter un inquiétant voyage. Dans l’avenir ? Dans une utopie/dystopie, c’est-à-dire un non-lieu, un impossible ? Dans le présent dévoilé ? À chacun sa réponse. Dans un style sobre, proche du documentaire ou du rapport, Bruce Bégout présente simplement un lieu à la fois horrible et attirant. Les interrogations viennent ensuite. Les seules prises de positions éthiques du roman sont celles de journalistes ou de visiteurs. Le narrateur, lui, ne fait qu’un état des lieux. Il n’a d’ailleurs « jamais su tirer du spectacle de la souffrance une leçon morale » (p. 151). Mais Le ParK, ce n’est pas que la souffrance. C’est aussi le plaisir. Le plaisir pris par les visiteurs. Et par le lecteur. C’est là un des intérêts majeurs du livre : faire percevoir comment l’on peut s’amuser du malheur et de l’affreux. Et comment l’on peut venir à en faire une industrie lucrative, à utiliser « la perversion comme loisir licite ». Pour satisfaire leur consumérisme, leur voyeurisme et leur ennui, nos sociétés pourraient-elles bientôt se résoudre – ou se réjouir – à pratiquer de telles « offrandes au dieu Fun »2 ? L’autel est peut-être déjà dressé.
 
 
Christophe, AS Bib
 
 
 
1.      cf. Bégout, Bruce. Zéropolis. Paris : Allia, 2002. p. 47.
2.      cf. Bégout, Bruce. Zéropolis. Paris : Allia, 2002. p. 25.
 

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