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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 07:00

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TSUGE Yoshiharu
L’Homme sans talent

Traduction : Kaoru Sekizumi
Adaptation : Frédéric Boilet
Ego comme X, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme sans talent raconte la vie d’un homme qui ne trouve pas sa place dans la société. Livre fondateur du courant japonais appelé « l’écriture du moi* », l’œuvre de Tsuge surprend par la singularité de son scénario. Marqué par une narration lente rythmée par les pensées de l’auteur, l’Homme sans talent est une œuvre à contre-courant du manga tel que généralement appréhendé dans les années 80. L’absence de réelle histoire, d’actions et rebondissements sont des aspects extrêmement novateurs.

Autobiographie romancée de Tsuge, ce manga est construit sur la base de plusieurs épisodes de sa vie, épisodes formant une accumulation de ratages successifs. Une nuance doit être faite entre le terme autobiographie tel qu’il est compris en occident et l’autobiographie telle que pensée dans la culture japonaise. Celle-ci n’est pas un récit relatant avec exactitude la vie de l’auteur mais plutôt un choix consistant à relater des événements de sa propre vie lui permettant d’ancrer le récit dans un réalité, dans une forme empreinte d’authenticité.

Yoshiharu-Tsuge--homme-sans-qualite-pl1.jpgLe premier chapitre s’ouvre sur une image représentant à la fois le point de départ et l’aboutissement du récit. Le narrateur est seul, allongé sous un abri de fortune, une expression de grande tristesse sur le visage dont il ne se départira pas durant tout le récit. La première phrase : « Pour finir, je suis devenu marchand de pierres. Je n’ai rien trouvé de mieux. »


Commencer un livre par les deux mots « Pour finir » traduit le profond pessimisme du récit. À peine ouvert, celui-ci est déjà bouclé, les jeux sont faits, nous entrons dans un enchaînement irrémédiable dans lequel la notion de destin est déjà solidement ancrée.


C’est à travers la profession de l’auteur, « marchand de pierres » que le lecteur entre dans  son histoire personnelle, profession qui sera la dernière après une succession d’autres tentatives. Le récit est construit dans une forme proche du flash-back au cinéma ; plus on avance dans le manga, plus on remonte le temps, le tout dans un mouvement de recul permettant de comprendre les raisons de la fatalité avec laquelle s’ouvre le récit.


Le titre de l’ouvrage « L’Homme sans talent », fait référence, à première vue, aux différents échecs professionnels du narrateur, à ses multiples tentatives désastreuses. En une sorte d’autobiographie partielle, cet angle d’approche laisse bien sûr entrevoir, en filigrane, l’échec de sa vie personnelle et familiale.

La première partie du récit raconte le présent de Tsuge et ce métier particulier qu’il exerce. Pratiquant l’art dusuiseki (comparable à l’art de l’ikebana dans sa philosophie), des collectionneurs de pierres rassemblent certains spécimens rares, considérés comme des représentations du cosmos.  Ainsi, une pierre peut, par sa forme, recéler l’essence d’une montagne…

 
L’homme est fauché. Il ramasse des pierres au bord de la rivière proche de chez lui puis les expose sur un petit étal installé par ses soins sur la berge. Quête désespérée puisque ce qu’il voit de beau dans les pierres semble très commun aux quelques promeneurs passant devant son commerce de fortune. Il ne vend rien et on pense à un petit garçon collectionnant et vendant ses trouvailles pour s’amuser. Le contraste est saisissant entre ce qui pourrait être le jeu d’un enfant et cet homme à l’expression meurtrie, dont le but n’est clairement pas de prendre du plaisir. Un vrai mystère entoure cet homme dont l’image résignée ne correspond guère à la poésie, à la quête de beauté qui l’anime malgré tout. Car ce récit n’est, au final, qu’une longue quête désespérée, destinée à trouver un sens aux choses, un sens à l’existence.  

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Quelques pages plus loin, l’homme retrouve sa femme et son jeune fils à la maison. L’ambiance du foyer est asphyxiante, résultat d’un quotidien cruel. Le couple est profondément désuni, on ne voit d’ailleurs jamais le visage de la femme, esquivée du dessin, la tête tournée, à contre-jour ou dans l’ombre. Cette déshumanisation du personnage bloque d’avantage encore la situation.
 

 

Les jours passent invariablement, l’homme ne vend rien et chaque soir, de manière presque rituelle, son petit garçon vient le chercher pour rentrer à la maison. L’enfant ne sourit pas, n’a pas d’expressions, il est désincarné.

L’homme rencontre un oiseleur. Comme ce sera le cas tout au long du récit, chaque « épisode » de la vie de l’auteur est marqué par une rencontre, rencontre à chaque fois décisive quant à la succession des événements futurs. De manière systématique, la base de l’échange entre les deux personnages, des hommes, concerne leurs professions respectives. Par exemple, l’oiseleur raconte au narrateur un moment marquant de sa carrière. Si ces différentes histoires dans l’histoire, racontées par les hommes croisés en chemin par Tsuge, abordent toujours des professions, ces conversations sont clairement des écrans cachant une réflexion métaphysique sur la vie. Le récit de l’oiseleur fait écho au propre vécu de l’auteur puisqu’il est couronné de succès dans un premier temps avant de s’écrouler peu à peu. Il vient, en quelque sorte, confirmer la logique selon laquelle tout acte est voué à l’échec, au malheur. Le narrateur, plongé dans le désarroi suite à cette conversation, tente de se suicider, sans succès.

 

 

 

Le passé rattrape le narrateur dans le troisième chapitre. Il avait été question de son passé d’illustrateur dans les premières pages mais très superficiellement.


Un libraire se présente à son domicile et lui propose d’acheter quelques planches originales destinées à être revendues à un collectionneur. Tsuge accepte même s’il ne comprend absolument pas qu’une personne puisse désirer acheter une de ses productions. À travers le regard désintéressé de l’auteur sur son œuvre, le lecteur comprend qu’à ses yeux cette période est révolue, celle-ci n’a plus aucune valeur.


Avec cet apport d’argent providentiel, il décide de partir en voyage avec sa femme et son fils. Déconnecté de ses responsabilités de chef de famille, il pense que cet argent gagné sans effort ne peut pas être dépensé raisonnablement. Il doit être utilisé de la manière dont il a été gagné et donc, de manière extraordinaire. Le moment où l’homme annonce à sa femme leur départ en voyage marque une rupture dans le récit. Pour la première fois, le visage de la jeune femme est clairement visible, procurant une bouffée d’oxygène au lecteur. Au final, le voyage ne se passera pas très bien, chacun étant rongé par ses regrets, particulièrement la femme qui pense avoir raté sa vie avec son mari et ne manque pas de le lui faire remarquer.

 

 

 

Dans le chapitre suivant, le narrateur est un jeune homme marié depuis peu et récemment père d’un petit garçon. Tsuge rencontre un brocanteur. Après un début très prometteur dans la bande dessinée, l’auteur a fait volte-face suite à une prise de conscience idéologique radicale ; il déteste l’idée que l’on se fait de l’art dans les milieux consacrés.
 

 

La rencontre avec le brocanteur va être décisive pour son futur professionnel puisque Tsuge se projette immédiatement dans cette profession. Il trouve dans la boutique un appareil photo qui ne fonctionne plus. Le brocanteur le lui vend pour une bouchée de pain. Plus par ennui que par nécessité, le narrateur s’amuse à réparer l’appareil. Il se rend compte qu’il peut le revendre très cher et c’est à partir de ce moment qu’il devient marchand d’appareils photo d’occasion. Il gagnera un peu d’argent au début puis son activité stagnera. Ce sera le début de ses problèmes de couple.

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Le récit étant construit en boucle, la dernière partie du récit se déroule à nouveau au présent. Cette fois, le narrateur rencontre un libraire un peu fou. Et c’est dans cette dernière partie du récit, qui devient d’ailleurs très onirique, que l’on va toucher le nœud du problème, qui n’avait été qu’effleuré précédemment.


Le dialogue entre le libraire et le narrateur est sans équivoque, le libraire lui dit :


— « C’est un peu comme cette façon que vous avez de dissimuler vos talents. En jouant les inutilités, vous vous mettez au rancart de la société…N’est-ce pas comme d’en disparaître ? »

 

Le sens profond de L’Homme sans talent est résumé dans ces quelques lignes ; quel sens donner à sa vie ? Celle-ci n’est-elle d’ailleurs pas une fuite continuelle et inconsciente ? À travers ses multiples tentatives, la fatalité avec laquelle elles s’enchaînenr, son refus de voir les choses en face, l’auteur n’est-il pas, finalement, le grand absent de sa propre vie ?
 

 

Le fait de se soustraire de ses responsabilités familiales, notamment dans sa relation de couple, ponctue le récit et renforce l’idée que l’homme est hors de tout, hors de sa vie. La figure féminine, celle de sa femme mais également celles des autres femmes de l’ouvrage, est immanquablement associée aux corvées terrestres, à l’angoisse de la routine, du quotidien.


Tsuge pose la question du statut de l’homme dans la société japonaise et dans la société de manière générale. Ici, les hommes ont fait le choix, plus ou moins délibéré, de s’extraire de leur statut, de leurs responsabilités. Ils sont submergés par leurs propres vies. Le lecteur assiste à cette errance permanente, à des vies dont le sens est confus. Cette perte de repères est-elle imputable à l’époque dans laquelle ces hommes vivent ? Dans le dialogue entre Tsuge et l’oiseleur, le narrateur insiste sur ce point :


— « Si c’est traditionnel et si c’est japonais, c’est ringard ! Ils n’en veulent pas ! Mais si ça vient d’Occident, c’est accueilli à bras ouvert ! Écrit à l’horizontale, le japonais est forcément plus chouette…Tendance moderniste de pacotille ! »

 

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Graphiquement, l’Homme sans talent est parcouru de cases dans lesquelles aucune action n’est apparente. Ces cases, véritables respirations dans le récit, donnent corps à la pensée de l’auteur, à ses moments introspectifs. Elles permettent également d’inscrire le récit dans un espace ou un temps donné, une ambiance.
 

 

Le « Ma », notion fondamentale dans l’esthétique traditionnelle japonaise, est définie  comme l’intervalle de temps ou d’espace, la « pause » assurant à une œuvre d’art sa juste respiration. En filigrane, cette tradition est ancrée dans l’œuvre de Tsuge mais également dans nombre d’ouvrages de cette époque (par exemple dans l’œuvre de Taniguchi), accordant une grande place au quotidien et à la psychologie des personnages. Cette respiration dans le dessin permet au lecteur de suivre tranquillement des yeux une scène et de découvrir dans celle-ci les détails qui font le quotidien. Comme d’autres auteurs de manga, mais également de cinéma (par exemple le réalisateur Ozu avec des films comme Voyage à Tokyo ou le Goût du saké), Tsuge, à travers la finesse de son dessin et le découpage des scènes, nous permet de retrouver des sensations de la vie quotidienne auxquelles nous ne portons plus attention. Certains gestes imperceptibles, certains paysages n’apparaissent qu’après une exploration minutieuse des vignettes. À travers le dessin de scènes a priori paisibles, Tsuge excelle dans l’art de faire passer des sentiments, souvent pathétiques.
 

 

 

 

Dans l’histoire du manga au Japon, l’œuvre de Tsuge est également remarquable en ce qui concerne la structure narrative du récit. L’auteur réussit à s’affranchir de celle qui a été généralement de mise après guerre, c’est-à-dire une structure reposant sur un schéma introduction, développement puis dénouement (structure historiquement établie par Tezuka) en composant des récits dont l’ordre chronologique est bousculé ou des mangas ne comportant pas vraiment d’intrigues.
 

 

Au final, le sens de ses bandes dessinées n’est pas obligatoirement celui qui est donné par l’enchaînement des actions et les relations entre les faits relatés, mais plutôt les relations se nouant entre un personnage et son environnement.


*  Le « roman personnel » ou « l’écriture du moi » (watakishi-shôsetsu en japonais) constitue l’un des courants du roman japonais moderne. Cette forme romanesque s’est imposée à la fin de l'çère Meiji et se caractérise par le traitement de thèmes liés à la vie privée de l’auteur sur un mode introspectif et parfois exhibitionniste. Ce courant peut être comparé au naturalisme européen. Au Japon, les réactions sont partagées à propos de ce type de production ; certains y voient des récits d’une grande richesse et apprécient l’impression de réalité qui se dégage des œuvres, d’autres au contraire le dénigrent, l’accusant de faire disparaître la littérature japonaise et l’aspect divertissant des récits de fiction.


Claire, Année Spéciale Édition-Librairie

 

 

TSUGE Yoshiharu sur LITTEXPRESS

 

Yoshiharu Tsuge L Homme sans talent

 

 

 

 

Article de Mélodie sur L'Homme sans talent. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 07:00

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Reno LEMAIRE
Dreamland
Pika, tome 1 le 25 janvier 2006
9 tomes publiés à ce jour.






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’inspiration

Dreamland est un manga créé par Reno Lemaire. La particularité de l’auteur est qu’il est français (il vient de Montpellier) et il confesse dans une interview que peu de personne le considèrent réellement comme un manga ka (la plupart sont japonais) ; cependant, au lieu d’essayer de copier le style japonais, Reno se l’approprie et en fait un atout dans son manga. Il s’inspire librement de One piece (surtout pour le personnage d’Eve) mais aussi d’auteurs franco-belges.L’histoire se déroule à Montpellier et on peut y retrouver des lieux réels comme la Place de la Comédie ou encore le lycée Jules Guesde où étudie le héros ; il introduit également le parler montpelliérain où les filles sont des « chouquettes ».
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Son style de dessin est assez fouillé et recherché ; les premières pages de chaque tome sont en couleurs et les lecteurs adorent (généralement, la coupure entre deux tomes se fait à un moment fatidique et Reno nous régale d’illustrations couleurs magnifiques au début du tome suivant).


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Chaque tome est ponctué de combats de quête et de problèmes mais aussi d’humour ; le franc-parler des personnages les rend sympathiques et le lecteur s’attache profondément à eux :  « non, sérieux, chais pas pour vous, mais moi le trip globe-trotter aventurier, ça me fait kiffer moyen… » (Terrence).



L’histoire
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Terrence, le héros, âgé de 18 ans, est en terminale STG (il n’y a pas d’uniforme !) et il essaye de passer son bac. Des choses quotidiennes pour les lecteurs français (exotiques pour les lecteurs japonais) ; c’est un adolescent normal jusqu’au moment où il devient un voyageur. En effet, nous sommes tous des rêveurs, des personnes qui lorsqu’elles dorment vont à Dreamland, vivent des choses puis les oublient plus ou moins. Les voyageurs sont des personnes qui ont vaincu leurs cauchemars, leur pire peur. Ils ont alors conscience qu’ils rêvent et peuvent agir d’eux-mêmes à Dreamland. Terrence avait peur du feu depuis que sa mère est décédée dans un incendie. Il surmonte sa peur et devient un contrôleur du feu – assez mauvais au départ.

 

           Terrence

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Là commence l’histoire. Terrence découvre Dreamland, les différents royaumes (tels que le « Royaume des doutes » ou « Champiland »…) mais aussi les ennemis potentiels (Les seigneurs cauchemars). Il décide au commencement de protéger les rêveurs des cauchemars puis renonce plus ou moins à cette utopie et change d’objectif : aller à Edénia, le pays des âmes pour revoir sa mère. Le chemin est long et difficile mais chaque nuit Terrence court après cette légende. Certains personnages vont lui venir en aide. Il forme ainsi une équipe avec Savane, Eve et Sabba qui l’assistent dans sa quête.



Savane             

Dreamland image 3

La Double Vie.

Parce que chaque rêveur est une personne réelle, Terrence rencontre des personnes qu’il côtoie au quotidien. Il doite par exemple affronter son professeur de français qui est lui aussi un voyageur. Élément plus complexe, il y a aussi des anomalies de temps à autre ; ainsi, un jour, il rencontre un rêveur permanent parce que cette personne est plongée dans le coma. La fine équipe affronte ces péripéties tout en essayant de garder une vie normale dans notre monde.
 

Laura, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 

Liens



Le site officiel :

 http://www.pika.fr/dreamland/index.php

Interview de l’auteur :  

http://www.actualitte.com/dossiers/429-miya-reno-lemaire-manga-francais.htm

Séance de dédicace :

http://www.babelio.com/auteur/Reno-Lemaire/11202

 

 

 

 


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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 07:00

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Jane AUSTEN
Persuasion, 1818 (posth.)

traduction

d'André Belamich

10/18, 1996.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé de l’œuvre.

Anne a 27 ans. De sa jeunesse, il ne lui reste que sa beauté fanée, des souvenirs et des regrets. Elle n’avait que 19 ans lorsqu’elle se fiança à Frederick Wentworth, jeune marin ambitieux mais sans fortune et sans relations. Se laissant persuader par son père, petit baronnet de province, et par Lady Russel, sa marraine et confidente, Anne rompt avec son premier amour.

Huit ans se sont écoulés mais Anne n’a rien oublié. Et voilà que Frederick revient dans le Hompshire. La guerre l’a élevé au rang de capitaine et sa fortune est faite. Ne pardonnant pas à Anne son inconstance et son abandon, qu’il considère comme une faiblesse de caractère, il ne lui montre que froideur et rancune. Fréquentant le même cercle mondain que son ancienne fiancée, il se consacre entièrement à la jeune Louise Musgrove…jusqu’au jour où apparaît un certain Monsieur Elliot qui, ne serait-ce que par ses regards, semble témoigner d’un peu trop d’admiration à sa cousine Anne Elliot.

 

L’auteur.

Jane Austen est née le 16 décembre 1775 à Steventon, dans le Hompshire, en Angleterre. Elle fait partie d’une famille de deux filles et de six garçons. Après de rapides études, elle revient chez ses parents, ces derniers ne pouvant plus financer son éducation faite par Mrs Ann Cawley à Oxford. Ses études ne sont cependant pas laissées à l’abandon. Elle continue, en effet, à s’instruire sous la direction de son père et de ses frères, James et Henry.

Son apprentissage artistique s’étend de son adolescence jusqu’à ses 25 ans (environ). Elle s’exerce à différents genres littéraires, que ce soient des poèmes, des histoires, des pièces écrites pour son amusement et celui de sa famille ou encore aux romans épistolaires.

Jane Austen est l’auteur de quatre romans majeurs écrits entre 1811 et 1816 : Sense and Sensibility (publié de manière anonyme en 1811), Pride and Préjudice (en 1815), Mansfield Park (1814) et Emma (1816). Ces quatre romans lui ouvrent les portes du succès. Son œuvre compte aussi deux autres romans, publiés à titre posthume par son frère : Northanger Abbey (achevé  en 1803 mais n’ayant jamais fait l’objet de publication) et Persuasion. Le titre de ce dernier ouvrage a d’ailleurs été choisi par son frère Henry. Jane Austen en parlait, en effet, sous le nom de The Elliot mais son frère lui préférait le nom de Persuasion, nom revenant à de maintes reprises dans la version originale de l’œuvre. Notons également que la première traduction française date de 1821. Faite par Isabelle de Mentolieu, elle parut sous le titre de La famille Elliot ou l’Ancienne Inclination. Il faut attendre 1882 pour que le titre choisi pour la version originale figure également sur les traductions françaises.

Jane Austen meurt le 18 juillet 1817, emportée par la maladie, à l’âge de 42 ans. Elle reste une des plus grandes femmes de lettres anglaises de son époque et connaît encore un certain succès de nos jours.

 

L’œuvre.

Comme à son habitude, Jane Austen s’attaque à tout ce qui lui déplaît. Tout y passe : la vie mondaine de Bath, la superficialité des petits aristocrates, le mépris des sots…rien n’échappe à sa plume acérée. L’attaque n’est pas faite trop frontalement afin d’éviter les réactions parfois un peu vives de l’époque mais passe par une profonde ironie et de nombreuses touches d’humour, notamment dans les descriptions de certains de ces personnages, particulièrement ridicules. Seule la douce Anne et le beau Frederick trouvent grâce à ses yeux. A  travers ces deux personnages, Jane Austen choisit de faire passer certains messages.

À travers le personnage de Frederick Wentworth, c’est un véritable hommage à la Royal Navy et à ses deux frères que l’auteur nous livre. La Royal Navy n’est pas réellement citée dans l’œuvre mais celle-ci commence par la mise en place d’un contexte historique précis : la victoire de l’Angleterre sur la France…, victoire grandement due à la flotte anglaise et à l’expérience de ses marins. La Royal Navy permet donc à Jane Austen de faire l’éloge d’un certain type d’homme, dont fait partie notre héros. Parti en tant que simple lieutenant, Frederick revient non seulement avec le grade de capitaine mais également à la tête d’une grosse fortune qui lui assure un train de vie on ne peut plus confortable. Ce rang et cet argent, Frederick ne les a acquis que par son savoir-faire, son intelligence, ses initiatives personnelles  et ses compétences.

Tout au long du roman, il nous est décrit comme un homme loyal, bon, intelligent et dénué de tout ce qui fait le snobisme des petits aristocrates. Son succès et sa réussite n’ont pas réussi à faire de lui un homme orgueilleux…mais lui a fait conserver sa simplicité. C’est également de cette manière que sont décrits les autres marins présents dans l’œuvre mais chacun y allie quelque chose de plus… Ainsi, le capitaine Benwick est l’homme littéraire, se réfugiant dans la poésie pour oublier la mort de sa fiancée tandis que le capitaine Harville joint à toutes ses qualités une activité sans retenue pour tout ce qui concerne l’aménagement des demeures…et en particulier de la sienne.

Le capitaine Wentworth est ainsi. Il se distingue donc des autres héros masculins austiniens, lesquels sont orgueilleux, froids, peu sympathiques et fort imbus de leur rang et de leur fortune. L’exemple type en est Monsieur Darcy dans Pride and Prejudice. Mais, bien sûr, Wentworth ne peut être parfait. Il faut quand même qu’il nous présente un défaut qui vienne noircir le tableau, un peu trop idyllique, que nous en fait Jane Austen...et permettre ainsi aux cœurs romantiques de ne pas s’emballer trop rapidement. Frederick est rancunier et ne pardonne pas à Jane de l’avoir abandonné sur les conseils de sa famille et de s’être si aisément laissé persuader. Sa rancune l’aveugle et l’entraîne dans des chemins dangereux qu’il suit sans se douter des conséquences que cela pourrait avoir, non seulement pour lui mais aussi pour d’autres.

 Aveuglé par son ressentiment, il ne s’occupe que d’une des sœurs Musgrove, ne se rendant pas compte des faux espoirs qui animent la jeune fille mais également sa famille. Il ne mesure toute l’étendue de son erreur que lorsqu’il est trop tard et que son destin et son avenir semblent tout tracés… En effet, par sa faute, la jeune Louise Musgrove est victime d’un grave accident, laissant pendant un moment planer le doute quant à sa survie… Wentworth a donc une certaine responsabilité envers cette jeune fille, par ailleurs très éprise de lui. L’accident lui permet également de prendre conscience de l’étendue de ses erreurs : non seulement, Louise est entre la vie et la mort,  mais il l’a bercée, sans toutefois le vouloir, de douces illusions et se voit donc obligé, dans l’avenir, d’unir sa vie à la sienne… Il se rend également compte, au même moment, que son amour pour Jane n’était pas mort comme il l’aurait souhaité mais seulement enseveli sous sa rancune et son aveuglement.

Tel est donc notre jeune capitaine. L’autre personnage intéressant de l’œuvre est notre héroïne, Anne Elliot. Elle est la fille de Sir Walter Elliot, baronnet fort imbu de sa personne et de son rang. Orpheline de mère, elle grandit au milieu de ses sœurs et ne fait l’objet d’aucune attention. Elle est cependant la seule personne sensée de sa famille. Son père, pour ne pas faillir à ce qu’il considère comme l’honneur de son rang, mène un rythme de vie le conduisant, lui et les siens, presque à la ruine, l’obligeant à mettre en location son domaine familial et à s’exiler à Bath tandis que sa fille aînée, influencée par son éducation, se comporte exactement de la même façon que lui, ne s’occupant que de ses plaisirs et de relations mondaines. La plus jeune des sœurs, mariée à Charles Musgrove et mère de deux garçons, ne rattrape aucunement la bêtise de sa famille. Bien au contraire. Égoïste et hypocondriaque, elle ne cesse de critiquer son honorable belle-famille qui, selon elle, ne lui témoigne pas assez de considération.

À côté de cette on ne peut plus charmante famille, Anne apparaît comme sortie d’un autre monde. Discrète, elle n’apprécie guère les mondanités, préférant occuper son esprit à des choses utiles. Généreuse, d’un caractère franc et chaleureux, elle est appréciée de tous…mais n’est cependant pas mariée. Ce point-là permet à Jane Austen d’aborder un sujet qui lui tient particulièrement à cœur, puisqu’il la concerne également : la situation des femmes célibataires.

En effet, les romans de Jane Austen mettent en avant la dépendance des femmes à l’égard du mariage. Celui-ci est leur seule manière d’obtenir un statut social et une sécurité économique. Ainsi, Anne est une charge pour son père. Notons que la sœur aînée d’Anne n’est pas mariée mais, jouant le rôle de maîtresse de maison et présentant les mêmes qualités que son père, elle est épargnée par lui. De plus, l’héritage qui aurait pu permettre à Anne de se débrouiller par elle-même, ne se transmet qu’à un héritier mâle.

Ces pratiques sont dénoncées par Jane Austen qui, bien que vivant loin du manque et pouvant jouir de ses propres revenus grâce aux ventes de ses ouvrages, ne se trouve pas à l’abri des critiques. Son œuvre lui permet également de critiquer toutes les conditions qu’une femme doit réunir pour répondre aux critères du mariage. Elle doit être belle, avoir reçu une bonne éducation  et posséder de nombreux talents. Elle doit savoir peindre, jouer du piano, chanter, parler des langues étrangères, avoir l’art de conduire les discussions…et pouvoir faire la fierté de son mari. Ce n’est pas une femme qu’un homme cherche, mais un puits de science, une sorte d’objet qu’il pourrait exhiber lors de ces sorties mondaine (Que deviendrions-nous aujourd’hui si de tels critères étaient encore d’actualité ?). Tout cela est dépeint et critiqué dans Persuasion.

Jane et Frederick représentent donc tous deux des personnages ayant des particularités chères aux yeux de Jane Austen et sa plume les épargne. À travers eux, est également abordé le thème de la seconde chance, seconde chance qui se présente à partir du moment où la méprise, le malentendu et l’aveuglement ont été dissipés.

 

 Pour la première fois, le style de Jane Austen nous fait évoluer dans un nouvel univers. Il nous plonge, en effet, dans l’intériorité d’un de ses personnages, exercice dont elle se sort admirablement bien, décrivant à partir de nombreux monologues les moindres impressions et réflexions d’Anne. Mais, malgré l’ironie et sarcasme présents dans son écriture, Jane Austen pousse le roman « féminin » à un nouveau degré de pureté, d’élégance et de sobriété.


Lorraine Guimbelot,. A.S. Éd.-Lib.

 

 

 


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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 07:00

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Jeffrey BROWN
Clumsy
Ego comme X, 2006
Format 15 X 21 cm
232 pages nb



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Have you met my next book ? »
   
  Jeffrey-Brown-1.jpeg

 

 
Par ce simple dessin, tiré de ses carnets personnels, Jeffrey Brown nous livre toutes les clés de son cheminement créatif entrepris en 2002, avec la publication de Clumsy, son premier livre, édité en France en 2006 par l'amicale angoumoisine de la joie de vivre : Ego comme X.
 


    Mes chers enfants, bonsoir.
   
Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de bande dessinée, et tout particulièrement de bandes dessinées autobiographiques. Car, oui, les auteurs de bande dessinée ont aussi une vie, somme toute banale et le plus souvent dénuée d'intérêt, je vous l'accorde, et comme bon nombre de leurs confrères écrivains, titillés par un égo démesuré, certains d'entre eux, à défaut de dessiner des histoires d'elfes callipyges pourfendant du troll avec leur très très grosse épée, décident de faire partager aux lecteurs les éléments qui constituent leur quotidien, de l'achat d'une baguette de pain, ou de la dégustation d'un yaourt aux fruits aux questionnements existentiels qui les empêchent de dormir.
 
On aurait trop tendance à penser que la bande dessinée autobiographique est un phénomène éditorial apparu il y a une quinzaine d'années. Or, si l'on suit une approche chronologique de la bande dessinée, on peut trouver les premiers récits autobiographiques dessinés au Japon avec Yoshiharu Tsuge qui, au détour de diverses expérimentations pour la revue d'avant garde Garo, réalise en 1966 Chîko, le moineau de Java, un récit fictionnel reposant sur son vécu, introduisant des bribes de son expérience personnelle pour exprimer la réalité. Si la Japon a une forte tradition autobiographique dans sa littérature, Tsuge en est le premier représentant en manga.
 
Durant la même période, en France et en Belgique, si certains auteurs se mettent en scène dans leurs planches (et notamment Marcel Gotlib dans les Dingodossiers scénarisés par Gosciny, et plus largement tout ce qu'il a produit pour le  journal Pilote) c'est – presque – toujours de manière ironique, en composant des personnages comiques, sans souci d'authenticité.

 


 
LIFE IS NOT LOL
   
Vient l'année 1972 et la publication de The Confessions of Robert Crumb de … Robert Crumb et la première parution d’American Splendor d'Harvey Pekar en 1976, pour que soient posées les bases de ce que seront toutes les autobiographies en bandes dessinées à venir : alcoolisme, addiction aux drogues, frustrations et obsessions sexuelles exacerbées, culpabilité et mauvaise conscience, et si possible une calvitie et un embonpoint naissants. Pour les versions gay (Fabrice Neaud) et féminine (Julie Doucet), il vous faudra patienter jusqu'aux années 1990.
 
Durant les années 1980 en France, on trouve aussi des prémices de l'autobiographie dessinée (avec des auteurs comme Baru, Comès et Baudoin) ou bien encore l'auteur espagnol Juan Gimenez, qui sera publié par Gotlib dans la revue Fluide Glacial, avec une série en totale opposition avec la ligne éditoriale de l'époque (Humour avec du poil autour)  : Paracuellos. Dire que cette série n'a pas rencontré son public à l'époque est un doux euphémisme, et l'on peut comprendre aisément que le public, plus habitué à l'humour potache d'Édika, fut décontenancé à la lecture des souvenirs d'enfance de l'auteur qui racontait de façon romancée ses moments passés dans un pensionnat sous Franco.
 
Il faudra attendre la fin des années 1980, et la publication de  Maus d'Art Spiegelman, pour que l'autobiographie en bande dessinée obtienne une forte légitimité.


Refusé par tous les éditeurs français, Maus sera finalement publié par Flammarion (et restera la seule bande dessinée au catalogue de la maison) et recevra le prix Pulitzer en 1992.

Beaucoup de choses ayant été écrites sur cette bande dessinée dont le sujet dépasse le cadre de la simple autobiographie, je ne m'attarderai pas dessus. Maus est une œuvre magistrale mêlant roman familial sous forme d'autobiographie critique, évocation de la névrose de l'auteur et des souvenirs de son père survivant de l'Holocauste. Outre le travail de mémoire et l'immense qualité littéraire et graphique de Maus, c’est l'ŒUVRE qui a permis à la bande dessinée d'acquérir ses lettres de noblesse et qui fera éclore de nombreuses vocations.
 
La France des années 1990 est marquée par l'apparition de plusieurs maisons d'édition de bande dessinée alternative, le plus souvent montées par et pour des auteurs.

Auteurs, qui à côté d'un travail fictionnel traditionnel, se spécialisent dans l'autobiographie sous différentes formes : journaux, autofiction, reportages intimes, souvenirs d'enfances, mémoires, carnets, autobiographies au sens strict du terme, carnets de croquis, etc.

La publication quasi simultanée de trois livres, Approximativement de Lewis Trondheim, le Journal d'un album de Dupuy & Berberian, et le Livret de Phamille de Jean-Christophe Menu, gravera dans le marbre les règles de l'autobiographie dessinée.
 
Tout au long de la décennie,  des fanzines et des maisons d'éditions vont éclore, portés par les succès éditoriaux de l’Ascension du Haut Mal de David B et  Persepolis de Marjanne Satrapi.

Cette multiplication des récits autobiographiques, entraînant des modifications éditoriales radicales (utilisation quasi systématique du noir et blanc, disparition du format album de 48 pages cartonnées couleurs, etc.) va faire émerger dans les consciences des lecteurs et sur les mètres linéaires des librairies une nouvelle étiquette, celle de Roman Graphique, qui permettra de décomplexer les lecteurs de Télérama qui pourront, enfin, sans honte, lire autre chose qu'une vulgaire bédé ... 
 
La confirmation de cette tendance se fera sentir en 2004, lors de l'assertion démagogique de Régis Loisel, alors président du festival d'Angoulême, qui dans la Charente Libre déclara : « Les BD qui racontent des histoires autobiographiques ou des histoires sociales, ce n'est pas ce qu'attend le public. Il se fout de lire des trucs où on discute de savoir qui baise qui ... » et viendra scinder le petit monde de la bande dessinée en deux catégories : celle qui a un super scénario, avec plein de péripéties servies par un dessin bien fait, et celle qui creuse son sillon vers quelque chose d'autre ... Vous saurez rapidement de quel côté se situe Jeffrey Brown.

 

 

    YOU GOT ME TRIPPIN', STUMBLIN', FLIPPIN', FUMBLIN', CLUMSY 'CAUSE I'M FALLIN' IN LOVE
   
    Jeffrey Brown 2

   
Avec Clumsy, Jeffrey Brown nous livre un journal intime décousu, de 224 pages dessinées sur un carnet en trois mois, et dont les pages auraient été mélangées et réunies sans souci chronologique. Récit d'une relation à distance d'un an, entre le Michigan et la Floride, parsemée de retrouvailles et de séparations, de coups de téléphone, de disputes, de complicité et de jeux sexuels, de maladresses (clumsy, donc) et de tendresse, décrivant sans pudeur les moindres détails de sa relation avec Thérésa, l'œuvre de Brown tend à l'universalité en renvoyant le lecteur aux échos de ses propres expériences amoureuses. 
 
Né en 1975, Jeffrey Brown grandit dans le Michigan qu'il quitte à 25 ans pour aller suivre des études d’Art à Chicago. Suite à une rencontre avec Chris Ware dans une convention, il abandonne la peinture pour se lancer dans la bande dessinée.
 
Il conçoit alors son premier livre, Clumsy, qu'il autopublie en 2002 (tout d'abord photocopié à une centaine d'exemplaires, il le fera imprimer à 2000 exemplaires), et sera publié en 2004 par Top Shelf, et traduit en français par Jimmy Beaulieu en 2006.

Clumsy va s'inscrire dans une trilogie amoureuse et autobiographique dans laquelle il raconte ses histoires sentimentales et ses relations avec les femmes, et dont les deux autres ouvrages Unlikely et Any Easy Intimacy Of Us, qui complètent Clumsy, ont été publiés en France par Ego comme X.
 
    Jeffrey-Brown-3.gif
 
D'un style volontairement malhabile, en réaction à l'académisme et aux niveaux de conceptualisation et de détachement qui imprègnent les écoles d'art et qui n'ont rien à voir avec la vie, ici plus proche de l'écriture que du labeur habituel réservé au travail du dessin. Traits maladroits, tremblotants, sans règles ni couleurs, loin de tous les canons esthétiques de la bande dessinée traditionnelle, tout cela pourrait faire passer l'œuvre de Jeffrey Brown pour de l'Art Brut si il n'y avait pas là dedans une force et une détermination incroyablement attachantes, et qu'il juge suffisantes pour faire passer les informations qu'il a envie de transmettre.
   
Chris Ware, Paul Hornschemeier et James Kochalka ne s'étaient pas trompés en encourageant Jeffrey Brown à persévérer dans la Bande Dessinées, vous ne pourrez que leur rendre grâce après la lecture de ce livre. 

 

 

 Sylvain, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

 


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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 07:00

Soirée organisée par

Permanences de la littérature et Rue des nuits.

Vendredi 10 juin – 20h
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Edith Azam

Edith Azam est née en 1973. Elle a fait des études de lettres modernes et en sciences de l’éducation. Elle abandonne très vite l’enseignement pour se consacrer à l’écriture et faire des lectures publiques, notamment à Lodève, Limoux, Carcassonne, Valleraugues, Pau et au 24e Marché de la poésie. Elle est soutenue dans son travail par Julien Blaine et Charles Pennequin, ainsi que par Laurent Cauwet (éditions Al Dante). Elle travaille souvent en binôme, essentiellement d’écriture (avec Sophie Namer et Victor Mocci-Mazy ou avec Charles Pennequin), mais aussi avec la chorégraphe Muriel Piqué.

 

 

 

Anne-James Chaton

Né à Besançon en 1970. Vit à Montpellier. A co-fondé les revues « Dérivation » et « TIJA ». A donné de nombreuses lectures. A publié trois livres-CD aux éditions Al Dante. Travaille avec des groupes de rock et des musiciens d’improvisation. Co-dirige le festival de poésie et musique « Sonorités ».

 

 

 

 

Enric Casasses

Enric Casasses s’est fait connaître dans les années soixante-dix dans les milieux alternatifs – principalement lors de récitals et par des publications à tirage limité. En bon rhapsode, il a exercé un rôle fondamental dans la récupération de l’oralité. C’est en grande partie grâce à lui que les récitals poétiques sont devenus plus populaires à Barcelone et dans les autres territoires de langue catalane. Casasses a habité en France, en Angleterre et en Allemagne. Il a été traducteur et correcteur de style. Il collabore souvent avec peintres et musiciens. À compter des années quatre-vingt-dix il a commencé publier dans de grandes maisons d’édition. Son œuvre a ainsi gagné en reconnaissance auprès d’un public plus nombreux. Enric Casasses est enraciné dans la tradition populaire, mêlant des éléments de folklore et de culture pop de notre temps (tout en restant proche de l’underground et de la contre-culture). Sa poésie est nourrie d’influences très hétérogènes (allant de la poésie médiévale, de la Renaissance et du Baroque jusqu’aux avant-gardes), expérimentant des formes nouvelles ou bien revisitant parodiquement des genres traditionnels. Il est l’auteur, entre autres, de Cette chose-là (1982, Prix de la Critique Serra d’Or en 1992), Nous n’y étions pas (1993, Prix de la Critique en poésie catalane en 1994), Dissout les grumeaux (1994), Chaux (paru en 1996, Prix Carles Riba 1995), Se tromper ainsi (1997, Prix Ausiàs March à Gandia 1996), Poignards (1998), Place Raspall : poème en sept chants (1998, Prix de poésie Ciutat de Palma 1999), Canaris phosphorescents (2001), Dormons-nous ? (2002).

 

 

 

 

 
Maison cantonale de Bordeaux Bastide
Angle rue des Nuits / rue du Châteauneuf

33100 Bordeaux

Tram : arrêt Jardin botanique
 Entrée libre

 

 

Plus de renseignements au 05 56 86 64 29

accueil@permanencesdelalittérature.fr

 

 

 


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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 07:00

 de La Faculté des rêves de Sara Stridsberg
« La Cosmopolite », éditions Stock, août 2009

Livre de poche, mars 2011
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La Faculté des rêves de Sara Stridsberg est une biographie fantasmée de Valérie Solanas, féministe extrémiste auteure du Scum Manifesto dans lequel elle prône la destruction de l’espèce masculine en démontrant point par point sa perversité et son inutilité. Suite à une déception artistique et certainement à cause d’un certain déséquilibre psychique, elle a tenté d’assassiner Andy Warhol en lui tirant dessus. Sara Stridsberg s’est inspirée de ce personnage fort à la folie singulière pour imaginer une biographie de Valérie Solanas, ce qu’auraient pu être sa vie, ses pensées et ses pérégrinations, jusqu’à son agonie finale dans un hôtel sordide. Pour écrire, l’auteure dit s’être imprégnée de son personnage, cohabitant avec elle durant deux ans, et établissant une relation de quasi-amitié, rêvée bien sûr, mais qui l’amène à une telle proximité qu’elle en transcende son écriture.

Jean-Baptiste Coursaud a d’abord été critique de littérature jeunesse. Grâce à sa maîtrise des langues nordiques, il devient directeur de collection aux  éditions Gaïa. Il a depuis abandonné cette fonction pour se consacrer à la traduction littéraire. Nous l’avons rencontré pour l’interroger sur son travail sur La Faculté des rêves.



Jean-Baptiste Coursaud, bonjour, et merci de nous accorder cet entretien. Vous êtes traducteur de langues nordiques. Quelle est la première que vous ayez apprise ?

Le norvégien. En principe, lorsque vous apprenez l’une des trois langues occidentales (danois, suédois, norvégien), vous comprenez les autres. Dans les faits, ce n’est pas aussi simple que cela. La première que j’ai apprise était le danois, et comme beaucoup de scandinavistes de ma génération, on apprenait une langue pour, finalement glisser vers une autre, qui a été pour moi le norvégien. Aujourd’hui, je traduis à 97 % du norvégien, à 2 % du danois et à 1 % du suédois.

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Sara Stridsberg correspond à ce 1%, puisqu’elle est la seule auteure suédoise que vous traduisiez, avec pour l’instant seulement deux parutions en français. Pourquoi avez-vous choisi de la traduire, et pourquoi elle exclusivement ?

Le suédois est une langue que je ne maîtrise pas très bien et que je ne parle pas, contrairement au norvégien et au danois. J’arrive à le lire sans problème, mais il y a quand même 25 % du vocabulaire que je ne comprends pas, et un peu de grammaire que je ne maîtrise pas tout à fait. J’ai toujours dit : « Je ne traite pas et ne traiterai jamais du suédois ». Cette traduction-là s’est faite dans des conditions particulières. Ma collègue Anna Gibson aurait dû le traduire mais elle ne pouvait pas, c’est pourquoi elle a mentionné mon nom à Marie-Pierre Gracedieu1. Au début j’ai refusé, et j’ai finalement accepté pour deux raisons, je connais très bien le contexte historique et littéraire de La Faculté des rêves, la Factory, Andy Warhol, Valérie Solanas, et ce depuis très longtemps, et d’autre part, parce que le suédois est une langue très particulière, que je sais travailler cette langue-là.



Vous semblez être habitué à un emploi très moderne de la langue, comme c’est le cas dans La Faculté des rêves. Comment avez-vous appréhendé cette traduction ?

Oui, il y a des textes que vous traduisez comme « de la mise en français ». C’est-à-dire que vous avez votre texte de la langue source, et le texte en langue cible sera à peu de chose près identique. Il n’y a pas besoin de modifier, hormis les modifications inhérentes à toute traduction, alors que La Faculté des rêves, et d’autres romans que j’ai pu traduire, demandent une certaine adaptation qui n’en est pas une en fait. Ça demande de faire des choix de traduction qui semblent très importants.



Il s’agirait presque d’un travail d’auteur au final ?

Je ne sais pas, je suis un peu réticent à cette idée. C’est vrai que la législation fait de nous des auteurs mais je ne me considère pas comme un auteur, je ne sais pas écrire. Pour moi, il y a une vraie différence entre les deux. Mais il est vrai qu’il y a peut-être un travail littéraire à effectuer.



La Faculté des rêves a une structure très particulière. Comment peut-on rendre cette forme-là en passant d’une langue telle que le suédois au français, c’est-à-dire deux langues très différentes ? Cela vous a-t-il posé problème ?

Le roman de Sara pose plusieurs difficultés. Il y a des difficultés qui sont trascum-manifesto.gifditionnelles, c’est-à-dire des difficultés linguistiques, des difficultés systémiques à la langue. Le suédois est une langue qui fonctionne de telle manière que ce système linguistique va poser évidemment certains problèmes pour leur mise en français. Ensuite vous avez les difficultés d’ordre littéraire avec beaucoup d’allitérations, d’effets de style. Puis vous avez des difficultés d’ordre syntaxique, donc encore une fois littéraires, mais plutôt de l’ordre de la syntaxe, car Sara écrit par antiphrases et par accumulations de subordonnées : « et il fait ci, et il se passe ça ». Enfin il y a la difficulté qui est de l’ordre de la mise en abyme. En effet, comme je le mets d’ailleurs dans une note, le texte utilise le SCUM Manifesto de Valérie Solanas, et Sara utilise le SCUM Manifesto en suédois qu’elle a elle-même traduit depuis l’original. De mon côté, en tant que traducteur vers le français, je suis obligé de me conformer à la traduction française faite par Emmanuelle de Lesseps. Or, évidemment, comme le texte utilisé par Sara Stridsberg est traduit dans une langue vulgaire, cette langue, c’est-à-dire cette traduction, va influencer la langue de La Faculté des rêves. Il faut donc toujours faire des adaptations par rapport à ça. Le traducteur est tenu, lorsqu’il y a une citation, de revenir à la traduction littérale de la citation, à moins bien sûr qu’elle ne soit pleine d’erreurs. Et il s’avérait qu’Emmanuelle de Lesseps avait fait un travail formidable et qu’elle avait trouvé des solutions de traduction très ingénieuses. Je me suis par exemple beaucoup inspiré de mots qu’Emmanuelle de Lesseps avait inventés en français et que je trouvais vraiment très judicieux, qui correspondaient vraiment à cette « langue de Valérie ».



Avez-vous rencontré Sara Stridsberg afin de discuter de ses intentions d’auteure ?

Oui, nous nous sommes rencontrés environ trois mois avant que je commence le travail. J’étais très réticent, et je lui ai expliqué, car j’avais d’une part l’impression d’usurper le travail d’un collègue, n’étant pas suédophone, et d’autre part parce que je suis un homme, et Valérie Solanas a une profonde détestation des hommes. Son manifeste l’explique clairement, et je serais pour elle un véritable ennemi. Une question s’est posée à moi : quelle est ma place, en tant qu’homme, dans cet univers-là ? Qu’est-ce que je viens faire ? C’est ce que j’ai exposé à Sara lors de notre rencontre : elle a balayé ça d’un revers de manche. Et de fait, Valérie Solanas avait par exemple surpris le traducteur allemand du Scum Manifesto. S’est alors instaurée une correspondance entre eux, et il s’est avéré que Valérie Solanas n’avait rien contre le fait que ce soit un homme qui la traduise. Quand on lit sa correspondance avec ce traducteur, elle est beaucoup plus réticente à certaines femmes qui ne sont pas des vraies féministes, qu’à certains hommes qui ne sont que des traducteurs. Valérie était quelqu’un de très intéressé et qui avait toujours besoin d’argent, c’est pourquoi elle était heureuse dès que l’on s’intéressait à elle.



Justement, Valérie Solanas est un personnage particulièrement névrosé, excessif et décadent. Elle est incroyablement surprenante et imprévisible. Vous étiez-vous renseigné sur la vraie Valérie Solanas avant de commencer la traduction ?
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Oui, j’ai lu le manifeste lorsqu’il a été réédité à la fin des années 1990, et je connaissais bien l’univers de la Factory et les films d’Andy Warhol.



L’auteure a dit s’être renseignée le moins possible, afin de laisser la plus grande place à son imagination, peut-être par peur d’entacher la représentation qu’elle s’était faite de Valérie Solanas à la seule lecture du Scum Manifesto. Vous n’avez donc pas fonctionné de la même manière ?

Non, car le traducteur fonctionne sur d’autres présupposés. Il y a d’une part la création littéraire, et puis il y a la traduction de cette création littéraire. Nous, traducteurs, partons sur d’autres présupposés tels que la musicalité sémantique. Vous ne pouvez pas bien traduire quelque chose que vous connaissez mal. Vous ne pouvez pas traduire un match de boxe sans avoir compris comment fonctionne un match de boxe. De la même manière, vous ne pouvez pas traduire le Scum Manifesto si vous ne comprenez rien à la domination masculine et au féminisme. Ou plutôt vous pouvez le traduire, mais vous le traduirez mal, voire vous ferez des erreurs. Un traducteur, qu’il soit littéraire ou technique, doit comprendre ses traductions, donc avoir l’inconscient sémantique et l’inconscient linguistique. C’est-à-dire que, pour reprendre la théorie de Ferdinand Saussure, vous avez des signes, des mots, et dans ces mots résident un signifiant et un signifié, soit l’image linguistique et le sens réel. La traduction fonctionne sur ce même principe : il y a une réalité qui entoure le mot, la phrase, le sens général, et puis il y a ce que vous allez restituer. Vous devez bien comprendre cet environnement. Par exemple, si vous traduisez La Faculté des rêves, dans ses lois linguistiques Sara utilise le mot « usine », alors qu’en français nous allons garder le mot « factory ». Je ne vais donc pas traduire comme a traduit ma collègue allemande, par exemple, par « la fabrique », mais par « la factory », puisque c’est comme ça qu’on a toujours appelé (en français) cette Factory d’Andy Warhol.



Sara Stridsberg a inséré de nombreuses parties en anglais (mots, phrases, citations) que vous retranscrivez également en anglais dans votre traduction. Cependant, pourquoi ne pas avoir choisi de mettre des notes de traducteur ? Est-ce par choix ou par devoir ?

Je suis très anti-notes. Je pense que les notes ne servent à rien, à part dans des cas très spécifiques. Ouvrons une parenthèse de traductologie. La traduction littéraire a été pendant très longtemps le fait des universitaires, notamment pour les langues rares telles que les langues scandinaves, et ils ont donc fourni des traductions qui étaient universitaires, donc plutôt scientifiques. Nous étions plutôt dans ce qu’on appelle une traduction sourciste, très proche de la langue source. Ensuite a été privilégiée la traduction cibliste, soit plutôt le français, au risque de faire des glissements de texte. Je pense que les notes, dans une traduction littéraire, pas dans une traduction scientifique comme La Pléiade, ont racheté le lecteur. Or on est dans un texte qui n’a pas de notes a priori, donc je ne vois pas pourquoi il y en aurait dans la traduction française, à moins de tomber sur des cas qui nécessitent absolument une note. Par exemple, dans une autre traduction du norvégien que j’ai effectuée, un garçon naît le 8 mai 1945 à Oslo, et son nom, Fred, est une évidence, parce qu’en norvégien cela veut dire « paix ». Ça vous ne pouvez pas le changer, ce n’est pas possible : vous êtes alors obligé de faire une note. Mais mettre une note pour expliquer que tel quartier est à l’est de la ville, cela ne sert à rien. Pour répondre à votre question, pour l’anglais, cela dépend beaucoup des traducteurs. En général, on considère que le lecteur français ne parle pas anglais, c’est la « norme » (après on en pense ce que l’on veut). Comme vous le savez, le français est une langue très conservatrice, qui admet mal les anglicismes que l’on a donc tendance à chasser. La pratique nous prouve que lorsqu’on laisse trop d’anglicismes dans une traduction, les lecteurs envoient souvent un courrier à l’éditeur pour dire : « On ne comprend pas ce que cela veut dire ». Donc il y a vraiment un fossé de compréhension du lecteur français face à ces anglicismes, ce qui n’est pas le cas des langues scandinaves où l’on a beaucoup recours à l’anglais puisque les Scandinaves parlent relativement bien anglais. Ça, c’est la pratique générale. Après vous avez également des exceptions comme La Faculté des rêves où il y a beaucoup d’utilisation de termes anglais, il faut alors décider au cas par cas de les laisser ainsi ou de les traduire. Pour prendre un exemple concret, le fameux Silky Boy2 ne s’appelle pas ainsi en suédois. Il s’appelle littéralement « le garçon de soie ». Moi j’ai décidé de l’appeler Silky Boy car cela restait dans la logique de Sara qui a beaucoup recours aux noms anglais. J’ai traduit également une nouvelle d’elle ainsi que son dernier roman : l’Amérique est un topos dans la littérature de Sara, plus précisément le rêve de l’Amérique. Ce n’est pas pour rien que le titre allemand de La Faculté des rêves est L’Usine à rêves. C’est aussi de cela que parle Sara, entre autres, de cette Amérique comme une espèce de fabrique, de « factory » à fantasmes.



Happy Sally3 n’est pas encore paru en français. Est-ce qu’on y retrouve le même univers, du moins la même plume ?

Maintenant, nous avons trois romans4 de Sara, nous pouvons donc avoir un regard de commentateur sur son univers littéraire. La particularité de Sara est de s’inspirer de personnages réels et d’en faire des figures fictionnelles. Par « personnages réels », il faut entendre également « personnages de fiction », qui existent déjà. Par exemple, son roman Darling River, que je commence à traduire, parle de la Lolita de Nabokov. Happy Sally part d’un personnage réel, d’une nageuse, qui a réellement existé et qui est la première nageuse suédoise à avoir franchi la Manche, et La Faculté des rêves parle de Valérie Solanas.



Sara Stridsberg dit avoir fantasmé le personnage de Valérie Solanas.

Oui, tout à fait.



Elle dit aussi avoir mis trois ans à trouver cette structure si particulière, qu’elle définit comme un squelette. Cette structure vous a-t-elle posé problème pour votre travail de traduction ?

Non, en revanche je n’ai pas abordé toute l’oeuvre de la même manière. On ne traduit pas de la même manière la narration, les dialogues, et par exemple les abécédaires. Pour les abécédaires, on est vraiment dans la traduction littérale, il n’y a pas d’adaptation à avoir. Pour la narration, il y a tout un travail sur le français, on a l’impression d’énormément modifier, alors qu’en réalité pas tellement. Et pour les dialogues, on est plus dans une sorte d’immédiateté.
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Justement, Sara Stridsberg a adapté son roman en pièce de théâtre5. Cela a-t-il été déstabilisant de traduire l’adaptation d’un roman protéiforme que vous aviez déjà traduit ? Car elle change encore la forme, les personnages entrent en scène différemment, dans des ordres différents, etc.

Non, il s’est agi davantage de retrouver les passages exacts. On pourrait avoir l’impression que c’est un copié-collé, où elle va chercher telle phrase ici, etc. Elle refait un squelette à partir des os qu’elle a déjà utilisés, et on va faire la même chose en traduction.



C’est un peu un exercice de style, en fait, reconstruire l’histoire ?

Oui, mais avec une autre histoire, plusieurs choses changent et la fin est assez différente.



Pourtant, le personnage fantasmé de Valérie Solanas reste le même, non ?

Je ne sais pas. Après, il s’agit peut être d’appréciation personnelle. Moi, je trouve que Valérie est nettement plus âpre dans la pièce que dans le roman. Elle est beaucoup plus cassante, c’est beaucoup plus la Valérie Solanas telle qu’on aime à s’en souvenir. Elle a un côté très attachant dans La Faculté des rêves qu’à mon sens, à ma lecture, elle n’a pas dans la pièce.



L’auteure use principalement de phrases courtes, qui frappent fort, de dialogues percutants. Cette concision est-elle plus simple à traduire pour vous, ou au contraire est-ce plus difficile de trouver les mots exacts afin d’obtenir un contenu qui conserve cette force vive et concentrée ?

Les dialogues ne m’ont jamais posé problème. Je sais que certains de mes collègues ont des problèmes avec ça, mais moi j’ai bien plus de mal avec les descriptions de paysages par exemple. Je ne suis pas très doué pour ça, pour traduire le chemin qui serpente dans le paysage bordé d’arbres, en revanche j’ai des collègues qui le font très bien. Ce qui est certain c’est que, encore une fois, on tombe dans des questions de système linguistique. De mon côté, j’ai l’impression que les langues germaniques ont tendance à claquer beaucoup plus que les langues latines.



Il s’agit donc plus de « trouver ce qui sonne bien » à ce moment-là ?

Oui, mais ce qui est vraiment difficile, lorsqu’on traduit un nouvel auteur, c’est de trouver la voix qu’aurait cet auteur s’il avait écrit dans notre langue, sachant que les langues fonctionnent sur des systèmes et sur des signes différents. Pour prendre un exemple concret, en norvégien, on dit que « la porte est debout ouverte », mais on ne va pas le traduire ainsi en français. On est dans la littérature, et la littérature est aussi un jeu sur les signes. Parfois l’auteur va, dans sa narration, dans son système propre, jouer sur le système de la langue, donc après, tout est fonction de dosage pour le traducteur. Qu’est-ce qui est propre au système de la langue, qu’est-ce qui est propre au système de l’écrivain ? En se posant ces questions, peu à peu, le traducteur va trouver sa voie et sa voix. Ce qui est certain, c’est que Valérie va s’exprimer d’une manière très précise en français. Elle va plutôt, dans les dialogues, avoir un langage relâché, voire va éliminer les négations. Elle ne dira pas dans un dialogue « je ne suis pas malade » mais « je suis pas malade ». Je me suis également beaucoup inspiré de Valérie Solanas elle-même. Valérie était quelqu’un qui avait une langue très particulière, en anglais. Sara le dit d’ailleurs. Sara était complètement fascinée par cette langue, dans toute sa dimension.



Et votre travail nous la rend à son tour tout aussi fascinante. Monsieur Coursaud, merci pour le temps que vous nous avez accordé, et pour vos réponses franches et instructives.

Je vous en prie, ce fut un plaisir !

 

 

 

Propos recueillis par Mélanie et Laure, L.P. Bibliothécaires.

 

 

 

Notes

 

1 Directrice de « La Cosmopolite », éditions Stock
2 Silky Boy est un jeune ami de Valérie Solanas qui se prostitue pour leur assurer un logement.
3 Premier roman de Sara Stridsberg, pas encore publié en France.
4 Happy Sally, La Faculté des rêves et Darling river.
5 Valérie Jean Solanas va devenir Présidente de l’Amérique, « La Cosmopolite », éditions Stock, 2010.

 

 

 

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 07:00

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Hugleikur DAGSSON
Et ça vous fait rire ?
Titre original

Is This Supposed to be Funny ?
Traduit de l’anglais

par Mona Claro
Sonatine, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur
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Hugleikur Dagsson est un scénariste et dessinateur de bande dessinée islandais, né le 5 octobre 1977. Il a écrit trois pièces de théâtre et a également fait de la critique cinématographique pour une radio islandaise. Il a publié un recueil de ses dessins d'humour noir dans The Reykjavik Grapevine Magazine.

 

Site web de l’auteur :  http://www.dagsson.com/

 

 

 

 

 

 
L’ouvrage

Ce livre m’a interpellée par sa couverture rouge. Son titre – Et ça vous fait rire ? – m’a tout de suite donné envie d’aller plus loin. Surtout, il suffit de regarder le dessin de la couverture pour se rendre compte de ce qui nous attend à l’intérieur : un homme est dans une fosse avec des ours visiblement affamés et attirés par cette chair humaine. Il appelle désespérément à l’aide. Une autre personne passe – probablement un visiteur – et se contente de photographier la scène sans plus de réaction… Le ton est donné.

La quatrième de couverture permet également de se faire une première idée de l’ouvrage :

 

« Hugleikur Dagsson nous vient d’Islande.

En Islande, la nuit dure dix-neuf heures l’hiver.

En Islande, il n’y a pas de nuit l’été.

En Islande, la boisson nationale est la « Black Death ».

En Islande, le plat national est composé de viande de requin faisandée.

En Islande ce livre est un best-seller. »

 

Le livre est composé de 188 dessins. Chaque page se compose d’un « gag  (les guillemets sont de rigueur, car un gag désigne un effet comique, résultant de situations burlesques et peut être synonyme de « blague ». Cependant, il n’est pas certain que tout le monde prenne les illustrations de Dagsson pour des gags…).

 

Ses dessins sont assez rudimentaires, en noir et blanc, avec peu ou pas de décor selon les pages. Assez naïfs, ils peuvent s’apparenter au coup de crayon d’un enfant (un rond pour la tête et un pour le tronc, quatre traits pour les bras et les jambes). Mais il ne faut pas se fier à cet air enfantin. Les paroles proférées par les personnages n’ont rien de puéril. Bien au contraire : le cynisme et l’humour noir sont des traits caractéristiques de tout le livre. L’auteur aborde plusieurs thèmes, et pas des plus légers : l’amour, la mort, le sexe, l’éducation, la religion, les mœurs, les relations humaines, la maladie, le handicap, l’homosexualité, pour plonger bien des fois dans l’immoralité, le violent, le sanglant et même la scatologie. Que les âmes sensibles s’abstiennent. Ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Sans doute vous souvenez-vous du fameux journal satirique français des années 60, Hara-kiri, cynique, parfois grivois et d’ailleurs interdit en 1970, même si le mensuel continuera de paraître jusqu’en 1986. Eh bien le travail de Dagsson me fait penser à celui de Philippe Vuillemin ou de Jean-Marc Reiser pour ne citer qu’eux, fervents collaborateurs de cette publication. Des similitudes se font jour. Il existe par exemple un dessin de  Reiser identique à celui de Dagsson : une femme vomissant dans la poussette de son bébé.

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Autre point commun, une couverture de Hara-kiri présentant une femme, un couteau planté dans le dos, avec ces mots : « poisson d’avril ». Dagsson reprend la même idée, un homme venant de tuer deux personnes avec son fusil et riant : « ahahahahah, poisson d’avril ! ». Bête et méchant…

 

Voilà le style tout en provocation de l’auteur islandais, même s’il me semble qu’il va encore plus loin que ses confrères français. Aucun sujet ne l’arrête, il n’a pas de tabou. Il fait dans le cru, c’est direct et sans détour. C’en est même parfois surprenant d’horreur. Citons par exemple ce dessin de la page 96, où des enfants viennent jouer chez leur copain. La mère les accueille à la porte, leur offrant une boîte : « Désolé les gars, Lawrence ne peut pas sortir jouer. Il a la lèpre. Mais vous pouvez vous amuser avec ses orteils. Ils sont tombés ce matin ». Cruel et ignoble n’est-ce pas ?

Citons-en encore un autre, où l’on voit une dame munie d’un aspirateur s’approchant d’une autre dame, lui disant : « prête ? », une pancarte indiquant à côté : « chez Jeanne, dix dollars l’avortement ». Il suscitera donc le dégoût chez une (grande ?) partie de la population, tandis que d’autres rigoleront devant tant d’inconvenance. La noirceur est parfois extrême, le glauque et le morbide font leur apparition. C’est le cas d’un homme qui se fait écraser entre deux voitures. Sur un pont au-dessus, des passants sont hilares. Discrètement, sur la droite du dessin, une petite fille murmure : « papa… ». De mauvais goût. Comme dans bien d’autres pages d’ailleurs. Plus de morale. Tout peut être dit.

Des dessins contenant des éléments scatologiques ponctuent également l’ouvrage. Dans une pièce de théâtre l’actrice défèque de son balcon sur l’homme en bas. Celui-ci se défend par un « c’est pas dans le script ». Ou encore : un homme demande s’il peut entrer dans un bar. Le videur lui répond : « oui, si tu bouffes ma merde ». Et il y a encore bien d’autres dessins immondes du même genre.

La satire est également récurrente. Par exemple, un ange dit à Dieu : « Je vais faire une apparition pour des enfants au Mexique. Je te ramène quelque chose ? » Et Dieu de répondre : « Un burrito au poulet et… heu… Ils font toujours les cocas à la vanille ? ». Dans un genre plus morbide, au téléphone : « Bonjour, j’ai besoin d’une ambulance. Je viens de chier mes intestins et mon chien est en train de les bouffer… Dans 20 minutes ? Merci ».

Malgré tout, on peut parfois se retrouver dans ses dessins. Enfin, pas le « moi » apparent, qui vit en société, mais plutôt le « moi » inconscient, celui qu’on enfouit au plus profond de soi, dans ce qu’on a de plus sauvage, d’animal, et des pulsions profondes qu’on ne dévoilera jamais sous peine de passer pour un monstre ou tout au moins pour une personne sans morale. Certains traits de la société sont donc présents, même s’ils sont déformés et caricaturés par l’humour noir. C’est le cas dans un dessin décrivant un réveillon de Noël. Parents et enfants déballent leurs cadeaux, mais le pauvre grand-père en fauteuil roulant, proche de la mort, se voit privé de cadeau. Pourquoi ? : « Désolé papi, pas de cadeau pour toi, ça vaut plus le coup ». Autre dessin illustrant ce propos : lors d’un spectacle intitulé « les monologues du vagin », l’actrice commence à parler lorsque quelqu’un se lève dans la salle et dit : « Parle avec ta chatte, vas-y ! ».

Mais pas de panique, quelques dessins sont plus drôles, plus « respectables » – c’est tout au moins mon avis. Citons le concert d’une chanteuse qui dit à l’auditoire : « la prochaine chanson est dédiée à mon mari, Alphonse, qui est assis là-bas dans le fond. Elle s’intitule : “et si tu me donnais un orgasme de temps en temps ? ” ». Un autre dessin porte à sourire : un juge disant « je t’aime » à un condamné. C’est aussi le cas où un homme près d’un arbre, à la campagne, s’adresse au lecteur : « C’est là que j’ai perdu ma virginité. Oh, comme elle me manque ».

Bref, à la lecture de cet ouvrage on se sent parfois presque coupable de se divertir avec ces « gags », presque honteux de rire de toutes ces horreurs. Mais, finalement, en y réfléchissant bien, tout le monde ne rit-il pas – au moins un peu ou dans son for intérieur – du malheur des autres ? Ce livre ne peut pas être devenu un best-seller pour rien.


 
En conclusion, amis de l’humour noir, je vous conseille donc cette lecture décalée.

Cependant, il vous faudra peut-être préférer le lire seul… on ne sait jamais… si on vous regarde rire de ces atrocités, on risque de vous juger monstrueux, cruel, pervers, inhumain et sans cœur !


Anaïs, A.S. Bib.

 

 

 

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Published by Anaïs - dans bande dessinée
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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 07:00

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BENJAMIN
Remember
Édition  Xiao Pan
2006



 

 

 

 

 

 

 

 

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Benjamin, de son vrai nom, Zhang Bin, est né le 16 mai 1974 dans la province de Heilongjiang. Il y a étudié la mode et le design et c’est à ce moment-là qu’il a choisi de travailler sous le pseudo de Benjamin (plus facile à retenir pour les Occidentaux). Il décide de partir pour Pékin en juillet 1996 pour étudier la bande dessinée. En septembre 1999, il s’installe à Tianjin pour se consacrer à son art  ; il retourne régulièrement à Pékin afin de travailler pendant deux semaines et de gagner un peu d‘argent pour se nourrir ; ce sont les mêmes raisons qui le forceront à retourner s‘installer dans la capitale chinoise. En mars 2000, il écrit Fleurs inconnues en été qui est publié en mai 2000 dans Comic Fans Magazine. C’est sa première publication.

En septembre, il part pour Shangaï en raison de l’importance croissante qu’y a la BD. Là-bas, il essaie d’écrire un roman mais abandonne rapidement afin de se consacrer à son nouveau projet de bande dessinée, One Day, qui paraît en janvier 2002 dans Comic Fans. C’est  son premier recueil individuel.

En mars 2002, il retourne à Pékin où il fonde avec plusieurs amis un atelier d’illustrations publicitaires. En parallèle, il travaille sur la possibilité de remplacer la technique de dessin traditionnelle par l’ordinateur, ce qui lui permet de publier en deux fascicules La technique de la BD par ordinateur.
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En avril 2003, l’atelier est dissous et il publie L’été de cette année-là. En novembre, il publie la nouvelle Orange en couleurs. Il travaille ensuite jusqu’en août 2004 sur la bande dessinée Personne n’est capable de voler. Personne n’est capable de se souvenir qui remporte le premier prix de l'Oriental Animation and Comic Competition de la même année.

En octobre 2004, il publie le recueil Remember.

Son premier roman, The Basement, sort en 2005. Il enchaîne en 2006 avec Orange, un manhua très noir qui évoque les tourments d’une jeune fille suicidaire. En 2008, paraît en France un art book : Flash.

Durant l’été 2009, il participe à la création du clip J’aimerais tellement de Jena Lee (  http://www.youtube.com/watch?v=m6Rc8idptUM&eurl ).

Sa dernière publication qui date de cette année est Savior.

Pour en savoir plus sur Benjamin :
 
– son site officiel :  http://blog.sina.com.cn/benjamin (version chinoise) ;  http://www.myspace.com/pandaivy/blog (Version anglaise de son blog traduit par une de ses fans)
– un forum de discussion :  http://www.nautiljon.com/forum/asie/personnalites/benjamin+-auteur+chinois-6989,0.html
– des interviews :  http://www.youtube.com/watch?v=KQCmOmjiyoI&feature=player_embedded#! ;
             http://www.orient-extreme.net/index.php?menu=mangas_animation&sub=artistes&article=371.
– Vidéo : une séance de dédicace :

 http://www.youtube.com/watch?v=LkSa93EdBA0&feature=player_embedded

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Remember

L’ouvrage a été édité en France en 2006 chez l'éditeur Xiao Pan et se compose de deux one-shots : Personne n’est capable de voler. Personne n’est capable de se souvenir. et L’été de cette année-là, d’une série de planches qu’il a commentées, d’une courte biographie, d’un essai de trois pages et d’un mot de l’éditeur.
   
Les deux histoires mêlent fiction et réalité à travers des expériences qu’il a lui-même vécues.

La première histoire raconte les difficultés d’un jeune dessinateur de bd à être publié. Benjamin raconte ici sa lutte contre les rigidités de son pays par rapport à la bd.

Effectivement, il s’est heurte aux préjugés des Chinois et plus particulièrement des éditeurs par rapport à la bande dessinée. C’est un genre dénigré qui est considéré comme de mauvaise qualité et s’adressant uniquement aux enfants. Il refuse cependant de se plier aux conventions et écrit pour les adultes. On retrouve cela lorsque le protagoniste parle avec l’éditeur au début de l’histoire.
   
Il met en évidence son indépendance en présentant un personnage qui contraste avec lui, celui d’une jeune femme, elle aussi dessinatrice, qui s’est pliée aux règles de la société en devenant secrétaire. On identifie facilement l’auteur au personnage principal car les pensées du protagoniste sont souvent transcrites ; il ne le nomme pas une seule fois excepté lors d’une conversation sur msn où son pseudo est Ducon.



Benjamin-Remember-2.jpgLe deuxième récit évoque sa jeunesse d’étudiant, quand il logeait dans une résidence universitaire. Il raconte, en utilisant un point de vue extérieur, la descente aux enfers d’un jeune étudiant en art qui vient de la campagne et se fait martyriser par ses camarades de dortoir au point de sombrer dans la folie.

Son style général est très sombre ; c’est un auteur qu’on peut qualifier de torturé. Il n’est jamais satisfait de ce qu’il fait. Malgré sa célébrité en Chine et sa grande influence dans le monde de la bande dessinée, il dénigre constamment son travail et parle de lui en termes peu élogieux :
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«  La vie est comme une histoire drôle. Au début on ne comprend rien, puis, par un éclair d'intelligence, on comprend tout. Aujourd'hui, avec tout ce que j'ai vécu, je suis vraiment épuisé, mais je me rends compte que je n'ai rien compris.
Quoi que j'écrive ou dessine, j'écris n'importe quoi. Je suis les mouvements de ma main sans savoir ce que je dessine. J'ai l'impression d'être un débile. Les aspirations de ma jeunesse sont brisées. Comment les retrouver ? C'est si difficile. je vis comme si mon cerveau était enfermé dans une bouteille de verre. »
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On peut aussi s’en rendre compte avec les commentaires qu’il fait sur les illustrations Neige fondante, Cœur blessé et Menue poussière dans Remember.

    Pour ce qui est de son dessin, Benjamin travaille souvent à partir de teintes monochromes, en ajoutant de petites touches de rouge qui donnent vie au dessin. Il est très rare de trouver des dessins en couleur dans les manhua mais le fait qu’il travaille uniquement sur ordinateur depuis 2002 avec un logiciel qui lui permet de créer des graphismes colorés a fait évoluer les choses. Les traits de ses illustrations sont très énergiques et donnent une impression de mouvement à l’inverse de ses planches qui donnent plus une impression d‘instantané.

 

 

 

Cécile G., 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 


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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 07:00

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William FAULKNER
Sanctuaire
Sanctuary, 1931
Traduction de
René N. Raimbault
et Henri Delgove
revue par
Henri Gresset
Gallimard, 1933
Folio, 1972

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le Mississippi de la prohibition et de la ségrégation,Temple, une jeune fille de bonne famille mais aguicheuse, fait une virée en voiture avec Gowan, une de ses fréquentations. Ils s’arrêtent dans une ferme isolée,où Goodwin, un producteur de gnôle, vit avec sa femme. Ce jour-là sont aussi présents Popeye, Tommy et Van, trois pauvres types, aussi violents que crétins. Le ton est vite donné. Après avoir pris Temple à part, la femme lui fait vivement comprendre que cet endroit et ces gens ne sont pas faits pour elle, qu’elle ferait mieux de déguerpir au plus vite. Effectivement, à côté, la situation dégénère rapidement. L’alcool aidant, Gowan se bat avec un des hommes et se fait assommer, laissant Temple seule face à ces pervers. Enivrés par le whisky et ses charmes, ils commencent à la lorgner, la poursuivre,l’obligeant à se terrer dans la grange où elle passera la nuit aux milieux des rats. Le lendemain, Temple croit être sortie d’affaire, tous semblent partis. Mais après avoir tué Tommy qui se trouvait sur son passage, Popeye, le plus ignoble d’entre eux, la retrouve.


Pour résoudre l’affaire du meurtre de Tommy, la police ne va pas chercher bien loin. Goodwin, le propriétaire de la ferme où le crime a eu lieu, est un Noir, ancien repris de justice, l’affaire est classée. Sa femme demande alors à un avocat de la ville, Horace Benbow,de le défendre. Après avoir pris connaissance des circonstances du crime, l’avocat comprend qu’il est nécessaire de retrouver Temple avant la partie adverse et d’obtenir son témoignage.
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Dans Sanctuaire, écrit en 1931, deux ans après la parution de Moisson Rouge de Dashiell Hammett, William Faulkner, nous livre à son tour, dans ce qui s’apparente à un roman noir, sa vision du monde, de la corruption et du vice des hommes. Chacun des personnages rivalise de bassesse. Seul l’avocat, sorte de détective, semble épargné. Temple, elle-même, présentée dès le départ comme un ilot de pureté, certes corruptible, finit par devenir un personnage méprisable. Même lorsque des échappatoires semblent se dessiner, tous sont écrasés sous le poids de la fatalité, de la société et destinés à connaître une fin tragique. La tragédie grecque vient ici soutenir le roman noir pour en révéler la force de dénonciation et nous proposer une vision de l’autre Amérique celle de Dos Passos, un autre des contemporains de Faulkner, une Amérique décrite par une écriture à son image, à la fois rude et chaotique, où seule la violence des individus rivalise avec celle de la société.


Benjamin, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

William FAULKNER sur LITTEXPRESS

 

 

William Faulkner Lumiere d aout

 

 

 

 

 

 

 

Article de Florent sur Lumière d'août 


 

 

 

 

 

 

Faulkner le caid 

 

 

 

 

 

 

Fiche d'Angélique sur Le Caïd et autres nouvelles.


 

 

 

 

 

 

 

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 07:00

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William FAULKNER
Lumière d'août,

Light in August,  

1932

Gallimard, 1935

Traduction de

Maurice-Edgar Coindreau

rééd. Folio mai 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est de ces romans et de ces auteurs qui fascinent, impressionnent et intimident. De ces titres qui longtemps trainent sur la table de chevet sans pour autant voir le Moment idéal de lecture, le temps à prendre ou l'envie se profiler.

Chaleur étouffante, moiteur, gueule de bois ou perte de repère... si je devais expliquer pourquoi, comment ma main a ramassé ce titre je ne saurais par où commencer.

Déjà la photographie de Dorothea Lange, qui sublima si bien ces « middle class » américaine, pauvres, folles et consanguines. Puis ce titre, Lumière d'août, aguicheur, mystérieux et qui renferme comme un espoir. Enfin l'auteur, Faulkner, qui par sa seule évocation rappelle le Sud des États-Unis,  moite, raciste, baroque, mythique et mystique.

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Les premières pages filent...le décor se plante. Une femme, enceinte et presque à terme, attend sur le bord de la route. Désespoir inavoué en filigrane pour Lena Grove qu'un beau parleur a mise enceinte avant de prendre la route et de changer d'identité.

Faulknver-reviens.jpgUne ville, Jefferson, avec tous les fléaux propres aux petites villes recluses que l'on peut s'imaginer... alcool, brutalité, marché noir, racisme, exclusion et éternelle peur du Yankee (l'étranger, par définition l'autre).

Puis des personnages qui se greffent et autour desquels la narration s'attarde. Tout d'abord ce Lucas Burch qui, fuyant Lena, a pris pour nom Joe Brown. Arrivant en ville, il trouve du travail à la scierie et se lie d'amitié avec Joe Christmas.

Ce dernier, travaillant depuis trois ans à la scierie, habite une petite case dans le jardin de Miss Burden, une vieille fille blanche (dans ce récit, roman, contexte, pays, la question de la couleur est centrale). Très vite, Lucas s'installe avec lui et découvre que Joe Christmas est l'amant de Miss Burden. Nymphomanie côtoyant fausse pudeur et fond de puritanisme... chaleur aidant, le récit s'engouffre dans des moiteurs malsaines.

Et c'est autour de Joe Christmas que tout se cristallise.

Enfant abandonné, recueilli par un orphelinat pour blancs, puis par une famille puritaine où à la foi sans borne se heurte une véritable haine de la chair et de l'érotisme, le narrateur dresse le portrait d'un destin brisé, taché depuis sa naissance par un soupçon de sang noir

Le parcours de l'homme s'apparente à la traversée d'un corridor sans fin, la fatalité écrasant toute possibilité de tenter quoi que ce soit pour échapper au point culminant du roman : le meurtre de Miss Burden par Joe Christmas, le meurtre d'une femme blanche par un homme au sang noir (bien qu'aucun aspect physique ne le trahisse véritablement). S'ensuivront chasse à l'homme, violence, assassinat et castration...
   
L'épaisseur psychologique est telle, que la lecture nous convie à plonger dans les profondeurs de l'âme humaine, de sa plus crasse noirceur au désespoir éreintant de l'être que toutes et tous ont délaissé. La narration s'attarde sur chacune des entités qui interviennent, et sur chacune des intrigues de second plan, tant et si bien que seul le terme épaisseur peut convenir à cette fresque sauvage. Le titre et l'imagination aidant, des images claires-obscures ne tardent pas à venir à l'esprit, images déformées, sales et moribondes (pour comprendre cette sensation, se reporter aux illustrations de J.L. Navette).

L'écriture de Faulkner est en conséquence des thèmes abordés. Froide, fatale, et surdéveloppée. Pour cet Faulkner-marieantoinette-1.jpgauteur, si l'on ne perçoit que le présent, tous les plans temporels coexistent. Ainsi pour répondre à l'acte sanguinaire et bestial, la narration aborde autant le passé de Christmas (depuis la naissance de sa mère, en passant par ses grands-parents) que son futur (la chasse et sa castration).

L'œuvre saisit, puissante, le lecteur à la manière d'un bourbier où chacune des vaines tentatives que l'on pourrait faire pour s'échapper, ne ferait que nous plonger plus profondément vers une fin certaine. Peut-être difficile à lire, ce roman de Faulkner est le premier que mon esprit a réussi à appréhender dans son entier, fasciné et envoûté par ce Sud baroque et mythologique d'un pays construit dans le sang. Cependant, à aucun moment le roman ne tombe dans le manichéïsme. À l'image de Joe Christmas, blanc « souillé » de noir, le récit est sans cesse sur le fil, objectif, oscillant entre affirmations et doutes (nombreuses modalisations et « peut-être » parsemant cette prose en témoignent), et dont la force serait celle d'une vague, enflant au fil des pages et écrasant un lecteur du poids de la fatalité de destin qui n'avait pas à être, mais qui n'aurait pas pu ne pas être. S'y inscrit toute l'Amérique mythique et mystique (mots chantants mais non dépourvus de sens), vue à travers le prisme des nombreux personnages et de la narration (sans cesse faite du point de vue interne, malgré les doutes).


Quelques mots, parfois touchant à la semi-maxime, désespérés qui brillent tels de noirs éclats à la surface de ce drame :

 

 bonnes ou mauvaises, les femmes n'ont jamais souffert d'une brute autant que les hommes ont souffert des femmes les meilleures

 le sang paternel hait, plein d'amour et d'orgueil, tandis que le sang maternel, plein de haine, aime et cohabite

 

 Puis son visage, son corps, semblèrent s'effondrer, se ramasser et, des vêtements lacérés autour des hanches et des reins, le flot comprimé de sang noir jaillit comme un soupir brusquement expiré. Le sang parut jaillir de son corps pâle comme jaillissent les étincelle d'une fusée ascendante et, de cette noire explosion, l'homme sembla s'élever et flotter à jamais dans leur mémoire  (scène de la mort suivant la castration de Christmas).

 

 

 

Florent, A.S. Éd.-Lib.

 


 

William FAULKNER sur LITTEXPRESS

 

Faulkner le caid

 

  

 

 

 

 

 

 

Fiche d'Angélique sur Le Caïd et autres nouvelles.


 

 

 

 


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