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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 07:00

Jay McInerney Glamour-attitude 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jay McINERNEY
Glamour attitude
Titre original
Model Behaviour
Traduit de l'américain
par Jean-Pierre Carasso,

Jacqueline Huet
Éd. de l’Olivier, 1999
Éd. du Seuil, 2000

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Jay McInerney est né en 1955 à Hatford, dans le Connecticut. Il a passé son enfance dans une douzaine de  pays différents à cause des déplacements professionnels de son père qui était cadre. Il s’installe à New York en 1980 où il travaille comme correcteur au magazine The New Yorker. Lorsqu’il est renvoyé, il part étudier l’écriture à l’université Syracuse de New York où il étudiera avec Raymond Carver. Il écrit en 1984 son premier roman, Journal d’un oiseau de nuit, dont le personnage principal exerce le métier de correcteur. Cette œuvre a même été adaptée au cinéma. La plupart des médias ont qualifié cette œuvre d’autobiographie déguisée, ce qui va le suivre longtemps. Durant cette période, il rejoint un groupe littéraire, le « Brat Pack » où l’on retrouve notamment Bret Easton Ellis. Il impose rapidement sa marque de fabrique : un ton grinçant et désabusé. Il écrira d’autres œuvres comme Trente ans et des poussières, La Belle vie ou celle-ci, Glamour attitude, qui a été publiée en 1999.

 

 

Personnages

Dans ce roman, il y a beaucoup de personnages mais la plupart sont secondaires. Voici les principaux :

– Connor McKnight, le narrateur. Il ne se présente qu’à la page 33. Il a 32 ans et son travail consiste à écrire des articles sur les stars dans un magazine féminin qui s’intitule CiaoBella ! Cette activité ne le passionne pas vraiment : « Ce job a un nom : ça paiera toujours le loyer en attendant que j’écrive mon scénario ... » ; il parlera de ce scénario quelquefois dans l’histoire. Il n’a vraiment pas d’estime pour ce journal et ajoute même :  

 

« notre  politique rédactionnelle, c’est bien de tenter de convaincre les jeunes femmes de s’obnubiler sur leur apparence et leur poids tout en dépensant des milliers de dollars pour acheter les vêtements fabriqués par nos annonceurs ».

 

Il a passé sept ans au Japon à étudier la littérature japonaise. C’est là qu’il a rencontré sa petite amie.

 

– Philomena Briggs, elle a 27 ans mais prétend en avoir 25. Elle est  modèle et désire devenir actrice. Connor est très amoureux d’elle mais ne le lui montre pas vraiment.

 

– Brooke, la grande sœur de Connor. Elle est anorexique, dépressive et ne sort pas de chez elle. Elle n’aime pas beaucoup Philomena et c’est réciproque.

 

– Doug Halliwell, le copain de Brooke. Il est docteur et Connor le déteste, il le surnomme même « Doudingue ».

 

– Jeremy Green, un ami de Connor, célèbre auteur de nouvelles. Il est assez torturé, souvent déprimé, et très sensible aux critiques. Il s’inspire souvent de sa vie pour écrire ses nouvelles. Il est malheureux en partie à cause de son chien Sean qu’il a donné mais il s’est vite rendu compte que c’était une erreur et il essaie maintenant en vain de le récupérer.

 

Il y a d’autres personnages, qui sont moins importants mais que l’on peut quand même citer :

  Chip Ralston, un célèbre acteur que Connor doit interviewer pour son magazine, mais il a beaucoup de mal à obtenir un rendez-vous avec lui.

 
– Jennifer Rodriguez, une fan de Connor qui lui envoie de nombreux mails.

 

 

Résumé

Dans cette œuvre, une histoire principale nous est présentée, et en parallèle, il y a celles des autres personnages. L’histoire principale est celle de Connor et Philomena dont voici un résumé :

 

L’histoire se passe en 1996. Connor et Philomena vivent ensemble dans un appartement, dans le West Village qui est situé dans le quartier de Manhattan, à New York. Ils sont ensemble depuis trois ans. Philomena est d’humeur assez changeante, et semble assez triste en ce moment. Elle part à San Francisco pour un tournage et manque beaucoup à Connor ; il attend impatiemment qu’elle l’appelle, ce qu’elle ne fait pas. Connor décide alors d’appeler son agence pour demander dans quel hôtel elle loge. Malheureusement, on lui répond que Philomena n’est pas à San Francisco et qu’elle leur a annoncé qu’elle prenait des vacances pendant une semaine. Forcément, il s’inquiète et finit par avoir enfin de ses nouvelles ; elle a laissé un message sur le répondeur où elle dit qu’en fait elle était à Santa Barbara chez le réalisateur et qu’elle doit maintenant aller à Los Angeles. Évidemment, Connor n’y croit pas et soupçonne vraiment Philomena de le tromper.

Il pense à joindre ses amies pour voir si elles en savent plus que lui, mais il se souvient rapidement que Philomena n’en avait aucune et se rappelle ce que Brooke, sa sœur, lui a un jour dit : « Méfie-toi de la femme qui n’aime pas les autres femmes : c’est probablement qu’elle généralise à partir de son propre caractère ». Connor décide alors de fouiller l’appartement et découvre que le diaphragme de Philomena est introuvable, elle l’a emporté. Il est donc maintenant persuadé qu’elle le trompe.

Connor ne se morfond pas seul chez lui, il va souvent voir sa sœur, son ami Jeremy et a également régulièrement des dîners avec des personnes assez célèbres ; il dit même : «  comporte-toi avec autrui comme s’il était sur le point de devenir incroyablement célèbre. » Mais il pense tout de même énormément à Philomena, il attend toujours qu’elle l’appelle.

 Au bout de quelque temps, il n’a toujours pas de nouvelles de Philomena et reçoit une lettre qui est destinée à cette dernière. Il l’ouvre et voit que c’est une lettre de menace. Inquiet, il appelle la bookeuse de Philomena pour pouvoir la prévenir mais cette dernière ne veut pas la lui transmettre. Connor est très malheureux, il se demande ce qu’il a fait de mal pour que Philomena le trompe et trouve de nombreuses raisons, comme par exemple le fait qu’il ne lui a pas assez montré qu’il l’aimait ou bien qu’il ne l’a jamais demandée en mariage.

 

Analyse

Le récit est souvent ponctué de flash back, c’est-à-dire que Connor se rappelle des moments passés quelques années auparavant. Il raconte ses pensées, parfois même les rêves qu’il a faits. On peut également régulièrement lire les mails que sa fan, Jennifer,  lui envoie ; elle le harcèle ; elle lui a envoyé une photo d’elle nue, pour lui prouver, je cite, qu’elle « n’est pas un boudin » ; elle lui donne même un rendez-vous, auquel il ne se rend pas, ce qui l’énerve beaucoup ...

Cette œuvre dresse un portrait satirique du monde de la célébrité où l’apparence prime et où le but principal semble d’être célèbre ; certains feraient n’importe quoi pour un peu de gloire. Il parle de ce culte de l’apparence à la page 31 où il dit :

« dans l’antiquité, on se le rappellera peut-être, des blocs de marbre étaient arrachés aux alentours de Carrare pour être taillés et polis à l’image des divinités ; aujourd’hui, c’est dans la chair vive que la main du chirurgien et de l’entraîneur personnel sculpte des formes de déesse ».

Sexe, argent, célébrité et pouvoir sont les quatre moteurs de ce monde que le narrateur observe avec un certain mépris. En effet, il est très ironique, voire sarcastique.  On se rend vite compte que derrière les paillettes, il n’y a pas grand-chose et qu’en général les célébrités sont malheureuses malgré la beauté, la richesse et la gloire. On peut prendre l’exemple du personnage de Jeremy Green, qui est un célèbre auteur très convoité mais qui est vraiment tourmenté : lorsqu’il reçoit de mauvaises critiques, il est complètement anéanti. Tout comme Philomena, pourtant très belle, qui se déteste : « quand Philomena se regarde dans le miroir, elle voit une créature grasse et sans attraits ».

 Il y a même des références à de vraies célébrités : Demi Moore et Brad Pitt sont cités par exemple.

Le style de l’auteur est assez simple mais le roman est vraiment bien écrit ; le langage utilisé dans les dialogues est relativement familier.

 Il y a quelque chose d’original dans cette œuvre, c’est qu’il n’y a pas de chapitres à proprement parler ; c’est plutôt une succession de paragraphes plus ou moins longs qui ont chacun un titre.

Le narrateur ne parle pas toujours à la même personne mais, en général, à la première personne du singulier ; il lui arrive cependantde changer d’un paragraphe à l’autre, c’est-à-dire qu’il se met à parler à la troisième personne, ce qui est assez déconcertant au début. Il lui arrive même de se parler à lui-même, il emploie donc la deuxième personne du singulier.

 

Avis personnel

 J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est vraiment comique, j’ai ri assez souvent. Il y a des scènes très loufoques comme celle où Jeremy, végétarien, se met à invectiver les clients d’un restaurant qui mangent de la viande, ou encore celle où le père de Connor, très énervé, ouvre sa braguette au restaurant. Je conseille vivement ce livre, qui est vraiment distrayant et qu, malgré son ton léger, dénonce ce monde où tout est faux. Il nous fait réfléchir sur notre société où l'apparence est reine et où les célébrités sont traitées comme des divinités.

 
Marjolaine, 1ère année Bib.

 

 


 

Jay McINERNEY sur LITTEXPRESS

 

Jay McInerney Glamour-attitude

 

 

 

 

 

 

  

 

Article d'Elodie sur Glamour attitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mcinerney la belle vie couv

 

 

 

 

Article de Pauline sur La Belle Vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 07:00

Yan-Lianke-Bons-baisers-de-Lenine.gif

 

 

 

 

 


YAN Lianke
Bons baisers de Lénine
Titre original
La Joie de vivre
traduit du chinois
par Sylvie Gentil
Éditions Philippe Picquier, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

yanlianke.jpgQUI ?

Yan Lianke est un des auteurs chinois les plus connus et aussi les plus censurés. Né en 1958 dans la province rurale et montagneuse du Henan, il s'engage en 1979 dans l'Armée Populaire de Libération et en devient l'écrivain officiel. Il est « contraint » d'en démissionner en 2004 (ce sera plutôt une libération...) notamment en raison de ses textes érotiques et critiques à l'égard de la société chinoise.

Entre texte engagé et satire humoristique, la majeure partie de son œuvre est clandestine dans son pays. Tant par le fond que par la forme, ses écrits sont considérés comme expérimentaux et ont reçu de nombreuses et prestigieuses récompenses littéraires.

Bons baisers de Lénine, écrit en 2004 et publié à Taïwan, est qualifié par Yan Lianke lui-même comme son meilleur roman (« Pour moi, c'est mon meilleur roman, un drame noir mais avec beaucoup d'humour, sexuellement débridé, joyeux, heureux... une réflexion profonde sur la société chinoise »). En Chine, il a pourtant été critiqué comme « Anti Etat, anti Régime, anti utopies, anti révolutionnaire, mais également pro révolutionnaire et même anti humanité ».



QUOI ?

Résumons de la manière la plus simple et la plus brève possible : un nouveau chef de district, Liu Yingque,  arrive dans la province du Henan avec la volonté de racheter aux Soviétiques la dépouille de Lénine pour l'exposer dans un mausolée et donc pour transformer en lieu touristique incontournable la province coupée du reste du monde et surtout pour devenir une personnalité reconnue et vénérée. Mais la momie coûte extrêmement cher et les subventions ne suffisent pas, le chef de district convainc donc les habitants du village perdu de Benaise de monter une troupe de cirque et de donner des représentations à travers toute la Chine – Benaise étant un village quelque peu particulier : « depuis sa fondation (…) [le village] n'avait jamais été peuplé que d'aveugles, de boiteux et de sourds-muets. (…) Les infirmes y affluaient du monde extérieur, les gens complets en partaient. ».

Voilà, ça, c'est globalement l'histoire mais l'auteur ne s'arrête pas là ; par d'incessants va-et-vient entre passé et présent il nous retrace l'histoire des personnages clés – le chef de district d'origine modeste, tyran profiteur et sans illusions, la doyenne du village Mao Zhi ancienne révolutionnaire déçue – et dresse par la même occasion un tableau historique de la Chine. Les chapitres narratifs s'entrelacent aux chapitres composés de notes, de définitions, de néologismes, d'apports historiques  (comme toutes les structures éclatées, un peu frustrant mais indispensable à la bonne compréhension de l'histoire).

carte-chine.jpg

QUOI (2) ?

Bien sûr, le thème qu'on fera ressortir en premier lieu, c'est le paradoxe chinois communisme/capitalisme. On voit bien que le but du chef de district est, comme la volonté des villageois, de faire du profit en s'ouvrant au reste du monde et au tourisme mais on voit aussi qu'au sein du village tout est commun : la propriété privée n'existe pas. De plus, l'histoire de Mao Zhi nous raconte l'arrivée du communisme, l'espoir et la force des débuts puis ses failles, ses limites et la rupture des villageois avec le modèle et l'idéologie.

De même, le combat tradition-mondialisation est perceptible : le village veut se moderniser et s'ouvrir au reste du monde mais les croyances, traditions et superstitions demeurent vivaces.

Plus marquant encore selon moi, on voit dans ce livre comment une population peut s'unir rapidement grâce à un projet commun et se séparer tout aussi vite à cause de la cupidité et de la méfiance de l'homme. Pour les habitants de Benaise, le projet fou de Liu Yingque apporte l'espoir et le fantasme après la rupture avec l'idéologie communiste. Il apporte également la reconnaissance de la Chine toute entière pour une minorité peu ou pas considérée voire carrément écrasée par le gouvernement (on peut rapprocher l'aventure des villageois de la lutte des minorités rabaissées par le gouvernement chinois ; pour ne donner qu'un exemple, les Tibétains) : ce sont quand même les éclopés de la Chine toute entière qui vont permettre à Liu Yingque de s'enrichir et de prospérer !

Cette réflexion sur la différence, bien que plutôt implicite, nous accompagne tout au long de la lecture.


Enfin, beaucoup de thèmes plus universels mais quand même sources de méditation sont abordés : la quête effrénée du bonheur, de la richesse, l'espoir, la désillusion...

Bref « cette épopée burlesque », peut être considérée comme une allégorie de la condition chinoise moderne. Ou comme une sorte de conte (conte de 550 p., certes...) qui reprend le modèle des contes chinois traditionnels. Ou encore comme une fable satirique, politique et historique.



C'est COMMENT ?

Génial ! A la fois, drôle et cruel, fou et dépaysant, c'est surtout pas mal instructif (vous apprendrez ce que veulent dire : montruche, benaise, jelaudé, bessoun... et vous trouverez des infos sur Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao), ça donne à réfléchir et c'est pas difficile à lire. L'alternance de passages explicatifs (en italique) et narratifs donne du rythme au récit. Grâce aux incessants retournements de situation et aux enchaînements de péripéties toujours plus loufoques, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Enfin, lisez ce livre, quoi, c'est un petit bijou !


« Le fusil a retenti, les nuages se sont dispersés, le soleil s'est levé ».

 

 

 

 

Deux lien utiles (interviews de l'auteur)

 

http://www.magazine-litteraire.com/content/Homepage/article.html?id=15239

 

http://www.rue89.com/hors-jeux/2008/08/24/linterview-yan-lianke-pas-de-pensee-independante-en-chine

 

 

 

N., 2e année Bib.-méd.

 

 


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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 07:00

Dashiell-Hammett-Le-Faucon-de-Malte.gif




 

 

 

 

 

 

Dashiell HAMMETT
Le Faucon de Malte
traduit de l'américain
par Henri Robillot
Gallimard
Folio policier, 1999




 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Dashiellhammett.jpgDashiell Hammett est né en 1894 à Baltimore et mort en 1961 à New York. Il fait différents petits boulots et devient pendant six ans détective privé à l'agence Pinkerton, où il va voir beaucoup de meurtres et la corruption qui règne dans ce milieu ; il démissionne quelque temps plus tard. C'est à partir de son expérience qu'il écrit des romans noirs.

On dit que de lui qu'il est l'inventeur de la hard boiled school (école des durs à cuire) ; les personnages sont souvent violents et dénués de sensibilité dans ses romans. Il est publié en 1945 dans la collection "Série noire" de Gallimard.

Au début des années 1920, il a une écriture sèche et visuelle ; c'est une révolution dans le roman noir ; les notions de bien et de mal n'ont plus vraiment de sens. Il sera publié dans le pulp Black Mask. Dans son premier roman, La Moisson rouge, le héros n’a pas de nom. Rupture avec les détectives classiques, les siens sont violents et ce sont des anti-héros.



Résumé

Au cœur des années 20, Sam Spade et son associé Miles Archer sont détectives privés ; un jour, Brigid Wonderly, une cliente, fait appel à eux pour retrouver sa sœur enlevée par Floyd Thursby. Miles va suivre le suspect et le soir même, les deux hommes sont assassinés. Sam va essayer de retrouver Brigid pour lui demander des explications ; or elle lui dévoile sa véritable identité : O'Shaughnessy. Elle a peur et ne veut rien lui révéler de l'affaire. Il rentre chez lui en promettant de l'aider. À son bureau, un homme, Joel Cairo, l'attend. Il dit chercher une statuette, un faucon, et menace Sam avec un revolver.



Avis
 faucon.JPG
Le roman est publié en 1930 aux Etats-Unis et en 1936 pour la traduction française.


L'auteur utilise une écriture sèche et très visuelle ; on a vraiment l'impression de voir un film plutôt que de lire un livre. Les descriptions aident à cette impression, elles ne sont là que pour éclairer le lecteur ; il y en a peu dans le livre, elles sont utiles. L'auteur a un langage assez familier, la compréhension est donc facile, tout le monde peut le lire.

Ce que j'ai vraiment apprécié dans ce livre c'est qu'on entre dans l'action ; dès la première page on y est plongé ; les phrases sont en général courtes pour faire monter le suspense. Un autre aspect intéressant est que le "héros" Sam Spade ne ressemble pas à Hercule Poirot ; il est toujours à la limite de la légalité. Il fume énormément et on trouve vraiment dans ce livre l’anti-héros caractéristique du hard-boiled. Il n'y a jamais de description des pensées des personnages, ni de leurs sentiments ; c'est aussi une caractéristique du hard-boiled, les personnages sont souvent durs,  dans ce roman.

Je suis agréablement surprise par Le faucon de Malte qui m'a fait découvrir un autre aspect du roman policier. Si je devais le décrire en quelques mots, je dirais que c'est un roman facile à lire où les personnages n'ont pas les caractéristiques du récit policier traditionnel et que nous sommes plongés rapidement dans une enquête qui va nous tenir en haleine jusqu'à la fin.

 

 

Chloé, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

Dashiell Hammett sur Littexpress

 

HAMMETT moisson rouge couv

 

 

 

 

 

 Article de Thomas sur Moisson rouge.

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell-Hammett-la-cle-de-verre.gif






Article de Lucie sur La Clé de verre.


 

 

 

 

 

 

 






 

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Published by Chloé - dans polar - thriller
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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 07:00

Pascal-Quignard-Medea.JPG

 

 

 

Pascal QUIGNARD
Medea
éditions Ritournelles
diffusion Le Bleu du ciel
6 €, en vente
dans toutes les bonnes librairies
ou chez le diffuseur
bleuduciel@wanadoo.fr

 

 

 

« Pourquoi les femmes ont-elles des enfants ? Pour qu'ils les vengent. »

 

 

 

 

Pascal Quignard nous livre sa propre version de Médée, inspirée de la tragédie d'Euripide et de deux des fresques représentant l'héroïne au musée archéologique national de Naples, la principale étant celle où elle se tient, le glaive à la main, prête à commettre le meurtre de ses enfants.

Comme la majorité des textes de Pascal Quignard, Medea mêle érudition, réflexion et témoignage. L'auteur reprend les principaux épisodes de la tragédie de Médée tout en entraînant le lecteur dans les ténèbres de sa propre histoire.  Qui est cette femme, dont je tombe ? La force d'évocation de ce vers, nœud du livre, révèle le pouvoir des mots quand ils sont animés par la pensée d'un grand écrivain. À travers ce conte mythologique, solaire et d'une densité exceptionnelle, Pascal Quignard renoue avec les plus belles pages du premier volume du Dernier royaume : Les Ombres errantes.

 Medea-IKEDA.jpg

Résumé

Médée tue son frère par amour pour Jason. Lorsque celui-ci la répudie, elle enflamme sa rivale grâce à une robe et des onguents préparés par ses soins, provoque la ruine du royaume de Corinthe  et tue d'une épée les enfants qu'elle avait eus de Jason.

 

L'auteur s'évertue à montrer l'humanité des sentiments de haine et d'amour de cette figure et àl'opposer à l'inhumanité de ses actes. Médée est la figure féminine complète : à la fois femme, mère et sœur ; Quignard nous fait part de son incompréhension vis-à-vis des femmes et du déchaînement dont il les sent capables.

 

Ce texte a été écrit  à la suite d'une résidence avec l'artiste Carlotta Ikeda célèbre danseuse de butô. Il était à l'origine lu à haute voix durant la représentation de Carlotta qui partage avec lui des thèmes récurents tels l'effroi, la mort, la danse des ténèbres.

 

Joué le 27 novembre 2010 lors du festival Ritournelles à Bordeaux c'est naturellement que Pascal Quignard a cédé ce texte à la maison d'éditions associée à l’organisation de l'événement.


Clément, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Pascal QUIGNARD sur LITTEXPRESS

 

 

pascal-quignard-villa-amalia.gif

 

 

 

 

 

Article de Margaux sur Villa Amalia

 

 

 

 

 



article d'Elise sur Triomphe du temps















Article de Lise sur Petits Traités


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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 07:00

Ueda-Akinari-Contes-de-pluie-et-de-lune.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Ueda Akinari
Contes de pluie et de lune

Titre original

Ugetsu Monogatari

traduit, présenté et annoté

par René Sieffert
Éditions Gallimard
Collection Connaissance de l’orient, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brève présentation de l’auteur

Ueda Akinari est né en 1734 dans un quartier de plaisir. Sa mère l’abandonne alors qu’il a quatre ans, mais un marchand le trouve et, n’ayant qu’une fille, décide de l’adopter afin de faire de lui son héritier. Son père adoptif, marchand de papier et d’huile, décide de lui apprendre à lire et écrire. Peu de temps après son adoption il contracte malheureusement la variole qui lui laissera des séquelles : plusieurs doigts paralysés qui laisseront penser pendant longtemps qu’Akinari sera incapable de tenir un pinceau. Grâce à des efforts acharnés, il parvient à écrire, mais n’aura pas une belle calligraphie.

À la mort de son père, il reprend le travail de celui-ci et devient à son tour marchand. Mais n’étant pas très doué dans ce domaine, il préfère écrire en dehors de son travail des haikai (courts poèmes de trois vers) et des Ukiyo-Zôshi (« récits du monde flottant », genre considéré comme frivole, voire grossier à cette époque, mais très apprécié également), qui le rendront célèbre.

Lorsque sa maison brûle, il décide d’arrêter la profession de marchand et dédie tout son temps à l’écriture. Il publiera en 1776 l’Ugetsu-Monogatari (Les Contes de pluie et de lune), qu’il aura mis huit ans à écrire. Il écrira également le Harusame-Monogatari (Les Contes des pluies de printemps), qui ne seront pas terminés avant sa mort en 1809 à Kyôto (capitale du Japon à cette époque).



Les contes

Contes de pluie et de lune est un recueil de neuf contes, dont certains sont inspirés de contes chinois. Ils traitent tous de fantômes qui apparaissent devant les humains et des différentes formes qu’ils empruntent. Le recueil est ainsi nommé car, selon les superstitions japonaises de cette époque, on avait de fortes chances d’apercevoir un fantôme dès la tombée de la nuit lorsque le ciel était pluvieux.

« Shiramine »
« Le rendez-vous aux chrysanthèmes »
« La maison des roseaux »
« Carpes telles qu’en songes … »
« Buppôsô »
« Le chaudron de Kibitsu »
« L’impure passion d’un serpent »
« Le capuchon bleu »
« Controverse sur la misère et la fortune »

Tous ces contes mettent en scène des fantômes et sont racontés avec beaucoup de détails et de références historiques sur le Japon. Même les contes inspirés de la Chine reprennent un peu l’histoire du Japon et des grands personnages qui ont marqué leur époque. Dans chaque conte, on retrouve toujours tout d’abord une description de l’environnement dans lequel évolue le personnage, l’époque et les noms (souvent proches de ceux de personnages historiques ou de leur surnom), puis une description du paysage. Dans « Shiramine » on est directement plongé dans une description du paysage d’Ôsaka et de ses environs.

On y trouve toutes sortes de fantômes, des esprits des montagnes, des femmes-serpents, des hommes-poissons, des esprits de l’or, ou encore les esprits des défunts. On ne retrouve pas l’esprit-renard dans ce recueil car Akinari a toujours respecté le dieu renard Inari à qui il dédié sa guérison de la variole.



Mon impression

J’ai beaucoup aimé ce recueil ; les contes sont distrayants et pleins de références historiques pour ceux qui aiment le Japon. Cependant, si on veut les lire non pour se détendre mais pour le côté historique, on peut s’y perdre (surtout dans les noms) car les références sont nombreuses et complexes ; elles appartiennent généralement à une période très précise d’une année ou deux. Cependant, les commentaires des contes et les notes à la fin du livre permettent une compréhension relativement rapide des différentes histoires, tout comme l’introduction du traducteur qui replace le livre dans son contexte historique.


Laureline, 2e année Éd.-Lib.


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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 07:00

Tierno-Monenembo-L-Aine-des-orphelins.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tierno MONÉNEMBO
L'aîné des orphelins
éditions du Seuil, 2000
Points, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Tierno Monénembo est né en 1947 à Porédaka en Guinée. Son vrai nom est Thierno Saidou Dizllo. En 1969, il quitte la Guinée pour échapper à la dictature d'Ahmed Sékou Touré et se réfugie au Sénégal.

Fils de fonctionnaire, il part en Côte d'Ivoire pour ses études et les continuera en France à partir de 1973. Titulaire d'un doctorat, il part enseigner dans des pays comme le Maroc ou l'Algérie. En plus d'être professeur, il est aussi écrivain qui et publie régulièrement depuis ses débuts : environ une dizaine d’ouvrages, parmi lesquels Les Écailles du ciel (Seuil, 1986) qui a reçu le Grand Prix de l'Afrique Noire, Cinéma (Seuil, 1997), L'aîné des orphelins (Seuil, 2000) ou encore Le Roi de Kahel (Seuil, 2008), prix Renaudot.

Il  a aussi participé, entre autres, à l'animation de la ville d'Agen (Lot-et-Garonne) Black Africa Mix, qui s'est déroulée pendant toute l'année 2010.



Retour sur le génocide rwandais

Ce génocide a eu lieu du 6 avril au 4 juillet 1994 au Rwanda. Il s'inscrit dans une guerre civile opposant le gouvernement rwandais de l'époque au FPR (Front Patriotique Rwandais) accusé d'être Tutsi. Les Rwandais exilés appartenant au mouvement du FPR avaient décidé de revenir au Rwanda dans le but de reprendre le pouvoir par les armes. Les autorités rwandaises contre-attaquèrent notamment par le génocide en tuant quasiment tous les Tutsis à l'intérieur du territoire. Le FPR a cependant gagné militairement. Pendant ces trois mois de génocide, 800 000 Tutsis trouveront la mort ainsi que les Hutus qui n'ont pas soutenu les autorités rwandaises de l'époque, considérés comme des traîtres.

Séparation Hutus/Tutsis

Lors de la colonisation européenne du continent africain, le Rwanda fut attribué à la Belgique. Les colonisateurs belges croient percevoir une supériorité intellectuelle des Tutsis sur les Hutus. Les Tutsis ont donc accès à l'administration, aux études et à la gouvernance alors que les Hutus exercent des activités subalternes, soumis à l'autorité belge et tutsi. Il y a donc eu une fracture du peuple rwandais  provoquée par les Européens, fracture qui est allée jusqu'à la mise en place de cartes d'identité ethniques, ceci dès le début de la colonisation et jusqu'à la guerre civile de 1994.



L'aîné des orphelins

Ce livre raconte l'histoire d'un adolescent, Faustin Nsenghimana, quinze ans, condamné à mort pour meurtre. Le récit se passe en 1999, cinq ans après le génocide. Faustin est en prison depuis trois ans et c'est le narrateur (récit raconté à la première personne).



Le devoir de mémoire, dire l'indicible

« Ce roman s'inscrit dans le cadre de l'opération "Écrire par devoir de mémoire", conçue par l'Association Médias d'Afrique et soutenue par la Fondation de France ». Comme neuf autres écrivains, Tierno Monénembo s'est rendu au Rwanda pendant deux mois. Cette opération consistait à écrire des romans sur le génocide rwandais dans une optique de devoir de mémoire mais aussi pour aider le peuple rwandais dans son deuil. Ces dix écrivains ont fourni un véritable travail de recherche en recueillant des témoignages de survivants, de personnes ayant participé au massacre, de membres d'ONG et d'orphelins du génocide pour pouvoir écrire leurs livres. En cela, L'aîné des orphelins participe totalement au devoir de mémoire, au témoignage qui s'établit à travers la fiction, les personnages étant fictifs même s'ils évoluent dans un cadre historique réel.

Nous avons aussi le point de vue d'un adolescent qui nous raconte ses souvenirs personnels à cette époque. Il ne s'agit donc pas de tenter de donner une explication au génocide. Ici, les enfants sont plus victimes qu'acteurs de la situation. Ils sont témoins des événements et cela donne une grande authenticité au récit dans le cadre du devoir de mémoire et de témoignage.

De plus, avec le travail de recherche effectué en amont, Tierno Monénembo réussit à dire l'indicible, à le rendre public, ceci avec une simplicité parfois déconcertante.



L'enfant adulte

À travers des personnalités paradoxales, particulièrement chez Faustin, les jeunes personnages de cette histoire peuvent être perçus comme des enfants adultes ; la frontière entre le monde de l'enfance et celui de l'âge adulte semble très mince. En effet, Faustin emploie des mots comme avènements pour « événements », pédrophiles pour « pédophiles » ou encore la Hirlandaise au lieu de « l'Irlandaise » pour nommer un autre personnage féminin. On retrouve cela chez beaucoup d'enfants. On pourra noter la subtilité de l'auteur qui choisit avènements pour « événements », le premier mot, par son sens, étant lié au contexte de cette époque au Rwanda.

De plus, dans l'expression de Faustin, cynisme et simplicité se mélangent, l'un signifiant la rébellion du jeune garçon contre le monde des adultes et ce qu'ils ont provoqué, l'autre reflétant une certaine naïveté, autre caractéristique que l'on trouve chez les enfants.

Paradoxalement, Faustin est une victime du génocide et un orphelin qui a grandi trop vite et qui, comme les autres jeunes, doit se débrouiller tout seul. Au QG, les orphelins vivent en communauté et reproduisent le modèle hiérarchique des adulte.

Ce qui rapproche aussi Faustin de l'âge adulte est la sexualité, très présente dans le récit et qui semble inéluctablement liée à la situation de crise et de reconstruction du pays après la guerre civile, avec tous ses travers comme la pédophilie, le viol, la prostitution abordés dans le roman.

L'humour noir et le cynisme avec lesquels le personnage revient sur ses souvenirs sont déroutants et tragiques.



La confrontation culture occidentale/culture africaine

Dans L'aîné des orphelins, des personnages d'origine européenne sont aussi présents. Certains comme la Hirlandaise ou les journalistes cherchent à aider les enfants. Cependant on observe un certain dédain de Faustin à leur égard. On comprend qu’ils agissent sans réellement chercher à comprendre ce dont les enfants ont vraiment besoin.

Il existe cependant deux personnages occidentaux pour lesquels Faustin, dans ses souvenir, éprouve de la sympathie : l'Italienne et Rodney. La première s'est installée dans le village natal de Faustin, sans prétention, et Faustin se reconnaît un peu dans le second.



L'écriture de Tierno Monénembo

Hormis la simplicité, ce qui rend le roman vivant est qu'il n'y a pas de chronologie dans l'énumération des souvenirs de Faustin. Nous ne somme pas dans un récit linéaire ; les souvenirs sont racontés par fragments comme ils viennent à l'esprit du personnage.

De plus l' « oralité » est très présente dans l'histoire avec beaucoup de dialogues, de proverbes énoncés par Faustin. D'ailleurs ces proverbes, notamment ceux du vieux sorcier Funga, apportent une touche de réalisme magique et de mystère au roman.

Pour finir, l'écriture de Tierno Monénembo reprend une des caractéristiques d'une partie de la littérature africaine qui est le picaresque : le protagoniste est un jeune vagabond, orphelin, dont la vie est remplie d'intrigues diverses.

Anaïs, 2e année Bib.-Méd.

 


 

Tierno MONENEMBO sur LITTEXPRESS


Tierno Monenembo Le Roi de Kahel




Articles d'Inès et de Kadija sur Le Roi de Kahel

 

 

 

 

 

 


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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 07:00

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Jay McINERNEY
Glamour attitude
Titre original :

Model Behaviour
L’Olivier, 1998
Points, 2008
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Le nom entier de l’auteur est John Barrett McInerney Jr. Il est né en 1955 à Hartford dans le Connecticut.

Son premier roman se nomme Bright Lights et est publié en 1984 ; son titre a été traduit par Journal d’un oiseau de nuit. McInerney dépeint sur un ton satirique la jeunesse new-yorkaise aisée des années 90. On a d’ailleurs assimilé ce roman à une autobiographie, ce qu’il a formellement démenti. Cependant, on retrouve de nombreuses similitudes avec sa propre vie dans l’ensemble de ses romans. Par exemple le fait qu’il ait vécu deux ans à Tokyo, une similitude avec le personnage principal de Glamour Attitude, Connor McKnight qui est, en outre, rédacteur people au magazine féminin CiaoBella ! tandis que l’auteur a été lui-même vérificateur au New-Yorker.

 Ses romans évoquent les années 80, à New-York, et plus particulièrement à Manhattan.

Il a étudié l’art d’écrire avec Raymond Carver, et a fait partie, dans les années 90, du groupe littéraire appelé Brat Pack, que l’on traduit généralement par « bande de morveux littéraires » : les auteurs appartenant à ce groupe ont été le centre d’une hypermédiatisation adressée au jeune lectorat aisée de New-York.

Sa griffe : un ton grinçant, mordant et satirique qui fait le portrait du monde superficiel et sans âme des people et de la vie mondaine.


Source : www.wikipedia.org

 

Glamour attitude

L’histoire est racontée par Connor McKnight, écrivain raté, reconverti en rédacteur people au magazine féminin CioaBella ! Son métier consiste à interviewer les nouvelles stars afin de décrire leurs habitudes vestimentaires et alimentaires, ainsi que leurs relations dans le monde des célébrités. Il est, par ailleurs, fiancé à un top-model en vogue, Philomena Briggs, qu’il a rencontré dans un métro à Tokyo, alors qu’il y vivait depuis sept ans.

Le livre débute sur une scène qui donne le ton : Philomena est en train de se regarder dans le miroir avec dégoût alors que Connor est en train de boire un verre de Martini.
 
« Quand Philomena se regarde au miroir, elle voit une créature grasse et sans attraits. Cela malgré le fait qu’elle est une femme dont l’image photographique est employée à grands frais pour faire naître le désir en corrélation avec certains biens de consommation. Ou plutôt, à cause de ce fait. Car la conscience morbide de son propre corps est la silicose qui ravage sa profession. Au moment de s’habiller pour la réception, elle vocifère qu’elle est énorme et n’a rien à se mettre.

J’ai à la main un Martini, pour la mise en train, lorsqu’elle fait cette déclaration.

— T’es vachement belle, dis-je.

Elle saisit mon verre et le précipite contre le miroir, fracassant l’un et l’autre.

Bof, ça fait rien. Je picole trop de toute façon. » (p. 9)

 

On comprend qu’on trouvera au centre de l’histoire le couple Philomena et Connor, et que leur relation est instable puisque Philomena, furieuse contre lui pour une raison qui lui – et nous – échappe,  jette le verre de Martini contre un mur.

En outre, ce premier passage nous fait également sentir que ce monde est uniquement fondé sur l’image, stéréotype que l’auteur va tenter de briser, ce qu’il nous fait comprendre avec la référence du miroir brisé.

 

Résumé

Dès le début de l’histoire, on comprend que quelque chose ne marche plus dans le couple Connor-Philomena. Cette dernière se montre distante et froide à l’égard de son fiancé, mais le lecteur, tout autant que le principal intéressé, en ignore la raison.

Elle part alors pour un prétendu casting à San Francisco. Mais Connor ne reçoit aucune nouvelle de sa part pendant plusieurs jours. Même s’il remarque qu’elle fait beaucoup de voyages ces temps-ci, il préfère étouffer ses soupçons qui fleurissent peu à peu, plutôt que de les affronter. Néanmoins, il ne reste jamais loin du téléphone au cas où elle l’appellerait.

Au bout de quelques jours, cependant, il finit par appeler l’agent de Philomena qui lui apprend que sa fiancée n’a pas de casting prévu, et donc qu’elle ne peut pas être à San Francisco. N’ayant aucun numéro auquel la joindre, il ne demeure jamais longtemps loin du téléphone.

Finalement, Philomena laisse un bref message, un soir où elle sait qu’il est sorti pour un dîner avec son ami Jeremy Green, un auteur de nouvelles, et au ton mal assuré de sa fiancée, Connor comprend qu’elle se force à avoir un ton dégagé. Dans une soudaine illumination, il se met à fouiller tout l’appartement sans découvrir l’objet de ses recherches : le diaphragme de Philomena. Il sait, dès lors, qu’elle est partie pour le tromper avec un autre.

On assiste alors à sa déchéance progressive et pathétique : il ne réussit pas à interviewer Chip Ralston, un jeune acteur nouvellement célèbre qui ne cesse de lui échapper ; toutes ses pensées sont tournées, jour et nuit, vers ses souvenirs avec Philomena : il va jusqu’à se masturber en se remémorant leurs moments les plus intimes. Il gâche, ensuite, une soirée mondaine à laquelle il accompagne sa patronne Jullian Crowe : en effet, il évoque un fait divers qui racontait qu’un homme avait battu sa femme et que celle-ci était morte sous ses coups, en présence même d’un homme de respectabilité mondaine qui frappait lui-même sa femme. Il se fait, par la suite, renvoyer par sa patronne qui n’attendait que la fin de son contrat pour le faire. Il est également harcelé par une fan, Jennifer Rodriguez, qui, au fur et à mesure du roman, se révèle être complètement folle. Enfin, il apprend avec qui sa fiancée le trompe : Chip Ralston, l’acteur qu’il cherche désespérément à interviewer sur les ordres de sa patronne.

Son désespoir atteint alors son apogée : il va jusqu’à frapper Chip en public lors de son arrivée pour un talk-show. Paradoxalement, alors que Connor était en quête de célébrité ou plutôt de reconnaissance, il va être poursuivi par des photographes et des journalistes qui souhaiteront l’interroger sur les raisons de son acte afin de faire les gros titres de la presse people. Même s’il se fait arrêter tout de suite après, il devient le centre d’attention du monde qui jusqu’alors l’avait laissé dans l’ombre. Sa sœur Brooke paie sa caution, ce qui lui permet de sortir de prison quelques heures plus tard.

 Le lendemain, alors que tous deux se rendent à l’appartement de Connor avant de partir pour la Floride pour y rejoindre leurs parents pour Noël, Jennifer Rodriguez l’attend devant chez lui et tente de tuer, avec un couteau, sa sœur, qu’elle prend pour sa petite amie.

C’est seulement pendant le mariage de Brooke que l’on apprend qu’elle a perdu son lobe d’oreille après cette attaque mais que cela l’a guérie de son anorexie. On apprend également que Jeremy est mort, tué par balle par l’homme qui possédait son chien et à qui il voulait le reprendre en pénétrant chez lui en plein milieu de la nuit. C’est lui qui permet à Connor d’entrer dans le show-biz puisqu’il a fait de lui son exécuteur testamentaire : Connor s’occupe donc de l’adaptation au cinéma du recueil de nouvelles de son ami, qui est devenu un succès grâce à sa mort tragique. Il clôt le roman en annonçant un « happy end » comme au cinéma : Philomena lui revient.



Les personnages principaux

Connor McKnight, le narrateur, est un anti-héros par excellence car rien ne le distingue des autres personnes qu’il côtoie. Son intelligence et sa gentillesse le desservent et font de lui un rejeté du show-biz. Par exemple, sa patronne Jullian Crowe l’a engagé uniquement parce qu’elle le prend pour un homosexuel lors de l’entretien d’embauche. Il vit dans l’ombre de sa fiancée qui le quitte parce qu’elle en a assez de son manque de confiance en lui et parce qu’il refuse de l’épouser avant de s’être hissé au même niveau de notoriété qu’elle. Il finit par faire pitié au lecteur puisqu’il s’apitoie sur son sort, compense l’absence de sa fiancée en se masturbant tout en se remémorant leurs ébats antérieurs et retourne régulièrement à son appartement pour savoir si elle lui a laissé un message : il va jusqu’à partir au beau milieu d’une réunion familiale pour aller vérifier. Finalement, à la fin, grâce à son défunt ami Jeremy, il va devenir célèbre, ce qu’il désirait, et arrivera donc à avoir confiance en lui. Philomena revient donc vers lui.

 

Brooke McKnight est la sœur de Connor. Elle est anorexique parce qu’elle est trop sensible aux douleurs du monde. La première fois que le lecteur la rencontre, elle est en train de lire un ouvrage sur les crimes de guerre et notamment le massacre au Rwanda. Elle se scarifie régulièrement et Connor ferme les yeux sur sa maladie parce qu’il ne veut pas la voir enfermer dans un hôpital psychiatrique. Elle est pourtant d’une lucidité étonnante et compatit toujours aux malheurs de son frère, même si elle n’aime pas sa fiancée, car elle n’a rien dans la tête. Elle est elle-même fiancée à un chirurgien réparateur que Connor n’aime pas jusqu’à la fin et qu’il surnomme « Doudingue ».

 

Philomena Briggs est un célèbre top-model et la fiancée de Connor qu’elle a rencontré à Tokyo deux ans auparavant. Mais alors que Connor se complaît à dire qu’ils sont profondément amoureux, dès le début, on s’aperçoit que quelque chose ne marche plus dans leur couple. Elle a de régulières sautes d’humeur envers lui. Elle lui ment et le quitte pour aller le tromper avec l’acteur Chip Ralston. Cependant, elle est moins superficielle que le lecteur n’a tendance à le croire : elle aime vraiment Connor mais ne veut plus se contenter de la relation qu’ils entretiennent. Elle veut l’épouser, ce qu’il refuse. Paradoxalement, elle part le tromper avec un homme qui ne lui offre rien de plus.

 

Jeremy Green est le meilleur ami de Connor. C’est un végétarien particulier car il ne mange « rien qui ait des yeux ». En outre, c’est un écrivain torturé et hypersensible qui rejette la société mondaine dans laquelle il est plongé à cause du succès de son œuvre. Il ne supporte pas les critiques que les grands magazines, et surtout les magazines people, font de son recueil de nouvelles Walled-in. Il pense qu’il n’est pas compris par ces critiques littéraires qui ne saisissent pas l’essence de son œuvre. Il se fait tuer à la fin de l’histoire tandis qu’il s’introduit, en pleine nuit, chez l’homme à qui il avait donné précédemment son chien, ne pouvant le garder dans son appartement. Mais il s’était ravisé rapidement en s’apercevant qu’il tenait beaucoup à l’animal.

 

 

 

On constate très vite que deux mondes, représentés par les personnages, tournent autour de Connor : d’un côté, il y a Brooke, Doug, Jeremy et les parents de Connor qui représentent le véritable monde, celui où les relations sont fondées sur l’amour, l’amitié : d’authentiques valeurs.

De l’autre, il y a le monde dans lequel Connor travaille : le monde de l’image, des réputations, du sexe et de la drogue, du show-bizz. Un monde où tout est faux et illusoire. Par exemple, Jason Townes, un prétendu ami de Chip Ralston, avoue qu’il faudrait lui « [greffer] une personnalité » et lui faire « une liposuccion du moi » (p. 207). Même l’amitié est trompeuse.

Au centre, on trouve Connor qui est attiré par la notoriété et la reconnaissance de son talent, et en même temps, qui reste attaché au monde commun grâce à sa famille et ses amis. Même s’il finit par devenir célèbre, on peut s’interroger sur l’évolution de sa personnalité. Deviendra-t-il comme tous les autres, ou gardera-t-il les pieds sur terre ?

Par ailleurs, Manhattan se révèle être le cœur de ce monde sans âme, « sans fard », comme le dira Brooke, la sœur de Connor, comme si elle avait une influence néfaste sur les gens qui viennent y vivre, ou même seulement y travailler. Le père de Connor donnera l’exemple de deux syndicats de travailleurs en bâtiment qui se sont mutuellement importunés en sabotant le travail de l’autre (p. 171). La ville transforme les gens.

 

Le style

On remarque dès le début du roman que sa construction est particulière. L’auteur forme de courts chapitres qui vont de quelques lignes à quelques pages. Ils portent tous, notamment, des titres en gras, ce qui rappelle le métier du personnage principal. « Modèle enlève le haut et affole le bar » (p. 16), « Connor parmi les ploutocrates » (p. 50), « la réaction de Connor » (p. 99), « Conversation mondaine dans l’Upper West Side » (p.141)… Ces titres permettent de suivre le fil du roman car le narrateur part dans tous les sens, au gré de ses pensées et de ses actes.

De plus, il y a une alternance entre la première et la troisième personne : l’auteur s’adresse parfois directement au lecteur ou bien à son personnage. Il lui arrive également de parler de lui et de son personnage à la première personne du pluriel. La troisième personne du singulier intervient souvent lorsque Connor est dans un état d’esprit pathétique, ou qu’il est trop soul pour pouvoir penser par lui-même.

On assiste à une volonté d’ancrage réaliste : en effet, l’auteur fait mention de nombreux lieux de Manhattan, tels que des bars, des avenues, des boutiques de luxe. Il évoque en outre de nombreux magazines existants comme le New-York Post, Beau Monde ou encore le Times.

 
Mon avis

Par de nombreux points le livre est comique et surtout satirique. Jay McInerney s’amuse évidemment à dépeindre un monde dans lequel il a vécu, et qui, apparemment, ne manque pas de lui inspirer toujours plus de romans, de Bright Lights à Trente ans et des poussières ou encore Le dernier des Savage. Glamour attitude fait partie des romans qui ne sont pas des chefs-d’œuvre mais démontrent un certain talent de l’auteur à se moquer des clichés. Par exemple, lorsque Connor nous raconte qu’il envisage de créer un programme pour réduire à partir d’un raccourci clavier le nombre de touches à manipuler afin que son ordinateur fournisse automatiquement les données qu’il réécrit très souvent. Par ce biais, McInerney montre d’une façon comique et surtout moqueuse que les stars ne font preuve d’aucune originalité et se copient les unes les autres. Connor nous donne un exemple : « fuit aussi souvent que possible les feux d’Hollywood pour retrouver la qualité de la vie en famille dans son immense ranch des environs de Livingstone dans le Montana (CTRL, Mont) » (p. 35).

En outre, le roman foisonne de références littéraires qui ont la particularité de n’être évoquées que par Connor ou Jeremy, les deux seuls écrivains qui semblent avoir une culture classique :  Raymond Carver (petit clin d’œil de l’auteur à son maître d’écriture), Hemingway ou encore la Chartreuse de Parme de Stendhal. Mais il semble qu’ils soient seuls dans le milieu à les connaître et les avoir lus.

Par ailleurs, on remarque une omniprésence des thèmes du sexe et de la drogue. Il n’y a pas de tabou dans le monde que McInerney nous décrit. Pourtant, loin d’en faire la critique au travers de son personnage, on observe même que le narrateur y participe avec un certain plaisir, notamment pour le sexe. D’ailleurs, l’auteur utilise des termes qui ne laissent aucune équivoque : il parle de « baise antérieure » ou de « réflexions post-coïtales ». En évoquant un souvenir plutôt intime avec Philomena, il nous rappelle ses propos : « allez, baise-moi » (p. 21), « Fais comme si j’étais une pute. Un tapin. » (p. 55). Néanmoins, même si les termes de ce registre s’échelonnent tout au long du texte, l’auteur ne tombe jamais dans le vulgaire et le choquant. De plus, avec la recherche effrénée du diaphragme de Philomena, l’auteur nous montre que le sexe domine cet univers superficiel.

Enfin, la drogue est également une pratique courante. Lorsque Connor va interviewer « l’ami » de Chip Ralston, Jason Townes, ce dernier se trouve dans une chambre d’hôtel de luxe, où il « s’amuse » avec des amis : effectivement, tout en regardant un film, ils consomment des lignes de cocaïne et s’ébattent à tour de rôle avec une prostituée qui n’est autre que Pallas, une effeuilleuse que Connor va régulièrement voir au bar le Mont Olympe, dans la seule ambition d’entretenir avec elle une sorte de relation platonique.

Jay McInerney dresse le portrait satirique d’un monde de façade et de superficialité complètement névrosé à travers la déprime tragi-comique de Connor.  Un livre drôle et « sans fard » !


Élodie M., 1ère année Éd.-Lib.

 


 

Jay McINERNEY sur LITTEXPRESS

 

mcinerney la belle vie couv

 

 

 

 

Article de Pauline sur La Belle Vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 07:00

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Paul AUSTER
Revenants
titre original
Ghosts
Actes Sud, 1988

Livre de poche, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paru en 1988 chez Actes Sud, Revenants est publié en version originale chez Babel. Revenants, de son titre original Ghosts, est le deuxième opus de la Trilogie new-yorkaise dont le tome 1 est  Cité de verre et le tome 3 la Chambre dérobée.

On considère que la pièce matricielle de Revenants est une œuvre écrite par Paul Auster en 1976, la pièce de théâtre Blackouts. Cette œuvre serait les prémices du tome 2 de la new-yorkaise, du point de vue de la philosophie mais aussi de la narration.

Pour accéder à la biographie de Paul Auster, je vous renvoie aux fiches précédentes telles que celle de Laura sur Moon Palace : http://littexpress.over-blog.net/article-18405053.html

 

Revenants est l’histoire d’un détective privé, Bleu, engagé par Blanc pour filer et espionner un dénommé Noir. L’affaire semble simple, pourtant elle ne l’est pas. Alors que Bleu s’imagine devoir rester en planque pendant quelques jours, l’affaire dure des années. Il vit, mange, dort, marche et pense au même rythme que Noir. Le seul événement qui le sort chaque semaine de sa torpeur est le rapport hebdomadaire qu’il doit rendre à Blanc sur ce qu’il a étudié de Noir. Au bout d’un certain temps, ce qui correspond à la scène finale de l’œuvre, Bleu va se confronter à Noir pour avoir des explications, car il a découvert qu’en fait Blanc et Noir étaient une seule et même personne. Ce dernier l’avait engagé pour se sentir vivant car dans l’esprit de Noir, le fait que Bleu soit à longueur de journée sur ses pas est une façon de nouer un contact et d’être en vie.

« Tout d’abord il y a Bleu. Plus tard il y a Blanc, puis Noir, et avant le début il y a Brun. Brun l’a initié, lui a appris les ficelles et, lorsque Brun s’est fait vieux, Bleu lui a succédé. C’est ainsi que ça commence. Le lieu : New York ; le temps : le présent ; aucun des deux ne changera jamais. Bleu se rend à son bureau chaque jour et se tient à sa table de travail en attendant qu’il se passe quelque chose. Pendant longtemps, rien n’arrive, puis un homme du nom de Blanc franchit la porte, et c’est ainsi que ça débute.

L’affaire semble relativement simple. Blanc voudrait que Bleu file un dénommé Noir, qu’il le tienne à l’œil aussi longtemps qu’il le faudra. »

 

 Le nom de chaque personnage est une couleur. Par exemple : Bleu, Mme Bleu, Noir, Blanc, Brun, Lerouge, Doré, Roux, Mlle Violette. Le fait d’accorder ce type de nom aux personnages leur enlève leur identité, ou plutôt leur ôte la possibilité d’en avoir une. Leur couleur/nom est juste une désignation, et non une identité comme le devrait être un nom. Il ne permet pas aux personnages d’avoir des caractères propres et d’être originaux car le nombre de couleurs est limité. De plus, les femmes des personnages sont désignées par le nom de leur mari, par exemple : Mme Vert ou la future Mme Bleu…

Dans l’incipit « in media res », l’auteur nous dit que le temps est le présent et que cela ne changera jamais. Or il faudrait déjà savoir de quel présent il parle. Étant donné que l’auteur a écrit l’œuvre dans les années 1980, on peut supposer que le présent est la même époque. Or plus tard dans le récit, Paul Auster date l’action du 3 février 1947. Le rapport au temps du lecteur est donc faussé et c’est l’effet recherché par l’auteur. En effet, le fait de ne pas savoir quand l’action se passe donne la sensation au lecteur que l’action se déroule encore et que cela ne s’est jamais arrêté. C’est d’ailleurs un des liens étroits qui unissent le lecteur à l’auteur. La lecture se fait au rythme de l’écriture et de l’histoire. Plus Bleu est angoissé, oppressé et troublé, plus la lecture s’accélère et s’intensifie.

Le deuxième aspect du rapport au temps dans l’œuvre est que même si l’affaire est censée se dérouler pendant des années selon l’auteur, elle pourrait durer seulement quelques jours, ou quelques mois. De plus, cela pourrait être exactement le même jour qui se répète à l’infini car il ne se passe strictement rien dans les journées de Noir et de Bleu donc. Hormis la promenade, Noir passe ses journées à lire et à écrire. L’autre incohérence relevée dans le récit est que si l’affaire dure des années, comment se fait-il que Noir lise le même livre  pendant des années ? Il ne change en aucun cas de lecture et parcourt en continu Walden ou la vie dans les bois d’Henry David Thoreau. Ce sujet sera de nouveau abordé dans la suite de l’analyse.


walden-thoreau.jpg
 Plusieurs thèmes apparaissent dans l’œuvre comme la solitude, l’attente, la marche ou encore l’aliénation. Cependant, ils sont tous présents pour mettre en place la quête du personnage principal : l’identité.

En effet, l’enquête a mené Bleu à vivre seul et reclus dans l’appartement que Blanc lui a loué, sans aucun contact ni lien social. Il ne noue pas de lien avec Noir et a perdu tous ceux qui définissaient sa vie d’avant. Et c’est ce qui explique le deuxième thème abordé : celui de l’attente. Au fil de l’œuvre, Bleu attend patiemment que quelque chose se passe pour que la situation évolue et qu’il puisse comprendre ce que l’enquête et la filature de Noir signifient. Il attend que l’enquête se termine pour pouvoir retourner à son ancienne vie, et par là même retrouver celui qu’il était auparavant. Seulement il est impossible de remonter le temps, on ne peut  qu’avancer et c’est ce que Bleu comprend à la fin du récit. Par ailleurs, cette attente est partagée par le lecteur car tout comme Bleu attend une révélation ou du moins un événement anormal, le lecteur attend que le récit prenne un autre tournant ou qu’il s’accélère. Ce lien entre le lecteur et l’auteur est d’autant plus fort du fait du sentiment d’attente partagé. De plus, la marche est la seule chose que Bleu et Noir partagent dans leurs journées, c’est une forme de communication entre eux deux. D’ailleurs la marche est un thème récurrent dans l’œuvre de Paul Auster, et il voit la marche comme un exercice spirituel.

Il existe également un lien de dépendance entre Noir et Bleu. La vie entière de Bleu est rythmée par la vie de Noir. Il ne prend plus aucune décision sans penser à Noir et aux conséquences de ses actes sur leur relation.

Un extrait illustre particulièrement bien cette dépendance :

« Autrement dit, plus ses liens sont profonds, plus il est libre. Ce n’est pas en s’impliquant qu’il s’empêtre, mais en se séparant. Et c’est seulement lorsque Noir semble dériver loin de lui qu’il doit sortir à sa recherche, ce qui prend du temps et de la peine, sans parler de la lutte qu’il faut alors livrer. Tandis qu’aux moments où il se sent le plus près de Noir il peut même commencer à mener un semblant de vie indépendante. Au début il n’est pas très audacieux dans ce qu’il s’autorise, mais même alors il considère cela comme une sorte de triomphe, presque un acte de bravoure. Ainsi le fait de sortir et d’arpenter le pâté de maisons. Aussi insignifiant qu’il soit, cet acte le remplit de bonheur, et dans ses allées et venues le long d’Orange Street sous le beau ciel printanier, il éprouve un plaisir à être vivant qu’il n’a pas ressenti depuis des années. »

 

On constate également la référence systématique aux cahiers dans les œuvres de Paul Auster et notamment dans Revenants. En effet, Bleu utilise des cahiers pour répertorier tout ce qu’il apprend et voit de Noir. C’est grâce à ce cahier que Bleu établit ses rapports hebdomadaires. Par ailleurs dès le tome 1 de la Trilogie new-yorkaise, la référence au cahier apparaît car Quinn passe ses journées à écrire dans un cahier. De plus, on peut noter que Paul Auster écrit la plupart de ses brouillons dans des cahiers grands carreaux Clairefontaine.

 

L’auteur fait référence à de nombreux auteurs au fil du récit. Il évoque trois auteurs américains en particulier : Walt Whitman, Henry David Thoreau et Hawthorne.


Walt-Whitman.jpgWalt Whitman

 


 Il renvoie notamment à Feuilles d’Herbes, le recueil de poèmes de Walt Whitman (31 mai 1819/26 mars 1892), paru en 1855 sous son titre original Leaves of Grass. Cette œuvre fut créée et publiée à New York dans la rue Orange street, là même où Bleu et Noir vivent, et donc là où a habité Walt Whitman. Par ailleurs, Auster indique aussi que Walt Whitman était un féru de phrénologie : l’étude des facultés intellectuelles et du caractère d’après les bosses et les dépressions crâniennes. En outre, il est possible d’établir un lien entre l’œuvre de Paul Auster et les écrits de Walt Whitman. En effet, sur la tombe de Walt Whitman sont gravés trois vers de son recueil Feuilles d’Herbes :

« Mes deux pieds sont tenonnés et mortaisés dans le granit

Je ris de ce que vous appelez dissolution

Et je sais l’amplitude du temps. »

Le dernier vers évoque le rapport au temps, et donc renvoie à l’intégralité de Revenants. En effet, on a l’impression que le récit tout entier a été écrit pour illustrer ce vers de Whitman car si lui connaît l’amplitude du temps, Bleu l’ignore et c’est pour cela qu’il passe toutes ces années seul et qu’il n’arrête pas son enquête. De plus, les thèmes récurrents dans l’œuvre de Walt Whitman sont l’errance et des hymnes à Manhattan et à New York, ce qui est un lien de plus entre Walt Whitman et Paul Auster : ils abordent les mêmes thèmes.


thoreau.jpgHenry David Thoreau



Le second auteur cité est Henry David Thoreau (1817/1865), auteur de Walden ou la vie dans les bois publié en 1854 et traduit plus de 200 fois. Walden ou la vie dans les bois raconte la vie de Thoreau lorsqu’il a passé deux ans, deux mois et deux jours dans une cabane au milieu d’une forêt appartenant à son ami et mentor Ralph Waldo Emerson, la cabane était située juste à côté de l’étang de Walden. Il a passé tout ce temps, non loin de sa famille qui vivait à Concord dans le Massachusetts, sans jamais leur adresser le moindre signe ou tenter de les joindre. L’œuvre est écrite de façon à ce que le récit paraisse durer un an seulement et on suit au fil de la narration les pensées, observations et spéculations du héros. A l’instar de Walden, Revenants est le récit des pensées, des analyses et interrogations de Bleu concernant l’enquête sur laquelle il travaille.

« Le vrai problème revient à identifier la nature dudit problème. Et d’abord qui le menace le plus, Blanc ou Noir ? Blanc a tenu sa part du contrat : les chèques sont arrivés à l’heure toutes les semaines, et se retourner contre lui maintenant – Bleu le sait bien  – serait mordre la main qui le nourrit. C’est bien pourtant Blanc qui a lancé le cas, jetant Bleu dans une pièce vide, en quelque sorte, puis éteignant la lumière et verrouillant la porte. Depuis lors, Bleu tâtonne dans l’obscurité, cherchant à l’aveuglette l’interrupteur, et il se trouve prisonnier de l’affaire. Tout cela est bel et bon, mais pourquoi Blanc ferait-il une chose pareille ? Lorsque Bleu se heurte à cette question il ne peut plus penser. »
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Nathaniel Hawthorne


 Le dernier auteur évoqué par Paul Auster est Nathaniel Hawthorne (1804/1864). Auteur de La lettre écarlate, son ouvrage le plus connu, il est un des descendants d’un des juges des sorcières de Salem. Fortement hanté par son passé, cet aspect de sa vie transparait souvent dans ses œuvres et est directement lié à l’œuvre de Paul Auster.

Paul Auster a également intégré divers récits enchâssés dans son récit, tous liés à l’histoire de la ville de New York et illustrant le lien entre père et fils. Ce rapport père/fils est représenté dans le récit avec Bleu et le père de Bleu, Bleu et son mentor Brun et John et Washington Roebling. John Roebling fut l’architecte du pont de Brooklyn à New York mais mourut avant la fin de sa construction ; de ce fait son fils Washington reprit l’héritage de son père et entreprit de terminer le chantier. Mais il eut un accident et dirigea la construction du pont sans jamais sortir de son appartement situé juste au-dessus du chantier. Auster évoque aussi l’histoire d’un petit garçon qui perd son père disparu en montagne, et qui quelques années plus tard en skiant passe sans le savoir sur son défunt père.

Le titre de l’œuvre peut donner lieu à trois interprétations recevables. La première est que le mot « revenant » désigne Nathaniel Hawthorne, du fait de son passé et de sa descendance. La seconde explication vient du fait que la ville de New York est hantée par le personnage de Walt Whitman : l’auteur par ses écrits et par sa vie hante encore les rues de la ville et c’est pourquoi, à chaque pas que fait Bleu, ce dernier voit l’image et des pans de la vie du poète. La dernière explication est que « revenant » désigne à la fois Henry David Thoreau et Nathaniel Hawthorne. En effet, dans une scène du livre, Auster raconte une scène de rencontre entre Hawthorne, Thoreau et Whitman. C’est dans la rue d’Orange street que Thoreau et Hawthorne reviennent pour rencontrer Walt Whitman ; dans ce cas ce sont eux les revenants et les fantômes de la ville. De plus, c’est cette même ville qui est le lieu d’intertextualité, car elle réunit à travers le temps à la fois Hawthorne, Thoreau et Whitman mais aussi Paul Auster.

Marlène D., 1ère année édition-librairie

 


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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 07:00

Paul Auster Cité de verre


 

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Cité de verre
Titre original :
City of glass
Traduit de l’américain
par Pierre Furlan
Actes Sud, 1987
Livre de poche, 1994

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie de Paul Auster, consultable sur Evene.fr

 
http://www.evene.fr/celebre/biographie/paul-auster-1230.php

 

Ce livre est le premier volume de la Trilogie new-yorkaise composée de « Cité de verre », « Revenants » et de « La chambre dérobée ».

 



Tout commence par un hasard, un hasard qui changera à jamais la vie de Daniel Quinn, écrivain de romans policiers sous le pseudonyme de William Wallace.

Ayant perdu sa femme et son enfant, ce dernier vit désormais à l’écart de la civilisation. Il passe six mois de l’année à écrire, cloîtré chez lui, et les six autres mois à errer dans les rues de New York.

Un coup de téléphone retentit tard dans la nuit dans son petit appartement perdu dans l’immensité de New York. On demande le détective Paul Auster, d’urgence. Quinn a beau expliquer que c’est une erreur, les coups de téléphone se multiplient.

Face à l’insistance de son mystérieux interlocuteur, il se décide finalement à se faire passer pour ce Paul Auster, et commence alors pour lui une nouvelle vie. Il obtient un rendez-vous et c’est ainsi qu’il rencontre Peter Stillman et sa femme Virginia. Peter est un personnage étrange, à l’aspect fantomatique. Habillé tout de blanc, de couleur de peau très pâle, il laisse à Quinn la sensation qu’il est invisible.

Stillman lui explique qu’il court un grave danger, que son père, qui l’a séquestré pendant près de neuf ans durant son enfance, a été remis en liberté et qu’il va chercher à le retrouver.

Son langage est fragmentaire, enfantin. C’est une des séquelles du long isolement au cours duquel il a perdu peu à peu contact avec le monde humain. Privé de lumière, enfermé, frappé si un mot sortait de sa bouche, il est progressivement devenu un « enfant sauvage », un être humain privé de toute forme d’éducation. Ce n’est qu’après sa libération qu’il a pu enfin se civiliser.

Commence alors une longue filature dans les rues de New York, au cours de laquelle Quinn garde contact avec les Stillman par téléphone. Il retrouve le père de Stillman et le poursuit, s’enfonçant dans l’interminable labyrinthe de la ville.

Par ailleurs, au cours de son enquête, Quinn cherche à entrer en contact avec le vrai Paul Auster afin de lui expliquer la situation. Il parvient à le rencontrer, mais ce dernier n’a rien d’un détective, il est écrivain.

C’est donc toujours seul qu’il continue à interpréter son rôle de détective, suivant les pas du père de Stillman, mais les choses se compliquent : las de sa filature, il finit par entrer en contact avec ce dernier, qui transpire la folie. Chaque jour, Quinn se présente à lui sous un nouveau nom, sous une nouvelle identité, et ira même jusqu'à se faire passer pour son fils. Mais, à chaque fois, le père Stillman ne semble pas le reconnaître. Cette situation dure plusieurs jours, puis l’énigmatique personnage disparaît. Commence alors une chute vertigineuse pour Quinn, durant laquelle tout ce qui se rapporte à son enquête s’évapore… Mais c’est aussi et surtout son identité qu’il perd peu à peu tout au long de son enquête, détruite par la solitude et la folie…

 

Ce qui frappe d’abord dans ce livre, c’est le thème de l’identité. Quinn est hanté par le traumatisme causé par la mort de sa femme et de son enfant et vit complètement exclu de la société. L’enquête est pour lui l’occasion de se sentir exister à nouveau ; il utilise le personnage de fiction de ses romans policier, Max Work, pour se créer une nouvelle personnalité, celle du détective Paul Auster. Il s’oublie peu à peu en tant que Quinn jusqu’à devenir le fictif détective Paul Auster. Mais les multiples identités qu’il emprunte ne lui permettent jamais de combler le néant à l’intérieur de lui-même. Il se perd peu à peu, devient de plus en plus sauvage. L’apogée de sa folie survient lorsque tout ce qui le ramène à son investigation disparaît, car il n’a plus de raison d’agir sous l’identité du détective Paul Auster, et ne peut redevenir le Quinn qu’il était autrefois. Il devient donc une ombre, un fantôme, et s’efface.

 

Le fils Stillman, lui, recherche également son identité, il souhaite devenir quelqu’un de « normal ». Privé d’éducation et de toute forme de langage pendant son enfance à cause de son père, il est comparable à un « enfant sauvage » selon la définition du sociologue Lucien Malson. Même lorsqu’il semble s’être civilisé, les séquelles de son isolement restent toujours visibles, notamment au niveau du langage.

« Je dis ce qu’ils disent parce que je ne sais rien. Je ne suis que le pauvre Peter Stillman, le garçon qui ne peut pas se souvenir. Bouh hou hou. Bon gré mal gré. Petit cornichon. Excusez-moi. Ils disent. Mais le pauvre petit Peter, que dit-il, lui ? Rien, rien. Plus rien.

C’était ça.. Noir. Très noir. Aussi noir que tout noir. Ils disent : c’était ta chambre. Comme si je pouvais en parler. Du noir je veux dire. Merci. »

Ainsi, Paul Auster montre l’importance de la parole, car c’est la capacité à exprimer sa pensée, à montrer que l’on est civilisé, et c’est ce qui différencie les hommes des animaux, du sauvage.
 


Quant au père Stillman, il est aussi un homme sauvage, un homme qui a perdu son identité d’être humain. Il vit en dehors de la société. C’est à cause d’un traumatisme, celui de la mort de sa femme, et de son rêve de créer le « langage de Dieu » et de « recoller les fragments du monde », qu’il a peu à peu sombré dans la folie et dans la marginalité.



Enfin, l’auteur introduit habilement, et de manière parfois presque imperceptible, de nombreuses références à la quête identitaire tout au long du récit : Quinn parle avec une de ses lectrices à propos de son livre et elle lui dit :

« Il y a un endroit où le personnage se perd qui fait pas mal peur ».

 Premier dialogue entre Quinn et le père Stillman :

« Je n’ai pas pour habitude de parler à des inconnus ».

On retrouve tout au long du texte des allusions comme celles-ci, qui soulignent le thème de la recherche d’identité.

 
 
Mais Cité de verre, c’est aussi une réflexion constante avec les personnages, un jeu de miroir continuel dans lequel les personnages et le lecteur se perdent. Par une subtile mise en abyme, Paul Auster sème la confusion, les personnages de l’histoire se reflètent tous les uns les autres.

Tous les personnages principaux sont intimement liés à Quinn par leurs habitudes, leurs histoires, leurs personnalités, leurs apparences…

Mais il y a aussi confusion entre fiction et réalité : l’auteur se met lui même en scène en tant que personnage du livre, mais il y introduit aussi des souvenirs, des situations, des événements, des lieux que lui-même a connus. Ce que Paul Auster met dans son œuvre, c’est un peu de lui-même.

Enfin, le narrateur est « un ami de Paul Auster » et l’histoire est racontée à la manière d’un témoignage car ce même narrateur se base sur un cahier écrit par Quinn pour transmettre les faits. On a ainsi l’impression que les personnages sortent du livre pour s’introduire dans la réalité du lecteur.
 


Ce qui caractérise aussi cette oeuvre, c’est l’intertextualité. De nombreuses références au récit d’apprentissage sont présentes. Dans le roman d’apprentissage, le personnage devient un individu grâce au voyage, en découvrant le monde et la société qui l’entoure. Par des allusions ou des citations d’auteurs tels que Rousseau (Les Confessions), Montaigne (Essais), Edgar Allan Poe, (Les aventures d’Arthur Gordon Pym), etc.,  Paul Auster insiste sur la quête du moi par l’errance des personnages. Mais à cause de leur traumatisme, ces derniers n’arrivent jamais à se forger. Au lieu de se construire par le voyage et la découverte du monde, les personnages de Cité de verre se détruisent, ils ne parviennent pas à sortir des espaces de solitude et d’errance qu’ils traversent et finissent par disparaître.

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La ville de New York a un rôle important dans le livre. C’est un lieu d’errance, dans lequel les personnages vont et viennent, et se perdent. New York représente aussi l’errance psychologique : c’est en se promenant que les personnages se perdent dans leurs pensées, s’enferment en eux-mêmes.

Lors de la description, c’est l’image du labyrinthe qui revient sans cesse. La ville est décrite par ses multiples rues et ses immeubles, ce qui donne une sensation d’oppression, mais aussi d’impasse. Où qu’il aille, Quinn est condamné à errer et à ne jamais trouver la sortie (à savoir la conquête de son identité), il est entouré de murs et de chemins qui ne le mènent nulle part. Il se perd aussi dans la foule, dans le perpétuel mouvement de la ville et des gens qui l’entourent, sans jamais pouvoir s’y mêler. Il est exclu du rythme, est transparent, invisible, aux yeux de la société.

« New York était un espace inépuisable, un labyrinthe de pas infinis, et, aussi loin qu’il allât et quelle que fût la connaissance qu’il eût des quartiers et de ses rues, elle lui donnait toujours la sensation qu’il était perdu. Perdu non seulement dans la cité, mais tout autant en lui-même. »

 
Bastien, 1ère année Édition/Librairie

 


 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, article d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.

 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 


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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 07:00

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Dennis LEHANE
Prières pour la pluie
traduit de l'anglais

par Isabelle Maillet

Rivages, 2004
Rivages/ Noir, 2006

 

 

 

 

 

Et si toutes les personnes de votre entourage, ceux en qui vous croyez, qui ont votre entière confiance, n'étaient que traîtres et manipulateurs, lâches et dissimulateurs ?

Plongez dans le monde terrifiant édifié par Lehane …

 

 

 

Dennis Lehane

Auteur à succès, c'est le moins qu'on puisse dire. Nous ne chercherons pas ici le pourquoi du comment à ce phénomène international ; certains ont une plume, un style et des intrigues efficaces, Lehane fait partie de ces écrivains... Vous ne serez probablement pas sans savoir qu'il est l'auteur de Mystic River et de Shutter Island, tous deux adaptés avec réussite au cinéma. Cela dit, si Dennis Lehane est connu pour ces deux succès, il a par ailleurs écrit une série, elle aussi connue et reconnue, où il trace le parcours d'une équipe éclectique de détectives, six tomes durant. De Un dernier verre avant la guerre (1994) à Moonlight mile (2010), en passant par Prière pour la pluie, avant-dernier et sujet de notre présentation.

Lehane est américain, d'origine irlandaise, tout comme son protagoniste, Patrick Kenzie. Avant de pouvoir se consacrer entièrement à l'écriture, il a effectué divers petits boulots, l'un d'entre eux retenant notre attention : éducateur spécialisé pour enfants. Durant son activité, il exerçait avec des jeunes maltraités, aux histoires douloureuses et aux psychologies fragiles. Cette expérience semble l'avoir marqué, c'est en tout cas ce qui nous vient à l'esprit face à son écriture et à son récit. En effet il semble se plaire à inventer mille et une horreurs et autres fabuleux tourments terriblement sordides, tous plus effrayants les uns que les autres. Les péripéties, aux ressorts psychologiques finement recherchés, pourraient être vus comme une déformation professionnelle, une manie spécifique à Lehane.

 

 

 

Résumé

Dans le tome précédent, Patrick Kenzie s'est séparé de sa collègue et compagne, Angela Gennaro. Mais lorsqu'il sentira qu'il patauge et perd pied dans l'affaire qu'il traite durant ce tome, Angie n'hésitera pas à revenir pour lui prêter main forte. Quant à Bubba, l'ami de toujours de Kenzie, il reste fidèle à lui-même, bagarreur, pas très malin et clairement dérangé.

Prière pour la pluie est centré sur l'histoire d'une jeune femme, Karen ; c'est autour d'elle que tout se joue. Au début du polar, elle vient demander les services de Patrick pour une affaire à première vue plutôt simple : un homme la harcèle sexuellement depuis quelque temps à son club de gym ; elle souhaite qu'il soit intimidé afin qu'il les laisse en paix, son fiancé et elle. Tous deux sont follement amoureux et ont une vie agréable, bien rangée. Sans se poser trop de questions, Kenzie et le massif Bubba intimident efficacement l'homme en s'introduisant chez lui, ils l'effraient, le séquestrent un peu (rien d'inhabituel pour le détective et son colosse d'ami), et le tour semble joué...

Mais quelques mois plus tard, notre détective découvre avec effroi que Karen s'est jetée nue du haut d'un immeuble, après des semaines de prostitution et d'addiction aux drogues dures. Un monde entre la jeune femme parfaite qu'il avait rencontrée et le cadavre de junkie retrouvé en morceaux.

La véritable intrigue démarre ici pour Kenzie ; il décide de mener cette enquête à titre personnel, pour rendre justice à Karen et comprendre ce qui a bien pu se passer, s'en voulant terriblement de ne pas avoir su l'aider correctement auparavant.

Au fur et à mesure que le récit avance, nous démêlons péniblement la sinistre histoire familiale de la jeune femme. Le plus effrayant dans ce destin tragique c'est que, de fil en aiguille, nous découvrons que durant toute sa vie elle aura été victime de machinations. Elle n'aura jamais eu l'occasion de maîtriser son destin. Le détective, usant de toute sa puissance réflexive, et de ses poings pour des interrogatoires serrés, fera tout ce qui est en son pouvoir pour coincer le manipulateur à l'origine de tout. L'identité de ce dernier ne sera réellement dévoilée qu'à l'ultime chapitre. Jusqu'au bout Lehane nous tient en haleine, maintenant un cruel manque de certitude et un suspense infatigable.

Voici, dans un extrait raccourci, ce qui arrivera à l'un des sous-fifres du chef d'orchestre de cette monstrueuse manipulation, charmant spectacle mis en place pour intimider Kenzie, qui commence à cerner trop distinctement la situation... Âmes sensibles, s'abstenir :

« Le bâillon dans sa bouche était assombri par le sang qui jaillissait aux coins de ses lèvres et dégoulinait le long de son menton. Ses bras et ses jambes n'étaient pas entravés, et ses talons martelaient les lattes du plancher tandis qu'il se contorsionnait contre le bloc de métal. Ses bras cependant, demeuraient inertes, et il ne risquait pas de s'en servir pour se libérer, car Miles n'avait plus de mains. […] J'ai retiré le bâillon d'entre ses lèvres et fait un bond en arrière quand un flot de sang rouge foncé a coulé sur sa poitrine. […] Miles Lovell, en état de choc ou non, agonisant ou non, ne répondrait pas à mes questions. Il ne répondrait plus aux questions de personne pendant très, très longtemps. […] Miles Lovell avait non seulement perdu ses mains, mais aussi sa langue. »

Détails incisifs, on ne peut plus fournis, Lehane ne nous épargne rien. Pour le meilleur et pour le pire, nous faisons face à des descriptions précises et très imagées ; si parfois ce sont de beaux paysages, ce sont régulièrement des scènes barbares. Univers sans pitié aucune, glauque et violent, où pour tout dire les « méchants » sont franchement fous et névrosés, et les supposés « gentils »... eh bien, pas franchement sains d'esprit non plus. Ici pas de tout blanc ou tout noir, seulement des nuances plus ou moins sombres... C'est un véritable hard boiled, saignant et dérangeant.



Ce qu'on en retient

Certes, Lehane n'est pas toujours fin psychologue, mais simple auteur de polar, qui plus est appréciant peut-être un peu trop les drames très sombres. Il possède heureusement quelques atouts, un délicieux cynisme et un humour noir efficace. Des personnages plutôt intéressants, dont les personnalités, psychologies et histoires personnelles sont bien ficelées. Un renversement de situation plus ou moins inattendu, qui en tout les cas nous tient en haleine pendant quasiment 500 pages.

Ses descriptions, l'une d'entre elles vue précédemment, sont très fournies. Parfois trop ? On nous soumet une dizaine de lignes précises sur la voiture de chaque nouveau personnage, en relation avec sa personnalité, de la même manière que seront peintes sans délicatesse aucune (et très longuement) les scènes de torture... Disons que c'est un roman noir, pas de place pour les lecteurs sensibles. Enfin, nous comprenons aisément que plusieurs de ses écrits aient été adaptés cinématographiquement ; outre leurs autres qualités, ces romans sont de véritables scénarios et notes d'intentions, tout étant raconté dans le moindre détail, chaque paysage, déplacement, chaque scène est méthodiquement décrite.

Pour les fans du genre, je pense que c'est une belle réussite.

 

 

Joanie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

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Published by Joanie - dans polar - thriller
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