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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 07:00

livremer

 

Hardi moussaillons, gabiers, vigie et capitaine !


Irène Frain, Samantha Davies, Marie Sizun, Guy Cotten et une cinquantaine d'autres auteurs de romans, récits, BD, littérature jeunesse, documentaires, témoignages sont au rendez-vous à Concarneau. Ils présentent leur dernier opus et rencontrent le public autour de tables rondes, de cafés littéraires et lors de dédicaces, pour échanger, raconter, parler de la mer et des mots.
La littérature maritime est à la fête à quelques encablures des Moutons et de Penfret. Hissez la grand voile, l'Aventure vous attend ! La grande, la flamboyante, celle qui vous entraîne sur les traces des Coureurs d'océans vers de nouveaux mondes, ceux de la course au large, des abysses, des épaves, des mythes et légendes, des bateaux-feu, des dauphins ambassadeurs et des merveilles maritimes à préserver et protéger.


La mer, ressource économique, pédagogique et artistique se laisse conter et apprivoiser par la Compagnie des Indes et plusieurs artistes, Bruno Pilorget, Catherine Bayle, Michel Barzic qui ne cessent de s'en inspirer. Leurs créations sont exposées au Centre des Arts et de la Culture.


Epopées, témoignages, documentaires, dix films seront projetés pendant le week-end, en collaboration avec le Festival Pêcheurs du monde.


Les Prix littéraires annoncés vendredi 15 récompenseront les meilleurs ouvrages dans les catégories roman et récit (Prix Henri-Queffélec), Bande dessinée (Prix BD Caisse d'Epargne), et Beau livre. Les gagnants du Quai des nouvelles, concours d'écriture épistolaire proposé aux collégiens sera également annoncé lors de la Cérémonie d'ouverture le 15 avril.


Deux journées, les 14 et 15, sont consacrées à l'accueil des scolaires, de la maternelle au lycée. Chaque classe élabore son programme personnalisé : rencontres avec des auteurs, films d'animation, visite de la Grande librairie, animations avec le Musée de la Pêche, le Port Musée de Douarnenez, l'association Ansel. Une journée est dédiée aux professionnels du livre, éditeurs, libraires, bibliothécaires autour de thématiques liées à la littérature maritime, avec la participation de François Bourgeon.


Le Festival Livre & Mer s'enorgueillit de dénicher de nouveaux talents, venez les découvrir à La Grande librairie, repère de tous les dévoreurs de récits et autres avaleurs de pages. Lire ou écrire, pourquoi choisir ? Les ateliers d'écriture et de calligraphie, les animations concoctées par la bibliothèque, l'atelier d'écriture itinérant de Sud Cornouaille ou Robin Doucet et son équipe du Festival de Remouski, au Québec, sont autant de promesses de savoureux moments à partager.


affiche-livremer.jpg

Où se retrouver ? Au Centre culturel des Arts, à la taverne des Korrigans pour des lectures orales, à la bibliothèque, au Musée de la Pêche.


Infos pratiques


Tous les détails du programme sur le site www.livremer.fr

 

Horaires d'ouverture


Journées scolaires : jeudi 14 et vendredi 15 avril de 9h à 19h
Journées grand public : samedi 16 et dimanche 17 avril de 10h à 20h
Tarifs :
− Entrée journée : 3 € - Entrée chômeurs, étudiants, bénéficiaires du RSA (sur justificatif) : 2 €
− Pass Festival : 5 € - Moins de 12 ans : gratuit

 

 


 


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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 07:00



l-aube-enclavee.jpg

 

Henry-Luc Planchat est né en 1953, à Paris. Il a commencé à écrire des nouvelles de SF et à en traduire quand il était au lycée. À la même époque, il lance avec quelques amis un fanzine consacré à la science-fiction, L’Aube enclavée. Ce fanzine propose des nouvelles d’auteurs français (dont Serge Brussolo qui y a publié son tout premier texte) et anglo-saxons. Henry-Luc et sa bande y sont allés au culot : ils ont contacté tous les grands auteurs américains de SF pour obtenir leur autorisation de publier leur travail en français. Ils ont été les premiers surpris quand presque tous leur ont répondu qu’ils étaient d’accord. Faute d’avoir les moyens de payer un traducteur, ils traduisaient eux-mêmes. Ursula Le Guin, Roger Zelazny, Michael Moorcock sont quelques-uns des auteurs avec qui Henry-Luc a travaillé alors que la traduction n’était encore pour lui qu’un loisir.

À la fac, déjà un peu rôdé, il contacte les éditions Marabout, aujourd’hui disparues, pour leur proposer de publier une anthologie des textes de L’Aube enclavée. Le livre paraît en 1973. Auteur lui-même, certaines de ses nouvelles paraissent à la même époque. À noter que certaines ont été traduites en anglais, en italien ou encore en espagnol.


 

 

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« Si c’est mal écrit en anglais, à un moment ce sera mal écrit en français ! »

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Tu as majoritairement traduit de la SF. Est-ce que c’est un choix personnel lié à L’Aube enclavée ou est-ce que ce sont les éditeurs qui ne t’ont proposé que ça ?

C’est un choix personnel, mais j’ai aussi traduit d’autres choses. Au bout d’un moment, les éditeurs ne m’ont plus proposé que des titres très difficiles à traduire et je me suis lassé. Traduire de la littérature implique des responsabilités, comme se mettre à la place de l’auteur pour essayer de rendre ce qu’il a voulu dire, et c’est assez lourd au bout d’un moment. J’ai alors commencé à traduire des textes scientifiques pour des revues spécialisées. J’ai aussi traduit un bouquin d’astrophysique  assez intéressant. J’évitais cependant les textes concernant des domaines qui ne m’étaient pas familiers, comme la médecine. Pas qu’ils étaient plus difficiles à traduire que les autres, c’est juste que je ne me sentait pas la légitimité de le faire. Après ça, je me suis mis à traduire des livres et des articles consacrés à l’informatique. J’en ai écrit aussi . Et il y a quelques années, j’ai décidé de recommencer à traduire de la littérature. Donc j’ai repris contact avec des éditeurs.



Et cette reprise de contact s’est passée comment ?

Assez bien, beaucoup de gens se souvenaient de moi.



Est-ce qu’il y a des difficultés particulières à traduire de la SF ou de la fantasy ?

Pas vraiment. Comme pour la littérature « classique » ça dépend surtout du style de l’auteur.

Mc-Mullen-chroniques-de-verral.gif

Et pour les mots ou concepts qui n’existent pas, comme la fameuse Epice de Dune ?

Dans ces cas-là, il faut faire le même boulot que l’auteur et inventer. Personnellement je fais attention à l’étymologie des mots. Les mots français ont des racines gréco-romaines, il ne faut pas l’oublier même pour les néologismes. Les dictons, expressions et jeux de mots peuvent aussi poser de gros problèmes – notamment parce que, dans le cas d’une série, on ne sait pas ce qui va se passer dans les volumes suivants. Pour peu que l’auteur fasse une référence à ce qu’il a dit dans un volume précédent d’une manière qui en rend la traduction caduque, le traducteur peut se retrouver piégé. Surtout qu’il ne peut plus revenir dessus, à moins d’une réédition du volume en question.



Avant qu’on commence l’interview, tu m’as dit avoir entretenu une correspondance avec Ursula Le Guin quand tu traduisais ses livres. Est-ce que tu contactes systématiquement les auteurs dont tu es en train de traduire un livre ?

S’il n’y a pas de problème, ou si l’auteur est mort, je ne le fais pas. Il arrive aussi que je n’en aie tout simplement pas le temps, pour la traduction de nouvelles par exemple. Enfin, je n’en avais pas le temps. À l’époque. Internet a changé beaucoup de choses. Et ça me facilite d’autant plus la vie que j’ai un accent atroce. Je ne voyage plus comme avant alors je manque de pratique. À New-York, on me trouvait un accent anglais et en Angleterre un accent américain. Tant qu’on ne me trouvait pas un accent français !


Moorcock-Le-chien-de-guerre.jpg
Dans quels cas est-ce que tu vas contacter un auteur ?

Quand je ne suis pas sûr, quand je ne comprends pas ce qu’il a voulu dire. Ou quand je veux rendre correctement un choix stylistique de l’auteur. C’est uniquement en demandant aux auteurs qu’on peut avoir certaines informations et donc faire un travail correct. 

J’ai été chargé il y a quelques années de la traduction d’une nouvelle de Vonda McIntyre intitulée Of Mist, and Grass, and Sand. Littéralement, on peut le traduire par De Brume, d’Herbe et de Sable. Il s’agit en fait des noms de trois serpents qui ont un rôle important dans le récit. Dans ma correspondance avec elle, l’auteur a souligné qu’elle avait choisi ces noms pour leur sonorité évoquant le sifflement des serpents et nous avons décidé d’un commun accord de les rebaptiser Source, Sève et Sable. Le même texte est paru ultérieurement dans une traduction différente et était titré… De Brume, d’Herbe et de Sable. Donc ce travail et cette recherche sur les sifflantes a été perdu par le nouveau traducteur qui n’a manifestement pas contacté l’auteur.



J’aimerais en savoir plus sur ta façon de faire. Comment tu travailles ?

Je travaille à partir du livre original. J’y fais des marques à mesure que j’avance dans la traduction. Quand j’imprime le texte en français, je programme ma machine de façon à obtenir des feuillets calibrés de 1500 signes environ. C’est une norme. Les corrections se font dans la marge avec des signes typographiques de correction. Une fois la mise en page effectuée par l’éditeur, avant le bon à tirer, je reçois des épreuves qui me permettent de faire une dernière vérification et de faire éventuellement quelques retouches au cas où j’aurais changé d’avis ou reçu une précision supplémentaire de l’auteur. On évite d’ailleurs d’en faire trop, des corrections, à ce stade des opérations, car s’il y en a trop l’éditeur nous les facture !



Combien de pages tu peux traduire par jour ?

Là encore, ça dépend du style de l’auteur ou encore du thème abordé. Il faut parfois faire des recherches, par exemple pour les vocabulaires professionnels. En gros, tu peux compter une heure par page. C’est une moyenne, si une page ne comporte pas de difficulté particulière ça va beaucoup plus vite. Et d’une manière générale, il faut essayer d’aller vite.

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Pourquoi ?

Les délais que nous accordent les éditeurs ont énormément raccourci. Dans les années 1980, on pouvait avoir jusqu’à un an et demi pour traduire un livre ce qui nous laissait la possibilité de travailler sur plusieurs ouvrages en même temps. Maintenant, les délais sont de quelques mois. Tout est en flux tendu, et ça devient difficile de faire un planning. Notamment parce que les éditeurs, quand ils achètent les droits d’un bouquin, ont un délai pour le publier au-delà duquel l’auteur a le droit de le proposer à quelqu’un d’autre. J’ai dû refuser plusieurs bouquins parce que je n’avais pas le temps et si ça se trouve on ne me proposera plus rien pendant plusieurs mois. C’est un problème aussi.



Il y a beaucoup de théories de la traduction. Schématiquement, il y a les partisans du mot à mot et ceux qui défendent l’idée de l’adaptation du texte source afin qu’il soit compréhensible dans le texte cible. Quel est ton avis sur la question ? Qu’est-ce qu’une bonne traduction ?

shepard-lousiana-breakdown.gifC’est une bonne question, merci de l’avoir posée.

J’essaye de rester assez près du texte d’origine. Si le texte est râpeux en anglais, est-ce qu’une bonne traduction consiste à le lisser ou à le rendre râpeux en français ? Et qui, en dehors du traducteur, est apte à juger de la nature du texte ? J’essaie de rendre le style de l’auteur, quitte à ce qu’il paraisse un peu lourd. Une traduction est toujours d’une culture différente et c’est très con de vouloir la faire entrer dans un moule et de jeter le trop plein qui déborde. J’ai un respect, trop marqué pour certains, pour le texte d’origine. Tout le monde n’est pas forcément d’accord avec ça, je le comprends. Je travaille mais sans que ce soit du mot à mot. Si c’était un mécanisme automatique, un ordinateur pourrait le faire et il n’y aurait pas besoin de dictionnaire, ni de lexique, ni de connaître les deux cultures pour rendre quelque chose. Et il faut connaître les deux cultures, le contexte créé par l’auteur. Je l’ai déjà dit mais il faut parfois que je me documente pour pouvoir traduire – par exemple, pour Louisiana Breakdown, sur la Louisiane. On peut aussi demander à l’auteur, parce qu’il connaît le contexte de son côté mais pas forcément du nôtre. Le langage conditionne en partie la vision du monde. De toute façon, le mot-à-mot est casse-gueule. Et ceux qui parlent de mot-à-mot veulent plutôt dire, je pense, qu’il faut s’accrocher au rythme du texte d’origine. Encore faut-il que le style de l’auteur s’y prête mais c’est une autre question. Je suis assez sensible au rythme. En tant qu’auteur, en tant qu’auteur-traducteur, il faut trouver des équivalents. Et inversement, prendre des libertés avec le texte d’origine, comme ça s’est beaucoup fait à une époque où on adaptait les textes à la collection, est aussi très casse-gueule.

Le traducteur est la doublure de l’auteur.


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Qu’est-ce que tu penses du fait de retraduire des œuvres déjà traduites il y a longtemps ?

Une traduction correspond aussi à une époque et c’est pour ça que certains textes sont retraduits. Les vieux classique du polar par exemple, qu’on retraduit parce qu’on s’est rendu compte que le texte est daté, ou que le traducteur a travaillé en fonction de la collection française et pas vraiment en fonction du respect du texte. Ce qui donne des écarts parfois flagrants dans les niveaux de langues, des passages réduits, d’autres rallongés et le tout pour coller à l’image de la collection et à ce qu‘en attend le public ciblé.

Et il y a aussi le problème des expressions qu’on ne comprend plus. Il faut tenir compte du temps de la traduction et du temps de l’écriture. Un texte de Shakespeare, par exemple, on ne peut plus le traduire en français du XVIIe siècle ! Mais il faut quand même tenter de garder un certain respect du texte. À moins de mettre beaucoup de notes de bas de page mais les éditeurs détestent ça.



Comment sont rétribués les traducteurs ?

Les contrats sont presque les mêmes que pour les auteurs – sauf que le traducteur touche entre 1 et 3 % des ventes, avec une avance qui est déduite. Il faut vendre beaucoup de livres pour pouvoir toucher des droits. Je touche actuellement, irrégulièrement, des droits de livre d’Ursula Le Guin que j’ai traduits il y a 30 ans. Il m’arrive des fois de revendre des traductions que j’ai faites il y a longtemps. Car le traducteur a des droits sur son travail.

 

 

Tout est dit ! Merci Henry-Luc. 

 

Propos recueillis par Marie-Pierre Reibel, L.P. Libraires

 

 Bibliographie


Les œuvres littéraires :

- WATSON, Ian. Ambassade de l’espace. Pocket, 1990.
- DICK, Philip K. Glissement de temps sur Mars. Pocket, 2006.
- LE GUIN, Ursula K. L’Autre côté du rêve. Le Livre de Poche, 2002.
- RUSS, Joanna. L’Autre moitié de l’homme. Pocket, 1995.
- MOORCOCK, Michael. Le Chien de guerre et la douleur du monde. Pocket, 2000.
- PRIEST, Christopher. Le Don. Le Livre de Poche, 1994.
- LE GUIN, Ursula K. Le Nom du monde est forêt. Le Livre de Poche, 2005.
- LE GUIN, Ursula K. Les Dépossédés. Le Livre de Poche, 2006.
- SILVERBERG, Robert. Les Temps parallèles. Le Livre de Poche, 2006.
- WATSON, Ian. Les Visiteurs du miracle. Pocket, 1991.
- DICK, Philip K. Mensonges et Cie. Omnibus, 1999.
- DELANY, Samuel. Triton. Pocket, 1988.
- SHEPARD, Lucius. Louisiana Breakdown. J’ai Lu, 2010.
- MCCULLEN, Shean. Le Voyage de l’Ombrelune. J’ai Lu, 2008.
- MCCULLEN, Shean. Dragons de verre. J’ai Lu, 2008.
- ATTANASIO, A. A. Le Dragon et la licorne. Calmann-Lévy, 2009.
- ATTANASIO, A. A. La Louve et le démon. Calmann-Lévy, 2009.
- LLOYD, Tom. Isak le blanc regard. Calmann-Lévy, 2010.
- KEYES, Daniel. Algernon, Charlie et moi. 2011.


Les ouvrages scientifiques :

- MORRIS, Richard. Comment l’univers finira… et pourquoi. Robert Laffont, 1984.
- SIMPSON, Alan. Fichiers en BASIC. Sybex.
- BRAGA, John. L’Amstrad exploré. Sybex.
- CHEN, Weiying. Programmation ActiveX. Simon & Schuster.
- REISDORPH, Kent. Le Programmeur Delphi 4. Simon & Schuster, Macmillan.

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 07:00

scholastique Mukasonga La femme aux pieds nus

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scholastique MUKASONGA
La Femme aux pieds nus
Gallimard
Continents noirs, 2008


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

scholastique-mukasonga.jpgScholastique Mukasonga, née au Rwanda à la fin des années 1950, est une écrivaine rwandaise. En 1960, sa famille est déportée à Nyamata. En 1968, Scholastique Mukasonga réussit l'examen d'entrée à l'école secondaire et elle est envoyée en pension à Kigali, au Lycée Notre-Dame-de-Cîteaux. Elle s'inscrit ensuite à l'école d'assistantes sociales de Butare mais doit quitter cet établissement en 1973 pour se réfugier au Burundi. Elle y finit ses études, trouve du travail avec l'Unicef et rencontre son futur mari. En 1994, son père, sa mère et trente-sept membres de sa famille sont massacrés au Rwanda. Elle vit actuellement en France.

En 2006, elle publie son autobiographie, Inyenzi ou les cafards, chez Gallimard, dans la collection Continents Noirs. Elle y évoque ses multiples cauchemars liés à la violence de l’époque postcoloniale, de la purification ethnique, au génocide. En 2008, elle fait aussi paraître chez Gallimard, dans la même collection, La femme aux pieds nus, qui a reçu le prix Seligmann contre le racisme, puis L’Iguifou en 2010, recueil de cinq nouvelles rwandaises.

Un petit mot sur le titre. Scholastique Mukasonga dit : « Cette femme aux pieds nus qui donne le titre à mon livre, c'est ma mère, Stefania. » Elle nous éclaire ainsi sur le contenu de l’œuvre.

Il était une fois Nyamata, un village rwandais, village de fugitifs qui ne se sentent plus chez eux parce qu’ils expient le crime d’être nés Tutsis. Réfugiés dans leur propre pays, ils essaient tant bien que mal de mener une vie normale sous la surveillance des militaires du camp de Gako, qui à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit peuvent venir semer le trouble en saccageant, pillant la maison, en emmenant avec eux les pères et fils : « Soudain […] je vois trois soldats qui renversent les paniers et les cruches et jettent dans la cour les nattes qui étaient suspendues au plafond. »

Il était une fois, dans ce même village, des gens heureux vivant ensemble, qui partageaient des moments comme la construction de l’Inzu (foyer de la famille), occasion de travailler avec les voisins, comme la récolte du Sorgho, « roi des champs »… C’est surtout l’histoire de Stefania, femme courageuse, vaillante, déterminée à protéger les siens coûte que coûte, au prix même de sa personne. Stefania, vu le contexte sociopolitique de son village, tenait absolument à ce que ses trois filles, Umubyeyi, Uwamubyirura, Mukasonga recouvrent son corps lors de sa mort :

« Quand je mourrai, quand vous me verrez morte, il faudra recouvrir mon corps. Personne ne doit voir mon corps, il ne faut pas laisser voir le corps d’une mère. C’est vous mes filles qui devez le recouvrir, c’est à vous seules que cela revient. Personne ne doit voir le cadavre d’une mère, sinon cela vous poursuivra… vous hantera jusqu’à votre propre mort, où il vous faudra aussi quelqu’un pour recouvrir votre corps ».

Hélas, Stefania est assassinée, démembrée à la machette, ses restes se sont confondus dans l’immense charnier du génocide. Scholastique n’a pas pu recouvrir le corps de sa mère. C’est donc avec ce livre de souvenirs qu’elle mène à bien ce que sa mère lui a demandé :

« Maman, je n’étais pas là pour recouvrir ton corps et je n’ai plus que des mots pour accomplir ce que tu avais demandé. Et je suis seule avec mes pauvres mots et mes phrases, sur la page du cahier, tissent et retissent le linceul de ton corps absent ».

Scholastique Mukasonga reconstruit son Afrique, son Rwanda, la vie quotidienne de sa mère au village, avec l’obsession permanente de celle-ci : sauver les enfants. Elle se souvient de sa mère guettant les bruits, les signes, repérant les cachettes dans les terriers, les fourmiliers, creusant sous son lit un tunnel pour une éventuelle fuite.

Pourtant, au fil du récit, malgré cette terreur militaire,  la vie reprend son cours. Stefania construit l’inzu, lieu d’accomplissement d’une vraie femme, elle est la gardienne du feu, et aussi celle de la tradition. C’est elle qui cultive le sorgho, activité principale des femmes rwandaises, qui célèbre la fête des moissons selon les rites ancestraux. Stefania procède aux incantations, à la culture des plantes de bon augure à la base de nombreux remèdes. Au village, c’est une marieuse réputée,  organisatrice des « séances d’épouillage » des jeunes filles bonnes à marier le dimanche après-midi, moment de convivialité, de partage d’une cruche de bière de sorgho, où l’on fume la pipe, privilège des femmes mariées. C’est un voyage au cœur des traditions : Stefania accordait beaucoup d’importance aux rites, aux coutumes lors de la récolte du sorgho ou de la demande en mariage de son fils. Elle est attentive aux présages, les corbeaux ou les larmes de la lune par exemple.


D’autres portraits de femmes, touchants, amusants, émaillent cette œuvre : Suzanne, la garante de la virginité des filles à marier ; Claudia, la fille sans mari ; Kilimadame, qui introduit le pain à Nyamata. Elles constituent le parlement des femmes.



En guise de conclusion, on peut dire que Scholastique fait revivre sa mère qui dépensait énergie, courage et malice pour que ses enfants puissent survivre, vivre dans la dignité, accéder à une bonne éducation pour sortir de la misère, avec tendresse et amour ; cette simplicité contraste tellement avec les récits du génocide rwandais que nous connaissons. C’est une ode à la vie, à l’amour à travers les souvenirs d’une petite fille, pleine de nostalgie et de regrets que Scholastique Mukasonga offre en guise de linceul à sa mère, assassinée au Rwanda pendant le génocide des Tutsi de 1994. J’ai apprécié ce livre simple et bouleversant à la fois qui se heurte à la réalité du génocide rwandais, met l’accent sur le rôle des femmes tutsies qui tentent de renforcer l’esprit de famille, la cohésion communautaire. L’auteure fait œuvre d’ethnologue avec ces renseignements riches sur la tradition rwandaise et de conteuse avec cette touche d’oralité, agrémentée du langage Tutsi. Elle parvient à recouvrir le corps de sa mère d’un linceul de mots, de souvenirs, s’acquittant ainsi de sa dette car « personne ne doit voir le cadavre d’une mère », disait Stefania.



Johana, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 07:00

Art-Spiegelman-Maus.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Art SPIEGELMAN
Maus : un survivant raconte
traduit par Judith Ertel
éditions Flammarion, 1998.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pologne, milieu des années 1930, Vladeck rencontre Anja alors que l’Europe assiste à la montée du nazisme et des persécutions contre le peuple Juif.

États-Unis, fin des années 1970, Art Spiegelman dialogue avec son père, le questionne sur sa mère décédée quelques années plus tôt, sur leur rencontre et leur déportation à Auschwitz.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, Maus n’est pas « seulement » une bande dessinée sur la Shoah. S’éloignant des témoignages sur les atrocités commises envers les juifs, comme celui de Primo Levi par exemple, et ne cherchant pas à apporter de faits nouveaux liés à l’Holocauste, Maus s’oriente plutôt vers la biographie et l’autobiographie. À travers le récit d’une partie de la vie de son père Vladeck, Art Spiegelman se raconte lui-même, faisant part de ses questionnements et de ses doutes au lecteur.

Art-Spiegelman-Maus-planche-p-201.jpgParlons d’abord du graphisme. Maus est une bande dessinée en noir et blanc, au trait de crayon épais et dur créant un sentiment d’oppression, de terreur et une noirceur omniprésente. Le dessin devient « brouillon » avec des ombres beaucoup plus accentuées pendant les passages retraçant la vie dans les camps, et plus spécialement à Auschwitz.

La particularité principale de Maus est d’utiliser la zoomorphologie pour représenter les groupes nationaux et/ou religieux. Ainsi, les Juifs sont symbolisés par des souris (d’où le titre Maus, qui signifie souris en allemand), les Nazis par des chats, les Polonais par des cochons, les Britanniques par des poissons, les Américains par des chiens et enfin les Français par des grenouilles. Outre le fait de reprendre un procédé utilisé pour la propagande nazie, la représentation par des animaux entraîne de nombreuses connotations, dont la plus évidente est que les chats chassent les souris. De même, le zoomorphologisme dans Maus permet de figurer un groupe dans sa globalité, d’enlever toute trace d’individualité. On peut y voir une reproduction de la pensée nazie qui, par ses actions, entraînait la négation de l’individu au profit du groupe.
Art-Spiegelman-Maus-pl-p-241.jpg


La bande dessinée d’Art Spiegelman est composée de deux trames narratives : celle de la vie de Vladeck en Pologne puis à Auschwitz, et celle des entretiens réguliers qu’Art a eus avec son père pour recueillir son témoignage. Maus passe alternativement d’une trame à l’autre, mêlant le passé et le présent, imbriquant les souvenirs dans l’histoire actuelle.

Maus est d’abord une sorte d’hommage qu’Art rend à son père. Hommage toutefois teinté d’amertume. L’auteur ne cherche pas à améliorer l’image de son père au travers de cette BD ; au contraire, celui-ci se rapproche même du stéréotype du juif (propos tenus dans l’ouvrage par Art lui-même). Vladeck est dépeint comme un homme grincheux, sexiste, maniaque et extrêmement avare au point d’aller demander, dans un supermarché, le remboursement d’un paquet de céréales qu’il n’a pas terminé. De même, Art Spigelman montre la relation difficile qu’il a entretenue avec son père. Oscillant entre admiration et colère, l’auteur exprime la difficulté qu’il a eue à trouver sa place, voire une place auprès de son père, rescapé des camps. De multiples sentiments découlent de ce mal-être de l’auteur : celui d’infériorité ressenti face à Vladeck, l’impression de ne pas avoir de place légitime au sein de sa famille — due à la mort dans les camps d’un plus jeune frère qu’il n’a pas connu, Richieu — et enfin la culpabilité liée au suicide de sa mère qui est mise en images sur trois pages formant une incise dans le récit.

Maus aborde donc, avec une écriture simple et sobre, des thèmes intimement liés à la vie de son auteur : la relation avec son père, les remords face au suicide de sa mère, la difficulté d’écrire Maus … Regroupant des éléments de biographie paternelle et d’autobiographie collective, Art Spiegelman parle de « la génération d’après », celle qui succède aux survivants, celle qui vit avec le poids du passé mais doit quand même croire en l’avenir.



Publiée en deux tomes, Maus a reçu le Prix Pullitzer en 1992. Le premier volume est paru en 1986, après huit ans de travail et s’intitule « Mon père saigne l’histoire » (My father bleeds history, en version originale). Le second tome, lui, a été publié en 1991 sous le titre « Et c’est là que mes ennuis ont commencé » (From Mauschwitz to the Catskills).

L’auteur, Art Spiegelman, est né en 1948 à Stockholm. Il se fait connaître dans les années 1970-80 en contribuant aux revues Real Pulp, Young Lust et Bizarre Sex, et en publiant des comics qui ont fait de lui une personnalité phare de la BD underground américaine de cette époque. Il vit actuellement à New York avec sa femme Françoise Mouly, artiste et éditrice française, également représentée dans Maus.

 

 

 

Pauline, 2e année Bib.-Méd.

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 07:00

Raymond-Chandler-sur-un-air-de-navaja-1.PNG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raymond CHANDLER    

Sur un air de navaja               
The Long Good-Bye
Traduit de l’américain
par Janine Hérisson et Henri Robillot
Gallimard
Collection Folio policier, 2008
1ère édition 1954

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

 Raymond Thornton Chandler est un auteur américain de polars. Il est né à Chicago en 1888. Il a grandi à Londres, en Grande-Bretagne, dès 1895, après le divorce de ses parents. Il vit donc seul avec sa mère. Il a fait des études de littérature classique puis a été naturalisé anglais en 1907. C’est aussi un poète et scénariste qui a tout d’abord travaillé comme journaliste pour la Westminster Gazette et le Daily Express. Il retourne ensuite aux États-Unis en 1912. Il rencontre Cissy Pascal avec qui il se marie en 1924. Ses premières nouvelles sont publiées dans la revue Black Mask. Vient ensuite son premier roman qui est publié en 1939, il s’agit du livre Le Grand Sommeil, qui est un succès. Raymond Chandler sera alors engagé comme scénariste par la Paramount. Il a notamment réalisé Le Dahlia bleu. De plus, nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma, dont deux adaptations célèbres du Grand Sommeil, une en 1946 avec Humphrey Bogart dans le rôle de Philip Marlowe, et une en 1978, avec Robert Mitchum dans ce même rôle. Philip Marlowe est le personnage récurrent de Raymond Chandler. Il s’agit d’un détective privé qui vit à Los Angeles. Arrivent ensuite les années 50, années noires de Chandler, où il sombre dans l’alcoolisme et ne publie qu’un seul livre qui est Sur un air de navaja en 1954. C’est cette même année que sa femme décède. Quant à lui, il meurt d’une pneumonie en 1959.

 
 
Résumé

Sur un air de navaja ou The Long Good-Bye nous raconte l’histoire de Philip Marlowe. À Los Angeles, chez lui, il rencontre Terry Lennox. Il s’agit des toutes premières pages du livre :

« La première fois que je vis Terry Lennox, il était fin soûl […]. Le gardien du parking avait sorti la Rolls et maintenait la portière ouverte car le pied gauche de Terry Lennox pendait à l’extérieur comme s’il en avait oublié l’existence. Lennox avait un visage jeune malgré des cheveux plus blancs que l’ivoire. On voyait à ses yeux qu’il était beurré jusqu’à la racine des cheveux […].

 Une fille était assise à côté de lui : chevelure d’un magnifique blond vénitien, sourire vague aux lèvres et, sur les épaules, un vison bleu si prestigieux que, près de lui, la Rolls n’avait plus l’air que d’un quelconque tacot de série. »

 La femme à côté de lui est sa femme, elle s’appelle Sylvia. Très vite, Lennox et Marlowe deviennent amis. Marlowe l’aide même à le sortir d’un faux pas quand il le retrouve ivre sur la voie publique. Lennox intrigue beaucoup Marlowe, car il a le visage plein de cicatrices et révèle peu son passé. Ils se retrouvent très souvent au même bar pour boire un verre, un gimlet plus précisément. Un jour pourtant, Marlowe reçoit un appel, il s’agit de Lennox qui a retrouvé sa femme morte et veut s’échapper. Marlowe, persuadé de son innocence, l’aide donc à quitter le pays en lui faisant traverser la frontière mexicaine. Il regarde Terry Lennox partir.

Cependant, une fois rentré chez lui, Marlowe se fait arrêter par deux policiers, car c’est le dernier à avoir vu le principal suspect, c’est-à-dire Lennox. Il se retrouve au commissariat, mais il est très vite relâché car Lennox a été retrouvé mort. Il s’est suicidé en laissant derrière lui une lettre d’aveux. Marlowe n’en revient pas. Pourtant, quelques jours plus tard, il reçoit une lettre de Lennox qui lui confirme qu’il a bien laissé « une lettre d’aveux ».

L’affaire étant close, Marlowe se retrouve ensuite engagé par l’éditeur Howard Spencer et sa femme Eileen Wade pour retrouver un écrivain qui s’appelle Roger Wade. C’est presque un jeu d’enfants pour le détective. Cependant, il trouve cet homme très mystérieux, car il boit beaucoup, et a donc souvent des trous de mémoire. L’histoire s’accélère quand Marlowe, toujours persuadé de l’innocence de Lennox malgré ses aveux, se rend compte que les Wade étaient voisins de Sylvia, et que la femme du médecin de Roger Wade, n’est autre que la sœur de la victime, Sylvia. Dans la maison des Wade, il rencontre aussi Candy, leur domestique qui est lui aussi très mystérieux.

 Pour Marlowe, tout le monde a l’étoffe du suspect, que ce soient Roger Wade et ses trous de mémoire, Candy, qui n’aime pas beaucoup Marlowe, le Docteur Loring ou même Eileen Wade, qui malgré sa beauté a un comportement plus qu’étrange.

Plusieurs intrigues se succèdent donc, jusqu’à la révélation finale, l’ultime pièce du puzzle qui permet de comprendre enfin le fin mot de l’histoire.

Deux histoires distinctes en apparence, mais qui se rejoignent pour former un tout.

 

Analyse

C’est donc une histoire plutôt sombre, avec des meurtres, racontée à la première personne. Les hommes, principalement Marlowe, sont caractérisés par leur goût pour l’alcool, les femmes, le tabac, ici la pipe, et la violence. En effet, Marlowe a quelques problèmes avec les autorités et ne supporte pas leur supériorité juridique. Il existe une sorte de jeu du chat et de la souris entre eux, mais la violence est bien là :

« En perte d’équilibre, j’étais en train de me lever quand [Dayton, le policier] m’expédia un crochet du gauche très sec. J’entendis des cloches sonner, mais pas celles de Pâques. »

On peut remarquer ici, le ton sarcastique, ou ironique, qu’emploie le narrateur. C’est aussi une des principales caractéristiques de Marlowe. Par ailleurs, on peut remarquer que les femmes, dans ce livre, ont peu d’importance, ce sont plutôt des femmes objets, qui ont peu de consistance, seraient presque transparentes. Nous sommes donc dans un univers très masculin.

 L’histoire se passe à Hollywood, et c’est un peu comme aujourd’hui avec des gens très riches, écrivains, médecins…, c’est un peu l’avant Hollywood que nous connaissons aujourd’hui.

Nous avons donc une rencontre entre deux mondes plutôt différents, un détective privé d’apparence modeste et des personnes aisées qui vivent dans le luxe.

On découvre aussi une ville peu rassurante, avec des individus ivres sur la voie publique, quelques voyous régnant sur la ville, des policiers qui aspirent à un maximum de tranquillité et qui veulent expédier au plus vite possible les affaires, un sentiment d’insécurité. Los Angeles paraît donc peu sûre.

 C’est un livre très intéressant qui nous emmène dans un univers un peu glauque. Une histoire passionnante, facile à lire grâce aux chapitres qui sont assez courts. Nous avons affaire à un vrai roman policier où on suit le détective dans son enquête, ses hauts, ses bas, ses bonnes comme ses mauvaises pistes. On cherche le tueur avec lui, cette immersion est sûrement facilitée par la narration à la première personne. Une histoire assez logique, sans coup de théâtre, même si on se doute quelque peu de la fin du livre, mais qui apparaît comme vraisemblable.

L’écriture est simple, avec pas ou peu de mots compliqués mis à part quelques termes d’argot.

Pour résumer, nous sommes bien tenus en haleine par l’auteur.

Pour finir, une remarque sur le titre français, qui est Sur un air de navaja. La navaja est un long couteau espagnol ; cependant, le mot n’est jamais écrit noir sur blanc dans le livre, même si un couteau de ce style apparaît dans l’histoire mais de façon très furtive, et il n’a quasiment pas d’importance pour l’histoire. Il y a donc, pour moi, une incohérence dans le choix de cette traduction de titre.
 

Marion, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 07:00

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Lucio MAD
Dakar en barre
Première parution
Mai 1997 aux éditions Baleine,
collection Le Poulpe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucio Mad
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Lucio Mad s’appelait en réalité Eric Madelin. C’est en hommage à Lucio Fulci qu’il a choisi ce pseudonyme, ce qui éclaire déjà la personnalité de cet auteur né en 1962 et décédé en 2005 d’un cancer du poumon. Il était tout autant écrivain, poète, metteur en scène et scénariste ; il a notamment créé l’Asile Culturel en 1980, une compagnie de théâtre jouant ce qu’il appelait du théâtre de série B, soit du théâtre un peu fauché, sans autre prétention que la sympathie du public. Il était également amateur de hip-hop et a participé à de nombreuses revues, réalisant à l’occasion des articles reconnus. Mais Lucio Mad avait surtout un véritable amour pour l’Afrique, et le Sénégal plus particulièrement. Après plusieurs voyages là-bas, il s’est lié d’amitié avec de nombreux auteurs, et a notamment permis à Abasse NDione de se faire connaître en France, et de publier chez Gallimard son roman La Vie en spirale. Son écriture est simple, humble, accessible.



Bibliographie

Les Trafiqueurs,  Gallimard, La Noire, 1995
Dakar en barre, Baleine, Le Poulpe, 1997
Paradis B, Gallimard, La Noire, 1998
Black  (scénario)



Collection le Poulpe

La collection Le Poulpe a été créée en 1995 par Jean-Bernard Pouy, avec La petite écuyère a cafté. C’est le premier roman qui raconte les aventures de Gabriel Recouvreur, dit Le Poulpe. Personnage atypique du roman noir, anarchiste, justicier, amateur de bière, d’aventures et d’érotisme, il est surtout le personnage central d’une série de romans à contraintes. Structure du roman (crime, découverte du crime dans les journaux, rubrique faits divers, par le Poulpe, aventures et rebondissements jusqu’à la résolution de l’enquête, puis retour à la situation du début), personnages récurrents car obligatoires, mais aussi obligation d’introduire des combats, pas mal d’alcool, et surtout un livre. C’est une collection ouverte, sans sélection, les manuscrits sont publiés par ordre d’arrivée. Aujourd’hui la collection a été adaptée au cinéma, en bande dessinée. Le nombre de romans a atteint les 270 titres.



Dakar en barre

Dans Dakar en barre, Lucio Mad nous emmène avec le Poulpe au Sénégal, sur les traces de bandits coupeurs de tête, après l’appel de son ami O. Chiminh. Il emmène avec lui La Vie en spirale, roman d’Abasse NDione, auteur sénégalais, qui selon lui vaut mieux que tous les livres touristiques sur le Sénégal. Cet auteur, ami de Lucio Mad, va donc être très présent dans le livre. Durant tout le roman, on va regarder évoluer le Poulpe au Sénégal, après avoir quitté un Paris pluvieux et triste ; il va en effet se trouver plongé dans une chaleur étouffante, au milieu de marabouts et de dangereux trafiquants d’herbe. Il va, au fur et à mesure du roman, s’acclimater, s’imprégner de ce pays, de ces gens, et c’est ainsi qu’à la fin éprouvera un grand respect pour les Sénégalais, qu’il quittera à regret, mais aussi pour les marabouts qu’il prenait auparavant pour des charlatans, et pour cette langue, le wolof, qu’il va finir par aimer et comprendre à force de la pratiquer. Dakar en barre est donc un polar, puisque l’on suit l’enquête du Poulpe, mais c’est surtout une déclaration d’amour au Sénégal par le plus africain des auteurs parisiens, ainsi qu’un récit de voyage palpitant, drôle, parfois émouvant, mais c’est surtout une véritable immersion au cœur de ce pays que nous offre l’auteur.

F.M., 2e année Éd.-Lib.

 

 

Lire également l'article de Julie sur le polar africain.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 07:00

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TSUGE Yoshiharu
L’Homme sans talent
Titre original : Muno no hito
Traduction et adaptation graphique
Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet
Ego comme X, 2004



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme sans talent est un manga tout d’abord publié au Japon par chapitres dans la revue Comic Baku  en 1985-86, puis dans sa version intégrale en 1987. Il est édité en France en 2004 chez Ego comme X, éditeur spécialisé dans la bande dessinée autobiographique.

Plus qu’un manga, il s’agit en fait d’un Gekiga (littéralement dessins dramatiques), c’est-à-dire un manga aux thèmes adultes, ou manga d’auteur.



L’histoire est celle de Sukezō Sukegawa, un personnage sobre, auteur de manga, lassé de voir que le milieu de la bande dessinée ne s’intéresse pas au côté artistique de son œuvre et néglige les dessinateurs même réputés.

S’éloignant de plus en plus du milieu du manga et refusant les commandes, cet homme envisagera les professions les plus farfelues pour continuer à nourrir sa femme et son jeune fils. Accumulant les problèmes d’argent, les projets fous et les échecs, il sera vendeur de vieux appareils photo, puis antiquaire, pour enfin devenir marchand de pierres.

Ce personnage plutôt passif semble fuir la réalité et ne pas être acteur de sa vie. Se mettant lui-même en marge, il n’est pourtant pas sans talent puisqu’il fut un auteur de manga réputé. Sa femme, de plus en plus aigrie et lasse de leur situation précaire, l’accable de remarques amères et méprisantes, et le harcèle pour qu’il reprenne le dessin.

Le cours du récit nous amène à rencontrer des personnages singuliers, parfois pathétiques, toujours en marge de la société ou vivant dans la misère. Souvent moins rejetés par les autres que s’étant exclus eux-mêmes, on découvre un maître oiseleur préférant vivre dans la pauvreté en continuant à dresser des oiseaux traditionnels, plutôt que de suivre la tendance moderne des oiseaux exotiques, ou bien encore un petit bouquiniste passant ses journées à feindre d’être malade et à dormir dans sa boutique.

Ces personnages oisifs et mélancoliques, dont la situation est identique à celle de Sukezō Sukegawa, vivent en marge de la société japonaise où efforts et travail acharné sont la norme. Ils évitent sciemment la réalité pour essayer de vivre une vie d'artiste, sombrant de plus en plus, même si Sukezō Sukegawa ne semble pas l’admettre et préfère se voir  comme victime.
Larve

Le récit apporte une réflexion sur leur mode de vie et la raison de leur fuite, avec beaucoup de poésie et de philosophie, surtout dans le dernier chapitre où l’on découvre Seigetsu, maître du haïku, vivant à l'époque de la restauration de Meiji et mort dans la plus grande misère.

C’est une lutte entre le rêve, l’envie de liberté et la réalité. Cette lutte se traduit dans le récit par l’interruption brutale et systématique de toute pensée philosophique, ou rêve, par des éléments banals et triviaux du quotidien.

Dans cet univers assez sombre, ponctué de notes d’humour et d’ironie, Tsuge nous fait découvrir avec beaucoup de poésie la société japonaise des années 70, en pleine mutation, où la tradition et les valeurs ancestrales se trouvent brutalement confrontées à l’arrivée de la culture occidentale moderne.



L’auteur

Figure incontournable du Gekiga, Yoshiharu Tsuge fonde la bande dessinée du « Moi », dans les années 1960.

Il occupe une place considérable dans l'histoire de la BD au Japon, puisqu’il initie le manga à ce qui était jusque-là réservé à la littérature, le shishôsetsu, autrement dit l'autobiographie, en s'appuyant sur son propre vécu pour raconter des histoires.



L’Homme sans talent est résolument une autofiction puisque, comme son personnage, Tsuge produit peu, dégoûté par le milieu du Manga qui refuse de reconnaître son travail comme un art. Il n’a que peu de commandes de la part des éditeurs, ce qui le confronte à des difficultés économiques. Comme Sukezō Sukegawa, il pense à arrêter le manga pour ouvrir un commerce.

Tsuge révèle cela deux ans après la publication de L’homme sans talent, dans un entretien avec Hiroshi Yaku, ancien éditeur de la revue Comic Baku, pour laquelle il travaillait. Lorsqu’on lui demande quel type de commerce il aimerait tenir, Tsuge répond :

« Antiquaire, comme un de ceux qu’on voit dans l’Homme sans talent, ou vendeur d’appareils photo, ou passeur sur la rivière Tama. Mais j’ai plus sérieusement pensé à devenir bouquiniste. »
 
Pareillement à son personnage, Tsuge fuit la réalité et préfère le rêve, se réfugiant dans la lecture :

« Un être humain comme moi n’est pas adapté au monde dans lequel nous vivons. Si je me suis mis à lire, c’est parce que j’avais du mal à vivre, et que je me demandais s’il n’existait pas une méthode pour vivre plus sereinement. »

Il dit également se sentir marginal, et explique que c’est la raison pour laquelle il lisait beaucoup de shishôsetsu : selon lui, il se sent proche des auteurs de ce type de littérature car ce sont tous plus ou moins des exclus de la société.

Certains des éléments de L’homme sans talent  viennent de rencontres qu’il a réellement faites, comme c’est le cas pour l’homme-oiseau du chapitre 3 :

« Il m’arrive de dessiner une histoire qui date d’il y a dix ans. C’est le cas du "Maître des oiseaux". Cette histoire, je l’ai imaginée avant la naissance de mon fils. […] Je me promenais avec ma femme et nous avons croisé un homme avec cette allure, en train de manger son casse-croûte. Je n’ai pas imaginé l’histoire sur le champ, mais durant une fraction de seconde, je me suis dit qu’une fois terminé son casse-croûte, il s’envolerait dans le ciel. »

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De plus, beaucoup d’éléments du récit sont semblables à la vie privée de Tsuge.
En plus du fait que son personnage soit un mangaka ayant des difficultés financières et désirant s’éloigner du monde décevant de la BD, il semblerait que l’auteur vive aussi des tensions familiales fortes, notamment avec sa femme.

Le fils de Tsuge se prénomme Shōsuke, ce qui n’est pas sans rappeler le prénom du fils du personnage principal : Sansuke. L’épouse de l’auteur travaillait autrefois dans un vélodrome près de chez eux, ce qui rappelle dans le récit la femme de l’oiseleur, qui elle aussi travaille dans un vélodrome proche.

Yoshiharu Tsuge a également vendu des appareils photo pendant une période, jusqu'à ce que la récession économique le force à arrêter. C’est alors qu’il a obtenu un permis d’antiquaire.



L’entretien avec Hiroshi Yaku nous dévoile de nombreux autres éléments de sa vie personnelle qui sont similaires a l’univers de son récit ; qu’il s’agisse d’éléments réels ou de l’état d’esprit et des convictions du personnage principal, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a beaucoup de Tsuge dans L’homme sans talent.

« Désabusé la plupart du temps, lyrique quand il le faut, le prolixe Tsuge joue l’autofiction et se confond volontiers avec son personnage. » Beaux-Arts.

 

 

Mélodie, 2e année Bib.-Méd.

 

 

Liens

 

 

Site de Ego comme X : http://www.ego-comme-x.com/

« Philosophie Du Clochard », entretien avec Yoshiharu Tsuge par Hiroshi Yaku : http://www.ego-comme-x.com/spip.php?article549

 

 

 


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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 07:00

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Will EISNER
Au coeur de la tempête, 1991
Delcourt,

Coll. Contrebande, 2009



 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

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Né en 1917 dans la banlieue de New York, Eisner entame sa carrière de dessinateur en 1936, en publiant dans WOW What a Magazine ! Il va alors connaître un succès considérable, avec, principalement, le succès de sa série The Spirit. Mobilisé pour la guerre, où il dessine des affiches de propagande, il poursuivra sa carrière de dessinateur de comics d'aventure jusqu'en 1952. Il abandonne alors sa carrière de dessinateur pour se consacrer, tout au long des années 60-70, à l'enseignement du dessin.

Il reprend les crayons en 1978 en publiant Un pacte avec Dieu. Grâce à ce titre, marquant dans l'histoire de la bande dessinée, il invente le roman graphique et fait sortir de l'underground ou de la simple distraction un genre qui commence à être qualifié de 9e art. La seconde partie de sa carrière s'orientera vers une série de romans graphiques rompant avec ses œuvres précédentes. Œuvres de fiction dépeignant la vie de tous les jours (Big City), autofictions (Le Rêveur), adaptation de grands textes classiques (Faghin le juif), Eisner mêlera les genres jusqu'à sa mort, en 2005, n’interrompant jamais sa carrière et devenant une légende de la bande dessinée.

Il existe depuis 1988 un prix prestigieux, les Eisner Awards, récompensant les meilleures bandes dessinées de l'année dans un grand nombre de catégories. Eisner aura aussi beaucoup théorisé sur la bande dessinée, notamment grâce à deux livres faisant encore aujourd'hui référence : L'Art séquentiel et Le Récit graphique.


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L'ouvrage

Bande dessinée s'inspirant de sa propre jeunesse, Au Cœur de la tempête se déroule alors que deux hommes mobilisés pour la Seconde Guerre mondiale discutent de l'actualité dans un train. Un troisième, de dos, observe le paysage qui défile, lui rappelant ses propres souvenirs. On voit alors le jeune Will emménager dans son nouveau quartier, se faire de nouveaux amis, mais aussi se heurter à la haine et aux préjugés provoqués son origine juive. Dans ce véritable roman familial, Eisner raconte la jeunesse de ses parents ainsi que la vie de ses grands parents qu'il n'a jamais connus.
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Si l'aspect familial prend un place importante dans le récit, nous permettant de mieux comprendre l'héritage culturel et social d'Eisner, la question de la religion tient une place importante. Évoquant un fait relativement méconnu, l'antisémitisme  américain, d'une violence comparable à celle que connaît l'Europe des années 30, Eisner confronte sans cesse ses personnages aux préjugés et au mépris, combattus vigoureusement et pacifiquement par le père de Will.

En accord avec le scénario, l'aspect graphique se découpe en trois parties distinctes : les scènes du train, brèves, permettent, par le biais du paysage filant, d'introduire un épisode de la jeunesse de Will ;  par le biais d'un objet ou d'un événement, la vision d'un déménagement ; un modèle précis de voiture sert de prétexte à  Eisner pour revenir vers la jeunesse de son alter ego.

Ces parties, souvent introduites sans détails quant au contexte, mais venant souvent à être explicitées plus tard et contextualisées par de menus détails (journaux titrant sur l'invasion de la Pologne...), sont typique de la narration d'Eisner. Utilisant peu de cases, mais laissant le dessin, sur un fond blanc, se structurer lui-même, ce qui lui permet de mieux souligner l'action, les émotions de ses personnages.

Enfin, la troisième partie, racontant la jeunesse de ses parents (qui en sont eux-même les narrateurs), est présentée comme une documentaire. Un titre marquant le lieu et la date informe le lecteur, et le fond blanc fait appel au fond noir, soulignant non seulement l'aspect passé des événements, mais permettant aussi à Eisner d'accentuer davantage l'aspect intime de ces passages.


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Point commun à l'ensemble du récit, le dessin d'Eisner est caractérisé par un trait réaliste, mais exagérant sans cesse les expression du visage, les postures des personnages. Son aspect dynamique et théâtral semble mettre en scène les personnages dans leur propre rôle.

Gaspard, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Will EISNER sur LITTEXPRESS

 

Eisner New York 1

 

 

Article d'Eloi sur la trilogie New York.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 07:00

Ian McEwan Le Reveur




Ian McEWAN
Le Rêveur
Traduction
Josée Strawson
Illustrateur
Anthony Browne
Gallimard jeunesse
Folio junior, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

 
Ian-McEwan-sous-les-draps.gifNé à Aldershot le 21 juin 1948, Ian McEwan est considéré aujourd'hui comme un grand auteur. Également scénariste, il adapte au cinéma son œuvre Expiation sous le titre de Reviens-moi en 2007.
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Il écrit deux recueils de nouvelles, First Love, Last Rites en 1975 et In-Between the Sheets en 1978. Ces deux recueils seront traduits en France de manière incomplète dans le recueil Sous les draps et autres nouvelles aux éditions Gallimard en 1997. La maison d'édition décidera en 2001 de publier une partie de ce recueil dans l'ouvrage Psychopolis et autres nouvelles. Ces deux œuvres regroupent des nouvelles où la curiosité sexuelle de l'auteur est exacerbée au point de nous présenter des scènes dérangeantes. Fasciné par l'interdit et l'excentricité, il joue avec des personnages et des lieux volontairement inconvenants. En 1999, il publie son premier roman pour la jeunesse, un recueil de sept nouvelles, à mi-chemin entre l'autobiographie et la nouvelle fantastique. A l'inverse de ses nouvelles pour adultes, l'auteur utilise poésie et légèreté dans son écriture.

 

Le personnage de Peter
 
Le héros des nouvelles, Peter Fortune, âgé de dix ans, a la particularité notoire d'être un grand rêveur. Son imagination l'emporte dans des mondes fantastiques, aux dimensions surnaturelles, où les limites n'existent plus. Cet univers permet de laisser en suspens le lecteur qui ne peut s'empêcher de douter de la véracité des faits à la fin de chaque histoire. Ce procédé rappelle la chute que l'on retrouve dans les nouvelles traditionnelles et nous permet de comparer chaque chapitre à une nouvelle.

Si le premier chapitre est une présentation du personnage de Peter et de sa famille, il nous permet surtout d'appréhender la complexité de l'imagination du garçon. Cette présentation se fait via une histoire ordinaire qui se révélera être pour notre héros une aventure et ce au grand désarroi de sa petite sœur Kate.

Un matin, Peter se retrouve avec la responsabilité d'accompagner Kate à l'école. Assailli par les recommandations maternelles, il promet de tenir la main de sa petite sœur durant tout le trajet en bus. Une fois en route pour l'école, Peter s'invente une grande aventure où sa sœur est prisonnière tour à tour de dragons, pirates et gangsters. Dans chacune de ses inventions, Peter est le héros qui sauvera in extremis sa sœur de la mort. Une fois arrivé à l'école, Peter s'aperçoit qu'il n'a su mener à bien sa mission lorsqu’il constate l'absence de sa sœur qu'il a oubliée dans le bus. Cette première nouvelle nous prépare donc à une suite d'aventures rocambolesques, fruit de l'imagination du garçon, mais qui sait ce qu'il s'est réellement passé ?



La métamorphose

La métamorphose est très présente dans le recueil de Ian McEwan ; trois des sept histoires mettent en scène une transformation de Peter qui lui permet de voir le monde sous des angles différents. Peter découvre ainsi son environnement sous les traits d'un chat, d'un bébé et d'un adulte. Ces nouvelles sont particulièrement intéressantes car elles nous permettent de mettre des mots sur des sensations inconnues et intraduisibles surtout quand le lecteur a l'âge de Peter. Les deux nouvelles les plus intéressantes à mon sens sont intitulées « Le bébé » et « Les grands ».

Le récit intitulé « Le bébé » nous raconte comment Peter s'est retrouvé dans la peau d'un bébé par l'intervention mystérieuse de sa petite sœur... L'histoire commence avec l'arrivée de la tante de Peter et de son bébé dans le cocon familial. C'est ici que commence le cauchemar pour notre héros qui ne supporte ni les cris du nourrisson ni son incessante manie de dévorer ses jouets. Peter ne peut plus prendre sur lui et expose son agacement à sa sœur... Kate, très perspicace, essaye de faire comprendre à son frère que ses sentiments de colère viennent de la jalousie qu'il éprouve. Pour lui donner une bonne leçon elle décide, grâce à son déguisement de fée, d'échanger le corps de son frère avec celui du bébé. Cette métamorphose est très étrange car elle offre une conscience à un être qui en est normalement dépourvu. Nous pouvons donc par ce procédé découvrir le monde avec les yeux d'un bébé. C'est un procédé très ingénieux et l'on ressent très bien la frustration de Peter dans ce corps qu'il ne maîtrise pas. Peter ne récupérera son corps qu'au moment où il comprendra le nourrisson et c'est à la fin de l'histoire que le garçon acceptera la présence du nourrisson et réintégrera son propre corps.

La nouvelle « Les grands » est très importante car elle clôt le recueil après une transformation de Peter en adulte. L'action se déroule pendant les vacances d'été. Peter et sa famille louent une maison au bord de la mer avec leurs amis et commence alors pour les enfants une période de jeux, de rires et de détente. À l'inverse de leurs enfants, les adultes sont tout le temps stressés, énervés et passent leur temps à se disputer... Peter se dit alors que devenir adulte est la pire chose qui puisse lui arriver. Au réveil d'une sieste paisible, il se retrouve dans le corps d'un adulte. Il va alors entrevoir malgré ses appréhensions combien il est agréable d'être un adulte reconnu, écouté et respecté. Il va en outre découvrir des joies réservées aux grands comme le plaisir de conduire, le goût et l'effet du café et bien entendu l'amour. Quand Peter découvre l'amour, le monde des enfants et ses jeux lui paraissent moins attrayants. Puis, après une journée d'adulte bien remplie, Peter part se coucher et se réveille dans son corps enfantin ; c’est alors que sa mère l'interpelle : « As-tu fait une bonne sieste mon chéri ? » Peter est soulagé de retrouver sa vie d'enfant mais ne redoute plus l'idée de devenir un adulte. Cette nouvelle permet de mettre des mots sur une angoisse enfantine : la peur de grandir. Le recueil se termine sur une note très positive et très poétique, comme une porte qui se ferme sur un monde pour s'entrouvrir sur un autre.



Ce livre est très plaisant et à mettre entre toutes les mains à partir de dix ans. Je le conseille néanmoins aux adultes qui comme moi sont restés coincés entre les deux mondes.


Amélie, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Ian McEWAN sur LITTEXPRESS

 

Ian McEwan Le Reveur

 

 

 

 

Article de Catherine sur Le Rêveur

 

 

 

 


 

Ian McEwan Expiation

 

 

 

Article d'Hélène sur Expiation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 07:00

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MIYAZAWA Kenji
Les Fruits du Gingko
Traductrice : Hélène Morita
Ed. Le Serpent à plumes
Collection « Motifs », n°271



 

 

 

 

 

 

 

 

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Un auteur mystique ?

Kenji Miyazawa  est né en 1896  à Hanamaki  dans la préfecture d’Iwate, et mourut en 1933 à l’âge de 37 ans. Il dédia sa courte vie à sa ferveur bouddhique ainsi qu’à sa créativité inouïe. Kenji était un homme dévoué aux paysans pauvres de sa région déshéritée. Musicien, scientifique, militant social et poète, il ne connut malheureusement pas le succès de son vivant. Seulement deux textes furent publiés de son vivant : Le restaurant aux nombreuses commandes, Ashura et les premiers versets de Printemps.

Kô Kuriyagawa, un critique littéraire qui fit des études de lettres en France fut bercé plus d’une fois par les histoires de Kenji Miyazawa. Pour lui, le mysticisme de l’auteur viendrait de la quasi-impossibilité de savoir de qui a pu s’inspirer l’auteur et dans quel courant le situer. Il précise dans la préface de l’ouvrage Les pieds nus de lumière (éd. Le Serpent à Plumes ,1998) que Kenji Miyazawa ne s’explique pas mais se ressent.

Le Poète de l’ombre n’a pas connu de succès pour ses poèmes mais aujourd’hui il est un des auteurs incontournables du Japon avec Murakami Haruki, abreuvant les petits et les grands d’histoires à l’imperceptible magie. Au Japon, certaines de ses œuvres ont été adaptées en animation comme Train de nuit dans la voie lactée, d’autres ont été éditées pour jeune public.


La plupart de ses œuvres ont été traduites par Hélène Morita et publiées en France aux éditions Le Serpent à Plumes.

Biographie réalisée grâce aux sites et livre :
Skunkin.net :  http://www.shunkin.net/Auteurs/?author=98
Wikipedia :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Kenji_Miyazawa
Préface de Kô Kuriyagawa : dans Kenji Miyazawa, Les Pieds nus de lumière, éd. Le Serpent à Plumes, 1998.



Et l’Écriture ?

L’écriture de Kenji Miyazawa est un envoûtement des mots perceptible par vos sens, c’est une magie qui vous emporte, un coup de pinceau vous donnant les couleurs de l’aube, la lumière du printemps et la musique de l’envol des feuilles en automne.


Les écrits de K. Miyazawa possèdent une dimension intime, étonnante par son énergie et sa malice, qui provoque en vous une certaine fascination  des paysages et des moments qu’il nous offre ; lors du départ des Enfants-fruits du Gingko prêts à tomber, la mère pleure : «  La mère, dans sa tristesse, n’avait cessé jusqu’à l’aube de laisser choir ses cheveux d’or qui dessinaient comme de petits éventails. »

L’or et les diamants reviennent souvent dans l’œuvre de Kenji Miyazawa, il compare souvent les trésors de la nature à des éléments précieux : « tous les grains acérés du vent d’automne vont faire céder leurs attaches d’or au sommet des fleurs ». « Yomata, le lys merveilleux ».

Kenji Miyazawa peint un paysage avec des mots aux couleurs vives, il matérialise un esprit, il vénère l’automne tandis que nous, Occidentaux, l’accueillons en faisant la moue, et dénonce les défauts humains au travers d’une étrange fable :
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Étrange fable ou leçon de morale ?

Étonnante et amusante, propre à la culture japonaise, notamment dans la nouvelle « Les trois diplômés de l’École du Blaireau » : une limace, un raton laveur et une araignée vont à l’école du Blaireau mais la rivalité règne à l’école, la jalousie aussi, la cruauté, la vengeance… étrangement ; il va prêter des caractères humains aux animaux semblables à ceux de La Fontaine mais sans établir de morale ; il punit chaque personnage par la mort.

La matérialisation de l’automne : dans « Yomata le lys merveilleux », un peuple attend Shōhenchi : « On dit que demain matin, vers sept heures, le vénérable Shôhenchi franchira la rivière Himukya, et qu’il entrera dans notre ville. » Tout porte à croire que c’est un personnage très attendu, le peuple s’affaire donc à nettoyer les rues, à rentrer du bois, à construire des maisons et à trouver une fleur de lys en offrande à Shōhenchi, puis à sept heures : « Il y eut soudain venant de l’autre rive, comme un léger arc-en-ciel doré qui s’élevait dans le ciel en traversant les bois verts. Tous se prosternèrent au sol ». C’était l’arrivée de l’automne que Kenji Miyazawa nous contait en le personnifiant sous le nom de Shōhenchi. Pureté, grâce et lumière s’entremêlent dans cette nouvelle.

La matérialisation des esprits : l’auteur attribue une apparence humaine aux esprits dans la nouvelle « La Biographie de Nénémou Pène-nène-nène-nène-nène ». Kenji Miyazawa nous déstabilise car les esprits pour nous sont éphémères, ils relèvent de croyances et sont intouchables. Nénémou, lui, vit dans le monde des esprits parmi les esprits châtaignier qui crachent de la vapeur, les esprits-pousses-de-fougères, un esprit pain pour combler sa faim ou regarder l’Astre solaire : « particulièrement rayonnant on aurait même dit que ce matin là, il s’était rasé de près.»
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Un récit aux facettes multiples ?

Outre la richesse des mots et des images, l’auteur émaille le texte de petits poèmes en vers libres, chantés ou récités par les personnages de la nouvelle. Le poète ne nous plonge pas dans un lyrisme plombant ; au contraire, nous sommes transportés par la douceur des dialogues, du récit et de l’implantation des décors.

Les nouvelles peuvent faire penser à des fables mais aussi à des contes. Elles peuvent tout à fait se prêter à l’oralité,  accompagnées de dessins et d’un peu de théâtre !



Alors ? On lit ?

Kenji Miyazawa, ce sont des œuvres aux mots délicieux, ce sont des œuvres à poser sur une table de chevet à côté d’un thé vert, ce sont des œuvres à déposer dans vos bibliothèques privées, publiques, à acheter dans vos librairies petites ou grandes, ce sont des œuvres à lire dans un jardin en automne à la lumière du soleil, ce sont des œuvres à partager,  à laisser sur un banc public pour que quelqu’un d’autre puisse s’évader, ce sont des œuvres à s’approprier, ce sont des œuvres de rêve. On lit !

 

 

Agnès L., 1ère année Bibliothèque

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Published by Agnès - dans Nouvelle
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