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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 10:00

15 au 20 mars Bordeaux

organisé par la librairie Olympique

et

l'Association Culturelle du Marché des Chartrons.

 

 

Jeudi 17 mars
20h30, locaux de la librairie Olympique,

soirée "Les Mots Erotiques"

avec Giovani Dotoli, professeur de littérature,

Rome Deguergue et David Schnee, écrivains.
Organisation : Justine BARBE, étudiante en métiers du livre et chargée de communication chez Cheyne éditeur.

Présentation

de l'Anthologie de Poésie Erotique Française du Moyen Age à nos Jours, éditions Herman.

Anthologie-poesie.gif

 

 

Samedi 19 mars


11h30,

Halle des Chartrons
Accueil de l’auteur suédois Björn Larsson

et de l’écrivaine vietnamienne Duong Thuy

14h00,

Halle des Chartrons,

présentation des éditions Cheyne
par Jean-Marie Barnaud

18h00,

Halle des Chartrons,

conférence de Jean-Pierre Lefebvre
sur Paul Celan

18h00,  

Halle des Chartrons,

lectures de Paul Celan et jazz.

 

 

 

 

Dimanche 20 mars

13h30.

Carlos Alonso Diaz

pour son livre Les déferlantes nocturnes, éditions Abordo.

14h.

Présentation de la revue Fario .

15h00,  

Halle des Chartrons,

Daniel Martinez présente la revue Diérèse .

16h00,  

Halle des Chartrons,

Jorge Luis Borges : Tango et Confidences

de Jean-Pierre Bernés

présenté par Denis Decourchelles.

 

 

 

Programme détaillé et plan d’accès  ici (pdf).

 

 


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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 07:00

Judith-Hermann-Maison-d-ete-plus-tard.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Judith HERMANN
Maison d’été, plus tard
Titre original
Sommerhaus, später
Fischerverlag, 1998
traduit de l’allemand
par Dominique Autrand
Albin Michel, 2001


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’instant, c’est ce qu’évoque le recueil de Judith Hermann. À travers sept nouvelles cette jeune auteure berlinoise nous ouvre les portes d’un univers imprévisible, étrange et très touchant. Il s’agit toujours de vous, de moi, d’une personne banale. Cependant, ce qui fait le charme de la vie ce sont bien ces petites choses inattendues, ces bouleversements qui marquent chaque parcours.

 

Que l’on soit baigné dans la moiteur des Antilles ou dans l’atelier poussiéreux d’un artiste berlinois, c’est à chaque fois un surgissement. Ce sont des personnes qui paraissent bancales, qui ont quelque chose d’inapproprié. On pourrait les railler, les rejeter et pourtant elles sont bien là. Elles se creusent un tout petit trou dans la vie de l’autre et, d’une manière que l’on ne s’explique pas, elles apportent un peu plus. Ces apparitions révèlent finalement ce qui fait le vide, le plein d’une vie. On y apprend à relativiser, à accepter la différence ou l’incompréhension. On se focalise sur le moment, l’aspect éphémère d’une relation qui sera rendue vaine par le temps et la vieillesse ou le retour à la normalité très réglée du quotidien (fiancé, travail, fin d’une période de vacances …)

 

Chaque récit a son originalité, aucun personnage ne ressemble aux autres. Pourtant ils portent tous en eux quelque chose de mystérieux, une blessure, un flegme, une incompréhension … on ne sait pas. Ils peuvent parfois même nous sembler quelque peu asociaux et à la fois plein d’humanité. Ils sont traversés par une certaine incertitude ou une fêlure, et c’est précisément ce qui, dans un même élan, les rapproche et les éloigne du lecteur.

 

Dans un style, tour à tour, lancinant et incisif, Judith Hermann parvient à nous transporter au plus profond de la relation humaine. Le lecteur s’immerge dans cette langue pour que celle-ci disparaisse et laisse finalement place aux seules émotions.

 

« Sonja war biegsam. Ich meine nicht dieses »biegsam wie eine Gerte«, nicht körperlich. Sonja war biegsam – im Kopf. Es ist schwierig zu erklären. Vielleicht – dass sie mir jede Projektion erlaubte. Sie erlaubte mir jede mögliche Wunschvorstellung von ihrer Person, sie konnte eine Unbekannte sein, eine kleine Muse, jene Frau, der man auf der Straße begegnet und an die man sich noch Jahre später mit dem Gefühl eines ungeheuren Versäumnisses erinnert. Sie konnte dumm sein und bieder, zynisch und klug. Sie konnte herrlich sein und schön, und es gab Augenblicke, da war sie ein Mädchen, blaß im braunen Mantel und wirklich unwichtig; ich glaube, sie war so biegsam, weil sie eigentlich nichts war. »

 

« Sonia était souple. Je ne veux pas dire par là souple comme un roseau, souple au sens physique, non. Sonia était souple – dans sa tête. C’est difficile à expliquer. Peut-être m’autorisait-elle toutes les projections. Elle m’autorisait à la percevoir de toutes les façons possibles, selon mon désir elle pouvait être une inconnue, une petite muse, cette femme que l’on rencontre un jour dans la rue et dont on se souvient encore des années plus tard avec le sentiment d’une formidable occasion manquée. Elle pouvait être bête, et brave, cynique et intelligente. Elle pouvait être superbe, et belle, et à d’autres moments c’était la petite fille, pâle dans son manteau marron et tout à fait insignifiante ; je crois que si elle était souple c’est parce qu’en vérité elle n’était rien du tout. »

 

Alice, A.S  Éd-Lib.

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 07:00

Pauline Bernard • Sandrine Guibouin
Mars 2011
 
 

Revue-303-Carnets-de-voyage.JPG

 

 

 

Sommaire

 

 

Présentation de la  revue 303
303 : une revue culturelle
Le carnet de voyage : traitement du sujet par la revue 303.


Présentation du carnet de voyage(s)
Le carnet de voyage : phénomène de mode ?
  

Rencontre avec Pascale Argod
 

 

 

 

 

Présentation de la revue 303  

 

303 : une revue culturelle

C’est dans la ville de Nantes que la revue 303 est implantée depuis plus de 25 ans. Défense et illustration des richesses culturelles en Pays de la Loire, tel est le projet  éditorial que poursuit la revue 303.
 
A l’origine, la revue 303 est née d’un projet ambitieux, d’une forme d’ambition politique, qui était d’essayer  de créer dans le nouveau  « territoire » administratif de la Région des Pays de la Loire, une certaine forme d’identité culturelle ligérienne, malgré la diversité des richesses patrimoniales  et à la confluence de trois influences culturelles : vendéenne, bretonne et angevine.


Son nom est d’ailleurs né du hasard de l’addition des numéros départementaux de la région : 44 (Loire-Atlantique)  + 49 (Maine-et-Loire)  +  53 (Mayenne) + 72 (Sarthe) + 85 (Vendée).
 CartePays-de-la-Loire.gif
 
Ouverte aux beaux-arts, à la création  contemporaine et à la recherche, richement illustrée, la revue 303 édite quatre trimestriels par an et un hors série thématique. La qualité de sa ligne éditoriale lui a valu le prix Vasari de la revue d’art (1991) et  le prix Camera – CNRS – UNESCO de la meilleure publication culturelle (1999).

Subventionnée  par la région des Pays de la Loire, la revue est diffusée par abonnement, en librairie, maisons de la presse et sur le site  www.revue303.com
 

 

Depuis 2007, la maison d’édition a enrichi son catalogue et élargi son savoir en devenant dépositaire du fonds complet des publications issues des recherches du service de l’inventaire des Pays de Loire.

 

 
Le carnet de voyage : traitement du sujet par la revue 303.

Sommaire-303.jpgSommaire du numéro 112

 

 

Qu’est-ce qu’un carnet de voyage ?

Tantôt récit de quête ou d’exil, de découverte ou de commémoration, tantôt voyage au long cours, narration  s’improvisant  sur  la  route ou  recomposition du  souvenir,  le  récit de voyage, Informe ou multiforme, s’avère difficile à cerner.


Il semble fait de bribes, d’impressions, de descriptions et de digressions. C’est dire si les approches de ce « genre littéraire » se révèlent disparates, ne mettant en avant que  l’ambiguïté et la suspicion qu’il a longtemps suscitées. Cependant, le récit de voyage n’est pas pour autant un genre mineur subordonné à des réalités éphémères. Qu’ils soient explorateurs, artistes et écrivains ou touristes, tous crayonnent durant leur voyage A l’autrebout du monde ou dans une  salle de cour d’assises. Planches naturalistes, carnets d’ethnologues, relevés scientifiques ou tout simplement impressions de voyages, tous ces journaux de bord jalonnent un parcours historique et artistique d’un genre particulier.


Qu’il  s’agisse d’un agenda, d’un  carnet de  voyage, d’un bloc-notes ’écrivain, d’un carnet de peintre, d’une pellicule, d’un film… Le point commun reste le cheminement au cours duquel s’instaure un dialogue avec le monde.


Cet ouvrage thématique de 303 propose en filigrane une définition par petites touches du Carnet de voyage…

 

 


Présentation du carnet de voyage(s)



 « Qu’est-ce qu’un carnet de voyage ?
Tantôt récit de quête ou d’exil, de découverte ou de commémoration, 

(...) le récit de voyage, informe ou multiforme, s’avère difficile à cerner. »

 

 

 

 Le carnet de voyage : phénomène de mode ?
 
Selon  Pascale Argod,  enseignante  à  l’Université  de  Bordeaux  III (Cf.  infra),  le renouveau du carnet de voyage(s) s’est fait dans les années 1990.

Peter-Beard.jpgLe  précurseur  de  l’engouement qui suivra  fut Peter  Beard, photographe artiste et documentariste américain. En effet, en 1996-1997, il a exposé au Centre national de la photographie ses Carnets africains.
 
Selon  Pascale  Argod,  « il  est  un  des  premiers  à  coller  des photos,  à les retravailler, les modifier à partir de traces et d’empreintes », caractéristiques du carnet d’aujourd’hui.
 

 

Peter Beard

De nombreux artistes ont suivi ce modèle. Parmi eux nous pouvons citer Yvon Le Corre, peintre et voyageur français, auteur de plusieurs ouvrages, carnets devoyage(s) et récits. Mais également Titouan Lamazou qui depuis 2002 s’est concentré sur son projet  « Femmes du Monde »,  un ouvrage consacré au monde en général à travers des portraits de femmes de tous horizons.

Aux artistes se sont ajoutés les éditeurs. La première maison d’édition à publier des carnets de voyage(s) fut Gallimard en 2000, dont la collection comporte aujourd’hui 29 ouvrages. Elle fut très vite suivie par  d’autres maisons ; l’édition de carnets de voyage(s)  est vite devenue une production importante. Beaucoup d’éditeurs en ont rapidement fait une collection riche de dizaines de carnets.

Selon l’avis général des carnettistes et autres professionnels des carnets de voyage(s), l’apogée de l’engouement pour les carnets s’est située dans les années 2002 et 2003. Selon Damien Roudeau, jeune auteur de 26 ans, à la fois dessinateur-reporter et carnettiste, il y a eu un essoufflement depuis ces dernières années car nous sommes arrivés à « saturation ». Pour lui, « les dessinateurs qui continuent dans cette voie ne le font pas pour l’effet de mode […] ».


Source :  Dossier Carnet de Voyage, Point G Magazine.
  http://www.pointgmagazine.fr/Carnet-de-voyage.html



Malgré l’essoufflement ressenti par certain et décrit plus tôt, les carnets de voyage(s) ont encore de beaux jours devant eux. En effet, de nombreux  salons  se sont créés et perdurent. La Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand est un bon exemple de pérennité. Prévue pour une édition tous les deux ans, elle se tient désormais chaque année et attire toujours plus de monde. En 2011, se déroulera la 12e édition. Le thème abordé sera les pays nordiques (Danemark, Norvège,  Suède, Finlande, Islande) ainsi que les îles.


biennale_carnet_voyage_2010.jpg

 

Petit retour sur les éditions passées…

 


En 2009,  les  thèmes abordés étaient les carnets du bassin méditerranéen, étendus ensuite aux cinq continents et les carnets naturalistes.


En 2010, le continent asiatique a été mis à  l’honneur. Une découverte des  carnets de montagne, ou d’expéditions au cœur des sommets du monde a également été proposée.


Biennale de Clermont-Ferrand
  http://www.biennale-carnetdevoyage.com/

 

 

 Affiche de l’édition de 2010

festival-carnets-voyage-ici-ailleurs.jpg

 

 

 

Le festival du carnet de voyage(s) de Brest Ici & Ailleurs est lui aussi devenu un rendez-vous phare pour les carnettistes. Il est organisé depuis 2002 par l’association Enki.

 

Tous les deux ans, pendant trois jours, le festival met à disposition du public des albums, recueils de croquis, carnets manuscrits ou imprimés issus des collections de la Bibliothèque Municipale de Brest, du Service historique de la Marine et des Archives départementales du Finistère. Les réalisations de particuliers y sont également exposées.

 

 

Ici & Ailleurs

http://www.ici-ailleurs.net/

 
 Affiche de la dernière édition


En s’inscrivant dans la durée, l’engouement pour les carnets de voyage(s) se forge une place de choix dans nos productions littéraires. Plus qu’un simple phénomène de mode, ils rassemblent de nombreux adeptes chaque année lors de salons et festivals qui leur sont dédiés.

 

 

 
Rencontre avec Pascale Argod

 

 

Enseignante à l’université de Bordeaux IV, Pascale Argod est docteure en sciences de l’information-communication. Elle s’intéresse au carnet de voyage comme outil pédagogique en classe pour transmettre sa passion de la géographie, sa discipline d’origine, qu’elle préfère vécue grâce au voyage.

Pascale Argod a récemment apporté sa contribution à la revue 303, lors de la sortie du numéro 112 consacré aux Carnets de voyage. C’est après avoir lu ses deux articles, intitulés «Le carnet de voyage au fil du temps et du trait » et «Le carnet de voyage de l’ethnologue-anthropologue », qu’il nous a semblé évident de réaliser notre entretien avec Pascale Argod.

Nous la remercions vivement de nous avoir accordé du temps.



Entretien.


Pascale Argod, pouvez-vous nous parler des débuts de votre passion pour le Carnet de voyage ?

En 1998, enseignante-documentaliste sur l'Académie de Reims, j'avais fait l'acquisition pour le CDI des « Carnets de voyage de Titouan Lamazou » : découverte du croisement de la géographie (ma formation universitaire) avec les arts visuels (pratiques personnelles de la peinture, de l'aquarelle et surtout de la sculpture et de la  céramique).

En 1998-2000, j'ai participé comme auteur au projet de réalisation multimédia du pilote de cédérom «La route de la soie au XIIIe siècle » impulsé par le Centre culturel Saint-Exupéry de Reims avec l'association Art 3000 et l'éditeur 3001 Multimédia (application d'une innovation TIC du jeu vidéo transférée au cédérom culturel : interactivité sans souris) : une sorte de carnet de voyage multimédia qui a concouru au prix international du multimédia à Pékin en 2001.


En1999, j'ai monté un projet pédagogique du  carnet de voyage – jeu de rôle sur les  pas de Marco Polo pour une classe de CAP puis avec une classe de cinquième (prolongé par deux autres productions au CDI : une exposition et un cédérom d'évaluation ludique).

 

En 1999, j'ai découvert la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand et j'y ai rencontré les organisateurs (association IFAV « Il faut aller voir ») qui m'ont demandé d'intervenir sur les thèmes : « Créer un carnet de voyage avec des élèves » l'année suivante à la biennale. Ensuite dix années de participation qui ont abouti à ma  thèse en SIC à Bordeaux III (dirigée par M. Lancien) !


En 2000, nous avons lancé avec la biennale et le CRDP d'Auvergne le prix Elève du carnet de voyage.


En 2003, suite à la participation à la réalisation multimédia du cédérom « La quête de l'eau » de Strass Productions en 2000, Renaudel Multimédia de l'IUT de Bordeaux III m'a proposé de participer à l'exploitation pédagogique de la collection « Terres d'histoire» : notamment pour « Cyclades » qui était un projet innovant de carnet de voyage vécu dans les îles grecques (publié par Pierre Pommier).



Ayant abordé en cours les carnets de Delacroix, nous aimerions en savoir un peu plus. Pouvez-vous nous éclairer ?
 
Carnet de voyage DelacroixDelacroix  réalise  Album  d'Afrique  du  Nord  et d'Espagne  en  1832  :  ce  peintre de l'orientalisme découvre le Maroc avec un crayon à la main et quelques aquarelles. C'est un carnet multifonctions : un carnet de recherches artistiques, de notes visuelles, de mémoire, un carnet d'esquisses dans le but de créer une œuvre picturale à postériori en atelier, donc de recherche du chef-d'œuvre à réaliser ! Il propose une déambulation  dans  les  paysages  et  dans  la médina  à travers les  esquisses visuelles de croquis sur le vif (c'est la technique du rough) : on voyage visuellement du plan général au plan particulier et au détail. Cette mémoire ethnographique  est rendue à travers le reportage graphique ou dessiné (après 1860 : illustrations d'après photographie dans l'édition). L'insertion du texte dans l'image est primordiale : dans une rapidité du geste – Delacroix saisit l'instant – et du mouvement (par exemple : cavaliers capturés par un « appareil photo » pas encore inventé !).

 

 

En  tant que professeure, pouvez-vous nous parler de l’intérêt pédagogique du carnet de voyage ?
 
C'est un outil pluridisciplinaire qui s'inscrit dans une pédagogie active centrée sur l'apprenant. Il suscite la réflexivité, la créativité, l'imagination mais aussi l'observation, la pratique du dessin : en somme il active l'hémisphère droit du cerveau. Il repose sur l'expression personnelle pour l'écriture et l'image en arts visuels. Voir l'article en ligne publié dans Inter CDI sur des projets menés sur Bordeauxde 2008 à 2010 (voir les vertus pédagogiques du CdV) :


 http://www.intercdi-cedis.org/spip/intercdiarticle.php3?id_article=1616


C'est un outil pour l'éducation à l'interculturel qui peut évaluer les échanges européens et former à la mobilité internationale (voir l'article en ligne ci-dessous) :


http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=2870


Il rend compte en effet de la rencontre de l’Autre et du dialogue interculturel durant le voyage  linguistique,  européen, humanitaire, ethnographique, artistique, touristique... Il peut participer de l'évaluation des TICE au B2I dans  le cadre du carnet de voyage numérique pour les élèves : nous avons lancé ce prix avec le CRDP d'Auvergne en 2009 lors de l'anniversaire des 10 ans de la biennale.


http://www.biennale-carnetdevoyage.com/Concours-2009-du-CRDP.html




En quoi le carnet de voyage est-il un croisement de plusieurs disciplines ?

À son origine, il est au croisement des arts et des sciences de l'homme (des grandes découvertes géographiques avec le journal   bord des explorateurs et des navigateurs ou les planches des naturalistes). Le carnet de voyage est également une création de l'image mosaïque de techniques plastiques ou d'arts graphiques ou visuels : collage, photographie, aquarelle, pastel... Enfin, le carnet de voyage est la rencontre de l'écriture et de l'image (arts visuels), de l'anthropologie-ethnographie, de la géographie et de la sociologie.



Quelle vision sur l’ailleurs apporte le carnet de voyage ?
 
Une vision à la fois informative avec l'insertion de documents authentiques, de traces   ou  d'indices d'éléments informatifs mais aussi artistique à travers la création plastique. La problématique centrale est celle-ci : est-ce une production documentaire ou une œuvre d'art ? Un genre ouvert et hybride qui oscille entre guide d'information et oeuvre artistique selon l'auteur carnettiste. Ce dernier propose une œuvre originale qui lui ressemble en fonction de ses goûts et de sa formation artistique ou de journaliste...Quoi qu'il en soit une vision humaniste sur l'Ailleurs ouverte à l'Autre et sur le dialogue entre les cultures. Le regard ingénu de la découverte et une «géopoétique» (Kenneth White) du voyage.



Pensez-vous que le carnet de tournage remplacera, dans les années à venir, le carnet de voyage ?
 
Le carnet de tournage mutisupports combine le carnet et le DVD : éveil de tous les sens pour rendre compte du voyage (1er carnet avec CD sur l'Irlande de Yvon Le Corre). Il propose une vision intermédiale du genre : de l'ouvrage à l'audio-visuel comme « Carnet de voyage à Madagascar » de Bastien Dubois mais aussi du déplacement des arts graphiques vers les médias numériques !


http://www.editions-refletsdailleurs.com/-Liens-.html

 

De plus, le lien du carnet de voyage avec le story-board est évident mais le premier se nourrit du réel et du vécu alors que  le deuxième se nourrit de la fiction et de  l'imagination.  Il ouvre à la réflexion sur la définition du genre :peut-on parler de carnet de voyage imaginaire ?


La Biennale de Clermont-Ferrand propose deux prix : multimédia de blog et site Web (remis par De Bussac) et numérique de vidéo blog (remis par Vidéoformes).


http://www.biennale-carnetdevoyage.com/Prix-du-carnet-multimedia-Debussac.html


http://www.biennale-carnetdevoyage.com/Prix-du-carnet-numerique-Digital.html


Jusqu'à présent, nous limitions le carnet de voyage au carnet de reportage... C'est un genre qui bouge, évolue, voyage d'un média à l'autre... Il est ouvert à la créativité et à  l'innovation médiatique : ce qui en fait la valeur ! Il résiste aux diverses crises et s'hybride pour  les déplacer et proposer alors de nouveaux horizons voyageurs. Quelle chance pour le lecteur découvreur !


« IL FAUT ALLER VOIR » selon Ella Maillart !

PlancheCarnetDeVoyage.jpg


En un mot, l’ensemble du carnet de voyage offre un regard ou un témoignage subjectif et personnel sur un déplacement vécu au contact des autres et de la différence culturelle. Il constitue donc un véritable apprentissage du  regard comme prolongement de l’éducation à l’image ou par l’image.



Actualités.

Voici de nouvelles publications de carnets de voyage :


Le carnet ouvrage-DVD : Madagascar. Bastien Dubois. Reflets d'Ailleurs, 2011
 http://www.editions-refletsdailleurs.com/-Tourner-Court-.html

Carnet de voyage sans frontières. Pascale Argod. Reflets d'Ailleurs, 2011
 http://www.editions-refletsdailleurs.com/Voyage-en-carnets.html

Création de carnets de voyage : une diversité d'approches éducatives,  Pascale Argod,  InterCDI, n°228, nov-déc 2010.  Carnets réalisés par des élèves dans le cadre duprojet d'établissement scolaire ou  du CDI avec les collègues enseignantes sur Bordeaux :
 http://www.intercdi-cedis.org/spip/intercdiarticle.php3?id_article=1616
 

De nouvelles expositions sur les carnets de voyage :


– La manifestation  culturelle  « (re)lire le carnet de voyage » de la médiathèque José Cabanis de Toulouse propose une exposition sur les carnets de voyage, une exposition sur les grands photographes du voyage, des projections cinématographiques et des conférences sur la littérature du voyage :

 http://www.bibliotheque.toulouse.fr/manifesta-Fev-Mars-2011.html
 


À noter


– L'exposition « Globe-croqueurs : carnets de  voyage » de quatre carnettistes :
 http://www.bibliotheque.toulouse.fr/viewPageEvent.html?page=expo_globecroqueurs

Une conférence sur « Le carnet de voyage, une palette de regards sur l'Ailleurs »  que nous avons co-animée avec deux carnettistes Stéphanie Ledoux et Philippe Bichon :
 http://www.bibliotheque.toulouse.fr/viewPageEvent.html?page=conf_carnetvoyage

– Stéphanie Ledoux crée de grandes toiles de portraits des quatre coins du monde qu'elle propose dans ses carnets de voyage :
http://stephanieledoux.canalblog.com/ 

Philippe Bichon réalise des carnets de route sur l'Orient et sur l'Inde : 
 http://www.globecroqueur.com/Sommaire.htm

– Carnet de voyage sur le Yémen au café littéraire de l'institut du monde arabe à Paris : ce carnet de patrimoine sur la ville de Sanaa au Yémen aux multiples regards d'artistes carnettistes ouvre sur l'Orient, aux sources croisées de l'Orientalisme et du carnet de voyage
http://globecroqueur.over-blog.com/article-exposition-collective-yemen-au-cafe-litteraire-de-l-institut-du-monde-arabe-paris-du-1er-au-27-fevrier-2011-65857905.html

 

 

Pauline Bernard • Sandrine Guibouin 

Mars 2011

 

 

 


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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 07:00

sur la traduction de Jeu et Enjeux de l’auteur hongrois Laszlo P. Horvath

Nicole-Laurent-Catrice.JPG

 

 

Biographie

Après une enfance en Anjou puis à Paris, elle vit aujourd’hui en Bretagne.
Elle étudie quelque temps la langue bretonne pour des raisons culturelles et personnelles. En 1974, elle rencontre Angèle Vannier et fait partie du groupe qui se forme autour de la poétesse aveugle.

Professeur d’espagnol puis, de 1984 à 1997, chargée de programmation pour la poésie au festival des Tombées de la nuit de Rennes, poète et traductrice (anglais, espagnol, portugais, hongrois), elle anime des ateliers d’écriture depuis 1991. 

 

Elle fut secrétaire des Rencontres poétiques internationales de Bretagne de 1983 à 1993.



La traductrice vue par elle-même

« Est-ce un portrait ?
A ma naissance ma mère était en train d’éplucher des oignons...
A quatre ans je fauche le livre de poésie de ma sœur aînée que je lis dans mon lit.
Pension. L’horreur. Je collectionne les zéros et les poèmes de mon crû.
Un temps je me prends pour une future Marie Curie. Nulle en maths, je bifurque vers l’espagnol. Bonheur.
Un premier amour (malheureux comme il se doit) en Espagne qui m’inspire un recueil de sonnets classiques.
Mariage (mon père me nomme “poète et ménagère”...), premier enfant, deuxième enfant, troisième enfant, quatrième enfant, cinquième enfant. Un grand silence poétique de douze ans.
Découverte d’Angèle Vannier à la Maison de la Culture de Rennes un 13 mai. Petite révolution poétique. Nouveau début d’écriture. Comme on arrache ses pieds bottés de la boue profonde.
Déménage à Limoges. Expositions et amitié avec des peintres.
Retour en Bretagne, rencontre de Guillevic, Jacques Lacarrière...
Cheville ouvrière de diverses aventures : radio locale, Rencontres Poétiques Internationales de Bretagne, Tombées de la Nuit, ateliers d’écriture, récitals, traductions, complicité avec des plasticiens.
Ecriture, traductions, expositions, écriture, griffures, écriture, écriture. »


(Site de la maison des écrivains)

Jeu-et-enjeux.JPG
 
Entretien

Cette interview a été réalisée lors d’une rencontre à une Soirée poésie organisée par les éditions L’Harmattan, le lundi 24 janvier 2011.



Quel est votre parcours professionnel ? Comment en êtes-vous venue à la traduction ?

Je suis avant tout poète et me suis toujours intéressée à la poésie. Je suis de formation hispanique, j'ai enseigné l'espagnol et c'est par cette langue que je suis venue à la traduction.
Puis, par le biais de rencontres internationales de poésie, j'ai rencontré des poètes d'un peu partout  mais en lisant certaines  traductions, je me suis rendu compte que cela n'était pas rendu en bon français. Je leur proposai donc de retravailler le texte. Puis j'ai rencontré d'autres auteurs comme une poète lituanienne dont j'ai fait la connaissance à Salamanque, des poètes roumains, bulgares...



Votre travail est original puisqu'il s'est fait à quatre mains, comment organisez-vous le travail ? D'où est née cette collaboration ?

En effet, la traduction du poète Horvàth est née de ma rencontre il y a 15 ans avec Edith Illés-Euverte. Toutes deux nous avons rencontré le poète hongrois Attila József (premier auteur que nous avons traduit ensemble) en Bretagne avec lequel elle a eu un échange épistolaire... Puis nous avons pris l'initiative de traduire également Horvath. Edith, d'origine hongroise, me lit tout d'abord le poème dans sa langue, puis me le fait lire afin que je puisse comprendre toute l'importance des sonorités du hongrois, puis elle traduit au mot à mot ce qui me permet ensuite de retravailler le texte jusqu'à son résultat final.
Quand nous avons commencé à travailler ensemble, cela a été une réelle épreuve morale pour elle qui avait en quelque sorte rejeté cette langue, et lorsqu'elle a commencé à la réapprivoiser elle ne voulait aucun changement, elle a donc fait tout un travail intérieur pour arriver à ce résultat. Sa libération m'a permis de me libérer également et de ne plus rester prisonnière de quelque chose qui était insoluble.
Ce que je trouve intéressant, c'est quand par exemple, Edith Illés-Euverte me signale une expression familière, un régionalisme qui vont être difficilement transposables, c'est là que je dois rendre le mieux ces termes qui transmettent la vitalité du texte.
 


Quel est votre rapport avec la langue hongroise ?  J'ai pu voir que c'est votre seconde collaboration sur des textes de poètes hongrois, d'où vient l'initiative de les traduire ?

Le hongrois est une langue très difficile à traduire ; en effet, elle rime facilement, a une sonorité très « roulante », dit beaucoup de choses en peu de mots, et n'a pas de temps futur... Il fallait que je rende en français le rythme, le plus d’allitérations possibles.
Je suis contente car on m'a dit que l'on pouvait ressentir le hongrois à travers ma traduction, c'est très important pour moi car je tiens à être fidèle.
De plus, la notion de jeu est très importante, d'où le titre que nous avons choisi pour ce recueil qui est une sélection chronologique. Plus on avance dans le temps, plus la rime et le vers se libèrent. Les derniers poèmes ressemblent davantage à de la prose, on sent qu'il s'amuse excepté pour les trois derniers qui sont très émouvants.



Le célèbre poète et grand traducteur Philippe Jaccottet a toujours défendu l’esthétique de l’effacement dans le processus de traduction : « la plus haute ambition du traducteur ne serait-elle pas la disparition totale ? »
Que pensez-vous de cette théorie ? Vous semble-t-elle justifiée dans votre travail ?

Je veux faire de la traduction et non de l'adaptation ; je suis tout à fait d'accord avec cette esthétique de l'effacement ; ce n'est pas moi qui écrit c'est lui. Je tiens beaucoup au terme de traduction au sens propre ; d'ailleurs pour bien rendre cela, nous faisons énormément d'allers-retours du texte original au français, pour traduire un seul poème, c'est assez long.
De l'effacement, certes, mais il faut mettre tout notre savoir-faire de la langue française pour bien faire et la traduction est le meilleur moyen de réellement connaître un auteur.



L'auteur original du recueil s'est-il impliqué dans la traduction ? L'avez-vous sollicité lors de votre travail ?

Tout d'abord il faut savoir qu' Horvath ne connaît pas du tout le français, c'est un monsieur âgé de 80 ans qui a eu une vie très difficile de par le passé politique de la Hongrie ; il vit aujourd'hui à Budapest et ne sort pas du pays. C'est un auteur reconnu là-bas surtout pour ses pièces de théâtre qui sont toujours jouées.
Quand on avait un problème, Edith lui téléphonait, il nous arrivait de bloquer sur des mots, des expressions mais parfois j'avais de bonnes intuitions.

 Votre travail de traduction nourrit-il votre travail d'écrivain ?

Je crois que le fait d'avoir traduit un certain nombre de poètes d'Europe centrale et d'Amérique Latine m'a donné une sensibilité différente de la littérature, du monde, de la société. Cela influe certainement sur ma propre poésie. 



Georges Kassai, dans la préface « Éloge du jeu » évoque la difficulté de rendre compte de la « sonorité » du texte original. Quels moyens de la langue et de la poésie française avez-vous utilisés pour  suggérer ces effets ?

Georges Kassaï, éminent linguiste et spécialiste de la langue hongroise, que j'ai rencontré car nous avions choisi de traiter de la Hongrie, a accepté d'écrire cette préface et j'en suis très heureuse car il a su replacer le texte dans un contexte que je n'aurais pas été capable de rendre.
Quant aux effets de sonorités, nous sommes obligés de faire avec ce que nous offre la langue française, le français qui est une langue plus légère que le hongrois qui est plus dense et dur. On essaie de rendre compte de cela. Quand il y a un effet dans une langue, on peut trouver un effet ailleurs, on opère une sorte de déplacement. Avec le hongrois, les mots ne sont pas forcément aux mêmes endroits mais ce n'est pas grave tant que l'effet est rendu.



Quels textes aimeriez-vous traduire par la suite ?

Je viens de traduire seule un poète espagnol, Miguel Hernandez dont j'ai déjà traduit un premier recueil, mais je cherche encore un éditeur pour celui-ci.


 
Propos recueillis par Bérénice et Lucie, L.P.  éditeur


 

 

Bibliographie

Œuvres traduites

Poèmes : Poems, Kiril Kadiiski, édition bilingue français-anglais, L'Esprit des péninsules, 2007
Concerts célestes, suivi de Les Travaux de Dieu et de Mais qui, Kiril Kadiiski, Le Cherche midi, 2006
Paris scarabée, Tejera Nivaria, Éditions Virgile, 2003
La Foudre n'a de cesse (El Rayo que no cesa), Miguel Hernandez, Éditions Folle avoine, 2001
Vingt Poètes lituaniens d'aujourd'hui, avec Biruté Ciplijauskait, Éditions Petit Véhicule, 1997

Publications

Cairn pour ma mère, éd. La Part Commune, 2008
Rituels, Éditions du petit véhicule, 2007
Autodafé du temps, Éd. Carré d'encre, 2006
La Part du feu, Maison de la poésie d'Amay, L'Arbre à paroles, 2005
Angèle Vannier et la Bretagne, Blanc Silex, 2004
Table et retable, Maison de la poésie d'Amay, L'Arbre à paroles, 2003
Antología poética, Éd. associatives Clapàs, 2002
Corps perdu, Maison de la poésie d'Amay, L'Arbre à paroles, 2001
Corps perdu, gravures Isabelle Dubrul, atelier Tugdual, 2001
Les Irlandaises avec Anne Bernard Kearney, co-édition éditions des forges, éditions autres temps, 1999
La Sans visage, ERE, 1996
Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle, sous la direction de Jean-Yves Masson, Verdier, 1996
Liturguia za kamaka, 1995
Le Peuplier, 1995
Je de cartes, 1992
Liturgie des pierres, Éditions du petit véhicule, 1989
Deuil m'est seuil, Éd. Caractères, 1987
Amour-miroir, 1983
Paysages intérieurs, 1980



Poèmes extraits de l’ouvrage

Pauvreté rime avec vérité

Un de mes enfants m’a demandé
combien j’ai gagné avec la poésie ?!
Du sel sur une plaie à vif
ne m’aurait pas fait plus mal…

Peu importe qui des trois m’a posé la question.
Ce n’était pas la question qui était méchante.
Mais pourquoi le nier, le commerce va mal.
Pauvre est la rime pour dire cette vérité.

Vérité ? Qu’est-ce qui est le plus important ?
La poésie ou bien le pèze, le fric ?
Pour un poète aujourd’hui mieux vaut être mort.

Qu’il ne s’aventure pas sur le marché
celui qui laisse la marchandise sous le comptoir
et se dupe lui-même à ce point.



Le plus souvent

Je ne sais pas combien de fois
une branche s’est cassée sous mon poids
Ni sur combien de pierres j’ai glissé,
dans combien de trous j’ai marché.

Mais peut-être ne me suis-je
pas toujours trompé
Le plus souvent j’ai bien joué
à tous mes jeux.
 

Bibliographie, recherches :


Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Laurent-Catrice
La maison des écrivains : http://www.m-e-l.fr/Nicole%20Laurent%20Catrice,148



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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 07:00

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Barbara GOWDY
Un lieu sûr
Titre original
The White Bone
traduction
d’Isabelle Reinharez
Actes Sud, 2000

Babel, 2002



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un lieu sûr, dont le titre original est The White Bone est un roman de la Canadienne Barbara Gowdy. Il a été publié pour la première fois au Canada en 1998 par Harper Collins. Sa traduction en français par Isabelle Reinharez est parue à Actes Sud en 2000.

Ce livre relate le périple d'une famille d'éléphants et leurs efforts pour survivre malgré la sécheresse et les massacres perpétués par les braconniers. Raconté du point de vue des éléphants, il propose une vision originale et fascinante de ces animaux en leur prêtant non seulement des sentiments mais aussi une culture, un langage, des traditions et des superstitions. Devant la complexité et la force symbolique de cette culture des éléphants, parler de « roman animalier » pour qualifier Un lieu sûr semble un peu réducteur et donne une vision fausse d'un livre qui met en jeu, outre la peinture d'une civilisation animale élaborée, un questionnement sur le rapport à la religion et à la mort.



Le combat contre la mort

Dans ce texte, la mort est omniprésente, elle est le quotidien des éléphants : le désert où ils évoluent ne leur offre que peu de nourriture et d'eau et la sécheresse se prolonge alors que tous les points d'eau sont taris depuis longtemps. Les rares endroits où il reste encore de l'eau sont connus des braconniers et les éléphants risquent gros à s'y aventurer. Les massacres sont une menace réelle : l'action démarre d'ailleurs avec le massacre de la moitié de la famille des Elles-S à un point d'eau et dans la suite du livre, le lecteur aura connaissance du destin funeste de plusieurs familles.

On peut résumer les péripéties des Elles-S à un combat contre la mort : dans ce monde de plus en plus hostile, les survivantes du massacre décident de se lancer à la recherche du mythique Lieu Sûr. Cette quête devient petit à petit leur unique espoir de survie à long terme. Dans le même temps, elles tentent de retrouver Lit de Dattes, une jeune éléphante qui a été séparée de la famille à la suite du massacre : c'est une course contre la montre, ou plutôt contre la mort, car Lit de Dattes n'a aucune chance de survivre seule, à moins de rencontrer une autre famille d'éléphants.

Pourchassées par la mort, les Elles-S sont prêtes à tous les sacrifices pour survivre, y compris celui de livrer un éléphanteau nouveau-né en pâture à Moâ-Moâ une femelle guépard qui dit connaître le chemin vers le Lieu Sûr et l'endroit où se trouve Lit de Dattes.



On peut également lire dans le destin des deux personnages principaux, Lit de Dattes et Bourbe, une nouvelle représentation du combat contre la mort.

Après le massacre, Lit de Dattes, une jeune femelle, est séparée de sa famille, les Elles-S. Blessée, diminuée par la souffrance puis par la fièvre, elle erre dans le désert sans pouvoir retrouver son chemin. De plus en plus faible, elle combat jour après jour l'infection qui la gagne et redouble d'ingéniosité pour survivre mais en vain : elle mourra d'épuisement à quelques jours de marche du reste de sa famille.

L'autre personnage principal dont le destin est particulièrement marqué par la mort est Bourbe, la meilleure amie de Lit de Dattes. Laissée pour morte par sa première famille à sa naissance, elle a été recueillie par les Elles-S. Au début du livre, elle est enceinte pour la première fois, ce qui la terrifie. C'est elle qui va proposer de donner son éléphanteau à naître à Moâ-Moâ pour qu'elle les mène d'abord à Lit de Dattes, dont elle a croisé le chemin, puis au Lieu Sûr. La naissance de Foudre et le refus de Bourbe de le livrer au guépard marquera le retour de la vie dans le texte.



Tout le livre est ainsi nimbé d'une atmosphère oppressante liée à l'omniprésence de la mort dans le quotidien des éléphants. On peut le lire comme un combat jamais gagné contre la mort ou, ce qui revient au même, comme une célébration de la vie, notamment avec la naissance de Foudre, la fille de Bourbe.



La culture des éléphants

La particularité de ce livre est de proposer une vision originale des éléphants en les présentant comme un peuple doué d'une culture complexe.

Le premier aspect que découvre le lecteur est le langage : à la manière d'un Tolkien, pour qui l'écriture du Seigneur des anneaux était au départ une illustration de ses théories de linguiste, Barbara Gowdy fait de la langue le premier support de l'identité d'un peuple et c'est pourquoi dans ce livre, les éléphants s'expriment dans une langue particulière, dont les tournures et les expressions principales sont répertoriées dans un glossaire.

À titre d'exemple, les éléphants désignent les rhinocéros sous le nom d'« affreux » car ils ont « de vilaines pattes courtes et [leurs] “défenses”, ou cornes, sont posées l'une sur l'autre plutôt que de chaque côté ». Le terme « trompe-arrière », quant à lui, est un mot vulgaire pour désigner le pénis.

L'onomastique occupe également une place de choix dans la culture que Barbara Gowdy invente aux éléphants. Chaque famille a un nom qui servira de modèle pour le baptême de ses membres. Dans la famille des Elles-S, on trouve entre autres des éléphantes nommées Elle-Subodore, Elle-Sèmelapeur et Elle-Snobe.

Pour bien comprendre les principes qui régissent l'attribution des noms, il faut savoir que l'Elle est le nom mythique de la première éléphante, mère de tous les éléphants et que les éléphants désignent donc leur peuple comme les « Elles-Là ». Les femelles sont baptisées après leur premier accouplement et en référence à leur personnalité ; auparavant, elles avaient un nom courant qui leur avait été donné par leur mère à leur naissance. Quant aux mâles, ils ne reçoivent jamais d'autre nom que leur nom courant car ils vivent en solitaires et n'appartiennent à aucune famille.



Enfin, la dernier trait de la culture des éléphants, et le plus riche de signification, est leur religion. En effet, ils ont leur propre cosmogonie qui met en scène l'Elle, mère de tous les éléphants et Rogue, son fils, créateur de tous les autres êtres sauf les êtres humains. Parmi un ensemble de croyances et de mythes, le plus important dans ce livre est celui de l'os blanc : cet os magique, lorsqu'il est lancé en l'air par un éléphant, indique le chemin du Lieu Sûr, un havre de paix mythique où les éléphants pourront vivre dans la paix et dans l'abondance.

Les éléphants croient également aux présages qu'ils voient dans la nature et qu'ils appellent des « liens ». Certains éléphants sont plus compétents que d'autres pour les déchiffrer, comme Grand Temps : ce jeune mâle est réputé pour connaître tous les liens existants au point qu'il porte le surnom de « mâle-lien ». Il sait, par exemple, que si une éléphante croise une hyène à trois pattes un jour et une nuit avant de mettre-bas, elle mourra à l'aube suivante.



En inventant un langage imagé, une onomastique et un réseau complexe de croyances, Barbara Gowdy prête aux éléphants une véritable culture et les hisse au rang de civilisation. À ce titre, la comparaison avec J.R.R. Tolkien proposée sur la quatrième de couverture me semble particulièrement justifiée. Par ailleurs, Barbara Gowdy propose au début de son livre un certain nombre d'appendices qui, habituellement, sont les indices du travail de démiurge des auteurs de fantasy : on trouve ainsi une carte du monde des éléphants, les arbres généalogiques des principales familles et un court glossaire de la langue des éléphants.




Le rapport au sacré

Ainsi qu'on vient de le voir, les éléphants ont un ensemble de croyances, de mythes. Cependant, le sacré est plus qu'un simple élément de la culture des éléphants, il est au centre de leurs vies et au centre de ce livre.

Tout d'abord, les éléphants sont doués de talents surnaturels. Dans chaque famille, on trouve en effet une parleuse en pensée et une visionnaire. Les parleuses en pensée sont capables d'entendre les pensées de tous les animaux et de leur répondre en pensée mais cela ne signifie pas que ceux-ci accepteront de répondre, ni même qu'ils seront assez intelligents pour comprendre. Les visionnaires sont capables de voir l'avenir et le présent lointain mais ne contrôlent pas le moment où elles auront des visions ni ce que celles-ci leur montreront.

Les dons se transmettent dans la famille de façon magique : au moment précis où la visionnaire ou la parleuse en pensée meurt, la nouvelle élue reçoit l'usage du don. C'est d'ailleurs de cette façon que l'on apprend la mort de Lit de Dattes : lorsque Bourbe réalise soudain qu'elle entend les pensées de sa matriarche.

Par ailleurs, la pensée religieuse est au coeur de ce livre, au travers du mythe de l'os blanc et du Lieu Sûr, ainsi que le suggèrent les titres français (« Un lieu sûr ») et anglais (« The White Bone »). Selon la légende, après avoir vécu en paix avec les éléphants, les premiers hommes ont commencé à les pourchasser et à les tuer pour s'emparer de leur défense. L'os blanc est la côte d'un éléphanteau nouveau-né massacré et brûlé par les premiers chasseurs. Son pouvoir magique a forcé les hommes à construire le Lieu Sûr, un lieu d'abondance où ils laissent les éléphants vivre en paix. Si un éléphant trouve l'os blanc et le lance, celui-ci indiquera de sa pointe la direction du Lieu Sûr.

Ce mythe est le véritable moteur de l'action : dans leur errance pour retrouver Lit de Dattes après le massacre, les éléphantes survivantes comprennent que leur seul espoir de survivre avec l'augmentation des massacres et le prolongement de la sécheresse est de trouver le Lieu Sûr. Parallèlement, Grand Temps, le jeune mâle passionné par les liens, cherche à en apprendre plus sur la légende auprès de Torrent, un vieux mâle qui a consacré sa vie à cette quête, et des Égarés, une famille d'éléphants des forêts dont les ancêtres avaient trouvé le premier Lieu Sûr.

Enfin, on peut parler de mysticisme pour décrire le parcours de certains personnages pour qui la quête de l'os blanc a une issue fatale après qu'ils ont été physiquement ou mentalement en contact avec lui : Lit de Dattes et Grand Temps.

Après une longue errance, Lit de Dattes agonisante trouve l'os blanc, le lance et avance ainsi dans la direction du Lieu Sûr. Mais incapable de continuer à marcher, elle s'écroule dans une transe mystique avant de mourir.

Quant à Grand Temps, une fois parvenu chez les Égarés, il est pris de visions lors d'un rituel magique et voit Lit de Dattes lancer l'os blanc. Lorsqu'il parvient enfin à déchiffrer sa vision et qu'il se lance sur le bon chemin, il est abattu par des chasseurs en hélicoptère.

La dimension sacrée dans ce livre, sous la forme de dons surnaturels, de religion ou de mysticisme, contribue à faire des éléphants un peuple, quasiment à égalité avec l'homme par leur capacité à la transcendance.

Le livre s'achève sans qu'aucun éléphant ait atteint le Lieu Sûr ; pourtant, leur destin n'est pas pour autant scellé : devenue matriarche, Bourbe a refusé de donner Foudre, sa fille, en pâture à Moâ-Moâ. En donnant la vie, elle a trouvé la force de se battre contre la mort, quelles que soient les pertes. Devant le corps de Lit de Dattes, plutôt que de se laisser aller au chagrin, elle déduit la direction du Lieu Sûr et mène les Elles-S vers lui tandis que les premiers nuages de pluie apparaissent dans le ciel.


Élise, A.S. Éd.-Lib.

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 07:10

 

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Jørn RIEL,

Gwen DE BONNEVAL

et Hervé TANQUERELLE
La Vierge froide et autres racontars
Sarbacane, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les racontars arctiques ont fait l'objet d'une adaptation en bande dessinée, éditée en 2009 chez Sarbacane. La vierge froide et autres racontars est tiré d' un ouvrage de Jørn Riel du même nom. A l'image des recueils de l'auteur danois, la bande dessinée est découpée en petites histoires introduites par un titre, suivi d'une courte phrase résumant l'anecdote à venir. Sept racontars composent la BD : « Le Vent du sud-est », « Alexandre », « Tournée de visites », « Entrer dans l'histoire », « Le Tatoueur », « Le Dressage d'un lieutenant », et « La Vierge froide ». On y retrouve les mêmes personnages principaux : les trappeurs, les ours, les phoques, les chiens et bien sûr les femmes, ainsi que les mêmes racontars : des chasses à l'ours complètement ubuesques, des histoires d'amour...
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Les nombreux dialogues qui ponctuent le texte de Jørn Riel ainsi que le caractère oral des racontars rendent l'adaptation en BD aisée et particulièrement fidèle aux textes originaux. Hervé Tanquerelle, le dessinateur, apporte une touche personnelle en réalisant ses dessins uniquement en noir et blanc, aux (non-)couleurs de la nuit arctique et de la banquise. Les décors sont traités sobrement : l'intérieur des cabanes est souvent remplacé par un fond noir ou blanc. L'accent est plutôt mis sur les portraits des chasseurs et le rendu de leur personnalité. Les moments racontés ou fantasmés sont retranscrits graphiquement grâce à un dessin « aquarellé » : les contours des scènes et des cases se floutent et deviennent imprécis, à l'image des racontars des chasseurs.
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Cette adaptation des racontars arctiques est une réussite tant au niveau de la fidélité aux textes de l'auteur qu'au niveau graphique. « Les peuples trappeurs du nord-est du Groënland sont ressuscités ». De plus, les éditions Sarbacane, nous offrent un magnifique objet que l'on a plaisir à feuilleter.


A.P., A.S. bib.

 

 

 

 

Jø rn RIEL sur LITTEXPRESS

 


 

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 Article de Camille sur La Vierge froide

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Marine sur Un gros bobard de Jorn Riel.

 

 

 

 

 

Jorn Riel Le Naufrage de la Vesle Mari

 

 

 

 

 Article de Laura sur Le Naufrage de la Vesle Mari

 

 

 

 

 

 

 

Susanne Juul

 

 

 Entretien avec Susanne Juul (Gaïa), éditrice et traductrice

 

 

 

 

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 07:00

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Jørn RIEL
Un safari arctique
Titre original :
En arktisk og andre skrøner
Traduit du danois
par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet

Gaïa, 1994

10/18 Domaine étranger, 1997







 

 

 

 

 

 

 

L'auteur


Jørn Riel est né au Danemark en 1931. Enfant, il est fasciné par cette gigantesque tache blanche sur la carte qu'est le Groenland, une des colonies de la couronne danoise à cette époque. Son imaginaire d'enfant est peuplé par les médiatiques explorateurs du grand nord, des héros ayant consacré leur vie entière à l'étude de ce pays-banquise. Alors qu'il n'a même pas vingt ans, Jørn Riel part avec l'expédition de Lauge Koch, sur la base d'étude de l'île d'Ella, dans l'est-groenlandais. Il est alors chargé d'effectuer des relevés sur l'épaisseur de la glace et de les transmettre par radio au Danemark. Finalement, seize années passées au Groenland donnent naissance aux « racontars arctiques », des fictions brèves représentant à ce jour une vingtaine d'ouvrages.

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Un safari arctique

Le recueil Un safari arctique est composé de six nouvelles : « Le Bruant des neiges », « La Balle perdue », « Un petit détour », « Ce qu'il advint d'Emma par la suite », « Un Safari arctique » et « Le Rat ». On retrouve dans ces nouvelles les mêmes protagonistes que dans les précédents recueils : Valfred, Mads Madsen, le capitaine Olsen, William le noir, Lasselille, la mystérieuse Emma, Anton...

Les racontars se déroulent tous sur l'est-groenlandais, à l'intérieur des cabanes de planches des trappeurs disséminées tout au long de la côte, ou dans l'immensité du désert arctique à l'occasion de chasses ou de voyages. Seule la Vesle Mari, un navire dirigé par la capitaine Olsen approvisionnant la station à la fonte des glaces, rattache ces hommes au continent, si l’on excepte bien sûr leurs souvenirs et leurs bavardages nostalgiques.



L'antihéros

Cependant, dès les premières pages, on se rend compte que ces hommes courageux ayant quitté leur terre natale afin de faire carrière dans la « Compagnie » en tant que chasseurs dans l'est-groenlandais, n'ont rien de héros que l'on imagine facilement « derrière des chiens glapissants tirant le traîneau », engagés dans « de fabuleuses chasses à l'ours et au morse » ! C'est l'amer constat que fait le jeune Anton à son arrivée sur la banquise. Les trappeurs sentent mauvais, ils s'alcoolisent toute la journée et leurs tâches quotidiennes se résument à poser des pièges à renard. Exceptionnellement, des chasses à l'ours, au phoque ou au boeuf musqué sortent ces chasseurs de la monotonie arctique. Mais lors de ces aventures, les hommes sont rapidement tournés en ridicule : passagers clandestins d'un iceberg à la dérive lors de la traque d'un phoque ou nu comme comme un vers sur la banquise après l'attaque d'un ours.

« Quand il entendit l'ours derrière lui, il fit ce que beaucoup d'autres bonhommes avaient fait avant lui. D'un geste prompt, il tira son anorak graissé au suif par dessus sa tête et le lança loin sur le côté. Cela lui donna une petite avance. L'ours planta ses griffes dans la glace et freina brutalement. Il se jeta consciencieusement sur l'anorak dont il commença à dévorer une des manches. Mais le goût n'était pas à la hauteur du fumet. Cette partie de l'homme n'était ni vivante ni gorgée de sang (…) Siverts s'était ainsi délesté de la plupart de ses habits en arrivant en vue de la villa de la Falaise. Malgré le gel tranchant et le souffle glacial dû à la vitesse, son torse luisait de sueur pendant qu'il courait vers la maison en haut de la pente et qu'il en franchissait la porte. Il referma, verrouilla solidement derrière lui et s'appuya ensuite contre le dormant de la porte en soufflant comme une locomotive à vapeur.
– Eh beh ! Il a failli avoir du bol avec moi, celui-là, gémit-il, essoufflé. Sur la fin, ça tenait du vrai strip-tease. »

      

Les femmes

Lors de l'interminable nuit polaire, les racontars et bobards occupent les chasseurs. Les femmes, elles aussi, viennent réchauffer les froides couchettes des trappeurs. Et quelle femme ! Blonde, belle, les yeux bleus et tout en rondeur, passant de cabane en cabane et de chasseur en chasseur : elle s'appelle Emma. Imaginée lors d'une énième nuit polaire, Emma est le fruit de l'imagination de Mads Madsen. Bien que pur fantasme, Emma va devenir bien réelle dans l'est-groenlandais uniquement peuplé par la gent masculine et constituera un inépuisable sujet de conversation. Après plusieurs saisons passées dans les cabanes de chasse, Emma quitte le grand nord à bord de la Vesle Mari dans cet opus des racontars arctiques.

« Le capitaine Olsen, debout sur le pont, fronça les sourcils. L'Emma de Mads Madsen lui rappelait un temps où, jeune homme, il était resté bloqué dans les glaces tout un hiver entre les îles de Nouvelle Sibérie. Un hiver marqué par toutes sortes de privations.
– Emma, bougonna-t-il à son second, que diable voulait-il bien dire avec Emma ?
Il regarda autour de lui dans la cabine.
– Dans la mer des Laptev, elle s'appelait Sigrid.
Il secoua la tête, préoccupé.
– Putain de bordel ! Et moi qui ai horreur d'avoir des bonnes femmes à bord ! »



L'aventure arctique

Dans Safari arctique, nos héros vont pourtant croiser une autre femme, en chair et en os cette fois : Lady Herta. Sexagénaire, en quête d'aventure et adepte du safari, Lady Herta est venue chasser le boeuf musqué dans ces contrées lointaines et observer les « Groenlandais » dans leur habitat naturel. Bien entendu, les indigènes qu'elle rencontrera sont autant groenlandais qu'elle !

« – C'est étrange, Capitaine, dit-elle, à quel point on rencontre les mêmes comportements partout dans le monde. Je n'ai pas rencontré une seule tribu qui n'ait adoré s'habiller à l'européenne. Ça a l'air complètement ridicule quand ils enfilent ce genre de choses, exactement comme si nous deux nous nous mettions à porter des jupons de raphia. [...] D'un autre côté, c'est aussi touchant quelque part. Ils essaient de nous imiter, parce qu'ils nous admirent, ce qu'on peut difficilement leur reprocher. [...] Mais je dois avouer, continua Lady Herta, que les hommes d'ici m'ont pas mal surprise. J'ai vu beaucoup d'indigènes partout dans le monde, j'ai fait tout le spectre des couleurs, mais je n'ai jamais senti de parenté comme avec ceux-là. »

 

 

A.P., A.S. Bib.-Méd.

 

 

Jø rn RIEL sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Camille sur La Vierge froide

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Marine sur Un gros bobard de Jorn Riel.

 

 

 

 

 

Jorn Riel Le Naufrage de la Vesle Mari

 

 

 

 

Article de Laura sur Le Naufrage de la Vesle Mari

 

 

 

 

 

 

 

Susanne Juul

 

 

 Entretien avec Susanne Juul (Gaïa), éditrice et traductrice

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 07:00

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Daniel KEYES
Des fleurs pour Algernon

traduction de

Georges H. Gallet

J’ai lu, 1972

Flammarion, coll. Tribal, 2004

et rééd. janvier 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Daniel Keyes, né en 1927 à Brooklyn, s’engage à 17 ans dans la marine marchande. Après quelques années, il quitte la marine, entame des études à l’université et obtient un diplôme de psychologie. Il travaille quelque temps comme rédacteur pour Marvel Stories. Il reprend des études d’anglais et de littérature américaine et s’oriente vers l’enseignement (1966, université de l’Ohio).

Des fleurs pour Algernon sera sa première publication en 1959, sous forme de novelette, dans The magazine of fantasy and science fiction. Il remporte le Prix Hugo de la meilleure nouvelle courte en 1960.

En 1966 il étoffe son histoire pour en faire un roman et remporte de nouveau un prix, le Nebula du meilleur roman. Il sera adapté au cinéma sous le titre de Charly, nom du personnage principal.

Il écrit ensuite un thriller psychologique, inspiré d’une personne et de faits réels : Billy Milligan, l’homme aux 24 personnalités (Calmann-Lévy). Il publie une suite, Les mille et une guerres de Billy Milligan, décrivant le combat de Billy durant son incarcération (conditions inhumaines d’emprisonnement, pression des médias et politiques sur l’exécutif). Ce livre sera interdit de publication aux États-Unis mais sera publié en France en 2009 (Calmann Lévy).
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L’œuvre
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Des fleurs pour Algernon reste son plus grand succès à ce jour : il est devenu un classique du genre, traduit dans une trentaine de pays et vendu à cinq millions d’exemplaires.

En 1992, il a reçu le Prix Hugo spécial de la meilleure novelette de tous les temps.

Dans son dernier livre, Algernon, Charlie et moi (à paraître en avril 2011, J'ai lu) : voyage d’un auteur, Keynes raconte la genèse du roman qui fit sa gloire et sa fortune.

 

Résumé

Ce livre relate l’histoire de Charlie, jeune attardé mental qui, grâce à une opération et à une expérience scientifique, va avoir accès au savoir, décupler son intelligence. Algernon est une souris de laboratoire qui a servi de cobaye et sert de repère pour cette expérience.

La vie de Charlie nous est racontée par le biais de comptes rendus qu’il doit faire pour les scientifiques, les professeurs Nemur et Strauss, datés du 3 mars au 21 novembre de la même année.

Au cours de ces neuf mois, Charlie deviendra intelligent, voire trop, au point de se couper du monde puis affrontera son déclin et son retour à l’« état de bête », à son autre vie.

 

Analyse

Le style narratif sous forme de compte rendu.

 D’une part ces comptes rendus nous permettent d’entrer directement dans le vif du sujet :

Conte randu N°1, 3 mars : « le Dr Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. […] Je m’apèle Charlie Gordon et je travail à la boulangerie Donner. Mr Donner me donne 11 dolar par semène et du pain ou des gâteau si j’en veut. J’ai 32 ans et mon aniversère est le mois prochin. […]Le Dr Strauss dit d’écrire bocou tou ce que je panse et tou ce qui m’arive mes je peux pas pansé plus pasque j’ait plus rien a écrire et je vais marété pour ojourdui. »

Le compte rendu nous donne la vision de Charlie au sujet de sa vie et de son expérience. On suit son déroulement et les différentes phases par lesquelles il va passer :

— l’ignorance, l’envie

les premiers changements

l’accélération de son apprentissage

être un génie et ce que ça implique

le déclin et l’angoisse

 

Il nous donne, à nous lecteur, le moyen visuel de constater les progrès de Charlie : les fautes d’orthographe, la syntaxe, les connaissances acquises, les nouvelles expériences…
 
12 mars (4 jours après l’opération) : « Je n’ai pas besoin d’écrire tous les jours COMPTE RENDU quand je commence une nouvelle page après que le Pr Nemur a emporté les autres. Je n’ai qu’à mètre la date. Cela économise du temp. C’est une bonne idée. […] »

D’autre part ce qui est censé être un simple compte rendu journalier se transforme peu à peu en journal intime. Tant de changements et tant d’émotions nouvelles bouleversent la vie si simple de Charlie. Il se pose des questions sur les choses, les gens, les sentiments et surtout sur lui-même.

Cette expérience lui permet de faire une introspection et de découvrir qui il est  (le Charlie Gordon intelligent) et d’où il vient (le Charlie Gordon attardé).

Au fur et à mesure, la personnalité de « l’ancien Charlie » réapparaît dans la vie du « nouveau Charlie ». Elle ne l’a jamais quitté, ce Charlie fait partie de lui, il est son « autre moi ». Il ne peut se détacher de celui qu’il a été.



L’intelligence

L’expérience a très bien réussi, Charlie apprend très vite et très aisément. D’un QI inférieur à 70, il obtient un QI supérieur à 180, en l’espace de deux mois.

15 mai : « La bibliothèque de l’université est maintenant mon second chez-moi. Ils ont dû me trouver un bureau à part parce qu’il ne me faut qu’une seconde pour absorber une page entière, […] les sujets qui m’absorbent le plus, en ce moment, sont l’étymologie des langues anciennes, les ouvrages les plus récents sur le calcul des variations et l’histoire hindoue. C’est étonnant, la manière dont des choses sans lien apparent s’enchaînent. […]

 C’est étrange, mais lorsque je suis dans la cafétéria du collège et que j’entends les étudiants discuter d’histoire, de politique ou de religion, tout cela me semble puéril. Je n’ai plus aucun plaisir à débattre sur un plan aussi élémentaire. Les gens se froissent quand on leur montre qu’ils n’abordent pas les complexités du problème, ils ne savent pas ce qui existe au-delà des apparences superficielles. »

Mais son savoir le met aussi en opposition avec celui qu’il était avant l’opération et surtout des professeurs qui au final méprisent « l’ancien Charlie » et donc ses semblables.

 13 juin : « Nous qui avons travaillé à cette expérience à l’Université Beekman, avons la satisfaction de savoir que nous avons pris une erreur de la nature et que, par nos techniques nouvelles, nous en avons fait un être supérieur. Quand Charlie est venu à nous, il était hors de la société, seul dans une grande ville, sans amis ni parents pour s’occuper de lui, sans l’équipement mental nécessaire. […] On peut dire que Charlie Gordon n’existait pas réellement avant cette expérience…

Je voulais me lever, montrer à tous quel imbécile il était et lui crier : "je suis un être humain, une personne, avec des parents et des souvenirs et une existence – et je l’étais avant que vous me poussiez sur un chariot dans la salle d’opération !" »

 

L’amitié, l’amour

Ces sentiments ont une place importante dans la vie de Charlie.

L’amitié des ses collègues à la boulangerie : au début on peut les considérer comme méprisants envers Charlie car il leur est inférieur. Ils se moquent de lui, lui font vivre des situations gênantes et compliquées. On les considère comme bêtes et méchants. Puis ils rejettent Charlie quand ils se rendent compte qu’il est plus intelligent qu’eux.

Mais quand Charlie redevient attardé, il retourne à la boulangerie où il est accueilli à bras ouverts. Ils l’acceptent tel qu’il est et le protègent.

Charlie et l’amour. Il était tout pour sa mère. Elle a dépensé beaucoup de temps et d’argent pour lui afin de l’aider à se développer intellectuellement. Jusqu’au jour où elle tombe à nouveau enceinte et accouche d’une fille « normale ». Elle méprise alors son fils, le considère comme un animal dont il faut se méfier. Elle a peur qu’il blesse sa sœur. Alors elle prend la décision de l’envoyer à l’asile Warren, institut spécialisé, sans explication, sans un au revoir.

De son enfance ne subsiste en Charlie que ce désir de devenir intelligent.

 5 mars : «  Je lui ai dit pasque toute ma vie jai eu anvi detre un télijen au lieu detre bète et que ma maman m’avez toujour dit d’essaié daprendre comme le dit Miss Kinnian … »

C’est une des raisons qui l’ont amené au cours d’adultes attardés dont l’enseignante est Alice Kinnian.

Après l’opération, Charlie va apprendre à connaître et à aimer Alice. Mais ce sera un amour compliqué. Tout d’abord Alice a peur de s’impliquer dans cette histoire, c’est son ancien professeur. Puis Charlie s’éloignera d’elle car il ressentira le fossé intellectuel qui se creuse entre eux. Quand ils vont enfin se retrouver et s’aimer, « l’autre Charlie » s’interposera, l’inconscient, les peurs refoulées de « l’ancien Charlie » surgissant dans l’esprit du « nouveau Charlie ».

25 juin : «  Mais dès que je m’approchais d’Alice, il était pris de panique. Pourquoi avait-il peur de me laisser faire l’amour avec Alice. […] Je voulais la prendre dans mes bras et… dès que je me mis à y penser, l’alarme sonna….

- Est-ce que tu te sens bien, Charlie ? Tu es tout pâle.

- Ce n’est qu’un petit étourdissement.

Mais je savais que cela ne ferait qu’empirer tant que Charlie sentirait que je risquais de faire l’amour avec elle. »



Le déclin

Charlie sait qu’il va régresser grâce à Algernon, la souris de laboratoire.

Elle perd la mémoire, s’énerve et se mutile quand elle ne retrouve pas son chemin dans le labyrinthe.

Charlie décide de vivre alors ces derniers jours comme si c’étaient les derniers de sa vie. Il prépare sa nouvelle vie (qui sera pourtant son ancienne vie), se rend à l’asile Warren.

Jusqu’au jour où il retourne à la boulangerie, il est redevenu Charlie Gordon, jeune attardé mental travaillant pour Mr Donner.

Avant de tout oublier il rédige un dernier compte rendu où il fait ses adieux, sa dernière pensée sera pour Algernon.

21 novembre : «  En tout cas, je parie que je suis la première personne bête au monde qui a trouvé quelque chose d’un portant pour la sience. J’ai fait quelque chose mais je me rapèle plus quoi. Je supose que c’est comme si je l’avais fait pour tous les gens bpetes comme moi qui sont à l’asile de Warren et partout sur la terre.

Adieu Miss Kinnian et Dr Strauss et tout le monde.

P.S : Si par hazar vous pouvez mettez quelques fleurs si vous plait sur la tombe d’Algernon dans la cour ».



Émilie, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 


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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 07:00

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Alice FERNEY
Grâce et Dénuement
Actes Sud,1998

Collection Babel, 2000

J'ai lu, 2002



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alice-Ferney.jpgL'auteure

Alice Ferney, de son vrai nom Cécile Brossollet, est née le 21 novembre 1967. Dans Grâce et Dénuement, elle traite avec brio différents thèmes qui s’entrelacent : la précarité, la misère, l’amour et la fierté. Tout cela sur un fond d’immersion sociale dans le monde des gitans.

 

 

 

 

Résumé de l'oeuvre 

En bordure de ville, une famille de gitans s’est installée sur un terrain vague. Durant un an, Esther Duvaux, bibliothécaire, tente de s’immiscer dans leur quotidien, leur rendant visite tous les mercredis. Elle a d’abord affaire à Angelina, veuve et mère de cinq enfants. C’est la matriarche de la famille ; pour pouvoir être intégré, il faut d’abord son accord. Après un an de visites régulières, Esther propose de venir faire la lecture aux petits enfants d’Angelina. Mais cette proposition se heurte à la fierté d’une famille en marge. La charité n’est pas la bienvenue. On découvre alors un aspect très marquant de la communauté gitane. On ne veut de l’aide de personne, on ne veut pas de nous, on se débrouille alors tout seul. Cette idée constitue un principe irrévocable de la famille.

Mais, intrigués, les enfants se rapprochent petit à petit de la bibliothécaire et acceptent ses lectures. C’est dans cette démarche que je trouve le livre très touchant. On redécouvre ainsi la magie et le pouvoir des livres et des histoires. Les petits enfants, n’étant pas acceptés à l’école, peuvent entrevoir une partie de la culture qui les entoure, ce qui les fait rêver. Même leurs parents se joignent de temps en temps aux séances de lecture proposées par Esther. De nombreuses œuvres leur permettent de rêver, de s’imaginer autrement, de voir plus loin que leur petit bout de terrain vague : c’est une porte qui s’ouvre. Mais la bonté d’Esther se heurte à la fierté de leur grand-mère et de leurs pères, toujours latente, refusant toute aide et se confortant dans leur misère, une culture gitane en marge de notre société, mais qui est et doit rester telle quelle.

Le travail d’Esther est donc difficile mais elle parvient à être tout à fait acceptée au sein de cette communauté. Tous s’attachent et ont peur de l’heure où il faudra quitter le camp. Le roman devient alors plus que touchant, émouvant. Le lecteur s’attache très vite à cette famille, en faisant presque partie puisque que le narrateur nous conte tout leur quotidien, leurs habitudes ainsi que les drames auxquels il faut faire face. En effet, bien des événements ont lieu pendant cette année où Esther fait rêver les uns et les autres. C’est là que le roman joue son rôle le plus fort car le lecteur est clairement pris par les misères de la famille.

 

L'écriture d'Alice Ferney

Alice Ferney ose le mélange d’une écriture simple et agréable avec un vocabulaire gitan. Ainsi nous sommes très facilement plongés dans la culture de cette communauté en marge. Par l’utilisation de ce langage, l’auteure facilite l’entrée du lecteur dans cette famille. Aussi est-il facile pour lui de s’imaginer ce monde de dénuement, de précarité. Ce surprenant plongeon dans le quotidien des gitans a valu à Alice Ferney le prix Culture et Bibliothèques pour tous.

Peut-être certains feront-ils une remarque désobligeante sur le rôle social qu’Alice Ferney prétend avoir et qu'elle ne serait pas assez bien placée pour tenir. Cependant, cette réflexion serait contredite par le fait qu'à la fin du roman, l'auteure use de la fatalité, donnant encore une fois la parole à la société et ajoutant à la marginalité de la communauté gitane.

 

 

 

Pauline, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Lire aussi  l'article de Chloé.

 

 


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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 07:00

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Luis SEPÚLVEDA
La lampe d’Aladino
et autres histoires pour vaincre l’oubli.
traduit de l’espagnol (Chili)
par Bertille Hausberg.
Editions Métailié 2008.
Poche : éditions Points

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luis_Sepulveda.jpgLuis Sepúlveda, écrivain mais aussi scénariste, réalisateur et acteur chilien, est né le 4 octobre 1949 à Ovalle. En 1982, il s’installe en Allemagne mais il voyage beaucoup en Amérique latine et en Afrique. On retrouve ainsi dans ses ouvrages son goût pour les voyages et son intérêt pour les peuples premiers. Il milite actuellement à la fédération internationale des droits de l’Homme. Son premier roman intitulé Le vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en 35 langues, est aussi son plus grand succès littéraire.

La lampe d’Aladino et autres histoires pour vaincre l’oubli est paru en 2008.

 

12 nouvelles forment ce recueil.

Dans la première nouvelle, « La reconstruction de la cathédrale », en retrouvant les personnages du roman Le vieux qui lisait des romans d’amour, nous sommes aussitôt replongés dans l’univers de Sepúlveda. Il est très agréable de redécouvrir l’écriture de cet auteur.

 


« Hôtel Z »


Le narrateur nous parle d’un hôtel situé à Tres Fronteras, entre le Pérou, la Colombie et le Brésil. La particularité de cet hôtel est qu’il est envahi par la forêt. Plusieurs histoires circulent sur l’ouverture de cet hôtel. Certains personnes disent que l’établissement a ouvert à l’époque dorée du caoutchouc pour accueillir les riches personnalités de l’Amérique latine. D’autres affirment que c’est Fitzcarraldo qui a construit ce lieu pour loger Enrico Caruzo.* Enfin, d’après certains, Galvez, cycliste espagnol, a voulu construire cet endroit pour recevoir des prostituées.

On visite l’hôtel, étage par étage en commençant par l’extérieur.

Dans la cour, on raconte qu’un colonel voulait exposer un crocodile pour prouver que cet animal ne descendait pas du lézard mais du dinosaure. Se rendant compte du manque de virilité de la bête (qui avait du mal à approcher une femelle), le colonel l’enferme dans un bassin trop petit où le pauvre reptile finit par mourir. Les responsables du drame, n’ayant pas envie de déplacer le crocodile, coulèrent du béton dans le bassin pour éviter l’apparition d’une mauvaise odeur. Plus tard, un artiste sculpta le béton pour retrouver la forme de l’animal englouti qui deviendra le symbole de l’hôtel.

Au deuxième étage, le narrateur nous présente une très belle chambre où dormit Mauricio el Gallero (très grand organisateur de combats de coqs) et Josefina Moreno da Silva, sa femme. L’homme s’est fait assassiner dans cette chambre sous les yeux de Josefina. Sa vie après le crime demeure un mystère, mais on raconte qu’elle devint voyante dans un spectacle de prestidigitateurs et de funambules.

Dans la troisième chambre, un Libanais du nom d’Abdul Garib El Masin confectionnait des miroirs reflétant le bon côté des gens. Il confectionna un miroir pour Islanda, la femme du maire, qu’elle mit au-dessus de son lit pour ses relations extraconjugales car le miroir l’embellissait. Lorsqu’elle y mit fin sur la place publique le Libanais fut accusé de subvertir l’ordre public et dut s’enfuir.

Quant à la dernière histoire, il s’agit de celle de Jan Sherenson qui arriva à l’hôtel avec un énorme chagrin d’amour. Il s’installa dans sa chambre, devant son bureau où il posa un bocal vide contenant une sirène. Il pleura durant quarante et un jours. Lorsqu’il partit, le bocal était plein et la sirène qu’il avait laissée flottait à la surface. Le bocal y resta.

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« La lampe d’Aladino »

La nouvelle pourrait se passer dans un pays oriental. Aladino Garib est un baroudeur allant de ville en ville pour vendre ses marchandises. Les acheteurs l’appellent le Turc car il vend des objets originaux. Les habitants de la ville où il s’arrête s’appellent les Kawésqars. Après avoir raconté des histoires à ces habitants, il plante sa tente à l’orée d’un bois de coigües et d’araucarias. Il s’apprête à souffler sa lampe de cuivre lorsqu’une Kawésqar le regarde et lui sourit. Aladino décrit une magnifique nuit d’amour. Avant de partir, elle regarde la lampe, Aladino la lui offre et cette femme ne parlant pas sa langue lui mumure « La lampe d’Aladino » en la prenant comme le plus délicat des objets.


Ces histoires regorgent de mises en abyme. L’écriture est drôle, poétique, parfois familière. A chaque début d’histoire, on pourrait ajouter « Il était une fois ». L’auteur fait aussi beaucoup d’hommages, à son frère, à des amis comme à des poètes assassinés par des militaires chiliens. Apparaissent dans ces nouvelles les thématiques de la mort, de l’amour mais aussi du rêve. Les histoires traitent souvent de l’humanité des personnages. La nature y est très présente, on y voit décrites la forêt, la mer… L’auteur montre la force de cette nature avec les nouvelles « Arbre », et « Hôtel Z ». Les personnages sont des marins, des peuples d’Amazonie, des aventuriers... Les femmes, très présentes dans les histoires, sont toujours belles et leur importance dans le regard des hommes est considérable.

Ces nouvelles sont des rêves. Ce sont des contes des mille et une nuits. Il s’agit d’un vrai voyage comme dit l’auteur « pour vaincre l’oubli », de magie. L’écriture est très belle, on s’évade en traversant les pays, les siècles, et tous les mots sont à leur place.


Un véritable coup de coeur !

 
Agathe, 1ère année Édition-Librairie


 

* tiré d’une fiction où Fitzcarraldo souhaite construire un opéra au milieu de la forêt péruvienne où se produisait Caruso ténor italien interprétant Verdi. (Source : wikipédia.fr)

 

 

 

 

 

LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

 

Sepulveda Le Monde du bout du monde Métailie

 

 

Article de Delphine sur Le Monde du bout du monde 

 

 

 

 

 

 


Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





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Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental

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