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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 07:19

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CONRAD Joseph. 
Au coeur des ténèbres, 1898. 
Introduction et traduction de J.J Mayoux
Paris : Editions Aubier-Montaigne, 1980. 
Rééd. GF – Flammarion, 1989, 214 p.










     La Tamise, une réception sur un bateau, le patron sur le pont, le comptable assis à droite. Les verres ont circulé, le calme domine cette fin de soirée et la nuit tombe. Peu à peu l’obscurité gagne les eaux, le pont, les cœurs et pousse Marlow, marin désabusé à conter une histoire, son histoire. Car ce sont bien les ténèbres, qu’inspire cette mer d’encre aux fonds insondables, qui donnent la parole à Marlow pour ne plus nous quitter du roman.


    Le récit de la descente au cœur de la jungle peut commencer. La route sera semée d’embûches, d’épreuves, à la façon d’un récit initiatique où le héros apprendra la noirceur de l’âme humaine à ses dépens.


     En Belgique, fief de la Compagnie qui l’embauche pour ce voyage, il rencontre les Tricoteuses, vieilles femmes gardant les portes de l’employeur, symboliquement assimilées aux " gardiennes de la porte des ombres ". Le voyage de Marlow commence après ce rendez-vous. Autre symbole de son entrée aux Enfers, son arrivée au Congo se fait sous le tonnerre des canons d’un navire français. Celui-ci tire alors vers la Terre, vers un ennemi invisible, comme fou. Plus tard le même tonnerre retentira ; cette fois Marlow sera à terre sur le chemin de la colonie et de la dynamite explosera au flanc des monts en retentissant dans toute la vallée boisée. C’est au cours de cette marche qu’il vivra son entrée aux Enfers. Au détour d’une escapade, il aura une rencontre fatale avec un lieu où les esclaves détruits par la colonie sont mis à l’écart, rejetés dans un bosquet infernal de la jungle. Les corps difformes, anguleux, à peine encore vivants, se traînent pour " laper " l’eau, ne sont plus que des ombres aux âmes évaporées. Une fois franchie cette épreuve, Marlow arrive à la colonie et poursuit sa descente dans les ténèbres par la quête de Kurtz, personnage présent dans toutes les phrases, sur toutes les lèvres. Passionnant les êtres, quasiment divinisé, Kurtz existe par le récit de plusieurs membres de la colonie. Il apparaît comme un héros, grand parmi les grands, qui pourrait bouleverser le monde, dispensant sa parole comme un prophète ; rapidement, la fascination pour ce personnage happe Marlow qui entreprend d’aller voir Kurtz en s’enfonçant dans la jungle. Mais la réalité le décevra, il trouvera au cœur des ténèbres la désillusion, l’horreur, la sauvagerie humaine déchaînée par le réveil d’instincts primaires, " préhistoriques ", souvent oubliés ou refoulés. Kurtz, l’homme libre gangrené par la soif de puissance et de grandeur incarne une folie humaine dont le XXe siècle subira les conséquences.

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     Visionnaire, Conrad l’était certainement, ou tout du moins en avance sur les conrad01.jpeg.jpgréflexions de son temps, comme nous le verrons plus tard ; il a identifié avant Freud la question du Moi profond, des instinct refoulés. Mais nous pouvons auparavant nous questionner sur les raisons qui ont poussé Conrad à écrire ce livre.


     Né en 1857, dans une famille lettrée engagée dans la lutte pour la souveraineté de la Pologne, contre l’empire Russe, il se retrouve orphelin à 12 ans et rêve déjà d’Afrique, de voyages.


     Il s’engage à Marseille au plus bas niveau de la marine et commence une aventure maritime qui durera quinze années. Il gravit tous les échelons, mais accumule surtout des désillusions. Un de ses derniers voyages s’effectue au Congo où il se retrouve, malgré lui, commandant d’une navette sur le fleuve. Ce périple tourne mal ; atteint de maladies, de paludisme, il est épuisé et horrifié par le colonialisme qui sévit alors. En 1893, il fera son adieu aux océans.


     En 1894 il publie la Folie Almayer, récit entamé lors de ses voyages où pointent déjà les désillusions de Conrad. Riche de lectures littéraires pendant ses voyages, il écrit en anglais ; ses textes seront des récits d’aventures ancrés dans la réalité, et non pas dans le romance façon Stevenson. Ses anti-héros traversent le colonialisme, l’impérialisme, l’anarchisme à travers leurs aventures ; ils se font les témoins d’un temps bouleversé, au croisement du siècle qui amènera la Première Guerre mondiale. Conrad veut écrire des récits réalistes ancrés dans les difficultés de son temps, où l’homme semble s’être égaré sur des chemins ténébreux ; l’horreur de la Guerre de 14-18 en sera l’aboutissement.


     Au cœur des ténèbres
est évidemment un récit d’aventure, mais aussi un récit autobiographique. Marlow comme Conrad se rend en Belgique pour gagner le Congo ; tous deux connaîtront la désillusion à leur arrivée dans la jungle en découvrant le bâtiment qu’ils commanderont. Ils ressentiront un dégoût profond face au colonialisme. Conrad rentrera profondément pessimiste quant à l’avenir de l’humanité ; ce livre est un vrai signal d’alarme. Le récit d’aventure se structurera autour de l’expérience des ténèbres, de la descente infernale avec ses épreuves et ses rencontres. La description de la jungle humide, oppressante fait de cette masse de nature un personnage à part entière plus ou moins responsable du basculement des hommes dans les ténèbres.


     Le récit s’accompagne surtout de la réflexion profonde de Conrad sur la société qu’il décrit. Il fait une critique de l’humain, analyse ce phénomène du " Moi troublé " que théorisera Freud vingt ans plus tard. Kurtz, puis Marlow sont les deux sujets de la recherche de Conrad. Kurtz a définitivement succombé à ses instincts premiers, ses pulsions sauvages ; Marlow, d’abord fasciné par l’aura du mythe " Kurtz ", subit la transformation au cours de son avancée dans la jungle, de ses désillusions ; la haine se réveille en lui, la sauvagerie et l’instinct de survie gagnent. En lien avec cette folie qui surgit, la question du désir de puissance est clairement identifiée, Kurtz est un demi-dieu pour la tribu qu’il a asservie. On retrouve ici l’aura quasi surnaturelle que se sont attribuée les " blancs " lors de la colonisation avec ses dérives bien connues. La folie aussi est présente tout au long du roman, ancrée dans la personnalité de Kurtz qui transpire sur tous les autres personnages.


     Conrad fait par conséquent une critique virulente du colonialisme qu’il montre absurde, cruel et voué à l’échec à cause de la folie des colons.

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     On trouve aussi dans cet ouvrage une réflexion assez intéressante sur la fiction. Il confronte l’imaginaire anglais, romanesque, héroïque, à l’écriture réaliste. Ainsi Marlow rencontre d’abord Kurtz en langage et s’imagine un héros divin, personnage hors normes, au-dessus des hommes. Mais quand il le rencontre " réellement ", la lumière s’éteint et l’homme se dévoile, l’horreur avec lui. Conrad réussit à mettre son récit en abyme. Il écrit ce que Marlow raconte à un groupe de marins sommeillants. Ce que nous lisons, ce sont les paroles de Marlow. Parfois le récit s’interrompt pour revenir sur le pont du petit plaisancier sur la Tamise, et cette rupture produit un effet déroutant.


     Ce livre est une réelle aventure littéraire tant par la forme que par le fond. Conrad possède un style certainement révolutionnaire pour son époque qui influencera les plus grands auteurs notamment français du XXème siècle (Gide, Malraux…). Avec lui naît le roman d’aventures réaliste qui montre le monde tel qu’il est, débarrassé de l’enchantement romantique.


Julien, Bib. 2A

 

 

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Published by julien - dans Altérité.
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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 21:22

pierre-loti-madame_ch-.jpgPierre LOTI,
Madame Chrysanthème
GF Flammarion, 1990,
285 p.,
préface de Bruno Vercier.

 Fiches de Jennifer et Cyrielle

 





1.  Fiche de Jennifer

  Pierre_Loti.JPG

Biographie

     Pierre Loti, de son vrai nom Julien Viaud, est né en 1850 à Rochefort et mort en 1923 à Hendaye. Reçu à l'Ecole Navale à Paris, il prend la mer en 1870, comme aspirant de première classe, suivant l'exemple de Gustave, son frère, mort en mer. Il exercera pendant 40 ans le métier d’officier de marine qui le fera voyager dans le monde entier. C’est en 1871, lorsqu’il fit route vers Tahiti qu’il eut l’idée d’écrire ses impressions en les illustrant de croquis pour en faire des articles qu’il pourrait vendre en France afin d’aider sa famille qui vit une situation précaire, surtout depuis que le père a été accusé de détournement d’argent. La France devient très friande de ce genre d’article, inexistant à l’époque. Il devient alors reporter. C’est à Tahiti qu’il écrira Le Mariage de Loti où il prendra pour la première fois le pseudonyme de Pierre Loti.


     Le Mariage de Loti est son premier succès et date de 1972. Il va continuer de voyager pour son travail, ce qui permettra à son œuvre, souvent autobiographique, de nous conduire en Turquie (Aziyadé), au Sénégal (Le roman d'un spahi) ou au Japon (Madame Chrysanthème) dont le succès fut immense et inspira à Puccini Madame Butterfly. Il a aussi voyagé de l'Égypte à Tahiti en passant par l'Inde… Le cadre de ses romans n'est pas toujours aussi exotique ; avec Pêcheurs d'Islande, il décrit la vie des pêcheurs bretons ; Ramuntcho se situe au Pays Basque où il termine sa vie.


     À 42 ans, il est élu à l'Académie française contre Émile Zola.


     Dans sa vie on peut remarquer que Pierre Loti a rencontré plusieurs figures masculines qui l’ont beaucoup marqué. En fait, la mort de son frère Gustave à qui il vouait une très grande admiration va le laisser très marqué. Il semble alors rechercher à travers ses camarades la figure de Gustave. Lorsque sa famille s’est retrouvée dans le besoin, il voulait suivre les traces de ce frère adoré mais il s’abstient pour ne pas faire de peine à sa famille jusqu’en 1867, année où il fut admis au concours naval.

 
     En 1869, il rencontre Joseph Bernard sur qui il va reporter tous les sentiments qu’il avait eus pour Gustave. Joseph devient " le frère chéri, le frère adoré ". Ils vont tout d’abord travailler sur le même bateau puis leurs chemins vont se séparer mais ce sera l’occasion d’une correspondance jusqu’à ce que Joseph mette fin à cette relation en 1875 ; Loti en sera très peiné.


     En 1877, il rencontre le matelot Pierre le Cor qui deviendra le héros du livre Mon frère Yves, inspiré de la vie de Pierre. On retrouve ce personnage d’Yves dans Madame Chrysanthème où il sera de nouveau son " frère " Yves, un très bon ami.


Madame Chrysanthème
  

     Madame Chrysanthème a été publié en décembre 1887.


     Dans ce livre, Loti nous raconte le Japon, tel qu’il l’a vu, tel qu’il l’a vécu, de juillet à septembre 1885. Le livre est construit comme un carnet de voyage et tiré de son propre journal. Il indique le jour, la date mais pas systématiquement.


     Le livre commence par un avant-propos ; Loti et Yves sont encore sur le bateau, ils n’arriveront que le lendemain. Pierre Loti semble attendre énormément de ce pays, il s’imagine comment sera sa vie, son but ultime semblant de se marier avec " une petite femme à peau jaune, à cheveux noirs, à yeux de chat. – je la choisirai jolie. – Elle ne sera pas plus haute qu’une poupée… " Dès que la terre est annoncée et qu’on entre dans la baie de Nagasaki Loti entre en désillusion : " Quand Nagasaki parut, ce fut une déception pour nos yeux : au pied des vertes montagnes surplombantes, c’était une ville tout à fait quelconque. En avant, un pêle-mêle de navires portant tous les pavillons du monde, des paquebots comme ailleurs, des fumées noires et, sur les quais, des usines ; en fait des choses banales déjà vues partout, rien n’y manquait. " Ensuite en regardant le mouvement de tous les marchands sur les quais il dira : " Mon Dieu, que tout ce monde était laid, mesquin, grotesque ! Étant donné mes projets de mariage, j’en devenais très rêveur, très désenchanté. " Ce qui ne va tout de même pas le faire changer d’avis, il va alors à la rencontre de M. Kangourou qui est " interprète, blanchisseur et agent discrets pour grand mariages ". En l’attendant, il regarde autour de lui et décrit les servantes ainsi : " Mais plus je vous regarde, plus je m’inquiète de ce que va être ma fiancée de demain. – Presque mignonnes, je vous l’accorde, vous l’êtes, - à force de drôlerie, de mains délicates, de pieds miniatures ; mais laides, en somme, et puis ridiculement petites, un air bibelot sur l’étagère, un air ouistiti, un air je ne sais quoi… ". (Loti compare souvent les Japonais à des animaux ou des objets, voir plus loin.)


     M. Kangourou-san arrive enfin et présente, comme sur catalogue, les femmes disponibles pour cet arrangement, puisqu’il s’agit d’un arrangement : un mariage d’un mois renouvelable, sous contrat et sous réserve de payer une certaine somme à la famille de la jeune fille ; il lui présente donc plusieurs femmes, Mlle Œillet, Mlle Abricot ou Mlle Jasmin. Il choisira Mlle Jasmin, sans la connaître, sans même la rencontrer, il la verra trois jours plus tard pour le mariage.


     En l’attendant, il s’est choisi un logement à terre afin de l’accueillir. Malheureusement, elle ne lui plaît pas et il finit pas jeter son dévolu sur Mlle Chrysanthème. (Il faut savoir que dans presque tout le livre, Loti a traduit littéralement les noms des personnages, ce qui nous donne des noms assez particuliers comme Mme Très-Propre ou Mme L’Heure). L’échange a lieu très rapidement ce qui fait dire ceci à Loti : " Alors l’ennui me prend pour tout de bon de m’être décidé si vite, de m’être lié, même passagèrement, à cette petite créature, et d’habiter avec elle cette case isolée… Nous rentrons ; elle est au milieu du cercle, assise ; on lui a mis un piquet de fleurs dans les cheveux. Vraiment son regard a une expression, elle a presque un air de penser celle-ci… " (Charmant, n’est-ce pas ?).


     Le reste du roman est leur quotidien pendant l’été, pendant que son navire reste à quai. Les soirées japonaises, les intérieurs, le thé, les coutumes, la religion, tout est décrit de manière très subjective. Il ne se passe en réalité pas grand-chose, mais on nous a prévenus dès la préface et Loti lui-même à la page 104 (le livre en comporte 232) : " Ici, je suis forcé de reconnaître que, pour qui lit mon histoire, elle doit traîner beaucoup… "


Voilà les différents thèmes, les différents aspects du Japon décrit par Loti :


Les Japonais et Japonaises

" Parfois nous croisons une dame, empêtrée dans sa robe, mal assurée sur ses hautes chaussures de bois, personnage de paravent qui se trousse sous un parapluie peinturluré. "

" Ces trois petites femmes assises, gracieuses, mignardes, avec leurs yeux bridés ; leurs beaux chignons en coques larges, lisse et comme vernis " ;

"  les petites femmes, riant beaucoup, de ce rire perpétuel, agaçant qui est le rire japonais " ;

" Je m’habitue à leur figure " ;

Lorsqu’arrive M. Kangourou il le décrit ainsi " Figure à la fois rusée et niaise ; presque pas d’yeux. Révérence à la japonaise : plongeon brusque, les mains posées à plat sur les genoux, le torse faisant angle droit avec les jambes, comme si le bonhomme se cassait ; petit sifflement de reptile (que l’on produit en aspirant la salive entre les dents et qui est le dernier mot de la politesse obséquieuse dans cet empire) "

En attendant sa fiancée : " Bien avant de venir au Japon, je l’avais vue, sur tous les éventails, au fond de toutes les tasses à thé – avec son air bébête, son minois bouffi, – ses petits yeux percés à la vrille au-dessus de ces deux solitudes, blanches et roses jusqu’à la plus extrême invraisemblance, qui sont ses joues. "

" Chrysanthème entretient les fleurs dans nos vases de bronze, s’habille avec une certaine recherche, porte des chaussettes à orteil séparé, et joue tout le jour d’une sorte de guitare à long manche qui rend des sons tristes. "

Il explique que les peintures de visages sur les potiches ne ressemblent pas aux japonaises : " dans la bourgeoisie et dans le peuple, on est d’une laideur plus gaie, qui va jusqu’à la gentillesse souvent. Toujours les mêmes yeux trop petits, pouvant à peine s’ouvrir, mais des figures plus rondes, plus brunes, plus vives ; chez les femmes, un certain vague dans les traits, quelque chose de l’enfance qui persiste jusqu’à la fin de la vie. Et si rieuses, si joyeuses, toutes ces petites poupées nipponnes ! – D’une joie un peu voulue, il est vrai, un peu étudiée et sonnant faux quelquefois ; mais tout de même on s’y laisse prendre. "

Il parle des autres marins qui ont pris des femmes japonaises, il décrit l’un d’elles : " Dans mon enfance, on me menait quelquefois au théâtre des Animaux savants ; il y avait là une certaine madame de Pompadour, un grand premier rôle, qui était une guenon empanachée et que je vois encore. Cette Touki-San me la rappelle. "

" Oui, vues de dos, elles sont mignonnes ; elles ont, comme toutes les Japonaises, des petites nuques délicieuses. En parlant d’elles, nous disons : " Nos petits chiens savants ", et le fait est qu’il y a beaucoup de cela dans leur manière. "

Décrivant Chrysanthème qui dort : "  Elle avait un air de fée morte. Ou bien encore elle ressemblait à quelque grande libellule bleue qui se serait abattue là et qu’on y aurait clouée. (…) Quel dommage que cette petite Chrysanthème ne puisse pas toujours dormir : elle est très décorative, présentée de cette manière, – et puis, au moins, elle ne m’ennuie pas."

Une autre métaphore sur le peuple japonais : " Dès l’aube, une légion de petits ouvriers japonais nous envahissent, apportant leur dîner dans des paniers et des gourdes, comme les ouvriers de nos arsenaux français ; mais ayant quelque chose de besogneux et de minable, de fureteur et d’empressé qui fait songer à des rats. Ils se faufilent d’abord sans bruit, s’insinuent, et bientôt on en trouve partout, sous la quille, à fond de cale, dans les trous, qui scient, tapotent, réparent. "

Ah quand même, voilà une description positive de Chrysanthème : "  Elle sourit comme une petite fille qui est contente, et vraiment il faudrait être difficile pour ne pas convenir qu’elle est mignonne ce soir. " "  Gentilles quand même, ces petites Nipponnes, à force d’enfantillage et de sourire. "

En parlant des enfants : " D’ailleurs je reconnais le charme des petits enfants japonais ; il y en a d’adorables. – Mais, ce charme qu’ils ont, comment passe-t-il si vite pour devenir la grimace vieillotte, la laideur souriante, l’air singe ? "

" Une Japonaise, dépourvue de sa longue robe et de sa large ceinture aux coques apprêtées, n’est pas plus qu’un être minuscule et jaune, aux jambes torses, à la gorge grêle et piriforme ; n’a plus rien de son petit charme artificiel, qui s’en est allé complètement avec le costume. "

" De grands insectes rares. "

" Il y a le mystère de leurs tout petits yeux, tirés, bridés, retroussés, pouvant à peine s’ouvrir ; le mystère de leur expression qui semble indiquer des pensées intérieures d’une saugrenuité vague et froide, un monde d’idées absolument fermé pour nous. (…) Comme nous sommes loin de ce peuple japonais, comme nous sommes de race dissemblable. "


La religion


" Le sentiment que, dans cette contrée, les Esprits, les Dieux des bois, les symboles antiques chargés de veiller sur les campagnes, étaient inconnus et incompréhensibles. ": 


" Il y a la longue prière de Mme Prune (sa logeuse) qui, d’en bas, nous arrive à travers le plancher, monotone comme une chanson de somnambule, régulier et berçante comme un bruit de fontaine. Cela dure trois quarts d’heure pour le moins ; sur des notes hautes, rapides, nasillardes, cela se psalmodie abondamment ; de temps à autre, quand les esprits lassés n’écoutent plus, cela s’accompagne de battements de mains très secs (…) et cela chevrote sans cesse comme le bêlement d’une vieille bique en délire. "

" Dans les amusements religieux de ce peuple, il ne nous est pas possible, à nous, de pénétrer les dessous pleins de mystère que les choses peuvent avoir ; nous ne pouvons pas dire où finit la plaisanterie et où la frayeur mystique commence. Ces usages, ces symboles, ces figures, tout ce que la tradition et l’atavisme ont entassé dans les cervelles japonaises, provient d’origines profondément ténébreuses pour nous ; même les plus vieux livres ne nous l’expliqueront jamais que d’une manière superficielle et impuissante – parce que nous ne sommes pas les pareils de ces gens-là. "

" dans une proportion que nous ne savons même pas apprécier, quelque chose de mystique, je ne sais quoi de puéril et de macabre en même temps. Une sorte d’horreur religieuse est répandue par ces idoles, que nous devinons derrière nous dans le temple, par ces prières confusément entendues (…) par tous ces affreux masques blêmes. "

" Le sanctuaire a beau être sombre, immense : les idoles, superbes… dans ce Japon, les choses n’arrivent jamais qu’à un semblant de grandeur. Une mesquinerie irrémédiable, une envie de rire est au fond de tout. "

 
Les intérieurs


En parlant de son appartement : " Chez nous, ça ressemble à une image japonaise : rien que des petits paravents ; des petits tabourets bizarres supportant des vases avec des bouquets (…) la maison est toute en panneaux de papier, et se démonte, (…) comme un jouet d’enfant. "

" Nous dormons par terre, sur un mince matelas de coton que l’on déploie et que l’on étend chaque soir par-dessus nos nattes blanches. L’oreiller de Chrysanthème est un petit chevalet d’acajou emboîtant bien la nuque, de façon à ne jamais déranger la volumineuse coiffure. "

" Une propreté minutieuse, excessive ; des nattes blanches, du bois blanc ; une simplicité apparente extrême dans l’ensemble, et une incroyable préciosité dans les détails infiniment petits : telle est la manière japonaise de comprendre le luxe intérieur. "

Il en ressort une simplicité que décrira Van Gogh dans une lettre à son frère Théo. (4e de couverture)


Les coutumes

Lorsqu’il mange pour la première fois avec des Japonaises : " Manger à leur manière, avec de gentilles baguettes et un doigté plein de grâce. L’ensemble de tout cela est raffiné, - d’un raffinement très à côté du nôtre par exemple, que je ne puis guère bien comprendre à première vue, mais qui à la longue finira peut-être par me plaire. " (Il appelle ça la dînette.) 

" Nouvelle révérence, il m’en fait pour chaque mot que je dis, comme s’il était un pantin à manivelle… "

" Rien n’est plus japonais que de faire des digressions sans le moindre à propos. "


La mort :
 


" Il semble que, chez ce peuple enfantin et léger, la mort même ne se prenne pas sérieusement. Les tombes sont des Bouddhas de granit, assis dans des lotus, ou des bornes funéraires avec des inscriptions d’or ; elles se tiennent groupées dans de petits enclos au milieu des bois, ou sur des terrasses naturelles agréablement situées ; on y arrive généralement par de longs escaliers de pierre tapissés de mousse, en passant de temps en temps sous quelqu’un de ces portiques sacrés dont la forme, toujours la même, est rude et simple, et qui sont une réduction de ceux des temples. "


La petite pipe d’argent : 


" Deux bouffées, trois tout au plus ; cela dure à peine quelques secondes, et la pipe est finie. – Ensuite, pan, pan, pan, pan, on frappe le tuyau très fort contre le rebord de la boîte à fumer, pour faire tomber cette cendre qui ne veut jamais sortir ; – et ce tapotage, qui s’entend partout, dans chaque maison, à n’importe quelle heure de la nuit ou du jour, drôle et rapide comme un grattement de singe, est au Japon un des bruits caractéristiques de la vie humaine… "


Les injures :


" Dans la langue de ce peuple poli, les injures manquent complètement ; quand on est très en colère, il faut se contenter d’employer le tutoiement d’infériorité et la conjugaison familière qui est à l’usage des gens de rien. "


Description de la ville/du Japon

Lorsqu’il sort pour la première fois de son bateau, il pleut : " Un Japon maussade, crotté, à demi noyé. Tout cela, maisons, bêtes ou gens, que je ne connaissais encore qu’en images ; tout cela que j’avais vu peint sur les fonds bien bleus ou bien roses des écrans et des potiches, m’apparaît dans la réalité sous un ciel noir, en parapluie, en sabots, piteux et troussé. "

ou encore : " petite rue triste et noirâtre (il y en a comme ça un dédale, des milliers) "

" L’air a une odeur compliquée ; aux senteurs des plantes et de la terre s’ajoute autre chose, qui vient des demeures humaines sans doute : on dirait un mélange de poisson sec et d’encens. "

" A ce moment, j’ai une impression de Japon assez charmante ; je me sens entré en plein dans ce petit monde imaginé, artificiel, que je connaissais déjà par les peintures des laques et des porcelaines. "

" Toujours les mêmes boutiques, sans le moindre vitrage, ouvertes au vent : aussi simples, aussi élémentaires quelle que soit la chose qui s’y fabrique ou s’y brocante (…) et tous les vendeurs assis par terre, au milieu de leurs bibelots précieux ou grossiers, jambes nues jusqu’à la ceinture, montrant à peu près ce que l’on cache chez nous, mais se couvrant le torse pudiquement. Et toute sorte de petits métiers impayables exercés à la vue du public, à l’aide de procédés primitifs, par des artisans à l’air bonhomme. "

" Toujours du bizarre à outrance, du saugrenu macabre ; partout des choses à surprise qui semblent être les conceptions incompréhensibles de cervelles tournées à l’envers de nôtres. "

" Le bruit des cigales est, pour moi, le bruit caractéristique de ce pays. (…) au dessus des vallées et des baies profondes, ces oiseaux planent, en poussant de temps à autre leurs trois : " han ! han ! han ! " d’un timbre triste, comme au comble du l’étonnement pénible, de la douleur. "

" Petit, mièvre, mignard – le Japon physique et ingrat tient tout entier dans ces trois mots-là. "

Le Japon : " On s’en amuse en passant, mais on ne s’y attache pas. "


Quelques termes piochés :

poupées, odieuses, monstrueuse, drôlement, écrasante, invraisemblable, dinette, bibelot.

Il y a également la relation entre Yves et Chrysanthème qui semble un peu particulière, Loti, constate qu’ils s’aiment bien et s’imagine même jaloux alors que visiblement il n’attache pas une importance particulière à Chrysanthème.

Un passage détonne dans le livre ; il est sur le départ, et là, changement total : il se met à apprécier le Japon, Chrysanthème, sa musique etc. mais ça ne dure pas longtemps…  " Et je trouve un vrai charme ce soir à penser que ce logis, cette femme qui mène la danse, tout cela est mien. J’ai été injuste, en somme, envers ce pays ; il me semble que mes yeux s’ouvrent en ce moment pour le bien de voir, que tous mes sens subissent un changement brusque et étrange : je perçois et je comprends mieux tout à coup cette infinité de gentilles petites choses au milieu desquelles je vis, la grâce frêle et très cherchée des formes, la bizarrerie des dessins, le choix raffiné des couleurs. "

" Je les trouve toutes agréables à regarder ; cet air de poupée qu’elles ont me plaît à présent, et je crois découvrir ce qui leur donne : non pas seulement ces figures rondes, inexpressives, à sourcils très éloignés des yeux ; mais surtout cet excès d’ampleur dans leur robe. "

" Je m’habitue aux petits meubles ingénieux, aux pupitres de poupée pour écrire, aux bols en miniature pour faire la dînette ; à la monotonie immaculée des nattes, à la simplicité si finement travaillée de ces boiseries blanches. Je perds même mes préjugés d’Occident ; toutes mes idées ce soir flottent et s’en vont. "

" jusqu’à présent j’avais toujours écrit sa guitare pour éviter ces termes exotiques dont on m’a reproché l’abus. Mais ni le mot guitare ni le mot mandoline ne désignent bien cet instrument (…) à partir de maintenant, j’écrirai Chamécen. Et j’appellerai ma mousmé Kihou, Kihou-San ; ce nom qui lui va mieux que celui de Chrysanthème, - qui en traduit exactement le sens, mais n’en conserve pas la bizarre euphonie. "

" À cette tombée de nuit, je me sens presque chez moi dans ce coin du Japon, au milieu des jardins de ce faubourg ; - et cela ne m’était jamais arrivé encore… "

Enfin tout ce sentiment d’appartenance ne dure pas très longtemps, une journée, il me semble, et lorsqu’il prépare son retour, il appelle sa femme Chrysanthème.

On pourrait également parler d’une petite anecdote. Le jour du départ de Loti, Chrysanthème lui demande de passer la voir au logis pour pouvoir lui dire adieu. Il la surprend de dos en train de taper les pièces que Loti lui a données pour honorer son contrat et s’imagine que c’est pour vérifier si elles sont vraies. Finalement ce mariage se termine comme il a commencé par une plaisanterie, ce qui est tant mieux ; il sera moins triste de partir.

Ce qui est particulièrement étrange puisque des voyages, il continuera d’en faire, toujours avec plaisir et il appréciera même certains pays très étrangers par les coutumes. Il va même faire de sa maison un musée pour entreposer tous ses souvenirs rapportés de tous ces pays.

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Jennifer B., A. S. Ed.-Lib.


2. Fiche de Cyrielle

     
     Madame Chrysanthème raconte l'histoire d'un officier de marine, Pierre Loti, et d'un marin, Yves, qui séjournent à Nagasaki pendant les réparations de la Triomphante de juillet à septembre 1885. Le premier, gradé, peut s'installer à terre et a pour projet d'épouser une Japonaise pour la durée de leur escale. Il est d'ailleurs pressé de mettre ses projets à exécution et se rend dès le lendemain de l'accostage du navire dans un lieu qu'on lui a conseillé afin de rencontrer M. Kangourou, blanchisseur, interprète et accessoirement " agent discret pour croisements de races ". Quelques jours plus tard, grâce à M. Kangourou, Pierre Loti épousait une jeune fille du nom de Chrysanthème. Il a choisi cette jeune fille alors qu'on lui en présentait une autre qui n'était pas à son goût. Avec sa jeune épouse, il va s'installer dans un des faubourgs de Nagasaki, Diou-djen-dji, dans un appartement au-dessus de celui de ses propriétaires, Madame Prune et Monsieur Sucre. A partir de ce moment, leur vie au Japon va être faite de gardes à bord de la Triomphante, de visites dans les temples et de soirées dans les maisons de thé et dans les bazars de Nagasaki avec les autres couples des officiers du navire.
 
 

     
     Ce roman n'aborde pas vraiment des thèmes mais, certains aspects peuvent être analysés comme sa forme, la tradition du marin qui se marie dans chacun des ports où il passe et surtout la question de l'altérité.

    
      Madame Chrysanthème
n'est pas un roman totalement imaginé par son auteur. En effet, le fond du roman prend sa source dans une vraie escale que Loti a faite à Nagasaki pendant la réparation de la Triomphante en 1885. Cette véritable escale n'a duré qu'un peu plus d'un mois et pendant ce cours laps de temps, Loti a bien épousé une jeune fille d'environ dix-huit ans et qui s'appelait Okané-San. Ce séjour au Japon, l'auteur le raconte dans son vrai journal intime et il présente Madame Chrysanthème comme la partie de son journal racontant son séjour à Nagasaki aonsi qu’il l'écrit dans sa dédicace à Madame la Duchesse de Richelieu. Cependant, cet ouvrage est bien un roman puisque presque tout a été changé par l'écrivain : le séjour dure plus de deux mois et les chapitres du roman ne suivent pas l'ordre chronologique du Journal bien qu'ils donnent l'apparence d'un journal par la présence de dates au début de certains chapitres (la première apparaît au chapitre 5 le " 10 juillet 1885 " et la dernière au chapitre 52 le " 18 septembre 1885 "). Cet ouvrage est donc un vrai roman et un faux journal.

 

    
      Tout au long du roman, même si ce n'est pas le thème central, le lecteur peut voir comment le mythe du marin avec une femme dans chaque port où il passe pouvait se traduire au XIXème siècle. A travers les digressions de Loti, on apprend que c'est une pratique courante chez les marins. Ils épousent une jeune fille contre une certaine somme d'argent et l'installent dans une maison pour la durée de leurs "mariages" ou séjours. Ici, Loti épouse Chrysanthème pour vingt piastres par mois, somme qu'il doit verser à ses parents et l'installe dans un appartement de Diou-Djen-Dji. Il n'est pas le seul personnage du roman à faire cela puisque quatre autres officiers ont également épousé de jeunes Japonaises pendant les réparations de la Triomphante. Pour tous ceux qui pensaient que cette pratique était un mythe, Loti prouve l'existence des mariages temporaires.

 

     
     Ce roman traite la question de l'altérité à travers le regard de Loti, un Blanc. Cependant, on ne peut pas parler de l'altérité dans Madame Chrysanthème sans aborder les autres voyages que Loti a retranscrit dans des romans. En 1885, il a déjà publié Aziyadé et Le Mariage de Loti, deux expériences positives de la Turquie et de Tahiti. Il a assimilé ces deux cultures sans difficulté et s'est senti chez lui dans ces deux lieux. Malheureusement, son séjour au Japon ne se passe pas comme il l'avait prévu. Ce qui ressort de ce roman c'est une impression que les Japonais sont trop différents des Occidentaux. Ils paraissent calmes, lisses et on ne sait pas ce qu'ils pensent. De plus, les Japonais ont de drôles de coutumes. Ce qui fait que malgré tous les efforts de l'écrivain, il reste une incompréhension entre ces deux cultures. A leur arrivée dans le port, il est enthousiaste à l'idée de découvrir une nouvelle culture et il pense se sentir chez lui comme il s'était senti si bien à "Stamboul". D'ailleurs, dans certaines circonstances, le souvenir de "Stamboul" lui revient et lui fait prendre conscience du fossé entre Chrysanthème et lui. Tout au long du roman, on retrouve des mots japonais car Loti a appris cette langue pour mieux s'intégrer et, à la fin du roman, lorsque des rumeurs de départ pour la Chine se font entendre il va commencer à se sentir chez lui et il va chercher à utiliser encore plus de termes japonais (il ne parle plus de la guitare de Chrysanthème mais de son chamécen et il va même jusqu'à utiliser son prénom japonais : Kihou-San). Toutefois, Loti va vite revenir sur son jugement (Chrysanthème ne lui montre de l'affection que parce qu'il va partir et qu'il doit lui donner de l'argent) pour conclure que tout est bien mignon au Japon mais qu'il n'y a rien de plus et cela l'empêche de s'accrocher à ce pays et à ses habitants.

 

     
     Loti a écrit dans son Journal que Madame Chrysanthème est un " roman japonais " ; c'est-à-dire, un roman dont l'action se passe au Japon. Cependant, c'est surtout un roman descriptif sur le Japon car il ne s'y passe pas grand chose. Et, Loti le dit lui même au lecteur au chapitre 16 : " Ici, je suis forcé de reconnaître que, pour qui lit mon histoire, elle doit traîner beaucoup [...] A défaut d'intrigue et de choses tragique [...] A défaut d'amour... ". Il faut donc en conclure que ce roman est à l'image du Japon : lisse. Il faut tout de même nuancer ce triste tableau par les descriptions poétiques des paysages.

 

Anecdotes :

Le roman comprend 56 chapitres mais reste facile à lire car de nombreux chapitres ne dépassent pas les 2 pages et le dernier ne fait que 3 lignes.

 

Adaptation de l'oeuvre :

Ce roman a inspiré une comédie lyrique portant le même nom que le roman et un opéra. La première adaptation, créée au Théâtre Lyrique en 1893, est l'œuvre de André Messager, et l’opéra, créé à la Scala de Milan en 1904, est de Giacomo Puccini et intitulé Madame Butterfly. Seulement, pour créer ces deux œuvres les librettistes ont dû ajouter des éléments absents du roman : la passion et le désir.


Bibliographie sélective :

 

Aziyadé, 1879
Le Mariage de Loti, 1880
Le Roman d'un Spahi
, 1881
Mon Frère Yves
, 1883
Pêcheur d'Islande
, 1886
Madame Chrysanthème
, 1887
Le Roman d'un enfant, 1890

    

Cyrielle, 2ème année Bib-Med

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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 08:13
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● CONRAD Joseph. 
Au coeur des ténèbres, 1898. 
Paris : Editions Aubier-Montaigne, 1980. 
Rééd. GF – Flammarion, 1989, 214 p.
Introduction et traduction de J.J Mayoux









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" Il était malheureux d’une façon inconnue aux âmes médiocres. " Victoire

Joseph Conrad, né Teodor Jozef Konrad Korzeniowski en 1857, ne fut pas un homme heureux, loin s’en faut, et ses œuvres tourmentées, reflets de sa vie tumultueuse aux quatre coins du monde, n’ont eu de cesse de sonder sur la mer, dangereuse alliée, et sur terre, dans des contrées encore inconnues et souvent hostiles, le cœur de l’homme.

Paradoxal et dépressif, ce Polonais à l’accent fort, expatrié très jeune en Angleterre, alors engagé dans la marine marchande anglaise, parcourt les mers du globe pendant les premières années de sa vie, pour finir en voyageur téméraire de l’intérieur, comme l’un des romanciers anglais les plus importants de son époque, lui qui à 20 ans ne parlait pas un mot de cette langue qu’il trouvera plus dure à manier que de doubler le Cap Horn.

L’écrivain ravagé par la goutte, les dettes et " d’inexplicables périodes d’impuissance, de soudains accès de douleur mystérieuse ", comptant dans ses proches Henry James, Stephen Crane ou André Gide, mourra d’une crise cardiaque en 1924, laissant une production pléthorique de romans mais surtout de nouvelles.

On lui doit, parmi ses chefs-d’œuvre, Lord Jim, Sous les yeux de l’Occident, La Ligne d’ombre, Le Nègre de " Narcisse ", Jeunesse et surtout Au coeur des ténèbres, rédigé en 1898.


Contexte : le Congo de Conrad 
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" Avant le Congo, je n’étais qu’un simple animal. " Lettre à Ernest Garnett

En 1878, Henry Morton Stanley revient à peine du cœur de l’Afrique Noire et de ses terrae incognitae, dernières ombres blanches fascinantes sur la carte d’un monde encore très mystérieux, qui faisaient dire au jeune Conrad, intrépide et exalté : " Quand je serai grand, j’irai là-bas. " Parti au secours de Livingstone et plus tard d’Emin Pacha, il y a découvert le Congo belge pour le compte du roi Léopold II, devançant d’une courte tête le français Pierre Savorgnan de Brazza. En 1889 paraîtra Through the dark continent, le récit de cette aventure, grand succès dont Conrad, bien que ne le citant jamais et semblant le mépriser, s’est probablement en partie inspiré, ainsi que de sa propre expédition, entre Matadi et Kinshasa, en 1890. Cette expérience s’avère pour lui amère et brutale. Il s’y trouve confronté à la mort, à la maladie, à un environnement profondément déstabilisant et dans lequel il se sent en proie à une intense solitude. Ses repères culturels volent en éclat, et huit ans après son retour il livrera une de ses œuvres les plus désespérées et profondes, bien que largement fictionnée, sous les traits de son personnage fétiche, son double littéraire Charlie Marlow (apparu pour la première fois dans Jeunesse).


Résumé

" Débarquer dans un marécage, marcher à travers bois, et dans quelque poste de l’intérieur, se sentir encerclé par cette sauvagerie, cette absolue sauvagerie – toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s’agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l’homme sauvage. Et il n’y a pas non plus d’initiation à ces mystères. Il faut vivre au milieu de l’incompréhensible, et cela aussi est détestable. En outre il en émane une fascination qui fait son œuvre sur notre homme. La fascination, comprenez-vous, de l’abominable. Imaginez les regrets grandissants, le désir obsédant d’échapper, le dégoût impuissant, la capitulation, la haine. " (p87)

Charlie Marlow, marin confirmé, est envoyé au Congo à bord d’un vapeur afin de remonter le fleuve à la recherche de l’agent Kurtz, posté au cœur du pays où il exploite l’ivoire, et dont les méthodes violentes, presque démentes de soumission des autochtones afin d’y parvenir commencent à déplaire à la direction hypocrite de la Compagnie qui l’emploie. Mais qui est cet homme dont on parle au narrateur par bribes étranges, mystérieuses, et pourquoi refuse-t-il de quitter de lui-même ce pays luxuriant et dangereux, moite et ténébreux ?
 
 

De retour en Angleterre, à jamais marqué par sa rencontre avec cet homme maudit, ce " spectre initié de l’ultime Nullepart " , Marlow entame devant son nouvel équipage un récit au crépuscule, avant une nuit sombre pour un périple désespéré au cœur même de chaque homme. Dans cette mise en abyme si justement nommée, la découverte de la sauvagerie, qui n’est pas là où l’on croirait l’attendre, la désorientation d’un homme sûr de son humanité, le choc d’une altérité d’apparence inassimilable, et le surgissement dans le brouillard de la jungle de son double négatif, de son anti-moi en la personne de Kurtz va progressivement révéler au narrateur la stupidité suffisante de l’homme occidental, la fascination paradoxale du Mal, et la nécessité d’une illusion positive pour se réveiller d’un cauchemar insidieux, et affronter le désespoir qu’une chute si lente et profonde au cœur même de l’angoisse et de l’inconnu a éveillé pour toujours, semble-t-il.

Nous sommes bien en présence d’une quête initiatique, où la victoire de la civilisation sur le primitif, avec le retour du narrateur à Bruxelles puis en Angleterre, s’avère sinon illusoire, du moins très fragile, la splendeur démoniaque de la jungle congolaise s’inscrivant pour toujours dans le cœur abîmé de celui qui a bien voulu la voir, et en comprendre toute l’immensité.

La figure de l’autre

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" La conquête de la terre, qui signifie principalement la prendre à des hommes d’une autre couleur que nous, ou dont le nez est un peu plat, n’est pas une jolie chose quand on la regarde de trop près. Ce qui la rachète n’est que l’idée. Une idée qui la soutienne ; pas un prétexte sentimental mais une idée – quelque chose à ériger, devant quoi s’incliner, à quoi offrir un sacrifice… " (p89)

En termes d’action pure ou de rebondissement, il ne se passe pas grand chose dans Au cœur des ténèbres. Marlow attend, observe, juge, commente, survit, apprend sur lui-même et les autres. Et fort heureusement, il transpose ce monologue intérieur en monologue conté, puis écrit, comme témoin immortel des turpitudes d’un homme à la recherche de sa propre pré-histoire.

" Ils criaient, ils chantaient, leurs corps ruisselaient de sueur ; ils avaient des masques grotesques, ces types ; mais ils avaient des os, des muscles, une vitalité sauvage, une énergie intense de mouvement, qui étaient aussi naturels et vrais que la houle le long de leur côte. Ils n’avaient pas besoin d’excuse pour être là. C’était un grand réconfort de les regarder. Un moment, j’avais le sentiment d’appartenir encore à un monde de faits normaux ; mais il ne durait guère. " (p100)

Il perçoit dans le peuple africain les sources mêmes de l’Homme, et, fasciné, effrayé, peine à les trouver inhumains, redoute de se retrouver en eux mais doit capituler. C’est dans une tension permanente, dans une aversion-compassion paradoxale et problématique qu’il tisse un pont invisible entre eux et lui, mais en gardant toujours une distance qui lui semble vitale, résistant à l’appel de la brousse auquel Kurtz à succombé, fort de son enivrante puissance d’homme blanc déifié.

" Nous étions des errants sur la terre préhistorique, sur une terre qui avait l’aspect d’une planète inconnue. Nous aurions pu nous prendre pour les premiers hommes prenant possession d’un héritage maudit à maîtriser à force de profonde angoisse et de labeur immodéré. Mais soudain, comme nous suivions péniblement une courbe, survenait une vision de murs de roseaux, de toits d’herbe pointus, une explosion de hurlements, un tourbillon de membres noirs, une masse de mains battantes, de pieds martelant, de corps ondulant, d’yeux qui roulaient… sous les retombées du feuillage lourd et immobile. Le vapeur peinait lentement à longer le bord d’une noire et incompréhensible frénésie. L’homme préhistorique nous maudissait, nous implorait, nous accueillait – qui pourrait le dire ? Nous étions coupés de la compréhension de notre entourage ; nous le dépassions en glissant comme des fantômes, étonnés et secrètement horrifiés, comme des hommes sains d’esprit feraient devant le déchaînement enthousiaste d’une maison de fous. Nous ne pouvions pas comprendre parce que nous étions trop loin et que nous ne nous rappelions plus, parce que nous voyagions dans la nuit des premiers âges, de ces âges disparus sans laisser à peine un signe et nul souvenir. " (p135)

" Ce n’était pas de ce monde, et les hommes étaient – Non, ils n’étaient pas inhumains. Voilà : voyez-vous, c’était le pire de tout - ce soupçon qu’ils n’étaient pas inhumains. Cela vous pénétrait lentement. Ils braillaient, sautaient, faisaient d’horribles grimaces, mais ce qui faisait frissonner, c’était bien la pensée de leur humanité – pareille à la nôtre - la pensée de notre parenté lointaine avec ce tumulte sauvage et passionné. Hideux. Oui, c’était assez hideux. Mais si on se trouvait assez homme on reconnaissait en soi tout juste la trace la plus légère d’un écho à la terrible franchise de leur bruit, un obscur soupçon qu’il avait un sens qu’on pouvait – si éloigné qu’on fût de la nuit des premiers âges – comprendre. Et pourquoi pas ? L’esprit de l’homme est capable de tout – parce que tout y est, aussi bien tout le passé que tout l’avenir. Qu’y avait-il là, après tout ? – Joie, crainte, tristesse, dévouement, courage, colère – qui peut le dire ? – Mais vérité, oui – vérité dépouillée de sa draperie de temps. Que le sot soit bouche bée et frissonne – l’homme sait, et peut regarder sans ciller. " (p 136)
Parallèlement, son dégoût pour ses congénères blancs, condescendants, égarés dans leur insignifiance, incapables et " stupéfiants " va grandissant.

" J’ai vu le démon de la violence, celui de la convoitise, celui du désir ; mais, par le vaste ciel ! c’étaient des démons forts et gaillards à l’œil de flamme qui dominaient et qui menaient des hommes – des hommes, vous dis-je. Mais là debout à flanc de colline je pressentais que dans le soleil aveuglant de ce pays je ferais connaissance avec le démon flasque, faux, à l’œil faiblard, de la sottise rapace et sans pitié. " (p104)
Marlow, seul, désemparé, se tourne vers Kurtz, cette figure fantastique, quasi mythologique, magnifique de noirceur extrême, de génie ayant versé dans les eaux douteuses de la manipulation mentale de quiconque s’entretiendrait avec lui. Il est alors parfaitement conscient d’avoir à " choisir entre deux cauchemars. " 

Et de devoir alors s’y vouer, au nom de ses valeurs mêmes, bien que mises à mal, et sur lesquels nous allons revenir.

Au cœur de la brousse sauvage d’un pays inconnu, entouré de peuples qu’on exploite sans comprendre, l’effroi, l’attraction irrésistible et répugnante, le mystère le plus profond s’incarnent finalement au fond de la propre poitrine de Marlow, qui confond les battements de son propre cœur aux battements des tam-tams, lorsque enfin, dans une scène hallucinatoire, il va entrer en connexion avec son double vénéneux et frénétique : Kurtz.

" Ses ténèbres étaient impénétrables. Je le regardais comme on regarde d’en haut un homme gisant au fond d’un précipice où le soleil ne brille jamais. " (p 188) 
 

Au royaume du " wilderness ", de l’oxymore et de la " prose of power "
 

C’est dans une prose foisonnante, chargée et intense que Conrad fait naître ses images, car il nous donne véritablement plus à voir qu’à lire. Héritier de la prose puissante et rhétorique dont se réclamait Thomas De Quincey, la " prose of power ", il accumule un vocabulaire ultime, répète, psalmodie jusqu’à l’écoeurement ses notions phares : les ténèbres (darkness), le désespoir, et cette intraduisible notion, chère à chacune de ses œuvres : le " wilderness ".

On a pu lui reprocher, à plus ou moins juste titre, une construction sacrifiée à un déferlement enchevêtré et mal contrôlé d’états d’âmes pompeux et répétitifs.
Or, c’est justement cette passion parfois délirante, jaillissant sous sa plume inquiète qui peut prétendre à nous entraîner si loin, si profondément dans cette aventure intérieure, formidable et paroxystique.

Charlie Marlow est un homme qui a précédemment réussi avec succès l’épreuve de la mer (voir Jeunesse), marin atypique, il n’est pas sédentaire comme le voudrait un premier paradoxe, la mer et les navires étant toujours les mêmes, le marin typique emportant partout son foyer avec lui, mais nomade, laissant la mer pour le fleuve puis la terre avant d’y revenir. Il entame avec cette nouvelle épreuve, celle de la brousse, du " wilderness " donc. Littéralement espace désertique et sauvage (à discerner du " wildness ", sauvage littéral), ou brousse sans fin, ou encore brousse sauvage dans les traductions françaises, on ne retrouve pas ce terme fixe qui en anglais vient scander régulièrement le texte, comme une entité particulière qui " remplit l’homme creux ", l’envoûte, le transforme. " La préhistoire la plus bestiale, elle est en nous, elle n’attend pour se réveiller que cette correspondance d’une pression et d’un creux. Soit on s’emplit de la présence des autres, soit on reste creux et on sera envahi. " (J.J Mayoux, introduction de Au cœur des ténèbres)

" Par contre, la brousse sauvage l’avait trouvé de bonne heure et avait tiré de lui une terrible vengeance après sa fantastique invasion. Elle lui avait murmuré je crois des choses dont il n’avait pas idée tant qu’il n’eût pas pris conseil de cette immense solitude- et le murmure s’était montré d’une fascination irrésistible. Il avait éveillé des échos sonore en lui parce qu’il était creux à l’intérieur. " (p171).

Ce périple au cœur de la nature sauvage, donc, va lui faire comprendre que ses valeurs précédemment acquises, telles l’intégrité et le refus du mensonge, n’ont aucune raison d’être dans ce contexte et perdent leur efficacité morale. Cette " désorientation cauchemardesque ", au cœur même de son expérience africaine, révèle ce qui semble peut-être une évidence, mais ouvre la voie à un effroi sans nom : " ce qui a un sens en Europe n’en a plus en Afrique. " " Dans ce pays, tout est possible. " Cette démonstration est importante pour l’époque, elle annonce déjà que le sens de la réalité n’est pas irrémédiablement fondé mais bien le fruit d’un long processus d’assimilation culturelle. Et Marlow est suffisamment maître de sa propre réalité pour ne pas avoir à l’ériger en absolu et déclarer comme absurde ou anormal ce qui lui est étranger. Il peut la confronter, non sans crainte, mais avec une certaine assurance.

Révolté par le nihilisme suffisant, l’hypocrisie malsaine de la direction de la Compagnie qu’il refuse de cautionner en remportant un succès sous-moral, il préfère l’écroulement moral de soutenir la " mauvaise méthode " de Kurtz (se servir de son pouvoir sans limite d’homme blanc pour tenir un peuple sous sa domination, et s’ériger en demi-dieu pendant qu’on lui extorque son ivoire, prétexte pour surtout expérimenter le pouvoir d’un homme sur les autres, tout en les respectant paradoxalement.)

Il affronte de même la nécessité ponctuelle du mensonge, l’ironie voulant que, se faisant apôtre de la vérité au début du roman, il le conclue sur un mensonge fait à la fiancée de Kurtz, pour préserver, pour elle comme pour lui et comme pour nous tous la nécessité de l’illusion positive, pour survivre à la connaissance tragique, sans risquer de se décevoir lui-même, c’est à dire d’affirmer les valeurs de la vie active sans troubler sa conscience par les contradictions sous-jacentes qu’elle renferme.

Ces contradictions parfois violentes, ces apprentissages parfois cruels, Conrad nous les transmet en utilisant abondamment l’oxymore (" lugubre bouffonnerie ", " joyeuse danse de la mort " etc…), autre signe distinctif de sa prose si particulière.

En conclusion
 
C’est un Marlow désenchanté mais habité d’une force nouvelle qui revient en Europe après ces quelques mois passés au cœur des ténèbres. Il ne retient que son obsession pour Kurtz, à propos duquel il arrivera à coup sûr à arranger sa mémoire, pour oublier peut-être ces " sauvages malheureux " à qui il eut si peur de ressembler et au contact desquels il ne put trouver aucune réponse satisfaisante pour une éventuelle cohabitation.

Sa fuite de la brousse, son retour à la civilisation, sa victoire sur Kurtz sont des victoires spirituelles fabriquées pour survivre, encore des illusions positives dont Marlow n’est pas dupe, pour fuir des actes par ailleurs injustifiables et auxquels on n'a pu trouver d’alternative raisonnable.

Décalé de ses congénères, sombre mais assuré, il termine son récit alors que le soir tombe à nouveau sur la Tamise, cet autre fleuve, cet autre Styx, qui connut lui aussi jadis les ténèbres avant l’arrivée des Romains.

"  Non, ils ne m’ont pas enterré, quoiqu’il y ait eu une période que je me rappelle obscurément , avec des frémissements de stupeur, comme un passage à travers un monde inconvenable qui ne recelait espoir ni désir. Je me retrouvais dans la cité sépulcrale, j’en voulais à ces gens que je voyais courir par les rues pour se chiper les uns les autres, pour dévorer leur infâme cuisine, pour avaler leur mauvaise bière, pour rêver leurs rêves insignifiants et stupides. Ils empiétaient sur mes pensées. C’étaient des intrus de qui la connaissance de la vie était pour moi une irritante imposture, tant je me sentais certain qu’il n’était pas possible qu’ils connaissent les choses que je connaissais. Leur comportement, qui était simplement celui d’individus comme allant à leurs affaires dans la certitude d’une sécurité parfaite, me blessait comme les bravades outrageantes de la sottise en face d’un danger qu’elle est incapable de concevoir. Je n’avais pas spécialement le désir de les éclairer, mais j’avais quelque peine à me retenir de leur rire à la figure, pleins comme ils étaient de stupide importance ". (p 191-192)

Un film, librement adapté et transposé au cœur du Vietnam en guerre avec les Etats-Unis a été réalisé autour des personnages de Marlow et Kurtz :
Apocalypse Now

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, de Francis Ford Coppola.

Bibliographie :
● CONRAD, Joseph. Heart of darkness. Paris : Editions Librairie Générale Française
( coll. Le Livre de Poche, Les Langues Modernes / Bilingue), 1988, 327 p.
Traduction de Catherine Pappo-Musard
● CONRAD, Joseph. Du goût des voyages suivi de Carnets du Congo. s,l :Editions Les Equateurs (coll. Parallèles), 2007, 122 p.
Traduction et présentation de Claudine Lesage
● CONRAD, Joseph. Propos sur les lettres. Arles :Editions Actes sud, 1989, 126 p.
Traduction de Michel Desforges
● BERTHOUD Jacques. Joseph Conrad : Au cœur de l’œuvre. Paris : Editions Critérion, 1992, 275 p.
Traduit par Michel Desforges
● Magazine Littéraire ° 297, mars 1992 – Joseph Conrad

Pamela, A.S. Ed.-Lib.
 
 
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