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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 07:00

Larcenet-Ferri-Le-sens-de-la-vis-01.gif

 

 

 

 

 

 

Jean-Yves FERRI
et Manu LARCENET
Le Sens de la Vis
1-La Vacuité
Les Rêveurs, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri signent avec Le Sens de la Vis une œuvre multi-facettes étonnante, en ayant eu l’audace de croire que leurs petites joutes amicales personnelles pouvaient être aussi délectables pour le grand public qu’elles l’étaient pour eux-mêmes. Jamais ils n’avaient eu autant raison.
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Un an plus tôt, les deux auteurs s’étaient déjà essayés à publier chez les Rêveurs leurs  Correspondances, composées d’une suite de dessins envoyés et renvoyés par fax comme une balle sur un court de tennis. Bribes, croquis, caricatures et travaux préparatoires avortés ou non formaient le gros de l’ouvrage, avec pour seule trame la complicité évidente entre Ferri et Larcenet, jamais à court de blagues et de petites piques bien senties. Le Sens de la Vis est un renouvellement de cette expérience, mais dans un seul sens : Larcenet a envoyé une certaine quantité de croquis seuls et sans lien les uns avec les autres, que Ferri a scénarisés. Larcenet a ensuite dessiné le reste de l’histoire. L’œuvre parvient donc à un résultat plus abouti et qui tient moins du domaine de la « private joke » que Correspondances.

Attardons-nous sur ce qui constitue le point de départ de l’ouvrage, à savoir les croquis de Manu Larcenet. Grotesques, absurdes, presque toujours assombris par des traits obstinés remplissant les formes et matérialisant les ombres et les reliefs, ils apparaissent familiers à ceux qui fréquentent  le blog de l’auteur. On y retrouve nombre de crayonnés similaires, esquisses pour un travail en cours (notamment ces derniers mois pour  sa série Blast) ou simples gribouillages, à peine légendés. On pourrait classer ces dessins dans le style « avec plein de petits traits » comme il le définit lui-même.
Larcenet-Ferri-Supermickey.JPG
À partir de cette série de dessins autonomes, Ferri va construire un scénario axé sur les interactions entre l’élève et le maître (avec peut-être encore à l’esprit leur correspondance passée). En guise de « private joke », l’élève, appelé « Demi-Lune », est représenté par un petit homme à l’embonpoint certain, avec un bouc comme pilosité faciale et une casquette vissée sur le crâne, tandis que le Maître est chauve (à l’exception d’un cheveu dressé) et porte la moustache. Il s’agit bien respectivement de représentations caricaturales de Larcenet et de Ferri, chacun prenant un malin plaisir à jouer son rôle dans son registre sans que jamais l’un ou l’autre prenne le dessus.

Car tout au long du livre, on perçoit bien la dimension bicéphale derrière sa création, comme le suggère l’illustration de la couverture, qui pourrait faire penser à deux gros cerveaux reliés par quelques synapses et gravitant au-dessus de leurs corps fragiles. Deux façons de penser et d’être au monde contrastent en permanence avec les personnages de l’élève et du maître. L’un, occidental, vit en banlieue dans un appartement étriqué et peu ordonné, fréquente seul des bistrots et réfléchit de manière très terre-à-terre. L’autre, oriental, semble vivre à la campagne, dans de grands espace d’où émane une sérénité certaine, et semble s’être élevé par la pensée bien au-delà des considérations matérielles. L’élève va donc partir à la recherche de la sagesse atteinte par le Maître.

Cette quête est mise en forme par une narration toute en contraste, quiproquos et double-sens. Le début de l’ouvrage voit l’élève cheminer d’un pas décidé vers la demeure du Maître, en pénétrant dans un cadre de plus en plus solennel. Arrivé devant la demeure, il frappe le gong faisant office de sonnette, puis entre, invité par la voix du Maître lui parvenant d’une ouverture. Celui-ci est en train de monter un banc Ikéa, et lutte particulièrement avec une certaine vis. À partir de ce moment, tout l’ouvrage va user de cette idée du meuble en kit pour symboliser la vie et les problèmes que l’on peut y rencontrer, ce qui va entre autres donner lieu à de savoureux dialogues de sourds et quiproquos.

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Après avoir échoué à suivre la notice Ikéa pour monter le banc :

 

L’élève : « Nous n’obtenons pas un banc, Maître… »

Le Maître : « C’est exact Demi Lune. Le Hasard Changeant se rit de nous et façonne le Grand Réel à sa convenance… »

Après être tous deux tombés du banc à cause d’une vis défectueuse :

L’élève, parlant de la vis : « D’après moi, elle est trop courte… »

Le Maître : « La vis est courte, mais rien ne vaut la vis. »

 

Mais une des phases de dialogue illustrant le mieux le contraste et l’incompréhension entre les deux personnages reste celle-ci :

 

Le Maître : « Te plairait-il, à présent, de voir mes carpes ? »

L’élève : « Ce serait pour moi une fête, Maître. »

            « J’aime bien les carpes. »

Le Maître : « Vois comme le Grand Hasard a déposé sur elles ses rayures abstraites… »

L’élève : « …Mais je n’en ai mangé qu’une fois, à la communion de mon neveu. »

Le Maître : « Entends-tu le murmure continu de l’eau ? »

L’élève : « Avec une sauce à l’oseille. La sauce est nécessaire pour faire passer ce léger goût de vase… »

Le Maître : « Ainsi en va-t-il de nos pensées qui, sans cesse, murmurent à nos oreilles… »

L’élève : « Si j’ai le choix, ma préférence va au poisson grillé. »

Le Maître : « Nous devons être capables d’arrêter ce murmure pour goûter la fraîcheur du silence. »

L’élève : « Sans compter que le poisson grillé est beaucoup moins calorique. »

 

 

Un lecteur pourrait vouloir tirer de nombreuses leçons du Sens de la Vis : la vie est à monter soi-même, il faut se laisser envahir par la vacuité pour en comprendre le sens, le hasard est maître de toutes choses, etc., mais ce serait là risquer de s’attirer les moqueries des deux auteurs qui, loin de l’idée de passer pour des donneurs de leçons, ont plutôt eu l’intention de jouer avec des styles et des registres avec humour sans jamais toucher à des problèmes de fond. Le calembour qui compose le titre est d’ailleurs là pour nous rappeler de ne pas prendre au sérieux les pérégrinations  de Larcenet et Ferri et de leurs alter ego de papier. En guise d’ultime pied de nez aux lecteurs du premier degré, l’ouvrage se termine en queue de poisson : croyant suivre un conseil du Maître l’orientant vers la recherche de la Vacuité, Demi Lune se retrouve au bistrot d’où il venait :

 

« I M’A DIT VACUITE… VACUITE !

Alors j’y suis allé… me cuiter… »

 

Voilà qui a le mérite de répondre à beaucoup de questions.


Paul, 2ème année Bibliothèques 2012-2013

 

 

Manu LARCENET sur LITTEXPRESS

 

Manut Larcenet Le Combat ordinaire 01

 

 

 

 

 

 

Articles d'Elise et d'Emeline sur Le Combat ordinaire.

 

 

 

 

 

 

 

Larcenet Blast 3 01

 

 

 

 

Article de Nico sur Blast.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 07:00

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Bruno LOTH
Ouvrier

Mémoires d’Occupation,  Tome 1
Libre d’images / La Boîte à bulles
Coll. Hors Champ, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Initialement reconnu pour sa BD Ermo, Bruno Loth poursuit avec Apprenti puis Ouvrier le récit de la vie de son père, ouvrier aux chantiers navals de Bordeaux.

Une histoire que Jacques Loth consent à transmettre à son fils après quelques réticences pour la réalisation d’Apprenti, mémoires d’avant guerre (2010). Ouvrier, mémoires sous l’Occupation (2012) constitue le second volet de sa vie. Ne désirant pas parler de la guerre et de l’Occupation, c’est l’album terminé d’Apprenti en main qui le décide à se lancer dans un nouveau récit.

 

« Tu ne voulais pas écrire la suite ? »

Alors qu’Apprenti se déroule durant l’entre-deux-guerres, cet autre album raconte la vie ouvrière sous l’Occupation, loin du front et des combattants. Une histoire du petit peuple, presque anonyme. Celle d’un homme ordinaire qui devient pourtant une véritable aventure.

Le récit débute en avril 1938 à Bordeaux. Jacques est convoqué par le Conseil de Révision. L’ambiance s’installe et les couleurs grises des premières planches sont annonciatrices d’une période industrielle triste aux touches quelquefois rouges et douloureuses.

Et pourtant c’est avec légèreté que commence la narration, tournant en dérision la « visite médicale » préalable au service militaire. Jacques est pesé, mesuré, examiné dans toute sa nudité par les médecins forts de leur supériorité vestimentaire. Il est l’objet d’un intérêt particulier et ameute le corps médical qui observe en détail son cas de polythélie, quatre tétons, preuve irréfutable de nos origines lointaines. L’homme est finalement ajourné parce que trop chétif mais ne s’en vante guère à l’usine, le Pivertisme, mouvement pacifiste, n’y trouvant que très peu d’adhérents.

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Ainsi les idées et les activités de cette période sont évoquées tout au long des anecdotes qui composent l’album. Malgré ce temps d’avant-guerre, l’ouvrier garde une part d’insouciance comme lors du séjour en auberge de jeunesse avec son frère Marceau et ses amis Pedro, James et Hubert. C’est rythmé par un chant scout (La Fleur au chapeau) et une citation d’un poème de Baudelaire (Le Coucher du soleil romantique) qu’ils se rendent au Pyla. Mais ces bons moments ce sont aussi les visites à Cazaux pour des parties de pêche avec son oncle Raoul, les flirts, les sorties de sports d’hiver, le périple dans le Pays Basque. Des vacances occasionnées par des congés payés qui n’auront bientôt plus lieu d’être.

Cette suite d’anecdotes de quelques pages chacune donne un rythme fragmenté et laisse au lecteur le temps de redécouvrir les personnages.

Mais alors que Jacques Loth passe du bon temps, janvier 1939 est marqué par les débuts du régime franquiste et février par l’arrivée de 500 000 réfugiés républicains entassés sur les plages françaises aux allures de camps de concentration.

 Bruno-Loth-Ouvrier-03.JPG
Après une trentaine de pages vient la période de l’Occupation. Une cassure dans le récit oppose deux pages de planches pleines. Le vendredi 1er septembre 1939 la ville s’enfle des sirènes, l’ordre de mobilisation générale est placardé sur les murs. Hitler et ses troupes sont entrés en Pologne. La vie de Jacques est alors ponctuée par l’Histoire, celle que l’on apprend à l’école, celle que nos grands-parents nous racontent. Le récit apparaît  soudain moins décousu, plus fluide et ponctué par des transitions.

La Guerre est déclarée et l’idée de patriotisme germe dans la pensée de Jacques qui tente de s’engager avec son frère Marceau. Mais bien heureusement il est déjà trop tard. Alors que le gouvernement s’installe à Bordeaux pou fuir à Vichy à l’arrivée de la Wehrmacht, la vie est rythmée par l’heure allemande.

 « Toutes les pendules de la ville sont avancées d’une heure ! »

Cette période de la vie de Jacques est marquée par les bombardements, les rationnements, le couvre-feu, l’interdiction de réunion, de sortie, la suppression des auberges de jeunesse mais également par le départ de son frère, le décès de sa mère, les exécutions d’otages et amis.

C’est dans cette ambiance que l’on suit tour à tour Jacques dans ses habits d’ouvrier aux tons bleu-gris puis dans ses habits civils rehaussés de couleurs cependant froides. Les seules couleurs vives de l’album sont consacrées au drapeau nazi, aux drapeaux français puis italien et à l’avis d’exécution.

 Bruno Loth Ouvrier 04

Ce récit est un véritable témoignage qui fait prendre conscience de la réalité de la guerre. Une réalité ouvrière, une réalité pénible. Bruno Loth sait retranscrire avec brio les souvenirs de son père en y ajoutant des éléments historiques qui posent les repères narratifs.

Une lecture agréable et intéressante marquée par la situation industrielle de l'époque, par la Résistance et par les anecdotes aux élans nostalgiques.

 

Aurélie H., 2ème année Bibliothèques 2012-2013

 

Lien

 

Libre d'images, le site de Bruno Loth

 

 

 

 

Bruno LOTH sur LITTEXPRESS

 

convivialitté bruno loth 05

 

 

 

Compte rendu d'une rencontre avec Bruno Loth par Florence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 07:00

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Jacques TARDI
C’était la guerre des tranchées
Casterman, 1993
 





 

 

 

 

 

 

 

L’auteur et l’œuvre

JacquesTardi est un auteur et dessinateur de bande dessinée né à Valence en 1946. Son père était militaire de carrière ce qui lui valut d’être prisonnier en Allemagne (Tardi rend d’ailleurs hommage à son père dans une de ses bandes dessinées les plus récentes Moi, René Tardi, prisonnier au Stalag II B). L’univers de Tardi possède diverses caractéristiques, souvent des paysages urbains en particulier les faubourgs parisiens, l’anarchisme et la révolte, la guerre et les conditions de vie des soldats, et surtout la misère illustrée de manière extrêmement crue. Tardi recourt pour son dessin à la technique de la ligne claire, utilisée par Hergé, le créateur de Tintin.


Pour ce qui est des personnages, Tardi se plaît à ridiculiser le concept de héros et utilise des antihéros. Et la bande dessinée C’était la guerre des tranchées ne fera pas exception.

L’œuvre en elle-même est plus qu’un simple récit sur la Première Guerre mondiale, c’est une suite de petites histoires (un peu comme un recueil de nouvelles), toutes englobées dans l’atmosphère caractéristique de la guerre des tranchées. L’auteur réussit à recréer les conditions de vie atroces des soldats, la vie dans les tranchées, la violence physique et psychologique, la cruauté des officiers supérieurs.


Il nous décrit la guerre d’un point de vue interne avec ses habitudes, son quotidien, son langage et bien entendu ses combats tous plus meurtriers les uns que les autres.



L’univers de la Grande Guerre

 

« Les obus éventraient le sol torturé, à l’intérieur duquel se terraient des milliers d’hommes qui avaient creusé la terre et aménagé des abris. C’était La guerre des tranchées. »

 

Dans ce fragment du récit, Tardi résume toute l’horreur de la Première Guerre mondiale.

Au début de l’œuvre, Tardi fait un rappel historique et une présentation des conditions de vie, du quotidien ainsi que des souffrances des soldats des deux camps. Il insiste sur les bombardements quotidiens appelés par les soldats « le marmitage », il décrit cela de manière réaliste, on pourrait presque dire naturaliste. En effet la taille, le lieu de fabrication et le nom des sociétés productrices d’artillerie sont également mentionnés. L’atmosphère se caractérise par des paysages dévastés, lunaires, cauchemardesques, où les villages ravagés par les bombardements font place à l’horreur du no man’s land, où les cadavres projetés hors de leurs tombes viennent s’accrocher aux derniers arbres encore debout.

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Cependant l’auteur ne s’arrête pas là ; il nous décrit également l’horreur des combats, la peur des soldats de sortir de la tranchée, de se faire faucher par des tirs de fusil ou de mitrailleuse. La traversée du no man’s land se termine toujours par un massacre. Toute la violence de cette guerre est représentée par des dessins et des paroles très crus.

 

 

Tardi-c-etait-la-guerre-des-tranchees-03.jpg

 

Les atrocités les plus innommables sont présentes : un soldat au ventre ouvert qui se suicide avec une grenade, un général fanatique qui fait tirer des obus sur ses propres soldats les jugeant trop lâches, les combattants fusillés pour l’exemple… Les mutilations volontaires sont également traitées, mais de manière plus implicite, il n’y a pas d’image illustrant ce geste, mais seulement un court texte narrant l’histoire d’un soldat qui a trouvé une solution pour sortir de la guerre. Les dangers liés aux gaz toxiques sont également présents ; dans cette guerre totale, Tardi nous fait bien comprendre que tous les moyens ont été utilisés. Les problèmes psychologiques dus à l’horreur des combats sont aussi mentionnés.

La bande dessinée se termine par un récapitulatif du nombre de soldats victimes de cette guerre atroce. Un bilan est dressé de tous les morts, blessés, mutilés, amputés. L’auteur évoque l’utilisation des populations colonisées par les Français et les Anglais. Le récit s’achève définitivement par la mort de deux soldats le jour de l’Armistice, le 11 novembre 1918.

Tout au long de l’œuvre, il n’y a ni paix, ni espoir, il n’y a que la misère et la guerre.



Les personnages : leur quotidien, leurs souffrances, leur langage.

Les personnages

Les personnages présents dans cette œuvre ont des caractéristiques communes : ce sont tous des antihéros désabusés, parfois cyniques qui essaient tant bien que mal de survivre à cet enfer.

Le premier personnage que l’on suit est le soldat Binet. S’inquiétant pour son ami Faucheux parti en reconnaissance dans la nuit, Binet sort de la tranchée et part à la recherche de son ami dans le No man’s land. Il finit par le retrouver mort, son corps gisant dans une flaque de boue. Mais à ce moment une mitrailleuse allemande lui tire dessus et il meurt dans de terribles souffrances. Juste avant de mourir, il voit apparaître un soldat derrière lui, ce soldat est le narrateur.

Tardi c etait la guerre des tranchees 04

 

Le narrateur est le seul personnage qui intervienne plusieurs fois dans le récit, c’est un homme désabusé qui survit tout au long de la bande dessinée, il se rend compte peu à peu de l’atrocité de la guerre et de la déshumanisation des combattants. Il subira les effets nocifs du gaz toxique, fera la connaissance d’un soldat désespéré qui se suicidera avec une grenade. Il finira par mourir à son tour à la fin de la BD, le jour de l’Armistice.

Le soldat Lafon est le personnage qui nous permet de voir comment la guerre avait commencé ; il observe le climat de passion et d’agressivité caractéristique du début de la Première Guerre mondiale. Il finira par mourir dans une tranchée à cause de l’explosion d’un obus.

 

 

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Le soldat Huet est le personnage qui illustre la violence psychologique de la Grande guerre, il se sent coupable d’avoir tiré sur des civils que les Allemands avaient placés devant eux comme bouclier humain. Rongé par la culpabilité il finit par sortir seul de la tranchée et meurt d’une balle dans le ventre

 

 

 

 

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Le soldat Mazure est un des rares combattants du début de la guerre (on reconnaît cela à son équipement différent des autres soldats du récit). C’est un personnage silencieux et blessé qui erre à la recherche d’un abri après une bataille sanglante, il finit par devenir le prisonnier d’un soldat allemand caché dans un village détruit, mais les deux hommes arrivent à cohabiter. L’arrivée d’autres soldats français va bouleverser la situation, l’Allemand sera tué directement, et Mazure sera jugé et condamné pour « abandon de poste devant l’ennemi et intelligence avec celui-ci ».

D’autres personnage sont également présents et vont subir les diverses atrocités de la guerre.


Le langage des tranchées

Pour pousser le réalisme à son plus haut point Tardi va jusqu’à employer un langage volontairement grossier, ordurier, afin que le lecteur soit véritablement immergé dans l’atmosphère de cette guerre.

Comme phrase typique de cette guerre on peut noter :

 

« Y avait pas intérêt à faire du potin avec les bouteillons de soupe, le jus, le bricheton, les gourdes de pinard, et tout le bordel qu’on trimballait. On était à moins de 50 mètres des lignes boches. Le coin était délicat, carrément à découvert ; plus d’une corvée c’était fait étendre à cet endroit. ».

 

On observe ici un véritable langage des tranchées compréhensible seulement après une documentation sur cet argot.



Conclusion

Jacques Tardi a réussi à recréer de manière très réaliste l’atmosphère et les personnages typiques de la Première Guerre mondiale. Cette œuvre est une véritable réflexion sur l’absurdité et la barbarie de la guerre, ainsi que sur la déshumanisation et le désespoir d’hommes condamnés à une mort quasi certaine.

Personnellement je trouve que cette œuvre n’est pas seulement une bande dessinée, c’est un véritable chef-d’œuvre graphique et historique, où la boue et le sang se mêlent au désespoir et à la folie des hommes qui s’embourbent dans une guerre absurde et interminable. Cette œuvre nous plonge et nous immerge dans l’atmosphère cauchemardesque de la Première Guerre mondiale.


Gabriel, 1ère année 2012-2013

 

 

Jacques TARDI sur LITTEXPRESS

 

Tardi Brouillard au pont de Tolbiac

 


 

 

Articles de Chloé et d'Anaig sur Brouillard au pont de Tolbiac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tardi new york mi amor

 

 

 

Article de Florian sur New York mi amor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 07:00

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Ben KATCHOR
Le Quartier des marchands de beauté
Julius Knipl, photographie immobilière
Traduction
Professeur A
 Rackham
Collection Le Signe noir, 2011

 

 

 

 

Ben Katchor est né en 1951 à Brooklyn. Il grandit au sein d'une famille juive puis entre à l'école d'art et de dessin de Brooklyn. Depuis toujours au contact de la presse, il publiera régulièrement des comic strips dans des journaux américains tels que The Raw, créé par  Art Spiegelman, ou The Forward. Il a une page mensuelle dans Metropolis, un journal sur l'immobilier. En fait, Ben Katchor est vite influencé par les strips de la presse quotidienne (il se rappelle son père qui lisait un journal communiste) ou les comics, qui sont très présents aux États-Unis dans les années 40-50. Cependant, il s'intéresse particulièrement aux dessins, plaçant les fictions des supers-héros en arrière-plan. Il est par exemple influencé par  Dick Tracy, célèbre bande dessinée policière de Chester Gould. Pour le dessinateur, le support est un élément central. Ben Katchor est un homme de terrain, il ne veut pas être exposé dans des musées ou des galeries, sur un mur. La presse l'intéresse car elle est imbriquée dans la culture actuelle au sens large, elle questionne la société, tout ce qui nous entoure. Ainsi, le public tombe sur les strips de l'artiste, il ne fait pas que les contempler comme dans un musée, il y a un véritable ancrage dans la société et dans les individus qui la constituent.

Ben Katchor a eu la bourse Mc Arthur en 2000 et est aujourd'hui professeur agrégé à Parsons, The New School for Design à New York.


Nous allons voir, à travers Le Quartier des marchands de beauté, comment son œuvre fait référence à sa vie. Cet ouvrage est le troisième du dessinateur et nous remarquons qu'il y a une certaine continuité, l'artiste y défend une vision des choses.

Le Quartier des marchands de beauté est édité en 2011 par la maison  Rackham. Elle publie principalement de la bande dessinée américaine, et s'occupe de rééditer des ouvrages. La traduction en français est du Professeur A.

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Ben Katchor a travaillé dans une imprimerie à New-York, il a donc côtoyé des hommes d'affaires. Ces derniers le fascinent. Ce sont des hommes qui travaillent machinalement, sans forcément de passion ou d'envies. Il est également fasciné par le monde qui l'entoure, la société industrielle, économique. Il regarde le monde et se pose des questions, s'intéresse à la cité urbaine qu'est New-York et aux interactions entre les individus. Il s'intéresse à l'homme qui prend son café en terrasse, en contemplant la rue, en rêvant ou lisant. Cet homme fait abstraction de ce qui se passe autour de lui et n'imagine pas que derrière lui, des gens s'affairent en cuisine pour lui permettre de vivre ce moment. Katchor s'intéresse au lien entre les objets et les individus, entre le matériel et l'humain et nous propose dans son livre, un personnage assez similaire.

Julius Knipl est le personnage que l'on retrouve dans ses comic strips. Cependant, il est aux antipodes d'un personnage principal classique. Il est un fil conducteur, n'a pas vraiment de personnalité, c'est un non-héros. Il observe le monde qui l'entoure et propose au lecteur ce qu'il voit. On retrouve également une voix narratrice, qui sait des choses que Knipl ne sait pas. C'est au lecteur d'assimiler et de faire la différence entre ces personnages et leurs visions.

Ce livre est une « photographie immobilière ». Ben Katchor rassemble ici deux procédés pratiques, terre à terre, qu'il trouve particulièrement proches et représentatifs de la société.

L'artiste nous propose donc l'état des lieux d'une société économique. Même si elle rappelle fortement New-York, elle n'est pas réelle. Il ne voulait pas reproduire la société existante sinon le lecteur se serait ennuyé et il affirme qui lui aussi. Cette société que nous présente Katchor semble absurde. Il consacre huit vignettes à raconter une histoire qui n'a pas de sens, fait un gros plan sur un moment de la vie qui paraît insignifiant et cela peut, au premier abord, déstabiliser le lecteur qui se questionne. En fait, il nous propose une exposition d'hommes qui constituent un quartier d'affaires et c'est comme s'il parlait de l'absurdité de l'argent, de ces commerces, de ces échanges qui n'en sont pas vraiment. Il y a un regard assez nostalgique et un rapport à l'objet, à la collection. Nous pouvons prendre l'exemple de la page qui s'intitule « première femme ». Il s'agit d'un homme qui souhaite démontrer à son ami qu'il a eu une femme avant sa présente vie. Il recherche une certaine photographie qui prouvera l'existence de cette idylle. On comprend le pathétique de la vie de cet homme qui s'ennuie et éprouve le besoin de se raccrocher à son passé.

On peut se demander s'il y a une critique de la société actuelle, de son non-sens, de son absurdité, du fait que les hommes n'ont plus de passion, que la société industrielle qui a fabriqué des chaînes commerciales a tué le peu d'humanité qu'il pouvait y avoir dans les commerces à l'atmosphère particulière. Ce formatage place les hommes dans un moule et empêche la créativité. On ressent cette idée au fil des pages. Nous pouvons prendre l'exemple de l'histoire du stylo-bille : « La production de ces instruments d'écriture bon marché a largement excédé les exigences de l'inspiration poétique ». La dernière histoire, plus longue que les autres, présente le quartier des marchands de beauté comme un lieu où il y avait une école de pensée, philosophique, qui se reflétait dans chaque commerce à la théorie esthétique différente.

On remarque que tous les personnages qui ont un espoir ou une envie créatrice sont finalement déçus. C'est le cas dans la page intitulée « anciennes fournitures de bureau ». Un collectionneur est heureux de sa trouvaille absurde mais essentielle pour lui. Pourtant, celle-ci causera sa perte. Même Julius Knipl qui est le fil rouge de ces nouvelles sans aucun lien entre elles ne porte pas de jugement, il semble un peu vide face à la situation qu'il observe. Il est juste préoccupé par son travail et l'argent nécessaire pour vivre jusqu'à la fin du mois. Il erre dans la ville comme s'il était en quête de quelque chose, de connaissances, d'un intérêt qui donne un sens à sa vie.

 


Ben Katchor nous propose une bande dessinée pour adultes à la lecture dans un premier temps laborieuse. Dans ces nuances de gris, le lecteur doit trouver son chemin entre les pensées de Knipl, la voix narratrice et les dialogues des personnages. Mais cette exposition absurde et poétique d'une société mérite qu'on s'y attarde et pourquoi pas, qu'on l'apprécie davantage à la seconde lecture. L'auteur se compare aux surréalistes qui proposent un art dénué de raison, dénué des valeurs communes. Mais cela me fait également penser aux dadaistes qui répondent à l'absurdité de leur monde, de la guerre par un art absurde, automatique.

Cette lecture m'a donné envie de lire son dernier ouvrage, L'Odyssée d'une valise en carton, paru en 2012 aux éditions Rackham. Il semble y avoir une continuité. Il y parle de ce qui rassemble et désunit les peuples : le matérialisme. Car celui-ci bouche la communication, laisse place à l'individualisme, à la culture et consommation de masse qui empêchent l'imagination. Il parle de la crainte de l'autre et de la tristesse de la communication. Il fait également référence aux frontières culturelles.

 

Ben-Katchor--L-Odyssee-d-une-valise-en-carton.jpg

Camille, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

Ben KATCHOR sur LITTEXPRESS

 

 

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Articles de Gaëlle et de Nicolas sur Julius Knipl photographe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 07:00

Liv-Stromquist-Les-sentiments-du-prince-Charles-01.jpg








Liv STRÖMQUIST
Les sentiments du Prince Charles
Prins Charles känsla
traduit du suédois
par Kirsi Kinnunen
et Stéphanie Dubois,
Rackham, 2012

 

 

 

 

 

 

 

Liv Strömquist      
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Née en 1978, Liv Strömquist est une auteure suédoise de bande dessinée. Elle participe aussi à une émission radiophonique qu’elle définit comme une « satire politique ».  Suite à l’obtention de son diplôme de sciences politiques, elle s’est consacrée à l’étude de questions sociales en se penchant tout particulièrement sur la condition des femmes, les problèmes du Tiers-monde et les politiques d’animation. Elle a déjà publié cinq ouvrages, Hundra procent fett (100% graisse) en 2005, Drift malmö (La dérive des pulsions) en 2007, Einsteins fru (Madame Einstein) en 2007, Prins Charles känsla (Les sentiments du Prince Charles) en 2010 et enfin Ja till Liv (Oui à la vie) en 2011. Elle travaille aussi régulièrement pour des journaux suédois.



Les sentiments du Prince Charles

Cette œuvre a connu un grand succès, a reçu notamment le prix de la satire « Ankam » décerné par le magazine Expressen et a été mise en scène en 2011 par Sara Giese au Mälmo Stadteater. Féministe engagée, l’auteure s’attaque dans cette bande dessinée au sexisme dominant. Elle confie d’ailleurs  sur le site Bodoï lors d’un entretien avec Laurence Le Saux, avoir souffert  du sexisme :

À la question « Avez-vous souffert de sexisme ? », elle répond :

 

« Bien sûr. Je pense que nous souffrons tous d’attentes sociales induites, selon que l’on est un homme ou une femme. Le genre auquel nous appartenons nous influence énormément. Et ces rôles que nous jouons selon notre sexe sont une construction sociale, le produit de la culture dans laquelle nous évoluons. Quand j’étais plus jeune, les garçons s’exprimaient à travers la musique, le graffiti, le skating ou la bande dessinée, tandis que les filles se contentaient de regarder ce qu’ils faisaient… J’ai dû en passer par le féminisme avant de devenir créative. Analyser la structure des genres féminin et masculin m’a permis d’acquérir la force de croire en moi-même, et de commencer à m’exprimer artistiquement[1]. »

 

 

 

Les sentiments du Prince Charles. À l’évocation de ce titre, on s’imagine peut-être que cette bande dessinée lève le voile sur les/l’histoire(s) amoureuse(s) du Prince Charles. Pourtant, il n’en n’est rien. L’histoire entre la princesse Diana et le prince Charles sert en réalité de prétexte à Liv Strömquist pour dépeindre la construction et la complexité des sentiments amoureux. Néanmoins, ils apparaissent tout au long de la bande dessinée comme un fil conducteur, à des moments clés, comme lors de leur rencontre avec Ronald Reagan. En s’appuyant sur des personnalités publiques, tant des hommes politiques que des chanteurs/chanteuses, elle met en scène de manière subtile et amusante « l’idéologie amoureuse » dominante qui conditionne nos rapports sociaux. Grâce à l’introduction de citations de sociologues qui parsèment les cases de cette bande dessinée, l’auteure nous divertit tout en nous remettant réellement en question sur ce qui pouvait nous paraître évident.

Ses dessins, qui peuvent faire penser à ceux de Marjane Satrapi, ont un trait assez simple et gras. Inspirée par la BD alternative, elle révèle ses techniques de dessin au sein de l'entretien cité plus haut : « J’ai utilisé un stylo pour tracer les contours, puis rempli les blancs via Photoshop.[2] »  Liv Strömquist bat en brèche nos poncifs sur les codes amoureux et nous offre des portraits saisissants tels que ceux de Whitney Houston ou Ronald Reagan en passant par Sting ou Tim Allen. Cette jeune bédéiste suédoise nous ouvre ainsi les yeux sur le conditionnement que nous fait subir une société sexiste en analysant les conséquences d'une culture commune. Par l'insertion de photographies, le jeu sur les caractères et la déconstruction des cases « classiques », Strömquist accentue grossièrement les expressions de ses personnages et rend cet ouvrage accessible à tous.

Tout d’abord, elle commence par la présentation « (…) des quatre comiques de la télé les mieux payés au monde ces dernières années »,  qu’elle surnomme « la bande des quatre », à savoir Tim Allen dans « Papa bricole », Jerry Seinfeld dans « Seinfeld », Ray Romano dans « Tout le monde aime Raymond » et Charlie Sheen dans « Mon oncle Charlie ». Leur point commun ? Tous les quatre font publiquement des blagues sexistes et remportent des sommes mirobolantes par épisode.

Ce qu'elle dénonce ouvertement à travers ces portraits, ce sont aussi les conséquences du patriarcat sur les couples hétéronormatifs. Afin de donner de la crédibilité à ses propos, chaque citation est référencée à la fin de l'œuvre. Elle constate le dimorphisme constant qui règne entre les hommes et les femmes qui provoque une polarité extrêmement dérangeante entre les hommes et les femmes. En effet, celle-ci amène à concevoir la majorité des femmes comme des êtres sensibles, à l'écoute, qui investissent complètement le champ familial déserté par les hommes (p. 11). Si le lecteur peut parfois émettre des doutes sur ces constructions stéréoypées de schémas patriarcaux, elle mêle aux planches des études récentes extraites par exemple de revues suédoises qui prouvent qu'encore aujourd’hui, ces inégalités persistent.

Si l'on peut parfois considérer que ses raisonnements paraissent simplistes ou caricaturaux, elle mène tout de même une réflexion très intéressante sur la constitution de nos identités féminines et masculines. On pourrait peut-être aussi lui reprocher de réaliser son étude uniquement sur des couples hétérosexuels ; néanmoins, le lecteur doit avouer la pertinence des représentations, car chacun peut se reconnaître dans ses représentations/dessins qui reprennent des faits sociaux concrets, parfois propres à nos expériences de vie.

A titre d’exemple, elle cite la sociologue Nancy Chadorow qui explique comment la construction de la masculinité, basée sur le rejet total de l'identité féminine « handicape » les hommes dans leur relation à l'intimité et peut les rendre maladroits et distants. En contrepartie, les petites filles qui n'ont pas eu la chance d'être proches de leur père, dans ce type de relation sexiste, perçoivent l'autonomie et l'indépendance comme des caractères étrangers.

Ipso facto, l’auteur en déduit que les femmes, comprises dans une société bâtie sur une construction sexuée, ne pourraient accéder à leurs « manques » (entendre les qualités des codes « masculins »), sans se joindre à un homme. Or, les constats qu’elle nous présente sur les familles hétérosexistes sont souvent justes. Elle développe ainsi les perturbations chez les filles qui découlent de notre conditionnement social hétéronormé. Les filles, en se positionnant uniquement comme des objets dans un monde de sujets, se préoccuperaient essentiellement des affects des autres tandis que les garçons se percevraient comme des sujets uniques dans un monde rempli d’objets, ce qui les conduirait à être davantage autonomes et indépendants. De cette analyse, elle déduit une catégorisation en « deux sous-types narcissiques qui ont besoin l'un de l'autre pour exister et se construisent sur une hétérosexualité forcée. » Ce raisonnement, cohérent, peut aussi effrayer le lecteur qui ne verrait plus que des hommes et des femmes névrosés et interdépendants.

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Portraits des Bobonnes

L’un des passages à la fois amusants mais qui suscitent aussi la révolte réside dans les premières pages qui présentent ces fameuses « Bobonnes ». Liv Strömquist imagine une présentatrice TV clichétique, maquillée à outrance, qui décernerait le Prix Bobonne.

Elle commence par un rappel historique en mentionnant celles des années précédentes ; Mary Hemingway, en 1965, « pour avoir soigné Ernest Hemingway, alcoolique, paranoïaque et obèse, pendant les 10 dernières années de sa vie » ou Oona Chaplin, qui a prodigué des soins à son mari Charlie Chaplin en continu pendant les 17 dernières année de sa vie.
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En effet, même s’il peut paraître normal d’aider son conjoint souffrant, l’auteure dénonce plutôt une assignation que l’on voudrait « naturelle », celle des femmes qui seraient faites uniquement pour enfanter, mais aussi prendre soin de leur mari, sans que la situation inversée puisse être concevable.

 

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Le prix 2010 est enfin décerné à Nancy Reagan, femme de Ronald Reagan, dessinée sur une page entière serrant contre elle avec un sourire figé son enveloppe de gagnante. Sur fond noir, diverses photographies l’entourent telles que des grenades, des armes ou des avions de guerre… C’est ensuite à Ronald que s’attaque la bédéiste qui le montre comme un homme mégalomane, obsessionnel (il détestait par-dessus tout les communistes) et assoiffé d’argent en rappelant que le Screen Actors Guild, dont il était président, était connu pour s’« être livré à la chasse aux communistes à Hollywood dans les années 40 et 50. » Cette planche le représente de manière ridicule, en gros plan dans les trois premières cases où elle établit son portrait et en mouvement dans les trois dernières cases où il s’exprime, gesticulant comme un pantin heureux.

Elle raconte à la page suivante leur rencontre fortuite. Soupçonnée d’être communiste, elle avait été convoquée par Ronald Reagan mais jura son innocence. Non sans ironie, Liv Strömquist les dessine s’adonnant à un baiser fougueux avec une affiche qui trône en arrière-plan intitulée How Communism Works, où l’on peut observer une pieuvre géante qui s’empare du globe terrestre. Sur la page de droite, Ronald Reagan est représenté comme un grossier personnage, poings serrés et levés, sourcils relevés et bouche tordue, sur son bureau de président, violemment agacé par la prise de pouvoir des socialistes au Nicaragua. Liv Strömquist mêle ainsi le registre comique au registre tragique en reprenant les conséquences désastreuses de ces actes :

 

« Lorsqu’au Nicaragua le peuple a porté les socialistes au pouvoir, Ronald n’apprécia pas qu’un collectivisme en manque d’affection rende juste aux pauvres en partageant tout en tas égaux, telle une maman psychorigide. Ainsi, Ronald a financé les Contras, une milice paramilitaire de droite, pour qu’ils fassent sauter des écoles et des hôpitaux et torturent et exécutent des civils (y compris des enfants) tout au long des années 80. Son but était de miner le projet socialiste dans le pays parce qu’il aimait la liberté plus que tout. »

 

Ainsi, tout en ironisant sur cette prétendue liberté qu’il chérissait plus que tout, elle rappelle au lecteur un passé douloureux et fait écho aux dictateurs prêts à tout pour accomplir leurs « idéaux ». Encore une fois, suite à sa maladie d’Alzheimer, sa femme s’est occupée de lui pendant dix ans. Elle conclut sur une note humoristique par la citation d’Ulrich Beck et Elisabeth Beck-Gernsheim, deux sociologues, qui ont déduit que le rapport entre le malade et son partenaire voué à s’occuper de lui pouvait entraîner de nouveaux sentiments ; ainsi, ils considèrent que « l’amour est comme du communisme dans le capitalisme » !
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Enfin, Nancy est représentée à genoux, face à lui, toujours bien apprêtée, à l’image des clichés éculés de la femme des années 50, toujours serviable et docile envers son mari. Elle imagine aussi les discussions qu’elle pouvait tenir avec lui tandis qu’il était souffrant :

 

« Peut-être que Nancy regardait Reagan droit au fond de ses yeux vides d’expression et d’intelligence et affirmait : Considérer la vie sous l’angle de l’individualisme et de l’indépendance est une interprétation extrêmement superficielle. Nous sommes fondamentalement dépendants les uns des autres : voilà l’essence de la condition humaine. Nous faisons un. Nous sommes des arbres. Nous sommes la terre. Nous sommes des nourrissons. »

 

Même s’il est évident que Liv Strömquist s’appuie sur des exemples qui jouent en sa faveur (dans le but de souligner le sexisme régnant), il n’empêche qu’historiquement, il est difficile de nier le rôle attribué aux femmes. Nous pourrions alors nous poser cette question. Qu’est-ce qu’être une femme ? L’hétérosexualité n’est pas simplement un régime de plaisir et de désir mais de reproduction du social. Les femmes figureraient seulement comme « mères-porteuses » (ou « mères-nature ») puisqu’elles servent à reproduire le corps social. Assignées à cette reproduction sociale des individus, elles occupent dès lors une place particulière au sein d’un régime de production puisqu’il devient un régime politique. Elles se positionnent par conséquent dans un système de production et de reproduction des corps.

Suite à ces portraits de « bobonnes », elle reprend un exemple historique inversé, celui de la réaction d’Ingmar Bergman, tandis que sa femme mourait d’un cancer. Sa fille retranscrit ses propos, disant qu’il ne tolérait pas sa présence dans la maison et refusait de la voir souffrir, et au bout du compte, c’est sa fille qui a dû s’occuper d’elle.

Pourrait-on véritablement généraliser cet exemple ? Il semble évident que cela serait réducteur et simpliste. Mais force est de constater que les rôles perdurent et qu’encore aujourd’hui, on cantonne bien souvent les hommes et les femmes à des images stéréotypées.

C’est ensuite à Whitney Houston que s’attaque Liv Strömquist. Elle analyse la relation que la chanteuse entretenait avec son ex petit-ami, Bobby Brown. Elle la représente ainsi en proie à ses passions amoureuses, et éprouvant tantôt un sentiment de culpabilité, tantôt de compassion déraisonné ; mais d’après l’auteure, ces émotions sont conditionnées par son éducation de petite fille. Dans la chanson I will always love you, elle se place ainsi dans une situation de soumission tandis que son conjoint, Bobby Brown, l’a quittée pour s’enticher un mois plus tard d’une autre fille avec qui il a eu un enfant. Sans prendre en compte de jugement moral, son attitude relève d’un comportement hétéronormatisé/normé dans la société. Voici un extrait de ses paroles :

 

« If I should stay
Si je devais rester
I would only be in your way
Je te gênerais
So I'll go, but I know
Alors je pars, mais je sais
I'll think of you ev'ry step of the way
Que je penserai à toi à chacun de mes pas. »

 

 

Le droit de propriété des corps

Au cœur de la bande dessinée, Liv Strömquist explique avec humour comment la société confère ses codes et ses coutumes. Il est ainsi malvenu d’entretenir des relations sexuelles avec une autre personne qu’avec celle avec qui nous sommes considérés comme étant en couple. Elle reprend la pensée de Randall Collins d’après qui « vivre en couple » accorderait à l’homme le droit de propriété sur le corps de la femme, qui constituerait le noyau de la relation. Afin d’argumenter que ce droit est une construction socio-culturelle, elle prend pour exemple d’autres groupes ethniques comme les inuits dont

 

« […] l’ancienne coutume de courtoisie voulait que l’hôte propose à son invité de coucher avec son épouse. En tant que mari, il n’éprouvait aucune jalousie. Par contre, si l’épouse couchait avec quelqu’un d’autre dans d’autres circonstances, cela posait de graves problèmes. En effet, le taux de meurtres commis par la jalousie est relativement élevé dans la société inuite. » (Collins).

 

Elle poursuit en dessinant un cavalier du Moyen-âge visiblement vêtu de collants et d’une épée qui converse avec un autre homme. Le premier lui annonce qu’il a quitté sa femme, l’autre s’exclame, mais le cavalier justifie son geste dans la case suivante, lui expliquant que sa femme l’avait trompée avec un certain Gutenberg. L’homme barbu lui offre ainsi un morceau de pain noir. Elle cite encore Collins qui nous apprend qu’il existait « […] des lois qui permettaient d’abaisser la peine du mari s’il avait tué son épouse parce qu’elle avait eu des rapports sexuels avec un autre. »

La femme, perçue comme une valeur marchande, avait ainsi un droit de propriété sur le corps de l’homme beaucoup plus restreint, et il était aussi acceptable qu’un homme ait des amantes ou se rende dans des maisons closes. L’auteure nous apprend que ce n’est qu’en 1850 que l’amour était censé être le pilier du mariage qui plaçait les individus dans un esprit de « marché libre », car il était autrefois arrangé par la famille. Elle s’amuse ensuite à passer au crible les citations de Sénèque, Benedicti, moine anglais du XVIe siècle, et Brantôme, historien français (1540-1614), tirées de The Normal Chaos of Love de Beck et Beck-Gersheim, qui préconisent tous à l’homme de modérer ses sentiments envers sa femme, dans le but de « maîtriser ses passions » sous peine d’être déraisonnable, de la traiter comme une prostituée, ou même afin d’éviter de les tenter de les tuer à force de leur enseigner des « facéties obscènes ».
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Le sexe, consommé suite au mariage, rattachait ipso facto l’amour au droit de propriété. Liv Strömquist ponctue aussi sa bande dessinée de questions pertinentes et de constats qui occupent des cases entières en gras qui nous posent question :

 

« Mais que s’est-il passé ? Pourquoi le passage à un mariage par amour s’est-il accompagné dans la société d’une généralisation de la pruderie ? Quels arguments restait-il aux femmes, après que le patriarcat leur ait ôté toute responsabilité d’un choix libre ? »

 

À ces questions, si l’on sait que le mariage était devenu indispensable à la femme afin d’accéder à une sécurité financière, elle nous démontre comment le sexe servait de monnaie d’échange. Elle considère aussi l’introduction du mariage romantique comme une forme de censure qui s’exerce sur la liberté sexuelle, elle cite par exemple la société victorienne, extrêmement pubibonde[3].

De ces observations, elle déduit que le terme couple est l’héritier du mariage. Partant de cet amalgame courant, elle dépeint des chanteurs issus de la culture populaire comme Boyz II men ou Lennie Kravitz lorsqu’il chante I belong to you. Elle s’amuse à représenter un couple lambda qui prouve que cette théorie est absurde. Tandis que la fille lui demande si elle peut « brosser un baba cool », « opérer un opticien » ou « purger un pécheur paranoïaque », le garçon lui répond oui. Mais il ajoute :

 

« Mais si tes organes sexuels entrent en contact avec le corps d’une autre personne, mon estime de moi et mon équilibre psychique s’effondreront comme un château de cartes et ne pourront être reconstruits avant bien des années. »

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Même s’il est évident que la dessinatrice joue sur la démesure, elle amène le lecteur à réfléchir sur nos sentiments. Le couple ferait donc office d’un contrat exclusif entre deux individus qui se seraient choisis « librement ». S’ensuit toute une série d’habitudes propres au couple, qu’elle assimile à des « rites de construction sociale ». Elle reprend à nouveau les constatations de Collins qui compare ce rituel à celui que l’on peut retrouver dans une église, une manifestation ou un procès, qui renforce la solidarité du groupe. Elle décrit ainsi le couple comme une sorte de « mini-religion privée ». Si renoncer à ses idéaux, partagés par le groupe, provoquent un sentiment de colère, il en va de même pour la relation amoureuse. Il s’agirait donc véritablement d’une idéologie sociétale qui associe parfois à l’Amour une notion sacrée, supposée nous rendre heureux. Elle reprend Beck et Beck Bensheim afin d’étayer sa thèse : « La religion profane de l’amour compte deux groupes distincts : ceux actuellement amoureux, et ceux qui ne le sont plus. Les bénis et ceux qui ne le sont plus. » Si l’on trouve encore cette théorie « capillotractée », la planche suivante amuse le lecteur qui peut se retrouver dans l’un des personnages dessinés ; le sauvé, qui a « trouvé le bonheur » ; l’athée qui ne croit pas en l’amour ; le missionnaire : le dubitatif (représenté avec Les souffrances du jeune Werther à la main, à genoux) ; l’intégriste, très attachée à ces rites et l’hérétique, qu’elle met en scène avec une fille « polyamoureuse » entourée de ses quatre conquêtes.
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Si Chester Brown nous présentait la jalousie dans 23 prostituées comme un sentiment acquis et non inné, Collins complète ici son propos en expliquant que le droit de propriété sur le corps n’est pas une construction rationnelle, mais « une construction maintenue rituellement. »

L’on pourrait considérer qu’aujourd’hui la femme-objet est devenue une « femme marchandise » ; Liv Strömquist dit en quoi notre société capitaliste base notre plaisir sur la « consommation » de notre partenaire, autrefois impossible à cause de la tradition, de l’Église et du contrôle social. Ce constat, objectif, s’appuie sur des exemples d’expressions concrètes qu’elle cite : « être sur le marché », « faire une belle trouvaille », « perdre sa valeur sur le marché », « investir dans sa relation », « tout miser sur untel ou unetelle »… ce qui entraîne la considération de l’autre comme un bien personnel.

La bédéiste souligne aussi un asservissement de la femme plus subtil à une culture dominante masculine. En effet, au XIXe, les femmes étaient exclues des cercles littéraires et ne pouvaient être reconnues qu’en usant de pseudonymes ou en étant placée sous la protection d’hommes de lettres influents. Virginia Woolf, dans Une chambre à soi, dénonce ainsi cette dominante masculine qui occupe le champ littéraire, empêchant la femme d’accéder au savoir au même titre que les hommes. L’histoire a ainsi conditionné les femmes à se placer souvent en position d’infériorité intellectuelle. Elle cite Victoria Benedictsson, écrivaine de la deuxième moitié du XIXe, qui s’était éprise d’un critique littéraire reconnu, Georges Brandes. Ce dernier méprisait son ignorance, ce qui la rendait honteuse. Afin de pallier cette méconnaissance, il voulait la formater en lui donnant ses lectures. Pourtant, au moment où il décida de l’embrasser, elle n’éprouva aucun plaisir. Lorsqu’elle décida enfin de lui envoyer son roman, il considéra cela comme « un roman de bonne femme », ce qui l’a amenée à se suicider.


 
Les petits amis les plus provocateurs de l’histoire

Elle dresse ensuite un tableau à la fois drôle et révoltant des penseurs ou des personnalités connues qui ont eu des comportements indignes.

Le premier dessiné est Karl Marx, qui non seulement entretenait des relations avec sa bonne, Lenchen, qui tomba enceinte, mais qui devait aussi s’occuper de sa femme souffrante. Quant à sa femme, Jenny Marx, elle ne reçut aucune considération pour avoir co-écrit Le Manifeste du parti communiste

Le deuxième portrait est celui de Sting, qui profère dans son tube connu de tous I’ll be watching you, des menaces à son ex petite amie. Voici le refrain accompagné de sa traduction :

 

« Oh, can't you see
Oh, ne vois-tu pas
You belong to me?
Que tu m'appartiens ?
How my poor heart aches
Comme mon pauvre coeur a mal
With every step you take
Pour chaque décision que tu prends
Every move you make
Chaque mouvement que tu fais
Every vow you break
Chaque serment que tu brises
Every smile you fake
Chaque sourire que tu fausses
Every claim you stake
Chaque revendication que tu renforces
I'll be watching you
Je te regarderai »

 

Elle dessine ensuite Picasso, muni de son béret, connu pour son comportement machiste envers les femmes.

Enfin, le dernier homme considéré comme le numéro un des « provocateurs de l’histoire » est Albert Eisntein. En 1905, il avait publié avec sa femme, Mileva, trois articles révolutionnaires sur la physique : « l’un sur la théorie de la relativité et les deux autres sur le mouvement brownien et l’effet photoélectrique ». Mais il l’a quittée pour se mettre en couple avec sa cousine, lui laissant à charge leurs deux enfants, le plus jeune souffrant de schizophrénie, et ne mentionna plus jamais son nom dans ses recherches… En parallèle, elle n’omet pas de citer ses sources, faisant ici référence aux lettres d’Albert Einstein éditées par Princeton University Press[4].

Elle conclut sur les différents modes d’expression de l’amour, qui passe pour la femme par le soin qu’elle apporte à l’homme, tandis que ce dernier s’en nourrit ce qui provoque en lui un sentiment d’extase. Par un trait qui paraît pourtant naïf et simpliste, Liv Strömquist critique le diktat d’une norme sociale qui impose ses codes et ses rites, jusqu’à la rupture, radicale, en passant par le chantage et la manipulation que provoque l’angoisse que notre partenaire tombe amoureux d’une autre personne. Elle reprend Eckhart Tolle, conseiller, qui démontre la nécessité de bien distinguer l’amour de la haine, sinon, cela reviendrait à confondre « l’amour avec les liens de l’ego et la dépendance », et remplit à nouveau les cases des hommes évoqués précédemment. Considérant les relations amoureuses soumises à un régime politique, elle termine sur une citation de la féministe Bell Hooks : « Là où il y a du pouvoir, il ne peut y avoir d’amour. » Or, si cela paraît évident, les jeux de manipulation sont parfois plus subtils qu’il n’y paraît.

In fine, cette bande dessinée rompt ainsi avec nos prénotions et apparaît comme un divertissement idéal. Influencée par la culture des gender studies, Liv Strömquist détruit les conceptions de l’idéal amour romantique et s’amuse à ironiser sur les codes amoureux tout en ouvrant à la réflexion. Personnellement, cette BD m’avait été recommandée par un client de  BD Fugue Café à Bordeaux ; j’ai lu d’un trait ce one shot, j’en ai parlé à des amis, et même si les arguments avancés par l’auteure peuvent paraître caricaturaux, ils suscitent souvent un débat animé intéressant.

 
Marianne, AS édition-librairie 2012-2013
 

[1] http://www.bodoi.info/magazine/2012-12-10/liv-stromquist-une-drole-de-feministe-suedoise/62775, en gras dans le texte.

[2] http://www.bodoi.info/magazine/2012-12-10/liv-stromquist-une-drole-de-feministe-suedoise/62775

[3] Steven Marcus a noté à ce propos dans The Other Victorian un parallélisme entre une littérature très puritaine et pornographique à l’époque victorienne face à l’émergence des pratiques sado-masochistes et la prise en considération de l’homosexualité. Il existerait une liaison intéressante entre l’expression d’une sexualité débridée et perverse et les frustrations d’une société policée. Dans cette acception, les écrits pornographiques tendent à abolir la distinction des sexes et l’homosexualité, comprise comme la « recherche du même », est considérée avec le sado-masochisme comme un crime « indifférenciateur ». Cette littérature pornographique serait ainsi probablement une réaction face à ce formatage intellectuel et cet extrême puritanisme.

 [4] Certains se sont effectivement sentis véritablement concernés par cette imposture, comme le démontre cet article en anglais, http://www.volta.alessandria.it/episteme/ep4/ep4maric.htm

 

 


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Published by Marianne - dans bande dessinée
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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 07:00

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Lionel RICHERAND
Dans la forêt
Éditions Soleil
Collection « Métamorphose », 2013

 




 

 

 

 

 

 

 

 

Synopsis
 
Dans le domaine de Wisteria Grow, la nature s’apprête à réaffirmer son pouvoir et le nouveau régisseur arrive. Anna Parmington et sa mère Elisabeth, une veuve, accueillent cet étrange personnage avec méfiance. À peine arrivé, celui-ci écrase une grenouille et offense la petite fille. À la nuit tombée, Anna est réveillée par une intuition étrange qui la conduit à retrouver sa poupée décapitée à l’orée du bois et qui va l’entraîner dans une aventure dont elle ne sortira pas indemne.

 

Univers graphique
 
Ressemblant dans la forme à un album jeunesse, cette bande dessinée comporte une illustration stylisée, sombre, parfois macabre qui peut se rapprocher du film d’animation.

On remarque que la nature est très éclairée en journée, l’intérieur de la maison est sombre, les couleurs chaudes (rouge, mauve) sont très présentes mais ombrées, ce qui rend l’ambiance de la maison sordide. On peut également noter que la mère a toujours une ombre sur elle, tout sépare la mère et la fille au niveau graphique, l’une blonde aux yeux bleus et l’autre rousse aux yeux sombres. Ana est toujours plus éclairée que sa mère d’une manière ou d’une autre.

La maison a un cadrage très strict ; on peut même remarquer certaines techniques de cinéma comme le travelling lorsque le dessinateur montre l’ensemble du domaine, puis la maison, puis l’intérieur d’une fenêtre.

 

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A contrario, dès qu’Anna entre dans la forêt, les éléments dessinés commencent à sortir du gabarit. Il y a plus de fantaisie, de liberté. La forêt est donc à la fois inquiétante et enchanteresse, c’est un univers bien plus riche qu’un cadre traditionnel.

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Le bestiaire joint à la fin de l’album et dessiné par l’auteur est là pour créer un lien avec le lecteur ; plein d’humour, il désacralise l’univers fantastico-mystique de l’album. C’est une manière d’approfondir la lecture avec des compilations de dessins et d’explications farfelues. Par exemple, on note que les mouches sont en réalité des fées avec un costume de mouche. Le laid devient beau et les références sont nombreuses.

 

Thèmes et influences

 

Hayao Miyazaki : son univers en général et Princesse Mononoké en particulier ; de nombreux dessins y font clairement référence.

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Bible et religion : tous les animaux sont marqués de ce qui est appelé le symbole de Lilith, il est dit que les femmes de Wisteria Grow - dont la mère d’Anna - ont un lien avec Lilith, « l’Eve noire ».

Mère Nature ou la Grande Boueuse, est une sorcière affreuse qui règne sur la forêt, elle est entourée d’éléments naturels qui apparaissent laids (les fées mouches, les crapauds) mais sont beaux en y regardant de plus près.
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Le Labyrinthe de Pan (El laberinto del fauno, Guillermo del Toro, 2006) : après l’entrée d’Anna dans les bois, la nature et la forêt deviennent un univers inquiétant au même titre que le régisseur / beau père de la petite fille. On remarque que la forêt labyrinthique est largement habitée par des animaux tous plus ou moins étranges.
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Les hommes

Le régisseur est un homme inquiétant, il parle de régner sur un domaine, ses yeux perçants sont presque jaunes, il bouge de manière sournoise. Il tente dès son arrivée de séduire la jeune fille, fait tout par intérêt, organise une battue non pas pour retrouver Anna mais pour se mettre dans les bonnes grâces de sa mère.
 
La première apparition de l’enfant loup peut faire penser à Gollum ; il se jette sur Anne en s’emparant de sa poupée.  Il est effrayant, ce n’est pas un humain comme les autres. Sa situation est expliquée dans le bestiaire.

Quant au père d’Anna, il meurt tué par la Grande Boueuse car il l’a trahie. Mère Nature considère donc qu’il n’est pas le vrai père d’Anna.

Disney : les grenouilles (qui préfèrent se faire appeler les princes charmants), veulent à tout prix « trouver la fille » (Anna) et se faire embrasser en premier. Dès que la « princesse » entre dans la forêt, elle se fait assaillir de suppliques et de remarques par les crapauds : « embrasse-moi », « juste un petit bisou », et autres « qu’elle est belle ». Tous les regards sont rivés sur elle dès qu’elle met un pied chez le roi crapaud, ils ne la laissent pas respirer. L’une des célèbres répliques du Livre de la jungle est mentionnée, lorsqu’un des crapauds murmure à Anna « aie confiance, crois en moi », tel le serpent Ka à Mowgli lorsqu’il veut l’étouffer.
 
Les poupées : on peut remarquer en lisant l’album que l’héroïne ressemble beaucoup à sa poupée (qui s’avère être une poupée envoûtée ; elle continue à parler même décapitée), elles sont toutes les deux blondes aux yeux bleus, ont le même nez,  type de robe et de nœud dans les cheveux.  Ses poupées sont « ses yeux », elles voient en réalité les mêmes choses, Anna sent donc dans son sommeil que sa poupée se fait enlever, le dessin passe à ce moment-là comme une caméra d’Anna aux grenouilles, celle-ci est donc attirée dans la forêt par les batraciens pour retrouver le corps de sa poupée.

On note également une référence au classique du théâtre français, Cyrano de Bergerac, quand un des crapauds attaque un blaireau (ce qui est considéré comme un grand exploit dans la communauté batracienne), celui-ci crie : « à la fin de l’envoi, je touche ! »

 

En résumé, cet album est empreint d’une certaine forme de liberté représentée par la forêt. Anna est libre, comme le lui dit le maître corbeau : elle n’a pas de maître, car elle dominera la forêt après sa mère. La dernière page de l’album est très significative non seulement quant à la liberté qui est un thème transversal, mais aussi quant à la supériorité des femmes sur les hommes : la petite fille est au centre de l’image, très éclairée, tandis que les animaux mâles s’inclinent et restent dans l’ombre. La forêt est en quelque sorte assujettie par la digne héritière de Lilith.
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En bref une BD courte mais mystique et envoûtante. À lire pour rêver un peu !


Juliette, 2ème année Édition-Librairie

 


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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 07:00

CECIL-et-Luc-BRUNSCHWIG-Holmes-01.jpg









CÉCIL et Luc BRUNSCHWIG,
Holmes
Livre 1 L’adieu à Baker Street
Éditions Futuropolis, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur et dessinateur

brunschwig.jpgLuc Brunschwig est né en 1967 à Belfort. Après des études en publicité, il travaille dans une agence de publicité mais passionné par la bande dessinée, il commence à écrire des scénarios.

Lors d’un Carrefour de l’Illustration du Livre pour enfants, il rencontre Laurent Hirn, dessinateur à la recherche d’un scénariste. Ainsi, ils lancent ensemble Le Pouvoir des innocents, en cinq tomes, édité par Delcourt.

À partir de 1985, Luc Brunschwig crée deux autres séries simultanément : L’Esprit de Warren avec Servain et Vauriens dessinées par Laurent Cagniat respectivement en quatre et trois tomes. Puis ses collaborations se multiplient et à la fin des années 90 il crée notamment Angus Powderhill avec Vincent Bailly et Makabi avec Olivier Neuray.

En 2005, Luc Brunschwig devient directeur de la collection « 32 » des éditions Futuropolis. Il réalise La Mémoire dans les poches avec Étienne Le Roux et Le Sourire du clown pour Laurent Hirn.

Le premier tome d’Après la Guerre, avec les dessins de Freddy Martin, est édité en 2007 et s’insère entre les parutions des deux premiers tomes de Holmes.

En 2011, la série Makabi est reprise par les éditions Bamboo sous le titre de Lloyd Singer. Le premier tome d’un nouveau cycle avec le dessinateur Olivier Martin doit paraître début avril.

Luc Brunschwig a également crée deux suites à la série Pouvoir des innocents neuf ans après sa fin présumée : Les Enfants de Jessica avec Laurent Hirn et Car l’Enfer est ici avec Laurent Hirn et David Nouhaud.

Avec Roberto Ricci, un nouveau dessinateur, il reprend Urban Games, projet abandonné en 1999, et le fait éditer sous le nom d’Urban.

 

 

cecil.jpgChristophe Coronas, également connu sous le pseudonyme Cécil, est né à Dax en 1966. En 1984, il entre à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux et travaille parallèlement à la librairie Bulle, spécialisée dans la BD et la musique. Il devient ensuite publiciste puis graphiste et illustrateur.

En 1990, il réalise L’Empreinte des chimères avec Mathieu Gallié. A l’occasion de sa rencontre avec Éric Corbeyran en 1996 et après trois ans de préparation, le premier tome de Réseau Bombyce, Papillon de nuit, paraît en 1999 chez Les Humanoïdes Associés. Monsieur Lune, le deuxième tome, sortira en 2002. Le dessinateur reçoit le prix Canal BD en 2000.

En 2004, il publie un conte pour enfants, Piccolo le fou triste, premier tome de la série Les contes et récits de Maître Spazi, avec Denis-Pierre Filippi et Jean-Jacques Chagnaud.

Le premier tome de Holmes est publié en 2006 par Futuropolis dans la collection « 32 ». Prévue à l’origine comme une trilogie cette série comportera finalement neuf tomes. Le second est édité deux ans plus tard et le troisième en 2012.

Christophe Coronas participe aussi à un travail collectif autour de Popeye en 2010 pour lequel différents artistes s’associent afin de rendre hommage au célèbre marin. Après une longue attente, le dernier tome du Réseau Bombyce paraît en 2011 chez le même éditeur.



Résumé

La bande dessinée commence sur une illustration de la lutte entre Sherlock Holmes et Moriarty au bord des chutes du Reichenbach. Dans une courte introduction, l’auteur nous présente les faits et tel un détective il analyse les informations que Watson possède.

On peut en effet noter qu’il n’y a pas eu de témoins, Watson n’a jamais vu ce fameux docteur et son compagnon ne lui en a jamais parlé. Pour conclure, une question : Pourquoi ?

Le 4 mai 1891, les deux hommes meurent en Suisse. Le chapitre 1 commence cinq jours plus tard à Londres, lorsque Watson écrit ce qu’il s’est passé pour Strand Magazine. Lors d’un bref flash back, on voit Watson trouver aux bords des chutes la canne de Holmes et la lettre qui lui est destinée.

Pendant ce temps à Londres, l’ancien appartement de Holmes a été vandalisé et Simeon Wiggings, enfant des rues qui aidait le détective, mène l’enquête. Watson vient alors sur les lieux et accompagne le jeune homme dans ses recherches.

Les deux compagnons retrouvent les voleurs et suivent leurs traces jusqu’à une vieille usine désaffectée. Ils découvrent ainsi que Mycroft, le frère de Holmes, a envoyé des hommes afin de retrouver le dossier Moriarty.

 CECIL-et-Luc-BRUNSCHWIG-Holmes-pl-3.jpg
Dossier qu’ils n’ont pas pu trouver car il a été confié à un policier que Watson et Wiggins s’empressent d’aller voir. C’est alors que Mycroft arrive et explique à Watson que depuis le mariage du médecin, Holmes se droguait beaucoup plus et qu’il n’était plus capable de résoudre des enquêtes. Le docteur Moriarty ne serait qu’une invention du cerveau drogué du célèbre détective qui aurait fini par se suicider. C’est pour cette raison que Mycroft a voulu effacer toute trace de la déchéance de son frère. Le lendemain, l’agent littéraire de Watson, Arthur Conan Doyle, lui rend visite et lui explique que le magazine qui publie le récit de la mort de Holmes refuse de continuer.

En effet, ils ont reçu une lettre du frère de James Moriarty qui réfute complètement les faits rapportés par Watson. Afin de vérifier l’existence du professeur Moriarty, Watson et Wiggins se rendent chez lui. Ils découvrent alors que le père de Holmes l’a engagé durant l’été 1872 pour être le précepteur de son fils. On apprend également que Sherlock a eu peu d’éducation étant enfant car il voyageait beaucoup avec ses parents.

Malheureusement, le professeur ne veut en dire plus et les deux compagnons sont obligés de partir. Avant leur départ, ils découvrent toutefois que le père de Sherlock paye le loyer de la maison.

Ainsi finit le premier tome.



Composition

Pour rappeler les romans d’origine dans lesquels Watson raconte l’histoire, l’auteur et le dessinateur ont choisi d’alterner au début l’action et une représentation des lettres écrites par le docteur. On assiste ensuite à une action sans dialogues avec quelques bulles contenant la lettre laissée par Holmes à Watson. Après la découverte de la chambre fouillée par Wiggins, le docteur Watson raconte une seconde et dernière fois l’histoire, de son point de vue.

Une police manuscrite est utilisée pour les représentations des lettres ou lorsque le texte de celles-ci accompagne les images dans des bulles.

 CECIL-et-Luc-BRUNSCHWIG-Holmes--pl-4.jpg
Lorsqu’il s’agit d’un flash-back, d’un rêve ou que Watson revoit Holmes dans son appartement, les cases ne sont pas encadrées. La différence est peu visible mais cela ne rend en aucun cas la lecture difficile. On apprend ainsi comment Sherlock Holmes a demandé à Wiggins de devenir son « apprenti ».

Lorsque Mycroft explique au docteur que son frère se droguait après son mariage, Watson imagine Holmes se jetant dans les chutes.

 CECIL-et-Luc-BRUNSCHWIG-Holmes-p-26.jpg
La vision aux bords des chutes fait d’ailleurs le lien avec un rêve de Watson. Il imagine que son ancien compagnon vient le sortit de ses réflexions et ils échangent quelques mots au sujet de son addiction. Cette discussion, sur le ton de la plaisanterie mais avec une ironie cinglante, aurait très bien pu avoir lieu.

Grâce à des flash-back, le rêve et les visions de Watson, Holmes est présent tout au long de l’histoire. Comme auparavant, il est constamment au côté Watson bien que mort.



 Graphisme

Holmes a entièrement été dessiné à l’aquarelle dans des tons de gris-bleuté et de noir. Cela crée une ambiance sombre de l’Angleterre du XIXe siècle et de Londres, ville brumeuse et pluvieuse.

On peut remarquer de plus les jeux d’ombres et de lumière. La tête de Sherlock Holmes est rarement visible. Soit son visage n’est pas dessiné, soit il est au trois-quarts dans l’ombre. On peut aussi noter que lorsque Watson et Wiggins vont rencontrer le professeur Moriarty, l’entretien se fait dans une pièce très sombre, celui-ci prétextant une migraine. Le côté mystérieux des deux personnages de Holmes et de Moriarty est donc renforcé.

CECIL-et-Luc-BRUNSCHWIG-Holmes-pl-1.jpg


Mon avis

Grande amatrice de Sherlock Holmes, je me suis empressée de lire les deux premiers tomes de cette BD qui m’a été conseillée par une librairie. Je n’ai pas été déçue !

Il s’agit bien sur d’une énième adaptation des histoires du célèbre détective mais Luc Brunschwig s’est intéressé à la période la plus mystérieuse de sa vie. Il a finalement réalisé une BD pleine de suspense avec un récit très dense, condensé en seulement une quarantaine de pages par tome.

Cette adaptation reste fidèle aux livres car le scénariste fait intervenir des personnages existant dans certaines nouvelles d’Arthur Conan Doyle comme Wiggings. On peut trouver de nombreuses références aux livres dont notamment l’agent littéraire de Watson qui n’est autre que l’auteur de Sherlock Holmes.

Alors que Watson est souvent considéré comme le « chien » de Sherlock Holmes, j’ai apprécié la manière dont il est mis en avant ici. Même s’il est aidé par Wiggins, cela montre que les années passées avec le célèbre détective ont modifié sa manière de penser.

De plus, à la différence des autres adaptations, Holmes est décrit comme drogué.

Son combat avec Moriarty occulterait son suicide pour respecter l’image que les lecteurs ont de lui. Dans son rêve, Watson s’entend dire par Holmes qu’il l’a progressivement remplacé par le personnage « parfait » de ses récits, réfutant l’emprise de la drogue sur son compagnon.

On pourrait presque croire que Sherlock Holmes et John Watson ont vraiment existé. Il est intéressant de noter que c’est la seconde adaptation qui remet en question l’existence du professeur James Moriarty et qui aboutit au suicide du détective. En juillet 2010, la première saison de la série Sherlock est diffusée sur BBC One. Après l’adaptation moderne de quelques affaires telles que Le chien des Baskerville et Une étude en rouge, le dernier épisode de la saison 2 remet complètement en cause l’existence de James Moriarty et se conclut par la mise en scène du suicide de Sherlock Holmes.

Après plusieurs lectures, on en vient à se demander si Sherlock Holmes est réellement mort ou s’il ne s’agit pas d’une mise en scène. Le deuxième tome apporte quelques réponses mais le troisième ne fait qu’amener de nouvelles questions. Il faudra malheureusement attendre longtemps pour avoir le fin mot de l’histoire.


Isabelle, 2ème année Édition-Librairie 2012-2013

 

 

 

 

 

 


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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 07:00

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Boulet et Pénélope Bagieu
La Page blanche
Delcourt/Mirages, 2012
Le livre de poche, 2013



 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Gilles Roussel alias Boulet est né en 1975 ; c’est un auteur de bande dessinée français, blogueur depuis 2004 (www.bouletcorp.com) qui a fait des études aux Arts décoratifs de Strasbourg dont il sort diplômé en 2000.

Entre 1998 et 2001, il participe au magazine de Zep Tchô ! En 2008, les dessins de son blog sont publiés chez Delcourt sous le titre Notes.

Pénélope Bagieu est née en 1982, c’est une illustratrice et dessinatrice de bande dessinée française elle aussi blogueuse : Ma vie est tout à fait fascinante (http://www.penelope-jolicoeur.com/).

Elle entre à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris dont elle sort diplômée en 2006. Elle s’illustre par diverses façons d’exercer son art comme participer à une campagne de communication pour la marque de surgelés Marie ou encore créer un personnage, Charlotte, pour le lancement du magazine people Oops.

Elle publie en 2008 le premier volume de Joséphine, son personnage récurrent, et en 2010 Cadavre exquis, sa première nouvelle graphique.



L’ouvrage

La Page blanche dont le dessin et la couleur sont de Pénélope Bagieu et le scénario de Boulet raconte la quête d’identité d’une jeune femme amnésique qui tente de retrouver les composantes qui façonnent sa vie. Qui est-elle ? Une question sociale et philosophique essentielle, abordée avec brio et humour par le duo Boulet-Bagieu, issu de la blogosphère.

Eloïse Pinson ne se souvient pas de son nom ni de son passé : « J’étais sur ce banc, parfaitement réveillée, et je me suis dit : "Alors… où j’en étais ?" Et là… ». Elle a tout oublié la concernant excepté le monde extérieur ; elle réussit donc à prendre le métro pour rentrer chez elle mais a oublié son digicode, l'emplacement de son appartement. Que va-t-elle trouver une fois rentrée ?

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En ouvrant l’album, on se trouve face à cette fille, assise toute seule sur un banc dans Paris, le regard perdu. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Elle a tout oublié. L’empathie pour le personnage principal est à peu près immédiate.

Petit à petit, Éloïse va donc creuser, chercher des indices, le moindre petit truc qui pourrait la faire avancer, lui permettre de recoller les morceaux. Son boulot, ses collègues, sa famille, son enfance. Mais il reste toujours des trous. Et puis la cause de tout ça ? Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Éloïse ne peut pas empêcher de laisser échapper son imagination, ce qui donne lieu à des interludes particulièrement bien fichus qui ponctuent la narration de La Page blanche.
  
Boulet-Bagieu-La-page-blanche-03.jpgBoulet-Bagieu-La-page-blanche-04.jpg

 

 

Critique

Ça commence comme un thriller de proximité. La problématique de l’amnésie qui nous est immédiatement livrée happe d’autant plus facilement le lecteur, que le dessin signé Pénélope Bagieu est limpide et hyper lisible. On comprend très vite que la démarche des deux auteurs n’est pas précisément le thriller… À travers la perte de mémoire d’Eloïse, Boulet nous interroge sur ce qui forge vraiment notre personnalité. Est-ce la propriété du dernier bouquin de Marc Levy que tout le monde achète parce que… tout le monde l’achète ? Le parcours qu’Eloïse effectue sur elle-même est idéalement rythmé en chapitres, au fil de sa progression, de ses questions existentielles, de sa reconstruction sociale, de ses décisions. La Page blanche, c’est cet instant de l’oubli qui se transforme en recommencement. C’est aussi un peu cette seconde chance d’une quête de soi par l’oubli de soi.

Cependant un élément de l’histoire a souvent déplu, voire ulcéré une partie du lectorat : un léger côté critique sociale, sur la vacuité d’un certain mode de vie, l’uniformisation des individus. Et surtout la désespérance inspirée par les supermarchés de la culture type FNAC ou Cultura à côté des librairies indépendantes forcément géniales qui peuvent gêner un lecteur qui, dans la plupart des cas aura justement acheté cet album en tête de gondole à la FNAC.



Que se passe-t-il donc chez cette jeune femme à l’existence apparemment banale et sans problèmes ? C’est justement peut-être la clé du mystère….

Boulet-Bagieu-La-page-blanche-05.jpg

 

Nathalie, AS bibliothèques-médiathèques 2012-2013

 

 

 

BOULET et Pénélope BAGIEU sur LITTEXPRESS

 

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Entretien avec Boulet. Propos recueillis par Coralie.

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Mélanie sur Ma vie est tout à fait fascinante.

 

 

 

 

 

 

 


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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 07:00

Cyril Pedrosa Portugal





 

 

 

 

 

Cyril PEDROSA
Portugal
coloriste : Ruby
Dupuis, 2011
Collection Aire libre






 

 

 

 

 

 

L’auteur

Cyril Pedrosa naît en 1972 en France. Il est dessinateur, coloriste et scénariste de bande dessinée. Après avoir passé son bac il intègre une classe prépa Maths Sup afin de devenir ingénieur. Il arrête très vite et part pour une mise à niveau à l’école d’art appliqués Olivier de Serres à Paris. Préférant le dessin animé à la communication visuelle il change d’orientation pour l’école des Gobelins à Paris.

Il travaillera deux ans pour les studios Disney comme animateur sur des personnages du Bossu de Notre-Dame ou de Hercule. À 26 ans, il se lance dans la bande dessinée avec la série Ring Circus. Il travaillera par la suite comme dessinateur sur deux autres séries : Les aventures spatio-temporelles de Shaolin Moussaka et Brigade Fantôme. Pedrosa travaille aussi pour Fluide Glacial et créé la série Autobio à propos de l’écologie. Il réalise par la suite trois albums « one-shot » en solo : Les coeurs solitaires en 2006, Trois ombres en 2007 qui remporte un vif succès et Portugal en 2011.

Cyril Pedrosa est un auteur multiple qui sait alterner les différents genres avec des séries d’aventure, d’humour et des albums beaucoup plus personnels voire autobiographiques. Pedrosa travaille essentiellement avec deux maisons majeures du secteur de la bande dessinée : Dupuis et Delcourt.



L’album

Portugal est sorti en septembre 2011. Il est édité chez Dupuis dans la collection Aire Libre. Aire libre est une collection particulière chez Dupuis qui permet à l’éditeur de publier des albums plus « matures » et adultes que la production grand public habituelle.

L’album est entièrement réalisé par Pedrosa (scénario et dessin). Le format est peu ordinaire car Portugal compte 264 pages  alors qu’un album classique en compte généralement 48. Ce qui a demandé plus de deux ans de travail. Pedrosa a eu besoin de tout son talent pour convaincre Dupuis de publier ce gros volume.

L’album, sorti en 2011, a reçu en janvier 2012 le prix Fnac au festival international de la bande dessinée à Angoulême. Moins prestigieux, le prix du magazine Le Point décerné au festival Quai des bulles à Saint-Malo en octobre 2011.



Le synopsis

 Simon Muchat, double de fiction de Cyril Pedrosa, est un jeune auteur de bande dessinée en manque d’inspiration, n’arrivant pas à écrire de nouvel album. Il donne des cours de dessin à des enfants et fait quelques interventions par-ci par-là. Sa vie s’essouffle peu à peu, Simon se lasse de tout, de son travail comme de sa femme.  Après une séparation avec sa compagne, sa dépression s’accentue. Il est plus tard invité au mariage de sa cousine, un véritable élément déclencheur, et commence à s’intéresser à ses racines portugaises. Intrigué par l’immigration de son grand-père en France, pour fuir le régime de Salazar, il décide de partir au Portugal sur la trace de sa famille afin de trouver un nouveau sens à sa vie et une nouvelle inspiration.

Sans être autobiographique, cet album comporte quelques moments de la vie de Pedrosa. L’auteur a choisi de faire d’éléments de sa vie une fiction afin de conserver des libertés d’écriture et de ne pas avoir de problèmes avec son entourage, ou bien de déformer des événements réels. Quelques exemples : Pedrosa a aussi été invité dans un salon de bande dessinée au Portugal où il a réfléchi sur ses origines, sa famille portugaise. Tout comme son personnage Simon, Pedrosa n’avait pas remis les pieds au Portugal depuis des années.

Les thèmes de l’album sont la quête de soi, la recherche d’une identité, le voyage, l’errance, la famille et la découverte d’une culture. Petite anecdote : les trois chapitres commencent dans une station-service ce qui reprend le thème du voyage et de la route (voyage pour aller au Portugal dans l’enfance de Simon, déplacement pour le mariage, puis voyage au Portugal de Simon à l’âge adulte).

 
 
Analyse

L’ouvrage est  découpé en trois parties bien distinctes, retraçant la généalogie familiale (le fils, le père et le grand-père). L’auteur fait du séquencement de son album un parallèle avec l’avancement dans la quête de son identité. Il s’agit du parcours de Simon et de son vécu par rapport à son père et son grand-père.

La première partie, appelée « Selon Simon », présente le personnage principal, Simon, en revenant sur quelques moments de sa vie et notamment sur sa vie de couple avec Claire et leur rupture. Ceci amènera Simon dans une phase de dépression. L’album commence avec des souvenirs d’enfance au Portugal où Simon écoute les conversations des adultes et de sa grand-mère. Après ces souvenirs plutôt heureux, simples et colorés, nous nous retrouvons dans les années 2000 où Simon est confronté au banquier afin d’obtenir un prêt immobilier (pas simple en étant auteur bd).

Ce chapitre nous présente le quotidien d’un jeune homme, auteur, qui peine à trouver sa place et un sens à sa vie. L’épisode se termine par un bref séjour au Portugal pour un salon de bande dessinée où Simon s’interroge sur ses racines et sur sa vie avec pour éternelle question : de quoi ai-je envie ?

Toute cette première partie réservée à Simon est en monochromie sauf l’arrivée au Portugal qui est remplie de couleurs. Pedrosa aime différencier les ambiances grâce à un jeu de couleurs. Les couleurs et le dessin marquent bien la différence entre la France et le Portugal.

La deuxième partie de l’album est appelée « Selon Jean » (le père de Simon) et se situe au mariage de la cousine de Simon, Agnès, en Bourgogne où une grande partie de la famille est réunie. Ce moment est l’occasion pour Simon de se rapprocher un peu de son père, avec qui il ne communique que très peu. Il en apprend plus sur ce dernier, son oncle et sa tante baba-cool Yvette. Cette réunion de famille contient beaucoup de moments qui peuvent appartenir à chacun d’entre nous comme des vadrouilles en voiture à la campagne, des baignades en rivière ou des discussions un peu trop alcoolisées lors d’un mariage…

Ce chapitre où Simon évolue dans cette réunion de famille fait énormément référence au personnage du père.


Cyril-Pedrosa-Portugal-pere.jpg
On peut rapidement analyser la planche où l’auteur change radicalement de dessin et de couleurs. La scène est plutôt sombre et Simon et Jean se retrouvent après une soirée mouvementée et émouvante (recherche dans la campagne d’une personnage âgée délirante). C’est un des seuls échanges où le père et le fils se retrouvent en tête à tête, Pedrosa a presque effacé les décors et le physique des personnages afin de ne laisser que les silhouettes et permettre au lecteur de se concentrer sur les dialogues. Dans  une interview que Pedrosa donne à Rue 89, l’auteur nous confie sa crainte par rapport à la lecture de Portugal par son père. Tout comme dans le livre, leur relation n’est pas simple et le Portugal est un sujet presque tabou que Pedrosa et son père n’abordent jamais.

C’est seulement dans la troisième partie que Simon partira pour le Portugal et se concentrera sur l’histoire de son grand-père Abel. Au début de son périple, Simon est méfiant. Il retrouve son cousin éloigné qu’il n’a pas vu depuis plus de vingt ans ainsi que la mère de ce dernier, Theresa. Theresa et Alessandro couvrent Simon de nourriture et d’attentions, ce qui rend ce dernier un peu moins farouche même si on sent qu’il essaie de garder ses distances. À Lisbonne, son cousin le conduit dans la ville où ont vécu ses ancêtres. Au début il reste enfermé dans la maison, passant son temps sur l’ordinateur et à croquer en intérieur. Puis au bout de quelques jours et au fil des rencontres avec de nouveaux personnages, Simon sort de sa bulle et s’ouvre au monde en délaissant peu à peu la maison.

On sent que le personnage se trouve une identité même si au final on ne saura pas ce qu’il devient ni s’il rentrera en France…

Dans l’album en général il ne se passe pas grand chose voir presque rien ; ce style peut nous faire penser à la série de Loisel Magasin général. Il n’y a pas non plus de suspens, on sait très bien que le personnage trouvera dans son voyage un retour aux sources et que cela lui permettra de reprendre sa vie d’un bon pied. Mais tout comme dans la série de Loisel, l’action se fait ressentir par l’ambiance et les impressions qui se dégagent du dessin et des personnages.

Quelques personnages des souvenirs d’enfance de Simon ou de ceux qu’il rencontre au Portugal s’expriment exclusivement en portugais. L’auteur réussit à intégrer totalement le lecteur dans ses planches car le texte n’est traduit nulle part. Cela donne un lien fort entre le personnage principal et le lecteur qui tous deux ne comprennent pas ce que veulent dire les Portugais. Simon précise à ce sujet : « On s’habitue aux conversations floues », ce qui s’applique très bien au lecteur. Il suffit d’un mot et toute la discussion prend sens.

On peut aussi noter l’importance des personnages secondaires dans ce récit. Ce sont eux qui aident Simon à évoluer et à faire des choix, qu’il s’agisse d’un dépanneur ou d’une vieille voisine jardinière… Tous ces personnages ont leur importance et leurs caractéristiques. Ils sont très travaillés et on sent que l’auteur a insisté afin de leur donner à tous une « gueule » et un rôle propres.



Le dessin

Les dessins sont très soignés, n’oublions pas qu’ils ont quand même demandé deux ans de travail. Les paysages sont réalisés avec une grande précision, qu’ils soient urbains ou ruraux. Les traits de Cyril Pedrosa sont très souples et les tons utilisés sont majoritairement des couleurs chaudes.  Ses dessins s’adaptent facilement au texte et à l’ambiance des textes. Les couleurs chaudes apparaissent pour la gaieté, des couleurs plus sombres et lourdes pour des moments pesants, plus tristes…

Cyril-Pedrosa-Portugal-jardin.jpg

Au premier abord j’ai cru que le récit allait se passer tout du long au Portugal mais comme je l’ai expliqué un peu avant le Portugal ne concerne que la dernière partie du récit, ce qui m’a un peu déçue mais en même temps m’a agréablement surprise.


Jessica, AS Édition-Librairie 2012-2013

 
Cyril PEDROSA sur LITTEXPRESS

 

 

PEDROSA Trois Ombres

 

 

 

 

Articles d'Adrien et de Claire sur Trois Ombres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 07:00

Jacques Ferrandez Alger la noire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacques FERRANDEZ
et Maurice ATTIA
Alger la Noire
Casterman, mars 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques éléments biographiques
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Jacques Ferrandez est né à Alger en 1955, mais il a grandi à Nice, étudié à l’école des Arts Décoratifs. Il est issu de deux générations de Pieds-Noirs. En 1977, il rencontre le scénariste Rodolphe avec qui il va travailler, ce qui marque une étape dans sa vie professionnelle. Il est dessinateur et scénariste de bande dessinée et il a aussi fait plusieurs adaptations et travaillé à plusieurs reprises en collaboration.

Même s'il n'a pas vécu en Algérie, Jacques Ferrandez dans ses œuvres a beaucoup traité de son pays natal. En effet, il avait entamé les Carnets d'Orient, une série qui traitait de la colonisation française en Algérie. Après s'être consacré à d'autres projets, il est revenu à cette série en créant une seconde partie, qui traite de la Guerre d'Indépendance, de 1954 à 1960.

Il a aussi fait des Carnets de voyage, série de carnets  à l'aquarelle sur différents pays ou villes : l'Iran, Sarajevo …

Biographie
http://www.bedetheque.com/auteur-877-BD-Ferrandez-Jacques.html

 

 

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Maurice Attia est né en 1949 à Alger lui aussi. Après avoir été à l’école primaire en Algérie, il part avec ses parents pour Marseille, la ville où la plupart des Pieds-Noirs ont émigré, au moins dans un premier temps. Il a fait des études de médecine, de psychiatrie et de psychanalyse. Il viendra progressivement à l’écriture, en écrivant tout d’abord des livres compilant des récits cliniques. Mais à partir de 2000, il se lance dans l’écriture de romans et de nouvelles noires. Il recevra plusieurs prix pour ses différents livres.

 

 

 

Biographie et bibliographie
http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2007/12/26/7351283.html
      


Alger la noire

Le texte original est un roman policier de Maurice Attia ; on retrouve dans ce récit des éléments qu’il a connus ; en effet, l’histoire se déroule à Bab-El-Oued où il a été scolarisé, et Marseille, ville où il a émigré.

Jacques Ferrandez, quant à lui, a fait l’adaptation en créant le dessin à partir du livre et en transcrivant le texte en scénario.



Les personnages principaux
 

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Paco Martinez est un jeune inspecteur de Bab-El-Oued, il n’a pas vraiment de position politique, il n’est ni du côté du FLN, ni du côté de l’OAS ; il aime l’Algérie et voudrait que les problèmes s’arrêtent. Il essaie de faire son métier de policier.

 

 

 

 

 

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Maurice Choukroun est son collègue, d’origine juive. Lui aussi veut faire son métier de policier. Il est malade et veut quitter l’Algérie pour aller en France, comme beaucoup de Pieds-Noirs à l’époque.

 

 

 

 

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Irène est la compagne de Paco ; c’est une femme indépendante. Elle a perdu la moitié d’une jambe lors d’un attentat quand Paco n’était pas avec elle, car elle voulait lui signifier son indépendance. Elle est là pour Paco quand il en a besoin mais leur relation est compliquée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La grand-mère de Paco ; elle est âgée et atteinte de démence sénile. Elle porte le poids d’un lourd secret de famille qui expliquera son antipathie pour Irène. C’est elle qui a élevé Paco, et c’est lui qui a son tour s’occupe d’elle.

 

 

 

 


L’histoire

Elle se déroule à Alger et dans le quartier de Bab-El-Oued entre le 22 janvier et le mois de mai 1962.

L’histoire a donc lieu en plein cœur de la guerre d’Algérie qui opposait ceux qui voulaient que l’Algérie reste française et ceux qui voulaient que l’Algérie redevienne indépendante de la France. Le thème central de l’histoire est donc ce conflit qui bouleverse l’Algérie cette année-là et la violence omniprésente ainsi que l’état d’esprit de la population.

Deux garçons trouvent le corps d'un couple mixte sur la plage, nus comme s'ils faisaient l'amour ; le garçon, un jeune Algérien est sur la jeune femme blanche. Il a eu les testicules coupés, on les lui a mis dans la bouche ; dans son dos a été taillé au canif à même la peau « O.A.S ».

L'inspecteur Paco Martinez et son collègue Maurice Choukroun vont mener l'enquête sur ce meurtre qui a tout d'une mise en scène. Ils interrogent les familles respectives mais, en sortant du commissariat, le père de Mouloud Abbas est abattu.

La découverte du journal intime de la jeune femme oriente d'une manière différente les recherches des deux policiers. Un détective privé est mêlé à l'affaire car il avait été engagé par le père de la jeune femme pour la suivre. Les policiers au cours de leur enquête s'aperçoivent que  le père avait recours à des prostituées, une en particulier. Choukroun décide de partir pour la métropole avant que les choses ne tournent trop mal mais il en sera empêché. Paco perd les pédales et est dessaisi de l’affaire ; c’est par hasard qu’il va trouver un nouvel élément qui va les faire progresser dans l’enquête. Comme ils le pensent depuis le début, l’affaire est bien plus compliquée qu’il n’y paraît.

À côté de cette enquête, il y a deux histoires que l’on suit en parallèle.

On voit l’histoire d’amour entre Paco et Irène. Celle-ci est compliquée, elle est fondée en partie sur la culpabilité de Paco motivée par l’attentat qui a fait perdre une jambe à Irène. On trouve une tendresse, une complicité mais aussi une certaine forme de brutalité dans leurs rapports sexuels. Il y a un certain fatalisme mélangé à une envie de vivre et de profiter de l’autre en même temps qui rend leur relation complexe.

La grand-mère de Paco porte avec elle le chagrin de la perte de son fils, et le poids de l’histoire de son fils. Tout au long de l’histoire, on sent qu’elle porte le poids d’un lourd secret. Mais elle est aussi animée par une certaine haine pendant ses  crises de démence sénile.

Dans le texte, il y a à plusieurs reprises des termes arabes qui sont utilisés et on trouve aussi des termes crus. L’auteur fait un portrait de la mentalité des personnes de l’époque.

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Technique

La ligne claire n'est ici pas du tout utilisée, au contraire. Jacques Ferrandez travaille à l’aquarelle et au stylo-feutre fin.

Il y a une différence de traitement entre les personnages en fonction de leur âge. Les jeunes sont très peu dessinés au niveau des visages, quelques traits suffisent et les expressions sont données principalement par les ombres et les lumières grâce à l'aquarelle. Pour les personnages plus âgés, les visages étant plus marqués de manière naturelle, on retrouve dans le dessin un plus grand détail ; en complément, l'aquarelle est toujours utilisée. Mais le traitement des visages dépend aussi de la position du personnage et de la prise de vue.

Il y a différents rapports entre le texte et l'image. Il soutient l'image quand par exemple elle est l'illustration du texte de la bulle. L'image présente les personnages lors d'un dialogue, ou alors explique des scènes qui sont racontées dans le souvenir par un personnage. Mais il y a aussi certaines cases où il n’y a que du dessin.



Critique

 

« Là où le romancier a besoin de décrire, de raconter, le dessinateur en une image embrasse le paysage. Mais Jacques  Ferrandez, habituellement si gourmand de dessins pleines pages, de panoramiques qui vous emportent, a pour l'occasion raccourci ses cases, les a multipliées. Le récit est tendu, tordu, dit-il. Et le dessinateur, pour la première fois, franchit le pas des scènes explicites pour montrer la mort qui frappe jour et nuit, et à laquelle répond l’amour passionnel, charnel, entre Paco, le flic, et Irène, la modiste. »
[Jean Christophe Ogier, France Info]

 

 


Mon avis

J'ai beaucoup aimé cette BD ; je connaissais déjà Jacques Ferrandez, il a un dessin bien à lui et l'aquarelle a un très bon rendu. Il sait comment donner vie à chacun de ses personnages avec un stylo et un pinceau, de manière succincte parfois.

Le sujet qu'il traite est dur et encore très obscur, mais il est traité de manière juste en montrant la réalité sans en rajouter.

Je le conseille vivement sauf peut-être aux âmes sensibles car il y a des scènes d'amour parfois crues ou montrées et non pas suggérées comme souvent.


Léa, 1ère année édition-librairie

 

 

Maurice Attia Alger la noire

 

 

 

 

 

 

Article de Julie sur Alger la Noire de Maurice Attia.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacques FERRANDEZ sur LITTEXPRESS

 

Ferrandez Cuba 1

 

 

 

 

 

Article de Séphora sur Cuba père et fils.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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