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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 07:00

Birmant-Oubrerie-Pablo-01.jpg

 

 

Julie BIRMANT (scénariste)
et Clément OUBRERIE (dessinateur)
Pablo
Tome 1 : Max Jacob (27 janvier 2012)
Tome 2 : Apollinaire (7 septembre 2012)
Éditeur : Dargaud

 

 

 

L’histoire

Quand on pense à Picasso, on pense généralement aux toiles qui ont révolutionné la peinture moderne et on oublie l’homme derrière, l’émigrant espagnol fraîchement débarqué à Paris en 1900 pour l’exposition universelle. Cette BD (prévue en 4 tomes, le 3e étant annoncé pour avril 2013) est là pour y remédier. Pourtant ce n’est pas Pablo le narrateur de cette histoire mais Amélie Lang, qui n’avait pas encore fui sa province sordide ni son identité pour devenir Fernande. Avant sa mort, elle se rappelle et elle raconte.

Picasso vient d’arriver à Paris avec son ami le peintre Casagemas. Ils ne parlent pas trois mots de français, vivotent dans des ateliers et vendent leurs toiles pour vivre la bohême avec les femmes de la ville lumière. Tout va bien jusqu’au suicide de Casagemas rendu fou d’amour par une maîtresse cruelle. Pablo découvre alors la poésie de Rimbaud et de Verlaine, et il sombre dans une dépression qui l’amène à sa « période bleue », un changement esthétique dans sa peinture qui ne plaît pas. Il ne vend plus de toiles et se fait refuser par les galeristes. Son ami Max Jacob, le poète breton encore inconnu et fou du peintre, l’héberge et l’épaule dans la misère. Vient enfin son arrivée à Montmartre et sa rencontre avec la Belle Fernande dont il peindra tant et tant de toiles.  C’est l’histoire qui commence, entre l’amour de Pablo pour Fernande, la cartomancie de Max, la poésie d’Apollinaire qui rejoint le groupe dans le 2nd tome et  la misère, le froid quand le vendeur de charbon ne fait plus de crédit, le début du succès et Paris et ses artistes au début du siècle dernier.

 Birmant-Oubrerie-Pablo-02.jpg

 
Clément Oubrerie, dessinateur

Clément Oubrerie est un dessinateur français né en 1966. Il a suivi des études de graphisme et  vécu aux États-Unis et à Paris. C’est un touche à tout du graphisme : il a fait plus de quarante albums jeunesse, de la BD ( Aya de Yopougon, Zazie dans le métro, Jeangot, Pablo) et du dessin animé (il a co-crée un studio d’animation avec Joann Sfar et Delesveaux et a travaillé avec Eric et Ramzy sur Moot-Moot).

Le défi avec Pablo était justement sa peinture. Il semble bien étrange de faire toute une BD sur un tel géant sans en représenter un seul tableau. Si le défi de s’y attaquer aurait amusé Clément Oubrerie, il n’a pas pu reprendre les toiles de Picasso car elles sont protégées. Il s’est donc cantonné à la représentation d’un autoportrait des débuts de sa carrière, essentiel pour l’avancée du scénario. Mais peu importe car « le sujet n’est pas sa peinture mais ce qu’il (Pablo) est, ce qu’il traverse, comment, et ses influences en art » (Clément Oubrerie).

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Pour cette série, Clément Oubrerie a changé ses méthodes habituelles de dessin. Puisqu’il se mesurait à Pablo Picasso, il a essayé de retrouver le travail de la matière plus que la tendance actuelle au « miniaturisme » qu’on trouve dans le travail pour la BD. Il a donc utilisé du grand format pour chaque case et a varié les matériaux (fusain, crayon, aquarelle, encre…) Le rendu est chaud et tremblé, il transmet ce que les mots de Julie Birmant ne peuvent dire. Son travail nous plonge dans le Montmartre de 1900 qui n’était pas encore aux mains des touristes mais des artistes.
 


Julie Birmant, scénariste

Julie Birmant a d’abord travaillé comme metteure en scène dans une école de cinéma à Bruxelles (cultivant un faible pour les documentaires), elle a codirigé des revues de théâtre avant de devenir dramaturge elle-même, et plus récemment elle a signé le scénario de Drôles de femmes qui traite de figures du spectacle (Yolande Moreau, Amélie Nothomb…).
 
C’est elle qui est à l’origine du projet de Pablo, qui surfe sur la vague des biographies romancées en BD (on pense à  Kiki de Montparnasse de Catel et Bocquet, Le Montespan de Teulé). Cette  idée de travailler sur le jeune Picasso inconnu est née de ses balades dans les rues de Montmartre près du Bateau Lavoir dont elle regrette la vie bouillonnante d’art qu’il a perdue avec le temps. Ses recherches pour ce projet n’ont pas tant porté sur l’histoire de l’art et les conséquences de Picasso sur le peinture moderne mais bien sur le personnage lui-même. On a beaucoup de sources sur la vie de Picasso, il n’y a aucun grand vide dans sa biographie. Cela dit, il ne s’agissait pas de besoins factuels sur la vie de l’artiste mais de comment l’a vécue l’être humain. Pour ce faire, et après recherches dans les réserves de la bibliothèque municipale, Julie Birmant a trouvé les mémoires de Fernande qui, étrangement (et selon ses dires), n’étaient que très peu empruntés alors qu’il s’agit d’une fenêtre inédite sur sa vie et celle de Pablo.  C’est de ces bases que Julie s’est inspirée pour ce projet, en mettant sa patte de scénariste pour romancer et rendre les faits en BD, sans prétendre à l’entière véracité, quoique les sources soient parfaitement viables.

 Birmant-Oubrerie-Pablo-04-copie-1.JPG

 
Mon avis
 
C’est une bande dessinée qui fait voyager dans le temps, autant au niveau du dessin chatoyant à l’aquarelle que des personnages et leur histoire. Des cases pleine page (notamment la première du second tome) hypnotisent l’œil du lecteur, tout comme les petits éléments qui parfois s’échappent des cadres. Et non seulement c’est éblouissant mais on se prend tout de suite au jeu, à l’atmosphère, au Paris artiste et au Montmartre bohême. Même sans être un professionnel de l’histoire de la peinture on est vite passionné et finalement on en apprend beaucoup sur le milieu et l’époque. En ce qui me concerne, j’attends les prochains tomes avec impatience. C’est le Minuit à Paris de la bande-dessinée !
 
 Birmant-Oubrerie-Pablo-05-copie-1.jpg

 
Pour en savoir plus

Site officiel de Clément Oubrerie : http://www.oubrerie.net

Interview pour la sortie de la BD :http://www.youtube.com/watch?v=pJWfvCNr1Wk
 

Marion S., Année spéciale édition librairie

 

 

 


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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 07:00

Ignacio-Rodriguez-Minaverry-Dora.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ignacio Rodriguez MINAVERRY
Dora
traduction
Chloé Marquaire
éditeur : L’Agrume
Collection Littérature graphique, 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire

Première partie : 20874

Allemagne, fin des années 50. Dora Bardavid, jeune germano-marocaine travaille comme archiviste au Berlin Document Center, géré depuis 1953 par les États-Unis et au sein duquel ont été centralisées les collections de documents relatifs à la période nazie en vue d’instruire le procès de Nuremberg. La jeune fille, dont on apprend que le père est mort en déportation, se voit chargée du microfilmage des fiches de renseignement des membres du NSADP (le parti national-socialiste des travailleurs allemands, i.e le parti nazi), des SA (« Sturmabteilung » ou section d’assaut, le premier groupe paramilitaire nazi) et des SS (« Schutzstaffel », le principal organisateur de l’extermination des juifs d’Europe). Autant dire que l’adolescente se retrouve brutalement plongée au coeur de l’horreur nazie à travers la réalité froide et bureaucratique de la Shoah, toute en chiffres et en documents administratifs. Alors que sa colocataire Lotte découvre les plaisirs charnels avec un espion américain, Dora, après avoir trouvé le numéro de son père (20874) au hasard d’une fiche, décide de mener sa propre enquête et commence à subtiliser des documents afin de constituer ses propres archives.


Deuxième partie : Rat line I et II

Nous retrouvons notre héroïne quelques années plus tard, en France, à Bobigny, où elle a rejoint sa mère. Désoeuvrée, la jeune femme fait la connaissance d’Odile et de sa bande d’amis, tous communistes engagés. C’est dans un contexte de tension politique (la guerre d’Algérie n’est pas bien loin) et familiale (sa mère est aux abonnés absents) que Dora décide de se faire embaucher comme traductrice franco-allemande par la coopérative communiste de Bobigny. Elle y fait la connaissance d’un espion israélien, qui lui propose de participer à l’arrestation du docteur Mengele (le « médecin d’Auschwitz »), réfugié, semble-t-il en Argentine. En effet, le chef d’une des amies de Dora serait en relation avec le criminel nazi. Voilà donc Dora partie pour l’Argentine pour y mener l’enquête, en pleine période peroniste (la dictature militaire en Argentine qui s’ouvre en 76 avec Juan Perón, ne s’achèvera qu’en 1983). Si la mission se révèle être un échec, la jeune femme accumule encore les indices de telle sorte qu’à la fin du premier tome, l’enquête ne fait que commencer...

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L’Auteur


Ignacio Rodriguez Minaverry est né en 1978 en Argentine, où il est considéré comme l’un des jeunes auteurs les plus prometteurs. Ses scénarios complexes (voire parfois compliqués pour le néophyte), documentés à l’extrême, qui imbriquent la grande et la petite Histoire, renouvellent un peu le genre du roman graphique. Il a publié dans plusieurs revues des histoires courtes, notamment dans la revue Fierro , référence de la bande-dessinée en Argentine, et parallèlement, a réalisé des dessins de technique chirurgicale pour un hôpital argentin (rien d’étonnant, somme toute, vu la précision de son trait et le nombre de détails dans ses dessins). Il a également travaillé dans un studio d’animation, avant de se lancer dans son premier projet personnel, Aleph-Alif, qui est une sorte de préquelle à Dora, une introduction au personnage (mais il n’est pas nécessaire d’avoir lu ce tome pour comprendre Dora).



Ce que j’en ai pensé

J’ai erré pendant un bon moment au rayon bande-dessinée avant de jeter mon dévolu sur Dora. J’avoue que la couverture ne m’a pas particulièrement attirée, mais le format « roman graphique » et le « coup de coeur de la librairie » ont fait pencher la balance. On regrettera cependant qu’il n’y ait pas de résumé clair (celui qui se situe dans l’encart n’est vraiment pas attrayant), car on ne sait pas à quoi s’attendre de prime abord.minaverry-dora-4e-couv.jpg

Malgré mes quelques réticences de départ, je me suis laissée rapidement captiver par l’intrigue, très complexe et le graphisme sobre et élégant de Minaverry (qui n’est pas sans rappeler, dans le style et le souci du détail, celui d’Yvan Pommaux) : 200 pages pour voyager autour du monde et se replonger dans les pages sombres du monde contemporain... Tout l’art de cette bande-dessinée consiste à savoir mêler subtilement la grande Histoire, du nazisme au péronisme, en passant par la France communiste, à la petite histoire, celle de la quête identitaire de Dora. Minaverry s’est beaucoup documenté : le texte, tout comme les illustrations, foisonne de détails historiques (cartes, plans, documents administratifs de la SS, organisation des camps d’internement et de concentration, jusqu’aux titres de l’Humanité et aux affiches d’Evita Perón).

C’est d’ailleurs peut-être la seule (et légère) critique que je pourrai faire de cet ouvrage : ayant pourtant fait de longues études d’Histoire, je concède que j’ai pu manquer, à certaines occasions, de clés pour comprendre quelques références du scénario (notamment en ce qui concerne la révolution et le coup d’état de la junte en Argentine) ; il y a beaucoup d’informations, qui étouffent parfois un peu l’intrigue, mais finalement, c’est tout de même un très beau panorama d’une époque qui n’est pas si lointaine, mais qui est relativement mal connue (surtout des jeunes générations). C’est donc l’occasion de (re)découvrir cette période mal aimée des manuels d’Histoire à travers les tribulations et le regard de l’intrépide « Dora ». À mon grand désespoir, j’ai découvert qu’il s’agit d’une série à la fin du volume (c’est donc le tout premier tome) et il va donc falloir prendre son mal en patience et attendre la parution du second volet pour connaître la suite...


Marion, AS Bib.

 

 


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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 07:00

craig-Thompson-Blankets.gif






Craig THOMPSON
Blankets, Manteau de neige
traduit de l’américain
par Alain David
édition originale
Top Shelf Production, 2003
édition française
Casterman, Écriture, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Craig Thompson
 
craig-thompson-image-2.jpgCraig Thompson est né le 21 septembre 1975 à Traverse City dans le Michigan, aux États-Unis. Son enfance s’est déroulée dans une région rurale, à Marathon dans le Wisconsin, petite ville isolée. Il vit  à la campagne avec ses deux parents et son petit frère Phil.

Sa famille est chrétienne fondamentaliste. Les fondamentalistes chrétiens s'opposent aux interprétations modernistes de la Bible, souhaitent le respect intégral de la religion et réclament l'influence de la religion sur la vie politique et la morale publique. Ainsi les deux enfants ont une éducation stricte avec peu de droits ; la télévision, le cinéma et la musique leur sont interdits.

Blankets étant un roman graphique autobiographique, on y découvre que l’auteur a vécu un grand traumatisme durant son enfance, dû à la censure totale et à la sévérité de ses parents. Le seul divertissement des deux frères sera la bande dessinée pour enfants qui les passionnera. Et c’est adolescent que Craig Thompson se décidera à devenir artiste. En 1999, il commence à travailler sur Blankets, et trois ans et demi plus tard le livre sort chez Top Shelf Production. Cette œuvre est perçue comme l’histoire d’un premier amour, empreinte d’une poésie mélancolique et pudique. Le livre raconte l’histoire de l’enfance de l’auteur dans une famille chrétienne, de son premier amour à l’âge adulte.

Il obtiendra de nombreux prix : Times : meilleure couverture du roman graphique (2003), deux Eisner Awards (2004), trois prix Harvey (meilleur artiste, dessinateur, et meilleur album graphique), deux prix Ignatz.

Après ces succès, Craig Thomson est reconnu comme l’un des maîtres du roman graphique.

 craig-thompson-Image-3.png

 

 

 

Blankets, Manteau de neige
 
Le roman commence avec une scène d’enfance de Craig Thompson. L’auteur et son frère Phil  jouent, enfants, dans la campagne. Ils vont trouver une paire de crânes d’animaux et jouer avec. Ce moment est très marquant et révèle l’univers de l’auteur, mêlant la dureté de sa vie, des épreuves subies avec son imagination de petit garçon.

On découvre une vie très difficile, une enfance marginale, malheureuse voire cruelle, une famille brutale et castratrice, rejetée de tous. De plus, il subira le traumatisme d’un abus sexuel. Pour s’évader de ce douloureux et éprouvant univers, l’auteur se laissera passionner par le dessin et se sentira aidé par la religion. Deux passions qui ne sont pourtant pas compatibles, dans ce monde complexe.

 

 

 

 

Personnages principaux
 
Craig Thompson

Le personnage principal, de l’enfance à l’âge adulte. Très sensible, timide, il n’a pas confiance en lui. Il connaît une souffrance constante venant de ses parents,de ses camarades d’école, de son baby-sitter. Il vit un combat entre la religion qu’il connaît depuis toujours et les choses qu’il aime : le dessin et Raina. Au fil du roman, on voit que la religion le bloque, l’empêche de s’épanouir. Ce n’est qu’à l’âge adulte et après sa rencontre avec Raina que Craig découvrira que le christianisme qui l’a entouré toute sa vie n’est pas ce qu’il croit.

 
Phil

Le frère cadet de Craig. Comme Craig, il aime dessiner. La première partie de l’histoire le met très en avant, l’apparition de Raina va le faire disparaître pour finalement réapparaître vers la fin. Mais dans chaque partie, Craig se rappelle ses aventures avec lui. Il subit les mêmes traumatismes que son grand frère, et lui aussi est bouleversé par la religion mais sa période adolescente le transformera en rebelle qui a déjà décidé, du moins en apparence, de consacrer sa vie à la bande dessinée.


 
craig-thompson-image-4.pngRaina

Le premier amour de Craig. Elle aussi est chrétienne et ils se rencontrent dans une colonie de vacances confessionnelle. Leur rencontre est un coup de foudre. Elle vient d’un milieu modeste comme Craig et le divorce de ses parents la perturbe profondément. Raina connaît une période difficile quand elle rencontre Craig. C’est une jeune fille très belle ; parmi tous les personnages de la bande dessinée, Craig la présente comme magnifique. Elle est très poétique et courageuse, complexée par la religion mais tout de même moins que Craig. Et elle s’occupe de ses deux frères et sœurs, tous deux handicapés mentaux et adoptés par les parents.


Les parents de Craig

Ce sont des parents pauvres, très fermés sur eux-mêmes. Fanatiques de religion, distants, froids et peu pédagogues. La mère est considérée comme absente et le père est représenté comme un ogre pour les enfants. Jamais dans la bd on ne voit un moment de tendresse ou un mot doux venant des parents pour leurs deux enfants.

 
Les parents de Raina

Également chrétiens mais beaucoup plus ouverts d’esprit, ils ont donc choisi d’adopter deux enfants handicapés mentaux. Craig les rencontre en plein divorce ; pour lui c’est une nouvelle vision de la famille. Il va en tirer quelque chose de positif ; même s’ils divorcent, ils tentent de protéger au mieux leurs enfants. En fait, leur comportement est à l’opposé de celui des parents de Craig.

 

Composition de l’œuvre.
 
Blankets est un graphic novel (roman graphique), une œuvre très imposante, composée de neuf chapitres et de plus de 600 pages. L’œuvre est entièrement dessinée au stylo puis retravaillée par ordinateur, essentiellement en noir et blanc. Ce qui lui donne un effet très mélancolique et fort.

C’est un roman progressif qui évolue avec l’âge du personnage principal. Aucune date n’apparaît mais on voit le personnage changer physiquement. Le rythme de l’histoire est souvent coupé par des souvenirs ou « flash back » de Craig ; souvent des moments traumatisants sont évoqués : punitions de son père, abus sexuels, etc. Une manière de mettre en parallèle  l’expérience, les découvertes de l’adolescence avec les souvenirs d’enfance.

Craig se veut très proche de nous, les lecteurs ; il se confie entièrement, décrivant ses pensées, ses joies, ses peines et ses traumatismes.

 

Différents thèmes

  • Le premier amour qu’il va vivre avec Raina.
  •  La découverte de la sexualité lors de l’adolescence.
  • La spiritualité.
  •  Les relations fraternelles.
  • La libération lors de l’âge adulte.

 

 

Structure

 

Il y a en tout trois parties vraiment symboliques dans la vie de Craig, où apparaissent des personnages qui vont faire évoluer le protagoniste.


Partie I : Son enfance et son amitié très forte avec son frère.

Description de sa relation avec son frère au cours de leur enfance dans le Wisconsin. Ils dorment dans le même lit car ils sont pauvres. Cela leur permet de se disputer régulièrement mais de jouer aussi. Ils sont très proches et leur rapport aide à dissoudre la violence verbale et physique, la dictature religieuse de leurs parents, le harcèlement sexuel et le bizutage constant à l’école. Pendant sa période de préadolescence, Thompson se trouve comme inadapté en raison de son apparence physique et de sa famille.

 

Partie II : son adolescence et notamment, sa rencontre avec son premier amour seront déclencheurs d’une nouvelle vie.

Lors de ses années adolescentes, l’auteur continue à avoir du mal à  s’adapter à la société. Mais lors d’un « camp biblique », un hiver, il arrive à s’intégrer à un groupe qui l’accepte totalement, groupe rebelle où il rencontre Raina, une belle jeune fille qui dès le début le captive.

Après ils deviennent inséparables et arrivent à passer deux semaines ensemble chez Raina dans le Michigan. Il découvre une famille à l’opposé à la sienne et voit la responsabilité que subit ou s’impose Raina envers ses frères et sœurs mais également sa nièce. Ils sont très proches, Raina lui offre un patchwork qui aura un lien important avec leur amour. Ils vont finir par s’avouer leurs sentiments. Mais Raina décidera de rompre sous le poids de ses responsabilités. Craig détruit alors tous les objets qui avaient un lien avec ce premier amour, excepté le patchwork qu’elle lui avait offert. Il le range dans le grenier, lieu qui les terrifiait lui et son frère ; contrastent alors la peur et l’amour liés par le passé. Transition avec la partie III : Craig, par cet éche,c devient autonome et comprend qu’il ne peut compter que sur lui-même.

 

Partie III : il entre dans sa vie de jeune homme et décide d’aller vivre ailleurs. Il comprend que sa famille l’étouffe. Il n’y a plus de personnage vraiment très présent dans sa vie. Raina et son frère restent toujours là mais il acquiert toutefois une forme d’indépendance, une autonomie. Cependant, il est toujours en conflit avec la religion et son identité et ce, malgré la séparation qu’il s’impose avec sa famille. Après plusieurs années, il retourne dans sa maison de famille. On le sent différent, il renoue les relations de son enfance et son adolescence notamment avec sa famille. L’histoire se termine, il a fait son choix entre la religion et la bande dessinée et se trouve en paix avec ses souvenirs et ceux qu’il aime.

 craig-thompson-image-5.jpg

Pour moi Blankets est une référence du roman graphique, poétique, intime. Extrêmement bien écrit, c’est une autobiographie qui ne se veut pas egocentrique, les confidences restent très poétiques.

En résumé, j’ai beaucoup apprécié ce roman graphique qui prouve que, malgré une enfance malheureuse vécue par l’auteur, il arrivera à prendre sa vie en main, à choisir par lui-même. Cette œuvre reste un vrai message d’espoir pour chacun, quel que soit son passé, et prouve que l’on peut choisir et décider tout de même de sa vie.


Léa Masme, deuxième année édition/librairie.

 

 

Lire aussi l'article d'Aurélie.

 

 

 

 


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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 07:00

Jung-couleur-de-peau-miel.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JUNG
Couleur de peau : miel
éditions Quadrant, 2007





 

 

 

 

 

 

 

Plus d’informations sur les éditions Quadrants ici.

Biographie de Jung sur le site Kwaidan.net

L’histoire commence dans les rues de Séoul, en Corée du Sud. Un petit garçon, Jun Jung-Sik, cinq ans, fait les poubelles pour trouver de quoi se nourrir. Il croise alors un policier qui l’emmène au grand orphelinat américain de Séoul, Holt. Il n’y restera que deux mois. En effet, un jour, il est adopté par une famille belge, côté wallon. Il découvre alors sa nouvelle famille qui se compose, en plus des parents, de trois filles et d'un garçon. Un événement viendra bouleverser sa vie d'enfant : l’adoption d’une nouvelle petite fille dans la famille, une Coréenne. Il voit cela comme un affront et, dans un premier temps, ne l’accueille pas comme il conviendrait. Mais Jung est un garçon gentil et finit donc par la considérer comme un membre de la famille. C'est un enfant doux, mais très « filou », qui fait beaucoup de bêtises, entraînant à sa suite son frère et ses sœurs.

Toutefois, Jung nous explique les relations difficiles qui existent entre lui, l’enfant adopté, et son entourage. Des rapports parfois conflictuels, particulièrement avec sa maman. Il la voit comme une personne très dure et même cruelle. Un jour, par colère, celle-ci qualifie même Jung, son fils adopté, de pomme pourrie dans un seau de pommes mûres. Cet épisode marque Jung mais il ne lui en voudra jamais et l'aimera malgré sa froideur et son amour mal exprimé à l'égard de ses enfants.
 
Des souvenirs et des questions incessantes lui sont constamment adressées : d’où viens-tu ? Qui sont tes parents ? Pourquoi ta mère t’a-t-elle abandonné ?... Le poids de ces questionnements sur le déracinement, les crises d’identité est omniprésent et révèle les sentiments de Jung.

L'auteur montre que l’adoption est quelque chose de très subtil, qui n’a rien de facile pour qui que ce soit. Ce récit n’est pas du tout mélodramatique ; bien au contraire, il est plein d’humour, bien que le thème ne soit pas forcément très drôle ; il évoque avec tendresse ses souvenirs d’enfant, notamment ceux qu’il partage avec son frère et ses sœurs, et montre le combat que mène avec ténacité un enfant face à ses doutes, ses choix et pour son intégration. L’auteur dira lui-même lors d’un interview :

 

« Je voulais rendre ce petit garçon attachant, que le lecteur ait envie de passer du temps avec lui. Certes, il est grimaçant, moqueur, tendre, triste parfois, mais extrêmement humain finalement. ».

 

L’auteur a utilisé l’humour et la dérision bien que ce soit sa propre histoire, il a pris beaucoup de recul en écrivant cette histoire « en imaginant que c’était celle d’une autre personne ».

On trouve dans cette autobiographie des éléments nous expliquant comment se déroule l’adoption d’orphelins coréens, des informations concernant son pays d'origine. L’abandon en Corée est présenté par Jung comme un élément culturel. La séparation fait partie de l’histoire de la Corée. Il y a tout d’abord eu l’occupation japonaise pendant trois décennies, puis la guerre de Corée (1950-1953) et la séparation entre le Nord et le Sud.

De nombreux enfants sont nés de mère coréenne et d’un père soldat américain ou européen, si bien que ces enfants étaient considérés comme des enfants « illégitimes ». Les droits des femmes étant peu respectés, elles n'avaient d'autre choix que d'abandonner leur enfant. Aussi non seulement pour des raisons raciales mais également économiques, les femmes n'ayant pas d'argent pour subvenir aux besoins de leur nouveau né abandonnaient-elles leur enfant dans l'espoir qu'il soit retrouvé et adopté. Plus de 200 000 enfants coréens sont disséminés à travers le monde depuis la fin de la guerre de Corée. Le peuple a énormément souffert et les familles continuent de vivre avec cette douleur de la séparation...


Jung-3.jpg
La façon dont le récit est raconté nous donne l’impression que Jung s’adresse directement à nous. En effet, à plusieurs reprises l’enfant nous regarde droit dans les yeux ; les siens sont parfois tristes, parfois pleins d’inquiétude... Les émotions sont si bien transmises qu’on en vient à verser quelques larmes.

La bd est entièrement en noir et blanc, les dessins sont comme dessinés au crayon et déposés tels quels dans le livre. La priorité est clairement donnée à la narration.

 

jung-4.jpg

 

Et parfois, c’est l’auteur, devenu adulte, que l’on voit en train d’écrire ou de se promener. C'est en quelque sorte un retour dans le présent.

Ce récit ne se veut pas moralisateur, accusateur ; non, l’auteur avait un but bien plus noble :

 

« Dans Couleur de peau : miel ce qui a été difficile, c’était de ne pas rentrer dans le piège de l’autobiographie à l’eau de rose qui se contemple le nombril en se lamentant. Je ne voulais pas de ça ! Pas de misérabilisme était ma seule contrainte. Ce qui ne veut pas dire que le lecteur ne peut pas être ému ou touché par cette histoire. Il ne faut pas confondre misérabilisme et émotion ! J’aimerais que les lecteurs soient touchés, émus par ce petit garçon de 5 ans, qu’il les interpelle, qu’il les amuse, qu’il les fasse rire et, idéalement, qu’il les fasse réfléchir. »

 

L’auteur a voulu que le livre soit « porteur d’une énergie positive » dans le but non pas de décourager les adoptants mais plutôt de leur expliquer que la démarche peut se révéler ingrate, compliquée, pour eux et pour l’enfant.



Avis personnel

Ce qui m’a beaucoup touchée, c'est de voir l’histoire à travers un petit garçon sans défense qui débute dans la vie et qui déjà doit faire face à des choix et des difficultés qu’aucun enfant ne devrait connaître. Toutefois, Jung ne se plaindra jamais, ni ne souhaite qu’on le plaigne, il se considère même comme chanceux d’avoir été adopté.



L’adaptation audiovisuelle de Couleur de peau : miel

Laurent Boileau, tombé sous le charme de l’histoire poignante de Jung, a décidé de s'engager dans l’adaptation audiovisuelle de Couleur de peau : miel. Le tournage a été fait à Séoul et des séquences ont été directement inspirées de la bande dessinée. En fait, Approved for adoption (titre du film) mêle reportages et séquences d’animation de la bd…

Le film a remporté le prix du Public et le prix UNICEF au Festival d'Annecy cet été en juin 2012. En France, il est en salle depuis le 6 juin et depuis le 13 juin en Belgique.

Le film évoque, tout comme le livre, l’histoire méconnue de l’adoption internationale coréenne.

Site officiel :  http://www.kwaidan.net


Lydie D, 2ème année bibliothèques-médiathèques 2012-2013

 

 


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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 07:00

Oubrerie-Birmant-Pablo-2.gifOubrerie Birmant Pablo 1




Clément OUBRERIE
et Julie BIRMANT
Pablo
tome 1 : Max Jacob,
Dargaud, janvier 2012
tome 2 : Apollinaire,
Dargaud, septembre 2012



 

 

 

Commençons par quelques mots sur l’auteur et l’illustrateur.

Julie Birmant est scénariste.

En Belgique : elle est metteur en scène dans la prestigieuse école de cinéma de Bruxelles, l'Insas.

En France, elle pige pour France-culture, elle devient dramaturge et plume pour quelques festivals de théâtre dont Passages à Nancy, Paris Quartier d'été, et enfin elle produit des documentaires de création à France-Culture (dans « Surpris par la nuit » d'Alain Veinstein).

Plus récemment, elle signe le scénario de Drôles de femmes, récits et portraits multiples de différentes femmes du spectacle, dont Yolande Moreau, Anémone, Amélie Nothomb et Florence Cestac. Mis en images par Catherine Meurisse, l'album sort chez Dargaud en 2010. Elle travaille ensuite avec Oubrerie sur Pablo.

Clément Oubrerie est un dessinateur français ; né à Paris en 1966, études d’arts graphiques à l’ESAG ; il crée WAG, agence de presse spécialisée en infographie et des studios d’animation.

En 2006 il travaille sur sa première BD avec la série Aya de Yopougon (Gallimard), sur un scénario de Marguerite Abouet, qui obtient le prix du Premier Album au festival d'Angoulême en 2006 et est traduite en plus de vingt langues. Il persiste ensuite dans cette voie avec une adaptation en BD de Zazie dans le métro de Raymond Queneau, puis avec Pablo, écrit par Julie Birmant.



Résumé des deux tomes

Pablo, ce seront quatre tomes pour quatre rencontres qui auront été de véritables jalons dans la vie du grand peintre : Max Jacob dans le premier tome, Apollinaire dans le deuxième.

Le tome un s’ouvre sur Fernande : « Picasso m’a aimée, il m’a rendue éternelle. »

L’histoire débute à l’automne 1900. Pablo expose sa première peinture à l’exposition universelle, en France, c’est sa première découverte de Paris, et sa première expérience avec les femmes. C’est Berthe Weill qui, la première, place les toiles de Pablo ; il a alors un agent et une fiancée : la belle vie !
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Pendant ce temps, Fernande se souvient de son enfance et de son travail dans une entreprise artisanale où elle a été introduite par sa tante ; cette dernière veut la marier au propriétaire de l’entreprise, il n’en est pas question pour elle. Par pur esprit de contradiction elle accepte la première proposition de rendez-vous venue, avec Paul Percheron ; elle a l’impression d’être une dame, ils feront l’amour, sa tante l’oblige au mariage. Ce mariage finit très mal, son mari lui prend ses chaussures chaque matin et la frappe alors qu’elle est enceinte. C’est quand il la viole qu’elle décide de partir pour toujours.

Pablo s’est trouvé un atelier rien que pour lui Boulevard Clichy. Le 25 juin 1901, il a sa première exposition dans la galerie reconnue d’Ambroise Vollard ; c’est un énorme succès. Max Jacob tombe amoureux de son œuvre, et Picasso aime ses poèmes. C’est le début d’une grande amitié.

Fernande quitte son mari pour Paris ; elle y rencontre Laurent Debienne qui lui ouvre les portes de son atelier rue de la Gaîté en échange de ses poses. Elle se sent libre.


Pablo, quant à lui, se plonge dans les poèmes, il devient très noir : « On fait semblant de vivre ». Il vit de plus en plus reclus. Ses peintures en sont influencées, elles sont de plus en plus sombres. Son agent déteste. « On est entouré par la mort ». Pablo tente d’expliquer son œuvre sans réellement y parvenir. Son agent le quitte.

Fernande, elle, voit défiler les peintres. Berthe Weill ne s’intéresse plus à  ce que fait Pablo, Vollard lui tourne le dos. Max est le seul à s’extasier. Pablo est rejeté par le monde de la peinture.

Fernande se lasse de l’artiste qui l’héberge, elle veut changer de vie : ce sera, dans le déménagement du couple à Montmartre, un pas de plus vers Pablo. Max à cette époque dit la bonne aventure, il fait la connaissance de Fernande. Il lui annonce le retour prochain de Picasso et vante ses mérites : « un immense artiste va rentrer à Paris ».

Pablo revient et croise Fernande, il la trouve sublime, elle reste indifférente. C’est lors d’un jour pluvieux, d’une nuit sombre et froide, que les amants s’apprécieront.
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Il n’y a pas de chapitres ; le récit fait alterner la vie de Pablo et celle de Fernande jusqu’à leur rencontre commune ; la voix de Fernande prend une grande place dans l’histoire, elle narre les faits.

Le premier tome nous laissait sur le premier baiser de Fernande et Pablo ; on les retrouve au matin dans le tome 2. Il lui dit : « enfin tu es à moi pour toujours ». Résultat : elle fuit. Elle croise Max et le maudit pour sa prédiction d’amour passionné. Elle rejoint les modèles place Pigalle ; elle reste cependant aimantée par l’atelier de Pablo qui l’introduit dans son monde et qui est plein d’égards pour elle.

Max Jacob se fait passer pour l’agent de Picasso sous le nom de Maxime Fébur, agent grandiloquent mais pathétique. Eugène Soulié se fait prendre au jeu, mais il n’y a pas de résultat probant, c’est « la dèche ». Fernande quitte Pablo. Pendant l’hiver il s’entoure et rencontre de nombreux Parisiens dans la Taverne anglaise, très prisée du beau monde à cette époque. Il y rencontre celui qu’il nommera ensuite son alter ego ; ils se retrouvent notamment dans leurs histoires d’amour ratées : Apollinaire.

Fernande de son côté est recueillie par Ricardo et Benedetta Canals ; ce dernier fait de la peinture vive et gaie mais sans grande subtilité. La cuisine de Benedetta attire les Espagnols parisiens. Pablo vient surveiller Fernande à la dérobée lors de ces repas. Pablo fait le portrait de Benedetta ; Fernande est subjuguée par sa beauté, un sentiment de jalousie vient l’habiter. L’été 1905 passe sans qu’elle arrive à chasser son envie de revoir Pablo. Fernande retombe dans ses bras en septembre. Quand elle s’installe chez lui, il a 24 ans.

Le Paris des arts est en plein ébullition, on va contempler Le Bain turc de Ingres au Grand Palais, les œuvres sont plus modernes et plus grand public. Pablo y expose, Gertrude et Leo Stein le découvrent, deux Américains richissimes qui payent comptant. Gertrude veut être son modèle, elle s’entend bien avec le couple et les invite dans les quartiers chics parisiens. Cela entraîne le retour de Vollard qui passe à l’atelier et propose d’acheter pour 2 000 francs, vingt-sept « choses » qui lui plaisent. Pablo propose ainsi à Fernande un voyage. Le départ est douloureux pour Jacob et Apollinaire, mais pour Fernande c’est la première fois qu’elle quitte la France, un grand moment. Nous sommes le 11 mai 1906.

Fernande a toujours une grande place dans le récit ; la bande dessinée s’attarde sur Montmartre, lieu de la communauté des artistes.



Travail du dessinateur
 
Oubrerie s’est attaché aux différents registres qu’a traversés Pablo ; il a souhaité souligner cela et utilise ainsi de nombreuses couleurs, il fait évoluer des teintes tantôt sombres, tantôt gaies. On remarque cette opposition dans la bande dessinée avec par exemple la période bleue et son humeur amoureuse.

Une contrainte est venue compliquer la réalisation : il est interdit de reproduire les œuvres de Picasso ; pour éviter les ennuis, Oubrerie travaile sur des teintes effacées, et vagues à chaque fois qu’il doit reproduire une œuvre. Tout son dessin est marqué par ce trait imprécis mais cette inconsistance de l’esquisse rend le récit très poétique. Les lignes ne sont pas claires ; cela permet d’aller bien au-delà de la bande dessinée. Chaque case a été travaillée sur du A4 : ce n’est pas un travail de miniaturiste ; cela a permis à Oubrerie de se battre avec de la matière, d’explorer les possibilités du crayon, de l’encre, du fusain et de l’aquarelle, cela rend le tracé et les silhouettes très denses. Ce déchaînement de la matière donne une force à l’histoire.

Le 2e tome est l’aboutissement de ce jeu avec les couleurs et la matière ; il nous emmène dans une visite de Montmartre, un croisement avec les plus grands artistes du siècle, une riche matière ! La mise en couleurs de Sandra des Mazières est venue enrichir cette exploration. Oubrerie a alterné des ambiances très différentes sachant qu’il y aurait ce travail sur la couleur, une atmosphère très froide lors des promenades nocturnes, de l’atelier glacé en hiver, antagoniste de l’atmosphère chaude, des teintes fauves de l’arène et du cirque. Le sombre est sublimé dans le deuxième tome par la mise en couleur. La présence de deux pages complètement opposées est aussi remarquable : quand Pablo Picasso peint Gertrude Stein, ses différentes poses sont inscrites sur un fond très blanc, le dessin est clair, l’atmosphère est très sereine ; la page suivante s’ouvre sur une ambiance obscure, sur fond noir. Lorsque Fernande rencontre Max Jacob qui lui lit les cartes et son avenir, le contraste entre les deux pages qui se suivent est particulièrement éclatant. Ce jeu entre deux ambiances est une superbe manière de parler de peinture.
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Mes impressions

Ainsi, la bande dessinée d’Oubrerie avant tout fiction, histoire revisitée pour donner au fantastique et au rêve une place importante. Quand on ouvre le premier tome, on a l’impression d’être face à des tableaux du XIXe siècle, le lettrage des bulles accentue cette sensation. La mise en couleurs à l’aquarelle permet de rendre le trait effervescent, souligne le mouvement de Montmartre et l’ébullition de cette société artistique.

Le début est très onirique, nous plongeons dans les souvenirs de Fernande, le premier amour de Picasso, la narratrice des deux premiers tomes de cette série.

Le trait est plutôt simple mais la couleur très particulière fait qu’il n’y a jamais de temps morts ni de raccourcis.

J’ai aimé que le deuxième tome reprenne le récit exactement là où on avait laissé ; j’ai particulièrement apprécié le romantisme et l’humour de cette bande dessinée, cet aperçu d’une vie pleine de fièvre.
 
Le deuxième tome nous laisse en 1906. Quand on sait que Pablo ne mourra qu’en 1973, nous avons encore devant nous quelques bons moments en perspective.


Chloé, 2e année édition-librairie.







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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 07:00

illustratrice et blogueuse.

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Née en 1978, elle expose avec humour sur son blog ses anecdotes quotidiennes. Elle a publié trois bandes dessinées, dont deux issues de son blog :

 

  • J'aurais adoré être ethnologue (Marabout) 
  • La théorie de la contorsion (Marabout) 
  • Very Bad Twinz, tome 1 (Fluide G), avec Pacco

 

On peut retrouver ses illustrations en couvertures d'ouvrages, sur des publicités ou encore dans des magazines.

À l'occasion de Noël, vient de sortir un coffret des deux tomes : Ze Coffret Margaux Motin.

Margaux-Motin-ze-coffret.jpg

 

Très accessible, elle a accepté de répondre à mes questions :
 


D'où t'est venue cette envie de dessiner ?
 
Je l'ai toujours eue, ma mère nous a élevées en nous sensibilisant ma soeur et moi à l'art dès notre plus jeune âge ; j'ai toujours aimé dessiner, comme tous les gosses, mais j'ai aussi toujours voulu en faire mon métier.
 


Quand as-tu commencé à crayonner ?

J'ai toujours crayonné. Je dessinais beaucoup quand j'étais enfant, dès que je sortais de l'école, j'ai continué ado, en marge de mes classeurs de cours, et j'ai logiquement intégré une école d'art à la sortie du lycée pour continuer encore !
 


Tes études :
   quel a été ton parcours ?

Bac littéraire classique, option arts plastiques, puis directement une mise à niveau et deux ans de BTS en communication visuelle à Olivier de Serres (École nationale supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art) à Paris.
 


Est-ce que la mise à niveau était dure ou plutôt accessible ?

Les deux. Le niveau était très exigeant, mais d'un autre côté, c'était la première fois que j'avais si facilement accès à de nombreuses formes d'arts plastiques comme le modelage, le nu, etc.
 


Quand tu as fait ton BTS en communication visuelle, avais-tu déjà le projet de devenir illustratrice ?

Non, je ne savais pas ce que j'en ferais, je ne savais même pas que le métier d'illustratrice existait ! Je pensais faire des livres pour enfants.
 
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À propos de ton blog :
   pourquoi avoir ouvert un blog ? En quelle année précisément ?

Je ne me souviens plus de l'année, 2008 je crois. Et parce que le site internet qui me servait de book en ligne pour mes clients en tant qu'illustratrice de pub et dans l'édition et la presse avait planté et que je voulais un nouvel espace où exposer mes dessins pour les pros.
 


Pensais-tu à tes débuts connaître un tel succès ? Comment l'expliques-tu ?

Non pas du tout. J'ai commencé avec deux lectrices, puis vingt quand les copines sont venues, puis 200 après un article paru dans Muteen, un magazine pour lequel je travaillais. Puis 2000 après un dessin offert à une autre blogueuse et petit à petit, le blog s'est baladé, tout seul, comme un grand et il a grandi.
 


Je crois qu'il n'y a aucune pub sur ton blog, touches-tu néanmoins quelque chose grâce à lui ?

Depuis peu il y a de la pub. Elle est assez discrète parce que je ne voulais pas dénaturer l'allure du blog mais cela fait quelques mois que je touche effectivement une rémunération proportionnelle au nombre de clics et donc à la fréquence de mes notes. Quand je ne blogue pas, je ne touche pas !
 


As-tu participé au Festiblog (Festival de blog BD et de webcomics) ? En quelle(s) année(s) ? Cela t'a-t-il permis de rencontrer d'autres blogueurs ?

Oui j'ai fait deux Festiblog. Non ça ne m'a pas permis de rencontrer d'autres blogueurs. Ça m'a surtout permis de rencontrer beaucoup de lecteurs. Mais c'est un Festival où tu es assignée à ta place pour un temps limité, tu dois faire un maximum de dédicaces en assez peu de temps, c'est très fatigant, et je suis sauvage, donc quand c'est fini, je vais au bar avec mes potes!
 


Quel lien entretiens-tu avec les blogueur(se)s BD ?

Pénélope (Bagieu) [http://www.penelope-jolicoeur.com/] et moi avons le même agent et nous nous connaissons ; il nous arrive donc d'échanger mais plutôt de façon privée que professionnelle. Je suis très proche de Pacco [http://pacco.fr/], mais nous ne sommes pas des collègues, c'est quelqu'un qui fait partie de ma vie privée avant d'être un auteur de blog bd. Du moins aujourd'hui puisque nous nous sommes rencontrés grâce au blog. Pour les autres, j'en connais quelques-uns, comme Diglee [http://diglee.com/], son amie Yrgane [http://yrgane.com/blog/], Isacile [http://isacile.blogspot.fr/], ce sont des auteurs que je rencontre lors des événements et avec qui il m'arrive d'avoir un échange amical. Sinon je ne connais pas les autres personnellement.
 


Tes fans :
   entretiens-tu un rapport particulier avec tes fans ?

Oui. Il y en a qui sont là depuis les premiers jours et dont je connais des bouts de vie, le nom des enfants, les copines, etc. Et globalement je fais attention à répondre aux courriers, aux mails, à être généreuse en dédicace, parce que je suis très reconnaissante à chaque lecteur et lectrice du temps qu'il m'accorde en me lisant, de la possibilité qu'il m'offre d'être éditée, et reconnue en tant qu'auteur.
 


Est-ce qu'on te reconnaît dans la rue ?

Ça arrive ! Mais souvent au pire moment, le matin où j'ai encore de la confiture de mûre dans les dents !
 


Sais-tu si des garçons/hommes lisent ton blog et ce qu'ils en pensent ?

Je sais qu'il y a beaucoup d'hommes qui me lisent, sans doute plus les livres que le blog, parce que les bouquins de leurs copines traînent chez eux et qu'ils finissent par y jeter un oeil. Le retour que j'en ai le plus souvent est que ça les aide à comprendre leur nana !
 


Les commandes pros :
   depuis que tu as ouvert ton blog, as-tu reçu beaucoup plus de commandes pros ?

Oui bien sûr. La visibilité que m'offre le blog permet de toucher plus de clients potentiels.
 


Ne te sens-tu pas frustrée par les commandes que les éditeurs te passent ? Est-ce que ça t'ennuie quand on te demande de retravailler un dessin pour la millième fois ?

Ça n'arrive plus aujourd'hui. J'ai beaucoup progressé grâce au blog. Faire des dessins si souvent m'a appris à perfectionner mon trait, et à traduire plus facilement une pensée en dessin. Aujourd'hui je saisis beaucoup mieux l'attente d'un client, j'y réponds de façon plus satisfaisante, je sais ce qu'il attend, même quand il a du mal à l'expliquer, du coup, il y a beaucoup moins de retouches qu'avant. En général on tombe très vite d'accord.
 


Ton boulot d'illustratrice indépendante :
   comment se sont passés tes débuts en free-lance ? As-tu eu du mal à recevoir des commandes ?

Les débuts ont été désastreux ! Je gagnais 200 euros par mois, je ne comprenais pas ce qu'on me demandait, je n'arrivais pas à réaliser le dessin que le client attendait, c'était très difficile, frustrant.
 


As-tu désormais un nom dans le métier grâce justement à ton blog ?

Oui aujourd'hui j'ai la très grande chance d'être consultée pour mon nom et mon univers. Les clients viennent me chercher pour mon savoir faire et mon ton. Si bien que la plupart du temps les collaborations sont très satisfaisantes.
 
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Pour tes deux BD (Very Bad Twinz à part) comment s'est passé le travail avec ton éditeur ? Il s'agissait de quelle maison d'édition ?

Pour les deux premières il s'agissait de Marabout. Le travail avec l'éditeur a été simple : j'ai demandé le total contrôle sur mon oeuvre. Donc j'ai fait exactement les livres dont j'avais envie.
 


Combien de séances de dédicaces as-tu fait pour le tome 1 et pour le tome 2 ?

Je ne me souviens plus, mais beaucoup ! Trop même parfois. Je me souviens d’être rentrée chez moi en larmes tellement ça m'avait épuisée !
 


Quelles ont été les stratégies pour mettre en place la promotion de tes BD ?

Je ne m'en suis jamais occupée. C'est la part de l'éditeur. Ça n'est pas mon travail, je compte sur l'équipe marketing pour me proposer des choses. Mais je ne mets pas mon énergie là-dedans. Moi mon plaisir c'est de faire le livre, pas de le vendre.
 


As-tu négocié des droits d'auteurs pour que tes BD soient reprises en format poche (comme celles de Pénélope Bagieu) ?

Non, je trouvais que ça n'avait aucun intérêt pour mes BD. Je passe un temps fou à peaufiner les images, il y a des détails, elles sont belles en grand. Je n'avais pas envie de les voir en format poche, je trouve que ça ne leur convient pas.
 


Travailler avec Pacco sur Very Bad Twinz n'était-ce pas plus difficile que de travailler seule ? Les demandes des éditeurs pour un travail à quatre mains sont-elles plus exigeantes ?

Les demandes des éditeurs ne sont pas plus exigeantes. Par contre bosser en équipe, c'est à la fois plus difficile, parce que tu dois accepter la vision de l'autre et adapter ton travail à cette vision. Et à la fois plus simple parce que tu te soutiens, que l'autre te réconforte quand tu doutes, et que tu es deux à porter le bébé.
 


Ton avenir :
   penses-tu que ton coup de crayon va changer ou évoluer ?

Oui toujours, toute ma vie, tant que je serai capable de tenir un crayon.
 


Comptes-tu (avec ta maison d'édition) sortir un troisième tome de tes aventures ?

Oui en 2013, mais avec une autre maison d'édition, j'avais envie d'essayer une autre forme de collaboration.
 


As-tu d'autres projets importants avec Pacco ?

À part pique-niquer sur la plage et manger des tapas en bord de mer entre St Jean de Luz et Biarritz ? Pas pour l'instant.
 
  

Margaux P., AS éd-Lib.

 


Site de Margaux Motin : http://www.margauxmotin.typepad.fr/

 

 


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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 07:00

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Will EISNER

Le Rêveur

Titre original

The Dreamer

première publication

en 1986 aux États-Unis

Traduction

Anne Capuron

Éditions Delcourt

Collection Contrebande, mars 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur 


Voir  le site des éditions Delcourt.


 Une vidéo intéressante sur le travail de Will Eisner :  Will Eisner Portrait Of A Sequential  Artist (bande annonce) (en anglais) 

 

 

 

L'ouvrage

 

Le Rêveur est un récit semi-autobiographique qui puise dans la réalité pour mieux raconter, au travers de la fiction, les débuts d’un jeune dessinateur dans le New  York de la fin des années 30.


Il se présente au lecteur à travers le personnage de Billy Eyron. C'est un jeune dessinateur qui travaille en tant que nettoyeur de machine chez l'imprimeur Davis. Un jour, un « éditeur de bande dessinée », ami de son patron,  lui propose un contrat pour dessiner pour lui. Mais Billy refuse, il ne veut pas faire de dessins « osés ». Suite à ce refus, il est licencié de l'imprimerie.


Il part donc à la recherche de magazines qui accepteraient ses planches. Il essuie quelques refus mais réussit tout de même à entrer à SOCKO, un magazine qui publie de jeunes inconnus. Malheureusement, la revue met la clé sous la porte peu de temps après...


Billy décide donc de monter sa propre boîte en s'associant avec Jimmy Samson1, qui travaillait pour SOCKO2. Ils décident d'appeler cette société : Eyron & Samson3. Billy s'occupera du dessin et Jimmy de la vente.

will eisner p 18


Ils décrochent leur premier contrat chez Pulp qui produit des comics. Mais c'est encore un échec.


Pour ne pas sombrer dans la crise, ils décident d’embaucher des illustrateurs. Dans la nouvelle équipe on trouve : Lew Sharp 4, Armand et Andrea Bud (seule femme) 5 , Gar Tooth 6 , Jack King 7 et Bo Bowers8.


Les studios Eyron & Samson commencent donc à s'industrialiser ce qui attriste quelque peu Billy. Mais « il ne faut pas rêver, pour gagner de l'argent, il fut suivre le mouvement », estime Jimmy !


Billy réussit à avoir un contrat avec un certain Vince Reynard9 pour un projet appelé Heroman. Mais il semble que ce soit le plagiat d'une autre bande dessinée, Bighero, créée par Harrifiel10, un concurrent de Eyron & Samson.


C'est Reynard qui a manigancé cette histoire, tout en mettant Billy en porte à faux : il le force à s'accuser de la fraude pour pouvoir gagner 3 000 $. Cette histoire va finir au tribunal, mais la supercherie ne fonctionne pas auprès du juge... Il y a donc perte d'argent.


Un peu plus tard, Billy commence à se lasser de son entreprise avec Jimmy Samson. Il décide de se détacher de l'entreprise et  revend ses parts à son ancien associé pour 20 000 $ en 1939.


Billy se tourne alors vers l'agence Beansy Everett pour des publications de bande dessinée adressées aussi bien aux adultes qu'aux adolescents11. L'ancienne équipe d’ Eyron & Samson décide de suivre Billy dans son aventure en espérant avoir du succès...


C'est ici que prend fin l'histoire du Rêveur.

 

On a ensuite une sorte de postface : « Le jour où je suis devenu pro ». C'est un récit toujours fortement inspiré par la vie de l'auteur. Il raconte comme son titre l'indique quand Billy Eyron/Will Eisner est entré dans le monde de la bande dessinée professionnelle. Ce passage montre en l'espace de trois pages ses envies mais aussi les difficultés à venir. Ce qui forme une morale à la fois paradoxale et ironique.

 

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Analyse


Le Rêveur est une bande dessinée qui se fonde sur l'expérience de Will Eisner ; c'est en cela que l'ouvrage est un récit semi-autobiographique : « Le Rêveur, conçu au départ comme un œuvre de fiction, a finalement pris la forme d'un récit historique »12.


L'auteur y raconte ses propres débuts dans le métier à une époque difficile de dépression économique : la fin des années 30. On y apprend comment est née l’industrie du comic book, comment se sont créées les maisons d’édition et quelles étaient les combines de ce milieu.


Eisner fait aussi l’analyse des moteurs de la création.


Le Rêveur nous conte les joies et les peines de Billy, ses envies de création, de réussite et d’ascension sociale. Il souhaite que la bande dessinée sorte de l'anonymat mais aussi des bas-fonds. Il estime qu'elle est exploitée et décriée. Il veut « industrialiser » la création du milieu de la bande dessinée pour qu'elle soit reconnue comme un genre en tant que tel.


Il va y faire la rencontre de futurs grands noms de l’âge d’or des comics : Jack Kirby, l'auteur de The X Men, ou  Bob Kane, l'auteur de Batman.


En raison du contexte de crise, les questions existentielles, les désillusions, les réussites, le succès sont des éléments tout aussi craints que souhaités...

 

 

 

Le titre 


La présence du rêve et du rêveur est très forte dans l'histoire. Le personnage principal est d'ailleurs souvent appelé comme cela. Ce surnom trouve son origine dans le tout début de l'histoire, lorsqu’une vendeuse de rêves dit à Billy : « Vous allez devenir célèbre … Oui, un artiste à succès, avec tout ce qui va avec. ». Puis il voit dans la rue une balance pour peser son avenir pour un penny. Il la teste et le résultat est : « Vous réussirez dans la carrière de votre choix. ». Billy va d'ailleurs tester à nouveau cette balance à la toute fin et le résultat reste le même, c'est une réponse qui en dit long...


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Les notes


Elles sont situées à la fin du livre et sont très utiles. Elles nous permettent de savoir quel pseudonyme correspond à quelle personne et d'avoir des précisions sur la vie de Will Eisner.


→ Site en anglais sur les annotations dans la bande dessinée Le Rêveur :

http://www.hoboes.com/Comics/dreamer/

 

 

 

Une œuvre hybride  


Le graphisme est en noir et blanc. Le dessin d'Eisner est assez fluide, dynamique et quelque peu caricatural. On peut aussi parler de mise en scène dans la théâtralité de certaines scènes où les personnages sont assez expressifs au niveau du visage. Chez Eisner, on ne peut pas parler  de « plans » ou de « cadrages ». En effet on ne retrouve pas la gouttière (terme qui désigne l'espace entre deux cases (ou entre deux images). Selon Scott McCloud, dans son livre L'Art invisible, la gouttière est très importante, car elle est l'espace intericonique où se créent des ellipses de temps, et où intervient l'imagination du lecteur. Les cases ne sont plus présentes, elles se mélangent presque. L'espace intericonique n'est donc pas présent, les transitions sont difficilement perceptibles, mais le contexte aide beaucoup.


Il est intéressant de savoir que Will Eisner a beaucoup réfléchi à son métier. Il a publié deux ouvrages théoriques qui constituent en fait une véritable analyse de son propre art13.

 

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L’album inclut également Crépuscule à Sunshine City, une fable grinçante et désabusée sur les relations familiales.

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Dans cet ouvrage, on peut également se faire une idée des difficultés rencontrées à l’époque par les jeunes dessinateurs grâce à l'introduction, aux notes en fin d’album et à la postface écrite par Scott McCloud.

 

C'est, à mon avis, une bande dessinée à conseiller. Les planches sont réalistes et permettent la plongée dans ce monde de la fin des années 30. Même si Walt Disney a dit : « Rêve ta vie en couleur, c'est le secret du bonheur  », on peut dire que Will Eisner a su rêver, mais aussi réaliser ses aspirations. Le fin mot de ce livre pourrait être : « Si vous croyez très fort à votre rêve il finira très certainement par se réaliser ! ».

 

Pauline J.,  2ème année bibliothèques-médiathèques.

 

 

Notes


1. Samuel « Jerry » Iger.

2. Wow ! What a Magazine !

3. Société Eisner & Iger dans la réalité.

4. Lou Fine.

5. Alex et Toni Blum (père et fille).

6. George Tuska

7. Jack « King » Kirby : Jacob Kurtzberg (co-créateur de Captain America et de nombreux autres super-héros.).

8. Bob Powell (Sheena, Reine de la jungle)

9. Victor Fox

10. Harry Donenfeld

11. « Eisner rêvait de pouvoir créer sa propre bande dessinée pour un public adulte, et être représenté par une agence était une situation bien plus prestigieuse et rémunératrice que le packaging dans le secteur peu considéré de la bande dessinée de presse » ; Eisner n'avait que 22 ans lors de ce contrat avec cette agence. (cf. annotations p.102).

12. Introduction du Rêveur, p.6.

13. La bande dessinée, art séquentiel, éd. Vertige Graphic et Le récit graphique, narration et bande dessinée, éd. Vertige Graphic.

 

 

Will EISNER sur LITTEXPRESS

 

 

 

Eisner New York 1

 

 

Article d'Eloi sur la trilogie New York.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Will Eisner Au coeur de la tempete-copie-1

 

 

 

 

 Article de Gaspard sur Au cœur de la tempête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Will Eisner Jacob le cafard

 

 

 

 

 Article de Paul sur Jacob le cafard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 07:00

Tardi Brouillard au pont de Tolbiac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Léo MALET

Jacques TARDI
Brouillard au pont de Tolbiac
Casterman, 1982
Réédition

Collection Romans bd/

À Suivre, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leo-Malet.jpgLéo Malet est né en mars 1909 à Montpellier. Il débute comme chansonnier à Montmartre en 1925, fonde un cabaret et fréquente les milieux anarchistes. Il se passionne pour le surréalisme ; il est encouragé à publier ses poèmes par André Breton et se lie avec Benjamin Péret. Déporté dans un camp de travail allemand pendant huit mois, il commence à écrire avec une plume très acérée et des penchants libertaires. S’inspirant largement des polars à l’américaine, il écrit son premier roman policier en 1941 à la demande d’un copain et le publie sous différents noms de plume (Léo Latimer ou Frank Harding sont les plus connus).

En 1943, il commence, sous son vrai nom, la série des Nouveaux Mystères de Paris. Alors qu’il se promène dans les rues de la capitale, il décide de raconter la ville, sa ville. Nestor Burma, un détective de choc qui ressemble étrangement à l’auteur, arpentera alors Paris, d’arrondissement en arrondissement. La série restera inachevée : il n’existe pas de textes sur les 7e, 11e, 18e, 19e et 20e, Léo Malet souhaitant passer à autre chose.

Il est mort le 3 mars 1996, et laisse une œuvre placée sous le double sceau de l'humour et de la poésie. Le lecteur découvrira en Nestor Burma l'un des personnages les plus originaux de toute la littérature policière et en Léo Malet un des plus grands auteurs de romans policiers français.



Tardi.jpgJacques Tardi, est né le 30 août 1946 à Valence et passe ses premières années dans l'Allemagne de l'après-guerre pour suivre son père, un militaire de carrière. Les atrocités de la guerre de 14-18 racontées par son grand-père corse hanteront ses rêves d'enfant avant de devenir un des thèmes majeurs de son œuvre. Étudiant à l'École des beaux-arts de Lyon, puis aux Arts décoratifs de Paris, Jacques Tardi fait ses débuts, en 1969, dans l'hebdomadaire de bande dessinée Pilote. En 1972 paraît sa première longue histoire, Rumeurs sur Rouergue, sur un scénario de Christin chez Futuropolis. C'est en 1976 que Tardi fait son entrée chez Casterman et entame le cycle des Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, dont le succès ne se fait pas attendre.

À partir de 1981, il adapte les aventures de Nestor Burma en bande dessinée, conçoit C'était la guerre des tranchées dès 1982 et l’achève en 1993, Tueur de cafards en 1983 et Jeux pour mourir en 1992 (albums parus chez Casterman.)

En janvier 2000, il publie La Débauche, album « anecdotico-métaphorique » sur le thème du chômage, de la perte d'emploi et du « dégraissage » de la société. Le scénario est assuré par Daniel Pennac, auteur romancier célèbre, aux éditions Futuropolis/Gallimard et marque la détermination politique des deux hommes qui prenne le temps de se pencher sur de véritables questions, sur les problèmes de notre société.

On le connaît aussi pour son illustration du texte de Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit ou encore pour ses nombreuses collaborations, notamment pour l’illustration des premières de couvertures (Au bonheur des ogres, La fée carabine de Daniel Pennac ou encore Quatre soldats français de Jean Vautrin.)


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Brouillard au pont de Tolbiac est publié en 1955 aux éditions « Fleuve noir » et en 1982 chez Casterman pour l’adaptation en bande dessinée.

Le personnage principal de l’histoire est donc le détective Nestor Burma, de l’agence Fiat Lux ! Il se caractérise par son grand imperméable ou par sa canadienne, il est souvent mal rasé, et fume une pipe à tête de taureau ! À l’écran, Nestor Burma sera incarné dans différents films par René Dary (1946), Michel Galabru (1977), Michel Serrault (1982) et dans une série télévisée par Guy Marchand.

Dans Brouillard au pont de Tolbiac, Nestor Burma est appelé à l’aide par la lettre d’un vieil ami, Axel Benoît, qui, après une agression, a échoué à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Dans le métro qui l’y emmène, Burma comprend qu’il est suivi par une jeune gitane, Bélita. Elle est l’amie de Benoît, qui est en réalité Lenantais, un anarchiste que le détective avait connu au foyer végétalien de la rue de Tolbiac. C’est un clin d’œil de l’auteur à son histoire personnelle puisqu’il a lui-même vécu au foyer végétalien quelques mois dans sa jeunesse.
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Burma a le temps de faire connaissance avec Bélita, avant de constater, arrivé à la Salpêtrière, que Benoît vient de décéder. L’y attendent l’inspecteur Favre et le commissaire Florimond Faroux, du 36 quai des Orfèvres, de vieilles connaissances. Il reconnaît alors en Benoît l’homme qu’il a connu dans sa jeunesse, Lenantais, et décide de se pencher plus particulièrement sur cette affaire qui l’intrigue de plus en plus. Burma commence alors son enquête en se replongeant dans son propre passé anarchiste, vers la fin des années 20, et également en se rendant chez Abel Benoît, pour y trouver des indices et des réponses.

Il y retrouve Bélita et ils vont ensuite être obligés de sillonner le 13ème arrondissement pour avoir des informations sur la mort de Benoît et mettre en place tous les éléments de l’enquête qui finalement s’imbriquent les uns dans les autres.

Dans le brouillard du 13ème mais aussi de l’action, les choses vont se préciser lors de la mort d’un ancien inspecteur de police. Ce dernier avait, il y a longtemps, enquêté au sujet d’une mystérieuse disparition sur le pont de Tolbiac. On comprend donc petit à petit le fin mot de l’histoire qui implique de nombreux anciens habitants du foyer végétalien.
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Léo Malet raconte, dans une préface que l’on trouve dans l’adaptation en bande dessinée, les particularités de cet ouvrage. Ayant voulu régler un compte avec le 13ème arrondissement, où il avait vécu des moments difficiles, il avait décidé de rendre les lieux froids, peu agréables. Nestor Burma dit à Bélita de quitter cet arrondissement où rien de bien ne peut se passer. Il évoque même « un arrondissement à fuir » mais, au contraire de l’effet recherché, Malet est sacré par tous défenseur et même spécialiste du 13ème, ce qu’il acceptera avec le temps. De plus, Malet étant en retard pour rendre son manuscrit, les cent premières pages du livre passent à la presse. Il lui faut donc finir l’intrique sans pouvoir remanier une ligne. Cette contrainte semble avoir été bénéfique puisque, « bizarrement », c’est l’un des livres préférés du public et cela reste aussi un roman très cher à Malet.

L’adaptation en bande dessinée est décidée un jour, lorsque Léo Malet passe devant la librairie Casterman et tombe sous le charme du trait des albums d’Adèle Blanc-Sec. Il achète pour la première fois de sa vie une bd, Le Démon de la tour Eiffel. Il souhaite alors voir ses livres illustrés par Tardi. Pour lui, le crayon de Tardi ajoute quelque chose à l’ambiance : « Tardi a su traduire mes souvenirs avec une remarquable fidélité. » Ce trait particulier, propre au dessinateur, donne des visages reconnaissables entre mille et une petite touche presque caricaturale. Si les personnages sont représentés sans grande complexité, le coup de main de Tardi se repère dans les dessins de l’arrondissement, réalisés avec une grande précision, restituant l’atmosphère réelle des lieux. Personne comme Tardi ne sait rendre les décors avec une telle exactitude, « personne ne sait aussi bien que lui, les nimber de cette humidité, de cette viscosité, ne sait en faire sourdre le cafard latent. »

On trouve dans Brouillard au pont de Tolbiac des thèmes classiques des romans policiers comme les longues enquêtes criminelles, la mort, les meurtres et aussi l’amour mais Malet y ajoute celui de l’anarchisme et le contexte du Paris des années 1950.

Malet écrit dans un style très particulier qui mêle l’argot, l’imparfait du subjonctif, l’anglais, les références culturelles diverses. Le texte est d’un aplomb rare, tout en restant très vivant et très fluide.

Tardi le met en images sans l’altérer, en lui donnant même une tout autre dimension. On entre vraiment dans deux univers mais ce sont deux univers qui cohabitent très bien. On peut même dire que la bande dessinée apporte un certain crédit au livre en ancrant l’histoire dans des lieux bien réels et connus de tous.

Malet dira : « j’aurais aimé voir Brouillard au pont de Tolbiac porté à l’écran. Il y a eu des tentatives, mais elles ont échoué. À défaut de film, la BD de Tardi pourra en tenir largement lieu. Et, davantage mise en valeur par le crayon de Tardi que par la lanterne magique somme toute éphémère, Bélita Moralés ne retournera pas de sitôt au royaume des ombres. Je le répète : cette morte de papier à la vie dure. »

Brouillard au pont de Tolbiac appartient à notre patrimoine culturel et est l’un des romans policiers français les plus connus. La série des Nouveaux Mystères de Paris n’enchante pas que les Parisiens, elle tient également en haleine tout amateur d’enquêtes complexes et de fins surprenantes.


Chloé B., 1ère année édition-librairie 2011-2012

 

 

Lire aussi l'article d'Anaig.

 

 

 

 


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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 07:00

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Emmanuel GUIBERT
Didier LEFÈVRE
Frédéric LEMERCIER
Le Photographe
Editions Dupuis
Collection Aire libre
Tome 1, 2003
Tome 2, 2004
Tome 3, 2006
Coffret avec portfolio, 2007
Intégrale, 2008, rééd. 2010



 

 

 

 

Emmanuel Guibert

 Emmanuel Guibert est né à Paris en 1964. Bac littéraire, Arts Déco, il étudie  avant de se lancer professionnellement. Ce dessinateur et scénariste de bandes dessinées  mettra sept ans pour réaliser son premier véritable album, qui traite de la montée du nazisme, Brune, publié en 1992 chez Albin Michel. Pendant ces sept années de travail, il découvre le rôle d’illustrateur et de story-boarder pour le cinéma. Il participe ensuite à la revue Lapin . Il change considérablement de style avec La guerre d’Alan, ouvrage dans lequel nous suivons un soldat américain en France pendant la Seconde Guerre mondiale (6 volumes chez  L’Association, collection « Ciboulette »). En 1997, il reçoit le prix René Goscinny pour La fille du professeur édité chez Dupuis dans la collection « Humour libre ». Il commence alors les aventures du Capitaine écarlate pour la collection « Aire Libre ». Il s’associe ensuite avec Joann Sfar et Mathieu Sapin pour Sardine de l’espace, Bayard Presse puis Dargaud. De 2001 à 2003, le duo fonctionne toujours et publie une autre série mais pour Dupuis, Les Olives noires. Emmanuel Guibert s’entretiendra également avec le photographe Didier Lefèvre suite au reportage de ce dernier en Afghanistan pour Médecins sans Frontières en 1986. En s’associant avec Frédéric Lemercier, ils vont tous les trois publier en trois volumes la bande dessinée Le Photographe. Les volumes datant respectivement de 2003, 2004 et 2006 ont été publiés chez Dupuis, dans la collection « Aire Libre ».



Didier Lefèvre

Didier Lefèvre était photographe et journaliste. Né le 14 Juillet 1957 et mort d’une crise cardiaque le 29 janvier 2007, il aura mené une existence hors du commun. Il soutient Médecins sans frontières et les accompagne au péril de sa vie en Afghanistan notamment. De sa première mission en terre afghane découle la publication de la bande dessinée Le Photographe. Le Sri Lanka, la Corne de l'Afrique, les toreros, le Malawi, le Cambodge, Didier Lefèvre a beaucoup voyagé pour photographier essentiellement  des hommes, des femmes, des enfants, des animaux, des paysages, des ambiances, des changements et des moments. Il exerçait son métier avec passion.



Frédéric Lemercier

Frédéric Lemercier est né en 1962 à Rouen. Passionné par la peinture et les arts plastiques en général, il parvient rapidement à intégrer l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs. Il est alors ami avec Emmanuel Guibert et partage avec lui ses goûts artistiques (dessins, peinture mais aussi musique animent leurs conversations). Il se hisse petit à petit à de hautes fonctions culturelles et devient responsable du service graphique du Musée d’Orsay. Il assume ce rôle de 1988 à 1991. Il réalise ensuite affiches et catalogues pour la Réunion des musées nationaux. Décidé à partager sa passion, il devient en 2001 enseignant aux ateliers Hourdé à Paris. Il y exerce encore. Il aide ensuite son vieil ami Emmanuel Guibert dans la création de La Campagne à la mer et du Pavé de Paris. Il sera donc naturellement impliqué dans la conception du Photographe. C’est lui qui se chargera des couleurs et du découpage photographique.



Le Photographe (édition intégrale)

Tenir un appareil photographique, rien de plus simple. Prendre une bonne photographie, c’est déjà plus compliqué. Photographier au cœur d’une guerre, cela devient risqué. Ajoutez à cela des journées de marches sur des cailloux au milieu de tempêtes de neige, il faut alors être passionné pour continuer. C’est en effet une passion qui nous est décrite dans Le Photographe, celle d’un homme qui décide de partir en Afghanistan sous les bombardements.

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En accompagnant, Médecins sans frontières, à la fin du mois de juillet 1986, Didier Lefèvre fait appel à toutes ses forces physiques et mentales. Sa passion lui permet de tenir le coup dans un véritable enfer où les enfants, les femmes, les vieillards, et même les animaux ne sont pas épargnés. La version intégrale du Photographe illustre ce quotidien difficile par des dessins, des photographies mais aussi par un petit film. Le film Á ciel ouvert est le journal filmé d’une mission en Afghanistan par Juliette Fournot. L’ouvrage est alors à la fois biographique, historique et artistique. Les différents supports sont alors liés par un fil conducteur commun, le témoignage émouvant d’une aventure complète et intrigante. Divisé en trois parties, Le Photographe retranscrit le voyage de Didier Lefèvre du début à la fin. Le film reprend quelques passages de l’ouvrage en apportant encore plus de réalisme. Dans un véritable choc culturel, notre photographe transmet sa curiosité, son expérience et son courage. Si les photographies attristent et choquent, on les regarde toutes et parfois longtemps comme si l’on en faisait partie. Les inconnus deviennent des héros et restent dans notre souvenir. Emmanuel Guibert, Didier Lefvre et Frédéric Lemercier jouent avec nos émotions et notre mémoire en associant habilement leurs talents.
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Le texte variant sensiblement d’une page à l’autre commente des images parlant déjà d’elles-mêmes. Si Le Photographe est riche, complet et structuré, il est cependant rapide à lire. En effet, à l’image des plus grands polars, les pages s’enchaînent dans un rythme de lecture endiablé, comme si nous étions pressés de finir cet ouvrage et de quitter la folie humaine et ce qu’elle engendre, la guerre. Il semblerait que l’impatience de Didier Lefèvre à quitter l’Afghanistan nous atteigne directement. À force de réalisme et submergé par les émotions, on s’identifie alors au personnage en intégrant son univers. La réalité retranscrite en fiction redevient alors réalité vécue comme si la guerre n’avait pas de fin.

Didier Lefèvre nous montre qu’avec un petit appareil on peut prendre de grandes choses qui sont parfois de l’ordre de l’invisible, de l’ineffable mais aussi du sensible. Au péril de sa vie, il photographie. Le « clic » de l’appareil semble être un battement de cœur qui accélère sans cesse tout au long d’une vie fragile comme une pellicule. Mais y aura-t-il assez de place pour tout photographier ? Est-il nécessaire de vouloir tout montrer ? Le regard plein de larmes d’un enfant n’est-il pas suffisant ? Didier Lefèvre nous invite à nous poser des questions. Il amorce une grande réflexion.  

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En lisant Le Photographe, on partage une aventure et une passion unique et l’Afghanistan nous semble bien plus proche. Les frontières sont alors abolies au profit de l’empathie.    


Une petite fiche sur l’ouvrage

Titre : Le Photographe 
Édition intégrale : Dupuis (2008 et 2010)
Dessins : Emmanuel Guibert
Scénario : Emmanuel Guibert et Didier Lefèvre
Couleurs et découpage photographique : Frédéric Lemercier
Collection : Aire Libre (à l’occasion de ses 20 ans)
ISSN 0774-5702
Contient un film (Á ciel ouvert) + des portraits et des cartes en fin d’ouvrage. 
ISBN 978-2-8001-4795-6
Pagination : 263 pages
Prix : 38 euros
Ouvrage illustré en noir et blanc et couleurs.
Format : 31 centimètres x 24 centimètres

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10 bonnes raisons de lire l’ouvrage

1)  C’est un mélange unique et intéressant de trois grands arts : la bande dessinée, la photographie et le cinéma.

2)  C’est une retranscription fidèle, émouvante et réaliste d’un moment de l’Histoire.

3)  L’ouvrage est très instructif (sur la culture afghane, la photographie…)

4)  C’est l’association de trois talents.

5)  C’est un témoignage captivant qui se lit facilement mais s’oublie difficilement.

6)  Le Photographe procure des sensations fortes sans même utiliser les mots. Les dessins et photographies en disent parfois plus que les dialogues des bulles.

7)  C’est une manière efficace de se glisser dans la peau d’un photographe de guerre et au cœur de l’action d’une association humanitaire.

8)  C’est une œuvre bien structurée en trois volumes cohérents avec un début, une suite logique et une fin.

9)  Le Photographe  évoque un thème qui est et sera sûrement toujours d’actualité.

10) Enfin, ce véritable chef-d’œuvre de la bande dessinée nous propose une vision de la guerre sous différents points de vues (celui des enfants, des femmes, des animaux, des hommes, des soldats, des personnes âgées, des médecins, des photographes…).
 

Victor Didier, 2e année bibliothèques 2011-2012


Pour en savoir plus

Critiques
 http://www.uniterre.com/magazine/critiques-de-livres/le-photographe/
 http://www.babelio.com/livres/Guibert-Le-photographe-Integrale/210272


Guerre d’Afghanistan
 http://www.lepoint.fr/monde/afghanistan-une-guerre-pour-rien-10-07-2012-1483777_24.php


Emmanuel Guibert
 http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_auditoriums/f.visiteurs_soir.html?seance=1223907589935

Didier Lefèvre
 http://www.actuabd.com/Deces-du-Photographe-Didier-Lefevre


Frédéric Lemercier
 http://bdsnews.fr/tag/frederic-lemercier/

 

 

Lire aussi l'article de Ségolène sur Littexpress.

 

 

 


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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 07:00

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Pierre WAZEM
Mars aller retour
Futuropolis, 2012
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre-Wazem-Mars-aller-retour-image-02.jpgNé le 16 juillet à Genève, Pierre Wazem est un dessinateur et scénariste suisse de bande dessinée. Il a suivi les cours de l'école des Arts décoratifs de Genève. Il collabore régulièrement avec le quotidien genevois Le Temps en tant qu’illustrateur, et est notamment connu pour son album Bretagne, aux éditions Humanoïdes associés, grâce auquel lui a été décerné le prix Töpffer pour la bande dessinée genevoise en 1998. En 2005 il remporte le Prix International de la Ville de Genève pour Les Scorpions du désert – le chemin de fièvre (tome 4) aux éditions Casterman, série initiée par Hugo Pratt. En 2012, après plusieurs années sans avoir publié d’album en solo, se contentant de collaborations, il revient avec Mars aller retour, « une sorte d’autobiographie mélancolique autocritique auto-apitoyée, autoflagellante», dont il est à la fois le dessinateur, le scénariste, le coloriste et le héros…




Pierre Wazem est un dessinateur dans une mauvaise passe. Il court les femmes et l’argent au lieu de prendre soin de sa femme et de ses deux petites filles. Le travail lui manque, les commandes se font rares, les factures en retard et les loyers impayés. Il a beaucoup de temps de libre; seulement, au lieu de l’occuper à bon escient à dessiner ou créer des bandes dessinées, il glande. Ses problèmes le rendent apathique et l’apathie nuit à sa créativité. Il est à court d’inspiration, le quotidien l’étouffe, le découragement et la déprime le gagnent, l’alcool est une échappatoire.Pierre-Wazem-Mars-aller-retour-image-03.jpg
 
C’est un hérisson blessé à dossard qui le mènera vers la sortie de ce cercle vicieux. Ce dernier le conduira vers la planète Mars. Là-bas, désenglué de sa routine terrestre, il pense profiter du calme désertique du lieu pour se remettre à la bande dessinée. Mais rien ne se passe comme prévu : croyant les fuir, il se retrouve confronté à ses problèmes, ceux-là même qui l’empêchaient d’avancer sur Terre…
 
Une bonne occasion pour lui d’affronter une fois pour toutes soucis, non-dits, démons et fantômes, et de retrouver l’inspiration…



Analyse de l’œuvre

Le récit
Pierre-Wazem-Mars-aller-retour-image-04.jpg

Mars aller retour est un album personnel, une autobiographie romancée : Pierre Wazem y met en scène une partie de sa vie, un passage à vide marqué par les difficultés de la création. Cette mise en abyme est traitée sur uPierre-Wazem-Mars-aller-retour-image-05.jpgn ton plutôt sombre, le héros, ou plutôt antihéros oscillant entre déprime et solitude. Il y dessine un quotidien routinier et désenchanté, qui se verra transfiguré par l’apparition de la science fiction.


 

 

Précisons que l’humour est omniprésent au sein de l’œuvre, grâce à la grande dose d’autodérision et de lucidité dont le dessinateur sait faire preuve face à sa vie et ses erreurs, à quelques anecdotes et aventures cocasses voire surréalistes qui y sont racontées ainsi que grâce aux nombreux clins d’œil à sa vie réelle que lui permet le procédé de mise en abyme.
Pierre-Wazem-Mars-aller-retour-pl00.jpg© Futuropolis

 

 

L’illustration

Les formes des vignettes sont variées, Wazem alterne principalement formes carrées et rectangulaires, qui dynamisent le récit, tandis que les enchaînements de vignettes de même forme et taille organisent les scènes qui s’étirent en longueur. On note aussi la présence de nombreuses cases étirées en largueur, faisant la part belle aux paysages martiens et sylvestres, lieux importants dans l’intrigue. Une attention particulière est accordée aux paysages ; ceux-ci sont soignés et font même l’objet de collages pour les scènes astronomiques, ce qui a le mérite de contrebalancer le style grossier des décors.  Les vignettes sont délimitées par des contours irréguliers, dont le style enfantin participe à la touche humoristique de la bande dessinée et modère sa tonalité mélancolique. De même, le trait plus minimaliste que réaliste utilisé pour dessiner les personnages et l’écriture manuscrite dans les phylactères dédramatisent les thèmes abordés. Côté couleurs, elles sont là pour servir le récit : les teintes sombres (gris, marron, noir) dominent dans les planches, elles traduisent l’humeur morose du protagoniste-narrateur-dessinateur. Néanmoins, des couleurs vives font leur apparition dans les dernières planches de l’album, le bleu azur de la planète terre et le jaune soleil de l’aurore illustrant la tranquillité d’esprit retrouvée de l’artiste.



Mon avis

Je suis tombée plutôt par hasard sur Mars aller retour, charmée par la peinture de sa première de couverture. J’ai apprécié l’univers que j’y ai découvert, sa poésie et mélancolie, ainsi que la dérision dont fait preuve le dessinateur anti-héros face à sa propre vie, même lorsque que celle-ci n’est pas au beau-fixe.


Maëva, AS édlib 2012-2013


Liens
 
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Wazem
http://www.futuropolis.fr/fiche_auteur.php?id_contrib=70959
http://users.skynet.be/fralica/refer/theorie/theocom/lecture/lirimage/bdlex.htm

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