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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 07:00

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Ángel de la CALLE
Tina Modotti
Titre original

Modotti
Una mujer del siglo veinte
 Sins Entido, 2007
traduit de l'espagnol
par Rachel Viné-Krupa
coédition Vertige Graphic

et  Envie de Lire, 2011.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette bande dessinée réalisée par Ángel de la Calle retrace la vie mouvementé d’Assunta Adelaide Luigia Modotti Mondini dite « Tina Modotti », photographe et actrice italienne, personnage aux mille facettes.



Ángel de la Calle, est un auteur, illustrateur et critique de BD espagnol né en 1958. Il participe activement depuis 1987 à l'organisation de la  Semana Negra de Gijón aux côtés de son ami Paco Ignacio Taibo II, auteur hispano-mexicain. La Semana Negra est un festival culturel fondé par Paco Ignacio Taibo II en 1987 autour du genre du roman noir. Aujourd'hui, le festival accueille près d'un million de visiteurs sur une période de dix jours dans la ville espagnole de Gijón, dans la province des Asturies. Outre la littérature, le festival propose des concerts, des marchés et d'autres animations.


librairie envie de lire logo
Ce livre est introduit par une préface de Paco Ignacio Taibo II qui apparaît également dans la BD comme personnage secondaire avec l'auteur lui-même.Le livre se conclut sur les reproductions d'une sélection de clichés de Tina Modotti, d'un court essai sur la photographie écrit par l'héroïne en 1929 ainsi qu'une bibliographie réalisée par la librairie  Envie de Lire à Ivry-sur-Seine qui nous renvoie vers une multitude d'ouvrages sur Tina Modotti, le Mexique, la révolution russe, le Komintern, l'Espagne...



Tina Modotti : personnage aux mille facettes

Au fil des 250 pages de ce livre, nous suivons la vie de Tina Modotti émigrée italienne aux États-Unis dans les années 1920 jusqu'à sa mort 22 ans plus tard au Mexique, en passant par Berlin, Paris, Madrid ou encore Moscou. Truffée de références, cette BD nous fait découvrir cette jeune Italienne fuyant la misère de son pays, devenue actrice à Hollywood, puis photographe reconnue au Mexique, modèle du peintre mexicain Diego Rivera, militante acharnée de l'internationale communiste, victime de la manipulation autoritaire stalinienne.


L'évolution du personnage est passionnante : après d'éphémères rêves de gloire à Hollywood, elle s'installe au Mexique où elle devient une grande photographe, puis vient le temps de l'engagement militant, des voyages et autres exils. Dévouée à la cause des travailleurs opprimés, elle milite de nombreuses années et dans de nombreux pays au sein du Secours rouge international, organe du Parti Communiste qui vient en aide aux ouvriers(ères) et leurs enfants.

Mais plus que Tina Modotti, c'est tout son entourage que de la Calle nous propose de rencontrer. On croisera alors, au détour des amours de Tina, de ses voyages et autres aventures, de grands personnages du XXe siècle comme Edward Weston, père de la photographie artistique américaine et amant de Tina, le peintre mexicain Diego Rivera s'inspirant de Tina pour quelques-unes de ses fameuses fresques murales, Julio Antonio Mella, amant de Tina et fondateur du Parti communiste cubain, assassiné en 1929 au bras de Tina. À Moscou, on rencontre le grand cinéaste Eisenstein, puis on croise dans les rues de Paris André Gide, le couple Malraux, Walter Benjamin, Hemingway et Joyce. Enfin, on rencontre au Mexique une multitude d'artistes et personnalités sud-américaines se rassemblant dans le salon de Tina pour des soirées de fête entre intellectuels et artistes de tous horizons. C'est là qu’elle rencontre Frida Kahlo, toute jeune peintre alors âgée de 19 ans, le Général Sandino, leader de la guérilla nicaraguayenne, Pablo Neruda qui écrira son épitaphe en 1942, et bien d'autres encore...


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Hagiographie laïque : le romanesque au service du devoir de mémoire

Cette biographie pourrait être décrite comme une hagiographie laïque tant l'auteur de cette BD est obnubilé par le personnage romanesque et romantique de Tina Modotti, tant il mélange les genres en se permettant des digressions dont la précision historique est incertaine, tant il se permet de réinterpréter les passages d'ombre de la vie de l'héroïne. Le livre est construit sur une abondante variété de styles narratifs, l'auteur n'hésitant pas à se mettre en scène durant les recherches qui lui ont permis d'écrire le livre, empruntant des poèmes de grands auteurs qu'il illustre de passages de la vie de Tina, incluant dans le récit des passages de la correspondance de Modotti.

Comme dans un roman d'énigme, Ángel de la Calle parcourt le monde sur les traces de son héroïne, à la recherche d'indices pour éclairer les zones d'ombre de la vie de Tina Modotti. Entre rêve et réalité, il mène le lecteur dans les ruelles et les chemins scabreux que lui-même emprunte, jusqu'à se mettre en scène aux côtés de deux super-vieillards tout droit sortis de son imagination : un Batman trotskiste et un Superman stalinien se battant dans une chambre du légendaire Hôtel Chelsea tout en nous expliquant les subtilités de leurs théories politiques respectives. Cette scène, à l'image de plusieurs passages du livre, montre comment l'auteur contourne certaines contraintes de la réalité pour expliquer le réel. Il part d'une histoire pour écrire l'Histoire avec un grand H.



Tina Modotti est en fin de compte le grain de sable qui raconte le désert. La friulana est au cœur de toutes les tempêtes : du Berlin du début des années 30 à la lutte acharnée des brigades internationales contre le fascisme entre 36 et 39 en Espagne. Ángel de la Calle, en racontant la vie de Tina Modotti, nous raconte le XXe siècle : les révolutions en Amérique du sud, le parti communiste sous ses aspects les plus glorieux et les plus sombres, la guerre d'Espagne, le Paris des années 30, le Moscou de la période stalinienne... Bien plus qu'une biographie, ce roman graphique nous propose de découvrir un personnage dans toute sa complexité, ainsi que l'histoire chaotique du siècle qu'elle traverse. Le titre de la version originale prend alors tout son sens : Tina, femme du XXe siècle.


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Baptiste, AS édition-librairie

 

 


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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 07:00

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Lola LORENTE
Chair de ma chair
(Sangre de mi sangre)
traduit de l’espagnol
par Isabelle Gugnon
éditions Cambourakis, 2011




 

 

 

 

 

 

 

Lola Lorente est née en Espagne en 1980 et a fait ses études à l’école des Beaux-Arts de Valence. Elle est un membre actif d’Enfermo, l’un des collectifs d’auto-édition les plus importants d’Espagne. Ella a été sélectionnée dans le cadre d’une résidence à la Maison des Auteurs d’Angoulême pour le projet Chair de ma chair. Vous pouvez découvrir son univers sur son blog : http://lolalorente.blogspot.fr/



Les éditions Cambourakis ont été créées en 2006, elles publient essentiellement de la bande dessinée, de la littérature et de la poésie.



Chair de ma chair est l’histoire de Ralfi et Amanda, deux enfants, amis et voisins dans le lotissement de Carnelia. Ralfi a perdu sa mère et, contrairement à son frère Adrian, il a du mal à faire son deuil. Ralfi revêt Lola-Lorente-Chair-de-ma-chair-02.gifparfois les vêtements et chaussures de sa défunte mère pour se rapprocher un peu plus d’elle, passant de longs moments à se regarder dans le miroir sous les moqueries de son petit frère qui se rêve futur ventriloque. Amanda, quant à elle, a également perdu un de ses parents, son père, mais c’est une autre sorte de disparition… il est parti il y a desLola-Lorente-Chair-de-ma-chair-03.gif années, laissant sa femme et ses deux filles. Céline sa petite sœur, s’est construit un univers bien à elle, au milieu de la forêt, sculptant des bonshommes dans des écorces d’arbres en s’inspirant des enfants du lotissement.

 

Dans le lotissement de Carnelia, le bal costumé approche, tout le monde s’affaire et cherche le costume parfait. Tout  le monde sera là, c’est l’événement à ne pas louper. L’univers de Chair de ma chair est donc celui de l’enfance, mais une enfance cruelle, violente, hésitant sans cesse entre innocence et drame, où les adultes auraient perdu leur rôle de protecteurs (la mère d’Amanda cherche tant bien que mal à se recaser, le père d’Adrian se mure dans le silence depuis la mort de sa femme).



Les dessins de Lola Lorente soulignent la profondeur, la puissance et la gravité des drames que vivent ces deux enfants, son travail graphique du noir et du blanc oscille – tout comme les personnages – entre la gravité et les joies innocentes de l’enfance. Quelquefois, l’histoire se fige le temps d’une illustration en pleine page nous présentant un personnage en particulier, dans un moment particulier, symbolique.

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Amélie, AS éd-lib.

 


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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 07:00

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ZIDROU (scénario)
et Jordi LAFEBRE (dessin et couleurs)
Lydie
Dargaud, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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De son vrai nom Benoît Drousi (il le dit lui-même, ses initiales le prédestinaient au neuvième art) est né en 1962 en Belgique.Il a exercé dans l’enseignement pendant quelques années avant de se consacrer à l’écriture.Il dit avoir eu la chance de vivre dans sa jeunesse les débuts de la bande dessinée franco-belge qui l’a beaucoup inspiré.

Il fait ses débuts dans le journal de Spirou.Il est l’auteur de la série « L’élève Ducobu » adaptée récemment au cinéma.
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Jordi Lafebre. Né en 1979, cet auteur espagnol a étudié la bande dessinée et fait l’école des Beaux-Arts à Barcelone. Il travaille pour différents magazines espagnols, dont des magazines jeunesse. Il rencontre alors Zidrou et tous deux décident de collaborer. Jordi Lafebvre participera à l’album collectif intitulé La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis et d’autres histoires qui font du bien. Aujourd’hui, il partage sa vie entre la bande dessinée et le métier d’enseignant.

 

 

 

Lydie a reçu le prix Bédélys Monde qui récompense la meilleure bande dessinée de langue française diffusée au Québec.



L’histoire

Dans un petit village belge des années 1930, les habitants d’une impasse vont devenir les héros d’une aventure humaine touchante. L’histoire se déroule dans l’impasse du Baron van Dick, rebaptisée l’impasse « bébé à moustaches », depuis que des garnements, ont, une nuit, affublé de moustaches un bambin sur une affiche publicitaire pour un savon.Elle restera ainsi et les habitants du lieu se feront appeler les « moustachus ».

Il y a aussi la statue d’une madone, nichée dans une façade de maison, qui constituera la voix off de cette histoire et commentera les drames et les événements heureux dont elle est témoin.
Image à insérer: image de la madone Lydie

Orpheline de mère, Camille vit avec son père, Augustin, chauffeur de locomotive. Cette jeune femme, un peu simple d’esprit, accouche d’un enfant mort-né dont elle ne connaît pas le père.

Cette enfant, elle l’aurait appelée Lydie.

Un tel début pourrait en rebuter plus d’un, mais ce serait compter sans le talent des auteurs.



La solidarité face au désespoir.

Camille est inconsolable et son père désarmé. Jusqu’au jour où elle entre à toute vitesse dans le café du coin pour annoncer, radieuse, que les anges lui ont rapporté son enfant.Devant le désarroi et l’incrédulité générale, Camille se promène avec un landau vide, nourrit au biberon un bébé invisible mais affiche une joie de vivre jamais vue auparavant, malgré les railleries et la méchanceté de certains.

Alors, face à ce spectacle particulier, les habitants vont « jouer le jeu » et accueillir la fillette dans leur communauté. Les femmes donneront les habits d’enfants qui ne servent plus, le menuisier fabriquera une chaise haute, même le curé se laissera convaincre de baptiser l’enfant. Plus tard, elle rejoindra ses petits voisins sur les bancs de l’école.
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 Cet élan unit tous les habitants du quartier et renforce les liens.

Les années passent, Camille va même acquérir une certaine autonomie et Lydie acquiert sa place dans la petite communauté. Plus personne ne songe à rétablir cette vérité qui de toute façon, serait plus douloureuse qu’utile.

Et puis, il y a quand même des éléments troublants…



Une illustration et des personnages réalistes et touchants.

Les dessins revêtent une couleur sépia et nous plongent complètement dans l’ambiance de cette époque.Les traits des personnages sont réalistes et d’une intense expressivité, ce qui les rend très proches. Ces illustrations qui confèrent à l’histoire une ambiance intimiste font penser à celles de Loisel et Tripp dans Magasin général.
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Leur langage parfois trivial et leur comportement simple donnent aux personnages une incroyable humanité.
 
 
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Une collaboration réussie.

La principale difficulté pour ces auteurs était de trouver l’équilibre entre le récit d’un événement dramatique et une certaine forme d’humour. Sans aucun doute, ils y sont parvenus.Cette histoire pourrait refroidir le lecteur par la sensibilité de son sujet.

Mais elle ne sombre à aucun moment dans le « glauque » ou le pathos, tant elle est écrite et illustrée avec délicatesse, humour et humanité.Il n’était pas question pour les auteurs de dépeindre une Camille « folle », seulement comme le dit un des personnages « une bonne mère, à sa façon ».Certains trouveront peut-être que cette histoire baigne dans trop de bons sentiments mais les valeurs et la tendresse qu’elle dépeint font tout simplement du bien. Retrouverait-on ces valeurs aujourd’hui ?

Et l’on quitte à regret les habitants de l’impasse du bébé à moustaches avec une sensation étrange mais le sourire aux lèvres…
 

Céline, AS Bibliothèque

 

 

 
Interview de Jordi Lafebre
 http://www.sceneario.com/sceneario_interview_LYDIE.html
 http://www.generationbd.com/index.php/forums/index.php?topic=1546.0
 
 
Interview de Zidrou
 http://www.bedetheque.com/auteur-2153-BD-Zidrou.html
 http://www.dailymotion.com/video/xq4uwt_zidrou-en-interview-pour-planetebd-com_creation

 

 

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 07:00

Bordimages Jerome d aviau


 

 

 

 

 

 

 

 

 

CAPUCINE
Jérôme d’AVIAU
SIBYLLINE
Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret
Ankama éditions
collection Étincelle, 2010.







 

 

 

 

 

Paru aux éditions Ankama en septembre 2010 dans la collection « Étincelle », cet album est le résultat d’une collaboration et d’une amitié entre Sibylline et Jérôme d’Aviau.

Sibylline a été élevée très tôt dans le monde de la bande dessinée, elle doit d’ailleurs son nom au personnage de la série éponyme. Après quelques petits boulots elle entre dans l’édition, mais son envie de raconter des histoires ne la quitte pas. Sa rencontre avec Loïc Dauvillier lui permet de concrétiser ce projet en 2007 avec Nous n’irons plus ensemble au canal Saint-Martin. Cette œuvre réunit alors les dessins de François Ravard, Capucine et Jérôme D’Aviau. C’est avec ces deux derniers qu’elle nous livre ici une histoire touchante et tendre. Capucine apposa sa touche à l’ouvrage avec un travail sur le lettrage ; quant à Jérôme d’Aviau, il est certainement la source de ce projet. Lui aussi bercé par le monde de la bande dessinée, il s’y lance dès 2005 en tant que dessinateur. C’est son envie d’illustrer une histoire de Sibylline qui a permis la création, ou plutôt la naissance d’Alphonse Tabouret.



« Il était une fois cette fois-là » : Alphonse Tabouret
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Alphonse Tabouret est le héros de cette histoire émouvante et poétique. U n héros littéralement né de la dernière pluie qui se pose des questions sur son identité, son avenir, sur la  vie, tout simplement.

Simplement, peut-être pas tant que cela, car si les premiers temps  sont faciles en compagnie de Monsieur, qui lui apprend de drôles de rudiments, comme le ferait un parent, Alphonse va très vite se rendre compte que seul, la vie n’a pas beaucoup de sens. Oui, seul, car Monsieur est parti après une petite dispute avec Alphonse au sujet du partage…, sujet difficile quand on pense ne rien avoir à offrir.

La solitude, il la gère très bien dans les premiers temps, car se sentant enfin libre, il lui reste tout ou presque à découvrir. Mais très vite, Alphonse s’ennuie, il regrette la présence de Monsieur, le chagrin s’installe en lui et pour longtemps car « le chagrin du vide de tout, il est difficile à consoler. Surtout quand y a personne. Et que, ça c’est justement ce qui manque le plus. Mais qu’on ne le sait pas vraiment. »

 

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S’ensuit une longue quête de quelque chose, on ne sait pas quoi, lui non plus d’ailleurs. Quelque chose qui remplirait ce vide. Alphonse fait de nombreuses rencontres, des personnages étranges croisent son chemin. Son premier ami est dévoué, très impliqué, mais il ne s’agit en fait que de son reflet, Esnohpla, qui est pour lui un être à part entière.

Vous l’aurez compris, Alphonse est bien né de la dernière pluie, ce qui en fait un personnage maladroit mais touchant, un petit être naïf et tendre qui connaîtra la joie, l’enthousiasme, la déception, le doute, l’amour, la crainte…, bref, tous ces sentiments par lesquels nous passons sans cesse sans forcément nous en apercevoir. Aurions-nous avec le temps perdu de cette magie ou de cette innocence qui fait de chaque chose une découverte, qui multiplie chaque ressenti ?



Un livre pour la jeunesse…qui ne ferait pas de mal aux grands.

Si ce personnage est un jeune garçon qui, comme les enfants, doit faire face à tous les questionnements que pose la vie, Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret n’en est pas moins un album à conseiller aux plus grands. L’histoire se prête encore à des questionnements d’adulte, à des sentiments qui sont ceux de toute personne mais que les plus alphonse_tabouret_narcisse-01.jpgâgées oublient parfois derrière l’expérience et le quotidien.

De plus, le ton et l’écrit parlent parfois bien plus aux adultes qu’aux plus jeunes. On y trouve des références aux mythes, avec Narcisse, ou encore l’admiration pour un astre si beau qu’il est suivi de tous. On y redécouvre surtout des expressions qui échapperont certainement aux enfants, mais aussi des références à l’entrée dans l’âge adulte avec notamment ces rencontres amoureuses qui demandaient tant d’efforts et de compromis, pour finir par une déception ou par la disparition des sentiments.



Et la forme dans tout cela ?

Si cet album est si touchant, c’est que l’illustration est aussi pure que son protagoniste. Le trait n’est pas très recherché comme dans d’autres réalisations de Jérôme d’Aviau mais il est fidèle à l’histoire et à son origine. Lors d’une interview, les deux auteurs confessent que tout a commencé grâce à un dessin gribouillé sur un bout de papier par Sibylline et par de petites phrases qu’elle écrivait à tout hasard. Jérôme a voulu lancer le projet plus loin et s’est approprié le trait pour faire naître Alphonse et cet univers.
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Le récit est donc porté par un dessin en noir et blanc qui donne une nouvelle ampleur et une certaine profondeur au trait. De plus, Jérôme d’Aviau recrée des atmosphères très différentes avec un dessin pourtant simple ; il joue notamment sur la densité des noirs et la brillance des contrastes.

Enfin, il s’agit d’une BD assez particulière, entre la bande dessinée et l’album jeunesse. En effet, il n’y a pas de bulles dans cette BD, l’illustration est sur un plan et la narration ainsi que les dialogues en dessous ou sur le côté. Ce procédé rappelle les origines mêmes de la bande dessinée, mais l’œuvre est aussi très innovante reprenant un aspect des dialogues virtuels sur les réseaux sociaux. Chaque énoncé d’un personnage est précédé par une représentation du personnage, une sorte d’émoticône qui nous indique à la fois qui parle et le sentiment du personnage.



Voici donc un livre qui donne à se souvenir autant qu’il offre à découvrir. Selon l’âge du lecteur, l’histoire prendra un sens différent ; selon l’histoire propre du lecteur son sentiment devant une situation du livre sera différent. Les enfants, eux, y trouveront une histoire tendre, ils peuvent s’identifier à ce personnage qui comme eux se questionne sur bon nombre d’aspect de la vie, notamment sur l’amour. Mais les adultes ont-ils bien les réponses ? L’apprentissage de la vie a-t-il une fin, finalement ? Comme l’écrivait Diderot « Est-ce que l’on sait où l’on va ? ». Ce qui est sûr c’est que l’album nous fait nous poser la question, et encore plus celle de savoir si il nous sera un jour possible d’y répondre. Mais je ne dévoilerai pas la fin.


Ambre, AS Bib.

 

 

Vous retrouverez Alphonse Tabouret et ses auteurs sur :

le site de l’éditeur :

http://www.ankama-editions.com/fr/catalog/books/125-trop-grand-vide-alphonse-tabouret.html

 

 

ainsi qu’une interview de Sibylline et Jérôme d’Aviau :

 http://www.ankama.com/fr/video-interviews/9607-sibylline-jerome-aviau

 

la bédéthèque :

 http://www.bedetheque.com/auteur-13169-BD-D-Aviau-Jerome.html

 http://www.bedetheque.com/auteur-14579-BD-Sibylline.html

 

le blog de Jérôme d’Aviau :

 http://jeromedaviau.com/WordPress/

 

Enfin vous pourrez compléter mon regard sur l’album avec d’autres articles de blog :

le blog de Mr Zombi :  http://mrzombi.over-blog.fr/article-le-trop-grand-vide-d-alphonse-tabouret-sibylline-d-aviau-capucine-65340285.html

le blog Vu des yeux d’OliBD :  http://alamagie-des-yeux-doli.over-blog.com/article-le-trop-grand-vide-d-alphonse-tabouret-84402165.html

le blog Une autre histoire de David Fournol : http://www.wmaker.net/fournoldavid/Le-trop-grand-vide-d-Alphonse-Tabouret_a72.html

 

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 07:00

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Vendredi 3 février. L’espace Saint-Rémi accueille l’inauguration de Bord’images : Regard 9 organisé notamment par  l’association 9-33 qui coordonne à Bordeaux et en Gironde de nombreux événements autour de la bande dessinée.

Bordeaux a depuis quelques jours pris ses allures d’hiver, à croire que le climat québécois a accompagné ses dessinateurs. En effet cette année, afin de célébrer les cinquante ans de liens entre Bordeaux et Québec, le festival Bord’images accueille des illustrateurs québécois en résidence d’auteur. Ces derniers associent leur travail à des illustrateurs bordelais pour produire des réalisations de planches dans un esprit d’appropriation et de revisite du travail de chacun, ainsi que pour parler de leurs expériences de la BD et pour créer ensemble lors de performances.



Les auteurs d'outre- Atlantique

 

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Pascal Girard : dessinateur-scénariste, né à Québec en 1981, il décide rapidement de faire du dessin sa profession. Il vient de publier, en collaboration avec Yves Pelletier, Valentin, aux éditions La Pastèque.

 

 

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Jean-François Bergeron, dit Djief : né en 1971, ce Québécois, dessinateur et scénariste, fut aussi concepteur de jeux vidéo. Il est aujourd’hui auteur de BD indépendant et travaille sur sa première série solo White Crows publié chez Soleil.

 

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Pierre Bouchard : ce passionné de graphisme et de dessin était déjà venu en 2008 lors d’une résidence à la bibliothèque Gabrielle Roy. Il publie son premier roman graphique en 2007 : L’île aux ours, a réalisé deux films d’animation et a participé à la publication du fanzine Bidon.
 

 

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Philippe Girard : ce dessinateur et scénariste fut en résidence à Bordeaux entre août et octobre 2010. Il a déjà publié six romans jeunesse et dix albums BD. Il est en outre l’un des fondateurs de la maison d’édition québécoise Mécanique générale.

 

 

 

 

 

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Francis Desharnais : ce dessinateur a touché à tous les domaines du graphisme et de l’animation graphique. Mais c’est avec sa BD Burquette, qu’il est depuis peu connu pour ses talents d’illustrateur et de scénariste.

 .

 

 

 

 

 

 

 

 

Du côté de la Belle Endormie…

 

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Didier Cromwell : né en 1959, ce dessinateur fut formé à l’école des Gobelins à Paris. Il est, entre autres, l’auteur de la série Anita Bomba qu’il publie chez Casterman, mais il est surtout connu pour sa reprise et son adaptation graphique du Dernier des Mohicans, un roman de James Fenimore Cooper.

 

 

 

 

 


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Anton : ce dessinateur pessacais, né en 1973, connait ses premières influences dès l’enfance avec Tintin mais surtout grâce à de grands auteurs de comics comme Frank Miller ou Alan Moore. Après un passage aux Beaux-Arts de Bordeaux, il se lance dans l’industrie du jeu vidéo. Il entre dans l’univers de la BD grâce à des autoproductions mais surtout par la publication d’Eclipse-Last contact en 1999 chez Egone. Il partage aujourd’hui son temps entre le dessin et le journalisme de BD.

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Laureline Mattiussi (dessinatrice-scénariste) : née en 1978 à Nancy, elle suit des études d’art appliqué et aux Beaux-Arts qui la conduiront à Angoulême puis à Bordeaux. Sa première bande dessinée intitulée Petites hontes enfantines (éditions La boîte à bulles, 2006) connaît un vif succès. En 2010, L’île au poulailler reçoit le prix Artémisia. Son dernier album, coproduit avec Sol Hess, La lionne (tome 1), est paru cette année chez Glénat.

 

 

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Vincent Perriot : né en 1984, il fait l’école des Beaux-Arts d’Angoulême à partir de 2003. Il publie avec Guillaume Trouillard le livre Entre Deux aux éditions de la Cerise. Son premier album de BD est Taïa Rouge qu’il réalise avec Mathieu Malherbe et qui leur vaut le prix Jeune talent 2009 de Virgin, Le Figaro magazine et DBD.

 

 

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Jérôme d’Aviau : ce Parisien de naissance commence réellement la BD en 2005. Il vit aujourd’hui à Bordeaux, participe régulièrement à Psikopat et à Tchô. Il signe aussi sous les pseudos Poipoi, Poipoipanda et Jeroda, et joue dans le groupe de musique FuckOn. Il publie en 2010 un album jeunesse : Le trop grand vide d’Alphonse Tabouret avec Sibylline (scénario) et Capucine (lettrage) chez Ankama éditions.

 

 

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Johanna Schipper (dessinatrice et scénariste) : née en 1963 à Taïwan, elle arrive en France en 1972. Elle fait ses études à l’École Européenne de l’Image d’Angoulême. Après avoir travaillé comme coloriste, elle publie une série, Phosfées, aux éditions Delcourt. Suivront Née quelque part (éditions Delcourt en 2004), Les âmes sauvages (Futuropolis, 2007) et Le printemps refleurira en deux tomes (Futuropolis, 2010).

 

 

 

 

 

 

 

C’est donc dans une ambiance froide mais conviviale qu’est inaugurée cette nouvelle édition de Bord’images. Les artistes créent sur des supports multiples et originaux, notamment sur de grandes toiles, ce qui est assez inhabituel et qui donne une certaine ampleur à la bande dessinée. On peut également assister à la naissance d’un dessin réalisé à l’outil numérique et projeté sur les murs de l’espace Saint Rémi. D’ailleurs la question de la création par le numérique est un point de plus en plus abordé dans les manifestations bordelaises autours de la BD comme par exemple avec la journée organisée par L’ECLA : « Bande dessinée : où en est-on du numérique ? ».

Les spectateurs virevoltent (il faut au moins cela pour se réchauffer) de planche en planche, d’œuvre en oeuvre un verre à la main, on s’imprègne des créations dans ce lieu atypique qu’est l’espace Saint Rémi. Les oeuvres s’achèvent, les discours aussi… Le programme est dense, un choix s’impose donc puisqu’il nous sera impossible de suivre chaque rencontre, de découvrir toutes les expositions dans les différentes bibliothèques de la ville. Faire un compte rendu sur la partie la plus originale de la rencontre et certainement le plus créatrice nous semble plus pertinent dans ce contexte où la création est de moins en moins publique avec les problèmes de l’édition. Les performances qui ont lieu les samedis nous semblent plus appropriées pour rendre compte de la richesse de ce genre et de la création entre ces auteurs et dessinateurs qu’un océan sépare.



Samedi 4 février. Alfred nous propose d’assister en direct à sa réinterprétation du roman destiné aux adolescents Je mourrai pas Gibier, de Guillaume Guéraud (éditions Du Rouergue, 2006) et ce malgré le froid.
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Alors que Gérard Guérineau lit le roman, l’illustrateur, Alfred, fait naître ses dessins sous nos yeux (grâce à une petite caméra) et les projette sur grand écran. L’histoire prend force avec tout ce qu’elle a d’interrogation, de violence et d’insurrection. Insurrection et dénonciation de cette ignorance et de ses rites imbéciles encore présents dans certaines campagnes et dont l’auteur a fait le portrait à travers ce jeune homme qui, alors qu’il tente d’échapper à un avenir tracé par sa naissance, est rattrapé par la violence qu’il fuyait. Sous les traits et les courbes d’Alfred, l’histoire prend un nouveau sens, elle s’enrichit d’images.

Mais voilà tout le paradoxe de cette lecture dessinée. Quand bien même le dessinateur fait naître les illustrations de son imagination, il ne nous les impose pas. L’esprit navigue entre le texte, l’image en train de se créer et notre propre représentation. Un curieux mélange qui donne à ce texte une autre dimension et un impact fort. L’impact est selon nous d’autant plus fort que le dessin en noir et blanc impose une certaine justesse et laisse justement plus de place à l’imagination qu’un dessin mis en couleur qui aurait moins d’authenticité.
 

 

Une expérience assez unique. Nous décidons donc d’assister à toutes les performances. Mais la prochaine fois on amène les chaufferettes.



Samedi 11 février. Le programme a changé mais le succès est toujours au rendez-vous, et sans le froid cette fois-ci. Ce qui devait être une battle de dessin s’est transformé à cause du froid (l’Espace Saint Rémi est un lieu aussi beau que glacial à cette période de l’année), en concert dessiné avec le groupe qui doit clôturer la soirée : FuckOn. C’est donc sur les sons assez déjantés du groupe que Laureline Mattiussi, Djief et Anton ont revêtu d’oeuvres improvisées les murs de l’Oiseau Cabosse.

Le restaurant et salon de thé est aussi le lieu où se retrouvent amateurs et néophytes pour un moment d’échange autour de la Bd tous les derniers jeudis du mois, lors du rendez-vous proposé par l’association Raging Bulles (http://ragingbulles.fr)

Mais voilà, le lieu n’est pas grand et les places sont chères ; malheureusement, nous ne faisons partie des élus que le temps des mises en place et des premiers coups de crayon. Déjà le résultat semble prometteur, manquer le final est décevant, rendez-vous est donc pris pour la semaine suivante pour un autre concert dessiné mais cette fois en grand… on l’espère.



Samedi 18 février. La BD au devant de la scène ! Soirée de clôture à la Rock School Barbey. C’est dans une ambiance tour à tour électrique avec Oromocto Diamond (Québec), planante et mystique de Sol Hess and the Sympatiks (Bordeaux) et inclassable déjantée de FuckOn (Bordeaux), que s’est clôturé ce rendez-vous BD. (Le guitariste-chanteur et le batteur de Oromoto Diamond) Pierre Bouchard, Djief, Johanna Schipper, Vincent Perriot, Laureline Mattiussi, Alfred et Jérôme d’Aviau, ont fait naître sous nos yeux des fresques, au rythme de la musique. Différents tableaux se sont succédé, avec, à chaque fois, une émotion nouvelle.

Chaque tableau semblait porter un thème vraisemblablement engendré par l’ambiance musicale. C’est d’abord celui d’une nature simple et paisible. Puis la faune devient plus agressive avec les morceaux garage du groupe. La fresque devient surnaturelle, avec des animaux étranges qui scandent les paroles de la chanson Black feelings, un serpent géant aux motifs psychédéliques et même un homme-diable qui promeut le disquaire bordelais et organisateur de concert Total Heaven.

Une ambiance et une fresque résolument rock à l’image, ou au son de ce duo québécois. On a à peine le temps d’apprécier le résultat final qu’une nouvelle page blanche est accrochée. Il ne reste plus qu’à attendre que la musique emporte une nouvelle fois les crayons. Cette musique presque mystique nous emporte vite vers un autre monde, il nous semble naturel d’entrer dans cette ambiance de science- fiction, d’espace et futuriste. L’autre monde se crée, les artistes entremêlent leur création, il se joue là une interaction entre le dessin et la musique mais aussi entre les différents univers des dessinateurs.

 

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Anton, Djief en plein dessin.

 

 

Ensuite la musique s’accélère, s’énerve un peu… une autre atmosphère, un autre dessin, on passe au chaos, le dessin est clairement tourné vers la destruction, la mort, les catastrophes.

Bordimages01.JPG Jérôme d’Aviau en pleine action.

 

Enfin c’est au tour de FuckOn d’entrer en piste. Avec son univers déjanté, ses paroles décousues, le dessin se pose peu à peu mais là aussi sans fil conducteur. Une sorte de laisser-aller pour tous les dessinateurs même si l’on voit une certaine compréhension s’opérer entre Vincent et Djef.

 

Bordimages03.JPGLe groupe Fuck On, vous aurez reconnu jérôme d’Aviau au clavier.

 

 

Et voilà comment se clôt cette session Bord’images 2012. Un événement qui a su mettre en exergue deux cultures, des univers et des inspirations différents.

De plus, ces performances ont pu permettre à deux formes de cultures de se rencontrer et d’interagir : la musique et la Bande dessinée. Si les auteurs sont aussi intervenus sur leur travail il était tout aussi voire plus important de considérer la BD comme un art littéraire et graphique vivant, en évolution et en lien avec l’environnement duquel elle s’inspire.


Ambre et Céline, AS Bib.

Blogs ou sites des auteurs

Anton : http://antonscenario.canalblog.com/


Jérôme d’Aviau : http://jeromedaviau.com/WordPress/


Francis Desharnais : http://www.francisd.com/


Jean-François Bergeron dit Djief : http://www.djief.com/


Pascal Girard : http://www.paresse.ca/


Philippe Girard : http://philippegirard.blogspot.fr/


Laureline Mattiussi : http://laurelinemattiussi.blogspot.fr/


Vincent Perriot : http://vincent.perriot.over-blog.com/


Johanna Schipper : http://www.johannaschipper.com/


Autres blogs de BD à Bordeaux

Association 9-33 : http://9-33.blogspot.fr/


Raging Bulles : http://ragingbulles.fr/


BDBDX : http://bdbdx.blogspot.fr/

 

 


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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 07:00

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Samuel STENTO
Guillaume TROUILLARD
La Saison des flèches –

Omaka Wanhin Kpe
Éditions de la Cerise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Qui n’a jamais rêvé de retourner vivre parmi les Indiens, en parfaite harmonie avec une nature généreuse et préservée ?

C’est trop tard, me direz-vous, ils ont tous été massacrés il y a bien longtemps déjà. Quant à leurs descendants ont-ils encore quelque chose en commun avec les fiers cavaliers des plaines d’antan ?

Le présent serait bien triste si Irving Mc Mulligan n’avait jamais existé, si en 1879 il n’avait inventé, pour votre plus grand plaisir, un procédé exclusif pour mettre les Indiens en conserve »



Eh oui, en effet, il est possible de recevoir chez soi une famille d’Indiens. Vous pouvez choisir quelle espèce vous désirez : Sioux, Comanches, Apaches, Inuits, Hopis, Hurons ou encore Pawnees.

Il vous suffit juste de commander une boîte de conserve Mulligan’s Tradition.

Cette fabrique existe depuis le 12 avril 1879. Irvin Mc Mulligan, entrepreneur, n’avait qu’un seul but : conserver le plus grand nombre d’Indiens. Les familles du futur pourraient ainsi vivre en parfaite harmonie avec la nature en adoptant ces Indiens à domicile pour 19 euros seulement.

Vous pouvez retrouver tous les produits de la gamme Mulligan’s sur : www. mulliganstradition.com

 Stento-Trouillar-2.jpgStento-Trouillard-3.jpg

 

 

 

Agnès et son mari, un couple de retraités charentais, viennent de recevoir la boîte tant convoitée. Livrée par camion, comment une boîte si petite peut elle contenir une famille de trois indiens : le père, la mère et leur grand garçon ? Encore une technique ingénieuse de Mr Mc Mulligan.

Ces sont des Sioux. Ils n’ont pas l’air très communicatif.

Installés dans la chambre d’amis, ils y ont planté leur tipi.

 

 

 


 

 

 

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On suit l’évolution des Indiens dans ce foyer contemporain à travers un carnet de bord tenu par le mari d’Agnès. Au fil des pages, on se rend compte que les indiens ne s’accommodent pas au mode de vie contemporain mais ils imposent le leur.

Un paysage se crée dans la maison. Un arbre pousse dans la chambre. Un canyon relie la salle de bain à la chambre à coucher. Des chercheurs d’or font irruption dans la cuisine. Des bisons déboulent dans les couloirs.
  Stento-Trouillard-5.jpg


Un jour, Agnès et son mari reçoivent par la poste, un avis d’expulsion destiné aux Sioux. Considérés comme des clandestins, ils n’ont par leur place en France.

 Stento-Trouillard-6.jpg

À partir de ce moment, la douillette vie d’Agnès et son mari va prendre une toute autre tournure. À travers les plaines, en compagnie des Indiens, ils vont vivre une aventure forte en adrénaline.

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Quelques mots sur l’œuvre

Samuel Stento et Guillaume Trouillard nous plongent dans une fiction très bien menée. On y croit ! La biographie d’Irvin Mc Mulligan, inventeur de la boîte de conserve renfermant des Indiens de toute espèce est très bien orchestrée.

Ce western parodique illustre ironiquement la persécution des peaux rouges aux États-Unis.

Il est question du rapport entre l’homme et la nature. De vastes plaines repoussent les murs d’un appartement urbain.

La mise en images de cette histoire loufoque est très originale. On ne peut parler de bande dessinée proprement dite. Une diversité graphique apparaît sous nos yeux : on passe d’un carnet de bord illustré à des fiches publicitaires, à des plans, à des planches de bandes dessinées.

On assiste de plus à des mises en abyme, on plonge dans un livre dans le livre.

Cet album, pas du tout ordinaire, est très captivant. Les aquarelles sont superbes.



La Saison des flèches a reçu le Prix Fnac-Sinsentido en Espagne et fit partie de la Sélection Officielle Angoulême 2010.



Les Éditions de la Cerise

Les Éditions de la Cerise sont une petite maison d'édition bordelaise. Fondée en 2003 et présidée par Guillaume Trouillard, elle édite des ouvrages d'arts graphiques, particulièrement des bandes dessinées.

Pour en savoir plus :
 http://www.editionsdelacerise.com/

 

 

E.P., 2e année Bibliothèques-Médiathèques

 

 

Liens

Interview de Guillaume Trouillard sur La Saison des flèches
http://www.actuabd.com/Guillaume-Trouillard-Mettre-des

Blog de Samuel Stento

 http://stento.over-blog.com/



Samuel STENTO et Guillaume TROUILLARD sur LITTEXPRESS

 
SAMUEL-STENTO-concert-de-regard-3.jpg

 

 

 

 

 Article de Margaux sur Pourquoi pas ? de Samuel Stento

 

 
 

 

 

 

 

 

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Entretien de Nolwenn avec Guilaume Trouillard

 

 

 

 

 

 

 

Présentation par Charlotte des éditions de la Cerise.


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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 12:00

Alan Moore Dave Gibbons Watchmen










Alan MOORE, Dave GIBBONS
Watchmen
Panini Comics, 2009





 

 

 

 

 

 

Watchmen est à l’origine une publication en série de DC Comics parue entre 1986 et 1987, scénarisée par Alan Moore et dessinée par Dave Gibbons (avec John Higgins pour la colorisation). Moore est acclamé par les critiques pour son travail sur Watchmen ainsi que pour d’autres comics célèbres comme V pour Vendetta ou From Hell. Il a aussi participé à l’écriture d’albums axés sur des personnages plus connus du grand public tels que Batman ou Superman et a grandement contribué à asseoir la respectabilité du genre comics aux États-Unis et au Royaume-Uni. On lui attribue même la paternité du terme « roman graphique », plus valorisant que « comic-book » ou « bande-dessinée » (Plus d’informations :  http://en.wikipedia.org/wiki/Alan_Moore).

Dave Gibbons a aussi beaucoup travaillé pour DC, notamment sur la série Green Lantern. Il a, tout comme Alan Moore, reçu au cours de sa vie de nombreuses récompenses pour son travail (voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Dave_Gibbons)

 

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S’il est bien question d’une « histoire de super-héros », que l’on ne s’y trompe pas : Watchmen traite le sujet comme il n’a jamais été traité avant. Les héros costumés n’ont de super que le nom (ils n’ont pas de « pouvoirs », sauf un), vieillissent, prennent du poids, se remettent en question et ont pour la plupart tourné la page. L’action se déroule en 1985 dans un univers alternatif : les États-Unis ont gagné la guerre contre le Vietnam grâce au Docteur Manhattan, un physicien qui, à la suite d’un accident, a acquis des pouvoirs qui font de lui l’équivalent d’un dieu pour les hommes. C’est d’ailleurs l’apparition de cet être qui fait du monde de Watchmen ce qu’il est : grâce à lui, le pétrole n’est plus la principale source d’énergie (il peut synthétiser à volonté n’importe quel élément chimique) et aucun pays n’ose attaquer les États-Unis de peur d’être complètement éradiqué. Il peut-être intéressant de se focaliser sur ce qui fait de cet ouvrage un comics à part et une œuvre définitivement littéraire : la création d’un univers cohérent bien qu’alternatif, les multiples niveaux de narration et la profondeur des personnages associée à la complexité de leurs rapports.

Dans cette réalité alternative, des super-héros sont progressivement apparus dès les années 40. Un d’entre eux, le policier Hollis Mason, dit « Le Hibou », raconte dans ses mémoires (dont des extraits sont publiés à intervalles réguliers dans l’album, flash-backs parfaitement intégrés enrichissant considérablement la narration) comment il en est arrivé à se déguiser pour combattre le crime la nuit venue. Amateur de justiciers de westerns de bande-dessinée durant son enfance, puis intéressé en 1938 par l’arrivée dans le monde de la littérature pour jeunes de Superman, Hollis Mason a franchi le pas en lisant dans la presse les exploits du premier vrai héros masqué : « un hold-up dans un supermarché avait tourné court, grâce à l’intervention d’un "homme de haute taille, bâti en athlète, portant une cape et un masque noirs ainsi qu’un nœud autour du cou". Cet être étrange était tombé au milieu de la tentative en fracassant une verrière. Il avait attaqué le chef de gang avec une telle violence que ses comparses avaient jeté leurs armes et s’étaient rendus sans résister. […] L’article parut sous le titre court et percutant : "le Juge Masqué" ».

C’est ainsi que le premier des aventuriers anonymes opérant hors des comics se trouva baptisé. Je lus et relus ce reportage, et décidai aussitôt d’être le deuxième. J’avais trouvé ma vocation. » Par la suite, d’autre vinrent, pour diverses raisons (Dollar-Bill, sponsorisé par une banque, le Spectre Soyeux, dont la carrière était plus orientée vers le mannequinat de charme que la justice, etc.), grossir les rangs des justiciers masqués décidés à lutter contre l’insécurité et le crime organisé. À l’initiative de l’un d’entre eux, Captain Metropolis, le groupe des Minutemen fut créé en 1939.
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Avec la montée de la mode des super-héros, les criminels qui n’avaient pas complètement abandonné toute activité commencèrent à s’affubler de noms tels que Molloch le Magicien ou Captain Carnage. Là où les univers des héros classiques de DC ou Marvel acceptent ou ignorent l’existence des justiciers mais où ceux-ci sont immuables, Watchmen montre les Minutemen ayant vieilli et pris leur retraite. Ainsi lorsque, plus tard, un Captain Metropolis vieillissant propose aux nouveaux venus dans le domaine du collant de fonder un groupe, il se heurte à des refus pour diverses raisons. Certains sont habitués à travailler seuls ou à deux ou sont trop déconnectés de la réalité pour prendre part à une association. De plus dans l’histoire, le gouvernement interdit aux justiciers d’opérer. Deux solutions s’offrent à eux : dévoiler leur identité ou bien continuer à agir dans l’ombre et devenir des hors-la-loi.

Moore a choisi de représenter ses protagonistes comme des parias, ringards aux yeux du grand public (eux-mêmes le réalisent). Le début de l’histoire les montre dans leur vie telle qu’elle est au sortir de cette période d’aventures. Le Comédien, cynique et désabusé, est devenu un mercenaire pour une agence du gouvernement. On découvre que c’est lui qui a assassiné JFK. C’est son assassinat qui ouvre l’intrigue. Le Spectre Soyeux vit dans une maison de retraite de luxe en Floride en ressassant ses années d’action dont elle semble avoir oublié tous les mauvais côtés comme la tentative de viol du Comédien. Sa fille, le 2nd Spectre Soyeux, a été engagée par le gouvernement pour tenir compagnie à son compagnon Jon Osterman alias Dr Manhattan, qui effectue des recherches en physique dans un centre militaire secret. Le 2nd Hibou, Daniel Dreiberg, qui avait pris la relève de Mason, a pris un peu d’embonpoint et vit maintenant de ses rentes en écrivant de temps en temps pour une revue ornithologique. Adrian Veidt, alias Ozymandias, a fondé sa société et vend des figurines et divers produits à son effigie. Autant de comportements réalistes et variés que l’on n’a pas l’occasion de voir dans un comic « classique ».

La narration est entrecoupée de retours en arrière du vers la période des Minutemen ou des Watchmen avant que ceux-ci ne soient respectivement à la retraite et interdits. Moore va même presque jusqu’à rompre le quatrième mur avec les extraits des mémoires d’Holis Mason, du livre du Professeur Milton Glass Dr Manhattan : super-pouvoirs et super-puissances, d’une analyse d’une bande-dessinée dans la bande-dessinée (Tales of the Black Freighter) et même une interview d’un des personnages. Cependant, la frontière que constitue le quatrième mur n’est pas détruite car ces documents ne s’adressent pas directement au lecteur mais aux lecteurs vivant dans l’histoire racontée par Moore. Cela ajoute une profondeur conséquente à l’œuvre, d’autant plus que des annotations comme « Nous avons reproduit ici le chapitre V de l’Ile au Trésor adaptée en BD (Editions Flint, N.Y., 1984). Avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur » viennent légitimer ces encarts totalement fictionnels.

Gibbons et Moore ont usé pour les Watchmen d’une galerie de personnages atypiques. Les six héros, ex-watchmen, ont en effet chacun une perception du monde bien différente en fonction de leur vécu.

Rorschach, qui ouvre le roman graphique, dissimule son visage derrière un lambeau de tissu couvert de taches d’encre symétriques et mouvantes (d’où son nom, relatif au test psychologique de Rorschach). Il n’a pas accepté la loi interdisant les justiciers masqués et vit comme un hors-la-loi en ayant adopté des idéaux d’extrême droite. Il peut être aperçu par le lecteur plusieurs fois sous sa véritable identité sans que celui-ci le sache. Il porte le plus souvent un panneau en carton disant : « La Fin est proche ». Il refuse tout compromis, ce qui l’amènera à se suicider indirectement lorsqu’il réalisera à la fin que le monde doit vivre dans le mensonge pour être sauvé. Bien qu’ayant fait équipe avec le 2nd Hibou à l’époque des watchmen, il s’est éloigné de celui-ci, ce dernier menant une vie pantouflarde et tranquille, alors que Rorschach est quotidiennement dégoûté par la société qui l’entoure et montre un intérêt maniaque pour la punition des malfaiteurs.

Le Dr Manhattan est de son côté de plus en plus étranger aux tracas du commun des mortels de par son statut quasi divin. Il peut percevoir en même temps plusieurs futurs éventuels mais seules comptent pour lui ses recherches en physique, au grand dam de sa compagne Laurie Juspeczyk (ancien 2nd Spectre Soyeux).

Edward Blake, le Comédien, a fini sa vie comme mercenaire pour des opérations spéciales. Dépourvu d’idéologie, il voit la vie comme une immense farce et apparaît dans un premier temps au lecteur comme un monstre qui, au Vietnam, n’hésite pas à tuer une femme qu’il a mise enceinte pour la faire taire. La suite montrera néanmoins qu’il existe encore des événements capables de l’atteindre.

Adrian Veidt alias Ozymandias est un homme ambitieux, intelligent et athlétique qui a pris pour modèle Alexandre le Grand. Si l’on aborde Watchmen comme un comic classique, Ozymandias en est le « Vilain ». En effet, il détruit en partie New York en y faisant apparaître une espèce extraterrestre gigantesque, provoquant la mort de milliers de personnes. Cependant, cette catastrophe sans équivalent a des conséquences que seul Veidt avait prévues : les deux Etats en tension, les USA et l’URSS, sous le choc, concluent une paix durable.
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Watchmen est une œuvre étonnamment riche. Chaque page, chaque vignette, montre un travail réfléchi de l’auteur et du dessinateur, que ce soit pour les prises de vue proches du cinéma ou les textes finement travaillés selon que le narrateur est Rorschach pour les extraits de son journal, Holis Mason ou le héros d’une bande-dessinée fictive lue par l’un des personnages. Le souci de l’ambiance est tel que même l’environnement sonore est choisi avec soin (extraits de Dylan, Hendrix, Costello, Cale…). À ce titre, la bande-originale du film tiré de l’œuvre se montre assez fidèle et offre un paysage musical cohérent avec l’époque des événements. Plus que d’intrigues de super-héros contre super-vilains, Watchmen les montre aux prises avec eux-mêmes et avec l’évolution de la société, simples hommes et femmes en proie à des questionnements et des responsabilités qui parfois les dépassent.


Paul, 1ère année Bib

 

 

 

On pourra également lire l'excellente analyse de Léna  ici.

 

 


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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 07:00

Festival d’Angoulême 2012

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Que faire un samedi après-midi à Angoulême ? Pas grand-chose à vrai dire. Le festival de la bande dessinée battant son plein, les rues sont remplies, les chapiteaux bondés, les expositions à guichets fermés. Il ne reste pas grand choix.

Il y a bien cette conférence avec un auteur à l’auditorium du conservatoire. Mmmmh… pourquoi pas ? Après tout, le ciel noir de pluie n’annonce rien qui vaille. Et puis le molleton des fauteuils de la salle ne sera pas de trop après les heures debout, passées dans les stands et les files d’attente.

La salle est remplie. Autant de personnes désireuses de s’abriter, certainement, d’autant que la pluie s’est mise à tomber mêlée de grêle. Dans le son feutré de la salle, l’interview de l’homme assis sous les projecteurs commence.

Philippe Druillet (puisqu’il s’agit de lui) a commencé dans les années 60 en tant qu’apprenti photographe. Ces débuts sont plutôt difficiles comme il en témoigne en disant avoir été rejeté de partout. Néanmoins, son intérêt se porte très rapidement sur un domaine essentiel pour la suite: la bande dessinée.

Son premier livre, Le Mystère des abîmes, publié en 1966 lui permet d’exprimer sa fascination pour la science-fiction et de mettre en place le personnage récurrent de son œuvre, Lone Sloane.

Son travail trouvera un écho en la personne de René Goscinny qui l’engage au journal Pilote dont la parution sera, au tout début, en bichromie. Parallèlement, il produit des affiches et joue dans des films à petit budget tel Le Viol du vampire de Jean Rollin dont la teneur fantastique et passablement érotique n’est pas sans rappeler ses propres productions. L’année 1970 le voit réaliser Le Dieu Noir, premier épisode de la saga des Six Voyages de Lone Sloane.
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Aux débuts dans les pages de Pilote succède l’aventure de Métal Hurlant. Période de tous les excès, il dessine énormément et dort peu. C’est aussi à ce moment-là qu’il fait préfacer ses œuvres par Goscinny ou George Lucas, grand amateur de bandes dessinées françaises. Ces années sont également marquées par les échanges avec Robert Crumb et sa bande, alter ego transatlantique du magazine parisien. Dans une sorte d’émulation artistique, ils créent telle une « école artistique de la Renaissance ».
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L’artiste est constitué de strates diverses et variées, affirme-t-il. Ses compositions prennent ainsi leurs sources chez de nombreux autres créateurs qu’il admire. Escher pour ses constructions non-euclidiennes, Moebius qu’il a côtoyé, Bugatti pour les sculptures qu’il produit actuellement, Lovecraft pour son imaginaire débridé… Par ailleurs, c’est en illustrant ce dernier dans le Nécronomicon qu’il se trouvera déposédé de son travail sur cet ouvrage. Sa signature effacée, on fera passer ses illustrations pour l’œuvre d’un autre.

Il diversifie son œuvre dans des tableaux, des meubles, des vases, de la décoration d’appartement, des décors de tournage pour les Rois Maudits. Tel un Raphaël ou un Léonard de Vinci, il veut être un artiste complet. Grattant sous les couches successives de l’art, il en arrive à créer des peintures proches de la primitivité des mythes fondateurs de l’humanité. Cependant ses premières amours ne sont pas loin. Il adapte le Salammbô de Flaubert en découpant les cases et s’apprête à faire de même avec la Divine Comédie de Dante.

Au travers de toutes ces créations, cet infatigable dormeur éveillé semble vouloir faire surgir la bande dessinée dans la réalité, lui faire prendre corps afin qu’elle soit reconnue comme un art majeur. Les illustrations surnaturelles qui font irruption à l’écran pour accompagner ses paroles montrent ce désir de faire exploser les cadres, d’être plus que de simples dessins en deux dimensions.

Au sortir de la salle, il ne pleut plus. Seuls restent dans le ciel quelques nuages noirs qui s’attardent de même que les rêves que Philippe Druillet, le conteur, nous a laissés dans la tête.

 

 

Romain et Fabien, AS Bibliothèque



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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 13:00

Tanquerelle-et-Benoit-La-communaute-1.jpg



 

 

 

 

 

 

 

 

Hervé TANQUERELLE

et Yann BENOIT
La Communauté
« entretiens, première partie »
Futuropolis, 2008




 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Hervé Tanquerelle
 www.futuropolis.fr/fiche_auteur.php?id_contrib=71108
et son beau père, Yann Benoît

 http://www.futuropolis.fr/fiche_auteur.php?id_contrib=73178



L'histoire

Hervé et Yann discutent sous forme d'interview ; Hervé a pour projet d'écrire l'histoire de la jeunesse de Yann et de la communauté à laquelle il a participé. Il raconte son expérience ; il est important de vous dire que c’est la vision de Yann qui est retranscrite ; peut être que les autres membres de la communauté n'adhéraient pas à cette communauté pour les mêmes raisons ou simplement avaient des idées différentes.

Nous sommes en 1968, dans les Trente Glorieuses, une période économique prospère ; trouver du travail est chose plus facile qu'aujourd'hui. Yann vient d'une famille bourgeoise et, loin de s'en féliciter, il veut à tout prix sortir de ce milieu. Petit, il jouait avec des enfants de toutes catégories sociales et c'est le jour où il participa à un repas de famille qu'il se rendit compte du malaise, car un de ses amis le servait, lui. Depuis ce repas, il a envie de rencontrer des gens différents et prend un malin plaisir à provoquer gentiment son entourage avec ses copains. Cependant, il n'ont pas pour but de changer les choses, ils se moquent seulement des codes établis.
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Puis mai 68 arrive et, avec les événements, la possibilité d'une autre perception du monde. Là, l'enjeu de stopper la société de consommation devient important pour le groupe puisque consommation = aliénation.

C'est alors qu'ils ont l'idée de créer une communauté, à la campagne évidemment. En 72, ils trouvent le lieu parfait : une ancienne minoterie avec un moulin et des habitations à retaper. Au début, ils sont une vingtaine, ils reconstruisent comme ils peuvent les bâtiments en n'oubliant pas l'atelier de sérigraphie puisque cette communauté s'est fondée autour du travail. De plus, ils ont tout de même un but politique : montrer l'exemple pour changer le modèle et ainsi petit à petit convaincre ceux qui les entourent, à commencer par  les voisins agriculteurs. Ils apprennent à cultiver un potager et commencent un petit élevage de poulets, lapins, et même un cochon...
Tanquerelle-et-Benoit-La-communaute3.jpg


Quelques mots

Ces entretiens découlent directement de l'expérience vécue par Yann Benoît, mais comme il la raconte beaucoup plus tard, il adopte un point de vue critique et amusant sur ce qui s'est passé. Il tient à marquer le caractère différent de cette aventure par rapport aux communautés hippies qui se sont créées à la même époque.

Ce premier tome raconte la création de cette communauté jusqu'au jour des portes ouvertes en 74. Le deuxième tome raconte plutôt pourquoi ça n'a pas marché.

Le dessin de Tanquerelle rend l'histoire passionnante, il mélange les styles de dessin et multiplie les points de vue avec un jeu entre le vieux et le jeune Yann.
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Manon L. 2e année bib-méd.

 

 

 

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 07:00

Manara-Jodorowsky-Borgia.gif

 

 

 

 

Scénariste : Alejandro JODOROWSKY
Dessinateur : Milo MANARA
Traducteur : Jean-Michel BOSCHET
Borgia (série complète en quatre tomes)
Drugstore, collection adulte
Pour le premier tome :
Première édition en France : SEFAM, 2004
Première édition chez Glénat : décembre 2008
Edition intégrale,
tirage unique et limitée
avec ex-libris de Manara : novembre 2011
Pour les éditions des autres tomes,
voir http://www.drugstorebd.com/bd/borgia-integrale-luxe-tirage-unique-9782723485692.htm


 

 

 

Biographie de Jodorowsky

D'origine chilienne, Alejandro Jodorowsky est né en 1929. Il multiplie les activités dans des domaines variés : scénariste et acteur dans le cinéma, auteur de performances, romancier, poète et, ce qui nous intéresse plus particulièrement, scénariste de bande dessinée de renommée internationale.

Depuis les années 80, Jodorowsky travaille surtout comme scénariste de bande dessinée ; il est particulièrement connu pour être l’auteur de la série L'Incal, dont les premiers albums sont dessinés par son complice Mœbius. Associé au dessinateur Juan Gimenez, il produit La Caste des Méta-Barons, vaste saga se déroulant dans le même monde que L’Incal, où il donne libre cours à ses théories sur l’importance de la lignée, le rôle de la paternité et de l’union entre deux amants.

Une autre série, Les Technopères, en collaboration avec le dessinateur Zoran Janjetov (avec qui il a déjà collaboré sur la série Avant l'Incal), reprend et développe ses mythes personnels. Il scénarise également la série Juan Solo, sorte de thriller situé dans une ville corrompue d’Amérique du Sud, où un jeune homme entame un parcours initiatique à travers la violence et l’immoralité. Jodorowsky et Mœbius se retrouvent en 2000 pour réaliser Après l'Incal, qui reste inachevé avec un seul album intitulé Le Nouveau Rêve.

Finalement, c'est en 2008 que Jodorowsky crée la dernière partie du troisième arc de L'Incal, avec le premier tome de la série Final Incal dessinée par José Ladrönn.

Il a aussi collaboré avec François Boucq sur les séries Face de Lune et Bouncer ainsi qu’avec Arno, Covial et Marco Nizzoli sur deux séries – Les Aventures d'Alef-Thau et Le Monde d'Alef-Thau – dans lesquelles le personnage principal, né enfant-tronc, va acquérir au fur et à mesure des épisodes son intégrité physique et spirituelle.



Biographie de Manara

Milo Manara naît à Luson en Italie en 1945 dans une famille peu aisée. Dès 12 ans, il travaille, réalisant de petites peintures décoratives sur commande. Par la suite, il s'inscrit dans un lycée privé d'art et devient l'assistant d'un sculpteur espagnol à Vérone. Puis il s'inscrit à l'université d'architecture à Venise. Il découvre la bande dessinée tardivement à travers Barbarella notamment ; il est séduit par le fait qu'il s'agisse de séries et son faible coût qui rend ce medium abordable pour le plus grand nombre. Manara commence donc sa carrière de dessinateur de bande dessinée en 1968 avec des séries érotico-policières dont Genius, puis une série dont le protagoniste est une femme pirate, Jolanda.

En 1974, il réalise une adaptation du Décaméron de Boccace. En 1976, Le Singe est son premier récit ambitieux. À la même époque, il collabore à La Découverte du monde en bandes dessinées aux éditions Larousse. En 1978 sort L’Homme des neiges et, la même année, Les Aventures de Giuseppe Bergman.

En 1983, sa carrière prend une nouvelle direction avec Le Déclic qui le consacre en tant que maître de la bande dessinée érotique. En 1987, Hugo Pratt devient son scénariste pour Un été indien, expérience qu'ils rééditent sept ans plus tard avec El Gaucho.

Entre-temps, sur un scénario de Federico Fellini, il met en images Voyage à Tulum (1984), collaboration qui se poursuivra en 1992 avec Le Voyage de G. Mastorna.

Aujourd'hui, Milo Manara continue une production régulière d'histoires érotiques mais il participe également à des projets plus originaux, comme l'illustration de portfolios divers.



Sources

Pour ceux qui comprennent l'espagnol, voici le site officiel de Jodorowsky
 http://www.clubcultura.com/clubliteratura/clubescritores/jodorowsky/home.htm

Pour la biographie complète et une bibliographie incomplète
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Alejandro_Jodorowsky

Pour une biographie sélective et la bibliographie également incomplète
 http://jodorow.free.fr/jodorowsky/frame.html

Pour la biographie des dessinateurs ayant travaillé avec Jodorowsky et leur bibliographie
 http://jodorow.free.fr/jodorowsky/Dessinateurs.html

Pour ceux qui comprennent l'italien, superbe site officiel de Manara avec biographie, bibliographie et une galerie d'illustrations sympathique
 http://www.comicon.it/MiloManarasite/fr/fumetti/

Pour une biographie en français :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Milo_Manara



Résumé de la série Borgia

Manara-Borgia_1.jpgLe premier tome retrace la déchéance du Pape Innocent VIII qui, au seuil de la mort, s'abreuve du sang de jeunes hommes et femmes du peuple dans le but illusoire d'atteindre l'immortalité et les intrigues qui conduisent Rodrigo Borgia à l'accession au Saint-Siège, sous le nom d'Alexandre VI, en 1492.

À peine arrivé au pouvoir, il doit déjà affronter, dans une Rome en pleine décadence, la colère du peuple encouragée par des voix virulentes, notamment celle d'un moine, Savonarole, qui s’élèvent contre ce pape aux mœurs plus que dissolues. Déjà des alliances politiques se profilent entre certaines villes italiennes et la France ou l’Espagne pour le renverser. Alexandre VI va devoir trouver le moyen de manipuler l’opinion et susciter des alliances d’intérêt en utilisant au mieux ses enfants, César, Juan et Lucrèce. Tous les moyens seront bons pour préserver son pouvoir.

Dans le troisième tome, les cieux semblent donner raison au moine florentin puisque la ville devient, une nouvelle fois, la proie de la peste. De plus, Charles VIII menace d’envahir la péninsule pour s’approprier le royaume de Naples et détrôner Rodrigo Borgia sur les conseils du cardinal Julien della Rovere qui vise sa succession. Mais le pape, ses conseillers et son sbire veillent et réussiront, à force de manœuvres, à déjouer ces complots.

Au cours du dernier tome, César Borgia se rend auprès de son père. Il va retrouver aux côtés de ce dernier son frère Juan qui revient d'Espagne. Alors que la famille est réunie, nous assistons à l'assassinat de Juan, empoisonné, et au report des espoirs du pape sur son fils aîné. Toutefois, rien ne pourra empêcher la déchéance de cette famille et son annihilation quasi complète.

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Commentaires

Bien que l'intrigue soit fondée sur des faits historiques, Jodorowsky n'hésite pas à prendre ses distances par rapport à l'Histoire, choisissant d'accentuer la vie dissolue de la famille Borgia tout en conservant, notamment grâce au dessin extrêmement précis, réaliste et sensuel de Manara, une ambiance propre à transcrire cette époque de décadence, de luttes de pouvoir complexes et de violence.

Cette série n'est évidemment pas à mettre entre toutes les mains puisque nombreuses sont les scènes de débauche en tout genre : alcool, relations incestueuses (entre le père et la fille, la sœur et le frère, l'oncle et la nièce), orgies sexuelles, corruption et assassinats sont omniprésents. Ce qui dénote une critique sévère de la religion, mais plus largement aussi du pouvoir et de l'abus qui en est presque systématiquement fait. En outre, la conclusion de la quadrilogie peut donner raison à ceux qui chercheraient une portée morale à tout cet étalage de luxure et de violence, puisque la famille Borgia est déchue de ses fonctions, la majorité de ses membres sont assassinés ou morts et le dernier survivant, César, cache son visage défiguré par la vérole derrière un masque.

Manara, en raison de son expérience dans la bande dessinée érotique, était tout désigné pour réaliser cette série. À travers de larges cases où se déroulent des scènes carnavalesques d'orgie, emplies de détails plus croustillants les uns que les autres, on perçoit le plaisir éprouvé par Manara lors de leur réalisation ainsi que l'étendue de son talent. Le parti pris d'un rendu rétro des couleurs peut rebuter au départ mais sert finalement à la perfection l'ambiance à la fois faste et décadente de cette époque.
Manara-borgia_3.jpg

L.U., AS Éd.-Lib.



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