Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 07:00

Matthias-Picard-Jeanine.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Matthias PICARD
 Jeanine
L’Association, mars 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étudiant aux arts décoratifs de Strasbourg, Matthias Picard  se rend régulièrement chez sa voisine Jeanine, une prostituée de 64 ans. Cette dernière parle d’elle, de sa vie, qui se révèle être trépidante et bouleversante. Le jeune homme prend alors des notes, puis s’équipe d’un dictaphone pour recueillir la totalité de ce qui est conté par Jeanine. En 2009, Matthias Picard se voit offrir la possibilité de publier ce qu’il a recueilli de  ses entretiens sous forme de bande dessinée. Le feuilleton Jeanine paraît entre 2009 et 2010 au sein de la revue Lapin, éditée par la prestigieuse maison d’édition l’Association. Les épisodes de la série sont ensuite rassemblés, prolongés de quarante pages, afin de composer l’album Jeanine, qui  paraît en mars 2011 à  l’Association.

Au cours de la bande dessinée, la vieille dame raconte sa jeunesse en Algérie au sein d’une famille extrêmement pauvre, son don pour la natation, son séjour en prison, son militantisme à la tête de la délégation des prostituées de Strasbourg… Tout en représentant ces aventures, l’auteur se met en scène dans l’appartement de sa voisine, recueillant des bribes de son quotidien. Cela confère à l’ouvrage une double dimension, à la fois romanesque et emplie de simplicité. La bande dessinée Jeanine est ce qu’on appelle un « roman graphique » dans le sens où elle aborde un thème mature, celui de la prostitution, et s’approprie un genre qui n’est pas habituellement attribué à la bande dessinée mais à la littérature écrite : la biographie. Ce qui fait toute l’originalité et la qualité de cet album c’est qu’il donne à voir le processus de composition de l’œuvre, tout en dévoilant peu à peu la personnalité profonde de l’héroïne, Jeanine.



Justesse et authenticitéJeanine-1.png

L’album Jeanine est fortement ancré dans le réel : tout au long de l’album sont représentées les visites de l’étudiant chez Jeanine, les quelques questions qu’il lui pose, leurs rencontres fortuites au bas de l’immeuble… L’auteur se met donc lui-même en scène dans ce que l’on pourrait alors appeler une mise en abyme de la création : le processus de réalisation de l’œuvre est révélé au lecteur, ce qui a pour effet de créer un fort sentiment de proximité avec le personnage de Matthias Picard. En effet, l’étudiant se fait le passeur des propos de Jeanine : ses étonnements, interrogations, doutes sont partagés par le lecteur. En témoignent les expressions de fascination voire de tristesse représentées sur le visage de l’étudiant et qui sont aussi provoquées chez le lecteur.

Cette justesse dans la manière de représenter les personnages, leurs émotions, en collant au plus près de leurs personnalités réelles, donne au livre son caractère authentique, vrai.

Matthias Picard se détache des représentations qui sont faites habituellement de la prostitution, à savoir une insistance sur les conditions de vie difficiles ou une mise en avant de la dimension sexuelle propre au métier. Si certaines pages évoquent Jeanine-2.pngeffectivement ces réalités, c’est avant tout par souci de vérité. L’album est certes émouvant, mais il comporte aussi beaucoup d’humour dans sa façon de représenter Jeanine. Son langage, sa vision des choses, sa manière de raconter sont transcrits afin de correspondre le plus possible à la véritable personne. Cette authenticité se ressent à travers l’oralité du langage, sa spontanéité. La simplicité, le naturel avec lesquels Jeanine raconte des épisodes stupéfiants de sa vie sont à la fois désarmants et drôles, tout comme sa façon de mêler à ses récits extraordinaires des observations banales sur son quotidien.

Cette naïveté est aussi rendue au travers du trait spontané de l’auteur, qui dessine directement au feutre, sans chercher à reproduire des personnages à l’identique mais plutôt à les modeler de façon à ce qu’ils puissent rendre compte de de sa propre vision des choses.



Du personnage à la personne
Jeanine-3.jpg
L’album fourmille de ces récits extraordinaires, touchants, contés par Jeanine. Celle-ci apparaît comme une véritable héroïne de roman : elle a sauvé des vies à plusieurs reprises, s’est battue contre des policiers pour sauver son compagnon, a défendu la cause des prostituées au congrès de l’ONU… Pourtant, ce qui semble intéresser le plus l’auteur, au-delà de ces aventures, c’est Jeanine, non en tant que personnage mais comme personne humaine. Cet intérêt pour le quotidien de cette dame apparaît clairement dans l’album : alors que Jeanine met un terme à une visite de l’étudiant, celui-ci est représenté dans une case en train de noter d’un air satisfait les anecdotes banales dont lui fait part sa voisine en le raccompagnant à la porte.

Les pages retranscrivant les conversations d’ordre privé prennent de plus en plus de place : on fait la connaissance de Jean-Pierre, son colocataire et compagnon de vie, on la voit accomplir des gestes quotidiens comme donner à manger à son chien… Les souvenirs, au contraire, sont souvent condensés sur des pages qui comportent une majorité de texte, entrecoupé de petites illustrations. Ces planches diffèrent du reste de l’album, aménageant des sortes de pauses. Ce constant balancement entre entretiens et reconstitution des événements vécus par Jeanine donne à l’ensemble de l’œuvre un caractère composite, varié, rendant ainsi la lecture agréable.

Matthias Picard entre peu à peu dans l’intimité de sa voisine et met en scène le lien qui se crée entre les deux personnes. Cette complicité qui s’instaure se révèle à travers le dessin. On remarque que le trait évolue entre le début et la fin du livre : dans les premières pages, une importance est accordée aux détails du visage de Jeanine : ses rides, son maquillage sont mis en avant, évoquant les atours d’une prostituée. En revanche, à la fin du roman, le trait s’est simplifié, le visage est plus naturel, sans fard.

L’affection de l’étudiant pour sa voisine est transmise au lecteur qui s’attache, peu à peu, à cette vieille dame friande de courses hippiques et de jeux télévisés.
Jeanine-5.png


Un album à deux voix

En montrant Jeanine dans toute sa simplicité, en mettant l’accent sur son quotidien, Matthias Picard rend un véritable hommage à cette femme qui confie avoir longtemps caressé l’idée d’écrire un livre poignant sur sa vie. La grande majorité du texte de la bande dessinée est une retranscription du discours de Jeanine, à la première personne : ainsi, c’est elle qui transmet son histoire à travers ses propres mots. En outre, la vieille dame choisit ce qu’elle souhaite raconter de sa vie. Les questions que lui pose son interlocuteur sont rares, et souvent éludées. L’histoire se compose ainsi au gré des souvenirs de Jeanine, qui refont surface de manière arbitraire et se révèlent parfois incertains, ou exagérés. En effet, un doute s’installe à un moment donné quant à la véracité de ces récits lorsque le personnage de l’auteur fait des recherches sur internet qui se révèlent infructueuses.
Jeanine-6.png
Le caractère incertain du récit est totalement assumé par l’auteur, qui montre aussi que ses dessins dépendent de son imagination, correspondent à sa propre vision des choses, quitte à paraître parfois stéréotypés. La forme que prend l’œuvre dépend donc à la fois de la mémoire et de la volonté de Jeanine mais aussi de la manière dont l’auteur se représente ce qui lui est raconté. Il est évident que la transmission des entretiens entre Matthias Picard et sa voisine sous forme de bande dessinée se fait à travers le filtre du créateur, qui décide de représenter ou d’éluder tel ou tel détail. En témoigne cette représentation graphique qui est donnée des aléas de la vie amoureuse de Jeanine, à l’aide d’une double planche qui permet de résumer des faits et de les représenter sans insister sur leur caractère douloureux.

Jeanine est donc un album très personnel, au sein duquel deux rapports au monde se trouvent intimement liés. Les techniques propres à la bande dessinée, c'est-à-dire la composition de chaque image, mais aussi l’enchaînement entre les cases sont conviées afin de traduire la vision de l’auteur. Il en est ainsi par exemple lorsque Jeanine confie sa détresse, puis son recours à la prostitution pour exorciser sa haine des hommes. Dans cette planche, le personnage se fond peu à peu dans le décor noir, éclairé par quelques points blancs qui donnent aux images un caractère abstrait. Le fourmillement de ces points permet de transmettre un sentiment de désarroi, le lecteur se sent perdu dans ces cases qui s’enchaînent et se ressemblent. Finalement, le plan d’ensemble de la dernière case de la page révèle que les points blancs ne sont autres que des phares de voitures dans la nuit, ce qui appuie le discours de l’héroïne en représentant de manière symbolique le travail à la chaîne auquel elle s’est adonnée.

Le travail du dessin, tout en contrastes, exacerbe le côté personnel de l’album. En effet, on a l’impression de pouvoir accéder à la manière dont les images ont été réalisées car les traits au feutre,  les quadrillages au crayon, les aplats à l’encre de chine apparaissent de manière brute.
Jeanine-7.png


Mon avis

J’ai eu la chance de rencontrer Matthias Picard à la librairie Mollat : il m’a dit avoir éprouvé des difficultés à dessiner seulement en noir et blanc, selon la consigne donnée par l’éditeur, ce qui l’a poussé à explorer de nouvelles techniques graphiques. La composition de l’album est à mon sens tout à fait réussie.

Matthias Picard m’a aussi confié avoir attaché beaucoup d’importance, au cours de la réalisation de la bande dessinée, à montrer la vie de Jeanine sous un jour qui ne soit ni scabreux ni pathétique. Le défi est réussi : l’album est remarquable par sa capacité à faire entrer le lecteur dans l’intimité d’un personnage en évitant l’écueil de l’intrusion, du voyeurisme. Cet accomplissement est dû selon moi à la délicatesse et à la profonde empathie avec lesquelles Matthias Picard dépeint sa voisine. La lecture de Jeanine m’a donné la sensation de connaître véritablement cette femme, et j’ai refermé l’album à contrecœur, avec la sensation que l’histoire n’était pas finie, que Jeanine avait encore beaucoup d’autres choses à raconter. Cette frustration m’a poussée à aller plus loin dans la lecture de la bande dessinée, d’où la réalisation de cette fiche de lecture.


Noémie, AS Bib.

 

 


Repost 0
Published by Noémie - dans bande dessinée
commenter cet article
27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 07:00

Dennis-Bajram-image_1_uw1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dennis BAJRAM
Universal War One, L’intégrale
 Quadrants, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

 

Denis Bajram est né à Paris en 1970. Dès l’âge de 8 ans, il commence à dessiner des albums complets de bande dessinée. Plus âgé, il débute des études de sciences avant d’aboutir dans le domaine des Beaux-Arts puis des Arts Déco, où il étudie le graphisme et la scénographie. Remarqué dans un fanzine nommé Scarce, il travaille ensuite pour le magazine Goinfre en 1992 et en devient le rédacteur en chef un an avant de le quitter.

Sa première œuvre en deux tomes, Cryozone, est réalisée en collaboration avec le scénariste Thierry Cailleteau et paraît chez Delcourt en 1996, puis en 1998.

Denis Bajram s’installe par la suite à Angoulême, où il travaille à l’atelier Sanzot (aujourd'hui  Crocogoule) puis l’atelier Entropie (ateliers de bande dessinée).

 

C’est en 1998 que les éditions Soleil lui proposent de travailler sur une nouvelle série de science-fiction : Universal War One. La série paraît d’abord de façon épisodique dans le journal Lanfeust Mag avant d’être adaptée en bande dessinée. Pendant neuf ans, Denis Barjam se penchera sur cette série qui s’achèvera au sixième tome en 2006.

Il participe à la création de l’atelier Central Park à Paris, et commence le scénario d’une nouvelle série, Les Mémoires mortes, publiée aux Humanoïdes Associés.

Après Paris, c’est à Bruxelles qu’il s’installe, avec son épouse, Valérie Mangin, et ils fondent ensemble la structure éditoriale Quadrant Solaire en 2006, puis Quadrants en 2007.

Aujourd’hui, c’est en Normandie que Denis Barjam poursuit ses projets de bande dessinée, tout en s’adonnant à d’autres activités comme le développement de programmes informatiques, la musique, etc.



Universal War One

Les principaux personnages de l’escadrille Purgatory

L’escadrille Purgatory est une escadrille spéciale ; ses membres ont tous un point commun, celui d’être du « gibier de potence » : en attente d’être jugés par la cour martiale. Intégrer l’escadrille est pour eux une deuxième chance, une occasion unique de pouvoir se racheter de leurs erreurs passées.

 


Kalish

Kalish est un paria à la carrure imposante, ce qui détonne beaucoup avec son statut de scientifique surdoué. Il considère autrui comme inférieur, est agressif et incapable de se contrôler. Il a provoqué une bagarre et blessé gravement plusieurs personnes.

 

 

Mario

Mario est un couard. Il est incapable de prendre des décisions importantes et d’affronter le danger. Au cours d’une mission, alors qu’il commandait un convoi, il a paniqué devant l’approche d’un champ d’astéroïdes causant ainsi la perte de trois navettes.

 

 

Balti

Balti est le stéréotype d’un super héros vaniteux, machiste et hautain. Orgueilleux, il n’en fait qu’à sa tête. Voulant jouer les héros, il a tenté de secourir l’équipage d’une navette en difficulté, sans attendre les secours. Son initiative héroïque s’est achevée par un drame : il a percuté la navette de secours, ôtant tout espoir de secourir le vaisseau en difficulté et faisant trois blessés.

 

 

June

Elle est la fille de l’amiral de la flotte. Étouffée depuis toujours par son père, elle cherche à se défaire de son ombre en désobéissant. Elle a refusé d’obtempérer à des ordres de ses supérieurs qui visaient à réprimer par la violence une rébellion de mineurs civils.



Amina

Elle a été victime durant sa vie de plusieurs agressions sexuelles. Pour se venger, elle a littéralement émasculé au cuter l’un de ses agresseurs qui est depuis dans un coma profond.

 

 

Milorad

Milorad a vécu son enfance dans un orphelinat religieux dans lequel il était humilié et maltraité. Il a agressé sexuellement une infirmière.



Résumé

2098. La galaxie est réunie autour d’un gouvernement unique : La Fédération des Terres Unies. Bien qu’autoritaire, il permet d’unir les hommes et de faire régner l’ordre. Mais dans l’ombre, les Compagnies industrielles coloniales, association de grands groupes d’industriels et financiers, se développent. Ces partisans, envieux d’une économie ultra libérale où les grands groupes ne sont plus contraints par un rattachement étatique, créent en secret une armée et menacent la paix.

Dans l’espace, un mur sombre apparaît et masque une partie du système solaire. L’armée de la Fédération des Terres Unies (UEF) dépêche une flotte sur place pour étudier et tenter de comprendre le mystérieux phénomène. L’escadrille Purgatory est envoyée au plus près du mur pour l’observer. Des sondes traversent la masse sombre pour prendre des mesures mais aucune ne parvient à transmettre de données, la force gravitationnelle à l’intérieur du mur semble trop forte. Grâce à un ingénieux système de générateur antigravitationnel, Kalish, paria scientifique de l’escadrille, parvient à ouvrir un passage. Mais l’activité de l’escadrille, suite à des problèmes internes, est suspendue et menacée d’être dissoute car trop indisciplinée. Or il y a eu des récidives. Suite à une altercation et sur un coup de tête inconscient, Balti, autre membre de l’escadrille, traverse le mur avec son vaisseau sans autorisation et revient quelques minutes plus tard avec un modèle différent et mortellement blessé. Voulant comprendre les raisons de sa mort, l’escadrille décide de traverser le mur à son tour, malgré l’interdiction formelle.

Arrivée de l’autre côté, l’escadrille est attaquée et est obligée de battre en retraite. À leur retour, ils sont mis aux arrêts pour leur indiscipline, mais par un habile chantage, Kalish parvient à libérer ses camarades. Il est en effet le seul à comprendre le phénomène du mur, et accepte donc de transmettre son savoir aux autres scientifiques en échange de la liberté de ses amis. Le mur serait en réalité plutôt un cône dont la source proviendrait de l’extrémité la plus fine.
 Dennis-Bajram--image2_uw1.jpg
Or une station des Compagnies Industrielles coloniales (C.I.C) a été localisée à cet endroit. Après que tous les vaisseaux se sont équipés de générateurs antigravitationnels permettant de franchir le mur, la flotte de l’UEF se décide à le traverser. Un combat est engagé, au cours duquel les ennemis, inconnus, disposent d’un avantage qui met rapidement la flotte en péril : l’espace6temps est contracté à l’intérieur ; plus on se rapproche de la source du cône, plus le temps s’accélère. Ainsi, le temps se déroule beaucoup moins vite pour les adversaires, qui ont tout l’occasion d’abattre les vaisseaux de l’UEF se déplaçant au ralenti. L’escadrille Purgatory contourne Saturne qui a été littéralement coupé en deux par le filament sombre à l’extrémité du cône et cherche à détruire au plus vite la source de ce dernier afin qu’il disparaisse et que le cours du temps se rétablisse. Ils parviennent à leur but mais Amina a été touchée au cours de la bataille et s’est écrasée sur une planète. L’explosion de la station et la destruction du mur produisent un effet inattendu : l’escadrille se retrouve propulsée dans le passé, face à la station qu’ils viennent de détruire. Ils s’arriment à elle pour l’explorer. Mario voit dans ce retour dans le temps une occasion de sauver Balti : il n’est pas encore tué et traverse le mur à ce moment, Mario part donc le récupérer avant qu’il ne meure une deuxième fois. Mais de retour à la station, un scientifique, resté seul, caché dans cette dernière, les empêche de repartir vers le reste de la flotte. Il travaillait avec une équipe sur une arme révolutionnaire : un laser dont le rayon serait une hyperconcentration du temps.

 

Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu lors des essais : le rayon est devenu un wormhole (sorte de petit trou noir), un cône à l’intérieur duquel le temps est concentré. L’homme refuse de laisser partir l’escadrille de peur de créer un paradoxe temporel et de perturber le cours du temps : si Balti ne meurt pas et repart avec eux, Mario ne traversera jamais le mur et c’est ainsi toute l’histoire qui se retrouve modifiée. Mais très vite, Kalish comprend que « le temps est indivisible, il est le corps même de l’univers ». Le paradoxe temporel n’existe pas, l’univers et le temps ne sont qu’un, il est impossible de les modifier. Ainsi la boucle se boucle, tous les éléments se rejoignent : Balti décide de mettre fin à ses jours pour redonner au temps son cours normal, il se blesse mortellement et ses blessures sont identiques à celles qu’il avait quand il est découvert mort par l’escadrille au début de l’histoire. Kalish le transporte dans une navette, elle même identique à celle qu’il a utilisée pour retraverser le mur au début de l’aventure…

L’escadrille finit par s’échapper et se dirige vers la Terre pour tenter de localiser l’emplacement d’une deuxième station wormhole et la détruire avant que les C.I.C, qui ont lancé un ultimatum aux Fédérations des Terres Unies, menaçant de détruire la Terre, ne s’exécutent. L’escadrille Purgatory découvre que la station C.I.C est cachée au sein d’une station terrienne, mais ne parvient pas à temps pour l’arrêter avant la fin de l’ultimatum : la planète Terre est détruite. L’activation du wormhole a propulsé l’escadrille en dehors de la galaxie, lorsqu’ils parviennent à revenir, grâce à Kalish qui a trouvé le moyen de voyager dans le temps, trente ans se sont écoulés et le monde vit sous la dictature des C.I.C. Furieux de la destruction de la planète mère, Mario se jette au cœur de la station et la détruit, ainsi que le wormhole. Les Purgatory se dirigent alors sur Mars colonisée, pour tenter de monter une rébellion contre un régime où les moindres agissements des citoyens sont contrôlés, surveillés, rendant tout soulèvement quasi impossible.

C’est pourtant à la tête d’une petite armée de rebelles que l’escadrille parvient à attaquer en même temps toutes les stations wormhole et le Palais, où réside le Président du conseil d’administration des C.I.C, l’homme à la tête de toute l’organisation. Cet homme, à la stupéfaction générale, n’est autre que Mario. Sa tentative désespéré pour anéantir la station ne l’a pas tué, mais l’a renvoyé dans le temps, 95 ans en arrière. Étant technicien, il a reconstitué un moteur gravitationnel, invention unique à l’époque, grâce à laquelle l’humanité a pu partir à la conquête de l’espace. Il devient donc rapidement un homme immensément riche et fonde son empire : Les C.I.C.

Le but ultime de cet homme est désormais de faire une déclaration universelle de guerre en lançant, sous les yeux de l’escadrille une version améliorée du wormhole, dont le rayon d’action du mur est visible depuis les autres galaxies. Mais ses plans ne se déroulent pas comme prévu : surgie du temps, une escouade de soldats très avancés technologiquement met fin au complot. Ces hommes viennent d’une civilisation appelée les enfants de Canaan, fondée par Kalish il y a trois siècles et dont le devoir était d’interrompre la guerre. C’est donc sur une planète isolée que partent les membres de l’escadrille, afin de créer cette civilisation parfaite et son récit fondateur : La Bible de Canaan.



L’analyse

 La psychologie des personnages.

Ce qui frappe dès les premières pages de cette bande dessinée, c’est la volonté de l’auteur de donner une psychologie particulière à chacun de ses personnages. Tous se comportent selon leurs défauts. Mais la particularité est que leurs vices sont complémentaires : associés aux défauts d’autres personnages, ils créent un équilibre. Au cours des missions, Balti et Mario travaillent ensemble alors qu’ils ont des personnalités contraires : Mario est peureux, Balti fonce sans réfléchir. Cette association de leurs caractères antagonistes devient une force : ils agissent mieux à deux.

Néanmoins, la personnalité de chaque personnage emprunte des chemins très convenus, ce qui brise la possibilité de surprendre le lecteur : leurs actions sont prévisibles.



Une épopée biblique

Au début de chaque chapitre, un extrait d’une Bible, « la Bible de Canaan », est cité. À mesure de l’avancée de l’histoire, ces citations prennent un sens. Au début elles concernent la création de l’univers par Dieu, l’exclusion du Paradis de l’Homme et son arrivée sur Terre, l’assassinat d’Abel par son frère Caïn, pris de jalousie. Puis l’arrivée du déluge, l’unification des hommes, la création de la tour de Babel…

Si cette Bible est fictive, elle s’inspire néanmoins beaucoup de la Genèse. De nombreux éléments de la bande dessinée rappellent un épisode biblique et c’est en réalité sur ces derniers que se construit toute l’architecture du récit. À la fin de la bande dessinée, on comprend que cette « Bible de Conaan » est rédigée par Kalish, qui est revenu dans le passé par le voyage dans le temps pour fonder sa civilisation. Il joue un rôle de prophète, il écrit l’histoire de l’humanité avant qu’elle ne se soit produite, car il l’a déjà vécue.

On retrouve ainsi l’épisode de la création de l’univers par Dieu, provenant de la Bible (Genèse un et deux), quand le lecteur découvre le monde dans lequel vivent les personnages au début de l’histoire.

Le péché (Genèse trois) est aussi présent, à travers les défauts de chaque personnage (orgueil, désobéissance, peur…) et la soif de connaissance de l’humanité qui souhaite s’élever toujours plus haut par la science, les technologies…

Caïn et Abel (Genèse 4) sont incarnés par le personnage de Balti. Ce dernier est une erreur de l’univers, un paradoxe, il est vivant alors qu’il devrait être mort. La lutte intérieure de ce personnage est représentée par l’assassinat d’Abel par Caïn : conscient de sa situation, il se tue. Balti cherche aussi à être reconnu des autres, tout comme Caïn cherche à être reconnu auprès de Dieu par son offrande dans la Bible.

Le déluge sur Terre (Genèse 6) est symbolisé par la destruction de la planète par les C.I.C et l’Arche de Noé (Genèse 7, 8 et 9) par l’escadrille qui s’échappe de la Terre à bord d’une navette.

La tour de Babel et l’unification des hommes (Genèse 11) est illustrée par l’empire des C.I.C contrôlant la galaxie par une dictature unique et dont l’objectif est de conquérir l’univers. Dans la Bible, la tour de Babel a ressemblé l’humanité en une seule faction et pour un objectif : conquérir les cieux et être à l’égal de Dieu.

Enfin, la bande dessinée reprend l’exil d’Abraham dans le pays de Canaan (Genèse 12) : Kalish (représentation d’Abraham) et le reste de l’escadrille partent fonder une civilisation sur une planète lointaine appelée Canaan, qui sera chargée d’arrêter les C.I.C.


 Dennis Bajram image 3 uw1

Canaan : une terre d’utopie

La planète sur laquelle se retrouve l’escadrille est loin de tout. Isolée par le temps, car les personnages sont revenus dans le passé, et l’espace, car située à l’écart du système solaire de la Terre.

Les habitants y vivent en parfaite entente, il n’y a aucun conflit : le voyage temporel permet de ne pas oublier les erreurs passées de l’Homme, la civilisation peut se construire en paix, en apprenant des leçons de celles-ci.

La technologie est utilisée de façon pacifiste, pour et non contre les hommes. Les individus sont représentés comme étant parfaits : beaux, musclés, sages…

On retrouve dans le portrait de cette civilisation beaucoup de points commun avec des œuvres utopiques et plus particulièrement celle de Thomas More (Utopia) : le lieu est éloigné, parfaitement protégé, les habitants vivent en totale harmonie et  chaque homme est égal aux autres…



L’empire C.I.C : Ultralibéralisme économique et dystopie à grande échelle

La dictature C.I.C est très inspirée des grands romans dystopiques comme 1984 de George Orwell ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. On retrouve un univers où les libertés n’existent plus, où le pouvoir en place contrôle et surveille les moindres agissements et la pensée de ses citoyens. Dans Universal War One, sous prétexte de sécurité, les C.I.C ont instauré un système de base de données permettant de tracer les moindres faits et gestes des citoyens : la biométrie. Partout les citoyens doivent s’identifier, et sont donc surveillés. Plus qu’un moyen d’identification, la biométrie permet aussi les soins médicaux et sert de système bancaire, excellent moyen d’éradiquer toute tentative d’économie parallèle et donc d’activités contre le pouvoir en place.

Cette société dystopique est le résultat de l’ultralibéralisme économique. Elle reflète une peur dans notre monde d’aujourd’hui, celle de voir de grandes multinationales prendre peu à peu un pouvoir économique, politique et financier trop important, échappant ainsi peu à peu au contrôle des États et devenant plus puissantes et incontrôlables. Associer dystopie et libéralisme économique est peut-être une manière pour l’auteur de dénoncer les dérives possible de ce système.



Le voyage dans le temps, grand thème de la science-fiction

Le voyage dans le temps est un thème majeur dans Universal War One. Une réflexion est proposée sur ce phénomène, sur les conséquences de sa découverte par l’homme comme la finalité de son utilisation. Quand il comprend qu’il vient de trouver le moyen de voyager dans le temps, Kalish tente de se suicider, il n’assume pas sa découverte. Il a peur qu’elle soit utilisée à des fins meurtrières et qu’il soit à l’origine de nombreuses morts.

Mais c’est aussi à la perception du temps que s’intéresse Denis Bajram, aux conséquences du voyage dans le temps sur l’espace. Ainsi est évoquée la théorie du paradoxe temporel, selon laquelle chaque irruption dans le passé ou le futur peut modifier le cours de l’Histoire et dérégler l’univers. Mais cette théorie est rapidement écartée au profit d’une autre, selon laquelle l’univers et le temps ne sont qu’un seul et même corps, indivisible. Rien ne peut donc perturber l’harmonie de l’univers, pas même le voyage dans le temps.

Au cours du récit, les différentes théories scientifiques sont expliquées à l’aide de schémas, ce qui permet au lecteur de mieux comprendre les propos des personnages.



Mon avis

Universal War One est une bande dessinée intéressante qui nous entraîne progressivement dans un univers vaste et vertigineux où sont explorées des thématiques classiques de la science-fiction. Le récit est intelligemment construit, n’est pas superficiel et ne perd pas de sens au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire. Mais cette bande dessinée a aussi ses défauts : la profondeur consacrée à l’intrigue est inégale et les personnages prévisibles. L’auteur abuse de simplifications un peu excessives des théories scientifiques, qui lui permettent trop facilement de sortir ses personnages de certaines situations complexes. Cela manque parfois de crédibilité.


Bastien, 2e année Éd.-Lib.


Repost 0
Published by Bastien - dans bande dessinée
commenter cet article
1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 07:00

Guy-Delisle-Pyongyang.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guy DELISLE
Pyongyang
L'Association
collection « Ciboulette », 2003


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guy Delisle, né en 1966, est un auteur de bande dessinée québécois, également superviseur pour des studios d'animation dont la réalisation des productions est délocalisée en Europe de l'Est ou en Asie. C'est ainsi qu'il se retrouve pendant deux mois à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, l'un des États les plus fermés au monde. Ce séjour lui inspire cet album, qui est le récit autobiographique de ces huit semaines passées au sein de la dictature communiste. D'autres voyages à travers le monde donnèrent lieu, eux aussi, à des albums autobiographiques : Schenzhen (2000), Chroniques birmanes (2007), et Chroniques de Jérusalem (2011).



Deux caractéristiques principales : réalisme et humour

L'album ne tend en aucune façon à être le documentaire exhaustif sur la Corée du Nord d'un grand reporter envoyé sur place, mais bien à présenter le témoignage totalement personnel d'un homme curieux de découvrir d''autres cultures (certains lui reprocheront justement un avis trop unilatéral ou de ne pas chercher réellement à rencontrer la population locale). On ne sent pas dans sa démarche un quelconque militantisme ou engagement politique, mais vraiment un désir de partager une expérience pour le moins peu commune. L’œuvre est ainsi constituée de détails de la vie quotidienne, d'anecdotes glanées ici et là ; on suit l'auteur/personnage à travers la ville, découvrant au fur et à mesure le tableau que le gouvernement veut bien montrer de sa société. Et on reste bouche bée devant ce spectacle, en constatant toutes les absurdités et aberrations de ce pays : une gymnastique qui consiste à marcher à reculons dans la rue, un immense hôtel de cinquante étages pratiquement vide, dont uniquement le quinzième étage est allumé, ou encore un aéroport sans aucun éclairage, alors que le métro en a un « digne de Las Vegas ».

Guy-Delisle-Pyongyang-image2.jpgIl nous raconte la propagande incessante et omniprésente qui règne en cet endroit, en commençant dès les premières minutes du séjour, lorsqu'il est emmené par son traducteur déposer un bouquet de fleurs devant une statue en bronze gigantesque représentant le « père de la nation », Kim Il-Sung (qui demeure le président même après sa mort en 1994 et la reprise du pouvoir par son fils Kim Jong-Il). Même à l'ombre des arbres en pleine montagne, loin de tout, il ne faut pas s'étonner de voir surgir un slogan de cinquante mètres de haut peint en rouge sur la paroi rocheuse, à la gloire du grand leader. Tout cela amène à la grande question que se pose Delisle au cours de son séjour : la population croit-elle vraiment à cette propagande qui, aux yeux des Occidentaux, apparaît tout à fait grotesque ? : « Une chose qui frappe quand on se promène depuis des semaines dans les très propres rues de Pyongyang, c'est l'absence totale d'handicapés. […] "Il n'y en a pas … Nous sommes une nation très homogène et tous les Nord-Coréens naissent forts, intelligents et en santé." Et au ton de sa voix, je crois qu'il le pensait réellement. » L'ironie de la vie a fait que le seul livre que Delisle ait emporté dans ses bagages est 1984 de George Orwell, qui prend pour lui tout son sens au sein de ce pays où absolument tout est surveillé et contrôlé.
Guy-Delisle-Pyongyang-image3.jpg
Toutefois, cette image, empreinte d'un réalisme pour le moins tragique, nous est dépeinte avec un humour caustique à souhait qui permet de se plonger sans difficulté dans ce volume plutôt épais, sur un sujet peu joyeux. Les sarcasmes et les blagues fusent et réussissent à nous décrocher des sourires, voire à nous faire totalement rire. Avouons qu'expliquer ce qu'est une rave et faire écouter de la musique techno et du Bob Marley à des Nord-Coréens qui n'ont même pas le droit de boire du Coca-Cola ni de porter des jeans, c'est plutôt osé, et franchement drôle.

En plus de l'humour, l'auteur semble instaurer une forme de distanciation vis-à-vis de la réalité grâce à la simplicité du dessin mais aussi grâce au choix du noir et blanc. On retrouve aussi un autre point de vue le temps de deux planches de l'album (n°166 et 167), qui ont été réalisées par un de ses collègues présent pendant la même période (Fabrice Fouquet), relatant une anecdote avec un dessin encore plus simpliste et cette fois enfantin, qui accentue cette prise de recul. Mais les moments graves ne sont pas pour autant exclus de l'ouvrage. On ressent à la lecture le malaise et le silence qui accompagnent durant tout le séjour Delisle, ne pouvant pratiquement jamais être seul, toujours suivi de son traducteur et/ou de son guide qui ne le lâchent pas d'une semelle ; mais aussi l'émotion qui l'envahit lors de certains événements, comme lorsqu'il assiste à la représentation d'enfants de huit ans, petits prodiges de l'accordéon, arborant de grands sourires faux et crispés : « Tout cela est d'une froideur … et d'une tristesse … C'est à pleurer. » (planche 157). Il présente également des planches représentant des bâtiments et des symboles du régime, sur une page entière : sans commentaire, tout en nuances de gris, comme un tableau froid et silencieux qui donne une puissance muette et profonde à ce témoignage.

Cet album est à dévorer pour ceux qui ne connaissent pas l'intérieur de la Corée du Nord – c'est-à-dire la plupart d'entre nous – et qui souhaitent malgré tout passer un bon moment dans l'univers humoristique de Guy Delisle. À prohiber cependant si l'on n'est pas réceptif au second degré.


Séphora Villeronce, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


Repost 0
Published by Séphora - dans bande dessinée
commenter cet article
22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 07:00

image1-couverture.jpg



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Étienne DAVODEAU
Les Ignorants
Éditeur : Claude Gendrot pour Futuropolis.
Conception et réalisation graphique :
Didier Gonord pour Futuropolis
Futuropolis, septembre 2011






Quelques mots sur Étienne Davodeau
 DAVODEAU-image-2.jpg
Étienne Davodeau est un grand dessinateur et scénariste de bd, connu pour des ouvrages comme La chute de vélo (prix des libraires de bande dessinée 2005) et les deux tomes de Lulu femme nue (prix « essentiel » festival Angoulême 2009). Il est né le 19 Octobre 1965 à Botz-en-Mauges en Maine et Loire (département que je vous conseille de visiter pour y avoir vécu 17 ans). Ce génie de la bd (non, je n’exagère pas), écrit des fictions mais aussi des portraits documentaires bien vivants sur la vie de gens réels. En confrontant le monde de la bd à d’autres mondes comme celui de la vigne, Étienne Davodeau prouve que la bande dessinée n’est pas un genre mineur de notre époque. Après avoir étudié les arts plastiques à Rennes, il a fondé le studio Psurde avec d’autres fadas de la bande dessinée. Il a donc fait de la BD un art sans frontières accessible à tous.



Quelques mots sur Richard Leroy
Davodeau-image-3-Richard-leroy.jpgRichard Leroy est un vigneron de bonne réputation mais c’est aussi le voisin et l’ami d’Étienne Davodeau. Ils habitent le même village de Rablay-sur-Layon, en Anjou. Il ne connaît rien à la bande dessinée tout comme Étienne Davodeau est étranger au monde viticole. Ensemble, ils vont comparer leur vécu et leur travail avec beaucoup de plaisir et de curiosité dans ce splendide documentaire en noir et blanc qu’est Les Ignorants.
Davodeau-image-5.jpg


Quelques mots sur Les Ignorants
 image-4-les-ignorants.jpgLes Ignorants, c’est une initiation croisée de plus d’un an, rapprochant les êtres humains autour d’une bonne bouteille ou d’un bon livre. Étienne Davodeau a voulu montrer en 19 chapitres avec humour et réalisme, qu’il existe autant de façons de réaliser un livre qu’il en existe de produire un vin. Il est donc parti à l’aventure dans les vignes de Richard Leroy tandis que ce dernier fréquentait l’univers de la bande dessinée (atelier d’imprimerie, salon de la BD…).  La force de cet ouvrage, c’est qu’il est vivant. Étienne Davodeau s’est dessiné en train de dessiner, créant ainsi une mise en abyme intéressante qui met en scène la conception de l’ouvrage. L’absence de couleur est source de réalisme. Le noir et blanc marque l’aspect documentaire et témoignage de ce livre de 272 pages. En le lisant, vous faites un tour de France du vin et de la bd tout en rencontrant des professionnels. Comparez ces deux mondes riches de plaisir !  Bien sûr, cet ouvrage est à consommer sans modération ! 



Dix bonnes raisons de lire Les Ignorants
 image-6-Davodeau-bonnes-raisons-de-lire-cette-bd.jpg1. C’est une BD récente pleine de savoir, d’humour, de réalisme et de sincérité.

2. C’est un ouvrage structuré et organisé avec 19 chapitres, une petite introduction et une conclusion personnalisée par Étienne Davodeau.

3. Il faut découvrir le style Davodeau qui parvient à captiver les lecteurs de la première page à la dernière et ce quelle que soit la taille de l’ouvrage.

4. Les dessins sont tellement bien conçus que le lecteur se sent au cœur des paysages et en compagnie des personnages durant toute sa lecture. Lorsqu’on lit ou qu’on feuillette la bd, on est pris dans une sorte de bulle et aucun événement extérieur à notre lecture ne peut nous déranger (On pourrait lire Les Ignorants dans le tramway ou le bus).

5. Cette bd est une expérience initialement partagée entre deux hommes et actuellement partagée avec les lecteurs. Lorsqu’on arrive à la page 272 de ce chef-d’œuvre, on en retient quelque chose d’ineffable. On se sent plus instruit mais aussi plus mature et plus détendu. On s’évade momentanément de son quotidien et de la monotonie pour entrer dans l’univers de l’ouvrage.

6. Cet ouvrage nous donne une envie folle de lire et de boire.

7. C’est une bd qui fait voyager ! Découvrez la France sous un autre angle, sous l’angle Davodeau !

8. Une comparaison moderne et intéressante entre l’intégralité de la conception d’une bd et celle d’une bouteille de vin.

9. Le fait que le personnage de Davodeau dessine son travail quotidien permet en temps réel au lecteur de saisir comment l’ouvrage s’est réalisé. La bd s’écrit et se dessine sous nos yeux.

10. Comme l’indique le titre, nous sommes tous plus ou moins ignorants face à telle activité. C’est le cas pour les personnages comme pour les lecteurs. Les personnages étant des portraits d’individus réels, le lecteur s’identifie facilement à eux au cours du récit (en fonction de son expérience et de son savoir). L’expérience devient alors collective, comme le désirait Davodeau.

Si l’on devait donner une note aux Ignorants elle serait de vins sur vins !!!
image7-20sur-20.jpg
image-8-20-sur-20.jpg

 

 

Pour en savoir plus
image-9-pour-en-savoir-plus.jpg
La maison d’édition Futuropolis s’intéresse depuis 2005 aux bd ayant un regard sur le monde. Elle cherche des auteurs de bande dessinés qui « délaissent le confort de leur atelier pour devenir témoins de la condition humaine ».  Vous trouverez donc chez cette maison d’édition des ouvrages semblables à celui de Davodeau comme :

Les Meilleurs Ennemis de David B.
Pierre Goldman la vie d’un autre  de Emmanuel Moynot
Reportages de Joe Sacco

Site de l’éditeur : www.futuropolis.fr



Du même auteur

Aux éditions Futuropolis :     – Un homme est mort.
                                          Lulu femme nue (en 2 tomes)
                                          – Rupestres !

Aux éditions Dargaud :     – les Amis de Saltiel (3 volumes parus)
                                      – le Constat

Aux éditions Delcourt :     – Quelques jours avec un menteur (je vous le conseille)
                                      – Le réflexe de survie
                                      La gloire d’Albert
                                      – Max et Zoé (5 volumes)
                                      – Anticyclone
                                      – Rural !
                                      – Ceux qui t’aiment
                                      – La tour des miracles
                                      – Les mauvaises Gens


Aux éditions Dupuis, collection « Aire Libre » :   – Chute de Vélo

Aux éditions Dupuis : – Géronimo

Aux éditions les Rêveurs : – L’Atelier

Pour en savoir plus sur l’auteur :  www.etiennedavodeau.com



Pour finir cette fiche de lecture voici quelques liens internet intéressants pour les plus curieux : 

http://www.babelio.com/livres/Davodeau-Les-ignorants/295525

http://www.lexpress.fr/culture/livre/bd/les-ignorants-de-davodeau_1051391.html

Davodeau-image-10-image-de-fin.jpg

 

 

Victor Didier, Bib1A

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Victor - dans bande dessinée
commenter cet article
6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 07:00

Jens-Harder-Alpha-directions.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jens HARDER
Alpha... directions
éditions Actes Sud-l'An 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Alpha... directions, l'Allemand Jens Harder, auteur du brillant Léviathan, incroyable réflexion mythologique comme philosophique, nous livre une vision puissante de notre passé. Dans un véritable tour de force, il nous conte l'univers de sa création à l'apparition des premiers hominidés, soit une période de près de quatorze milliards d'années. Aucun détail n'est oublié : la formation des premiers corps stellaires, des galaxies à notre bonne vieille Terre, les changements que celle-ci a connus au fil des millions d'années, mais aussi l'évolution de la vie, des acides aminés aux mammifères en passant par les dinosaures. Alpha... directions se veut un livre complet : scientifiquement crédible, le travail de l'auteur se fonde sur le savoir le plus moderne en ce qui concerne son sujet, sélectionnant les théories les plus vraisemblables, mais c’est aussi  un véritable roman graphique de l'univers, une fresque dessinée gigantesque où se se déploient la matière et la vie.

Pour chaque période, de la création de l'univers à l'anthropozoïque, âge de l'homme vieux de seulement quelques centaines de milliers d'années, l'auteur utilise des tons différent, toujours en bichromie, passant de tons chauds à d'autres plus froids afin de mieux marquer les différences entre les périodes, les évolutions de l'univers...
Jens-Harder-alpha-directions-pl1.jpg
Un autre tour de force remarquable est la richesse de l'iconographie combinée à la quasi-absence de textes qui, pourtant, ne déroute pas le lecteur, et lui permet de suivre clairement l'auteur sans pré-requis scientifiques. Alpha... directions convoque références et comparaisons plutôt qu'un long discours afin non pas d'expliquer en  détail les processus en cours tout au long de la mise en place de l'univers tel que nous le connaissons aujourd'hui, mais en invitant le lecteur à comparer, à jouer avec les codes. Sont présents aussi bien les représentations religieuses, tellement éloignées de la réalité et pourtant parfois très proches de représentations plus modernes, que les maîtres de la peinture ou de la bande dessinée contemporaine, Lewis Trondheim, Carl Barks, Hyéronimus Bosch, Masashi Tanaka et bien d'autres, ou encore des comparaisons avec les processus technologiques contemporains. Le texte, lui, est bref, simple voix off tenant un discours plus scientifique expliquant ce qui ne peut être dit par l'image.
Jens-Harder-Alpha-directions-pl2.jpg
Alpha... directions se veut un premier ouvrage de la vaste fresque de l'univers, mais aussi de la vie terrestre. L'auteur a dès sa sortie annoncé la publication de deux volumes intitulés Béta... civilisations qui traiteront de l'histoire de l'homme, de ses plus lointains ancêtres à nos jours, tandis que Gamma... visions abordera l'avenir de l'homme et de l'univers.

Alpha... directions est un ouvrage déroutant au premier abord, tenant à la fois de la vulgarisation scientifique et de la réflexion, parfois philosophique, sur le langage et la manière de représenter avec clarté l'insaisissable de notre passé. Mais au delà de cela, Alpha... directions s'avère être une véritable œuvre d'art graphique et scientifique, tenant le pari de réaliser la synthèse de ces deux éléments sans jamais perdre le lecteur.

 

 

 

Gaspard, 2e année Éd.-Lib.

 

 


Repost 0
Published by Gaspard - dans bande dessinée
commenter cet article
23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 07:00

Jamie-HEWLETT--Alan-MARTIN-Tank-Girl.jpg





 

 

 

 

 

 

Jamie HEWLETT, Alan MARTIN
Tank Girl, tome 1
traduction
d'Alex NIKOLAVITCH
Ankama, 2010






 

 

 

 

 

 

 

 

Gorillaz-Demon_Days.jpg

Tank Girl est un comic imaginé par les Anglais Alan Martin – au scénario – et Jamie Hewlett – au dessin –, plus connu maintenant pour le visuel du groupe Gorillaz. Tank Girl fut publié de 1988 à 1995 dans le magazine Deadline. Ce comic culte du début des années 90 n’avait pas été réédité depuis, Ankama en profite pour nous le faire découvrir ou redécouvrir. Cela fait donc l'objet de plusieurs recueils édités dans la collection très « pop culture » Label 619. Le tome 1 regroupe les quinze premiers épisodes sortis de 1988 à 1990.

Tank-Girl-pl.jpg

 

Tank Girl c'est le surnom de Rebecca, une tankiste qui s'est fait virer de l'armée. Elle est maintenant poursuivie dans tout l'Outback – l'arrière-pays australien – par bon nombre de chasseurs de primes. Mais ce n'est pas sa préoccupation principale ; ses soucis sont plus triviaux : manger (boire de la bière), s'hydrater (boire de la bière), s'amuser (se bastonner et boire de la bière). Elle sera accompagnée de Booga, un kangourou mutant qui lui sert de compagnon, Camp Koala, Mr. Precocious et dans certains épisodes de ses amies Jet Girl et Sub Girl, mais tous ne lui survivront pas.

 

 

Tank Girl c'est surtout un univers post-apocalyptique, déjanté, violent, propice à des aventures douteuses où il est question de contrebande de bière, de rencontre avec le diable, d'anus artificiels ou encore de barbecue. C'est un comic punk, bourré de références à la culture pop et clairement en opposition au thatchérisme de l'époque.



tank girl pl2
 

Le dessin en noir et blanc est chargé et confus, cela donne un rendu super ! Ou plutôt on aime ou n'aime pas. Le coup de crayon de Jamie Hewlett est en perpétuelle évolution tout au long de la série et on s'étonne en lisant les tomes suivants de voir le dessin changer autant et s'approcher de plus en plus de l’esthétique de Gorillaz. Il y aura même ensuite des épisodes psychédéliques en couleur.

À mon avis, Tank Girl ne brille clairement ni par son scénario ni par son humour potache. Le côté private joke des auteurs et la succession de références à une culture qu'on n'a pas ou plus forcément peuvent être agaçants à la longue. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça, le point fort de Tank Girl est l'atmosphère qui s'en dégage et son héroïne attachante. On a vraiment l'impression de lire un fanzine imprimé sur la photocopieuse de la fac. Je conseille donc de le feuilleter et de voir si on accroche ou pas !


Romain, 2e année Bib. 2010-2011

 

 

Lien

 Interview d’Alan Martin, le scénariste, sur Bodoï 

 

 

 


Repost 0
Published by Romain - dans bande dessinée
commenter cet article
13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 07:00

Guarnido-Blacksad-1.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GUARNIDO et DIAZ CANNALES,

Blacksad, Quelque part entre les ombres
 Traduction
Anne-Marie Ruiz
Dargaud, 2000



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BlackSad est une bande dessinée policière écrite et dessinée respectivement par Diaz Cannales et Guarnido, tous deux espagnols, qui se déroule à la fin des années cinquante à la Nouvelle-Orléans. Le premier tome, Quelque Part Entre les Ombres, a eu un succès planétaire et est aujourd’hui reconnu comme un classique par tous les professionnels de la bande dessinée. La préface de Loisel donne le ton : « C’est beau, c’est fort, c’est vivant ».
blacksad 2
La forme des personnages intrigue autant qu’elle choque : des têtes et des peaux d’animaux mais les personnages se comportent tous comme des hommes. Ainsi les policiers sont des chiens, les lascars des lézards, les journalistes des fouines. Le héros quant à lui est un chat, un chat noir détective privé. Le fait qu’il soit un chat noir avec toute la symbolique que cela suppose n’est pas un hasard ; le malheur pèse sur lui et il doit faire face à des situations difficiles. Lui-même est parfois malfaisant, rendant la justice par ses propres moyens, rarement légaux. Le style hardboiled est bien présent dans toute l’œuvre, la narration est rythmée par la découverte d’indices qui font progresser l’intrigue jusqu’à la dernière page.

L’histoire commence par la mort d’un ancien amour du héros, une actrice avec qui il a eu une aventure. Résolu à venger sa mort, il affrontera des menaces, se fera tabasser mais il continuera jusqu’à tuer de ses mains le meurtrier.

Ce premier volume est en quelque sorte une présentation du personnage alors que les tomes suivants abordent des thèmes sensibles tels que le racisme ou le nucléaire ; ce premier opus est le plus intime car il touche directement le héros.

Tout le génie de cette bande dessinée repose sur le style créé par les deux auteurs ; les personnages anthropomorphiques ont des réactions humaines réellement surprenantes. La couleur réalisée à l’aquarelle donne une force et un ton tout particuliers aux illustrations. Blacksad s’inscrit dans les chefs-d’œuvre à la fois du genre policier et de la bande dessinée.
blacksad-3.jpg
« Une étoile s'était éclipsée abandonnant mon passé dans le noir, égaré quelque part entre les ombres. Et personne ne peut vivre sans son passé. Là dehors se cachait le coupable de deux meurtres, au moins : celui d'une personne et celui de mes souvenirs. »

« Sartre affirme que l'enfer c'est les autres. La phrase est brillante, mais je crois qu'elle reflète plus un état d'âme qu'une vérité universelle.
Je veux bien admettre que les autres peuvent nous rendre la vie insupportable ... mais ils peuvent aussi être nos compagnons de paradis.
Pour moi, l'enfer, c'est le néant. Un endroit sans mes amis, sans musique, sans paroles qui stimulent l'imagination, sans beauté qui exalte les sens. »

 

 

Laura, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 

 

 


Repost 0
Published by Laura - dans bande dessinée
commenter cet article
25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 07:00

Frank-Miller-Sin-City-couv-t1.gif






 

 

 

 

Frank MILLER
Sin City
Tome 1, « Marv »

traduction de Lorraine Darrow

éditions Rackham, 1994

 

 

 

 

 

 

 

«  Le 1er tome, le plus violent, le plus beau graphiquement, et le plus riche en rebondissements. »

 

 

Frank Miller en quelques mots…

Né le 27 juin 1957, ce dessinateur de bande dessinée commence sa carrière chez des éditeurs comme Gold Key, DC comics puis Marvel comics. Il devient rapidement un scénariste important et marque la production comics des années 80. Il crée le personnage d’Électre, redéfinit celui de Daredevil à sa manière, comme ceux d’autres superhéros.

Son œuvre la plus connue est The Dark Knight returns.

Cependant, le genre superhéros cesse de lui plaire et le dessin lui manque ; il « ne veut plus seulement imaginer l’action ». Selon lui, l’édition a changé, d’autres maisons de comics sont apparues, Marvel et DC ne se partagent désormais plus le marché. De plus, il est déçu car il ne pourra jamais posséder ses créations ; elles appartiennent à la maison dont il faisait partie. Il décide alors de créer un comics « aux allures de roman policier », Ronin, qui n’obtient pas le succès escompté, puis aboutira à Sin City en 1994. Il s’inspirera des œuvres de Hammett, Chandler, Cain et Spillane.

Alors que la couleur bat son plein, Frank Miller choisit de faire un comics entièrement en noir et blanc, où il y aura du sexe, de la violence et du sang.  Cela permet de remettre au goût du jour le comics en noir et blanc, qui était alors relégué dans les bacs de soldes.

Sa série Sin City sera  adaptée en 2005 au cinéma par Robert Rodriguez, avec la participation de Quentin Tarantino. Le succès étant au rendez-vous, d’autres œuvres de lui seront ensuite adaptées comme 300, par exemple.

 

Résumé

Sin City constitue une série de sept tomes, axés chacun sur un personnage. Celui dont je vais vous parler retrace le parcours de Marv, un ancien repris de justice qui se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Venant de passer la nuit avec une inconnue, il la retrouve au petit matin morte à côté de lui. Il a tout juste le temps de se rendre compte de ce qui se passe, entend des policiers qui montent l'escalier de son appartement. Pressentant un complot, il s’enfuit à coups de pied et de poing et part se réfugier chez son contrôleur judiciaire et amie, Lucille.
Frank-Miller-Sin-City-escalier.jpg
Furieux, et épris de la belle blonde avec qui il a passé la nuit, il décide désormais de retrouver l’assassin de cette inconnue dont il ne connaît que le nom : Goldie. Le récit retrace son enquête, menant à la résolution du mystère. On découvre petit à petit les différentes facettes de Marv dont on ne connaît initialement que peu de choses.

Il va vite s’apercevoir que c’est un complot qui le dépasse, tramé dans la haute sphère de Sin City. Le grand cardinal, qui tient à lui seul la ville, aurait laissé son petit protégé cannibale tuer des prostituées pour s’en faire un garde-manger. Goldie était l’une d’elles. Un peu trop curieuse, elle s’est vite rendu compte de ce qui se passait. Se sentant menacée, elle a cherché protection auprès de l’homme le plus costaud qu’elle ait pu trouver. Cependant cela n’a pas suffi. Elle a été assassinée et Marv désigné comme le parfait bouc émissaire, pour cacher les bavures de Kévin, le mangeur de femmes. Avant de mourir sur la chaise électrique à la fin du tome, il réussira néanmoins à venger Goldie, aidé de sa sœur jumelle Wendy, en torturant à mort Kévin et le grand Cardinal.

 

Sin City ?

Même si chaque tome nous fait découvrir un nouveau visage de Sin City, on retrouve les différents personnages des tomes qui se croisent et s’entrecroisent. C’est comme si la vie des personnages se déroulait en même temps, dans la même ville, simplement à des endroits différents. Par exemple, on retrouve Marv en train de se battre au milieu d’un bar dans un autre tome de la série alors qu’il est pourtant décédé à la fin du tome 1.

Qu’est-ce que Sin City ? C’est la ville de tous les péchés. Personnifiée, elle est le personnage central de cette série. C’est elle qui est le lien, le fil conducteur entre les tomes, les personnages et les histoires racontées. C’est comme si l’auteur avait pris une loupe et scruté la vie de diverses personnes dans cette ville, chacune à son tour.

Cette ville n’est que violence. Les décors représentent des quartiers louches et glauques, avec des gratte-ciel, des bars, des entrepôts. C’est comme si on se sentait enfermé, oppressé sans cesse, entouré par des murs de briques qui nous étouffent tout comme Marv.

 « Ainsi, j’ai construit une ville où les hommes sont forts, les femmes sont belles et où les voitures ont vraiment l’air sympa. »

 

Et les personnages ?

Marv
Frank-Miller-Sin-City-Marv-2.jpg

Ambigu, ce personnage peut être considéré comme un antihéros.  Il est violent, bagarreur, mais se bat toujours pour une cause précise. Une complicité va se créer avec nous, lecteurs, qui allons nous retrouver de son côté. Même s’il tue, torture, on se prend au jeu, on a envie que Goldie soit vengée.

On ne sait que peu de choses de lui. Rejeté par la société, ce marginal n’a pas d’attaches, peu d’amis. Proche des femmes, il se pose en protecteur, mais n’a jamais connu d’aventures, de vraies histoires. Il va être prêt à mourir pour venger Goldie parce que c’est la seule qui ait bien voulu de lui. Grande carrure, imposant et défiguré, Marv suscite la peur. On dirait un peu un Frankenstein revisité en monstre gentil et innocent … mais pas tant que ça.

Ce personnage très solitaire parle peu. Des textes sont fréquemment disposés dans la marge lorsque l’auteur veut traduire ses pensées, tout ce qui se passe dans sa tête.

Aveuglé par son désir de vengeance, il va même finir par en mourir. Il aime l’adrénaline que lui apporte le combat, il joue avec ses victimes et y prend un plaisir malsain. La quête qu’il mène lui apporte une certaine sérénité dans le sens où il dit comprendre enfin pourquoi il vit. Il n’avait pas goût à la vie, ce n’était qu’un enfer, mais à présent, il sait le pourquoi de sa présence sur terre. Cela peut expliquer qu’il y mette tout son cœur et qu’il n’y ait plus aucune limite, règle ou loi qui puisse l’arrêter.

Pourtant, malgré son aspect brutal, insensible, invulnérable, il nous apparaît fragile lorsqu’on le découvre seul face à lui-même ; comme tout être humain, il lui arrive aussi d’avoir peur. Dans une scène, il est seul dans la salle de bain et se regarde dans un miroir, il se rend compte que cette quête insensée va l’amener à une mort certaine. C’est le seul moment de tout le livre où l’on verra transparaître ses sentiments.

 

Goldie
Frank-Miller-Sin-City-marv-goldie.jpg
Même si elle meurt dès les premières pages, elle est omniprésente dans le récit. Sa présence plane du début à la fin, ce qui met un certain poids sur le lecteur. On ressent comme une sorte de pression qui pèse sur Marv jusqu’à ce qu’elle soit vengée. On suit Marv, mais il parle constamment de Goldie, il se rappelle sans cesse sa présence, son parfum, il lui arrive même de poser des questions comme s’il l’interrogeait pour qu’elle l’aide à comprendre ce qui lui est arrivé. On peut aussi l’interpréter comme une piqûre de rappel qui lui rappellerait son but et justifierait toute cette brutalité que montre Marv, signifiant que tout ce sang qui coule est versé pour une « juste » cause.

 

Wendy

Elle est la sœur jumelle de Goldie, on peut ainsi la voir comme son double. Ce personnage nous permet d’en apprendre davantage sur elle. C’est comme si elle montrait à Marv comment était Goldie dans la vie avant de mourir. Elle a, elle aussi, envie de venger sa sœur et va donc aider Marv dans son enquête.

 

Lucille

C’est le contrôleur judiciaire de Marv mais surtout une de ses amies. Marv lui inspire à la fois crainte et compassion. Elle est attachée à lui mais il lui fait peur. Cela nous permet d’appréhender la relation de Marv avec les autres, et notamment les femmes. On voit qu’il cherche à la protéger et la préserver. Pourtant, même si c’est son amie, elle n’hésitera pas à se précipiter en voyant approcher des policiers, et à dénoncer Marv, en croyant qu’ils seront sauvés.

 

Kévin

Il s’agit du tueur psychopathe. Cannibale, il dit que manger des femmes lui permet de communiquer avec Dieu. Cela pourra expliquer pourquoi le cardinal le protège. Ce personnage est intéressant dans le sens où il pousse Marv dans ses retranchements. Marv va le torturer d’une manière des plus atroces et crues. Il a enfin trouvé un adversaire à sa hauteur. Kévin sera le seul à réussir à le piéger car il est encore plus discret que lui.

 

Cardinal Roark

Il illustre le stéréotype de l’homme de pouvoir perverti et corrompu. Il ne fait qu’accentuer l’opinion négative que l’on a de la ville de Sin City. La police n’est plus au service de la justice, mais de la volonté d’un seul homme qui bafoue les valeurs morales.

 

Des thèmes récurrents

La solitude

Marv en est le personnage caractéristique. Rejeté par la société, c’est un marginal, seul et incompris. Même s’il aime les femmes, une distance persiste avec elles. Il les idéalise, se pose en protecteur, mais il n’y a aucun élément qui les rapproche. Il reste seul. On ne connaît rien de sa famille, à part sa mère, qui a perdu la vue. Elle fait juste une brève apparition, ne passe chez lui qu’en coup de vent. On peut supposer qu’ils ne sont pas très proches.

 

La violence
Frank-Miller-Sin-City-coup.jpg
Elle est omniprésente dans le comics. Pour Marv, c’est le moyen d’affirmer sa place dans la société. Dans cette ville de corruption où la mort est partout, Marv tue sans remords. Cela lui permet de se protéger dans cette ville dangereuse et de se donner une contenance. C’est quand il est en chasse ou quand il tue qu’il se sent vraiment bien, il aime cette adrénaline. On le voit notamment avec la torture de Kévin lorsque Marv découpe ses membres avant de le regarder se faire dévorer par son chien.

Il y a aussi une violence symbolique et psychologique. Les propos dans le comics sont souvent crus, accompagnant les scènes violentes ; le lecteur doit s’accrocher devant ces atrocités.

 

La mort

Elle jalonne toute l’œuvre car elle est présente au quotidien à Sin City. Elle jalonne le parcours de Marv pour venger Goldie. Les personnes meurent de manière sanglante, atroce, souvent après souffrance ou torture. Sinon elle peut être inattendue comme avec Lucille qui se précipite vers les policiers en espérant être sauvée, mais se fait cribler de balles.

Cependant, cette mort peut aussi être vue comme une sorte d’échappatoire. C’est comme si c’était le seul moyen de se soustraire à l’enfer de cette ville. Marv ne cesse de répéter qu’il va y rester mais qu’il s’en moque. Son but est de venger Goldie, il ira jusqu’au bout même s’il doit y laisser la peau. Il n’a pas peur de la mort. À la fin du tome, lorsqu’il va être exécuté sur la chaise électrique, il n’est même pas effrayé. Il a accepté le fait qu’il allait mourir. Il a joué son rôle, il peut partir sans regret. Il sauvera la face jusqu’au bout.

 

Le double

On voit deux visages de Marv. Tout d’abord, la façon dont on le voit dans la société, c'est-à-dire comme un marginal, un tueur violent au lourd passé, assoiffé de vengeance. Mais aussi un être sensible, malade, solitaire, face à un monde qui le rejette.

On peut retrouver ce thème du double avec le duo Goldie-Wendy. Marv se perd à confondre les deux.

 

La femme séductrice

On voit l’importance du sexe et de la passion amoureuse, caractéristiques du genre policier. Les femmes chasseresses et dangereuses, les prostituées ssint des personnages omniprésents. Elles sont vêtues très légèrement, de manière très sexy, et exercent une attraction sur les hommes. Elles ont besoin d’un protecteur dans une ville si insécuritaire.

 

La chute

On assiste à la descente aux enfers de Marv, pris dans un engrenage infernal de manipulation et de corruption.

 

L’obscurité

Toute l’histoire se passe dans le noir, Marv ne sort que la nuit. C’est comme s’il avait peur de la lumière du jour sui révélerait son visage défiguré et décharné. Cette obscurité fait toute l’ambiance de cette ville. D’où l’importance non négligeable du noir et blanc qui instaure une atmosphère pesante. Elle permet de jouer sur l’émotion, de l’amplifier. Frank Miller est influencé par le travail d’auteurs italiens et sud-américains comme Hugo Pratt, Breccia ou Sergio Toppi qui utilisent ce procédé.
Frank-Miller-Sin-City-escalier-3.jpg
 

En conclusion

Ce comics est destiné à un lectorat très spécifique, assez restreint au départ : surtout des amateurs de comics de super héros qui connaissent déjà Frank Miller. Mais il séduira aussi tout les amateurs de romans noir, car il offre beaucoup d’action et de violence, ce qui permettra d’élargir le lectorat. Âmes sensibles s’abstenir…



Élodie Lapierre, 1ère année Édition-Librairie

 

 

 


Repost 0
Published by Elodie - dans bande dessinée
commenter cet article
19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 07:00

Basstien-Vives-Polina.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bastien VIVÈS
Polina
Casterman

Collection KSTR, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bastien Vivès est né le 11 février 1984. Ce jeune auteur s’est fait remarquer sous le label KSTR avec notamment le Goût de Chlore pour lequel il a reçu en 2009 le prix Essentiel révélation d’Angoulême et dernièrement avec Amitiétroite.

Diplômé de l’école des Gobelins (section animation), après trois années de graphisme à l'ESAG Penninghen, Bastien Vivès réalise ses premiers pas dans un atelier de bande dessinée qu’il cofonde à Paris. Sous le pseudonyme Bastien Chanmax, il publie sur le net Poungi, « le manchot rappeur amateur de gros seins ». Il est alors découvert par le label jeunes de Casterman. KSTR, publie ainsi Elle(s), début 2007, puis Hollywood Jan avec Mickaël Sanlaville début 2008. Parallèlement, paraissent la Boucherie chez Vraoum et Juju Mimi Féfé Chacha, un scénario d’Alexis de Raphelis chez Ankama. Dessinateur en pleine évolution graphique, Bastien Vivès fait assurément partie de la relève de la bande dessinée.

Si l’on s’interroge sur les origines de la vocation de Bastien Vivès, un tout jeune auteur de vingt-quatre ans qui compte déjà trois albums à son actif et qui s’apprête à en publier deux autres dans les prochains mois, il ne faut pas chercher loin : son père, Jean-Marie Vivès, est peintre- illustrateur, photographe, auteur de matte paintings (décors de cinéma dessinés et intégrés au film) qui a travaillé par exemple avec Jean-Pierre Jeunet sur La cité des enfants perdus, ou avec Jean-Marie Poiré sur Les Visiteurs… Sa mère, quant à elle, travaille comme comptable pour Passe-Murailles, une société qui réalise des décors de cinéma. Enfant, tous les mercredis, le jeune Bastien se promène au milieu des dinosaures conçus pour la Cité des Sciences ou des décors du film Molière. Une enfance vécue dans le rêve concret de ses parents en quelque sorte.

 

« Vu le contexte, explique Bastien Vivès, j’ai toujours eu des images de qualité entre les mains. On avait bien sûr nos dessins animés, ceux de Disney et Don Bluth, mais notre culture principale, c’était le cinéma et la peinture. Tous les voyages que l’on faisait, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, c’était pour des expositions dans les musées : Vermeer, Bacon… On y allait principalement pour ça. J’ai donc baigné dans le milieu artistique. »

 

Polina

Haute comme trois pommes et demie, Polina Oulinov intègre une académie de danse classique en Russie. Au bout de quelques années, la jeune fille est repérée par le professeur Bojinski, maître de ballet abrupt qui fait souvent pleurer ses élèves…

Après avoir montré son habileté à traduire le mouvement sur papier (notamment dans Le Goût du chlore, ou Pour l’Empire avec Merwan Chabane), Bastien Vivès en fait l’un des principaux sujets de son nouvel album. En s’inspirant de la danseuse Polina Semionova pour son nouveau récit, Bastien Vivès  parvient à merveille à capter dans Polina l’énergie, la grâce, l’effort et la douleur exigés par la danse classique. En usant du gris et du noir, il réussit à nous émouvoir. Ce minimalisme permet de mettre en avant des regards, des attitudes, et de pousser les contrastes au maximum en utilisant des masses de noir et de gris. Les détails des décors sont peu représentés, mais nous pouvons remarquer que l’énergie artistique de Bastien Vivès se porte beaucoup plus sur les attitudes, les émotions, les relations qu’entretiennent les personnages.

Il représente la danse dans toute sa complexité et sa légèreté grâce au parcours d’une danseuse étoile de ses six ans à ses vingt-six ans, au sommet de sa carrière.

Dans ce roman graphique, il s’essaie à quelque chose de nouveau : un récit de longue haleine dans un univers qui ne lui est pas forcément familier. Polina est un être vrai, sensible, qui ne cherche pas la facilité mais tente de savoir pourquoi et pour qui elle danse, pourquoi cet acharnement et ces souffrances. Une artiste d’exception dont la relation avec son professeur et mentor, qui sert de fil conducteur, se révèle délicate, tant elle est déchirée entre son désir de le suivre et celui de suivre son propre chemin. Cette relation est marquée par le besoin de transmission et de partage des connaissances d’un maître vers son élève. Le ballet graphique proposé par l’auteur semble d’ailleurs faire écho aux paroles éclairées du professeur Bojinski : « Les gens ne doivent rien voir d’autre que l’émotion que vous devez faire passer. Retenez bien ça, Polina. Si vous ne leur montrez pas la grâce et la légèreté, ils ne verront que l’effort et la difficulté. »

Le pilier de cet album est cette relation. La page de couverture l’illustre. Le lien qu’entretient Polina avec son  professeur Bojinski est profond, incassable.

Polina est prise entre deux feux : soit rester auprès de son maître et progresser à ses côtés, soit découvrir d’autres horizons et partager la danse avec ses proches. Malgré son second choix, le lien qui les unit leur permettra de se retrouver tout au long du récit. C’est un professeur exigeant, froid qui souhaite amener sa jeune danseuse au sommet de sa performance. Il lui transmet des préceptes qu’elle ne comprend pas au début mais qui lui permettront d’apprendre et de comprendre par elle même : « La danse est un art, il ne s'apprend pas. Il faut l'avoir dans le sang. Ensuite, il faut travailler. Et avec moi, vous allez travailler tous les jours et croyez-moi, il va falloir vous accrocher. »

 

Durant une vingtaine d’années, Polina fait des rencontres enrichissantes et déchirantes. Elle s’éprend de son partenaire de danse, avec qui elle imagine être un jour  au centre des projecteurs et des planches. Si le monde de la danse est mis en avant, ce sont surtout les difficultés à devenir une danseuse étoile renommée qui priment sur le bonheur que cet art procure. Bastien Vivès s’inscrit dans cette vision, il le dévoile avec une extrême légèreté et sensibilité. Nous nous trouvons au cœur des émotions de Polina, de ses pensées et de ses envies. La dureté de la danse est reflétée par les blessures physiques et mentales que subit la jeune danseuse.  Polina, c’est à la fois un roman graphique passionnant pour les amateurs de danse classique, mais également une véritable aventure humaine où s’entrelacent les soubresauts, les désaccords, les rencontres, les amitiés rompues et les pas de danse et de vie.

 
Pauline, A.S. Bib.-Méd.

 

Liens

 

Bande annonce Polina :  http://www.youtube.com/watch?v=18KKt0jlV8E&feature=related

http://bastienvives.blogspot.com/

 

 


Repost 0
Published by Pauline - dans bande dessinée
commenter cet article
25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 07:00

schuiten-abeille Les-mers-perdues-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François SCHUITEN
et Jacques ABEILLE
Les Mers perdues
Attila, août 2010








 

 

 

 

 

 

 

 

Biographies

Fils d'un architecte reconnu de Bruxelles, François Schuiten publie à 16 ans sa première histoire, intitulée Mutation, dans l'édition belge de Pilote. Il étudie dans l'atelier de bande dessinée de l'Institut Saint-Luc auprès de Claude Renard.


Il publie en collaboration avec son frère Luc Schuiten ses premiers récits dans Métal Hurlant en 1977. Il produit avec Claude Renard en 1981, le livre Rail, qui sera publié en 1982.

D'après l'historien et théoricien de la bande dessinée belge et française, Thierry Groensteen, dès ses débuts en albums, François Schuiten réussit à « imposer un univers fantasmatique d'une rare cohérence », variation autour de motifs invariables (la construction, le vol, etc.), témoignant « de l'impérieuse nécessité d'une œuvre qui ne doit rien à l'opportunisme et qui se développe selon une logique interne plus ou moins consciemment maîtrisée ».

En 1983, il entame une fructueuse collaboration avec son ami Benoît Peeters lorsque paraît Les Murailles de Samaris, la première histoire de la série Les Cités obscures. Cette série est située dans un univers parallèle au nôtre mais avec de nombreux passages vers notre monde réel. Le goût du détail a poussé les auteurs à décrire les disciplines surprenantes de ce monde (comme la cryptozoologie ou la cartographie compulsive), sa faune et sa flore étranges, ses us et coutumes décalés et, surtout, son architecture obsédante, composante fondamentale de la série. Chaque cité est en effet dépeinte dans un style architectural précis ; la psychologie des personnages et le récit en sont même fortement influencés.



Jacques Abeille est né en 1942. Orphelin à deux ans, il est recueilli par son oncle haut fonctionnaire qu'il suit à travers la France jusqu'à l'été 1959, où il débarque à Bordeaux.

Il découvre le surréalisme, intervient dans la revue La Brèche et sera membre du groupe surréaliste bordelais Parapluycha. Il fait des études de psychologie, de philosophie et de littérature ; pour finir professeur agrégé d'arts plastiques. Marié, père de trois enfants, il achève sa carrière dans un lycée de Bordeaux.


Peintre autodidacte, poète, romancier et nouvelliste bordelais, il est l'un des derniers représentants du surréalisme en France. Il faut aussi savoir qu'il écrit aussi, sous le nom de Bartelby ou de Léo Barthe, des romans érotiques.

Petite histoire

Jacques Abeille a publié  Les Jardins statuaires en 1982 chez Flammarion, son texte est resté relativement confidentiel, jusqu'à ce qu'il tombe sous les yeux de François Schuiten alors illustrateur de la couverture de la réédition de ce roman. Inspiré par le monde créé par Jacques Abeille, Schuiten propose une collaboration à l'auteur autour des planches qu'il a créées lors de sa lecture.

Jacques Abeille présente, dans la vidéo suivante, Les Mers perdues pour la librairie Mollat :
 http://www.youtube.com/watch?v=k4GBa3knhZM&feature=player_embedded

schuitten-abeille-mers-perdues-i1.jpg

Les Mers perdues

« Lointaines sont les contrées de ce livre.
Plus lointaines encore leurs frontières indécises. […]
Il y a des pays. Encore et toujours.
Qui insufflent aux hommes qui les parcourent l'ampleur
de leurs mondes et l'obscurité de leurs désirs.
Les Mers perdues sont de ceux-ci. »

Étranges mais poétiques, ces mots nous font entrer dans un monde de rêve, de calme et de réflexion que l'on retrouve couramment chez François Schuiten (comme dans le cycle des Cités Obscures).

Un mystérieux milliardaire décide de financer une expédition vers des territoires inconnus. Cette expédition nous est racontée par un narrateur chargé de tenir le journal de bord de ce voyage. Nous lisons ainsi les lettres qu'il adresse à un de ses amis. Quatre personnes sont recrutées, pour former un groupe insolite : un ancien aventurier devenu chasseur de pigeons bienveillant, guide et chef du groupe ; une géologue brillante mais dont les talents ne sont pas exploités ; un artiste utilisant la rigueur mathématique (méthode obsolète pour les artistes contemporains); et un écrivain condamné à écrire des invitations mondaines, dont le rôle est de tenir le journal de ce voyage. Ils sont accompagnés par des Hulains, petits hommes vivant dans le désert. Tous recrutés par cet étrange commanditaire, ils ne sont pas informés du but de leur lointain voyage. Ils supposent alors qu'il s'agit de découvrir quelque trésor caché. Mais ce qu'ils vont découvrir est bien plus incroyable. Ils se rendent en fait sur les rivages des Mers perdues, qui pour certains ne sont que légendes.

On suit donc la troupe dans ce voyage vers l'Est, vers les rivages des Mers perdues. Ils découvrent alors successivement une cité industrielle désertée et un monde où les villes sont construites autour de statues géantes.

schuitten-abeille-trombine.jpeg


Le texte est présenté sous forme de colonne, identique aux colonnes d'articles de journaux, entrecoupé de croquis ou d'illustrations. On trouve aussi des fragments de texte agrandis comme les gros titre de journaux. Les esquisses alternent avec des planches pleine page qui représente des paysages et monuments incroyables, mais ne limitent cependant pas l'imagination du lecteur.

Les descriptions ne sont jamais redondantes par rapport au dessin. Elles sont d'une légèreté poétique et traduisent à merveille le mystère et la souffrance. En effet, ces statues de pierre interrogent tout autant les explorateurs que le lecteur qui voit leur souffrance et imagine ce qui a pu arriver. Les statues semblent jaillir de terre pour embrasser les bâtiments, les étreindre ou les étouffer, comme une végétation minérale.

Pour avoir lu précédemment des bandes dessinées de Schuiten et Peeters, je peux dire que pour moi leur univers étrange se retrouve dans cet album. Le lecteur fidèle n'est donc pas dépaysé. Ce qui m'a impressionnée, c'est la complémentarité entre les descriptions de Jacques Abeille, que l'on suit sans se lasser, et  le style particulier de François Schuiten dans la composition de ses esquisses et illustrations.



A..P., 1ère année Bib.-Méd.

 

 


 

Jacques ABEILLE sur LITTEXPRESS

 

Jacques Abeille Les Jardins statuaires

 

 

 

 

 

Article de Jérémy sur Les Jardins statuaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Aurélie - dans bande dessinée
commenter cet article

Recherche

Archives