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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 07:00

Fabrice-Colin-49-jours.gif










Fabrice COLIN
La Dernière Guerre
Tome 1 : 49 Jours
Robert Lafon, 2012








 

 

 

 

 

 

L'auteur

Fabrice Colin est un auteur français contemporain aux talents multiples. En effet, il est romancier, nouvelliste et scénariste de bande dessinée. Il s'adresse à un public jeunesse autant qu'à des adultes. Il écrit dans des genres divers comme le prouvent les quatre prix qu'il a déjà reçus lors du grand prix de l'Imaginaire :

En 2000 dans la catégorie nouvelle francophone pour Naufrage mode d'emploi.
En 2004 dans la catégorie roman francophone pour Dreamericana.
En 2004 dans la catégorie roman pour la jeunesse pour Cyberpan.
En 2011 dans la catégorie bande dessinée / comics pour  La Brigade chimérique.



49 jours

Ce livre raconte la vie après la mort de Floryan, un jeune homme de 17 ans, décédé dans un attentat dans le métro parisien. Il arrive dans un monde où une créature qui ressemble à un ange l'accueille et lui annonce qu'il a un maximum de 49 jours pour choisir entre aller au paradis et sauter dans un trou sans savoir ce qu'il trouvera... Nous allons donc suivre le personnage principal dans cet « Intermonde » qu'il va visiter. Il va  découvrir qu'il n'y a pas que ces deux simples choix. L'ange – l'Elohim – lui aurait donc menti puisqu'il rencontre une communauté de personnes qui vivent dans l'Intermonde depuis plus de 49 jours. Ce groupe, dirigé par Télémaque, va lui apprendre à voler sur les Altars – dragons habitant l'Intermonde – et à plonger dans les brumes du Nihil – le trou dans lequel l'Elohim avait proposé à Floryan de sauter – pour voyager dans le temps et dans l'espace du monde réel. Les mensonges ne sont pas pour autant finis... Mais dans quel but ? Saura-t-il s'habituer à ce monde étrange et à ses règles ?

L'auteur, grâce à son style épuré, va nous entraîner à la suite de ce jeune homme. En effet, grâce à de très courts chapitres (entre 1 et 5 pages) et à l'utilisation de parataxe et d'asyndètes, l'écrivain donne un rythme rapide et entraînant à son histoire. Par exemple, dans le paragraphe qui suit, on sent le désarroi et la peur du personnage : « Je prends de la hauteur. Maisons saccagées, carcasses de voitures, vitrines en miettes. Chamonix est désert. Abandonné. Partout, le chaos, la destruction. »

Au départ, le héros nous apparaît comme un égoïste et un arrogant fils de riche. Puis nous allons nous attacher à lui au fur et à mesure qu'il mûrit. De nombreuses personnes  vont se succéder dans ce récit, chacun servant de palier pour amener Floryan plus loin dans sa quête de vérité. Pourtant, j'aimerais signaler l'apparition de Rain, au milieu du livre, qui va marquer un tournant dans l'histoire. C'est un tournant dans la vie du personnage principal puisqu'il va tomber amoureux de cette dernière et c'est un des éléments principaux qui vont le rendre plus attachant et plus sage.

Enfin, nous pouvons dire que ce livre est des plus originaux puisqu'il mélange différents genres comme le fantastique, la science-fiction et plus précisément l'anticipation et la dystopie. On retrouve le fantastique avec le passage du monde normal à l'Intermonde lors de la mort de Floryan, avec l'arrivée de l'Elohim qui a des pouvoirs surnaturels et aussi dans l'Intermonde lui-même tel qu'il est décrit : de vastes plaines, de grandes montagnes, de quoi voyager et entraîner le héros dans de nombreuses aventures. Ce texte est pourtant beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît au départ car l'auteur arrive toujours à surprendre les lecteurs et à leur faire croire des choses puis à les emmener loù il veut.

Ainsi, ce roman est bien plus une dystopie ayant lieu dans un futur assez proche plutôt qu’un roman d'héroic fantasy. En effet, grâce à la liberté que lui permet le fantastique, il va introduire beaucoup d'éléments décrivant un futur terrestre fortement compromis par la bêtise humaine (et pas seulement !). C'est au cours de ces voyages temporels que Floryan va rencontrer Rain et comprendre que le destin de l'humanité est déjà tracé et qu'il risque de ne pas y avoir de retour en arrière possible. De plus, l'exergue est un extrait d'Apocalypse Now de Muse, groupe aux textes dystopiques et assez tristes.


Ce sont cette ambiance, ces personnages et ces lieux des plus originaux et si spécifiques à ce roman qui vont nous attirer inexorablement vers une fin attendue au bout d'un certain temps mais qui laisse le lecteur avec beaucoup de questions sans réponses.


Samuel, 1ère année Bibliothèques 2012-2013


Pour d'autres avis, critiques et citations :

 http://www.babelio.com/livres/Colin-49-jours-Tome-1/430504
 http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-derniere-guerre-i-49-jours_1197142.html
 http://www.elbakin.net/fantasy/news/Fabrice-Colin-nous-parle-de-49-jours

 

 

Fabrice COLIN sur LITTEXPRESS

 

La brigade chimérique

 

 

 

 

 

Article de Céline sur La Brigade chimérique

 

 

 

 

 

FABRICE COLIN LA MALEDICTION D OLD HAVEN

 

 

 

 

 

Article de Cécile sur La Malédiction d'Old Haven

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 07:00

Anthony-Burgess-Orange-Mecanique.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Anthony BURGESS
L'Orange mécanique, 1962
Titre original
A Clockwork Orange
Traduction
Georges Belmont
et Hortense Chabrier
Robert Laffont Pocket, 1972
Robert Laffont Classiques Pavillons, 1984
Livre de Poche, 1992
Robert Laffont, 1992
Robert Laffont Pavillon Poche, 2010


 

 

 

 

 

Anthony_Burgess.jpgBiographie

Anthony Burgess est un écrivain et linguistique britannique né en 1917 à Manchester. Il a étudié la linguistique et la littérature, et a été compositeur, ne se tournant que plus tard vers l'écriture.

Il est surtout connu pour son chef-d'œuvre L'Orange mécanique, où on peut retrouver son goût pour la musique classique avec Alex, le personnage principal, grand fan de Mozart et Bach.



Anthony-Burgess-A-clockwork-orange.jpgL'Orange mécanique

Le livre a été publié pour la première fois en 1962 en Angleterre, et dix ans plus tard en France chez Robert Laffont Pocket. Il s'agit d'une fiction, d'un roman d'anticipation d'un peu plus de 200 pages, divisé en trois parties de sept chapitres chacune et doté d'un glossaire à la fin.

L'édition de 1972 possède une courverture tie-in, c'est-à-dire que l'image de couverture est l'affiche du film avec un extrait du texte en dessous. Cette édition est sortie un an après le film de Stanley Kubrick, ce qui explique le tie-in. On peut supposer que la traduction française a été faite suite au succès du film en France.
stanley-kubrick-clockwork-orange.jpg


Thèmes

Les principaux thèmes de ce livre sont la violence, la banlieue, la prison et, finalement, la société critiquée notamment à travers le traitement que subit Alex pour « guérir » de sa violence.

La violence est abordée sous tous ses angles. On assiste à des passages à tabac, à des meurtres, des viols, des tortures, d'abord perpétrés par Alex et sa bande, puis subis par Alex lors de son retour de prison.

« Momo a poussé un " Aaaaaaaarh " genre gros animal bolchoï et bézoumni en faisant serpenter la chaîne d'autour de sa taille, vraiment zoum tsarrible, chapeau pour lui. Ce qui a fait que le bon style pour moi c'était de me tasser comme pour danser la grenouillette afin de me protéger le litso et les glazes ; ce que j'ai fait, mes frères, si bien que ce pauvre vieux Momo a été un malenky peu étonné, vu qu'il avait l'habitude d'y aller vlan vlan vlan franco dans la gueule. N'empêche, je dois dire qu'il m'a swouishé raide dans le dos, tellement atroce que ça brûlait à en devenir bézoumni, sauf que la douleur m'a soviété de bourrer zoum une fois pour toutes pour en finir avec ce vieux Momo. Alors j'ai swouishé du britva, visant la noga gauche dans le gras du collant collant et j'ai enlevé cinq bons centimètres d'étoffe en tirant une malenky goutte de krovvi, de quoi rendre Momo raide bézoumni lui aussi. »

On peut observer dans cet extrait un ton plutôt neutre malgré la violence des faits évoqués. Le narrateur semble assez impassible ; ni énervé ni réjoui par les événements.

Les autres thèmes constituent le contexte dans lequel Alex évolue : un monde en quelque sorte post-apocalyptique, une société dans un futur proche où la violence s'est propagée, certainement causée par un mal-être général, particulièrement celui des jeunes (Alex et ses drougs ayant 14 ans). On trouve l'univers de la prison surpeuplée, raison pour laquelle un médecin tente de trouver une solution, un traitement de la violence comme maladie curable. C'est ainsi qu'Alex accepte de faire partie des tests de ce traitement, à la seule fin de pouvoir sortir de prison. On peut alors voir que la violence est également très présente dans ces expériences avec des appareils qui forcent les yeux à rester ouverts, des vidéos choc... et le fait qu'Alex ne soit plus traité comme un humain mais plutôt comme un cobaye.



Particularités

La particularité principale de L'Orange Mécanique est son style d'écriture, le langage utilisé par le narrateur, appelé le nadsat et créé par l'auteur lui-même. Il s'agit d'un mélange d'argot et de mots tirés du russe, ponctué d'expressions familières comme « des familles » ou « comme qui dirait ». On peut l'observer dans l'extrait cité un peu plus haut.

À cause de ce langage quelque peu étrange, la lecture paraît difficile au premier abord, mais on s'apercevra au fil des pages que l'on ne prête même plus attention à ce vocabulaire particulier et qu'on le comprend intuitivement en s'aidant du contexte, des transparences de mots ou des réutilisations. De plus, on trouve un glossaire à la fin du livre qui donne une traduction des mots tirés du russe et peut aider à la compréhension – mais personnellement, je ne m'en suis presque pas servie.

Une autre particularité de ce livre est la présence d'un anti-héros. Alex est un personnage rempli de violence, d'égocentrisme et de mépris des autres ; il ne devrait donc nous inspirer aucune affection, ne susciter aucune identification. Ce n'est d'ailleurs apparemment pas le but de l'auteur, puisqu'il a écrit ce livre en s'inspirant de sa propre histoire, quand sa femme s'est fait agresser. On ne peut donc pas imaginer qu'Anthony Burgess voulait qu'on aime son personnage ni qu'on s'identifie à lui – sauf en considérant le dernier chapitre du livre, qui a d'ailleurs été censuré aux Etats-Unis, ce qui explique qu'il n'apparaisse pas dans l'adaptation cinématographique.

Pourtant, on s'attache inévitablement à Alex, comme à tout personnage principal, et on se surprend à être de son côté (« le Mal ») et pas de celui de ses victimes (« le Bien »). Par ailleurs, quand Alex devient une victime, ce sont ses opposants que l'on considère comme « le Mal » (les médecins, les policiers, l'écrivain qui veut se venger...).


Marine D., 1ère année éd.-lib.

 

 


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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 07:00

Alain-Damasio-la-zone-du-dehors-01.gif




 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alain DAMASIO
La Zone du dehors
Cylibris, 1999

Gallimard,
Collection Folio SF, 2009

 éditions La Volte, 2010











Alain Damasio est si bien connu pour La Horde du Contrevent qu’on en oublierait La Zone du dehors, son premier roman. Ce dernier a pourtant reçu le prix européen Utopiales en 2007 et regorge déjà de ce qui a fait le succès du premier ouvrage cité. On croirait dans un premier temps La Zone du dehors une résurgence ou un écho de 1984 de George Orwell, ce dont semble témoigner la date choisie, 2084. Influence certes, mais modèle, non. Alors qu’une autorité dictatoriale dominait dans la trame scénaristique de 1984, c’est une gentille sociale-démocratie qui est vomie dans l’œuvre de Damasio à l’aide d’une écriture mordante qui s’appuie sur un nouveau langage, si bien ancré dans le nôtre que l’on a peine à savoir s’il pèche par manque de vocabulaire où s’il s’agit de néologismes inventés par l’auteur.

Le piège de la liberté s’est refermé sur les citoyens de Cerclon, cité dans laquelle se déroulent les événements de La Zone du Dehors. Tout est possible, autorisé. Sauf ce que l’on s’interdit. Et la population se permet peu, prise dans les rets de l’autogérance et de la surveillance mutuelle et partagée. Cerclon, Captp, personnage principal, nous la présente :

 « cette coquette prison construite au compas, lisse et aplanie, notre bonne ville de Cerclon avec sa gravité constante, son oxygène homogénéiquement bleu qui suintait des turbines, ses tours sans opacité, ses avenues sans ombre, blanches de la peur des angles morts, Cerclon, petite enclave sur astéroïde inhabitable, petit miracle technologique pour vie humaine possible, je n’en avais jamais supporté la putride sagesse, encore moins l’architecture bonasse, cette ergonomie du confort, glissante et flasque, qui rendait les corps amorphes à force de facilité, à force d’évidence et d’humanité ».

S’évader de cette prison, mais avant tout de soi-même sera la quête constante de Captp, rejoint par quatre autres personnages : Slift, Kamio, Brihx et Obffs. Chacun à sa manière cherchera à rejoindre le Dehors, hors de soi-même. Mais ensemble.

Quelque chose interpelle cependant. Qu’est-ce que ces noms imprononçables ? Là réside tout le génie de l’assignation à personnalité qui est pratiquée par cette société où chacun a une place puisque la société n’oublie personne. La population est en effet hiérarchisée par un système nommée le « Clastre » qui attribue à chacun une série de lettres en fonction de son niveau social, cinq lettres pour les plus bas, une seule pour le haut du panier, à savoir les membres du gouvernement de la cité. Chaque année a lieu la valse du Clastre, où chacun peut gagner le droit d’être renommé selon les points du bon citoyen qu’il a accumulés ou perdus. On prend la place d’un autre, on perd la sienne, on devient une autre suite de lettres, chaque série correspondant à un emploi, une situation. On reste personne, simple « copie qu’on forme » et jamais rien d’autre.

Pas une vague ne semble secouer l’équilibre parfait de ce monde où personne n’est malheureux. Mais qui est heureux ?

La société dépeinte par Damasio n’est que l’extrapolation de la nôtre. Société de consommation qui nous laisse croire que l’on choisit, société de la télévision à outrance qui nous laisse croire que l’on sait, société permissive qui nous laisse croire que l’on aurait le droit si on le voulait. Mais on omet de vouloir. On se l’interdit pour ne pas risquer d’être remarqué. Car impossible sur Cerclon d’échapper à la vigilance, à la veille, organisées par les citoyens eux-mêmes et facilitées par la présence de tours panoptiques dans la cité.

Damasio illustre ainsi la philosophie de Michel Foucault développée dans son ouvrage Surveiller et punir. Le panoptique est un système à l’origine envisagé pour simplifier la surveillance en milieu carcéral. L’idée est de placer une tour centrale au milieu d’une prison, permettant d’avoir une vue d’ensemble sur les détenus qui, sachant qu’ils peuvent être vus à tout moment, restent « sages ». Foucault reprend ce concept pour l’appliquer à d’autres structures dans l’idée qu’ainsi un redressement moral s’effectuera de lui-même. C’est le principe même de la ville de Cerclon, parsemée de tours panoptiques. Chacun se sait possiblement surveillé par un concitoyen. Il ne faut donc pas dépasser. Ne pas attirer l’attention. Rester un bon citoyen, droit et honnête. Résultat : une société où il fait bon vivre mais pas bon exister. Plus rien ne bouleverse, tout est insipide. L’absence de passion, ce mouvement qui anime et dynamise, rend amorphe.

Pourtant, tout n’est pas calme, contrairement aux apparences. De plus en plus, un nouveau sentiment se déploie, le désir d’une Volution. Pas d’une révolution ni d’une évolution. La Volution est autre, simplement. Elle est ce que chacun y met. C’est pour cela qu’œuvre le mouvement de la Volte dont font activement partie les cinq protagonistes cités plus haut. Mais elle a un ennemi interne, les molteux, qui veulent éveiller les consciences pacifiquement, par le dialogue. Aucun espace de parole ne leur est véritablement accessible, leur message étant toujours déformé par les médias, serviles face au gouvernement. Devant ce constat jaillissent une violence, une rage et une fureur que l’on ne peut endiguer. Le pas est franchi, la Volte frappe, claque, lacère. Le mouvement est enfin lancé. Il reste à en découvrir l’issue, s’il en est une possible.
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L’écriture de l’auteur peut troubler, déranger par son aspect incisif, parfois décousu, nous perdant entre les différents personnages. Qui parle ? C’est la question récurrente que l’on se pose pendant de nombreuses pages, Damasio utilisant exclusivement la première personne. Il nous livre ainsi un point de vue sans cesse changeant. Ce que vivent et ressentent les protagonistes à chaque instant est ainsi mis en exergue. En ce sens, l’écriture de Damasio est polymorphe tant elle tend à nous faire ressentir ce qu’expérimentent les protagonistes, et ce avec des passages apparemment sans queue ni tête, mais qui possèdent une force indéniable. Ainsi le discours parfois incohérent traduit-il avec justesse l’activité de l’esprit confronté à des situations de toutes sortes. On s’imprègne de ces jeux de mots, de ces jeux de je.

Qui parle ? On s’y perd, mais c’est pour mieux trouver. En effet, l’identité et l’individualité des citoyens de Cerclon sont inexistantes, fondues dans la masse uniforme d’esprits formatés acceptant d’être ce qu’on a choisi qu’ils soient. Pourtant, peu à peu, une personnalité se révèle, s’extrait de ce moule. On commence alors à discerner qui s’exprime. Par son écriture, Damasio réussit à nous plonger dans l’atmosphère d’anonymat de la société dépeinte et nous en sort magistralement. Les protagonistes deviennent quelqu’un, enfin. Et alors, tout commence, s’enchaîne, ils sortent d’eux-mêmes, affirment leur identité, se distinguent. La Volte peut prendre forme, ou pas, elle ne se définit pas, elle est, elle vibre, elle s’emporte et virevolte.

Victoire ou échec, peu importe tant que la Volte advient. Elle peut être le pire, elle peut être le mieux, mais elle est indispensable. Définir ce qu’est La Zone du Dehors relève du défi tellement l’œuvre se ressent intensément. Il s’agit d’une succession de sentiments. Un arrachement à soi-même. L’affirmation d’une volonté trop enfouie. La confrontation au courage. Une tâche dévastatrice et salvatrice dans un monde aseptisé. Croire en une lutte alors que tout laisse croire que rien n’est à défendre. Contagion de la résistance. Et c’est l’empreinte que laisse ce livre. Résister. Contre rien, ou peut-être contre tout. L’essentiel étant de ne pas perdre cette force de ne pas hésiter, de vouloir, de volter.


Leslie, AS Bib.-Méd.

 

 

Alain DAMASIO sur LITTEXPRESS

 

damasio horde contrevent

 

 

 

 

Articles d'Émilie et de Jérémie sur La Horde du Contrevent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 07:00

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Margaret ATWOOD
La Servante écarlate
titre original : The Handmaid's Tale

traduction de Sylviane Rué

Robert Laffont,
Coll. Pavillons poche, 2005
rééd. J'ai lu
, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Margaret Atwood publie La Servante écarlate en 1985.


Ce titre, en 2010, n’accuse pas une ride. Peut être parce qu’il s’agit d’une dystopie, et que ce genre est intemporel, peut être aussi parce qu’Atwood a un style que le temps n’érode pas.

Ce livre se présente sous la forme d’un journal. La narratrice se nomme Defred. Defred n’est pas son vrai nom. C’est le nom qu’elle a dû prendre en entrant au service de son nouveau Commandant.

« Defred ne fournit aucun indice car à l’instar de Deglen ou Dewarren, il s’agit d’un patronyme composé de l’article possessif et du prénom du monsieur en question. » (p..500)

À chaque fois que Defred change de maison, elle change de nom, comme les autres servantes écarlates :

« Puis quand elle est encore plus près, je comprends. Ce n’est pas Deglen. Elle est de la même taille, mais plus mince, son visage est beige et non pas rose. Elle s’approche de moi, s’arrête.  (.. .)

Je questionne : "Deglen a-t-elle été transférée , déjà ?" Mais je sais qu’il n’en est rien. Je l’ai vue pas plus tard que ce matin. Elle me l’aurait dit. "Je suis Deglen", répond la femme. Imitation parfaite. Et, bien sûr, elle est Deglen, la nouvelle, et l’autre, où qu’elle soit, n’est plus Deglen. » ( p. 464)

Nous ne sommes pas dans 1984, où le novlangue s’attaque même aux noms communs, mais dans La servante écarlate les gens perdent leur identité, et sont désignés par des noms génériques.

Il y a les Épouses qui régentent la vie de la maison, les Commandants, leurs époux, qui ont des postes haut placés dans le gouvernement. Dehors il y a les Gardiens, les Anges (les soldats), les Yeux (des espions à la charge du gouvernement qui vérifient que tout se passe selon les règles édictées)… Il existe encore quelques foyers pauvres, avec des éconofemmes, des femmes qui se chargent de toutes les tâches dans le foyer à la fois. Dans les maisons des commandants, il y a les Martha qui s’occupent de la cuisine — leur uniforme est une robe vert terne —, et les Cora avec leurs robes bleues, qui s’occupent des servantes écarlates, comme Defred, véritable matrice sur pattes, dont le rôle est de procréer puisque la natalité a drastiquement baissé. Voilà ce qu’en dit Defred :

« À quoi Dewarren va-t-elle donner naissance ? À un bébé, comme nous l’espérons toutes ? Ou à autre chose, un non-bébé, avec une tête comme une tête d’épingle, ou un museau de chien, ou deux corps ou un trou dans le cœur ou des mains et des pieds palmés. On ne peut pas le savoir. On le pouvait jadis, avec des machines, mais c’est maintenant interdit. A quoi cela servirait-il de le savoir de toutes façons. On ne peut pas les laisser passer ; dans tous les cas, il faut mener la chose à terme.
Les chances sont d’une sur quatre, nous l’avons appris au Centre. L’atmosphère est devenue trop saturée un jour de produits chimiques, rayons, radiations ; l’eau grouillait de molécules toxiques, tout cela prend des années à se purifier, et entre temps cela vous rampe dans le corps, assiège vos cellules graisseuses. Qui sait, votre chair elle-même est peut être polluée. » (p.184)

Voilà donc la raison pour laquelle Gilead (qui est à la fois le nom de la capitale et du pays dans lequel Defred réside) a succombé à la tentation du pouvoir totalitaire.
Defred raconte aussi comment les gileadiens en sont arrivés là quand elle fait appel à ses souvenirs. Les femmes se sont vu bloquer l’accès à leur comptes bancaires et leur argent a été reversé à leurs maris, ou au personnage masculin le plus proche d’elles. Sous la pression de groupes armés, leurs employeurs ont dû les licencier.

« Nous sommes renvoyées ? ai-je demandé. Je me suis levée. Mais pourquoi ? (…) Il est timbré, a dit quelqu’un tout haut, alors que nous pensions sûrement tous la même chose. Mais je pouvais voir ce qui se passait dehors dans le couloir : deux hommes y étaient postés, en uniforme, avec des mitraillettes. C’était trop théâtral pour être vrai, et pourtant ils étaient bien là. » (p. 296)

Defred sort des bureaux, et va s’acheter des cigarettes dans un kiosque. Mais sa carte ne passe pas. Elle rentre chez elle avec l’impression de rêver, et appelle une de ses amies à qui elle raconte ses mésaventures.

« Quand j’ai eu terminé, elle a demandé : As-tu essayé d’acheter quelque chose avec ton Ordinacarte aujourd’hui ?
— Oui. Je lui ai raconté aussi cela.
— Il les ont gelées, a-t-elle dit. La mienne aussi. Celles du collectif aussi. Tous les comptes qui portent un F au lieu d’un M. Il leur suffit d’appuyer sur quelques boutons. Nous sommes coupées. » (p. 299)

Par la suite, les femmes qui ont prouvé leur fertilité en ayant déjà des enfants en sont séparées puis on leur propose une alternative : devenir une servante écarlate ou bien être envoyée avec les Anti-femmes (les militantes féministes) dans des camps de travail proches des camps d’extermination ou elle sont employées à faire pousser des céréales et des légumes pour nourrir le reste de la population. La mère de Defred, ardente féministe, y a été déportée. Defred décide de devenir une servante écarlate avec l’espoir secret de retrouver sa fille et son ami, Luke.

Voilà, le décor a été posé, et c’est celui dans lequel Defred évolue, et nous avec elle. Un univers où chaque petite joie quotidienne est bonne à prendre : rayon de soleil, tracé irrégulier des pavés sur le trottoir, sensation douce d’un œuf à la coque au creux de la main, où le plaisir est prohibé, où des œillères empêchent Defred de regarder autre chose que le sol sur lequel elle marche.

Seule la nuit lui appartient, elle peut rêver de son ancien amant Luke, de « la petite fille morte » ainsi qu’elle désigne sa fille qui lui a été enlevée. Le jour aussi elle se prend à divaguer, elle voudrait pouvoir voler un couteau dans la cuisine, ou le sécateur de l’Épouse de la maison, elle voudrait que le plafonnier n’ait pas disparu pour pouvoir s’y pendre avec ses draps, mais elle ne fait rien parce que si son larcin est découvert avant qu’elle ait pu mettre son dessein à exécution, elle sera envoyée au camp rejoindre les antiFemmes.

Ce livre se clôt sur des Annales historiques qui éclairent notre lecture : sans nous rassurer directement sur le sort de Defred, elles nous renseignent sur l’avenir de l’humanité, que ce livre nous faisait entrevoir bien sombre sinon inexistant.


Le prix Arthur C. Clarke a été décerné en 1987 à Margaret Atwood pour ce roman.
Son livre a été adapté en film en 1990 par Volker Schlöndorff, et a reçu de nombreux prix.

L’œuvre dystopique de Margaret Atwood a fait son chemin et est aujourd’hui à ranger sans conteste dans sa bibliothèque entre Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, et 1984 de Georges Orwell.

 

 

Anne, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

 

 

Margaret ATWOOD sur LITTEXPRESS


 

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 Article d'Elise sur La Servante écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 07:00

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Ferenc KARINTHY,

Épépé

Denoël

collection Denoël et d'ailleurs, 2005



   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Budaï, un père de famille sans histoires, linguiste de profession, s'était endormi dans l'avion qui le menait donner une conférence à Helsinki. Encore groggy de son voyage, il était monté dans la navette pour le centre-ville sans faire attention au monde qui l'entourait.
   

Reprenant peu à peu conscience, il réalise que rien de ce qui l'environne ne lui est familier. Lorsque le bus le dépose devant un bâtiment semblable à un hôtel, il est emporté par un invraisemblable flot d'individus, dans un brouhaha inaudible. Il tente de décrypter quelques bribes mais ses efforts restent sans succès. Une langue inconnue, une écriture qui ne ressemble à aucune autre, une foule qui se décline à perte de vue, Budaï est totalement perdu et désemparé. Un heureux concours de circonstances lui permet d'obtenir la clé d'une chambre qu'il rejoint par un ascenseur interminable au sein de l'étourdissante cohue.
   

Dès lors commence la lutte d'un homme qui tente par tous les moyens de communiquer avec les autres, ne serait-ce que pour parvenir à quitter cette métropole qui s'étend à n'en plus finir, mais l'échange est impossible face aux « édédé, épépé ou étyétyé » inintelligibles de la langue du pays. Sillonner la ville n'est pas plus probant ; l'espace urbain semble infini, sans limites ni frontières. Budaï se débat, privé de repères dans ce lieu hermétique devenu sa prison, s'acharne même pour trouver une logique à cette situation absurde et déroutante. Le lecteur assiste impuissant à son combat forcené, réfléchit avec lui quand il s'engage dans l'étude rigoureuse de la langue, par le biais de sons perçus, d'annuaires ou de tout autre papier qui lui tombe entre les mains. Il se raccroche à la moindre piste avec obstination, sans jamais s'accorder de répit, craignant de capituler sous le poids du désespoir et de l'irrationalité de la situation. Peu à peu, c'est sa condition même d'être-au-monde qui lui échappe. Il est passé en quelques minutes du statut de linguiste reconnu à celui de marginal inculte dans un univers à la fois si proche et différent du monde réel.
   

Ferenc Karinthy nous plonge donc dans un cauchemar oppressant de 300 pages, où l'absence de limites semble tout aussi aliénante que l'enfermement, où la moindre recherche de nourriture prend des proportions démesurées et devient une odyssée à elle-seule ; la chute de Budaï est fatale, irrémédiable.
   

Alors comment ne pas se demander quel est cet endroit si étrange, dans lequel l'indifférence et l'incompréhension règnent en maîtres ? La condition humaine y est altérée, et la masse de gens s'entasse dans un univers concentrationnaire, suffocant. Publié en 1970, ce texte ne va pas sans rappeler la société de l'époque. Le décor semble emprunté à celui d'une URSS en ruine, au temps de la création des frontières et de l'installation des grandes dictatures soviétiques. À moins qu'il ne s'agisse de la vision anticipée des métropoles du XXIe siècle... L'écriture, efficace et saisissante, confère à ce récit cauchemardesque une dimension lamentablement comique qui ne fait qu'accroître l'intensité du texte.
   

Encensé par la critique et élevé au rang des grandes oeuvres kafkaïennes, Épépé fait partie de ces textes qui laissent une trace une fois la dernière page achevée.

Marie-Aude B.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 07:00
Gueraud-La-brigade-de-l-oeil.gif








Guillaume GUÉRAUD
La Brigade de l’œil

Editions du Rouergue.
collection doAdo noir, 2007
Folio SF 2009.
















   
Un monde sans image. Ni photo, ni dessin, ni peinture… une dictature de fer menée par une impératrice trop intransigeante. Une sanction des plus horribles pour les récalcitrants : la vue perdue à jamais. Pourtant un jeune garçon, attiré depuis toujours par ce monde interdit, va essayer de changer les choses. Pour plusieurs comme lui, les images doivent réapparaître au grand jour. À travers un monde de restrictions et de sous-entendus, l’auteur nous entraîne dans une mafia d’images avec le point de vue d’un adolescent, Kao.
  

GUERAUD-LA-BRIGADE-DE-L-OEIL-2.gifL’auteur alterne cela avec la vie d’un membre de cette police spéciale, « la brigade de l’œil ». L’inspecteur Falk combat donc les images même s’il a grandi avec elles. Les raisons de son combat restent obscures malgré sa violence et sa détermination. Cependant rien n’est jamais définitif…


Ce livre destiné aux adolescents, est écrit dans un style bien particulier, allant jusqu’au vulgaire. Rien n’est proscrit : la violence décrite ne pourrait l’être plus, les sentiments ne manquent pas de franchise et certaines scènes peuvent être choquantes. Tout cela fait que ce roman est aussi très abordable (sans ennui) par les plus âgés, même s’il y a un air de déjà vu : l’influence du 1984 de George Orwell se fait très largement sentir. Heureusement, rien de tout cela n’enlève son charme au parcours du jeune garçon.




Léa, 2e année Bib.-Méd.




Guillaume GUÉRAUD sur LITTEXPRESS



gueraud-gibier.jpg



Échange d'impressions autour de Je mourrai pas gibier.
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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 07:00

the-road-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John HILLCOAT

La Route

Titre original : The Road

Sortie : 2/12/2009

d' après

l 'oeuvre de

Cormac MAC CARTHY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien que la scène d'ouverture du film fasse naître en nous la crainte que la tonalité du livre ne soit pas respectée – une famille heureuse dans un beau pré donnant à manger à un cheval majestueux par une belle matinée de printemps –, le film se révèle en fait très fidèle au roman.


La chronologie du livre est parfaitement suivie et l'ambiance apocalyptique noue les tripes du spectateur.


La violence a détruit notre terre et elle perdure. Les êtres survivants sont voués à la déchéance ou au cannibalisme dans ce monde devenu manichéen. Y a t-il une autre solution que mourir ?. Nous suivons un homme et son fils : ils avancent mais ils ne sont plus rien ; ils marchent vers le néant comme pourraient le faire des personnages de Beckett avec comme seul objectif d' aller vers le sud. Comment survivre dans toute cette hostilité ? Mac Carthy écrit : «  il disait que les rêves qui convenaient à un homme en péril étaient les rêves de danger et que tout le reste était une invite à la langueur et à la mort ». La relation filiale est tout ce qu'il reste comme preuve d'une humanité encore possible.


Le film nous transporte dans une dimension biblique : ce nouveau monde semble être le fruit d'une punition divine. On ne sait pas quelles sont les causes de cette dévastation. Les décors sont chaotiques, fantomatiques et toute la violence du film inquiète sur notre avenir possible.


Ce film est intéressant car, contrairement aux autres films apocalyptiques courants et à la mode, il est centré sur des préoccupations présentes, entièrement dans l'instant et pas sur un avenir qui,  lui, ne semble pas exister. On ne peut plus changer le monde, le futur est mort avec lui.


Malheureusement, quelques scènes semblent un peu trop hollywoodiennes. Certaines ne sont pas évidentes à interpréter. Celle par exemple où on découvre une canette de Coca-Cola est un moment clé du livre : le symbole d'un mythe oublié et le film nous laisse plus penser à une publicité pour la marque. La fin est, de même, ambiguë : elle semble un peu trop joyeuse dans cette atmosphère morbide. On pourrait la voir de manière plus pessimiste : dès que l'on tente de créer une nouvelle relation avec un être humain on échoue car le monde est faussement civilisé : les humains sont des êtres sauvages.


Le film perd donc, il me semble, une part de la philosophie du livre. Même si le malaise est bien présent, que certaines questions se soulèvent pour le spectateur, nous effleurons seulement la profondeur du roman dans certains passages. Le film manque donc un peu d'ambition à mon goût même s'il marque par sa noirceur et son réalisme. L' acteur Viggo Mortensen est un gros point positif du film : son jeu est vraiment très bon !



L' écriture de Mac Carthy suit le rythme tragique du roman ; elle est sans artifices, spontanée et surtout poétique. Les paysages dépouillés font que, visuellement, le film s'accorde bien avec les sensations que nous procure le livre mais la musique ne me semble pas bien appropriée : elle n'est peut être pas assez oppressante. Certains passages comme les retours en arrière manquent de finesse dans les transitions au profit de simples interventions narratives ce qui enlève une part de la poésie du livre.


C'est un roman très difficile à rendre sur grand écran. John Hillcoat en a fait un bon film mais pas un « grand » film étant donné les quelques maladresses. Je le conseille tout de même car il dégage une atmosphère sombre très particulière et soulève de nombreuses questions. L 'histoire de ce père et ce fils ne peut laisser personne insensible, elle donne envie (et en même temps on le redoute !) , d'aller se plonger dans l'univers du livre qui, lui, est bouleversant.

 

 

Emmanuelle, 1ère année Edition-Librairie

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 22:40










Kazuo ISHIGURO
Auprès de moi toujours

traduit de l'anglais par Anne Rabinovitch
Editions des Deux Terres,2006

















 
Kazuo Ishiguro est né en 1954 à Nagasaki au Japon. Son père, océanographe, migre en Grande-Bretagne pour ses recherches, avec sa famille, en 1960. Kazuo est alors âgé de 5 ans. Il suit des études de littérature dans les universités du Kent et d'East Anglia. Auteur de six romans, il s'impose au premier plan de la scène britannique avec Lumière pâle sur les collines (Prix du meilleur premier roman 1984), Un Artiste du monde flottant (Whitbread Prize, meilleur livre de l'année 1986), Les Vestiges du jour (Booker Prize 1989), adapté au cinéma par James Ivory en 1993, L'Inconsolé, et Quand nous étions orphelins ; avec son dernier roman, Auprès de moi toujours, il confirme son énorme talent. En 1995, il a reçu le titre d'officier de l'Ordre de l'Empire britannique, et en 1998, la France l'a fait chevalier des Arts et Lettres. Ses livres sont aujourd'hui traduits dans plus de trente langues. Kazuo Ishiguro vit à Londres, avec son épouse et sa fille.
 
L'histoire se déroule dans les années 90, en Angleterre ; la narratrice Kathy, âgée de 31 ans, se remémore son enfance. Alors qu'elle est sur le point de quitter sa fonction "d'accompagnante", elle retrace avec précision les moments qu'elle a passé dans un pensionnat, auprés de ses amis Tommy et Ruth. Plus on avance dans l'histoire, plus le cadre qu'elle nous décrit nous semble étrange. Quelle est donc cette institution, où les pensionnaires sont élèvés comme des êtres uniques, coupés du monde, sans cesse examinés, surveillés par des gardiens vigilants et où personne n'ose s'interroger ?  Bien des années plus tard, Kath remet cette enfance en question, elle se retourne sur son passé à Hailsham, retrace avec sensibilité son éducation, les relations avec les autres enfants et les adultes qui les guidaient. En réalité, tous ces enfants sont élevés, conditionnés dans un but précis et amenés à un destin qu'ils n'ont pas choisi. Avec une subtilité inouïe, Kazuo Ishiguro n’en dit jamais trop et se concentre sur l’existence de ses héros tragiquement résignés au sort qui les attend. L'intrigue est maintenue tout au long du roman et c'est là toute sa force, la ré­vé­la­tion fi­nale n'en est que plus poi­gnante. Sans dévoiler le mystère du récit qui en perdrait tout son intérêt, cette fiction vient soulever des craintes sur notre propre avenir.  Un roman bouleversant, original dans son écriture, qui allie émotion et réflexion éthique et qui permet de le classer également dans les bons ouvrages d'anticipation. Le monde décrit par Kazuo Ishiguro serait-il celui de demain ?
 

Extrait

"Je m'appelle Kathy H. J'ai trente et un ans, et je suis accompagnante depuis maintenant plus de onze ans. Je sais que cela paraît assez long, pourtant ils me demandent de continuer huit mois encore, jusqu'à la fin de l'année. Cela fera alors presque douze ans. Si j'ai exercé aussi longtemps, ce n'est pas forcément parce qu'ils trouvent mon travail formidable. Je connais des accompagnants très compétents qui ont été priés d'arrêter au bout de deux ou trois ans à peine. Et je connais le cas d'un accompagnant au moins qui a poursuivi son activité pendant quatorze ans alors qu'il ne valait rien. je ne cherche donc pas à me vanter. pourtant je sais de source sûre qu'ils ont été satisfaits de mon travail, et dans l'ensemble, je le suis aussi.(...) Les accompagnants ne sont pas des machines. On essaie de faire le maximum pour chaque donneur, et au bout du compte on s'use."

Kadija, 1ère année Bib-Méd.

Lien

Kazuo Ishiguro sur le site des éditions des Deux Terres

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 09:09








Benoît DUTEURTRE,
La petite fille et la cigarette
,
Gallimard,
Folio, 2005.



















La petite fille et la cigarette raconte la dégringolade fulgurante d’un quadragénaire vivant dans notre futur proche, trop proche.

Il remonte l’avenue du Président-Bush pour acheter le journal en eurollars en promenant son chien Sarko.

Employé dans une cité administrative reconvertie en garderie, suivant la politique absurde du maire qui cède à la dictature de l’ « enfant roi », cet homme s’entiche d’un rituel frauduleux : griller une cigarette dans les toilettes de son lieu de travail.

Seulement, un jour d’étourderie, il va oublier de verrouiller la porte et une petite fille va le surprendre en train de transgresser la loi.

S’ensuit une véritable cavalcade contre la justice, qui va l’accabler de « crime contre l’enfance », expression remplaçant le mot pédophilie, dorénavant politiquement incorrect.

Bien qu’il ne cesse de clamer son innocence, il va être pris au piège infernal de la justice, aseptisée de tous sentiments, allant jusqu’à prononcer la peine de mort pour certains crimes.

Cet homme, que l’on va considérer comme un monstre en portant atteinte à sa liberté d’expression, va se livrer à des terroristes qui font exploser l’audimat avec la Martyre Academy. Ce show sanglant permet de sauver des otages en cautionnant les revendications des ravisseurs : « une rançon de 500 millions de dollars, destinée à financer le développement d’un terrorisme de qualité ».

Totalement désarmé, le condamné va pourtant tout essayer pour échapper à ce destin illogique qui le conduira irrévocablement à la mort.

Auteur kafkaïen, Benoît Duteurtre nous montre l’absurdité du monde actuel et ce qu'il tend à devenir. Le pouvoir absolu que l’enfant exerce sur l’adulte, la télé-réalité détournée par des terroristes qui poussent, à peine, les internautes à sauver
es otages de la mort entraînent l’homme à la perte totale de tout repère.


Héloise, 1ère année Bib.-Méd.
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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 08:37









Ira LEVIN,
Un bonheur insoutenable
,
This Perfect Day, 1969
traduction :
Frank STRASCHITZ
J'ai lu, 2003





















L’auteur

Ira Levin est né à New-York en 1929 et mort en 2007. Il a écrit des livres de genre différents, théâtre, SF, policier ou thriller.

Bibliographie

Voir le site du Cafard cosmique http://www.cafardcosmique.com/LEVIN-Ira


L’univers

Un bonheur insoutenable (The Perfect Day) se passe sur Terre, dans le futur. Tout est dirigé par un ordinateur appelé Uniord. Chaque « membre » de la famille reçoit à intervalle régulier un traitement adapté à chacun destiné à réduire l’anxiété, à ne pas tomber malade, mais qui empêche également de trop réfléchir, de penser. Il n’existe que huit prénoms : Li, Bob, Jésus, et Karl pour les garçons et Paix,  Anne et deux autres prénoms pour les filles. Chaque membre a un prénom suivi d’un numéro. Chaque individu possède également un bracelet électronique qu’il doit présenter à chaque borne (un peu à la manière d’un code-barre). Lorsqu’un membre désire quelque chose (un jouet, un cahier à dessin…), il doit également présenter son bracelet et Uniord décide de le lui accorder ou non. Ainsi, tout le monde est sur un pied d’égalité. Il n’y a ni riche, ni pauvre. Mais personne n’a la possibilité de choisir sa vie. Il faut, par exemple, demander l’autorisation à Uni d'aller voir ses parents. On ne peut choisir son affectation (le métier que l’on fera toute sa vie). C’est également Uni qui décide qui peut avoir un enfant, et à quel âge un membre a atteint son potentiel maximum et peut mourir (dans le livre, à l’âge de 62 ans).

Chaque membre est suivi par un conseiller qui peut décider de modifier le traitement en cas de trop grande agitation. Cela permet de bien contrôler tous les esprits.

L’intrigue

   
Le principal personnage, Li RM35M4419, possède quelque chose d’unique : un surnom, Copeau. C’est son grand-père qui le lui a donné, ce même vieil homme qui a participé à la construction d’Uni. Il lui a également livré quelques secrets sur cet ordinateur mystérieux. Mais le jeune Copeau, âgé de 10 ans, est gêné par cet homme qui décidément perd un peu la tête : quelle idée de critiquer ainsi UniOrd, qui fait tant pour la « famille » ? Il la rend heureuse et sans soucis.
   
En grandissant, Copeau devient un membre honnête, productif, comme tous ses camarades. Mais un jour, il rencontre Karl WL35S7497, étudiant en génétique qui passe son temps libre à dessiner. Cela déplait à Uni qui voit dans le dessin un moyen de s’exprimer et de se libérer. Après l’avoir aidé à se procurer papier et fusain, Copeau le dénonce à Uni, impuissant devant la « maladie » de Karl.
   
Un jour, cependant, il rencontre une société secrète qui lui explique la manière de ne pas recevoir son traitement. Copeau se sent libéré et souhaite fuir cette société qui l’opprime. Après de nombreuses péripéties, il arrive à s’enfuir avec Lilas dans une île libre de toute dictature d’Uni. Malheureusement, l’île est sous l’emprise de riches familles, reproduisant les schémas sociaux du moyen âge avec les seigneurs et les serfs. Il apparaît alors qu’Uni est au courant de l’existence de cette île, et qu’il s’en sert pour se « débarrasser » des membres incurables de la famille.
   
Copeau décide alors de monter une expédition afin de détruire Uni, grâce aux secrets livrés par son grand-père. Mais, au bout du voyage, il apparaît qu’un groupe de personnes se cache derrière l’ordinateur. Ce sont eux les vrais dirigeants de ce « monde parfait ». Copeau a alors le choix de mourir ou de se joindre à eux pour les aider à gérer ce monde de soumission.

Conclusion

Ce roman dénonce le problème d’un monde idéal dirigé par une machine, ou d’une oligarchie dans le cas présent. Il pose également le problème du choix : entre un monde aseptisé où l’on obéit sans réfléchir, mais où l’on dispose du confort, et un monde où l’on peut réfléchir, agir, et penser mais où l’on meurt de faim et de froid, que choisirions-nous ?


Marion, Bib 2ème année
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