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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 07:00
David Fauquemberg Mat tiempo



Voyageur impénitent depuis ses 20 ans, son premier roman,
Nullarbor, a été salué par les critiques et couronné en 2007 par le premier prix Nicolas Bouvier, décerné lors du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Il vient de publier en 2009 Mal tiempo, un roman sur la boxe à Cuba. David Fauquemberg avait posé ses valises au salon Lire en Poche qui s’est déroulé à Gradignan les 3 et 4 octobre 2009. Il a accepté de répondre à nos questions.







Vous avez été boxeur, professeur de philosophie, guitariste, avant d’être auteur de guides de voyage et de romans et traducteur. Vous avez aussi beaucoup voyagé. Pouvez-vous revenir sur les différentes étapes de votre cursus ?

D.F. : Il ne faut pas croire tout ce qu’on lit dans les journaux. Oui,  j’ai fait de la boxe, j’ai fait de la guitare, en amateur, comme tout le monde. Quand les gens parlent des écrivains, ils ont tendance à monter en épingle des choses que tout le monde fait ; tout le monde fait du sport, de la musique,  ou de la peinture, donc ça n’a rien de particulièrement important. Sauf que c’est vrai que comme moi j’essaie d’avoir une écriture qui est la plus proche possible du monde, de la réalité, le fait d’avoir fait de la boxe, pour écrire un livre sur la boxe (c’est mon dernier livre), ça sert, parce que ça donne des émotions, des sensations qui sont utiles, après, pour écrire. Dans mon dernier livre, qui s’appelle Mal tiempo, je voulais plonger les gens sur un ring, pas leur parler de la boxe ou rendre hommage à la boxe, mais vraiment plonger le lecteur sur un ring, être au ras des choses, au ras des corps, au ras des boxeurs, et pour ça, le fait d’avoir fait de la boxe me servait. Je pense que je ne serais pas capable, et je n’en ai pas envie d’ailleurs, d’écrire sur des choses que je ne connais pas. Alors, après, je vis, je ne fais pas les choses pour écrire des livres, mais j’écris sur des choses que j’ai vécues parce que c’est les choses que je connais le mieux, parce que  je les ai ressenties. Pour moi, le roman c’est avant tout un genre de la sensation, du sens, pas au sens moral mais des sensations. Quand un roman est réussi, vous êtes dans l’endroit, vous vivez les choses, vous finissez par oublier qu’il y a un auteur derrière. Après, dire « ancien boxeur » ou ci ou ça, c’est des étiquettes, mais on ne peut pas y échapper… et puis certains auteurs en jouent aussi. Evidemment on n’écrit pas à partir de rien, on se nourrit de tout ce qu’on a fait.

Vous avez fait de nombreux voyages, en Laponie, en Australie, en Patagonie, à Cuba, et même une traversée de l’Atlantique à la voile en solitaire. Qu’est-ce qui vous a donné le virus des voyages ?

D.F. : Je ne sais pas. J’ai été élevé dans le bocage normand, il ne se passait pas grand-chose, ça a peut-être aidé. Et aussi, je vivais près d’un port et dans un port on parle toujours de voyages. Mais c’est surtout la littérature qui m’a donné envie de voyager, les livres de Jules Verne, Cendrars, Kerouac, Faulkner, Hemingway.

Vous avez reçu le prix Nicolas Bouvier en 2007 pour votre premier livre,  Nullarbor. Quelle est votre définition de la littérature de voyage. Est-ce une étiquette qui vous convient ?

D.F. : Nullarbor a été étiqueté « littérature de voyage ». Je ne comprends pas ce que ça veut dire. Moi quand j’écris, je suis assis pendant deux ans derrière un bureau. Il n’y a pas moins voyageur qu’un écrivain (bien sûr on peut parler de voyages imaginaires). Quand je voyage, je voyage, quand j’écris, j’écris et donc je ne suis pas un écrivain-voyageur ou un écrivain-boxeur, je suis un écrivain tout court. Je rejette complètement cette étiquette. Avec Nullarbor, je voulais raconter un voyage sans être dans un genre. Je voulais utiliser les armes du roman pour rendre la force de la réalité.

Est-ce que ce n’est pas un paradoxe alors d’avoir eu le prix Nicolas Bouvier ?

D.F. : Non, au contraire, parce que Nicolas Bouvier, avant d’être un écrivain-voyageur, est un immense écrivain ; Nicolas-Bouvier-Le-Poisson-scorpion.gifc’est un des types dans le dernier demi-siècle qui a la plus fine écriture, la pratique de l’écriture la plus enracinée dans la réalité. C’est un type qui en deux lignes est capable de vous décrire une ville japonaise et on y est, on sent les choses. C’est un très grand styliste, il a un style à la Flaubert, à la Maupassant. Quand j’ai lu Nicolas Bouvier, je ne l’ai pas lu comme un baroudeur, je m’en fiche. Je pense qu’un bon récit de voyage, c’est le livre qui ne perd rien si vous apprenez que l’auteur de ce livre n’est jamais allé dans le pays, n’a jamais fait ça. Par exemple, vous lisez Le Poisson-scorpion de Nicolas Bouvier qui est une histoire incroyable puisque c’est un récit de voyage dans une chambre : il est enfermé dans une chambre au Sri Lanka, il a la fièvre. Moi, je l’ai lu comme un roman parce qu’il y a une tension psychologique, il y a une écriture qui est très proche d’un Dostoïevski. Si demain vous découvrez qu’il n’est jamais allé au Sri Lanka et qu’il n’a jamais été malade dans cette ville dont il parle, ça ne change rien au texte ; à la limite ça le renforce parce qu’on se dit qu’avoir réussi à écrire ce texte-là sans y être allé, c’est absolument prodigieux. Pour moi, la bonne littérature de voyage, c’est de la littérature avant tout, avec un élément de voyage. Mais c’est très récent, ces étiquettes. Cendrars n’a jamais été étiqueté à l’époque comme un écrivain-voyageur, pourtant tous les livres de Cendrars se passent au Brésil, en Russie… Voyage au bout de la nuit de Céline, les trois-quarts du livre se passent ailleurs, aux Etats-Unis, en Afrique. Jamais personne n’a présenté ces livres comme de la littérature de voyage alors que la plupart des choses dont Céline parle, il les a vécues, il a fait ces voyages, mais il n’a jamais été présenté comme un écrivain-voyageur. Même chose pour Hemingway. Il y a un nombre infini  d’exemples. Pour moi, la littérature de voyage, c’est de la littérature. Est-ce qu’on a vraiment besoin de rajouter « de voyage » ? C’est de la littérature ou ça n’en est pas.

Les critiques littéraires vous ont comparé à Chatwin, Kerouac, Hemingway, London, Melville, Kessel. Est-ce que ces auteurs vous ont influencé ? De quelle façon ?

D.F. : En tant que lecteur, j’ai eu des lectures très classiques. Si je devais citer mes grands maîtres, il y aurait Faulkner, Flaubert, Balzac, Tolstoï, Conrad, donc des choses classiques. Le point commun entre Kessel, Hemingway, Kerouac, London, c’est que ce sont avant tout des écrivains qui ont vécu. C’est vrai que j’ai plutôt tendance à lire des choses en sentant que, derrière, le type a vécu. Pour moi, le roman c’est avant tout un genre d’action, ce n’est pas un genre psychologique. Tous les grands romans que j’admire, Lord JimLe Vieil Homme et la merGuerre et paix, sont des romans où on voit les hommes vivre, on n’est pas dans une chambre, on est dans le monde et c’est ça qui m’intéresse dans la littérature.

Vous êtes féru de littérature américaine. Est-ce parce que vous la trouvez plus en prise avec le monde ?

D.F. : Oui parce que je pense qu’en littérature américaine, les gens se posent moins de questions sur le genre, ils ont une pratique artisanale de l’écriture. Je ne les ai pas connus, mais un Hemingway, un Faulkner, un London, je pense que c’est des gens qui ne sont pas dans une réflexion théorique sur la littérature. Je crois qu’on ne peut pas citer un livre de ces gens-là sur le thème d’un écrivain et de sa difficulté à écrire, ce qui est quand même un thème assez courant dans la littérature française. Je cite souvent cette phrase sublime,  que j’ai découverte après avoir écrit Nullarbor, la phrase de Bouvier qui dit : « comme le voyage, la littérature est un exercice de disparition » ; je pense qu’il a résumé là le but d’un écrivain, de disparaître derrière son œuvre. Hemingway, Conrad, Cendrars ont effectivement été des baroudeurs, ils ont vécu des choses, mais ils ont mis cette expérience au service d’une forme littéraire. Il ne s’agissait pas de se regarder le nombril et de se mettre en scène, de se glorifier  ou de se flageller, mais de mettre son expérience au service d’une vision du monde, de donner la place aux hommes, de regarder dehors plutôt qu’à l’intérieur. Même dans la façon d’écrire, il y a un refus de la psychologie, on demande au lecteur de se projeter lui-même, de projeter sa propre culture, ses propres désirs dans la lecture, plutôt que de lui expliquer ce qu’il doit comprendre d’un livre, ça c’est vraiment une discipline américaine. Quand on lit Le Vieil Homme et la mer, ce qui est prodigieux, c’est que c’est presque un reportage sur une partie de pêche, - on apprend comment on plie les cordages, comment on se dirige avec les toiles, comment on appâte une ligne. Quelqu’un qui pêche, qui connaît cette pratique-là, va s’y reconnaître mais Hemingway creuse tellement qu’au bout d’un moment, ce type sur son bateau, qui est juste en train de pêcher, qui pense à des choses, mais qui n’a pas une réflexion explicite sur « mon dieu, la vie n’a aucun sens, je suis en train de vieillir, je n’ai rien fait », ce type conduit le lecteur à projeter ça dans le livre. Comme il creuse cette activité humaine qu’est la pêche, il creuse tellement profond qu’à un moment, ça soulève forcément des questions sur la condition humaine, sur la vieillesse, et moi c’est ce qui m’intéresse dans la littérature. Par exemple pour Mal tiempo je ne voulais pas prendre la boxe pour en faire une métaphore d’autre chose, je voulais creuser la boxe parce que quand vous parlez de boxe c’est quand même l’affrontement le plus simple qu’on puisse imaginer entre deux personnes ; si vous creusez la boxe, si vous faites l’effort de trouver une langue pour raconter ça, à un moment, ça pose des questions sur la violence, sur l’adversité, mais pas en le faisant sous forme de commentaire ou de leçon de morale. Le roman anglo-saxon c’est un roman moral. J’arrive pas à imaginer qu’on puisse lire Le Vieil Homme et la mer ou Lord Jim ou Faulkner sans se poser de question sur la nature humaine mais c’est vous, lecteur, qui vous les posez, ce n’est pas l’auteur qui vous les impose, c’est ça qui m’intéresse. Ce n’est pas propre aux auteurs américains, je retrouve ça chez Flaubert, chez Balzac, chez Maupassant, chez Cendrars.

Vous avez beaucoup voyagé avant d’aller en Australie. Pourquoi est-ce ce voyage qui a déclenché l’écriture ?

D.F. : J’avais 25 ans quand je suis rentré d’Australie. À l’époque, j’enchaînais les voyages (j’ai beaucoup voyagé entre 18 et 25 ans) et ce voyage-là, je n’ai pas réussi à le digérer comme les autres, c'est-à-dire que je ne suis pas rentré pour repartir ailleurs. Je suis rentré un peu cassé, un peu déstabilisé par ce voyage parce qu’il a été très intense. La seule façon que j’ai trouvée pour passer à autre chose, c’était de commencer à écrire, mais bon, je me suis rendu compte très vite qu’écrire un voyage, ce n’est pas facile. C’est devenu un projet littéraire petit à petit, une fois que je me suis embarqué là-dedans. Comme c’était un premier livre, et que j’avais une grande exigence et que je ne voulais pas juste faire un récit vécu mais je voulais en faire un objet littéraire, ça m’a pris sept ans pour le finir. Ce voyage-là m’a obligé à écrire. Je n’arrivais pas à comprendre ce qui m’était arrivé juste en laissant passer du temps. Il  a fallu passer par l’écriture.

Que vous ont apporté les aborigènes ?

D.F. : Une des raisons pour lesquelles j’ai écrit le livre c’est que j’ai fait des rencontres extraordinaires là-bas. J’ai rencontré des gens à qui j’avais envie de rendre justice parce qu’ils m’avaient donné un accueil incroyable, l’impression d’être chez moi. Ils m’ont apporté une autre vision du monde et notamment une autre vision du temps : le passé qui se chevauche avec le présent, le futur, il y a une distension, un écoulement du temps qui n’est pas le même que celui dans lequel on vit. Il  ne peut pas y avoir une étrangeté plus grande que ça, parce que le temps, c’est l’élément dans lequel on agit, on parle, on vit. Si vous n’avez pas la même vision du temps, vous êtes dans une réalité qui ne peut pas être plus étrangère à la vôtre. Le fait qu’il existe d’autres visions du monde. On a toujours l’impression que les autres sont moins avancés que nous, qu’ils ont des superstitions, des croyances un peu ridicules alors que non, ils ont une vision du monde totalement étrangère à la nôtre. Le fait de savoir ça, c’est une école absolument formidable contre le préjugé. On se rend compte qu’on juge les gens en fonction de critères qui nous appartiennent et qu’on essaie d’imposer aux autres alors qu’ils ne peuvent pas être jugés en fonction de ces critères-là et ne peuvent pas répondre à ces critères-là. Une sorte d’école de la résistance passive parce que le peuple aborigène n’est pas un peuple guerrier, pas un peuple qui se soulève. Ils ont une sorte de résignation, de patience qui est triste mais qui est une belle école, cette  acceptation des choses.

Si on peut coller, à tort ou à raison, l’étiquette « littérature de voyage » à Nullarbor, ce n’est pas le cas de votre nouveau livre, Mal tiempo, qui se déroule dans les milieux de la boxe à Cuba. Est-ce qu’il y a un tournant littéraire entre Nullarbor et Mal tiempo ?

D.F. : Pour moi, Nullarbor est un roman parce qu’il y a une tension particulière dans le roman, une intensité qui n’est pas la même dans le récit. Mal tiempo, à l’inverse, est très ancré dans les choses que je connais, dans les rencontres. Les personnages sont inventés mais on invente toujours à partir de quelque chose. La principale qualité de l’imagination, pour moi, ce n’est pas une capacité créative mais une capacité de combinaison. La force de l’imagination c’est qu’elle recombine des choses que vous avez vécues, que vous avez ressenties et que ça en fait des choses poétiques, ça fait de quelque chose d’anecdotique quelque chose d’universel. À l’inverse, j’ai l’impression qu’on ne perçoit le monde qu’à travers l’imagination, que quand vous êtes dans un endroit, que vous rencontrez quelqu’un, vous projetez toute votre culture, toutes vos envies, toute votre vision du monde mais à travers l’imagination. L’imagination, c’est ce qui donne une ambiance à un endroit, c’est ce qui donne une tonalité à une rencontre. Pour moi, il y a une continuité entre Nullarbor et Mal tiempo, ce sont des romans qui essaient d’être ancrés dans la réalité.

Vous êtes aussi traducteur. Est-ce que vous avez proposé ou choisi les auteurs que vous avez traduits ?

D.F. : Non,  ce sont des auteurs que l’on m’a proposés. Après, on choisit toujours un peu puisqu’on est libre de dire oui ou non. Jamais vraiment choisi mais je suis toujours bien tombé. Quand on passe deux ou trois mois, jour après jour, pendant des heures et des heures au plus profond d’un texte, il vaut mieux avoir des affinités, sinon c’est douloureux. En général on me propose des choses qui sont proches de mon univers. Si je devais traduire un livre en costumes dans l’Espagne du XVIe siècle, ce serait difficile pour moi parce que ce ne sont pas des livres que je lis. James Meek ou Hyland sont des gens dont je suis proche.

Vous avez déclaré qu’un traducteur n’est pas un auteur mais un bricoleur. Pourriez-vous développer ?

D.F. : C’est ma vision des choses, je sais que d’autres ne la partagent pas. La mauvaise traduction, parfois, c’est parce qu’on se prend pour un auteur et qu’on a l’impression que ce serait mieux dit comme ça. La principale qualité d’un traducteur, c’est de savoir saisir le niveau de langue, le ton, la voix de l’auteur ; qu’on aime ou pas ce n’est pas le problème. Dès qu’un traducteur essaie de se demander comment, lui, aurait dit les Adrian Hylandchoses, il est dans l’erreur. Si on traduit un écrivain qui a fait l’effort de trouver sa voix, sa langue, il faut trouver l’équivalent en français. C’est du bricolage. Evidemment il faut avoir une bonne connaissance de la langue française, une bonne connaissance de la langue d’origine mais surtout de la langue française pour essayer d’être au plus près dans la langue de destination de ce que l’auteur a voulu faire dans la sienne, mais penser qu’on est là pour créer une version française, je pense que c’est totalement faux, sinon c’est un remake. Le rôle d’un traducteur, ce n’est pas de faire un remake d’un livre dans une autre langue. Justement on a souvent l’impression en lisant les traductions que c’est très lissé. Ce qui est très choquant quand on lit les auteurs en version française, c’est qu’on  a presque l’impression que Jim Harrison et Hemingway écrivent pareil, que Dos Passos et Steinbeck écrivent pareil, alors que quand vous les lisez dans la langue originale, il y a autant de différences qu’entre Flaubert et Cendrars. Le plus dur dans le métier de traducteur, c’est d’essayer de sentir ça et de trouver les moyens dont on dispose dans sa langue pour rendre ça, ce niveau de langue, ce ton, cette musique. Il y a des auteurs, à côté desquels on passe parce qu’ils sont mal traduits et puis il y a des auteurs, ça arrive aussi, qui sont « sur-traduits » et qui deviennent très littéraires alors qu’au départ leur livre s’est bien vendu parce qu’il était bien ficelé et puis dans la traduction on se dit « il faut que ce soit littéraire », mais ça aussi, c’est trahir l’auteur.      

Si Nullarbor est traduit, assurerez-vous vous-même cette traduction ?

D.F. : Non. J’ai demandé à relire les traductions de Nullarbor et Mal tiempo avant publication. Je ne veux pas les traduire moi-même mais comme je parle couramment anglais et espagnol, j’ai une idée de ce à quoi devrait ressembler Mal tiempo ou Nullarbor en espagnol ou en anglais.

Propos recueillis par Isabelle Garraud, LP édition

Lire aussi la fiche de lecture sur Nullarbor.

Pour en savoir plus sur David Fauquemberg  http://davidfauquemberg.com


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Published by Isabelle - dans Entretiens
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 19:00











Entretien avec Brigitte GIRAUD
pour Une année étrangère


















Née en Algérie en 1960, Brigitte Giraud fait des études d’anglais et d’allemand. Elle exercera plusieurs métiers, journaliste, libraire, traductrice mais c’est en tant qu’auteure qu’elle s’impose avec de nombreux romans et nouvelles :

La chambre des parents, Fayard, 1997.
Nico, Stock, 1999 ; Livre de poche en 2001.
A présent, Stock, 2001 ; Livre de poche en 2003.
Marée noire, Stock, 2004 ; Livre de poche en 2005.
J’apprends, Stock, 2005 ; Livre de poche en 2007.
L’amour est très surestimé, Stock, 2007.
Avec les garçons, Éditions Alphabet de l’espace, 2009.
Une année étrangère, Stock, 2009.


Une année étrangère

Laura, une jeune Française de dix-sept ans décide de partir en Allemagne en tant que fille au pair. Elle intègre la famille des Bergen mais au départ, sa mission est mal expliquée ; Laura a du mal à comprendre l’ensemble des conversations et n’est pas très expressive. Pour compenser ce manque, elle va faire le maximum des tâches dans la maison, va seconder Madame Bergen qui, apprend-on plus tard, a un cancer du sein. Chaque matin, elle accompagne Susanne, la cadette de neuf ans pour l’école, prépare les petits déjeuners, repasse le linge, promène le chien et s’ennuie. Ses maigres sorties, dans cette petite ville du nord de l’Allemagne, l’amènent à la bibliothèque où elle entreprend la lecture de la Montagne Magique de Thomas Mann. Petit à petit, elle se rapproche de Thomas, l’autre enfant des Bergen, qui représente le frère qu’elle a perdu. Finalement, cet exil n’est qu’un prétexte pour échapper à sa famille qui se déchire en France. Le mensonge sera omniprésent, à la fois envers sa famille et envers ceux qui l’accueillent. L’éloignement d’une part et l’incompréhension d’autre part sont véritablement les causes de ces mensonges. Un jour, elle rencontre le père de Monsieur Bergen, un ancien soldat allemand qui a vécu à Paris quelque temps et qui parle en français à Laura. Cette rencontre ne la laissera pas indifférente. Par la suite, elle viendra même remplacer totalement Madame Bergen quand celle-ci se fait hospitaliser, d’abord dans la voiture à la place du passager, auprès des enfants, et finalement dans la maison avec Monsieur Bergen.



Entretien

Depuis votre deuxième roman, Nico, vous publiez vos livres dans la collection «la Bleue » chez Stock. Quels sont vos rapports avec cette maison d’édition et comment êtes-vous entrée en contact avec elle ?


Je suis toujours fidèle à Stock, j’ai envoyé mes manuscrits dès le début et je n’ai pas du tout l’intention de quitter cette maison. Le directeur de la collection, Jean-Marc Roberts est vraiment très présent pour ses auteurs et on est très bien traité, il n’y a aucune raison de partir.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire Une année étrangère ? Quelle est votre source d’inspiration ?

J’ai été moi-même jeune fille au pair en Allemagne au début des années 1980. Et j’ai étudié l’anglais et l’allemand à l’université ; donc la question de la langue était très importante pour moi. C’est l’idée et le pouvoir des mots que je retranscris dans ce livre.

Y a-t-il une part autobiographique dans ce roman ?

Très peu, c’est surtout le contexte.  C'est-à-dire des choses qui pourraient parler de ce dont je parle parce que j’ai vraiment vécu cette situation de jeune fille au pair. C’est la barrière de la langue, le dépaysement, le sentiment d’être étranger, la difficulté à communiquer, et c’était dans l’Allemagne avant la chute du mur, ça c’est important. Par contre, ce que je raconte après dans le livre, c’est un roman et c’est inventé à partir de cette expérience.

Il y a quelque chose qui m’a beaucoup intriguée, c’est que votre personnage principal lise Mein Kampf ; c’est quand même quelque chose d’assez « tabou » entre la France et l’Allemagne et là vous en parlez sur plusieurs paragraphes de façon libre. Est-ce que c’était important pour vous de connaître les racines de l’Allemagne ?

J’étais dans cette famille et j’avais trouvé un exemplaire de Mein Kampf ; donc j’avais commencé à le lire mais c’était en allemand gothique enfin c’était très difficile à déchiffrer et je m’étais promis un jour, plus tard, une fois adulte de lire Mein Kampf en intégralité. Donc j’étais quand même très liée au personnage et je ne pouvais pas me permettre de parler d’un livre que je n’avais pas lu. Je l’ai lu en parallèle avec l’écriture du livre. J’avais besoin de comprendre aussi comment un pays comme l’Allemagne passe d’une pensée humaniste de Thomas Mann à l’idéologie d’Adolphe Hitler, de l’Allemagne nazie. Et aussi simplement, parce que Mein Kampf est dans pratiquement toutes les familles allemandes. Comme je dis dans le livre, l’Etat l’a offert quasiment à tout le monde, et moi je ne savais pas dans la famille où j’étais, s’il fallait que j’en tire des conclusions ou pas, et dans le livre j’ai eu envie que Laura se pose les mêmes questions. Il faut savoir que le livre est interdit en Allemagne alors qu’il est en vente libre en France mais le libraire n’a pas le droit de le montrer.

Est-ce que vous écrivez pour faire passer des idées, ou un message ?

Pas directement, parce que quand je commence un roman, je ne sais pas exactement où je vais mais là, dans ce livre, c’était important pour moi d’essayer de comprendre ce que c’est d’être étranger. C’était important aussi de poser la question de tout ce qui est en lien avec l’idéologie nazie c'est-à-dire qu’est ce que c’est que ce livre, dès le départ, et le livre pose la question finalement : aujourd’hui est-ce qu’il faut lire le livre ? Moi je suis de l’avis qu’il faut lire le livre, il faut le lire absolument si on veut retirer des enseignements. Parce que dans Mein Kampf il ne parle pas que du racisme mais aussi comment manipuler le peuple. C’est presque un manuel, une méthode et je crois que c’est important.

Vous êtes sur la liste du prix Fémina, qu’est-ce que cela représente pour vous ?



J’avais déjà eu un livre qui était sur la liste du prix Fémina, c’était A présent, je ne l’avais pas eu. C’est important pour moi, même s’il n’ira probablement pas jusqu’au bout puisque c’est Jean-Louis Fournier, un auteur Stock qui l’a eu l’an dernier. Mais cela me fait plaisir de sortir des 645 romans de la rentrée littéraire. Mon précédent livre avait eu le prix Goncourt de la nouvelle aussi.




Vous êtes partenaire d’un salon du livre ?

En fait, oui, j’ai travaillé longtemps pour une manifestation littéraire dans la région lyonnaise qui s’appelle la Fête du livre de Bron, j’étais chargée de programmation pendant plus de quinze ans ; là je travaille toujours avec eux. J’ai travaillé avec des personnes comme vous qui faisaient l’Iut de Grenoble. J’ai eu plusieurs stagiaires donc je connais bien cette formation. Aujourd’hui, je participe au salon comme conseiller littéraire c'est-à-dire un petit plus en retrait puisque là j’avais besoin de temps pour terminer l’écriture de ce livre.

Comment se passent les rencontres avec vos lecteurs ? Est-ce important pour vous ?

Je suis un peu « sauvage » (dit-elle en rigolant) c'est-à-dire que quand j’écris un livre j’ai besoin de solitude, d’isolement, de concentration, de doutes. Et là, quand un livre paraît, là c’est la première fois que j’accompagne vraiment un livre puisqu’avant je travaillais beaucoup, je n’avais pas le temps, mais en fait c’est la seule occasion pour échanger avec les lecteurs, qu’ils me disent ce qu’ils en pensent ; donc finalement je découvre mon livre, je vois des choses que je n’avais pas vues en l’écrivant.

Est-ce que vous avez des idées pour votre prochain roman, des pistes ?

Oui, mais je ne peux pas encore vous dire lesquelles. J’ai plusieurs possibilités, là ca va faire pratiquement un an que je n’ai pas écrit de livres, que j’ai rendu mon livre et j’ai besoin de repos avant de commencer un autre livre. Le prochain commence à vivre de façon mentale, c’est important avant d’entamer le processus d’écriture. Cela me fait très peur de commencer à écrire, être confronté à soi-même. J’ai exprimé ce sentiment pour le blog de Martine Laval, cette peur de la première phrase. [http://www.telerama.fr/livre/brigitte-giraud-la-couette-manosque-une-nouvelle-inedite,47212.php]

Comment vous positionnez-vous par rapport au livre numérique en tant que libraire mais aussi en tant qu’auteure ?

Cela ne m’emballe pas. Si les auteurs n’arrivent plus à avoir leurs droits d’auteurs, il n’y a plus de livres ! Il faut absolument protéger le droit d’auteur.



Cet entretien fut suivi d’une conférence et voici quelques mots supplémentaires
de l’auteure  :

Ce livre aurait pu s’appeler « Les Mots étrangers » mais le titre était déjà pris par un auteur franco-grec.

S’il n’y a pas de chapitres, c’est parce que pour moi entrer dans l’écriture c’est vivre avec le rythme. Il n’y a pas forcément de chapitre dans notre vie. Laura vit et ne sait pas ce qu’elle fera le lendemain.

Laura a le même prénom que la sœur de Nico (dans Nico), car la Laura de Nico je ne m’en étais pas détachée totalement. Elle reviendra peut-être dans un prochain roman.

Je n’écris pas avec des idées, je n’écris pas avec la tête mais de façon intuitive, de l’ordre du corps. « Comment vivre ensemble ? » c’est le thème de tous mes livres ou comment trouver sa place. Ce sont des questions qui m’animent.

Entretien réalisé par Charlotte, Licence professionnelle

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Published by Charlotte - dans Entretiens
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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 19:30
Entretien avec Xavier Vernet,
libraire et gérant de la librairie Scylla,
spécialisée en science-fiction
(9 mars 2009)


Scylla est une librairie spécialisée surtout en science-fiction pour adultes, mais aussi en fantasy et fantastique. Elle a commencé par vendre uniquement de l’occasion.


— Quand avez-vous créé la librairie ?

Le 1er janvier 2004, et l’ouverture s’est faite le 9 février 2004.

Quand vous êtes-vous lancé dans le marché du livre neuf et pourquoi ?

En mai 2004 avec Harmonia Mundi, sur la demande des clients et mon envie de défendre certains livres

Quels sont les types de public ?
—  habitués ? 214 clients ont réalisé 70% du CA de 2008
—  hommes ? 165 (77.10%)
—  femmes ? 49 (22.90%)
—  quelle(s) tranche(s) d'âge ? entre 20 et 40 ans pour 80% d'entre eux
Les 10 plus gros clients font 22% du chiffre d’affaires par an.


Nombre de titres de la librairie ? (neuf et occasion séparés)

En tout il y en a plus de 10 000 dont 60% sont de l’occasion et 40% du neuf. Les poches représentent 60% des livres tandis que les grands formats représentent 40%.

Nombre de titres en science-fiction (si possible) ?

Il est impossible de les compter.

Surface de la librairie ? (Surface occupée par le neuf, surface occupée par l'occasion)

La librairie fait 20 m² en tout et la répartition entre le neuf et l’occasion c’est à peu près moitié/moitié.

Depuis quand avez-vous un rayon science-fiction ? S'est-il développé au fil des ans ou a-t-il régressé ?

Depuis le début, forcément. Tous les rayons de Scylla ont une énorme tendance à se développer quelle qu'en soit l'étiquette.


Comment voyez-vous votre librairie dans l’avenir ? (Développement ?)

Je pourrais la faire devenir une société (c’est une entreprise individuelle pour l’instant), mais ce serait plus compliqué…

Fréquence des réassorts ?

Hebdomadaire.

Fréquence des retours ?

4 fois par an pour Harmonia Mundi.
1 ou 2 fois par an pour les autres distributeurs
Certaines années il n’y a pas de retour sur certains distributeurs.


Classement (Interclassement ? total ? partiel ?)

Je ne divise pas les genres, c’est plutôt un classement par collection. Pour ce qui est du neuf je range par éditeur puis par ordre alphabétique d’auteur.

Intitulés des rayons ?

Il n’y a pas d’intitulés et ça manque à la première visite, on s’y perd. Mais on sait ensuite comment tout est rangé, on sait où chercher les livres et surtout le libraire est là pour renseigner ! D’un côté on trouve l’occasion, de l’autre le neuf.

Suivi des nouveautés ? Suivez-vous toutes les nouveautés, ou faites-vous un choix ?

Je suis toutes les nouveautés de l'imaginaire sauf les licences (Star Trek, Star Wars, Terminator, Alien…) que je ne travaille que sur commande (c'est-à-dire jamais). Je référence tous sauf les licences donc, les choix se font au niveau des quantités : j’essaie de suivre et de garder 80% de chaque édition tout le temps.

Passez-vous souvent des commandes ? Quels sont vos services aux clients ?

J’offre souvent des boissons aux habitués. Je stocke aussi pas mal de livres donc je peux en mettre de côté pour les habitués. C’est de la reconnaissance et ça a un grand impact. Je peux aussi passer des commandes pour les habitués, ce qui se fait assez régulièrement.

Saisonnalité du genre ? Y en a-t-il une ? Si oui, quand ?

Non, il y a juste une petite hausse à Noël malgré tout. Ou sinon en fonction des signatures.

Quels sont vos outils de communication ? Comment vous faites-vous connaître (surtout au départ, comment vous êtes-vous fait connaître ?) ? Êtes-vous en relation avec des acteurs majeurs dans le genre ? Si oui, lesquels ?

Via le net, les forums des sites spécialisés comme ActuSF, le Cafard cosmique, CultureSF. Et puis les sites d'éditeurs pour les annonces de dédicaces. Je suis en contact avec des acteurs majeurs qui sont des éditeurs, auteurs et illustrateurs.

Quelles sont vos relations avec la librairie YS ?

Clément Bourgoin est un ami, je lui fournis des livres et prends une commission sur les ventes des livres fournis. Le panier moyen de la librairie en ligne est de 40 à 50 euros.

Comment promouvoir le secteur selon vous ?

J’ai participé au salon de Sèvres une année, mais c’est trop dangereux : j’ai fait 10% de mon chiffre d’affaires de l’année sur un seul samedi. Je ne travaille pas avec des collectivités, sauf avec un comité d’entreprise (Filipacchi). Le libraire ne prend que 40% du prix du livre, le reste revenant au reste de la chaîne du livre. Le loyer prend 8% du chiffre d’affaires, le salaire (en 2008) 15,5%, les charges sociales 15%, il n’y a donc qu’un gain de 2% ça n’en vaut pas la peine.

Pour vous, quelles sont les éditions et collections-phares ? (Les plus représentatives du genre de la SF, celles qui marchent le mieux, celles que vous conseillez).

Les plus représentatives du genre de la science-fiction ? « Folio SF » peut-être avec un patrimoine de qualité. Les plus importantes sont Denoël avec « Lunes d'encre » qui a une vraie ligne éditoriale (12 livres par an) et Le Bélial qui est indépendante.
Celles qui marchent le mieux sont celles que je conseille donc : « Folio SF », « Lunes d'encre », Le Bélial.


En ce qui concerne la clientèle, comment fonctionnent vos ventes ? Plus à travers vos conseils de lecture, ou par l'attrait de la nouveauté, ou l'attirance des clients pour votre fonds ?

Les comportements d'achats sont assez variés, ça devrait pouvoir se restreindre à ceux qui achètent :
1/ que de la nouveauté en neuf
2/ que de l'occasion (collectionneurs)
3/ le moins cher
4/ selon les conseils (du libraire, des autres clients, des critiques, des chroniques des forumeurs et blogueurs)
5/ sur impulsion en flânant dans la librairie
6/ chacune des précédentes catégories est sujette à de nombreuses exceptions et toutes se mélangent.

Qu'est-ce qui marche le plus dans votre librairie ? (chiffres, pourcentage) Fantasy ? Poche ?
SF ? Grand format ?
Autres ?

N'étant pas informatisé, impossible de le dire avec exactitude mais pour 2008 ce qui est sûr c’est que le chiffre d’affaires se compose de la manière suivante :
17% pour l’occasion
37% pour le neuf de moins de 6 mois (la nouveauté)
46% pour le neuf de plus de 6 mois (le fonds)
De plus en neuf : les poches toutes collections confondues : 15% et les grands formats toutes collections confondues : 85%

Quels sont vos rapports avec le monde de l'édition ? Comment travaillez-vous ? Êtes-vous en relation directe avec les éditeurs ? Voyez-vous des représentants ?

J’ai des contacts réguliers avec presque tous les éditeurs du genre qui me fournissent les plannings de parutions à venir, avec qui j’organise des rencontres avec des auteurs, à qui je peux poser des questions précises de détail (par exemple : quand est-ce que tel ou tel livre va être réimprimé et va-t-il l'être ?). Le secteur de la science-fiction dans l’édition est une niche, les éditeurs n’ont quasiment pas de budget, alors ils doivent se bouger s’ils veulent faire marcher leurs livres.

Comment voyez-vous la place de la SF dans l'édition aujourd'hui ?

Qualitativement elle se porte bien, des auteurs intéressants avec une voix qui leur est propre existent même s'ils vendent peu. Quantitativement, elle vend moins que la fantasy mais bien plus que le fantastique. Ici, je vends plus de science-fiction, beaucoup de titres qui ne se vendent d’ailleurs pas ailleurs.

Pour vous, est-ce un genre qui marche bien ? Qui stagne ? Qui régresse ? Qui tend à se stabiliser ?

Au niveau des ventes, sauf exceptions, si les ventes se réduisent plus qu'elles ne le sont aujourd'hui, il ne sera bientôt plus possible de traduire des ouvrages anglais faute d'acheteurs pour rentabiliser ne serait-ce que la traduction. La science-fiction est toujours en vie même s'il faut aujourd'hui aller la chercher aussi (et surtout) hors des rayons et de l'étiquette science-fiction. Par exemple La route de McCarthy chez L'Olivier qui a eu le prix Pulitzer et est un gros succès mondial, Terreur de Dan Simmons chez Robert Laffont, Le club des policiers Yiddish
de Michael Chabon chez Robert Laffont collection « Pavillons » (Prix Hugo), classés en littérature générale.

Depuis plusieurs années la fantasy grandit et surpasse la science-fiction ; comment pensez-vous que cette « mode », ce « courant », va évoluer ?

Ce n’est plus forcément vrai. Si le marché de la science-fiction se réduit encore on ne pourra bientôt plus traduire.

Pour vous, qu’est-ce que la science-fiction ?

Une bonne science-fiction doit être distrayante, doit être une découverte, doit faire réfléchir. Ce n’est pas une paralittérature « naze ».

Quels en sont les meilleurs prescripteurs ?

Il y a les libraires, et aussi le poids de la masse. Il y a les revues comme Bifrost, il y a ActuSF, le Cafard Cosmique, Jacques Baudou aussi avec ses articles dans Le Monde, Curval également au Magazine littéraire. Frédérique Roussel dans Libération, qui fait des papiers et des interviews avec des bons retours. Les blogs aussi (comme Nébal), Culture SF (forum), les forums éditeurs comme le Coin des Lecteurs (Griffe d’Encre)… La prescription se fait plus sur Internet car c’est plus rapide qu’un trimestriel.



Nombre de revues existant aujourd’hui : laquelle marche le mieux ? Surtout en abonnement ?

Elles gagnent à être bien référencées en bibliothèque. Il y a : Bifrost, Lunatique, FictionOpta créée en 1953 qui a été arrêtée dans les années 1980 après environ 412 numéros puis qui a été reprise chez Les Moutons électriques) et Galaxie, arrêtée également dans les années 1980 (elle a été racheté par les éditions Opta en 1964) puis reprise mais… la reprise n’est pas si bonne que ça. (anthologie périodique, qui paraît 2 fois par an), c’est une revue des éditions



Il existait d’autres collections et éditions à l’époque de l’apogée du genre ; quelles étaient, pour vous, les meilleures ? (qualitativement…)

Chez Robert Laffont « Ailleurs et Demain » a été la collection de référence pendant 20 ans (les premières années), aujourd’hui elle a 40 ans.
Chez Denoël « Lunes d’encre » (avec 21 salariés) est une très bonne collection. Calmann-Lévy avec sa collection « Dimension SF » visait à être une collection de science-fiction « intelligente », elle compte 80 titres. Bragelonne joue la stratégie de la quantité (plus de 35 salariés avec Milady). Les éditions Opta (Office de Publicité Technique et Artistique, maison d'édition française spécialisée dans le roman policier et la science fiction fondée en 1933) ont eu tous les formats possibles (revues, poche…). NéoActuSF est une association.
(Nouvelles Éditions Oswald) fantastique aventure, 214 livres.



Quels sont les grands auteurs classiques pour vous ?

Asimov, Herbert (science-fiction moderne), P. K. Dick, Bradbury, Tolkien, Orwell, Huxley, Priest, Greg Egan, Whitemore…







Pour vous, un éditeur pourrait-il se lancer dans la SF ? Est-ce que ce serait viable ?

Griffe d’encre s’est lancé et a publié 20 titres en deux ans avec moins de 500 titres par volume. Ils n’ont pas de distributeur pour l’instant. C’est viable mais sans grande rentabilité.




Selon vous, le genre va-t-il finir par disparaître ? Avenir du genre ?

Non le genre ne disparaîtra pas car les étiquettes permettent de savoir quoi vendre à qui (même si je ne suis absolument pas d'accord avec ça).

Isabel, Éd.-Lib.


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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 21:49
Madame Guegano, votre premier livre, MA PREMIÈRE ENCYCLO, est un documentaire destiné à la petite enfance, édité par les éditions Milan. Pourriez-vous décrire vos échanges avec votre éditeur ?

C’est un croisement de regards !

Depuis la conception jusqu’au BAT les  échanges furent très nombreux. Ils étaient indispensables à la compréhension mutuelle de logiques d’action qui ne coïncidaient pas toujours complètement. Ils se sont toujours situés dans un cadre professionnel très créatif. La contrainte étant un élément déclencheur de créativité, le projet s’est nourri des contraintes données et que nous sommes données. Bien sûr quelques éléments m’ont été imposés et nous ont été imposés. Mais globalement la négociation par  confrontation  d’arguments a bien fonctionné tout au long du projet.

Ce sont ces échanges qui ont donné sa forme à l’encyclopédie telle qu’elle a été éditée. La part de l’éditeur dans ce projet est réelle.

Ce livre est la rencontre d’un auteur et d’un  éditeur.

Vous avez exercé 3 métiers : enseignante, conseillère pédagogique et auteur. Avez-vous une préférence pour l’un d’entre eux ?

Ces trois activités sont très complémentaires et c’est une véritable chance de pouvoir les conjuguer ; elles se nourrissent l’une de l’autre. Cette conjugaison donne une originalité dans la façon d’exercer ensuite ces trois activités.

Pensez-vous que ces trois corps de métiers soient liés d’une façon ou d’une autre ?


Cette concaténation d’activités donne un point de vue sur l’éducation de l’enfant. Il ne faut pas en faire un modèle, il y a en beaucoup d’autres à trouver concernant le jeune enfant.

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers l’écriture après ce temps passé en tant qu’enseignante ? Quel a été le déclic ? Est-ce une rupture ou une continuité dans votre carrière ?

C’est l’accumulation d’expériences réussies, riches avec les très jeunes enfants qui a provoqué l’envie de toucher d’autres enfants dans cette relation. Comme une lente maturation et puis un jour ce bouillonnement quotidien d’idées, de mises en œuvre vous donne envie d’autres défis. C’est donc une continuité avec une rupture.

Le déclic, c’est la rencontre avec une éditrice de Milan.

Vos expériences d’enseignante et de conseillère pédagogique vous ont-elles influencée dans votre manière d’écrire ce documentaire ?

Mon expérience professionnelle est déterminante dans ma manière d’écrire. On y trouve mon regard, mon approche, mes actions avec mes élèves. J’ai voulu partager l’univers dans lequel  mes élèves évoluaient.  

Est-ce l’éditeur lui-même qui vous a fait cette proposition de travail ? Ou avez-vous proposé vos services ?

Milan recherchait un auteur pour une encyclopédie jeunes enfants, ils avaient déjà contacté plusieurs de leurs auteurs. Les projets rédigés ne leur convenaient pas : propositions jugées trop classiques, infantilisantes. Milan m’a alors contactée pour ma connaissance du jeune enfant et m‘a demandé de faire une proposition.

Ma proposition argumentée a convaincu … J’ai commencé à rédiger.

De nombreux illustrateurs ont participé à la création de ce livre. Est-ce une bonne chose à votre avis ? Les avez-vous choisis ? Avez-vous été en contact avec eux pour l’élaboration de leurs créations ?

Le découpage en chapitres correspondant à des savoirs très différents, le changement d’illustrateurs me semble possible et même souhaitable. Ils ont eu aussi chacun leur univers de prédilection. Dessiner le corps humain n’a rien à voir avec le dessin des plantes, des animaux.

Malheureusement à cette étape de la production nous étions très en retard sur les délais et je n’ai pas été associée  à leurs choix. Le plus difficile a été d’accepter ces illustrations fournies clef en main. Je n’ai eu droit à aucun retour sur les  propositions de ces illustrateurs. Elles ont été réalisées d’après mes indications mais sans négociation.

Et il y a un certain nombre d’illustrations qui ne correspondent pas à ce que j’en attendais. Dans un documentaire, ceci est très dommageable parce que l’illustration n’a pas un rôle d’illustration mais un rôle explicatif et descriptif.

Quel a été votre degré d’implication dans le choix des photographies ?

En revanche j’ai eu la chance d’être complètement associée au choix des photographies.  Là aussi le choix s’est fait à partir d’un descriptif rédigé souvent accompagné d’un exemple de photographie possible. J’ai eu la chance de travailler  avec une éditrice qui ne comptait pas son temps (et ses nuits) pour trouver les photos que nous cherchions. Le choix de chaque photo a été argumenté et négocié. Au final, toutes les photos correspondent à ce que nous souhaitions montrer.

Pour un livre tel qu’un documentaire, estimez-vous que la coopération entre auteur/illustrateur et iconographe devrait être plus étroite ?

Cette collaboration est indispensable dans un documentaire. Les informations du texte s’articulent avec les photos, les illustrations. La compréhension de l’information passe par le croisement de l’information donnée par chacun des éléments. Ce qui est difficile et  pose  problème au jeune enfant. Il a souvent besoin d’aide pour le réaliser.

Alors que, au même âge, on peut décider de choisir  l’illustration d’une narration en décalage avec le texte, on peut changer le  point de vue.

La diversité de votre parcours me  pousse à vous poser quelques questions d’ordre plus général : Avec l’expansion des NTIC, l’avenir de l’édition serait aujourd’hui en danger. En alliant vos points de vue de professionnelle de l’éducation et d’auteur, quelle est votre opinion et vos impressions quant à l’impact d’une forte diminution de l’édition papier ?

En ce qui concerne le documentaire, il est plus facile de faire comprendre un phénomène à un enfant grâce aux NTIC. En effet celui-ci garde alors ses trois dimensions et rend compte du mouvement alors que sur papier on est dans un univers en deux dimensions sans mouvement possible  (même le pop-up).

 Le documentaire papier s’adresse à une élite de la population qui maîtrise très bien le langage et la conceptualisation. Il est probable que celle ci continue d’utiliser ce support comme signe de distinction.

Si le multimedia apporte une satisfaction plus immédiate lors de la manipulation, l’objet est peu investi affectivement.

Nous avons tous dans notre souvenir des livres fétiches qui nous ont accompagnés toute notre enfance. Des images avec lesquelles nous avons rêvé des  centaines de fois. Nous connaissons tous des enfants qui cachent leurs livres, leurs magazines sous l’oreiller, sous le matelas pour les retrouver quand ils en ont besoin, parce que les illustrations, les histoires, les personnages les rassurent, les font rêver.

La contemplation, le rêve sont des éléments constitutifs de l’enfant. Pourquoi voudrions- nous les leur enlever ? Nous avons là deux pratiques culturelles différentes. Pourquoi devrions amener tous les enfants à choisir  entre la fraise et la cerise ? Les enfants entrent dans les pratiques culturelles que nous leur faisons découvrir et aimer.
Je n’arrive pas à croire que nos collectionneurs de beaux livres soient une forme  de fashion victims d’un support désormais périmé. Le fond et la forme restent intrinsèquement liés, ils renvoient à tellement d’humanité. L’Humanité ne peut pas se passer du livre.

Avec une centaine de parutions de moins que l’an dernier, la rentrée littéraire 2008 enregistre une baisse significative de production. Pensez-vous comme d’autres au début du déclin de la littérature ? Cette année, une tendance : les auteurs versent beaucoup dans le trash, le glauque, le violent. Douleur ; introspection ; finitude. Souhaitez vous commenter ?

L’art est toujours en résonance avec son époque, il exprime aussi son mal-être.
L’art n’est pas beau, il aide à vivre.


Marine B., L.P.

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 18:25


Les Inséparables de Marie Nimier.
Lecture dansée par Claudia Gradinger
Interview : Justine Barbe

Marie Nimier


Marie Nimier a écrit une dizaine de romans publiés chez Gallimard dont Sirène en 1985 (couronné par l’Académie française et la Société des Gens de Lettres), puis L’Hypnotisme à la portée de tous (porté à l’écran par Irène Jouannet sous le titre Dormez je le veux), Domino (prix Printemps du roman) et La Reine du Silence (Prix Médicis 2004). Marie écrit également des livres pour enfants, du théâtre et des chansons. Son dernier livre publié chez Gallimard  est un recueil de textes écrits pour la danse. La plupart de ces textes ont donné naissance au spectacle " A quoi tu penses?" .


Les inséparables (Gallimard)

«J'aimais la voix traînante de Léa, ses cheveux roux, son incroyable vitalité. Nous nous comblions. Que nous est-il arrivé ? Où sont passées les deux amies perchées sur le tabouret du photomaton? Il faudrait retourner dans la cabine pour obtenir l'image vivante, la preuve tangible de cette force qui nous habitait. Au lieu de ça, un rideau se lève, et c'est Léa qui apparaît. Léa et son nouveau métier, rue Saint-Denis. Léa et ses bras troués.

Il n'est pas besoin d'aller très loin, parfois, pour être dans un autre monde.»


ENTRETIEN


Avant Claudia Gradinger, vous aviez déjà travaillé avec un chorégraphe (Dominique Boivin, de la Compagnie Beau Geste) . pourquoi un tel intérêt pour la danse ?

Je ne travaille pas avec des chorégraphes simplement parce que je suis passionnée de danse.
En fait, j’ai été attirée par des personnes exigeantes, curieuses, et surtout très libres, sans idées préconçues de ce que devra être le résultat du travail. Des personnes très ouvertes aux différentes collaborations, et curieuses de travailler avec et autour de ces mots qui ne font traditionnellement pas partie de leur matière première. Il s’agirait pour le danseur de parler au delà du langage, ou plutôt d’inventer un langage muet, voilà une question intéressante pour quelqu’un qui a écrit La reine du silence.


Comment vous est venue l’idée de travailler avec Claudia Gradinger ?

Claudia Gradinger m’a proposé de travailler avec elle à l’issue d’une expérience que nous avions faite autour d’un texte sur un… ficus ! Je venais de terminer l’écriture des Inséparables, je lui ai donné le manuscrit. Elle a tout de suite rebondi sur ce texte, et pensé qu’il y avait quelque chose à faire avec ces deux adolescentes à la fois très liées et différentes, un peu comme le sont dans le spectacle, finalement, l’écriture et la danse, ou l’écrivain et la danseuse, ou Claudia et Marie, ou encore l’écrivain et la chorégraphe.

Comment avez-vous travaillé pour la création de cette lecture dansée ?

Il y a eu tout d’abord un travail de découpage du texte, puis directement dans l’espace je lisais, et Claudia improvisait. Il s'agissait, plus que d’illustrer, de sentir les différents états des personnages. Pour Claudia de trouver des différentes « natures » de danse. Ensuite nous nous sommes forgées un langage avec peu d’accessoires choisis, tous pouvant tenir dans un petit sac à dos. Une lampe de poche, des habits, une peau de bête qui n’est pas sans évoquer les doudounes années 70, des meringues, un fil, une aiguille, une craie, une couverture de survie…

Pensez-vous que cette lecture dansée est réussie et que Claudia Gradinger correspond bien au personnage de Léa ?

Il y a d’étranges connections entre l’histoire personnelle de Claudia et celle des Inséparables. Rien de directement collé, aucun effet miroir, mais une communauté de cœur et d’expériences. De plus, dans son travail, Claudia est quelqu’un qui fonce, qui se met en risque, qui tente tout avec un charme inouï.
Ensemble, nous avons travaillé à rendre ce texte vivant en choisissant les extraits où les corps des deux adolescentes étaient les plus proches – dans une cabine de photomaton, une tente de camping où elles prennent de l’acide pour la première fois, une chambre à coucher, un studio de passe.

Plus d'informations sur le site Les Princes de rien


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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 07:42


Petite biographie

Née le 24 août 1961 au Pays basque, Son Altesse Royale Sophie Audouin-Mamikonian est l’héritière du trône d’Arménie. Elle est aujourd’hui mariée et a deux filles, Diane et Marine. Passionnée de littérature depuis son plus jeune âge, elle aime particulièrement Tolkien et Homère. Surtout connue pour sa décalogie Tara Duncan,  la princesse Sophie a également publié Clara Chocolat une série pour les plus petits et La Danse des Obèses un roman policier pour adulte.



Entretien

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?


Une crise d’appendicite à 13 ans. Je m’ennuyais tellement que j’ai commencé à écrire…et n’ai jamais arrété !

Tara Duncan : les sortceliers est votre premier livre. Pourquoi avoir choisi de commencer par des romans destinés à la jeunesse avant de vous lancer chez les adultes ?

J’avais tout juste 25 ans lorsque je l’ai écrit…je me considérais encore comme une ado je crois.

Vous êtes-vous inspirée d’autres œuvres (livres, films…) pour créer l’univers d’Autremonde ? Si oui, qu’elles sont ces œuvres ?

Shakespeare, Homère, Agatha Christie, Alexandre Dumas.

D’où vous est venue l’idée d’utiliser un langage aussi naturel, aussi peu littéraire ?

Curieusement, mon écriture est très littéraire par les mots, mais le langage me semblait artificiel, transcrit de cette façon. Du coup, j’ai préféré le rendre très naturel.

Comment avez-vous réagi lorsque vous vous êtes rendu compte du succès de votre décalogie ?

Je n’ai pas réagi d’une façon particulière, je suis trop occupée à essayer de rendre les tomes suivants…percutants ! lol !

Beaucoup ont comparé cette ascension fulgurante à celle du phénomène Harry Potter. Qu’en pensez-vous ? Vous considérez-vous comme la « J.K. Rowling » française ?

Sophie : Moi non, mais les journalistes n’arrêtent pas de me comparer à elle, ce qui est très flatteur.

A la fin du Continent Interdit vous annonciez que le prochain tome s’intitulerait La planète des dragons. Finalement, vous l’avez intitulé Dans le piège de Magister. Pourquoi ce changement ?

Pfff, on a coupé plein de scènes, du coup, elle ne passait pas tant de temps que ça au Dranvouglispenchir. D’où le changement de titre.

Depuis le début de la saga vous avez changé deux fois d’éditeur. Pour quelles raisons ? Désaccords littéraires ?

Hou, plein de raison. Je détestais les couvertures du Seuil et ils ne m’écoutaient pas, je suis partie, Flammarion n’écoutait pas non plus lorsque je proposais des choses originales et leur arracher la moindre concession demandait des heures d’effort, sans compter que la directrice qui s’occupait de moi ne comprenait ni mon texte, ni mon humour, ce qui est un peu ennuyeux. A chaque fois que c’était drôle, elle barrait et notait « infantile ». Ca a fini par me fatiguer, je suis partie. Mais chez XO, tout va bien, ils sont géniaux, ils sont jeunes et dynamiques et je m’éclate !

Les fans de votre saga sont particulièrement attachés au merveilleux et à la magie d’Autremonde. Pourquoi avoir décidé de prendre le risque d’un passage sur grand écran ?

Ah, je suis une fille de l’audiovisuel, je suis née avec la télé, et pour moi Tara est comme un scénario de 5000 pages ! Donc le cinéma en live sera l’accomplissement de la création de Tara.

La sortie d’un jeu vidéo est-elle également prévue ?

Oui, mes filles adorent jouer à la wii, donc, j’espère pouvoir faire bouger les taraddicts avec Tara !

Peut-on avoir quelques spoilers sur le prochain tome, Tara Duncan : les fantômes d’Autremonde ! ?

 Ah ah, on va a la pèche hein ! hum, cela commence dans le bureau du président des Etats-Unis. Et des choses terribles vont se passer à la fois sur Terre et sur AutreMonde…


Marine, L.P.

Lien vers le blog de Sophie Audouin

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:41
Librairie POLIS, Rouen

UNE PRESENTATION DE LA LIBRAIRIE

Quel a été votre parcours avant d’être libraire ?


Tout en étant libraire, je continue à parcourir à côté ! Actuellement je continue à faire d’autres activités pour financer la librairie. Sinon, en termes de formation universitaire, j’ai fait des études de philosophie dans un premier temps jusqu’à la maîtrise que j’ai obtenue il y fort longtemps et des études que j’ai reprises plus tard : le Droit public.

Vous êtes professeur de Droit ?

Je suis maître de conférence associé, ce qui signifie que j’ai une activité professionnelle à côté de l’activité universitaire. C’est un des critères de recrutement des enseignants associés, d’avoir un pied dans une université et un pied dans une activité autre.

Quand avez-vous ouvert Polis ?


L’ouverture de la librairie au public, c’était le 5 avril 2007.

Avez-vous suivi des cours à l’asfodelp avant d’ouvrir votre librairie et pour faciliter la gestion ?


Pas du tout, il se trouve que mon camarade a des entreprises dont j’assure le contrôle de gestion depuis 1996. Le droit m’a aidé pour la réglementation applicable et le suivi d’une entreprise au quotidien  donne aussi un certain nombre d’expériences. 

Et juridiquement, comment êtes vous déclarée ?

Polis est une SARL, une société à responsabilité limitée. Société commerciale, capital à 10 000 euros, je pense qu’on va procéder à une augmentation du capital à l’issue du premier exercice. J’ai choisi la  SARL parce que c’est une personne morale distincte de la personne physique

La société en nom personnel engage une personne physique ?

Oui quand on exerce en personne physique c’est en nom personnel. Quand vous entreprenez à titre personnel vous risquez votre patrimoine personnel. Alors que quand on est dans une société à responsabilité limitée, comme son nom l’indique, on ne risque que ce qu’on a engagé pour la société. Moi je préférais déclarer une personne morale distincte avec un patrimoine propre.

Il y a une grande diversité de livres dans votre librairie, quelle est sa spécialisation ?

Le thème, c’est la ville, d’où Polis, et il y a l’homophonie : Polis/polar ! Ce thème nous permet de concilier plusieurs centres d’intérêt. Moi, au départ, je voulais ouvrir une librairie vraiment spécialisée sur le polar mais à Rouen ça me paraissait peut-être un petit peu trop étroit. Donc on a cherché quelque chose qui permette de concilier l’aspect polar et puis moi en droit public, j’ai fait  beaucoup de droit environnemental et d’urbanisme, d’aménagement du territoire, etc. La ville c’est bien car il y a à la fois des romans qui se passent dans les villes, on peut avoir un rayon archi et autres et puis on peut avoir aussi des polars qui, tout de même, la plupart du temps se passent en ville et proposent aussi une certaine lecture de la ville. Donc des regards croisés sur la ville, via le roman, le polar et via tout ce qui est archi, urbanisme, politique publique, aménagement du territoire.
 
Le cadre de cette librairie est incroyable, la décoration installe une ambiance très singulière, que vouliez-vous faire passer à Polis ? Vous pensez que la décoration est importante dans une librairie ?

J’ai travaillé avec une association qui s’appelle Echelle inconnue au sein de laquelle on trouve des architectes et notamment un architecte qui travaille beaucoup la scénographie et on a travaillé ensemble sur le projet, il a fait des propositions d’aménagement du lieu sachant que l’on n'a pas beaucoup d’argent, on veut garder l’argent pour le livre, on ne va pas passer par un cabinet qui va agencer un magasin standardisé.

Compte tenu de la configuration du lieu, le passage du blanc au noir permet d'entrer dans le roman pour aller jusqu’au roman noir. C’est unique comme décoration, elle a été créée pour Polis. On a la charte graphique, toutes nos affiches, les cartes de visite, les marque-pages, les sacs, sont déclinés de la même façon pour que l’on soit vraiment identifiables, et je pense que cela fonctionne bien.

Combien avez-vous d’employés ? Quel rôle a chacun d’entre vous ?

On travaille à plusieurs à temps partiel. De temps en temps, Partrick Gré, qui est le conférencier pour le polar, quand on est un petit peu coincés sur nos horaires nous fait des remplacements, il a un contrat à durée déterminée à temps partiel pour cette année et Odile et Colombe ont des contrats à durée indéterminée à temps partiel.


Nous tournons comme ça sachant qu’elles font aussi bien la réception des commandes, prennent les commandes clients, rangent les livres, les enregistrent dans la boîte. On a un logiciel qui s’appelle Geslib’, on ne rentre pas à la douchette mais à la main, ce qui permet aux gens qui travaillent ici de voir les livres et de lire un petit peu des choses sur l’auteur et le contenu du bouquin. On les identifie en fonction des villes, des nationalités, tout le monde s’occupe de ça.

Combien de livres lisez vous en moyenne par semaine ?


Trois par semaine, au minimum, libraire c’est plus qu’un métier !


Est-ce qu’une librairie comme la vôtre est rentable ?

Non mais j’ai fait mon projet sur trois ans. C’est-à-dire que je continue à travailler pour financer la librairie mais cela aussi est un choix de gestion que j’ai fait et c’est comme ça que l’on pratique dans l’entreprise de mon camarade, on préfère se serrer la ceinture plutôt que d’emprunter à la banque.


J’imagine bien que pour une telle librairie, avec un fonds comme celui-ci, ce doit être dur de rentrer dans ses frais et de s’auto financer …

Voilà, moi, j’ai mis mes économies en jeu. Je n’ai pas d’enfant, je n’ai pas d’études supérieures à leur payer, c’est un choix. J’ai mis mes économies, pour l’instant j’ai payé tout le mode, les salariés, les charges sociales, le loyer, les fournisseurs et la société me doit de l’argent en tant qu’associé majoritaire.

J’ai dans mon compte courant d’associé une certain somme d’argent qui doit m’être remboursée un jour…


LE METIER DE LIBRAIRE

Comment choisissez-vous vos ouvrages ? Lisez vous Livres Hebdo ? Vous fiez vous aux représentants, ou peut être allez vous fouiner un peu partout dans les revues littéraires…


D’abord on est une librairie de fonds, c'est-à-dire qu’on a des ouvrages d’auteurs qui nous paraissent intéressants, importants, dont le thème est intéressant qui même s’ils ont été écrits il y a 10 ans ou 15 ans, on veut les avoir, ça fait partie du fonds. On a constitué un fonds autour de certains auteurs, de certains thèmes… Pour ce qui est des nouveautés, je ne travaille pas à l’office, c’est moi qui fais mon marché.

Lisez-vous tout de même des revues littéraires ? Pour vous aider dans vos achats ?

Je lis le Monde des livres, c’est à peu près ce que j’ai le temps de lire je ne lis pas Livres Hebdo, c’est un choix, mais je vais très régulièrement sur les sites des éditeurs.  Et je regarde ce qu’il y a comme nouveautés d’annoncées, et je fais mon marché. Ou mes collègues ont entendu parler d’un auteur, d’un bouquin, et en discutent, ou des clients me font parfois des commandes qui me plaisent et je décide alors d’en prendre deux exemplaires pour en avoir un à la librairie. Par exemple les Carnets de Fitzgerald, un client a commandé ça et je me suis dit que ce serait pas mal de l’avoir ici.

Et tous les diffuseurs viennent ici ?

Il y a des représentants qui viennent, d’autres avec qui nous avons des rendez-vous téléphoniques réguliers, Harmonia Mundi par exemple, avec qui ça se passe très très bien. C’est vraiment une très bonne maison, à tous points de vue, en termes de qualité, d’accueil, de relation, c’est vraiment très bien.

Et les Belles Lettres ?


Les Belles Lettres je ne les vois pas mais je leur commande des ouvrages car ils ont  dans leurs éditeurs distribués diffusés des maisons spécialisées dans le polar, Comme Ancrage ou la littérature populaire :les Moutons Electriques.


J’ai de très bonnes relations aussi avec la Sodis ; un représentant vient au moins une fois par trimestres Volumen aussi via le gars chargé de la diffusion pour le Seuil et les maisons associées. Actes Sud c’est par téléphone, par exemple.


Est ce que vous acceptez les best-sellers dans votre fond ?


Oui et non, si c’est un best-seller qui entre dans l’esprit du lieu, oui, j’ai très bien vendu Millénium par exemple. Mais il y a des auteurs que je n’ai pas envie de voir entrer ici ; en polar, pour vous situer, je n’ai pas Mary Higgins Clark., c’est d’une part un auteur qu’on pourrait acheter n’importe où.


Ca pourrait entrer dans le rayon polar, mais ça ne vous intéresse pas de le vendre…

Oui, ça se trouve partout, en neuf et en occasion. Je préfère acheter pour ma librairie et vendre aux clients d’autre livres, d’autres auteurs.

Vos relations avec les clients, que dire de votre rôle de libraire conseilleur ?  

Les gens viennent, certains pour discuter, d’autres pour commander ; la discussion fait vraiment partie du métier.

Depuis l’ouverture, des relations se sont créées avec les clients ?

Nous avons des clients fidèles qui reviennent régulièrement, pour discuter, ou d’autres cherchent des livres qui ne sont pas dans notre fonds mais qu’ils préfèrent commander ici plutôt qu’à la Fnac. Les conférences font que les gens viennent régulièrement et arrivent à se connaître entre eux. Parfois on offre un verre, les gens discutent.


Comment décidez-vous des animations et rencontres, comment les organisez-vous, quels contacts ?

En ce qui concerne le polar j’avais assisté il y a une vingtaine d’années à des conférences qui avaient été faites à l’Armitière par Patrick Gray et ça m’avait bien plu ; quand j’ai ouvert Polis, j’ai cherché à savoir s’il était encore sur Rouen. Et j’ai pris contact avec lui et lui ai demandé si ça l’intéressait d’assurer tant de conférences dans l’année sur tel thème. Sur des thèmes avec une préparation de petits documents avec biblio, filmo … 


Ça se passe toujours ici et c’est vous qui assurez la communication ? Vous communiquez en dehors des magasins ?

Nous avons donc les affiches qu’on met dans certains endroits que l’on connaît, chez des libraires par exemple. On envoie les informations par mail à nos clients ou si on a des sous on envoie une newsletter. Et surtout on est très bien vus par la presse locale, on a régulièrement des articles ce qui nous fait vraiment de la pub, à Paris Normandie, ils annoncent nos conférences. Ils nous soutiennent, ils aiment bien l’endroit.


Vous êtes une petite librairie mais est-ce que les distributeurs vous accordent tout de même des remises importantes ?

Cela dépend . Nous parlions tout à l’heure du Cercle de la librairie qui m’octroie un taux de remise ridicule, ce qui est un comble ! Sinon avec Harmonia Mundi j’ai des remises au-delà de trente, avec Actes Sud et Hypérion (diffuseur, Sodis distribueur) c’est pareil, avec le Seuil j’ai aussi au-delà de trente. Les pires : Hachette, chez qui je suis obligée de passer car ils distribuent Rivages que j’aime tant. Mais eux c’est « vous n’avez pas fait tant de chiffre alors on vous diminue votre taux de remise », dans une petite lettre bien sèche. Et Flammarion, sont pareils, je suis à moins de trente, je commande quand je ne peux pas faire autrement. Et il y a  les frais de port, à payer en plus, évidemment !
 
Avez-vous touché des aides financières, avez-vous essayé ? auprès de qui ?

La DRAC nous a aidés à l’ouverture de la librairie, nous avons touché une aide de 3000 € pour l’équipement informatique. Elle nous a aidés aussi pour la participation au festival nordique pour lequel nous tenons le stand polar dans la tente du festival.  L’ARL (Association régionale du livre) ne donne pas d’aide aux librairies. Mais nous entretenons de très bonne relations, nous sommes très bien soutenus et suivis par l’association.

Avez-vous pensé à faire un rayon jeunesse ?


J’avais pensé à faire un rayon polar jeunesse mais pour le moment je n’ai pas le temps d’y penser et de le développer. Et je ne connais pas très bien les enfants… et il y a l’Armitière jeunesse à côté ! Si j’avais quelque chose à faire un jour ce serait le polar jeunesse. Par ailleurs, personnellement, j’aime beaucoup les livres pour enfants en matière de graphisme, de présentation d’ouvrages.


Où rencontrez vous le plus de difficultés au sein de la chaîne du livre ?

Le grand ennemi, c’est la distribution, même si je ne suis pas concernée par l’office !



EVOLUTIONS DU METIER


Comment voudriez vous que Polis évolue ?


J’aimerais qu’elle reste comme ça, avec plus de vente peut-être, et une pièce de plus pour pouvoir faire un salon discussion, de rencontre.


Avez-vous déjà pensé à éditer vos propres livres ?

Oui, bien sûr, il y a des livres que j’ai déjà pensé à éditer. Ce qui m’intéresserai ce sont des ouvrages sur la théorie du polar. J’ai un tout petit rayon théorie du polar et je pensais rééditer aussi des textes d’auteurs de polar que eux-mêmes ont écrit sur leur conception du polar.


Comptez vous travailler davantage sur le web et peut-être agrandir votre site ?

Pour le moment notre site est purement informatif. Montrer qu’on existe, où est-ce qu’on est, qu’on utilise aussi pour annoncer les manifestations, les conférences, c’est Echelle Inconnue qui l’a créé. Il y a un problème de temps et d’argent, si on voulait sérieusement le faire évoluer cela nous coûterait cher, encore une fois nous préférons mettre l’argent dans les livres. Pour les ventes en ligne, il faut beaucoup de temps. Ca m’intéresserait, notamment, de faire un catalogue sur les livres d’occasion, mais c’est un réel problème de temps et d’argent. Si j’arrive à me rendre, à terme, plus disponible, car si nous devons travailler de plus en plus longtemps, je pourrai me dire qu’à la fin de mon activité professionnelle je pourrai me consacrer essentiellement à la librairie. Je verrai dans deux ou trois ans, le résultat de la librairie et si je n’ai plus à m’autofinancer, je pourrai faire plus de choses.


Enttretien réalisé par Adèle FELTGEN, L.P.




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21 février 2009 6 21 /02 /février /2009 07:56

Laurent Courau, outre ses qualités de journaliste et réalisateur indépendant, sévit également sur la Toile depuis 1995, date à laquelle il met en ligne la Spirale, l'ezine des mutants digitaux. Galeries, interviews, articles, fictions, le site gagne en contenu et s'impose de plus en plus comme LE site francophone de référence sur la cyberculture. En 2004, Laurent Courau fait éditer sur papier l'anthologie Mutations pop et crash culture, qui reprend des interviews du site et les ordonne par thématiques, avec introductions aux grands thèmes de la cyberculture à la clé. Plus récemment, Laurent est parti avec son compère mutant Lukas Zpira rencontrer et filmer les vampyres de New York et du monde entier. Il en tirera un film à sortir d'ici à la fin de l'année, et un ouvrage qui raconte l'entrée en contact de Laurent avec ce milieu.



Tu animes depuis 11 ans maintenant laspirale.org, l'ezine pour les mutants digitaux, qui recense moult articles, interviews, galeries, fictions et autres à propos de la cyberculture. Peux-tu nous relater l'histoire de la Spirale et son évolution au fil du temps (j'ai cru comprendre qu'il s'agissait au début d'un support papier de type fanzinoïde) ?


Tout a démarré vers 1993 ou 1994 avec une lettre d'information photocopiée et gratuite, consacrée à la culture cyberpunk. Après plusieurs années d'implication dans les scènes musicales alternatives, j'avais envie de donner la parole à des écrivains, des artistes et des éditeurs encore mal connus du public. Les premiers numéros parlaient de films nouveaux et atypiques comme les Tetsuo I et II de Shinya Tsukamoto, de l'underground new-yorkais où j'avais déjà traîné un peu vers 1992 du côté de l'East Village, des cyborgs de Survival Research Laboratories, de livres cultes comme The Industrial Culture Handbook, Incredibly Strange Films ou Modern Primitives de RE/Search Publications, des hacktivistes grecs de Remember The Future ou des Italiens de Decoder. L'idée était de sortir du format classique des interviews de musiciens qui ressassent souvent les mêmes anecdotes de studio et de tournée dans les médias rock. De faire et de partager quelque chose de différent, de prendre le pouls de l'époque en s'ouvrant à d'autres expériences. Cette Lettre de la Spirale était tirée à 3000 exemplaires, dont une partie était distribuée sur Paris et le reste envoyé en province par colis. Ca a duré un peu plus de deux ans avant que je puisse basculer ce fanzine sur le réseau des réseaux.

Au départ, je n'avais pas pleinement conscience du potentiel de ce nouveau support. C'était évidemment neuf et excitant, mais l'idée était surtout d'économiser un peu d'argent en zappant les coûts de photocopie et d'envois postaux. Le vieux truc du Do-It-Yourself, un minimum d'investissement pour un maximum d'impact. D'ailleurs, on ne parlait pas encore de business sur Internet. C'était le début du web en France. Les entreprises réalisant des sites professionnels se comptaient sur les doigts des deux mains. Les entrepreneurs et les politiciens se demandaient encore à quoi ça pouvait servir. Comme l'avait formulé Mark Frauenfelder du fanzine californien Boing Boing, on avait vraiment le sentiment d'être des pionniers, de débarquer sur une nouvelle frontière, digitale et virtuelle... le lieu de tous les possibles. Il nous semblait que tout restait à faire, à construire. Bien qu'on sache aujourd'hui où ça nous a menés, c'est-à-dire droit dans la Grande Foire à la Saucisse Numérique avec gang-bangs et bukkakes intégrés.

Nous étions d'ailleurs peu nombreux. A l'époque, le site cyberculturel français de référence s'appelait Nirvanet. Il y avait aussi La Rafale de David Dufresne, un journaliste de Libération qui travaille actuellement sur I
>Télé. Avec la Spirale, j'amenais quelque chose de différent, une ambiance plus punk qui tranchait dans une cyberculture très influencée par Timothy Leary, dont je ne renie d'ailleurs pas le legs, et d'anciens hippies reconvertis dans les mondes virtuels comme Jaron Lanier ou John Perry Barlow de l'Electronic Frontier Foundation. Après, il y a eu l'avènement de la nouvelle économie à la fin des années 90 et son cortège de start-ups. Internet était soudainement à la mode. Le premier à parler de la Spirale dans la presse fut Maxence Grugier au travers de son magazine, le regretté Cyberzone. Là, ça semblait logique mais à ma grande surprise, d'autres s'y sont ensuite collés comme Les Inrockuptibles, Libération, Nova Magazine ou Technikart. Jusqu'à l'émission Nulle part ailleurs sur Canal +.

Comme nous aurions dû nous y attendre, cette reconnaissance médiatique sonnait aussi le glas d'une époque. Le web artisanal des débuts avait vécu et les nouveaux internautes adoptaient déjà massivement un comportement de consommateurs passifs. La Spirale a néanmoins poursuivi son chemin, soutenue par une petite équipe de collaborateurs qui se sont joints à l'aventure, en accumulant les interviews, les articles et les expositions qui se comptent à ce jour par centaines dans ses archives. Un travail de titans quand j'y repense. Enfin, j'ai été contacté en 2003 par le philosophe Yves Michaud pour publier une anthologie du site qui est sortie en 2004 sous le nom de Mutations pop & crash culture, dans la collection Les incorrects qu'il dirigeait aux éditions du Rouergue. D'après les critiques, le bouquin fait toujours office de référence en matière d'agitation et d'excentricité millénariste.

Comment as-tu découvert la cyberculture ? Quand on sait que les premiers supports traitant du sujet étaient exclusivement américains (les magazines Mondo 2000 et Wired ou encore le fanzine Boing boing), je me demandais si tu les avais eus en mains ou bien si c'est par d'autres voies que tu es entré en interaction avec la cyberculture ?

Effectivement, j'ai eu la chance de découvrir Mondo 2000 et Boing Boing à l'époque de leur publication. Idem pour Wired qui a connu des débuts brillants avant de se fondre dans le moule de l'e-business. On pouvait se procurer ces revues et bien d'autres choses encore, comme les magazines Future Sex de Lisa Palac ou Juxtapoz du peintre Robert Williams, à l'excellente librairie Un Regard Moderne, toujours installée rue Gît-le-coeur à Paris dans le 6ème arrondissement. Habitant cette rue à l'époque de son ouverture, j'ai eu la chance de bénéficier d'un accès direct à la contre-culture la plus excitante du moment.

Outre les écrivains cyberpunk et la fiction spéculative de Ballard ou de Spinrad que j'avais découverte un peu plus tôt, mes influences se situaient du côté de la vague punk des 70's, du mouvement hardcore des années 80 autour des Dead Kennedys et de Black Flag, de groupes de hip hop comme Public Enemy et de l'esthétique techno-industrielle véhiculée par Front 242, les Revolting Cocks ou Peace, Love & Pitbulls. Dans toutes ces références, il y avait la même rage, la même envie d'envoyer promener le vieux monde, d'ouvrir des portes sur d'autres dimensions et de multiplier les possibles pour passer à quelque chose de nouveau.

C'était aussi l'époque des premiers réseaux informatiques ouverts au public, les BBS, et de l'Amiga, un des premiers ordinateurs personnels capables de traiter l'image en mouvement. Les mondes imaginés par William Gibson et Bruce Sterling dans leurs romans de science-fiction cyberpunk prenaient forme sous nos yeux. Les extropiens envisageaient la cryonie pour repousser les limites de notre mortalité. Kevin Warwick faisait ses premières expériences d'implantation de puces électroniques dans le corps humain. Nous découvrions les écrits d'Hakim Bey et le concept de zones autonomes temporaires inspirées de la piraterie du 18ème siècle. Un vrai feu d'artifice, ça fusait dans tous les sens. D'ailleurs, je conseille vivement à ceux que ça intéresse d'essayer de mettre la main sur le User's Guide to the New Edge publié par l'équipe de Mondo 2000 en 1992. De A pour Aphrodisiaques à Z pour Zines, en passant par l'hyperréalité, la vie artificielle, le transréalisme, le wetware, la longévité ou le nouveau nomadisme, cet ouvrage couvre une large partie des utopies et des folies de cet âge d'or. On doit encore pouvoir se le procurer chez certains bouquinistes.

Ceci dit, il n'y a aucune raison d'être nostalgique, car cette agitation se poursuit toujours aujourd'hui. D'autant qu'elle n'est plus relayée par les médias qui se perdent dans un labyrinthe subculturel et technologique dont ils ne savent appréhender la topographie. J'ai l'impression de radoter en écrivant cette phrase, mais on vit vraiment une époque formidable, pour peu que l'on se donne la peine de fouiner hors des sentiers battus. Mais pour ça, il faut savoir détourner un instant le regard de son nombril, aussi piercé, tatoué ou body-buildé soit-il. Et c'est justement sur ce point que la Spirale me semble avoir toujours un rôle à jouer, en attirant l'attention de son lectorat sur les lignes de force sous-jacentes et les initiatives contemporaines porteuses d'espoir ou des germes d'une évolution, quelles que soient les disciplines concernées : scientifiques, artistiques, économiques, médiatiques, mystiques et plus si affinités.

Récemment tu as sorti le livre Vampyres : quand la réalité dépasse la fiction, qui est le fruit de quatre ans d'investigation au sein d'une subculture qui n'aurait pas détonné dans un roman de Gibson. Qu'est-ce que tu peux nous dire au sujet de ce monde vampyrique, et au sujet du bouquin ?

Je suis ravi que tu fasses le lien entre les vampyres et les univers sombres, futuristes et urbains de William Gibson qui reste un Maître en la matière. J'ai découvert la culture vampyrique par l'intermédiaire de Lukas Zpira, ami proche et collaborateur régulier de la Spirale. Après des années de journalisme en ligne sur le site et de boulots alimentaires liés aux nouvelles technologies, j'ai éprouvé le besoin de revenir sur le terrain en me confrontant à la réalité la plus crue. Une envie qui s'est concrétisée lorsque j'ai retrouvé Lukas par hasard à New York au mois de juillet 2002. Toujours sur la brèche, il se préparait à donner une performance, à laquelle il m'a convié, dans une soirée organisée par un clan de Harlem, les Hidden Shadows, où je me suis trouvé au milieu de 300 ou 400 vampyres blacks et portoricains qui hurlaient son nom alors qu'il tournoyait suspendu au-dessus des têtes par des crochets d'acier chirurgical passés dans la peau de son dos.

De cette première rencontre avec les vampyres est née l'idée d'un reportage tourné à la fin de la même année et diffusé en février 2003 dans l'émission Tracks sur Arte. J'ai ensuite croisé Father Sebastiaan, figure tutélaire de la scène, à Amsterdam en février 2004. Son intérêt pour le projet nous a ouvert d'autres horizons et permis d'aller plus loin dans nos recherches en enchaînant les tournages en Hollande, à New York, à Paris, à la Nouvelle-Orléans, etc. L'occasion faisant le larron, ce projet s'est transformé en film documentaire, puis en livre avec Vampyres, quand la réalité dépasse la fiction qui est sorti en avril dernier chez Flammarion. Le bouquin précède le documentaire dont il retrace en grande partie le tournage, en apportant des éclairages historiques et culturels sur la question vampyrique. Le film devrait normalement suivre en fin d'année.

Sinon, que te dire des vampyres ? Il s'agit d'une subculture relativement récente. Ses origines remontent au début des années 90. Ses adeptes se reconnaissent entre autres aux crocs que leur fabriquent sur mesure les fangsmiths, des prothésistes dentaires gagnés à la cause. Elle a pour particularité de se focaliser autour de croyances liées au vampirisme, plutôt que d'un style musical comme les mouvements des décennies précédentes, et se structure autour de clans ou de familles inspirées des sociétés secrètes des siècles passés. Partie de New York et des grandes villes de la côte ouest, elle a depuis essaimé sur l'ensemble du territoire nord-américain et les cinq continents. Father Sebastiaan donne le chiffre d'une dizaine de milliers de vampyres aux seuls USA, un chiffre qui me semble faible d'après mes propres investigations.

Après, on peut en penser ce qu'on en veut et les esprits chagrins se gausser. Personnellement, je considère qu'affirmer et revendiquer son appartenance à une espèce non-humaine constitue déjà en soi un bel exercice de défi au statu quo, aussi psychédélique soit-il.

Le mouvement vampyrique s'étant cristallisé autour du jeu de rôle Vampire : la Mascarade, on peut donc dire de ces Vampyres que ce sont des gens qui ont intégré leurs fantasmes à leur mode de vie. Le phénomène n'est pas isolé puisque dans son ouvrage le Sexe bizarre, Agnès Giard (par ailleurs collaboratrice de la Spirale) recense des pratiques sexuelles qui du fantasme ont rallié le réel. Comment expliques-tu cette tendance à intégrer le fantasme au réel ? 

La chute du Mur de Berlin en novembre 1989 a constitué un des grands tournants de la fin du siècle dernier en sonnant le glas de l'empire soviétique et par rebond de bon nombre d'utopies de gauche. Le néolibéralisme sortait triomphant de la confrontation, libre d'imposer sa vision du monde. De fait, il est aujourd'hui difficile de savoir contre qui et pour quoi l'on se bat. L'ère est à la dématérialisation, le monde apparaît plus complexe. Ce qui offre en apparence moins de surfaces de frappe. De là, peut-être, cette tendance à vouloir s'échapper de la réalité consensuelle pour rejoindre des dimensions fantasmatiques, imaginaires ou mystiques. Ce que l'on retrouve de manière très nette chez les vampyres et en partie dans les pratiques sexuelles documentées par Agnès dans Le sexe bizarre.

Mais il existe aussi d'autres grilles de lecture de ces phénomènes. A l'occasion d'une interview dans la Spirale, Marc Caro, réalisateur avec Jean-Pierre Jeunet de Delicatessen et de la Cité des enfants perdus, avait défini la période actuelle comme celle de la rencontre des sciences, de la technologie et de la spiritualité. Une voie explorée par William Gibson dans les années 80 qui avait introduit des Loas, les esprits du Vaudou, dans le cyberespace de son second roman, Comte Zéro. Et c'est très certainement la convergence de ces univers, la superposition de ces points de vue et de ces grilles de lecture qui vont nous permettre un jour d'avancer vers une vision plus globale de la nature même de la réalité et de l'infinité de dimensions qui la constituent.

Mais pour ce faire, nous devons au préalable nous remettre en question, sortir des vieux schémas égotiques et conflictuels, nous débarrasser des peurs résiduelles en transcendant nos angoisses et nos frustrations. Ce qui n'a rien de simple et ne va évidemment pas dans l'intérêt de tout le monde. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les forces de stagnation et de régression sont encore très présentes en ce début de 21ème siècle. Et qu'elles se dissimulent parfois là où on les attend le moins.

Le livre Vampyres est présenté comme « sang pour sang gonzo ». Peux-tu rappeler, pour nos lecteurs, en quoi consiste le journalisme gonzo tel que l'a défini Hunter Thompson (l'auteur de Las Vegas Parano et Hell's Angels) ?

Le terme gonzo a été popularisé pour décrire le style de Hunter S. Thompson. C'est en quelque sorte une extension du nouveau journalisme initié par Tom Wolfe et Lester Bangs, une nouvelle manière plus crue et plus personnelle (donc subjective) de traiter un sujet. Outre son immense talent littéraire et journalistique, Thompson est aussi connu pour son mode de vie autodestructeur et ses frasques qui lui ont valu de se faire lyncher par les Hell's Angels en conclusion de son enquête sur leurs chapitres californiens. Ce qui ne l'a pas empêché de mettre le doigt sur des choses essentielles en fouillant les décombres du rêve américain, notamment dans le roman Las Vegas parano ou au travers des articles compilés dans le recueil La grande chasse au requin qu'il faut absolument lire.

Ce principe d'immersion dans les marges me semble par ailleurs essentiel pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. Les mouvements culturels les plus intéressants naissent dans ce que l'urbaniste Paul Virilio nomme la banlieue mondiale, certainement pas dans les centres d'art contemporain des centre ville. D'où viennent le rock 'n' roll, le hip hop, le reggae, le punk et la techno ? De coins perdus du sud des USA, des ghettos de Kingston et de Detroit, des terrains vagues graffités du Bronx, de villes ouvrières sinistrées du Royaume-Uni et d'arrière-salles louches du Lower East Side new-yorkais. Pas des galeries de Soho ou du Marais. Et que le magazine Art Press affiche avec dix ans de retard un portrait de Marilyn Manson sur la couverture de son numéro de l'été 2006 ne change rien à la question. La vie est toujours plus forte, plus vraie à l'écart des projecteurs.

Sur ton site, on s'aperçoit que nombre de mouvements et subcultures d'allumés de tout poil (comme les Vampyres dont on vient de parler) viennent des Etats-Unis. Retrouves-tu tout de même des phénomènes similaires en France ou penses-tu que nous avons ici affaire à un phénomène essentiellement américain ? Le web ne devrait-il pas justement engendrer des subcultures à l'échelle planétaire ?

Mais la plupart des subcultures dont il a été question dans la Spirale se sont déjà répandues à l'échelle planétaire. Pour ne prendre que ces exemples, regarde ce qu'il se passe autour des modifications corporelles ou du fétichisme. Il aura suffi de quelques années pour que ces courants culturels touchent le monde entier, dont la France qui n'est bien sûr pas épargnée. Et pour répondre à ta question, le web a bien évidemment joué un rôle de premier ordre dans cette dissémination. La scène vampyrique moderne prend ses racines aux Etats-Unis, qui restent de par leur mixité et leur vigueur sociales et culturelles un terrain d'expérimentation passionnant, mais tu verras dans le film qu'elle compte aussi des représentants un peu partout sur la planète. En Europe, au Japon, au Brésil, au Mexique. Et dans ce processus d'expansion, de nouvelles excroissances apparaissent, de nouvelles espèces voient le jour. A la suite des vampyres, on trouve maintenant des subcultures qui s'approprient d'autres archétypes comme les loup-garous, les elfes ou les fées.

En guise de conclusion, on peut dire que le philosophe américain Francis Fukuyama s'est assez violemment planté en proclamant la fin de l'Histoire à la fin des années 80. Non, il n'y a pas de début et il n'y aura pas de fin. Et le monde restera non seulement plus étrange que nous le pensons, mais aussi plus étrange que nous pouvons le penser, pour reprendre la citation du physicien allemand Werner Heisenberg qui ouvre Mutations pop & crash culture. Encore une fois, en étant cette fois-ci conscient de me répéter, nous vivons une époque passionnante. La décision d'y participer ou pas de manière active, et d'apprendre à surfer sur son chaos revient à chaque individu...

Thomas
Bégeault, LP librairie
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 08:25
Entretien avec François Rannou, éditeur de poésie à La Rivière Échappée, sur l’édition numérique.

La Rivière Échappée existe depuis 20 ans ; elle était hébergée jusqu’alors par différents éditeurs (Apogée, L’Act mem). Elle est dirigée par François Rannou et Mathieu Bosseau, tous deux impliqués dans l’édition numérique.  Une autre collection de François Rannou, l’Inadvertance, est hébergée sur le site publie.net de François Bon. L’entretien a eu lieu au domicile de François Rannou, le 29 Décembre 2008 dans son antre aux murs tapissés de livres.


Comment percevez-vous le marché du livre aujourd’hui ?

Il est à la fois très divers et très ouvert. Le marché continue à fonctionner de façon traditionnelle, on voit dans les librairies les mêmes livres, les mêmes gros éditeurs.

On note aussi l’apparition d’un tas de possibilités puisque parallèlement à ce marché se met en place une autre économie du livre, qui est celle du numérique. La micro-édition quant à elle existe depuis très longtemps, elle est discrète mais existe tout de même. L’économie du livre se fait à plusieurs niveaux.

Les libraires se plaignent de la baisse de l’achat de livres, mais ont-ils vraiment pensé à l’évolution de leur métier ? Est-ce qu’ils ne se cramponnent pas à des acquis, sans vouloir vraiment essayer d’évoluer ? Il est impératif qu’ils changent et qu’ils bougent sinon ils finiront comme les disquaires et disparaîtront. Le livre numérique est peut-être le moyen pour les libraires de redevenir de vrais libraires, comme au XIXe siècle où on avait des libraires-imprimeurs.

Avec François Bon, on fait une expérience et on se rend compte que l’économie du livre est vraiment en train de changer et que ça se passe de moins en moins chez les libraires. Par exemple à Rennes dans quelle librairie aller ? Le client insatisfait se dirige vers internet pour passer ses commandes chez des petits éditeurs absents des rayons des librairies.


Selon vous, où en sont les éditeurs face à la numérisation du livre ?

Les grands éditeurs ont tout intérêt à numériser leurs livres et leur fonds pour que les gens puissent les consulter. Tout cela a bien évidemment un coût puisque cela doit passer par des voies commerciales. Les éditeurs doivent mettre au point des stratégies telles que celle du e-book de Sony où des alliances se sont faites avec Hachette, la Fnac… Ils sont en train de mettre en place des stratégies mais ces dernières sont trop restrictives. On ne pourra jamais empêcher les gens de télécharger quelque livre que ce soit. Si on veut vraiment que le e-book se développe, il faut laisser plus de liberté aux gens. Les grands éditeurs essayent de donner l’image de quelque chose d’exclusif et cela va enfermer l’outil, qui finira par être obsolète avant même d’avoir existé.

François Bon m’a demandé de participer il y a un an et demi à une aventure qui s’appelle publie.net, l’idée est de publier sur internet des livres que des gens puissent télécharger pour 5,50 euros sur leur ordinateur ou sur leur e-book. Le lecteur numérique est portatif, on peut visionner le livre directement sur l’écran tandis que sur l’ordinateur, la lecture est plus difficile. Il existe toujours la possibilité de télécharger le livre pour ensuite l’envoyer à un imprimeur numérique. Il reçoit à son domicile le livre qu’il a commandé pour un prix très modique car entre le fichier qu’il a téléchargé et le livre qu’il a fait imprimer, il obtient un livre pour 10 euros et il aura un très bon livre.

Les libraires ont peur de l’édition numérique, car ils estiment qu’il s’agit d’un marché qui peut leur échapper. Cette attitude me semble étrange, et c’est ce que j’essayais d’expliquer à une libraire de Rennes en lui disant qu’en s’abonnant à une maison d’édition, elle s’abonne à tout son catalogue. Elle a la possibilité de lire, de choisir, de ne plus avoir des stocks de livres. Il n’y a plus de diffuseur qui vient la voir, ni de distributeur. C’est un gain de temps qui lui donne la possibilité de choisir le livre et de le faire imprimer au nombre d’exemplaires qu’elle estime pouvoir vendre. Elle vendra ces livres car elle aura lu le livre, qu’il y aura un contact avec le client qui viendra et reviendra la voir, parce que le client et la libraire auront eu un échange et pas seulement d’ordre économique mais d’ordre intellectuel. Le libraire redevient chaînon de la chaîne intelllectuelle. Économiquement c’est tout à fait intéressant pour le libraire qui percevra une marge plus importante. C’est également intéressant pour l’éditeur qui n’aura ni diffuseur, ni distributeur à rémunérer, ainsi que pour l’auteur qui percevra plus d’argent. Cela signifie pour des libraires qui veulent vraiment diffuser de le littérature, qu’ils peuvent arriver à créér un réseau de résistance et créer une nouvelle alternative qui serait de passer par de nouveaux moyens techniques. Au lieu d’en avoir peur, il faudrait qu’ils arrivent à faire ce choix-là, tout en sachant que cela nécessiterait la modification du statut du libraire.

Certains libraires ont eu l’idée de mettre des bornes dans leur point de vente, comme si cela pouvait remplacer le vrai livre papier, mais ce n’est pas l’intérêt de l’édition numérique.

Pour François Bon, l’important c’est que les textes puissent passer, il n’est pas attaché à la forme papier de façon fétichiste. Je pense quant à moi qu’on aura toujours besoin de l’objet papier, tout dépend de la façon dont on conçoit son rapport au livre. Pour moi, l’objet restera toujours important. Mais les deux peuvent très bien cohabiter et être complémentaires. Cela obligerait à remettre complètement en cause, la chaîne économique telle qu’elle existe et du coup, cela supprimerait forcément des intermédaires. Ce qui donnerait beaucoup plus de vigueur à la création. Le lecteur ne chercherait plus simplement un livre mais un échange avec quelqu’un qui a lu et qui a réfléchi, c’est-à-dire véritablement une oeuvre de conseil et de découverte, ce qui est réellement le rôle du libraire.

Le libraire devra sélectionner l’offre des éditeurs, il subira moins de pression dans la mesure où les éditeurs ne pourront plus lui imposer des cartons. Il faut que de nouvelles règles se mettent en place, elles ne doivent pas être une manière de prolonger ce qui se fait déjà sous forme papier. Cela implique une prise de conscience politique.


Que pensez-vous des lecteurs numériques tels que le Cybook et le Reader ? Pour quel public ? Quel confort de lecture ?

Ces lecteurs numériques peuvent être utilisés à tous les âges. Ils s’adressent à un public qui bouge et qui au lieu d’avoir une valise pleine de livres en vacances, apporte son e-book. Si on est chercheur on a aussi intérêt à travailler sur e-book. Personnellement, ce n’est pas une utilisation que je ferais chez moi, c’est seulement lors de mes déplacements que j’en aurais l’utilité. Ce sont des registres de lecture différents.


Le e-book peut s’adresser à des lecteurs curieux, à des personnes adeptes de nouvelles technologies, à une population jeune qui va sur internet. Cet intérêt des jeunes pour internet me ravit et il n’y a aucune raison de les en empêcher. Ce qui important c’est ce que l’on met à leur disposition. Si on leur donne la possibilité d’aller vers la littérature, eh bien tant mieux. Il faut que cette médiation existe, c’est à-dire qu’il y ait cette possibilité de toucher le lectorat par l’école, l’université, la presse, les lectures publiques, les librairies. Il faut qu’on puisse montrer au lecteur que la poésie existe et qu’on peut se l’approprier librement. Si quelqu’un essaye de télécharger un livre sur publie.net eh bien tant mieux. La politique de François Bon est d’être assez offensif, il y a beaucoup de livres qui sortent, il y a beaucoup de choix. Les personnes reçoivent une alerte lorsqu’il y a une nouveauté, il y a donc une incitation au lecteur et cela ne peut être que positif. Le média n’est rien, ce n’est qu’un moyen. Les blocages sont plus dans la tête que dans la réalité des faits.

En ce qui concerne le confort de lecture, j’avoue que c’est encore un peu limite, voire désagréable. Je suis un peu déçu, mais je sais néanmoins que le Cybook est de meilleure qualité que ses concurrents, mais je pense qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire. Ce sont les toutes premières générations, dès que les appareils seront très perfectionnés, avec un beau design, et pas trop chers, les gens sauteront dessus. Un livre de photographie couleur pourrait tout à fait être lu sur e-book avec un bel écran, une belle ergonomie, ça pourrait être quelque chose d’extraordinaire mais ça demande à être développé.

Il faut que les gens soient informés et comprennent que le livre papier et le livre numérique peuvent s’additionner. On est au tout début de quelque chose qui va se mettre en place.


Est-ce en partie votre vision de l’avenir de l’édition qui a causé la rupture avec les éditions Apogée ?

Au départ, c’est un état de fait, l’éditeur ne s’intéressait pas à la collection de La Rivière Échappée. Il ne faisait même plus les demandes auprès du CNL. Le diffuseur ne parlait jamais des livres de la collection aux libraires. L’éditeur, à qui je ne jette pas la pierre, ne faisait rien pour que le livre se vende, pour que le livre puisse rencontrer des lecteurs. En tant que directeur de collection, je faisais pratiquement tout. À quoi ça sert de travailler si on ne donne pas sa chance au livre ?

L’éditeur, c’est celui qui fait naître. Faire naître un livre ce n’est pas seulement lui donner une forme papier, le faire naître, c’est le faire vivre. Je me suis dit que ça ne pouvait pas durer. Je me suis renseigné sur les différentes possibilités que je pouvais avoir d’imprimer un livre et j’ai choisi la solution numérique. Pour moi, la possibilité numérique c’est des livres papier faits sur impression numérique. Maintenant, il y a des livres électroniques, ce sont les livres que je fais avec publie.net, c’est-à-dire un livre qui se présente sous la forme d’un fichier que je télécharge. Le livre sous forme d’impression numérique, c’est un livre que je vais envoyer sous la forme d’un fichier à mon imprimeur numérique qui va faire le livre en fonction du papier que je lui demande, du format que je lui ai donné et qui va me sortir un livre à l’exemplaire. Il peut tout aussi bien m’en sortir 1 ou 100… Je trouve que c’est d’une souplesse incroyable. Pour que ce soit rentable à l’offset il faut que j’en tire 1200. Le but c’est de sortir un livre pour le nombre de lecteurs qu’il va toucher.

Je suis éditeur depuis 20 ans, j’ai fait des livres et il y a certains d’entre eux que j’ai par caisses entières chez moi, parce qu’on les imprimait par 600 pour que le coût soit moindre. Le problème c’est, à quoi ça sert que j’en tire 600, si je ne peux pas les diffuser ? Autant en tirer sur impression numérique en m’adaptant au lectorat. De plus le livre n’est jamais épuisé puisque le catalogue est toujours vivant.

Je travaille avec Identic, un imprimeur numérique à Rennes, ancien imprimeur offset. La qualité est supérieure dans l’impresion numérique. J’ai un papier qui n’est pas transparent, j’ai un beau papier verger tramé, un peu moiré et bien épais, j’ai une belle couverture, une très belle qualité de reliure. Il n’existe aucue déperdition au niveau de l’encrage et par conséquent ça revient à moins cher que l’offset.

Pour des petits éditeurs comme nous, ça permet aux textes de circuler de façon beaucoup plus libre et de façon beaucoup plus souple. Je ne m’endette pas.

Ce système permet de s’adapter au rythme du livre de poésie qui ne tourne pas comme un roman. Il lui faut un, deux voire trois ans pour qu’il fasse parler de lui, qu’il trouve son lectorat. On est loin de la production, avec des conditions traditionnelles de diffusion d’un livre comme d’un produit. Je suis assez têtu et obstiné, et je sais qu’il vaut mieux faire moins de livres, les faire bien et durer. Il faut trouver de nouveaux lecteurs de façons très diverses et s’adapter, c’est pourquoi, je me suis laissé convaincre, par la personne avec qui je travaille, de nous inscrire sur Facebook. C’est intéressant de rencontrer des gens que l’on ne pourrait pas toucher ailleurs.

Pour moi l’édition numérique, c’est vraiment la solution, elle permet de ne pas crouler sous les frais de stockage et c’est sur cette question que je me suis interrogé avec l’éditeur Apogée.


Quelle est votre politique de numérisation ?

Mathieu Brosseau est l’autre éditeur de La Rivière Échappée, nous venons tous deux de publier un livre dans notre maison d’édition: cela n’arrivera qu’une fois. Lorsque l’on redémarre quelque chose, il est important de s’engager et de montrer que l’on croit à son propre projet. Lorsque François Bon, m’a sollicité pour entrer dans publie.net, il m’a demandé un premier texte. C’était une façon de montrer que je m’engageais dans une entreprise.

Mathieu Brosseau s’occupe actuellement du site de La Rivière Échappée, il était lui-même lecteur de la collection avant d’y travailler. C’est une personne qui s’intéresse beaucoup à l’écriture, et qui manie avec habilité tous les outils modernes. Je veux que petit à petit, il prenne le relais et que quelque chose se transmette et que ça dure. C’est l’enjeu !

 Le but de ma présence sur publie.net est de faire en sorte de publier de jeunes auteurs, et de republier des textes qui sont pour moi importants. Alain Hélissen et Vannima Maestri sont des personnes plutôt liées à Java, à la poésie performante, à la poésie concrète, à la poésie sonore. Jean-Luc Steinmetz et André Markowicz sont plutôt des poètes dits lyriques. Même si je ne crois pas trop aux étiquettes.

L’idée est de donner au lecteur de publie.net un paysage assez objectif de ce qui se fait aux éditions de La Rivière Échappée et qui me semble vraiment de qualité. Il y a certains auteurs que je juge trop caricaturaux, voire malhonnêtes dans leur travail et donc ils ne m’intéressent pas et je ne les publierai pas.

Je veux que publie.net soit le reflet de ce que je peux avoir envie de lire et pas forcément le reflet de ce que je peux avoir envie d’écrire. Je me place en tant que lecteur.

Le site permet aussi à un éditeur qui a une plus grande visibilité que La Rivière Échappée comme Gallimard, Flammarion de regarder ce que l’on fait et de décider de publier l’un de nos titres dans sa propre structure. Ainsi, ce site est celui d’une véritable maison d’édition, mais c’est aussi une vitrine pour d’autres éditeurs qui peuvent ainsi découvrir de nouveaux auteurs.

À La Rivière Échappée, on va publier un fois par an un livre de du Bouchet parce que ses textes sont absolument extraordinaires et nous voulons le mettre en avant. On va publier des écrivains contemporains, des gens qu’on a déja publiés, des jeunes auteurs, ainsi qu’une anthologie internationale chaque année. L’idée c’est de faire une sorte d’anthologie permanente, en ouvrant le paysage français à d’autres littératures, à d’autres visions. En France, on ne lit pas de poésie, elle est très hermétique et très renfermée sur elle-même..

On veut également travailler avec des photographes, des musiciens. On voudrait que la poésie aille à la rencontre d’autres langues et d’autres arts et éviter qu’elle soit toujours en lien avec la philosophie. Lire un poème c’est aussi faire une expérience concrète du corps, ça passe par les gestes et par la voix. Certains des livres de La Rivière Échappée ont été enregistrés et on peut les écouter sur le site. Le site vient ainsi rendre plus concrète une poésie qui semble a priori difficile. Selon moi, toute poésie est facile, à partir du moment où on se sent libre de l’interpréter et c’est à ce moment-là que le texte prend corps. Il faut oser faire des propositions. On ne lit pas un poème pour comprendre son sens. Je veux que la poésie se transmette, qu’elle soit un plaisir.

J’ai également le projet de faire des livre au format “petit ours brun” avec des poèmes classiques pour les enfants, pour que les parents lisent de la poésie à leur enfants.


Selon vous, la numérisation viendra-t-elle freiner les ventes papier comme les libraires le craignent ?

Je n’y crois pas du tout. Très concrètement à La Rivière Échappée, on fait des livres papier, on passe par une diffuseuse (L’Astre) et en même temps je m’occupe sur publie.net d’une collection de livres électroniques. Si j’ai fait cette collection sur ce site c’est parce que certains livres sans le net, ne seraient pas visibles ailleurs. Moi, en tant que maison d’édition papier, je ne peux pas faire des livres de 200 pages, publie.net le peut et fait en sorte que les livres épuisés chez les éditeurs ne soient pas morts mais qu’ils puissent continuer à exister. Cette entreprise fait en sorte que l’on puisse les télécharger, les lire sous forme éléctronique ou sous forme papier et que du coup, persiste cette mémoire de l’édition. Tous les auteurs qui n’ont pas eu la chance d’être chez Flammarion, chez Gallimard et qui sont pourtant des auteurs importants n’ont souvent plus leur livre disponible. Il est pourtant important que des auteurs puissent voir leur livre exister pour trouver de nouveaux lecteurs. C’est cette possibilité-là qui montre la pertinence de l’entreprise de publie.net.


Marion Dahyot, L. P.

Retrouvez La Rivière Échappée sur http://www.lariviereechappee.net/
Retrouvez publie.net sur http://www.publie.net/


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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 22:43

Biographie


Pierre Bottero est né le 13 février dans les Alpes. Il a débuté sa carrière comme instituteur puis s’est lancé dans l’écriture. Ses premiers romans sont parus chez Flammarion. Aujourd’hui, il publie la majorité de ses textes chez Rageot, dont ses célèbres trilogies d’heroic fantasy : La Quête d’Ewilan, Les Mondes d’Ewilan et Le Pacte des marchombres. Grand amateur de littérature fantastique, il s’inspire de J. R. Tolkien, Farmer, Zélazny, ou encore Bradley.

Désormais sacré auteur incontournable en littérature de jeunesse par son public, il parcourt la France entière pour le rencontrer.


Bibliographie

Le Pacte des marchombres, la prophétie, Rageot, Paris 2008.
Le Pacte des marchombres, l’envol, Rageot, Paris 2008.
Le Pacte des marchombres, Ellana, Rageot, Paris 2006.
L’Autre, La huitième porte, Rageot, Paris,2007.
L’Autre, Le Maîtres des tempêtes, Rageot, Paris, 2007.
L’Autre, Le souffle de la hyène, Rageot, Paris, 2006.
Les Mondes d’Ewilan, Les Tentacules du mal, Rageot, Paris, 2005.
Les Mondes d’Ewilan, L’œil d’Otolep, Rageot, Paris, 2005.
Les Mondes d’Ewilan, La Forêt des captifs, Rageot, Paris, 2004.
Tour B2 mon amour, Flammarion, Paris, 2004.
Zouk, Flammarion, Paris, 2004.
La Quête d’Ewilan, L’île du Destin, Rageot, Paris, 2003.

La Quête d’Ewilan, Les Frontières de glace, Rageot, Paris, 2003.
La Quête d’Ewilan, D’un Monde à l’autre, Rageot, Paris, 2003.
Le garçon qui voulait courir vite, Flammarion, Paris, 2002.
Mon cheval, mon destin, Flammarion, Paris, 2002.
Amies à vie, Flammarion, Paris, 2001.




Lors d’une de vos précédentes interviews vous avouez être tombé dans l’écriture « par hasard »  en voulant aider l’une de vos filles à faire une rédaction. Aujourd’hui la situation s’est inversée : ce n’est plus vous qui lisez et corrigez le travail de vos élèves mais votre éditeur et vos lecteurs qui vous lisent. Comment vivez-vous ce retournement de situation ?


Il ne s’agit pas, à mon avis, d’un véritable retournement de situation. Écrire n’a pas grand-chose à voir avec enseigner l’écriture (pour autant qu’enseigner l’écriture soit possible, ce dont je doute) et l’état d’esprit d’un lecteur lorsqu’il ouvre un roman n’a heureusement rien à voir avec celui d’un enseignant qui corrige une série de copies. Je n’ai donc pas le sentiment d’avoir vécu un retournement de situation mais plutôt celui d’avoir pris un virage.


Lors d’une rencontre-dédicace à la librairie Mollat à l’occasion de la sortie du second tome de la trilogie Ellana, L’Envol, vous m’avez confié que votre fille avait effectué ou effectuait actuellement une formation Métier du livres à Paris et ce plus précisément dans le secteur éditorial. Est-ce vous qui lui avez inspiré cet amour pour les livres ?

L’amour des livres est souvent une donnée « héréditaire ». Si j’ai certainement une responsabilité dans le plaisir que ma fille, depuis toute petite, éprouve à côtoyer les livres, elle a toutefois décidé de son avenir « professionnel » avant que le mien ne prenne les couleurs de l’écriture.


Par ailleurs, craignez-vous le regard professionnel qu’elle peut porter sur votre travail, qu’elle vous juge ou vous critique que ce soit de manière positive ou négative comme votre éditeur le fait ?

Je doute qu’il soit possible de porter un regard strictement professionnel sur le travail de quelqu’un qu’on aime et je sais être un père aux yeux de ma fille, bien plus qu’un auteur. Et si elle s’avérait trop critique envers mes romans, je saurais lui rappeler que c’est quand même moi qui lui ai appris à marcher ;-)


Vos proches sont-ils vos premiers lecteurs ? Apprécient-ils vos livres ?


Femme et filles lisent ce que j’écris avant publication. Il s’agit toutefois d’un simple partage et non d’un quelconque travail pré-éditorial. Elles apprécient le plus souvent ce que j’écris ce qui, pour moi, est très rassurant.

 
À quel rythme travaillez-vous ? Tôt le matin, tard le soir, en pleine journée, de façon régulière ou au contraire aléatoirement selon votre inspiration ?


 Au cœur de l’écriture d’un roman, je travaille sans arrêt, du matin au soir et, parfois, un morceau de nuit. Je peux, à côté de cela, ne pas écrire pendant des semaines ou, du moins, me contenter d’écrire dans ma tête.


Lorsque vous écrivez, savez-vous exactement où l’histoire aboutira ou au contraire laissez-vous l’histoire évoluer au fur et à mesure ?

J’accorde beaucoup d’importance au travail de réflexion qui précède l’écriture et, lorsque j’attaque le premier chapitre d’un roman, la trame générale est parfaitement claire dans mon esprit. Il est néanmoins vrai qu’une histoire ne se fige que lorsqu’elle est publiée. Avant, tout demeure possible.


Par ailleurs, le travail d’écriture sur la trilogie Ellana a dû vous demander beaucoup d’attention et ce notamment pour la période qui se situe avant la rencontre avec Ewilan et Salim dans la trilogie La Quête d’Ewilan. Avez-vous éprouvé des difficultés pour que ces deux trilogies se rejoignent sans incohérences ?

Non, pas de difficultés, je connais trop bien mes personnages pour ça, mais un joli défi technique que je me suis plu à relever. L'impression d’être un ébéniste avec, en achevant d’écrire, le même sentiment de bonheur et de fierté que lui lorsqu’il finit un montage complexe.


Disposez-vous d’un droit de regard sur l’illustrateur qui fait les illustrations de couvertures de vos livres ? Êtes-vous satisfait de son travail ?

Je travaille en parfaite concertation avec mon éditrice et avec Jean-Louis Thouard. Droit de regard est donc un mot inapproprié pour ce qui est avant tout un joli projet collectif.


Vos lecteurs ont eu le bonheur et malheur à la fois de pouvoir découvrir le troisième tome de la série sur Ellana en cette fin d’Octobre. Un bonheur puisque l’on ne se lasse pas de lire ses aventures mais aussi un malheur de se dire que la fin est déjà là. Dans quel état vous trouvez vous à chaque fin de série (fatigue, exaltation, etc.)
?

Il fut un temps où, lorsque j’achevais un roman, j’étais déchiré entre joie d’un côté et tristesse de l’autre. Joie d’avoir terminé et d’être satisfait du résultat, tristesse de devoir quitter monde et personnages. Cette tristesse a désormais disparu tant je sais que je peux retourner « là-bas » quand je veux. Écrire encore. Si tel est mon désir.


Le métier d’instituteur devait certes vous procurer assez de travail à ramener chez vous mais il ne vous obligeait pas à sillonner la France entière pour rencontrer vos lecteurs. Regrettez-vous parfois le rythme que vous impose le métier d’écrivain ?

 Aucun regret. Le rythme qui est désormais le mien dépend de moi et de moi seul. Il peut, à ma guise, accélérer ou ralentir, guidé par le seul plaisir que j’éprouve à rencontrer mes lecteurs.


En tant qu’étudiantes en métiers du livre, nous effectuons de nombreux stage en librairie. Or, il nous arrive fréquemment de recommander vos livres pour les avoir aimés. Que pensez-vous du travail des libraires qui conseillent vos livres ?

Reconnaissance. Pas de gros moyens marketing chez Rageot et la sortie de ma première trilogie n’a pas été soutenue par « la grosse artillerie ». Si elle a « marché », si elle a trouvé ses lecteurs, c’est uniquement grâce au bouche à bouche et au superbe travail des libraires qui l’ont aimée et conseillée. Reconnaissance et conscience de n’être qu’un maillon d’une chaîne.


Avez-vous d’autres projets en cours pour combler vos fans ?


Bien sûr mais il n’est pas encore l’heure d’en parler…


Vous documentez-vous avant d'écrire, pour vous inspirer de romans fictifs ou même de faits réels (qui peuvent être historiques) ?

Uniquement lorsque j’écris des romans réalistes. Cette documentation est toutefois marginale dans mes écrits.


Avant d'être publié, comment s'est passée la démarche de recherche d'un éditeur ? A -t-elle été fastidieuse ? Quelle relation entretenez vous maintenant avec votre éditeur ?

Coup de chance, j’ai envoyé un texte que je venais d’écrire, sans ambition particulière d’être publié, à dix éditeurs. Pour voir. Juste pour voir. J’ai reçu un coup de fil quinze jours plus tard alors que je ne me souvenais plus d’avoir envoyé le texte en question. Un éditeur prenait ! Aujourd’hui, je publie exclusivement chez Rageot. J’ai la chance d’entretenir une relation exceptionnelle avec mon éditrice, faite de respect, connivence et d’une même vision de la littérature. Je lui dois beaucoup, y compris sur le plan de l’écriture.


 Avez-vous des liens ou « engagements » avec une ou plusieurs librairies en particulier ?

 
Au fil de mes « voyages », j’ai découvert de nombreuses et magnifiques librairies, animées par des libraires passionné(e)s et passionnant(e)s. Chacune de ces librairies est unique et, dans chacune, j’ai senti l’âme de ceux qui y travaillaient. Impossible de les citer, j’aurais trop peur d’en oublier.


L’écriture vous est venue comme une évidence. Au départ, vous adressiez-vous particulièrement à la jeunesse ?

J’ai écrit mon premier texte pour ma fille. Ce fut sans doute l’impulsion qui m’a conduit à écrire pour la jeunesse. Presque un hasard. Aujourd’hui, je le revendique. Lecteurs à part entière, porteurs d’exigences et capables de coups de cœur étonnants, les jeunes méritent le meilleur de ce qu’on peut leur offrir.

Sibylle Marie-Murgue et Chloé  Palud, Licence Pro

Site Rageot : http://www.lesmondesimaginairesderageot.com/
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Published by sibylle et Chloé - dans Entretiens
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