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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 06:03





Guillaume TROUILLARD
Colibri

Editions de la Cerise, 2007























Rencontre avec Guillaume Trouillard

scénariste et dessinateur de la bande dessinée Colibri


Le 13 novembre 2008, Guillaume nous a fait le plaisir de venir lors de notre cours de littérature. Guidé par mes questions, il nous a raconté avec passion et modestie son parcours, ses idées et sa façon de travailler…

Qui est Guillaume ?

Originaire de Pau, il a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angoulême et y a fait ses débuts d’éditeur. Il a crée les Editions de la Cerise pour publier ses travaux et ceux de ses amis de classe : les revues Clafoutis n°1 et 2 (collectif), suivis des livres Le cas de Lilian Fenouilh par Guillaume, Pourquoi pas ? par Samuel Stento, Entre deux par Vincent Perriot et Bix par Gregory Elbaz. Guillaume a fait quelques voyages pendant ses 5 ans aux Beaux-arts : Pakistan, Chine… Il est désormais basé à Bordeaux.

Que raconte Colibri ?

C’est un long plan-séquence, qui suit l’un après l’autre divers habitants d’une grande ville et permet au lecteur de découvrir des bouts de leurs vies... Il dénonce les excès de notre société et s’en moque : la loi du plus fort dans la rue (des voitures de plus en plus grosses, des buildings qui remplacent de petits bistrots), l’hypocrisie (un riche va faire du sport, mais, vite fatigué, il se rassure comme un gamin en se goinfrant d’une barre de chocolat cf. planche 1), l’indifférence, la surconsommation (overdose d’affiches de pub et de spots télé), la solitude (un personnage dit : « La merde : c’est tout ce qu’il reste d’humain ici ! »), le pouvoir de l’argent, le capitalisme (l’être humain n’est-il finalement pas dépassé par ses propres inventions ?), la surpopulation (un second personnage dit : « Y’a trop d’hommes sur terre » et « On en est rendu à vivre comme des fourmis »)…



Où se déroule l’histoire ?

Dans une mégalopole telle que Guillaume en a vu en Chine. Inquiet, il nous montre un ensemble urbain effrayant et très pessimiste (où par exemple la nature est enfermée dans un immeuble, l’Eden Plazza) qu’il ne souhaite pas voir arriver en France.

Qui sont les protagonistes ?

Guillaume s’est amusé à dessiner des personnages atypiques : des indigènes (inspirés des papous, quasi-nus, avec plumes dans les cheveux et peintures rituelles sur le visage…) qui symbolisent la sagesse mais sont exploités, un agent qui fait la circulation pendu à un lampadaire (cf. planche 2), une maman qui possède un piège à souris géant dans son appartement, un employé en combinaison jaune et rouge qui désinfecte une fausse jungle, un gardien d’immeuble qui pêche dans un aquarium géant… Ils ne sont pas décrits comme des héros, mais comme de simples individus malheureux, stressés par leurs vies, qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont dans leur bulle, invisibles les uns pour les autres !



Comment lui est venue l’idée de cette BD ?

Le titre Colibri (le plus petit oiseau du monde face à une mégalopole) en tête depuis longtemps, les compositions en pleine page de la première (une grande jungle et l’assourdissant bruit d’une batterie) et dernière pages (une grande ville et un tout petit chant d’oiseau) déjà trouvées, Guillaume s’est lancé dans l’improvisation. Suivant les codes de la BD (suspense en fin de double-page, personnages qui marchent ou regardent vers la droite pour faire avancer le récit…), il a composé son histoire 3-4 pages par 3-4 pages : une longue séquence s’est ainsi déroulée au fur et à mesure de son écriture.

Quel style a-t-il utilisé ?

De la peinture plutôt que des couleurs travaillées à l’ordinateur. Toujours un peu de marron (couleur terre) dans les cases pour parsemer un peu de nature dans la ville… Et surtout pas de couleurs criardes comme un arc-en-ciel sur les pages… Des planches composées classiquement mêlées à des pages au style graphique différent (crayons de couleur naïfs pour décrire des souvenirs d’enfance, ou un style publicité « design » pour se moquer du suremballage des aliments cf. planche 3…). Et plein d’humour.



Quels sont ses projets ?

En tant qu’auteur, une BD peut-être publiée chez un gros éditeur. Guillaume est-il vraiment prêt à faire les concessions demandées ? Affaire à suivre…
En tant qu’éditeur, un Clafoutis n°3 en 2009. Une bonne dose de courage lui sera nécessaire pour le futur, car les petits éditeurs indépendants sont fragiles et seront les premiers touchés par la crise qui s’aggrave…


Nolwenn, A.S. Bib.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 12:35


Jay Alis
Notice de présentation

Né en 1961 en Alsace. Il a eu plusieurs passions dont certaines qu’il pratique encore comme le ski et le mime. Il est publicitaire de profession mais n’exerce plus beaucoup depuis qu’il a commencé l’écriture de la saga « Peter Poth ». Il est marié et a deux enfants dont il a assemblé les prénoms pour former son pseudonyme d’écrivain.

L’un de ses lecteurs lui a créé un site web de référence officiel puisque c’est cette adresse qui figure au dos des livres : www.peterpoth.com

Bibliographie

Peter Poth et le monde magique du verso  (septembre 2004)
Peter Poth et le paradis de glace (septembre 2005)
Peter Poth et l’incroyable forêt  (septembre 2006)
Peter Poth et le pacifique cristal (septembre 2007)
Peter Poth et la galaxie des Irquaïs (septembre 2008)
Peter Poth et la fin de Karasul (septembre 2009)
Pré Arkx… le monde inconnu (septembre 2010)



Votre nom d’auteur est un pseudonyme, que signifie-t-il ?

Ce sont les prénoms de mes enfants, Jason et Allison. J'ai supprimé le deuxième L du prénom de ma fille.

Vous êtes publicitaire de métier, comment en êtes-vous venu à l’écriture ?

J'ai toujours écrit pour la publicité mais de petits textes. Un de mes plus vieux clients m'a dit un jour  : " Je ne comprends pas que tu n'écrives pas ". A l'époque, je n'avais pas retenu sa remarque. Deux ou trois ans après, je suis parti trois semaines en vacances en Espagne. Je ne suis pas du genre à rester couché sur une serviette toute la journée, donc j'ai décidé de créer une histoire. J'y ai créé la première trame et les noms des personnages parce que je n'avais pas emmené mon ordinateur.

Pourquoi un ouvrage de jeunesse ?

J'ai écrit cette histoire pour de grands enfants car je me considère comme tel. J'ai placé mon histoire dans un monde fantastique car je peux contourner la réalité. C'est la FNAC qui a décidé que mon roman serait vendu au rayon jeunesse car il ne contenait rien de choquant pour le jeune public. Ceci dit, mon lectorat s'équilibre entre jeunes et adultes.



Pourquoi une saga en sept tomes indépendants ?


A la base, la saga n'était pas voulue. Le roman était structuré par rapport aux six portes mais concentré en un seul volume. Dès le début, j'ai vu que ce ne serait pas assez. J'ai alors pensé à trois ou quatre tomes. Puis, j'ai pensé à un tome par porte, soit six plus un tome pour la porte une et le côté sans porte. Finalement, il n'y en a que sept, qui est un chiffre biblique et symbolique.

Dans quel pays situez-vous votre histoire (dans un pays anglo-saxon, noms des personnages à consonance étrangère, lac et mer à proximité) ?

Au début, j'ai voulu le faire commencer au cœur de la France puisque je suis français. Mais, au cours des tomes, nous voyageons dans le monde entier : Ecosse, Antarctique, les Etats-Unis, le Pacifique. Dans le sixième tome, nous passons par la France. En réalité, l'histoire s'organise plutôt autour des quatre planètes : végétation, eau, terre et glace que par rapport à des lieux existants sur Terre.

Pour les noms des personnages, le premier que j'ai trouvé était Lord Douglas de Saint James à consonance anglo-saxonne.




Vos quatre premiers livres font exactement 282 pages, est-ce dû au hasard ?

Aucun n'a le même nombre de pages. Le premier est le plus long, il fait 450 pages. Mais l'imprimeur m'a imposé le nombre de 282 pages par rapport aux feuillets. J'ai dû réduire la police à 11 et supprimer tous les espaces superflus.

A partir du troisième tome, j'ai pu reprendre une police 12. Nous en sommes déjà à la troisième édition des livres et donc nous avons trouvé le moyen de revenir en police 12 pour les deux premiers tomes, en changeant quelques mots et autres petits artifices du même type.

En général, les livres font entre 250 et 350 pages.

Pourquoi avez-vous formulé vos rébus en inversant sujet et verbe ?

Parce que je suis un fan de Star Wars. Non, en réalité, chaque tome a sa particularité dans sa façon de s'exprimer. Dans le tome 5, on retrouve tous ces personnages. Le lecteur peut donc les identifier à leur façon de parler plutôt que de mentionner sans cesse qui parle.

Est-ce que l’anecdote de l’igloo dans le tome 1 vous est arrivée personnellement ?

Ça m'est arrivé, oui. Pour le réveillon de l'an 2000, mes enfants et moi sommes allés construire un igloo dans les Vosges. Nous faisons toujours des choses spéciales pour le nouvel an. Ce soir-là, ma femme travaillait et donc, avec les enfants, nous avons décidé de faire quelque chose de sympa. Nous avions ramené de la bonne bouffe (foie gras, etc…), nous avons taillé l'igloo dans la journée et nous y avons fait la fête la nuit.

Votre cinquième tome vient de sortir, comment est-il accueilli ?


J'ai déjà reçu quelques mails enthousiastes. Il a un super accueil.

Le quatrième tome était destiné à un lectorat plus âgé puisqu'il y est question de transition. Les lecteurs m'ont dit que c'était un bon épisode et qu'ils me remerciaient pour « l'événement ». (Je n'ai pas voulu savoir de quel événement il s'agissait étant donné que je suis en train de les lire).

Le cinquième tome se déroule dans l'espace. Ça reste une aventure fantastique quand même mais pour ceux qui détestent Star Wars, il n'est pas sûr qu'ils accrochent.


Vous faites beaucoup de salons, appréciez-vous cette proximité avec le lecteur, qu’est-ce que cela vous apporte de plus ?

J'ai deux boulots : la création et l'écriture. Dans les deux cas, je suis seul devant un écran, dans mon petit cocon.

J'apprécie les salons, j'aime communiquer, avoir des discussions avec des lecteurs. Ils veulent toujours en savoir plus.

Pour les petits salons, je suis content car je ne reste que deux ou trois jours, au-delà, je trouve cela épuisant.

Où en êtes-vous dans l'écriture ?


J'ai fini le septième tome, il y a un an. Mes correcteurs (les dix plus calés, passionnés de l’histoire) ont également fini. Le dernier tome a été longuement travaillé, comme le premier. J'ai mis un an à faire le premier et une autre année pour faire le dernier.

Ce n'était pas simple car la fin du sixième tome est surprenante.

Le septième tome est traité à la Da Vinci Code. Il y aura plein de choses mystérieuses. Le livre n'aura aucune structure codifiée.

Le résumé type va changer. Le titre ne sera plus « Peter Poth et… » mais « Pré Arkx... le monde inconnu ». Il paraîtra en 2010. En 2011, paraîtra l’intégrale des sept livres sous le titre de « Arkx la machination » puis en 2012, ce sera le tour de « Arkx le carnet ».

Avez-vous d’autres projets d’écriture en vue ?


Oui, je compte écrire un thriller plutôt destiné aux adultes mais qu’un enfants pourra lire. Il sera publié sous un autre format avec un autre pseudonyme. Pour l’instant, rien n’est écrit.

J’ai aussi un projet pour une histoire d’aventures du type Indiana Jones, elle pourrait être fantastique au début mais rien n’est définitif. Je souhaiterais également écrire une histoire sur la violence mais puisque ce n’est pas un sujet simple… , ce sera la dernière.


Avez-vous envie de refaire des ouvrages en plusieurs tomes ?

Je ne pense pas. C’est beaucoup de travail. Depuis le premier tome, je ne lis que ces livres, je les ai lus plusieurs fois chacun, il y a des histoires de décalage horaire quand ils font le tour du monde et plein d’autres petits détails comme ça qui prennent beaucoup de temps. C’était une bonne expérience mais je ne pense pas que j’aimerai la revivre. D’ailleurs, mes prochains livres se feront en un seul tome.

Ambre Leroy, L. P.
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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 06:14








Myriam ICAZA est née à Bordeaux en 1954. Sa passion pour l’écriture et la lecture lui est venue de son grand-père qui dans sa jeunesse lui a fait la lecture de Cyrano de Bergerac. En 1997, elle quitte Paris et la production de disques pour Sore dans les Landes et la production d’ouvrages illustrés pour la jeunesse.







En 2000, elle crée les personnages de Nine et de son chat Lou-Minou. Les deux héros, à travers leurs différentes aventures, font découvrir aux lecteurs le patrimoine landais avec ses diverses fêtes et traditions tout en sensibilisant la jeunesse aux problèmes actuels. Entre 2000 et 2003 paraissent quatre albums, tous publiés aux éditions du Carnet de notes, maison créée par l’auteur elle même : Tempête dans la lande (thèmes abordés : la tempête de 1999, le gemmage, le patois…), Fête au village (thèmes abordés : la myopathie, la vie des bergers, les plantes médicinales…), Le secret de la source (thèmes abordés : les sources miraculeuses, la nature, la pollution de l’eau…) et Cap au Sud…Ouest (thèmes abordés : découverte du Bassin d’Arcachon, l’île aux oiseaux, le parc à huîtres, la réserve naturelle, la pollution marine…)


En 2005 parait une suite des aventures de Nine et Lou-Minou au format BD, Sud-west sauvage. Aujourd’hui, Myriam Icaza en a terminé des aventures des personnages de Nine et Lou-Minou et se lance dans la rédaction de carnets de voyages dont la sortie n’est pas encore déterminée.







Interview réalisée le Mercredi 12 Novembre 2008 à Sore, dans les Landes, chez l’auteur.

Myriam Icaza, bonjour.
J’ai fait votre connaissance par le biais d’une animation que vous étiez venus faire, avec Lionel Baillemont, à la médiathèque municipale de Vielle Saint-Girons dans les Landes en juin dernier. Cette animation avait pour but de promouvoir vos ouvrages mais aussi de montrer aux enfants « le processus de création, de mise en page, d’impression et de réalisation finale des ouvrages de la série Nine et Lou-Minou »

Vous êtes née à Bordeaux mais vous avez vécu une partie de votre vie à Paris où vous travailliez dans la production de disques. En 1997, vous quittez Paris, vous venez vous installer à Sore et vous vous lancez dans la rédaction et la production d’ouvrages illustrés pour la jeunesse. Pourquoi un tel changement ?


Je suis née à Bordeaux. Paris est un passage obligé pour faire de la musique, c’est une classe obligatoire. Un jour, nous en avons eu assez, la musique ce n’était plus ça, puis il y avait tous ces papiers, car au fond nous sommes des créateurs. Nous avions à nouveau envie de travailler pour nous. Et comme j’aime le Sud-ouest, je suis revenue chez moi.


 Vous dites de vous : « Je suis une journaliste pour enfants ». Pensez-vous qu’aujourd’hui les enfants ne sont pas assez bien informés, du moins de leur patrimoine passé ?

Je ne sais même plus quoi penser. La télé ! Ça fait peu de temps que j’ai vendu la mienne ; avant c’était un bon outil, on nous montrait des choses pédagogiques, maintenant c’est devenu violent et bêtifiant. Il reste quelques émissions intéressantes, mais rien ne vaut le contact avec les gens, rien ne vaut le fait d’entendre de leur bouche ce qu’ils ont accompli. Sans être obsédée par le passé j’aime la vie des gens. Parmi les livres pour la jeunesse il y en a beaucoup de bien, les dessins sont souvent magnifiques, mais les textes laissent parfois franchement à désirer. On prend les enfants un peu trop pour des idiots, ça me gène énormément car lorsque je leur parle normalement ça n’a pas l’air de les gêner ; les rendre bêbêtes moi ça ne me plaît pas trop, et je n’ai pas essayé de changer mon style parce que j’écrivais pour des petits. J’ai eu trois refus en allant dans des bibliothèques justement parce qu’il y avait trop de texte, si ce n’est pas dans les bibliothèques qu’on apprend à lire où doit-on aller ! C’est une petite anecdote très révélatrice.
Dans mes albums, les dessins sont naïfs mais mon écriture ne l’est pas. Certes il faut un bon niveau de lecture mais grâce aux dessins tout enfant peut s’y retrouver.


 Vous avez choisi des personnes réelles pour créer vos personnages, par exemple vous êtes Nine. Pourquoi ? Est-ce une façon d’être pleinement ancré dans la réalité vu que vous parlez de faits réels dans vos histoires ?


J’aime bien l’imaginaire mais j’ai besoin de partir de choses réelles comme mes voisins, c’est tellement plus sympa de travailler sur eux, comme ça ils ne sont pas oubliés ; c’est intéressant le réel.
Parallèlement je rêve beaucoup, je suis souvent dans l’imaginaire mais j’ai besoin de partir de personnes réelles.


 Vos ouvrages peuvent être perçus comme un vibrant appel à la défense du patrimoine landais. Pensez-vous qu’il est en danger ?

Je parle du patrimoine landais car il se trouve que c’est là que je vis ; c’est le patrimoine en général dont je parle, on revient au passé, j’aime bien parler de ce qui est menacé. Le patrimoine landais n’est pas particulièrement en danger, mais j’essaie à travers le patrimoine landais de parler de la réalité.


 Vous abordez dans vos ouvrages des thèmes assez différents à la fois distrayants comme la cueillette des champignons ou la recette des merveilles (dans Tempête dans la lande) et à la fois profonds comme la tempête de 1999 (dans Tempête dans la lande), la myopathie (dans Fête au village), ou la pollution de l’eau (dans Cap au Sud… Ouest).L’album illustré est-il un moyen pour vous de sensibiliser les enfants à la réalité de la vie faite de joie et de peine ?


Oui. J’ai vu également qu’il y a des maisons d’éditions qui font des ouvrages sur des sujets comme la mort, le divorce… je trouve ça très intéressant. Je voulais sensibiliser les enfants. Avant on nous protégeait et quand quelque chose de grave arrivait, on ne comprenait pas ; on devrait nous faire appréhender certaines choses de la vie courante, car après on est désarçonné. Aborder des sujets sérieux sous forme d’album, voilà ce qui m’intéresse. Il faut sensibiliser les enfants mais il faut que ça soit bien fait. Dans l’avenir je vais plus me tourner vers l’écriture et moins vers l’illustré.


 Vos ouvrages ont été promus par le biais de vitrines dans les bureaux de La Poste. Pourquoi avoir choisi un tel partenariat ?


C’est un hasard. La Poste s’y est mise il y a trois ans. C’est ici, à Sore, qu’on m’a demandé. La Poste avait commencé un choix par rapport à des artistes locaux (poterie, bijoux,…) ; j’avoue que c’était presque sans conviction car j’ai toujours trouvé cette idée… surprenante ! Pourtant au début c’était très intéressant, on ne nous connaissait pas, nous, les artistes locaux, donc c’était bien d’avoir un coin dans une vitrine. Après cela ils sont devenus trop à l’image d’une boutique, c’est devenu un business. Seulement sept à huit fournisseurs étaient choisis par département et ça, c’est dommage car il n’y avait plus la même spontanéité. Quand j’ai vu que ça marchait bien à Sore, je suis allée démarcher d’autres bureaux de Poste afin d’atteindre certains petits villages. Maintenant, j’ai un autre contrat avec le Lot et Garonne et la Dordogne.


 En plus d’être auteur, vous êtes également directrice de la maison d’éditons Carnet de Notes. Pourquoi avoir créé votre propre maison d’édition ?


J’ai vu qu’il y avait de gros problèmes dans la distribution et quand j’ai vu ce qui se passait : un pourcentage ridicule pour les auteurs, on ne peut pas vivre de ça, j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition. J’avais un grossiste sur Bordeaux qui n’a pas fait grand chose pour moi. Il y a une guerre entre les libraires, les éditeurs mais sans les auteurs ils ne sont rien. Les libraires ne jouent pas le jeu, ils ne veulent pas des petites maisons d’édition. Alors je me suis prise en main et toute seule j’ai vendu 10 000 ouvrages ; pas trop dans les Landes mais dans les départements voisins comme le Gers ou le Béarn. Je voudrais pour mon prochain ouvrage me faire publier par une autre maison d’édition juste pour voir ! Je pense que, comme les disquaires, les libraires vont disparaître car ils ne jouent pas assez le jeu et ne s’intéressent pas assez aux petites maisons. Quant à l’ARPEL et la BDP, ils n’ont rien fait pour moi ; l’ARPEL m’a même oubliée une année dans la liste des auteurs jeunesses d’Aquitaine.
Je suis à la fois l’auteur, le directeur de la maison d’édition et le distributeur ; ce qui est différent des autoédités qui sont souvent refusés (hélas) dans divers salons du livre.


 En 2005, vous publiez une suite des aventures de Nine et Lou-Minou sous la forme d’une BD (Sud-west sauvage). Ce format est-il le reflet de l’évolution des enfants qui lisent vos histoires ?


La bande dessinée, c’est de la curiosité pour moi, une aventure, j’ai vu mon personnage devenir autre. Mais je ne me reconnais pas personnellement dans la BD. Lionel [Baillemont] a fait le scénario, il est plus dans l’humour, moi je suis plus poétique. La BD, c’est tout un état d’esprit, c’est un monde de jeunes. La BD a été éditée par une autre maison d’édition qui est sous forme associative ; elle a bien marché mais il n’y aura pas de suite car l’illustrateur a décidé d’arrêter. La suite est dans un carton, peut être sortira-t-elle un jour ?


 Myriam, vous avouez sur le site de l’ARPEL « avoir fait un peu le tour de Nine et Lou-Minou. » Quels sont donc vos projets pour l’avenir ?

Nine et Lou-Minou c’est terminé, je vais me lancer dans les carnets de voyages. J’ai plein d’idées, j’ai commencé à écrire et je vais chercher une maison d’édition extérieure mais il faudra que les gens me plaisent. Avant le salon du livre de Pau, j’avais demandé à des enfants de me faire leurs propres carnets de voyages et les choix qui sont ressortis en premier sont les îles, l’Egypte et l’Inde. Mon ouvrage sera sûrement illustré par des photographies de voyages mais pas de dessins d’illustrateurs, je me débrouillerai avec mon ordinateur !
Je n’ai pour l’instant écrit que quatre pages, je suis paresseuse donc je ne sais pas quand il sortira car la Poste continue à me prendre du temps. Les dates butoirs m’obligent souvent à travailler mais là il se trouve que je n’en ai pas !












Je tiens ici à remercier Myriam Icaza qui m’a gentiment accordé de son temps pour répondre à mon interview et qui m’a permis d’utiliser les jaquettes des ses albums pour illustrer ma présentation.








Site des éditions du Carnet de Notes :

http://www.editionsducarnetdenotes.com/


Marion Labeyrie, L.P.

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 00:11
Après avoir travaillé pendant plusieurs années dans la publicité, Bruno Loth se lance dans la BD et crée sa propre maison d'édition, Libre d'images. Il y publie Ermo, bande dessinée en rouge et noir qui nous conte l'histoire d'un jeune orphelin qui décide de suivre une troupe de saltimbanques à travers leur tournée en Espagne. Mais nous sommes en 1936 et la guerre civile espagnole ne va pas tarder à éclater… La troupe va alors se retrouver confrontée à la montée du fascisme...


Tout d’abord, comment êtes-vous passé du milieu de la publicité à celui de la bande dessinée ?

C’est tout simple, je n’ai jamais arrêté de faire de la bande dessinée, mais pour me nourrir il était plus simple de faire de la pub. En parallèle je construisais des projets BD sans pouvoir les faire aboutir par manque de temps (9 mois en ne faisant que ça pour une BD), il a fallu choisir…
 
Pourquoi avoir choisi le sujet de la guerre d’Espagne ?

Cette période est, je crois, une tragédie touchant tout un peuple et jusqu'à nos jours les plaies ne sont pas encore totalement refermées et quand on a dans sa famille des gens qui l’ont vécue on ne peut qu’avoir envie d’en parler et surtout il était essentiel de transmettre à mes enfants le passé de leur grand-père.
 
Pourquoi avoir choisi la bichromie rouge et noire ? Qu’est-ce que cela apporte à l’histoire selon vous ?

Je me suis retrouvé devant un problème, les premières planches d’Ermo terminées et mises en couleurs semblaient s’adresser à un public d’enfants. Je voulais m’adresser surtout aux ados et aux adultes, et retranscrire l’ambiance de l’époque. M’inspirant de Picasso qui réalisa la toile « Guernica » en noir et blanc pour, selon lui, n’avoir vu que des films (en noir et blanc à l’époque) et des coupures de journaux traitant du sujet, je suis passé au noir et blanc. Cela ne m’a pas satisfait complètement et j’ai rajouté le rouge pour contraster certaines parties du dessin. Le rouge et noir pour exprimer la révolution, la guerre, le sang, mais aussi le cirque et l’Espagne. 



Vous avez choisi de vous auto-éditer, auto-diffuser et auto-distribuer et vous avez créé votre propre maison d’édition Libre d’Images. Qu’est-ce que cela vous apporte et quelles sont les contraintes de l’autoédition ? Est-ce selon vous un réel avantage et le conseilleriez-vous à de jeunes auteurs voulant se lancer dans la bande dessinée ?

Pour moi, qui ai travaillé en tant que freelance dans la pub pendant 20 ans, il n’était pas question de retomber dans les mêmes schémas. Pour réaliser ma bd j’ai beaucoup lu sur les principes du capitalisme et de l’anarchie, et l’idée de liberté compte énormément pour moi. En choisissant de m’éditer par mes propres moyens tout me semblait plus simple et en accord avec mes principes. Je réalise un livre sans aucune contrainte, je l’imprime et je vais à la rencontre des lecteurs via les salons de la BD ; ainsi je reste libre à tous les niveaux. A vrai dire cela n’est pas si simple et demande beaucoup de temps et d’énergie. Donc je conseillerai aux jeunes auteurs de faire la même chose s’ils ont du temps et du courage et pas envie de se faire exploiter.  
 
Comment faites-vous pour faire connaître votre livre (dans et hors de la région) ?

Les salons du livre et autres festivals et par internet : www.libredimages.fr 

Pensez-vous un jour vous faire rééditer chez un plus gros éditeur ?

Pour quoi faire…
 
Avez-vous des projets après Ermo ? Si oui, pensez-vous les éditer chez Libre d’Images ?

Oui, j’ai plein d’autres projets et suivant les projets, d’autres, peut-être, les publieront. Je ne suis pas toujours seul dans ces projets, donc on verra…

Avec tous nos remerciements.

Maëla Le Gall et Fanny Gaujacq, L.P.
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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 22:00


Présentation de la librairie




Partons à la découverte de la librairie Latitude Voyage et de son libraire, qui nous invite au voyage depuis 2005, en nous proposant un large choix de guides touristiques, cartes, récits de voyages, beaux livres et autres produits dérivés sur le thème du voyage…

Latitude Voyage c’est aussi la convivialité et l’échange grâce aux rencontres et expositions sur le travail d’artistes, auteurs ou éditeurs.

Notre guide M. Arnaud de Peyrelongue, gérant de la librairie, nous a emmenées avec lui dans son univers, au travers de son parcours, de ses choix et de ses coups de cœur !


Première halte en compagnie d’un voyageur aguerri

1. En quelques mots résumez nous votre parcours avant Latitude Voyage


« Je ne viens pas du monde des livres, j’ai commencé par être parachutiste professionnel, puis je me suis réorienté vers l’humanitaire en tant que responsable logistique pour Action Contre la Faim. Un poste qui m’a permis de voyager à travers le monde : Libéria, Irak, Afghanistan…
Ma vie de famille m’a imposé un changement de vie radical. Même si rien ne me destinait au monde du livre mon choix s’est vite orienté vers cette profession. En effet, la lecture tenait une place importante dans ma vie dès mon plus jeune âge. »


2. Pourquoi choisir de se spécialiser sur la librairie de  voyage ?

« Le choix de la spécialisation sonnait comme une évidence, après dix ans de voyage. C’était un moyen de lier mes deux passions, et de transmettre le goût du voyage qui selon moi se définit comme la rencontre avec des hommes, des cultures et des histoires. »

3. Quelles sont les qualités nécessaires pour tenir ce type de librairie ?

« La qualité principale est bien sûr d’avoir voyagé, et de ce fait de maîtriser la géographie peut être plus que la littérature. Un constat que je peux faire au quotidien avec mes clients. Il faut aussi être ouvert d’esprit, être accueillant et avoir l’envie de transmettre son amour du livre (tant la littérature que l’objet livre lui-même). »

4. S’il y en a, quelles sont les difficultés rencontrées dans la gestion de cette librairie ?

« La première difficulté était de savoir comment ouvrir et développer la librairie dans Bordeaux, une question qui se pose avec notamment la présence d’une librairie comme Mollat. De plus dans une situation économique qui se dégrade le défi pour moi est la rentabilité de mon commerce. J’essaie aussi de faire connaître la librairie au plus grand nombre. »

5. Qu’est-ce qui vous décide à sélectionner un livre parmi l’offre abondante ?

« Tout d’abord il y a la prescription des représentants, le choix des guides et des cartes se fait naturellement avec la production existante ; en littérature de voyage il n’y a pas de sortie régulière, il faut avant tout pour moi aimer mais aussi tenir compte des critiques et de l’actualité mais aussi des nombreux échanges avec mes clients. »

6. En cette période de fin d’année quels types d’ouvrages favorisez-vous ? Quels sont vos coups de cœur ?

« Au vu du contexte économique, je prends en compte le pouvoir d’achat et favorise le poche qui apparaît comme un cadeau plus abordable face à des beaux livres qui excèdent parfois 100 euros. Néanmoins je propose également une sélection de beaux livres originaux à des tarifs raisonnables. »

7. Aujourd’hui face à la concurrence des grandes enseignes, comment vous démarquez-vous ?

« Je me démarque par mon expérience de voyageur qui sensibilise le public et me donne une plus grande crédibilité. Je travaille avec les petits éditeurs, et donne une dimension plus familiale avec une unité de lieu (un seul espace chaleureux réunissant tous les ouvrages) et une grande disponibilité. »

8. En vue de la rencontre du 6 novembre avec Alain Ricard autour de la collection « Traversées de l’Afrique », quels sont les ouvrages incontournables sur ce continent ?

« J’aime travailler avec cette collection, mais aussi avec d’autres ouvrages comme mon dernier coup de cœur Le cri des feuilles qui meurent de M.Fofana. »



Suite à ces indications et avec notre visa en poche, nous avons fait escale à la librairie,  le jeudi 6 novembre 2008,  13 rue du Parlement Saint Pierre.
Embarquement immédiat pour la littérature africaine !


« L’Afrique littéraire un continent à découvrir » aux Editions Confluences avec Alain Ricard, directeur de collection.
 
Notre carnet de voyage de la conférence….


Le libraire prend la parole pour faire part d’une difficulté qu’il rencontre au quotidien dans sa librairie, à savoir comment amener les lecteurs à la littérature africaine.

Alain Ricard va alors soulever  différent points comme par exemple la question de la traduction qui reste un problème en France. Peu de traducteur s’intéressent  à des ouvrages en langue africaine et il y a peu de spécialistes dans ce domaine.

Il pointe le doigt ensuite sur l’ignorance du public français et de la vision que l’on a de l’Afrique et de son histoire. Il emploie le terme de « vision infantile », car il y a vite un amalgame entre l’histoire du pays et l’histoire de la colonisation, ce qui n’est pas du tout la même chose. On peut même parfois être confronté à une certaine forme de racisme. Ce qui implique un certain militantisme des intellectuels africains. Il y a aussi et surtout un grand manque de curiosité.

La conférence s’oriente alors vers la création de la collection « Traversée de l’Afrique » dont Alain Ricard est responsable, il nous explique quel en était le projet. Aujourd’hui il y a selon lui un certain formatage, des idées toutes faites comme par exemple : les langues africaines qui ne s’écrivent pas,  le français qui est présent dans toute l’Afrique ou encore l’image d’une Afrique tribale et violente.

Ils ont donc voulu démontrer le contraire et mieux faire connaître ce continent à travers des traductions. Le premier ouvrage : Au temps des cannibales d’Edouard Motsamai et  James J.Machobane. Suivront alors, quatre  autres ouvrages : Vergers de l’aube, Sory Camara ; L’homme qui marchait vers le soleil levant, Thomas MOFOLO (avec une préface de J.M.G. le Clézio) ; Alain Ricard a ensuite eu le désir de raconter des situations, c’est ce qui a donné naissance à La formule Bardey, voyages africains ; le dernier paru : Tutuola, mon bon maître, Michèle Laforest. Le prochain travail de traduction se fera sur deux romans philosophiques en souahéli  par Xavier Garnier.

Il aborde ensuite le problème du manque d’éditeurs en Afrique, et de la difficulté de promotion. Mais aussi de la place des auteurs africains en France. Le fait d’être en France pour la majorité permet de dire et s’exprimer d’avantage. Chose presque impossible dans leurs pays.

Pour terminer Alain Ricard, a défendu son projet comme celui d'une littérature artisanale, qui doit exister face à une littérature de plus en plus best-seller aujourd’hui ! Il soulève aussi au travers de cette actualité éditoriale le problème de la traçabilité des œuvres, dont l’acte de traduction pose souvent problème.

Une fois la conférence terminée, nous avons pris le temps de feuilleter quelques ouvrages…

Nos coups de cœurs de baroudeuses !





La collection le goût de … au Mercure de France Un petit trésor de collection, petit format, petit prix mais grand plaisir à découvrir et à offrir. On y trouve de petits extraits d’auteurs de toutes époques et tous horizons, réunis autour d’un même thème. Qu’il s’agisse d’une ville, d’un pays ou de tout autre sujet (l’amour, le chocolat, le thé, la danse …) on ne reste jamais sur sa faim !


















Carnet de voyage : Mali secret. Texte et illustrations de Stefano Faravelli, préface Daniel Picouly  chez Gallimard.
Un beau carnet de voyage qui nous emmène à la découverte du Mali, des bords du fleuve Niger à Tombouctou, un itinéraire sans fautes avec en prime des aquarelles à vous faire rêver ! Un exemple parmi une vingtaine d’autres destinations que nous offre cette collection de grande qualité.






La librairie Latitude voyage nous charme par son ambiance et son décor intimiste, son large choix et l’accueil du libraire. C’est dans ce cadre que notre périple s’est achevé en nous ouvrant une fenêtre vers un continent, une culture, une littérature qui mériterait d’être mise en avant. C’est grâce au travail de professionnels comme M. de Peyrelongue et M.Ricard que ce type d’ouvrages pourra être lu et apprécié par un plus grand nombre…


Alors n’hésitez pas vous aussi et tentez l’aventure !


                                Elodie Eymard & Amandine Rosa, licence professionnelle

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 19:19

Les Éditions Palantines vont fêter leurs 20 ans l’année prochaine. Fondées par Henri Belbéoc'h, elles sont tout d’abord spécialisées dans le beau livre sur l’histoire de la peinture. Puis la maison s'est agrandie, de nouvelles collections ont vu le jour, entre autres sur l’histoire régionale de la Bretagne et le patrimoine. L'équipe est aujourd'hui composée de six personnes. Les Éditions Palantines éditent une quinzaine d'ouvrages par an à un tirage moyen de 2500 exemplaires et sont diffusées et distribuées, depuis le début de l’année, par les Éditions Ouest-France (alors que, depuis sa fondation, l’entreprise s’auto-diffusait).
Henri Belbéoc'h



Comment êtes-vous devenu éditeur ?

J’étais publicitaire mais ça ne m’intéressait plus. Je vivais à Belle-Île et l’aventure a débuté comme un jeu. J’ai commencé à regrouper des tableaux sur la commune de Sauzon et je me suis aperçu que beaucoup de peintres y avaient peint. J’aime les livres, j’aime la peinture et je connaissais les techniques d’imprimerie grâce à mon métier. C’est pour mon plaisir que je me suis lancé dans l’édition d’un livre sur les peintres de Sauzon.

Quelle est votre définition du beau livre ?

Pour moi, un beau livre est soigné dans la forme et intelligent dans le fond. Il est relié sous jaquette. La mise en page et l’iconographie sont recherchées et l’auteur doit maîtriser son sujet. Certes, iconographie et photogravure ont un coût élevé, amorti différemment selon le tirage de l’ouvrage. D’où un écart de prix souvent important, et incompris des lecteurs, entre un ouvrage tiré à 20000 exemplaires chez un « gros » éditeur et un livre imprimé à 3000 exemplaires chez un « petit » éditeur.

Entre également en compte dans le coût le temps passé au niveau de l’éditorial : il faut distinguer le beau livre de l’album. Un livre avec uniquement des photos et des légendes, c’est un album, comme par exemple chez nous, Arbres remarquables.


Quel est l’ouvrage dont vous êtes le plus fier ?

Je ne parlerai pas de fierté. Ce sont plutôt des ouvrages qui nous ont marqués, qu’on est très heureux d’avoir faits. 

Celui qui m’a le plus marqué, c’est Les Îles du Ponant de Louis Brigand avec une préface d’Érik Orsenna (480 pages). À l’époque, le budget de ce livre dépassait largement celui que l’on consacrait habituellement à nos ouvrages. Si j’ai pris ce risque, c’est parce que j’aime les îles,  je suis insulaire, et c’est aussi pour cela que Louis Brigand nous a choisis pour éditer ce qu’il appelle lui-même « le livre de sa vie ». Beaucoup d’éditeurs importants voulaient publier ce livre, l’auteur a choisi de me faire confiance et en échange je lui ai promis un livre exceptionnel.

C’est sûrement l’ouvrage qui a fait le plus pour notre réputation et pour celle de l’auteur. Il a eu un grand retentissement dans la presse.


Y-a-t-il un ouvrage que vous avez toujours rêvé d’éditer mais que vous n’avez pas encore pu faire pour diverses raisons ?

Cela fait bientôt 15 ans que je pense à un ouvrage de fond sur le costume breton. J’en avais même parlé avec Pierre-Jakez Hélias, qui voulait s’y associer. Malheureusement il n’est plus là. Mais on entrevoit aujourd’hui la possibilité de le faire.


Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans ce métier ?

L’économie. Les livres, on sait les faire. Ce qui est difficile, c’est de les vendre et de durer, et c’est valable pour tous les éditeurs.

On fait ce métier pour le côté éditorial, plaisant et intéressant, mais c’est de plus en plus l’économie qui prend de la place. Une de nos difficultés est aussi que les beaux livres sont les plus « gourmands » en trésorerie. Il faut se battre pour que les réalités économiques nous permettent de continuer.


Que pensez-vous du livre numérique ?

Le livre numérique a certainement un avenir dans certaines branches. Mais il concerne plutôt l’édition littéraire ou le livre pratique. Je ne crois pas à une réussite numérique prochaine pour le beau livre. Les personnes qui aiment les bibliothèques et les livres, en tant qu’objets, ne sont pas concernées.

Par contre, les nouveaux outils d’édition, tels que la photographie numérique, les scanners personnels ou les logiciels de mise en page, ont permis de faire des livres plus vite, et à un moindre coût. Cela a donné lieu à une prolifération sur le marché et a facilité l’édition à compte d’auteur d’ouvrages qui n’ont pas toujours le niveau requis.

Ce sont des détails, mais qui perturbent la chaîne du livre.


Comment voyez-vous l’avenir ?

Je pense que pour survivre, les petits éditeurs comme nous devront se spécialiser, utiliser le « marketing de niche ». Nous le pratiquons déjà avec des ouvrages régionaux.

Et idéalement, de façon économique, un petit éditeur devra être adossé, financièrement et au niveau de la diffusion et de la distribution, à un gros éditeur.


Un petit mot sur l’act
ualité des Éditions Palantines ?











Nous venons de sortir six livres en l’espace d’un mois. En peinture, nous avons édité une monographie sur Bernard Buffet et un livre sur l’association Hangar’t.










Dans la collection « Histoire et géographie contemporaine », nous avons publié un livre sur la Presqu’île de Crozon et nous avons réédité Nantes.

Et enfin nous avons sorti Châteaux et manoirs du Finistère ainsi que L’étonnante scène musicale bretonne pour lequel nous préparons une soirée de lancement, avec la présence de quelques artistes, dans la salle mythique du Vauban, à Brest.










Vous pouvez retrouver le catalogue des Éditions Palantines en suivant ce lien :

http://www.editionspalantines.com/

Camille Guillemot, Licence professionnelle
Édition
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 07:55
Stéphane Nicolet est né à Dijon en 1973. Il est autodidacte en matière de peinture et c’est au cours des années 1997 et 1998 qu’il rencontre des enfants handicapés dans une institution où il anime des ateliers d’arts plastiques. Cette rencontre va être une véritable révélation et c’est à ce moment qu’il décide de se tourner vers l’illustration jeunesse. Peu de temps après, il rencontre l’auteur Jean-Luc Lucciani avec qui il participera à de nombreux ouvrages. Il illustre depuis des romans destinés à la jeunesse pour les éditions Rouge Safran à Marseille.










Bibliographie :

L'Amphore à la mer, de Anne-Marie Abitan, éditions Rouge Safran, 2007
Panique chez les lève-tôt, de Marie Mélisou, éditions du Griffon Bleu, 2007
Ce matin-là, Anibal, le perroquet de Luis, chante haut et fort..., de Henri Lopez, éditions Rouge Safran, 2007
J'ai effacé la maîtresse, de Sophie Rigal-Goulard, éditions Rouge Safran, 2006 (prix livre mon ami 2007)
Les traces sauvages de l'estelas, de Michel Cosem, éditions Rouge Safran, 2006
J'ai effacé la maîtresse, de Sophie Rigal-Goulard, éditions Rouge Safran, 2005
Aix et terreur !, auteur : Joël Rumello, éditions Rouge Safran, 2005
Lisa et le bobo sucré, auteur : Karine Marchand, éditions Rouge Safran, 2003

Si vous le souhaitez vous pouvez consulter le site Internet de Stéphane Nicolet où vous retrouverez de nombreuses illustrations supplémentaires, des photographies, des meubles pour enfants et son actualité. Site web :
http://www.afondecale.com



Entretien réalisé avec Stéphane Nicolet en Octobre 2008 à la librairie La Colline aux Livres à Bergerac.

Bonjour Stephane Nicolet, tout d'abord parle-nous un peu de toi ?
J’ai 35 ans, je suis papa et plutôt culturellement actif. 

Quelle est ta formation initiale ?
Au départ je suis ingénieur maître en agroalimentaire.
 
Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Je travaille actuellement sur l’illustration de deux polars destinés à la jeunesse (une commande du salon du polar de Montigny les Cormeilles dans le 95).

Quelles sont les différentes techniques que tu utilises, et quelles en sont les spécificités ?

Je travaille énormément avec l’aquarelle, l’acrylique, l’ordinateur, l’encre, la photographie....
Un peu de tout selon la commande en fait. Mes préférées sont l'acrylique pour sa souplesse d'utilisation et sa polyvalence, la photo et l'ordinateur pour l'infinité des possibilités qu’ils offrent.
Je mets toujours beaucoup de temps pour décider quelles techniques je vais utiliser avant de commencer.

Participes-tu à des salons, des expositions, des ateliers ?
Oui, je participe beaucoup à ces événements, cela me permet de rencontrer des personnes intéressantes, de prendre des contacts professionnels et j’aime énormément travailler avec les enfants lors d’ateliers en classe.



Travailles-tu essentiellement pour les adultes ou pour les enfants ?
Essentiellement pour les enfants.
 
Quelles sont tes influences et que t'ont-elles apporté ?
Beaucoup, beaucoup d’illustrateurs m’ont influencé.... j'essaye de recopier ce qui me plaît, en général ça rate, mais de ce ratage je retire des éléments que je greffe son mon propre dessin.

Lorsque tu travailles sur l'illustration d'un livre, comment se passe le partenariat avec l'auteur ? est-ce toujours un travail de commande ? ou démarches-tu les éditeurs ?
Pour l'instant je ne fais que de la commande car je n'assume pas assez mon travail personnel pour le présenter aux éditeurs (qui ne sont pas tous tendres). Je ne rencontre en général jamais les auteurs, sauf après la parution sur les salons, et je trouve que c'est très bien comme ça !

 
Au niveau des droits d'auteurs, comment cela fonctionne-t-il pour un illustrateur ?
Normalement l’illustrateur partage les droits avec l'auteur et reçoit quelquefois des avances sur les droits d'auteurs ou même un cachet. Parfois même certains éditeurs ne payent jamais !
En fait ce n'est jamais la même chose. A lui de défendre ses droits.


Quels éditeurs affectionnes-tu plus particulièrement pour leur travail éditorial ?
J'aime beaucoup « Points de suspension » qui a une production originale mais quand même accessible par le public qu'elle vise. Certains éditeurs ont également une production dont les univers graphiques me plaisent énormément mais je trouve que ce n'est pas "lisible" pour les enfants.
J’aime bien aussi les choix de la « Compagnie Créative », de « Picquier » et aussi de « Thierry Magnier »... en fait je suis assez bon public!

 
Quels sont tes projets ?
J’aimerais réaliser un projet personnel (pas une commande quoi !!) dont je sois fier et le faire éditer !



Merci Stéphane Nicolet, à bientôt !

Emma, Licence pro Librairie

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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 21:59
Actusf.com est un site d’actualités sur les littératures de l’imaginaire en général et la science-fiction en particulier, que ce soient des romans, des nouvelles, des bandes dessinées, pour adultes et pour la jeunesse. On y trouve des critiques, des dossiers, des entretiens, des comptes-rendus de manifestations… un site très complet donc ! Une maison d’édition, Les 3 souhaits, est venue s’adjoindre à ce site en 2000, complétant ainsi les domaines d’action d’Actusf. Voici une interview de Jérôme Vincent, le gérant de la SARL et le directeur des éditions Actusf.

Tout d’abord, comment est venue l’idée de cette maison d’édition ?


En 2003, lorsque nous avons créé la SARL Actusf pour héberger et commercialiser le site actusf.com qui existait depuis trois ans, nous avons tout de suite prévu de publier des livres. Notre objectif à l'époque était de publier un titre par an, essentiellement des anthologies de jeunes auteurs en les vendant par le biais du site et des salons que nous faisions. On était parti du constat que l'on pouvait grâce à l'impression numérique faire des livres à petits tirages et les diffuser par nous-mêmes en sautant l'étape des librairies.
Cette ligne directrice n'était évidemment pas venue de nulle part. Cela faisait plusieurs années que nous organisions des concours de nouvelles avec de jeunes auteurs en fantastique, science fiction et fantasy et nous avions déjà réalisé deux anthologies avec les meilleures nouvelles.
Et puis peu à peu les projets se sont succédé et d'un titre nous sommes passés à deux par an, puis 4 puis une dizaine maintenant... nous avons mis un coup d'accélérateur en 2006 en décidant de faire de ce qui était une activité annexe au site internet jusque là une activité principale. Tout ça s'est vraiment fait petit à petit au fur et à mesure des idées que nous avions, encouragés par le "succès" (relatif mais réel) des ventes.


Pourquoi avoir choisi le nom de « les 3 souhaits » ? il y a un rapport avec le conte du même nom ?

Au cours d'un brainstorming d'équipe, le nom a surgi. Il avait un côté poétique et prometteur qui a emporté l'adhésion de tout le monde. Il était évocateur. Et puis pour nous qui commencions, cela résumait parfaitement nos espoirs... Maintenant ce nom est un peu un handicap.

Comment choisissez-vous les livres que vous publiez ? quelle est votre ligne éditoriale ?

La ligne est simple, faire des petits livres (autour d'une centaine de pages) regroupant une ou plusieurs histoires. Et plutôt dans le domaine de la science-fiction, du fantastique ou de la fantasy. Tout en travaillant sur les prix.
Les choix se font au fil des rencontres et des lectures. Connaissant par exemple Laurent Genefort et appréciant ce qu'il faisait par ailleurs, je lui ai demandé s'il n'avait pas une novella inédite dans ses tiroirs. Voilà comment est née l'Affaire du Rochile. Pour Michael Moorcock, je me suis plongé dans plusieurs de ses recueils et j'ai demandé à l'agent quelles étaient les nouvelles dont les droits étaient disponibles. Pour Maudit soit l'eternel, c'est Eric Holstein, qui par ailleurs s'occupe de diriger les couvertures chez nous, qui connaissait Thierry Marignac et qui nous a proposé de faire un recueil avec lui. Réunir les shorts stories du collectif Appel d'Air parues sur internet dans un même volume est une idée de Charlotte Volper. J'ai cité ces deux collaborateurs parce que les choix des titres
que nous publions font toujours l'objet d'une discussion entre nous trois.

Pourquoi ce choix de la nouvelle, ce n’est pourtant pas un genre très prisé et lu en France ?

C'est à la fois une histoire de passion et à la fois une décision marketing (le terme est un peu fort mais c'est ça). D'abord nous sommes des amoureux des nouvelles. A contre-courant des habitudes littéraires en France, la science-fiction est un genre qui a toujours publié beaucoup de nouvelles et en vieux fan de science-fiction et de fantasy, nous en avons tous les trois toujours beaucoup lu. Ensuite c'est un positionnement. L'idée c'est de ne pas faire ce que font les autres éditeurs. Or que ne font-ils pas ? Des nouvelles justement. Evidemment, pour un gros éditeur, publier aujourd'hui des recueils de nouvelles ou des anthologies semble être une mauvaise idée en terme de ventes. Cela ne marche pas en ce moment. En tout cas pas assez pour espérer de fortes ventes. C'est là que nous intervenons. Nous avons un modèle économique plus souple avec un peu moins d'impératifs en terme de ventes. Du coup ce qui ne serait pas rentable pour eux peut très bien le devenir pour nous. Et puis il y a également deux autres raisons à la publication de nouvelles. D'abord, au fur et à mesure des mois, nos tirages augmentent et nous nous appuyons de plus en plus sur les librairies. Conséquence, nos livres sont désormais sur les mêmes tables que les autres éditeurs. Or nous n'avons pas les mêmes moyens qu'eux. Ce ne serait donc pas très logique de proposer nous aussi des romans à des prix plutôt chers alors que nous n'avons pas la même notoriété. Faire des nouvelles nous permet au contraire de proposer des livres différents à des prix raisonnables. Avec dans l'idée d'attiser la curiosité des lecteurs et de ne pas les obliger à faire un choix. Si en plus du roman qu'ils viennent d'acheter ils prennent 6 ou 9 euros pour s'acheter un livre d'actusf en plus, notre pari est gagné. Enfin c'est ce qu'on espère :-) Ensuite, la deuxième raison est purement éditoriale. Il y a des milliers de nouvelles disponibles en français à rééditer, des milliers de nouvelles inédites en français, et des milliers de nouvelles inédites à traduire. Voilà de quoi nous laisser de la marge et des idées de projets :-)

Quels retours avez-vous de vos lecteurs, par rapport à vos publications en général et aux recueils de nouvelles en particulier ?

Les retours sont plutôt bons. Les lecteurs aiment "picorer" dans nos recueils. On a toutes sortes de réactions, des gens qui en fans de science-fiction aiment les nouvelles et connaissent nos auteurs, jusqu'aux lecteurs curieux "grand public" qui se laissent tenter parce qu'il y a plusieurs histoires et que ce n'est pas cher pour leur porte-monnaie, en passant par les collectionneurs qui nous achètent tous nos titres. Les retours sont donc positifs.

Est-ce que le  lien existant avec le site Actusf vous apporte réellement un plus  ?

Oui. Actusf est aujourd'hui un média et il nous apporte pour l'édition une belle visibilité. C'est essentiel. C'est aussi un repère en librairie lorsque les lecteurs voient le logo d'actusf sur les couvertures.

Quel est votre bilan après huit années d’existence ?

Franchement lors de la création du site en 2000 ou du lancement de la SARL et de la maison d'édition en 2003, on m'aurait dit que nos petits livres marcheraient autant, je n'y aurais pas cru. Surtout nous avons mis depuis 2006 un coup d’accélérateur en voulant développer notre structure d'édition. Pour l'heure le pari est réussi. Ce n'est pas encore le gand succès, mais nous progressons. Et puis c'est une aventure passionnante, très forte et qui se vit au quotidien. Chaque livre a une histoire qui lui est propre et certains auteurs sont devenus des amis. Et puis nous sommes d'abord et avant tout des lecteurs. En ce qui me concerne, j'ai dévoré pendant mon adolescence les livres de Michael Moorcock. Editer un recueil de ses meilleures nouvelles est donc un grand bonheur. Faire de l'édition est bien sûr une histoire de travail. Mais aussi une histoire de passion. Chaque livre, chaque vente est une récompense. Et quand en plus les lecteurs reviennent nous dire qu'ils ont aimé, c'est encore plus génial.

Comment voyez-vous l’avenir de la maison d’édition, avez-vous des projets ?

Arf l'avenir ? Des dizaines de titres en plus pour les éditions Actusf, des ventes qui progressent, des auteurs anglo-saxons.... Tout cela est un processus assez long. Notre maison d'édition est encore petite mais elle a de belles cartes à jouer. A nous de nous en servir pour la faire progresser. Quant aux projets, il y aura deux nouveaux titres d'ici la fin du mois d'octobre. Premièrement un recueil de Sylvie Lainé (le deuxième chez nous) : Espace Insécable. Sylvie est une grande dame de la science-fiction française et ses textes ont toujours une jolie part de douceur et un décalage permanent et passionnant. Sylvie Lainé a une voix qui lui est propre. Vraiment c'est une chance de pouvoir publier ses recueils. Le deuxième projet c'est Manières Noires de Jean-Michel Calvez. Là aussi c'est un recueil de nouvelles qui tournent toutes (sauf une) autour de la mort. Mais assez étrangement, les héros de Jean-Michel y survivent souvent. Le décalage est permanent. Le style est vraiment agréable avec en prime un peu d'ironie en toile de fond. Ce n'est pas si courant en fantastique. Un auteur qui gagne à être connu. Et puis nous venons de publier un Petit guide à Trimbaler de l'Imaginaire Français, pour découvrir les auteurs qui font du fantastique, de la science-fiction et de la fantasy en France. Et 2009 sera également plein de beaux projets.



Vous trouverez leurs livres à la librairie Mollat, rayon SF/fantasy !

Liens :

Le site d'ACTUSF

Les Trois Souhaits


Lucie, Licence Pro

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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 18:28
Entretien avec Yaël Hassan, auteur jeunesse



Vous avez écrit de nombreux romans sur la Shoah, pourquoi est-ce pour vous si important ? Est-ce important à la fois pour vous-même, pour les générations futures ?


C’est pour écrire sur la Shoah que je suis devenue auteur. Pour moi, j’ai compris très tôt que, eu égard à ceux de ma vie qui avaient été emportés dans la tourmente, je me devais de mettre ma facilité de plume au service de la Mémoire et au service de la transmission de la Mémoire aux générations futures. Je crois que je n’aurais pas pu écrire si ce n’était pour parler essentiellement de ce sujet-là, en m’adressant aux enfants qui seront les adultes de demain et qui feront donc le monde en fonction de ce que l’on aura transmis.


Pensez-vous que la littérature de jeunesse ait un rôle à jouer dans la transmission de cette terrible histoire ?


Bien plus que n’importe quel manuel d’histoire où ils n’apprendront que des dates, des chiffres, des statistiques. Le roman permet de rendre les gens vivants, l’émotion palpable, la douleur perceptible.


Je pense travailler sur l’image, l’album et la Shoah : pensez-vous que l’album soit un bon support pour témoigner sur ce sujet ? Est-ce que l’image peut parfois être un complément aux mots, aux textes (sachant qu’il est toujours difficile d’évoquer un tel sujet) ?




Je ne sais pas si vous connaissez mon album : Dans la maison de Saralé. Je pense qu’il est l’illustration même du sujet de votre mémoire. Dans ce livre, j’ai fait le choix de n’avoir recours à aucun mot appartenant au champ lexical de la Shoah, pensant que ce que je ne disais pas par les mots le serait par l’illustration. Or, l’illustratrice a fait le même choix. Ne rien montrer… ou très peu. Il n’empêche que le texte est parfaitement compréhensible. Les albums évoquant la Shoah sont aussi nombreux que différents. Du Petit garçon étoile de Rachel Hausfater, à Sauve-toi Elie d’Elisabeth Brami, La Grande peur sous les étoiles de Jo Hoestlandt, Otto de Ungerer, Grand-père et Champion  de Gilles Rapaport, tous abordent ce thème avec talent et s’adressent autant aux enfants qu’aux adultes. L’album permet aussi une plus grande liberté d’appropriation. Chacun y voit ce qu’il est en mesure de voir, d’entendre et de comprendre.















































Faut-il tout montrer aux enfants ou pensez-vous, qu’au contraire, il faut les protéger et « enjoliver » la réalité ?


Ne surtout pas enjoliver, mais dire les choses avec mesure en fonction de ce qu’ils sont capables d’entendre et de comprendre.

Pensez-vous que les bibliothécaires, professeurs,… sont des acteurs importants dans la transmission de ce savoir ?


Leur rôle est essentiel. Ce sont mes prescripteurs et sans eux je n’aurais pas une aussi large tribune. L’accès à cette connaissance dépend bien souvent du simple choix d’un de mes livres en classe par un enseignant, des conseils d’une documentaliste. Souvent, ces lectures se prolongent en cours d’histoire, en recherches documentaires, en travaux de toutes sortes sur cette période. Sans les professeurs, les documentalistes et les bibliothécaires, je ne serais pas autant lue…


Vous rencontrez parfois des élèves, comment réagissent-ils ? Est-ce quelque chose qu’ils comprennent, qu’ils réussissent à appréhender ? En somme, quelles sont leurs réactions ?


Ils sont toujours très touchés par les histoires que je leur raconte. Très curieux aussi d’en savoir plus. Très incrédules souvent devant les horreurs qui se sont perpétrées sous les yeux de tous. Ils me demandent toujours pourquoi et comment ça a pu se passer. Ces rencontres sont très riches autant pour eux que pour moi.


Marion, Année Spéciale Bibliothèques-Médiathèques, promotion 2007-2008


Liens :
blog de Yael Hassan.

Yaël Hassan, sur le site Ricochet.








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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 13:51

 

 

M. Rouge est une des rares bandes dessinées à se lire dès l’âge de 3 ans. Comment vous est venue cette idée ? Et l’idée de faire jouer M. Rouge avec le support en lui-même ?

A : Ce petit personnage apparaissait depuis quelque temps sur mes croquis, sans trop savoir quoi en faire ni d’où il venait.

Je m’étais juste servi de lui pour réaliser une illustration dans laquelle il courait sur un fond de papier journal chinois.

C’est en montrant tout ça à Olivier que l’envie commune de le faire vivre dans des petites histoires nous est venue. L’envie de s’amuser un peu avec les codes de la BD en mêlant de la photo, de la matière et en sortant un peu du cadre narratif habituel s’est vite imposée. On voulait s’amuser à ne rien s’interdire.

O : Et puis j’avais l’envie, de mon côté, de raconter des histoires aux tout-petits. Eviter la barrière de la lecture. Ce petit bonhomme s’inscrivait parfaitement dans cette idée, celle des histoires visuelles, des gags de cinéma muet.



Quelles sont les différences que vous avez pu rencontrer du point de vue de la narration, de la lecture de l’image, par rapport à une BD adulte ou un roman ?

A : Notre seul souci était d’être très simple dans la " mise en scène ". Très linéaire et lisible. Après, on adapte notre manière de raconter à ce qu’il y a à raconter, justement. Mais le fond reste le même, que l’on construise une narration " enfant " ou une narration " adulte ". Pour moi, il est important que la personne comprenne ce que je veux lui raconter. C’est tout.

O : Faire simple, c’est parfois assez compliqué. Le cadre de Monsieur Rouge est très serré, il nous fallait faire entrer un maximum de choses dedans. Et comme on a décidé de jouer sur le registre de l’absurde, il fallait parvenir à être décalé tout en demeurant très clair.



Avez-vous suscité des réactions de la part de jeunes lecteurs, notamment lors des salons et interventions en classe ?

A : Nous avons fait énormément de rencontres scolaires avec ce personnage. Il est drôle de voir que les enfants saisissent souvent plus vite le côté " second degré absurde " que certains adultes. Toutefois, pas mal de réactions amusées mais déstabilisées revenaient autour de ces livres, de la part des enfants. Il y avait pour eux quelque chose de transgressif de notre part à faire sortir les personnages du livre pour les faire courir sur mon bureau… Ça les déroutait mais les amusait beaucoup. Et leurs réactions étaient parfois très drôles.

O : Et de voir notre tronches en photo au milieu de l’histoire, alors ça, ça les a éclatés. Je pense que les enfants ont vraiment aimé le côté maladroit de Monsieur Rouge, le fait qu’il s’en prenne toujours plein les dents. C’est un anti-héros toujours plein d’énergie, et ça fait bien marrer les gamins.

Mais pourquoi " Outch !" ?

A : La toute première idée était que Mr Rouge termine chaque histoire en prenant un gadin. " Outch ! " nous faisait plus rire que " aïe ! " et " m’enfin " était déjà pris.

O : Moi, ça me rappelle les exclamations dans les Tex Avery.



Olivier Ka, comment avez-vous travaillé sur M. Rouge ? Avez-vous d’autres projets de BD pour tout-petits ?

O : Quand on travaille tous les deux, avec Alfred, on construit ensemble. On discute beaucoup, on dit plein de bêtises et on retient ce qui nous fait marrer. Après, je mets ça en forme dans mon coin, mais l’essentiel de la matière apparaît pendant nos séances communes.

Pour tout-petits, non, pas de projet BD. Des albums, oui.

Alfred, vous avez aussi travaillé avec Régis Lejonc pour la petite BD Magie, Magie !, dans la collection Petite Poche BD chez Thierry Magnier. Pouvez-vous en parler ?

A : J’ai écrit cette toute petite histoire muette tandis que Régis et moi étions en voyage à New-York. L’envie de faire un livre ensemble, là, maintenant, vite. Quelque temps plus tôt, les éditions Thierry Magnier nous avaient parlé de cette nouvelle collection qu’ils lançaient, en nous proposant d’y participer.

On était à une terrasse de café, et j’ai commencé à poser des bases. Puis, nous l’avons élaboré ensemble, avant que je m’occupe de découper la chose en planche et que Régis la dessine.

C’est le genre d’exercice amusant et de contrainte excitante : peu de temps, peu de pages, pas de mots…

Tous les deux, y a t-il des BD de première lecture que vous aimez particulièrement chez d’autres auteurs ? Mais aussi les éditeurs qui font un bon travail à ce niveau, selon vous ?

O : J’aime beaucoup le travail de José Parondo, parce qu’il a plusieurs niveaux de lectures, y compris un pour la petite enfance. C’est tendre et crétin à souhait.

A : Les éditions du Rouergue ont fait plein de belles et bonnes choses, en tentant de tirer un peu le livre jeunesse vers le haut. Même s’ils sont devenus plus sages qu’à une époque, il reste de belles choses chez cet éditeur.

En revanche, quand nous étions plus jeunes, la littérature jeunesse était moins vivante et active qu’aujourd’hui. Je ne garde pas de souvenir très précis de livre jeunesse, lu dans mon enfance. C’était plutôt de la BD, qu’il y avait à la maison.

Même si je suis sûre que oui, avez-vous des projets en commun ?

A : Toujours ! Des livres, de la musique, du théâtre… Nous sommes partis sur plusieurs pistes et envies, dans des domaines différents. Actuellement, outre la pièce de théâtre ( le Crumble Club) que nous avons écrite et que nous jouons, nous attaquons un nouveau livre.

Alfred, Olivier Ka… Merci !




Sarah, Edition-Librairie 2ème année

Blog d'Olivier Ka

Petit à Petit, la petite maison d'édition dans la prairie

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Published by sarah - dans Entretiens
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