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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 21:23

A la fois auteur de BD alternative pour adultes, chez L’Association, et auteur jeunesse, José Parrondo joue avec un dessin résolument naïf. Il amuse et touche les grands comme les petits, notamment par son travail d’illustrateur, souvent exposé dans les galeries parisiennes. Il va se faire connaître avec Olivier Douzou et Anouk Ricard pour ses publications aux éditions du Rouergue, comme Le Petit Parrondo (en trois volumes), Nationale Zéro ou encore Le bison qui inventa le bisou. Le succès de ces héros de papier va bientôt arriver sur le petit-écran, avec l’adaptation en dessin animé de Allez raconte, signé avec Lewis Trondheim aux éditions Delcourt…


Entretien réalisé le 10 mai 2008


José Parrondo, vous êtes un des premiers auteurs à avoir renouvelé la bande dessinée pour les très jeunes lecteurs. Avec un dessin enfantin et tout en rondeur, petits et grands peuvent profiter de vos histoires. Tout d’abord comment est venue cette envie de faire des BD pour les petits ?

En fait je ne calcule rien. Je ne pense pas aux tranches d'âge, quand je fais un livre ; je le fais d'abord pour moi. A mon avis, si on réfléchit trop, si on veut prévoir son lectorat, on rate sa cible. Donc je n'ai pas pensé aux petits en écrivant mes bd, je les ai écrites en voulant me faire plaisir... et je pense que le plaisir est un élément essentiel dans la création, tout comme le jeu et l'envie de se surprendre. On invente un personnage, puis on joue avec. Exactement comme l'enfant qui joue avec ses playmobils.

Le bison qui inventa le bisou, les trois tomes du Petit Parrondo ou même Kit et Voisin Voisine sont des titres dont vous êtes l’auteur chez les éditions du Rouergue. Comment s’est créée cette relation avec cet éditeur jeunesse qui n’utilise pourtant pas le support bande dessinée ?

Au départ, je suis rentré aux Editions du Rouergue pour travailler avec Olivier Douzou. Olivier était leur directeur artistique à cette époque, et travailler pour lui et avec lui était un vrai plaisir et un moteur formidable. Une des caractéristiques d'Olivier est qu'il a toujours fait entièrement confiance à ses auteurs. Il a vu que je faisais de la bande dessinée en plus de mes projets jeunesse et il a vu mon travail comme un ensemble. Pourquoi dissocier la bd du livre jeunesse ? Ce qui compte c'est de faire de beaux livres et de développer un univers personnel, peu importe la forme.
Le bison, histoire écrite par Jean-Luc Cornette qui est également auteur et dessinateur de bd, se prêtait tout à fait à une mise en cases. Voisin Voisine également, et il a été créé avec Anouk Ricard qui fait des va-et-vient permanents entre la bd et les livres jeunesse.



En général, comment vous y prenez vous au niveau de la construction narrative ? Quelles sont les différences et les difficultés que vous retrouvez ou non, par rapport au scénario de vos BD adultes ?

Il n'y a aucune différence. C'est juste une question d'état d'esprit. Au départ il y a toujours une création de personnages, ensuite ces personnages évoluent et font évoluer l'histoire. Ce qui compte, c'est de raconter, de faire comprendre une histoire. Et à mon avis, que le lecteur soit un adulte ou un enfant ne change pas grand-chose.



Avez-vous fait des interventions en classe ou suscité des réactions de la part de jeunes lecteurs, lors des salons ?

Je fais des interventions dans les écoles, de temps en temps. Ca me permet de rencontrer mes lecteurs, généralement de façon plus détendue que lors des salons. Dans les salons, ils sont avec leurs parents, moi je suis derrière un stand... autant de barrières qui sautent quand j'interviens dans une classe.



Parmi tous vos livres destinés au jeune public, lequel (ou lesquels) selon vous, s’adapte le mieux à une première lecture de bande dessinée ?

Peut-être Le bison qui inventa le bisou ou Voisin voisine, mais celui-ci est plus conceptuel. Allez raconte, la série avec Lewis Trondheim parue aux éditions Delcourt peut être une première lecture aussi.

Quelles sont les BD de première lecture que vous aimez particulièrement chez d’autres auteurs ? Mais aussi les éditeurs qui font un bon travail à ce niveau ?


Certains livres de la collection jeunesse chez Delcourt, et particulièrement ceux de Lewis Trondheim. Chez Dupuis, il y a aussi l'excellente série "Petit Poilu" de Pierre Bailly et Céline Fraipont. Et les éditions Sarbacane sortent de très belles bd jeunesse, entre autres de Hugo Piette et Anouk Ricard (bien que je ne pense pas qu'il s'agisse là de premières lectures).

Pour terminer, avez-vous en ce moment des projets de bandes dessinées destinés à la jeunesse ?

Malheureusement, je n'ai pratiquement pas le temps de faire des livres depuis un moment.
Allez raconte, la série dont je parle plus haut, a été adaptée en dessin animé et j'ai participé activement à cette adaptation. 90 épisodes ont été réalisés, ce qui représente un énorme travail. Et je vais commencer à travailler très bientôt sur un long métrage, toujours d'après Allez raconte.





















Sarah, Edition-Librairie 2ème année.


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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 18:55

Editeur d’une petite structure indépendante nommée Charrette et scénariste depuis trois ans avec plus de treize BD à son compte (adulte et jeunesse), Loïc Dauvillier fait partie des tout premiers auteurs à avoir renouvelé la bande dessinée pour les très jeunes. Avec La Petite Famille et de nombreux titres dans la collection des Petits Chats Carrés chez Carabas, ce Bordelais est avant tout un passionné qui apporte une contribution neuve et originale au Neuvième Art. 

 Site des éditions Charrette


Entretien réalisé le 5 avril 2008

 

Loïc Dauvillier, vous faites partie de ces rares personnes qui se sont investies depuis longtemps dans le domaine de la bande dessinée de premières lectures.
Tout d’abord, pourquoi cette envie de faire des bandes dessinées pour les petits ?

Dans la vie, je parle aussi bien aux enfants qu’aux personnes du troisième âge. Dans l’écriture, c’est la même chose. C’est donc pour moi une évidence de faire de la bande dessinée jeunesse.

Quelles étaient vos volontés en la matière ?


Sur le fond, je ne place pas de sujet tabou. Contrairement à beaucoup de parents, je pense que l’enfant est un être intelligent. Il comprend beaucoup de choses. On peut discuter de tout.
Il suffit juste d’aborder les choses simplement.
Sur la forme, ma volonté première était une nouvelle fois : " ne pas prendre les enfants pour des idiots ". Je déteste les personnes qui parlent par des sons ridicules pour communiquer avec leurs enfants. Un exemple simple : " il est mimi le toutou ".
Oui, je pense qu’il faut adapter son vocabulaire et sa construction de phrase, sans pour autant se limiter à un vocabulaire pauvre. Parlons à nos enfants sans les prendre pour des imbéciles heureux. Si nous ne le faisons pas pour nous, faisons le pour eux.

Pour La Petite Famille, comment s’est passé votre travail avec l’auteur Marc Lizano ? Notamment en adoptant une lecture pour les tout-petits ?

J’ai écrit le premier tome de la Petite Famille lorsque ma fille était dans l’apprentissage de la lecture CP. Mon rêve était qu’elle puisse rapidement lire cet ouvrage sans notre aide. J’ai donc été très attentif à utiliser des mots qu’elle puisse lire facilement. Je trouve qu’il est très valorisant pour un enfant de cet âge de pouvoir lire un livre seul.
Si je fais le rapprochement avec mon expérience, j’ai un très mauvais souvenir de mes cours de chimie. On nous faisait calculer les nombres de mole mais il n’y avait pas d’application directe. Bilan, la chimie n’a jamais été mon amie. En qualité de papa, j’ai envie que ma fille puisse acquérir rapidement le goût et le plaisir de la lecture, je dois automatiquement prendre en compte ce paramètre lorsque je fais des livres jeunesses.
Avec La Petite Famille, c’est facile. Un petit garçon en classe de ce1-ce2 raconte l’histoire (encart narratif). J’ai cherché les mots qu’il pouvait porter. Mine de rien, ça aide.
Sinon, question travail…. Avec Marc, c’était super... merci !

Avec cet album, touchez-vous les classes d’âge que vous aviez envisagé au départ ?

Ce n’est pas parce que j’écris pour la jeunesse que je ne veux toucher que la jeunesse.
J’adapte mon récit à la possibilité de lecture par un jeune lecteur mais je m’adresse à tout le monde. Je pense que nous avons réussi car nous avons autant de témoignages d’enfants que d’adultes. Maintenant, il y a des choses que nous avons touchées sans les avoir volontairement déclenchées. Un exemple : sur le festival de Blois. Une maman est venue nous remercier car nous avions débloqué un problème de communication de sa fille. Cette petite fille avait perdu sa grand-mère et n’arrivait plus à communiquer. Après la lecture des trois tomes, elle a pu parler de sa grand-mère et donc déclencher le processus de deuil. Nous avions la volonté de permettre la discussion entre les générations mais certainement pas jusque là.
Autre chose. A la suite d’une exposition, j’ai été contacté par des enseignants du réseau éducation sans frontière. Ils m’ont demandé si nous pouvions envisager la création d’une méthode de lecture à partir de la petite famille. Nous ne pouvions pas le prévoir.
A la demande d’un centre de formation, j’ai également travaillé sur des fiches de travail pour des classes de CP. C’est génial de voir qu’un livre dépasse le cadre des intentions de l’auteur.
Cette série en trois tomes traite des relations petits enfants et grands parents, avec le deuil du grand père à la fin.

Lors de vos interventions et dédicaces, quelles réactions avez vous reçu auprès de ce jeune lectorat ?

Lorsqu’une personne vient vous voir en dédicace, c’est généralement que l’ouvrage lui a plu ou qu’elle désire le découvrir. Nous ne sommes donc que dans des relations positives.
Lors des interventions, j’observe que l’ouvrage ne m’appartient plus. C’est leur histoire… plus la mienne. Ça, c’est le plus beau des cadeaux.

Va te brosser les dents, Le corbeau et le renard, La folle aventure de super cochon ou encore Paf ! sont les titres dont vous êtes l’auteur, dans la collection Les Petits Chats Carrés, chez Carabas. Comment s’est créée cette relation avec cet éditeur qui ne faisait pourtant pas beaucoup de bande dessinée jeunesse ?

En fait, nous devions faire Va te brosser les dents chez un autre éditeur. Au dernier moment, nous avons décidé de ne pas travailler avec cet éditeur.
En contact avec les éditions Carabas, j’ai proposé le projet à Jérôme Martineau (justement car il n’avait pas de collection jeunesse). J’ai donc rédigé un dossier complet (édito-finance, etc.). Et il s’est lancé dans l’aventure. Etant actuellement en conflit juridique avec cet éditeur, je ne peux me permettre de développer sur la suite de l’aventure.
Il fait selon sa vision. Ce n’est absolument pas la mienne.

D’ou viennent les thèmes de ces petits albums, de l’éditeur ?

- Va te brosser les dents : c
’est très simple. Vous avez une petite fille qui ne veut pas se brosser les dents. Elle préfère lire à la place… vous faîtes un livre sur ce sujet.

- Super cochon : u
n ami libraire a un petit garçon de trois ans qui ne parle que de super héros… mais les ouvrages disponibles ne sont pas pour lui (pour son âge). Alors un scénariste et un dessinateur décident de lui faire un livre.

- Le corbeau et le renard :
une intervention dans une classe. On me dit que les enfants n’arrivent pas à apprendre le corbeau et le renard. Je constate que les enfants n’ont pas compris la fable. Un ami dessinateur me propose de faire un petit livre sur ce thème…et voilà.
Bilan, c’est une erreur !

- Paf ! : c’est une demande de l’éditeur.
Nous venions de faire le premier tome d’une série avec ces personnages. Dans l’attente du tome 2, l’éditeur pensait qu’il serait bien de faire un petit livre.
Bilan, inutile !
Personnellement, je pense que 2 livres sur 4 sont de l’ordre de l’inutile.
Je ne suis pas particulièrement fier de mon travail sur ces livres.

Comment s’organise votre travail avec les différents dessinateurs ? Notamment avec la création de scénario sans cases, comme pour La folle aventure de super cochon, ou sans bulles avec Paf ! ?

Je vais être franc avec vous. Ces livres ont été réalisés en 2-3 heures.
Pour Paf !, c’est de la commande.
Pour Super cochon, je suis parti du gaufrier 4 cases par pages… et j’ai raconté l’histoire case par case. Ensuite, Efix a repris et a adapté cela à sa façon.

En général, comment vous vous y prenez au niveau de la construction narrative, pour la jeunesse ? Quelles sont les différences et les difficultés que vous retrouvez ou non, par rapport au scénario de vos bd adultes ? (Lecture de l’image, du texte, sens de lecture…)

Pour moi, le plus important, c’est de ne jamais perdre le lecteur.
En bande dessinée, nous utilisons beaucoup l’ellipse. En jeunesse, il faut faire attention aux ruptures trop franches dues aux ellipses.
Un exemple : Dans La petite famille, tome 1, nous indiquons le passage du jour et de la nuit par deux cases. Mine de rien, c’est beaucoup, deux cases, mais c’est très important…Ca donne la fluidité du récit.

Aujourd’hui, vous travaillez sur plusieurs titres et séries de la collection Ex-Libris chez Delcourt. Une collection ayant pour but d’adapter les grands classiques de la littérature en bande dessinée. Vous vous adressez ici à un lectorat moins jeune, Oliver Twist s’adresse à quel âge selon vous ? Quelles sont les libertés que vous pouvez plus vous permettre lorsque vous vous adressez aux plus grands ?

Généralement, les personnes pensent qu’il s’agit d’une commande. Ce n’est pas le cas.
J’ai choisi les titres que j’ai proposés. L’éditeur m’a dit : " ce sera dans cette collection "… c’est aussi simple que ça. Clairement, le service marketing m’a signalé qu’il désirait toucher les collèges et lycées mais moi, je ne prends pas cet élément en considération lorsque j’écris.
Avec Oliver Twist, je cherche à raconter cette histoire avec une narration à la Tintin.
Avec le Tour du monde, je me raconte l’histoire. Je dis souvent : une lecture d’enfant, un projet d’adulte.
Ensuite, on m’a proposé de travailler sur des dossiers pédagogiques.
Je pense que c’est parce que j’ai une petite expérience dans ce type de rédaction et non pas parce que je fais des adaptations.

Parmi tous vos livres destinés au jeune public, lequel (ou lesquels) selon vous, s’adapte(nt) le mieux à une première lecture de bande dessinée ?

La Petite Famille !

Y a t-il des bd pour tout-petits que vous aimez particulièrement chez d’autres auteurs?

Oh oui !
J’adore Lou. Pour moi, Julien Neel est dans une réflexion proche de La Petite Famille. Nous en avons beaucoup parlé ensemble. Nous avons eu le besoin de nous rencontrer. La différence en Lou et La petite famille, c’est qu’il fait grandir son personnage… Pas nous.
Je pense le plus grand bien de Mamette de Nob.
J’ai de l’admiration pour Octave de Chauvel et Alfred.

Pour terminer, vous préparez en ce moment de nombreux scénarios pour des œuvres adultes et adolescentes, chez divers éditeurs. Avez-vous aussi d’autres projets de bandes dessinées destinées à la jeunesse ?

Mis à part Dupuis, la bande dessinée jeunesse n’intéresse pas les éditeurs.
Pourquoi ? Parce que le niveau de vente n’est pas très élevé. Or, les avances sur droits en bande dessinée sont bien plus élevés qu’un ouvrage illustré jeunesse. Un exemple de collection qui ne génère plus de nouveautés : la collection jeunesse de chez Delcourt.
Regardez l’évolution de cette collection et vous comprendrez la nouvelle direction éditoriale.
Réellement, il ne reste que Tcho et Dupuis. Je ne peux m’inscrire dans la démarche de Tcho. Il s’agit de gags en une planche. Ce n’est pas mon écriture. Pour Dupuis, nous n’arrivons pas à nous trouver sur un récit précis. ¨Pas les mêmes envies, les mêmes attentes. J’avais donc mis mes projets jeunesse en stand-by.
Et puis, l’année dernière, j’ai été contacté par des personnes qui envisageaient de monter une structure jeunesse. Ils avaient été sensibles à La petite famille. Nous avons discuté et nous avons convenu d’un projet. C’est Kokor qui le dessinera. Si j’ai accepté leur proposition, c’est parce que j’ai obtenu des garanties de développement d’un dossier pédagogique en parallèle du travail de création. Après des expériences malheureuses, on apprend vite.
L’ouvrage parlera du mensonge. Il se nomme LA GROSSE BETISE. Il sortira en juin 2009 aux éditions La Gouttière.
Il y a le travail avec RESF… très important à mes yeux !
Grâce à l’impulsion de Rascal, je me lance dans le livre illustré jeunesse. Une nouvelle aventure… 

Sarah, 2ème année Edition-Librairie 

 

 

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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 20:52

Interview  de l’éditeur Olivier Pasquet,
Ana éditions, Bordeaux.

 

Participez-vous à des festivals, des rencontres…afin de mieux faire connaître la littérature africaine ?

La dernière manifestation à laquelle j’ai pu participer a été La Biennale des littératures africaines francophones qui vient de se tenir à Bordeaux. Il y a eu lors de cette manifestation plusieurs interventions sur ce sujet et une large participation d'auteurs et de maisons d'édition.
Je pense que vous connaissez le CELFA, rattaché à Bordeaux 3, dont le Professeur Mwata Ngalasso est le responsable qui organise très régulièrement des accueils d'écrivains d'Afrique et des Caraïbes et fait un travail particulièrement remarquable depuis des années sur le sujet qui vous préoccupe.




Pourquoi diversifiez-vous votre offre en créant une nouvelle collection portant sur les écrits grecs ?

Une maison d'édition quelle que soit sa taille ne peut se développer sur un seul axe éditorial, c'est une constatation économique plus que littéraire. Même les majors ont donné "l'exemple".



Pensez-vous que les auteurs africains sont reconnus en France et de ce fait que la littérature africaine subsaharienne a une place dans le champ littéraire français ?

Une réflexion est souvent revenue lors de colloques auxquels j'ai eu la chance de participer : "écrivain africain ou écrivain tout court ?", là est la réponse à toutes vos questions. Un bon écrivain ne se prévaut pas de ses origines, n'est pas apprécié à l'aune de celles-ci. Seule compte la qualité de son écriture. Le reste n'est que discours ou théorie sans fondement.


Interview réalisée le 15 mai 2008 par Solenn, 2e année Edition-Librairie

Liens

Page consacrée à Ana éditions sur Lekti-Ecritures

Voir aussi l'article consacré par La Mauvaise Réputation à La Libraire a aimé de Sophie Poirier.

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 20:23

     L’Escale du livre, c’est quoi ? Des chapiteaux présents tout le week-end (du 4 au 6 avril 2008, quartier Sainte-Croix à Bordeaux) pour aller à la rencontre des libraires, des éditeurs et des livres ; des cafés littéraires, des lectures, pour débattre de littérature et rencontrer les auteurs…


     Mais ce que l’on connaît moins, c’est toute l’action en faveur des scolaires qui grâce au salon, peuvent aller à la rencontre des auteurs dans des lieux de Bordeaux tout à fait inhabituels.


     Jeudi 3 avril, au Couvent des Dominicains, Stanislas Gros, auteur de la bande dessinée adaptée du Dernier jour d’un condamné de Victor Hugo, rencontrait une classe de seconde du lycée de l'Assomption.

Nous étions présentes et vous donnons un compte-rendu du véritable interrogatoire subi ( !)

Les questions ont fusé de toutes parts, parfois de façon décousue mais le dessinateur s’est bien volontiers prêté au jeu…



Comment avez-vous eu l’idée d’adapter Le dernier jour d’un condamné ?

    
A l’origine c’est mon éditeur qui a eu l’idée. Il avait vu l’ambiance très sombre des dessins au pinceau, sur mon blog.


Aviez-vous déjà lu le texte avant ?


Oui mais je ne pensais pas qu’il était si connu.


Comment avez-vous exécuté le travail ?


En bande dessinée on a un nombre de pages imposé, il faut que l'histoire tienne en 46 pages, ni plus, ni moins, donc j'ai d'abord dû faire un découpage très précis, me dire : " de telle page à telle autre, je vais raconter ceci ", de manière à être sûr de maîtriser le rythme et à faire tomber la fin pile à la page 46. Pour ce texte, j'avais de la chance : il est divisé en une quarantaine de petits chapitres, quasiment un par page, donc c'était assez facile à faire. Il n'y a qu'un passage que j'ai supprimé : un cauchemar avec une vieille dame, qui n'avait rien à voir avec la peine de mort et que je trouvais finalement moins impressionnant que le reste.
Ensuite, une fois que je savais ce que j'allais devoir raconter sur chacune des 46 pages, j'ai fait un découpage de plus en plus précis, et j'ai écrit les dialogues, en gardant toujours, dans la mesure du possible, ceux du texte, ou en transformant en dialogues des parties du texte qui n'en étaient pas.
J'ai vraiment essayé d'être le plus proche possible des mots de Hugo, la seule vraie infidélité que j'aie faite c'est quand l'architecte qui vient prendre des mesures à la fin gaffe. Dans le texte, il ne gaffe pas, il le fait exprès, mais je n'arrivais pas à rendre ça.
Je voulais aussi être le plus simple et le plus clair possible, j'ai dû recommencer plusieurs fois la première page avant d'avoir l'idée simple de la mort qui accompagne le condamné.

J'ai réalisé la première page, je l'ai montrée à l'éditeur et il était d'accord.
J'ai essayé de caler un chapitre par page, mais il faut bien décider ce qu'on met avant sur chaque page.
De toute façon le nombre de pages est limité en BD.
J'ai gardé le vrai texte de Victor Hugo dans la bande dessinée sauf le passage où l'architecte vient prendre les mesures pour la guillotine, je l'ai fait sous forme de gags. Ça fait partie des scènes assez cauchemardesques. Sinon, il faut surtout penser à se demander ce qu'a voulu dire Victor Hugo.

 

 

Combien de temps ce la vous prend pour faire une BD ?


Là j'ai mis environ 6 mois. Mais pour Dorian Gray que je viens de finir, j'ai mis un an, mais c'est parce qu'il fait 62 pages et que le texte était nettement plus difficile que celui de Hugo.

 

 


Est-ce que vous vous êtes beaucoup documenté ?


Victor Hugo prenait la défense d'un condamné à mort, n'importe lequel, quel que soit le lieu et l'époque. Certains détails, comme les noms de criminels authentiques sur les murs par exemple, indiquent que l'histoire se passe plutôt en France au XIXe siècle, mais pour Hugo ils ont une valeur symbolique : peu importe que Castaing ou Papavoine aient réellement existé, ici ils représentent " celui qui a tué sa femme " ou " celui qui a tué des enfants ", etc.
Donc pour rendre cette idée que l'histoire se passe n'importe où, n'importe quand, j'ai évité de me documenter trop précisément sur le XIXe siècle. Je me suis permis des références au Moyen Age, et même au XXe siècle. Dans la scène du procès, au début, je me suis inspiré des dessins de Daumier, un caricaturiste contemporain de Hugo,
En revanche je suis allé dessiner les dernières pages à Paris parce que je voulais qu'on reconnaisse bien les lieux, l'hôtel de Ville et la Conciergerie, qu'on puisse se dire en les voyant " c'est ici qu'on coupait la tête des condamnés ". Ce qui est amusant, c'est que, comme on était au mois d'août, je suis tombé en plein Paris plage, et devant l'hôtel de ville, là où dans l'album il y a une guillotine, il y avait un filet de beach-volley et des gens en maillot de bain.
D'une manière générale, plutôt que de me documenter précisément, j'ai essayé de dessiner à partir des mots de Hugo, qui a un style très visuel, avec beaucoup d'images fortes : par exemple, à un moment il compare les chaînes des galériens à des arêtes de poissons, donc j'ai essayé de les dessiner de manière à ce qu'elles ressemblent à des arêtes de poisson. (Cela dit, à cet endroit du texte, pour une question de réalisme, j'aurais aimé avoir une documentation plus précise, mais je n'ai pas trouvé d'image de ferrage de forçat).
Pour Bicêtre, qu'on voit au début, j'ai pensé que, contrairement à l'hôtel de ville, la plupart des gens (enfin moi, en tout cas) ne sait pas à quoi ressemble ce bâtiment, et comme je ne le trouvais pas très intéressant à dessiner, je l'ai fait d'après les mots de Hugo, qui décrit une silhouette de château-fort quand on le voit de loin, mais des murs sales et délabrés quand on le voit de près.


Vous pouvez nous parler de la tête de mort que vous représentez derrière le condamné tout au long de l’histoire ?

 


C'est une illustration du premier paragraphe du texte : le condamné parle de l'idée de la mort qui le hante à chaque instant, et la compare même à un spectre. C'est le moyen que j'ai trouvé pour rendre cette idée visuellement.

 

 


Le fait que la BD soit une commande impose des contraintes ?


On m'a laissé libre de faire ce que je voulais mais je n'aurais pas eu l'idée moi-même, d'adapter le texte. Finalement adapter le texte d'un autre permet de faire des choses qu'on n'aurait pas imaginées sinon. Essayer de rendre le style spectaculaire m'a permis de faire quelques pages qui m'étonnent moi-même, comme celles où le présent, page de droite est séparé du passé, page de gauche par une rivière de sang au milieu.


Les techniques de dessin sont différentes quand on adapte ?

 


Je cherche toujours la technique la plus appropriée à ce que je raconte : Pour le Dernier Jour d'un condamné , il fallait un dessin sombre et sale : habituellement, je dessinais au pinceau et mes dessins étaient juste sombres, j'ai ajouté du crayon pour le côté sale
Mais pour Dorian Gray, il fallait des dessins clairs, ni sombres, ni sales, donc j'ai dessiné au stylo à bille.


Vous ne faites que des adaptations ?

 


C'est ma 1ère BD donc ma 1ère adaptation ! J'ai décidé de continuer avec Le portrait de Dorian Gray, mais sinon je n'aurais jamais eu l'idée d'adapter ; maintenant, je voudrais bien commencer à raconter mes propres histoires : j'en ai commencé une ou deux sur mon site.


Vous comptez rester dans un univers sombre ?

 


Au contraire, je voudrais plutôt passer à des choses plus légères, plus rigolotes. Par exemple, pendant que je dessinais Dorian Gray, j'ai créé sur mon site une série de gags sur le dandysme. Mais je ne suis pas sûr que ça intéressera un éditeur.


Comment travaillez-vous ?

 


Sur des petits formats, de manière à pouvoir me déplacer avec, parce que je n'aime pas rester enfermé chez moi ; pour moi le lieu de travail idéal, c'est une terrasse de café.


Le roman est assez fantastique ; ça doit aider, non ?

Oui, par exemple l'Hôtel de Ville qui crache des gendarmes, c'est vraiment dit dans le texte.

C'est quoi votre parcours ?

Cancre ! J'ai fait 1 ou 2 ans de Beaux Arts puis des boulots qui n'ont rien à voir. J'ai proposé des dessins aux éditeurs puis finalement je les ai mis sur mon blog.

Vous dessinez depuis quand ?

La maternelle. Les gens normaux arrêtent, moi j'ai continué !

Vous avez pris des cours de dessin ?

Très peu sauf aux Beaux-Arts.
J'ai appris tout seul, entre autres en lisant des entretiens d'artistes, et je dessine beaucoup d'après nature, surtout j(aime beaucoup les portraits : il y a toujours une foule de chose à essayer de comprendre dans un visage : comment dessiner la bouche par rapport au nez. Tout est lié dans un visage.

Quelle sont vos influences artistiques ?

Le cinéma, le cinéma muet en noir et blanc, les films avec beaucoup de contrastes. C'est très contrasté au pinceau. J'aime bien Fritz Lang, Métropolis par exemple. J'ai pu penser à Klimt aussi en dessinant, mais finalement ses dessins de la mort n'ont rien à voir.

Quels sont vos projets ?

Une histoire qui se passerait au Moyen Age, la nuit. Je veux créer des personnages amusants, explorer la nuit avec mon pinceau. Si vous connaissez la BD Donjon, ça ressemble un peu. Sur mon blog j'ai fait des fausses planches de Donjon, en sépia avec des pages plus ou moins foncées.
On m'a proposé un projet sur le rock et d'illustrer un livre sur les soldats de la guerre de 14, aussi. Je vais y réfléchir.

Y a-t-il d'autres oeuvres que vous aimeriez adapter ?

Il y a des écrivains que j?aime beaucoup mais comment les adapter ? J'aime beaucoup Balzac mais comment retranscrire les descriptions psychologiques et sociologiques, tout ça ? Victor Hugo, là ça tient bien en 40 pages. Le Père Goriot ne tiendrait pas en si peu de pages.

Quelles sont vos références en BD ?

Je ne lis pas beaucoup de BD mais j'aime lire comment les dessinateurs dessinent. La technique d'Hergé par exemple, la ligne claire est très intéressante, il élimine les détails, les ombres, pour un dessin plus net. Franquin lui c'est le plus vivant possible, les attitudes doivent être justes. Un autre dessinateur dira qu'il faut que le trait soit lâché. Et je me dis que c'est vrai aussi, je m'inspire de tout ça.

Avez-vous vos personnages ?

J'ai des histoires, avec des personnages dedans. Enfin, j'en ai bien peur, celui que je dessine le plus souvent, comme pour la plupart des blogueurs, c'est moi-même?

Vous auriez aimé exercer un autre métier artistique ?

Je n'y ai jamais pensé.

Travaillez-vous en collaboration ?

Sinon je fais tout, tout seul pour l'instant. J'ai énormément de mal à travailler à partir des scénarios des autres, à chaque fois que j'ai essayé, ça m'a pris au bas mot deux fois plus de temps que si c'était moi qui écrivais, et je n'étais jamais très sûr du résultat. Quand c'est moi qui écris (même si c'est une adaptation), je sais où je veux en venir, tout est plus clair dans ma tête que quand je dois m'approprier les mots d'un autre.

Vous avez fait les couleurs dans le Dernier jour d'un condamné ?

Non c'est Marie Galopin, qui a fait du très bon travail. Je lui juste ai donné quelques indications, qui étaient en général celles qu'on trouvait dans le texte de Hugo : ici il faut que ça ressemble à une étoffe dorée, là il faut laisser en noir et blanc, etc.

Pourquoi Dorian Gray ?

Il y a quelque chose de très visuel dans le roman.
J'ai pu m'inspirer d'Aubrey Bradsley qui a illustré la Salomé d'Oscar Wilde.
L'idée du portrait qui vieillit dans Dorian Gray, je l'ai représentée en bas à droite de chaque page de la bande dessinée. Si on passe très vite les pages ça fait un flip book, suivant le sens le portrait vieillit ou rajeunit à toute vitesse.

Le thème de la peine de mort ça vous a parlé ?

Pas spécialement. " Tout art est parfaitement inutile " comme dirait Wilde. Bien sûr, je suis contre la peine de mort, le racisme, la faim dans le monde, le réchauffement climatique et les mois d'août pluvieux, mais je suis conscient que je n'y peux pas grand-chose. En plus, dans un pays où la peine de mort est abolie depuis 25 ans, j'aurais l'air malin de crier " à bas la peine de mort ". Je pense simplement avoir fait passer les sentiments que la peine de mort éveille en moi.

Aimeriez-vous faire une BD engagée ?

Je ne suis pas assez investi dans quelque chose. Et puis je pense que souvent les oeuvres engagées ne touchent que les personnes déjà engagées.
Je voudrais plutôt faire des choses universelles, qui s'adressent à tout le monde (ce qui ne signifie pas forcément flatter les gens). Je préférerais qu'on achète mes BD parce que les dessins sont marrants ou l'histoire intéressante, plutôt que parce que mes idées politiques coïncident avec celles du lecteur.

Vous n'avez pas eu trop de mal à représenter le personnage principal ?

Non, on ne le reconnait pas très bien ; je me suis un peu inspiré de la tête de Victor Hugo. Victor Hugo jeune, à l'âge où il ne portait pas encore la barbe mais avec une barbe quand même. Bon, si, j'ai eu un peu du mal finalement.

Qu'est-ce qui est le plus agréable quand vous dessinez ?

Le fait de voir mes dessins progresser, d'évoluer, de changer de technique, de me remettre en cause. Je dirais que le plus agréable c'est l'inattendu, les dessins dont je n'aurais pas imaginé qu'ils pourraient sortir un jour de mon crayon.

Petit, vous pensiez déjà à faire de la bande dessinée ?

Je dessinais mais je ne devais pas penser à la BD. Je ne suis pas très nostalgique de mes dessins en fait !


Vous pourriez nous faire un dessin au tableau ?

 


Euh oui d’accord.


Voilà, en fait dans la BD pour un personnage, j’ai dessiné la guillotine et j’ai ajouté un corps autour, mais c’est juste pour m’amuser… Victor Hugo aurait sûrement trouvé ça débile !

 

Le Dernier jour d’un condamné est paru chez Delcourt en 2007

http://www.editions-delcourt.fr/catalogue/bd/le_dernier_jour_d_un_condamne_de_victor_hugo

Le portrait de Dorian Gray devrait paraître courant juin.

Pour en savoir plus, aller faire un tour sur le site internet de Stanislas Gros :

http://www.stanislasgros.com/ et pensez à aller voir son blog (lien sur le site) !  


Ariane, Chloé et Claire

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Published by Ariane, Chloé et Claire - dans Entretiens
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