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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 07:00

 

20 septembre 2007 – 8 octobre 2013

 

 

 

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 07:00

Conférence inaugurale
« Décryptages de Foucault et Wittig »
avec
Anne GARRÉTA
« Queer week »
Sciences Po Paris (Amphi Caquot

du 11 au 14 mars1


anne-garreta.jpg

 
Anne Garréta
 
 Normalienne, romancière et essayiste, Anne F. Garréta est née en 1962. En 2000, elle devient membre de l’Oulipo (l’Ouvroir de Littérature Potentielle), un groupe international de littéraires et de mathématiciens qui se définissent comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir », citation que l’on prête à Raymond Queneau (1903-1976), fondateur du groupe2. Maître de conférences à l’Université de Rennes II depuis 1995, elle est aussi enseignante à l’Université de Duke. Son premier roman, Sphinx, publié en 1986, rencontre un vif succès, elle le définit ainsi :

 

« […] une histoire dans laquelle la question de l’identité sexuelle et donc de la différence des sexes n’est nullement marquée dans le langage du texte. Le langage (et le langage le plus ordinaire) permet ceci, si on sait s’en servir.3 »

 

Parmi ses œuvres principales, nous pouvons citer son deuxième roman, Pour en finir avec le genre humain (1987), dont la quatrième de couverture précise qu’il est question « de neurones et de bagatelles, de chromosomes et de crabe tourteau, de charogne et de Chateaubriand, de charité et de codicilles, de taupes et de morphine, de quenottes et de chiennerie, de courtisanes et de chrysalides, de Gros-Nounours et Vandushock. »

En 1990, Ciels liquides raconte le destin d'un personnage perdant l'usage de la langue. Neuf ans plus tard paraît La Décomposition, roman qui prend pour protagoniste un serial-killer qui assassine les personnages de la Recherche du temps perdu. Enfin, elle a obtenu le Prix Médicis en 2002 pour son dernier ouvrage, Pas un jour. Enfin, en 2009, elle écrit en collaboration avec Jacques Roubaud Éros mélancolique, récit qui a consisté à mettre sous forme lisible le magma informe qu'ils ont trouvé  sur internet par une nuit d'hiver.

 

La conférence : première partie

Lors de cette intervention à l’amphithéâtre Caquot (d’une durée de 2h), au sein de Sciences Po, Anne F. Garréta présente la genèse du mouvement queer et propose une approche intéressante des philosophes et/ou des écrivains qui ont développé et mis en scène ces théories. Si elle se montre parfois assez drôle, son analyse, très juste et construite, correspondait parfaitement à un cours initiatique sur ce sujet. Dès le début de la conférence, elle n’hésite pas à réagir au discours de présentation de l’une des organisatrices, qui la qualifie d’ores et déjà de queer :

 

« Merci pour cette introduction qui tend à me désigner, à me caractériser déjà comme un animal un peu queer ou un peu étrange  puisque c’est ça le sens de queer, puisque je ne fais pas une chose à la fois, je suis obligée d’en faire plusieurs et quand je les fais j’essaye le plus souvent de faire que les caractéristiques même de l’identité qui sont soit de la mienne, soit des personnages, soient les plus problématisées possible. »

 

 Elle débute ainsi, en parlant de son premier roman : « Quand en 1986 j’ai publié ce roman Sphinx, je faisais un roman queer avant même que la théorie queer ne soit née ».  Cette histoire, qui relate une histoire d’amour entre A*** et Je, amène le lecteur à s’interroger sur sa projection sexuée, qu’il oublie pourtant au fil du récit en se laissant porter par cette écriture du souvenir. Le but étant de libérer le sujet de toute forme d’identité normative contraignante et limitative, Anne F. Garréta fait alors surgir un héros « grammaticalement invisible » en apparence mais qui en réalité s’affirme bien dans l’indifférenciation car il existe au-delà des classifications traditionnelles. Car ce qui dérange le plus Anne F. Garréta, ce sont bien ces limites imposées par une société hétéronormée et extrêmement codifiée. Celles-ci constituent pour elle une entrave, non seulement à la pensée, mais aussi à la création. Lors d’un entretien avec Eva Domeneghini, elle revendique d’ailleurs son désaccord avec cette sexualisation systématique :

 

« Ce qui est le plus gênant encore, c’est le caractère hégémonique, totalisant de cette sexualisation : elle écrase les différences entre les sujets, elle écrase les singularités, et par ailleurs somme chacun de représenter en tous lieux de sa vie et de sa personne les caractères de son sexe comme détermination absolue.» 4

 

 

Origines du phénomène Queer

Le phénomène queer réside essentiellement dans l’arc Nord-Atlantique, et plus particulièrement dans l’espace nord-américain. Ce phénomène émerge dans les années 90, suite aux activités de la Queer Nation. Ce groupe, fondé en mars 1990 à New York par AIDS et ACT UP, naît d’une révolte face aux violences anti gays et lesbiennes, qu’elles se manifestent dans la rue ou les médias. Connu pour ses slogans et ses outings, le groupe finit par prendre de plus en plus de place sur la scène médiatique, jusqu’à en devenir quasi institutionnalisé.

Par incidence avec les actions menées par la Queer Nation, les théories queer se pluralisent. Ces revendications ont ainsi contribué à valoriser et à légitimer les gender studies.

 

L’année 1990 reprend des événements fondateurs

La fondation de la Queer Nation, mouvement activiste, naît avec Teresa de Lauretis5, universitaire italienne qui a fait des études sur les positions sociales et géopolitiques des genres, des races et des sexualités ; c’est la première qui a fait émerger le terme queer. Avec sa revue Différences, elle repense la sexualité et le genre et brise le silence des études gaies et lesbiennes. Elle ajoute ensuite que « la théorie n’a pas précédé la pratique » car les théoriciens pensaient et percevaient déjà le queer. Mais l’ambition de Teresa de Lauretis  est vite déçue car elle fait face à la difficulté de décatégoriser les classes... En explorant les rapports entre genres, races et sexualités, ce qui serait queer selon elle serait le projet de déplacement, de queering, des paradigmes conceptuels dominants, n’en déplaise à certains !

Cette année marque aussi la volonté de dés-ordonner, dé-catégoriser, et donc de renverser le pouvoir dominant, queering signifiant littéralement « foutre le bazar, interrompre, mettre le bordel dans les catégories » pour reprendre les mots de Garréta. De ce terme découlent ensuite diverses acceptations, l’objet étant porté sur la sexualité queer, défini par le sigle LGBT (Lesbienne, Gay, Bi, Transexuel, qui tend aujourd’hui à s’élargir avec la lettre Q pour « questionning » et I pour « intersexué » )

L’épidémie de sida a aussi été l’un des éléments déclencheurs de cette théorie. Les membres issus de l’activisme Act Up fondent ce mouvement en 1993. La première intervention publique de ce groupe est primordiale, en avril 1990 ; Anne F. Garréta nous raconte la première invasion symbolique des queers vers un bar hétérosexuel à l’Est. En envahissant l’autre côté de l’île, ils s’échappent de leur ghetto et montrent leur refus d’invisibilité et de ségrégation à l’Ouest (à Greenwich plus précisément). Par cet acte de révolte, qui s’accompagne d’un kiss-in, ils démontrent que l’espace public est en fait entièrement hétérosexuel et n’est pas neutre.

 

Le terme queer, qui signifie dans sa première occurrence « soit une fausse monnaie, soit une excentricité, soit une étrangeté, soit encore une insulte [visant] tous les individus à la sexualité déviante », devient peu à peu un terme théorique qui interroge les sujets qui ne se reconnaissent pas dans l’hétérocentrisme (hétérosexuels compris). Si jusque-là cette appellation était employée dans un sens péjoratif, elle est ensuite reprise par provocation comme volonté d’affirmation.

Deux problématiques émergent alors de ces nouvelles théories. Dans un premier temps, définir son champ historique, soit « narrer dans un récit linéaire une histoire normative du queer » selon Garréta, tandis que l’histoire même du queer résulte d’une pensée anti-normative et plurielle.

 

Deviennent queer ensuite aux yeux de Garréta certains auteurs tels que Marcel Proust ou Virginia Woolf (en particulier dans Orlando où le héros éponyme change de sexe en plein cœur du récit).

Dans un deuxième temps, il s’agit désormais d’élaborer la théorie. Comment peut-on, justement, définir ce qui refuse d’être limité, assigné à un objet particulier ? Même un objet aussi évident que la sexualité « n’a pas de méthode d’analyse qui lui serait propre. »

 

Dès lors entre en scène David Halperin, auteur de Saint Foucault en 1995, (traduit en l’an 2000 par Didier Eribon chez EPEL). Helléniste, spécialiste de Platon et de la littérature antique, David Halperin avait été accusé d’être foucaldien. Il a décidé de revendiquer cette étiquette jugée infamante par ses détracteurs en montrant comment la pensée de Foucault, marquée par une inébranlable volonté de résister aux normes, pouvait servir de modèle théorique au mouvement gay. Loin de vouloir construire une « identité gay », il s’agit plutôt d’après lui d’inventer de nouvelles positions en marge de la normalité et de l’hétéronormativité. En s’appropriant les écrits de Foucault, il dégage ensuite son opinion propre par une position politique : l'identité gay est pour lui une « identité sans essence », jamais stable et qui ne se construit que comme un écart toujours renouvelé par rapport aux normes et aux « normalités ». Il figure ainsi l’un des premiers à proposer une définition du queer  comme : « tout ce qui s’oppose, qui diffère du normal, du légitime et du dominant. Le queer ne réfère nécessairement à rien en particulier, c’est une identité sans essence. » Cela paraît pour le moins contradictoire. Mais par essence, il entend « nature », son projet dessine ainsi la possibilité de défaire un genre que l’on nous attribuerait à la naissance et d’interrompre par là le régime de production des identités et des natures.

Le texte de Halperin sur Foucault montre également un intérêt supplémentaire en pointant quelles peuvent-être les origines de ces théories : c’est au tour de la French Theory de faire son apparition, qui comprenait les théories féministes et philosophiques dans l’Europe des années ‘70 et ‘80. Par ailleurs, la théorie queer est héritière du post-structuralisme, car en rendant visibles les discriminations homophobes, elle problématise les catégories identitaires potentiellement vectrices d’exclusion. Elle réclame ainsi la liberté de la contingence des êtres.

 

Anne Garréta poursuit et interroge la salle en posant une question oratoire : « Vous avez tous entendu parler de Jacques Derrida ? ». Face à un oui majoritaire, elle entame son analyse du philosophe à l’origine de la notion de déconstruction. Elle explique le grand objet de sa philosophie : « pointer ce qu’il désigne comme une métaphysique occidentale, celle de la présence ». Elle explique ainsi son entreprise queer comme une entreprise de déconstruction de catégories qui font une ontologie particulière des sexes et des sexualités. On retrouve ensuite cette idée dans des textes fondateurs de la théorie tels que ceux de Butler ou Sedgwick. Par ce processus de déconstruction, l’être se retrouverait ensuite « allégé de tout son fardeau métaphysique. »

Anne Garréta souligne aussi que la stratégie canonique de la déconstruction ne peut avoir lieu sans l’interprétation entre la présence et l’absence. En effet, pour s’affirmer dans la déconstruction, il faut passer par une étape de deuil, et donc d’absence. Par le processus de dénaturalisation, le queer réinvente donc sa présence.

 

Pourquoi faire de la théorie queer ?

Afin de répondre à cette question, elle évoque le champ des possibles qu’ouvre cette théorie. En analysant le fondement des identités et ses conséquences sur les pratiques et les politiques, elle propose d’avoir un regard différent sur le monde et sur la pluralité des êtres.

Aujourd’hui, la théorie queer aura bientôt un quart de siècle d’âge ! Mais qui sont ces théoricien(s)-nes ?

 

Judith Butler

Tout d’abord, elle nous dresse le portrait d’une philosophe fondatrice de ce champ d’étude : la fameuse Judith Butler. Philosophe féministe, elle théorise la performativité du genre. Non sans humour, Garréta aborde l’une de ses œuvres les plus connues, Trouble dans le genre, le féminisme et la subversion de l’identité6 (Gender Trouble : Feminism and the Subversion of Identity publié en 1990, année phare du mouvement queer) et ajoute : « Butler brasse tout ce qu’on peut imaginer de French Theory et  met en lumière des courants contradictoires ». En effet, elle précise qu’elle aborde Luce Iragaray et Monique Wittig dans le même chapitre « en interprétant assez correctement Irigaray mais en faisant de la bouillie pour chat de Monique Wittig » (Elle commente son propos en ajoutant : « L’effet bouillie pour chat n’est pas très grave, ça arrive tout le temps dans la théorie et la philosophie, ne vous inquiétez pas c’est normal. »). Elle admet aussi la complexité de l’écriture de Butler, ce qui rend son accès difficile ; elle nous préconise ainsi de le lire en version originale !

D’après Butler, il s’agirait en fait de s’autodistancier pour redéfinir le genre.  Par « performativité du genre », elle montre en quoi l’« essence » n’est qu’une fabrication genrée. Il n’y a pas d’expression directe ou déviée d’une identité sexuelle biologique plus profonde. Selon Judith Butler, c’est la performance du genre qui, se déposant à la surface des corps,  finit par donner l’illusion d’une identité fixe et formelle (Elle avait d’ailleurs publié Bodies That Matter en 1993, qui signifie « ces corps qui comptent », qui ont le poids matériel de l’existence). Les apparences précèdent ainsi le sentiment d’une essence. En d’autres termes, Garréta nous prouve qu’elle pourrait se réapproprier la pensée sartrienne car : « L’existence sociale précéde[rait] l’essence subjective sexuée. » Elle constate que suite à cette lecture se dégage une certaine « euphorie » de liberté infinie de former sa propre performance de genre.

Partant de ce postulat, elle démontre que le processus de dénaturalisation et de défamiliarisation des catégories qui nous paraissent les plus fermes date de bien avant la théorie queer. C’est pour cette raison que l’on ne peut pas faire une histoire linéaire du queer. Il y a du sentiment queer avant la Queer Nation.

 

Eve Kosofsky Sedgwick

Anne Garréta aborde ensuite l’œuvre de Sedgwick, Épistémologie du placard (Epistemology of the closet) publiée en 1990 aux États-Unis. Elle va s’interroger au cœur de cet ouvrage sur les conséquences interprétatives qu’entraîne une lecture « sexualisée » des œuvres issues de la culture littéraire du XIXème et du XXème siècle. Grâce à cette étude, elle insiste sur notre perception et notre réception des œuvres, que sous-tendent des éléments structurants de notre culture occidentale. Afin d’étayer son propos, elle met en lumière les crises chroniques de la définition homosexuelle par les hétérosexuels.

Pour la philosophe, il s’agit de « structurer les fractures » afin de comprendre le mécanisme de déconstruction.

 

Michel Foucault

Pour revenir à l’importance historico-sociale du mouvement queer, Anne Garréta s’appuie ensuite sur les ouvrages de Michel Foucault. Elle cite son premier volume publié en 1976, La volonté de savoir, qui « historicise littéralement  le concept même de sexualité ». D’après lui, la sexualité a une histoire, c’est un régime discursif particulier qui a une origine et que l’on peut étudier. Par cette analyse, Foucault bat en brèche l’hypothèse répressive et démontre les incidences disciplinaires et politiques de la sexualité.

Ipso facto, le pouvoir ne réprime ni ne censure l’expression du désir mais il est d’après lui une force productive de subjectivités. La sexualité ne découle donc pas d’un ordre naturel mais est produite par des incitations à produire et à dire. Au XVIIIème siècle, la classification des homosexuels et des hétérosexuels est établie mais Foucault la démantèle en mettant en évidence « la contradiction interne des formes discursives qui prétendent saisir le sujet homosexuel et hétérosexuel ».

Sedgwick ne fait pas une critique classique ; pour Garréta elle a bien saisi la complexité du sujet en reprenant la généalogie de Foucault. Elle commente sa pensée en ajoutant que Sedgwick reconnaît que la distinction « homo/hétéro » ne tient pas debout, elle est intenable, incohérente. Pourtant, c’est au cœur même de cette incohérence que vient se tisser cette idéologie douteuse : « Plus c’est incohérent, plus c’est illogique, plus peuvent se nouer les réseaux du pouvoir et du savoir. »

 

Le platonico-marxisme
 
Au cours de cette deuxième partie de la conférence, Anne Garréta nous pose une nouvelle question :

À quoi sert le philosophe ?

Si l’on peut convenir que la première réponse qui nous vient aux lèvres est de connaître la vérité, Garréta fait un parallèle intéressant entre le rôle de la théorie queer et celle du philosophe et glisse un lien inattendu mais intéressant entre Marx et Platon.

En réponse à la question posée, elle affirme : « Comme la théorie queer, il doit permettre de mieux vivre et d’être dans la vérité. » Elle désigne ensuite le projecteur et nous explique que les vraies choses sont derrière mais que nous ne les voyons pas. Comme Platon le présente dans son allégorie de la caverne, nous devrions sortir de l’ombre et nous libérer de nos chaînes afin d’écarter les voiles qui nous cachent la vérité. Grâce à ce savoir, notre Idée sur le monde changerait radicalement.

Elle développe ensuite son concept « platonico-marxiste » en analysant la pensée marxiste. Selon cette dernière, le capitalisme est mourant car il contient des contradictions internes qui qui ne peuvent que l’amener à sa perte. Elle considère dès lors que les capitalistes sont aveuglés par l’idéologie et qu’il faut tirer le voile de cette « comédie » pour leur faire apparaître la vérité.

Par conséquent, l’entreprise critique que nous propose Sedgwick n’est pas seulement de révéler une vérité qui nous libérerait des illusions d’une sexualité construite historiquement, mais aussi de persévérer au-delà des catégorisations traditionnelles entre les homosexuels et les hétérosexuels, absurdes et illogiques, mais qui perdurent pourtant (à l’instar du modèle capitaliste pour les marxistes).

Garréta explique aussi la tendance générale à « proposer simplement une théorie féministe ou gay et lesbienne qui ferait des identités des essences », et qui justifierait les accusations portées contre Irigaray. Selon elle, il faut dépasser ces oppositions trop caricaturales et faussées.

Partant de ces constats, Garréta lie ses analyses au constructivisme : « On peut envisager la théorie queer comme défaisant les identités, les diffractant et pensant les catégories de genre et de sexualité comme le constructivisme. »


 
Qu’en est-il de l’histoire littéraire ?

Tout d’abord, si l’on considère que l’écriture dessert le genre, on admet ainsi qu’elle rend possible l’« expérience des limites », le dépassement et la transgression dans l’acception de Philippe Sollers. Pour Anne Garréta, l’écriture offre la possibilité de donner une vérité « travestie » au lecteur.

Elle compare Proust à un auteur queer et développe cette idée :

 

 « Proust est l’auteur le plus queer qu’il se puisse imaginer. Il faut la naïveté du narrateur enfant pour croire qu’il y a une frontière absolue entre le côté de chez Swan et le côté de Guermantes, et que rien ne communique entre ces deux côtés. Toute l’entreprise de La Recherche vise à nous rendre inscrutable l’identité sexuelle de tous les personnages. Vous les croyez hétéros, ils se révèlent invertis ou homos, vous les croyez homos, ils sont plus étranges que cela encore. »

 

L’auteur scrute ainsi les appartenances de chaque personnage pour se rendre compte que toutes les catégories qui organisent notre structure sociale ne sont pas cohérentes. Mais pour expliquer cela au lecteur, Garréta précise qu’« il faut des milliers de pages » !

À la fin de la conférence, elle cite également Virginia Woolf et qualifie son écriture de queer.



Le langage comme enjeu de pouvoir : le neutre selon Barthes
 
La pensée de Roland Barthes a aussi été influente car c’est l’un des premiers à avoir prophétisé la possibilité du neutre. Il définit cette utopie, et les difficultés rencontrées à vouloir promouvoir une écriture « neutre » : « Paradoxe du Neutre : pensée et pratique du non-conflit, il est contraint à l'assertion, au conflit, pour se faire entendre par la langue qui dramatise… comme s'il y avait dans la langue elle-même une force d'hystérie – ou d'hallucination affirmative.»

Comme pour Sedgwick, il y a selon Barthes quelque chose au-delà de la partition homo/hétéro qui semble articuler nos identités subjectives. La signification (du langage) et le sexe peuvent devenir des jeux, des objets de manipulation, de pouvoir, et déployer des pratiques sexuelles prisonnières de la prison binaire. D’après Sedgwick, il vaut mieux y échapper et se contenter des « hétérotopies » (des espaces autres qui hébergent l’imaginaire, comme le miroir) dont parle Foucault.

Anne Garréta poursuit la pensée de Barthes en développant l’idée d’un anti-formationnalisme : il n’y a pas de fondement à ce que nous vivons comme identité de genre/sexuelle, ce sont des catégories qui partagent et organisent un champ dans lequel nous prenons position. D’après l’auteure, il n’y a donc pas de nature réelle, ni du genre, ni de la sexualité.

En revanche, même si les catégories qui organisent notre subjectivité en termes de genre, de sexualité, de race, etc., sont contingentes, pourquoi y a-t-il une si grande homogénéité des subjectivations et des identités de genre ? Telle est la question que tentent de résoudre les théoriciens queer.

 

Scandale ’78 : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes. »

Dans les années 80, la théoricienne féministe radicale française, Monique Wittig, s’inscrit dans l’histoire du féminisme. Dès 1968, elle représente l’une des têtes de file du MLF (Mouvement de Libération des Femmes). Cette époque est marquée par des banderoles percutantes telles que : « Un homme sur deux est une femme. » Figure phare du mouvement féministe ET lesbien, Wittig travaille aussi sur le langage comme outil de pouvoir. La pensée straight, recueil d’articles qui dénonce l’hétérosexualité comme système politique, est publié en anglais en 1992 puis en 2001 en français et s’impose comme un texte de référence pour les militant(e)s. 

En 1978, dans une démarche de dénonciation du rôle de la femme dans un contexte hétéro-normé auquel les lesbiennes refusent de se soumettre, elle déclare : « La femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes. » Ces paroles provoquent ainsi un grand scandale ! Face aux féministes essentialistes ou « différencialistes » qui vont jusqu’à revendiquer une écriture féminine (comme Hélène Cixous) ou du moins exister dans leur différence et leur féminité (comme Julia Kristeva), Monique Wittig crée un « remue-ménage » et propose une nouvelle thèse. En soulevant cette question : « Qu’est-ce qu’être une femme ? », Monique Wittig parle du résultat d’une opération théorique importante et subtile. Ce faisant, elle dénonce l’hétérosexualité non simplement comme étant un régime de plaisir et de désir mais en tant que système de reproduction du social. Comme on a pu l’entendre au cœur des nombreux débats qui agitent l’actualité autour de la question du mariage pour les personnes de même sexe, les défenseurs proclament que le régime hétérosexuel est celui qui s’impose comme le reproducteur du corps social. Les femmes y sont assignées et cantonnées au rôle de reproductrices sociales des individus, occupant une place à part dans ce régime et dans cette domination politique : « Ce n’est pas une affaire de corps mais de position dans un système de production et de reproduction des corps. »

 

Tocqueville : l’hypothèse qui dénaturalise le genre

Dans l’étude de la différence des sexes produite dans le régime (politique) de l’hétérosexualité, il convient également de souligner l’importance du travail d’Alexis de Tocqueville.

Dans le second volume de De la démocratie en Amérique, il anticipe l’analyse matérialiste qui tend à dénaturaliser la différence des sexes. Ce dernier se rend compte dès le XIXème siècle que cette fable de la différence des sexes ne peut pas tenir, dès lors que la démocratie envahirait tout. L’ « égalité de conditions » représentant pour Tocqueville moins un régime politique qu’un état social.  Il fait là une analyse anticipatrice de ce qui menace le monde entier, c’est-à-dire la passion de l’égalité. Car la démocratie en tant que manière d’être sociale encourage à l’égalisation des conditions, à l’arrêt des hiérarchies. Il en devient donc « impossible [d’arrêter] ce progrès de l’égalité ».

Afin de créer une inégalité et de faire disparaître cette « démocratie dangereuse », les Américains ont inventé et appliqué à l’unité domestique le principe de la division industrielle du travail, soit une ruse supplémentaire pour introduire l’hétérosexualité dans un régime de production. Cette division artificielle du travail (ménager) a pour conséquence vertueuse d’anticiper le féminisme des années 70.

De l’analyse de Tocqueville découlent des questions qui peuvent se lier directement au contexte sociopolitique qui nous interpelle, tel que le mariage pour tous. Garréta interroge l’amphithéâtre et nous invite à voter avec la question suivante :

 

« Le fait que les couples de mêmes sexes aient accès au mariage, est-ce une normalisation du désir et des sociabilités queer ? Ou, est-ce, à terme, une manière de queeriser l’institution du mariage et de la famille ? »

 

Ce mariage est-il alors une entreprise de normalisation d’une reconnaissance hétérosexualisante des couples homosexuels, ou s’agit-il d’un devenir queer de la société et de l’institution anciennement patriarcale de la famille ? Penchant originellement pour le deuxième choix de réponse, nous avons tout de même considéré la pertinence de la première possibilité de réponse.

La queerisation de la société ne tendrait pas comme certains peuvent le craindre à transformer cette dernière en un modèle homosexuel, mais à faire tomber les barrières de genres et les différences établies – par l’identité sexuelle – entre les sujets sociaux. De ce principe, Foucault évoquait l’éventualité de réinventer des familles queer qui ne soient pas patriarcales.

Ainsi, comment faire face aux réticences des autres, que l’on croyait « disparus », qui considèrent encore l’homosexualité comme une menace de détruire le patriarcat ?

Cela nous renvoie aux mouvements révolutionnaires des années 60 et 70, dont l’héritage aujourd’hui permet d’envisager un mariage pour tous, queerisant ou non, bien que la société semble avoir mauvaise mémoire… Ces combats ont notamment permis qu’aujourd’hui les termes mêmes de « mariage » et de « famille » aient pu se transformer et n’aient plus la même signification. Ces années de luttes ont été très porteuses sur le plan militant, philosophique, politique et littéraire et sont inscrites historiquement.

 

Deuxième partie de la conférence : débats

Le genre sexuel…

…et les réseaux sociaux

Est-il possible d’exister sur internet, sur les réseaux sociaux plus particulièrement, en tant qu’asexuel ? Est-ce qu’internet, si l’on considère cet outil comme une représentation de notre société actuelle, permet de se considérer en dehors de la norme homme/femme, homo/hétéro ? Qu’en est-il donc des intersexués et de l’intersexualité ?

Cette idée donc, du moins sa représentation, est totalement différente du neutre de Barthes. Elle s’inscrit, au contraire, plutôt dans une neutralisation du genre.

La question à déterminer, premièrement, serait de savoir si le « a » de « asexuel » est véritablement un « a » privatif, comme tend à l’exprimer notre langue française. Anne Garréta ajoute : « Moi, si j’étais les asexuels, j’essaierais d’abord de me trouver un autre nom » (rires). Pour elle, l’intérêt de l’asexualité réside dans la possibilité de défaire le régime de production de la sexualité, ce qui revient à en faire une pré-sexualité (bien plus qu’une privation) ; et relève d’un effort sur soi – si tant est que l’on puisse y parvenir. Elle suggère de répondre à cette question en lisant le second tome de L’histoire de la sexualité de Foucault, lorsqu’il se penche sur l’héritage de la culture antique en termes de technologie/technique de soi. En ce sens, Facebook permet de tenir un compte de soi-même sous le regard de quelqu’un d’autre (« définition minimale d’une technique de soi »). Elle nous livre ainsi un conseil intéressant : « Pour mieux comprendre ce que vous faites sur Facebook, je vous conseille de lire Foucault. »

 

…Et les rapports binaires au langage

En termes de langage comme obligation de définition, les nouvelles théories queer tendent à se rapprocher de Deleuze. En effet, elles préconisent d’utiliser un langage qui jouerait sur la multiplicité des sens, rompant ainsi avec le fascisme imposé par le langage. Le langage serait ainsi à la portée de tous et n’importe qui pourrait travailler/jouer avec le langage. Ce type de jeu permet par exemple de ne pas attribuer un prénom qui sexualiserait les êtres (en utilisant par exemple un prénom qui peut s’appliquer pour les deux sexes). On peut trouver d’autres désignations que elle/il, en jouant, transformant, anaphorisant le langage ; elle nous confie d’ailleurs : « C’est ce que je fais avec mes enfants. » Véritable violence sociale, la sexualisation excessive de la langue est considérée comme nuisible pour Garréta, elle préfère ainsi s’amuser à déconstruire la langue en effaçant les dimorphismes hommes/femmes. Elle propose de remplacer un pronom défini par un indéfini, et nous apprend dans son atelier d’écriture à rédiger en 20 lignes son autoportrait sans mentionner grammaticalement son sexe. Ces manipulations des mots, du langage, peuvent ainsi à terme ouvrir une brèche vers une autre perception/conception du monde et permettre de l’appréhender différemment.

Elle conclut par ces mots : « Il n’y a pas de différence de nature dans la langue littéraire et dans la langue quotidienne ». Elle nous incite à hybrider et à pluraliser la langue, quitte à la croiser avec d’autres, si les pronoms « elle/il », constituent une violence et sont vécus comme une domination.

 
Marianne et Brice, AS Édition-Librairie.


 Notes

1 Pour avoir le programme complet de la «Queer week », vous pouvez suivre ce lien : https://www.facebook.com/pages/Queer-Week-Sciences-Po/221143071314043

2 Ce travail peut se résumer en deux objectifs, l’un synthétique (que l’on appelle synthoulipisme), qui consiste à inventer et expérimenter des contraintes littéraires nouvelles, avec éventuellement un exemple de texte pour chaque proposition ; et l’autre analytique (anoulipisme), dont le but est de recenser tous les écrivains qui ont travaillé avec des contraintes, plus ou moins consciemment, désignés comme « plagiaires par anticipation ».

3 Entretien avec Anne F. Garréta par Eva Domeneghini, Eva Domeneghini & Ecrivains 2000, http://cosmogonie.free.fr/interview.htlm.
 
4 Entretien avec Anne F. Garréta par Eva Domeneghini, op. cit.

 

5 Traduit en français en 1995 aux Editions de La Découverte et préfacé par Eric Fassin.


6 L’un de ses ouvrages les plus connus développe sa théorie : Teresa de Lauretis, Théorie queer et cultures populaires. De Foucault à Cronenberg, La Dispute, coll. « Le genre du monde », 2007.




 



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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 07:00

dimanche 7 avril 2013
salle Vitez
dans le cadre de l’Escale du livre.

 

alaa-el-Aswani.jpgPhoto egyptesolidarite.wordpress.com

 

 

L’entretien se déroule dans une salle Vitez quasi comble et déjà totalement acquise  à l’auteur.

Il commence sur fond d’actualité puisque Alaa El Aswany  décrit sa vision de l’Égypte d’aujourd’hui. Les Frères musulmans ont été installés au pouvoir démocratiquement puis ont mis en place une forme de répression. On ne peut pas construire un futur laïque sans passer la barrière qu’ils constituent. Les Égyptiens ont compris que la politique et la religion ne doivent pas se mélanger : «  Ce sera un moment dur mais essentiel pour le futur ».



Continuant sur ce sujet, l’animateur pose la question de l’écrivain en politique : doit-il s’engager ?

Pour l’écrivain, la littérature est la défense artistique des valeurs humaines. On se doit donc de participer aux révolutions revendiquant la démocratie. Concernant les événements actuels dans son  pays, il s’agit de se libérer de la dictature sans que ce soit un acte politique.



Après avoir abordé la situation de l’Égypte, l’entretien bascule sur la vie de l’écrivain : comment est-il devenu écrivain ?

Son père était un écrivain connu en Égypte. Son milieu aisé lui a permis de bénéficier d’une éducation francophone jusqu’en 1960, lui permettant d’acquérir une meilleure éducation. Il fréquente au lycée français des professeurs ayant choisi d’enseigner plutôt que de d’accomplir leur service militaire. Le français est donc une vision du monde qui l’a construit, même si parfois la politique française l’a déçu. Cela dit avec beaucoup d’humour, l’écrivain ayant de ce fait mis très vite la salle dans sa poche. 

La littérature faisant partie de son quotidien familial, il rêve de devenir écrivain. Dès l’âge de onze ans, il se rend compte que l’on peut dessiner avec les mots, surtout avec les fables de La Fontaine, où il arrivait à voir l’imaginaire de la fable.


« Tu as du talent, mais tu dois rester fidèle à la littérature ». Cette phrase dite par son père lui montre qu’à ses yeux la littérature est la chose la plus importante. Il a donc commencé à écrire à partir de l’âge de onze ans. Cependant, son père lui a demandé d’apprendre un métier car aucun écrivain égyptien ne peut vivre de sa plume. Dans une faculté religieuse interdite aux femmes, il effectue des études de médecine et choisit la spécialité dentaire, sachant que ce métier lui donnera l’opportunité de connaître beaucoup de gens. En effet, il pourra parler avec ses patients, patients qui viennent en amis. Grâce à son cabinet dentaire à aspect social, il peut « sentir les gens ».

Il rencontre Naguib Mahfouz (unique prix Nobel de littérature égyptien) à l’âge de 21 – 22 ans ; il lui demande s’il écrit uniquement pour des questions d’argent ou pour le succès, mais sa réponse fut celle-ci : « Quand il y a quelque chose à dire, tu ne peux pas t’arrêter, tu a besoin de t’exprimer, écrire c’est se jeter dans l’océan. Pour écrire tu es seul et tu dois apprendre à écrire sans jamais être sûr du succès ».

Ayant subi de nombreux refus du Ministère de la culture égyptienne à ses demandes d’autorisation de publier, il décide donc en 1998 d’écrire un dernier roman pour en finir avec la littérature. Or, il se trouve que ce roman,  L'Immeuble Yacoubian, le révélera au grand public.

Confronté au succès de ce livre, Alaa El Aaswany déclare avoir arrêté d’écrire pendant un an pour oublier le succès et ses vices, comme celui de reproduire la même formule pour essayer d’avoir à nouveau du succès. Il dit aussi avoir eu peur de ne pas être à la hauteur et de décevoir son lectorat.

Pour lui, le succès change la vie, mais ne doit pas changer la personne. Pour garder la tête sur les épaules, l’auteur continue à exercer son métier de dentiste afin de conserver le contact humain avec des gens ordinaires, avec la rue. Il considère cela cpmme indispensable pour rester un bon écrivain, car c’est une « école » où il continue à apprendre l’expérience humaine ; cela se ressent dans ses écrits. On peut donc parler de « sociologie dentaire ».

L’entretien porte ensuite sur son dernier livre, Chroniques de la révolution égyptienne, et plus généralement sur son écriture.
Alaa-El-Aswani-Chroniques-de-la-revolution-egyptienne.gif
Pour cette œuvre Alaa El Aswani n’a pas écrit pas de manière différente, mais toujours comme un romancier. Les articles ne sont pas des analyses politiques, ols traduisent ce que l’auteur ressent. La littérature ne doit pas changer la situation directement, elle nous change nous. Elle doit être capable de décrire les sentiments humains, alors que les reportages ne font que relater la situation ; par exemple la situation de la femme opprimée et les sentiments de cette femme opprimée.

Pour l’auteur, l’élément humain dans le roman (la « comédie humaine ») est prépondérant. Le livre essaie de transmettre une situation humaine qui existe. Dans un roman c’est organique, lié à la vie ; ce n’est pas rationnel (parallèle avec les histoires d’amour).

 Concernant la durée d’écriture de ces livres (environ quatre ans), sa réponse est qu’il essaie de faire du mieux qu’il peut, mais un roman c’est créer un monde, et créer un monde ça prend du temps. Ce sentiment s’accentue avec le succès littéraire rencontré, il se responsabilise de plus en plus en raison du nombre croissant de ses lecteurs. De plus entre deux romans, il s’impose un programme de lecture pour sortir du monde créé et ensuite au bout de six ou sept mois, le temps est venu de se remettre à l’écriture, on sent que l’on a besoin de « dire notre mot ». Quand il se met à écrire, il se réveille le matin à 6h00 et à 6h30 il commence à écrire, cela cinq jours par semaine, car pour créer un monde il ne faut pas de coupure.

Concernant le style, il estime que des textes compliqués ne sont pas synonymes de pensée profonde ; il est facile d’écrire des choses que personne ne comprend. Son défi : écrire des textes à la fois simples et profonds.

La fin de l’écriture d’un roman est toujours un moment difficile, explique-t-il. Il y a des sentiments mélangés de fierté, de tristesse et de nostalgie à quitter le monde que l’on a créé et que l’on va partager. Comme un père le jour du mariage de sa fille !


Très influencé par les littératures russe et française jusqu’au XIXème, il est conscient que ce sont des maîtres qu’il ne faut pas copier, car les époques sont différentes. « Je n’arrive pas à concevoir un auteur qui n’a pas lu Balzac ».

 

 

 

L’entretien se conclut avec les questions de la salle.

 Quelle est la langue avec laquelle vous écrivez ?.
 

 

Il écrit en arabe, car en écrivant dans sa langue maternelle on a un texte invisible en plus du texte visible.



Les islamistes au pouvoir sont ils un danger pour votre vie ?.

Il constate que jusqu’à maintenant il n’y a pas eu d’assassinat d’intellectuel.


L’entretien se termine sur une ovation du public.


Guillaume, 2ème année bibliothèques

 

 

Alaa EL ASWANY sur LITTEXPRESS

 


alaa-el-aswany.gif

 

 

Article de Maude sur L'Immeuble Yacoubian

 

 

 

 

 

 

 

 

alaa el aswany chicago

 

 

 

Articles de Jean-Baptiste et d'Anaïs sur Chicago

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 07:05

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 13:00

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 21:22

 

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 07:00

dimanche 24 mars 2013
au Salon du livre de Paris

Matei-Cazacu.jpg

 

Rencontre entre Monsieur Matei Cazacu (docteur en histoire au CNRS, auteur de la biographie de Dracula, publiée aux éditions Tallandier en juin 2011) et Monsieur Lucian Boia (historien roumain, essayiste franco-roumain en histoire, spécialiste de l'imaginaire).

La conférence est animée par Madame Aïda Valceanu (journaliste littéraire, organisatrice du Salon du Livre) et Monsieur Raymond Clarinard (auteur, directeur du service traduction au Courrier International).

Sujet du débat : comprendre qui était le personnage de Dracula (hors littérature et cinéma). La conférence n'ayant pas été très animée j'ai décidé d'en reprendre les points principaux, de les résumer et d'élargir le sujet à d'autres ouvrages.



Dracula à travers les âges

Le personnage historique

Monsieur Matei Cazacu replace tout d'abord le « vrai » Dracula dans  l'histoire :  Vlad l'Empaleur,  personnage historique du XVème siècle très connu en Roumanie mais aussi dans toute l'Europe, pour ses actes de cruauté et l'histoire de ses crimes.

Il est l'objet d'un des premiers livres imprimés, avec un portait, en  1463. Une œuvre exportée en France, Roumanie, Allemagne, Russie, ce qui a rendu très célèbre Vlad à la seconde moitié du XVème siècle. Ce prince qui a régné à trois reprises a laissé des souvenirs  affreux en Roumanie et a disparu de la mémoire collective au XVIème siècle. Ce n'est qu'au XIXème qu'il a été  redécouvert et est devenu membre important du Panthéon des gloires roumaines, alors qu'il était auparavant considéré comme un dictateur.

Vlad l'Empaleur a peu régné (1448 à 1476 avec des interruptions), pendant une époque très compliquée : la conquête de Constantinople par les Turcs qui avaient créé un énorme empire au sud du Danube ; les Roumains deviennent voisins de l'empire et ont derrière eux un autre empire, la Hongrie.  Ils se retrouvent au milieu de deux blocs hostiles aux lois et religions différentes (l'islam et l'orthodoxie) ; vu leur position délicate ils décident de pactiser avec les deux pouvoirs. En 1462, Vlad entre en guerre contre la grande armée turque dirigée par le sultan Mohamed II. Six ans de conflit pendant lesquels Vlad l'Empaleur acquérait une très mauvaise réputation d'homme cruel, qui massacrerait les masses ; cette réputation le suivra toute sa vie.

Il ne signait  pas « l'Empaleur », mais « Dracula » qui était le nom d'une branche de la dynastie princière que son père utilisait déjà. Il est important de noter que « dracul » en roumain signifie « le Diable » ou « le dragon », symbole du diable.

dracula
Le mythe selon Bram Stoker
dracula-02.jpg
Les différences entre le personnage historique et le symbole qui en a découlé dans la littérature et le cinéma de vampires.

D'une part, Vlad, prince du XVème siècle, oublié puis redécouvert au XIXème siècle, symbole de pouvoir fort, lutte acharnée, d'indépendance dans le combat de la Valachie contre lesTurcs.

D'autre part, le personnage imaginaire (irlandais) crée par Bram Stoker dans son roman écrit en 1897.  L'auteur s'est inspiré d'éléments réels pour inventer et décrire Dracula. Comme par exemple le portrait de Vlad l'Empaleur et la description du château du comte, similaire à celui du prince de Valachie.

Ce sont deux personnages différents. Le personnage historique est un marginal mythifié qui régnait sur la Valachie. Le personnage imaginaire est né en Transylvanie ; tous deux ont vécu dans deux régions très différentes de la Roumanie actuelle (le nord et le sud).


Gary Oldman dans le Dracula de Coppola.

 

 

 

La figure du vampire dans le folklore roumain

Vlad l'Empaleur est une sorte de chasseur de vampires ; en empalant les hommes il pratiquait des meurtres de vampires (on peut comparer la lance avec laquelle il empalait ses ennemis au pieu que l'on doit enfoncer dans le cœur d'un vampire pour le vaincre).  Il vivait dans un pays qui aujourd'hui encore, dans  certaines zones archaïques de la Roumanie, cultivent des croyances vampiriques. Ce pays a subi de nombreux changements avec une population superstitieuse.

Au XIXème, on relève dans la presse des « cas de vampirisme ». Les médecins qui ont étudié  ces « malades » prouveront que ces personnes étaient victimes du jeûne que la religion orthodoxe préconisait (182 jours/an). Les visions et les maux  d'estomac étaient dus à la faim. Les débuts et fins de jeûnes coïncidaient avec les deux grands pics de possession vampirique.

Le mythe du vampire roumain était présent dans les campagnes, il en existe plusieurs types dont le strigoï (monstre vivant, revenant), la stregga signifiant sorcière en italien.

Au fil du temps, on remarque une évolution vers la christianisation progressive du vampire. Il est devenu  un individu excommunié, puis mort sans avoir obtenu la levée de cette excommunication. Vlad l'empaleur, n'est pas considéré comme un vampire, sauf par ses ennemis qui propagent cette rumeur.


 
Le vampire tel qu'il s'inscrit dans la littérature

Le château des Carpathes est le seul souvenir tangible que le pays a conservé de Vlad l'Empaleur.

Le Château des Carpathes de Jules Verne est écrit en 1892 ; on y sent un développement de l'imaginaire vers les terres de l'est. Quant au mythe des vampires, il est très peu posé dans la littérature roumaine aux XIXème et XXème siècles. De nombreux villages ont des croyances et des peurs populaires et folkloriques.

Les Roumains ont connu très tard l'histoire irlandaise de Dracula ; il n’y eut aucune traduction jusqu'en 1930. Vint ensuite dans les pays de l'Europe de l'est le communisme, or il était impossible de publier une histoire aussi fantastique dans le contexte du rationalisme marxiste. Une première édition en roumain apparaît à la chute du mur de Berlin ; suit la diffusion du livre de Bram Stoker dans les librairies.


Pour aller plus loin

Matei Cazacu, Dracula, éd. Tallandier,

Magazine Littéraire, Le vampire : métamorphoses d'un immortel d'Ovide à Fred Vargas, mars 2013, n°529,

Fred Vargas, Un lieu incertain, 2008, éd. Viviane Hamy


Juliette, 2e année édition-librairie

 

 


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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 07:00

depuis le stand des éditions Galaade

 

logo-galaade.png

 

Les Éditions Galaade ont été fondées en 2005 par Emmanuelle Collas et quatre associés qui ont pu réunir un capital de 100 000 euros. Dès le début, la maison s'est concentrée sur la recherche d'auteurs avant même de trouver un local. Ainsi, la première année, furent publiés neuf ouvrages : du roman, des nouvelles, un récit et des essais en sciences humaines. Ceux-ci marquent le début d'une politique d'auteur à longue durée et d'un catalogue axé sur la littérature étrangère et les essais, entre le littéraire et le politique. On retrouve aujourd'hui Galaade.jpgces mêmes auteurs présents encore et encore au catalogue : Irvin Yalom le romancier et célèbre psychiatre américain, Greil Marcus, spécialiste de la culture populaire américaine, Alain Foix, dramaturge, philosophe et directeur artistique français – présent au Salon du livre – ou encore Walter Veltroni, cofondateur de l'Olivier, élu maire de Rome en 1996. Tout d'abord diffusée et distribuée par Volumen, Galaade est depuis 2012 avec Harmonia Mundi ; une nouvelle bouffée d'oxygène pour la maison et son catalogue.


Irvin-Yalom-Le-probleme-Spinoza.gif
Aujourd'hui, ce dernier atteint plus de cent titres et la maison publie une quinzaine de livres par an. Au cours des dernières années, le catalogue a vu apparaître plus d'auteurs français, bien que sur ces 100 titres 70 % demeurent des traductions. Galaade appuie son catalogue sur des thèmes récurrents, tels que la femme, l'identité, l'appartenance, l'exil, la citoyenneté, l'imaginaire, la mondialité, le kairos, l'amour, la colonisation ou l'état postcolonial... Faisant de ce catalogue ce qu'Emmanuelle Collas appelle une chambre d'écho.

L'équipe de Galaade s’appuie sur deux piliers que sont Cécile Magné et Romaric Vinet, un certain nombre de personnes orbitant autour de ce noyau : Nathalie Puech-Robert, chargée de la comptabilité et présente au bureau trois jours par semaine, une personne chargée des manuscrits spontanés et présente une matinée par semaine et enfin une apprentie qui s'occupe, entre autres, de la fabrication et qui fait lien entre la maison et les graphistes et imprimeurs.

Le Salon du livre s'est déroulé en cinq étapes : les préparatifs en amont du Salon, le montage, la tenue du stand, la rencontre des auteurs et le démontage du stand. Voici ces quatre étapes en détail.

Le montage au salon du livre, la tenue du stand et le démontage furent une expérience intense qui nous a demandé beaucoup d'énergie. J'ai tout d'abord participé à la mise au point du planning sur Excel : les rendez-vous, les disponibilités des uns et des autres et leur présence sur le stand, ainsi que les rencontres sur et en dehors du stand. Pour nous, les préparatifs pour le salon ont commencé bien en amont avec la sélection des titres que l'on aurait sur le stand et le nombre d'exemplaires pour chaque livre. Cette partie-là fut gérée par Sarah Saboni, apprentie chez Galaade. Pour ma part, cela débuta le mercredi 20 avec le chargement de la voiture. Il nous fallait pour le salon, les tables, les étagères, les livres, bien évidemment, les affiches pour la tapisserie, le catalogue complet des publications pour la journée des professionnels et divers éléments pour la bonne marche des quelques jours de présence sur le salon.

À l’arrivée sur le salon, démarrait le montage du stand, la tapisserie prenant le plus de temps. C'est cependant l'étape la plus importante car c'est la signature de la maison, il fallait donc que ce soit irréprochable. En guise de tapisserie nous disposions d'affiches aux couleurs de la maison, le rouge et le noir, avec les thématiques du catalogue. La disposition sur les murs était en damier, l'effet final très réussi.
Javier-Calvo-Les-lunes-de-Barcelone.gif
Le lendemain était simplement une journée de permanence pour surveiller le stand et le jeudi soir sonnait l'inauguration du salon. Nous avons donc organisé une dégustation de vin rouge du domaine de la Toupie, cuvée 2011, et inauguré notre caisse avec la vente de quelques livres ; la famille d'Emmanuelle Collas était présente ainsi que toute l'équipe de Galaade.

Le vendredi, c'était l'ouverture du salon au public ; il y a eu peu de ventes et j'ai profité de la présence de la directrice pour effectuer un entretien pour mon mémoire. Il a durée 3h30 et s'est fait de manière conviviale pendant le déjeuner. Le samedi fut, pour moi, surtout marqué par la fatigue mais il y eut plus de ventes et beaucoup, beaucoup de monde. Dimanche fut décisif car il y avait une signature d'un des auteurs de la maison, Javier Calvo, sur le stand de Barcelone et plusieurs auteurs vinrent nous rendre visite, notamment Alain Foix et Kama Kamanda. Enfin, lundi, nous étions terrassés par la fatigue mais dans une ambiance de plus en plus détendue, c'était la matinée des professionnels avec l'échange obligé de cartes de visite, d'adresses et de promesses de collaborations. Enfin, vint le démontage, éminemment plus rapide que le montage et à 19 heures le hangar avait retrouvé l'aspect chaotique du premier jour.

En terme de ventes, le coût de la location du stand – 2412, 33 € TTC – n'a malheureusement pas été rentabilisé. C'est une offre spéciale destinée aux jeunes maisons. Ce partenariat perdure année après année à condition d'être bien présent chaque année.


Camille, AS édition-librairie

 


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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 07:00

Boris-Vian-L-Ecume-des-jours.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Boris VIAN

L'Écume des jours

éditions en français
« NRF », Gallimard, 1947
10 : 18, 1963, 1979
Rouge et Or, 1979
Pauvert, 1981, 2013
Bourgois, 1982, 1994
Le Livre de Poche, 2008, 2013

 

 

 

 

 

 

 


l-ecume-de-jours-affiche.jpg
 

 

 

 

 

 

Adaptation cinématographique

de Michel GONDRY

Sortie en salles le 24 avril 2013.

Avec Romain Duris (Colin), Audrey Tautou (Chloé), Omar Sy (Nicolas), Gad Elmaleh (Chick), Aïssa Maïga (Alise), Charlotte Le Bon (Isis), Philippe Torreton (Jean-Sol Partre), Sacha Bourdo (la souris) et Alain Chabat (Jules Gouffé).

 

 

 

 

 

 

Bande-annonce

  http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19487939&cfilm=196832.html



Boris Vian

Né en 1920 et mort à l'âge de 39 ans, Boris Vian a eu le temps de laisser une œuvre majeure dans le patrimoine français. Sa jeunesse est marquée par de brillantes études et une santé défaillante. Amoureux du jazz, il joue lui-même de la trompette. Marié en 1941, il devient père à 22 ans. C'est grâce à l'aide de Jean Rostand et Raymond Queneau que son premier roman, Vercoquin et le plancton, est accepté par Gallimard, en 1945. Néanmoins, sa première publication ne se fera que l'année suivante, aux éditions du Scorpion et sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, sous le titre  J'irai cracher sur vos tombes. C'est lors d'une projection du film adapté de cette œuvre qu'il mourra d'une syncope.

Il est connu pour ses écrits (L'Arrache-cœur, L'Herbe rouge, Et on tuera tous les affreux…) mais également pour ses chansons, notamment Le Déserteur. Toute son œuvre fera l'objet de nombreuses adaptations aussi bien au théâtre qu'au cinéma.

Pour en savoir plus :  http://www.borisvian.org/



L'histoire

 

« Colin terminait sa toilette. […] Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricot. Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. » (p. 7)

 

C'est ainsi que débute le roman. Le film, lui, s'ouvre sur une scène d'usine dans laquelle des dactylographes tapent, à la chaîne, sur des machines à écrire qui défilent devant eux. Les mots tapés sont justement ceux de la première phrase du roman, et la scène suivante présente Colin dans sa salle de bains, en compagnie de la souris. Il ne travaille pas, il a suffisamment de doublezons en réserve.

Nicolas, le nouveau cuisinier de Colin, prépare le repas, en suivant le livre de cuisine de Jules Gouffé, selon le roman, en écoutant ses conseils directs à la télévision, selon le film. Chick, l'ami de Colin, fervent lecteur de Jean-Sol Partre, vient dîner. Colin lui propose de démarrer par un apéritif concocté grâce à sa dernière invention, le pianocktail. À chaque note correspond « un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l'œuf battu et la pédale faible à la glace. » (p. 13)

Chick a rencontré Alise, la nièce de Nicolas, à une conférence de Jean-Sol Partre et en est plus ou moins tombé amoureux. De rendez-vous à la patinoire à l'anniversaire du chien d'Isis, ayant appris à danser le biglemoi avec l'aide de Nicolas sur un air nommé Chloé, Colin rencontre enfin l'amour auprès de Chloé.

 

« Chloé, vos lèvres sont douces. Vous avez un teint de fruit. Vos yeux voient comme il faut voir et votre corps me fait chaud… […] Il faudra des mois, des mois pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou… » (p. 48)

 

Colin et Chloé se marient. Lors de leur voyage de noces, dans un hôtel, Chloé se met à tousser à cause de la neige. Ils reviennent alors chez eux, dans l'appartement de Colin. Les vitres s'assombrissent petit à petit. L'état de santé de Chloé s'aggrave. Le docteur Mangemanche diagnostique finalement un nénuphar dans son poumon droit. Chloé doit s'entourer de fleurs pour effrayer celle qui grandit en elle et ne peut boire que deux cuillerées d'eau par jour.

Colin ne souhaite plus que Nicolas vive avec eux car il a « vieilli de dix ans, depuis huit jours. » (p. 119) Pour payer le traitement de sa femme dans un centre spécialisé, il se met à chercher du travail. Il vend son pianocktail. L'appartement de Nicolas rétrécit. Chloé rentre, elle a été opérée, ils lui ont retiré un nénuphar d'un mètre avec une fleur de vingt centimètres. Mais l'autre poumon ne tarde pas à être atteint. Colin est employé pour faire pousser des canons à la chaleur ; seulement, au bout de quelques temps, les fusils ne poussent plus correctement.

De son côté, Chick est de plus en plus obsédé par Jean-Sol Partre. Pour le sauver, Alise décide d'utiliser l'arrache-cœur contre l'écrivain, dans le café dans lequel il était en train de rédiger son dernier ouvrage, puis elle y met le feu. Elle fait de même avec les libraires qui fournissaient Chick. Ce dernier reçoit la visite du sénéchal, envoyé pour non-paiement de dettes. Il se fait tuer. Malgré les efforts de Nicolas, Alise ne pourra être sauvée du dernier incendie.

Colin trouve un nouvel emploi, dans l'administration. Il annonce aux gens les mauvaises nouvelles, la veille de leur arrivée.

 

« Il chercha sur la liste le nom suivant et vit que c'était le sien. Alors, il jeta sa casquette et il marcha dans la rue et son cœur était de plomb, car il savait que, le lendemain, Chloé serait morte. » (p. 166)

 

Colin ne peut pas payer un enterrement décent à sa femme. « Les porteurs s'arrêtèrent près d'un grand trou ; ils se mirent à balancer le cercueil de Chloé en chantant À la salade, et ils appuyèrent sur le déclic. » (p. 171) La scène finale nous montre Colin en train d'essayer de tuer les nénuphars qui remontent à la surface.


 image-3--_-casting.jpg

Michel Gondry

Né en 1963, Michel Gondry est le réalisateur de nombreux clips vidéo, et de courts et longs métrages. Par exemple, il réalise, en 2004, un film avec Jim Carrey et Kate Winslet, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Et en 2006 sort La Science des rêves avec Gael García Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat et Miou-Miou.

Michel Gondry a déjà reçu de nombreuses récompenses pour son œuvre, telles que le prix du meilleur réalisateur de la Washington D.C. Area Films Critics Association ou l'oscar du meilleur scénario (en 2005) pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Pour en savoir plus :  http://www.michelgondry.com/



Quelques éléments d'analyse, d'explication et de comparaison

Pour comprendre l'œuvre de Boris Vian, certaines clefs sont nécessaires. Il faut d'abord comprendre que le monde qu'il crée est parfaitement logique en lui-même. « La mécanique est aussi rigoureuse, aussi implacable que celle d'une tragédie grecque. » (p. 178) C'est pourquoi le lecteur sent une certaine angoisse monter au fil des pages, et le spectateur au fil des scènes. Il ne connaît pas les règles de cet univers, et pourtant il ne peut y échapper, si bien qu'il ne sait à quoi s'attendre. Or, les personnages, eux, n'y voient rien de surprenant : c'est leur monde, et il a toujours fonctionné ainsi. Quoi de plus naturel ?

Ce monde est fondé sur le langage. Chaque mot, chaque phrase, est pris au pied de la lettre. Tout y est sujet à une interprétation inattendue. En effet, « on exécutera une ordonnance au moyen d'une petite guillotine de bureau, un homme planté là prendra racine pour peu que le terrain s'y prête […], on s'excuse de n'avoir pas aiguisé comme il le faudrait une pointe d'ail, on s'indigne à l'idée qu'un garçon utilisera un pourboire pour manger. » (p. 177) Inattendue et pourtant si vraisemblable ! Une imagination agitée dans un cas, des yeux émerveillés dans l'autre, roman et film savent capter l'attention de leur public.

Faut-il voir une métaphore, une critique, une analyse de notre monde dans celui que dépeint Boris Vian ? « Le nénuphar qui ronge les poumons de Chloé peut symboliser deux ou trois maladies que nous connaissons bien, et singulièrement la tuberculose. Mais il s'inscrit, également, dans l'expression logique d'un monde où des fleurs poussent sur les trottoirs.

L'amenuisement de la maison de Colin peut symboliser le rétrécissement d'un univers mental obsédé par la maladie d'un être aimé. […] Mais il ne surprend pas un univers où les escaliers se dérobent, où les cravates refusent de se laisser nouer, où les vitres brisées se cicatrisent toutes seules. » (p. 181) On peut y projeter ce que l'on désire. On peut y comprendre ce que l'on veut ou simplement accepter que les choses y soient telles qu'elles sont. Néanmoins, certains éléments tendent à faire penser à une caricature de notre monde visant à en dénoncer la bêtise. C'est le cas, par exemple, de la présence de Jean-Paul Sartre et de la déformation de son nom ainsi que celle des titres de ses livres : Le Vomi pour La Nausée, La Lettre et le Néon pour L'Être et le Néant…

Les extraits ci-dessus proviennent d'« Un langage-univers » de Jacques Bens, postface à L'Écume des jours, 10 : 18, 1963.



Comment traduire cette écriture pataphysique au cinéma ?

« Il pinça vigoureusement l'extrémité d'un rayon de soleil qui allait atteindre l'œil de Chloé. Cela se rétracta mollement, et se mit à se promener sur des meubles dans la pièce. » (p. 99) C'est exactement ce que fait Colin dans le film. Il attrape le rayon de soleil avant qu'il n'atteigne sa cible initiale.

Les plats de Nicolas bougent : ils se coupent puis se recomposent à leur guise, s'agitent, se débarrassent en tombant de la table…

L'adaptation cinématographique semble presque être une évidence pour l'écriture visuelle de Boris Vian. Au lieu de se créer dans l'esprit du lecteur, les images générées sont directement installées sous les yeux du spectateur. L'Écume des jours avait à ce propos déjà été adapté au cinéma en 1968 par Charles Belmont.

Si le film présenté ici ne respecte pas le roman au mot près, il reflète parfaitement son esprit, ne se permettant que peu d'écarts. Et ces derniers s'inscrivent sans souci dans l'idée de Boris Vian, en respectant les thèmes et la logique.



Avis personnel

Cette œuvre fait passer son lecteur du rire aux larmes. Les images décalées et ensoleillées du début lui semble légères, drôles, originales, risibles. Mais plus l'histoire avance, moins le lecteur ou spectateur est surpris, plus il plonge réellement dans ce monde au comportement étrange et plus il s’angoisse dans cette atmosphère qui devient petit à petit pesante. Triste(s) histoire(s) d'amour, l'œuvre émeut par ses moments d'intense joie, par ses instants de profonde douleur. Au fur et à mesure, le paysage s'assombrit, le monde s'amenuise, se referme, effraie et attriste.

Ce qui semble surprenant au départ devient normal, tant et si bien que personnellement, en sortant de la salle de cinéma, je m'attendais à voir la route bouger sous mes pieds, une souris me montrer le chemin, des animaux ou des véhicules marchant sortir de nulle part. Le livre, lui, m'avait laissé, lors de sa lecture, il y a quelques années, un fort sentiment d'angoisse et une impression de fin sans retour possible. L'ayant relu pour l'occasion, le roman m'a replongé dans un monde qui m'a paru bien plus familier que la première fois. J'avais l'impression de le connaître, ce qui n'empêchait pas cet univers de me surprendre à plusieurs reprises, mes souvenirs faisant défaut et les scènes n'étant pas toutes absolument identiques dans l'adaptation cinématographique. En somme, si je ne recommande pas cette œuvre aux personnes ayant une tendance à la dépression, je le conseille vivement à tous ceux qui voudraient s'évader un peu.


Lola Favreau, 2ème année Édition-Librairie.

 

Boris VIAN sur LITTEXPRESS

 

 

Boris Vian Mademoiselle Bonsoir 1

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Mademoiselle Bonsoir

 

 

 

 

 

 

 

 

VIAN.jpg

 

 

 

 

 

 

Articles de Pauline et de Tiphaine sur Le Loup-garou

 

 

 

 

 

 

Vian

 

 

 

 

 Article de Lucille sur J'irai cracher sur vos tombes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 07:00

 Bêta 1
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Apparu en 2012, Bêta est un collectif bordelais qui encourage et valorise la création contemporaine. C’est aussi une revue, Fuites, dont le deuxième numéro paraît le 23 mai 2013. Et c’est surtout des artistes-artisans qui font raconter leur plume, danser leur pinceau, inventer leur crayon, résonner leur voix.
 
Avant la formation de Bêta, le collectif existait déjà, autrement. Alors appelé l’Entre-Dit, il a publié plusieurs numéros de sa revue Page blanche. L’association est aujourd’hui formée de trois personnes, Maxime Actis, Quentin Léric et Marina Bellefaye, qui gèrent, entreprennent, découvrent, imaginent. Toujours curieuse de trouver des talents à l’œuvre, l’association propose à qui veut de lui présenter ses textes, dessins ou photos, et ainsi de participer peut-être à l’aventure, de rencontrer d’autres créateurs ou de voir ses productions publiées.
 
Bêta s’intéresse à la littérature d’expérimentation, à l’intensité, à l’écriture sur le vif, à la sensation, à la création agitée. Ses revues mêlent les différents moyens d’expression des différents contributeurs en un tout à la fois épars et sans dissonance – hormis lorsque dissonance vient à faire tout créatif. Moites, premier numéro de Fuites, fait ainsi se rencontrer des textes percutants, suintants, une B.D glauque et drôle, des peintures intuitives, spasmodiques, ou encore un dessin/poster inventif et aguicheur.
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Le travail de Bêta s’inscrit dans le mouvement contemporain de la création littéraire qui cherche le beau dans le presque-rien, les détails qui composent le monde ; qui cherche le beau dans le moche, le sordide, l’affreux ; qui cherche aussi un à côté du beau, affranchi des codes conventionnels et du bien entendu. Dans ses choix de publications, le collectif veut laisser parler la matière de l’existence, entendre les cris du corps, sentir les soubresauts de l’être-en-vie.
 
Bêta 3En plus de lire, soutenir et publier de nouveaux talents, Bêta fait vivre l’art dans l’instant, crée en direct. À déjà deux reprises, des soirées « lectures-concert » ont été mises en place et ont connu un certain succès. La dernière en date s’est déroulée le 9 novembre 2012 au Fiacre devant une salle remplie d’amis fidèles, de curieux avertis et d’égarés ravis. Des textes parus dans Moites y ont été interprétés au rythme de riffs acoustiques. L’association a pu ainsi faire découvrir son travail et les auteurs de la revue à ceux qui ne les connaissaient pas encore et a montré à tous que la création bordelaise est bien vivante et vivace. Ce mélange de textes, de notes, de voix, de sons, de mots est un autre exemple de la vision qu’a le collectif de la littérature, de la création en général. Entremêler différents éléments, qui se renforcent les uns les autres, qui créent une dimension nouvelle.
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Le travail du collectif est de plus en plus reconnu. La revue Fuites est en effet disponible dans plusieurs librairies bordelaises particulièrement intéressantes, comme La Machine à Lire, N’a qu’1 œil, ou encore Olympique. Elle est également soutenue et diffusée par deux librairies parisiennes, MK2 et Le Monte-en-l’air, ainsi que par une librairie lyonnaise et une autre marseillaise. Et d’autres encore, peut-être, bientôt !
 
En plus d’être dynamique et créatif sur papier, Bêta l’est aussi sur la toile. Sur son blog, l’association propose de suivre toutes ses actualités, ses tentatives, ses avancées, ses trouvailles, ses succès. Pour apercevoir les responsables, les agitateurs, les auteurs, les illustrateurs, pour dénicher les photos/vidéos des « lectures-concerts », les appels à contribution, pour soutenir les empêcheurs d’écrire en rond, les projets en cours et à venir, pour commander une revue, poser des questions, faire des propositions, bref, pour découvrir Bêta et peut-être y participer, c’est ici : http://association-beta.blogspot.fr/
 
Et puisque parler de la littérature, c’est bien, mais que la lire, c’est mieux, les textes parus dans Moites sont disponibles en ligne ! Découvrez le travail de Maxime Actis, Boris Dvroski, Louis Bergot, Pauline Valmage, Gilles Monplaisir, Lucille Dupré, Alizon Pergher et les illustrations de Vladimir Oudène. C’est par ici : http://fuitesmoites.blogspot.fr/
 
La vie littéraire, ce sont des Salons, des grands noms, des Festivals. Mais ce sont aussi (dirons-nous surtout ?) des projets locaux, des assemblées parfois confidentielles mais  souvent inventives, de jeunes passionnés en mouvement et créatifs. Et puis Bêta est encore neuf, c’est à dire plein de projets. À suivre, donc.
 

C.S., AS Bib
 

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