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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 07:00

« 30 ans d'édition »,
salon Albert Mollat,
Bordeaux.

 

POL-4.png

 

Jeudi 11 avril 2013, à 18 heures, dans l'ambiance feutrée du salon Albert Mollat, une quinzaine de personnes patientent assises en face d'une petite estrade. Quatre verres et autant de micros annoncent les invités à venir. On remarque très peu de jeunes tout de même dans cette assemblée. Dans l'attente de l'apparition des protagonistes de cette soirée, on observe ce qui nous entoure. La tapisserie orange laisse un peu dubitatif. Elle détonne (comme un reste des années 1970, une vieille lampe ou un meuble en formica qu'on garde sans s'en rendre compte) dans un « salon » élégant où se déroulent les rencontres les plus importantes de la librairie bordelaise. 

Paul Otchakovsky-Laurens et deux de ses auteurs, Frédéric Boyer et Olivier Cadiot, s'installent avec Jean-Michel Devésa, l'animateur, à la table. On décapsule avec une cérémonie des bouteilles d'eau, tous un peu gênés dans ce moment de latence où une réunion va commencer. On laisse encore une chance aux retardataires de gravir les trois étages qui mènent à la salle.

La rencontre se propose de retracer les trente années d'éditions de la maison POL (« 30ans et deux mois », nous précise-t-on) et de présenter deux auteurs du catalogue ayant publié récemment. Figure de proue de l'édition de littérature française de qualité, P.O.L est une maison d'édition que les familiers du milieu du livre reconnaissent pour sa qualité et quelquefois ses partis pris audacieux. Littérature élitiste ? Pourtant, la maison fondée par Paul Otchakovsky-Laurens a connu de beaux succès auprès du grand public avec des œuvres telles que L'Amant de Marguerite Duras, La Moustache d'Emmanuel Carrère ou Truismes de Marie Darrieussecq. Alors qu'en est-il de ce projet d'édition ? Jean-Michel Devésa amène l'éditeur à nous retracer son parcours pour mieux comprendre ce que trente ans d'éditions peuvent vouloir dire. Comme tout anniversaire, cette rencontre est l'opportunité de revenir sur les débuts d'un projet et de démêler les volontés de l'éditeur. 

 POL-3.JPG

« C'est une histoire de rencontres »

Jeune homme, Paul Otchakovsky-Laurens a suivi des études juridiques, il place deux rencontres à l'origine de son parcours d'éditeur. Celle de Jean Frémon, ancien directeur d'une petite revue, Strophes, maintenant directeur de la galerie Lelong, à Paris, et des textes qu'il publiait. En découvrant Beckett, Eugène Guillevic, Paul Chaulot et des poètes contemporains, l'éditeur en devenir découvre que « les livres […] pouvaient aller au-delà de la lecture ». Cette rencontre a été « un vecteur de lecture », qui a prolongé et approfondi un goût naturel. Puis, un peu plus tard, celle de Christian Bourgois, autre grand nom de l'édition française, chez qui il effectua un stage et resta en tant qu'éditeur.

Dans le milieu de l'édition, peut-être plus assurément que dans n'importe quel autre domaine, les rencontres que l'on fait orientent les projets à venir. Si chaque maison d'édition peut être reconnue pour son catalogue, si ce catalogue signifie quelque chose, y travailler signifie tout autant. Ainsi Paul Otchakovsky-Laurens affirme : « Je ne ferais peut-être pas le même métier si je n'avais pas travaillé chez Christian Bourgois. »

Une fois le pied à l'étrier, le parcours personnel de l'éditeur et l'évolution de sa maison d'édition seront marqués par « une accumulation de rencontres » qui ont contribué à ce qu'est P.O.L aujourd'hui. Marguerite Duras et George Perec sont les deux noms que l'animateur se plaît à mettre en avant. Ces deux grands auteurs ont beaucoup aidé à la reconnaissance de la maison d'édition débutante en amenant avec leurs manuscrits leur crédit littéraire et leur public. Ces deux rencontres sont plus que des anecdotes car elles ont permis à Paul Otchakovsky-Laurens à prendre son envol. Il travaillait alors chez Hachette quand George Perec cherchait un éditeur et Marguerite Duras remarquait son travail (à l'occasion de la publication de L'Excès-L'Usine de Leslie Kaplan, auteur clé de P.O.L depuis les débuts de la maison). Cependant, les deux auteurs se refusent à lui confier leurs œuvres tant qu'il resterait chez la « pieuvre verte » de l'édition. Il est donc temps de partir pour fonder une maison qui lui sera propre et où les auteurs pourront travailler en confiance avec leur éditeur. « [La mort de George Perec] est une des raisons de [son] départ d'Hachette » et précipite son projet. 

Les plus désabusés ne verront dans ce mot de « rencontre » qu'un poncif du discours des éditeurs indépendants. Cependant, quand on lui pose une question sur l'absence de ligne esthétique précise, Paul Otchakovsky-Laurens répond que « comme la vie, la littérature est trop diverse […] pour qu'une seule ligne soit présentée ». Le choix est toujours une affaire de rencontres, d'un lien entre un texte et un lecteur. Elles ponctuent le quotidien de l'éditeur qui dit en attendre chaque matin quand il ouvre le courrier des manuscrits.



Un éditeur, une maison.

Trente ans n'ont pas éloigné le fondateur de ses publications. L'ouverture du courrier, la lecture des manuscrits, les rencontres avec les auteurs : tout passe encore par cet homme, plus de soixante-dix ans et toujours la volonté de mener sa maison. Olivier Cadiot a l'honnêteté de rappeler que si « maintenant il y a trop d'auteurs pour être une famille », il y a tout de même « quelque chose » qui les lie les uns aux autres.

L'auditeur attentif aura retenu deux choses essentielles à propos des relations que Paul Otchakovsky-Laurens noue avec ses auteurs : la fidélité et la confiance. L'éditeur montre une belle fidélité à ses auteurs, qui les incite en retour à rester. Avec un sourire un peu grave, il précise que « l'auteur doit partir s'il se sent mal ». Et pourtant, un départ, même légal, même pour le meilleur déplairait à l'éditeur, qui l'avoue à demi-mot, les bras croisés. Si les auteurs restent aussi longtemps c'est aussi que leur bibliographie peut s'épanouir sans peine. Une fois passé le pas de la porte du 33, rue Saint-André-des-Arts, toute œuvre assez bonne pour la publication intégrera le catalogue blanc et bleu. « Il n'y a pas de frontière de genre. Quand un éditeur publie un auteur, il doit tout publier ». Une belle marque de foi en ses auteurs, donc !



On ne déplorera de cette rencontre que des questions posées très formellement, sans que soit créée une véritable interaction souple et agréable entre les acteurs. Heureusement, le malicieux (et très bordelais) Olivier Cadiot et le court voyage à l'époque médiévale que nous a offert Frédéric Boyer ont su égayer ce moment de rencontre très riche. 

 

Clotilde, 2ème année édition-librairie


Les deux ouvrages présentés lors de la conférence étaient

 

Olivier-Cadiot-Un-mage-en-ete.gif

 

 

Un mage en été, Oliver Cadiot, 2010 19,8€.
(Quelques pages pour vous mettre l'eau à la bouche ici :  http://www.pol-editeur.com/pdf/6358.pdf

Et même lu par l'auteur ! Ici :
 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=BdapV8Qeqb8 )

 

 

 

 

 

Frederic-Boyer-Rappeler-Roland.jpg

 

 

 

Rappeler Roland, Frédéric Boyer, 2013, 20€.
(Les premières pages du livre disponibles ici :  

 http://www.pol-editeur.com/pdf/6539.pdf
Mais surtout je vous conseille la lecture par l'auteur, ici :
 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Bmv4cVt3zmk)

 

 

 

 

 

Pour juger par vous même de cette rencontre, podcastez :
 http://www.mollat.com/rendez-vous/paul_otchakovsky_laurens_olivier_cadiot_et_frederic_boyer-65155037.html

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 07:00

La Friche Belle de mai 16 mars 2013

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Dans le cadre des journées Made in Friche, l’association La Marelle et les éditions Le bec en l’air, de Marseille, organisaient samedi 16 mars 2013 la lecture d’extraits du roman Numéro d’écrou 362573, paru le 14 mars dans la collection Collatéral. Cette lecture, assurée par l’auteur lui-même, était accompagnée par la projection de photographies prises par Anissa Michalon. En effet le principe de la collection Collatéral est de réunir dans un même livre au format de poche, un texte et des photographies.



L’auteur

Né en 1975, Arno Bertina est un auteur prolifique. Il a publié entre 2001et 2006 trois romans qui forment un ensemble cohérent : Le Dehors ou la Migration des truites, Appoggio et Anima Motrix. Il est aussi le co-fondateur de la revue Inculte. Il écrit souvent en collaboration, soit avec d’autres écrivains, comme Une année en France avec François Bégaudeau et Olivier Rohe, soit avec des photographes, Détroits avec Sébastien Sindeu et Borne SOS 77 avec Ludovic Michaux. Numéro d’écrou 362573 est son dernier roman.

Arno-Bertina-Numero-d-ecrou.gif

L’origine du livre

Le livre est né de la rencontre entre la photographe Anissa Michalon et l’écrivain Arno Bertina à la Villa Médicis de Rome, où ce dernier était résident en 2004-2005. C’est à cette époque qu’Anissa Michalon commence un travail sur la communauté malienne de Montreuil. Après plusieurs échanges et la rencontre d’Anissa Michalon avec Idriss, immigré sans-papiers, Arno Bertina a l’idée d’écrire un texte pour accompagner les photographies et en faire un objet qui s’inscrirait dans la collection Collatéral des éditions Le bec en l’air, à laquelle il a déjà collaboré avec Borne SOS 77 en 2009. Si pendant plusieurs années, Arno Bertina ne savait pas trop de quelle manière aborder ce sujet, c’est en 2012, lors d’un voyage à Alger qu’il trouve la solution : il est alors impressionné par la gentillesse des Algérois avec les touristes étrangers, dont ils ont été privés pendant les vingt dernières années à cause de la guerre civile. Alors naîtra le personnage d’Ahmed, purement fictionnel, qui sera le double littéraire du vrai Idriss.

Le livre sera écrit lors de deux résidences d’auteur, au Château de Chambord, puis à la Marelle, à Marseille. Arno Bertina ayant déjà travaillé avec les éditions Le bec en l’air, il avait une idée précise de la manière dont il voulait articuler la fiction littéraire avec les photographies. Il fut décidé de ne pas intégrer les images au texte, mais de les mettre à la fin du livre, pour renforcer le côté fictionnel du récit et éviter que les photographies ne soient qu’une simple illustration.

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Photo Anita Michalon

 

 

L’histoire

Le narrateur, Idriss, immigré malien et sans-papiers, partage une chambre dans un foyer avec un compatriote qui travaille la nuit. Ils partagent ainsi le même lit à tour de rôle. Dans la journée, Idriss fait le ménage et marche beaucoup. Il doit passer le temps et préfère éviter le métro où les risques de contrôles policiers sont trop importants. Lors d’une de ses marches dominicales, il rencontre Ahmed, émigré algérien, dont la caractéristique principale est la gentillesse et sa volonté d’inviter tous ceux qu’il rencontre à venir chez lui en Algérie. Ils vont passer beaucoup de temps ensemble, mais finalement se parler assez peu. Idriss ne saura pas dire sa souffrance lors du décès d’un compatriote dans le foyer où il réside. Souffrance non pas parce qu’ils étaient proches, au contraire, mais parce que la solidarité obligatoire entre Maliens immigrés lui coûte cher (au sens littéral du terme) et lui rappelle ses obligations financières envers sa famille au village. Il ne pourra pas non plus raconter la douleur que lui occasionnent les appels téléphoniques vers le Mali, où il aimerait tant retourner, ce que son absence de papiers interdit. Et c’est ainsi, qu’il va apprendre, presque par hasard, qu’Ahmed est en prison pour viol sur son ex-compagne, et qu’il se suicide après deux ans de détention. Si dans le texte d’Arno Bertina, le personnage d’Idriss est simple spectateur de sa vie vécue par Ahmed, tous les évènements du récit ont été rapportés à Anissa Michalon par le vrai Idriss. C’est cette ambiguïté que l’on retrouve dans la juxtaposition du texte et des photographies.

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La lecture

Une quarantaine de personnes se sont réunies au Petirama de la Friche La belle de mai, pour assister à la lecture par Arno Bertina. Il y eut d’abord une rapide présentation par le journaliste Pascal Jourdana, qui participe à La Marelle, puis ce fut la lecture proprement dite. Pendant celle-ci, une seule image fixe accompagnait l’auteur, afin de ne pas distraire le public et surtout, encore une fois, pour éviter l’effet d’illustration. Arno Bertina choisit de lire deux passages du début du livre : la réaction d’Idriss lors de la mort de son compatriote Souleymane, d’abord la charge financière que cela représente, puis une réflexion plus spirituelle sur la mort, mais aussi sur sa vie pauvre en France. Ces deux passages représentent 14 pages sur un texte qui en fait 70, soit une part importante. Et ce sont aussi les parties qui sont le plus faciles d’accès. En effet, le récit suit le rythme des pensées d’Idriss, ce qui lui donne une construction souvent décousue, faite de fragments.

 

Un soir que je rentrais en pensant à toutes ces invitations à découvrir un pays merveilleux pourtant quitté, et cherchant – les mains qui tâtonnent, un peu inquiètes – à le soigner de cette tristesse, j’ai appris la mort d’un homme. Souleymane était un ancien du foyer Adona – « chibani » dira Ahmed – et chaque résident faisait ses comptes pour voir ce qu’il pouvait donner à la famille. « On s’est saignés » disent les Français quand ils dépensent pour les études ou les vacances. On se saigne toute l’année, nous, parce que chaque migrant cotise à la caisse de son village reconstitué en France (20 euros par mois, 240 euros pour une année) en ajoutant 30 euros pour le rapatriement de corps (renvoyer un corps au Mali coûte je crois 6000 euros). Il y a aussi, à chaque fois, une collecte supplémentaire. Pour la famille du mort. Au mieux, on gagne 900 euros par mois, 1000. Si on a une chambre en foyer, c’est 300. Reste 600, si on n’a pas contracté de dette auprès du coaxer – qui fait payer le visa 3 millions de francs CFA. On envoie la moitié du reste (300 peut-être) au Mali, et elle fait vivre vingt personnes, toute une concession, alors que l’autre moitié – une fois la cotisation prélevée – suffit à peine à me faire à manger. Alors pour la quête exceptionnelle, c’est compliqué. Mais on ne réfléchit pas, surtout pas – ce serait la honte de ne pas donner le plus que l’on peut ; ça nous mettrait à l’écart de l’association, du village reconstitué, et là-bas ceux de la concession auraient à supporter la honte aussi.

 

La lecture, qui dura vingt minutes, fut suivie de la projection de photographies d’Anissa Michalon, celles qui sont dans le livre, mais beaucoup d’autres, prises dans les foyers où vivent les Maliens, mais surtout dans les villages au Mali, où l’on observe notamment la construction de grandes maisons, grâce aux versements effectués par les immigrés vivant en France.

Enfin, à la suite de la projection, une discussion informelle eut lieu entre Arno Bertina, le journaliste Pascal Jourdana, et l’éditrice Fabienne Pavia. Cet échange permit d’aborder les idées qui ont présidé à la conception de ce livre, depuis l’écriture du texte par Arno Bertina, jusqu’à l’organisation du texte et des photographies. Aussi bien les auteurs que l’éditrice firent très attention à ce que les deux éléments se placent sur des terrains différents, afin de ne pas s’annuler mais plutôt de se compléter. Il était clair pour eux qu’il s’agissait non pas d’un reportage, comme les photographies pourraient le laisser penser, mais d’une fiction, voire d’une bio-fiction. D’où la construction du livre qui mélange tous les éléments, avec trois parties bien marquées : le récit, les photographies et les légendes des photographies, écrites par Anissa Michalon, qui font le lien entre fiction et réalité.

 

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Photo Anita Michalon

 

Bibliographie d’Arno Bertina

Le Dehors ou la Migration des truites, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2001 ; rééd. coll. « Babel », 2003.
Appoggio, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2003.
 Anima motrix, Verticales, 2006.
J'ai appris à ne pas rire du démon, Naïves, coll. « Sessions », 2006.
Anastylose avec Bastien Gallet, Ludovic Michaux et Yoan De Roeck, Fage, 2006.
Une année en France avec François Bégaudeau et Oliver Rohe, Gallimard, 2007.
Ma solitude s'appelle Brando. Hypothèse biographique, Verticales, 2008.
La borne S.O.S. 77 avec le photographe Ludovic Michaux, Le bec en l'air, 2009.
Détroits avec le photographe Sébastien Sindeu, Le bec en l'air, 2012.
Je suis une aventure, Verticales, 2012.
Numéro d’écrou 362573, avec la photographe Anissa Michalon, Le bec en l’air, 2013

 

 

Pour la jeunesse

Énorme avec le collectif Tendance floue, Thierry-Magnier éditeur, 2009.
Dompter la baleine, Thierry-Magnier, coll. Petite Poche, 2012.

 

 

Pour aller plus loin

Le site des éditions Le bec en l’air : becair.com

Le blog tenu par Arno Bertina lors de sa résidence au château de Chambord, autour de l’écriture de Numéro d’écrou 362573 : sebecorochambord.livreaucentre.fr

Un entretien d’Arno Bertina avec Pascal Jourdana pour une radio marseillaise : radiogrenouille.com/audiotheque/a-lair-livre-arno-bertina


Christophe, AS édition-librairie



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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 07:00

pour la réalisation d’un recueil original
« Des écrivains & les Lettres du monde »

 

 Lettres du monde fête cette année ses 10 ans d’activité.  Pour marquer cet anniversaire et prolonger les rencontres littéraires organisées depuis 2004 à Bordeaux et dans la région Aquitaine, l’association a demandé à plusieurs des presque 300 écrivains qu’elle a reçus de lui adresser un texte inédit.

 

 

 

Près de 40 écrivains du monde entier ont répondu amicalement à cette invitation. Cet ensemble de textes, écrits ou traduit en français, composera un panorama littéraire unique et exceptionnel.

Textes de Serge AIROLDI, Riikka ALA-­HARJA, Laura ALCOBA, Kristín Marja BALDURSDÓTTIR, Silvia BARON SUPERVIELLE, Emna BELHAJ YAHIA, Stéphanie BENSON, Lamia BERRADA-­BERCA, Eduardo BERTI, Marek BIENCZYK, Itxaro BORDA, Lisa BRESNER, Ron BUTLIN, Claude CHAMBARD, Sergio CHEJFEC, Jean-­Luc COUDRAY, Dominique DEBLAINE, Victor DEL ÁRBOL, Percival EVERETT, Eddy L. HARRIS, Johan HARSTAD, Guy JIMENES, Fiona KIDMAN, Jake LAMAR, Richard LANGE, Carlos LISCANO, José Carlos LLOP, Colum McCANN, Charif MAJDALANI, Beatrice MASINI, Katarina MAZETTI, Rosie PINHAS-­DELPUECH, Néstor PONCE, Celia REES, Annelise ROUX, Francesc SERÉS, Diego VECCHIO, Enrique VILA-­MATAS.

Dans la limite du tirage réalisé, ce recueil sera disponible en octobre dans différents lieux, dont ceux associés au festival Lettres du monde 2013, à Bordeaux et dans différentes villes de la région Aquitaine. Plusieurs institutions, associations, librairies, villes & bibliothèques ont déjà accepté d’aider ce projet. Ce recueil, d’une centaine de pages environ, ne sera pas en vente, mais il a néanmoins aussi besoin de votre soutien pour exister.

Par une participation de 10 € par exemplaire, non seulement vous contribuez généreusement à sa réalisation mais vous êtes sûr aussi de pouvoir en être le lecteur, car vous en serez destinataire, à sa parution en octobre 2013, directement à votre domicile. Vous pouvez souscrire dès maintenant et jusqu’à la fin du mois de juin (si vous souhaitez plusieurs exemplaires, il vous suffit de faire une addition) en adressant un chèque à cette adresse et à l’ordre de :

 

Association Lettres d’échange
55, rue Blanchard-­Latour
33000 Bordeaux
France

 

en indiquant le nombre d’exemplaires souhaité, vos coordonnées postales et votre adresse e-­mail, pour que Lettres du monde puisse accuser réception de votre courrier et vous tenir informé.

 

 

 


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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 07:00

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L’ensemble Ars Nova est l’un des plus anciens défenseurs de la musique contemporaine en France. Après avoir été créé par Marius Constant, il a été placé sous la houlette du chef d’orchestre Philippe Nahon, qui dirige encore aujourd’hui cet ensemble d’une vingtaine de musiciens de talent. L’ensemble se produit de manière très régulière, en France et à l’étranger, et dans les principaux festivals dédiés à la musique contemporaine.

 

 

 

 

  Philippe Nahon

 

 


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C’est à l’occasion du 50e anniversaire de l’ensemble instrumental Ars Nova, les 7 et 8 Mars 2013, à Poitiers, qu’il a été possible de découvrir la dernière création de Bernard Cavanna, composée à partir d’un pamphlet de Louis Ferdinand Céline contre Jean-Paul Sartre : À l’agité du bocal. Il a été interprété par un orchestre pour le moins hétéroclite, avec trois ténors et un ensemble de 18 musiciens comprenant des bois, des cuivres, des cordes, des percussions, mais aussi un orgue de barbarie, des cornemuses, un accordéon de variété et un cymbalum !


Bernard Cavanna



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À l’agité du bocal, c’est moins d’une dizaine de pages d’une charge violente contre Jean-Paul Sartre, appelé ici Jean-Baptiste Sartre (J.B.S.) : une charge sans aucune mesure, parfois très crue, que l’on peut considérer comme injuste, mais toutefois très drôle.  Cette charge, écrite durant la période d’exil de Céline à Korsor, au Danemark, répond à un texte, Portrait d’un antisémite, où Jean-Paul Sartre accuse Céline d’avoir été payé pour soutenir les thèses socialistes des nazis.
 Ars-Nova-celine.jpeg« Dans mon cul où il se trouve on ne peut pas demander à J.B.S d’y voir bien clair ni de s’exprimer nettement »
À l’agité du bocal, Louis-Ferdinand Céline
 
Selon Bernard Cavanna, Céline cherchait toujours une « petite musique » à faire entendre entre les mots. La question a alors été de superposer ou non une nouvelle musique à celle de l’auteur. Afin de ne pas transformer le texte de Céline, Cavanna a donc fait le choix de tisser sa propre musique, en tentant d’amplifier l’expression, la violence, et la démesure de celle de Céline, pour en arriver à ce qu’il appelle un « bousin pour trois ténors dépareillés et ensemble de foire ».

Ces trois ténors déclament donc au public le texte intégral de cette œuvre de Louis Ferdinand Céline, parfois simultanément, parfois en se partageant ce texte. La voix de Céline est donc « triplée » en quelque sorte. L’orchestre qui l’accompagne, à l’image du texte de Céline, crée un certain chaos, une foire, aidé par des instruments inhabituels, issus de la musique populaire.
 
Vous pouvez lire ce pamphlet de Louis-Ferdinand Céline ici : http://maxencecaron.fr/wp-content/uploads/2011/07/dubocal.pdf
 

Quentin, 2e année bibliothèques

 

 


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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 07:00

 Jeudi 11 Octobre 2012. Le jury du prix Nobel de littérature annonce le nom du lauréat : Mo Yan. L’écrivain chinois, auteur notamment de Le pays de l’alcool et de Beaux seins, belles fesses, succède aux grands noms que sont Faulkner, Camus, Beckett ou plus récemment Vargas Llosa. Les bookmakers qui le donnaient favori ne se sont donc pas trompés. Et pourtant, le choix du jury étonne, et parfois indigne.

 

Tout d’abord parce que Mo Yan faisait face à une rude concurrence : Philippe Roth d’un côté, Murakami Haruki de l’autre. Mais l’Américain et le Japonais appartiennent à cette catégorie que l’institution du Nobel rechigne à récompenser. Celle des auteurs plébiscités par une large part de la presse, mais surtout par une grande partie du public. Le fait qu’ils n’aient toujours pas été récompensés malgré plusieurs apparitions sur la liste n’est donc pas si étonnant. Le comité est souvent pointé du doigt pour sa propension à mettre à l’honneur des romanciers ou poètes méconnus du grand public, et Mo Yan ne fait pas exception. Combien avaient déjà entendu parler de lui avant l’attribution du prix et combien avaient lu l’un de ses livres ?
 
Il faut aussi se souvenir que les oublis sont légion dans l’histoire du Nobel et les raisons en sont variées. James Joyce et Robert Musil par exemple ont tous deux été purement et simplement oubliés. Mais la règle instaurée en 1974 empêchant toute récompense posthume complique sensiblement la chose. Ainsi Marcel Proust et Frederico Garcia Lorca ont été oubliés en raison de leur décès précoce, tandis que Franz Kafka et Fernando Pessoa ont vu l’essentiel de leur œuvre être publiée après leur mort, ce qui a empêché toute reconnaissance de leur vivant. La non-attribution du prix à certains grands auteurs a également été motivée, semble-t-il, par des raisons politiques. Louis-Ferdinand Céline et Ezra Pound par exemple, respectivement pour leurs prises de position antisémites et pro-fascistes. Jorge Luis Borges, pour sa part, aurait été écarté en raison de ses relations avec les dictatures argentine et chilienne.

 

Le fait que Roth et Murakami aient été oubliés au profit de l’écrivain chinois n’est donc pas si choquant lorsqu’on regarde l’histoire du Nobel de plus près. Ce qui a indigné beaucoup de gens en revanche, parmi lesquels des auteurs, chinois ou pas, c’est l’attribution du Nobel au « personnage » Mo Yan, deux ans après celle du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo, toujours en prison à ce jour. Car l’image que l’écrivain donne de lui-même est loin de celle d’un pamphlétaire politique ou d’un dissident bruyant, ce qui énerve quelques-uns de ses contemporains. Ma Jian, écrivain chinois, lui a notamment reproché son manque de solidarité vis-à-vis des auteurs dans le collimateur du régime. L’artiste Ai Weiwei a, lui, déclaré que « Mo Yan poursuit très clairement la ligne du parti et ne montre aucun respect pour la liberté des artistes ». Dans un entretien avec un journal suédois, la lauréate 2009 du Nobel de littérature, Herta Müller, va plus loin en disant : « Donner ce prix à un pareil écrivain, c’est une insulte à l’humanité et à la littérature. C’est une honte que le comité ait fait ce choix, qui ne rend pas honneur à la littérature. »

 

Certes, Mo Yan est membre du Parti, ce que beaucoup voient comme une forme de collusion avec le pouvoir en place. Mais il n’a pourtant envoyé personne en camp de travail. Non. Il se tient à l’écart des controverses politiques, et c’est exactement ce qu’on lui reproche. De ne pas se mettre davantage au service de la pensée contestataire, de ne pas taper plus fort sur l’appareil politique chinois. Car comme beaucoup le soulignent, l’institution suédoise notamment, plusieurs de ses écrits peuvent être jugés subversifs en raison de la critique de la société chinoise qu’ils proposent. Que ce soit dans La dure loi du karma, Le pays de l’alcool ou dans Beaux seins, belles fesses, interdit en 1996 par les autorités, puis redevenu disponible après relâchement de la censure. La critique est bien là, présente, mais elle se fait discrète et intelligente. Mo Yan avance sur la pointe des pieds.  Tout se fait dans l’ironie et le détachement vis-à-vis des événements. Les sujets sensibles sont dissimulés sous le conte (La dure loi du karma) ou sous le projet romanesque d’un personnage (Le pays de l’alcool). Et cette manière de faire lui a sûrement permis d’éviter beaucoup d’ennuis avec le pouvoir et la censure.

 

Et c’est là que le bât blesse. Lorsque l’on parle d’un écrivain chinois, ce n’est pas de la discrétion ou de la prudence que l’on attend. Dans le cas de Mo Yan, tout s’est passé comme si on le mettait au défi de désavouer publiquement son gouvernement et de réclamer bien haut la libération de Liu Xiaobo à l’occasion de son discours d’acceptation. Il n’en a rien fait, exprimant toutefois rapidement son désir de voir Xiaobo libéré « le plus vite possible ». Et ce nouveau « silence », si on peut réellement l’appeler ainsi, a permis aux dissidents de crier à nouveau au scandale. Herta Müller a d’ailleurs beau jeu de dénoncer l’attribution du Nobel à l’écrivain chinois. Son premier roman, publié en 1982, est censuré par le régime communiste roumain sous Ceaușescu puis elle est interdite de publication en Roumanie deux ans plus tard, à la publication en RFA de son deuxième roman. Elle décide alors d’émigrer en RFA en 1987. Elle qui parle « d’insulte à l’humanité et à la littérature » pour Mo Yan s’est pourtant hâtée de fuir vers des horizons plus à même d’accueillir ses velléités libertaires, là où elle n’aurait pas à craindre les foudres de la dictature. Sa critique d’un écrivain ayant choisi la prudence pour continuer à être publié sous le même genre de régime touche de près à la parfaite hypocrisie.

 

Le cas de Mo Yan aide au moins à comprendre certaines choses. Comprendre qu’un écrivain occidental peut se désintéresser de la politique, mais qu’un écrivain soumis aux pressions d’un parti tout-puissant et dictatorial a l’obligation de ne parler que de ça. Qu’un Mo Yan se doit de risquer sa liberté lorsqu’il écrit ou prend la parole. Qu’écrire pour écrire ne se fait qu’en démocratie, et qu’en Chine, on ne se doit d’écrire que des romans clandestins réclamant la liberté. Voilà le fond du problème : Mo Yan est trop timide. Nous voulons des artistes emprisonnés, des martyrs. Mais la valeur d’un écrivain doit-elle réellement se mesurer aux représailles du pouvoir en place ou au nombre d’années passées en prison ?


Mehdi, AS édition-librairie

 

 

MO Yan sur LITTEXPRESS

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Article d'Anaïs et de Manon sur Les Treize Pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mo Yan Le Pays de l'alcool

 

 

 

 

 

Article de Clara sur Le Pays de l'alcool

 

 

 

 

 

 

 

 

beaux-seins-belles-fesses.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Article de Sophie sur Beaux seins, belles fesses

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 07:00

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Une table de la librairie bordelaise La Machine à lire sera à votre disposition pour la vente des ouvrages de l'auteur.

 

 

 

 

 

 

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 13:00

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Paru en 1937 au Royaume-Uni, le roman de JRR Tolkien The Hobbit est la première oeuvre publiée qui nous plonge dans l'univers de la Terre du Milieu.

Le livre paraîtra dans une quarantaine de langue. Pour la France, il faudra attendre la traduction de Francis Ledoux, publiée chez Stock en 1969.

Aujourd'hui en 2012, le public redécouvre les prémices de cette saga extraordinaire non seulement grâce à la sortie le 12 décembre du film de Peter Jackson, Le Hobbit, un voyage inattendu, mais aussi avec la parution de trois nouvelles versions du roman.




Parle-leur de nains, de dragons et de magiciens

Le Hobbit nous raconte l'histoire de Bilbon Sacquet (Bilbo Baggins), un hobbit qui se trouve entraîné par le magicien Gandalf dans une compagnie de treize nains (Bifur, Bofur, Bombur, Gloïn, Balïn, Dwalïn, Oïn, Dori, Nori, Ori, Fili, Kili et Thorïn leur roi) qui ont pour but de reprendre leur foyer, la montagne Erebor, à Smaug, le dragon qui a décimé leur peuple pour s’emparer de leur trésor. Les nains ont besoin de l'aide d'un hobbit pour pouvoir entrer dans la montagne, le dragon ne  reconnaissant pas l'odeur de ce peuple.

Pourquoi Gandalf a-t-il choisi Bilbo pour effectuer cette tâche difficile ?

Le lecteur le comprend implicitement, et cette intuition est confirmée dans le film lorsque Galadriel, la reine du peuple elfique, lui pose la question. Gandalf lui répond alors que l'espoir ne vient pas forcément des héros, des guerriers, mais peut apparaître là où l'on ne l'attend pas.

Le Hobbit présente un univers et un récit composés beaucoup plus comme un conte fantastique que Le Seigneur des Anneaux, pour un public plus enfantin, le texte étant beaucoup plus humoristique et merveilleux.



Trois nouveaux ouvrages

Le 6 septembre 2012 est sortie l'édition annotée par Douglas A. Anderson du Hobbit, traduite par Daniel Lauzon.

Le texte semble plus fluide, les traducteurs ayant fait de nombreuses recherches sur la sonorité.

Certains noms de lieux et de personnages ont été modifiés, comme Sacquet (Baggins) qui devient Bessac, la Forêt Noire (Mirkwood) qui devient Grand'Peur ou encore Fendeval (Rivendell) qui remplace Fondcombe.

L'édition propose également de nombreuses cartes, et deux appendices : l'alphabet runique et L’Expédition d’Erebor, le récit du Hobbit selon le point de vue de Gandalf.
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Puis le 4 octobre sont sorties l'édition brochée de la nouvelle traduction de Daniel Lauzon et une édition illustrée par Alan Lee.
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Ces ouvrages sont édités par Christian Bourgois.

Mais de très nombreux ouvrages ont suivi, comme la version de luxe collector de l'ancienne traduction par Le Livre de Poche en novembre et des livres autour de l'univers de Tolkien comme The Hobbit : le livre officiel du film de Jude Fisher (paru le 6 décembre) ou encore Le Hobbit, un voyage inattendu : chroniques art et design, de Daniel Falconer (paru le 8 novembre), mais également le dictionnaire Tolkien, publié sous la direction de Vincent Ferré (paru le 27 septembre), et Promenades au pays des Hobbits de Jean-Rodolphe Turlin (paru en septembre).

Concernant l'offuscation des fans français quant à la nouvelle traduction du nom de Bilbo, il faut souligner que le traducteur n'a fait que suivre les instructions de Tolkien, données dans son Guide to the names, écrit lors des premières traductions du Seigneur des Anneaux.

On peut également se demander pourquoi les maisons d'édition françaises n'ont pas souhaité faire de même pour Le Seigneur des anneaux, une traduction intégrale en français n'existant pas encore.

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Adaptation cinématographique

Peter Jackson avait exprimé dès 1995 son envie de réaliser The Hobbit, mais les droits appartenant à United Artists, il se contente alors d'adapter Le Seigneur des anneaux, dont les droits appartenaient à New Line Cinema.

Puis en 2006, la société de production Metro-Goldwyn-Mayer rachète United Artists et annonce son souhait de travailler avec Peter Jackson pour adapter le roman. Le scénario est confié, entre autres, à Guillermo del Toro.

Il s'agit alors de réaliser une trilogie dont les deux premiers épisodes seraient basés sur le roman, et le troisième qui se passerait entre Le Hobbit  et Le Seigneur des anneaux.

Le premier volet, sorti le 12 décembre 2012, s'intitule Le voyage inattendu. Peter Jackson nous offre une adaptation plutôt fidèle du roman d'origine, respectant l'histoire tout en lui offrant des images qui viennent remplacer notre imagination.


Et malgré le risque de décevoir les lecteurs avec une adaptation cinématographique, le film fonctionne bien ! On entre immédiatement dans un monde merveilleux, relevant du conte, tout comme le décrit Tolkien. Les fans de la trilogie du Seigneur des anneaux semblent déçus, mais ils partent avec l'a priori que Le Hobbit a été écrit de la même manière alors qu'il n'en est rien. Au contraire, j'ai été agréablement surprise de voir que le réalisateur avait respecté cette ambiance sensiblement différente qui permet pleinement d’entrer dans le film qui nous emporte dans un conte fantastique.

Mais il s'agit bien d'une adaptation ; en témoigne l'apparition de certains personnages comme Galadriel, Saroumane ou Frodon, que l'on ne trouve pas dans le roman.

D'ailleurs, impossible de rester impassible devant les personnages dont on connaît l'histoire future et le destin qui les attend.

Plusieurs critiques ont été faites comme la longueur de certaines scènes (notamment celle des énigmes de Gollum et la course-poursuite dans la grotte des gobelins). En effet, on ressent complétement l'effet marketing d'une trilogie, alors qu'un seul épisode aurait largement suffi pour adapter ce roman d'environ 300 pages.

J'ai pu également observer un regret face au manque de surprise du film, puisque l'on connaît le destin des personnages, et notamment le fait que Bilbo va toujours s'en sortir, puisque c'est lui qui nous raconte l'histoire. Aux gens qui ont émis cette critique, j'ai envie de répondre que l'intérêt ne se situe pas dans l'attente de la mort de tel ou tel personnage mais que, comme le titre l'indique, il s'agit là du récit d'un voyage, aller et retour. Et que l'intérêt de l’adaptation d'un roman ne réside pas dans la surprise, puisque l'on peut aisément connaître le récit en lisant l'ouvrage, mais dans la façon dont le film adapte ce récit. De plus, j'ai tout de même sursauté de peur pour nos héros à de nombreux moments, notamment dans la scène du combat des Géants de pierre.

Ce premier épisode s'achève devant Ereborn, notre compagnie sauvée par les Aigles Géants appelés par Gandalf pour les sauver d'une prise avec l'armée des Orcs menée par l'Orc Pâle, Azog (une autre critique a été fondée sur le fait qu'il n'y a aucune suprise face à la rescousse des Aigles Géants, procédé déjà utilisé par Gandalf dans Le Retour du Roi, mais les gens qui formulent cette critique ne semblent pas avoir lu les romans, puisque Tolkien a écrit la scène ainsi).
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Alors que Bilbo prononce ironiquement : « Je pense que le pire est derrière nous », le dragon Smaug se réveille, enseveli sous la montagne d'or des nains. Le suspens est total, car l'on ne voit pas vraiment le dragon durant tout le film (une patte ou un oeil tout au plus).

Pour ma part, je ne formulerai que deux critiques : la réalisation d'une trilogie n'était clairement pas nécessaire pour rendre compte du roman et le choix de beaux acteurs pour incarner des nains ne me semble pas judicieux, les nains étant censés être des personnages trapus et pas particulièrement agréables à regarder.

 

 

Car ça, ce n'est pas

une tête de nain.

Louna, AS bib.

 

 

 

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 13:00

Colloque international, du 13 au 15 décembre 2012.

Ameriber (Amérique latine, Pays ibériques).

Université de Bordeaux 3.

 

 

 

« Sommeil de la raison et réveil des monstres : les Templiers zombies d’Amando de Ossorio. »

Emmanuel Le Vagueresse, agrégé d’espagnol, ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay/Saint Cloud, docteur à l’Université Paris-3, est actuellement Professeur de littérature espagnole moderne et contemporaine et de cinéma espagnol à l’Université Reims Champagne-Ardenne (URCA).

Immédiatement, ce titre évoque la gravure de Goya : « El sueño de la razon produce monstruos ».
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L’auteur endormi est sur le point de se faire envahir par des créatures monstrueuses. On peut y lire l’évocation de l’artiste rendu oisif par le manque de raison et le pouvoir de sa propre imagination.  « Sueño » signifiant à la fois rêve et sommeil, cela signifie que la raison dort ou qu’elle rêve. « L’imagination abandonnée par la raison engendre des monstres impossibles ; quand elle y est unie, elle est la mère des arts et la source de leurs merveilles » (commentateur anonyme de l’époque).  On peut y lire une déclaration d'adhésion aux idéaux des Lumières.

Ce titre évoque l’importance du motif du sommeil dans les arts et la littérature. Il fait également un lien avec le lieu de cette rencontre car le lieu accueillant la rencontre n’est autre que la dernière demeure de Goya, abritant aujourd’hui l’Institut Cervantès.

 Par ce sujet, Emmanuel Le Vagueresse se propose d’étudier les implications sociopolitiques dans l’œuvre d’Amando de Ossorio et notamment dans sa tétralogie dite « des Templiers » : les films de Templiers-zombies comme métaphore et critique de la société espagnole de la fin du franquisme.

 

Un réalisateur populaire
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Amando de Ossorio est né en 1918 à La Corogne, dans le milieu de la moyenne bourgeoisie. Il est mort en 2001 à Madrid, pratiquement oublié. Il réalisera une vingtaine de films entre 1956 et 1984, essentiellement des films d’horreur fantastiques. C’est entre 1971 et 1976 qu’il a réalisé la majeure partie de ses films : période faste que l’on a appelée le fantaterror ibérique. C’est un mélange de fantastique et de terreur. La Noche del terror ciego qui signifie littéralement « La Nuit de la terreur aveugle » (traduit par « La Révolte des morts-vivants »…) a été réalisé en 1971. Il s’agit du premier opus de quatre épisodes. Cette saga constitue pour les amateurs du cinéma populaire espagnol l’un des rares mythes du fantastique de terreur espagnole. Les films d’horreur espagnols des années 70 appartiennent au genre des séries Z. Ce terme est né à Hollywood dans les années 50, pour désigner les films ayant un budget encore plus réduit que celui des films de série A et série B. Il s’agit de films produits en marge du circuit cinématographique industriel classique.

 

Rôle de la contrainte dans la création, imposée par la censure.

Il s’agit de comprendre la réception favorable de ce film à un moment donné de l’histoire ainsi que d’étudier l’apport d’Ossorio dans le fantastique de terreur de façon plus large.

Sous le régime du général Franco, les subventions étaient réservées au cinéma patrimonial et folklorique. Le régime exerçait une censure a priori, notamment pendant le tournage, ce qui n’empêchait pas une censure àa posteriori. Ainsi le premier film d’Ossorio, La Bandera negra, en 1956, plaidoyer contre la peine de mort fut interdit d’exploitation en salle.

Le cinéma de Ossorio se situe donc dans le courant du fantaterror dont on note une véritable explosion dans les années 70. Selon Jean-Claude Seguin, ce mouvement s’inscrit dans les sous-genres du cinéma espagnol des années 60. Mais il n’y a pas de tradition fantastique en Espagne et le régime conservateur de Franco n’a pas encouragé son développement, apercevant les puissances subversives contenues dans ce genre de film : le régime craignait que ces images peu consensuelles d’une société en décomposition ne donnent des idées de meurtre aux jeunes.

La décennie 70 est la grande décennie du genre et du sous-genre dans le monde entier avec une  prolifération de films de fantaterror, et notamment d’horreur, de terreur avec des monstres et des zombies en tous genres qui en constituent l’élément fantastique. Les figures du fantastique ont été déclinées par les cinéastes espagnols comme Frankenstein ou Dracula. Ces films étaient souvent réalisés en coproduction avec l’étranger (ici avec le Portugal). Ils étaient alors tournés en deux versions, dont la plus violente était réservée à l’exportation. S’ils ne plaisaient pas au régime, ces films rapportaient de l’argent et le système de la double version permettait de sauver les apparences.

Cependant, dès les années 70, la disparition des cinémas de quartier qui projetaient ces films populaires signe le déclin du sous-genre.

 

La Noche del terror ciego

La tétralogie de Ossorio constitue un bel exemple de ce fantaterror qui mêle monstres immémoriaux et terreur pure. Le premier épisode de la saga connut un gros succès dès sa sortie en 1971 : avec lui se posait immédiatement le problème du contenu sociopolitique de cette histoire de morts-vivants, chevaliers martyrs de l’ordre des Templiers, morts les yeux brûlés au Moyen-âge et qui sortent de leur sommeil séculaire pour revenir hanter les vivants de nos jours, sous la forme de squelettes chevauchant leurs montures.

La question de la portée sociopolitique des films d’horreur et fantastiques est admise : en tant de crise, de peur, les monstres et le fantastique ont tendance à proliférer. Le spectateur espagnol des années 70 du général Franco peut voir dans ces films la métaphore visuelle de cette décennie moisie, létale et paniquée, gouvernée par un vampire. D’où la prédominance de la terreur sur le fantastique, comme sorte de catharsis : la violence idéologique et morale du pays se manifestait par l’horreur visuelle. Cependant les censeurs ont demandé que ces films ne donnent pas l’impression de se dérouler dans la calme et accueillante Espagne. C’est pourquoi le film se déroule explicitement au Portugal, bien que le monastère cistercien de El Cercón de Madrid soit l’un des lieux de tournage, comme indiqué dans le générique. La censure était plus indulgente dans les cas de coproductions : des stratagèmes permettaient de gommer le côté espagnol des films, comme angliciser les noms des héros. Dans le cas de La Noche, De Ossorio a insisté sur la coproduction avec le Portugal auprès de la censure bien que le Portugal ne soit que très peu intervenu dans l’élaboration du film.

Après la mort de Franco, De Ossorio a affirmé dans un entretien qu’il y avait bien un côté politique dans sa saga. Selon lui, les Templiers morts-vivants aveugles représentaient  le régime fasciste tandis que les victimes étaient le peuple.

Cependant, dans la dialectique entre l’intention de l’auteur et l’attente du récepteur, compliquée par le jeu de la censure, il n’est pas certain que le spectateur espagnol de ces années-là soit venu chercher un message caché.

 

Influences
 
Le film ne présente pas une terreur qui ne renverrait qu’à elle-même et au cinéma : le film s’inscrit dans une mythologie archi-textuelle des histoires de monstres davantage que du fantastique qu’incarnent ici les zombies.

Le scénario est simple : le film raconte l’histoire, à l’époque contemporaine, d’un trio : un homme (Roger Whelan) et deux femmes (Betty Turner et Virginia White), en proie au réveil de chevaliers templiers dans les ruines d’un château. Virginia sera tuée lors d’une nuit, seule dans les ruines du château après une dispute avec le couple. Roger et Betty tenteront de s’opposer aux zombies. Betty sera la seule rescapée mais dans la scène finale, les Templiers s’attaquent à un train de voyageurs provoquant un véritable carnage.

De Ossorio a affirmé s’être inspiré de La Nuit des morts-vivants (1968) de Romero, film qui devient vite la base de l’horreur concrète et métaphorique des films des années 70.

Cependant Ossorio invente un zombie sec puisé dans l’histoire du Moyen-âge, invention qui apporte un semblant de caution culturelle au film et enracine le film dans des racines et des légendes communes. C’est là la nouveauté du regard d’Ossorio sur le fantastique des monstres de cinéma. Ce modèle de monstre possède son côté ibérique : la légende des Templiers s’inspire de l’ordre religieux pendant la guerre Sainte : cet ordre fut combattu par l’Inquisition en Espagne.

Des rapprochements ont pu être faits avec Gustavo Adolfo Bécquer et ses légendes espagnoles : ce dernier a créé des histoires dans lesquelles se mêlaient légendes séculaires, surnaturel et récit gothique.

 

 « Ses cheveux se hérissèrent d’horreur. Il venait de voir, sous des capuchons relevés, les mâchoires décharnées, les blanches dents, les noires cavités des yeux de têtes de morts, et à moitié couverts de vêtements en lambeaux, les squelettes des moines précipités jadis, du portail de l’église dans le gouffre » (El Miserere).

 

Bien souvent, des ruines désertes et abandonnées sont le théâtre de l’action des légendes de Bécquer. Notamment des ruines d’anciens châteaux ou des édifices religieux, comme dans El Miserere.

Par ces légendes, Bécquer se fait légataire de la culture populaire médiévale : en enracinant ses récits dans les traditions de son pays, il est un héritier de la culture populaire espagnole, démarche reprise par Amando De Ossorio.

 La référence médiévale agit également sur l’œuvre d’Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit.

 

 

  Un rêve

J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note.
                Pantagruel, livre III.

Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, – une forêt percée de sentiers tortueux, – et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.

     Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.

Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.

Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit - Livre III – 1842

 

Une des grandes idées d’Ossorio réside dans son rythme « alenti » comme disait Proust, de faire se déplacer les chevaliers au ralenti : ce rythme particulier produit la sidération du cauchemar. Et l’un des aspects les plus subversifs réside dans le choix des Templiers, les « méchants », empreints d’un certain puritanisme religieux.

Le film a marqué son époque et le public : il manifestait une certaine originalité dans le cadre du fantaterror et de ses règles. Compte tenu des contraintes qui ont pesé sur l’œuvre d’Ossorio, soit la censure et le manque de moyens, nous ne pouvons que saluer le travail de cet artisan du cinéma bis. On note aujourd’hui une résurgence du mythe du zombie, dans le cinéma comme dans la littérature. La figure littéraire du zombie dénonce l’asservissement de l’esclave. Dès les années 1920, Lovecraft invente une créature morte-vivante dans Herbert West, réanimateur que l’on retrouvera dans l’œuvre de Romero.

Dans les années 80 et 90, le personnage du vampire représente la peur du Sida. Tout au long du XXème siècle, on assiste à un lent processus d’humanisation du vampire, il va être peu à peu introduit dans la littérature enfantine, au point de s’éloigner de l’image de créature diabolique de ses origines. Tout comme pour les zombies, la littérature vampirique est riche en période de crise.

 

2ème intervention

Le colloque se poursuit par une intervention de Philippe Merlo Morat :

« Entre le sommeil et la mort : le cas particulier de la dormition de la Vierge dans les textes apocryphes et dans quelques tableaux espagnols ».

Philippe Merlo Morat est professeur de littérature espagnole à l’Université Lyon 2.

Il présente ici des travaux de recherche en cours d’élaboration qui s’inscrivent dans le projet ARC et ANR, né des réflexions d’étudiants sur les références à la Bible lors d’enseignements divers : ils ont fait part de leur méconnaissance des textes religieux. Il a donc été décidé le lancement d’un enseignement de culture religieuse par l’université laïque.

Le sommeil est considéré comme la source du rêve et l’antichambre de la mort. Le dieu du sommeil chez les Romains est connu sous le nom d’Hypnos chez les Grecs. Les divinités du sommeil sont présentes dans de nombreux récits mythologiques.

Dans la Bible, on trouve de nombreux rêves dans lesquels l’Éternel apparaît pendant le sommeil à divers personnages.

On utilise le mot dormition (de « dormitio » : sommeil) pour désigner la mort de la Vierge. À l’origine, le terme la koimesis désigne une mort provisoire : celle des saints et des pieux fidèles quand il ne s’agit pas d’une mort violente. On parle de dormition pour la Vierge pour exprimer la croyance selon laquelle elle serait morte dans un état de paix, éloigné des souffrances. Cependant, cette théorie de la dormition n’est toujours pas considérée comme un dogme par les églises orthodoxes car il ne repose sur aucune source scripturaire mais est uniquement dans des récits apocryphes (textes qu’on ne trouve pas dans la Bible) comme le Pseudo-Jean, sur la mort de Marie. Ces textes apocryphes et les nombreuses représentations iconographiques ont eu une influence sur les croyants si bien qu’elle est désormais acquise.

 

La dormition dans les textes apocryphes
 
Cet épisode de la mort et de l’Assomption de la Vierge n’est pas évoqué dans le Nouveau Testament. On en a une évocation dans l’Apocalypse, XII : Ap 12:1-

 


Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; Ap 12:2-

 

 

elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement. Chapitre 12 de l'Apocalypse, Bible de Jérusalem

 

Cette femme ferait référence à Marie, après son Assomption.

Il faut attendre le IIIème et le IVème siècle pour qu’une littérature orale s’approprie la vie de Marie, car dans les Écritures canoniques, on n’a que très peu de choses (5 évocations chez Matthieu, 12 chez Jean). La première trace de la foi en l’Assomption de la Vierge est présente dans les récits apocryphes intitulés « Transitus Mariae », dont l’origine remonte aux IIème et IIIème siècles. Il s’agit de représentations populaires : très vite les chrétiens auraient affirmé que la Vierge Marie aurait connu la mort mais, préservée de tout péché, n’a pas connu la corruption de la mort.

Le récit de la mort et de la résurrection de marie vient d’un évangile apocryphe : Le discours de Saint Jean le Théologien sur la dormition de Marie : sont évoqués le départ du corps de Marie au paradis et le transfert de son corps.

 

Départ de l’âme de Marie au ciel : différence entre le corps et l’âme pendant le sommeil

 

39. Le Seigneur appela sa mère et lui dit : « Marie ! » Elle répondit : « Me voici, Seigneur ! » Et le Seigneur lui dit : « Ne t'afflige pas, mais que ton cœur se réjouisse et soit dans l'allégresse, car tu as obtenu la faveur de contempler la gloire qui me fut donnée par mon Père. » La sainte Mère de Dieu leva les yeux et vit en lui une gloire qu'une bouche humaine ne peut dire ni saisir.

Le Seigneur, restant à côté d'elle, lui dit : « Voici que maintenant ton précieux corps sera transféré au paradis, pendant que ton âme sainte sera aux cieux dans les trésors de mon Père, dans une clarté supérieure, où sont la paix et la joie des anges saints et plus encore. »

 



Transfert du corps de marie au Paradis :

 

48. Après que ce miracle se fut produit, les apôtres portèrent la bière et déposèrent le précieux et saint corps à Gethsémani, dans un tombeau neuf. Et voici qu'un parfum délicat se dégagea du saint tombeau de notre Maîtresse, la Mère de Dieu. Et, pendant trois jours, on entendit des voix d'anges invisibles qui glorifiaient le Christ, notre Dieu, né d'elle. Et, le troisième jour achevé, on n'entendit plus les voix. Dès lors, nous sûmes tous que son corps irréprochable et précieux avait été transféré au paradis.

 


Les trois jours sont symboliques car la résurrection du Christ eu lieu au troisième jour.

On parle du corps et non du cadavre. Les apôtres auraient été présents auprès de Marie lors de sa mort et auraient ainsi pu témoigner de sa résurrection. Tout s’inverse : lors de la naissance du Crist, Marie portait son fils dans ses bras et ici, elle naît au ciel dans les bras de son fils. Elle serait la première à ressusciter dans son corps, trois jours après sa mort, comme pour le Christ, selon les apocryphes.

Saint Modeste de Jerusalem et l’Assomption (VIIème siècle) : dans son homélie, considérée comme la plus ancienne affirmant l’Assomption de Marie, Modeste affirme que le corps virginal de Marie n’a pas connu la corruption :

 

 «  [Jésus] après l'avoir appelée auprès de lui, l'a revêtue de l'incorruptibilité de son propre corps et l'a glorifiée d'une gloire incomparable ; en lui donnant son hérédité, parce qu'elle est sa très sainte Mère, selon ce que chante le psalmiste : « La reine se tient à ta droite, magnifique dans un vêtement où brille l'or et diverses couleurs » (Ps 44, 10). (Homélie sur la dormition, n°5)


La dormition en images : traditions chrétiennes d'orient et d'Occident

sommeil-image-2.jpgLa mort de la Vierge, Le Caravage, 1606. Musée du Louvre

 


La Vierge y est entourée des apôtres : les onze hommes sont âgés sauf Jean (qui évoque l’Assomption dans son Apocalypse), imberbe, le plus proche de la Vierge. Marie-Madeleine est au premier plan. Saint Pierre est représenté en habits de prêtre car il est considéré comme le premier Pape. L’expression et la position des protagonistes évoquent l’affliction, la douleur. La Vierge est allongée, les yeux fermés illustrant un sommeil profond. Elle est en sainteté car son auréole est représentée. Il lui faut être plongée en dormition pour que le Christ vienne « en mandorle » (symbole d’une autre dimension : la mandorle évoque la sphère céleste et est utilisée pour exprimer un passage). Selon les textes apocryphes, la dormition de la Vierge s’est produite alors qu’elle avait entre 60 et 72 ans. Ici, Le Caravage la représente avec des traits jeunes car elle n’a pas été touchée par le péché et n’aurait pas eu de maladies.

 

sommeil-image-3.jpg             La Mort de Marie, Duccio, Sienne, musée de l’œuvre du Dôme


Le Christ est ici représenté au centre, accueillant l’âme de Marie qui vient de mourir. Les apôtres sont également représentés, dirigés par Jean. Apparaît ici le thème du dédoublement.

 

Le sommeil : source de dédoublement

La question de l’âme pose le problème de son illustration, de sa représentation. En effet, le Christ vient chercher l’âme de la Vierge : dans le tableau du Duccio, ce dernier est représenté portant une miniature de la Vierge. Le sommeil enfante un être plus petit : l’âme. Le corps laisse place au divin.

 

sommeil-image-4.gif    ·         La Dormition de Kosatky

 

 

 

Le sommeil prépare à l’au-delà : naître en mourant

Le sommeil permet le passage à une autre dimension

 

sommeil-image-5.jpgLa mort de la Vierge      , Andrea Mantegna

 

Mantegna représente une vierge âgée. On a ici la création d’une autre dimension par la création du tableau dans le tableau. Avec les lignes de fuite, la perspective converge vers l’extérieur créant une idée de passage, de transition. C’est une représentation de Venise que nous offre la perspective, Venise, le passage entre l’Orient et l’Occident. Le sommeil est propice aux déplacements : le transit ou le transfert.

 

La mandorle : le sommeil au cœur de la séparation de l’âme et du corps

 

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        La dormition de la Vierge, Andreas Ritzos, 1480.

 


La mandorle désigne une figure en forme d’ovale dans laquelle les personnages sacrés s’inscrivent. Dans les représentations de la nativité, la mandorle est le lit. Dans les dormitions, comme ici, c’est l’âme qui est représentée dans la mandorle, que vient recueillir le Christ. Elle exprime une autre dimension.

 

Après le sommeil, premiers pas vers l’assomption
  sommeil-image-7.jpg          La mort de la Vierge, Bartolomeo Bermejo.

 

   
La représentation de l’encensoir évoque les sens, les facultés soporifiques de certaines plantes provoquant l’état de sommeil. La séparation  du corps et de l’âme est simultanée.

 

Conclusion

Le sommeil à l’origine de la gloire et du pouvoir. Le sommeil est une étape nécessaire pour accéder à la gloire : le couronnement de la Vierge suit la dormition. En Orient le sommeil s’apparente à un endormissement profond ; en Occident, le sommeil va jusqu’à une véritable mort. Ce qui reste est le corps, la corruption, la douleur. La dormition est une sorte de coma. Le sommeil est le lieu de tous les pouvoirs. Ainsi les surréalistes le considèrent comme une source d’inspiration dans la création littéraire.


O.H., A.S. BIB.

 

 


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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 13:00


Ce samedi 15 décembre, avant-dernier week-end avant les fêtes, en quête de cadeaux de Noël et d’événement littéraire, je me dirige tout d’abord vers la librairie Mollat où j’ai prévu d’assister à la rencontre avec trois membres de Charlie Hebdo.

Il s’agit de Charb, Catherine Meurisse et Tignous. Charb est le directeur de l’hebdomadaire depuis le départ de Philippe Val en mai 2009 et également un des plus précieux dessinateurs du journal. Catherine Meurisse et Tignous sont également des dessinateurs réguliers de l’hebdomadaire satirique.

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Ces trois dessinateurs et auteurs étaient présents pour présenter et dédicacer la dernière parution de la maison Les échappés, appartenant à Charlie Hebdo et publiant ses auteurs. En effet, est sortie en librairie le 18 octobre dernier une compilation des meilleurs dessins couvrant la période 1992-2012 : 20 ans de Charlie Hebdo. Ce pavé de 320 pages reprend plus de 1 000 dessins dont ceux de Cabu, Wolinski, Jul (Silex and the city), Riad Sattouf (La Vie secrète des jeunes), Tardi (Le Cri du peuple, Adèle Blanc-Sec), Charb, Tignous, Catherine, Gébé (ancien directeur de publication), Willem et bien d’autres encore…


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Ils dédicacent tous trois dans l’espace « Expo » de chez Mollat, la file d’attente est longue et la pile de vingt ans de Charlie Hebdo diminue à grande vitesse et doit être régulièrement réapprovisionnée par les libraires. Après quelques quarts d’heure d’attente, je peux enfin rencontrer les trois dessinateurs. À commencer par Charb qui demande pour qui sera le livre et quelle est un peu sa vie afin de personnaliser le dessin au maximum. Le trait du dessinateur est très rapide et sûr, et le dessin apparaît vite sous les traits du gros marqueur noir. On reconnaît tout de suite le style de Charb. Je lui pose quelques questions concernant l’album et la sélection des dessins et j’apprends que les dessins ont été choisis en fonction des événements marquants de ces deux dernières décennies ou en fonction de leur succès parmi les dessinateurs. Charlie Hebdo est revenu dans la presse française en 1992 après onze ans d’absence, cet album a pour but de bien montrer que Charlie Hebdo a réussi à rester et se faire une place dans l’actualité française malgré des difficultés financières (pas de publicité dans le journal et de nombreux procès par l’extrême-droite catholique française). L’ouvrage passe ensuite dans les mains de Catherine, jeune dessinatrice et illustratrice qui croque rapidement un dessin selon toujours la personnalité du lecteur. L’ambiance est toujours conviviale, les lecteurs discutent entre eux et apprennent à se connaître en partageant leurs anecdotes à propos de l’hebdomadaire, autour des trois auteurs. Au bout de la table, Tignous, caché derrière la pile de 20 ans de Charlie Hebdo en retard, réfléchit très consciencieusement au dessin qu’il pourra faire. L’inspiration vient beaucoup moins vite que pour les deux premiers mais le résultat est tout aussi satisfaisant.

Cette rencontre a été très plaisante, l’occasion de parler avec des auteurs de l’actualité en France et de sympathiser avec d’autres lecteurs. Cela permet aussi de mettre des visages sur des dessins, les dessinateurs ayant tous un style très différent.

À la fin de cette rencontre, je me dirige vers une dédicace au secteur jeunesse. J’observe. Il s’agit de l’auteur Olivier Tallec, qui dédicaçait le dernier volume de Rita et Machin aux éditions Gallimard Jeunesse. La queue est aussi longue que chez Charlie Hebdo, l’album faisant un cadeau parfait pour un petit enfant dans les jours à venir. Olivier Tallec est illustrateur jeunesse publiant souvent au Père Castor (Grand loup petit loup -  La croute) et chez Gallimard pour la série Rita et Machin. Il est aussi dessinateur occasionnel pour de nombreux titres de presse parmi lesquels Elle, Télérama ou bien Libération.


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Les dédicaces sont très belles, le coup de crayon est soigné et les dessins très épurés grâce au style presque bichromique d’Olivier Tallec (dessins en noir et blanc accompagnés de rouge). Les enfants seront ravis au matin de Noël de découvrir un album dédicacé. Brièvement, Rita et Machin raconte les aventures d’une petite fille et de son chien à la tache rouge très reconnaissable.
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Je sors ensuite de la boutique et tombe sur une lecture au « 91 rue Porte-Dijeaux ». Il s’agit de l’animation « Conte et raconte », fruit d’un partenariat entre la librairie Mollat et le conservatoire de Bordeaux Jacques Thibaud. Il s’agit cette fois de l’acte II : Même pas peur.

Pour ne pas déranger la représentation, je choisis de rester dehors et de regarder derrière la vitre. La salle comprend quelques parents et surtout des enfants, et les quelques acteurs qui présentent les contes. Ces acteurs sont les élèves de la section « Comédie » du conservatoire de Bordeaux. Le projet est de donner envie de lire aux enfants par la lecture de contes sur diverses thématiques comme : la peur, l’apprentissage de l’autonomie ou bien la curiosité et la découverte du monde extérieur.

Le thème du jour est la peur et la lecture se fait autour de quatre ouvrages :

  • Le crafougna de Stéphane Sevrant
  • Mille petits poucets de Yann Autret
  • La chasse au monstre de Norbert Landa
  • L’arbre sans fin de Claude Ponti


Les comédiens sont parfaitement imprégnés de leurs rôles et la lecture a l’air de plaire aux petits et grands de la salle.

Je me dirige maintenant vers Bd Fugue, rue de la Merci, où par surprise je m’aperçois qu’une dédicace est en cours. Ce samedi est décidément bien chargé et les libraires en profitent pour attirer encore plus de monde dans leurs librairies. Il s’agit ici d’une rencontre avec Turf, l’auteur et dessinateur de la bande-dessinée Magasin Sexuel parue chez Delcourt.


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L’attente a l’air d’être beaucoup moins longue ici, même si le dessinateur a l’air de prendre son temps pour dessiner. Mais le résultat est toujours là avec de grandes dédicaces en pleines pages assez magnifiques. Magasin sexuel est la dernière série de Turf ; avant cela, il a publié chez Delcourt aussi la série à succès La Nef des fous, comprenant 9 volumes et achevée en 2009. Magasin sexuel est une bande-dessinée humoristique à destination d’un public ado-adulte. Il s’agit de l’histoire d’une jeune commerçante ambulante, proposant des sex-toys sur les marchés d’un petit village. Forcément, la réaction des habitants peu habitués à ce genre d’objets sera une grande partie de l’intrigue des albums.


De plus, une fois rentrée, je me suis rendue compte de l’animation jeunesse à La Machine à lire, où la librairie recevait Henri Galeron pour son album Paysajeux, une image peut en cacher une autre, publié chez Les grandes personnes.


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En conclusion, un samedi riche en rencontre littéraires où j’ai pu aborder des auteurs, dessinateurs et comédiens aux genres très variés. Cela a aussi été l’occasion d’observer les animations proposés en librairie pendant les périodes de fêtes où les dédicaces sont nombreuses et surtout pour des ouvrages humoristiques ou se destinant à la jeunesse.


Jessica, Année spéciale Édition-librairie

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Published by Jessica - dans EVENEMENTS
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 07:00

 autour de son livre
Journal de taule,
éditions L'Harmattan,
décembre 2011.
La Machine à lire
mardi 26 novembre 2012.

 

En entrant dans la librairie La Machine à lire, je suis surprise par le nombre de personnes assises venant écouter le récit de cet ex-détenu. Je ne pensais pas que ce sujet délicat aurait pu attirer tant de monde. La rencontre est animée par Christian Jacquot dans le cadre de la semaine sur le thème : « Prisons, ce n'est pas la peine d'en rajouter » organisée par le Groupe national concertation prison (GNCP). J'ai également rencontré Christophe de la Condamine en petit comité à la médiathèque de Lormont le vendredi 7 décembre 2012. Nous étions quatre personnes et avons pu lui poser quelques questions. Il nous a livré diverses anecdotes de sa vie à l'intérieur de la prison mais aussi à l'extérieur.

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Quelques mots sur l'écrivain

Christophe de la Condamine vient présenter son unique ouvrage afin de sensibiliser les gens à l'univers carcéral ainsi qu'à la réinsertion d'ex-détenus.

Cet homme de 48 ans a été incarcéré pour avoir commis le braquage du péage de Virsac en Gironde avec l'aide de deux complices dans la nuit du 11 au 12 novembre 2002. Il a été interpellé deux ans après les faits. Sa détention durera de 2004 à 2008, il sera jugé à deux reprises et séjournera dans quatre prisons et centres de détention différents (Saintes, Angoulême, Gradignan et Mauzac).

J'ai choisi ce livre car j'étais curieuse de découvrir l'univers carcéral à travers un récit de vie « émouvant ». La conférence prend la forme d'un véritable témoignage.

 

Pourquoi écrire un journal ?
 

  • Pour se protéger


Journal de taule est le récit d'une véritable personne qui est plongée de façon inattendue dans le milieu carcéral. Christophe de la Condamine a ressenti dès le début de son incarcération un besoin d'écrire, non pas pour le plaisir de raconter, mais d'abord pour se protéger. Pour lui, il était important de distancier le corps et l'esprit. Le journal est construit au jour le jour, avec une approche « journalistique ».

 

  • Un rapport étroit à l'écriture


 Depuis son enfance, l'auteur a un rapport étroit à l'écriture, qu'il nous avoue :

« Depuis mon enfance, j'ai toujours baigné dans la lecture, même si je n'ai pas mon bac. Puis l'envie d'écrire est venue. Une fois en prison, l'écriture a été une manière de me protéger. J'ai choisi d'écrire sur le mode journalistique. Pour m'obliger à prendre du recul. Journal de taule est une succession de flashs. Ce n'est pas de l'écriture romanesque. »

 

 Le rapport à l'écriture est donc un réflexe de sauvegarde, une prise de distance vis-à-vis du « Pays du Dedans ». Néanmoins, il nous raconte que l'accès à l'écriture n'a pas été sans difficulté. Il est en effet difficile de se procurer du papier car les détenus n'ont que très peu d'argent. C'est d'ailleurs un des problèmes récurrents de l'œuvre. Un détenu a environ 150 euros par mois, avec cela il peut s'acheter de la nourriture, du tabac ainsi que des enveloppes, des timbres et du papier pour écrire. De plus, il est également difficile de travailler en prison. Il nous explique qu'il a été bibliothécaire au début de sa détention à Saintes. Il n'était pas rémunéré mais cela lui changeait l'esprit et lui a permis de « casser la routine ».  Pour lui, la lecture fut l'une de ses échappatoires pour lutter contre la solitude. Il déclare à ce propos :

 

« J'ai toujours lu, mais la prison est le lieu où les mots, les mots des autres, sont devenus vitaux, qu'ils décrivent comment monter une mezzanine, soigner des rosiers, les malheurs de Marie-Antoinette, peu importe. À part s'évader pour de vrai, ils sont l'unique échappatoire et surtout la seule façon de s'isoler vraiment. Il n'y a pas de silence en prison. La solitude est toujours accompagnée, seuls les livres permettent d'oublier le bruit. Ils sont l'unique façon de rendre inaudible le fond sonore, que ce soit celui des hurlements de désespoir le soir – auxquels on ne s'habitue jamais –, le bruit des chariots, des télés ou radios qui transpercent les murs. J'ai éclusé toute la bibliothèque. En prison, je lisais un bouquin par jour. »

 

Il a écrit deux fois dans sa vie. Tout d'abord à 25 ans après un chagrin d'amour mais il n'a rien publié à ce sujet. Puis Journal de taule.

 

  • Pour combattre le temps qui passe

 
En prison, les détenus doivent faire face à un temps non pas linéaire mais circulaire. L'auteur a donc trouvé un moyen pour tenter d'échapper à ce dernier ainsi que d'échapper à l'attente : l'attente du jugement, des visites (femmes, mères, filles), des lettres.. Tout cela leur permet de structurer le temps et d'éviter de perdre le peu de repères qu'il leur reste. Le temps est fractionné, morcelé. Son récit retranscrit à l'identique ce qui se passe en prison il décrit réellement ce qu'il a vécu.

 

  • Pour tenter de faire comprendre la réalité carcérale


Plus qu'un journal, c'est un véritable témoignage que Christophe de la Condamine nous livre. Pour lui, il est nécessaire de parler de son vécu pour que chacun puisse se rendre compte de cette réalité. C'est l'une des raisons qui m'ont amenée à cette rencontre car c'est un sujet que je connaissais vaguement et un témoignage me semblait pertinent.

Christophe de la Condamine a obtenu son bac l'an dernier, il est à la recherche d'un travail et consacre du temps aux associations.

 

Le débat
 
Après la présentation du livre, la rencontre se poursuit par de nombreuses interventions du public (j'ai d'ailleurs été surprise par leur nombre, ce qui prouve peut-être que le sujet donnait à réfléchir).

Le médiateur anime la rencontre par plusieurs questions, sur l'oeuvre mais aussi des questions plus concrètes sur l'univers carcéral, les conditions des détenus (questions qui sont évoquées dans le livre). Nous abordons plusieurs domaines :

Le climat : c'est un climat de rapport de force, de méfiance, de parano qui s'installe dès l'entrée du condamné. De plus, les séries télévisées n'aident pas à améliorer l'image des prisons car on imagine un univers de violence qui reflète souvent la vérité.

Le rapport avec les surveillants : un sujet délicat à dévoiler mais que Christophe de la Condamine nous livre sans demi-mesure. Pour lui il y a trois catégories : les « gens bien » (en général il s'agit des plus anciens, les « vieux de la vieille » comme il les appelle). Ensuite il y a les « neutres » puis les « justiciers » qui font la loi au lieu de se contenter de l'appliquer en se vengeant des détenus par des punitions. Pour lui la sociologie des gardiens de prison n'a pas évolué, du moins pas pendant ses quatre années passées en détention.

Suivi du détenu : nous parlons ici d'un suivi professionnel et psychologique. Des services sociaux sont présents, il s'agit des Services pénitentiaires insertion probation (SPIP) bien qu'il soit difficile de faire un suivi correct. Pour notre homme, il existe un paradoxe avec la misère sociale, intellectuelle et financière que vit le détenu, c'est ce qu'il confesse dans son ouvrage.

La sortie : les détenus sont impatients de sortir. Il est important de s'y préparer car cela s'avère souvent plus compliqué que prévu, surtout pour ceux qui purgent de longues peines et qui sortent au bout de dix, quinze ans (évolution de la société, des technologies qui n'existaient pas, perte de la famille pour certains). Pour Christophe de la Condamine, le fait de ne pas être seul à la sortie peut sauver le détenu. Il déclare à ce propos : « [...] inutile de prétendre ressortir intact. » (p. 245)

 

Quelques chiffres

Christophe de la Condamine nous a donné quelques statistiques économiques et financières afin de rendre compte des réalités. Pour lui, et c'est un fait, les prisons sont surpeuplées d'individus qui ne devraient pas être là mais dans des centres spécialisés. Une journée en prison coûte 75 euros par jour et par individu. Une journée d'hospitalisation coûte le double, voire le triple. Cela donne à réfléchir. De plus, la formation en prison (l'aide à la réinsertion professionnelle) représente 4% du budget alors qu'elle fait partie des quatre missions de la prison qui sont : punir, amender, protéger la société et favoriser la réinsertion.

Christophe-de-la-Condamine-Journal-de-taule-2.jpg 

 

 

 

 

 

L'illustration de la couverture

Cette illustration représente le suicide, l'état d'esprit de l'auteur à un moment donné. La France a le record d'Europe du plus haut taux de suicide en prison et du plus faible taux d'évasion.  Ce qui tend à établir un lien de cause à effet entre ces deux éléments. Il s'agit là d'une interrogation intéressante à soulever.

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion
 
Cette rencontre m'a beaucoup plu et m'a permis d'y voir plus clair sur les conditions carcérales. La lecture du journal nous plonge dans l'ambiance pénitentiaire dès les premières lignes, nous avons vraiment l'impression d'y être et c'est ce qui fait la force de Journal de taule.
 
À l'occasion de la semaine « Prisons, ce n'est pas la peine d'en rajouter », Suzanne Le Manceau et Gilbert Hanna sont venus parler, au nom du comité de soutien girondin pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah et de la situation que vit ce dernier. Ce militant libanais de la cause palestinienne est incarcéré depuis 29 ans. Il a été arrêté en 1984 et condamné à perpétuité en 1987 pour les attentats de Paris de 1984-1985. Il en est à sa huitième demande de libération, qui a été acceptée par le Tribunal d'application des peines mais refusée par le Procureur.

Cette rencontre a continué d'animer le débat et a suscité diverses remarques. Elle s'est conclue par une phrase : « Tout détenu est un citoyen qui un jour retrouvera la liberté. Il faut l'accompagner sur le chemin pour retrouver cette liberté. »
 
 
M.S., A.S Bibliothèques, 2012-2013.

 

 


 

 


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