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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 18:00

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Lire en poche vient de lancer LE MAG, consacré à l’actualité du livre de poche.

Quatre rubriques :

  • Vient de paraître : critiques de livres récemment parus ou à paraître, en poche. Les articles sont rédigés par des libraires, journalistes ou blogueurs avertis, ou par les membres de l’équipe Lire en Poche.
  • Les Brèves : l'actu du poche en bref, les récentes informations liées à l’édition de poche ; telle nouvelle collection, relooking de telle collection existante, changements dans l’organigramme de telle maison d’édition de poche...
  • Les collections : un annuaire recensant l’ensemble des maisons d’édition publiant des livres au format poche, et des collections de poche, avec pour chacune, son historique, son rythme de parution, le nombre d’ouvrages parus, les contacts, son diffuseur/distributeur... et un moteur de recherches dédié.
  • Liens : renvoyant sur les sites internet liés au monde du poche ; institutionnels, libraires, éditeurs, blogs, pages diverses.


Le Mag est une section du site Lire en poche. Après chaque édition du salon, « Lire en Poche, le Mag » prend le pas sur la partie consacrée à la manifestation. Dans le courant du mois de juin, en revanche, c’est « Lire en Poche, le salon » qui devient la section principale du site et s’étoffe au fur et à mesure que le premier week-end d’octobre approche.
(informations tirées de la page Wikipédia du site)

 

 


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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 07:00

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à l’occasion de la parution de son livre

Peste & Choléra

mercredi 17 octobre

salons Albert Mollat

 

 

C’est dans les salons Albert Mollat que s’est tenue la rencontre avec Patrick Deville, écrivain né du côté de Saint-Nazaire, ancien étudiant en Lettres et en Philosophie, fondateur de la Maison des Écrivains Étrangers et Traducteurs (MEET) de Saint-Nazaire et grand voyageur. D’abord auteur de cinq « fictions expérimentales[1] » aux Éditions de Minuit entre 1987 et 2000, il est depuis 2004 au Seuil où ont été publiés cinq « romans d’aventures sans fiction » dont le dernier, Peste & Choléra, qui s’attache à Alexandre Yersin, disciple de Pasteur, découvreur du bacille de la peste, explorateur et aventurier. Bourlingueur enfin, pour reprendre un mot célèbre sous la plume de Cendrars.

 

C’est avec une voix grave, un fort souci de l’Histoire et le recours aux digressions que Deville a expliqué le propos de son livre et ce qui l’a guidé pour écrire cette vie aventureuse, avant de se prêter au jeu des remarques et questions du public et des dédicaces.

 

Patrick--deville-et-yersin.jpgPatrick Deville à g. et Alexandre Yersin,

personnage principal de Peste & Choléra à dr.

 


Dérouler l’Histoire

 

Les cinq derniers romans de Patrick Deville, depuis Pura Vida en 2004 jusqu’à Peste & Choléra, déroulent une facette de l’Histoire du monde de l’année 1860 jusqu’au présent de leur écriture, pour expliquer une situation présente qu’on ne peut comprendre qu’en partant du passé, selon l’auteur. Comme pour Kampuchéa, son précédent roman, dans lequel il s’appuie sur la découverte des temples d’Angkor par Mouhot chassant les papillons en 1860 pour arriver jusqu’au premier procès de Douch et des Khmers Rouges en 2009.

 

Le choix de 1860 comme date de départ de ces cinq livres n’est pas anodin. Car 1860, comme le rappelle Patrick Deville, est une année-charnière : c’est l’année « où Pasteur [la figure tutélaire de nombreux personnages de Peste & Choléra] escalade la Mer de Glace pour démontrer qu’il n’y a pas de génération spontanée », « l’année où William Walker [personnage principal de Pura Vida : Vie & Mort de William Walker, Seuil, 2004] est fusillé sur une plage du Honduras, ce qui marque le début de ce qu’en France on nomme la guerre de Sécession », « l’année où Mouhot [personnage principal de Kampuchéa, Seuil, 2011] découvre les temples d’Angkor ». Une année qui de plus n’est pas si éloignée de la défaite de Sedan en 1870 qui va marquer lourdement de son sceau les deux grands conflits du XXème siècle et le dernier roman de l’auteur : Peste & Choléra.

 

Partant de l’Amérique centrale, Deville se déplace donc à chaque fois un peu plus vers l’Est, traversant notamment l’Afrique (le Congo) avec Brazza dans Equatoria en 2009 et le Cambodge dans Kampuchéa,  pour arriver, avec Peste & Choléra, à ce qui était alors l’Indochine française, aujourd’hui le Viêt-Nam.

 

 

 

Pourquoi Yersin ?

 

Mouhot et Deville, dans Kampuchéa, voyaient déjà passer les pasteuriens, exaltés et positivistes, « jeunes types sans femme et sans attache, qui vivent en communauté, vaccinent, font de la recherche autour d’une grande figure : Pasteur ; qui bondissent sur les épidémies partout dans le monde, en cette accélération folle des moyens de transports », et qui tombent parfois terrassés par les maladies comme on tombe au champ d’honneur. Ils sont les figures centrales du dernier roman et l’écrivain s’est pris d’affection pour cette petite bande qui ne cessait de voyager et de s’écrire pour se tenir au courant de l’avancée de leurs recherches. Des jeunes gens au destin d’autant plus tragique, « convaincus d’œuvrer pour le bien et pour lesquels 1914 fut un choc ». Leurs recherches et les progrès de la technique qu’ils chérissaient tant ont amené la guerre et la terreur des armes chimiques et bactériologiques. Yersin, qui apparaissait à la fin de Kampuchéa est l’un de ces jeunes types mais qui s’est tenu à l’écart de cette bande, comme Rimbaud de la sienne. Et comme Rimbaud il a lui aussi quitté la civilisation occidentale pour se faire aventurier ou plutôt pour continuer à l’être librement.

 

Yersin ayant sans cesse écrit sur des carnets et les pasteuriens entretenant une riche correspondance, enregistrant toutes leurs découvertes, il n’y aurait eu, pour écrire ce roman, qu’à consulter les archives de cette petite bande, disponibles à l’Institut Pasteur. Mais Deville ne se contente pas de déchiffrer les notes de Yersin dans des carnets et d’ouvrir des malles : il voyage dans le monde sur les traces de Yersin, muni de cartes de presse. Il retrace le parcours merveilleux de l’homme, s’imprègne de l’atmosphère pour la rendre ainsi qu’elle était de la fin du XIXème siècle jusqu’au cœur de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi ainsi qu’elle est au moment même de cette recherche, au début des années 2010. Car Deville, à la différence des journalistes qu’il rencontre, qui doivent informer et vivent dans un présent parfois instable, peut se permettre de « prendre du temps, prendre de l’espace pour remettre en situation » le présent. Il veut étayer et expliquer le présent par l’éclairage du passé. Il veut étendre la narration sur des siècles différents et permettre à différents temps de coexister, pour rendre leur épaisseur aux existences et au monde.

 

Patrick-Deville.jpg

Patrick Deville dans les salons Albert Mollat

(photo prise sur le profil Facebook de la librairie Mollat)

 

Coexistence des temps et des espaces

 

Patrick Deville, dans ses cinq derniers romans, forme donc le projet de faire coexister des temps et des espaces, de faire coexister des êtres, des périodes et des lieux, ce qui est une des puissances d’une certaine forme d’art contemporain et qui permet, sinon la compréhension et la connaissance du monde, en tout cas son appréhension.

 

Pour ce faire, en plus des bonds dans le temps et des digressions, Deville utilise différents dispositifs. Si, comme il l’explique, dans les précédents livres, un narrateur à la première personne, bien présent, côtoyait les personnages du passé mais existait aussi dans le présent de la recherche et de l’écriture, dans Peste & Choléra le narrateur est bien plus discret : c’est un « fantôme du futur » qui n’utilise pas la première personne et qui note les moindres faits et gestes (comme il y a les chansons de geste) de Yersin « dans un carnet en peau de taupe ». Puisque Yersin meurt en 1943 et que Deville avait besoin d’aller jusqu’en 2012 pour montrer le Viêt-Nam en pleine reconstruction, cette trouvaille, qui permet de faire des parallèles dans les temps et les espaces, se trouve la bienvenue pour l’écrivain qui apprécie en outre la dimension fantastique que ce fantôme confère au récit. Comme dans l’extrait lu par l’auteur dans lequel est envisagé le fait que ce fantôme, qui suit Yersin de près et se fond dans le passé jusqu’à en maîtriser le langage et les actualités, se fait pourtant pincer et mettre en prison par les autorités à cause de la sonnerie de son téléphone portable – outil pas encore inventé.

 

Cette entreprise de coexistence des temps est en tout cas une grande force des derniers écrits de Patrick Deville, qui voyage beaucoup et possède autant de maisons que de villes ou pays visités. Comme il tente d’approcher une compréhension du monde, comme il tente de connaître un pays, une ville en étudiant leur passé et leur présent jusqu’à ce qu’il se considère capable d’y vivre à n’importe quel moment de leur histoire entre 1860 et les années 2000, il tente d’aider à cette compréhension et de la transmettre.

 

 

 

Une Vie de Yersin

 

Mais le personnage principal n’est pas Deville, pas même ce « fantôme du futur » qui ne regrette rien tant que de ne pas pouvoir fumer des Marlboro-light anachroniques au risque de se révéler. Le personnage principal est bien Yersin, ce que l’on comprend vite en entendant l’auteur parler de la vie merveilleuse et aventureuse de cet homme, une vie que Patrick Deville a écrite en s’interdisant d’inventer – ce qui justifie le terme « d’aventure sans fiction » utilisé par l’auteur.

 

Yersin, donc. Le départ des pasteuriens à travers le monde coïncide à peu près avec le départ de Rimbaud pour Aden puis pour l’Abyssinie, où le météore de la poésie française veut constituer une grande bibliothèque scientifique. Pourquoi parler de Rimbaud ? C’est que Patrick Deville lui-même, parlant de Yersin, y revient sans cesse. Patrick Deville fait comprendre que Yersin est dans le même état d’esprit que Rimbaud : tous deux veulent expérimenter. Comme Rimbaud, Yersin « claque des portes », quitte l’Allemagne pour la France et, à 26 ans, avant son doctorat en médecine et alors qu’il vient de découvrir la toxine diphtérique – ce qui est une grande découverte pour un homme si jeune qui n’est même pas encore médecin et que les pasteuriens veulent garder pour eux –  Yersin voit la mer pour la première fois et veut se faire navigateur. On l’imagine déjà perdu pour la médecine, comme Rimbaud l’est pour la poésie. On le nomme médecin à bord d’un bateau qui fait Saigon-Manille puis un autre qui cabote en mer de Chine. Mais il se lasse de ces navigations, il quitte ses chaussures et se fait explorateur, fraye une voie terrestre (la première !) jusqu’au Cambodge puis se fait cartographe et ethnologue et endosse encore mille habits.

 

Puis c’est la peste et Yersin en isole le bacille, en invente le vaccin, sans plus peiner que pour ses autres merveilleuses actions et découvertes. Pour finir, alors qu’il a bâti un immense domaine, « il vit dans le paysage, découvre le bonheur et fait le bien autour de lui ».

 

 

 

La question de la mélancolie à l’œuvre dans le livre de Patrick Deville a été soulevée. Il est vrai que, pour trépidant que soit ce récit d’aventures et de découvertes qui trace un trait de 1860 à aujourd’hui en passant par les années de la Seconde Guerre mondiale, une profonde tristesse affleure parfois, notamment lorsqu’il est question des dernières années de Yersin  – des années de bonheur pourtant, Deville l’a dit lui-même, ce qui est rare dans ce genre d’existences hors-norme (que l’on pense seulement à la fin du Johann August Suter de L’Or de Cendrars auquel le rythme du livre de Deville fait penser). L’auteur a expliqué cette mélancolie par la fuite du temps, inévitable, dans ce livre qui part d’un moment passé à un « aujourd’hui fuyant » : car si l’espace est réversible, si l’on peut voyager dans le monde et habiter différents endroits, le passé est à jamais perdu. Il est impossible de connaître ces figures et ces villes qui ont existé et sont mortes ou ont été profondément transformées.

 

Mais quelque chose de ce passé palpite toujours : preuve s’il en est dans ces propos de Patrick Deville, qui va décidément toujours plus avant vers l’Est, lorsqu’il évoque le pillage et l’incendie de l’ancien palais d’été de Pékin par des troupes britanniques et françaises en... 1860. Un événement dont le souvenir est encore brûlant en Chine selon l’auteur et qui n’est pas sans conséquences aujourd’hui. Ce propos est peut-être un indice d’un projet de livre que Patrick Deville porte en lui ou développe actuellement ; c’est en tout cas le signe d’un intérêt pour une autre situation passée qui contraint une situation présente et que Patrick Deville essaye de comprendre.

 

 

Jimmy, AS bibliothèques 2011-2012

 



[1] Tout ce qui se trouve entre parenthèses renvoie aux propos tenus par l’auteur lors de cette rencontre.

 

 

 

 


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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 13:00

Mardi 13 novembre à 18h30

pour son roman

Ce que savait Jennie

éditions Calmann-Lévy.

 

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Gérard Mordillat est écrivain et cinéaste. Il a publié, entre autres, Vive la sociale ! (Mazarine, 1981), À quoi pense Walter ? (Calmann-Lévy, 1987), L'attraction universelle (Calmann-Lévy, 1990), Corpus Christi, enquête sur les Évangiles (Mille et une nuits / Arte, 1997), Les Vivants et les Morts (Calmann-Lévy, 2005), Le linceul du vieux monde (Le Temps qu'il fait, 2011).

 

Il est le réalisateur d'une vingtaine de films dont Billy Ze Kick et les séries documentaires L'origine du christianisme et L'Apocalypse.

 

On avait quitté Gérard Mordillat, romancier, réalisateur et compagnon de l'émission littéraire Des Papous dans la tête, sur une trilogie du combat syndical (Les vivants et les morts, Notre part des ténèbres et Rouge dans la brume). On le retrouve, toujours résolument engagé, dans un roman étonnant, qui, sous ses dehors naturalistes, a des allures de conte philosophique. Il n'y a certes pas dans Ce que savait Jennie de lutte organisée contre un ennemi repérable, de principes idéologiques ou de rêve de grand soir. À la place : une héroïne, pareille à cette « Maisie » dont le destin chez Henry James est « de voir beaucoup plus de choses qu'elle n'en peut tout d'abord comprendre, mais aussi, dès le début, de comprendre bien plus que toute autre petite fille n'a jamais compris avec elle ». (Présentation éditeur)

 


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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 13:00

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Venez rencontrer Sylvain Levey, auteur de  Comme du sable, — prochain spectacle de la compagnie Théâtre du Rivage, au TNBA du 3 au 6 avril —,  le mardi 13 novembre entre 12H30 et 13h30 au bar du TNBA, autour d'un sandwich.

 

Contact :

 

Malick Gaye, 05 56 33 36 68

 

 

 


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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 07:00

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La ville de Carhaix, dans le Finistère, est essentiellement connue pour son festival de musiques estival des « Vieilles Charrues ». Mais c’est aussi une commune à l’identité bretonne forte (presque un quart des enfants de la commune sont scolarisés dans des écoles bilingues ou « Diwan » – écoles associatives où l’enseignement se fait majoritairement en breton –) ; c’est pourquoi elle accueille tous les ans le festival du livre en Bretagne. Cette année a eu lieu la 23ème édition, le week-end des 27 et 28 octobre. L’événement dont le thème était « Le livre et le dessin politique » a attiré 11 000 visiteurs. Près de 300 auteurs et 98 éditeurs y ont participé.

J’y suis allée le dimanche et la première chose qui m’a frappée était d’entendre parler breton dans les allées ; les gens s’exprimaient dans cette langue naturellement, passant parfois du français au breton sans faire attention. Ayant appris le breton dès la maternelle à l’école bilingue, cela m’a fait très plaisir d’écouter parler cette langue que l’on a trop rarement l’occasion d’entendre. Les visiteurs du festival étaient plutôt âgés dans l’ensemble ; j’ai aperçu quelques jeunes adultes mais très peu d’adolescents. De nombreuses familles étaient également présentes et déambulaient dans une ambiance très conviviale.
public.jpg Les gens discutent en breton autour des ouvrages. (photo :Ouest France)

 

Il y avait des maisons d’édition de toutes tailles, depuis les petits éditeurs locaux jusqu’aux gros éditeurs comme « Coop breizh », qui a son propre réseau de diffusion-distribution et vend toutes sortes de produits culturels bretons, des livres et CD au linge de maison. Les ouvrages présentés sur les stands étaient en breton ou avaient trait à la Bretagne. On voyait surtout beaucoup de romans historiques et policiers, mais tous les genres étaient bien présents : des livres politiques – c’était le thème du festival – aux ouvrages d’étude de la langue ou de poésie. J’ai même aperçu des DVD de Columbo en breton ou de « Ken Tuch », une sitcom entièrement tournée en breton.

Une part importante du salon était consacrée à la jeunesse,et un espace avec des ateliers d’arts plastiques était même aménagé pour les plus petits. On pouvait découvrir sur les stands de nombreux ouvrages à destination des enfants : des livres d’écrivains locaux mais aussi d’auteurs classiques traduits en breton (Tomi Ungerer, Beatrix Potter, etc.) et des BD célèbres comme Lucky Luke ou Tintin.

 

Couv_104260.jpgLes aventures de Tintin traduites en breton.

 

Les éditeurs proposaient aussi de nombreux magazines, allant des revues traditionnelles comme Micherioùkoz (« vieux métiers » en français) aux revues d’actualité comme Bretons, ou Ar Men. Certaines comme An dasson étaient même bilingues.

Parmi les invités du festival on pouvait rencontrer de nombreux auteurs mais aussi des personnalités plus médiatiques commeLaury Thilleman (miss France 2011). J’ai ainsi eu l’occasion de discuter un peu avec Angèle Jacq, une dame énergique et engagée,auteure de romans historiques, qui était présidente du festival en 2010.



Les événements du festival

anamzer.jpgUne des sensations du festival était la traduction bretonne du 1er tome d’Harry Potter, Harry Potter ha maenarfurien, sorti le 17 octobre aux éditions An Amzer Embanner / Le Temps Éditeur (maison d’édition créée par Thierry Jamet et Hélène Dupuis, basée à Pornic). La traduction a été effectuée par Marc Kerrain, professeur de breton à l’Université de Haute Bretagne. La série Harry Potter existait déjà en occitan et en basque. Le tirage de la version bretonne s’est fait à 3000 exemplaires dont la moitié a déjà été vendue ; plus de 200 ont été écoulés sur les deux jours du festival.La moitié des ventes a eu lieu hors Bretagne, car ce sont principalement des collectionneurs qui achètent le livre. Une réimpression est prévue et la traduction du tome 2 est en cours. La traduction de Harry Potter en breton permet de faire la promotion de la langue bretonne, d’en donner une image moderne et positive et de la faire découvrir à l’étranger.

Une des autres sorties du moment qui fait parler d’elle dans le monde bretonnant est le Dictionnaire breton-français de Martial Ménard, qui va paraître aux éditions Palantines. L’auteur travaille depuis une trentaine d’années sur ce dictionnaire de 7000 pages qui comprend 48 000 entrées illustrées par des exemples, et qui présente tous les domaines et niveaux de langues. Ce dictionnaire se veut moderne et inclut les travaux récents sur les néologismes, afin de faire évoluer la langue bretonne et l’adapter aux avancées technologiques. Il est destiné principalement à l’enseignement.

Enfin, j’ai remarqué qu’un stand entier était consacré au livre Les Bretonnismes - le français tel qu’on le parle enles-bretonnismes.jpg Bretagne d’Hervé Lossec. L’ouvrage sur les déformations locales du français empruntées au breton est paru en 2010 aux éditions SkolVreizh (petite maison d’édition basée à Morlaix) et a eu un succès inattendu. Édité au départ à 2000 exemplaires, il a connu de nombreuses ruptures de stock et a été réédité sept fois pour se vendre finalement à plus de 180 000 exemplaires, se plaçant ainsi 11ème des meilleures ventes françaises selon Livres Hebdo. L’auteur est apparu dans les médias nationaux (TF1, Le Figaro, Le Point…) et est même allé présenter son livre à New-York, pour la diaspora bretonne américaine. Fort de son succès, il a publié la suite de l’ouvrage dans un deuxième tome qui s’est vendu à 70 000 exemplaires en seulement trois mois. Sur le stand dédié au livre, on pouvait également acheter de nombreux produits dérivés : tee-shirts, cartes postales, sets de tables…

Ce succès peut s’expliquer en partie par l’image drôle et décomplexée que donne ce livre du breton, mettant ainsi fin au cliché du « plouc » parlant un mauvais français. Les déformations locales sont ici vues comme une particularité attendrissante, voire une richesse à l’heure de la mondialisation et de l’uniformisation.



Conférence sur la traduction

Dans la matinée, j’ai assisté à une conférence sur la traduction de livres en breton. La discussion s’est faite entièrement en breton, et sur cinq intervenants, un seul s’est exprimé en français. Des casques étaient mis à disposition pour les non-bretonnants, Christian Le Bleizh assurant la traduction simultanée en français. J’ai pris mes notes à partir de l’intervention en breton car je n’ai pas souvent l’occasion d’écouter des gens dialoguerdans cette langue. Mais cela fait très longtemps que je n’ai pas parlé ou entendu la langue, je m’excuse donc pour les éventuelles erreurs.

Lena Louarn, vice-présidente du Conseil Régional de Bretagne et présidente de l’Office public de la langue bretonne, nous a parlé d’un groupe de travail composé d’enseignants et de professionnels du livre mis en place par le Conseil Régional pour établir une liste d’œuvres vues comme intéressantes et qu’il faudrait avoir sur le marché éditorial breton, afin de pallier le manque de traductions en breton de titres célèbres et de donner envie aux jeunes de lire en breton. Cette liste comprendra des œuvres tous publics et s’appuiera sur les suggestions des lecteurs ; de nouveaux titres viendront la compléter tous les ans.

La seconde intervenante, membre du groupement d’associations culturelles de langue bretonne « kuzular brezhoneg » s’est exprimée sur l’importance de la traduction pour les langues peu parlées. Avoir des œuvres traduites en breton est un droit, même si l’on peut les lire dans leur langue originale. La traduction ne doit pas se cantonner aux œuvres scolaires, elle concerne tous les genres (poésie, théâtre…) et tous les publics. Il est indispensable de traduire des œuvres de littérature mondiale, et on peut déplorer le retard dans la traduction des best-sellers (cf. l’exemple de Harry Potter, traduit en breton quinze ans après sa parution en langue originale). Les traducteurs ont un rôle essentiel, la richesse de leur vocabulaire est d’une importance cruciale car les lecteurs emploieront le même langage. La traduction demande un long travail, allant de l’achat des droits des livres à la relecture, et les aides régionales et européennes sont essentielles pour les traducteurs de langue bretonne, qui ne peuvent pas vivre uniquement de leur traduction, le public étant limité. Les tirages d’ouvrages traduits en breton se font à 5000 exemplaires maximum, et leur prix doit dans l’idéal être le même que celui de l’ouvrage original afin de ne pas dissuader les lecteurs de l’acheter, d’où l’importance des aides. Il est également important de traduire les œuvres bretonnes en d’autres langues, afin de faire connaître la culture bretonne à l’étranger.

C’est ensuite Bruno Le Clainche, attaché parlementaire au Parlement Européen, qui nous a présenté les enjeux concernant le breton et les langues minoritaires, à l’échelle européenne. Il nous a expliqué que l’UE donne des moyens importants pour les minorités en Europe et qu’elle permet la professionnalisation des traducteurs dans des langues minoritaires ou peu parlées. Pourtant, en 2011, un dossier déposé devant la commission européenne pour obtenir des aides afin de traduire un livre français en breton a été refusé, au motif que la traduction doit se faire dans une langue officielle de l’UE ou reconnue par ses États membres (ce qui pose donc problème pour les langues minoritaires non reconnues, comme en France ou en Grèce). En soutien, le Parlement Européen a rédigé un rapport sur les langues en danger, il faut donc espérer que des crédits soient débloqués à l’avenir.

Thierry Jamet, des éditions An AmzerEmbanner / Le Temps Éditeur, à l’origine de la récente sortie de Harry Potter en breton, nous a ensuite raconté un peu l’histoire de cette publication. D’après lui, il est beaucoup plus facile et moins onéreux d’acquérir des droits d’auteur à l’étranger que dans les grandes maisons d’édition parisiennes. Une fois les droits pour toute la série des Harry Potter marchandés, il faudra encore compter le temps de la traduction : il faudra donc environ dix ans pour avoir toute la série en breton. En ce qui concerne la mise en valeur de l’édition bretonne, l’idéal d’après Thierry Jamet serait de présenter un stand à la foire de Francfort, pour faire connaître la langue et l’édition bretonne à l’international.

Pour finir, c’est Hervé Lossec, auteur du livre Les bretonnismes et traducteur amateur,qui s’est exprimé. Il n’est pas traducteur de métier et n’est donc pas ou peu payé, mais il aime traduire pendant son temps libre, pour le plaisir. Il a fait des traductions pour Hervé Jaouenn et pour Anne Guillou. Le livre français d’Anne Guillou Noce maudite, qu’il a traduit en  breton sous le titre Ar frikomiliget est sorti en même temps dans les deux langues. Pour lui, on ne peut pas traduire mot à mot, il faut penser en breton lorsque l’on traduit, mais la traduction ne doit pas non plus être trop travaillée, elle doit rester naturelle. Il ne se sert pas de dictionnaires mais essaye plutôt de trouver des synonymes ou des expressions équivalentes. Pour les livres étrangers, il vaut mieux essayer de comprendre ce qu’a voulu dire l’auteur premier et donc éviter de passer par une traduction intermédiaire en français.

Après la conférence, le public a posé des questions, notamment sur l’édition jeunesse et la promotion de la lecture. La jeunesse occupe une place importante de l’édition en breton, on trouve cependant peu d’ouvrages en breton dans les bibliothèques. Certains parents sont aussi rebutés car ils ne parlent pas breton ou ne connaissent pas l’offre éditée en breton. Le Conseil Régional met l’accent sur les écoles bilingues et Diwan pour trouver des lecteurs. Chaque année, la région offre des chèques livres aux enfants, il faudrait inciter les familles à s’en servir pour acheter au moins un livre en breton. Pendant le mois de la langue bretonne « mizvezar brezhoneg », des livres en breton sont également distribués gratuitement aux enfants.


Anaig, 2e année bib.-méd.-pat. 2012-2013

 

 

Lire aussi l'article de Yohann sur le 20e festival (2010)

 

 



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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 13:00

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 13:00

 Jeudi 8 novembre à 18h30

autour de son ouvrage

La Capitana (éditions Métailié).

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Elsa Osorio, romancière, biographe, nouvelliste et scénariste pour le cinéma et la télévision, est née à Buenos Aires en 1953. Elle partage sa vie entre Buenos Aires, Paris et Madrid où elle a animé des ateliers d'écriture et de communication. Elle a publié de nombreuses œuvres en Argentine et en France, Tango (Métailié, 2007) et Sept nuits d’insomnie (Métailié, 2010). Elle est lauréate de plusieurs prix dans son pays natal, dont le Prix National de Littérature pour son roman sur la dictature argentine, Luz ou le temps sauvage (traduit avec succès dans plusieurs pays européens, en France aux éditions Métailié en 2000), le Prix Amnesty International, le Prix du meilleur scénario de comédie et le Prix du Journalisme d'humour.

 

 

Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère (1902-1992), la Capitana, a réellement vécu en Patagonie et en Europe et a tenu toute sa vie des carnets de notes. À partir de ces notes, des rencontres avec les gens qui l'ont connue, des recoupements de l'Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n'être qu'une biographie en littérature. Mika a appartenu à cette génération qui a toujours lutté pour l'égalité, la justice et la liberté à Paris, à Berlin, puis dans les milices du Poum durant la guerre civile en Espagne.

 

Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d'une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa façon de prendre les bonnes décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par le stalinien, harcelée par un agent de la Guépéou, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu'elle a commandés. Elle a fini sa vie d'inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d'amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en œuvre tout son savoir-faire littéraire pour combler les trous de l'Histoire. (présentation éditeur)

 


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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 07:00

Passeurs-de-mondes.jpgÀ l'occasion du festival Passeurs de monde(s), de nombreux auteurs, traducteurs et éditeurs, venus de toute la France et d'ailleurs, parlent de leurs métiers à travers toute la région Poitou-Charentes. Tous les deux ans, le festival organise à l'automne des rencontres avec des acteurs de la vie du livre dans les bibliothèques, librairies et universités de la région. Cette manifestation a pour but de mettre en avant les littératures du monde, sans toutefois exclure la littérature française et francophone; mais aussi le travail des professionnels de la chaîne du livre, en particulier les éditeurs. Pour la saison 2011-2012, le thème retenu est le suivant : « Des Flandres en Scandinavie(s) » ; sont à l’honneur des auteurs (littérature, bande dessinée, jeunesse) de langues française, néerlandaise et scandinaves.
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Vendredi 26 octobre 2012 à 20h30, à la bibliothèque de Lusignan, petite commune de 2610 habitants en Vienne, le festival reçoit la co-fondatrice des  éditions Gaïa, Suzanne Juul, d'origine danoise. Beaucoup de personnes se pressent pour voir celle qui fait vivre et connaître la littérature nordique auprès des Français. Le CNL du Poitou-Charentes, le conseil général, la BDP de la Vienne ainsi que la librairie Gibert Joseph de Poitiers sont les partenaires de cette manifestation. Une partie d'entre eux sont présents à cette rencontre. Éric Naulleau, l'homme aux multiples facettes (écrivain, essayiste, chroniqueur sportif, traducteur, critique littéraire et animateur radio), se charge de mener la discussion avec Suzanne Juul.
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Éric Naulleau revient rapidement sur le parcours de la maison d'édition, en rappelant que l'an dernier elle fêtait ses vingt ans d'existence. Suzanne Juul s'exprime avec humour sur les débuts difficiles pour trouver un réseau de distribution, un fabricant de papier rose. Cependant, grâce à son métier de traductrice du danois au français, elle avait déjà une bonne approche des auteurs nordiques. Ce qui lui a permis d'avoir un bon contact avec les traducteurs.
 
Éric Naulleau souligne les points importants de l'histoire de la maison, et notamment la difficulté à faire connaître la littérature nordique peu ou pas connue en France dans les années 90. Le premier livre a avoir été traduit est La vierge froide et autres racontars de Jørn Riel. En 1994 la maison prenait un gros risque en publiant une saga en trois volumes, Le livre de Dina de Herbjørg Wassmo. Une saga, c'est comme une série télévisée, on ne sait jamais si le premier épisode suffira à plaire au public. Surprise générale lorsqu'en 1998, la Fnac propose aux éditions Gaïa de mettre un coup de projecteur sur eux en faisant une sélection de littérature nordique.

Sans hésiter, Suzanne avoue faire passer avant tout ses goûts personnels en matière de littérature. Toutefois, elle discute beaucoup avec les éditeurs des pays scandinaves, ainsi qu'avec les lecteurs pour mieux connaître leurs goûts. Ainsi, elle cite Cher Gabriel de Halfdan W. Freihow, qui aborde la question de la communication entre les êtres.

Elle admet que le succès international de Millénium a été bénéfique à la littérature scandinave. Les Français se sont ainsi tournés vers les polars et autres romans noirs. Le problème est qu'un grand nombre d'éditeurs se sont mis à proposer à leur catalogue de la littérature scandinave parmi les autres littératures. Ils publient un peu de tout sans se poser la question de la qualité littéraire. À la question « Pourquoi le polar scandinave plaît-il tant ? » Suzanne Juul répond que les lecteurs se sentent proches des personnages. On ne parle pas uniquement de meurtre mais de la vie des gens ordinaires, de divers sujets de société.

Actuellement les éditions Gaïa ne sont plus indépendantes. En 2004 le réseau de distribution a eu des problèmes de logistique ce qui a fait perdre une grande partie de son chiffre d'affaires à la maison. Celle-ci était prête à mettre la clé sous la porte lorsque Actes Sud a proposé de la prendre sous son aile. Gaïa bénéficie ainsi du réseau de distribution d'Actes Sud et les relations entre les deux maisons d'édition sont bonnes. La question de l'avenir de Gaïa dans le contexte de l’éclosion livre numérique est évidemment abordée.

C’est ensuite au public de poser des questions, plutôt timides au début ; les langues se délient autour d'un vin chaud et de pâtisseries faites par le comité de lecture de la bibliothèque. La librairie Glbert Joseph a apporté des livres qui se sont vendus comme des petits pains.
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Les deux responsables de la bibliothèque ont clos la rencontre par un extrait du Roman de Bergen de Gunnar Staalesen.


Chloé, 2e année bib 2012-2013


Bibliographie des livres cités pendant la rencontre

DAVIDSEN, Leif. À la recherche d'Hemingway (2010)
FREIHOW, Halfdan W. Cher Gabriel (2012)
HALLUIN, Bruno. Jon l'islandais (2010)
GRUE, Anna. Le baiser de Judas (2012)
 MAZETTI, Katarina. Le mec de la tombe d'à côté (nouvelle édition 2010)
 RIEL, Jørn. La vierge froide et autres racontars (1993)
RIEL, Jørn. Le jour avant le lendemain (1998)
STAALESEN, Gunnar. Le roman de Bergen (2007)
WASSMO, Herbjørg. Le livre de Dina (1994)

Liens

 

Entretien avec Susanne Juul (décembre 2010)

 

http://festival.livre-poitoucharentes.org/category/actualites/


http://www.gaia-editions.com/


Jorn Riel sur Littexpress

 

 


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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 07:00

Venise, ville mythique
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(Source image: http://www.new-east.fr/wp-content/uploads/2012/05/venise.jpg)



La rencontre « Venise, ville mythique »  a eu lieu le dimanche 7 octobre, dans l’auditorium de la Médiathèque de Gradignan, lors du festival Lire en Poche, avec les auteurs Claudie Gallay et Alain Vircondelet et la médiation de Xavier Houssin, chroniqueur au Monde des livres et dans la presse littéraire.

Lorsque Xavier Houssin l’interroge sur Venise, Claudie Gallay semble pleine de souvenirs. Elle a passé beaucoup de temps dans cette ville. Elle raconte : elle avait l’habitude de se rendre dans une maison d’hôte, tenue par des amis de sa famille. Elle y avait sa chambre et ses habitudes. Un jour, ils ont été obligés de vendre et pour elle, cela a été terrible. Toutes les photographies ne suffisaient pas, et Seule Venise est né de sa volonté de ne rien vouloir oublier. Pour elle, « Venise est une humanité »,  les gens font preuve d’une solidarité qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Elle raconte une anecdote : les personnages âgées, habitant dans de hauts immeubles vénitiens, font descendre des paniers accrochés à des ficelles depuis leur fenêtre et y laissent une liste des vivres dont ils ont besoin et de la monnaie. Les habitants qui passent peuvent choisir de leur rendre ce service : le système de confiance est précieux.

Les deux auteurs s’accordent sur une chose : Venise est une ville propice aux arts, à la peinture comme à la littérature. Claudie Gallay nous parle de Zoran Mušič, un peintre italien reconnu et qu’elle-même a connu, mort à Venise en 2005. Elle fait référence à son arrestation en 1944 par la Gestapo. Déporté dans un camp à Dachau, sa seule issue pour survivre, dit-elle avec émotion, a été de continuer à dessiner, en cachette. Sa série de peintures « Nous ne sommes pas les derniers » souligne la souffrance qu’il a subie et l’horreur de la vie dans les camps.

Xavier Houssin évoque Marguerite Duras, qui a également écrit sur la ville de Venise, et dont Alain Vircondelet est le spécialiste – il a publié plusieurs ouvrages à son sujet.

Puis vient l’interrogation sur le titre Seule Venise. Claudie Gallay cite un vieux prince russe, dont est inspiré l’un des personnages de son roman : « Seule Venise me console de ce que je suis vraiment ». Alain Vircondelet remarque, lui, un lien avec Kafka : « La mer gelée en moi, seule Venise peut la fendre ».

Avec fascination et émerveillement, Claudie Gallay donne son impression sur Venise : c’est une ville dans laquelle il faut se perdre, une ville qui sollicite tous nos sens ; pour l’apprécier il faut y rester, ne pas y aller pour un simple court séjour. Sa beauté réside dans la « Venise mineure », à l’abri du regard des simples touristes. La topographie de la ville nous entraîne vers un retour sur soi. Alain Vircondelet partage ce point de vue, que l’on peut retrouver dans son ouvrage Devenir Venise.

Tous deux reviennent sur l’étymologie du nom Venise. Dans l’Éloge de Venise, de Luigo Grotto Cieco d'Hadria de  1570, il est dit :

« De ce désir d'y retourner qui pèse sur tous ceux qui la quittèrent elle prit le nom de Venetia, comme pour dire à ceux qui la quittent, dans une douce prière: Veni Etiam, reviens encore »

et encore « Venise : la ville qui à tous inspire la stupeur. »

Les points de vue des auteurs divergent cependant lorsqu’il s’agit de l’atmosphère de la ville. Si pour Alain Vircondelet, Venise la Sérénissime est une ville colorée, gaie, joyeuse, qui nous fait nous sentir bien et en accord avec nous-même, Claudie Gallay l’aborde elle sous un autre angle. À l’instar de son roman, dans lequel l’histoire se déroule durant un hiver gris et froid, Venise est une ville nostalgique, et si elle est effectivement joyeuse, elle n’en est que plus mélancolique.

Le moment des questions venu, public et auteurs donnent plus de détails sur leurs souvenirs, de telle façon que l’on a l’impression de ne jamais en être parti (si l’on y a déjà été) ou tout simplement d’avoir découvert la ville à leurs côtés. 

Alain Vircondelet conclut finalement en disant qu’il existe des terres où l’on est né, et des terres d’attachement, comme l’est pour lui Venise. Son dernier mot sera une citation de Casanova : « Venise n’est pas là-bas, elle est là-haut ».



Les ouvrages
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Seule Venise de Claudie Gallay, chez Actes Sud (http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/seule-venise)

 

 

 

 

 

 

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Le Grand guide de Venise d’Alain Vircondelet chez Eyrolles (http://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/le-grand-guide-de-venise-9782212554663)

 

 

 

 

 

Tiphaine MAUMY, 2e année bibliothèques

 

 

 


 

 


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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 07:00

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Samedi 13 octobre 2012, à 15 heures, dans la salle d’animation de la médiathèque Gérard Castagnéra de Talence, mathématiques, musiques, bandes dessinées, lectures et littérature étaient au rendez-vous. La médiathèque et la ville de Talence sont à l’initiative de cette curieuse rencontre artistique, littéraire et scientifique intitulée « Maths en bulles ». L’animation se déroulait dans le cadre de la thématique sur les cultures scientifiques qui a lieu du 11 septembre au 3 novembre 2012 à Talence.

Noëlle Blime, responsable du secteur adulte et du secteur images et son de la médiathèque Gérard Castagnéra, invitait pour la deuxième fois en quatre ans Stéphane Favre-Bulle à présenter l’un de ses ouvrages. Professeur de mathématiques vivant à Talence et exerçant à Lormont, Stéphane Favre-Bulle est un auteur local très original. Il a déjà publié trois ouvrages sur les mathématiques, dont récemment une bande dessinée décrivant son métier au collège Montaigne de Lormont. Après avoir présenté Grand-mère et son nombre en 2008, il proposa à Noëlle Blime une deuxième intervention dans la médiathèque où il est usager, cette fois pour présenter son dernier ouvrage, Un grain de sable dans un cours de maths.
 
Pour compléter la liste des intervenants de « Maths en bulles », Nicolas Pomiès, professeur de français au collège Lapierre de Lormont, collègue de Stéphane Favre-Bulle, assurait la partie littéraire de l’animation.

Après quelques problèmes techniques de caméras et de micros, l’animation commence enfin pour la plus grande joie des spectateurs et des deux intervenants. Dans l’assistance, des professeurs, la famille des invités et d’autres curieux ouvrent tout grands les yeux… et les oreilles.

C’est en effet, dans un silence admiratif que le public assista à une lecture très surprenante de l’ouvrage de Denis Guedj, Les cheveux de Bérénice. Nicolas Pomiès en lut quatre passages, chacun étant illustré en direct par Stéphane Favre-Bulle. Les coups de crayon et de pinceau correspondaient aux mots dans une synchronisation époustouflante.

Cinq dessins (dont la scène d’un repas et celle de deux hommes qui comptent des pas au bord du Nil) furent réalisés par le professeur de maths invité pour expliquer les raisonnements d’Euclide, d’Archimède et d’Ératosthène et pour illustrer la découverte et l’action de ce dernier. Des transitions musicales ponctuaient la lecture, grands péplums ou musiques classiques égyptiennes. L’histoire raconte comment les Grecs parvinrent dès l’antiquité à mesurer le diamètre de la planète Terre. Une mesure titanesque réalisable grâce aux angles, aux nombres et à l’ombre, au soleil et à la lumière. Ombre et Lumière que l’on retrouvera dans les couleurs de Stéphane Favre-Bulle, en direct. Un cours de mathématiques ? Une histoire des mathématiques ? C’est en tous cas par un récit, une fiction que les maths devinrent compréhensibles et passionnantes aux yeux du public.


Stéphane Favre-Bulle parla ensuite de son dernier ouvrage, inspiré par Denis Guedj. Pour motiver ceux qu’il nomme « les irréductibles » (les élèves de sa classe pour qui les mathématiques sont devenus une phobie), il va élaborer une bande dessinée contenant son cours de mathématiques. Intitulée Un grain de sable dans un cours de maths, elle retrace le quotidien d’un professeur de mathématiques parfois au bord de la crise de nerfs, pratiquant le surf pour se détendre. En parallèle, on découvre la vie compliquée d’adolescente de Sibel, élève en quatrième. Stéphane Favre-Bulle admet que le collège de son récit ressemble au collège Montaigne de Lormont et que Sibel est une sorte de fusion de tous les comportements possibles de ses élèves. Entre fiction, autobiographie et cours de mathématiques, Un grain de sable dans un cours de maths semble avoir convaincu les personnes présentes en ce samedi, puisqu’ils ont tout de suite demandé à emprunter l’ouvrage. La bd est publiée aux éditions Ellipses et compte 190 pages. Les explications et schémas mathématiques sont inscrits sur fond marron, ce qui permet aux lecteurs de se repérer plus facilement. Les lecteurs  peuvent donc choisir entre lire l’intégralité de l’œuvre ou se contenter du récit ou bien des cours de collège selon leurs affinités avec les Denis-guedj-le-theoreme-du-perroquet.jpegmathématiques.

Deux heures plus tard, Stéphane Favre-Bulle et Nicolas Pomiès répondirent aux questions du public peu nombreux mais comblé. Ceci devant un buffet où café, jus de fruits et sucreries étaient chaleureusement mis à disposition par la médiathèque de Talence. Chacun pouvait feuilleter les ouvrages de Stéphane Favre-Bulle dont Thalès, Pythagore, Euclide, Archimède, ouvrage dont le thème est très voisin des Cheveux de Bérénice de Denis Guedj. Les plus grands fans obtinrent des dédicaces et les plus curieux des conseils de lectures semblables (Les bandes dessinées Logicomics et Les aventures de Lanturlu, le roman Oncle Pétros et la conjecture de Golbard, Le Théorème du perroquet…).



C’est donc une manifestation littéraire et scientifique à la fois complète, originale et surprenante qui nous était proposée ce 13 octobre 2012. L’animation devint encore plus époustouflante lorsque Stéphane Favre-Bulle nous informa qu’elle n’avait nécessité qu’une heure et demie de préparation.  Seule déception pour les bibliothécaires et les intervenants de cet après-midi : le manque de monde. C’est peut-être à cause de la pluie ou d’une communication insuffisante de l’information que les habitants de Talence ont manqué une occasion de satisfaire à la fois leurs yeux, leurs oreilles, leur curiosité et leur palais.


Victor, 2e année bibliothèques 2012-2013

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