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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 00:00

à la Machine à lire
mardi 19 juin à 18h30

Antonio-Tabucchi-Notturno-indiano.gif

 

Rencontre avec Lise Chapuis, traductrice de quelques œuvres d'Antonio Tabucchi.

« Né en 1943 à Pise, Tabucchi était-il italien, portugais, français ou universellement européen, par les langues qu'il pratiquait et les voyages qu'il effectuait ? L'anecdote raconte qu'arrivé tout jeune à Paris, il tomba sur un livre de Pessoa et qu'il le traduisit, inaugurant ainsi une complicité littéraire qui ne cessa jamais. C'est que l'errance pour ce formidable écrivain n'était pas une simple absence ni le refus de s'attacher aux choses de la vie. Avec Place d'Italie, son premier roman (1975), comme avec ceux qui suivirent et lui conférèrent une place de premier plan parmi les écrivains, Antonio Tabucchi forgea peu à peu une œuvre singulière dans laquelle tous peuvent se reconnaître. » (Gilles Heuré, Télérama)

Antonio Tabucchi est décédé le 25 mars dernier à Lisbonne.

Directrice de la collection Selva selvaggia aux Éditions de l'Arbre vengeur, Lise Chapuis traduit des œuvres littéraires italiennes depuis  plus de vingt ans. Docteur en littérature comparée et enseignante, elle anime également des ateliers de traduction.

Dominique Garras (compagnie Gardel) lira aux côtés de Lise Chapuis des morceaux choisis de l'œuvre de Tabucchi.

 

 

 

Antonio TABUCCHI sur LITTEXPRESS

 

Tabucchi-couverture-copie-1.jpg

 

 

 

 

 Article de Marlène sur Petites Equivoques sans importance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lise CHAPUIS sur LITTEXPRESS

 

 Entretien réalisé par Jennifer, Alice et Laëtitia.

 

 

 

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 07:07

poissant-expo.jpg
En tête du programme de l’Escale 2012 sont placés les éditos de personnalités « importantes », dont celui du Maire de Bordeaux, qui rappelle qu’est célébré cette année le cinquantième anniversaire du jumelage de la Ville avec celle de Québec.

Plusieurs représentants de La Belle Province ont été invités1, à savoir, si l’on exclut les autorités politiques, les romancières Elise Turcote et Hélène Vachon2, les comédiens de la compagnie Campe3, les artistes (virtuels ? – selon le programme) du collectif  Finlarmoiement4, les auteurs de BD Pascal Girard, Jimmy Beaulieu et Zviane5.

Était aussi présente Maude Poissant, dont le nom – pour l’anecdote, et l’ironie – ne figure pas dans l’index imprimé en fin de programme (pp 54,55).

Sacré programme ! – Lol – En vérité le programme était plein de bonnes « choses ».

« Portraits égarés » ou « Figures de Cendre » (programme p. 15) est le titre de l’exposition de portraits surgis du passé qui ont inspiré à la jeune femme québécoise des histoires re-construites. L’exposition place en regard d’une reproduction d’un portrait, de son agrandissement, le texte qu’il a fait naître. L’exercice consistant à plonger dans un regard, à exploiter un détail, une attitude, un costume, pour réinventer une vie, imaginer un personnage, son passé, ses pensées, et d’une figure anonyme, inconnue, oubliée, redonner vie à une personne.

Scanie (sud de la Suède), 1955, Halldór Laxness, apprend que le Prix Nobel lui est attribué :

« … mes pensées allèrent retrouver mes amis et mes proches, reprenant le chemin familier du souvenir qui me ramène auprès de ceux qui entourèrent mes premières années, de ceux qui ne sont plus, que nous ne voyons plus. De leur vivant ils appartenaient déjà, en un sens, à la race des obscurs, obscurs pour autant que leurs noms étaient connus de très peu de gens, – et que plus rares encore sont ceux qui se souviennent d’eux. Et cependant c’est leur présence dans mon existence qui a façonné le fond de mon être, et ils exercent sur ma vie intérieure une influence plus forte que celle que j’ai pu ressentir au contact des maîtres et des précurseurs spirituels de la terre entière. …je pense encore aujourd’hui aux maximes morales que ma vieille grand’mère voulut graver dans mon esprit, quand j’étais enfant : ne fais jamais de mal à un être vivant, vis toujours de façon à mettre toujours au sommet de la hiérarchie humaine les petits, les pauvres, les humbles ; n’oublie jamais que ce sont ceux qu’on a offensés, qu’on a lésés, ceux qui sont victimes d’un passe-droit, ceux dont on ne tient aucun compte, qui méritent plus que d’autres notre attention, notre amour et notre respect, chez nous en Islande et partout sur cette terre. »6

À Bordeaux, en avril 2012, dans un espace dénommé « Cube »7, Maude Poissant a donné à trois reprises lecture d’une de ses micro-bio-fictions – brefs récits de vies, si l’on préfère – en même temps que sur l’écran installé face au public (comme au cinéma !) était progressivement dévoilé le portrait de la personne qu’elle ramenait à la vie, par un montage visuel jouant sur la succession et le fondu de plans portant sur certaines zones, plus ou moins étendues du cliché, soulignant certains détails, en appui de leur description littéraire, et s’achevant sur la vision totale de la photographie, image de l’être tout entier, dans son intégrité redécouverte.

À Trois Rivières, au bord du Saint Laurent, un jour d’été de 1887, Maria pose.

C’est le jour de la noce. Elle a revêtu son costume d’épousée, qu’elle a confectionné. Sa mère la complimente, lui rappelle des souvenirs d’enfance, combien elle est fière qu’elle ait trouvé un emploi de modiste à la ville, où elle a rencontré son promis… maintes autres choses, grandes et petites, plutôt petites, simples, avec des mots simples, un cœur simple, franc, tendre, rieur, québécois ?

La lecture achevée, Maude s’inquiète de savoir si son accent n’était pas gênant. Le public la rassure : un accent charmant, vivifiant. On la complimente sur son jeu, son interprétation : elle nous offert plus qu’une lecture.

Quelques échanges (malgré la barrière de la langue) sur le travail de Maude, l’utilisation de la photographie dans le cadre d’ateliers d’écritures… Et puis le « Cube » se vide.

Sortis, avec une personne qui a assisté à la lecture, nous engageons la conversation, prenons un rafraîchissement à la terrasse du café du TNBA. Elle est institutrice, à la retraite, originaire des confins du monde (Finis Terrae, département 29), a échoué à Bordeaux il y a plusieurs années. Sans nous livrer véritablement des récits de nos vies respectives, nous en dévoilâmes quelques instants. Dans le flot de la conversation nous découvrîmes incidemment que nous avions en commun de nous livrer tous deux, comme le personnage de Maude Poissant, à la récolte de petites pierres, de coquillages, de feuilles mortes, de petits bouts de bois ou de racines, de plumes volant au vent. Pour la modiste québécoise, ces collections constituaient les réservoirs d’éléments de parure, ornant chapeaux, gilets de velours, incrustés dans les étoffes, châles de laine, et autres.

Pour ma part je les conserve en bocaux ou dans d’anciennes boîtes à cigares, les laisse reposer en cave ou dans un grenier durant des années. Parfois, par exemple s’il m’arrive de partir à la recherche d’un outil égaré, d’une pelote de ficelle que j’utiliserais pour effectuer quelque réparation de fortune, je redécouvre ces petits trésors cachés. Alors je songe au recueil de Thomas Tranströmer : Les Souvenirs m’observent, à un titre de Franz Werfel, Le Passé ressuscité ; et des images, des instants, un visage, ressurgissent. Et il s’ensuit souvent que la réparation projetée devra attendre encore, encore attendre.

L’ancienne institutrice me demande si j’écris. J’ai écrit, peu. Elle, écrit, souvent. Mes pauvres textes sont empilés dans une petite boîte, égarée au fond d’une armoire, au fond d’un grenier. Pour elle, même topo, presque : sa boîte est certainement plus grande, et toujours accessible. Elle y accumule ses textes. Elle les montre quelquefois à des parents, des amis, dont elle me dit qu’ils ne comprennent pas sa démarche, la jugent étrange, elle, comme personne. Je lui dis que je suis un peu comme elle. Ce que nous écrivons intéresse peu de gens. Ce n’est pas un motif pour cesser d’écrire.

Elle s’est gentiment « fâchée » avec des personnes qui fréquentaient comme elle un atelier d’écriture. Elle n’y remet plus les pieds (cela n’empêche pas de composer des poèmes, pas forcément des alexandrins).

Je lui parle d’une initiative dont j’ai connaissance, conduite sous le patronage du Musée des manuscrits : « Les bancs de la liberté », peut-être un peu fumeuse, l’avenir le dira ; mais qui peut-être ouvrira la possibilité à des apprentis écrivains de trouver un public.

Je ne le dis pas à Jacqueline sous cette forme mais l’écriture, à mon avis, est généralement un plaisir solitaire, ou une épreuve, qui implique le plus souvent la solitude. En tout cas je pense qu’elle peut se passer des ateliers d’écriture, et l’encourage à continuer à remplir sa boîte en carton. Mais je pressens qu’elle souffre de solitude.

J-M-G. Le Clézio prit pour sujet de la conférence qu’il donna à Stockholm à l’occasion de l’obtention du Prix Nobel : « Pourquoi écrit-on ? »

Pourquoi pas.

Et pourquoi pas Pour qui écrit-on ?

Ou encore Comment écrit-on ?, Et Quand ? Et Où ? Et Tsétéra ?

Pourquoi Maude Poissant écrit-elle ? Comment écrit-elle ?

Elle guette les traces de ceux qui furent le Québec, redonne vie à des êtres qui se sont éteints. Ses micro-fictions, pleines de poésie et de justesse, ne sont pas publiées. Et Maude continue d’écrire et voyager, en proposant, lorsqu’elle fait escale, la lecture de ses vies imaginées.


Thierry, AS Éd.-Lib.


Notes

1 - Peut-être un juste « retour des choses » ou un échange de bons procédés, après que Monsieur le Maire, ancien Ministre de la Guerre - pardon – de la Paix – non ce n’est pas cela non plus) –eut été accueilli par l’Université de Québec lorsqu’il connut l’exil. (Cela me revient : c’était Ministre des Affaires Etrangères – non ?)

2 - Présentes pour la rencontre littéraire « Territoires imaginaires : le roman québécois » : « Quelle(s) image(s) se fait-on en France du roman québécois ? La réception de cette littérature est-elle encore tributaire d’une attente fondée sur quelques clichés exotiques – grands espaces et nature sauvage ? Comment ce roman a-t-il évolué au cours des dernières décennies et quelles en sont les grandes tendances ? En quoi le territoires imaginaires de la fiction québécoise se démarquent-ils de ceux qui sont privilégiés par les romanciers français ? ».
(Programme, p 23 – Tout un programme !)

3 - Performance : « Campe, compagnie de création de Québec présente une déambulation à mi-chemin entre le théâtre de rue et la comédie musicale, inspirée des romans de l’écrivain québécois Réjean Ducharme » (Programme, p 17).

4 - Lecture / Performance : « le collectif d’artistes virtuels, Finlarmoiement, lance en grandes pompes le recueil de Martin Nadeau : J’écrirai un livre de titres, composé quasi uniquement de titres… » (Programme, p 27).

5/1 - « Dans L’appartement n°3, Pascal Girard met en scène un alter-ego timide et effacé, fasciné par sa belle voisine au point d’épier tous ses mouvements. Un jeu de cache-cache se met en place et les rôles finissent par s’inverser… Un récit drôle et sensible. » (Programme, p 45)

5/2 - « Jimmy Beaulieu a récemment publié deux livres, deux facettes d’une même histoire ambitieuse et délicieuse : À la faveur de la nuit et Comédie sentimentale pornographique parlent de fantasmes et d’émois. Une technique de narration aboutie portée par un dessin remarquablement sensuel. » (Programme, p 45)

5/3 - Zviane s’est lancée, avec sa comparse Iris, dans un blog-feuilleton à rebondissements. L’Ostie d’chat, ce sont les chroniques drôles et touchantes de la vie de deux amis de toujours, leurs copains, leurs amours, leurs déboires. » (Programme, p 45)

6 - Les Prix Nobel en 1955, Stockholm, Imprimerie Royale P.A.Sorstedt & söner, 1956, p 49 & sq.

7 - D’un point de vue géométrique, il s’agissait plutôt d’un parallélépipède rectangle, et en fait d’un container, du type de ceux que l’on pose sur des camions, wagons ou navires cargos, garni de chaises pour l’occasion.

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 07:00

escale-du-livre-2012.jpg

 

À la suite d’un stage d’un mois dans  la maison d’édition bordelaise Elytis avec les éditeurs Xavier et Jean-Baptiste Mouginet, j’ai eu le plaisir de participer avec eux à l’Escale du Livre, petit salon qui a lieu chaque année le premier week-end d’avril sur la place Renaudel, au pied de l’IUT Michel de Montaigne, institut abritant les Métiers du livre. Visages familiers, auteurs plus ou moins célèbres, pots pour célébrer l’inauguration du salon, visiteurs assidus ou flâneurs invétérés… voilà la journée type d’un exposant sur un salon.

Pour ma part, c’était la première fois que j’avais l’occasion de faire un salon sur le stand d’un éditeur, une expérience nouvelle qui m’a montré tous ses avantages et un certain nombre de ses inconvénients…



Vendredi après-midi

Soleil au zénith, douce chaleur suffocante dans des chapiteaux blancs où exposent moult librairies et éditeurs, où se baladent des classes de primaire, en rang étroit deux par deux, des enseignants attentifs à chacun de leurs élèves, petites colonnes qui passent de chapiteaux en chapiteaux, dans l’intention de découvrir une multitude de livres, des auteurs tout sourire à l’idée de partager quelques instants privilégiés avec ces enfants autour d’une lecture, d’une feuille de dessin ou de quelques pots de peinture. La journée du vendredi est incontestablement scolaire. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’y a pas que les libraires ou éditeurs spécialisés en jeunesse, soigneusement séparés des autres éditeurs dans un autre chapiteau, qui en profitent. Les éditions qui jouent Passeport-pour-le-Groenland.gifsur le graphisme ou des thèmes d’histoire, comme les éditions Elytis, bénéficient de l’intérêt d’un certain nombre d’enseignants pour leurs ouvrages. Ainsi, pas moins de quatre enseignantes se sont succédé sur notre stand, feuilletant attentivement les beaux-livres, les romans graphiques de petit format (collection « Grafik ») ou les livres de  la collection très voyageuse « Passeport pour… », pour se décider finalement à passer des commandes d’une trentaine d’exemplaires d’un beau-livre sur Bordeaux (lequel ??) ou d’un passeport pour le Groenland à la recherche des coincoins perdus par la NASA… Le travail pédagogique autour de l’illustration était la raison le plus souvent évoquée par ces enseignantes et celle qui m’a le plus étonnée, ces ouvrages étant rarement des livres habituellement achetés par les écoles, au graphisme plus simple, plus enfa ntin et coloré.

N’oublions pas les auteurs, stars de ces salons, enchaînant les dédicaces pour des clients passionnés. Sébastien Laurier, auteur du Passeport pour le Groenland, journal d’un chercheur de coincoins, a été l’unique auteur en dédicace le vendredi, en fin d’après-midi, et n’en fit pas moins que Daniel Pennac, célébrité du monde littéraire, installé sur le stand d’en face, c’est-à-dire celui de la Machine à lire : quelques mots tracés sur la première page blanche du livre de la part de notre auteur, pour des clients de passage ou des connaissances de longue date, le temps ensuite pour lui de converser avec un producteur sur le projet possible d’un film, d’échanger cartes professionnels et sourires chaleureux, verres de vin et anecdotes drôles au bar des viticoles, avant de revenir s’asseoir sagement derrière le stand pour attendre le prochain chaland enthousiasmé par sa folle aventure…



Patience, tu possèderas…

C’est bien connu, « la patience est mère de toutes les vertus » ; elle doit être maîtresse dans le caractère de tout exposant, libraire ou éditeur. Ce genre de salons nous rappelle que la plupart des personnes qui viennent feuilleter les livres sont avant tout des promeneurs. Le salon n’est qu’un prétexte à la balade, d’autant plus quand il fait beau et très, très chaud. Et un promeneur n’aime pas être happé par le vendeur, quel qu’il soit. Nous demeurons donc en retrait, tout en surveillant discrètement du coin de l’œil une question ou l’esquisse d’un geste de la part du visiteur. Ensuite, c’est à nous d’être le plus convaincant, mais surtout le plus séduisant possible, de profiter pour proposer un ou plusieurs autres ouvrages pouvant tout autant intéresser l’intrigué. Pour cela, l’audace est de mise. Les clients ont également le plaisir de découvrir quelques marque-pages en plus dans leur sac d’achat, petits détails qui font toujours plaisir à la clientèle, friande de tous ces petits objets gratuits, et qui permettent à nos deux éditeurs de mettre leurs coordonnées et l’adresse de leur site internet. Le marque-pages n’est pas seulement un objet gratuit plaisant pour les clients, c’est également un objet de communication qui n’est absolument pas négligé par Xavier et Jean-Baptiste…



Les avantages d’un salon…

Être présent sur un stand dans un salon, cela signifie, premièrement, que l’on a été privilégié par l’instigateur de ce choix, ce qui constitue concrètement un avantage pour une étudiante, moi, en recherche active d’un stage, d’un apprentissage ou même de contacts pour me construire un carnet d’adresses. Mon stage s’étant très bien déroulé, Xavier a été parfaitement enclin à me présenter à d’autres éditeurs chez lesquels je pouvais envisager un prochain stage. Ainsi, j’ai pu rencontrer en personne M. Torralba, éditeur, fondateur du  Castor Astral, ou encore les éditeurs de  Finitude, dont j’apprécie tout particulièrement un grand nombre de livres. Avoir Xavier comme garant en personne m’a sans doute permis de confirmer mes qualités en tant que stagiaire…



Samedi

Début du week-end, nous étouffons sous une chaleur cuisante qui augmente de degré en degré chaque heure, à chaque personne de plus qui entre sous le vaste chapiteau consacré à la littérature. Trois auteurs d’Elytis sont arrivés en même temps en début de matinée pour dédicacer. Il a fallu faire avec une réduction de la taille du Autour-d-une-bouteille-avec-Denis-Dubourdieu.jpgstand pour les accueillir ensemble. Nous avons, néanmoins, la chance, ou la malchance, d’avoir quelques auteurs volatils, présents pendant dix minutes consécutives sur le stand avant de disparaître à nouveau parmi la foule ou de se faufiler discrètement à l’extérieur pour s’étendre dans un transat à l’ombre du parasol, généreusement mis à la disposition du public par l’Escale du livre.

L’un, Gilles Berdin, est spécialiste des vins, des domaines viticoles de la région et de leur histoire, et propose une dégustation du Château Reynon, domaine du « Pape de l’œnologie », Denis Dubourdieu, dont les longues conversations avec M. Berdin réunies dans un ouvrage, seront publiées le 5 avril ( Autour d’une bouteille avec Denis Dubourdieu, l’œnologie dans tous ses états, Gilles Berdin, 5 avril 2012) ; l’autre est le fameux chercheur de coincoins, Sébastien Laurier, revenu ce jour-là et le jour suivant pour attirer le plus grand nombre de personnes dans sa quête extraordinaire de canards en plastique, perdus par la NASA sur un glacier du Groenland (Passeport pour le Groenland, Journal d’un chercheur de coincoins, Sébastien Laurier, 2012). Le troisième est un auteur-illustrateur nommé Charles ayant publié un carnet de voyage sur l’Afrique dans la collection « Grafik » de la maison (Charles, Les pieds sur terre en Afrique, 2011).Il est sans doute l’auteur le plus incontrôlable et ne cesse de disparaître pendant des heures, avant de repasser par le stand pour quelques minutes sacrées Jean-Michel-Charpentier-fins-tragiques-d-expeditions-polair.jpgoù il lui arrive de dédicacer son ouvrage, puis il repart organiser un atelier de peintures avec des enfants à l’extérieur, dans le parc du Conservatoire. Le quatrième, Jean-Michel Charpentier, mon préféré sans aucun doute, est un illustrateur-graveur bordelais de talent, extrêmement productif  et très récurrent dans le catalogue d’Elytis. Sa bonne humeur nous permet à tous de faire passer le temps plus vite et amuse les passants. Même si l’humour est parfois grivois, il est bon enfant. Il est l’auteur qui dédicace le plus, notamment parce qu’il a illustré un certain nombre de beaux-livres de la maison dont Fins tragiques d’expédition polaires qui s’est vendu le plus, tout comme La petite affaire jaune, d’Hubert Reeves ; (L’aventurier du désert, textes de Bruno Doucey, 2010 ; Le radeau, récits des rescapés de la Méduse, peintures de J-M. Charpentier, 2010 ; Manut, La salle d’attente, 2011…). Il a, pour ses dédicaces, une illustration déterminée à l’avance pour chacun des titres, qu’il réalise selon des gestes précis, travaillés depuis longtemps, techniques, talentueux et rapides. Il hypnotise un instant les regards des passants qui semblent admiratifs et curieux à la fois. Moi-même, je me suis prise au jeu d’observer les traits rapides dessinés en un court instant sur le carton de la couverture intérieure, qui forment très rapidement le visage, très souvent masculin. Entre deux dédicaces, une balade à travers le chapiteau ou une courte pause à l’extérieur pour se rafraîchir, J.M. Charpentier attrape n’importe quel objet, papier, livre gratuit, assiette en carton, et se met à dessiner frénétiquement pour tromper l’ennui et, sûrement, pour épancher le besoin irrépressible de l’artiste de faire ce qu’il aime.

Enfin, nous avons pu avoir la courte visite de deux autres auteurs, Mme Claude Ader-Martin qui a publié quelques livres chez Elytis (Pour quelques arpents de glace, 2008 ; De Rochefort à la Rochelle, 2005), mais qui n’a pas eu la patience d’attendre toute une après-midi sous une chaleur insupportable et sur un stand trop petit pour l’ensemble des invités. Il en est allé de même pour Serge Legrand-Vall, auteur dans la collection « Grands Voyageurs » (Les îles du Santal, 2011), réunissant des romans et des témoignages historiques. Ils ont dédicacé quelques livres avant de repartir vers des endroits plus confortables.



Dimanche après-midi

La météo n’a pas menti et la température est tombée de quelques degrés, ce qui permet de respirer un peu plus, mais pas encore de garder sa petite laine. Les visites se font calmes, jusqu’à un bref pic autour de 14h30 – 15h, l’heure à laquelle les déjeuners dans le jardin sont terminés et où la balade commence… Les vagues sont successives et intenses, les visiteurs se bousculent dans les allées, font jouer des coudes devant le stand pour observer J.M. Charpentier dédicacer ou pour écouter Sébastien Laurier parler avec ferveur de son voyage au Groenland et de sa volonté de rallier les troupes sur Facebook pour rechercher les coincoins de la NASA. Seul Coincoin (nom dont Sébastien a affublé le canard en plastique qui l’a accompagné dans son expédition) sous cloche de verre, parfois exposé à la vue de tous dans la chapka de l’auteur, ne semble pas atteint par l’oppression qui se forme devant le stand. Xavier, Jean-Baptiste et moi-même nous occupons de chaque bout, encaissant les chèques et les billets, puisque nous ne possédions pas de terminal bancaire, répondant aux questions des clients sur les auteurs ou sur les thèmes des livres. Puis le calme est revenu aussi rapidement, nous laissant pantelants. Et les auteurs volatils se sont volatilisés de nouveau.



Qui est mieux placé que le créateur d’un livre pour le vendre de la façon la plus affriolante ?

C’est indubitablement une question, ou plutôt une constatation, qui s’est imposée à moi, mais loin de moi l’idée d’amoindrir le travail efficace des libraires ! Non, bien sûr, lorsqu’ils prennent le temps de lire les ouvrages, quand ils le peuvent, ils se forgent une opinion qui leur permet de le vendre du mieux qu’ils le peuvent. Cependant, pour en avoir fait l’expérience, lorsqu’un éditeur publie un livre, travaille pendant un grand nombre d’heures autant pour créer l’objet que pour corriger les textes, il s’imprègne du sujet, des propos et de l’idée de l’auteur jusqu’à les en faire presque siens. De plus, l’auteur offre des connaissances qui enrichissent la culture générale de l’éditeur, notamment lorsque la maison s’ouvre sur des secteurs comme l’histoire, les sciences humaines ou les sujets d’actualités. De cette façon, l’éditeur devient le médiateur incontournable et le plus apte à défendre le livre. Ainsi, le point le plus handicapant pour moi, sur le stand, n’était pas de ne pas savoir être accueillante et courtoise envers les visiteurs et les clients mais d’exposer le thème et les caractéristiques d’un livre, la biographie d’un auteur que je ne connaissais pas, même si j’ai eu la chance de travailler sur un certain nombre de titres. La qualité indispensable de tout étudiant est alors de s’adapter : entre deux questions, deux ventes et deux sourires, j’ai feuilleté les livres exposés afin de m’en faire une idée rapide, de pouvoir peut-être faire le lien avec la thématique de la collection et surtout, j’ai interrogé Xavier ou Jean-Baptiste sur un maximum d’ouvrages. 



Conclusion d’un salon…

L’Escale du livre n’est pas le salon le plus prometteur financièrement pour la maison, mais Xavier et Jean-Baptiste se font un point d’honneur d’y participer chaque année afin de ne pas décevoir un public qui les visite sur leur stand pour découvrir les nouveautés du catalogue, davantage mises en avant par rapport au fonds déjà connu des visiteurs – qui sont souvent les mêmes – et de partager une conversation avec les éditeurs qu’ils apprécient pour leur courtoisie et leurs créations. De même, les auteurs tiennent tout autant à y participer pour les mêmes raisons, même lorsque la taille du stand ne permet pas de les recevoir en grand nombre. Comme chaque année, ce salon a permis de vendre plus certains livres et auteurs que d’autres, ce que les éditeurs avaient prévu, notamment par rapport au choix et à la quantité de chaque titre qu’ils savent plus vendeur.


Élodie, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Les éditions ELYTIS sur LITTEXPRESS

 

 

CatPasseport

 

Rencontre avec Philippe ROUSSEAU, Gilles MORATON ET Élise NANITÉLAMIO autour de la collection « Passeport pour... ». Article de Charlotte.

 

 

bleys bozonnet pilori

 

 

 

Article d'Angélique sur Pilori de Bleys et Bozonnet.


 

 

 

 

 

 

 

 

 Mes pas captent le vent

 

 

Mes pas captent le vent, adaptation du livre de Passeport pour une Russie par Philippe Rousseau, spectacle présenté au TNT.

Article de Julie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 07:00

avec Yoko TAWADA, Michaël FERRIER et Florent CHAVOUET
Escale du livre, Bordeaux

31 mars 2012

 

 

Tawada-Yoko-Journal-des-jours-tremblants.gif

 

 

Tawada Yoko 

Journal des jours tremblants – Après Fukushima

précédé de Trois leçons de poétique

traduction de Bernard Banoun

Verdier, 2012.


« Interrogation sur l’image du Japon véhiculée par les Occidentaux et sur l’histoire de l’insularité de ce territoire. »

 

 

 

 

 

Michael-Ferrier-Fukushima.gif

 

 

Michaël Ferrier

Fukushima, récit d’un désastre.

Gallimard, 2012.


Enseignant de littérature à Tokyo, il est l’auteur de plusieurs romans et essais (Tokyo – petit portrait de l’aube et Sympathie pour le fantôme paru dans la collection l’Infini.)

 

 

 

 

 

 

Florent Chavouet Tokyo Sanpo Florent Chavouet

Tokyo Sanpo


Carnet de voyage sur Tokyo totalement incongru et surprenant.

Un nouveau moyen d’appréhender une ville inconnue, « le nez au raz du trottoir et l’œil à l’affût, arpenter le bitume et saisir les instants fugitifs, saugrenus et si caractéristiques dans leur étrangeté de la capitale du Japon. »

 

 

 

« En alliant les traditions les plus rigoureuses et le modernisme le plus pointu, le Japon plonge les Occidentaux dans un royaume de contrastes et d’excès. Trois écrivains et artistes nous font découvrir le Japon à travers la littérature et l’expérience qu’ils ont de ce pays. Ils évoqueront l’après 11 mars 2011. »

 

 

 

Une conférence axée sur le désastre de Fukushima afin de s’interroger sur l’impact de cette catastrophe. C’est à travers le vécu de ces trois auteurs que l’on découvre un Japon transformé, meurtri, mais dont les traditions essayent de perdurer malgré un pays en évolution.



Après l’événement tragique du 11 mars 2011, pourquoi est-il important de parler du Japon ?

Tawada Yoko : À vrai dire, j’ai été étonnée que l’on me pose de drôles de questions. Pourquoi les Japonais restent-ils aussi calmes ? Après ce qu’il s’est passé ? Pourquoi ne disent-ils rien ?



En plus de vos ouvrages, vous avez également écrit de nombreux articles pour des journaux allemands. Vous vous êtes désormais installée à Berlin depuis quelques années. Lorsque la catastrophe est survenue, vous l’avez vécue à distance, comment l’avez vous ressentie ? En tant qu’Allemande ou Japonaise ?

Tawada Yoko : Plutôt du point de vue allemand, car, ils étaient plus choqués que les Japonais eux-mêmes. Pour les Japonais, un tremblement de terre est un événement régional. En 1995, un grand séisme est intervenu à Kōbe, c’était un événement purement japonais. Cette fois, j’ai eu le pressentiment qu’il s’agissait de quelque chose qui concernait le pays entier, et même le monde entier. J’ai alors compris que ce cataclysme ferait remonter à la surface des problèmes sous-jacents enfouis depuis la Première Guerre mondiale.



Michaël Ferrier, vous, vous étiez sur place. L’avez-vous vécu en tant que Français au Japon ? Dans votre livre, vous racontez les faits de manière très imagée.

Michaël Ferrier : La question ne s’est même pas posée. C’était évident pour moi que j’allais écrire un livre sur ce qui venait de se passer. C’est comme si ce livre s’était imposé à moi. C’est une des catastrophes les plus médiatiques de l’ère moderne. On se rend compte qu’on ne peut rien faire face à ça. On ne cesse de voir des images, des films. C’est comme lorsqu’on regarde cet avion percuter les deux tours pour la trentième fois. Les images aplatissent un peu notre perception du monde. Le deuxième tsunami nous offre des images qui nous privent de compréhension et de perception. Lorsque l’on regarde le paysage, il y a un contraste impressionnant entre la zone épargnée et le reste du paysage. C’est comme si la catastrophe nous attendait au tournant. Les reportages n’ont jamais montré ça. L’odeur nauséabonde de la boue qui recouvre encore le sol. Un an après, on voit encore les arêtes de poisson sur le sol, on marche sur des coquillages et tout ce que la mer a laissé derrière elle.



Et que pensez-vous de ce calme des Japonais face au cataclysme ? Est-ce un cliché ? Quelles conséquences cela a-t-il sur la suite des événements ?

Tawada Yoko : Le calme chez nous, ne veut pas dire que l’on n’est pas remué. Lorsque l’on était enfant, on nous a appris qu’il ne faut pas crier, courir partout parce que c’est comme ça que l’on pourra survivre. C’est une attitude que l’on acquise. Seulement, je trouve qu’aujourd’hui, les gens réagissent avec beaucoup plus d’incertitude qu’il y a un an.



Florent Chavouet, vous, vous avez fait le voyage au Japon en deux ans. Tokyo puis retour à Manabé Shima. Pourquoi ce besoin de « croquer » le Japon ?

Florent Chavouet : J’avais besoin de ce dépaysement. J’ai suivi ma copine qui partait là-bas. Je me suis retrouvé au Japon sans travail, à ne rien faire. Alors je sortais et je passais ma journée à dessiner tout ce qui pouvait m’intéresser. Je voulais saisir ce qui se passait en face de moi de la manière la plus objective. C’est moi qui fais ces choix, qui interprète. Mais c’est le lecteur qui interpréte à son tour.

Michaël Ferrier : On arrive à s’intégrer ou pas ?

Non pas vraiment. Il y a un phénomène étrange au Japon. Moi je n’ai pas été si surpris que ça. Il n’y a que quelques pans du Japon qu’on connaît. L’étrangeté du Japon, je l’ai découverte petit à petit. Je ne pense pas que cette impassibilité soit naturelle.



Qu’est ce qui fait qu’on a envie de partager ce Japon ?
 
Florent Chavouet : Je ne pourrais pas expliquer pourquoi. C’est un environnement tentant pour un dessinateur. Je sortais et je dessinais tout et n’importe quoi.



Vous pouvez me raconter l’anecdote du vélo de votre livre ? Elle m’a fait beaucoup rire.

Florent Chavouet :  Il me fallait un vélo pour me balader. Alors j’en ai vu un abandonné, tout cassé. Je l’ai retapé et je m’en suis servi. Sauf qu’au Japon, les vélos ont une plaque d’immatriculation ; il faut se balader avec les papiers du vélo pour prouver qu’on est propriétaire. Alors je me suis fait arrêter et j’ai fini au poste. Ils m’ont emmené au grand commissariat. Le vélo comportait une déclaration de vol. Je me suis fait interroger par au moins dix policiers. Finalement il s’est avéré que la date de la plainte datait d’avant mon arrivée au Japon et j’ai pu être relâché.



En tout cas, vous avez gagné une belle histoire à raconter pour votre livre ! Yoko Tawada, vous avez été confrontée à une difficulté de traduction du japonais à l’allemand. Parce que ce n’est pas la même chose, cela ne doit pas être évident. Dans votre livre vous partez dans des digressions qui montrent que vous étiez vraiment perdue.

Tawada Yoko : Oui, c’est vrai, les jeux de mots ne sont pas toujours traduisibles. Ce que je cherche, c’est de me positionner dans un statut humoristique avec le mot. Je voudrais que l’on ait un esprit pétillant, afin de jouer avec les mots, ne pas s’arrêter au sens littéral et faire un vrai « jeu avec les mots » et pas seulement des « jeux de mots ».



Vous pensez que le 11 mars a eu une influence sur votre écriture ?

Avec les magazines on sent qu’il y a un changement. Ce cataclysme n’est rien de nouveau pour le Japon. La littérature japonaise du Moyen Âge était caractérisée par ces cataclysmes, on ne parlait que de ça. Ce qui est nouveau, c’est le nucléaire. Car cela impose une nouvelle réflexion sur le temps. C'est-à-dire que la mort ne vous saisit pas tout de suite, le temps est prolongé avant que la mort n’arrive. La vague ne vous tue pas tout de suite, et c’est cela qui terrifie.



Michel Ferrier, vous voulez réagir aux propos de Yoko Tawada ? Vous êtes sur les mêmes sentiments ?

Cela me fait penser à l’auteur japonais qui a reçu le Prix Nobel de littérature. Ŏé Kenzaburō. Alors qu’il avait décidé d’arrêter d’écrire, après la catastrophe, à plus de 70 ans, il se remet à l’écriture en prenant une direction tout à fait nouvelle. « Fukushima c’est comme si mon cœur avait explosé », disait un poète japonais. Et c’est exactement cela.

Dans le livre de Yoko Tawada et le mien, on retrouve exactement la même scène. Les bibliothèques tremblent et les livres se cassent la figure. Et cela traduit un véritable aspect symbolique dans le sens où il y a des livres qui vont résister et d’autres qui vont se casser la figure. Cela ne concerne pas que Fukushima, c'est-à-dire que l’Occident appelle cet événement « Fukushima » mais pour les Japonais, c’est seulement le « 11 mars 2011 ». C’est une manière de s’éloigner dans le temps de la catastrophe, mais c’est un événement qui concerne l’ensemble de l’humanité. Car cela concerne aussi toutes les grandes villes qui font du nucléaire aujourd’hui, cela concerne de nombreux pays, y compris la France. Beaucoup de pays vont devoir faire face à ce problème et se mettre à y penser sérieusement.



Yoko Tawada, avez-vous la même sensation vis-à-vis de cette réflexion sur les dangers du nucléaire ?

Oui, bien sûr. Au Japon il y a une cinquantaine de centrales nucléaires. Toutes ont arrêté de fonctionner, à part une seule mais qui ne devrait pas tarder également. Seulement, ce n’est qu’une décision provisoire. C’est le temps de trouver une solution pour répondre aux besoins énergétiques. Ce qui risque de se passer, c’est que les régions pauvres du Japon, particulièrement dans le Nord-Est seront obligées de rouvrir afin de fournir l’énergie nécessaire à la capitale Tokyo. C’est la question qui préoccupe le Japon en ce moment, tout le monde y réfléchit, mais va-t-on trouver une solution ?



Vous avez le même avis que Michaël Ferrier ; les Japonais l’appellent le 11 mars et non pas Fukushima ?

Évidemment, la question concerne le monde entier. Avec le nucléaire, la mer a été contaminée. Avec les courants, la contamination peut être partout. On ne peut pas savoir les conséquences que la catastrophe va pouvoir avoir. Les décisions devraient être mondialisées, et non pas prises individuellement par chaque pays. Nous sommes tous concernés. J’ai parlé avec un ingénieur qui m’expliquait que cela marche par énergie alternative, et s’il n’y a qu’un seul pays qui s’y met, cela reste inutile.



Et vous, Florent Chavouet, comment avez-vous vécu la catastrophe ?

En fait, je suis très embêté, car lorsque la catastrophe est survenue, j’étais dans l’avion pour revenir en France. J’étais coupé du monde. Lorsque je suis arrivé chez moi, je me suis couché et je ne savais encore rien. C’est le lendemain, lorsque j’ai été voir des amis qui font partie de l’association franco-japonaise que je l’ai su. Quand je suis arrivé, ils m’ont demandé si j’allais bien, si je n’étais pas trop perturbé. Ils m’ont expliqué les termes de la catastrophe. Au début, je ne les ai pas crus. Je n’ai connu personne qui ait été touché directement, mais j’ai des amis qui étaient là-bas. Il n’empêche qu’il a fallu cet événement pour que j’apprenne que la dame de l’auberge avait pour père un rescapé d’Hiroshima. On n’a pas approfondi le sujet car je ne savais pas quoi dire, j’avais peur d’être maladroit. Tout ça pour vous dire que ce n’est pas parce que je suis allé au Japon, que je connais mieux ce qui s’est passé.

Michel Ferrier: On avait vraiment la sensation que tout disparaissait. Là où le tsunami est passé, le paysage est plat, tout est marron, il n’y a plus de couleur, il ne reste que de la boue et puis ça pue. On ne peut pas dire que c’était la fin du monde mais c’était poignant. On ne l’a appris qu’après par le Ministre de l’Intérieur mais Tokyo a failli être évacué. C’est la direction des vents qui en a décidé autrement. Cependant le problème s’est posé. C’est vraiment un sentiment d’effacement du monde. Dans mon livre, je reprends un haïku que je trouvais très révélateur de la situation après le désastreux événement : « Je longe l’effacement des choses. » Le problème, c’est l’état d’urgence qui n’en finit pas. Il n’y a pas eu une seule vague mais plusieurs. On a retrouvé des personnes avec plusieurs T-shirt sur eux. Ils étaient montés dans la montage mais ils sont redescendus après la première vague pour récupérer des affaires. Seulement ils ont été pris par surprise par la seconde vague qui les a cueillis. Le pire, ce n’est pas quand la vague arrive mais quand elle repart, car elle emporte tout avec elle. C’est comme un effet de rasoir.



Vous avez aidé là-bas ; comment raconteriez-vous la réaction des gens que vous avez rencontrés ? Vous décrivez des réactions contemplatives ?

Je pense que c’est typiquement japonais. Après des événements comme cela, la moindre chose, vous l’appréciez. J’ai parlé avec un sauveteur pendant un long moment, et puis, au moment où il allait partir, il revient et il me dit : « Vous savez, le plus difficile c’est avec les noyés, quand vous les retrouvez vous ne pouvez pas les nettoyer, car sinon vous leur arrachez la peau. C’est comme ça que sont morts mon frère, ma sœur et ma mère». Et c’est là que vous voyez que même après ce qu’il lui est arrivé, il reste un sauveteur comme les autres, à retrouver les corps même s’il a perdu lui aussi des proches. Il ne voulait pas faire du sentiment en me disant ça, il voulait juste me dire que la mort qu’ils côtoient est une chose terrible. Alors je ne parlerais pas du Japon comme on le décrit ; comme cet archipel homogène et paresseux, mais d’un Japon qui a du caractère, avec insolence et humour. Toutes ces choses que l’on ne perçoit pas quand on ne fait qu’y passer.



Y a-t-il des clichés qui agacent sur le Japon et les Japonais ?

Tawada Yoko : Les clichés, c’est une affaire compliquée. Ce n’est pas quelque chose qui est faux, juste une image simplifiée. Et ce sont particulièrement les auteurs qui sont porteur de clichés.

Michel Ferrier : Me concernant, lorsque j’allais partir au Japon, un ami venait d’en revenir et il m’a dit : « Tu verras, les femmes là-bas sont très soumises et obéissantes. »

Tawada Yoko : Concernant celui-ci je peux l’expliquer ! Les hommes japonais ne disent rien, donc les femmes japonaises ne peuvent pas les suivre, dans ce cas.


Propos recueillis par Élodie, 2e année Éd.-Lib.

 

  

TAWADA Yoko sur LITTEXPRESS 

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Train de nuit avec suspects. Articles d'Inès , Camille , Julien .

 

 

 

 

 

Tawada voyage a bordeaux

 

 

 

 Article de Camille sur Le Voyage à Bordeaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Florent CHAVOUET sur LITTEXPRESS

 

Florent Chavouet Manabé Shima

 

 

 

 

Article de Laura.

 

 

 

 

 

 


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 07:00

en partenariat avec  La Machine à Lire
le 29 mars 2012

à12h45
au CRM de l'IUT Michel de Montaigne
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Pour cette deuxième rencontre liée au projet ConviviaLitté, nous avons choisi de valoriser la production bordelaise de bandes dessinées. La rencontre s'organisait une fois de plus en partenariat avec  La Machine à Lire qui nous a procuré plusieurs exemplaires des créations de nos invités afin que nous puissions les proposer à la vente. Cet événement a réuni une quarantaine de participants au sein du Centre de Ressources Montaigne de l'IUT et autour d'une large proposition salée et sucrée. Nous tenons à remercier cette fois encore les membres de la promotion Andreae-Azimut.gifd'Année spéciale Bibliothèques-Médiathèques pour leur soutien culinaire. Merci également aux enseignants qui ont porté ce projet et à ceux ont assisté à la rencontre, ainsi qu'au personnel du CRM pour l'aide et l'accueil qui nous ont été fournis. Merci notamment à Delphine Gallot pour son efficacité et son enthousiasme dans ce projet.
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Nous recevions à cette occasion Jean-Baptiste Andreae, auteur et dessinateur BD qui vient de réaliser Azimut, Anne Montel, également dessinatrice, notamment pour l'édition jeunesse et qui vient de publier Shä et Salomé en collaboration avec Loïc Clément, également présent, et enfin David Fournol, ancien libraire à Oscar Hibou et qui aujourd'hui promeut la production liée à la bande dessinée par l'intermédiaire de son association « Et si rien d'autre n'avait d'importance ».

Après une brève présentation des parcours propres à chacun d'entre eux, la discussion s'est engagée sur l'un des premiers aspects récurrents du travail en bande dessinée qui implique bien souvent une oeuvre de collaboration. Une coopération s'établit alors notamment entre l'illustrateur et le scénariste, ce qui constitue un véritable moteur comme en témoignent Anne Montel et Loïc Clément. En effet, la naissance de Shä et Salomé résulte de la participation d’Anne Montel au concours « Jeune talent » du festival d'Angoulême pour lequel elle a eu le second prix. C'est à cette occasion qu'elle a réalisé ses premières planches représentant les deux héros de leur premier album.


Alors qu'elle comptait retourner à l'illustration jeunesse, Loïc Clément, qui s'était attaché à ces deux personnages, a poursuivi son œuvre et lui en a fait la surprise. Dès lors, à eux deux, ils ont donné vie à Jours de pluie, le premier album d'une série devant comprendre quatre volumes et visant à représenter une année de la vie d'un couple.

Pour sa part, Jean-Baptiste Andreae décrit sa collaboration avec le scénariste Mathieu Gallié, la plus importante qu'il ait connue jusqu'à présent. Ils ont réalisé ensemble huit albums. Jean-Baptiste Andreae explique alors que pour la partie qui le concerne, l'illustration, il cherche avant tout à apporter graphiquement au scénario originellement écrit et ce en adaptant son style à l'histoire. C'est à ce moment-là seulement selon lui que se crée une véritable interaction entre les deux sphères de création.

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Il présente par ailleurs le travail du scénariste comme celui qui consiste à écrire l'histoire, à la rendre attrayante mais égaleme

nt comme un travail essentiel et difficile de découpage qui consiste à fragmenter l'histoire en séquences avec une succession rythmant cette dernière. On y pense peu en effet à la lecture d'une BD mais cela constitue un véritable défi de faire tenir une histoire sur 46 pages. Quant au temps de travail que cela représente, Jean-Baptiste Andreae estime qu’il s'étend de un an à quatorze mois pour un album, en ce qui le concerne.



Au-delà de ce travail traditionnel de création, on voit de plus en plus s'inviter la sphère numérique dans l'univers de la bande dessinée. En effet, chacun des invités présents possède un blog et ce en raison des différentes possibilités et opportunités que permet ce type d'outil. Pour Jean-Baptiste Andreae, son blog lui permet avant tout de montrer autre chose que ce qu'il dévoile déjà dans son travail. Le blog constitue en quelque sorte une vitrine exposant ses travaux personnels mais lui procure également un moyen de dessiner pour son propre plaisir, sans autre visée que celle du loisir.

En ce qui concerne Anne Montel, son blog existe depuis six ans. Elle l'a mis en place alors qu'elle était encore étudiante. La première raison de cette création a été l'opportunité de recevoir par ce biais des avis extérieurs sur son travail. Cela représente également un moyen de faire découvrir ce qu'elle crée à des gens qui n'en auraient probablement pas eu connaissance sans cela. Par ailleurs, le fait de tenir ce blog l'oblige à prendre un moment pour elle, hors du travail, et lui permet de s'aérer l'esprit pendant un instant.

David Fournol, quant à lui, utilise son blog comme un outil de travail avant tout car il l'alimente de chroniques portant sur les bandes dessinées qui l'ont marqué. Il précise que 150 bibliothèques sont abonnées à sa newsletter, ce qui confirme l'aspect professionnel de ce blog et souligne par ailleurs une nouvelle forme de partenariat et de veille documentaire pour les bibliothèques.

De son côté, Loïc Clément avoue que l'un de ses travers est la procrastination. Or le blog l'oblige à faire quelque chose, à produire régulièrement. Cette contrainte devient alors une forme de gymnastique qui l'entraîne à continuer de faire vivre Shä à travers, entre autres, l'écriture des nouvelles de ce dernier. Par ailleurs, Loïc Clément considère qu'il s'agit d'un moyen de se substituer au travail de l'éditeur dans la mesure où le blog constitue un outil de promotion et de communication.
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Intervient alors une interrogation importante concernant le rapport de l'auteur à l'éditeur. En effet, un rapport de force semble parfois s'établir entre ces deux acteurs dans la mesure où souvent, selon le sentiment du premier de ces deux protagonistes, l'éditeur porte de moins en moins les projets et n'accompagne plus l'auteur. Dès lors, le numérique et le blog peuvent apparaître comme un substitut au travail de promotion qu'est censé réaliser l'éditeur.

Toutefois, on voit de plus en plus en conséquence émerger un nouveau procédé qui consiste en ce que l'éditeur récupère purement et simplement ce qui a été fait sur un blog et le publie tel quel, sans apport professionnel. En ce cas, l'éditeur se contente de saisir l'occasion en voyant qu'un blog a du succès.

Ce rapport de force est également très perceptible lorsque les auteurs reconnaissent pouvoir difficilement vivre de leur travail, voire pas du tout. Alors que sans l'auteur, l'œuvre ne peut exister, ce dernier ne perçoit en moyenne que 8% du prix de vente du livre. Ce pourcentage fait de l'auteur celui qui touche le moins dans l'ensemble du processus de vente de l'œuvre alors qu'il en est le créateur. Anne Montel et Loïc Clément espèrent dès lors qu'une action des auteurs se dessinera bientôt afin de tendre à un nouveau modèle économique permettant de revaloriser le travail de l'auteur.

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Cette nouvelle rencontre s'est clôturée avec les conseils très personnels de nos invités. Ainsi Loïc Clément souligne qu’il est importante de se rappeler que nous sommes tous liés par nos métiers et donc de travailler en étroite collaboration, avec une bonne connaissance de la chaîne du livre afin que chacun ait conscience des enjeux de l'autre et inversement, et que de cette manière puissent être construites des actions et des animations communes. Anne Montel, quant à elle, souhaite valoriser une nouvelle fois le travail essentiel et primordial de l'auteur, qu'il faut cesser d'oublier alors qu'il est le moteur de l'ensemble de cette chaîne du livre, inexistante sans son intervention première, et qui est prêt à participer à beaucoup de choses si libraires et bibliothécaires lui en offrent l'opportunité. David Fournol nous incite pour sa part à nous faire plaisir, avis auquel se range Jean-Baptiste Andreae. À noter que la rencontre s'est terminée sur une sympathique séance de dédicaces.

 

 

Ainsi s'est clos pour notre équipe le projet ConviviaLitté initié cette année et qui, on l'espère, sera reconduit l'année prochaine. Ce furent beaucoup d'émotions et de joie de soutenir un tel projet et d'organiser chacune de ces rencontres qui auront été, nous le souhaitons, enrichissantes pour tous.


En complément, voici les blogs de nos invités :
Jean-Baptiste Andreae : http://jb-andreae.blogspot.fr/
Anne Montel :  http://ahurie.blogspot.fr/
Loïc Clément :  http://nekokitsune.blogspot.fr/
David Fournol :  http://www.wmaker.net/fournoldavid/

 

 

 

ConviviaLitté, AS Bib 2011-2012

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 07:00

Compte rendu d'une conférence de Philippe Pozzo di Borgo , auteur du Second Souffle, qui a inspiré le film Intouchables, aux éditions Bayard le 8 mars 2012.
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Photos de la conférence sur le blog des éditions Bayard .

 

Un homme souriant, tétraplégique et d’une quarantaine d’années s’avance dans son fauteuil roulant. Il va s’exprimer pendant une heure au milieu d’une foule d’admirateurs. Philippe Pozzo di Borgo est l’auteur du Second souffle, adapté au cinéma sous le titre des Intouchables. Cette comédie rocambolesque s’inspire de sa vie et le film fait exploser les records du box office français avec plus de 19 millions d’entrées.

Pendant la conférence, Philippe Pozzo di Borgo et son éditrice évoquent avec humour l’élaboration du Second Souffle. L’éditrice découvre dans ce manuscrit, reçu par la poste, une histoire extraordinaire et en phase avec la ligne éditoriale de la maison. Elle décide alors de le publier. Elle raconte que lors de ses nombreuses communications téléphoniques avec Philippe Pozzo di Borgo, elle laissait échapper par inadvertance un « Ne bougez pas… ».

L’éditrice reçoit donc un jour les 400 pages de Philippe Pozzo di Borgo, elle les juge douloureuses et mal écrites. Elle entre en contact avec lui : « il faut tout reprendre ! ». S’enclenche alors un travail de longue haleine entre l’éditrice et l’auteur, les « mal dit » et « recommencez » peuplent les corrections du manuscrit. Finalement, après un énorme travail de collaboration, le manuscrit est présentable. Il est publié en 2001. Le livre est bien sûr réédité depuis le grand succès du film. D’ailleurs, Philippe Pozzo di Borgo ne manque pas d’exprimer son contentement quant à la première et quatrième de couverture qu’il trouve à son goût.

La conférence se déroule par thèmes, l’éditrice lit des passages importants du livre et donc de la vie de son auteur et celui-ci les commente. On évoque d’abord Béatrice, sa première femme, l’héroïne de sa vie, puis son accident de parapente qui le rend tétraplégique. Philippe Pozzo di Borgo affirme que le plus dur, dans le handicap, ce n’est pas l’immobilisation mais la solitude : « le handicap arrive quand vous êtes seul » affirme-t-il. Béatrice, sa femme adorée, meurt d’un cancer. Pendant dix ans, Abdel, un jeune maghrébin banlieusard, devient son auxiliaire de vie. Ces deux « Intouchables », un aristocrate bien né et un taulard plein d’enthousiasme, se lient d’une grande amitié.

Il rencontre ensuite sa seconde femme, Khadija : « J’ai toujours eu un faible pour ces dames », avoue-t-il. C’est alors qu’il se lance dans le récit de sa rencontre avec elle : « À quoi sert-il d’être handicapé si on ne peut pas en jouer ? » Un soir, à une fête, il se trouve mal ; voyant cette jeune femme courir à son secours, il simule un évanouissement plus long qu’à l’habitude. Khadija tombe sous le charme ! Philippe Pozzo di Borgo vit actuellement au Maroc avec sa femme et ses deux filles. L’éditrice lui demande : « Pourquoi ne vivez-vous pas à Paris ? » À Paris, répond-il, les gens sont gênés par le handicap et cela se ressent dans leur attitude, tandis que les Marocains sont très spontanés. Au Maroc, Philippe di Borgo se sent comme tout le monde.

Malgré son handicap, cet homme est doté d’un grand sens de l’humour. Il a su s’entourer de personnes aimantes pour ne jamais rester seul. La souffrance lui a appris la patience. S’il affirme ne pas avoir la foi, Pozzo di Borgo croit néanmoins en l’espérance, et il termine son discours en citant Péguy : « Ça c'est étonnant, que ces pauvres enfants voient comment tout ça se passe et qu'ils croient que demain ça ira mieux, qu'ils voient comment ça se passe aujourd'hui et qu'ils croient que ça ira mieux demain matin ».


Quitterie, AS Éd.-Lib.



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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 00:00

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Le 23 Mai prochain, au festival de Cannes, sera présentée l'adaptation cinématographique du roman phare de la Beat Generation, Sur la route, de Jack Kerouac. Réalisant ce qu'ont rêvé nombre de ses prédécesseurs – s'attaquer (pour de bon) au mythe américain Kerouac – le Brésilien Walter Salles présentera le Carnet de voyage de « sa » route, sinueuse, folle, osée, époustouflante, et probablement éreintante : un voyage qui – espérons-le – sera à l'image de ceux de Kerouac et Cie, épuisante exploration de territoires, de soi, désespérante parfois, mais vivifiante.

Revenant sur les récits mêlés de Jack Kerouac, Sal Paradise (le narrateur de  Sur la route) et Walter Salles, le magazine culturel Trois couleurs a produit pour l'occasion un hors-série sur l'homme, le livre, et le film, On the road, « l'odyssée d'un mythe ».

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Trois couleurs
   
Le magazine Trois Couleurs est le mensuel culturel gratuit édité par MK2 Multimédia ; il ne traite pas uniquement du cinéma mais de la culture au sens large, couvre les nouveautés  de chaque sphère culturelle : musique, littérature, événements, magazines de bandes dessinées, jeux vidéo. Le magazine est né en 2007 sous l’impulsion d’Elisha Karmitz. Depuis 2011, le rédacteur en chef du mensuel est Étienne Rouillon. Pour ce huitième de la série (hors-série), c'est Aureliano Tonet qui porte la casquette du rédacteur en chef. Le mensuel est tiré à 200 000 exemplaires, il est diffusé uniquement à Paris.

Depuis 2009, la rédaction s’est donc consacrée à la publication de hors-séries : l’accent y est mis sur un artiste, un réalisateur ou un thème social particuliers. Le premier d’entre eux, paru en décembre 2009, était consacré aux Doors, à l’occasion de la sortie du documentaire de Tom DiCillo, intitulé When You’re Strange.

La rédaction a ainsi pris la tangente pour retourner aux origines de ce mythe littéraire. Glanés entre la Bretagne et la Californie, des archives, reportages et témoignages inédits permettent de comprendre la genèse de ce livre-monument, ainsi que son influence sur la littérature américaine du XXe siècle. Un aperçu de l'ampleur du défi auquel Walter Salles a dû faire face. Photos de tournage, extraits du scénario, croquis préparatoires retracent les étapes de cette aventure cinématographique, sans oublier la contribution exceptionnelle de toute l'équipe du film, du réalisateur à ses comédiens (Garret Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart, Kirsten Dunst, Viggo Mortensen), en passant par les techniciens et les producteurs.

 

 

 

« La Californie de Dean, pays délirant et suant, pays d'importance capitale, c'était celui où les amants solitaires, exilés et bizarres, viennent se rassembler comme des oiseaux, le pays où tout le monde, d'une manière ou d'une autre, ressemble aux acteurs de cinéma détraqués, beaux et décadents », Sur la route.

Kerouac avait écrit à son ami Neal Cassady, (Dean Moriarty dans la version censurée de 1957), probablement avant même de devenir écrivain : « Je révolutionnerai les lettres américaines et boirai du champagne avec les starlettes d'Hollywood ». Cette prédiction, qui témoigne d'une ambition guidée par le on_the_road_book_cover.jpgbesoin de tout expérimenter, aura été à demi confirmée, puisque Kerouac aura en effet bouleversé la littérature du XXe siècle, mais il lui aurait fallu vivre jusqu'à 90 ans pour se présenter, mercredi prochain, sur les marches de Cannes, riant de s'exposer ainsi parmi les stars hollywoodiennes : chose effectivement impossible, puisque force est de constater la faible espérance de vie propre – à quelques exceptions près – à ceux qui ont brûlé leur vie plutôt que de la voir se consumer, préférant l'intensité à la prudence et la mesure : « It's better to burn out than fade away » (Il vaut mieux brûler vivement que s'éteindre à petit feu), chantera Neil Young quelques années plus tard, parmi les nombreux témoins de l'influence « beat » dans la culture rock*.

C'est ainsi dès 1957 et le récent succès de On the road à peine édité que Kerouac écrit à Marlon Brando, lui proposant vivement d'acheter les droits d'adaptation de son roman. Fidèle à son tempérament, il est en perpétuelle recherche de nouvelles expériences : « Écrire des romans, ça devient trop facile, pareil pour le théâtre, j'écris une pièce en vingt-quatre heures. Allez Marlon, retrousse-toi les manches et réponds ! »*. L'ancien féru de football américain, avait déjà troqué ses cours de classe préparatoire à New York contre les rues de Harlem suant la rumeur Be Bop. Fasciné par l'énergie du souffle, l'improvisation, la syncope, Kerouac trouvait en Charlie Parker, Thelonious Monk ou Dizzy Gillespie, le moyen de tromper cette littérature codifiée, pudique, une littérature « d'après coups dans un lit de malade »*  : son écriture serait vivante, précipitée, celle de « gamins bourrés, échevelés, en rut », elle ne pouvait être qu'authentique, et donc spontanée, il fallait faire avec les mots ce que ces musiciens faisaient avec leurs instruments.

Passionné par le théâtre dès son enfance, c'est la perspective de mise en scène de son roman, de son propre personnage et de son entourage qui l'intéressent désormais. Cela rejoint cette tendance remarquable de Kerouac à agencer sa vie privée en faits transposables et améliorables dans son œuvre littéraire : dans Sur la route, Kerouac a sublimé ses aventures et celles de ses amis, « il a organisé sa vie en chapitres, à la manière d'un roman »*. Dans son nouvel enthousiasme, alors qu'il est vite dégoûté par la qualité de « King of the beats » qu'on veut bien lui confier, née de ce succès polémique qui a scindé et bouleversé la société américaine, Ti-Jean le breton (il ne connut jamais l'origine bretonne exacte des Kerouac : Huelgoat) se veut « résolument moderne », conformément à la révélation Rimbaud : Marlon jouera Dean, lui-même jouera Sal, et rassure Brando en lui affirmant qu'il a déjà tout pensé dans la forme : « Ne vous en faites pas pour la structure, je vois comment compresser et recomposer l'histoire, pour la faire parfaitement rentrer dans un cadre classique : un seul et unique voyage »*. Mais l'énorme difficulté qu'auront rencontrée tous ceux qui auront rêvé cette adaptation, c'est la forme anticonformiste et aucunement classique du roman. Ainsi, alors que Brando n'avait pas donné suite, Francis Ford Coppola a acheté les droits d'adaptation en 1979. Il a ensuite proposé à Jean-Luc Godard de le réaliser, sans aboutir, pour finalement voir Gus Van Sant compléter le tableau des prétendants : nouvel échec. Incontestablement, cette adaptation est un énorme casse-tête, d'autant plus qu'elle s'attaque à un roman d'une envergure monumentale. C'est finalement Walter Salles qui fera figure de bonne pioche.



Beat generation au cinéma

Si l’œuvre de Kerouac ne fut jamais adaptée au cinéma auparavant, l’esprit « beat » lui, avait déjà trouvé un écho dans le 7ème art.

Les premiers films furent tournés par les beats eux-mêmes, à l’image du court métrage Pull My Daisy, écrit par Jack Kerouac et réalisé par Robert Frank et Alfred Leslie. La modestie des budgets caractérisent ces premières réalisations. Tout cela change à partir de 1960 : les majors commence à s’intéresser au filon « beatnik ». Il en ressort la même année deux films emblématiques de cette tendance quelque peu caricaturale : The Beatniks et The Wild Ride. Ces deux films sont le prisme du dénigrement et de la caricature que subissent alors les beatniks. Cependant, le cinéma a su se rattraper pour livrer des œuvres reflétant la beauté et la singularité de cette génération. L’exemple le plus criant, le film de Dennis Hopper Easy Rider, réalisé en 1969 et ouvrant la voie des road movies, colle bien davantage au souffle de liberté, de la recherche d'immensité : celles de l'Amérique, de cette éternelle route vers l'ouest qui la caractérise, de sa colonisation aux virées de Dean et Sal dans la Hudson, en passant par la ruée vers l'or. « Road is life », dira Kerouac.   

Par sa complexité, l'adaptation n'avait donc jusqu'alors jamais été : la réalisation possible d'un récit aussi vivant, demande logiquement une implication et un travail gigantesque d'immersion. Ainsi, Walter Salles s'est entièrement donné dans ce projet : il a traversé l'Amérique sur les pas de Kerouac, a interviewé nombre de témoins de cette période. C'est l'engagement personnel et profond qui a sans doute joué pour beaucoup, la passion et la transmission de cette passion. L'important pour Salles n'a pas été de retranscrire à la lettre ce qu'il a pu savoir de cette époque par la lecture et ses recherches : il a fallu être fidèle mais créatif, trahir pour être plus fidèle. La productrice de Salles, Rebecca Yeldham, évoque une autre question importante : « Est-ce que Kerouac approuverait ce que je fais ? ».

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Road-movies : Carnets de voyage et Sur la route : « Il s'agit non plus de guérir le monde mais de brûler avec », Walter Salles.

La filmographie de Walter Salles témoigne d'un attrait prononcé pour les fuites, les embardées, et donc les road-movies. C'est notamment son film de 2004, Carnets de voyage, retraçant le périple d'Ernesto Guevara et Alberto Granado, partant à la rencontre du peuple sud-américain et dont la révélation aboutit à une transformation politique et sociale, qui rejoint le plus cette dernière réalisation. Cependant, Salles explique que Sur la route « marque une rupture dans le comportement, les moeurs d'une société »*. Les voyages de Sur la route sont tout autant (voire davantage) intérieurs et introspectifs que projetés sur une réalité physique : les bouleversements émanent d'un cercle privé, qui dans sa singularité va s'ériger en modèle ou en vice, contre son gré.

La réalisation du film a été précédée d'un documentaire, Looking for on the road (en référence à Kerouac qui considérait Sur la route comme un À la recherche du temps perdu en plus rapide), qui relate le travail de documentation et de recherches précédant le tournage. Salles explique qu'il a jugé nécessaire de décomplexifier l'adaptation en arpentant les routes qu'empruntèrent Kerouac et sa bande, pour mieux comprendre cette génération, partir à son tour à l'aventure et découvrir les restes de cette époque dans l'Amérique actuelle.

Quant à l'adaptation du style Kerouac, il s'est traduit dans la volonté de respecter au mieux ce qui fait d'après lui la grande originalité du roman, à savoir le dépassement du simple récit documentaire par un équilibre malicieux entre fidélité au réel et éléments résultant « d'une imagination libre et foisonnante ».

Les élans de spontanéité, l'écriture automatique, se sont transposés au cinéma par un travail d'improvisation des acteurs, des situations devant amener à des dialogues et des expressions non préméditées, pour mieux retranscrire cette vitesse du mouvement constant, de la pulsion des corps, contrastant avec des moments plus contemplatifs soulignant les moments d'accélération.



« J'ai entendu Hard Rain's A-gonna fall de Dylan et j'ai pleuré. Je me suis dit que le relais avait été passé. », Allen Ginsberg

Par l'influence considérable de la beat generation sur la culture rock américaine, de Bob Dylan à Patti Smith, en passant par The Doors, Tom Waits, et plus récemment Saul Williams ou le groupe franco-américain Moriarty (hommage direct à Dean Moriarty), la B.O du film, réalisée par l'Argentin Gustavo Santaolalla – il avait déjà accompagné les Carnets de voyage du même Walter Salles – aura une importance à part entière dans cette adaptation. À la façon dont les écrivains « beat » restaient des jours entiers à dérouler oralement leurs écrits au sein d'assemblées dignes de concerts de rock, Charlie Parker pouvait jouer du saxo sans jamais s'arrêter, note Santaolalla. Cependant, n'étant pas un véritable musicien Jazz, et bien que conscient de l'influence Be-bop qu'entonne le roman, il dit s'être inspiré de divers musiciens, notamment Moondog (contemporain et ami de Charlie Parker), Harry Patch ou John Cage, et a de plus beaucoup utilisé les percussions : « Beaucoup de percussions pour établir un lien avec l'Afrique, des sonorités métissées, tribales et urbaines »*.



« Walter Salles a travaillé très dur à cette adaptation, et je souhaite vivement qu'elle réussisse », Francis Ford Coppola. Souhaitons-le aussi.


Nicolas et Guillaume, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Citations tirées du hors-série # 8: Sur la route, d'après Jack Kerouac : un homme, un livre, un film. L'odyssée d'un mythe. (Edité par Trois couleurs, Mai 2012)

Sur la route, réalisé par Walter Salles, avec Garrett Hedlund (Dean Moriarty), Sam Riley (Sal Paradise), Kristen Stewart (Marylou), Kirsten Dunst (Camille), Viggo Mortensen (Old Bull Lee)... sort le 23 Mai 2012 en salles et sera présenté ce même jour en compétition officielle du festival de Cannes.

 Des informations exclusives liées à ce projet sont à retrouver sur les pages Facebook officielles Sur la route et On the road , le compte Twitter @OnTheRoad_Official et le site officiel du film :

 http://www.facebook.com/TroisCouleurs


 https://twitter.com/#!/Trois_Couleurs


 http://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_couleurs_magazine

 

 

 

 

KEROUAC et la BEAT GENERATION sur LITTEXPRESS

 

 

jacK kerouac Sur la route

 

 

 

 

 

 Article de Nicolas sur Jack Kerouac, Sur la route

 

 

 

 

 


 

BEAT-G-route_66.jpg

 

Article de Charlotte sur la Beat Generation

 

 

 



1kerouac_big-sur.jpg

 

 

 

 

 

 

Carnet de voyage d'Elisa sur les traces d'Hemingway, Miller et Kerouac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 10:00

dans le cadre de la 6e biennale des littératures d’Afrique noire
Biennale 2012Déjeuner-rencontre
le vendredi 4 mai à 12H30
au CRM de l'IUT Michel de Montaigne

avec deux auteurs et Safiatou Faure,
organisatrice de la biennale

 

 

Buffet froid.
Entrée libre et gratuite.

 


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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:10

Prochain atelier du livre de la Bibliothèque nationale de France

mardi 15 mai 2012
9h30-18h00

 

 

Programme détaillé et informations pratiques dans l'agenda culturel de la BnF :
http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_auditoriums/f.ateliers_livre.html?seance=1223907572246

François-Mitterrand
Petit auditorium
Quai François-Mauriac - Paris 13e
Entrée libre

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:00

Les deux Congo, Rwanda, Burundi
Du 2 au 5 mai 2012

Biennale_2012.jpg


À l’honneur cette année, la bande dessinée africaine, avec Kash, KHP, Séraphin Kajibwami, Al’ Mata, Jason Kibiswa, Rupert Bazambaza.

Télécharger le programme complet  sur le site de l’Agence de Médiation culturelle avec les pays du Sahel : http://www.mediation-culturelle.net/category/bienale/

Le Carré des Jalles
Saint-Médard-en-Jalles

 

 


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