Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 07:00

31 mars 2012, Escale du livre, Bordeaux

 

Anne-Wiazemsky-Une-annee-studieuse.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
autour de  

Une année studieuse
Gallimard, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne-Wiazemsky.jpgAnne Wiazemsky est née en 1947 à Berlin. Elle est la petite fille de François Mauriac du côté maternel, et issue, par son père, d'une famille princière russe qui émigra en France après la révolution de 1917. Son frère, Pierre Wiazemsky, plus connu sous le pseudonyme "Wiaz", est un dessinateur humoristique.

Anne Wiazemsky devint actrice en 1966, en commençant par Au hasard, Balthazar, film de Robert Bresson. Puis elle rencontre Godard, qu'elle épouse en 1967. Elle jouera ensuite dans bon nombre de films de Godard, mais aussi de Pier Paolo Pasolini, Robert Bresson, Philippe Garrel ou encore André Téchiné ainsi que dans des pièces de théâtre.

Anne Wiazemsky est aussi auteure de nouvelles, de livres pour enfants, elle participe à la création de beaux-livres, à la réalisation de documentaires et écrit des romans dont Canines qui reçut le Prix Goncourt des lycéens en 1993, et Une poignée de gens qui lui valut le grand prix du roman de l'Académie Française.

Anne Wiazemsky est aussi une femme engagée, signataire du Manifeste des 343, appel pour la liberté de pouvoir avorter. Cette pétition rédigée par Simone de Beauvoir et parue dans le Nouvel Observateur du 5 avril 1971, n'est signée que par des femmes qui déclarent toutes avoir avorté (acte alors passible de poursuites pénales pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement). Véritable exemple de désobéissance civile en France, elle débouchera en 1975 sur la loi Veil qui dépénalise l'I.V.G. lors des dix premières semaines de grossesse.

Mais si Anne Wiazemsky était là, ce 31 mars 2012 à l’Escale du livre, à Bordeaux, c'était pour évoquer son dernier roman, Une année studieuse, publié en février 2012 chez Gallimard. Après s'être illustrée dans le genre autobiographique avec Jeune fille, récit de son premier tournage avec Robert Bresson, et après avoir travaillé sur la question de la construction du récit avec  Mon enfant de Berlin qui évoque la vie de ses parents avant sa naissance, Anne Wiazemsky réitère l'expérience de l'écriture du passé, en racontant, cette fois, sa vie avec Godard. Et comme ses romans ne se fondent pas uniquement sur sa mémoire, Anne Wiazemsky sait trouver les sources et les utiliser, car même quand il s'agit de sa vie, elle manie avec habileté ses propres souvenirs, mais aussi ceux des autres.

On peut dégager de cette rencontre littéraire six grands thèmes qui jalonneront le parcours initiatique d'Anne Wiazemsky qu'elle nous relate dans Une année studieuse.
 
Tout d'abord est évoqué le thème de l'écriture : Une année studieuse est un livre très personnel, au même titre que Jeune fille, et il semblerait qu'Anne ait rencontré quelques difficultés pour revenir sur des choses très intimes. De plus, le personnage principal de ce roman n'est autre qu'Anne Wiazemsky, en 1966, encore pleine d'enthousiasme, de naïveté et d'émerveillement. Mais alors comment fait-elle pour se placer dans cette posture de retour sur soi, sur son passé ?

Anne Wiazemsky s’excuse d’abord auprès du public de toute éventuelle hésitation ou blancs possibles dans ses réponses. Selon elle, la difficulté vient du temps. Le projet d'Une année studieuse s'étendait au départ sur quatre ans, mais Anne rétrécit le sujet et fait le choix d'une année, l'année 1968. De plus, elle s'attache à ne pas être en avance sur le temps du récit, et opérer ainsi un décalage entre temps de l'écriture et temps du récit. Elle veut retrouver sa naïveté et son enthousiasme émerveillé, tout en faisant abstraction de ce que l'histoire ou les expériences lui ont appris par la suite. C'est cette forme d'écriture qui permet à son auteure de retrouver la jeune fille qu'elle était en 1966, et elle évoque par la même occasion le bonheur de retrouver ainsi des personnes disparues qui lui étaient chères. L'écriture est donc pour Anne Wiazemsky un vecteur lui permettant de revenir dans le passé grâce à des contraintes qu'elle s'est fixées, et d'éprouver la joie d'y rencontrer des personnes qui ne sont plus.
 
Dans un second temps est abordé le thème des rencontres. En effet, la vie d'Anne Wiazemsky est jalonnée de personnes qui joueront un rôle décisif dans ses choix.

Et tout d'abord nous commencerons par évoquer la rencontre avec Godard, la vraie, l'amoureuse. Car le cinéaste est déjà épris d'elle, mais Anne l'éconduit. Jusqu'au jour où elle voit Pierrot le Fou. Ce film est le véritable point de départ de leur relation, le déclencheur du coup de foudre artistique. Saisie d'une impulsion et d'une audace rare, elle écrit à Godard, par l'intermédiaire des Cahiers du Cinéma, pour lui déclarer son amour pour ce film et pour lui aussi, derrière. Pour elle, Godard est d'abord un homme de chair et de sang, et c'est lui qu'elle aimait, avant le cinéaste. Anne Wiazemsky dresse d'ailleurs dans son livre, un portrait de Godard très amoureux, possessif et jaloux, ne correspondant pas à l'image que nous en avons habituellement. Et Anne Wiazemsky surenchérit non sans humour, précisant qu'avec l'accueil de ce livre, elle s'est rendu compte que beaucoup d'hommes et de femmes aimaient Godard tout comme elle.
Jean-Luc-Godard-et-Anne-Wiazemsky-et-Godard.jpg
Est alors évoqué La Chinoise, film de Godard dont le tournage commence en 1967. Dans son livre, Anne Wiazemsky raconte l'influence du maoïsme sur Godard et l'impossibilité de tourner le film en Chine. Mais elle précise que Godard n'avait pas eu l'intention de tourner en Chine, il s'y est seulement rendu. Il voulait un film en noir et blanc, caméra à l'épaule, et dont le sujet principal serait elle, une étudiante en philosophie à Nanterre, véritable nid de Trotski-léninistes (selon lui). L'actrice de La Chinoise avoue que pour elle tout ça était un peu abscons, et tient à préciser qu'elle est arrivée après la Nouvelle Vague.
 
Une deuxième rencontre marquera sa vie, celle de Francis Jeanson, résistant pendant la guerre et philosophe ; il a également été proche de Jean-Paul Sartre et Albert Camus, participant à l'élaboration de la revue Les Temps modernes. Anne Wiazemsky lui vouait une grande admiration, mais elle n'était pas une étudiante modèle et venait de rater son bac. Lors d'un goûter organisé par son ami Antoine Gallimard, encore prise d'une étrange intuition et toujours armée d'un soudain courage, elle alla à la rencontre de Francis Jeanson. Elle lui expliqua qu'elle venait d'échouer au bac et lui demanda de l'aider à réviser son oral de philosophie. Elle précise que c'était pour elle une audace rare. Il a accepté. Elle aimait beaucoup son sens du dialogue. Et cette expérience enrichissante eut plusieurs conséquences : elle a eu son bac, mais s'ennuie désormais sur les bancs de la fac. En effet, l'auteure explique ensuite que Francis Jeanson se faisait beaucoup d'illusions sur elle, et voulait qu'elle continue la philosophie. Mais elle s'imaginait à la Sorbonne, en plein cœur du quartier latin, et pas à Nanterre, faculté récente, difficile d'accès, entourée de bidonvilles et ne disposant que d'une cafétéria pour tout le campus. De plus, l'auteure évoque la suprématie des professeurs qui régnaient encore à cette époque, les comparant à des mandarins.

Une autre rencontre compta dans la vie d'Anne Wiazemsky. Elle fit la connaissance, par l'intermédiaire de Godard, de Michel Cournot, critique de cinéma et de littérature. « C'est un des fantômes que j'étais contente de retrouver » (par l'écriture), répond Anne Wiazemsky. Si Francis Jeanson la guide jusqu'à l'université, Michel Cournot au charme décalé l'en détourne, lui affirmant, face à son ennui de se rendre aux partiels : « La vraie vie, celle que nous aimons, n'est pas là ». Anne Wiazemsky, avec toute la maturité acquise, précise qu'elle ne se vante pas de ne pas s'être rendue aux partiels, suivant les conseils de Michel Cournot. Mais elle n'avait à l'époque, aucune présomption politique de ce qui pourrait se passer par la suite, sinon elle se serait rendue aux partiels.
 
D'autres rencontres sont également importantes pour Anne. Ses seuls amis étudiants, à Nanterre, étaient Danny (Cohn-Bendit) et deux de ses camarades. Ils conseillaient de boycotter les examens en copiant sur les autres. Anne, se comparant à une taupe, ramenait les informations politiques à son mari Jean-Luc. Mais ni elle, ni lui, n'ont eu l'intuition politique que tout allait commencer avec eux en mai 68.
 
– « Et Juliet Berto ? »

Elle état actrice (elle a joué notamment dans La Chinoise de Godard), mais aussi metteur en scène de théâtre et réalisatrice de cinéma. Juliet Berto est morte très jeune, et Anne Wiazemsky l'a beaucoup aimée. C'est pourquoi c'était une chance pour elle de ne pas l'oublier grâce à l'écriture.

Il n'y pas que les rencontres qui comptèrent, il y a également sa propension à l'émerveillement et à l'admiration, et tout particulièrement pour Jeanne Moreau. « J'adore admirer, encore aujourd'hui » répond l'auteure, mais elle reproche aux journalistes en général de toujours évoquer Jeanne Moreau et jamais Anouk (sans doute Anouk Aimée) pour qui elle avait aussi beaucoup d'affection. Mais elle se plie tout de même au jeu de l'interview et évoque Jeanne Moreau. Ce qu'elle admirait chez elle, c'était autant son personnage que le raffinement de sa vie. Et Anne Wiazemsky, qui a connu Jeanne Moreau lors de tournages, évoque sa chambre d'hôtel, avec deux lits, un grand pour l'amour et un petit pour après, pour se rafraîchir sans se gêner. Il y avait aussi les pull-over à la taille de ses invités, quand les nuits étaient fraîches. D'ailleurs quand Jeanne Moreau a lu le livre d'Anne Wiazemsky, elle eut cette réaction : « Mais pourquoi a-t-elle oublié que j'avais plein de chiens ? » Mais Anne Wiazemsky avait également un chien, qui, un jour, mangea les pétunias de Jeanne Moreau. Oui, mais ce n'était pas grave, elle a dit qu'elle « adorait se lever le matin et planter les pétunias » !
 
Après les thèmes de l'écriture et celui des rencontres, la famille est alors évoquée, une famille dominée par la figure du grand-père maternel, qui n'est autre que François Mauriac. Son influence est fondamentale au sein du cercle familial, d'autant plus qu'il devient le tuteur d'Anne à la mort de son père. On l'a déjà constaté dans Jeune fille, François Mauriac est à la fois très autoritaire et tout à la fois empli de tendresse pour cette petite-fille avec qui il tisse des liens particuliers.

Anne évoque également les rapports conflictuels avec sa mère, suite à l'annonce de son mariage avec Jean-Luc Godard, beaucoup plus âgé qu'elle. Pourtant, quand sa mère rencontre son père (moment relaté dans Un enfant de Berlin), ce dernier n'était pas celui que l'on avait prévu pour la mère d'Anne, et elle sut imposer son choix, affronter sa famille. Mais lorsqu'il s'agit de sa fille, c'est comme si elle avait oublié ce moment. Anne Wiazemsky fait alors une belle réponse, évoquant tout d'abord son plaisir de décrire sa mère dans ses livres, elle en a fait l'héroïne de son roman Un enfant de Berlin. Elle lui a donné la parole. Puis Anne concède qu'elle n'était pas facile, elle ne correspondait pas aux attentes d'une famille comme la sienne, avec son chien, le cinéma et sa relation avec un homme plus âgé. Dans Jeune fille, Anne Wiazemsky évoque sa mère également, avec beaucoup de tendresse et un effort de compréhension. Sa mère voulait qu'elle fasse du cinéma, cela ne convenant pourtant pas à ses principes. Mais si son propre père François Mauriac, s'y était opposé, elle reconnaît elle-même qu'elle n'aurait pas eu la force de l'affronter. Anne Wiazemsky évoque dans son roman, avec humour, la venue de Godard pour demander à François Mauriac la main de sa petite-fille. Elle ne s'en souvenait pas, c'est son frère Pierre qui le lui a raconté, c'est pourquoi dans le livre elle lui donne la parole. Mais son grand-père ne pouvait nier une certaine fierté d'avoir comme gendre Jean-Luc Godard. C'était un honneur pour lui, curieux du monde et pas du tout conventionnel. On perçoit d'ailleurs déjà dans Jeune fille, une certaine envie de François Mauriac pour ce que vit sa petite fille, « on ne lui a jamais demandé du faire du cinéma, à lui! »

Mais François Mauriac est finalement peu présent dans Une année studieuse, et c'est son oncle qui prédomine davantage. C'est lui qui a montré à l'auteure que la voie la plus libre est celle de la réalisation de soi. Il avait placé la barre très haut, précise Anne Wiazemsky. On peut donc dire que son grand-père accordait peu d'importance aux conventions sociales. Peut-être que pour ses petits-enfants c'était plus facile, objecte Anne Wiazemsky. D'ailleurs quand il a donné son accord pour le mariage entre Godard et Anne Wiazemsky, les tensions au sein de la famille se sont apaisées. Il faut tout de même rappeler que Jean-Luc Godard, non seulement était plus âgé que la narratrice, mais qu'en plus il sortait d'un divorce, ce qui reste choquant pour une famille bourgeoise et catholique. Anne Wiazemsky, dans sa réponse, préfère évoquer les difficultés que rencontraient les jeunes femmes de son époque. La majorité était à 21 ans, la pilule n'existait pas et l'avortement était illégal. Une véritable terreur planait sur les amoureux, comme Anne l'explique, la terreur de tomber enceinte, car dans le milieu bourgeois, les amoureux se retrouvaient aussitôt coincés dans un mariage.

Le quatrième thème est celui de la liberté, de sa situation de jeune fille très libre au sein d'une famille catholique et bourgeoise. En effet on a d'elle, à la lecture de ce livre, une image de jeune fille affranchie des contraintes, qui fait le choix de prendre des positions qui ne séduisent pas toujours et qui avance dans la vie. Mais Anne Wiazemsky répond modestement qu'il lui semblait, à cette époque, faire un pas en avant, un pas en arrière. C'était l'âge, tente-t-elle d'expliquer, et si elle n'avait pas eu l'audace de faire ce film, elle savait qu'elle aurait eu une conscience aiguë du renoncement que cela aurait pu représenter.
 
Une question venue du public et qui amène le cinquième thème porte sur les cinéastes avec lesquels elle a travaillé, en commençant pas Godard, qui avait la réputation d'être très rude avec ses acteurs. Mais Anne répond qu'il a été très agréable avec toute l'équipe, sur ce tournage. « Sûrement parce que l'on n'était pas des stars ». Dans son souvenir tout s'est bien passé, mais elle précise que peut-être sa mémoire arrange tout. Pour raconter ce tournage avec Godard, Anne Wiazemsky évoque les souvenirs d'un technicien qui lui rapporta que Godard s'éclipsait avec elle pour discuter longuement, en chuchotant.

Avec Pasolini le tournage s'est également bien passé, car elle n'a jamais trouvé humiliant d'obéir. Pasolini apportait sans cesse des détails techniques, et à la fin du tournage ils se séparèrent sur un malentendu, sur l'idée faussement réciproque qu'ils ne pouvaient pas se supporter. Cela ne les empêchera pas de se retrouver, bien après le tournage de Théorème et de vivre une véritable rencontre amoureuse.
 
Enfin cet entretien littéraire se termine par une discussion sur l'écriture elle-même, dernier thème de cette rencontre. Tout d'abord, l'auteure précise que la fiction, en littérature, la libère. Car malgré une dimension fortement autobiographique, cette œuvre reste un roman. Par l'utilisation du genre romanesque, Anne Wiazemsky n'a pas cherché à traduire le vrai, mais le vraisemblable, en faisant référence aux souvenirs, en utilisant les mémoires d'un technicien, ou les récits de ses proches, ou encore en se référant à son propre journal intime. Mais Anne Wiazemsky n'écrit pas pour régler ses comptes, ça, elle le fait dans la vie. Écrire est un processus long, lent, et pesant, donc l'auteure n'a pas du tout envie de ressasser une rancœur pendant plusieurs années. « Même par rapport à votre mère ? », insiste le journaliste. Mais non, sinon elle n'aurait pas pu écrire Un enfant de Berlin. D'ailleurs Anne Wiazemsky s'est donné une véritable interdiction, celle de ne pas juger ses personnages, laissant au spectateur la liberté de le faire.
 
Une année studieuse  vient donc compléter Jeune fille. Après avoir relaté ses débuts balbutiants au cinéma, sous la direction de Robert Bresson et même sa toute première rencontre avec Godard sur le tournage de Au hasard Balthazar !, Anne Wiazemsky évoque cette fois sa relation avec Jean-Luc, l'homme de chair et de sang qui se trouve derrière Godard, celui dont elle parle encore avec respect et admiration, celui qui lui apprit l'amour et tant d'autres choses.


Marie, AS Bib.

 

 

 

Anne WIAZEMSKY sur LITTEXPRESS

 

 

Anne Wiazemsky Mon enfant de Berlin

 

 

 

 

 

 Article d'Agnès sur Mon enfant de Berlin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Marie - dans EVENEMENTS
commenter cet article
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:00

 pour le hors-série du Festin,  

Au coeur des vins de Bordeaux et du Sud-Ouest,
et pour Ivresse des rimes de Laurent Bourdelas (Stock)

Escale du livre, le 31 mars 2012 à 11 heures

 

Festin.jpgLaurent-bourdelas-L-Ivresse-des-rimes.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux invités, deux professions. Deux points de vue différents sur la viticulture. Laurent Bourdelas est l’auteur de L’Ivresse des rimes, un livre dans lequel il évoque les poètes du XIXe siècle et leur rapport à l’alcool ou, plus précisément, au vin. Valérie Kociemba, professeure à l’IUT Michel de Montaigne, nous offre une perspective moins littéraire dans le numéro spécial du Festin, Au cœur des vins de Bordeaux et du Sud-Ouest, qui retrace les secrets des vignobles de la région.

Au départ, lorsque M. Bourdelas a voulu écrire son livre, il avait pour objectif de couvrir une période bien plus vaste que le XIXe siècle. Mais il choisit de ne prendre en compte que ce siècle qui était, selon lui, très important à cause des changements qu’il a apportés à la France. À ce moment-là, la nation était « à la recherche d’elle-même », explique Laurent Bourdelas. C’était le temps des poètes maudits qui fréquentaient la bouteille, en quête de toutes sortes d’absolus (absinthe, poésie). Rimbaud résume très bien la pensée de l’époque en disant que la poésie est un « vin de vigueur ».

Pour les vins de Bordeaux, le XIXe siècle est synonyme de naissance. Naissance d’une renommée et d’un rayonnement mondial, naissance des grands crus, des notions de classification et de hiérarchie. « On passe des vins de vignerons aux vins de consommateurs », déclare Mme Kociemba. « C’est le début de l’œnologie moderne et contemporaine. »

Il faut savoir que le vignoble bordelais est une construction sociale dont le but est de satisfaire les besoins des consommateurs (français comme hollandais ou anglais…). Il a été édifié par les Anglais, les Hollandais, et surtout les Corréziens. « La présence des Hollandais et des Anglais n’était pas dans la vigne, mais dans le négoce, précise Mme Kociemba. Au départ ils étaient importateurs et se sont installés sur des propriétés de proximité, car la terre était moins chère dans le Médoc. »

Aujourd’hui, pour les regards extérieurs, le vin de Bordeaux est une entité synonyme de qualité. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Cette notoriété, il la doit en partie à ces peuples qui l’ont influencé.

Bien que déjà connus, les grandscrus bordelais restent tout de même peu abordés dans la poésie du XIXe. On sait que Baudelaire en a bu devant Maxime du Camp, quelques grands auteurs l’évoquent, mais il y a relativement peu de références. Les poètes buvaient du vin pour se donner de l’inspiration, certes, mais ce fruit de la vigne provenait de tous les coins de la France. Victor Hugo aimait beaucoup celui du Rhin. Sa célébrité était déjà grande, au point qu’elle effaçait celle des vins d’Aquitaine.

Ces derniers, d’ailleurs, las de subir cette suprématie, se sont décidés à réagir. Désormais, ils cherchent à s’affirmer et aujourd’hui, on les reconnaît enfin comme bons (« buvables, d’après les Bordelais, ce qui est tout aussi bien » ajoute Mme Kociemba avec une pointe d’humour). Mais, plus que la qualité de leurs produits, ils ont également développé un réseau et cherchent désormais à se donner une image.

Cependant, l’important rayonnement du vin bordelais n’aurait pas été aussi grand sans la présence de la Garonne. Celle-ci a offert un accès plus aisé aux terres et a favorisé le négoce. Le port de Bordeaux était une plaque tournante, c’était de là que tous les produits partaient pour l’Angleterre et les autres pays. Cependant, une cassure s’est produite lorsque le vin bordelais a pris le monopole.



Mais d’où vient la qualité des crus de la Gironde ? La vigne étant une plante capable de pousser dans tous types de sols, c’est donc aussi une question de microclimat. Par exemple, pour le Sauternes, la présence de l’eau est essentielle pour donner sa saveur au vin. Il était même de coutume d’inonder les vignes en hiver, ce qui a favorisé le vignoble des basses terres. De nos jours, il est même devenu impensable de planter de la vigne en hauteur, mais ce n’était pas le cas au XIXe siècle.
Les-Gouttes-de-dieu-19.jpeg
C’est d’ailleurs à cette période que l’opposition entre rive droite et rive gauche apparaît. « Finalement, on parle plus du territoire et du fonctionnement du territoire que du vin, dans ce hors-série ! plaisante Mme Kociemba. En écrivant ces lignes, nous n’avons pas du tout voulu mettre en évidence l’opposition rive droite/rive gauche. Par contre, dans le manga Les Gouttes de Dieu, ils la mettent beaucoup en valeur. »

Ainsi, le vin s’introduit aussi dans les mangas… Il s’approprie tous types de littératures, de la poésie française du XIXe à la bande dessinée japonaise contemporaine. « Ce manga étant récent, on ne peut pas vraiment le comparer aux poètes du XIXe,contredit M. Bourdelas. Depuis que la vigne existe, on a cherché à définir le vin, notamment dans la Bible. Il y a le vin à boire, mais il y a aussi le vin de messe, qui est sacré et qui représente le sang du Christ. Les poètes ont d’ailleurs tenté de reprendre cette sacralisation. »

Ce à quoi Mme Kociemba répond : « Mais il faut noter que la culture européenne est très mise en avant dans Les Gouttes de Dieu. Il y a douze vins idéaux qui représentent les apôtres, et un treizième, le vin parfait, qui est caché et qui représente le Christ. »



Si le XIXe siècle est un tournant dans l’histoire du vin bordelais, c’est aussi parce qu’une nouvelle notion est apparue : celle des châteaux. Elle est utilisée comme le lieu emblématique de la propriété. « À l’origine, ce ne sont que de simples maisons de campagne reconstruites pour faire étalage de fortune », précise Mme Kociemba. Le Bordeaux viticole s’est construit autour de cette expression qui montre bien l’image qu’il veut donner au monde. Une image un peu bourgeoise, un esprit BCBG. Quelques décennies plus tard, on se met à parler de « mise en bouteille au château », et cette nouvelle notion conforte la première.

Par ailleurs, on utilise le château pour développer le tourisme mais on est en retard par rapport aux vignobles du Nouveau Monde. Pour devenir un pilier touristique, le Bordeaux viticole fait appel à des grands noms de l’architecture et s’ouvre enfin au public. Cette démocratisation du château viticole est fédérée par le Centre Culturel de la Vigne et du Vin (CCVV).

Aujourd’hui, avec la concurrence internationale, garder la première place ne suffit plus. Bordeaux doit miser sur la notoriété des châteaux pour faire du marketing. La ville cherche à se réapproprier son patrimoine viticole et son vignoble car ils représentent sa construction identitaire. De plus, chercher de nouveaux consommateurs semble nécessaire. Les domaines se tournent donc vers… les femmes ! En effet, jusqu’à une date toute récente, la dégustation de grands vins était réservée à « l’élite » (« homme distingué, d’une quarantaine d’années », décrit Mme Kociemba) et rares étaient les femmes habilitées à savourer un bon cru. Désormais, on veut casser cette image assez réductrice pour inciter le grand public à s’y essayer lui aussi.

Pour clore cette rencontre des plus enrichissantes, M. Bourdelas conclut avec humour que L’Ivresse des rimes est un ouvrage à lire absolument avec un verre à la main. « Un vin d’Alsace, si possible, voire un Jurançon. »


Clémence de Ginestet, 2e année BIB

Repost 0
Published by Clémence - dans EVENEMENTS
commenter cet article
31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 07:00

à la Cinémathèque française

du 7 mars au 5 août 2012


Tim-Burton-01.jpg

L'exposition « Tim Burton » a été conçue en 2009 par le MoMa (Museum of Modern art) à New York et y a connu un succès historique. Après Melbourne, Toronto et Los Angeles, elle est actuellement accueillie pour cinq mois par la Cinémathèque française à Paris pour son ultime étape. Paris est d'ailleurs la seule ville européenne où l'on pourra voir cette exposition.

Les plus grands fans de l'artiste vont donc pouvoir admirer son œuvre dans sa totalité, des dessins au photographies, des figurines aux objets en passant par des courts-métrages et des extraits de films, tandis que les novices pourront découvrir que Burton ne se limite pas à son œuvre cinématographique mais qu'il est un « artiste total », pluridisciplinaire.

Pour mieux comprendre le sens de cette exposition, il est essentiel de préciser quelques éléments biographiques de la vie de Tim Burton.



Tim Burton, une vie, une œuvre

tim-burton-02-portrait.jpg
Timothy Walter Burton est né à Burbank, Californie le 25 août 1958. En 1976, il intègre le prestigieux California Institute of Arts (CalArts), fondé par Walt et Roy Disney en vue de former leurs futurs artistes. En 1985, il travaille comme artiste-concepteur sur Taram et le chaudron magique, long-métrage d'animation.La même année, il réalise son premier long-métrage, Pee-Wee Big Adventure.

En 1988 il réalise Beetlejuice qui, pour la première fois, l'a vu grimper en haut du box-office. Quand le film sort en France, neuf mois après sa sortie américaine, on ne connaît que très peu ce jeune cinéaste. Le Festival de Deauville l’accueille d'ailleurs avec quelques réticences ; il est accusé de n'être que la marionnette du duo de producteurs qui ont financé ce « blockbuster d'un nouveau genre ». Pourtant, c'est à partir de ce moment-là que Tim Burton va commencer à acquérir une véritable reconnaissance.

C'est dans les années suivantes que « ce magma d'idées va prendre corps, cette flopée d'images mentales, ce catalogue de fantasmes gothiques, monstres et revenants mêlés, ce qui l'a longtemps isolé ».1 En 1989 il réalise Batman et en 1990 Edward Scissorhands (Edward aux mains d'argent), premier film avec Johnny Depp, son « alter-ego », comme ce dernier est surnommé tout au long de l'exposition.

En 1992 il tourne Batman le défi, en 1993 il développe l'histoire et produit le film de L'Étrange Noël de Mr Jack et écrit également le livre. En 1994, Tim Burton réalise Ed Wood. En 1995 le livre d'entretiens avec Mark Salisburry, Burton on Burton (Tim Burton par Tim Burton) est publié chez Faber and Faber. En 1996 il filme Mars Attacks ! et produit James et la Pêche géante.

En 1997 il écrit un album pour la jeunesse :  La Triste Fin du petit enfant huître. En mai 1997 Tim Burton fera également partie du jury du 50e Festival de Cannes avec Isabelle Adjani. En 1999 il réalise Sleepy Hollow. Puis, en 2001, La Planète des singes et en 2003 Big Fish. En 2005 ce sera Les Noces funèbres ainsi que Charlie et la Chocolaterie et en 2007, Sweeney Todd : le diabolique barbier de Fleet Street.

Le 5 septembre 2007, Tim Burton reçoit un Lion d'or récompensant l'ensemble de son œuvre à la 64e Mostra de Venise et le 22 novembre 2009 est inaugurée l'exposition « Tim Burton » au MoMa. En 2010 il met en scène Alice au pays des merveilles, son premier film en 3D et sera également Président du jury du 63e Festival de Cannes. En 2012, il tourne deux long-métrages, Dark Shadow et Abraham Lincoln : Vampire Hunter (Abraham Lincoln : chasseur de vampires).



L'exposition

 



Tim-Burton-03.jpg
 

 

L'exposition se compose de six salles, représentant chacune des périodes de la vie de Tim Burton, dans une ambiance plutôt sombre.

La première est remplie de tirages photos en grand format, assez morbides, aux couleurs pourtant vives.

Dans la salle suivante, on découvre un carrousel fluorescent animé inspiré de Beetlejuice, au  son d'une musique enfantine.

  Tim-burton-04.jpg

 

 

 

tim-burton-05.jpg

 

 

La troisième pièce, la plus grande et la plus  claire, est recouverte de dessins, d'esquisses, de croquis et de peintures de  Tim Burton, classés par catégories :  animaux, couples, hommes, femmes, animaux, clowns, pirates... Au centre de la pièce,  on découvre deux sculptures (voir photo ci-dessous) ainsi qu'une galerie de petits personnages en résine.

 

 

 

 

 

tim-burton-06.jpg

« Le dessin permet de communiquer, d'exprimer ses idées subconscientes, sans avoir à parler. »2

 

tim-burton-07.jpg

La quatrième salle est consacrée à la jeunesse de Tim Burton. On peut lire des extraits de ses cahiers de cours datant des années 70 et voir ses premiers croquis dans lesquels son style n'était pas encore bien défini. Des extraits de vidéos que Tim Burton a réalisées avec ses camarades de classe sont également présentés. Dans cette même salle est également évoquée sa période Disney, durant laquelle il a notamment été chargé de dessiner les monstres pour Taram et le chaudron magique (mais aucun de ses dessins ne sera retenu pour la version finale du film).

 


 

tim-burton-08.jpg

« …dessinateur chez Disney, Tim Burton s'enfermait parfois dans un placard pour arpenter en silence ses mondes intérieurs. »3



tim-burton-09.jpgLa cinquième salle est consacrée à Burton cinéaste. Elle regroupe par ordre chronologique des dessins, des éléments de décor, tels que les pantins brûlés de Charlie et la chocolaterie, des costumes, comme celui d'Edward aux mains d'argent ou les masques de Batman, des extraits vidéo et des figurines de ses plus grands succès cinématographiques, comme celles des Noces funèbres. Au milieu de la pièce sont diffusés des extraits d'environ deux minutes de plusieurs films de Tim Burton, Pee-Wee Big Adventure, Edward aux mains d'argent, Charlie et la chocolaterie, Mars Attacks !, Batman, Sleepy Hollow ou bien encore Beetlejuice, montés de façon à ce que nous ayons l'impression que c'est un seul film.

 

tim-burton-10.jpg

 

Dans cette salle, on peut également prendre connaissance des écrits de Tim Burton, des idées pour ses films, des réflexions sur ses personnages... On peut par exemple lire un extrait de sa correspondance avec Johnny Deep à propos de Willy Wonka : « Johnny, I had a thought about a line when you go into the chocolate room » (« Johnny, j'ai eu une idée à propos de la réplique quand tu rentres dans la salle du chocolat »).
tim-burton-11.jpg

 

tim-burton-12.jpg

 

 

 

 

 

 

L'exposition se termine sur une série de croquis de monstres griffonnés sur des petites serviettes en papier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En guise de bonus, des extraits et des croquis de Dark Shadows, conte vampirique avec Johnny Depp, prévu à l'affiche début mai 2012 et du film en marionnettes animées Frankenweenie, adaptation d'un court-métrage de 1984.



Ce que l'on peut en penser...

Cette exposition est assurément réussie, elle est esthétique, intéressante et retranscrit avec justesse l'univers de Tim Burton. On y découvre de nombreux documents inédits, qui permettent aux novices, qui comme moi connaissaient cet artiste essentiellement en tant que cinéaste, de mieux comprendre sa pluridisciplinarité.  La brièveté de l'exposition est également appréciable, il n'y a pas de superflu, tout ce qui est exposé est une découverte et comporte un intérêt.

Cependant, j'ai trouvé dommage que la partie « Burton cinéaste » soit un peu survolée, l'accent est vraiment mis sur son activité de dessinateur.

La scénographie de l'exposition est également très sobre et manque peut être d'une touche un peu plus « Burton ». Il semblerait que la mise en scène du MoMa ait été plus spectaculaire...

Pour ma part, j'ai particulièrement apprécié le carrousel animé, qui accrochait véritablement l'oeil et qui, dans une salle noire, était bien mis en valeur ainsi que les esquisses sur les serviettes de restaurant, qui procuraient la sensation de véritablement entrer dans l'univers de création de Tim Burton.



Bibliographie

A l’occasion de l’exposition Tim Burton organisée à la Cinémathèque française du 7 mars au 5 août 2012, la Bibliothèque du film a proposé une bibliographie des ressources documentaires sur le cinéaste. Les écrits mettent en avant le fait que Tim Burton travaille toujours à partir d’une base préexistante, cinématographique mais également littéraire : ses films sont des adaptations de comic-books (Batman), de fables, de contes (Sleepy Hollow), biopics (Ed Wood), sequels et remakes (La planète des singes, Mars Attacks !)...


L’ensemble de ces publications permet de mettre au jour différents traits caractéristiques de l’œuvre « burtonnienne » mais il existe que peu d'analyses approfondies des œuvres du cinéaste ni même de biographies. Tim Burton a néanmoins quelques contributeurs fidèles, tels que Mark Salisbury ou Antoine Baecque.

Par ailleurs, le cinéaste a été décoré de l'insigne de chevalier et d'officier de l'ordre national des Arts et des Lettres par Frédéric Mitterrand en mars 20101.

Voici, classés par catégories, une liste d'ouvrages de ou sur Tim Burton et son cinéma.

 

 

 

OUVRAGES GÉNÉRAUX

RESSOURCES DOCUMENTAIRES

  • Jim Smith, Tim Burton, Virgin books, 2007

 

 

OUVRAGES DE TIM BURTON

  • Tim Burton, The Melancholy Death of Oyster Boy & Other Stories, Itbooks, 1997
  • Tim Burton & Leah GALLO, L’Art de Tim Burton, Steeles Publishing, 2012

 

 

BIOGRAPHIES

  • Ken Hanke, Tim Burton : an unauthorized biography of the filmmaker, Renaissance Books, 1999


 

 

ENTRETIENS

  • Collectif, dirigé par Pierre Eisenreich, Tim Burton, Scope, 2008
  • Kristian Fraga, Tim Burton : interviews, University press of Mississippi, 2005
  •  Mark Salisbury, Tim Burton : entretiens avec Mark Salisbury, préface de Johnny Depp, Sonatine éditions

 

 

OUVRAGES SUR LES FILMS

  • Cédric Anger, Noël Simsolo, Batman, un film de Tim Burton, Film de l'Estran, 2001.
  • Hervé Joubert-Laurencin, Catherne Schapira, Cahier de notes sur...Edward aux mains d'argent, Les Enfants de Cinéma, Yellow Now, 1999.
  • Danièle Parra, Edward aux mains d'argent : Tim Burton, Film de l'Estran.
  • Lucia Solaz Fransquet, Pesadilla antes de navidad, Tim Burton, Octaedro, 2001.
  • Frédéric Strauss, L' Etrange Noël de Monsieur Jack : Tim Burton, Film de l'Estran, 1998.
  • Frank Thompson, L'Etrange Noël de Monsieur Jack : le livre du film, Dreamland, 1994.
  • Pascal Vivemet, Cahier de notes sur... L'Etrange Noël de Monsieur Jack, Les Enfants de Cinéma, Yellow Now, 1997.
  • Scott Alexander, Larry Karaszewski, Ed Wood,Faber and Faber, 1995.
  • Karen Jones, Mars Attacks ! : Le livre du film, Dreamland, 1997.
    Sébastien Clerget, Sleepy Hollow : un film de Tim Burton, Bibliothèque du Film, 2002. 
  • Mark Salisbury, La planète des singes : revisitée par Tim Burton : le livre du film, Editions 84, 2001.
  • Florence Livolsi, Alice de l'autre côté de l'écran : de 1903 à Tim Burton, Aparis, 2010.
  • Mark Salisbury, Alice au pays des merveilles : le livre du film, avant-propos de Tim Burton,  Chêne, Disney éditions, 2010.


 

 

MONOGRAPHIES SUR L’ŒUVRE

  • Antoine de Baecque, Tim Burton, Cahiers du cinéma, 2010.
  • Edwin Page, Gothic fantasy : the films of Tim Burton, Marion Boyars, 2007.
  • Aurélien Ferenczi, Tim Burton : Collection Grands Cinéastes, Cahiers du cinéma, 2007.
  • Alison McMahan,The films of Tim Burton : animating live action in contemporary Hollywood, Continuum, 2005.



Manon Marcillat, 2e année éd-lib

 

 

Notes


1. Supplément au numéro 3242 de Télérama, 29 février 2012
2. Extrait de la conférence de presse tenue par Tim Burton après le vernissage de l'exposition
3. Extrait du supplément au numéro 3242 de Télérama, 29 février 2012

 

 

Repost 0
Published by Manon - dans EVENEMENTS
commenter cet article
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 07:00

Colloque « La librairie en Europe »

affiche2.jpgLundi 26 mars
de 14h à 16h
à l’IUT Bordeaux3

 

 
Au programme : une présentation de la situation économique de la librairie et du système de diffusion et distribution du livre en Allemagne, Espagne et en Angleterre, suivie d’une table ronde sur l’avenir de la librairie en Europe

Guillaume Husson, délégué général du SLF (syndicat de la librairie française), présidera et animera ce colloque ouvert aux libraires, ainsi qu’aux étudiants et aux enseignants des métiers du livre.

Participation de Ronald Schild (Allemagne), directeur marketing de la MVB (Marketing und Verlagsservice des Bucchandels), équivalent allemand du Syndicat de la librairie française (SLF) ; Godfrey Rogers (Angleterre), traducteur et spécialiste du système du livre anglais ; Bernard Saintes (Belgique), de la librairie L’Ecrivain public ; Michèle Chevalier (Espagne), directrice de la Cegal (Confederacion Espanola de Gremios y Asociacones de Libreros), équivalent espagnol du SLF.

Programme détaillé  ici.

 

______________________________________________________________________________________________

 

Paroles d'éditeurs

parolesdediteurs-affiche.jpgDu 26 au 28 mars 2012

 

 

En avant-première de l’ Escale du Livre, l’exposition Paroles d'éditeurs, réalisé par Mélanie Gribinski et consacrée à des portraits d’éditeurs aquitains sera visible au centre de ressources de l’IUT Montaigne du 26 au 28 mars. : portraits visuels et sonores de six éditeurs aquitains : Emmanuelle et Thierry Boizet (éditions Finitude), Françoise Favretto (éditions L’Atelier de l’agneau), Susanne Juul, Bernard Saint Bonnet et Évelyne Lagrange (éditions Gaïa), Françoise Valéry et Franck Pruja (éditions de l’Attente), Marc Torralba (éditions Le Castor Astral) et Didier Vergnaud (éditions Le bleu du ciel).

 

 Site de Mélanie Gribinski, photographe portraitiste.

 

 

Centre de Ressources Montaigne
IUT Bordeaux3
Place Sainte Croix
Bordeaux

 

______________________________________________________________________________________________

 

ConviviaLitté 2e épisode, spécial bande dessinée
 

convivialitte2.pngjeudi 29 mars à 13 heures

 

 

 

Rencontre avec Loïc Clément, Anne Montel, Jean-Baptiste Andreae et David Fournol.
Exposition de planches.

Centre de Ressources Montaigne.

 

_____________________________________________________________________________________________

L’Escale du livre.

l-escale-du-livre.jpg

 toute la semaine, jusqu’au dimanche 1er avril.

 

Programme des avant-premières ici.

Télécharger le programme complet  là.

 

_____________________________________________________________________________________________

 

 

 

 


Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 07:00

Jeanne-Benameur-002.jpg

 

 

 

 

ConviviaLitté recevait
Jeanne Benameur
le 10 février

à 13h
au CRM de l’IUT Michel de Montaigne
en partenariat avec La Machine à Lire

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre de la première du projet ConviviaLitté, nous avons reçu l’auteure Jeanne Benameur. Ce moment d’échange était organisé en partenariat avec la Machine à Lire qui offrait à cette occasion à la vente les livres de Jeanne Benameur ; elle devait le soir-même participer à une rencontre proposée par la librairie. La rencontre, qui avait lieu au Centre de Ressources Montaigne de l’IUT, a réuni plus de quarante participants et était placée sous le signe de la convivialité, comme le nom du projet l’indique, avec une large proposition de mets à déguster. Nous tenons à remercier pour cela les membres de la promotion d’Année spéciale Bibliothèques-Médiathèques qui ont mis la main à la pâte, littéralement. Merci également aux enseignants de leur soutien et au personnel du CRM pour son accueil.

Nous recevions Jeanne Benameur non seulement pour qu’elle nous présente son travail d’écrivaine, puisqu’elle est auteure de romans pour adultes et pour la jeunesse, de pièce de théâtre, de poésie, d’essais et d’albums pour enfants, mais aussi pour qu’elle nous parle de son rôle de co-directrice de collection chez Thierry Magnier et chez Actes-Sud junior. Elle nous a affirmé sa satisfaction de prendre part à ce projet grâce auquel elle peut participer à une entreprise de succession et de transmission, deux notions qui lui sont chères.

Jeanne-Benameur-005.jpg
La discussion s’est tournée avant tout vers les textes de Jeanne Benameur afin d’en comprendre les thématiques prédominantes. Il est tout d’abord question de la symbolique de la falaise en rapport avec le sentiment d’effondrement, qui selon la propre définition de l’auteure revient à toucher le fond. Elle décrit la falaise comme une entité que rien ne semble attaquer ; ni le temps ni les intempéries ne parviennent à l’ébranler et pourtant, un jour, un morceau de roche s’éboule car c’est le fond qui l’a en réalité érodée. Jeanne Benameur estime qu’il en est de même avec les êtres humains : on ne voit pas toujours qu’une personne est attaquée au plus profond d’elle-même jusqu’à son effondrement. Ainsi cette thématique est-elle régulièrement mise en avant dans ses textes dans la mesure où elle a souvent été témoin de cet effondrement chez des proches.

La conversation évoque alors tout naturellement l’écriture de Jeanne Benameur. Elle explique que quand elle écrit, tout son être travaille pour faire sentir les choses dans leur justesse. Elle reconnaît volontiers que c’est le sentiment bien plus que le sens qui anime son écriture, ce qui l’amène à découvrir elle-même ce qu’elle veut dire uniquement en fin de travail. Le sens vient donc seulement après l’émotion, après ce quelque chose qui l’a touchée et mise en mouvement. Elle évoque alors le fait que, parfois, on sent les choses maJeanne-Benameur-003.JPGis on n’en a pas le temps et on ne s’arrête donc pas à les ressentir. Ce n’est que  plu s tard qu’ell es rejaillissent, imposant alors à l’auteur la nécessité d’écrire. C’est cette profonde nécessité qui selon elle lla pousse à écrire et non la seule et simple émergence d’une idée. A partir de là seulement se met en route l’imaginaire, la réflexion intervenant en dernier lieu et coulant de source avec ce qui a été écrit.

Quant à son rapport avec le lecteur, les images qu’elle insère dans ses textes lui appartiennent profondément et ne s ont pas présentes pour des raisons esthétiquez mais bien pour offrir un trajet intérieur au lecteur qu’elle considère comme son semblable. Dès lors, elle cherche à travers son écriture à s’adresser directement à lui dans ce qu’il a de plus profond afin de créer un lien. C’est aussi pour cette raison qu’on sent très présente la thématique du silence dans son écriture. En effet, il s’agit d’un moyen pour l’auteure d’atteindre ce qu’elle nomme le « troisième lieu ». Ainsi travaille-t-elle pour qu’il y ait d’un côté l’auteur qui est un être humain donnant forme à une nécessité, de l’autre le lecteur et enfin un troisième lieu où les deux précédents se rencontrent, créant ainsi un espace pour se rejoindre. Pour Jeanne Benameur, cet espace doit être le silence car elle aime laisser la place d’entrer pour imaginer, rêver et laisser réfléchir.

La complexité de son écriture amène nécessairement à s’interroger sur son approche de la traduction de ses œuvres. Elle estime elle-même que ses textes sont difficiles à traduire justement en raison de son écriture particulière fondée sur la sensation. L’exemple de l’adaptation des Demeurés en pièce de théâtre illustre par ailleurs très bien cette difficulté puisque la mise en scène a demandé deux ans de préparation. Il s’agissait là pourtant seulement d’une traduction dans un autre genre littéraire. La traduction en langue étrangère a cette difficulté supplémentaire que l’auteur ne peut pas toujours maîtriser le texte final publié. Jeanne Benameur a pu s’en apercevoir avec la traduction italienne, langue qu’elle connaît de par ses origines, d’un de ses romans. Ainsi a-t-elle pu mesurer les problèmes posés par une traduction car elle a constaté que par moments, cela ne cadrait pas avec ce qu’elle avait voulu dire. Mais elle ne peut pas intervenir sur toutes les langues et convient que, dès lors, le texte échappe à l’auteur lorsqu’il est exporté.

Jeanne Benameur est ensuite revenue sur les débuts de sa carrière afin de nous éclairer sur le choix appartenant à l’auteur concernant sonJeanne-Benameur-004.JPG éditeur. Elle nous apprend en ce sens qu’elle écrivait depuis longtemps déjà de la poésie mais sans parvenir à  la partager. C’est en fréquentant régulièrement une librairie et en se liant peu à peu d’amitié avec son libraire que ce dernier lui a proposé de la publier. Depuis, elle reste fidèle à son principe de ne jamais écrire sur commande, ce qui guide son choix d’éditeur. Sa rencontre avec Thierry Ma gnier a également été cruciale. En effet, ce dernier avait entendu parler des actions de Jeanne Benameur en tant que professeur dans un collège dit difficile et lui a donc demandé de rédiger un article pour sa revue. Elle a ensuite pris la direction de la collection « Le Monologue intérieur »  qui a été l’aboutissement de sa volonté de créer un espace réservé à l’expression de ce monologue chez les jeunes. Pour elle, ce monologue intérieur est l’incarnation d’un moment précis, de ce qui se passe à l’intérieur, ce qui implique qu’il soit inscrit dans le présent, sans narration et court.

Ainsi s’est conclue la première rencontre d’auteur organisée dans le cadre du projet ConviviaLitté, qui, on l’espère, a encore beaucoup à offrir et qui vise à rendre possible un échange d’expériences littéraires et éditoriales. C’est en suivant ce principe que Jeanne Benameur a terminé en nous conseillant de rester nous-mêmes afin d’apporter ce que l’on est dans l’exercice de nos futurs métiers. Rendez-vous le 29 mars pour la prochaine séance de ConviviaLitté.

 

L’équipe de ConviviaLitté

 


Repost 0
Published by ConviviaLitté - dans EVENEMENTS
commenter cet article
5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 18:00

Mardi 7 février

à 18h30
La revue Feuilleton  à la Machine à lire

FEUILLETON 

Ce trimestriel de 256 pages, dans le sillage des revues XXI et Usbek & Rica, propose des grands reportages étrangers traduits (issus de Vanity Fair, du New Yorker, etc.) et des nouvelles littéraires inédites. Le magazine est piloté par Adrien Bosc (fondateur et directeur de la publication) et Gérard Berréby (rédacteur en chef, par ailleurs directeur des éditions Allia) et est publié par les éditions du Sous-sol.

Table ronde autour de l'article « Cary in The Sky With Diamonds » avec Gérard Berréby, Camille Lavaud, illustratrice, et Annelyse Perrier, traductrice.

 

_____________________________________________________________________________________________

 

Mercredi 8 février

à 18h30
Rémi Checchetto à la Machine à lire

Remi-Chechetto-L-Homme-et-cetera.gifAutour de son livre L'Homme et cetera (éditions Espaces 34).

 

 

Depuis dix ans, Rémi Checchetto écrit en compagnie avec des metteurs en scène, des comédiens, des musiciens (Thierry Robin, Olivier Messager, Chris Martineau), des photographes (Patricia Arminjon, Vincent Monthiers), des danseurs (Anna Fayard), des plasticiens (Les Lucie Lom), des éditeurs (Script, Cuisine de l’immédiat)…

Parmi ses textes publiés : Un Terrain de vagues (éditions Réseau de conduite, 2000), Portes (Script éditions, 2003), P'tit déj' (éditions de l'attente/Cuisine de l'immédiat, 2003), Confiotes (éditions de l'Attente, 2005), Une Disparition et tout et tout (éditions de l'Attente, 2006), King du ring (éditions Espaces 34, 2010), Kong melencholia (éditions Espaces 34, 2011).

Rencontre co-organisée avec l'association Permanences de la Littérature et animée par Marie-Laure Picot.

 

_______________________________________________________________________________________________

 

 

Jeudi 9 février

à 18h30
Hommage à Sergio Guagliardi à la Machine à lire

sergio-Guagliardi-La-etc.jpg

Hommage joyeux à la mémoire de Sergio Guagliardi à l'occasion de la sortie de Là, etc. (éditions L'Harmattan).

Sergio nous a quittés en 2002. Écrivain et dramaturge, il a été le compagnon de route de nombreux metteurs en scène bordelais (entre autres Jean Pierre Nercam et Gilbert Tiberghien) mais aussi un membre actif du « Passant ordinaire ».

Là etc. propose plusieurs courts récits de rencontres entre l’auteur et ses grands maîtres (Beckett, Eschyle, La Fontaine, Dante, Diderot etc.).

 Organisée par la Compagnie Théâtre des Tafurs, la rencontre sera animée par tous ses amis.

 

_______________________________________________________________________________________________

 Vendredi 10 février 2012

à 13h

 Con viviaLitté rencontre Jeanne Benameur
 à l’IUT Bordeaux 3.

Jeanne-Benameur-Si-meme-les-arbres-meurent.gif

Auteure et directrice de collection, Jeanne Benameur viendra partager son expérience.
Lors de cette rencontre, animée par les étudiants, elle nous parlera de son œuvre, tant en littérature jeunesse qu’en littérature générale, et de son rôle dans l’édition.
C’est dans un esprit de convivialité que nous vous proposons un en-cas pour accompagner cet échange.
Ouvert à tous
Centre de ressources Montaigne
IUT Bordeaux3
Place Sainte-Croix, Bordeaux

 

 

 

Vendredi 10 février

à 20h

Jeanne Benameur

à la Machine à lire

 

 
Rencontre croisée avecc Philippe Lacadée. Jeanne Bénameur revient partager sa réflexion sur le rapport qu'entretiennent le corps et les mots dans son travail, depuis Les Demeurées (Gallimard Folio) jusqu'à Notre nom est une île, texte poétique paru aux éditions Bruno Doucey.

 

________________________________________________________________________________________________

 

et, du 3 au 19 février,
 5ème édition de Bord’images,

consacrée à la création numérique en bande dessinée

BORD-IMAGES.jpg

 

Auteurs exposés : Jérôme d’Aviau, Spig, Hervé Bourhis, Johanna Schipper, Cécil, Jean-Baptiste Andréaé, Mathieu Gallié, Jean-Denis Pendanx, Christophe Dabitch, Isabelle Merlet, Vincent Perriot, Laureline Mattiussi, Nicolas Dumontheuil, François Ayroles, Anne Baraou, Julien Mariolle, Christian Durieux, Phil Castaza, Jean-Luc Sala, Emmanuel Moynot, Sandrine Revel, Pierre-Yves Gabrion,
Blogueurs : Flo, Anne-Pérrine Couët, Imakuni, Marion Duclos.

Espace Saint-Rémi, 4 rue Jouannet, Bordeaux.
Entrée libre
du lundi au samedi : 11h/12h30 et 13h30/19h Le dimanche : 13h30/19h)

 


Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 13:00

sans objet
théâtre visuel
conception, scénographie,
mise en scène aurélien bory

 

tnba-sans-objet.jpg

 

soirée spéciale étudiants
jeudi 2 février / T.U. 9 €
représentation à 19h30
suivie d’un buffet proposé par le CROUS
concert de Frog Jam (www.myspace.com/thefrogjam)
+ d’infos et réservations
m.gaye@tnba.org / 05 56 33

 

 

 

Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine
direction dominique pitoiset
Place Renaudel - Square Jean-Vauthier / Bordeaux
Tram C / Arrêt Sainte Croix
www.tnba.org

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 00:00

 le 15 décembre 2011 à 18h00
Daniel-Picouly-Nos-histoires-de-France.gifDaniel Picouly, Nos Histoires de France, Hoëbeke

 

Question. Lors d'une émission, l'auteur Daniel Pennac, avait lu quelques pages du premier roman d'unDaniel-Picouly-La-lumiere-des-fous.gif ami à lui, La Lumière Des Fous, et c'était le premier roman de Daniel Picouly. Cette émission avait eu un certain retentissement à l'époque, et c'est de là que tout est parti ?

Daniel PICOULY : Oui, en effet. La Lumière des fous est un livre très noir que je ne vous conseille pas si vous aimez Picouly gentil. C'était du temps où j'avais des choses à évacuer et j'ai écrit des romans en série noire ; après, j'ai écrit Le Champ de personne. C'est de ce livre-là que Daniel (Pennac, ndla) est venu parler à La Marche du siècle ; il a lu le fameux passage sur la dictée, et le lendemain matin en France à 11h00 il n'y avait plus un seul livre en rayon. Il m'est arrivé la plus belle promotion qui puisse arriver à un auteur, qui est la rupture de stock. Ça n'arrive qu'une fois dans sa vie et c'est assez extraordinaire.



C'était une anecdote un peu personnelle mais chaque fois que j'entends le nom de Daniel Picouly c'est à cet épisode que je pense. Après vous avez fait de la télévision avec Café Picouly, et aujourd'hui vous êtes sur France Ô.

Oui, je suis sur France Ô. Mais pour la télévision, on est venu me chercher. J'étais président du prix RFO du livre, et il y avait un prix littéraire alors qu'il n'existait aucune émission littéraire sur RFO. Alors on m'a dit : « tu n'as qu'à la faire ». Et j'ai commencé comme ça avec une émission qui s'appelait Tropismes, qui maintenant est présentée par Laure Adler et qui a une dizaine d'années. C'est Thierry Ardisson et Catherine Barma qui sont venus me chercher pour animer Café Picouly et moi, naïvement, je pensais que c'était parce qu'ils m'avaient vu dans Tropismes. Et pas du tout. Ils n'avaient,jamais vu cette émission. C'était parce que dans le « système télévision » j'étais classé « bon client ». c'est-à-dire que chaque émission a une courbe d'audience, qui est modifiée par le téléspectateur en zappant en fonction des invités. Et moi je faisais de l'audience dès que je passais à l'antenne.



Nous n'allons pas retracer tous vos livres ; on va, bien sûr, rappeler celui dont vous parliez à l'instant, Le Champ de Personne, le cinéma dans Imposture, et puis beaucoup de récompenses, le prix des lectrices de ELLE, justement, avec Le Champ de Personne, le prix Renaudot avec L'Enfant Léopard en 1999, le prix des romancières pour Le Coeur à la craie. Mais aujourd'hui on va parler d'un livre particulier. Parce que Daniel, quand on vous présente, on dit : romancier, auteur de BD aussi... Et alors comment vous est venu ce goût de la BD ? C'était la BD ou la roman d'abord ?

Moi, je suis d'abord un raconteur d'histoires. Je raconte des histoires depuis que je suis petit. J'ai vraiment commencé en littérature pour me débarrasser de mes soeurs ! C'est-à-dire que je suis le onzième d'une famille de treize. C'est d'ailleurs comme ça que je me suis forgé la parole : savoir s'imposer à table dans une famille nombreuse. Donc j'avais deux petites soeurs, dont je devais m'occuper en tant que grand frère. Ce qui est une punition absolue ! J'ai donc dû trouver une parade et c'est comme ça que j'ai appris très tôt une chose, c'est que les filles adorent les histoires. Encore aujourd'hui, on peut le constater dans la salle, ce sont les femmes qui lisent les romans. J'avais deux petites soeurs qui aimaient les histoires et donc je me suis dit : je vais leur raconter une histoire le matin et puis après elles me ficheront la paix. C'était une sorte de marché qui fonctionnait bien. Et puis un jour elles ont voulu que je leur raconte une ancienne au lieu d'une nouvelle comme d'habitude, sous peine de le dire à maman ! J'ai donc découvert en même temps la puissance des histoires : cela fabriquait de la liberté. Et puis ensuite je me suis mis à les écrire.



Vous avez dit : je m'étais promis de raconter des histoires à la façon de Grégoire de Tours et je m'appellerai Daniel de Villemomble ! Je signale que vous êtes né à Villemomble.

Oui parce que Grégoire de Tours c'est un gars formidable, parce qu'il écrit des histoires sur ce qu'il n'a jamais vu ! Et j'ai trouvé ça absolument extraordinaire ! Le support du réel est important mais il est presque subsidiaire. Ce qui est important c'est de pouvoir parvenir à transformer le monde en fable. Et ce qui est encore plus extraordinaire c'est que quand vous racontez l'histoire de votre vie ou autre, elle existe. Les histoires fabriquent de la vie. Nous connaissons tous quelqu'un dans notre entourage qui a toujours quelque chose à raconter parce qu'il lui est toujours arrivé un truc ! Et vous, vous culpabilisez parce qu'il ne vous arrive rien ! Il n'arrive rien de plus à cette personne que vous. La seule différence c'est qu'elle sait raconter une histoire. Elle fait d'un rien, une histoire.



Daniel, vous ne m'avez dit comment vous étiez arrivé à la BD ?

Vous savez, je ne suis pas issu d'un milieu avec une grande culture, il n'y avait pas de livres chez moi ! J'ai beaucoup grandi avec les magazines comme Paris Match ou Nous deux ! J'ai donc lu des romans-photos en pagaille ! Le roman-photo est basé sur le schéma narratif universel ! Et je vais vous l'expliquer parce que vous allez comprendre pourquoi j'écris des histoires et pourquoi elles ont ce schéma-là, et vous allez voir que tous vous avez cette culture-là ! Qu'est-ce qu'un roman-photo ? C'est un jeune homme beau et riche, qui aime une jeune fille belle mais pauvre, et sa mère veut lui faire épouser une jeune fille qui est riche mais laide ! Vous transposez cela, c'est le schéma des contes de fées : vous avez le prince, la princesse et entre les deux le dragon. C'est-à-dire la chose désirée, celui qui désire et l'obstacle. Avec ça vous écrivez 90% de la littérature mondiale.



Alors, dans ce livre vous réunissez le texte, et quasiment la BD. C'est un bouquin absolument incroyable je n'ai jamais vu ce type de livre. Car vous écrivez beaucoup sur l'Histoire de France, mais en plus il est richement illustré de tableaux, de gravures, de vignettes... On ne sait pas très bien si elles sont originales, ou si elles ont été dessinées spécialement pour le livre. Expliquez-nous comment vous avez réussi en partant des Gaulois jusqu'à la Libération de Paris (car c'est la période que couvre le livre) à réunir une iconographie pareille ?

Il y a 160 planches, qui sont originales. Des planches que l'on trouvait dans les écoles, qui étaient même fournies en dotation dans les écoles primaires jusque dans les années 1960. C'était le support pédagogique pour les cours d'Histoire. Elles ont nourri des générations d'élèves. Moi qui suis né en 1948, ma mère avait eu ces planches sous les yeux. Elle pouvait donc me faire réciter mes leçons. Il y avait une notion de partage. Et à travers ce livre, on retrouve ces images qui ont traversé les générations. Cela met en évidence l'importance de la permanence dans la transmission. Aujourd'hui cela n'existe plus. À une époque, on a considéré que la notion de héros était révolue et ces images étaient donc devenues obsolètes. Je ne suis absolument pas d'accord avec ça. Et beaucoup ont vu ce livre comme une nostalgie de l'enseignement de l'époque. Ce qui est faux. Tout enseignant peut tout à fait enseigner l'histoire à l'aide de ces planches tout en apportant un esprit critique. L'important est de savoir que ces personnages sur les images existent et que l'on puisse en discuter. Ces planches avaient surtout une image projective incroyable. Lorsqu'on a dix ans on ne regarde pas l'Histoire mais la petite histoire. L'important c'est ce que l'on voit dans l'image. L'enfant, il s'en fiche de la grande Histoire. Après, l'instituteur malin en venait au cours mais il avait d'abord intéressé l'enfant avec l'image, qui était alors disposé à entendre l'Histoire.



Question pratique : il est destiné à qui ce livre ? Parce que toutes les iconographies sont exactes, vos explications sont toujours exactes ou sont-elles totalement politiquement incorrectes ?

Suis-je un historien ? Non je ne suis pas un vrai historien. J'ai déjà écrit des romans historiques, et toute personne écrivant un roman historique a une menace qui plane au-dessus d'elle : c'est l'historien, et plus que l'historien c'est le spécialiste d'histoire et plus encore, l'amateur d'histoire. Il y a un gars qui a réglé définitivement le problème pour moi, il s'appelle Rambaud, vous le connaissez, il a écrit La Bataille, il a eu le prix Goncourt avec. Et quand j'ai voulu écrire L'Enfant léopard, mon premier roman historique, il m'a dit : « fais attention à un truc : l'anachronisme ». Ne voulant aucune histoire avec les historiens, j'ai donc décidé de fabriquer des anachronismes. Tout le corpus est absolument historique et dés que l'on est dans le romanesque je fais ce que je veux ! Pour ce livre j'ai pris la même position. J'ai dix ans et j'ai pris une position qui est biographique : j''étais un cancre à l'école. Et mon maître me punissait et m'envoyait au piquet devant les cartes d'Histoire.



Et c'est comme ça que commence le livre.

Oui. C'était le paradoxe de l'éducation nationale : plus j'étais puni plus j'apprenais...mais en Histoire ! J'ai donc eu le loisir de les voir de très près. Je me rappelle même l'odeur ! Et si vous ouvrez ce livre vous verrez qu'il a une odeur absolument extraordinaire. Et donc j'ai lu une quantité phénoménale de bouquins pour expliquer chaque planche, pour savoir ce qu'il se passait vraiment et ce que le gamin avait pu comprendre de travers. Ce qui est intéressant c'est que les gosses comprennent de travers. Et ce que j'ai voulu montrer aussi c'est que l'on peut avoir un rapport personnel avec l'Histoire. Par exemple, moi, j'aime les Daniel parce que je m'appelle Daniel. Et c'est ainsi pour tous vis-à-vis de l'Histoire.



Et donc vous le destinez à qui, ce livre, aux adultes ou aux enfants ?

Mais moi je ne destine rien ! Je constate simplement. Le fils d'une amie adore ce livre. Parce que c'est un peu comme une bande dessinée. Il découvre l'Histoire à travers de nouvelles images. Aujourd'hui, les jeunes sont saturés d'images, les mêmes images. Mais celles-là ils ne les connaissent pas. Et il y a plein de détails à en tirer : les costumes, les objets... Par exemple la planche où les aristocrates vont se promener à cheval et croisent des paysans qui baissent la tête à leur passage. Je me demandais pourquoi ils baissaient la tête. Et je savais qu'un jour ils les tueraient. J'étais petit mais je savais qu'un jour ils sortiraient les fourches. Ces planches contiennent plus d'apprentissage, de valeurs, pas simplement des apprentissages factuels, des dates... il y avait là-dedans la projection de nos propres inquiétudes, de nos angoisses, ou de nos rêves de gosses.



Pour vous, les Gaulois, c'était le début du camping, si l'on prend le premier chapitre ?

Tout le monde sait que les Gaulois, c'était le début du camping à la ferme ! La planche du village gaulois me rappelait mes vacances ave ma famille au camping. À l'époque c'était tout ce que nos moyens nous permettaient.



Alors, dans le même veine, vous racontez l'histoire de César mais le coude à la portière !

Mais oui, moi je ne suis pas content de l'image de César face à Vercingétorix qui dépose les armes à ses pieds. D'abord, une chose, c'est que son cheval est très beau ! Quand on est enfant, qu'est-ce que l'on voit en premier, c'est que Vercingétorix a un cheval somptueux. Et on voit César sur son trône, le coude à la portière ! À l'époque, c'étaient les gars qui conduisaient les voitures italiennes, le coude à la portière avec le klaxon trois tons. Moi, gamin, je vois ça : j'entends le klaxon ! Cette projection-là, c'est celle qu'un enfant fera ! C'est ce que tous les enseignants doivent faire. Moi, j'ai été vingt-cinq ans enseignant et il faut arriver à comprendre ce que les gosses ont dans la tête ! Si vous avez un enfant de dix ans devant vous, il peut très bien penser que César c'est un prétentieux, qui conduit son Alfa Roméo !



Comme François 1er qui est un crâneur !

Oui ! Vous connaissez tous l'épisode du Camp du Drap d'or ? Il avait voulu en mettre plein la vue à Henri VIII pour s'en faire un allié contre Charles Quint. Ça lui avait coûté une fortune pour rien. Henri VIII s'est senti humilié et a fait ami-ami avec Charles Quint. François 1er avait recommencé au Louvre à crâner devant Charles Quint. Résultat : Charles Quint s'est réconcilié avec Henri VIII. Mais c'est la réalité. Je n'invente pas, je transforme !



Bon, Jeanne d'Arc...

Jeanne d'Arc, c'est très particulier ! C'est là qu'intervient le fait que l'Histoire, on l'apprend en famille. Jeanne d'Arc, pour moi, quand j'étais petit, c'était Coco Chanel. Parce que pour ma mère, Jeanne d'Arc était l'image d'une femme libre, qui commandait aux gars, qui avait une coupe à la garçonne, et qui était une chef, qui ne se laissait pas faire, comme Coco Chanel. J'ai profondément été attristé par l'image de Jeanne d'Arc au bûcher. Cette pauvre Jeanne d'Arc qui a reconnu le dauphin et qui a été lâchement abandonnée aux Anglais. Aujourd'hui il y a beaucoup de débats autour de Jeanne d'Arc, comme quoi elle n'aurait pas été bergère ni illettrée... D'accord, parlons-en. Mais qu'importe, l'épopée de cette femme reste extraordinaire.



Puis on passe à la Renaissance, et aux châteaux de la Loire notamment. C'est ce qui ouvre le chapitre de la Renaissance. Alors selon son goût pour les châteaux, c'est soit : « on va faire les châteaux de la Loire », « on ve se faire les châteaux de la Loire », ou « on va se farcir les châteaux de la Loire » ! Cela vous a marqué !



Oui parce que j'avais une mère qui adorait visiter les églises et les châteaux ! Les châteaux de la Loire, c'était une terreur pour nous, les garçons ! Les filles adoraient ça ! C'est-à-dire qu'une année mon père choisissait les visites des vacances et l'année suivante c'était ma mère et ainsi de suite. Sauf qu'au final, c'était toujours ma mère qui choisissait tous les ans ! Mais c'est ce qui m'a ému, c'est que c'est la réalité. Par exemple je n'ai jamais vu ma mère sortir d'un château de la Loire sans dire d'une façon très pénétrée : « c'est beau mais ça doit être dur à chauffer ».



Et on avance ainsi dans l'Histoire de France... On arrive à la monarchie absolue, sous-titre du chapitre : « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ».

Oui mais ça c'est pas de moi c'est une citation. Mais ce livre a un soubassement sérieux. Par exemple la Révolution française est la période qui me fascine le plus. Petit, mes jouets préférés étaient les soldats Mokarex.



Vous en parlez d'ailleurs, des soldats Mokarex dans le livre.

Oui parce que ces jouets ont une incidence directe sur ma manière de raconter les histoires aujourd'hui. Et donc avec la Révolution française, vous pouvez aujourd'hui, je dis bien aujourd'hui, regarder les informations en voyant les révolutions arabes différemment. La Révolution française est l'archétype de la révolution. Il y a un pouvoir absolu avec généralement un tyran ou un roi, à savoir Louis XVI ; on s'en débarrasse, les gens se liguent à des révolutionnaires avec des idéaux somptueux et généreux. Première étape : on se débarrasse du pouvoir en place, Louis XVI est guillotiné. Deuxième étape : les révolutionnaires se battent entre eux, s'éliminent, c'est les Montagnards contre les Girondins. Robespierre contre Danton. Robespierre veut prendre le pouvoir mais on le guillotine. Troisième étape : déliquescence, lutte, danger à l'extérieur. Et il y a un gars qui récupère l'affaire et c'est Bonaparte. C'est l'Empire et on recommence. Et vous pouvez transposer ce schéma-là pour toutes les révolutions. Et l'intérêt de le connaître et de le décrypter, c'est qu'aujourd'hui vous pouvez regarder le monde réel et anticiper les événements. Ce qui me plaît dans l'Histoire, c'est que c'est une matière extrêmement subversive. Parce que si on dit que l'histoire ne repasse pas les plats, eh bien elle nous sert souvent un peu de surgelé.



Il y a un axe important dans votre livre dont vous parlez beaucoup, et c'est normal de la part d'un écrivain, j'imagine, mais vous aviez en plus un prof d'histoire formidable. Monsieur Brûlé a l'air d'être un personnage absolument extraordinaire. Vous dites par rapport à l'image de Clovis sur son pavois : « en histoire il n'y a pas que des héros il y a aussi des mots ». Et votre prof d'Histoire disait : « plus vous avez de mots, plus le monde sera grand ».

Oui c'est quelque chose que je dis très souvent. Je le disais à mes élèves. Je leur disais : « plus vous pouvez dire le monde finement, plus il est grand, plus il est beau ». De la même façon pour vos sentiments. Il n'y a rien de pire pour un jeune que d'être amoureux et de ne pas avoir les mots pour le dire. Et c'est d'autant plus douloureux de connaître quelqu'un qui en est capable. Alors que la pureté des sentiments de celui qui ne sait pas dire est peut-être plus profonde que celle de celui qui sait. Et c'est d'une violence irréductible. Et c'est pour ça que je prône la possession des mots, l'enrichissement de la langue pour être capable de restituer ce que l'on est, ce que l'on pense, ce que l'on ressent. C'est un très long travail. Et c'est aussi pour ça que j'aime la Révolution française ; c'était parce que l'on pouvait se tailler un destin avec les mots. Ce sont des orateurs.

 

Et je savais que mes parents n'allaient pas me léguer un château, mais des mots. Et ce qui est important c'est que moi, petit, « pavois » je ne savais pas ce que cela voulait dire mais je pressentais qu'il y avait quelque chose à savoir. C'est facile à comprendre avec une phrase que vous connaissez tous : « et la bobinette cherra ». On a mis combien de temps à savoir que c'était le verbe choir au futur ? On s'en fichait ! On écoutait, c'était beau, ça nous disait quelque chose à l'oreille et on pressentait qu'il y avait quelque chose à apprendre. Et comment on grandit ? C'est quand on pressent qu'il y a quelque chose à apprendre. On veut le rejoindre. Et c'est pour ça que j'ai toujours aimé la poétique des mots. Même quand j'écris des Lulu, il y a toujours ces mots que l'on ne comprend pas mais que l'enfant pressent. Il a le temps d'apprendre. Et puis il y a aussi ces mots que le professeur disait comme si on allait les comprendre. Alors on se trouvait un peu bêtes. Par exemple, quand on parle de Louis XIII et de ses mignons. Qui comprend ce que c'est à dix ans ? C'est très important d'utiliser ces mots et de s'extraire de la tyrannie du sens, de vouloir absolument tout comprendre. On a fait un progrès énorme quand on accepte de ne pas tout comprendre. La poétique est beaucoup plus importante. Il y a donc, bien sûr, une ode aux mots dans ce livre.



Alors, dans l'Histoire, il y a les mots mais il y a aussi les dates ! Par exemple : Charlemagne qui se fait couronner en 800 vous trouvez que c'est un bon axe de communication et vous écrivez 800 c'est le 1515 de Charlemagne.

Oui, parce qu'on s'en souvient ! Et je trouve que quand on veut devenir un héros ou un homme politique, faut penser aux dates ! Faut penser au gars qui va l'apprendre plus tard !



Quel est votre personnage préféré de l'Histoire ?

Mon personnage a toujours été, et je lui ai même consacré un roman, Marie-Antoinette. Pour des raisons qui sont très liées à mes dix ans, moi, j'étais amoureux de Marie-Antoinette ! J'avais découvert dans un magazine qu'elle avait un tour de poitrine de 106 centimètres ! J'ai sorti le mètre de couturière de ma mère, je l'ai déplié par terre, j'ai dit : « c'est strictement impossible ! ». Ça aussi c'est stupide mais cela m'avait sidéré quand j'étais gamin ! Et j'avais décidé d'être le fils caché de Marie-Antoinette ! À dix ans, ça ne pose aucun problème, la concordance des temps !

 

Et comme j'étais son fils caché il fallait que je trouve un père plausible. Donc un père en couleur ! Donc j'ai cherché et ce qui est aussi dans ce livre, il y a un axe important, c'est l'absence de la couleur dans l'histoire de France. C'est-à-dire l'absence de héros positif en couleur, dans lequel des gamins avec la tête que j'ai, auraient pu se projeter. Mais pas seulement dans l'histoire, même dans le roman. On aurait pu faire quelque chose sur Toussaint Louverture ou sur le Général Dumas. Mais il y avait un gars à qui je reprochais beaucoup, c'était Alexandre Dumas juDaniel-Picouly-La-nuit-de-Lampedusa.gifstement. Mais Alexandre Dumas l'auteur, le fils du général Dumas. Parce que ce type qui est quarteron, comme moi. Le mot quarteron d'ailleurs, c'est aussi un mot qui m'a mis en mouvement. Moi, je suis quarteron martiniquais. Quand j'ai vu que Dumas était quarteron, lui de Saint-Domingue, j'ai dit : comme moi. Et moi, plus tard, je serai écrivain comme lui. C'est aussi bête que ça ! Et puis pour un quarteron c'est l'auteur qui a eu le plus  de nègres de l'histoire de la littérature ! Et donc il y a ce quarteron qui écrit Les Trois Mousquetaires et il n’en fait pas un noir ! Je me suis dit : « mais pense un peu à tes petits camarades ! » S'il avait été noir, moi aussi à la récréation j'aurais pu so rtir mon épée pour me battre ! Mais je n'avais pas le droit à l'épée, moi, quand j'étais à la récré ! Moi, je pouvais être brésilien au football ! C'est tout ! C'est pour ça que moi j'ai des personnages noirs dans mes romans avec l'idée qu'il y a peut-être un petit gamin qui se projettera là-dedans.

Ce sont des histoires pour tout le monde mais il faut aussi laisser aux histoires leur force projective. Et donc l'Histoire de France manque de couleurs et pourtant il y en a des personnages ! Que ce soit Zamor de la Du Barry ou autre. C'est important pour moi et ce genre de chose peut conditionner mon écriture. Si j'ai écrit L'Enfant léopard, La Treizième Mort du Chevalier ou La Nuit de Lampedusa, c'est pour ça.



Une dernière question : le livre s'arrête à la libération de Paris. Pensez-vous que l'on pourra écrire un jour l'histoire de De Gaulle ou de Mitterrand de la même façon ?

Bien sûr ! Mais De Gaulle, il y a plein d'histoires ! Vive le Québec libre ! Moi je vous le fais !


D'ailleurs racontez-nous comment votre père a sauvé De Gaulle…

Mon père travaillait beaucoup. Faut dire qu'il y avait du monde à nourrir ! Et allez faire comprendre à un enfant de dix ans pourquoi son père s'en va. Eh bien, ma mère me racontait que lorsqu'il partait c'était pour aller sauver le général De Gaulle. C'était une histoire qu'elle nous racontait pour arriver à nous faire admettre que notre père devait partir. Et j'en parle beaucoup dans mes livres. Mais un enfant a besoin de se construire des raisons pour aimer le monde dans lequel il vit. Et les histoires m'ont permis d'expliquer toute chose inexplicable dans une vie d'enfant.



Pour terminer plus gravement, je voudrais que l'on parle de l'enseignement de l'Histoire aujourd'hui. Est-ce qu'il n'y a pas des pans entiers de notre Histoire qui disparaissent des livres ? Et comment vous, vous imagineriez l'enseignement de l'Histoire aujourd'hui ?

Le problème c'est que je n'ai pas encore été nommé ministre ! Ça va peut-être venir ! Comme je l'ai dit, l'Histoire est une matière subversive. Et ce qu'il se passe en ce moment dans l'éducation nationale c'est que l'Histoire est devenue l'enjeu de lobbies, de groupes de pression. Quand on parle d'une certaine manière d'une certaine époque, on a de fortes chances de voir tomber sur son dos des associations de défense, à juste titre parfois, et à moins juste titre d'autres fois, qui viennent défendre leur point de vue sur cette étape de l'Histoire. Parce que l'Histoire, et c'est ça qui fait qu'elle a cette beauté et en même temps ce côté vénéneux, est un roman, il appartient à celui qui l'écrit. Et il l'écrit à sa propre gloire. C'est tout à fait logique que l'auteur occulte des périodes où ses idées, sa pensée ou son courant philosophique n'a pas été à la hauteur, pour mettre plus en exergue des moments plus glorieux. Et on sait bien qu'il y a des périodes difficiles : la colonisation, l'Indochine.... Il y a tout un tas de sujets qui devraient être mis à la portée de tous mais qui sont des enjeux politique qui font que ça ne le sera pas. Alors qu'est-ce qu'on fait : une espèce d'histoire où l'on brasse où l'on s'élève pour voir d'en haut ce qui se passe plutôt que d'être au plus près et se confronter à la réalité du terrain. Et on a une Histoire de ce type-là. Mais comment peut-on faire rêver un enfant avec des images comme celle-là. Je ne suis ni révolté, ni pour, mais comme chaque fois que l'éducation nationale est en carence il se développe un enseignement. C'est incroyable le nombre de livres d'Histoire que l'on vend. Les secrets d'Histoire, ce qu'on nous a caché... Il y a donc un besoin mais qui est satisfait ailleurs. Moi je préfèrerais que l'on passionne les mômes de dix ans avec des choses simples. On est devenu un monde tellement intelligent que l'on a peur des choses simples. On a peur de la chronologie, des héros, des grandes dates... et à la place on donne une sorte de sophistication qui est hors de propos, hors d'âge, et surtout hors de passion. Comment se passionner pour ça ? Donc ce livre est bien sûr un acte militant, mais gentiment militant. Les gens lisent ce livre et prennent du plaisir. Ils regardent les images et ils prennent du plaisir. Cela doit vouloir dire quelque chose. Et ce n'est ni un livre réactionnaire ni un brûlot révolutionnaire, c'est un livre d'Histoire sur lequel on peut rêver et en même temps apprendre. Et c'est tout ce qui m'intéresse.



Merci, Daniel Picouly. Donc n'hésitez pas à acheter ce livre pour vous ou pour vos enfants. Lisez aussi le dernier roman de Picouly, La Nuit de Lampedusa et puis vous pouvez regarder l'émission Le Monde Vu par sur France Ô le dimanche à 18h45.


Marjorie Prunet, AS Éd.-Lib.

 

 

 


Repost 0
Published by Marlorie - dans EVENEMENTS
commenter cet article
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 18:00

vendredi 27 janvier 2012

à 18 heures

Regis-Jauffert-Claustria.gifRégis Jauffret, Claustria, éditions du Seuil

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article
18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 07:00

le 9 décembre 2011

 

 

Marc Petit était présent à la librairie Mollat vendredi 9 décembre 2011, afin de parler de son roman Le Nain géant, paru pour la première fois chez Stock en 1993. Sa réédition par la maison bordelaise L’Arbre vengeur permet la découverte ou la redécouverte de ce roman, qui débute au cœur de Paris au XIXe siècle. À la mort de son père, gérant d’une fabrique de jouets mécaniques, Benjamin a pour tout héritage une mystérieuse invention, le « nain géant », dont il ne trouve nulle trace. Le personnage part donc à la recherche de cet objet, ou de cette créature, invitant ainsi le lecteur à un voyage à travers l’Europe. L’œuvre s’inscrit dans la partie romanesque du travail de Marc Petit, qui est aussi traducteur, essayiste, novelliste et poète. La conférence a été l’occasion pour l’auteur de faire part de sa conception de la littérature. 

 

 

Marc-Petit-le-nain-geant.gif

 

 

Le Nain géant ou l’imagination en liberté

Le récit est inspiré de l’histoire personnelle de Marc Petit qui retrouve, dans les archives familiales, un papier à en-tête de son trisaïeul Frédéric Petit orné de la mention « Frédéric Petit, fabricant de jouets de fantaisie, seul inventeur du nain géant, de la marotte parlante et du poussin coureur ». Cette découverte interroge Marc Petit sur ce que peut être cette impossibilité linguistique de « nain géant, », un oxymore qui offre le point de départ d’une investigation pour connaître l’identité de cet objet, ou de cette créature...

C’est cette enquête fictive que retrace le roman, dans un ouvrage qui se veut l’héritier du roman feuilleton du XIXe siècle. Marc Petit regrette sa situation d’écrivain confidentiel, apprécié par un petit nombre de personnes et coupé du grand public. L’adoption de ce genre populaire lui donne l’occasion de créer une œuvre qu’il souhaite accessible, compréhensible. Le Nain géant se constitue comme un roman de formation : le narrateur évolue au fil de l’œuvre, qui met aussi en scène une histoire d’amour et n’est pas dénuée d’humour, comme en témoignent les titres de chapitres, souvent loufoques.

C’est aussi la propension du Nain géant à tenir le lecteur en haleine qui le destine à une plus large audience : l’auteur provoque de nombreux effets d’attente, de suspense dont il se dit le premier étonné. Le travail d’écriture provoque l’amusement et l’émerveillement de Marc Petit lui-même, et est révélateur de la conception qu’il a du statut d’auteur. Selon lui, « on n’est auteur que jusqu’à un certain point », l’auteur est avant tout un « vecteur », qui travaille dans un état proche du somnambulisme, afin de faire remonter en lui quelque chose d’inconscient, qui serait « un inconscient à la fois cognitif, mais aussi inventif et fictionnant ». C’est ensuite au lecteur de s’emparer de « ce quelque chose qui vient de Dieu sait où » et de « faire l’autre moitié du chemin ».



Création et érudition

Marc Petit affirme ne pas écrire avec sa « raison raisonnante », l’essentiel du travail de réflexion s’effectuant en amont. Si l’écriture relève du désir et du plaisir de raconter, elle n’est néanmoins pas faite pour endormir le lecteur mais au contraire pour éveiller son attention. Le nain géant est ainsi riche en renversements, contradictions, destinés à perturber le lecteur. Ce roman est donc à la fois accessible et complexe, car riche en références et empreint de mysticisme.

Presque tous les livres de Marc Petit peuvent être considérés comme des « autobiographies fictives ». Ce concept se rapproche du genre de l’autofiction dans le sens où il s’agit d’écrire sur soi sans raconter sa propre vie. Le nain géant présente en effet deux parts constitutives de l’identité de l’auteur : ce dernier est à la fois le descendant d’une lignée d’artisans, ingénieurs et inventeurs parisiens, et de Juifs d’Europe de l’Est. Le roman se découpe en deux parties, qui représentent cette identité double, presque paradoxale, débutant à Paris et s’achevant à Prague dans un univers juif et kabbalistique.

L’écriture de Marc Petit trouve ses origines dans le mythe, le conte, mais aussi dans le réel, la science. Le Nain géant comporte à la fois une dimension scientifique, rationaliste, avec la présence des automates, purs produits techniques, mais il est aussi inspiré par la rêverie du Golem, et est donc fortement empreint de mysticisme. Marc Petit dit avoir tenté, à travers son œuvre, de réinventer le mythe du Golem, créature d’argile douée de vie qui apparaît dans la religion hébraïque. L’œuvre de Marc Petit est riche en références, littéraires et philosophiques car, selon l’auteur, « la pensée est romanesque », elle « fictionne le monde en permanence ».



La littérature comme « faculté de réanimer le monde »

Paru pour la première fois en 1993, Le Nain géant s’inscrit dans la mouvance de la « nouvelle fiction ». Créée dans les années 1990, la « nouvelle fiction »  n’est ni un groupe, ni une école, mais un rassemblement de créateurs qui se lisent, se rencontrent et partagent une conception commune de la littérature. Les auteurs, tels Jean-Luc Moreau, Georges-Olivier Châteaureynaud, Hubert Haddad, Frédérick Tristan et Marc Petit, prônent les valeurs de la fiction, de l’imaginaire, de la poésie. L’écrivain est vu comme un « prestidigitateur » qui a pour rôle de déstabiliser le lecteur, « jouer avec ses neurones » afin de dénoncer les fictions dont est parcouru le monde actuel, ce que l’on appelle aujourd’hui le « story-telling ». L’écriture permet de révéler au grand jour ce que Marc Petit nomme les « fictions mortes » qui nous entourent sans qu’on en ait conscience, en libérant la faculté d’inventer le monde. Écrire, pour Marc Petit, n’est pas l’aventure d’un écrivain solitaire mais l’exploration de tous les possibles, un mouvement de la pensée visant à raviver les sensibilités, faire bouger les esprits.

Dans le roman Le Nain géant, une grande place est accordée à la musicalité, au rythme des mots. On trouve dans l’œuvre divers registres, un chapitre est par exemple entièrement rédigé en argot. Pour Marc Petit, une traduction de son œuvre doit avant tout chercher à recréer la musique plus que l’exactitude des mots. L’auteur confie : « je n’aime pas tellement la littérature », « j’aime la magie de certaines œuvres littéraires ». Marc Petit attache une grande importance aux sensations, aux atmosphères dont sont empreintes les œuvres littéraires. Un romancier est, plus qu’un raconteur d’histoires, un poète qui rend compte de moments subreptices. C’est par cette poésie que la littérature peut atteindre son essence, qui est « cette faculté de raviver le désir, de réanimer le monde ».


Grâce à la littérature, cette « sombre blague absolument sinistre » qu’est la vie peut être rendue extraordinaire. Pour Marc Petit, l’écriture doit à la fois procurer au lecteur du plaisir et la sensation d’avoir appris quelque chose. Cette conception de la littérature résout le paradoxe du roman Le nain géant : l’œuvre est destinée à procurer à la fois un sentiment de délectation, d’où son caractère amusant, loufoque, mais aussi un enrichissement du lecteur, ce qui passe par une dépossession, une ouverture à l’autre qui peut se révéler extrêmement déroutante.


Noémie, AS Bib.

 

 

 

 

 


 

 


Repost 0
Published by Noémie - dans EVENEMENTS
commenter cet article

Recherche

Archives