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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 07:00

France Inter le 28/12/2011,
émission présentée par François Busnel.

 

 

 

Jean-Jacques Sempé, le discret dessinateur humoristique, est l’invité de François Busnel à l’occasion de l’exposition  (gratuite) « Sempé, un peu de Paris et d’ailleurs », à l’Hôtel de ville de Paris du 21 octobre 2011 au 11 février 2012, et pour la sortie du livre Enfances, un album de dessins presque tous inédits, augmentés de la conversation du dessinateur avec Marc Lecarpentier.

Sempé, un homme rêveur, discret et qui par-dessus tout veut se libérer de « l’esprit de sérieux » ; une voix grave et lente, un dessin au trait fin et subtil.
 jean-jacques-sempe.jpg


Au cœur de son œuvre, les enfants

 Avec pudeur, sensibilité, Sempé nous livre son enfance grise à Bordeaux. Il évoque les fréquentes disputes entre ses parents, leurs dettes, leurs déménagements successifs, mais aussi le drame de la guerre et les femmes, tout autour de lui, qu’il voit pleurer. Il a appris très tard qu’il n’était pas  un enfant « naturel », de « filiation normale » et comprend alors, comme cela a été difficile pour M. Sempé, son père. Heureusement, Jean-Jacques Sempé est  « un homme qui sait entretenir la gaieté malgré l’inconsolable » et ne choisit de se souvenir que des moments agréables de son enfance. 

Les enfants sont au cœur de son œuvre avec le Petit Nicolas, bien sûr mais aussi tous ceux qu’il observe dans les rues de Paris ou d’ailleurs, et il en est touché. Sempé aime leur imaginer des vies, un quotidien car si le titre de l’album est « Enfances » au pluriel, c’est bien qu’il considère avoir vécu plusieurs enfances et veut croquer encore celles des enfants qu’il croise. Il aime la légèreté, l’insoumission de l’enfant  marchant dans la rue, souriant de ses secrets, qu’il aimerait connaître. En vain.

Sempé regrette l’évolution de ces dernières années : « les enfants ressemblent tous à de petits moniteurs d’éducation physique », « il n’y a plus de grâce » dans l’uniformisation des styles vestimentaires. On reconnaît ici la nostalgie du dessinateur, il avait vingt-cinq ans lorsqu’il dessinait le Petit Nicolas et ce qu’il dessinait alors était déjà d’une époque révolue.

 Jean-Jacques-sempe-enfances.jpg


Les États-Unis, sa fascination

Écouter la radio était alors une évasion dans les moments difficiles de sa jeunesse, il adorait la musique, les multiples pièces de théâtre qu’on pouvait, à l’époque, y entendre et surtout, il avait réussi, en « bidouillant », à capter en ondes courtes des radios américaines. Les États-Unis, le pays de son inspiration, reviennent plusieurs fois au cours de l’entretien. Il se rappelle comme la Libération a été une joie dans sa vie : « l’arrivée de la musique américaine et des cigarettes au goût de pain d’épice ». Aussi, ce sont les dessinateurs américains du journal New Yorker qui l’ont inspiré et lui ont donné le goût du dessin humoristique : ils osaient ! Nous savons que depuis 1979, Sempé réalise aussi des couvertures pour ce journal. Il a même osé se lancer dans l’écriture en appréciant les dessins du New Yorker et aime aujourd’hui la magie née du mélange texte / images.



L’observateur de la vie courante

Si les dessins de Sempé sont tant appréciés, c’est qu’il sait dessiner avec humour et frivolité le quotidien de nos villes. Il est amusant lorsqu’il fait remarquer au journaliste les femmes à vélo de plus en plus nombreuses à Paris, leur grâce surtout « lorsqu’elles portent des robes qui volent ».  Les musiciens reviennent souvent dans ses dessins, il leur voue une profonde admiration « parce qu’ils savent jouer d’un instrument ». Les chats, beaux, calmes et malins, les grandes villes, Paris, New York, sont dessinés à sa façon : « la vérité c’est l’ambiance, pas le réel, les apparences ». Depuis toujours, il observe les femmes et leur gestuelle comique. Sempé est un éternel rêveur, modeste, jamais devenu adulte. D’après lui, sa maison est remplie de dessins ratés et il sait qu’il doit, malgré lui, beaucoup réfléchir pour trouver une idée. Il aime rire de nos vies, il n’a jamais fréquenté de psychanalystes (« J’aurais peut-être dû, vous savez… », dit-il) mais aime cependant dessiner leurs consultations, pour lui « comiques et touchantes ». Le dessinateur est loin de l’actualité, trop éphémère, et s’intéresse à la vie, à nos vies, aux gens de tous les jours et c’est sans doute pour cela qu’il plaît tant.



Un entretien qui donne envie de se replonger dans les merveilleux dessins de Sempé.



Programmation musicale de l’émission : Alain Souchon « J’ai dix ans », Deep Purple « Child in time », Zoufris Maracas « Et ta mère ».
 Jean-Jacques-Sempe-echelle.jpg

Nadine, AS Éd.-Lib.

 

 


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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 07:00

Vendredi 13 janvier

à 18 h 30

 

Toi-aussi-tu-as-des-armes.gif

Rencontre autour du thème Poétique et politique. Autant dans l'ouvrage collectif Toi aussi, tu as des armes, poésie et politique (éditions La Fabrique) que dans le numéro 9/10 de la revue Nioques, Jean-Marie Gleize et Jacques-Henri Michot envisagent la poésie comme « une opération pratique, concrète, où l'on ne se raconte pas d'histoires et où l'on pense l'art comme un acte — individuel, certes — mais aussi comme un lieu public, une scène ouverte. » (Jean-Christophe Bailly).

 


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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 07:00

Vendredi 09 décembre
18h
salon Albert Mollat

 

 

Table ronde autour de la  présentation de la nouvelle traduction intégrale et commentée des Contes des frères Grimm aux éditions José Corti.

En présence de la traductrice Natacha Rimasson-Fertin et de l’anthropologue Nicole Belmont, ce débat animé par Christiane Connan-Pintado, maître de conférences à l’IUFM de Bordeaux aborde les questions suivantes : Pourquoi retraduire Grimm ? Quel en est l’intérêt scientifique ? Quelle place ces contes tiennent-ils dans l’inconscient collectif ?

Contes-de-Grimm.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Jacob GRIMM - Wilhelm GRIMM
Contes pour les enfants et la maison
 collectés par les frères Grimm
traduits de l'allemand
par Natacha Rimasson-Fertin
José Corti
Collection Merveilleux



 

 

 

 

 

 

 

natacha-rimasson-fertin.jpg

 

 

 

Natacha Rimasson-Fertin est germaniste, maître de conférences à l’université Stendhal-Grenoble 3. Elle édité, traduit et commenté la première édition intégrale en français des Contes de Grimm.

 

nicole-belmont.jpg

 

 

 

 

Nicole Belmont est  anthropologue européaniste, enseignant-chercheur à l’EHESS. Elle a publié, entre autres, les ouvrages suivants : 

Poétique du conte : essai sur le conte de tradition orale, Paris, Gallimard, 1999. 

Sous la cendre : figures de Cendrillon, anthologie établie et postfacée par Nicole Belmont et Élisabeth Lemirre, Paris, José Corti, « Merveilleux », 2007. 

Mythe, conte et enfance : Les écritures d'Orphée et de Cendrillon, Paris, L'Harmattan, 2010.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicole_Belmont

 

 

L’intitulé de cette conférence suppose qu’on a déjà lu les contes de Grimm : ce sont les classiques qu’on relit.

Les contes de Grimm sont inscrits au Registre International de la Mémoire du Monde de l’UNESCO.

L'œuvre des frères Grimm est très vaste : on dénombre 201 contes plus 28 contes supprimés de leur vivant ainsi que 10 légendes soit au total 239 textes. Natacha Rimasson-Fertin a réalisé la première traduction française intégrale et commentée de l’ensemble de ces contes.



Pourquoi retraduire un classique ?

Natacha Rimasson-Fertin se souciait de traduire l'intégralité des œuvres des frères Grimm, notamment ceux qui n'étaient accessibles qu'aux germanophones. De plus, cette réédition est davantage scientifique (par opposition aux traductions littéraires dont nous disposions). Elle propose des préfaces originales ainsi que des études de contes réalisées par les frères Grimm.

Seulement trois thèses en France ont eu comme sujet les contes des Grimm, celles de F. Fier, N. Ripato, N. Rimasson Fertin ; ces contes ont longtemps été mis de côté au profit d’écrivains comme Perrault...



L’écriture dénature-t-elle le conte, la tradition orale ?

Nicole Belmont nous explique qu'à l'époque des frères Grimm, les contes de tradition orale ne devaient pas faire partie de la culture lettrée car ils étaient qualifiés de grossiers.

Le texte fige le conte en dépit de sa beauté, il change l’idée qu’on peut s'en faire. En effet à l’écoute d’un conte, chacun peut se forger des images mentales de ce qui est raconté. De plus une multitude de versions est possible à l'oral alors que « l'écrit ne permet pas ces fantaisies ».

Le conte raconté n'est jamais le même grâce à la mémoire ; cependant, le passage à l'écrit est « le prix à payer » pour entrer dans la culture lettrée.

Du fait d'être écrits, les contes paraissent plus naïfs et plus simples, on les destine aux enfants.

Jacob Grimm disait qu’il ne savait pas si les contes étaient destinés aux enfants. À l'époque, les contes merveilleux ne leur étaient pas lus.

 

 

 

Les contes et les enfants

Natacha Rimasson-Fertin nous dit que la deuxième édition des contes de Grimm en 1819 est importante. Les frères Grimm expliquent dans la préface qu’ils ont enlevé des passages érotiques, violents et cruels pour que les enfants puissent les lire. À partir de ce moment, le conte est destiné aux enfants.

La violence est tout de même quelquefois présente, mais justifiée par une morale.

Natacha a réintégré ces passages supprimés où on trouvait de la violence gratuite, assez choquante. Par exemple envers les animaux alors que ceux ci sont souvent des adjuvants dans les contes merveilleux.

 

 

La fidélité à l'œuvre

Natacha Rimasson-Fertin a voulu conserver la répartition des tomes voulue par les frères Grimm, c’est-à-dire un découpage en deux tomes. Chaque tome se termine par un conte ouvert, un conte sur la fin duquel on se questionne.

Les frères Grimm souhaitaient retranscrire les contes tels qu’ils étaient racontés. Ils ont demandé à leur entourage de collecter les récits à travers l'Allemagne. Ainsi ils ont pu les écrire, leur but étant de les sauvegarder.

 « La forme vient de nous, mais nous n’avons rien changé à la substance ».

 « Quand on casse un œuf, ne pas briser le jaune ».

Les Grimm ont écrit un troisième tome dans lequel ils indiquaient la région d'où venaient les contes ainsi que les différentes versions existantes pour faire la preuve de l'énorme travail de collecte qu'ils ont mené avant d'écrire ces contes.

Les frères Grimm ont tenu à créer une illusion d’oralité littéraire. Notamment en développant des dialectes, des trames narratives complètes en dialectes ainsi qu'en gardant le vocabulaire populaire utilisé par les « conteurs » pour garder un ton vivant. Les dialectes sont fondamentaux dans l’identité allemande. Les frères Grimm auraient voulu en écrire plus puisque leur travail était de transcrire et sauvegarder ces récits avec un côté identitaire. Pour Natacha, il ne fallait pas pasticher ces dialectes, inventer des langues. En effet, la tradition y perd, mais elle explique dans les marges qu’il s’agit de dialectes.

Au fil des années, les récits se sont étoffés : ajout de dialogues, expression des sentiments des personnages, de plus en plus de descriptions, des phrases très longues.

Le travail de Natacha a consisté à lire et relire ces contes pour trouver un juste dosage. Il fallait tendre vers la version idéale.

 

 


Les genres de contes

Les contes se subdivisent en sous-genres :

  • les contes d'animaux : 13 %,
  •  les contes à formule : 4%, 
  • Les contes facétieux : 17%
  • et enfin, les contes merveilleux (chrétiens et païens).



Les contes merveilleux : des mythes ?

Nicole Belmont :

Les mythes racontent les origines, les récits sacrés qu’on se transmet. Certains contes évoquent des thèmes mythiques qui concernent le destin humain mais bien souvent ce sont des récits plus anodins. On y suit un même personnage depuis sa naissance. Il est obligé de quitter sa famille et de suivre un chemin initiatique. Il surmonte des épreuves successives (souvent, il est obligé de quitter sa famille), des échecs et connaît aussi des réussites. L’initiation est alors réussie. Il accède au mariage prestigieux mais n’est pas reconnu socialement. Avoir des enfants permet une reconnaissance totale.

Ce sont des « Des contes de traverses et de misère » c'est-à-dire que lorsque le personnage arrive enfin à être heureux le conte s'arrête, seules les péripéties importent vraiment.

Dans les contes merveilleux, il faut nouer des liens d’alliance, au début, le héros est plus proche de la famille puis pour évoluer il faut partir. Les contes facétieux sont la contrepartie de ceux-ci : il n’est pas nécessaire de partir.

Le mythe, le conte et le rêve sont des choses différentes : « Le rêve se passe sur une scène autre que la vie », et le conte même s'il présente des éléments de la réalité de la vie quotidienne se passe dans un temps non actuel. D'ailleurs, le reproche qu'on peut faire aux contes aujourd'hui, vient du fait que certains d'entre eux se situent dans la réalité, les enfants ne les comprennent plus de la même façon et ils empêchent de transporter l’imaginaire ailleurs. Dans un conte nous pouvons passer d'un monde à l'autre : c'est l'optimisme merveilleux.

 

 

 Natacha Rimasson-Fertin :

Le merveilleux c'est lorsque l'on s’attend à l'objet magique, il y a des faits étranges mais on y croit.

Dans le merveilleux chrétien, nous pouvons voyager entre les mondes : paradis, enfer et terre, nous pouvons y aller mais tout aussi bien en revenir (Enfant de Marie où le décor est destiné au public enfantin. Vision enfantine inspirée des vitraux dans les églises).

Dans le merveilleux païen, on trouve des géants, des nains, des lutins, des ondines... avec lesquels les humains ont un bon contact même si de temps en temps ils sont néfastes (par exemple, les ondines attirent dans l'eau alors que les nains peuvent aider pour les accouchements, les fées échangent les enfants humains contre les leurs ; ce n'est pas irréversible, il existe des recettes...). Ces personnages sont attachés à des croyances.

Cependant quand les contes ont été christianisés, tous ces personnages ont été regroupés en un seul : le diable.



L'illustration et les contes

En 1837 est publiée en allemand une sélection de cinquante contes illustrés pour la jeunesse. Ils s’inspirent de l’édition de la première traduction anglaise de 1825 (qui ne comportait que cinquante contes). La structure familiale change. Les femmes ont désormais une part dans l’éducation des enfants, pour se centrer sur la famille nucléaire. Les illustrations sont dues à un autre des frères Grimm, peintre, illustrateur, graveur. Cette petite édition va avoir du succès et va permettre de faire connaître la grande œuvre des Grimm.

 Les contes sont-ils illustrés pour pallier le manque d’images mentales que l'on peut se forger avec la version écrite à la différence de l'écoute ?

Nicole Belmont nous indique que les éditeurs de contes pour enfants se croient obligés de les illustrer. Pour elle, c’est un scandale. Les illustrations impriment une image qui empêche le lecteur de se forger sa propre image mentale. L’image du conte est appauvrie. On ne voit que la vision de l’illustrateur.

 « Illustrer un conte c’est comme raconter une autre histoire à côté », elle a un rapport avec celle qui est racontée mais il y aurait de nombreuses autres façons de la voir.

L'édition Corti est illustrée. Certaines illustrations ont été reprises de versions précédentes ; elle comporte également des notes les concernant. Elle se compose des volumes, index, tables des matières, liste alphabétique des titres, postface, dossier, bibliographie, notes de traduction ; tout cela indique la qualité scientifique de l’ouvrage. Les notes suivent le conte auquel elles sont attachées.

 
 Propos recueillis par E.P. et M.L., 2ème année Bib.


Lien

 Entretien avec Natacha Rimasson-Fertin
 http://www.jose-corti.fr/titresmerveilleux/grimm-interviewNatacha.html

 

 


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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 07:00

Librairie Mollat

2 décembre 2011

autour de son livre

Vice et Versailles

Alain-Baraton-Vice-et-Versailles.jpg

 

Quatrième de couverture


« Au palais des monarques, le drame est roi : assassinats, forfaits en tous genres, règlements de comptes, empoisonnements, attentats, disparitions, duels, vols et complots hantent le domaine. Versailles, c'est la grande boutique des horreurs. Attention toutefois, l'histoire, dans la demeure de Louis XIV, a le goût du classicisme et de la bonne mesure : pas de chiens écrasés en costume d'époque, mais des machinations machiavéliques et implacables comme des tragédies grecques, des meurtres, sanglants et atroces, mais qui ne laissent pas de taches, des mystères, épais comme le velours des tentures et qui n'ont jamais été élucidés. Le palais du Roi-Soleil a aussi une part d'ombre, méconnue : plongeons en frissonnant dans son éclatante obscurité. »

Jardinier en chef du Grand Trianon et du Grand Parc de Versailles depuis 35 ans, Alain Baraton était dans les salons Mollat le 02 décembre dernier pour présenter son livre Vice et Versailles. Le jardinier, qui est aussi chroniqueur sur France Inter, a d’emblée donné le ton de la conférence en déclarant vouloir parler des « méfaits de façon drolatique ». Et c’est en effet avec humour qu’Alain Baraton nous a dévoilé, pendant un peu moins d’une heure, la face obscure de ce qu’il appelle ( non sans affection) « le musée des horreurs ».



« Le diable était partout » ; voilà comment Baraton décrit ce qu’était Versailles avant qu’on y construise le château, et pour cause. Le jardinier nous livre un portrait peu amène de l’endroit, bien différent du site superbe qu’on connaît aujourd’hui, posant ainsi la première pierre d'un édifice de démythification.

 À l’époque, Versailles n’est qu’un « marais puant », assailli par les brigands car elle est la première ville entre Paris et la route de Bretagne, sur laquelle passent les marchands chargés de biens ou de monnaie. Le brigandage y est tel, raconte Alain Baraton, que le Parlement de Paris est obligé de lever une armée pour y mettre un terme.

Voilà déjà qui n’est guère engageant. Mais Alain Baraton renchérit, nous apprenant que « l’origine de Versailles commence  dans le sang ». En effet, le premier propriétaire de Versailles, Martial de Loménie, financier du roi est massacré avec toute sa famille durant la Saint Barthélémy, sur ordre de la reine, cela pour permettre à Gondi, son favori, de récupérer les terres que Loménie refusait de lui céder.

Plus tard, le terrain est racheté à Gondi par Louis XIII, qui y bâtit son pavillon de chasse appelé par ses contemporains « Le château de Cartes ». Comme il parle de Louis XIII, Alain Baraton en profite, avec le mordant qui lui est propre, pour « tacler » les historiens officiels (« quantité d’historiens me sautent dessus ») en affirmant que Louis XIV ne serait pas le fils de Louis XIII, mais celui de Mazarin. Un château sorti de la fange et un roi qui serait un bâtard, voilà déjà qui ternit le lustre du château.

Alain  Baraton poursuit sur sa lancée dévoilant la réalité sur la construction du château en s’attaquant une fois de plus à la version livrée par les historiens qui prétendent que le chantier n’aurait fait que peu de morts. « Une centaine seulement, une centaine ce n’est déjà pas mal », raille l’auteur. Aux chiffres donnés par les historiens, Baraton oppose les siens, terribles : 200 morts pour construire la pièce d’eau des Suisses et 2200 pour creuser le Canal de l’Eure. Le jardinier cite Madame de Sévigné qui décrit le « nombre prodigieux de morts », racontant que chaque matin, des charrettes emmenaient les ouvriers morts dans la nuit pour que leurs remplaçants ne les voient pas et ne sachent pas ce qui se passait sur le chantier. « Rien ne doit venir entacher le prestige du roi, explique Baraton, rien ne doit venir  mettre un terme à ce grand dessein que le roi veut pour la France ». Mais « Versailles est un château, Versailles est un jardin, Versailles est aussi un charnier », assène-t-il.

Le jardinier revient alors sur son impression, alors qu’en compagnie de sa famille il visite le site pour la première fois. Alors que le lieu suscite généralement l’émerveillement ou du moins l’admiration, Baraton raconte avoir été « horrifié lorsqu’il a découvert Versailles, horrifié des statues qui sont superbes mais ne représentent que la misère : un amant tenant sa compagne morte dans ses bras se plonge un couteau dans la poitrine, plus loin Lachoon et ses fils se font démembrer par une pieuvre, que dire de cette déesse grecque qui se fait mordre le sein par une vipère… ». « Et dans le château, spectacle identique » ajoute-t-il, citant notamment la Galerie des Batailles, qui représente des scènes particulièrement sanglantes, ou encore la Galerie des Glaces où Louis XIV est représenté piétinant un noir (promotion de l’esclavage) et une vieille femme (censée représenter les sorcières). Aussi, lorsqu’il l’a découverte, Versailles était-il pour lui « le musée des horreurs ».

Musées des horreurs dont Alain Baraton n’a pas fini de nous livrer les secrets. En effet, après en avoir décrit la genèse, il s’attache à nous révéler les événements terribles qui s’y sont produits et que l’Histoire aborde peu. Alain Baraton se dit d’ailleurs choqué de cette sorte de « déni » : « À Versailles, tout est beau tout est extraordinaire ; mais pas du tout » ; « il y a encore une part d’ombre, des choses qui font débat et desquelles on hésite à parler ». Bien qu’aimant profondément ce lieu où il travaille depuis plus de trente-cinq ans, l’auteur s’attache alors à nous livrer plusieurs faits qui tissent la part sombre de son histoire. Il y a, bien sûr, l’obscure période des poisons, durant laquelle les membres de la Cour redoutaient tant de se faire empoisonner qu’ils avaient leur propre vaisselle, nominative, et leurs propres valets, etc. Cette paranoïa est d’ailleurs à l’origine du verre à pied, inventé pour que les valets ne puissent pas glisser du poison tout en servant (Alain Baraton nous gratifie d’une démonstration ayant un verre à pied posé devant lui au moment de la conférence).  Mais pour montrer la cruauté de la Cour et contrecarrer la vision idyllique que beaucoup se font de Versailles, Baraton choisit de narrer des événements précis et en revient encore une fois aux anonymes qui ont bâti le château. Ainsi, un vieillard qui se plaint de la dureté des travaux sur le passage du roi se fait couper la langue et est envoyé aux galères. Quant aux superbes miroirs que l’on admire dans la galerie des glaces, ils ont causé la mort de tous ceux qui les ont fabriqués, car « les malheureux qui fabriquent les glaces respirent des vapeurs de mercure […] ; lorsque la galerie des glaces est inaugurée, plus aucun miroitier n’est vivant » ; « on ne voulait pas que le peuple sache qu’il y avait des morts derrière les miroirs », on voulait garder le secret, les miroitiers bénéficiaient pour cela de nombreux avantages : payés très chers, ils étaient aussi exemptés d’impôts. « Quand vous vous regardez dans la galerie des glaces dites vous bien que les gens qui ont construit les miroirs sont morts dans des conditions épouvantables », achève Baraton. Des faits « qui glacent le sang » comme il le dit lui-même.

A l’animateur de la conférence qui lui dit le trouver assez sévère au sujet de Versailles, ou plutôt « de la manière dont est conduite Versailles », Baraton donne la raison de son intransigeance. Il trouve « profondément injuste » que Versailles rende hommage aux mécènes qui ont aidé à sa restauration et à son entretien – par de nombreuses plaques bien en évidence dans l’entrée des visiteurs – mais qu’aucune n’honore la mémoire de ceux qui sont morts pour la construire, car « si Versailles est la demeure des rois elle n’a pas été construite par les rois, mais pour les rois et par des artisans, des ouvriers, et des manœuvres qui mériteraient d’avoir simplement et anonymement une plaque qui rappelle leur sacrifice ».



C’est donc semble-t-il dans un souci de justice, de vérité que Alain Baraton dévoile dans son Livre Vice et Versailles la face obscure de ce lieu qu’il aime tant, et c’est peut être avant tout parce qu’il aime ce lieu qu’il peut le faire. Les vérités qu’il livre peuvent être déplaisantes car il est vrai qu’elles entachent un mythe et que comme le dit Baraton avec un certain humour « Versailles est un symbole pour les Français », symbole auquel « il ne faut pas toucher ». J’ai moi-même un attachement particulier pour le château de Versailles, je m’étais rendue à cette conférence surtout en quête d’anecdotes historiques (le sous titre un peu « racoleur » n’y était sans doute pas étranger), j’en suis ressortie pensive. On peut trouver que Baraton exagère, mais il vrai que lorsqu’on parcourt le château, on n’a guère à l’esprit la part de souffrance qui a contribué à sa construction.  Il apparaît en tout cas que Versailles et son histoire ont deux visages, comme les miroirs de  la galerie des glaces cachent une vérité glaçante derrière leur magnificence. Cette ambivalence, cette idée de visage caché et d’inversion est d’ailleurs bien rendue par le titre choisi par Baraton. Aussi pour réellement nous approprier ce lieu, ce symbole éminent de notre histoire dans toute son entièreté sans doute, faut-il que nous connaissions et acceptions sa part d’ombre…


Ludivine, AS Bib.

 

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 07:00

Émission Répliques du 12 novembre 2011 sur France Culture

présentée par Alain Finkielkraut

 


Francois-Bon-Apres-le-livre.gifFrederic-Beigbeder-Premier-Bilan-apres-l-apocalypse.gif

 

 

 

François Bon étudie les mutations numériques du livre dans son dernier ouvrage Après le livre ; Beigbeder, lui, vient parler de ce sujet avec son dernier livre Premier bilan après l'apocalypse. C'est un débat intéressant qui va naître entre ces deux auteurs et Alain Finkielkraut. En résumant ce débat, nous pouvons dégager deux axes de pensée : les trois hommes vont parler du livre en tant qu'objet, ensuite ils vont s'axer sur le numérique.

 

Alain Finkielkraut lance la discussion en s'adressant à F. Beigbeder, au sujet du titre de son livre : pourquoi utilise t-il le terme d'« apocalypse » ? N'est- ce pas si exagéré de parler en de tels termes ?


L'auteur se défend en parlant de sa préface assez pamphlétaire qui l'amène dans cette émission. C'est pour traduire une sorte de mélancolie, de peur de voir le livre en tant qu'objet disparaître qu'il utilise des termes aussi forts. De nos jours, le progrès met à mal, selon lui, tout ce qui touche la culture, ou plutôt les objets culturels. Il soulève le sujet de l'éphémérité, de cette rapidité qui est un peu en contradiction avec le livre. Tout ce progrès technique prend de plus en plus d'ampleur et il craint que l’intérêt de la lecture ne soit plus présent dans notre société. Il y a une grande peur du numérique qui se dégage de ses paroles. Tandis que F. Bon va essayer de tempérer cette peur. Le numérique est présent, que l'on soit d'accord ou pas, il fait partie intégrante de notre société actuelle, il voit cette nouveauté avec une certaine euphorie. La peur est présente mais il arrive à passer au-dessus en envisageant l'ampleur du numérique comme bénéfique. D'après lui, « il faut choisir l'endroit où l'on fait la guerre ». On ne peut enlever à la littérature le fait qu'elle nous aide à nous construire un monde, mais il ne faut pas pour autant cloisonner la littérature dans ce support papier. La vision symbolique que Beigbeder a du livre, de cet objet unique, que l'on peut toucher, sentir est remise en cause par la vision de Bon. La technologie étant déjà autour de nous, on ne peut l'exclure et lui tourner le dos. Continuer à vouloir sauver le livre papier est, selon lui, une cause perdue d'avance. On assiste à cette grande querelle entre les anciens et les modernes. Alain Frinkielkraut va freiner les paroles de F. Bon lorsque la discussion va s'orienter vers les réseaux sociaux et la notion de partage. La lecture est personnelle, on ne communique pas avec l'auteur ; dans un premier temps on est dans la réception.

 

 

Nous voyons ainsi ce qui sépare les intervenants. François Bon vit avec la nouvelle technologie, alors que Beigbeder ne veut pas l'accepter, du moins en ce qui concerne le livre. C'est autour de cette période de mutation que s'axe le débat. Le rapport au temps, à la rapidité change avec notre époque. F. Bon va prendre une phrase de Proust pour illustrer sa pensée : Quand on fait le même trajet avec une carriole à cheval et puis qu'on le fait en automobile à 50 km/h, qu'est- ce qui change dans notre rapport au monde ? Si jusque là le livre a résisté à beaucoup d'innovations telles que le phonographe, ou la télévision, pourquoi ne résisterait-il pas au numérique ? C'est justement cette notion de rapidité dans le numérique, dans internet qui fait réagir F. Beigbeder, qu'est- ce qui empêcherait les gens de vouloir tout, tout de suite sur leur tablette ou liseuse ? Le livre tend à disparaître face à cette capacité à tout obtenir quand nous le voulons, et surtout d'où nous sommes sans bouger.

 

Alain Finkielkraut parle ensuite des réseaux sociaux, qui pourraient nuire aux livres, alors que pour Bon, il faut s'en servir pour sensibiliser les jeunes à la lecture. D'après lui, ce serait un des moyens d'accéder à des livres inconnus, ou auxquels nous n'aurions pas pensé. Il ne faut surtout pas tourner le dos à tout cela, car nous pourrions nous couper de ce qui évolue, nous pourrions tourner le dos au reste sans en avoir l'intention. « Personne ne voudra rester statique dans ce que nous connaissons déjà », c'est ce que dit F. Bon. Il voit dans le numérique des enjeux culturels, cela amènerait les gens à avoir rapidement quelque chose qu'ils ne connaissent pas, sans pour autant avoir l'impression d'être montrés du doigt. Il faudrait voir cela comme une manière de faire tomber certaines barrières qui entourent le livre. Beigbeder, à ce sujet, n'est pas totalement contre ; pourquoi ne pas utiliser le numérique comme moyen de sensibiliser des non-lecteurs à la lecture, mais il ajoute un côté plus dramatique à cela. Il doute que le numérique pousse les gens à la curiosité. Seront-ils aussi curieux sur internet qu'ils le sont en librairie ?

 

 

En définitive, les trois hommes ne sont pas réfractaires au numérique, mais ils se demandent quelle sera la place du livre dans le futur. Tendra-t-il à la disparition, ou bénéficiera-t-il d'une certaine réhabilitation ? Il faut être vigilant face à cette transition, car nous n'en avons pas vécu assez pour savoir comment réagir au mieux. Une chose est sûre, c'est que le numérique fait partie intégrante de notre culture, de notre société, il vaut donc mieux s'adapter qu'aller à l'encontre de cette nouvelle technologie.

 

 

Claire Brégé, AS Éd.-Lib.

 


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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 12:00

Du 1er  au 5 décembre
Montreuil.jpg

 

 

 
En quelques chiffres

7 pôles artistiques, des expositions, 340 maisons d’édition, 2700 auteurs, 150 000 visiteurs attendus.



Le thème

Le thème du cirque est décliné sur le Salon car c’est un univers cher aux livres jeunesses et à l’univers enfantin. Le cercle formé autour du conteur rappelle ainsi la piste où évoluent les artistes au cirque. Les stands remplis de livres colorés et les espaces de lecture aux grands fauteuils rouges semblent tout droit sortis d’un chapiteau.

 

Une ouverture aux littératures d’Europe et d’Outre-mer

Le Salon a ouvert ses frontières en étant labellisé en 2011 « Festival Européen ». Il est la cinquième manifestation française à obtenir un tel label. Cette ouverture se voit dans la présence d’ouvrages traduits en VO, de projections de films d’animation européens, de rencontres, d’ateliers et de séances de lecture en langues étrangères. Les éditeurs, les écrivains et les illustrateurs étrangers invités représentent 17 pays d’Europe : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Royaume-Uni, Grèce, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Suède et Suisse.

Cette année, il s’ouvre aussi à d’autres littératures étrangères en mettant à l’honneur le Mexique autour de rencontres, d’ateliers, de traductions et de lectures.

 

Un changement d’organisation

Pour l’année 2011, le salon du livre jeunesse change d’organisation en s’ouvrant notamment aux nouvelles technologies et à l’Europe. Cette année, il s’articule autour des sept pôles principaux : ados, BD, théâtre, art, numérique, cinéma d’animation et pôle presse. Comme le dit la directrice du salon, Sylvie Vassalo, un événement, s’il ne se renouvelle pas, décline rapidement, surtout dans un domaine tel que la littérature jeunesse qui s’adresse à un public qui change rapidement de goûts et de façon de lire.


Les changements du Salon se voient aussi à travers l’attribution de nouveaux prix : les Pépites. Ils récompensent des catégories classiques : album, premier album, roman ados européen, livre d’art, documentaire, nouvelle mais aussi des catégories qui prennent en compte d’autres supports : application numérique et adaptation (cinéma d’animation).



Livre et innovation

L’idée développée est que les enfants apprécient les livres qui leur ressemblent et ainsi aiment retrouver la littérature sous des formes aussi jeunes qu’eux : tablettes, animations numériques, mangas… Les éditeurs l’ont bien compris tout comme les organisateurs du Salon : l’I-Pad géant qui surplombe les différents stands en est l’illustration parfaite.

Le livre numérique est donc à l’honneur. J’ai notamment apprécié la proposition des éditions du Polygraphe : de petits livres de 5 à 10 pages, en libre service sur internet, avec des prix variant de 50ct à 2€. Les L’auteur Yak Rivais présentait ainsi une dizaine de ses livres en version raccourcie. Ces petits fascicules agrafés, dont quelques uns étaient inédits, semblaient de bonne qualité qu’ils soient imprimés en noir et blanc ou en couleurs. Ce type de livre s’adresse à des professeurs qui n’ont pas le budget pour acheter une trentaine de livres et peuvent ainsi les imprimer à moindre frais.



Finalement, cette année, le livre s’ouvre à de nombreuses formes de création et certains se demandent si ce n’est pas l’esprit du Salon qui est en train de changer, ce à quoi d’autres répondent que l’important est de constater un renouvellement d’intérêt des enfants et de leurs familles pour le livre. 


Émilie P., 2e année édition-librairie

 

 

Liens

 

 Salon du livre de jeunesse de Montreuil.

 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 07:00

Cette fondation d’art contemporain bordelaise  est née de l’initiative du mécène Bernard Magrez, propriétaire de vignobles en France et à l’étranger, pour qui «  il faut partager lorsque l’on a réussi ».

C’est donc bien un projet qui a pour objectif de démocratiser l’art contemporain, en exposant vingt œuvres d’artistes de renom au grand public.
Chateau-Labottiere.jpg
Il faudra dès lors se rendre au château Labottière, dans une zone résidentielle un peu perdue de Bordeaux. L’endroit y est magnifique : il s’agit d’un petit hôtel particulier du XVIIIe siècle, bien restauré, avec un jardin à la française.

L’exposition que j’ai pu visiter a pour thème « L’étoffe du temps », et s’articule autour de deux conceptions du temps : un temps fugitif, que l’Homme cherche en vain à maîtriser, face à un temps plus contemplatif, celui de la méditation.

En entrant, notre regard est immédiatement frappé par un énorme éléphant empaillé, œuvre du Chinois Huang Yong Ping, complètement étranger et incongru en ce lieu. Et comme nous ne sommes pas chez Deyrolles (boutique chic parisienne de taxidermie) mais bien dans une fondation d’art contemporain, cet éléphant a pour particularité de n’avoir plus de peau : celle-ci traîne à ses pieds, comme un vulgaire manteau qui aurait glissé de son dos.

Si le spectateur prend la peine de lire les explications, il apprendra qu’il s’agit ici d’une référence au mythe platonicien de la caverne. Et c’est là le petit bémol de l’exposition : faut-il toujours justifier et intellectualiser l’art contemporain ? La vue de cet énorme éléphant, accueillant fièrement le spectateur à l’entrée d’un lieu aussi délicat, ne nécessitait peut-être pas de discours pour être apprécié.

La suite de la visite se déroule au fil d’œuvres d’artistes célèbres : «  le silence est d’or » d’ Yves Klein, deux panneaux de Marc Desgrandchamps, Picasso ( «  Femme assise » ), Giacometti ( « 4 femmes sur socle ») …ou encore Mircea Cantor, artiste roumain qui a gagné le prix Duchamp cette année, avec sa vidéo « Tracking Happiness » (où des jeunes filles, dans une danse synchronisée, balaient leurs traces de pas dans le sable. Le titre est assez évocateur).

Il y a certes assez peu d’œuvres, et le lien avec le thème de l’exposition n’est pas toujours évident. Les initiés trouveront certainement que les œuvres sont « déjà vues » ou quelque peu évidentes. Mais les néophytes comme moi se réjouiront de cette exposition, dont le cadre apporte un charme nouveau à ces œuvres de qualité.

L’Etoffe du Temps : De Picasso à Othoniel, du 15 octobre 2011 au 14 janvier 2012
Institut Culturel Bernard Magrez - 5, rue Labottière – 33000 Bordeaux

 

 

Anne-Claire ALESSANDRA, AS Bib.

 

Liens

 

 Présentation de l'institut Bernard Magrez sur Art-flox.com

 

Site Bernard Magrez.

 

 Entretien avec Huang Yong ping, Centre Pompidou

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 12:00

Vendredi 2 décembre à 20 h 30

 

Trois écrivains parlent de leurs ouvrages et de leur rapport à la littérature.


Camille-Laurens--Les-fiancees-du-diable.gifCamille Laurens, Les fiancées du diable, enquête sur les femmes terrifiantes, éditions du Toucan.

 Pourquoi les femmes font-elles peur aux hommes ? Loin d'incarner les seules valeurs de douceur, d'amour, d'angélisme, de générosité, la femme est d'abord, dans l'imaginaire collectif, une créature mystérieuse et inquiétante, "tout entière taboue", disait Freud. Elle perturbe, effraie, bouleverse, à la fois menaçante et désirable, agressive et rassurante. Dénoncée comme fatale, poursuivie comme sorcière, porteuse de déchéance et de mort, elle incarne aussi, par sa beauté, sa séduction et sa capacité d'enfanter, une formidable puissance symbolique, un monstre impossible à vaincre sans mourir soi-même. Mythes et religions ont transmis l'image d'un être démoniaque, d'une pécheresse animale et lubrique. Les arts, notamment la littérature et la peinture, matérialisent ces représentations souvent inconscientes, dont les formes ont évolué dans le temps sans que le noyau d'effroi en ait été vraiment dissous : peintres, plasticiens, écrivains, photographes nous donnent à voir l'irreprésentable. Partant de cette question toujours actuelle, Camille Laurens est allée à la recherche des représentations féminines à travers les oeuvres d'art et ses souvenirs de lecture. L'ouvrage se propose d'enquêter parmi ces multiples images, figures réelles ou fantasmées, afin de mieux comprendre, au fil des siècles et des oeuvres, les ressorts profonds d'une angoisse à la fois archaïque et universelle.

 

Helene-Lenoir--Piece-rapportee.gifHélène Lenoir, Pièce rapportée, éditions de Minuit.

Quand elle apprend que Claire, sa fille de vingt-quatre ans, vient d´être transportée sans connaissance à l´hôpital Beaujon après avoir été fauchée sur son vélo par un motard qui a pris la fuite, Elvire saute dans le premier train pour Paris et pressent très vite que cet accident va l’ébranler. A mesure que se reconstitue le patchwork de sa vie, Elvire s’éloigne peu à peu de sa famille pour qui elle n’a finalement jamais été qu’une pièce rapportée.


 

Bertrand-Leclair--Dans-les-rouleaux-du-temps.gifBertrand Leclair, Dans les rouleaux du temps, éditions Flammarion.

« Ce que ça nous fait, ce que ça peut bien nous faire, la littérature, ici et maintenant, à tous et à chacun ? » Destiné à interroger les puissances de la littérature, cet essai repose sur une conviction qui restait à vérifier : les livres qui nous ont profondément marqués en savent long sur nous - et peut-être plus long que nous.
Ils sont gros de tout ce que nous ne savons plus savoir, au quotidien laborieux des jours, tout ce que nous préférons enfouir par conformisme et par habitude sous la « connaissance conventionnelle ». Récit d'une expérience, Dans les rouleaux du temps mobilise les oeuvres de Céline et de Mallarmé, d'Aragon et de Cixous, mais aussi Sur la route ou encore Histoire d'O. Comme le fleuve à l'embouchure, il ne pouvait que se jeter dans l'expérience proustienne, cependant : A la recherche du temps perdu est bien « le » livre des livres, le livre qui délivre - et qui délivre quoi, sinon la littérature, et donc la vie ?

 

 


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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 18:00

Renaud Cojo et le TNBA organisent une représentation supplémentaire de son spectacle « et j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust » le vendredi 2 décembre à 15h30.

Cette représentation est en entrée libre (pour cause de tournage du spectacle) et les places étant limitées il convient de confirmer votre venue.

T +33 (0)5 56 33 36 68

 

 

 

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 18:00

RITOURNELLES # 12 : L’INCARNATION DU VERBE

24 novembre 2011

 

 

Rencontre avec Valère Novarina, auteur et metteur en scène et Cyrille Habert, fondateur des Éditions de la Transparence ; librairie Mollat.

Valere_Novarina.jpg

Réflexion autour de la langue


Pourquoi aller au théâtre ? Plutôt que pour se distraire, Valère Novarina préfère répondre que c’est pour l’émotion, « pour ce qui nous happe » ; en sortant d’une représentation, le spectateur doit être joyeux, « plus vaillant ». Le spectacle doit donc « produire du nouveau », mais surtout créer un espace de vie aux antipodes du « sentiment obligatoire », dans un siècle où toutes nos façons d’être au monde nous sont de plus en plus dictées, par les médias, les politiques ...


Aller à l’encontre de ce « sentiment obligatoire » que nous impose la société, c’est donc protester contre une transparence permanente qui s’impose comme la ligne de conduite actuelle. Or Valère Novarina trouve qu’une certaine obscurité subsiste dans le langage, et qu’elle est à préserver.


L’auteur et metteur en scène parle du langage comme de « l’émission de quelque chose dans l’air entre nous », qui a donc une matérialité. Il croit qu’il est également nécessaire parfois de savoir « saisir les pensées comme un organisme, un animal vivant ». Cette vision animale du langage et des pensées leur confère un aspect concret, physique ; et pour Valère Novarina, tout le travail du théâtre est de donner « une leçon de concret et d’humilité devant la matière et les sons ».


Ainsi, il faut laisser le corps révéler le sens des paroles ; dans ses oeuvres théâtrales, Valère Novarina insère délibérément des phrases dénuées de sens apparent, dans lesquelles l’acteur se retrouve en « terra incognita », sans clés de compréhension du texte ni indications d’expression. Mais si la fluidité émane de cet incompréhensible, alors c’est bien le corps qui apporte la raison au mental ; la richesse du théâtre permet de découvrir la matérialité du langage.

« L’incarnation du verbe pour ‘œuvres de chair et de mots’ », dira dans son éditorial Marie-Laure Picot, directrice et programmatrice du festival.


Mais si le langage est animal, il a donc son indépendance. Dans son écriture, Valère Novarina se laisse donc porter par la langue, qu’il est bon de ne pas trop brider : s’efforcer de retrouver un mot, un nom … est souvent peine perdue ; alors que beaucoup d’idées très fortes apparaissent lorsqu’on n’y pense pas… L’écriture résulte donc de cette synthèse entre le laisser-être et la maîtrise des mots, qui reste un minimum nécessaire.


De même, dans son travail de metteur en scène, Valère Novarina souhaite que toute l’histoire, qu’il a pourtant écrite, « lui revienne par la bouche de l’acteur », et désire ainsi « comprendre enfin cette scène ». Il se positionne en spectateur naïf, regarde sa propre pièce comme celui qui ne sait pas, pour être dans l’aventure mais surtout pour voir émerger de nouvelles choses dont lui-même n’avait pas conscience.


La pièce en tant que telle est aussi envisagée comme un organisme : Valère Novarina parle d’un « spectacle vivant » pourtant éphémère dans sa temporalité et dans sa mise en espace. Le spectacle vit concrètement le temps de la représentation. Pourtant, c’est à la longue que les choses apparaissent, s’affirment, que les acteurs dépassent le parfait (lisse) pour atteindre quelque chose de plus sensible, et de plus précieux. Le spectateur quitte la représentation comme un rêve : en se souvenant précisément de la pièce, mais incapable de la remettre dans l’ordre.


Et si Valère Novarina prend le soin de fixer ses thèses dans ses ouvrages, c’est pour lui une façon de faire le point, d’écrire « sur le travail de l’atelier », déroulé en amont.


Livre d’entretiens et journal de voyage, portfolio et carnet de notes, Paysage parlé rassemble six conversations menées in situ à Paris, Lausanne, Debrecen, Champigny-sur-Marne, Varallo et Trécoux de janvier 2009 à août 2010. Au fil d’un dialogue itinérant, faisant étape dans ces multiples lieux où l’écrivain vient s’affronter à la matière, Valère Novarina évoque avec Olivier Dubouclez les circonstances concrètes de son travail. C’est lorsque tout est encore à l’état natif, vacillant, que débute chaque entretien : on y découvre alors comment l’écriture et la mise en scène croissent dans un lieu donné, intime ou inconnu, qui résonne à travers tout le corps du langage.
http://editionsdelatransparence.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=19


- Valère Novarina est né en 1947 à Chêne-Bougeries (Suisse). Il passe son enfance et son adolescence à Thonon, sur la rive française du Léman.  À Paris, il étudie à la Sorbonne, la philosophie et la philologie.  En 1974, sa première pièce, L'Atelier volant est mise en scène par Jean-Pierre Sarrazac. En 1976, pour La Criée théâtre national de Marseille, il réalise Falstafe, une libre adaptation des deux Henry IV de William Shakespeare. Il a mis en scène plusieurs de ses pièces : Le Drame de la vie, Vous qui habitez le temps, Je suis, La Chair de l'homme, Le Jardin de reconnaissance, L'Origine rouge, La Scène, L'Acte inconnu et Le Vrai sang. Il a reçu en 2011 le Prix de littérature francophone Jean Arp pour l'ensemble de son œuvre.
http://www.novarina.com/spip.php?article8


Bérengère A-B., A.S. Bib.

 


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