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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 07:00

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Stephen KING
22/11/63
Titre original
11/22/63
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Nadine Gassie
Albin Michel, 2013


 

 

 

« Kennedy assassiné hier à Dallas
au cours d’une tournée politique dans le Sud des U.S.A. »
Le Figaro, samedi 23 novembre 1963.

 

 

 

 

Et si vous pouviez changer le cours du temps en retournant dans le passé ? Et si le 22 novembre 1963 était un jour ordinaire dans l’Histoire ? Et si le 23 novembre 1963, les gros titres n’étaient pas consacrés à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ? Quelle serait alors l’histoire des États-Unis aujourd’hui ?

 

Biographie de l’auteur
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Né en 1947 à Portland, dans le Maine, Stephen King est un écrivain américain. L’ensemble de ses œuvres tourne autour du registre du fantastique, de la science-fiction, de l’horreur et du drame fantastique.

Après avoir obtenu sa licence en littérature anglaise en 1970, il alterna entre sa profession d’enseignant d’anglais et sa vie d’écrivain amateur. Il publia avec difficulté Carrie en 1974 et prit la décision de mettre fin à sa carrière d’enseignant pour consacrer sa vie à l’écriture.

Après plus de trente années de vie littéraire, il est l’auteur de plus de cinquante-trois romans dont deux sont à paraître cette année aux États-Unis, de dix recueils de nouvelles, et de quatre essais, primés par de nombreux prix prestigieux comme le prix Bram Stocker, le British Fantasy ou encore le Prix Locus.

Ses romans les plus célèbres sont Carrie, La Ligne verte, Shining, Misery, Ça et la série La Tour sombre. Plus de cent cinquante millions d’exemplaires de ses œuvres ont été vendus dans le monde. Stephen King s’est alors vu décerner le National Book Award en 2003 pour l’ensemble de sa carrière.

 

22/11/63

Stephen King voulut écrire ce roman en 1972 en l’intitulant Split Track, deux années avant la publication de Carrie. Ce projet fut abandonné car, comme il s’agissait d’un roman historique, son écriture nécessitait beaucoup de recherches pour représenter le plus fidèlement possible la vie quotidienne entre 1950 et 1960 aux États-Unis. Les moyens de l’époque ne lui suffisaient pas pour s’engager plus avant dans ce roman.
 
King dit d’ailleurs à ce sujet :

 

« J’ai tenté pour la première fois d’écrire ce livre en 1972. J’ai abandonné le projet parce que la recherche qu’il aurait impliquée semblait vertigineuse pour un homme occupé par l’enseignement à plein temps. Il y avait une autre raison : même neuf ans après les faits, la blessure* était encore trop fraîche. Je me réjouis d’avoir attendu. »

 

Puis, le 2 mars 2011 fut annoncée la publication de ce roman prévue pour le 8 novembre 2011, dont le titre original sera 11/22/63. Il était resté quarante ans dans l’ombre avant de voir son intérêt resurgir dans l’esprit du roi du fantastique.

Les lecteurs français passionnés par les histoires de l’auteur durent patienter deux années avant de pouvoir se procurer le roman traduit, disponible dès le 28 février 2013 sous le titre 22/11/63.

Dès sa sortie aux États-Unis, le roman reçut de nombreux avis positifs. Il resta vingt et une semaines sur la New York Times Seller list, à la première place durant quatre semaines consécutives à partir du 27 novembre 2011. Il devint rapidement un best-seller, remportant le Los Angeles Times Book Prize dans la catégorie Mystère/Thriller et le prix du meilleur roman de l’International Writers Award Thriller en 2012.

Pour terminer, le 12 août 2011, alors que le roman n’était pas encore sorti en librairie, Jonathan Demme annonça vouloir adapter le futur roman en film en collaboration avec Stephen King. Mais des différends entre l’auteur et lui concernant le contenu du script causèrent l’annulation du projet cinématographique.



Résumé

2011. Jake Epping est professeur d’anglais au lycée de Lisbon Falls. Il donne en plus de ses horaires habituels des cours de remise à niveau pour adultes. Le concierge du lycée, Harry Dunning, est un de ses élèves. Deux années plus tôt, pour un travail de dissertation sur le sujet « Le jour qui a changé ma vie », il écrivit un passage choquant de sa vie, à savoir l’assassinat de sa famille par son père durant son enfance. Il fut le seul à en ressortir vivant. Cette histoire marqua le professeur, sujet à l’émotion.

 

« À la moitié de la première page, mes yeux ont commencé à piquer et j’ai reposé mon fidèle stylo rouge. C’est quand je suis arrivé au passage où il avait rampé sous le lit, avec le sang qui lui ruisselait dans les yeux que j’ai commencé à pleurer. »

 

En 2011, son ami Al Templeton, propriétaire d’un fast-food, paraît avoir vieilli de plusieurs années au cours d’une seule journée. Jake aperçoit

 

« ses joues normalement rougeaudes devenues jaunes et flasques. Ses yeux bleus maintenant chassieux, au regard délavé et hébété de myope. Ses cheveux, hier encore presque tous noirs et aujourd’hui presque tous blancs. »

 

L’incompréhension et la stupéfaction gagnent Jake face à cette vision car « en vingt-deux heures, Al Templeton paraissait avoir perdu au moins quinze kilos. » La raison de ce changement soudain s’explique par la présence d’une fissure temporelle dans la réserve de son restaurant. À chaque passage, on se rend au  « 9 septembre 1958, deux minutes avant midi. »

Al Templeton expliqua que chaque passage dans la fissure jusqu’au retour dans le monde moderne a une durée égale à deux minutes pour toute personne restant en 2011. Que l’on s’aventure deux heures ou onze années dans le passé, notre retour se fera deux minutes après notre passage dans la fissure.

Le changement physique soudain d’Al Templeton s’explique par le fait qu’il a attrapé un cancer du poumon alors qu’il était dans le passé. En effet, pour tenter de sauver la vie de Kennedy, il resta cinq années dans le passé – mais deux minutes en 2011, ce qui laissa le temps à son corps de s’affaiblir. Mais se voyant dépérir de plus en plus, et sachant pertinemment qu’il ne parviendrait jamais à survivre jusqu’au 22 novembre 1963, il prit la décision de revenir en 2011 avant d’avoir réussi sa mission.

C’est la raison pour laquelle Al Templeton confie une requête à son ami Jake : sauver John Fitzgerald Kennedy à sa place car son cancer va entraîner sa mort incessamment. Et étant donné que le drame dans la vie du concierge Harry Dunning se déroule à Halloween 1958, Jake décide de changer le cours du passé : il sauvera la famille Dunning de la folie du père en se rendant à Derry, avant de tenter de sauver la vie du 35ème président des États-Unis. Mais « le passé est tenace, il ne veut pas être changé. La résistance au changement est proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risque d’avoir sur le futur. »

 

Une critique du monde moderne

Ce livre sur le voyage dans le temps a permis à King de faire passer des messages quant à nos habitudes quotidiennes. Il dénonce le quotidien des populations dans les pays développés, leur dépendance au virtuel. Aujourd’hui, sans les écrans, chacun d’entre nous serait perdu.

 

 « Après une période de sevrage informatique, j’avais pris suffisamment de recul pour mesurer à quel point j’étais devenu accro à ce foutu ordi, passant des heures à lire des pièces jointes stupides et à visiter des sites Internet pour la même raison qui pousse les alpinistes à vouloir escalader l’Everest : parce que c’est là !

 

Mon téléphone portable ne sonnait jamais parce que je n’en avais pas, et vous ne pouvez pas imaginer le soulagement que c’était. » (p. 253-254)

 « Après avoir compté tous les Dunning de l’annuaire (quatre-vingt-seize), autre chose m’avait frappé : j’avais été conditionné, pour ne pas dire handicapé, par une société où l’Internet était tellement omniprésent que j’en étais venu à le prendre pour acquis et à en dépendre complètement. Aurait-il été si difficile que ça de localiser la bonne famille Dunning en 2011 ? Entrer Tugga Dunning et Derry dans mon moteur de recherche préféré aurait probablement suffi ; taper ensuite Entrée et laisser Google, ce Big Brother du XXIe siècle, faire le reste.

Dans le Derry de 1958, les ordinateurs les plus perfectionnés avaient la taille de petits immeubles et le journal local n’était d’aucune aide. » (p. 159)

 

Il dénonce également la mauvaise qualité des produits de consommation. En effet, quand Jake revient en 2011 et qu’il monte dans sa voiture, il critique sa composition en la comparant à celle qu’il avait achetée en 1958.

 

« En coupant le moteur, j’ai mesuré à quel point ma Toyota n’était qu’un tas de plastique et de fibre de verre tout à fait hideux, exigu et bas de gamme, en bref minable comparée à la bagnole qui avait été la mienne à Derry. »


En lisant ce livre, on a également conscience que notre alimentation a beaucoup changé si on la compare à celle de nos grands-parents :

 

« J’ai pris mes dispositions pour me faire livrer le journal et le lait : imaginez, des bouteilles en verre épais remplies d’un breuvage incroyablement crémeux déposées sur le pas de votre porte. Tout comme la racinette de Frank Anicetti, ce lait avait une saveur incomparable. La crème était encore meilleure. J’ignorais si la crème artificielle avait déjà été inventée, mais je m’en fichais. Je n’en aurais pas voulu pour un empire, pas avec de tels produits à portée de main. » (p.202)

« La tarte était délicieuse – du vrai chocolat, de la vraie crème. » (p. 181)

« J’ai décongelé à coups d’ondes radioactives quelques plats surgelés. »

 

 

Retour à Derry

Le fait qu’une partie du roman se déroule à Derry peut inciter certains lecteurs à s’intéresser à l’histoire car c’est dans cette même ville fictive que se déroule l’histoire de Ça. On y retrouve d’ailleurs deux protagonistes, Richie Tozier et Beverly Marsh, car l’histoire se déroulait également en 1958 pour la partie de l’histoire relative à leur enfance.

Un paragraphe m’a rappelé l’atmosphère noire du roman comme l’instant où Jake Epping se souvient d’une impression étrange ressentie quand il s’était rendu au terrain où se trouve la défunte aciérie Kitchener. Ici gisait une cheminée effondrée et alors qu’il regardait dans le trou noir de cette dernière, une voix lui parvint dans son esprit :

 

« Entre, viens voir, semblait chuchoter la chose dans ma tête. Oublie tout le reste, Jake – viens voir. Viens me voir. Le temps n’a pas d’importance ici, ici le temps se contente de se dissiper. Tu sais que tu en as envie, tu es curieux, tu le sais. C’est peut-être un autre trou de terrier. Un autre portail. » (p. 210-211)

Même si à cette période, les enfants du Club des Ratés pensaient avoir vaincu le clown Grippe-Sou, on peut analyser ce passage comme le fait qu’il soit encore à Derry, préparant son retour pour 1985. Ce passage est aussi problématique car il remet en question le thème du roman où seuls des enfants étaient capables de voir ou entendre le clown assassin. Mais dans 22/11/63, Jake a l’air de l’entendre…

De plus, au moment où Jake sauve la famille Dunning du père venu assassiner sa famille, des détails sanglants rappellent aussi ce même roman.

 

 « Doris était par terre. Il lui avait déjà cassé le bras – l’os saillait par une déchirure dans la manche de sa robe – et, apparemment, démis l’épaule aussi. » (p. 244)

 

Ce passage rappelle le meurtre de George Denbrough qui se fait tuer par Ça en se faisant arracher un bras dans une bouche d’égout au tout début du roman.

 

« Au moment où Harry tira sur sa carabine à air comprimé – ka-tak ! -, Dunning abattit sa masse sur la tête de Tugga. Le visage du gamin disparut derrière un rideau de sang. Des fragments d’os et des touffes de cheveux furent projetés en l’air ; des gouttelettes écarlates éclaboussèrent jusqu’au plafonnier. » (p. 245)

 

Ce court passage rappelle le côté sanglant de Ça.

 

Analyse de l’œuvre

En comparant 22/11/63 avec d’autres œuvres de King, on constate que le personnage n’occupe pas la même place dans cette nouvelle intrigue. En guise d’exemple, dans Shining et Ça, l’attrait de l’histoire dépend des personnages, placés au centre de l’intrigue à travers leurs problèmes psychologiques. Jack Torrance et les enfants du Club des Ratés en sont un bon exemple.

Tandis que dans 22/11/63, l’intrigue ne dépend plus vraiment du personnage en raison de son psychisme fragilisé. Sa place est secondaire. Les descriptions psychologiques restent très peu développées, voire absentes. Une personne ordinaire autre que Jake Epping aurait très bien pu assurer son rôle dans l’histoire.

Le seul détail dont le lecteur ait connaissance est que Jake Epping connaît des problèmes relationnels avec son épouse dont il a récemment divorcé. Alcoolique, elle lui reprochait d’avoir un « gradient d’émotion inexistant » et de ne pas avoir « la larme facile ». Mais ce détail n’a aucun rapport avec l’histoire. Il aurait pu ne pas être précisé, l’histoire n’aurait pas subi de grands changements.

De plus, le style littéraire de King ne m’a pas surpris. La magie des mots a disparu. Je juge cette histoire comme étant trop accessible à tous les lecteurs alors que des romans comme Ça et Shining ont un intérêt très limité pour eux.

L’histoire faisant 930 pages, j’ai noté quelques longueurs avec des descriptions dont le but était de prouver au lecteur que l’auteur a une connaissance précise de la vie américaine du milieu du XXe siècle plutôt que d’apporter quelque chose à l’histoire. Malgré tout, ces longueurs restent intéressantes et n’engendrent pas de lassitude du fait que le roman peut être considéré comme une sorte d’encyclopédie. On y apprend beaucoup de choses sur la vie américaine de l’époque, tels que les modes de vie, les musiques, les émissions de télévision, la ségrégation…

 Lorsqu’il assista à la projection de son roman Shining adapté au cinéma par Stanley Kubrick, King dit qu’il trouvait le film excellent en tant que spectateur mais mauvais en tant qu’écrivain. Mon jugement à propos de ce livre se rapproche de cette critique car 22/11/63 est un très bon roman en tant qu’histoire, mais un mauvais roman en tant que livre de Stephen King à cause d’un style appauvri, trop accessible à tous les lecteurs.
 

 Yann, 1ère année Bib 2012-2013

Note

* l’assassinat de Kennedy


Liens

http://club-stephenking.fr/2083-221163-stephenking-112263?lng=fr&pg=2083

http://en.wikipedia.org/wiki/11/22/63

http://www.albin-michel.fr/multimedia/Documents/espace_journalistes/communiques_de_presse/201303/KING.pdf

 

 

Stephen KING sur LITTEXPRESS

 

 

Stephen King La Ligne verte

 

 

 

 

Article de Clémence sur La Ligne verte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 07:00

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Carlos Ruiz ZAFÓN

Le Palais de minuit
El palacio de la medianoche (1994)
traduction
de François Maspero
Robert Laffont, 2012



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

 

Carlos Ruiz Zafón, né en 1964, est un romancier espagnol ; il est également scénariste à Los Angeles. Auteur de quatre autres romans, Carlos Ruiz Zafón est connu pour mélanger plusieurs genres dans un même roman ; sur une base de roman policier, on retrouve du fantastique et du sentimental. L’auteur catalan est déjà traduit dans plus de quarante langues et publié dans plus de cinquante pays ; il a déjà reçu de nombreux prix pour ses romans. L’auteur aime à écrire sur la ville de Barcelone, mais Le palais de minuit se déroule à Calcutta.



Deux caractéristiques principales : enquête et fantaisie

Ce roman est basé sur le mystère mis en place dès les premières pages, un secret présenté comme un puzzle dont les personnages trouvent et reconstituent les pièces durant tout le roman. L’intrigue s’élabore autour de trois personnages, des jumeaux séparés à la naissance, chacun ignorant l’existence de l’autre, et un personnage noir qui les pourchasse. À travers cette enquête, l’auteur nous fait aussi visiter la ville de Calcutta, ses quartiers, ses histoires, son atmosphère.

L’enquête et l’intrigue du roman sont fondées sur la présence de la « silhouette » noire qui fait son apparition plusieurs fois dans le roman, de façon menaçante. On découvre petit à petit des fragments de l’intrigue, histoires racontées soit par la grand-mère, soit par l’homme noir nommé Jawahal. Le tout se mêle aux mensonges de la grand-mère sur le passé du père. La recherche de la vérité est menée par huit jeunes gens – les jumeaux et six amis d’un des jumeaux – au nom d’un pacte sellé par tous dans le cadre de leur société secrète, la « Chowbar society ». L’intrigue et le mystère mènent les personnages dans divers lieux de Calcutta, dont plusieurs depuis longtemps oubliés et maudits par leur triste histoire.

Cette intrigue repose cependant sur un retournement de situation assez prévisible.

L'enquête, qui pourrait rester une simple histoire de secrets de famille et de vengeance, ne manque pourtant pas de fantaisie. En effet, l’histoire se mêle aux légendes et histoires de malédictions qui imprègnent la ville de Calcutta telle que l’auteur la décrit. La fantaisie entre en jeu avec le personnage de Jawahal, qui n’est autre que le père des jumeaux, mort durant un accident – en même temps que sa femme et qui, rongé par la folie, vient les hanter, dans le but de les assassiner. On retrouve également la fantaisie dans l’évocation des mythes de Calcutta.

Le roman est structuré en plusieurs phases temporelles ; l’histoire est narrée par un des personnages – passages en italique – puis, à l’intérieur même de cette histoire, on trouve différents moments. Le roman commence en 1916, à la naissance des jumeaux, puis la véritable trame narrative commence seize ans après, en 1932. Elle se déroule en l’espace de trois ou quatre jours ; dans ce récit principal s’insèrent des passages qui racontent le passé de la famille des jumeaux.

On retrouve ici la même structure que dans le roman le plus connu de Carlos Ruiz Zafón,  L’Ombre du vent : une intrigue fondée sur des secrets et une recherche de la vérité reconstituée comme un puzzle. On retrouve également le mélange des différents genres. Ce roman n’est « pas mal » mais si je devais en conseiller un de cet auteur, ce serait L’ombre du vent, dont l’intrigue est plus développée et plus étoffée. Le style de Zafón est meilleur dans ce roman-là, et le rapport aux livres et au monde du livre y a un côté magique. Le Palais de minuit n’est pas un roman de grande littérature mais vous fera passer un bon moment de détente.


Perrine, 1ère année Éd.-Lib.


Carlos Ruiz ZAFÓN  sur LITTEXPRESS

Carlos Ruiz Zafon L Ombre du vent

 

 

 

 

 Article de Manon sur L'Ombre du vent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 07:00

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Isaac MARION
Vivants
Titre original :
Warm Bodies
traduit par
Benoît Domis
Bragelonne, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

R est un zombie comme les autres ou presque : il a oublié son identité, vit dans un aéroport abandonné avec ses enfants et sa femme tout aussi morts que lui, et part à la chasse aux cerveaux frais avec ses collègues en putréfaction. En somme, une vie banale pour un Mort. Pourtant, tout va basculer lorsqu'au détour d'un « ravitaillement » (comprendre ici « massacre et giclée de cervelles humaines »), il rencontre Julie, une humaine bien vivante qui va faire chavirer son cœur depuis longtemps arrêté. Mais dans un monde en guerre où Morts et Vivants s’entretuent, leur relation semble vouée à un sinistre destin...



On avait déjà de nombreuses fois vu des zombies manger des cervelles au détour de quelques créations cinématographiques ou romanesques, mais un zombie amoureux, il me semble que c'est bien la première fois. Et c'est là ce qui fait le charme de cet ouvrage : il innove, il reprend les idées surexploitées pour en faire quelque chose d'original, il surprend même. Dès les premières pages, on est transporté par le narrateur zombie (eh oui, qui aurait cru qu'un zombie ferait un très bon narrateur ?) dans un monde apocalyptique à l'ambiance pesante, mais pourtant teintée par la poésie de ce zombie sensible qu'est R. Si les métaphores poétiques sont représentées, l'humour (noir essentiellement) n'est pas en reste, disséminé tout au long des pages.



L'autre particularité de ce roman est qu'on est loin du récit d'horreur avec effusions d'hémoglobine à chaque page. Et c'est tant mieux (pour les âmes sensibles surtout), les descriptions de tripes et autres cervelles éclatées ne sont que très rares et nécessaires à l'avancement du récit. Mais alors de quoi parle-t-on ? De la recherche de soi, d'espoir, d'amour (sans que cela soit ni ridicule, ni malsain).



Sans doute les puristes n'aimeront-ils pas l'interprétation qui est ici faite du zombie, rétorquant qu'un zombie amoureux n'est plus un zombie mais une abomination... Pour les autres, qu'ils aiment les histoires d'amour, les récits d'aventures, ou simplement les univers originaux, ce livre sera sans doute un bon moment. Rafraîchissant, original, prenant, Vivants est incontestablement un agréable divertissement, et c'est déjà pas mal !


Céline R., 1ère année Ed-Lib

Lien : site d’Isaac Marion
http://www.isaacmarion.com/



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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 07:00

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Sarah WATERS
L’Indésirable 

The Little Stranger

édition originale, 2009
Traducteur

Alain Defossé

Denoël

coll. Denoël et d'ailleurs, 2010

10/18, domaine étranger, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une page blanche, un manuscrit, un éditeur, un livre, une rencontre et des lecteurs : tout commence toujours comme cela en littérature. Le roman fantastique anglais est issu d’une longue tradition initiée au XVIIIe par les romans noirs d’Horace Walpole avec Le Château d’Otrante, d’Ann Radcliffe, Les Mystères d’Udolphe, ou de Lewis, Le Moine. Continuant dans cette voie, les écrivains romantiques anglo-saxons ont admirablement exploité les codes, les thèmes, les personnages et les décors du roman et de la nouvelle fantastiques. Bram Stocker et Dracula, Mary Shelley avec Frankenstein, les soeurs Brontë avec Jane Eyre, Les hauts de Hurlevent ont assuré la continuité du genre et ont développé des intrigues et des cadres mêlant fantastique et roman sentimental. Rien d’étonnant donc à ce qu’une romancière anglaise soit l’auteur de l’oeuvre que je présente à présent.

Écrivain britannique née au pays de Galles en 1966, la romancière fait des études de littérature anglaise à l’université du Kent. Après avoir travaillé en librairie puis en bibliothèque, elle choisit de soutenir une thèse sur la fiction historique Gay et lesbienne. Elle s’intéresse tout particulièrement à la période victorienne et en 1998, elle profite de cette toile de fond qu’elle connaît bien pour publier un premier roman, Caresser le velours. Elle poursuit sa carrière avec un second roman, Affinity, paru en 1999 et récompensé. L’action se déroule à Londres dans une prison de femmes et intègre la curiosité de l’auteur pour le spiritisme. Déjà remarquées par la critique littéraire, ses oeuvres font l’objet d’adaptations télévisées. Récompensée à nouveau en 2002 et 2003, elle poursuit sur sa lancée en 2006 avec The Night Watch, La Ronde de nuit, qui se déroule à Londres durant la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1940, et met en scène des personnages homosexuels. Enfin, son cinquième roman, The Little Stranger, est très différent des précédents et met en scène une famille de la gentry ruinée par la guerre et le socialisme, c’est-à-dire victime de l’histoire et des changements économiques. Son sixième roman est en cours de rédaction.

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Sarah Waters, avec L’indésirable, reprend le flambeau d’un fantastique que d’aucuns déclaraient mort ou relégué à la littérature de jeunesse. Héritière d’auteurs et de traditions fantastiques littéraires aussi diverses que celles de Hoffmann, de Gautier, Dumas, Balzac, Guy de Maupassant, Roald Dahl ou Edgar Allan Poe, Sarah Waters se situe par ce roman à mi-chemin entre les soeurs Brontë et Toni Morrison. L’auteur de Beloved ressuscitait le fantôme des siècles sombres de l’esclavage sous les traits d’un bébé victime d‘infanticide, mais celui qui hante ce roman n’apparaîtra jamais que par ses actes et, comme l’hôte indésirable de Maupassant, il envahira peu à peu tout le cadre réaliste du récit pour le grignoter, le vider de son sens « comme un ver dans le fruit », ainsi que l’analysait Georges Nivat à propos des nouvelles de Nicolas Gogol.

Sarah Waters démontre sa totale maîtrise du genre, de ses codes, et révèle des influences telles que celles d’Edgar Poe, d’ Henry James et d’ Edith Wharton pour leurs Histoires de fantômes ou de Nathaniel Hawthorne pour son roman La maison aux sept pignons. Celles-ci peuvent être perçues par le lecteur comme autant de clins d’œil. Cela donne au texte un aspect ludique et permet à la romancière d’entrer en connivence avec son public. Un auteur, une oeuvre, un titre, des réminiscences de lectures antérieures, tout est là pour que naisse cet étonnant roman, classique du romantisme en plein XXIe siècle, mais d’une modernité tout à fait paradoxale. Le narrateur est le personnage principal du roman, il est présent dans un récit dont le cadre est réaliste et les événements rapportés font l’objet d’hésitations, d’interrogations partagées avec le lecteur et qui resteront en suspens quand nous refermerons le livre.

Médecin de campagne, le docteur Faraday semble nous livrer ses souvenirs à la première personne, dans un incipit qui suggère des mémoires ou un récit à caractère autobiographique puisque rédigé à la première personne du singulier. Cette énonciation met l’accent sur la subjectivité de son témoignage et plonge le narrateur dans l’incertitude, le doute et le soupçon. Ses liens amoureux avec la fille aînée, Caroline Hayres, renforcent cette impression. Nous partageons donc ses interrogations face aux événements, nous connaissons son état d’esprit, ses doutes, sa peur, en recevant ses confidences et en prenant connaissance de ses réflexions, de ses tentatives pour se réconforter et se persuader qu’il se trompe. Nous accompagnons donc le narrateur dans ses découvertes de l’étrange et nous savons que, comme lui, nous ne retrouverons ni réponses ni apaisement. Logiquement, la phrase d’accroche évoque l’enfance. Le point de vue adopté est donc bien celui du narrateur. L’enfance, le scoutisme, une remise de récompense, voilà qui semble très conventionnel, mais voilà qu’aussitôt s’impose un lieu mythique, un lieu de pouvoir, le manoir Hundreds Hall.

À peine posé, pourtant, le contexte réaliste, se fissure. Appelé au manoir pour soigner une jeune domestique au hasard d’une urgence et d’un remplacement, le docteur se retrouve plongé dans ses souvenirs d’enfance. Il retrouve Roderick Ayres, rencontre sa soeur Caroline et leur mère. Touché par la détresse de la famille, le docteur devient peu à peu un familier du domaine mais des événements étranges se succèdent. Le chien de Caroline Ayres mord une fillette et la défigure lors d’un dîner. Pour éviter tout procès, la jeune femme doit se résoudre à faire euthanasier l’animal. Son comportement anormal serait-il dû à l’intervention d’un fantôme ? Le feu prend dans la chambre de Roderick qui sera finalement interné. Des bruits étranges se font entendre et les murs se trouvent mystérieusement couverts d’inscriptions. Madame Ayres se torture et se pend dans sa chambre. Le docteur, tombé amoureux, envisage le mariage mais Caroline refuse, met Hundreds en vente et se suicide, à moins qu’elle n’ait été poussée ou ne soit tombée accidentellement, poussée par le fantôme.

Dès les premières pages, c’est une profonde impression d’anachronisme qui submerge le lecteur. Très vite, les personnages, le rythme de la narration, et le suspense, nous plongent dans la visite de la demeure hantée et, par là, dans le passé et les plaies béantes de ses occupants. La maison Usher ou l’abbaye hantée de Sarah Waters s’appelle Hundreds Hall. Le fantastique s’incarne alors dans ce lieu vu au travers des fantasmes du narrateur enfant puis adulte. Ce dernier pensait, petit garçon, à des souterrains ou à des oubliettes typiques du roman gothique ouvrant ainsi la voie à la subversion du cadre réaliste.

Personnifié, le manoir manifeste son pouvoir de destruction, sa volonté propre de nuire à ses occupants mais il est en même temps la métaphore des subjectivités morbides et délirantes de ceux qui l’habitent. Le Hall devient alors le lieu symbolique d’un affrontement : celui de la demeure et de son hôte hostile avec ceux qui cherchent à rester chez eux ou à s’y faire une place, comme la servante Betty dont le malaise déclenche l’intrigue. Le « Horla », « l’adorée », « l’indésirable » ou « Le petit étranger », pour traduire le titre de façon plus littérale, mettant ainsi l’action sur son caractère éponyme, est pour chacun de nous, ce qui nous hante. Le vampire, ou ici le fantôme, a pour fonction première de susciter la peur. Il figure une terreur instinctive : celle de l’idée d’une survie qui ne serait possible qu’aux dépens d’un être cher, celui-ci se trouvant entraîné avec lui dans la mort car l’amour a partie liée avec la mort. Et ce même s’il s’agit d’amour maternel.

Pour Pierre-Georges Castex une loi fondamentale du réel est brisée, celle du départ définitif et sans retour possible des morts, et cela crée le fantastique. Étymologiquement « qui engendre des fantasmes, des images oniriques »,  celui-ci se caractérise par une intrusion du surnaturel dans la vie réelle. Le récit propose au moins une explication rationnelle aux événements rapportés mais celle-ci s’avère impuissante à en rendre compte de façon totalement satisfaisante. Le doute subsiste donc lorsque l’on referme l’ouvrage : problèmes financiers, déchéance sociale, folie collective ou interventions destructrices de la maison elle-même, véritable personnage-res actant d’un roman dont elle déclenche l’action ? Qui ou quoi, de la Seconde Guerre mondiale, d’Hundreds, ou de l’enfant mort qui semble le hanter, a causé la chute de la maison Ayres et, par métonymie, celle de ses occupants ? Car il est évident qu’un lien indissoluble associe voire identifie la demeure à ses habitants, celui d’une malédiction. Veuve de la gentry ayant perdu l’aînée de ses filles, Madame Ayres, la mère, cherche malgré son chagrin à préserver les apparences et tient à ce que la maison tienne son rang social. Son fils Roderick, devenu le maître de Hundreds après avoir été blessé à la guerre, s’épuise à la tâche et ne parvient pas à venir à bout des problèmes financiers du domaine. Il ne peut que lutter et chercher désespérément à préserver ce qui reste du patrimoine familial.

La stratégie de l’auteur pour créer le fantastique, cette hésitation telle que l’a définie Todorov, cette expérience intellectuelle, ou cet effet, baptisé par Freud « inquiétante étrangeté », repose sur l’incertain, l’implicite. Ce n’est pas le fantôme qui est effrayant mais les modalités de ses manifestations. Du moment où le réel est écrit, il fait l’objet d’un processus de médiation esthétique. Il change alors de nature et les mots se trouvent en décalage avec leurs référents, les réalités auxquelles ils sont censés renvoyer. Roger Caillois a relevé un certain nombre de thèmes fantastiques parmi lesquels le fantôme, la « chose » indéfinissable mais qui pèse. En résulte une atmosphère de terreur et d’angoisse, nous basculons alors dans l’horreur et assistons à la destruction systématique des personnages et du narrateur par le phénomène fantastique : gradation dans la gravité de ses méfaits, mort du chien qui annonce celle future de sa maîtresse, folie et départ de Roderick, folie et suicide de madame Hayres et finalement de sa fille. Rien ne semble pouvoir enrayer l’engrenage même si le suspense demeure quant à l’issue de l’intrigue amoureuse entre le médecin et Caroline. Le fantôme agit par infestation, c’est-à-dire que, sans jamais apparaître clairement, sa présence se fait de plus en plus envahissante jusqu’à l’omniprésence. Il fait avancer l’intrigue par ses manifestations et tire ainsi le fil narratif des visites du médecin et des appels d’Hundreds. En résultent un effet de suspense et d’incessantes comparaisons et assimilations du phénomènes de hantise à celui de la contamination infectieuse et de la maladie d’où d’excellentes connexions isotopiques entre surnaturel et champ sémantique de la médecine et de la maladie. Les occupants du manoir disparaissent comme victimes d’une épidémie, morts socialement, fous, ou physiquement, par suicide. Face à cela, le narrateur personnage est impuissant en dépit de ses connaissances médicales et surtout de son amour pour Caroline. Comme les occupants du manoir, le docteur Faraday est piégé par ses sentiments qui vont se retourner contre lui.

Ce roman est gothique au sens de sombre, dévastateur et horrible. Les sentiments amoureux paraissent une arme dérisoire face à la violence barbare et sadique de la fillette fantôme. La peur, le mystère, la violence et l’amour, dérisoire face à la mort, dominent les pages de ce surprenant roman qui parvient à rendre original ce qui pourrait apparaître comme des clichés en cultivant l’ambiguïté et l’équivoque. Volonté de l’auteur d’effrayer ses lecteurs, d’exorciser un trouble intérieur, de réagir face au rationalisme de la science et de la médecine pour mieux montrer son impuissance et la vanité de ses tentatives ? Curiosité et recherche de connaissances moins cartésiennes ? À moins que le fantastique permette encore dans notre société d’aborder des sujets tabous comme ceux de la folie, de la difficulté du retour à la vie civile et familiale des soldats traumatisés et rendus infirmes par la guerre, ou de celle, plus tabou encore, du désir masculin d’ascension sociale par le mariage ou du médecin amoureux de sa patiente.

Une fois achevée son oeuvre destructrice, après avoir entraîné sa mère, madame Hayres dans la mort la fillette fantôme disparaît. Nul n’entend plus ni ne sent plus sa présence au manoir:

« Le hall était parfaitement silencieux. Pas même le tic-tac d’une pendule. Toute vie semblait suspendue, pétrifiée.


Elle croisa mon regard. “Vous sentez ? La maison est enfin tranquille. La chose qui était là, quoi que ce fût, a emporté tout ce qu’elle voulait. Et savez-vous quel est le pire ? La chose que je ne lui pardonnerai jamais ? C’est de m’avoir fait l’aider à cela.” » (p. 593).

Le roman se clôt sur une nouvelle rencontre entre une Betty, devenue adulte et accompagnée de son fiancée, et le docteur Faraday. C’est encore du Hall et de son destin qu’il est question et l’idée du fantôme meurtrier hante toujours les pensées du médecin: En refermant ce roman, nous ne pouvons alors que partager la conclusion de Jean-luc Steinmetz qui, dans son ouvrage La Littérature fantastique, résume toute nouvelle ou roman fantastique par la modification d’un proverbe célèbre :

« “Dis-moi qui te hante et je te dirai qui tu es. Et il est vrai que l’être de hantise donne à voir inéluctablement sur le sujet qui l’éprouve. Voir un fantôme, c’est toujours regarder une vérité ensevelie, peut-être la sienne, que l’on a toujours trop voulu se dissimuler et qui remonte au jour.” »

Même en ruine, Hundreds n’a rien perdu de sa beauté ni de son mystère et en cherchant à percer son secret, à voir son fantôme, le docteur Faraday ne parvient qu’à contempler ses propres hantises, son propre reflet dans une vitre brisée :

« Toutefois, si Hundreds Hall est hanté, son fantôme ne se montre pas à moi. Car si je me détourne alors, c’est pour être déçu, en me rendant compte que ce que j’ai devant les yeux, n’est rien d’autre qu’une vitre fêlée, et que le visage déformé qui me fixe, l’air perplexe, en attente, est le mien. »


Laure, AS bib-méd.

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 07:00

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Edogawa Ranpo
江戸川 乱歩
La Bête aveugle
Mōjū, 1931
盲獣
traduit du japonais par
Rose-Marie Makino-Fayolle
Picquier poche, 1999



 

 

 

 

 

 

 

 

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Biographie

Voir le site  La Littérature japonaise.



La Bête Aveugle

Le récit commence lorsque Mizuki Ranko, célèbre modèle japonais, se rend à une exposition de peinture. Là, elle découvre une sublime sculpture la représentant et rencontre un curieux personnage : un mystérieux aveugle qui semble fasciné, subjugué, obsédé même par la statue. Il la caresse, la touche, la palpe comme s'il s'agissait de Mizuki Ranko elle-même. Totalement obsédé par cette icône, l'Aveugle finit par suivre la jeune femme, pénétrer par effraction chez elle, se faire passer pour un masseur, allant même jusqu'à l'enlever et la séquestrer chez lui. Il se crée alors entre les deux personnages une relation de fascination mutuelle, d'amour/haine basée sur la découverte du corps et sa répulsion (avec notamment l'image d'un mur entièrement sculpté en chair humaine, œuvre monumentale de l'aveugle créée avec des cadavres de femmes qu’il avait tuées précédemment). Mizuki Ranko finit par être assassinée et le meurtrier continue ses massacres de femmes sans être inquiété.



Mon avis

Au premier abord, j'ai trouvé ce livre particulièrement dérangeant à cause de la manière dont l'auteur décrit les corps des personnages de manière obsessionnelle, compulsive. Le récit est par ailleurs assez difficile à suivre même si les personnages sont bien campés et si l'intrigue s'avère très efficace. C'est la raison pour laquelle j'ai dû le relire plusieurs fois afin de pouvoir réellement l'apprécier. Je  recommande particulièrement ce roman notamment pour son histoire et son style d'écriture et j'espère que La Bête Aveugle vous permettra de découvrir l'univers d'Edogawa Ranpo qui est très riche et très intéressant.

Valentin, 2e année Bib.-Méd.

 


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Le roman d’Edogawa Ranpo a été adapté au cinéma par Yasuzō Masumura en 1969. 

 

 

 

 

 

 

 

Edogawa Ranpo sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Hélène sur L'île panorama

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 07:00

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Mary W. SHELLEY
Frankenstein ou le Prométhée moderne
 traduction de Joe Ceurvorst

Livre de poche, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Mary Wollstonecraft Shelley est née le 30 août 1797 à Somers Town, un faubourg de Londres. Femme de lettres anglaise, Elle était romancière, nouvelliste, dramaturge, essayiste, biographe et auteur de récits de voyage. Mais elle est surtout connue pour avoir écrit Frankenstein ou le Prométhée moderne, son premier roman qui la rendra aussi connue que son mari, Percy B. Shelley, poète et philosophe. Elle est morte d'une tumeur au cerveau en 1851.

En mai 1816, les Shelley passent l'été en compagnie de quelques amis (le poète Lord Byron et sa compagne Claire Clairmont ainsi que John Polidori) près du Lac Léman. Pendant cet été, ils discutent des expériences du poète et naturaliste Erasmus Darwin, dont on disait qu'il avait réussi à faire revivre de la matière morte et du galvanisme (stimulation des muscles par électricité). C'est lors d'un soir d'orage que Byron lancera une idée: « écrivons chacun une histoire de fantôme ». C'est ainsi que Polidori écrivit sa nouvelle « Le Vampire » précurseur de Dracula de Bram Stocker et que Mary commencera l'écriture de Frankenstein, inspirée par un des ses cauchemars.



Le livre

Histoire

L'histoire commence avec quelques lettres de Robert Walton, un homme qui explore le Pôle Nord à bord de son bateau. Walton est extrêmement surpris de recueillir un jeune étudiant sur la banquise. Cet étudiant se nomme Victor Frankenstein. Il est très affaibli et semble porter un lourd secret mais, se sentant en confiance, il décide de se confier à Walton, tout en le prévenant que son histoire est extrêmement difficile à croire.

On entend alors la voix de Frankenstein qui raconte son enfance, sa rencontre avec Elizabeth (une orpheline que sa famille a adoptée), ses études et les raisons qui l'ont poussé à créer un monstre. Il parle alors de la « naissance » de la créature comme du début de sa descente en enfer. Il décide de retourner auprès de sa famille mais apprend à son retour l'assassinat de son jeune frère William. Pour lui, le meurtrier est évidemment le monstre, mais il ne peut rien prouver, ni en parler, craignant, à juste titre, de paraître fou. Il décide donc de s'isoler dans les Alpes et tombe ainsi sur sa créature. Elle lui demande d'écouter son histoire. Le lecteur passe alors dans la subjectivité du monstre qui raconte son exil dans la forêt et ses tentatives d'approche des humains. Malheureusement il se fait toujours rejeter à cause de son apparence et entretient ainsi une haine à l'égard des hommes. Cependant, il ne sait quelle attitude adopter envers son créateur : haine ou amour. Il lui propose donc un marché : ou bien le jeune homme lui crée une compagne avec qui il s'isolera, ce qui le comblera de bonheur et lui fera oublier sa haine des humains, ou bien Frankenstein refuse et, dans ce cas, le monstre tuera ses proches jusqu'au dernier, par vengeance envers cet homme qui n'assume pas sa « paternité ».

Tout d’ abord Frankenstein accepte et repart à Ingolstadt mais il est tourmenté par cet accord. Peut-il faire confiance au monstre ? Créer un autre monstre femelle permettrait leur reproduction et cela ne condamnerait-il pas l'humanité ? Ne vaudrait il pas mieux que le scientifique meure en essayant de tuer le monstre ? Il décide donc de rompre le marché, se résignant à la mort et à la destruction du monstre. C'est ainsi qu’il se lance à sa poursuite, ce qui le conduit au Pôle Nord.



Analyse

Il y a tellement de thèmes abordés dans Frankenstein qu'il est difficile de croire que Mary Shelley l'ait écrit par simple inspiration d'un cauchemar ; de nombreuses personnes ont cherché ce qui aurait pu influencer (consciemment ou inconsciemment) son écriture (exemple,  cet article sur Bibliobs). La liste est donc assez longue :

– L'amitié et l'amour. Dès le début de l'histoire, Walton se plaint dans ses lettres de ne pas avoir de véritable ami avec qui partager ses angoisses, ami qu'il rencontrera en la personne de Victor. Victor parlera aussi de ce sentiment quand il évoquera Clerval, son ami d'enfance. Et en ce qui concerne l'amour, la relation entre Victor et Elizabeth.

– Les dangers de la science. Tout au long de ses travaux, Frankenstein ne se rend pas compte de l'horreur de ce qu'il est en train de créer, il ne pense qu'à percer le secret de la vie pour éviter de revivre la douleur de la mort de sa mère. Malheureusement il ne se rend compte des conséquences de ses actes sur l'Humanité que lorsqu'il commence à perdre tous ceux qui lui sont chers.

– La religion. Créer un être par soi-même, c'est se prendre pour Dieu (ou Prométhée, celui qui vola le feu sacré de l'Olympe pour le donner aux mortels dans la mythologie grecque). Dans le récit, on peut donc assimiler Frankenstein à Dieu et la créature à l'Homme, et cette distribution pourrait cacher une question : l’Homme ne pourrait-il pas égaler Dieu ?

– La famille. Les Frankenstein sont extrêmement soudés ; leur servante, Justine Moritz, en fait entièrement partie ainsi que la jeune Elizabeth, une orpheline recueillie par Mme Frankenstein et que Victor considère comme sa cousine.

– La frontière très mince entre amour et haine. La créature ne sait que penser de son créateur et lui demande une preuve, une action qui pourrait guider son attitude. Cette ambiguïté est très nette dans le passage où la créature surveille pleine d'espoir l'avancée des travaux de Frankenstein.

– L'injustice, les apparences et les préjugés. La créature est rejetée à cause de son apparence alors qu'elle est si l'on peut dire innocente comme un bébé qui vient de naître et le livre comporte aussi beaucoup d'accusations injustes (contre Justine Moritz, la servante des Frankenstein, contre Victor, pour le meurtre de Clerval et contre la créature, alors qu'elle se manifeste aux humains).

– Le devoir parental et l'éducation. La façon dont Frankenstein abandonne le monstre est comparable au comportement d’un père qui abandonne son fils, le laissant ainsi sans aucune notion de bien et de mal et sans aucun repère dans la vie.

– La condition de la femme. Lorsque la créature demande à son créateur de lui fabriquer une compagne, il lui fait presque comprendre que la seule utilité d'une femelle serait de lui tenir compagnie et de l'empêcher de se sentir seul. Shelley a sûrement essayé de dénoncer la vision qu'on a des femmes à son époque.

– Les sentiments. On s'interroge sur la part d'humanité de la créature ; elle ressent des sentiments comme la solitude, la haine, l'envie, la tristesse, le désespoir, etc. À partir de là, on peut se poser une question : les créations des humains peuvent-elles avoir des sentiments ? Voire égaler l'Homme ? Par création humaine, Shelley entendait la créature mais bien des années après la problématique peut s'étendre aux robots, question sur laquelle bien des écrivains de SF se sont penchés comme Asimov dans le cycle des Robots ou L’Homme bicentenaire et Dick dans Do androids dreams of electric sheeps ?



Conclusion

J'ai acheté et lu ce livre parce que, d'une part, je ne pouvais pas passer à côté – c'est un des ouvrages de base de la Science-fiction – et que, d’autre part, j'ai été intrigué par la quatrième de couverture : « [...] paradoxalement, le succès même de l'œuvre a contribué à en masquer le souvenir derrière l'arsenal souvent factice du cinéma d'épouvante » ; j'ai trouvé cela étrange, je croyais connaître l'histoire.... En effet, Frankenstein fait partie de ces personnages qui sont sortis de leur histoire pour devenir des personnages de la culture populaire, comme Sherlock Holmes ou Robinson Crusoé. Je m'imaginais donc un savant fou créant un monstre dans un château avec l'aide d'un assistant difforme, le fameux « Il est vivant ! » et la population du village voisin brandissant torches et fourches pour pourchasser Frankenstein et sa créature à la démarche saccadée... mais cette histoire n'est pas celle du livre. J'ai donc été extrêmement surpris de découvrir un Victor Frankenstein certes fou mais surtout obsédé par la vengeance, complètement désespéré et une créature bien plus humaine qu'on n’aurait pu l'imaginer.


Alexis, 2e année Bib.-Méd.

 


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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:00

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Adolfo BIOY CASARES

L'Invention de Morel

La invención de Morel, 1940

traduit par

Armand Pierhal

10/18, domaine étranger, 1992

Robert Laffont,1992

LGF/Livre de poche, 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Adolfo Bioy Casares, écrivain Argentin (1914 — 1999), grand ami de Borges (qui a d'ailleurs rédigé la préface du livre), considère que sa carrière débute réellement avec L'Invention de Morel (La invención de Morel, 1940), malgré ses six romans précédents.

Par l'intrigue et les thèmes évoqués, nous pouvons rapprocher cette œuvre de L'Île du Docteur Moreau (H.G. Wells, 1896), Le Château des Carpathes (Jules Verne, 1892) ainsi que des robinsonnades (Robinson Crusoé de Daniel Defoe, 1719, pour ne citer que cette œuvre).



Résumé

Le récit, présenté comme un journal intime, raconte la vie d'un fugitif (un écrivain vénézuélien condamné à la prison à vie probablement pour des raisons politiques) qui se cache sur une île déserte non localisée (elle semble se trouver quelque part en Polynésie). Cette île qui au premier abord semblait déserte est en fait habitée par une vingtaine de touristes, présence qui pousse le narrateur à se cacher de peur d'être dénoncé aux autorités. Il finit pourtant pour s'éprendre de l'une d'eux, Faustine, et décide de lui déclarer son amour.

Cependant Faustine l'ignore et ne répond pas à ses demandes. Voyant d'abord cela comme du mépris, le fugitif s'acharne. Pourtant, il se rend rapidement compte que les autres habitants de l'île ne semblent pas le remarquer non plus. Il note aussi que les touristes agissent toujours de la même façon, répètent constamment les mêmes actes. À cela s'ajoutent des évolutions topographiques importantes sur l'île, qui semble changer complètement de saisons selon les heures de la journée, la végétation luxuriante laissant place à des arbres morts. Le narrateur remarque même la présence de deux soleils et deux lunes. De plus, alors qu'il ne voit aucun bateau s'approcher des côtes, les touristes disparaissent et apparaissent sur l'île d'une façon qu'il croit d'abord aléatoire.

Craignant d'abord d'être devenu fou à cause d'une insolation ou d'une indigestion de racines hallucinatoires, ou même d'être face à une apparition extraterrestre, il cherche cependant à percer les mystères de l'île.

C'est au cours d'une discussion entre Morel et les touristes qu'il comprend les événements : Morel est ainsi un savant qui a monté un laboratoire sur l'île et a élaboré une machine capable d'enregistrer toutes les facettes de la réalité et de les reproduire. Ainsi, cette semaine de vacances a été entièrement capturée par la machine et se répétera à l'infini. Morel affirme que son invention capte même les âmes, et qu'il passera alors l'éternité en compagnie de la femme qu'il aime, Faustine.

Cependant, les précédentes expérimentations concernant l'usage de la machine ont montré que l'enregistrement entraînait une mort certaine. Les touristes comprennent alors le sort que leur ami Morel leur a imposé sans leur consentement.

Le fugitif, lui, malgré une jalousie agressive à l'endroit de Morel, s'assure que Faustine ne partageait en rien son amour : en l'espionnant, il finit par comprendre qu'elle ne l'aimait pas et que Morel cherchait désespérément à la séduire. Il comprend que la femme qu'il aime n'existe plus et qu'il ne pourra jamais la rencontrer et la séduire. Il décide alors d'apprendre le fonctionnement des machines pour s'enregistrer lui-même. Dans ce but, il consacre de longues répétitions à apparaître aux côtés de Faustine, à répondre à ses remarques et à s'accorder parfaitement avec elle, de manière à ce qu'un spectateur extérieur imagine qu'ils formaient un couple. Il espère même qu'un jour quelqu'un sera capable de modifier la machine de manière à ce qu'il entre dans le champ de conscience de Faustine et qu'ils puissent s'aimer réellement.

Alors qu'il meurt après s'être enregistré grâce à la machine, il se remémore sa patrie qui l'a condamné et se rend compte que malgré tout, il l'a aimée.



Analyse

Parmi les thèmes présents dans le roman, nous pouvons d'abord en remarquer deux qui s'opposent et se complètent : la lutte pour la survie du corps et la volonté de vie amoureuse de l'esprit. D'un côté, le fugitif est tiré uniquement du côté du physique, par son combat pour résister à la vie sauvage, de l'autre entièrement au spirituel, par son amour pour Faustine (amour qui ne peut être physique étant donné la non-existence réelle de Faustine, ramenée dans l'œuvre à seulement une image d'elle-même). La fin de l'œuvre nous laisse présager une victoire du spirituel, le narrateur choisissant le suicide de son corps face à la vie éternelle de son âme. L'œuvre nous présente aussi une ambivalence entre la nature et la technique. Plutôt que d'apprendre et de développer des techniques de survie, le fugitif préfère se concentrer sur l'acquisition de la technique nécessaire au fonctionnement la machine. Il choisit ainsi de développer des outils non pour survivre dans le monde matériel, mais pour se dissoudre dans une sorte de paradis artificiel. Le narrateur lui-même se présente comme un intellectuel, un écrivain qui, plutôt que chasser va manger des racines, explorer le musée de Morel et dans un premier temps s'installer dans les vestiges du laboratoire de Morel. Ainsi, face à la dureté de la vie, le narrateur choisit d'interférer avec une vie paradisiaque illusoire.

Cependant nous pouvons noter que dans les deux cas, le narrateur reste seul. Physiquement, il est le seul être humain vivant sur l'île, spirituellement, il ne peut atteindre Faustine, puisque même si son âme a été captée par la machine, comme le prétend Morel, il semble fort peut probable que le fugitif, entrant dans la représentation créée par la machine, puisse parvenir à la communication.

Le peu d'informations données par le personnage nous suggère que sa vie antérieure à son arrivée sur l'île était elle aussi solitaire : il n'évoque qu'un Italien qui lui a indiqué comment se rendre sur cette île, mais ne mentionne ni famille ni ami. De plus, le narrateur a été contraint de fuir son pays pour échapper à la prison (pour des raisons qui semblent politiques, bien qu'elles ne soient pas évoquées). Le choix du suicide par le personnage peut alors peut-être s'expliquer par cette vie solitaire : en dehors de l'île, plus rien ne semble l'attendre, et l'île elle-même ne peut le contenter. La mort, avec une possibilité d'immortalité de son âme, lui semble la délivrance la plus appropriée.

Son histoire d'amour avec Faustine est elle aussi marquée par la solitude, et on peut noter deux degrés dans leur amour impossible. Au premier abord, alors que le narrateur pense que Faustine est réelle, une différence sociale forte les sépare, ce qui pousse le fugitif à penser que d'abord Faustine l'ignore par mépris. En effet, les touristes qui peuplent l'île se comportent comme de riches bourgeois des années 20, tandis que le narrateur fuit un régime politique. Mais l'impossibilité de leur amour s'exprime ensuite à un degré encore plus prononcé puisqu'il s'agit d'une différence matérielle entre un être et une image : Faustine n'existe plus, ils ne peuvent communiquer et leur amour semble ne pouvoir connaître aucune solution, mis à part l'espoir d'entrer dans le champ de conscience de Faustine, une fois le fugitif capté par la machine. Le suicide du héros n'est donc pas seulement un renoncement à la vie, mais aussi l’espoir d'une nouvelle vie immortelle.

L'insularité elle-même est un élément clef de la solitude du narrateur. Géographiquement, l'île présente une limite nette (contrairement à un continent) déterminé par l'océan, qui ne peut apparaître comme une réelle échappatoire du fait de sa dangerosité et de son incertitude, obligeant le personnage à se replier sur lui-même. L'île elle-même se présente généralement comme un espace désert, représenté souvent dans les fictions comme renfermant un secret fantastique ou bien inconnu, qui va obéir à ses lois propres. Elle ne peut donc nous plus apporter la sécurité. L'île est donc non seulement un lieu d'isolement mais aussi d'inconnu et de mystère, qui fixe l'altérité et pousse à la découverte de soi-même, au dépassement de ses capacités. L'Invention de Morel ne nous propose pas une île déserte, mais une île désertée, qui plus est pleine de rumeurs sur les maladies qu'elle décèle. Il s'agit aussi d'une île sans nom ni localisation géographique : c'est un espace dont on ne sait rien. Cependant, il apparaît rapidement que l'île détient un secret, enfermé dans son sein, dans les sous-sols du musée de Morel, et cet intérieur labyrinthique se présente comme une sorte d'île dans l'île. Le fugitif découvre tout de suite les machines de Morel, mais cependant il ne les comprend pas : tous les mystères de l'île sont livrés directement et la construction de l'œuvre va s'axer autour de la compréhension de ces secrets déjà découverts. Cette stratégie d'écriture place au même plan le narrateur et le lecteur, du fait même de l'utilisation du procédé de journal intime. Le lecteur est enclin à suivre le narrateur, qui lui-même marche dans les pas de Morel. En ce sens, et de plus par le fait que Morel et le fugitif sont tous les deux amoureux de Faustine, ces deux personnages deviennent rivaux : à son tour, le fugitif comprend le fonctionnement de la machine, et s'insère dans la représentation, pour les même raisons que Morel : conquérir Faustine. Cependant, Morel reste le personnage tyrannique de l'île, possédant son domaine, créant sa machine seul, décidant sans le consentement de ses amis de les sacrifier et de se suicider par la même occasion. Le fugitif, lui, se suicide seulement. Malgré tout, il choisit d'imposer à Faustine l'image fausse de leur amour aux yeux des spectateurs potentiels de l'illusion créée par la machine.

Le choix du suicide du personnage nous montre son attachement à l'image plutôt qu'à la réalité, à l'être plutôt qu’à l'apparaître. Il choisit de devenir à son tour une image et ainsi de vider le présent. Cependant par là-même, il peut accéder à l'immortalité. Non pas de vivre éternellement, sur une plage de temps illimitée, mais de cesser d'exister pour donner à voir une image qui se répète à l'infini. Ici, la durée apparaît comme une cercle, une répétition non linéaire. Le discours tenu par Morel soulève une des questions principales relatives à son invention : l'interrogation de la captation de l'âme. En effet, la machine de Morel permet-elle de capter la conscience, l'esprit des êtres qui la subissent ? Ou bien seulement l'apparaître ? Jusqu'à quel point ces doubles sont-ils des images ou bien des êtres ? Par sa machine, Morel crée des simulacres, et par simulacre, nous entendons une ressemblance parfaite entre deux êtres, entre un être et son image, ou entre deux images. L'Invention de Morel nous propose un simulacre tel qu'il n'est plus nécessaire d'avoir l'original sous les yeux (original qui de toute façon est détruit par le processus de captation de la machine), comme s'il s'agissait d'un reflet de miroir qui n'aurait plus besoin d'avoir effectivement quelqu'un en face, car l'invention induit non seulement l'image et le son, mais aussi la durée, la présence physique occupant un espace défini, et les odeurs. Le simulacre absolu que nous propose l'œuvre ne requiert plus de présence humaine : d'une part? comme nous l'avons dit, l'original est tué par le processus, d'autre part Morel lui-même, une fois la machine lancée, n'a plus besoin d'intervenir.

On ne peut donc considérer l'Invention de Morel comme une réelle anticipation scientifique, d'autant plus que l'auteur ne se concentre pas sur les aspects techniques réalistes de la machine. Pour autant, le récit dans sa forme nous est présenté comme un journal intime, possiblement retrouvé après la mort du narrateur : cet élément-là semble relever d'une volonté réaliste d'insérer l'œuvre dans une possible réalité contemporaine. De la même façon, le témoignage du narrateur n'est pas seulement organisé autour de la représentation induite par l'invention de Morel, il s'agit aussi d'une géographie des lieux, des annotations liées aux marées, des listes des tâches de survie du personnage. En ce sens, le récit se rapproche des robisonades, et semble ancré dans le réel. Cependant l'œuvre se clôt sur elle-même, et ne se concentre pas sur le passé ou le futur possible du personnage, le texte lui-même étant au présent. Le récit apparaît alors comme atemporel, sans lien avec une réalité possible en dehors de l'île.

Ainsi il est essentiel de se poser la question du choix suicidaire du narrateur. Considère-t-il que par la machine il va retrouver non seulement l'apparaître mais aussi l'être de Faustine ? Ou bien va-t-il à son tour se chosifier et n'être plus qu'une image ? Quand bien même l'invention permettrait de capter l'âme, ne restera-t-il pas enfermé dans la même boucle temporelle, répétant sans cesse les mêmes actions à l'infini ? On peut alors se poser la question des motivations du personnage : en tombant amoureux d'une image, et en choisissant de se chosifier, il semble prisonnier d'une société de la représentation. Peut-on alors voir à travers l'œuvre une critique d'une société tournée vers l'apparence ? En effet, il ne faut pas oublier les effets secondaires de la machine, car en choisissant de vivre seulement dans l'apparaître, on s'expose d'une part au dépérissement, d'autre part à l'appauvrissement. Ainsi, non seulement l'invention condamne à la mort le corps physique, possiblement l'esprit des êtres, mais de plus elle les enferme dans une boucle identique, ne permettant pas d'explorer toutes les possibilités d'un réel donné. Cependant, pouvons-nous réellement considérer cette œuvre comme une mise en garde ? Car c'est de l'image que va naître le sentiment amoureux, l'envie de trouver un sens à la vie du narrateur : paradoxalement ce sera sa passion amoureuse, sa jalousie qui vont le pousser à découvrir les mystères de l'île, comprendre la technique de la machine, et enfin à choisir de se sacrifier pour l'amour, semblant ainsi être poussé à la connaissance et aux passions. Malgré tout, il ne faut pas oublier qu'au moment de sa mort, le narrateur se remémore avec nostalgie sa patrie, l'amour qu'il a eu pour elle : s'agit-il d'un regret ? D'une prise de conscience de l'importance des faits sur l'emprise de l'esprit ou des passions ?

On peut cependant considérer que par le renoncement à la vie, le narrateur est en quête d'une sorte d'Eden où son amour impossible prendrait vie : il choisit d’entrer dans la représentation de la machine pour créer un paradis artificiel (celui qui les représente, Faustine et lui, comme un couple). Il est intéressant de noter que d'un côté il existe un ordre établi, strict, créé par Morel et son invention, qui réduit la vie à une boucle non modifiable. Pour autant, le fugitif, en devenant rival de Morel, suit ses pas et le dépasse en perturbant cet ordre. Alors que Morel voyait la séquence captée par la machine comme une sorte d'hommage représentatif de son amour pour Faustine, le fugitif s'insère au milieu de cela, et dans l'apparence prend place aux côtés de Faustine en les montrant comme un couple amoureux, réduisant ainsi à néant les possibilités pour un spectateur d'imaginer une idylle entre Faustine et Morel. D'une certaine manière, le fugitif accède à une position déifiée à la suite de Morel, en recréant son propre paradis artificiel par-dessus celui de ce dernier. Cependant, une seule solution semble possible : être à la fois extérieur et intérieur à cette création : tout en la créant, le fugitif se dissout en son sein. Ce nouveau paradis va créer une seconde représentation qui en s’y superposant va dédoubler à nouveau le réel (peut-être les prochains explorateur de l'île ne verront-ils plus deux soleils et lunes mais bien quatre — l'auteur se plaît d'ailleurs tout au long du livre à dérouler les paradoxes et la logique proprs de l'île).

Cette volonté de créer une nouvelle version de l'illusion soulève des interrogations sur les rapports de l'homme au monde : en effet, quelle vie choisir ? Le narrateur se retrouve dans la tentation du virtuel, de la représentation, dans une relation inouïe aux choses puisqu'il choisit d'en devenir une. On pourrait peut-être voir ici une interrogation sur l'art lui-même, puisque le personnage nous semble, au sein de la fiction elle-même, choisir d'entrer dans une autre fiction, une autre œuvre, qu'il invente de toutes pièces et qu'il répète comme une pièce de théâtre. Cette métaphore est d'autant plus forte que pour que son apparente histoire d'amour avec Faustine existe, il est nécessaire qu'il y ai un spectateur pour la percevoir : sans être perçue par une être extérieur, leur histoire d'amour n'existe pas. À ce point du récit, il apparaît que la réalité elle-même n'existe plus de manière indépendante, en et pour elle-même : elle doit être perçue pour être, donc elle doit nécessairement être perçue par un spectateur. Plus spécifiquement, le rapport du fugitif à la représentation, le fonctionnement même de la machine peut sembler être une analogie avec les rapports entre auteur et lecteur. En effet, le narrateur arrive sur une île inconnue, où des lois propres semblent exister : il doit donc comprendre cet ordre-là, établi précédemment par Morel, personnage tyrannique qui impose sa vision du monde à tout autre être venant sur l'île. De la même manière, le lecteur, en se plongeant dans la fiction, chercher à saisir cette logique nouvelle et à la comprendre. Le narrateur, lui, ne la saisit pas seulement, il s'en empare, la fait sienne et remodèle la représentation captée par la machine. Pour autant, pour comprendre cet ordre, il doit s'insérer au cœur du processus, explorer le cœur de l'île, et finir par s'y enfermer, peut-être même malgré lui (comme le suggère la scène où il se retrouve bloqué parmi les machines devant un mur illusoire qu'il ne peut détruire). Le narrateur devient alors auteur lui-même, et non plus seulement spectateur, et devient captif des images. Pour autant, tout comme Morel avant lui, la machine et la représentation n'ont plus besoin de lui pour fonctionner, les lois en vigueur sur l'île fonctionnent seules, sans aucune intervention nécessaire une fois la création faite. Morel et le fugitif deviennent des images, et s'abolissent dans leur triomphe fictionnel, tout comme l'auteur se dissout dans son œuvre, s'efface derrière la fiction qui devient alors une œuvre à part entière, existant par elle-même et pour elle-même, sans même que l'auteur ait à la soutenir.

Ressources en ligne

Wikipedia — « The invention of Morel »
 http://en.wikipedia.org/wiki/The_Invention_of_Morel
Max Milner — "Le thème du simulacre dans L'Invention de Morel"
 http://centre-bachelard.u-bourgogne.fr/Z-milner.pdf
Jean-Paul Engélibert — "Problèmes de l'insularité : la clôture et la fente dans Le Château des Carpathes, L'Île du docteur Moreau et L'Invention de Morel"
 http://www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2003-1-page-23.htm
Roger Bozzetto — "L'invention de Morel, Robinson, les choses et les simulacres"
http://www.erudit.org/revue/ETUDFR/1999/v35/n1/036126ar.pdf

 

 

M. F., 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Adolfo BIOY CASARES sur LITTEXPRESS

 

Adolfo Bioy Casares Le Heros des femmes

 

 

 

Article d'Élodie sur Le Héros des femmes .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

adolfo Bioy Casares La Trame celeste

 

 

Article de Marie sur La Trame céleste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 07:00

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AKUTAGAWA Ryūnosuke
Rashōmon et autres contes
(1915, 1918, 1921, 1916)
Traduit en français en 1965
par Arimasa Mori
Gallimard , Folio 2 €, 2003






 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Né en 1893 à Tokyo, Ryūnosuke Akutagawa a été élevé par son oncle et non par ses parents. Ces derniers n’avaient pas les moyens financiers et humains, sa mère étant considérée comme folle. Akutagawa est donc le nom de cet oncle.

Le jeune homme était cultivé et étudiait les lettres occidentales et chinoises. Il a écrit principalement des contes et des récits brefs qui ont été publiés dans la revue littéraire Idées Nouvelles. En 1921 paraît la troisième nouvelle de ce recueil, Dans le fourré. Ce récit est le plus connu au Japon. Il a été, par ailleurs, adapté au cinéma en 1950 par Akira Kurosawa sous le titre de Rashōmon. Ce film a reçu deux grands prix : le Lion d’Or en 1951 et l’Oscar d’honneur du meilleur film étranger en 1952.


 Enfin, c’est bien en 1921 qu’Akutagawa connaît une grande popularité.

Tout au long de sa vie, il a eu de multiples maladies  du cœur, de l’estomac, des intestins… Il était très faible physiquement mais il a écrit, en 35 ans, plus de 140 titres. En 1935, il se suicida en ingérant du cyanure et laissa deux mots à sa femme et à son ami : « vague inquiétude ». Plusieurs hypothèses ont été émises sur ces mots, vous pourrez trouver une version dans la préface de l’ouvrage.

A la suite de son décès, son ami de longue date, Kikuchi Kan, créa un prix littéraire en son honneur. Ce prix porte le nom Akutagawa. C’est aujourd’hui un prix très réputé au Japon, récompensant des récits brefs, des nouvelles et des contes. Il est décerné deux fois par an.

Le style de l’auteur est particulier, il est très poétique tout en étant violent.

Je pense que Jacques Dars le définit bien dans la préface :


« […] l'émotion engendrée, de nature purement esthétique, vise à être intense et pure ; dans la forme, rien n’est laissé au hasard, chaque détail est pertinent, chaque phrase porte. Une langue aussi souple que riche et efficace permet à l'auteur de s'adapter en virtuose à toutes les situations, de prendre pour décor et de ressusciter toutes les époques, et cet artisanat d'une habileté et d'une minutie quasiment maladive devient un art suprême, parfait. L'ambition permanente d'Akutagawa fut de susciter chez le lecteur, à petit bruit et par une démarche calculée et réfléchie ménageant des paliers psychologiques savamment ourdis, un frémissement, une émotion inattendue, d'intensité croissante, culminant dans une sorte de brutal bouleversement esthétique. Le secret de cette alchimie et de sa réussite reste, cela va sans dire, réfractaire à toute analyse, et c'est ici qu'entrent en jeu la personnalité complexe et le monde intérieur tourmenté de l'auteur. »

 

 


Je vais essayer de décrire chacun des contes en une phrase…

   Rashômon (1915)


 Rashōmon signifie « la porte de château » en japonais. Rashō ou Rajō désigne l’enceinte externe du château.

Le voleur est le premier volé.


•   Figures infernales (1918)

Folie des grandeurs à en souffrir jusqu’à la mort.


   Dans le fourré (1921)

Sept témoignages, des suspects, une sorcière, un meurtre, une victime ; qui dit la vérité ?


•   Gruau d’ignames (1916)

Goi voulait être rassasié par le goût de ce délicieux plat, cette bouillie de riz avec des morceaux d’ignames et du jus de cannelle ; il l’a été mais avec ses autres sens.



Adèle POISAY, 2e année Bibliothèques-Médiathèques-Patrimoine

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 07:00

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Oscar WILDE
Le Portrait de Dorian Gray
Titre original
The Picture of Dorian Gray
Traduction de Michel Etienne,
revue par Daniel Mortier
Pocket Classiques, 1991
1ère édition : 1890

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L'âme est une réalité terrible. On peut l'acheter, la vendre ou l'échanger, l'empoisonner, ou la rendre parfaite. Chacun de nous a une âme. J'en suis sûr. »

Le Portrait de Dorian Gray débute dans l'atelier du peintre Basil Hallward, qui réalise le portrait d'un jeune homme à la beauté sensationnelle et d'une innocence sans tache, Dorian Gray. Le drame se noue dans un lieu semblable au jardin d'Éden où Adam et Ève ont perdu leur innocence en croquant dans la pomme de la connaissance, et où Dorian perdra la sienne, son âme corrompue par les paroles envoûtantes d'un dandy blasé qui rappelle Wilde lui même, lord Henry. Prenant conscience du caractère éphémère de sa jeunesse et de sa beauté, Dorian fait le vœu insensé qui le conduira à sa perte : « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu'il en soit ainsi . Il n'est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme ! »

Le premier acte de la tragédie dont Dorian est le héros, à peine ouvert, se referme déjà sur la perte de son innocence. Un héros, oui, jeune, à la beauté parfaite que ni les signes du temps ni les turpitudes du destin ne peuvent altérer, mais un antihéros également, dont le narcissisme sans borne, la cruauté développée par l'assurance de son impunité causent la mort de toutes les personnes qui l'ont réellement approché, et le poussent inexorablement vers sa propre mort.

La première à subir les conséquences des agissements de Dorian est une jeune actrice dont il tombe passionnément amoureux, Sybil Vane. Subjugué par son jeu d'actrice, il la demande en mariage. Mais en découvrant la réalité de l'amour, Sybil a perdu le sentiment de réalité que le théâtre lui inspirait et par là même a perdu son talent. Déçu, Dorian la quitte de façon cruelle et rentre chez lui. Mais à son retour, la bouche de son double peint a un pli cruel qu'il ne lui avait pas remarqué. Il prend alors conscience qu'il a mal agi – « Pourtant, il devait à ce portrait de savoir combien il avait été injuste et cruel envers Sybil Vane. » – et décide de réparer son erreur en se faisant pardonner par Sybil. Mais au matin, lord Henry lui apprend qu'elle est morte dans la nuit.

La mort de Sybil est un moment charnière du roman, le moment à partir duquel il n'y a pas de retour en arrière. Le portrait, reflet de l'âme du jeune homme, a perdu son innocence, la fatalité est déjà en marche, sa vision de la vie a déjà changé ; il n'est plus capable de ressentir la réalité des choses, les moments passés avec Sybil lui apparaissent lointains et il ne ressent pas de peine réelle quand il apprend sa mort :

 « Cependant je dois reconnaître que cet événement ne m'a pas ému autant qu'il l'aurait dû. Il m'apparaît comme le dénouement sublime d'une pièce étonnante. Il a toute l'effrayante beauté d'une tragédie grecque, une tragédie où j'ai joué un grand rôle mais d'où je sors indemne. »

Quant à Lord Henry, le seul intérêt de la mort de la jeune fille à ses yeux est esthétique :

« Sa mort à quelque chose de si beau ! Je suis heureux d'appartenir à un siècle où s'accomplissent de tels prodiges. Ils nous font croire à la réalité de tout ce que nous avions pris pour des jeux : le romanesque, la passion, et l'amour. »

Ces deux extrait nous donnent à voir ce qui va devenir la philosophie de vie de Dorian à partir de ce moment : la quête du beau, des plaisirs, l'hédonisme. Il s'entoure de belles choses, tapisseries, pierreries, tandis que son portrait par un mouvement inverse gagne en laideur. Comme Des Esseintes, le héros du petit livre jaune dont Dorian dit qu'il l'a ensorcelé, qu'il est resté prisonnier de son influence pendant de nombreuses années (il s'agit de À Rebours, de Joris Karl Huysmans), il s'abîme dans des plaisirs de plus en plus pervers afin de se sentir vivre, de ressentir des émotions que ni les œuvres d'art ni les maîtresses ne lui procurent plus : « Il avait des appétits insensés qui, une fois repus, se révélaient plus dévorants encore. »

De nombreux autres seront victime de l'attirance fatale qu'exerce Dorian sur ceux qu'il rencontre. Basil qu'il rencontre par hasard un soir de brouillard lui reproche l'influence néfaste qu'il a eue sur certains jeunes hommes, et la déchéance qui semble toucher tous ceux qui l'approchent de trop près. C'est donc le peintre qui sera la deuxième victime du Dorian Gray. Après lui avoir montré le reflet de son âme, le portrait qu'il a lui même réalisé, pris d'un accès de haine incontrôlé envers Basil Hallward, il le poignarde. Et de nouveau, son crime atroce n'éveille que peu d'émotions en lui. Son âme est trop corrompue pour qu'il puisse encore ressentir quelque sentiment que ce soit. Il se contente de régler les détails de la disparition du corps, soumettant pour cela un jeune chimiste de sa connaissance à un chantage qui aura pour conséquence le suicide de ce dernier, mais pas avant qu'il n'ait fait disparaître le corps du peintre. La disparition du corps par des procédés chimiques est une nouvelle forme de merveilleux dans le roman, non plus le merveilleux traditionnel du souhait insensé qui se réalise mais un merveilleux moderne qui illustre les prodiges que permettent les avancées de la science.

La dernière personne qui meurt parce qu'elle a croisé la route de Dorian est le frère de Sybil, James Vane. Il n'a eu de cesse de se venger depuis la mort de sa sœur mais ne connaît de Dorian que ce surnom de Prince Charmant que Sybil lui avait donné. Un soir, dans un bouge des bas-fonds de Londres, il entend une prostituée appeler Dorian « Prince Charmant » et le poursuit dans la rue pour le tuer. Mais quand il le rejoint, l'homme qu'il a sous les yeux est bien trop jeune pour avoir tué sa sœur presque vingt ans auparavant. Il le laisse donc partir avant de s'apercevoir de son erreur. Alors qu'il a suivi Dorian dans un pavillon de chasse où celui-ci passe le week-end avec des amis, il se fait accidentellement tirer dessus. C'est la délivrance pour Dorian Gray qui décide de changer, de devenir meilleur.

« Culture et corruption, répéta Dorian Gray. J'ai connu passablement les deux. Maintenant, je suis effrayé de découvrir qu'elles sont toujours inséparables. J'ai un nouvel idéal, Harry. Je vais changer. Je crois que j'ai déjà changé. »

Impatient de voir les changements sur son portrait, de constater le début de rédemption de son âme, il se rend dans la pièce où est entreposé le tableau. Ce n'est pas le retour de l'innocence qu'il constate alors, mais le masque de l'hypocrisie.

Désespéré, il transperce le tableau avec le même couteau qui a tué Basil. On retrouvera le corps d'un vieillard défiguré au pied du portrait qui, lui, montre de nouveau le beau jeune homme innocent que fut Dorian.

Le Portrait de Dorian Gray synthétise plusieurs des influences d'Oscar Wilde, et il y fait plus ou moins directement référence dans le roman.

On retrouve une grande figure de la décadence romaine, Pétrone : « Il trouvait un plaisir subtil à s'imaginer qu'il était pour le Londres de son époque ce qu'avait été pour la Rome de l'empereur Néron l'auteur du Satyricon [de Pétrone] »

Il fait également référence à Théophile Gautier : « Pour eux, il était de ceux qui, selon Dante, cherchent à atteindre la perfection par le culte de la beauté. Pour lui, comme pour Gautier, ''le monde visible existait'' »

On trouve également des références à Walter Pater, qui fut le maître de Wilde à Oxford, et qui a contribué à définir l'esthétisme, courant illustré par Lord Henry à de nombreuses reprises dans le roman :

« nous ne savons plus donner de jolis noms aux choses et pourtant les noms sont tout. C'est pourquoi je déteste le réalisme vulgaire en littérature. L'homme qui appelle une bêche une bêche devrait être condamné à en tenir une toute sa vie. Il n'est bon qu'à cela. »

Cependant, l'influence la plus marquante dans ce livre est sans nul doute celle de Joris Karl Huysmans et de son œuvre À Rebours. C'est le livre jaune donné par Lord Henry qui ensorcelle tant Dorian, et de nombreuses références implicites y sont faites, notamment dans tout le chapitre sur les objets que Dorian Gray collectionne (pierreries, tapisseries, parfums...) qui est une reprise plutôt fidèle de plusieurs chapitre de À Rebours.

« Il composa ainsi le bouquet de ses fleurs : les feuilles furent serties de pierreries d'un vert accentué et précis : de chrysobéryls vert asperge ; de péridots vert poireau ; d'olivines vert olive ; et elles se détachèrent de branches en almadine et en ouwarovite d'un rouge violacé, jetant des paillettes d'un éclat sec de même que ces micas de tartre qui luisent dans l'intérieur des futailles. »

La façon dont Des Esseintes séduit et influence un jeune garçon dans À Rebours est assez semblable à l'influence qu'a exercée Lord Henry sur Dorian au début du livre.

Je conseille vraiment la lecture de ce roman, et comme Daniel Mortier le dit dans sa préface, « Parmi les livres qu'on a lus, il y a ceux qu'on oublie, alors même qu'ils vous ont apporté un grand plaisir […] Et puis il y a les livres dont le souvenir reste gravé et vous accompagne. ». Pour moi, Le Portrait de Dorian Gray fait partie de la deuxième catégorie.


Filmographie : voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Portrait_de_Dorian_Gray

Informations sur la vie de l'auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Oscar_Wilde


L.F., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

Oscar WILDE sur LITTEXPRESS

 

 

Oscar Wilde Le Fantome de Canterville

 

 

 

 

 

 

 

  Article d'Élodie sur Le Fantôme de Canterville.

 

 

 

 

 

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 07:00

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Oscar WILDE
Le Fantôme de Canterville

et autres contes 
Titre original :  

The Canterville Ghost
Traduction : Jules Castier

Librairie Générale Française, Le Livre de Poche
Coll.Les Classiques de Poche, octobre 2009
1ère édition : 1891


Liste des éditions :

Marabout-Gérard (1972),
Livre de Poche (1988, 1991, 1992, 2009),
Livre de Poche jeunesse (1988, 1995, 1998, 2001),

Flammarion (1996),
Gallimard jeunesse ( 1994, 1997, 2007)
 

 

 

 

 

Oscar_Wilde.jpgL’excentrique auteur

Oscar Wilde, de son nom complet Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, naît  à Dublin le 16 octobre 1854. Jane Francesca Elgee, sa mère descend de la lignée du révérend Maturin, célèbre auteur de romans noirs, et est elle-même poétesse. Robert Wills Wilde, son père est un chirurgien réputé. Irlandais dans l'âme, Oscar Wilde est également anglais dans ses manières très étudiées qui transparaissent dans l'ensemble de son œuvre et qui ne font guère l'unanimité parmi les artistes de l'époque qui ne manquent pas de le critiquer.

Quelques années après la mort de sa sœur cadette Isola en 1867, Wilde commence ses études au Trinity College de 1973 à 1874, à Dublin, puis les poursuit au collège de Magdalen à Oxford de 1874 à 1878. Il découvre là-bas un monde de subtilité dans les nuances et de fins esprits qui ont un goût prononcé pour la beauté des arts anciens de la Renaissance et de l'Antiquité grecque. Wilde suit d'ailleurs quelques mois les cours de John Ruskin, homme de tête du  mouvement « esthète » dont l'intérêt se porte sur la littérature, la peinture et la musique et qui prône le Beau. Ses années à Oxford font de lui un personnage excentrique, vêtu de costumes de dandy. Brillant élève, son écriture peu descriptive, recèle cette étincelle d'esprit qui colore ses propos et leur donne l'éclat qui est tant admiré dans ses œuvres.

Installé à Londres en 1879, il est alors reçu par les plus hauts aristocrates tels que la duchesse de Portland ou Lord Pembroke, comme le signale Jean-Luc Steinmetz dans les commentaires qu’il fait du Fantôme de Canterville, (Le Livre de Poche, collection Classiques, octobre 2009). Il séduit par son « talent de causeur émérite », crée des mondes par sa simple parole, les colore par l’invention de mots, les fait vivre par une étincelle d’esprit qui habite tous ses discours.

En 1884, il épouse Constance Lloyd avec qui il aura deux fils, Cyril et Vyvyan, alors qu’il décide de mettre un terme à ses excentricités et d’améliorer l’image qu’il donne de lui. Il rédige plusieurs contes dont Le Fantôme de Canterville (1887). Cependant, il reprend très vite sa personnalité d’excentrique.

En 1891 paraît l’unique roman de Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, l’œuvre qui lui offrira la célébrité et des critiques concernant l’immoralité du héros et son extrême audace à parler de la force du plaisir. On y voit notamment une transposition de sa relation avec Lord Alfred Douglas qu’il rencontre la même année et avec qui il vit une relation passionnée. Mais en affichant publiquement son homosexualité, à une époque où elle est très mal considérée, il s’attire les foudres de la justice anglaise qui le condamne à une peine de deux ans de travaux forcés en 1895. A sa sortie, il s’exile en France, brisé, puis rejoint Lord Alfred Douglas en Italie. Il meurt le 30 novembre 1900 à Paris.


Son œuvre

Oscar Wilde adhère au mouvement esthète, et recherche le beau dans chacune de ses œuvres, autant dans la recherche de ses mots, de ses métaphores que dans l’esprit qui imprègne ses écrits.

Il n’écrit qu’un seul roman qu’il publie en 1891 sous sa forme achevée, Le Portrait de Dorian Gray. Il connaît le succès avec son œuvre mais choque également les Anglais pour ses personnages immoraux.

Il rédige des contes pour ses fils, The Happy Prince and Other Tales (Le Prince joyeux et autres contes), et des recueils de nouvelles dont notamment Le Crime de Lord Arthur Savile (Lord Arthur Savile’s crime, 1891) ou encore Le Fantôme de Canterville (Canterville Ghost, 1887). Il écrit aussi beaucoup de pièces de théâtre qui seront pour certaines censurées et interdites de représentation telles que Vera (1880), qui sera retirée de l’affiche la veille de la première.


Résumé

Le Fantôme de Canterville, une nouvelle écrite en 1887, raconte l’histoire d’une famille américaine qui s’installe dans un château hanté d’Angleterre sur le domaine de Canterville Chase. Les clichés et l’humour sont de mise avec un père ministre américain nommé Hiram B. Otis qui ne veut pas croire qu‘un certain fantôme nommé Sir Simon — qui a tué sa femme Eleanore de son vivant — hante les lieux depuis trois cents ans, une paire de jumeaux surnommés “Stars and Stripes” qui font des farces au pauvre Sir Simon, un jeune homme appelé Washington, qui s’active avec du détergent pour effacer une tache de sang qui réapparaît chaque matin dans la bibliothèque. Et enfin, une jeune fille, Virginia, dont la pureté rivalise avec les jeunes princesses stéréotypées des contes. Sans oublier Mme Otis, bonne mère de famille, qui apporte au fameux fantôme un élixir pour calmer d’éventuelles indigestions suite aux affreux cris qu’il lance le soir dans le château. Ainsi, cette famille américaine, très pragmatique, ruine le “métier du fantôme” qui aime raconter au lecteur tous les déguisements terrifiants qu’il a inventés et qui ont toujours fait leur effet sur les hôtes anglais du château. Il rappelle, non sans plaisir, qu’il a quelques illustres morts de peur à son actif.

Mais cette cruauté cache en réalité un cœur tendre, qui a été condamné à demeurer à Canterville Chase jusqu’à ce que l’amour d’un jeune enfant lui permette le repos éternel. Ici, le jeune enfant est incarné par Virginia à qui il raconte cette prophétie. La jeune fille, sensible, accepte de le suivre jusqu’à l’endroit où se trouvent ses restes, c’est-à-dire derrière un mur. Finalement, Sir Simon s’en va reposer en paix dans le Jardin de la Mort.



Analyse

Le Fantôme de Canterville veut s’inscrire dans la tradition anglaise des récits fantastiques. Cependant, Wilde s’amuse à détruire cette tradition gothique, qui cherche à terrifier un public amateur d’émotions fortes, en accumulant tout un ensemble de stéréotypes tels que les phénomènes atmosphériques qui précèdent l’arrivée de la famille Otis sur le domaine de Canterville Chase. En effet, un orage tonne et les éclairs zèbrent le ciel, comme pour annoncer un événement terrible qui n’aura finalement pas lieu. En outre, le manoir comporte des éléments qui montrent son ancienneté et plantent le décor de cette histoire « terrifiante » : les lambris, les vieilles armures. Puis, une tache de sang, preuve du meurtre d’Eleanore par son mari, Sir Simon, ne cesse d’apparaître dans la bibliothèque alors que le jeune Washington essaie différentes lotions détergentes pour la faire disparaître. 


Le métier de spectre

Le Fantôme de Canterville est bien évidemment le personnage principal de ce récit. Il tient par ailleurs son rôle de spectre très à cœur : en effet, il doit apparaître dans les couloirs du château de Canterville une fois par semaine et pousser des cris atroces les premier et troisième mercredi du mois. Mais alors que le lecteur s’attend à un terrifiant spectre qui hanterait les couloirs en traînant ses chaînes, Wilde s’applique à démystifier ce stéréotype. Effectivement, ce fantôme se montre théâtral, et peut-être trop, ce qui prête plus à rire qu’à effrayer : il s’applique à choisir plusieurs déguisements, qui portent tous un titre exagéré parmi lesquels « Daniel le Muet, ou le Squelette du Suicidé », « Jonas sans Tombe, ou le Voleur de Cadavres de Chertsey Barn ». En outre, il règle ses apparitions comme de véritables mises en scène :

« Vers le soir, il y eut un violent orage, et le vent était tellement déchaîné que toutes les fenêtres et les portes de la vieille maison tremblaient et claquaient. Bref, c’était précisément le temps qu’il aimait. Voici quel était son plan de bataille : il devait se rendre sans bruit dans la chambre de Washington Otis, lui adresser, du pied du lit, du baragouin inintelligible, et s’enfoncer par trois fois le poignard dans la gorge aux sons d’une musique lente. Il en voulait tout particulièrement à Washington, car il savait fort bien que c’était lui qui avait l’habitude d’effacer la célèbre tache de sang de Canterville avec de l’Extra-Détersif Pinkerton. Ayant ainsi amené le jouvenceau téméraire et imprudent à un état de terreur abjecte, il devait alors se rendre dans la chambre occupée par le ministre des États-Unis et sa femme, et là, poser une main moite sur le front de Mrs. Otis, cependant qu’il susurrerait, à l’oreille de son mari, les secrets effroyables du charnier. »
 

Cependant, alors que ces terrifiants déguisements, apportèrent un certain succès au fantôme en effrayant plusieurs hôtes précédents de Canterville, dont « la jolie Barbara Modish » qui rompit ses fiançailles avec le grand-père de Lord Canterville, c’est loin d’être le cas avec cette famille américaine. Ses tentatives désespérées pour la terrifier sont toutes mises en échec par les jumeaux qui s’amusent à le faire tourner en bourrique : en effet, ils fabriquent un spectre de toutes pièces afin d’épouvanter Sir Simon, ce qui fonctionne à merveille puisque le fantôme détale « en trébuchant sur son suaire ». Une autre fois, alors qu’il s’apprête à les effrayer en entrant dans leur chambre, il reçoit un seau d’eau, ce qui le fait fuir, rouge de honte. Par ailleurs, les jumeaux ne sont pas les seuls à briser ses « effets » pour faire peur : alors qu’il traîne ses chaînes dans les couloirs du château en plein milieu de la nuit, empêchant toute la famille Otis de dormir, Mr. Otis va à sa rencontre afin de lui donner de l’huile pour gaisser ses chaînes. Le fantôme ne fait plus peur, bien au contraire, il prête à rire.

De plus, loin d’être un spectre comme les autres, Sir Simon a des caractéristiques humaines : il peut se servir de la quatrième dimension à sa guise pour se matérialiser, ce qui, cependant, ne lui sert pas puisqu’il se prend les pieds dans les fils tendus par les jumeaux à travers les couloirs, glisse sur une pente savonneuse soigneusement réalisée par les mêmes garnements, ou bien attrape un gros rhume après avoir reçu un seau d’eau sur la tête.

Enfin, et pour terminer cette analyse sommaire, on comprend vite que Wilde n’épargne pas la famille américaine dans la caricature. Effectivement, la famille Otis affiche un pragmatisme à toute épreuve, et refuse de croire qu’un fantôme hante le château, même lorsque celui-ci se manifeste à plusieurs reprises. Mr. Otis lui fournit de l’huile pour ses chaînes, Mrs. Otis un élixir en croyant qu’il a des maux d’estomac, Washington s’efforçant d’effacer la tache de sang avec des lotions détergentes, inventions récentes à l’époque. C’est une satire des Américains, peuple qui, selon Wilde, croit que tout peut s’acheter avec de l’argent, même les fantômes.


Mon avis

Il ne faut, certes, pas s’attendre à un chef-d’œuvre avec Le Fantôme de Canterville, mais le mélange du réalisme et du fantastique est drolatique et fait sourire, notamment grâce à la démystification plaisante qu’opère l’auteur sur ce fantôme, prêt à tout pour faire son « métier » de spectre, la dernière chose qui lui reste. Une activité mise à mal par les plaisanteries cruelles des jumeaux Otis. On assiste avec un mélange de pitié et d’amusement à ces séances de brimades grotesques. Par ailleurs, l’élément le plus burlesque est, sans aucun doute, le rapport inversé entre celui qui fait peur et celui qui est effrayé. Il est vrai que finalement, c’est le spectre qui est victime des jumeaux et non l’inverse, comme cela devrait être.

Le Fantôme de Canterville est un livre à lire au coin du feu, un après-midi de pluie.
 

Élodie M., 1ère année édition-librairie


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