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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 07:00

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Terry GOODKIND
L’épée de vérité
t1, La première leçon du sorcier
Titre original : The Sword of Truth,

Wizard's First Rule (1994)
Traducteur
Jean-Claude Mallé
Bragelonne, 2003
J’ai Lu, 1998


 

 

 

 

 

 

L’épée de vérité est une série comprenant pour l’instant treize tomes plus une préquelle. La série s’arrête à la fin du onzième tome mais Terry Goodkind a repris ses personnages, comme il est courant de le faire maintenant, pour continuer l’histoire.

 

 

Dette d’os

1) La Première Leçon du sorcier

2) La Pierre des larmes

3) Le Sang de la déchirure

4) Le Temple des vents

5) L’Âme du feu

6) La Foi des réprouvées

7) Les Piliers de la création

8) L’Empire des vaincus

9) La Chaîne des flammes

10) Le Fantôme du souvenir

11) L’Ombre d’une inquisitrice

12) La Machine à présages

13) La loi des neuf

 

L’auteur

Terry Goodkind est né en 1948 à Omaha, dans le Nebraska. Il y a poursuivi des études d'art afin de se spécialiser dans la représentation de la faune et de la flore. Dyslexique, la lecture était pour lui une torture. Il fallut tout l'encouragement de ses professeurs pour qu'il y prenne goût et qu'il puisse transcrire ses mondes imaginaires. Cependant son parcours professionnel a été pour le moins particulier. Avant de devenir écrivain il a été tour à tour charpentier, luthier et restaurateur d'antiquités et d'objets précieux. En 1983, il part s'installer avec son épouse Jeri dans les montagnes boisées sur la côte du Maine, où il fait construire sa maison. C'est là que, dix ans plus tard, il rédigera face à la mer son premier roman, La Première Leçon du sorcier, dont l'immense succès lancera définitivement sa carrière d'écrivain.

Il est aussi l’auteur d’un autre livre qui n’est paru qu’aux États-Unis, The Hinges of Hell. L’épée de vérité a donné lieu à une série télévisée, Legend of the Seeker : L’Épée de vérité, qui est diffusée depuis octobre 2009 en France. Elle retrace les deux premiers romans de la série.

Source : Wikipedia

 

Résumé

Une seule terre est séparée en trois pays : D’Hara, Terre d’Ouest et les Contrées du Milieu. Une frontière empêche toute communication et passage entre ces pays, notamment grâce aux terrifiants animaux qui la gardent, mais elle s’est affaiblie et D’Hara déclare la guerre aux Contrées du Milieu. Kahlan, Mère Inquisitrice, détenant de grands pouvoirs (en touchant une personne elle peut lui faire tout avouer mais en le faisant son esprit se détruit), est crainte à cause de cela, passe en Terre d’Ouest par un passage méconnu pour aller chercher le Sorcier de Premier ordre qui pourrait aider dans cette guerre. Elle rencontre alors Richard et son grand-père, Zedd, qui l’aideront contre ses ennemis. Elle découvrira alors que Zedd est le Sorcier ; il nommera Richard Sourcier de Vérité et lui donnera une épée qui agit au seul nom de la vérité. Il aura pour mission d’arrêter Darken Rahl qui veut envahir les Contrées et donc sauver l’humanité, pour ne pas que le monde ne plonge pas dans le royaume du Gardien, celui des morts. Ils devront ensemble affronter de nombreux dangers et apprendre à se connaître.

 

« Un Sourcier est un homme – parfois une femme – qui n’a de comptes à rendre qu’à lui-même. Sa seule loi, c’est ce qu’il pense. L’Épée de Vérité lui revient et elle fera tout ce qu’il lui demande. Dans les limites de sa propre force, il peut contraindre n’importe qui à répondre à ses questions. »
 

terry-goodkind-carte.JPG                                                                                                       

Les leçons du sorcier

 

1)      « Les gens ont tendance à tenir pour vrai ce qu'ils souhaitent être la vérité ou ce qu'ils redoutent être la vérité. »

2)      « Les pires maux découlent des meilleures intentions. »

3)      « La passion domine la raison. »

4)      « Absoudre, c'est donner aux autres. Mais aussi recevoir d'eux plus que ce qu'on leur a offert.»

5)      « Rappelle-toi ce que les gens font, et pas seulement ce qu'ils disent, car les actes trahiront un mensonge.»

6)      « Le seul souverain dont on doit accepter le joug est la raison.»

7)      « La vie est le futur, pas le passé.»

8)      « Mérite la victoire. »

9)      « Une contradiction ne peut exister, ni en partie, ni en entier. »

10)  « S'écarter volontairement de la vérité est une trahison envers soi-même. »

11)   La dernière règle n'est pas une règle écrite, elle n’est pas énoncée clairement dans le livre.

 

 

Les personnages

Les personnages principaux sont Richard, le sourcier, Kalhan la Mère Inquisitrice qui deviendra sa compagne et détient un pouvoir très fort qui fait peur aux gens. Il y a aussi Zedd, le grand-père de Richard, le Sorcier de Premier ordre. Dans le premier tome, l’ennemi est Darken Rahl puis, dans les autres tomes, ce sera Jagang. On retrouvera aussi, tout au long, des Mord Sith qui sont des femmes élevées pour faire souffrir les gens.

Je trouve que le problème des personnages est qu’ils sont trop « noirs » ou trop « blancs », ils ne sont pas assez travaillés. En effet, Richard, Kahlan, Zedd sont gentils et on a l’impression qu’ils n’ont pas de défauts. C’est pareil avec les méchants comme Darken Rahl ou Jagang ; on les déteste parce qu’ils font le mal, sont cruels, on ne peut même pas avoir de compassion pour eux. La seule personne qui semble plus réelle car elle paraît plus humaine puisqu’elle a des qualités et des défauts est Nicci. On est dans sa tête, on suit son raisonnement, on sait pourquoi elle en est arrivée là et on peut la prendre en pitié.

« Ne laisse jamais une fille choisir ton chemin à ta place quand il y a un homme dans son champ de vision. »

 

L’histoire et les thèmes

L’histoire passe par une quête de vérité tout au long des péripéties. Cette quête est associée à une recherche de liberté ainsi qu’à un pouvoir juste qui ne réduit pas les peuples en esclavage et ne les catégorise pas selon certaines caractéristiques. De longues réflexions sont menées à partir de détails que parfois on ne perçoit pas et qui nous obligent à relire le passage pour mieux comprendre les raisonnements qui peuvent être un peu tordus au premier abord.

Les thèmes abordés sont la vérité – ils sont toujours en quête de liberté ; qu’elle soit facile ou pas, c’est leur but ultime : que le monde soit libre et qu’il n’ait à subir aucun joug. Il y a les relations qui se tissent entre les personnages – elles peuvent être amoureuses ou juste amicales –, la confiance : une grande partie du livre est fondée sur la confiance qu’ils s’accordent les uns aux autres que ce soit pour quelque chose qui n’a presque pas d’importance ou pour leur vie.

« Parfois, un truc bien fait est plus efficace que la magie. J’irais même jusqu’à dire qu’un bon truc est de la magie ! »

 

 
Avis personnel
 
C’est un livre qui nous entraîne, après la lecture de plusieurs chapitres. On veut toujours savoir la suite. On est pris par les personnages et le tourbillon d’aventures qui les entraîne. Par contre, ce que je trouve dommage, c’est d’abord, comme je l’ai dit ci-dessus, que les personnages ne sont pas assez approfondis mais aussi qu’on se doute dès le début de comment cela va finir.

J’ai essayé de regarder la série pour la comparer aux livres, mais je n’ai pas du tout accroché. Je trouve qu’elle n’est pas fidèle, à part quelques personnages.

 
Alice S., 2ème année édition-librairie

 

 


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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 07:00

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Alain DAMASIO
Aucun souvenir assez solide
Éditions La Volte, 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

 



Depuis que son ouvrage  La Horde du contrevent a été récompensé du Grand prix de l'imaginaire et du prix Imaginales des lycéens en 2006, Alain Damasio s'est taillé une place de choix dans la littérature de l'imaginaire française. Avec la réécriture de la  Zone du Dehors récompensée du Prix européen Utopiales 2007, il a confirmé cette place. Néanmoins son œuvre de novelliste est moins connue. Avec la sortie de Aucun souvenir assez solide, Damasio corrige le tir et nous livre un recueil de neuf nouvelles parues dans divers magazines et ouvrages collectifs, ainsi qu'un dixième texte inédit paru pour l'occasion. Voici quelques exemples représentatifs de ce qui peut se trouver dans cet ouvrage.



« Les Hauts© Parleurs© »

Les mots ne sont plus libres. Dans leur lente mais implacable marche vers la marchandisation complète du monde, les multinationales sont parvenues à libéraliser le verbe. Dès 1993 où la marque Orange© à été déposée, certains résistants du langage se sont regroupés et organisés au « Château Faible », quelques tours délabrées, à Phœnix.

 

« Les peuplent un petit millier d'anarchistes, d'érudits militants, d'insoumis, de parleurs et de branleurs, d'artistes authentiques ou autoproclamés, de paysans d'appartement, bref de résistants de l'Altermonde, comme nous avions fini par nous baptiser » (p. 12).

 

Parmi eux, les Haut Parleurs, des bretteurs du discours public. Ils tentent par leurs harangues de faire survivre une langue gratuite, de politique et de poésie pleine, par l'utilisation de néologismes, de détournements, de mots non encore privatisés.

Au milieu de cette masse de rhéteurs, Clovis Spassky. Artiste léger, timoré dans le combat, il va s'éprendre éperdument d'un seul et unique mot et fonder son art entier sur celui-ci : le mot chat. Comme ici où il décrit une scène d'amour entre deux chatons, Ile et Aile :

 

«  Elle le chair-chat. Aile le doux-chat, Ile la cou-chat. Aile le tout-chat. Ils étaient comme drap et peau, pattes écoulées sur museau. Ils chat-huttèrent dans une prairie de couette, la hutte devint tanière, chaleur et chalet, datchat, chateau fourré et rond, rond, rond... » (p. 29)

 

Spassky se lance dans une quête, racheter pour son profit seul l'utilisation du mot chat. Par sa petite histoire ce personnage va, comme cela arrive parfois, tracer un nouveau sillon pour la grande Histoire.

Dans cette nouvelle publiée pour la première fois en 2002, Alain Damasio retourne à son premier amour, le thème du combat politique. La Volte de La Zone du Dehors n'est pas loin, et c'est avec sa puissance coutumière que l'auteur critique, annonce et dénonce, incite à la réflexion et au mouvement. Il s'appuie pour cela sur son style incisif, phrasé puissant et torsion du verbe. Les détournements de la langue nous ramènent paradoxalement au sens premier des termes, on s'invente sémanticien et on a l'impression de toucher à l'essence du langage.



« Annah à travers la Harpe »

Annah était une enfant, elle est morte. Son père s'entretient avec le Trépasseur, être mystique capable d'ouvrir un passage vers le monde des morts, afin de la ramener. Une fois préparé, le père plonge dans l'outre-monde. Avec lui nous découvrons un enfer non pas mythologique, mais technologique. Les épreuves sont le reflet de la vie optimisée, mécanico-sécurisée de la petite. Et dans ce cauchemar de câble, de réseaux et d'écrans, le guident les paroles du Trépasseur.

 

« Et devant Annah, indexé sur son champ de vision, il y a bien sûr le ballet des hologrammes […]. L'hologramme des parents, avec nos visages animés et nos vraies voix. Holopapa, holomaman, holochachat ! Holo Ackbar ! Alleluia ! Optionnel, personnalisé et paramétrable, contrôle parental, s'adapte à chaque enfant... C'était notre catéchisme et notre catéchèse. Avant...

– Épluche l'oignon. Va extraire l'humain, à travers l'écorce. Traverse la coque techno. Avec les mains. Épluche et pleure. » (p. 46)

 

« La Divine Comédie » selon Damasio. Une fois encore il pointe du doigt la superposition de la technique aux rapports humains, cette fois-ci à travers l'obsession courante de la sécurisation de l'enfance. En traversant l'enfer, le père commence à percevoir l'enfermement auquel il a, comme les autres, condamné sa fille. La manie du tout-hygiénique, tout protégé, adapté, détruit le principe même de l'enfance. La petite est stimulée, optimisée, calmée avant tout débordement ; quelle place alors pour les mouvements fous des gamins vifs, vivants ?

Et au-delà de la critique, Damasio nous livre une puissante expression du lien familial, de la douleur de la perte. Les épreuves du père ressemblent à un rite de passage à l'âge parental. Sortir de la crainte, sortir du parfait, accepter de voir la vie pousser dans le désordre. On retrouve aussi ce même principe du dépassement de soi qui animait le récit de « La Horde du Contrevent ». Aller au bout. Le père lutte contre ses peurs, ses culpabilités, et affronte l'insupportable pour retrouver sa fille.



« So phare away »

Une ville qui s'alimente elle même. Sur la mer sise, elle se gonfle annuellement de tours d'immeubles supplémentaires par une marée d'asphalte noir. Au niveau de l'eau, les habitants circulent, se meuvent en tout sens, en bateau, en hélice, mais parmi eux des statiques : les Pharistes. Nichées sur leurs tours, leurs lanternes ont été le moyen de communication principal. Aux signaux lumineux des premiers pionniers se sont ajoutés ceux d'une foultitude d'autres communicants, chacun codant dans son langage propre. Lutte pour qui transmet le plus fort, le plus visiblement, mais reniement du sens. Cette masse saturée de messages confus est nommée la nappe. Et la ville pousse dessus.

 Alain Damasio Aucun souvenir assez solide image 01

De plus en plus d'habitants quittent la nappe pour les hauteurs, certains pharistes sont tentés de faire de même, mais les hauteurs créées par la marée sont voulues nettes par la Gouvernance, et les publiciteurs automatiques à énergie solaire sont bien moins coûteux; le métier de phariste se perd.

Au soir d'une marée dont l'amplitude s'annonce exceptionnelle, nous entrons phare à phare dans la peau de plusieurs d'entre eux. Lamproie, briscard de la nappe dont le phare se dresse en première ligne des marées ; Pharniente, observateur cynique et désabusé d'un monde en cours de disparition ; Sofia, liphare, c'est à dire passerelle, passeuse de signal ; et Farrago, phariste amoureux prêt à affronter les vagues d'asphalte pour rejoindre sa douce.

On peut voir dans cette nouvelle une étonnante transcription physique d'internet. La nappe c'est la toile, les pharistes les premiers blogueurs, les premiers artistes du web. Cette histoire est une manière de complainte d’un passé révolu où internet était un espace de création, non encore dominé par les techniques de communication. La quantité de blogs, de pages, de sites créés chaque jour est astronomique. La nappe, masse des messages envoyés, est saturée, « l'infobésité » écrase toute lisibilité. Comment savoir quelle information est importante ? Laquelle nous est destinée ? L'idée se résume bien dans cet extrait d'une tirade de Pharniente :

 

« Dans un monde où tout le monde croit devoir s'exprimer, il n'y a plus d'illumination possible. Rien ne peut être éclairé dans la luminance totale. Il faut beaucoup de silence pour entendre une note. Il faut beaucoup de nuit pour qu'un éclair puisse jaillir, pour qu'une couleur neuve soit perçue, soit reçue […]. Ce qui me terrifie, ce n'est pas ce chaos de clarté qui brouille la ville comme une avalanche de soleils. C'est qu'il n'y ait plus nulle part une seule ombre. Tout est férocement surexposé. Mais rien n'est posé. Ni tranché. » (p. 105)

 

« El Levir et le Livre »

El Levir est un scribe. Il tente, comme tant d'autres scribes avant lui d'écrire le Livre, œuvre du monde, source de toute vie, destiné à n'être lu qu'une fois, dont les mots seront oubliés à peine lus mais dont le sens restera. Il est pour cela guidé par des êtres élémentaires, les Valets du Livre, dont la forme et le discours tendent à se rapprocher de l'humain, sans jamais tout à fait l'atteindre. L'écriture de cet ouvrage est soumise à quatre conditions absolues : tous les deux mots, la taille des lettres devra être doublée. Le scribe a pour obligation de changer de support à chaque mot (papyrus, papier, roche, etc.). Le dernier mot devra être écrit avec de l'encre. Le scribe a libre choix du point final, qui déterminera la puissance de vie libérée. Le non-respect d'une règle entraîne l'intervention du Mètre du Livre, qui mettra fin aux jours du scribe. Par la loi du doublement, l'écriture du livre se révélera rapidement être un travail titanesque, et El Levir devra risquer sa vie pour tenter de l'achever.

 

« Au fur te seront les lettres données sans que la suite ne saches... Libre sera toujours de l'inscription la surface quoique du quintil le dernier mot ne pourra se graver... Après sûrement mourras mais en sachant ce qu'aucun n'a su puisque tel le livre que lu il efface... » (p. 153)

 

Ici Damasio s'appuie sur le mythe du brahmane Sissa qui aurait demandé en récompense de l'invention du jeu d'échecs, qu'on lui offrît autant de grains de riz qu'on en obtiendrait en plaçant un grain sur la première case du jeu, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite en doublant la quantité à chaque fois. La somme totale atteignant des proportions astronomiques. En mêlant cette idée à celle de la rédaction d'un livre, il nous livre un conte sur la notion même d'écriture. Les réflexions d'El Levir sur le sens, l'essence, la forme du Livre, nous apportent un regard sur l'acte de création littéraire en général, sur celle de l'auteur en particulier. Chaque terme est pesé, soupesé, les possibles offerts par chaque phonème sont présentés. On perçoit l'artisan du verbe taillant, polissant le mot brut afin d'en obtenir le meilleur sens.

Toutes les nouvelles de ce recueil ont en commun de présenter le récit du combat d'un individu. Ici on le constate avec les personnages du père d'Annah, d'El Levir, de Farrago et de Spassky, mais cela se remarque aussi dans les six autres où l'on croise un artiste luttant pour chasser sa création, le survivant d'un Paris détruit, un ancien commercial révolté contre un monde où toute rencontre se paie, un homme qui se voit imposer l'omnipotence par un dieu enfant complètement instable, ou encore des enfants qui doivent, s'ils veulent retrouver leurs parents, traverser une ville qui les dissèque.

Dans toutes ces histoires, le ou les protagonistes livrent bataille, traversent et endurent des épreuves afin d'atteindre un objectif. L'œuvre de Damasio est une œuvre de lutte. Le sujet varie mais le combat reste le même. Dans « La Zone du Dehors » les voltés combattaient un système qui terrassait la liberté par le confort, dans « La Horde du Contrevent » les contreurs remontaient un vent toujours plus puissant. Dans ce recueil nous avons la synthèse de ces deux formes. Des nouvelles sont révélatrices ou critiques d'aspects de la société consumériste, d'autres insistent davantage sur la lutte contre soi-même, l'importance de la capacité de se dépasser, de se transcender.

Néanmoins dans les nouvelles plus récentes, on voit poindre un nouveau thème, la famille, la puissance du lien entre individus. Certains de ces récits sont des odes à l'amour, qu'il soit filial ou non. Mais l'auteur ne cède jamais à la sensiblerie. Comme toujours chez lui tout n'est que mouvement et énergie, chaleur et vélocité. Damasio, plus que de la littérature, c'est de la cinétique.


Lionel, AS édition-librairie

 

 

Alain DAMASIO sur LITTEXPRESS

 

damasio horde contrevent

 

 

 

 

Articles d'Émilie et de Jérémie sur La Horde du Contrevent.

 

 

 

 

 

 

 

 

Alain Damasio la zone du dehors 01

 

 

 

 

 

 Article de Leslie sur La Zone du dehors.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 07:00

Neil-Gaiman-L-etrange-vie-de-Nobody-Owens.jpg


 

 

 

 

 

 

 

Neil GAIMAN
L’Étrange Vie de Nobody Owens
Titre Original

The Graveyard Book

Harper Collins, 2008

Traduction

Valérie Le Plouhinec
Albin Michel Jeunesse, 2009
J’ai lu, 2012

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur
         
Né le 10 novembre 19Neil-Gaiman-02.jpg60, à Portchester en Angleterre, Neil Gaiman se passionne très tôt pour la lecture et l’écriture. Il est particulièrement attiré par les comics et la fantasy, mais ses projets d’avenir en tant que scénariste de bande dessinée sont très vite étouffés par son entourage. Au début des années 1980, il se lance dans le journalisme (il a notamment travaillé au sein des journaux The Observer et The Sunday Times) : il réalise alors des interviews et rédige des critiques d’oeuvres littéraires. Cette entrée dans le monde du journalisme a un but avoué : établir des relations qui puissent lui permettre d’être un jour publié. En 1984, il tombe sur certains épisodes du comic Swamp Thing (La Créature du marais), scénarisés par Alan Moore. La passion enfouie refait surface et il scénarise alors pour Eclipse Comics, puis pour 2000 A.D., un hebdomadaire orienté vers les comics (il s’est entre-temps lié d’amitié avec Moore). Il écrit ensuite trois romans graphiques avec son ami de toujours, Dave McKean, auteur du remarqué Violent Cases. DC Comics l’engage alors pour écrire les aventures de Black Orchid, une super-héroïne, puis lui propose de réécrire une vieille série : Sandman. Les dix volumes qu’il écrit de 1988 à 1996 lui apportent la gloire et la reconnaissance. La publication et la réception en 1996 de son roman Neverwhere confirment son succès. En 2002, il reçoit le prix Hugo (le prix le plus prestigieux en matière de littérature fantastique ou de science-fiction) pour son roman American Gods. Il le reçoit une seconde fois en 2003 pour son roman court  Coraline, puis une troisième fois pour L’Étrange vie de Nobody Owens. Neil Gaiman continue à écrire et la publication française de son prochain roman, The Ocean at the End of the Lane, est prévue pour 2013.

 

                                                                        
 

Son œuvre

Lorsque DC Comics lui a demandé de réécrire la série Sandman, la consigne était claire : il avait toute liberté dans le travail de réécriture. Cette renaissance devait être tirée de son ressenti, de sa vision des choses. Tout était entre ses mains. C’est à cette époque qu’il a posé les premières pierres de cet univers si particulier qui est le sien. Car Neil Gaiman est avant tout un conteur, que ce soit d’un point de vue strictement narratif ou lorsqu’il s’agit de trouver l’inspiration. Sandman, par exemple, est une série de contes qui empruntent de nombreux éléments à la mythologie, qu’elle soit nordique, celte, arabe, grecque, égyptienne, romaine ou encore japonaise. Ce talent de conteur est le fondement même de son œuvre mais c’est avec son roman  Neverwhere qu’apparaissent les autres éléments principaux de ses écrits et de son univers : la notion de quête et celle de frontière entre les mondes. Dans ce roman, le protagoniste découvre l’existence d’un Londres d’En Bas, souterrain, peuplé par une société magique, et c’est à travers ce monde qu’il suivra la jeune fille dont il a sauvé la vie et qui lui a fait découvrir ce nouveau Londres. Stardust met en scène un village anglais dans lequel se trouve un mur percé d’une porte donnant accès au monde des fées, monde dans lequel le protagoniste devra se rendre à la demande de la fille qu’il aime.  Coraline nous présente une jeune héroïne qui emménage dans une nouvelle maison puis découvre une porte conduisant à un monde parallèle, exacte réplique du sien mais un peu plus « bizarre ». Entremonde monte encore d’un cran puisque le jeune héros, un garçon on ne peut plus ordinaire, se découvre un jour la faculté de marcher à travers les univers parallèles au sien. L’Étrange vie de Nobody Owens ne fait pas exception et la frontière sépare cette fois le monde des vivants de celui des morts. Ce conte initiatique baigne dans une ambiance tout à la fois poétique et légèrement macabre, ambiance qu’on trouvait déjà dans Coraline. On retrouve donc dans ce roman, l’un de ses plus aboutis d’un point de vue narratif, tous les éléments fondateurs du style de l’auteur, ce qui fait de ce livre l’une des pierres angulaires de son œuvre

 

Bref résumé

Nobody Owens avait un peu plus de deux ans lorsque ses parents et sa grande sœur ont péri sous la lame du Jack, un mystérieux tueur aux sombres motivations. La nuit du drame, il parvient à s’échapper et trouve refuge dans un cimetière où il est recueilli par les Owens, un couple de fantômes qui décident de l’élever en compagnie de Silas, être ni vivant ni mort, qui se propose d’être le tuteur du jeune garçon. En compagnie des fantômes qui hantent le cimetière, il grandit et apprend. Mais le bonheur s’avère être de courte durée, car le Jack veut terminer la tâche commencée plusieurs années auparavant, et il est maintenant temps pour Nobody d’aller l’affronter. À l’extérieur.

  

Analyse
 
L’Étrange vie de Nobody Owens, même s’il s’inscrit dans une dimension fantastique évidente, est avant tout un roman d’apprentissage. C’est cette notion d’apprentissage, d’initiation, qui apparaît en filigrane sous la trame du récit. On ne sait rien du jeune héros avant la nuit qui le laisse orphelin, le titre du premier chapitre donnant tout de suite le ton : « Comment Nobody vint au cimetière ».
 
Sa vie commence donc la nuit de son adoption par les Owens, avec un acte symbolique s’il en est : trouver un prénom pour le nouveau venu. Tandis que chaque « habitant » du cimetière, ou presque, y va de sa proposition, prétextant une quelconque ressemblance avec un lointain ancêtre, Mme Owens finit par trancher, rejointe par Silas, futur tuteur de l’enfant :

 

« — Il ne ressemble à personne d’autre qu’à lui-même, dit-elle d’une voix ferme. Il ne ressemble à personne.

— Alors va pour Personne, dit Silas. Nobody. Nobody Owens. » 

 

Cette première étape est claire : l’enfant est unique, tout comme chacun de nous. Peu importe les ressemblances ou la filiation, c’est ce caractère unique qui permet à chacun de lancer sa propre aventure, sa propre destinée.

 

Après les événements de cette fameuse nuit, on retrouve notre héros environ quatre ans plus tard. Cette ellipse est annonciatrice de la structure narrative du roman, qui n’a rien de linéaire, mais est au contraire composée des péripéties qui jalonneront le parcours du jeune Nobody et le feront grandir. Le lecteur partagera donc les événements marquants de son enfance de manière chronologique, les ellipses nous laissant supposer que le reste du temps, son quotidien est celui d’un enfant « normal ».
 
Tout d’abord, sa rencontre avec Scarlett, une enfant de son âge, qui constitue son premier contact avec le monde extérieur et avec qui il découvre la notion d’amitié. Lors de sa rencontre avec La Vouivre, une créature enfermée dans la colline qui abrite le cimetière, il prend d’ailleurs conscience qu’une telle amitié est parfois utile pour vaincre ses peurs.
 
Quelque temps plus tard, tandis que Scarlett a déménagé et que Silas doit s’absenter pour plusieurs semaines, il est laissé aux soins de Miss Lupescu, une lycanthrope chargée de son éducation. Il déteste cette femme, qui incarne l’apprentissage scolaire dans ce qu’il a de plus pénible et qui lui rappelle en permanence le vide laissé par son tuteur, réaction enfantine commune. Pendant cette période, il commet l’erreur de se laisser entraîner dans le monde des goules, et il faut l’intervention risquée de Miss Lupescu pour le tirer d’affaire. Cette aventure change radicalement ses sentiments à l’égard de son enseignante, et une très forte complicité naît alors entre eux. Elle lui permet surtout de grandir et de constater que si certains adultes ont parfois un rôle qui les rend antipathiques, cela ne les empêche pas d’être prêts à tout pour aider et protéger les autres. Il prend également conscience que Silas n’est pas une exception parmi les adultes (son tuteur est son seul véritable ami), et que tous ne sont pas des tyrans destinés à lui dicter sa conduite.

 Il rencontre ensuite le fantôme de Liza Hempstock, une jeune sorcière enterrée en terre non consacrée, sans pierre tombale, à côté du cimetière. La situation du jeune fantôme et sa tristesse font naître une forte empathie chez le jeune garçon, à tel point qu’il prend le risque insensé de s’aventurer en dehors du cimetière sans y être préparé pour remédier au problème de pierre tombale de Liza, ce qui ne manque pas de le plonger dans une situation dangereuse dont il se sort grâce à la sorcière, touchée par sa démarche. Là encore, il en tire un enseignement : peu importe le bon sentiment qui nous anime, un acte stupide reste un acte stupide. Ce qui lui paraît simple dans le cimetière ne l’est plus une fois à l’extérieur, et chaque acte a ses conséquences, qu’il lui faut affronter sans fuir. Chose à laquelle il n’était pas habitué dans le cimetière.
 
Un événement en particulier se révèle être important dans son évolution et dans sa compréhension du monde : la « Danse Macabre ». Lorsqu’il arrive qu’une floraison d’hiver s’épanouisse dans le cimetière, alors à la nuit tombée, les fantômes sortent à la rencontre des vivants et dansent avec eux une partie de la nuit. Une fois le bal terminé, lorsque Nobody essaie d’en parler avec un des fantômes de son cimetière, celui-ci lui répond :

 

« — Les morts et les vivants ne se mélangent pas, mon garçon, dit Josiah Worthington. Nous ne sommes plus de leur monde, et ils sont étrangers au nôtre. Si d’aventure nous dansions avec eux la Danse Macabre, la danse de la mort, nous n’en parlerions point entre nous, et encore moins avec les vivants.

— Mais je suis des vôtres.

— Pas encore, mon garçon. Pas de toute ta vie. »

 Nobody comprend à ce moment-là pourquoi il a dansé dans la troupe des vivants et non au côté des morts. Il prend pleinement conscience que malgré le fait qu’il vive parmi les fantômes et qu’il les considère comme sa famille, il n’appartient pas encore à leur monde mais bel et bien à celui des vivants. Il sait alors qu’il ne peut passer son existence entière dans le cimetière comme il le veut, qu’il lui faudra un jour se séparer d’eux tous, vivre véritablement sa vie et attendre le moment de sa mort pour les rejoindre.
 
Une des dernières étapes de son apprentissage consiste à sortir du cimetière pour fréquenter l’école locale, selon son souhait. Malgré les consignes de discrétion prodiguées par son tuteur, tout ne se déroule pas comme prévu. Témoin du racket de certains écoliers par un couple de brutes un peu plus âgées, Nobody décide de s’exposer pour mettre fin à ce qu’il considère comme quelque chose de profondément mauvais. Mais il découvre vite que vouloir faire le bien, et rétablir un semblant de justice, n’est pas un acte simple (ni reconnu à sa juste valeur dans le monde extérieur) puisqu’en voulant punir les deux brutes, il se plonge dans les ennuis jusqu’au cou, jusqu’au point de vouloir fuir du cimetière pour échapper à la colère de Silas qui le tirera néanmoins de ce nouveau mauvais pas.

 Le dénommé Silas incarne d’ailleurs, à bien des égards, la véritable figure parentale pour le jeune héros. Bien que l’ayant adopté, Mr et Mme Owens ne sont que rarement présents durant l’intrigue. Silas est celui vers qui Nobody se tourne lorsqu’il s’interroge sur ses origines, sur l’homme qui a tué sa famille, sur son avenir au sein du cimetière, sur sa possible vie à l’extérieur ou encore lorsqu’il rencontre des conflits moraux et qu’il s’interroge sur ses actes et leurs conséquences. Mais, et c’est là l’aspect le plus intéressant de leur relation, Silas n’est présent que lorsque Nobody cherche conseil ou réconfort. Il n’intervient jamais dans les décisions du garçon et semble au contraire le laisser commettre ses propres erreurs ou construire ses réussites. L’exemple le plus flagrant est sans nul doute le moment où le jeune héros se retrouve enfin face à face avec le meurtrier de sa famille. Silas est alors absent bien qu’il ait pressenti l’imminence de cette confrontation. Comme s’il voulait que Nobody affronte seul cet ultime adversaire avant son « entrée » dans le monde des vivants. C’est d’ailleurs ce qui se passera puisque le garçon parviendra à vaincre le Jack, pas tout à fait seul puisqu’il recevra « l’aide » de Scarlett, revenue s’installer entre-temps en ville. Notre héros laisse alors derrière lui le cimetière et ses habitants pour aller explorer le monde.
 
Entre la nuit qui a vu périr ses parents et celle qui a vu le Jack disparaître à jamais, il se sera donc écoulé treize ans. Treize années au cours desquelles le lecteur côtoie Nobody, le voit grandir et évoluer, se tromper, faire l’apprentissage de la nature humaine et de ce qu’elle implique. Car malgré l’attachement qu’il porte au cimetière et à ses habitants, il doit regarder la vérité en face : son existence est celle d’un vivant et non d’un mort. Cet aspect du récit est d’ailleurs traité avec beaucoup de poésie et une touche d’humour. Car ce que nous voyons du monde des morts, nous le voyons à travers les yeux du jeune garçon. Au travers du prisme de son innocence, la vie du cimetière nous apparaît toujours rythmée et joyeuse. Et c’est cette poésie qui fait de ce livre une véritable réussite.

 

Mon avis
 
L’Étrange vie de Nobody Owens reste pour moi une référence dans le domaine du fantastique. Et ce sentiment est en grande partie dû à l’incroyable talent de son auteur. Neil Gaiman, comme je l’ai dit plus haut, est avant tout un véritable conteur. Et c’est ce talent si particulier qui ressort en permanence dans le récit, un fin mélange de poésie et de macabre, de drôle et d’effrayant. L’intrigue touche à l’aventure, au fantastique et à la quête initiatique. Un subtil mélange des genres qui vient étoffer le récit lui-même. L’écriture est fluide et parsemée de traits d’humour (les fantômes sont souvent évoqués avec leur épitaphe : « Le docteur Trefusis (1870-1936, Qu’il renaisse dans la gloire) l’examina et diagnostiqua une simple foulure. »). Voilà pour moi les éléments qui font de ce livre un incontournable pour les aficionados du genre.


Mehdi, AS édition-librairie

 

 

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Neil Gaiman neverwhere couverture

 

 

 

Article de Laure sur Neverwhere.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 07:00

Orson-scott-card-le-prophete-rouge.gif

 

 

 

 

Orson Scott CARD

Les Chroniques d’Alvin le faiseur

 tome 2 : Le Prophète rouge

titre original

Red Prophet

Première édition Tor Books, 1988

traduction de Patrick Couton

L’Atalante, 1992

Intégrale : L’Atalante, 1996

Folio SF, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Orson Scott Card est un romancier américain né en 1951. Il commence à écrire en 1977. Auteur prolifique reconnu dès les années 1980, il a plusieurs fois été récompensé depuis pour ses œuvres de fiction et de fantasy (prix Nébula, prix Hugo, prix John Campbell Mémorial, prix World Fantasy, Prix Cosmos 2000). Le Prophète rouge, sortie en 1988, a été salué par le prix Locus.

 

Le Prophète rouge est le second tome des Chroniques d’Alvin le faiseur, une série qui relate les péripéties initiatiques du héros éponyme.

 

Cette uchronie  se déroulant au XIXème siècle s’ancre dans une Amérique merveilleuse où les grands bouleversements historiques tirent leur origine des talents cachés de chacun des acteurs. La grande Histoire s’y construit à partir des recoupements de multiples destins particuliers dont certains sont passés à la postérité. Toute la beauté de cette œuvre réside dans la finesse de la liaison entre le fabuleux et le réel qui donne une causalité poétique aux événements, une profondeur incontestable aux personnages et enrichit la mythologie associée aux figures célèbres qui peuplent les coulisses de l’histoire car l’auteur les a librement réinterprétés pour notre plus grand bonheur.

 

Alvin est mis au monde par une nuit d’orage dans l’auberge de la famille de Peggy. La petite fille est une torche, elle a le don de voir les multiples avenirs possibles. Lui est le septième fils d’un septième fils ce qui lui confère un pouvoir subtil mais hors du commun et fait de lui une cible de choix pour le Défaiseur, entité voulant plonger le monde dans le chaos pour l’anéantir. Les deux enfants sont liés par le destin. Dans le premier tome, la fillette veille à distance sur le petit garçon dont elle a repéré les facultés.

 

Au commencement du Prophète Rouge Alvin a dix ans et sa rencontre avec Lolla-Wossiky va changer leurs vies. Le pouvoir de cet Indien notoirement alcoolique est l’empathie, qui fait de sa vie un enfer depuis qu’il a assisté, enfant impuissant, au meurtre de son père par un Blanc. Le « bruit noir » de la détonation du revolver résonne encore dans son esprit des années après, l’obligeant à boire pour atténuer la douleur. Miraculeusement guéri par Alvin, il va entraîner l’enfant dans un voyage dans les terres indiennes de l’Amérique pour unifier les tribus rivales autour de son frère, le respecté et redoutable Takumsaw, contre l’envahisseur blanc. Orson Scott Card met en scène une alliance qui mène à une mémorable et sanglante bataille : Tippi-cannoe, dont les historiens actuels disent qu’elle aurait radicalement transformé l’Histoire des Indiens d’Amérique s’ils l’avaient gagnée. Si Alvin avait réellement existé, l’issue de la bataille en aurait-elle été changée ?

 

 Chaque Indien a un totem, un animal avec qui il a un lien, une relation d’influence. Lolla-Wossiky vient de voir la lumière du sien et la suit ce qui le conduit à s’introduire dans la maison d’Alvin. Lui qui n’y croyait plus, qui pensait s’être coupé de son peuple par sa soumission aux colons blancs qui lui fournissent l’alcool  qui le soulage de ses mots, voit enfin une issue à son calvaire. Un moyen de se racheter une conduite, de retourner vers son peuple. Mais il ne sait pas ce qui l’attend. (p. 129-138).

 

Lolla-Wossiky est un personnage ayant réellement existé. sa description donnée par Orson Scott Card cadre avec ce que l’on sait du personnage qui était effectivement borgne et alcoolique. Sa légende veut qu’il ait failli mourir et que durant le temps où il a été inconscient il ait eu une vision. Cette vision appelant à l’unification des différentes tribus indiennes pourtant farouchement rivales autour d’un intérêt commun : la conservation de leur territoire. Tekumsaw est décrit par les militaires de l’époque comme le plus grand chef de guerre indien de l’Histoire. Ce point de vue est partagé par les indiens. Quelle que soit la façon dont cela s’est fait, il est avéré que  Tekumsaw et son frère ont réussi un exploit qui ne s’était jamais produit et ne s’est pas reproduit depuis en constituant leur fédération. De brillants succès militaires ont laissé poindre une lueur d’espoir quant au succès de l’entreprise. Mais la bataille de Tippi-cannoe a mis fin  au rêve, cela à cause d’une erreur stratégique de la part de la fédération qui dans sa précipitation et son inquiétude face au déploiement ennemi s’est lancée dans la bataille alors que son stratège principal, Tekumsaw, était absent. La transformation spectaculaire de Lolla-Wossiky, qui était a priori méprisé par ses compatriotes, en prophète influent parmi les chefs de tribu n’est pas expliquée. Si les capacités guerrières de son frère sont connues et expliquent le respect et l’écoute qu’il a pu recevoir, l’importance qu’a pris le prophète peut paraître surprenante et on félicitera l’initiative de l’auteur d’exhumer cette histoire énigmatique qui soulève des problèmes de conscience encore aujourd’hui.

 

Pour de plus amples explication sur les faits historiques je vous renvoie au documentaire d’Arte « Terre indienne, la vision de Tecumseh » en 2 parties diffusé le 25 août 2012 :

 

http://www.dailymotion.com/video/xmev6c_terres-indiennes-la-vision-de-tecumseh-1-2_news

 


 Les Chroniques d’Alvin le faiseur comptent 7 tomes :

  • Le septième fils traite de l’installation des colons en Amérique à travers l’histoire de la famille d’Alvin dans son enfance ,
  • Le Prophète Rouge,
  • L’Apprenti, où Alvin devenu apprenti forgeron dans le village où il est né rencontre Peggy,
  • Le Compagnon, où le petit frère d’Alvin, septième fils lui aussi, du fait de la mort précoce d’un de ses frères laisse éclater sa haine pour le fils prodige et rallie le Défaiseur (on soulignera l’apparition de Napoléon et de Balzac qui se rangent du coté de Calvin) ,
  • Flamme de vie, qui aborde le sujet de l’esclavage et permet l’introduction du personnage d’Abraham Lincoln, avocat encore peu connu mais apprécié et talentueux 
  • et  La Cité de Cristal, dernier volet où pèse l’ombre de la guerre de Sécession.

 

Le thème de l’enfant aux potentialités extraordinaires est récurrent chez cet auteur qui prend plaisir à mettre en scène de jeunes héros en formation comme Alvin, Ender et Bean. Il a dédié un cycle à chacun  d’eux.

 

  • Le Cycle d’Ender, dont deux tomes ont été primé consécutivement, ce qui ne s’était jamais vu, met en scène l’éducation du héros éponyme. Dès son plus jeune âge, il est repéré pour devenir le commandant des forces terriennes dans leur combat contre une invasion extraterrestre décisive pour le sort de l’humanité. À six ans il est envoyé dans une école spatiale spartiate où aucun sévice ne lui sera épargné. De leur côté, son frère et sa sœur, surdoués comme lui mais ayant été refusés, l’un pour sa violence, l’autre pour sa douceur, décident de devenir chroniqueurs politiques sous pseudonyme et influencent l’opinion publique sur les réseaux sociaux.
  •  La Saga des ombres se déroule dans le même univers mais se focalise sur Bean, officier de neuf ans sous les ordres d’Ender (qui en a onze). Le récit débute avec l’enfance chaotique du jeune garçon et donne un éclairage particulier aux événements du Cycle d’Ender.

 

Ce qui est frappant dans l’écriture d’Orson Scott Card n’est pas la qualité littéraire de son texte mais la simplicité de celui-ci car il retranscrit le regard de l’enfant qui grandit, de ses incompréhensions, ses frustrations et ses joies avec une sincérité qui pénètre. Alvin est candide, inconscient des forces qui le menacent tandis qu’Ender est caractérisé par sa lucidité dans l’adversité mais tous deux se distinguent par leur volonté qui les pousse à dépasser leurs limites.

 

Le style du passage où figure l’extrait cité plus haut est plutôt haché, ce qui permet à l’auteur de sauter du point de vue d’un personnage à celui d’un autre en reliant deux discours intérieurs parfois dans le cadre d’une même phrase. Ses descriptions franches sont sans concession, le récit prend alors parfois des allures de conte, d’autant que le potentiel haïssable des personnages historiques antagonistes est volontairement gonflé par l’auteur qui le précise en début d’ouvrage. Les visions et malédictions lancées par les personnages y contribuent aussi. Je pense ici à la malédiction lancée par le prophète au gouverneur Harrison qui pour ses meurtres voit ses mains se tacher d’un sang qui ne peut être lavé que par le récit de ses crimes à chaque étranger qu’il rencontre.

 

 

 

Orson Scott Card publie également des romans en tome unique comme Enchantement qui exploite le conte de la Belle au bois dormant en intégrant des voyages dans le temps et des personnages du folklore russe tels que Baba Yaga. Yvan, Américain d’origine russe rentre dans son pays et est projeté dans le passé où il réveille Katharina, princesse gardée par le dieu Ours sur ordre de la sorcière. Les deux personnages apprendront à se supporter puis à s’aimer en se confrontant consécutivement à leurs propres appréhensions et à celles de l’autre en voyageant dans les deux époques.

 

Pour plus de détail concernant la bibliographie de l’auteur : http://noosfere.com/heberg/fbeurg/card.htm

 

 


Amandine Bettin, AS édition-librairie 2012-2013

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 07:00

catherine-fisher-Incarceron-2.jpgcatherine fisher incarceron



Catherine FISHER
Incarceron
 et Incarceron tome 2 :  

Le Cygne noir
traduit de l'anglais
par Cécile Chartres
Pocket Jeunesse,

juin et octobre 2010

 

 

Catherine Fisher est née en 1957 à Newport, au Pays de Galles. Passionnée par la mythologie, elle commence sa carrière en tant qu'enseignante et archéologue. Elle donne régulièrement des conférences à l'université de Glamorgan sur l'écriture pour les enfants. Elle anime aussi de nombreux débats sur la littérature entre professionnels du livre.

Reconnue comme écrivain, elle est aussi un poète dont l'œuvre est publiée dans de nombreuses anthologies. En 1989, elle reçoit le Welsh Art Council Young Writers Prize après la création de sa collection « Immrama », ce qui signifie en vieil irlandais « voyage vers les îles ». Elle remporte ensuite le Cardiff International Poetry Competition en 1990.

    Elle commence à écrire des romans de fantasy pour adolescents au cours des années 1990, et a aujourd'hui dix-neuf titres à son actif, qui ont été traduits dans dix-sept langues. Malgré les nombreuses nominations et les récompenses, le succès arrive en France seulement en mai 2005 avec la trilogie L'Oracle, qui mêle mythologies grecque et égyptienne avec aventure. Cette série a été sélectionnée par le Whitbread Children's Books prize, et est considérée aujourd'hui comme un bestseller.



Incarceron et Le Cygne noir sont les derniers opus de Catherine Fisher. L'élite d'une société futuriste a décidé de bloquer le temps et d'imiter la vie du XVIIe siècle. De hautes technologies permettent de maintenir la supercherie en place, mais rien ne doit apparaître. Les gens prétendent vivre dans une époque falsifiée où les classes dominantes règnent, et tous ceux qui ne cadrent pas avec ce décor sont envoyés dans Incarceron, un programme sous forme de prison dont personne ne revient.

« Plus que tout, nous interdisons le Temps. À partir de maintenant, plus rien ne doit changer. »

Finn est prisonnier dans Incarceron ; cette dernière est censée s'occuper de ses habitants, mais se révèle être un enfer où la loi du plus fort dicte la conduite de chacun. Finn ne se rappelle pas comment il y est entré mais de mystérieux rêves le poussent à vouloir à tout prix s'enfuir de ce cauchemar.

Claudia est son parfait opposé. Fille du directeur de la prison, son avenir lui promet des jours radieux en tant que princesse de l'Extérieur. Sauf qu'elle n'a pas choisi son destin, et ne rêve que de fuir cette mascarade dans laquelle elle vit.

L'avenir de ces deux personnages est bouleversé lorsque chacun découvre une clé qui leur permet de communiquer. Ensemble, ils découvrent un à un les secrets de la prison, et cherchent à échapper au sombre avenir qui les attend.

Mêlant complots, recherches, violents combats dans Incarceron ou à l'Extérieur, cette quête de liberté permet de découvrir des mondes inconnus, peuplés de symbiotes, de forêts métalliques, de dieux imaginaires. Catherine Fisher dénonce le totalitarisme, l'abandon de certaines populations à la pauvreté, mais aussi les croyances aveugles en créant le mythe de Sapphique, homme idéalisé par les habitants de la prison, qui aurait pu s'enfuir mais dont l'existence est incertaine.

Mais la véritable question que posent ces romans est de savoir quelle est la vraie liberté : vivre dans un monde où la survie est le but de tous, ou vivre bloqué dans une époque ? Et une fois cette liberté obtenue, est-elle pour autant acquise ?


Alice, 2e année éd.-lib.

 

 

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 07:00

Erik-L-Homme-Phaenomen.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Erik L’HOMME
Phaenomen
Gallimard jeunesse, 2006

Folio junior, 2008



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

 

Erik L’homme est un auteur français né à Grenoble le 22 décembre 1967, connu pour ses œuvres en littérature jeunesse. Il a travaillé notamment avec l’écrivain Pierre Bottero, auteur de la saga Ewilan, sur une série toujours en cours A comme Association.

Erik L’homme a rencontré le succès avec sa trilogie Le livre des étoiles, vendu à 650 000 exemplaires en France et traduit en 26 langues.

 

Bibliographie

Le Livre des étoiles
Tome 1 : Qadehar le sorcier, Gallimard Jeunesse, Paris, 2001
Tome 2 : Le Seigneur Sha, Gallimard Jeunesse, Paris, 2002
Tome 3 : Le Visage de l'ombre, Gallimard Jeunesse, Paris, 2003

Maîtres des brisants
Tome 1 : Chien-de-la-lune, Gallimard Jeunesse, Paris, 2004
Tome 2 : Le Secret des abîmes, 2005, Gallimard Jeunesse, Paris
Tome 3 : Seigneurs de guerre, Gallimard Jeunesse, Paris, 2009

Contes d'un royaume perdu, 2005, Gallimard Jeunesse

Phænomen
Tome 1, 2006, Gallimard Jeunesse
Tome 2, 2006, Gallimard Jeunesse
Tome 3, 2006, Gallimard Jeunesse

 Des pas dans la neige, aventures au Pakistan, 2010, Gallimard Jeunesse

 

 

A comme Association
Les limites obscures de la magie, 2010, Gallimard Jeunesse et Rageot Editeur
La pâle lumière des ténèbres (écrit par Pierre Bottero), 2010, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
L'étoffe fragile du monde, 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Le subtil parfum du soufre (écrit par Pierre Bottero), 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Là où les mots n'existent pas, 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Ce qui dort dans la nuit, 2011, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Car nos cœurs sont hantés, 2012, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur
Le regard brûlant des étoiles, 2012, Gallimard Jeunesse et Rageot Éditeur (à paraître)

 

 

 

Phaenomen

L’histoire

Violaine, Claire, Nicolas et Arthur sont quatre adolescents à problèmes, ou du moins c’est ainsi que les catégorisent les gens de la clinique où ils sont enfermés, à cause de prétendues maladies d’ordre psychologique : Violaine voit des dragons associés à chaque persone et s’est créé un chevalier pour les affronter ; le cerveau d’Arthur emmagasine chaque information à laquelle il est confronté ; les yeux de Nicolas sont ultra-sensibles ;  Claire ne cesse de se cogner à chaque effort et présente un sérieux problème d’équilibre.

Ils sont abandonnés par leurs parents, par les médecins et seul le Doc’, qui ne les traite pas encore comme des fous, tente de les aider. Grâce à ce soutien et à une amitié à toute épreuve, les quatre adolescents finissent par comprendre qu’ils ne sont pas déments mais disposent de dons extraordinaires. Violaine peut en réalité contrôler les autres en amadouant leur dragon, Claire est une sylphide, Nicolas a une vision infrarouge et Arthur est doté d’une intelligence redoutable quand il l’allie à ses capacités de mémorisation. Enfin, ils peuvent apprendre à se faire confiance… Jusqu’à ce qu’une nouvelle catastrophe vienne ébranler le petit groupe : le Doc’ se fait enlever par trois hommes en noir. Désireux de sauver le seul homme qui ait jamais cru en eux, les adolescents se lancent dans une quête destinée à découvrir ce que cachait le brave médecin, ce secret que cherchent à récupérer les hommes en noir. S’engage alors une course-poursuite haletante à travers toute la France, où les héros ne pourront compter que sur leurs pouvoirs et leur débrouillardise pour échapper aux kidnappeurs.



Les personnages

La grande force d’Erik L’homme est d’avoir déjoué tous les clichés habituellement présents dans les récits fantastiques pour adolescents : le meneur du petit groupe d’adolescents n’est autre que Violaine, qui s’avère avoir un caractère bien trempé. Claire, qui est présentée comme la plus fragile du groupe physiquement parlant, est en réalité la plus lucide sur leurs pouvoirs et dispose d’un grand potentiel offensif, comme son amie, alors que les capacités des garçons ne peuvent être utilisées en combat. Les situations sont inversées, les filles devenant les chevaliers protecteurs tandis que Nicolas et Arthur sauront être les soutiens psychologiques du groupe.

Les héros ne sont pas les seuls personnages intéressants de l’histoire : les trois kidnappeurs, qui répondent au nom de Clarence, Matt et Augustin, sont également travaillés de manière à échapper aux habituelles figures-types de méchants. Clarence surtout, le chef de la bande, est présenté comme un chasseur ravi d’avoir enfin trouvé des proies à la mesure de son talent. Mais le penser comme un monstre sanguinaire serait une erreur car, comme l’auteur nous l’explique dans les tomes deux et trois, Clarence a un comportement qui le place bien au-delà d’une logique Bien/Mal aux frontières purement arrêtées. Il est mû par une logique purement humaine, mêlant l’intérêt à ses sentiments personnels : on peut donc affirmer que ce personnage dispose de convictions fortes, auxquelles il ne saurait déroger.



Les thèmes

L’histoire de Phaenomen s’articule autour d’un secret, que l’on découvre à la fin du premier tome et qui ne prendra son sens qu’à la fin du tome trois. Ce secret, s’il peut paraître simplement déroutant au premier abord, cache en réalité un vaste complot politique : Erik Lhomme repense à sa manière la théorie du complot, et len particulier celle du gouvernement américain dirigé par une société dans l’ombre. Il introduit un élément perturbateur dans une machinerie apparemment sans faille : ces quatre adolescents insaisissables, qui entraîneront dans leur sillage un mercenaire, Clarence, à la famille gênante.

Au-delà du secret, ce sont avant tout ces quatre adolescents livrés à eux-mêmes qu’on apprend à connaître, dont on partage la quête d’identité. Le thème est récurrent dans les récits destinés à cette tranche d’âge, puisque nous sommes tous soumis pendant cette période à des interrogations sur notre devenir. La différence notable avec Violaine et ses amis est qu’eux ne peuvent pas s’en sortir sans livrer un combat titanesque, contre une organisation puissante, contre un monde fermé à leur existence et contre eux-mêmes. L’auteur exprimera d’ailleurs d’une façon sublime la résolution de ce combat, en proposant deux fins, l’une tragique et l’autre qui nous laisse bercé d’un espoir tenace.

La notion de clivage entre le bien et le mal est également présente au travers des relations entre les personnages. D’un côté, le lecteur suit les aventures de Violaine, Arthur, Claire et Nicolas, qui ne sont encore que des enfants et n’ont pas encore subi la corruption des adultes. Ils sont jeunes, animés d’une volonté de découvrir la vérité sur leurs pouvoirs. Dans leur logique d’enfants, ils sont encore très affectés par la morale, et doivent faire face à des cas de conscience lorsqu’ils agissent « mal » selon leurs critères.

De l’autre côté, le récit s’articule autour d’adultes animés par la soif de pouvoir, d’argent et de satisfactions personnelles. C’est à cause d’une blessure à l’égo qu’Augustin, un des sous-fifres de Clarence, n’hésite pas à œuvrer pour causer la mort des enfants. D’un autre côté, c’est ce même égo qui fera de Clarence un allié des enfants, alors qu’il était clairement perçu comme le « méchant » du premier tome. Aucun problème de conscience face à leurs actes, la réalité l’emporte sur la morale.

Cette rencontre entre ces deux points de vue nous rappelle une réalité ni blanche, ni noire. Mais  pour nos héros, vivre dans un monde où leurs valeurs les plus chères sont bafouées par les êtres en qui ils avaient le plus confiance (leurs parents, le docteur) est tout simplement impossible.

Il est intéressant de noter qu’en conclusion de l’histoire, Clarence lui-même voudra changer ce monde sans morale, adhérant ainsi aux principes des enfants. Il semble néanmoins admis que ce changement ne se fera pas en douceur, et qu’il faudra se salir les mains pour y arriver.



Un vrai coup de cœur

Phaenomen a été mon coup de cœur du début de l’année 2012. Je connaissais déjà la fameuse trilogie Le livre des étoiles d’Erik L’homme, mais je ne m’étais encore jamais intéressée à ses autres titres.

Avec Phaenomen, j’ai découvert un trait qui se fait rare chez les auteurs de fantasy et fantastique français : l’élaboration de personnages dits « méchants » vraiment construits, avec une psychologie forte. On a un véritable sentiment de malaise « face » à Clarence, on ressent la menace que représente cet homme à travers les mots d’Erik L’homme.

L’histoire en elle-même est très intéressante, puisque des éléments de fantasy sont intégrés à notre monde, créant une ambiance fantastique angoissante. Comme les héros, on se sent étranger à cette réalité qui est pourtant la nôtre, attiré par un autre monde où la magie ne serait pas qu’illusion. Phaenomen est un livre dans lequel chacun saura se retrouver, car nous sommes tous en quête de ce qui fait notre identité.


Mathilde, AS Éd.-lib.

 

 

Erik l'HOMME sur LITTEXPRESS

 

erik l homme des pas dans la neige

 

 

 

Article de Flore sur Des pas dans la neige ; aventures au Pakistan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 07:00

Terry-Pratchett-pyramides.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Terry PRATCHETT
Pyramides
Titre original
Pyramids
Traducteur
Patrick Couton
Éditeur : Pocket
Collection Pocket Fantasy, 1998



Il s’agit du septième livre
des Annales du Disque Monde.





L’auteur

Terry Pratchett est né en 1948 dans le Buckinghamshire. Son hobby serait, selon ses dires, la culture des plantes carnivores. Il a publié sa première nouvelle et son premier roman en 1971. C’est en 1983 que paraît le premier roman de la série Les Annales du Disque-Monde. Grâce au succès de cette série, une adaptation en série a été faite et des produits dérivés ont été créés. En 2007, il a appris qu’il était atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer ; depuis il a entamé une procédure de suicide assisté.



Résumé

C’est lors de l’examen du concours final de la Guilde des Assassins que le roi Teppicymon XCXVII, souverain du pharaonique royaume du Disque-Monde, meurt. Teppic, son fils, qui est en train de passer le concours n’a plus le choix, il est obligé de prendre sa suite. Mais il ne veut pas la prendre tant qu’il n’a pas passé l’examen final et, selon la rumeur, on n’a qu’une chance sur deux d’en ressortir sans semer trop de morceaux de soi-même en chemin.

Pendant ce temps, Teppicymon XCXVII essaye de faire comprendre aux embaumeurs qu’il ne veut pas être enseveli sous la plus grande pyramide érigée en son souvenir, qu’il lui reste encore un million de choses intéressantes à voir et que de toute façon le royaume n’a plus d’argent. Le plus gros problème est que la pyramide en question se met à dysfonctionner et à amener des créatures et autres choses étranges par une faille spatio-temporelle.

 « On disait que la vie ne valait pas cher à Ankh-Morpork. C'était, bien entendu, archi-faux. La vie coûtait souvent les yeux de la tête, c'est la mort qu'on pouvait avoir pour rien. »

Un des aspects omniprésents du roman est l’humour. En effet, l’univers de Terry Pratchett est toujours incroyable. On peut ainsi découvrir un chameau nommé Sale-Bête, qui, malgré les apparences, est très intelligent et savant en mathématiques.

« Le chameau laissa tomber le long de son nez son regard sur Teppic. Son expression laissait clairement entendre que de tous les méharistes qu'il aimerait le moins se coltiner, le jeune homme arrivait en tête de liste. N'importe comment, les chameaux regardent tout le monde de cette façon-là. Ils ont une approche très démocratique de l'espèce humaine. Ils en détestent tous les membres sans distinction de rang ni de confession. Celui-ci avait l'air de mâcher du savon. »

Terry Pratchett connaît néanmoins très bien les sujets qu’il traite. Comme ici, l’Égypte pharaonique. On découvre les dieux de Jolhimome qui ont des corps d’hommes ou de femmes et une tête animale. Bien sûr, il y a toute une partie sur l’embaumement à propos du souverain Teppicymon XCXVII, toute une recherche sur l’embaumement et le processus exécuté par les prêtres.



La mort est omniprésente, dans Pyramides. Tout d’abord à travers  Teppicymon XCXVII qui, même s’il est mort, reste présent dans le roman en qualité de spectre. De même, il se trouve que le pays de Jolhimome, d’où viennent Teppic et Teppicymon XCXVII, sert d’État-tampon. Jolhimome n’étant plus là, mais dans un autre espace-temps, les États voisins en profitent pour reprendre leurs anciennes hostilités. D’où forcément de nombreux morts. Néanmoins, la tonalité du roman n’est pas réellement tragique.

 « Ils vont sûrement nous éclairer sur ce que nos ancêtres penseraient s'ils vivaient aujourd'hui. On s'interroge souvent à ce propos. "Approuveraient-ils la société moderne ? se demande-t-on, s'émerveilleraient-ils devant les réalisations actuelles ? " Et bien sûr on oublie un détail essentiel. Ce que nos ancêtres penseraient réellement s'ils vivaient aujourd'hui, c'est : "Pourquoi il fait si noir là-dedans ?" »



En lisant ce livre, il est difficile de s’ennuyer. Bien sûr, il ne faut pas avoir peur d’entrer dans un univers complètement décalé ; de la Guilde des Assassins au chameau mathématicien en passant par les morts qui contemplent toujours les vivants, ce livre est captivant.


Alice S., 1ère année édition/librairie

 


 

Terry PRATCHETT sur LITTEXPRESS

 

Terry Pratchett Le pere porcher

 

 

 

 

 

 Article de Marie-Cécile sur Le Père Porcher.

 

 

 

 


 

 

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 Article de Caroline sur De bons présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le traducteur de Terry Pratchett

 Entretien avec Patrick Couton, propos recueillis par Marine et François.

 


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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 00:00

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Neil GAIMAN
Neverwhere
Titre original : Neverwhere
Traduit de l'anglais
par Patrick Marcel
Éditions J'ai lu, 2011
(première édition française 1998)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Neverwhere est l'un des premiers romans de fantasy urbaine – sous genre, mélange de fantasy et de fantastique où des créatures féeriques ou mythologiques vivent dans un environnement urbain – à avoir été traduit en France, c'était en 1998. Son auteur, Neil Gaiman est bien entendu écrivain, mais aussi scénariste et journaliste ; bref, il écrit beaucoup. On lui doit, entres autres, la série de comics Sandman, des romans comme American Gods, Stardust ou De bons présages qu'il a coécrit avec  Terry Pratchett, des recueils de nouvelles, des romans jeunesse ( Coraline, L'étrange vie de Nobody Owens), etc., etc., etc. Il signe également des scénarios de films et de séries télévisées : il a dernièrement écrit un épisode de Doctor Who, véritable institution chez nos voisins d'Outre-Manche.



Passons au livre...

Richard mène une vie tout à fait ordinaire : une petite amie, un boulot, un appart, le train-train quotidien, quoi. Un soir, en se rendant à une soirée avec son amie, il voit une jeune fille blessée gisant sur le trottoir. N’écoutant que son bon cœur, il la ramène chez lui sans savoir que ce geste va être le début de la fin… Sa fiancée le quitte, on ne le reconnaît plus nulle part, il a tout simplement été rayé de la carte ! Alors, évidemment, Richard cherche à comprendre. Il part donc à la recherche de la source de tous ses ennuis : Porte, la jeune fille qu’il a aidée. Mais ça, c’est sans savoir qu’il va pénétrer dans un monde n’ayant rien en commun avec son quotidien : un Londres secret, une ville souterraine située sous la capitale anglaise, un monde invisible aux yeux des mortels qui se révèle aussi dangereux qu’attirant... Bienvenue dans le London Below  !

Humour cynique, ambiances ténébreuses, Londres parallèle et marginale. Voici le cocktail explosif que nous propose Neil Gaiman dans son roman Neverwhere.

Le Londres souterrain est un endroit dangereux, féodal et labyrinthique ; peuplé de créatures étranges et souvent malveillantes. Les différents peuples qui y habitent sont regroupés en baronnies, toutes ces différentes races formant un peuple hétéroclite les jours de marché où on peut se procurer tout et n’importe quoi.

 

 

« Tout le monde achetait. Tout le monde vendait. Richard écouta les cris du marché en commençant à déambuler dans la foule.

– Ils sont beaux, ils sont frais, mes rêves. Cauchemars, cauchemars, première qualité ! Venez acheter mes beaux cauchemars.

– Aux armes ! Armez-vous ! Défendez votre cave, votre caverne ou votre terrier ! Vous voulez leur taper dessus ? On a ce qu’il faut. Allez, ma belle, approchez, venez par ici…

– Cochonneries ! beugla une vieille obèse dans l’oreille de Richard quand il passa devant son étal malodorant. Détritus ! poursuivit-elle. Ordures ! Déchets ! Fange ! Immondices ! Servez-vous ! Tout est cassé et abîmé ! Saloperies, saletés et vieux tas de merde. Allez, allez, faites-vous plaisir.

Un homme en armure battait un petit tambour, chantait en même temps :

– Objets perdus ! Approchez, approchez ! Voyez vous-mêmes. Objets perdus. Rien de trouvé ici, tout est garanti perdu. »

 

 

J’ai trouvé les personnages attachants : Richard, tout d’abord, ce gars complètement paumé au milieu de ce monde qu’il ne comprend pas ; un monde si différent du nôtre, où la magie plane, invisible, omniprésente. Il décide d’accompagner Porte pour retrouver sa vie et les choses rationnelles qu'il a perdues, même si pour cela il doit affronter moult dangers qu’ il ne saisit pas toujours. Il se montre courageux, malgré la peur constante, sentiment qu’il partage avec Dame Porte, la jeune femme qu’il a sauvée. Aussi paumée et terrifiée que son voisin du Londres d’en haut, la jeune fille vient de perdre sa famille dans des circonstances tragiques. Comme les autres membres de sa famille, Porte a le pouvoir d’ouvrir des passages, d’en créer, même lorsqu’ils sont apparemment inexistants.

Les personnages secondaires sont également très recherchés et approfondis. J’ai particulièrement aimé le personnage du Marquis de Carabas, être ambigu oscillant entre l’ombre et la lumière, grand manipulateur dont on ne sait jamais s’il agit de façon pernicieuse ou amicale. Et que dire de Messieurs Croup et Vandemar, tueurs sadiques dont les répliques sont terriblement grinçantes ?

 

 

« M. Croup appliqua sa main gauche contre le mur, doigts écartés. Il prit de la main droite cinq lames de rasoir, visa avec soin et les lança vers le mur. Elles s'y fichèrent toutes, entre les doigts ; ça aurait pu constituer le clou d'un numéro de lanceur de couteaux miniatures. M. Croup retira la main, laissant les lames plantées dans le mur, délimitant le contour de ses doigts, et il se retourna vers son partenaire pour recevoir son approbation.

Il n'avait pas impressionné M. Vandemar.

« Et alors ? Qu'est-ce qu'y a d'extraordinaire ? Z'avez pas réussi à atteindre un seul doigt. »

 

 

Gaiman joue sans cesse avec le lecteur, le semant dans les méandres de ce Londres inconnu, et pourtant terriblement familier. Ainsi les héros traversent-ils des lieux connus de tous, des stations de métro existant réellement : l'auteur manipule la réalité,  mêlant éléments fictionnels et noms de ces dites stations. Ainsi y a-t-il vraiment un comte qui tient sa cour dans un wagon de métro à la station Earls’court, une confrérie de moines encapuchonnée de noir à celle de Blackfriars ou un ange à celle d'Angel.

Le ton du livre est souvent très drôle, les répliques de Richard sont souvent cocasses, en harmonie avec les découvertes qu’il fait dans ce monde du dessous où toutes les créatures qu’il prenait jusqu’ici pour chimères tirées de contes de fées existent réellement. Gaiman sait trouver le mot, l’expression, la phrase justes pour nous plonger dans son univers, nous faire pénétrer dans cette cour des miracles chargée d'une atmosphère étrange et terriblement prenante.

En conclusion, Neverwhere, c’est une sucrerie à savourer sans retenue, une invitation au voyage, une écriture magique, poétique et terriblement imagée, un univers à découvrir les yeux grands ouverts... et ce, qu'on soit ou non adepte des littératures de l'Imaginaire.


Laure, AS Bib.-Méd.

 

 

 

Neil GAIMAN sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Caroline sur De bons présages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Fany sur Coraline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:00

Tolkien-Bilbo-le-Hobbit.jpg






J.R.R. TOLKIEN
Bilbo, le hobbit
Titre original 

The hobbit, there and back again
Traducteur : Francis Ledoux
Éditeur original : Allen & Unwin
Éditeur français : Stock
Première parution : 1937 (Angleterre).
Éditions françaises
Stock,  1969
Hachette, 1989.
Le livre de poche


 

 

 

« In a hole in the ground

there lived a hobbit. »





tolkien-jeune.jpgC'est en 1930 qu'un jeune professeur de l'université d'Oxford, à la demande de ses enfants, commence à écrire un conte qui leur est destiné. Passionné par la  littérature, les contes, légendes scandinaves et poèmes, il avait déjà commencé quelques années auparavant l’élaboration d'un univers imaginaire. Complexe, particulièrement détaillé, ce monde qui fera l’objet d’un véritable culte dans le monde de la fantasy ; il le nomme la Terre du Milieu. Presque toutes ses publications ultérieures seront fondées sur cet univers ; parmi elles, un conte pour enfants qui sera un bestseller international.

Ce jeune professeur est John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973) ; tout d'abord professeur, il deviendra écrivain, poète et philosophe de la littérature anglo-saxon. Bilbo le hobbit est sa première œuvre traitant de la Terre du Milieu ; avec sa publication, il connaît le succès dans la littérature jeunesse. Quelques années plus tard, Le Seigneur des anneaux, une œuvre beaucoup plus sombre et difficile, devient un véritable phénomène de société notamment sur les campus américains. De nombreux auteurs ont publié des romans de fantasy avant Tolkien, mais le succès remporté par Le Seigneur des anneaux au moment de sa publication aux États-Unis est à l'origine d'une renaissance populaire du genre. Tolkien est souvent considéré comme le « père » de la fantasy moderne, et son œuvre a eu une influence majeure sur les auteurs ultérieurs de ce genre, en particulier par la rigueur avec laquelle il a construit son monde secondaire.



Tolkien-Bilbo-dessin-anime.jpgBilbo le hobbit - dessin animé

 

 

Bilbo le hobbit

L'idée de ce conte lui serait venue par hasard, durant la correction de copies de ses élèves ; sans s'en apercevoir ; il aurait écrit sur une page blanche la première phrase de Bilbo le hobbit. Encouragé par ses enfants il commence la rédaction de son roman. L’ayant fait lire à ses amis, il sera vivement encouragé à le montrer à un éditeur. Ainsi Bilbo le hobbit est publié en 1937 par Allen & Unwin.

Bilbo le hobbit, c'est d'abord un livre pour enfants ; le roman est souvent classé dans la fantasy mais est avant tout considéré comme une œuvre de littérature enfance et jeunesse. Il conte l'histoire d'un jeune héros qui, au fil de sa quête, va se découvrir, mûrir, gagner en courage et finalement sortir vainqueur de son combat contre le mal. Bilbo Baggins, jeune hobbit qui mène la vie tranquille propre à son espèce, reçoit un jour la visite du magicien Gandalf et de treize nobles nains dont le célèbre Thorin. Sans vraiment comprendre comment, il est emmené dans une aventure qui le dépasse : recruté comme cambrioleur, il part dans une mystérieuse chasse au trésor dans la montagne solitaire gardée par le vieux et terrible dragon Smaug. La forme générale est celle d'un voyage dans des pays étranges présenté sur un mode léger et entrecoupé de chansons.



La base de l'histoire est ainsi une quête, racontée par épisodes. Pendant la majeure partie du roman, chaque chapitre fait apparaître un nouveau personnage (Elrond, Gollum, Beorn), parfois amical, parfois dangereux. Avec un style direct, Tolkien introduit immédiatement le lecteur dans le récit ; il donne pour acquis son monde imaginaire et en décrit les détails avec précision en introduisant souvent le fantastique d'une façon détournée. Chacun de ses personnages a une voix unique. Le narrateur interrompt occasionnellement la narration par des indices, procédé propre aux contes anglo-saxon.

Le style enfantin du roman tient aux nombreuses chansons présentes qui permettent de maintenir la légèreté du ton, même lors de la capture des héros par les gobelins : Tolkien insère alors une chanson grotesque chantée par les créatures heureuses d'avoir à souper. Cela ménage une interruption comique au milieu d'une scène effrayante. L'auteur réalise l'équilibre entre humour et danger par d'autres moyens, comme le jeu des devinettes entre Bilbo et Gollum. Dans une scène terrifiante, le lecteur est plus concentré sur les énigmes que se lancent les deux personnages que sur la situation catastrophique dans laquelle se trouve le héros.



Bilbo le hobbit reprend les modèles classiques de la littérature de jeunesse : un narrateur omniscient et des personnages auxquels les enfants peuvent s'identifier ; le héros est semblable en effet à un enfant, petit, gourmand et rêveur. Les chapitres sont clairs et organisés en fonctions des lieux que parcourent les personnages ; cela donne une structure qui rend la lecture très aisée, permettant facilement de s'arrêter et de reprendre. On distingue les chapitres qui situent l’action dans des zones dangereuses (« Énigmes dans l'obscurité », rencontre avec Gollum) de ceux où les personnages évoluent dans des zones sûres zones (« Un chaleureux accueil, réception dans un village humain »). Ce sont des éléments-clefs des ouvrages destinés aux enfants, tout comme la structure en « aller et retour », typique des romans initiatiques (L'île au trésor de Stevenson, par exemple) .

Tolkien considérait son roman comme un conte de fée et l'écrivit de manière à ce que ses jeunes enfants le comprennent et puissent le lire à leur tour mais ce qui différencie l'oeuvre d'un conte classique c'est justement son héros qui au début n'en est pas un. Il n'a rien de noble, ni de chevaleresque. Il se montre plutôt fainéant et peureux, voire un peu orgueilleux, se vexant lorsque les nains doutent de lui. En effet, Bilbo se présente davantage comme un anti-héros de conte de fée, gênant ses compagnons dans leur quête, mais son évolution et l'aide que l'anneau magique lui apportera feront de lui un hobbit courageux et téméraire. En choisissant un héros anonyme et, au début, faible, Tolkien introduit une morale, élément classique des contes de fée. Le développement et l’évolution du personnage principal vers la maturité sont le thème du roman ; ce livre, outre son appartenance au genre de l’aventure fantastique traditionnelle, est un roman d'apprentissage dans lequel le héros acquiert une conscience plus grande de son identité et une meilleure confiance dans le monde extérieur grâce à la quête qu'il entreprend. Le voyage de Bilbo serait une chasse au trésor mais aussi la découverte de soi : à la fin du roman, le héros sort de l’aventure grandi, fort et symboliquement couvert de richesse (anneau et dague elfique).



Tolkien-Bilbo-film.jpgBilbo le hobbit - film de Peter Jackson

 

Ainsi Bilbo le hobbit est avant tout un conte pour enfants. Ce qui ressort de cette œuvre c'est essentiellement le style de son auteur et l’univers dans lequel le lecteur est envoyé, La Terre du Milieu. Cette œuvre est un des romans qui m'ont le plus marquée dans mon enfance ; la complexité de ce monde, la profusion des détails me donnaient le sentiment qu'il était réel et le style simple et dynamique de l'auteur permettait au récit de me captiver sans me perdre ni me lasser. Après l'avoir relu quelques années plus tard, je constate que cette œuvre bien qu'au départ écrite pour des enfants est un conte pour tout âge, faisant découvrir le monde passionnant de la Terre du Milieu dans un style plus léger et rocambolesque que les œuvres plus sombres de Tolkien.


Léa Masme, 1ère année Édition-Librairie.

 

 


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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 07:00

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Terry PRATCHETT
Le Père Porcher
Éditeur : Pocket
Collection : Pocket Fantasy, 2006    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il s'agit du vingtième livre des Annales du Disque Monde, l'univers déjanté sorti de l'imagination de l'auteur britannique Terry Pratchett. Une autre fiche présente cet écrivain, je ne reviendrai donc pas sur sa biographie.

 

 

 

Résumé
 
Tous les enfants (et les adultes) du Disque-Monde attendent impatiemment la nuit du Porcher pendant laquelle le gros bonhomme barbu viendra déposer des cadeaux dans leurs chaussettes. Mais le Père Porcher a disparu, « effacé » par Leureduthé, membre de la Guilde des Assassins. C'est donc la Mort (pour ceux qui ne le savent pas la Faucheuse est un être masculin) qui montera dans le traîneau tiré par des cochons sauvages pour effectuer sa tournée avec l'aide résignée de son fidèle assistant Albert. Mais la disparition du Père Porcher a une autre conséquence : elle a provoqué un déséquilibre et de nouvelles croyances donnent naissance à des incarnations anthropomorphiques dès qu'on les évoque. Ainsi apparaissent entre autres le Dieu des gueules de bois, la fée Bonne Humeur, le monstre mangeur de chaussettes et le gnome Verrue Plantaire... Heureusement, Suzanne, la petite fille de la mort, a la ferme intention de ramener le Père Porcher et de rétablir l'ordre des choses.



Les Annales du Disque-Monde

Le Disque-Monde est, comme son nom l'indique, plat et circulaire. Il est porté par quatre éléphants eux-mêmes juchés sur le dos d'une tortue. Les volumes des Annales du Disque-Monde présentent l'histoire de personnages différents (marraines fées, la Mort, sorcières, mages...). Certains d'entre eux réapparaissent dans plusieurs tomes, se croisent ou interviennent indirectement dans la trame principale de l'histoire. L'ensemble forme un patchwork bigarré et saugrenu mais cohérent. Chaque histoire respecte les règles qui assurent l'intégrité du Disque-Monde qui, riche en références littéraires, musicales et cinématographiques, est animé par l'écriture satirique et parfois parodique de Terry Pratchett. L'aspect farfelu de ce monde favorise la distanciation avec cet univers qui n'est pas le nôtre. Pour autant, et en cela tient tout le génie de l'auteur, Pratchett utilise son humour ravageur pour dénoncer certains aspects de la vie en société. Dans le Père Porcher, la Mort, visitant les maisons est scandalisé par l'existence des sans-abri. Il est dans un sens plus humain que les hommes et n'hésite pas à sauver la petite fille aux allumettes, quitte à provoquer l'indignation des deux anges venus l’emmener au Paradis.

Les Annales du Disque-Monde constituent une série de plus d'une trentaine d'ouvrages. D'une écriture facilement appréhendable mais pourtant de qualité, Le Père Porcher, est un roman dont je vous recommande vivement la lecture. On passe un bon moment à travers une histoire agréable et pourtant assez riche.

 

 

Marie-Cécile, 2e année Bib.-Méd.

 

 

Terry PRATCHETT sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Caroline sur De bons présages de Terry Pratchett et Neil Gaiman

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le traducteur de Terry Pratchett

 Entretien avec Patrick Couton, propos recueillis par Marine et François.

 

 

 

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