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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 22:01







Jeff VANDERMEER
La Cité des saints et des fous

Calmann-Lévy,
Collection Interstices, août 2006
Prix du Cafard Cosmique 2007




















Un livre époustouflant, tant dans la forme que dans le contenu ! Ni un roman, ni vraiment un recueil de nouvelles ; comment qualifier cet ouvrage ? Complètement déstabilisant, il se compose de poèmes, d’illustrations, d’un glossaire, de plusieurs nouvelles d’horreur, très lovecraftiennes, d’un précis historique annoté (notes hilarantes d’ailleurs puisque l’historien y règle ses comptes avec ses concurrents et sa femme, tout en multipliant ces dites notes), d’un essai sur les us et coutumes des calmars royaux, d’un rapport médical sur X (un écrivain perdu dans la ville qu’il a créée dans son roman La Cité des Saints et des Fous...). On y trouve également l’histoire d’un homme amoureux d’une femme aperçue un jour à une fenêtre (Dradin amoureux) et qu’il fera tout pour séduire : il fera confiance à un nain tatoué des plus louches, et il ira même jusqu’à sortir le soir de la Fête du Calmar Royal, fête dangereuse et sanglante. On y trouve encore une nouvelle complètement cryptée (L’Homme qui n’avait pas d’yeux par X), amusez-vous à la décrypter ce n’est pas une blague de Jeff Vandermeer, même si l’on peut se demander ce qui l’a poussé à la rédiger ainsi. Pour un premier ouvrage traduit en français, il frappe fort.

La couverture est splendide et l’intérieur n’a rien à lui envier : chaque texte a droit à un traitement particulier, ce qui rend chacun d’entre eux plus réaliste encore.

Ces récits ont pour décor la ville d’Ambregris, cité-monde tentaculaire, fondée par des pêcheurs de calmars ayant décimé le peuple des champigniens, autochtones en forme de champignons, pour asseoir leur colonisation. Ce peuple se vengera plus tard de façon… silencieuse et mémorable. Ambregris est le personnage central de ce livre, elle nous hante et nous terrifie, nous donne envie de la visiter tout autant qu’elle nous invite à la fuir.

En ouvrant ce livre, vous entrerez dans un monde étrange, qui fascine et fait frissonner, vous défierez la mort (Dans les heures après la mort), vous rencontrerez des êtres inquiétants, les champigniens, pas si inoffensifs que leur nom pourrait le faire croire… Vous ne saurez plus si ce monde est imaginaire ou s’il est réel. Vous passerez du rire aux tremblements d’une page à l’autre. Mais entrez donc dans ce monde, découvrez la ville par vous-même, et devenez Ambregrisien. Surtout ne vous perdez pas dans les bas-fonds après la tombée de la nuit, on ne sait pas ce qui pourrait vous arriver… Essayez donc de survivre au Silence.


Au sommaire
 

- Le Véritable Vandermeer, par Michael MOORCOCK, paratexte ;
- Dradin amoureux ;
- Guide Hoegbotton de l’Ambregris des premiers temps par Duncan Hurle ;
- La Transformation de Martin Lac ,en 2000 l'auteur a reçu le World Fantasy Award pour cette novella ;
- L’étrange cas de X ;
- Lettre du Dr.V. au Dr. Eron-Minaudery ;
- Notes de X ;
- La libération de Belacqua ;
- Le Calmar royal : brève monographie de Karl Manfou (complétée par quelques recherches de Candace Avalaarp, bibliothécaire) ;
- Histoire de la famille Hoegbotton par Orem Hoegbotton ;
- La Cage par Sirin ;
- Dans les heures après la mort par Nicolas Pretspor ;
- Notes adressées au Dr. Eron-Minaudery ;
- L’Homme qui n’avait pas d’yeux par X, [crypté] ;
- Pretspor, Verden et L’Echange ;
- Apprendre à quitter la chair ;
- Glossaire d’Ambregris.


Isabel Meynard, 2ème année édition

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 21:30






China Miéville
Perdido Street Station

Traduit de l’anglais par Nathalie Mège
Fleuve Noir, 2003 ; réed. Pocket, 2006.





















« Le cliquetis-clac des rails sous les roues de fer se modifia brusquement, tandis que la motrice fumante hissait son chargement sur les immenses poutrelles du Pont d’Orge ; elle donna un peu de la bande, ralentissant sur ces rails mal entretenus au moment de s’élever, comme dégoûtée, au-dessus du Palus-au-chien » (p. 180).

Si vous n’aimez ni la SF ni la Fantasy, si les princesses en détresse, les elfes et les guerriers vous donnent des boutons, si vous bâillez d’ennui devant cinq pages d’explications scientifiques tordues, alors pas de problème : précipitez-vous les yeux fermés sur Perdido Street Station.

Perdido Street Station, c’est la gare centrale de Nouvelle-Crobuzon, une cité-Etat gouvernée depuis près de mille ans par un Parlement tout-puissant et corrompu. Dans les premières pages, une carte (bien utile pour se repérer et naviguer dans des quartiers aux noms évocateurs) nous montre cette ville tentaculaire et sale qui ressemble à un mélange entre Londres et Calcutta, habitée par des humains, des hommes-cactus, des vodyanoi, des Khépri, et d’autres races plus ou moins humanoïdes. Le tout forme une société incohérente, collage imparfait d’espèces radicalement différentes, une juxtaposition de taudis et de quartiers chics, gangrenée par des mafias en conflit permanent. Le XXIe siècle y cohabite avec le XIXe, la magie avec la science-fiction.

Le mélange, justement, c’est un peu la thématique qui agite à la fois cet univers et l’œuvre de China Miéville. Né en 1972, cet écrivain britannique, titulaire de nombreux diplômes en anthropologie, en droit et en économie, publie son premier roman, King Rat, en 1998. Mais c’est son second roman, Perdido Street Station (2002), qui le fait connaître du grand public  et lui permet d’obtenir le prix Arthur C. Clarke, le British Science Fiction Award et le Grand Prix de l'Imaginaire (meilleur roman et meilleure traduction) en 2004. Miéville a depuis continué dans cette veine avec Les Scarifiés (2003) et Iron Council (2004). Inventeur du courant New Weird, il revendique le mélange des genres et refuse de suivre les stéréotypes imposés par la loi du marché.

Car contrairement aux histoires où le méchant est le personnage le plus intéressant (contrairement au héros qu’on a envie de gifler tellement il est niais) les personnages de Miéville ont les travers qui nous plaisent vraiment. Ils sont cupides, ils sont intéressés, bref ils sont imparfaits. Isaac Dan der Grimnebulin et Lin s’aiment bien plus qu’ils n’osent se l’avouer ; lui, humain au ventre énorme, est aussi un savant farfelu et génial ; elle, jeune khépri au corps de femme et à la tête d’insecte, est une artiste reconnue. Ils sont, tous les deux, à un tournant de leur carrière : un homme-oiseau, Yagharek, engage Isaac pour voler à nouveau, tandis que Lin trouve à la fois un sujet novateur et un mécène dangereux. L’intrigue se met en place à mesure que l’on découvre la ville et ses habitants, décrits avec un sens du détail et un réalisme inhabituels. Son attachement au corps et au mouvement donne à ses descriptions une grande profondeur : « Des fragments de peau, de fourrure et de plume se balançaient au fil de ses mouvements ; des membres minuscules se contractaient, des yeux s’écarquillaient dans des cavités obscures ; des bois et des protubérances osseuses saillaient de façon précaire ; des tentacules tressautaient et des bouches luisaient » (p.69). Son style, très imagé et très vivant, nous plonge directement dans l’atmosphère poisseuse d’une ville dont on ne sortira qu’à la fin du deuxième tome.

De la poésie, du style, des personnages attachants, une intrigue qui sort des sentiers battus… Un grand roman.

Bibliographie

Mr.C, « Critiques : Perdido Street Station de China Miéville », site Le Cafard Cosmique, www.cafardcosmique.com, 10/12/2008.

Fiche biographique de China Miéville, site Le Cafard Cosmique, www.cafardcosmique.com, 10/12/2008.


Julien Kirchner, A.S. Bib

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 22:50






Terry PRATCHETT et Neil GAIMAN
De bons présages

Titre original : Good Omens
Traduit de l’anglais par Patrick Marcel
Éditions J’ai Lu, 1995

















Les auteurs

Terry Pratchett est un auteur de fantasy et de science-fiction né en Grande-Bretagne en 1948. Il a publié sa première nouvelle à treize ans. Il a été journaliste, chargé de communication, puis est devenu écrivain à plein temps. Il est surtout connu pour ses Annales du Disque-monde, une série de fantasy burlesque et parodique. En 2007, il a appris qu’il souffrait d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer.

Neil Gaiman est né en 1960 en Grande-Bretagne, et il vit aujourd’hui aux États-Unis. Après des études de journalisme, il est devenu romancier et scénariste de BD. Sandman est le comic book qui l’a rendu célèbre. Il est l’auteur de Neverwhere, Stardust, American Gods… Il écrit aussi des scénarios, notamment pour les adaptations cinématographiques de ses œuvres.

De bons présages

L’Apocalypse est imminente. L’Antéchrist, aussi appelé l’Adversaire, le Destructeur de Rois, l’Ange de l’Abîme sans fond, la Grande Bête nommée Dragon, le Prince de ce Monde, le Père du Mensonge, l’Engeance de Satan ou le Seigneur des Ténèbres a été introduit sur Terre et élevé par des humains. Sa destinée va s’accomplir, comme l’avait prévu la prophétesse Agnès Barge. Mais deux agents spéciaux du Paradis et de l’Enfer refusent la destruction de la planète. Quand on y vit depuis la Création, on prend certaines habitudes… L’ange Aziraphale et le démon Rampa (ange déchu, ou plutôt qui a trébuché) vont tout faire pour retrouver l’enfant et empêcher l’Apocalypse, tout en étant poursuivis par les sbires de leurs propres patrons. Ils sont aidés bien malgré eux par deux inquisiteurs, une médium et Anathème Bidule, la descendante de la prophétesse. Le temps leur est compté, car les quatre Cavaliers (Mort, Guerre, Famine et Pollution) se rassemblent, et ils s’apprêtent à déclencher une guerre nucléaire… Et l’Antéchrist, dans tout ça, que fait-il ? Adam Young, car c’est son nom, vit comme n’importe quel petit garçon de onze ans. Il bat la campagne avec ses amis, et adopte Toutou, qui n’est autre que le Molosse des Enfers. Tout ce qu’il désire, c’est s’amuser pour toujours. Mais ce qu’il veut peut très bien changer l’ordre du monde… À lui de se décider. Le grand plan divin est-il vraiment ineffable ?

Ce livre est d’une drôlerie infinie. Le duo Rampa-Aziraphale est inoubliable. Aziraphale est un bibliophile, libraire à mi-temps, qui refuse de vendre quelque livre que ce soit. Rampa porte des boots en peau de serpent, des lunettes noires, et il conduit une Bentley de 1925 où toutes les cassettes finissent par se transformer en Best of Queen. Ils s’entendent bien — forcément, ils se connaissent depuis 6000 ans — et s’occupent chacun de leurs petites affaires : un miracle par-ci, une tentation par-là… Rampa a un faible pour les nouvelles technologies, et il ne cesse d’être étonné de tout le mal que les humains s’infligent entre eux, le plus souvent sans son aide. L’ange et le démon aiment tous les deux la vie sur Terre, la musique et la bonne chère, et l’éternité, qu’elle soit au Paradis ou en Enfer, leur semble bien peu engageante. C’est ainsi qu’ils vont nous entraîner dans leur mission impossible : contrecarrer le plan ineffable de Dieu lui-même.


Source des biographies : wikipédia.fr

Caroline C, 2ème année edlib

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 18:12









Xavier MAUMEJEAN, .
Lilliputia : une tragédie en poche : roman.
Paris : Calmann-Lévy,  "Interstices"; 2008.























La frontière entre la Littérature avec un l majuscule et la littérature populaire, de « genre » devient, pour le plus grand bénéfice du lecteur curieux, de plus en plus floue, mince et poreuse, comme le démontre Xavier Mauméjean avec son dernier roman, Lilliputia.


L’auteur

 Xavier Mauméjean est né en 1963. Diplômé en philosophie et en science des religions, il enseigne actuellement la philosophie en lycée à Valenciennes. Il est aussi écrivain, producteur de pièces radiophoniques pour Radio France et graphiste.

Son premier roman, Les Mémoires de l’Homme-Éléphant (prix Gérardmer 2000 du roman fantastique) , revisitait l’histoire de John Merrick (Elephant Man) sous la forme d’un polar fantastique. S’y affirme un style proche des feuilletonistes du XIXe siècle et s’y développe un goût (par la suite récurrent) pour les monstres humains et les mythes d’hier et d’aujourd’hui. En 2002, Xavier Mauméjean livre Gotham, un thriller psychologique et La Ligue des Héros, intrusion d’un Peter Pan maléfique dans l’Angleterre victorienne-  sa suite, L’Ère des dragons  nous entraîne en 1905 en Chine dans une version fantastique de la Guerre des Boxers. Les deux années suivantes, il publie des fantaisies historiques à dimension mythique : La Vénus anatomique, entre Frankenstein de Mary Shelley et la série des Robots d’Isaac Asimov, et Car je suis légion, enquête policière sur fond d’occultisme dans la Babylone du VIe siècle avant notre ère. En 2007 naît Freakshow !  un roman de  «  monstres » dans une série dédiée au plus célèbre des chasseurs de vampires.

 Xavier Mauméjean a travaillé avec d’autres auteurs « montants » de la littérature français de « genre » : pour des essais avec André-François Ruaud  ; pour des romans jeunesse de science-fiction avec Johan Héliot .

Cette année, Mauméjean est le second auteur français (après Martin Winckler) à être publié dans la nouvelle collection de Calmann-Lévy, « Interstices », zone d’expérimentation  transcendant les genres  à l’image de Lilliputia.

Le résumé du roman


Elcana connaîtra un destin hors normes : sa grand-mère en a lu les présages dans les tiroirs de la commode familiale. Toutefois, à vingt ans, le jeune homme ne mesure que quatre-vingt-dix centimètres de haut et mène la vie rude des paysans d’une Europe de l’Est où le XXe siècle ne semble pas avoir vu le jour.

Tout se précipite quand Elcana, pour sauver l’honneur d’une fille, tue son seigneur et devient un paria. Arrivé en ville, il n’est sauvé du lynchage populaire que par l’intervention de deux mystérieux rabatteurs qui l’invitent à rejoindre des Lilliputiens de tout le vieux continent vers leur terre promise, de l’autre côté de l’Atlantique.

Leur destination sera Coney Island, aux portes d’une New York à la pointe du progrès. Sur cette île au passé sinistre, Sebastian Thorne, riche disciple de Barnum, a décidé de créer de toutes pièces un monde expérimental constitué de trois parcs d’attraction : le Steeple Chase avec son champ de courses mécanique et ses baraques à monstres, Dreamland avec ses manèges et Lilliputia, colonie de nains dans une Nuremberg médiévale reconstituée à leur échelle.

Logé dans une pension, Elcana goûte un repos mérité en compagnie d’autres « petits » : Amador, le sculpteur de miniatures, Lillian Box, la meneuse de revue et Flint Beltaine, le « pyromancien » des pompiers locaux. Cependant, le jeune doit travailler pour vivre et se rend à la mairie où les notables, arrogants et ridicules - sauf la distante princesse Pee -Wee -, l’assigne à la brigade des soldats du feu.

Suivent de longues semaines d’un difficile apprentissage au cours desquelles Lilliputia révèle sa vraie nature : une cité d’êtres égoïstes et mesquins où les plus faibles vivent dans une misère noire sous la coupe de Fatty, le caïd local. Seul rayon de soleil dans cet univers de grisaille pour le jeune homme : Frances Lockheart - la seconde personnalité de Pee -Wee - qui fait naître en lui l’amour.

Cependant Elcana n’a guère le temps de déclarer sa flamme à l’institutrice car une série d’incendies suspects ravagent Lilliputia, inquiétant le chef de la milice McMurdo, un ancien chef de gang et son acolyte le sénateur Gumpertz, chargés par Thorne de veiller sur son œuvre après sa mort. Les gérants du parc veulent un coupable pour que le show continue à attirer des visiteurs. Contraint et forcé, Elcana doit inventer un bouc émissaire : Amador.

Le garçon croit pouvoir le livrer à la vindicte populaire à l’occasion de l’explosion de la centrale électrique mais le piège se referme sur ses proches : son commandant périt dans l’incendie comme de nombreux autres nains et Beltaine a les yeux brûlés par les flammes. Amador sera exécuté sans apaiser les esprits des « petits ».

Car McMurdo et Gumpertz, non contents de laisser brutaliser les nains par les « Grands », permettent l’enlèvement de leurs nouveaux-nés par les mystérieux Lunarques et leur dénient le droit au deuil. L’innommable est atteint quand, sous prétexte de faire du quotidien lilliputien une fête perpétuelle, les gérants décrètent l’obligation d’être heureux et de prendre la cocaïne que Fatty tient en réserve dans son antre.

Sonne alors, pour Elcana et ses amis, l’heure des explications à toute cette folie puis celle de la révolte contre les desseins inhumains de Thorne, le tyran divinisé après sa mort…

Mon avis sur Lilliputia
 
Avant d’entamer la lecture de ce roman, j’avais déjà dévoré deux autres livres de Xavier Mauméjean : La Ligue des héros et La Vénus anatomique. Ces œuvres m’avaient captivé par leur mélange réussi des genres, leur écriture exigeante mais accessible et leur univers très personnel. Lilliputia reprend tous ces bons ingrédients pour générer une fresque à grand spectacle qui nourrit tant les sens que la réflexion.

La première réussite de ce roman est d’offrir une lecture adulte habillée de tous les atours du divertissement. Alternant les styles, intimiste, dramatique, héroïque, cinématographique, Mauméjean nous immerge dans un conte où se percutent les univers de Gangs of New York de Francis Ford Coppola et de Freaks de Tod Browning. Si l’on n’y prête pas garde, insidieusement remonte notre âme d’enfant, celle qui nous inspirait des vocations de pompier ou de princesse, celle aussi qui nous faisait prendre pour la vérité les inventions les plus surréalistes (telles un immeuble en forme d’éléphant ou le sauvetage d’un chat dans un arbre tournant au combat contre un fauve). Pour nous fasciner à ce point, l’auteur revisite habilement les histoires les plus universelles et les plus appréciées qui soient : les mythes.

Xavier Mauméjean nous livre un pan de l’histoire des États-Unis, essentiel mais mal connu en France : celui où cette jeune nation se forge ses propres mythes pour se distinguer de la vieille Europe qui l’a nourrie de ses hommes et de ses croyances. Pèle-mêle, le romancier convoque les ombres des héros et des dieux grecs (Elcana/Prométhée, Lillian Box/Pandore, Gumpertz/Héphaïstos, Thorne/Zeus), les héritiers des devins celtes (Beltaine fumant des Casander pour l’aider à voir les morts futures) ou les réminiscences de la mythologie nordique (les nains, le « géant » Thorjborn et sa hache imparable). Il invite aussi les esprits de la nature amérindiens. Surtout, il met en lumière les icônes du progrès et de la nouvelle conformité sociale qu’amène le capitalisme triomphant : l’entrepreneur, la star du music hall, les exclus violents et déviants, les monstres face aux canons incarnés de la beauté humaine.

Ce faisant, l’auteur nous amène à une saine interrogation sur la normalité et la place des individus dans la société. Qui est le déviant dans ces parcs vivant en vases presque clos : celui qui s’assemble avec ses semblables ou l’intrus qui débarque avec ses préjugés ?  Le progrès vaut-il s’il n’est pas partagé par tous, entraînant frustration et orgueil mal placés ? Le mérite d’une personne se mesure-t-il à ce qu’elle donne à voir ou à ce qu’elle fait vraiment ?

En cela, Lilliputia renvoie à un autre roman fantastique décortiquant, sur fonds de résurgences mythologiques,  les mécanismes de l’héroïsme :  American gods de Neil Gaiman. Néanmoins, à mon avis, Mauméjean, avec son dernier opus, égale aisément les best-sellers anglo-saxons et attire l’attention sur ce vivier de jeunes auteurs (Johan Héliot, Fabrice Colin, Catherine Dufour, etc.) qui redorent l’image de la littérature  fantastique  hexagonale.


Laurent, AS Bib.


Sources des données biographiques :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Maum%C3%A9jean et www.evene.fr/celebre/biographie/xavier- maumejean-30565.php
 
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