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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 07:00

Hawthorne La Lettre écarlate







Nathaniel  HAWTHORNE
La Lettre écarlate
The Scarlet Letter

traduction
de Marie Canavaggia
GF Flammarion, 2008








 

 

 

 

 

 

L’auteur et son œuvre

La lettre écarlate paraît en 1850. À sa sortie, l’ouvrage fait les frais de multiples contestations dues aux thématiques abordées et à la remise en cause du puritanisme par son auteur Nathaniel Hawthorne. D’origine américaine, l’auteur dénonce les dérives du puritanisme en lien avec l’histoire de ses ancêtres puisqu’il est le descendant d’un des juges (John Hathorne) qui ont participé au procès des sorcières de Salem.



Le contexte historique de l’œuvre

L’auteur situe l’intrigue de son roman dans la Nouvelle Angleterre puritaine du XVIIe siècle, dans la ville de Boston où de nombreux colons viennent s’installer. Parmi eux se trouve Hester Prynne, une jeune femme dont le mari, Roger Chillingworth, est porté disparu.

Dès le début, l’auteur nous présente la jeune femme, accompagnée d’un nourrisson du nom de Pearl, dans un contexte particulier, celui d’un jugement public où elle est l’accusée. L’auteur nous y dévoile l’objet de sa faute à savoir un adultère avec un homme dont les villageois ne connaissent pas l’identité mais qui n’est autre qu’Arthur Dimmesdale, le pasteur révéré du village.

Le drame se déroule donc sur sept années au cours desquelles le lecteur voit l’évolution d’Hester Prynne face à l'hostilité des villageois mais aussi celle de Pearl, son enfant.

En parallèle se déroule également la déchéance du pasteur, vécue comme une longue descente aux enfers.



Une œuvre symbolique

Au travers des personnages

Chaque  protagoniste joue un rôle clé dans le fil de l’œuvre et ce, notamment par le biais de leur évolution. Dès l’arrivée du mari disparu d’Hester Prynne dans le chapitre III, « la Reconnaissance », le récit prend une autre tournure avec l’apparition de cet homme bafoué qui voit sa femme humiliée aux yeux de tous et qui choisit volontairement d’intégrer le village sans révéler sa véritable identité, se faisant passer pour le médecin du village.

Une relation particulière va s’instaurer entre quatre personnages majeurs de l’histoire, Hester/Pearl et Roger Chillingworth/Arthur Dimmesdale. En effet, Pearl et Roger semblent jouer le rôle de bourreau, Hester et le Pasteur celui de victime.

Pearl s’illustre en tant qu’incarnation de la lettre écarlate que sa mère porte sur la poitrine, tout en elle le lui rappelle jusqu’à son surnom de « lutin » ou la comparaison avec les « feux-follets ». Pearl, dans la tourmente qu’elle fait subir à sa mère, revêt même à un moment le visage d’un démon puisque sa mère l’en croit possédée, dans le chapitre intitulé « Chez le gouverneur » (p.127). Cependant, vers le milieu du roman, la peur que su’elle inspire à Hester s’atténue et elle commence à jouer un rôle libérateur pour sa mère en lui permettant d’expier sa faute :

 

« N’était-elle pas chargée d’aider sa mère à venir à bout de la passion, en un temps toute puissante et, a présent encore, ni morte, ni endormie mais emprisonnée seulement dans ce cœur semblable à un  tombeau ? »  (« Hester et Pearl », p. 204).

 

Le rôle de bourreau joué par le médecin Roger Chillingworth, le mari d’Hester Prynne, est quant à lui nettement plus évident. Il découvre très rapidement l’identité du père de Pearl et la haine qu’il conçoit à l’égard du Pasteur va se décupler jusqu’à devenir folie et le pousser à commettre un crime. Tel un charognard, il va se repaître tout au long de l’ouvrage de la maladie qui ronge le pasteur ignorant de la véritable identité de son bourreau. 



Au travers de la lettre écarlate     

La lettre « A » est le signe de l’adultère commis par Hester Prynne et l’instrument de la punition qui lui a été infligée lors de son jugement public au cours du chapitre II. Elle doit la broder sur son corsage et la porter à la vue de tous. Cette « marque d’infamie » va petit à petit faire partie intégrante d’Hester Prynne jusqu’à devenir un élément de reconnaissance aux yeux des villageois dont la haine va évoluer au fil du roman en respect, face aux actes de charité et aux travaux de couture exercés par Hester. La lettre écarlate finit donc par devenir un symbole d’humilité et de générosité.

La lettre écarlate est également portée par le pasteur, même si elle est invisible, car à l’instar d’Hester Prynne, il souffre de cette marque du tourment, et alors qu’elle devient salvatrice pour Hester Prynne, pour le pasteur, elle est l’instrument de sa déchéance qui atteint son apogée dans le chapitre « la Révélation de la lettre écarlate », (p.282) lorsque le pasteur montre à la foule l’empreinte de la lettre écarlate sur son torse.



Au travers du wild

Dès le début de l’œuvre, l’auteur y fait référence avec l’arrivée du médecin qui était en réalité retenu chez les indiens. La maison de Hester, isolée dans les forêts de Boston nous apparaît également comme une sorte de lieu isolé, une terre d’asile, coupée de la haine des puritains. C’est également la forêt qui sera le témoin des retrouvailles d’Hester et du Pasteur qui se dérouleront du chapitre XVI au chapitre XIX (p.207-233).



Le style de l’auteur et les thématiques abordées dans La Lettre écarlate.

Dans son ouvrage, l’auteur fait office de narrateur. L’histoire est racontée de son point de vue et il interpelle le lecteur tout au long de son œuvre. Nombre de descriptions jalonnent le roman, que ce soient des personnages ou des lieux.


Du lyrisme se dégage également de l’œuvre et notamment dans les chapitres qui se réfèrent au wild tels que « Une promenade en forêt » (chap. XVI) où de nombreux éloges sont faits de la nature.

Quand au ton employé par l’auteur, il est surtout dramatique dans la description des sentiments et tourments de l’âme subis par les différents protagonistes. L’auteur s’évertue à nous restituer les souffrances de ses personnages en qui haine et passion s’entremêlent, douleur et souffrance sont jumelles.

Cependant, lorsqu’il s’agit de peindre les mœurs puritaines des villageois, le ton devient cynique et l’auteur l’emploie pour dénoncer l’ignorance et la peur constante du diable dans laquelle vivent les villageois. Même les personnages principaux sont en proie à ce mal, lorsqu’Arthur Dimmesdale se croit tourmenté par le diable, qui n’est autre que Roger Chillingworth, ou encore quand Hester pense sa fille possédée d’un esprit malin.



En conclusion, l’auteur nous offre donc, au travers de ce récit, un véritable portrait de la société puritaine du XVIIe siècle et de ses malheurs par le biais d’un récit empreint de symbolisme et de passion, porté par une héroïne aux mœurs modernes.


Célia, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Nathaniel HAWTHORNE sur LITTEXPRESS

 

Nathaniel Hawthorne Le Hall de l'imagination

 

 

 

 

 Article de Laëtitia sur Le Hall de l'imagination.

 

 

 

 

 

 

 

Hawthorne La Lettre écarlate

 

 

 

 

Articles d'Estelle et de Cynthia sur La Lettre écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 07:00

Paul Auster Invisible

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Invisible
Roman traduit de l’américain
par Christine Le Bœuf
Henry Holt and Company, 2009
Actes Sud, 2010
Babel, 2012





 

 

 

 

 

 

 

 

L’écrivain

Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Il a commencé à écrire vers l’âge de 13 ans. De 1965 à 1970, il a étudié les littératures française, italienne et anglaise à l’université de Columbia. Pendant cette période, il écrit plutôt des poèmes et des critiques cinématographiques dans le magazine universitaire. Il aborde plus tard le roman et le théâtre. Paul Auster n’est pas seulement écrivain, il est aussi réalisateur. Il a notamment réalisé  Smoke et Brooklyn Boogie en collaboration avec Wayne Wang.

C’est un passionné de littérature française, il a notamment traduit de nombreux poèmes français en américain. Cette passion pour la langue française, il la tient de son oncle dont la terre d’accueil était la France. Paul Auster a d’ailleurs vécu en France de 1971 à 1975. Il est dit de lui qu’il est le « plus français des écrivains américains ». Il a d’abord connu le succès en France avant de percer aux États-Unis. Toute son œuvre est aujourd’hui publiée chez Actes Sud.

Ses romans ont tous un décor urbain, souvent celui de la ville de New York. Il s’est d’ailleurs fait connaître avec la  Trilogie new-yorkaise. Il considère New York comme un « laboratoire humain ». Il y a toujours vécu, et il aime cette ville parce qu’il y voit des gens de tous les horizons. C’est l’endroit qu’il connaît le mieux et il ne le quitterait pour rien au monde.

Il a obtenu le prix Médicis étranger pour  Léviathan en 1993. Il est aujourd’hui l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages qui lui ont permis de s’imposer comme une référence de la littérature postmoderne. Son dernier livre est Chroniques d’hiver (2013) ; il est considéré comme un roman autobiographique, statut que Paul Auster nuance un peu en répondant à François Busnel sur France Inter :

 

« Ni autobiographie ni Mémoires. Ce n'est pas non plus un récit. C'est une œuvre littéraire. Elle est composée de fragments autobiographiques, avec la structure d'une œuvre musicale. Le livre passe d'une année à l'autre. Là, j'ai 4 ou 5 ans, puis au paragraphe suivant j'ai 60 ans… »

 

Pour en savoir plus sur Paul Auster et son rapport à la ville de New York, vous pouvez aussi jeter un coup d’œil aux Carnets de route de François Busnel à l’adresse suivante :

 http://www.youtube.com/watch?v=TrOiZWjzbHk



Introduction au livre

Durant les premières pages du roman, le narrateur est Adam Walker. Adam est un jeune homme de vingt ans qui étudie à l’université de Columbia. On est alors en 1967 pendant une soirée. Et ce jeune homme va faire la rencontre de deux personnes qui vont radicalement changer sa vie. Ces deux personnes forment un couple singulier de dix ans plus âgé que lui. Elles se nomment Rudolf Born et Margot. Rudolf Born enseigne pour un an la politique à l’université de Columbia dans la School of International Affairs. C’est un personnage qui dérange dès les premières pages et dont on n’arrive pas à cerner les intentions :

 

 « Born déclara que Margot et lui étaient sur le point de partir quand il m’avait aperçu, planté seul dans mon coin, et m’avaient trouvé l’air si malheureux qu’ils avaient décidé de venir me remonter le moral – juste pour s’assurer que je ne me tranche pas la gorge avant la fin de la soirée. [...] Cet homme était-il entrain de m’insulter, ou essayait-il réellement de faire preuve de bienveillance envers un jeune inconnu égaré ? Ses paroles en elles-mêmes avaient un ton plutôt joueur, désarmant, mais il y avait dans les yeux de Born quand il les prononça une lueur froide et détachée, et je ne pus me défendre de l’impression qu’il me mettait à l’épreuve, qu’il me narguait, pour des raisons qui m’étaient totalement incompréhensibles. » (p. 10)

 

L’esprit de Born nous apparaît plus que complexe. Margot est quant à elle une femme plutôt mystérieuse et effacée. Adam Walker ne sait pas trop quoi penser de ces deux personnes et il aurait mieux valu pour lui qu’il ne les recroise jamais. Malheureusement il revoit Born dans un bar du campus. Celui-ci lui propose de créer son propre magazine littéraire. Adam se demande si Born ne se moque pas de lui, ils ne se connaissent qu’à peine. Mais il se lance finalement dans l’aventure.

Seulement, lors d’une soirée de ce printemps 1967 où tous deux se promènent à Riverside, Adam découvre la vraie nature de Born. Cela bouleversera sa vie, puisque comme il le dit : « Jamais je ne pourrais lui pardonner – et jamais je ne pourrais me pardonner, à moi. » (p. 71)



Un roman double

En poursuivant notre lecture jusqu’au second chapitre, on comprend que le premier n’est autre que la première partie du manuscrit d’Adam Walker : Printemps. Le narrateur est alors Jim, un ancien camarade d’Adam à l’université de Columbia. Ce second chapitre se déroule quarante ans après le premier. Adam écrit à Jim après des années d’absence car il a un urgent besoin d’aide. Il joint à sa lettre le manuscrit. Tous deux se sont toujours tenus en estime. On ne peut pas dire qu’ils aient été des amis proches, mais ils se sont toujours bien entendus sur leur passion commune : la littérature. Et Jim va finalement permettre à Adam d’achever son manuscrit, qui a pour titre 1967. Il ajoute au « Printemps » deux autres parties : « Été » et « Automne ». Alors qu’il ne lui reste plus qu’un an à vivre, il revient sur cette année 1967 et sur le personnage de Rudolf Born.

Il y a donc une intertextualité et des récits enchâssés. Ce sont des procédés que Paul Auster utilise régulièrement dans ses livres. Ici, le manuscrit d’Adam alterne avec le récit de Jim, chacun nous apportant à sa manière son lot de révélations.
 


Rudolf Born, un personnage diabolique

Adam fait le lien dès le début du livre entre Born et le poète du XIIème siècle du nom de Bertran de Born. Ce poète provençal fait dans son œuvre un éloge constant de la guerre. Quant à Rudolf Born, il dit que « la guerre est l’expression la plus pure, la plus vive de l’âme humaine. » (p. 11) Adam reprend l’image que Dante fait de Bertran de Born arrivant aux enfers. Et cela fait germer l’idée que Rudolf Born est sûrement lui-même possédé. C’est un personnage très impulsif, et on se demande s’il se préoccupe des autres. On s’interroge sur sa nature : est-il réellement humain ? Margot dit, en effet, de Born :

 

 «  Il y a de la violence en lui. Sous tout son charme et ses réparties spirituelles, il y a une vraie colère, une vraie violence » (p. 165)

 

Born est un homme charismatique, mais très lunatique comme nous le montre le passage suivant :

 

 « Ce Born-ci était différent de celui que j’avais commencé à connaître – le blagueur cassant et moqueur qui jubilait de ses propres mots d’esprit, le dandy expatrié, allègrement occupé à fonder des magazines et à inviter à dîner des étudiants de vingt ans. Quelque chose faisait rage en lui et, à présent que cet autre personnage m’avait été révélé, je me sentais pris de recul en sa présence, comprenant qu’il était le genre d’homme qui peut à tout moment entrer en éruption, quelqu’un qui prenait bel et bien plaisir à se mettre en colère. » (p. 38)

 

Rudolf Born est un opportuniste qui connaît la vie de Walker de long en large, sans que celui-ci lui ait raconté quoi que ce soit. Born est finalement bien plus puissant qu’il ne le laisse entendre. Il est loin d’être un simple politologue…



Adam Walker : un double de Paul Auster ?

Né juif, Adam a passé son enfance dans le New Jersey. Puis il a suivi des études littéraires à l’université de Columbia dans la ville de New York. C’est un jeune homme plutôt réservé et timide, malgré sa grande intelligence. Il participe tout de même aux publications de l’université et pratique le base-ball. Il affectionne tout particulièrement l’écriture et la lecture. Il se passionne pour la littérature française, qu’il traduit également.  Jim le décrit en ces termes :
   

«  De tous les jeunes inadaptés de notre petite bande, à l’université, Walker était celui qui m’avait paru le plus prometteur, et je considérais comme inévitable de commencer tôt au tard à entendre parler des livres qu’il aurait écrits ou à lire quelque chose qu’il aurait publié dans un magazine – poème ou roman, nouvelle ou article critique , peut-être une traduction de l’un de ses chers poètes français [...] » (p. 73).
   

Au cours de l’automne 1967, Adam Walker se rend à Paris où il participe au Junior Year Abroad Programm. Il y vit dans des conditions miteuses bien que propices à l’écriture. C’est un bel homme qui ne se rend pas compte de sa beauté, mais qui a beaucoup de succès auprès des filles. Il aime faire l’amour, et ne s’en cache pas tout au long de l’ouvrage.
   
Vous l’aurez compris : tous ces traits de caractère sont aussi ceux de Paul Auster. De plus, l’auteur place son personnage dans une période qu’il connaît puisque il l’a lui-même vécue. La guerre du Viêt-Nam est présente en Amérique et rend l’atmosphère terne et suffocante.
   
Mais Adam se différencie en bien des points de Paul Auster. Ce qui les sépare surtout c’est qu’il n’a pas poursuivi sa carrière d’écrivain et qu’il s’est finalement engagé « en faveur des humiliés et des invisibles » (p. 81). Dans ces conditions, 1967 reste la seule œuvre de sa vie.



L’exercice d’écriture

Paul Auster affirmait récemment durant l’interview sur France Inter :

 

 « Connaissez-vous cet écrivain américain spécialiste du sport, Red Smith ? Il a dit : "Écrire, c'est simple : ouvrez vos veines, et saignez." Les artistes sont des gens pour qui le monde n'est pas suffisant. Des gens blessés. Sinon, pourquoi nous enfermerions-nous dans une pièce pour écrire ? Essayons d'utiliser nos blessures pour rendre quelque chose à ce monde qui nous a tellement heurtés. »

 

Je trouve que cette idée s’applique aussi à Adam dans l’écriture de son manuscrit. Celui-ci a vécu quelque chose d’éprouvant qu’il voulait à tout prix retranscrire sur le papier. Mais il rencontre des soucis dans l’écriture de son livre :

 

 « En parlant de moi-même à la première personne, je m’étais étouffé, rendu invisible, je m’étais mis dans l’impossibilité de trouver ce que je cherchais. Il fallait que je me sépare de moi-même, que je prenne du recul et que je libère un espace entre moi et mon sujet (moi-même en l’occurrence), et je revins donc au début de la deuxième partie et entrepris de la rédiger à la troisième personne. » (p. 86)

 

Finalement, Adam adopte donc la deuxième personne pour la partie « Été » et la troisième pour la partie « Automne ». Du Je on passe au Tu, pour terminer avec le Il. Paul Auster prend cette même distance dans Chronique d’hiver où il utilise la deuxième personne. Ces techniques d’écriture sont donc propres à Paul Auster et permettent d’une certaine manière de ne pas devenir Invisible.


Maud, 1ère année édition/librairie 2012-2013

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, articles de Clément et  d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura et de Sarah.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 

Paul Auster La Chambre dérobée

 

 

 

Article d'Emilie sur La Chambre dérobée.

 

 

 

 

 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 

Paul Auster Le Livre des illusions

 

 

 

 

 

 

Le Livre des illusions, article de Manon

 

 

 

 

 

 

 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Invisible

 

 

 

 

 Article d'Émilie sur Invisible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 07:00

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Roy LEWIS
Pourquoi j’ai mangé mon père
Titre original

The Evolution Man
Première publication : 1960
sous le titre de What We Did to Father
Traduit de l'anglais

par Rita Barisse et Vercors.
Actes Sud, 1990
Babel, 1999
Pocket, 1991, 1994, 2011
Magnard, 2011

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Roy Lewis est né en 1913 en Angleterre. Après une formation en sociologie, il est devenu journaliste et sociologue spécialiste en économie. Il a notamment travaillé pour The Economist et le Times. Il s’est intéressé à l’anthropologie et aux origines de l’espèce humaine, ce qui lui a inspiré ce roman qu’il a écrit en 1960. Il est mort à Londres en 1996.



Résumé

Ernest, le narrateur, est un pithécanthrope vivant dans le pléistocène moyen. Autrement dit, c’est un homme préhistorique d’Afrique, d’Ouganda précisément, où il vit avec toute sa famille dans une caverne.

Édouard, le père d’Ernest, est un grand inventeur. Dans la période préhistorique, être un inventeur signifie refuser de vivre dans les arbres, devenir omnivore, se mettre sur ses pattes arrière afin de mieux chasser dans la prairie… Mais surtout, Edouard apporte à sa famille de quoi gagner tout le confort nécessaire à l’aménagement de la caverne et une protection contre les bêtes en tout genre installées sur le même territoire qu’eux : le feu.

Roy Lewis ramène tous le progrès marquants de cette lointaine époque à une seule génération. Ernest et sa famille découvrent le feu, les armes de bois que l’on rend solides à la chaleur de la flamme, la cuisson des aliments qui deviennent faciles à manger, l’art figuratif… Édouard pousse ses fils dans une course au progrès toujours plus obsessionnelle, dans un objectif, voir la fin du pléistocène avant sa mort :

 

« Les temps ont changé, dit père. Ou plutôt, se reprit-il, ils n’ont pas changé, voilà le malheur ! Nous sommes plus en retard que je n’imaginais. Nous n’allons pas éternellement poireauter comme des contemporains de l’hipparion ! Non, ça ne peut plus aller, en tant qu’espèce nous sommes stagnants, c’est la mort. Nous avons du feu, mais nous ne savons pas le fabriquer. Nous tuons la viande, mais nous perdons notre temps à la mastiquer.  Nous avons des lances trempées au feu, mais la portée n’en dépasse pas cinquante mètres… » (p. 85).

 

Mais Édouard rencontre beaucoup de récalcitrants au progrès autour de lui. En particulier en la personne de son frère Vania, cantonné dans sa position de végétarien vivant dans les arbres, qui aime néanmoins profiter d’un bon feu les jours de pluie et manger de bons repas de carnivore, n’en déplaise à ses intestins d’herbivore.

Et puis Édouard veut que tous profitent des ses avancées, sa famille comme les meutes alentour, pour pouvoir enfin sortir du pléistocène. Mais il en demande trop, veut avancer trop vite, et provoque un immense incendie qui brûle toute la végétation et fait fuir la faune à travers l’isthme de Suez, laissant la meute sans aucun moyen de subsistance.  Demander à ses fils de donner le feu gratuitement aux autres tribus, par pur altruisme, dépasse les limites pour ses enfants, déjà échaudés par ce terrible accident. Ainsi survient le premier parricide de l’humanité juste après qu’Édouard a mis au point une nouvelle arme de pointe, merveilleuse pour la chasse, qu’il a nommée « arc ». 



Langage et humour

Ce qui marque à la lecture de ce roman, c’est en premier lieu la langue utilisée, dans la narration comme dans les dialogues. Ces pithécanthropes pas encore sortis de leurs cavernes, s’expriment avec un vocabulaire extrêmement riche et dans une syntaxe parfaitement maîtrisée… et totalement anachronique. 

Ce langage très riche, ajouté aux prénoms  des personnages du roman (pour n’en citer que quelques-uns : Hedwige, Griselda, Ian, Oswald, ou encore Gudule), donne un ton très décalé au livre, et un pouvoir comique indéniable, d’autant plus remarquable que le livre regorge de bons mots.
 
Les pithécanthropes ont parfaitement conscience de leur évolution en cours et Édouard, lancé dans cette course au progrès, semble un personnage tout à fait contemporain. 



Une organisation moderne.

Le ton décalé et original de ce roman lui est également conféré par toutes les petites obsessions des personnages, qui pourrait être parfaitement replacées de nos jours.

Dans cette famille les rôles des hommes et des femmes, par exemple, sont distribués exactement de la même manière qu’ils pouvaient l’être au XXème siècle : les femmes sont au foyer, elles cuisinent (c’est Hedwige, la mère de famille, qui découvre la cuisson des aliments… inspirée par l’odeur alléchante du pied de l’oncle Vania lorsqu’il se brûle sur une braise incandescente), et s’occupent des petits en bas âge.  Les hommes quand à eux cherchent à progresser sans cesse, taillent le silex, partent à la chasse, ramènent à manger…Chacun a un rôle bien spécifique, un talent particulier qui s’avère indispensable à l’évolution de l’humanité, et qui peut également être rapproché de beaucoup de familles contemporaines.



Une histoire de clivage entre progressistes et conservateurs.

Édouard s’est lancé dans une course effrénée au progrès dans le but d’évoluer rapidement, et rencontre l’hostilité de son frère Vania. Ce roman est donc aussi l’histoire du conflit entre ceux qui se satisfont de ce qu’ils ont et ceux qui veulent aller toujours plus loin.

De prime abord, les avancées d’Edouard semblent bénéfiques à tous, même  Vania bien qu’il répète sans cesse : back to the trees ! Pourtant ces avancées vont parfois trop loin. Des brûlures en série à un gigantesque incendie il n’y a qu’un pas, et la maîtrise du feu encore toute relative ne permet pas de lutter contre ce mal qui apporte la désolation et conduit à l’exode de cette famille pourtant bien installée. C’est d’ailleurs avec une arme qu’Edouard vient tout juste d’inventer qu’Ernest tue son père.

Le progrès demande sacrifices et efforts que l’oncle Vania refuse de fournir, parce qu’une évolution trop rapide lui semble contre nature. Ce clivage donne lieu à un certain nombre de disputes qui jalonnent le livre. Par exemple page 53 :

 

« – Eh oui, cette fois tu as passé les bornes Edouard ! rabâchait oncle Vania tout en mastiquant à belles dents une épaule de cheval, le dos au feu.
 
– Tu l’as déjà dit, fit remarquer père qui, lui, s’attaquait à une côte de bœuf dans le filet. Qu’est-ce qui ne va pas avec le progrès, je voudrais le savoir ?
 
– Progrès, progrès, c’est toi qui  lui donnes ce nom, dit oncle Vania. Par-dessus son épaule il jeta dans le foyer un cartilage définitivement incomestible. Moi j’appelle ça de la rébellion. Aucun animal n’a jamais été conçu dans le but de dérober le feu au sommet des montagnes. Tu as transgressé les lois établies par la nature. Oswald, passe-moi un morceau d’antilope, j’en prendrai volontiers.

– Moi je vois la chose au contraire comme un pas en avant, persistait père.  Peut-être un pas décisif. Évolution n’est pas révolution. Pourquoi serait-ce de la rébellion ? »

Ce conflit serait-il à replacer dans une situation contemporaine ? Quand le progrès a eu des effets si nocifs et irrémédiables ? Beaucoup ont rapproché l’immense incendie de la bombe atomique et de son utilisation à Hiroshima et Nagasaki. Cette course infinie au progrès semble être celle de toute l’humanité, à la fois sa spécificité et son plus grand mal. L’homme lutte sans cesse contre la spécialisation qui signifierait sa mort, tout comme de nos jours les entreprises pour croître diversifient leur champ d’activité. Pourtant le progrès ne signifierait-il pas à terme la fin de l’humanité lui aussi ?



Un péché originel chez les pithécanthropes ?

À la lecture de ce livre, j’ai cru voir se dessiner un récit qui tiendrait presque du texte biblique en parallèle de cette histoire venant tout droit de la théorie de l’évolution. Certains éléments semblent en effet rappeler la chute d’Adam et Ève.

En tout premier lieu la famille d’Ernest descend des arbres, que Vania nomme d’ailleurs « l’Éden ». Puis, en arrivant dans la plaine, ils connaissent les chasses infructueuses et la supériorité des animaux. Leur vie devient de plus en plus difficile, ils doivent chasser pour se nourrir, n’ont plus rien à portée de main.

Avec le début de l’exogamie et la rencontre avec la famille de Griselda, la femme d’Ernest, les pithécanthropes apprennent à se cacher sous des fourrures.

Ainsi,  certains événements de ce récit semble se rapprocher d’un récit biblique, jusqu’à aboutir au premier parricide de l’humanité qui pourrait faire penser au meurtre d’Abel par Caïn, premier fratricide de l’histoire dans l’Ancien Testament.



Conclusion

Ce roman, outre son aspect comique, est bien construit et très riche. C’est une lecture tout aussi instructive qu’agréable.


Juliette, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 


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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 07:00

Ken-Follett-L-Hiver-du-monde.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Ken FOLLETT
Le Siècle, vol. 2
L'Hiver du monde
Titre original
Winter of the World (2012)
Traduction
Dominique Haas
Odile Demange
 Jean-Daniel Brèque
Robert Laffont, 2012



 

 

 

 

 

L’auteur

Ken Follett est un auteur gallois issu d’un milieu modeste. Jeune, il appréciait les histoires que lui racontait sa mère, mais très tôt son imagination devient pour lui source de divertissement.

Il est l'auteur de best-sellers et de thrillers d'espionnage très appréciés, tels que Le Scandale Modigliani, son premier roman, ou Le Troisième Jumeau. Cependant ce sont ses romans historiques qui lui ont apporté la notoriété et notamment la saga Les Piliers de la terre, où l’on suit la construction des cathédrales de manière romancée. Certains de ses romans ont eu un tel succès qu’ils ont été transposés au cinéma ou à la télévision.



Résumé

L’Hiver du monde est le deuxième tome de la trilogie Le Siècle, débutée en 2010 par le tome La Chute des géants, qui aborde les points historiques les plus importants de 1911 à 1920. Le deuxième volet se déroule de 1933 à 1949.

Dans ce deuxième volet, on retrouve les enfants des personnages principaux de La Chute des géants. Ainsi, Carla et Erik von Ulrich sont de jeunes Allemands, enfants de Maud et Walter. Erik s’intéresse très vite au nazisme, il affirme que la race aryenne est supérieure aux autres et s’engage dans les jeunesses hitlériennes malgré l’opposition de ses parents. Sa sœur Carla est son opposé puisqu’elle s’engage dans la Résistance pendant la guerre. Il y a également un jeune Russe, Volodia, qui travaille pour les renseignements russes mais se rend peu à peu compte que le système soviétique n’est pas le meilleur. Aux États-Unis, on suit les frères Dewar, fils d’un sénateur : l’un s’engage dans la marine et l’autre dans la politique. La jeune Américaine Daisy part, elle, pour l’Angleterre où elle se marie avec Boy Fitzherbert, un aristocrate fasciste. Elle divorce finalement pour s’unir à Lloyd Williams, le demi-frère de Boy qui, lui, est issu d’un milieu modeste et appartient au parti travailliste. Chacun de ces personnages, issu de l’imagination de l’auteur, va avoir un rôle plus ou moins important dans l’histoire et surtout dans le dénouement de la Seconde Guerre mondiale. Ils vont également parfois se rencontrer ou se croiser.



Les différentes parties de l’œuvre

Ce roman est scindé en trois parties : la première met en place tous les personnages et concerne toute la période d’avant-guerre. Elle finit au début de la guerre, par cette phrase extraite du discours du 3 septembre 1939 de Chamberlain, le premier ministre britannique : « notre pays est en guerre avec l’Allemagne ». La deuxième partie débute en avril 1940 et se termine après le lancement des deux bombes atomiques au Japon. Pour finir, la dernière partie traite de la façon dont les Soviétiques se sont procuré la bombe atomique, ainsi que de la mise au point de cette arme.



L’écriture

Ken Follett a commencé sa carrière en tant que journaliste, avant de se lancer dans l’écriture de romans. Cela se ressent dans l’écriture de ceux-ci car il nous donne des descriptions détaillées des scènes et des personnages, mais il nous rappelle également qui ils sont et d’où ils viennent, au fur et à mesure des pages. Ainsi, cela facilite la lecture car on ne se perd pas entre les différents personnages. Pourtant, le fait que les descriptions soient minutieuses ne ralentit pas l’histoire et n’ennuie pas le lecteur, car elles permettent de mieux comprendre la psychologie des personnages, ou les enjeux de tel ou tel acte…

L’écriture y est également crue. En effet, Ken Follett décrit sans aucun ménagement la torture que subit un homme abandonné à des chiens affamés pour avoir commis le crime d’être homosexuel, ou le viol d’une jeune femme par cinq soldats de l’armée russe, à la Libération.

De plus, dans ce roman, le temps passe très vite. L’auteur a choisi d’introduire des ellipses temporelles. Ainsi la jeune femme évoquée précédemment découvre qu’elle est enceinte et deux pages plus loin le bébé naît. Cela permet de dynamiser le récit, d’accélérer certaines descriptions, le plus souvent. Mais parfois, les descriptions sont précises :

 

« Mutter prenait son temps. Elle avait choisi un feutre bleu foncé, de forme ronde avec un bord étroit, comme en portaient toutes les femmes ; mais elle inclinait le sien selon un angle particulier, qui lui donnait un chic fou. »

 

On voit également l’important travail de recherche fourni par l’auteur. En effet ici il a recherché les habits portés par les femmes de cette époque, mais il a également fait d’indispensables recherches avec des historiens, pour mêler avec justesse des événements historiques réellement survenus et des faits relevant du fictif.

 

Personnages

Les personnages mis en scène dans L’Hiver du monde sont les descendants de ceux que l’on côtoyait dans le premier tome. L’auteur met en scène une multitude de personnages qui lui permettent d’aborder les différents points de vue, les différents enjeux de cette période historique.

Certains personnages sont complexes ; ainsi Erik est en adoration devant les nazis, il s’engage volontairement dans les Jeunesses hitlériennes puis, à l’armée, il découvre le vrai visage du nazisme et souhaite le détruire. À la fin de la guerre et suite à l’occupation d’une partie de la ville de Berlin, il découvre le communisme qu’il rejoint assez rapidement, malgré une propagande semblable à celle du parti du Führer. Cet exemple montre qu’au sein même des familles existaient des divergences d’opinion, car la sœur de ce jeune Allemand s’était engagée dans la résistance. Cette famille est donc divisée :

 

« Les nazis détestaient les communistes, mais après tout, son père et sa mère ne les aimaient pas non plus. Les nazis haïssaient aussi les Juifs. Et après ? Les von Ulrich n’étaient pas juifs, alors qu’est-ce que ça pouvait bien faire. Pourquoi Vater et Mutter refusaient-ils obstinément de participer au mouvement ? Erik en avait assez d’être tenu à l’écart, alors il avait décidé de passer outre. » [Erik, après s’être engagé dans les jeunesses hitlériennes].

 

 

 

Avis personnel

Si j’ai choisi de présenter ce roman, c’est qu’il m’a énormément plu et je voulais le partager. J’avais également fortement apprécié le premier tome, étant passionnée d’histoire. En effet, dès les premières pages l’auteur nous entraîne dans cette période de 1933 à 1949 et l’on ne peut décrocher de ce roman, tant le suspense y a une place importante. Ken Follett a donc atteint son objectif, à savoir accrocher le lecteur à chaque page.

L’auteur sait également nous toucher avec divers sentiments : tristesse et peur avec et pour les personnages, mais aussi joie. Je trouve cependant que la violence est plus importante que dans La Chute des géants, ou du moins elle y est différente. En effet, ici, la souffrance est plus souvent physique, notamment avec des scènes de torture, alors que dans le premier tome, la souffrance morale était fréquente, particulièrement pour les soldats dans les tranchées. L’auteur ne nous ménage pas et détaille précisément certains faits :

 

« Sa voix était si basse qu’elles l’entendirent à peine. "Nous les tuons."

Carla avait le souffle court et les mots franchirent difficilement ses lèvres : "À l’hôpital ?"

Ilse hocha la tête. "Ces pauvres gens qui arrivent dans les autocars gris. Des enfants, parfois des bébés, et puis des vieux, des grands-mères. Ils sont tous plus ou moins infirmes. Certains sont affreux à regarder, ils bavent, ils font sous eux, mais ils n’y peuvent rien. D’autres sont adorables et complètement inoffensifs. Peu importe... nous les tuons, tous.

— Comment faites-vous ?

— Une injection d’un mélange de morphine et de scopolamine." » [Dialogue entre Carla et une infirmière].

 

 

 

Selon moi, ce roman est une approche pour apprendre les différentes périodes de l’histoire et leurs enjeux tout en restant ludique, et une échappatoire, un moyen de s’évader. En effet l’un des défis de l’auteur était de ne pas faire de leçon d’histoire comme on peut en recevoir à l’école et selon moi il le relève très bien. De plus, le sujet de la Seconde Guerre mondiale a déjà été traité par une multitude d’écrivains, il ne fallait donc pas que ce soit redondant. Je trouve également intéressant que l’on voie un même événement dans les différents pays simultanément. Ainsi on voit l’implication politique de chaque pays, avec notamment l’espionnage comme le montre ce dialogue entre deux Américains :

 

« La bombe [atomique] russe était une réplique de Fat Man, celle que nous avons largué sur Nagasaki, dit l’agent spécial Bill Bicks. Quelqu’un leur a donné les plans ».

 

 

Clémence, 1ère année bibliothèques-médiathèques 2012-2013

 

 

 

Ken FOLLETT sur LITTEXPRESS

 

 

ken follett un monde sans fin.

 

 

 

Article de Sophie sur Un monde sans fin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Clémence - dans fiches de lecture 1A
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 07:00

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Oscar COOP-PHANE
Zénith-Hôtel                              
 Finitude, 2012







 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie d'Oscar Coop Phane sur le site des éditions Finitude
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Oscar Coop-Phane est né en 1988. Après une enfance des plus classiques — divorce parental, gamelles en vélo, Miel Pops le matin — il veut devenir peintre, et puis non. Il quitte le domicile maternel à 16 ans pour vivre avec une jolie blonde dont il est amoureux. Ça ne l’empêche pas de passer son bac et de faire hypokâgne & khâgne option philo depuis sa mansarde.

Ensuite il choisit de tout plaquer et, tout en étant pion pour gagner sa vie, il lit, lit et lit encore. Du matin au soir, du soir au matin, il lit Bove, Calet, Calaferte, Dabit, Céline...


A vingt ans, il s’exile à Berlin où il passe un an à écrire, à lire Proust et à se griller les neurones sur la scène techno. Là-bas il écrit Zénith-Hôtel, le quotidien d’une prostituée parisienne. Retour difficile à Paris.

Il travaille la nuit comme barman dans un bar à cocktail du Xe arrondissement. Et puis il obtient le Prix de Flore 2012 pour Zénith-Hôtel, son premier roman paru aux éditions Finitude.

C’est court, oui, mais il n’a que 24 ans...



Ses œuvres

Zénith-Hôtel (2012)

– Demain Berlin (2013) aux éditions Finitude. 


Avec son roman Zénith-Hôtel, Oscar Coop-Phane reçoit le prix de Flore. Le prix de Flore est un prix littéraire français qui récompense un jeune auteur au talent prometteur. Celui-ci est choisi par un jury constitué de journalistes. Ce prix est décerné au Café de Flore à Paris tous les ans au mois de novembre.

Oscar Coop-Phane est seulement âgé de 24 ans lorsqu’il reçoit ce prix en 2012.

L’auteur parle de son livre lors du salon Lire en Poche à Gradignan en 2012 :

 

 http://www.youtube.com/watch?v=GdwKCtgCuPA



Le livre et son résumé

Zénith-Hôtel, c’est la vie d’une prostituée qui vit à Paris, Nanou. Nanou est lasse de vivre cette vie depuis tant d’années, mais pourtant elle sait bien qu’elle est condamnée à faire la même chose jusqu’à la fin : fumer des cigarettes dans sa chambre d’hôtel, se préparer, enfiler ses talons hauts, boire son café, fumer une seconde cigarette et attendre sur les trottoirs de la place Clichy… Attendre un homme qui viendra la voir seulement pour recevoir un peu de tendresse et une partie de plaisir. Elle a l’habitude, Nanou, elle sait qu’elle est là pour ça et puis que quelques minutes plus tard, l’homme reprendra sa route, sans accorder plus d’importance à la femme qu’il a trouvée là, au beau milieu de la ville. La vie de cette prostituée n’a rien d’original : tous les jours elle fait la même chose, tous les jours elle rencontre des hommes, des hommes normaux de tous horizons qui viennent partager quelques minutes de leur vie avec elle. Elle se sent fatiguée, le corps sale mais elle continue…

Les hommes dont il est question sont présentés tout au long du livre. On découvre leur vie tout à fait banale : Emmanuel est pion, il n’est d’ailleurs pas très dégourdi, Victor ne se promène jamais sans son chien Bâton, et il y a aussi Luc qui se fait appeler Moby One à cause de sa passion pour les mobylettes. L’auteur dresse de chacun de ces personnages un portrait type dans lequel on remarque une particularité. Justement, cette particularité paraît tellement absurde qu’on en déduit que leur vie n’a absolument rien de passionnant.

Tous ces portraits sont coupés par des brèves du journal intime tenu par Nanou, la prostituée parisienne. Elle y raconte sa vie, ses habitudes et également ses émotions. Elle ne parle pas de ses hommes mais seulement de ce qu’elle fait à côté de son boulot, les choses du quotidien. Elle dit qu’elle aime écrire, cela lui permet de penser à autre chose, elle nous fait part de sa tristesse et de sa lassitude face au monde dans lequel elle vit. Le pire, c’est qu’elle dit qu’elle n’est pas la seule : toutes les personnes qui déambulent dans la rue vivent avec leur désespoir, elle dit même que dans la rue, on ne se sent pas bien :

 

 

« Il y a un type en face de moi qui vend des roses. Il trimballe sa tristesse et un gros bouquet de fleurs rouges d’une terrasse à l’autre. Il cherche l’amour, c’est son gagne-pain. »

 

Cette prostituée-là en devient attachante, elle est entièrement consciente de permettre à des hommes inconnus de s’évader quelques minutes, de se détacher de leur vie habituelle et de leur offrir ce qu’ils désirent. Mais Nanou, elle, ne s’attache pas, elle prend les moments tels qu’ils viennent puis elle continue sa vie, ce n’est pas le genre à faire des manières.

 

« Je suis une pute de rue. Pas une call-girl ou quelque chose comme ça ; non, une vraie pute de trottoir, à talons hauts et cigarettes mentholées. »

« Je n’ai pas de tendresse. C’est quelque chose que j’ai perdu. Même les mômes dans la rue, les gentilles têtes blondes ou brunes qui lancent des bouts de bois et qui courent dans tous les sens, ne m’attendrissent plus. »

 

 

 

Analyse et avis personnel

Le style d’écriture utilisé par Oscar Coop-Phane rend l’œuvre réaliste. Il utilise un langage très familier, voire cru à certains moments. Mais il faut savoir que l’histoire racontée dans ce livre n’est que fictive, elle ne raconte pas un fait réel.

Le fait qu’il ait choisi de mélanger des passages du journal intime du personnage principal avec les descriptions des hommes qu’elle rencontre donne un côté original au contenu de l’œuvre. À chaque fin de portrait d’un homme, on retrouve quelques lignes écrites en italique qui résument la rencontre des deux personnages : l’homme banal avec Nanou. Ces lignes sont écrites sous la forme d’une conversation dans laquelle nous comprenons qu’ils vont se rendre dans la chambre d’hôtel de la prostituée.

Les brèves du journal intime sont donc écrites à la première personne du singulier, nous sommes invités à découvrir les moments très personnels et intimes de la femme, elle nous livre aussi bien ses peines que ses petits bonheurs ; nous suivons dans les moindres détails la totalité de ses émotions.

Les portraits, quant à eux, sont écrits à la troisième personne du singulier. Ils décrivent des actions quotidiennes de certains hommes de manière amusante. Nous arrivons très vite à nous attacher à eux. Il faut le savoir, Nanou a aussi bien une « clientèle d’écorchés » que des gens normaux. Nanou sait s’attendre à tout. Bien qu’il n’y ait aucun rapport entre tous les hommes décrits, le lien qui les unit est facilement reconnaissable : c’est elle.

L’auteur nous révèle son désir d’écrire une œuvre sans suspens, sans véritable élément déclencheur qui va mettre le lecteur en haleine et lui donner envie d’aller jusqu’au bout du roman pour voir la chute finale. Non, ce qu’a voulu transmettre Oscar Coop-Phane, c’est le récit d’une vie, la vie normale d’une prostituée parisienne qui se confie dans son journal intime et qui croise tous les jours de nouvelles personnes qui se retrouvent dans un monde trop grand pour eux. « Et elle est belle jusque dans ses faiblesses, cette humanité-là. »

 

 

Zénith-Hôtel est pour moi un véritable chef-d’œuvre. C’est un livre émouvant, avec des personnages très attachants. L’auteur sait trouver les mots justes pour rendre l’entièreté du roman tout à fait tendre et passionnant. Suivre cette prostituée parisienne dans sa vie quotidienne nous fait prendre conscience du monde dans lequel nous vivons, et parvient presque à nous faire ressentir les mêmes émotions que cette femme, creuse et triste à la fois. C’est un texte très poétique qu’on ne regrette pas d’avoir lu. Sa lecture est rapide et très bouleversante. Oscar Coop-Phane a su montrer le monde solitaire des grandes villes avec une belle émotion et un style d’écriture digne d’un vrai auteur de littérature contemporaine ! Son prix de Flore obtenu en 2012 lui est bien mérité !


Laurie G, Édition-Librairie 2012/2013

 

 

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 07:00

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Tanguy VIEL
La Disparition de Jim Sullivan
Éditions de Minuit, 2013




 

 

 

 

 

 

 

 

Voir la Biographie de Tanguy Viel sur Babelio : http://www.babelio.com/auteur/Tanguy-Viel/2060

Interview de Tanguy Viel de passage à la librairie Mollat : http://www.dailymotion.com/swf/video/xyo2s0

 

 

Constatant la place de plus en plus importante que prennent les romans et romanciers américains dans le paysage littéraire français, Tanguy Viel a eu envie d’écrire un roman américain, qui pourrait avoir cette visée internationale que n’offre pas, selon lui, le roman français : « Les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l’action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets et des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international ». Il a donc vulu que l’histoire se déroule aux États-Unis et décidé d’utiliser les éléments caractéristiques, selon lui, du roman américain. Mais le point de vue qu’il a choisi est plutôt original puisque l’auteur se met lui-même en scène en tant que narrateur, racontant au lecteur le roman qu’il a écrit (La Disparition de Jim Sullivan), tout en proposant une analyse et des explications sur le choix d’utiliser tel ou tel élément, de raconter les choses de telle manière ; bref, sur tous les éléments qui font de son roman un roman américain, et par extension international. Ainsi, mélangées à l’histoire de Dwayne Koster, on trouve des explications, à la première personne du singulier, sur la construction du roman, son invention, tel un making-of révélant au lecteur comment l’auteur a imaginé et écrit cette histoire. Petit à petit, au cours du roman, l’analyse littéraire deviendra de moins en moins présente, laissant plus de place à l’histoire fictionnelle.

Ainsi, selon Tanguy Viel, certains éléments sont indispensables pour écrire un roman américain à succès, autrement dit « toutes ces choses que Dwayne avait lues mille fois dans mille romans américains ». Et il ne compte pas « déroger aux grands principes qui ont fait leurs preuves dans le roman américain ». Le ton est donné dès la quatriè^me de couverture :

 

« Du jour où j'ai décidé d'écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d'une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s'appellerait Dwayne Koster, qu'il enseignerait à l'université, qu'il aurait cinquante ans, qu'il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu'il détestait ».

 

En effet, dans tout bon roman américain, le « personnage principal, en général, est divorcé », et a « en général autour des 50 ans ». De même, « toujours un des personnages principaux est professeur d’université » « Un point très important du roman américain, l’adultère. C’est même une obsession du roman américain ». Ainsi, Susan Koster a une aventure avec Alex Dennis, un collègue de Dwayne, et Dwayne avec Milly, étudiante et serveuse. Même les noms ne sont pas choisis au hasard : « […] une serveuse aux Etats-Unis […]  si elle ne s’appelle pas Milly, alors elle s’appelle Daisy ». La vie des personnages doit croiser des grands événements de l’histoire du pays :

 

« C’est une chose dont on ne peut se passer en Amérique, la présence d’événements qui ont lieu en vrai comme la destruction des tours ou la crise financière ou l’intervention en Irak. Ce sont des choses qui doivent faire comme une onde de choc sur les personnages ».

 

Dans le cas de Dwayne ce sont l’assassinat de Kennedy en 1962 (« un jour qu’on trouve cité dans les romans américains […] le 22 novembre 1963 »), la guerre d’Irak en 2003. Concernant la structure du roman, il note entre autres choses l’importance d’« un sens aiguisé du détail », et des flash-backs, puisque « en matière de roman américain, il est impossible de ne pas faire de flash-backs […] »,

 

« y compris des flash-backs qui ne servent à rien, quand souvent il y a des pages entières sur la mère du héros ou le père du héros mort depuis longtemps, au point qu’on en arrive à oublier qu’on est dans le passé, et qu’alors, quand on revient au présent, on a l’impression que c’est le contraire, que c’est le personnage principal qui ne sert plus à rien ».

 

 Mais l’auteur-narrateur semble parfois tiraillé entre ses habitudes de romancier français et les standards du roman américain :

 

« J’ai souvent hésité pour savoir dans quel ordre raconter toute l’histoire, à cause des différents personnages qui la traversaient et donc les différentes lignes narratives qui finiraient par se recouper plus ou moins mais requéraient forcément la patience du lecteur. Mais je n’ai jamais douté que c’était comme ça qu’on écrivait un vrai roman américain, surtout si je voulais que ça fasse comme une fresque, ainsi qu’il est souvent écrit sur la quatrième de couverture […] ce genre de phrases tout à fait attrayantes qui expliquent le caractère international du livre ».

 

Mais au fond, il le reconnaît, il reste un écrivain français se livrant à un exercice de style :

 

« […] j’ai longtemps pensé que mon livre commencerait là-dessus […], à cause de plusieurs romans que j’avais lu qui commençaient comme ça. […] J’ai longtemps réfléchi à ce qu’un romancier américain aurait fait de ça […] »),

 

mais finalement il décide de faire à sa manière.

 

Comme il le dit lui-même,

 

« Après tout, même si j’ai regardé vers l’Amérique tout le temps de mon travail, je suis quand même resté un écrivain français. Or ce n’est pas dans notre habitude à nous, Français […] ».

 

 

Concernant le style de l’auteur, notons qu’il utilise différents points de vue pour raconter l’histoire. La plupart du temps on en sait plus que les personnages puisque le narrateur de l’histoire est l’auteur lui-même, il révèle ce qui va se passer (narrateur extérieur et omniscient). Par exemple : « Et nous depuis longtemps on savait que c’était vrai ». Parfois on en sait moins, comme quand on nous raconte la scène à travers les yeux de l’agent du FBI, qui n’entend que des bribes de conversation.

L’auteur-narrateur introduit à plusieurs reprises des éléments, disant qu’ils n’arriveront que plus loin dans le roman. Par exemple il introduit Lee Matthews mais dit que

 

« […] ce n’est pas le moment de parler de Lee Matthews dès lors qu’il arriverait bien plus tard dans l’intrigue, ainsi qu’il se fait dans ce genre de livres, que certains personnages arrivent bien plus tard dans l’histoire ».

 

L’auteur-narrateur révèle aussi ce qui se passera plus tard dans l’histoire (« et c’est ce qui arriverait. Plus tard dans mon livre, c’est ce qui arriverait. »), ou ce qui n’arrivera pas (« Mais bien sûr ce n’était pas ce qui arriverait »).

Parfois l’auteur-narrateur semble découvrir son roman, comme si ce n’était pas lui qui l’avait écrit et inventé :

 

« Je n’ai pas écrit tout ça dans mon roman. C’est seulement que j’ai dressé des portraits de mes personnages pour mieux les comprendre […]. J’ai fait des fiches. C’est comme ça que j’ai su des choses sur Johannes Koster […]. C’est comme ça que j’ai découvert, par exemple aussi, […] ».

 

Notons aussi que l’auteur utilise des phrases plutôt longues, pouvant aller jusqu’à une demi-page, utilisant de nombreuses virgules pour juxtaposer des morceaux de phrases.

 

Avant de faire un résumé de l’histoire, voici une brève présentation des principaux personnages :

 

– Dwayne Koster : 50 ans, (ancien) professeur de littérature à l’université

– Susan Fraser/Koster : son ex femme

–  Alex Dennis : (ancien) collègue de Dwayne à l’université, en couple avec Susan

–  Milly Jartway : (ancienne) étudiante de Dwayne, serveuse pour payer ses études

– Lee Matthews : oncle de Dwayne, antiquaire à Chicago

– Enfin, il est nécessaire pour comprendre l’histoire de savoir qui était Jim Sullivan – puisqu’il a réellement existé – car il tient une place importante dans le roman (« la raison de ce livre c’est Jim Sullivan »). C’était un chanteur américain, disparu sans laisser de traces en 1975, au Nouveau-Mexique. Sa voiture a été retrouvée non loin du désert, vide. Pour certains, il aurait été enlevé par des extra-terrestre, pour d’autres victime d’un règlement de comptes entre mafias locales. Le mystère sur sa disparition n’a jamais été élucidé. L’auteur-narrateur nous révèle que c’est la fascination de Dwayne Koster pour Jim Sullivan qui a donné le titre du livre :

 

« […] ça reste une énigme la disparition de Jim Sullivan, une énigme qui bien sur fascinait Dwayne Koster, sans quoi je n’aurais pas intitulé mon livre La Disparition de Jim Sullivan ».

 

 

 

L’histoire se déroule dans le Michigan, à Détroit et à Chicago. C’est dans le deuxième chapitre que nous faisons connaissance avec le personnage principal, Dwayne Koster, dans les faubourgs de Detroit, dans le Michigan (« C’est la première scène de mon livre […] »). Installé dans sa Dodge Coronet devant la maison de son ex-femme Susan, en train d’observer ce qui s’y passe à travers les rideaux. À partir de là, des flashbacks permettent de connaître le passé de Dwayne, depuis l’arrivée des premiers Koster en Amérique, son enfance, sa rencontre avec Susan, avec Alex Dennis, et surtout comment ils en sont arrivés à se séparer : elle a eu une aventure avec Alex Dennis, et lui a une aventure avec une de ses étudiantes, Milly Hartway.

À la demande de Susan, Dwayne quitte la maison, sans même chercher à discuter. Il va voir son oncle Lee Matthews à Chicago, qui lui prête son chalet dans la forêt, près du lac Huron, au nord du Michigan. Milly finit par lui trouver un travail au vidéoclub en face du café où elle travaille. Il l’accepte à contrecœur mais ne s’y sent pas à sa place : « S’il arrive qu’on se retrouve à l’opposé de son existence, se disait Dwayne lui-même, alors j’ai trouvé le point exact […] » (p. 89).

Un jour, il surprend Milly en train de tourner dans un film pornographique avec le patron du vidéoclub. Au lieu de chercher à s’expliquer avec elle, il s’éloigne sans bruit, va acheter un bidon d’essence et met le feu au vidéoclub. C’est ainsi qu’à la fin de l’été 2001 il est interné dans un hôpital psychiatrique sur avis des juges, considéré comme dément par les médecins. Il finit par ressortir, et se remet à boire.

Quand Ralph lui apprend que Susan a déménagé et refait sa vie avec Alex, Dwayne se jure de la reconquérir. C’est là qu’on retrouve Dwayne installé au volant de sa Dodge, non loin de la maison de Susan, observant ce qui se passe à l’intérieur. C’est alors qu’il repense à ce que lui a dit son oncle Lee :

 

« Mais s’il y a un problème que tu n’arrives pas à résoudre, […] tu peux compter sur moi. Même, je veux dire, […] si un jour tu as un problème de personne, je peux m’en occuper, insistait Lee, c’est-à-dire  […] faire en sorte que le problème s’évanouisse […] » (p. 76).

 

Il va donc le trouver dans son magasin d’antiquités à Chicago. Celui-ci accepte de s’occuper d’Alex en échange d’un service : il s’agit d’ « Irak », de « dollars », de « cargaison » et de « Baltimore ». On n’en saura pas plus à ce moment-là car la scène est racontée du point de vue de l’agent du FBI présent incognito dans le magasin, qui ne perçoit que quelques bribes de conversation. En fait, il est question du pillage par les locaux des objets patrimoniaux dans les musées et sites culturels pendant la guerre en Irak, en 2003. On soupçonne en effet un pillage organisé, à l’échelle internationale, destiné à alimenter un trafic d’objets archéologiques, notamment aux États-Unis où plusieurs pièces referont surface. Lee Matthews est bien sûr impliqué dans ce trafic de grande ampleur. Il envoie Dwayne à Baltimore afin de réaliser une transaction financière et récupérer les antiquités.

Pendant ce temps, les hommes de main de Lee tabassent Alex Dennis. Sur le chemin du retour, Dwayne remarque qu’il est suivi. Il s’arrête sur une aire de repos, et tandis que l’homme s’approche doucement de lui, il attrape sa crosse de hockey et le frappe jusqu’à la mort. Ce n’est qu’après qu’il remarque la plaque du FBI accrochée à sa ceinture. Comme prévu, son oncle Lee refuse de le couvrir. Il sait alors qu’il n’a plus rien à perdre et décide donc de garder les antiquités, de les cacher et de disparaître de la circulation.

Après avoir enterré les caisses dans le jardin de son ex-femme, il remonte dans sa voiture et roule jusqu’à la nuit, jusqu’au « Nouveau-Mexique puisque, c’est clair depuis longtemps, la raison de ce livre c’est Jim Sullivan ». Nous sommes en mai 2003 et Jim Sullivan prend la direction du « désert craquelé ». Mais voilà, « Dwayne Koster […] n’est plus dans le monde normal », et ce depuis bien longtemps, et « […]  dans son cerveau ça […]  a cogné bizarrement ce matin-là […] ». Obéissant à « la voix à l’intérieur de lui », à sa « pensée négative »,  il se met à accélérer de plus en plus, puis freine brusquement. Mais il est trop tard et la voiture plonge dans le vide. Scène finale : l’aube naissante, la voiture écrasée sur le sol du désert. Dwayne en sang voit une silhouette s’approcher : c’est Jim Sullivan qui « lui dit qu’il peut venir […] avec lui dans le désert ». Dwayne se lève et le suit, et ils disparaissent dans le lointain. « Et puis voilà, c’est l’Amérique ».

 

Ce roman est bien une sorte de fresque littéraire et historique de l’Amérique, depuis l’arrivée des premiers Européens sur la côte Est des États-Unis (Nouvelle-Angleterre), jusqu’en 2003 et la guerre en Irak, en passant par des moments importants tels que l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963, ou les événements du 11 septembre 2001. Il va même jusqu’à parler de l’élection du premier président noir, Barack Obama, qui aura lieu en 2008. On note aussi l’omniprésence des grandes œuvres et grands auteurs américains. Ainsi, Dwayne Koster lui-même enseignait la littérature, « la littérature américaine bien sûr. Il avait même tenu une thèse remarquée sur l’influence de Moby Dick dans le roman contemporain ». Il est d’ailleurs fait plusieurs fois référence à Moby Dick, ainsi qu’à « un baleinier de Nantucket ». Dans le coffre de sa voiture, on peut trouver un exemplaire de Walden ou la vie dans les bois, de H. D. Thoreau. Alex Dennis, collègue de Dwayne, était quant à lui spécialiste de la beat generation, et citait « Jack Kerouac ou bien William Burroughs ». Sont aussi évoqués dans le roman Whitman, Emerson et William Faulkner. Et, plus proches de nous, Thomas Pynchon, Don DeLillo, Jim Harrison, Laura Kasischke, Joyce Carol Oates, Richard Ford, Alice Munro, Philip Roth.

 

Tanguy Viel met en scène l’écriture de son roman et l’histoire de Dwayne Koster, sur fond sonore de Jim Sullivan. Sa construction plutôt inhabituelle fait de ce roman une sorte d’OVNI – comme l’a chanté Jim Sullivan – littéraire, tout à la fois un roman français et un roman américain, un road-movie, et un essai sur la littérature, soulignant en quoi l’origine géographique ou le genre qu’on associe à un livre peuvent être réducteurs, amenant avec eux bon nombre de clichés, d’éléments nécessaires à ce que ce roman soit classé dans telle ou telle catégorie...

 
Delphine, 1ère année Bibliothèques 2012-2013
 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 07:00

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Kathrine KRESSMANN TAYLOR
Inconnu à cette adresse
Address Unknown
Traduction Michèle Lévy-Bruhl
Éditions Autrement, 2002 et 2009
LGF/Le livre de poche jeunesse, 2002
J’ai lu, 2012
Flammarion, Étonnants classiques, 2012
Flammarion jeunesse, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé de la 4ème de couverture

 

Mon cher Max… Mon cher Martin

Du 12 novembre 1932 au 18 mars 1934, entre l’Allemagne et les États-Unis, deux amis s’écrivent. Max, l’Américain, parle de sa solitude depuis le départ de son ami ; Martin, l’Allemand, lui raconte sa nouvelle vie dans une Allemagne qu’il peine à reconnaitre tant elle est défigurée par la misère. Au fil des lettres, inexorablement, Martin et Max s’éloignent l’un de l’autre. D’autant que Max est juif…

 

 

L’auteure et l ‘œuvre 

Kathrine Kressmann Taylor est née a Portland en 1903 et morte en 1986. Elle a fait des études de littérature et de journalisme à l’université et commence à écrire et à publier dans des journaux littéraires. À son mariage avec Elliott Taylor elle devient femme au foyer.

C’est en 1938 qu’elle écrit et publie Inconnu à cette adresse dans Story Magazine. Mais son éditeur et son mari considèrent que « cette histoire est trop forte pour avoir été écrite par une femme ». C’est pourquoi elle prendra le pseudonyme de Kressmann Taylor.

Le texte sera publié dans plusieurs magazines et en livre en 1939. Il sera interdit en Autriche et en Allemagne. Elle va écrire plusieurs ouvrages et deviendra la première femme professeur titulaire au collège de Gettysburg en Pennsylvanie.

C’est en 1995 que Story Press va rééditer Inconnu à cette adresse et c’est là que la nouvelle va connaître un succès retentissant. Elle sera traduite en vingt langues. Elle sort en France en 1999 et en Allemagne en 2001.

Kressmann Taylor va vivre sa dernière année sous les feux des projecteurs.

Depuis un an, le texte est joué au théâtre avec un particularité : les deux rôles sont tenus par des acteurs différents tous les mois.



Un roman épistolaire

Le roman tire sa première originalité de sa forme. Il est composé d’un échange d’une vingtaines de lettres écrites entre 1932 et 1934. Ces lettres mettent en évidence l’évolution de la relation entre les deux amis, qui va évoluer en même temps que l’Histoire. Une seule lettre a une forme différente car il s’agit d’un télégramme qui témoigne d’une rupture définitive entre les deux amis dont la relation va passer de l’amour à la haine.



Une amitié qui se brise au fil des lettres

Dans les premières lettres, on remarque une amitié sincère entre les deux hommes. Martin raconte sa vie dans une Allemagne en reconstruction après la Première Guerre mondiale. L’autre, Max, qui tient leur galerie d’art commune, parle de sa solitude. Nous sommes alors en 1932.

Mais dans la lettre du 21 janvier 1933 Max s’inquiète de l’ascension d’Adolf Hitler : « Qui est cet Adolf Hitler qui semble en voie d’accéder au pouvoir en Allemagne ? Ce que je lis sur son compte m’inquiète beaucoup ».

C’est à ce moment-là que la réponse de Martin donne un premier indice au lecteur sur ce qui va arriver : « je crois qu’à nombre d’égards Hitler est bon pour l’Allemagne mais je n’en suis par sûr ».

Un troisième personnage fait alors son apparition dans les lettres : Griselle, la sœur de Max. Martin va refuser de la protéger parce qu’elle est juive. Elle va mourir et la haine va apparaître à travers une vengeance épistolaire.

C’est en effet par ses lettres que Max va faire assassiner son « ami ». Il s’efforce de le compromettre aux yeux de la censure en faisant croire qu’il est juif : « que le Dieu de Moïse soit à ta droite ».

La dernière page représente une lettre avec la mention “ Inconnu à cette adresse ” et nous laisse pensée que Martin a été assassiné.



Une page de l’Histoire

Cette histoire est fondée sur une vraie relation épistolaire entre un Allemand et un Américain juif. Le reste est inventé. Mais la base historique est évidemment réelle et compte tenu de l’année où a été écrite la nouvelle, 1937, assez visionnaire par rapport à se que l’on savait à l’époque et à ce qui va se passer ensuite.

Cela prouve aussi que certains Américains en savaient plus que bien des Européens sur ce qui se passait en Allemagne, notamment les menaces qui pesaient sur tous ceux qui avaient des contacts avec les juifs. On remarque toutefois que l’auteure ne juge pas les Allemands ; elle cherche plutôt à comprendre comment ils ont pu se faire embrigader de cette manière.

En conclusion, Inconnu à cette adresse est un roman très fort, dont la forme épistolaire porte un texte intense riche d’une part historique importante et visionnaire pour l’époque.


Pauline, 2ème année Bibliothèques

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 07:00

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Henning MANKELL
Les Chaussures italiennes
traduit du suédois
par Anna Gibson
Seuil, octobre 2009
Points, février 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce roman de Henning Mankell relate l'histoire d'un homme, Fredrick Welin, âgé de soixante-six ans, qui vit reclus sur son île à l'abri de tout contact humain et avec pour seule compagnie une vieille chienne et une vieille chatte. On se trouve ainsi plongé en plein hiver dans le froid très nordique de la Baltique. Bien entendu, notre héros, que l'on devrait plutôt nommer antihéros, va voir sa retraite bouleversée par l'arrivée de la femme qu'il a abandonnée quarante ans auparavant.



Il est cependant nécessaire de s'intéresser à son auteur afin de mieux comprendre toute l'ampleur et l'influence de son œuvre.

Mankell est un auteur suédois né en 1948. Il a connu une enfance difficile, abandonné par sa mère et élevé par un père juriste. Son rêve était de devenir artiste et voyageur, c'est ainsi qu'il part pour Paris dès ses seize ans, ainsi que pour l'Afrique, où il continuera à se rendre régulièrement. En Afrique, il va d'abord en Guinée Bissau, puis en Zambie, dans les années 70, et enfin, dès 1985, au Mozambique où il va diriger l'unique troupe de théâtre professionnelle du pays. Il dit souvent qu'il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique, un pied dans la neige et l'autre dans le sable. Il est devenu célèbre, non pas pour ses romans, mais pour ses polars avec notamment le célèbre inspecteur de police suédois, Kurt Wallander. Cet inspecteur est pour Mankell un moyen d'exprimer ses réflexions de dramaturge et de metteur en scène sur le devenir d’un modèle socio-économique proche de la disparition suite à la chute du mur de Berlin. Il veut toucher ses compagnons, faire partager ses doutes, ses désillusions ; c'est pourquoi il choisit le genre policier, miroir parfait de la société. En 2008, Mankell publie un livre, Profondeurs, où il médite sur le mensonge en mêlant différents genres comme le théâtre et le roman policier. Il parle des hommes, des femmes, de la solitude, de la peur, de l'amour et de la rédemption. Tous ces thèmes, nous les retrouverons dans Les Chaussures italiennes.



Dans ce roman, on découvre un personnage atypique, un vieillard que l'on pourrait qualifier d'invivable et d'asocial. Son unique lien avec le monde extérieur se fait par le biais du facteur de l'archipel, archipel où l'habitant le plus jeune a une cinquantaine d'années. Certains faits nous sont inconnus au début de l’œuvre mais l'auteur les dévoile au fur et à mesure que nous nous familiarisons avec le personnage principal. On sait par exemple que ce vieil homme s'est éloigné de toute civilisation à cause d'une faute qu'il a commise quand il était chirurgien ; c'est bien plus tard qu'on va en découvrir la raison, tout comme la mystérieuse présence d'une fourmilière dans le salon de ses grands-parents. C'est dans la solitude la plus profonde et la lenteur révélatrice de la monotonie de son quotidien que nous nous trouvons plongé. Fredrick Welin a laissé sa vie en suspens ; il apparaît comme un lâche, c'est pourquoi il est difficile de ressentir de la compassion face à sa situation ; il a toujours fui, ce dont il prend pleinement conscience lorsque sa vie va être chamboulée par l'arrivée de la femme qu'il a abandonnée.

Le roman commence par l'activité quotidienne très étrange à laquelle se livre cet ancien chirurgien : chaque matin, il creuse un trou dans la glace et s'y plonge pendant quelques instants. Il explique que, pour se sentir vivant, il soumet son corps à cette épreuve afin de rendre plus supportable le froid extérieur très vif mais également un froid pire encore, le froid intérieur de la solitude qui est semblable à une mort lente et amère. Il se met en retrait sur son île mais espère lâchement que quelqu'un viendra le chercher, il est incapable de prendre la moindre initiative à moins d'y être contraint.

 

« Au fond je l'espère peut-être, ce quelqu'un, ombre noire dans l'immensité blanche qui me verra un jour et se demandera s'il ne faut pas intervenir avant qu'il ne soit trop tard. Pour ce qui est de me sauver en tout cas, c'est inutile. Je n'ai pas de projets de suicide. »

 

C'est ainsi qu'arrive la femme qu'il a abandonnée quarante ans plus tôt ; elle apparaît comme un messie, traversant le lac gelé avec son déambulateur, trait caractéristique de l'humour noir présent tout au long du roman. Cette femme, on l'apprend rapidement, souffre d'un cancer et est déjà en phase terminale. Elle exige de Fredrick Welin qu'il tienne sa promesse, faite quand ils étaient encore ensemble, de lui montrer le lac forestier où il était allé avec son père. Les décors qui défilent pendant le voyage pour aller jusqu'au lac, les paysages enchantés que le froid revêt de magie expriment avec brio à la fois les sentiments des personnages, la tristesse, la solitude, la gêne,  interrompus par intermittence par les excès de fatigue dus à la maladie d'Harriet.

 

« – Tu as froid ?

Sa voix était calme quand elle m'a répondu :

– Toute ma vie, j'ai eu froid. J'ai recherché la chaleur partout, dans les désert et les pays tropicaux, mais j'ai toujours eu une petite stalactite accrochée au-dedans. Beaucoup de gens trimballent du chagrin, d'autres des inquiétudes. Moi, c'est une stalactite. Toi, c'est une fourmilière dans le salon d'une maison de pêcheur. »

 

La première partie se termine par l'accomplissement de la promesse et par un nouveau départ, cette fois, pour rencontrer la fille d'Harriet, Louise, qui se révélera être la fille cachée de Fredrick Welin.

La rencontre entre le père et la fille est froide, distante, presque anodine pour ces deux personnages. Même s'ils ne se sont jamais rencontrés auparavant ils sont dès le début liés puisqu'ils mènent tous les deux des vies marginales. Louise est une jeune femme habitant dans une caravane perdue dans la forêt, avec des amis bohèmes, un grand bottier italien, un violoniste, avec qui elle fait des combats de boxe quand le temps est clément. Sa principale activité est d'écrire à tous les grands dirigeants de ce monde pour protester contre les injustices, les éclairer sur des problèmes.

 

« – Je vais créer une entreprise. Mes amis boxeurs et moi, nous en serons les actionnaires. Nous allons commencer à vendre ces nuits scintillantes silencieuses. Un jour, nous serons milliardaires. »

 

Ici encore, le vieux chirurgien fait preuve de lâcheté puisque par un excès de colère, il abandonne les deux femmes. Mais ces rencontres sont pour lui un retour à la vie ; même s'il se terre à nouveau sur son île, il est maintenant incapable de vivre coupé du monde. C'est le dégel intérieur et extérieur, l'annonce du printemps, avec notamment un long processus de souvenirs oubliés qu'il tente de retrouver. Le vieil homme entreprend de corriger ses erreurs passées ; on apprend alors pourquoi il a arrêté d'exercer sa profession. Lors d'une intervention qui devait être simple et par un enchaînement fatal, une jeune femme, Agnès, se voit amputée du mauvais bras. Il reprend contact avec elle pour se faire pardonner d'avoir brisé sa vie. Agnès, pour cacher son mal-être, décide d'héberger des jeunes filles en marge de la société qui sont dans une situation et un désarroi pires que le sien, comme Sima qui se donnera la mort avec son épée de samouraï.



Le temps passe et les liens se reforment aussi car peu avant le solstice d'été, Harriet va réapparaître avec sa fille et sa caravane sur l'île du vieillard. Une autre demande est formulée ; Harriet souhaite assister à une grande fête pour le solstice, alors qu'elle est plus transparente que jamais. Cette fête demandera au vieil homme asocial de prendre contact avec le peu de personnes qu'il connaît. Toute cette période est propice au renforcement des relations humaines. Il apprend à connaître sa fille même s'ils sont tous les deux dans l'attente de la mort d'Harriet pour leur propre soulagement – les crises de douleur sont éreintantes – et aussi pour celui de la malade qui mérite de trouver le repos après tant de souffrances. À sa mort, ils vont organiser à leur manière les funérailles, un hommage, sans qu’aucune institution extérieure puisse les contraindre à faire quelque chose, dans une entière intimité.

Suite au décès de la femme qu'il avait abandonnée par peur de son amour chaque jour croissant pour elle, et du départ de sa fille pour une quelconque manifestation, l'ancien chirurgien se trouve à nouveau seul, sauf qu'il est incapable de vivre dans l'isolement après avoir côtoyé tant d'amour et d'amitié. Il prend alors conscience des douze années perdues pour toujours lorsqu’il s'est exclu sur son île ; il comprend l'arrogance de son enfermement et décide de redonner un sens à sa vie même s'il se rapproche à grand pas de la mort à laquelle il a assisté plusieurs fois au cours de l'année. En effet, la mort est très présente dans ce roman, elle apparaît sous plusieurs formes, par exemple quand il se rend au lac avec Harriet, ils découvrent en chemin un chien errant qui va les conduire jusqu'à sa maîtresse, morte de vieillesse dans le plus grand silence ; on assiste également au suicide d'une adolescente pour échapper à une souffrance qu’on ne peut dire ni jamais oublier ; bien évidemment on suit la mort d'Harriet, lente et douloureuse, ou encore la mort de la vieille chienne et de la chatte de Fredrick Welin.

Quand l'ancien chirurgien est sujet à des douleurs fulgurantes dans la poitrine, cela ne fait aucun doute pour lui, sa fin est également proche. Mais pour la première fois, il résiste, on sent en lui un désir de vivre, de profiter d'une vie qu'il a lui-même gâchée, c'est comme un moyen de se faire pardonner de sa non-existence. Au printemps, il reçoit de sa fille une paire de bottes faites par un grand bottier italien, signe matériel d'une grande importance dans le récit. Effectivement, les objets comme les chaussures, la caravane, la fourmilière, l'épée de samouraï et tant d'autres permettent aux personnages de s'accrocher à quelque chose de concret, qui les tient en vie, qui est leur symbole, qui les caractérise, les chaussures pour avancer, l'épée pour se protéger. La fourmilière est à part mais sa signification n'en est pas moins importante puisqu'elle représente une chose en mouvement, qui gagne du terrain, une force sombre qui grignote la maison et ronge le personnage. Le vieil homme fait quelque chose de très symbolique : en la déplaçant hors de la maison, sur une plage abandonnée, il prend la décision de ne plus se laisser ronger intérieurement mais de profiter pleinement du temps présent.

Autre élément symbolique, la place des femmes est essentielle car chacune est un nouveau tournant dans l'existence du vieil homme, qui pourtant ne peut s'empêcher en premier lieu d'agir comme un rustre à la limite de l'indécence et de l'immoralité.



Ce roman de Mankell à la fois sombre, plein d'espoir, de tendresse, de défaite et doté d'un humour noir très acide, montre la vie dans toute sa cacophonie avec des personnages à la dérive, en marge de la société, condamnés à la solitude, à l'incompréhension, la violence et la mort. On réalise que chacun est porteur d'une souffrance et qu'il livre un combat quotidien, pour Fredrick Welin par la recherche de soi. C'est un hymne à l'humanité où parfois la vie commence par la reconstruction.

 

« Il y a toujours quelque chose qui reste, au milieu du changement. Il y a toujours une petite vieille qui a froid sur un banc, sous un pommier. »

 

La traduction est pour moi le seul défaut de ce roman plein de vie. On sent tout au long de l'histoire que le récit n'est pas naturel ; on a comme une impression de malaise. Peut-être que le traducteur voulait être au plus près du texte original même si cela donnait un français peu fluide. Dans un sens cela nous permet de sentir directement le style de l'auteur.


Chloé, 1ère année Édition-Librairie

 

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 07:00

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Matéi VISNIEC
Syndrome de panique dans la ville lumière
Titre original
Sindromul de panica in Orasul Luminilor
Cartea Romaneasca (Roumanie), 2008
Traduit par Nicolas Cavaillès
Non Lieu, 2012
Collection à la marge



 

 

 

 

 

 

Matéi Visniec

Matéi  Visniec est né en Roumanie, à l’époque du communisme, en 1956. Amoureux de la littérature, il découvre des auteurs tels que Camus, Beckett ou Ionesco (dont on retrouvera les fantômes dans le roman). Il part ensuite pour Bucarest étudier la philosophie. À cette époque, il devient très actif au sein de la génération 80 qui bouleverse le paysage poétique et littéraire roumain. Il croit en la résistance culturelle et en la capacité de la littérature de pouvoir lutter contre le totalitarisme. Il croit au pouvoir de dénonciation de la littérature, du théâtre ou encore de la poésie. C’est à cette période qu’il s’affirme dans son pays avec une poésie épurée, qui se veut dénonciatrice. Il écrit notamment Le Navire qui sera régulièrement évoqué dans le roman. C’est également à ce moment qu’il commence à écrire des pièces de théâtre qui connaissent un certain succès dans le milieu littéraire ; elles sont toutefois interdites de création. En 1987, il devient auteur interdit et décide de quitter la Roumanie pour la France où il demande l’asile politique. Il commence à écrire des pièces de théâtre en français et également à travailler pour la radio. À ce jour, nombre de ses pièces écrites en français ont été éditées et il fut à l’affiche dans le monde entier. Depuis la chute du communisme en Roumanie, il est devenu le dramaturge vivant le plus joué.

Il est aussi l’auteur de quatre romans écrits en roumain.



Syndrome de panique dans la ville lumière

Syndrome de panique dans la ville lumière est le deuxième roman écrit par Matéi Visniec.

C’est une autofiction ; la frontière entre réalité et fiction est continuellement ténue. Le roman oscille constamment entre des éléments qui semblent réels et d’autres qui sont du domaine de l’imaginaire. Il y a parfois un aspect onirique dans son récit, notamment de nombreuses personnifications, que ce soit d’objets, de parties du corps humain ou encore d’animaux dont on lit les pensées ; la fin du Printemps de Prague est tout d’abord décrite du point de vue des chaussures : les troupes du Pacte de Varsovie sont représentées par des bottes militaires, le peuple tchécoslovaque par des chaussures ordinaires ; dans une autre scène l’on apprend que ce sont les animaux d’un appartement (tous, du chat aux acariens) qui décident d’éjecter le propriétaire et ce en jetant toutes ses affaires par la fenêtre. De plus, tout au long du roman nous rencontrons les fantômes de nombreux écrivains appréciés par l’auteur (tels que Ionesco, Becket ou Hemingway). Enfin, le récit est parsemé d’événements surréalistes voire absurdes (notamment une attaque de mots dans une librairie où ils décident de reprendre le contrôle, le fait d’entendre les livres crier de souffrance ou encore de voir les mots qui sont parlés au lieu d’être entendus).

Cette absurdité peut néanmoins servir d’explication à des événements qui se sont passés précédemment (par exemple lorsque les animaux décident de s’emparer de l’appartement : au début nous ne savions pas qui étaient les « coupables »).



Ce récit est également une galerie de portraits où s’intègre Matéi Visniec au même titre que les autres personnages. Il y a Jaroslava, l’expatriée de Tchécoslovaquie qui après un premier succès littéraire se trouve désormais oubliée, Hung Fao, qui a fui la Chine communiste de Mao Tsé-Tung, Pantelis Vassilikisti, pour qui le fait d’être polyglotte est une vraie malédiction car il est incapable d’écrire une livre dans une seule langue, François Comte qui s’est retrouvé jeté de son appartement par ses animaux, Georges avec son chien Madox, tous deux accros aux informations, à qui il arrive également des mésaventures, Faviola, la libraire qui soigne les livres qu’elle entend crier en en lisant quelques pages ou en les déplaçant. Tous ont un lien plus ou moins marqué avec le monde de la littérature et plus précisément celui de l’écriture. Les destins de chacun sont liés ; on retrouve par exemple certains personnages dans l’histoire d’un autre.

Il y a enfin M. Cambreleng, un éditeur mystérieux autour duquel tous ces personnages gravitent. Cet homme peut être considéré comme un mentor, voire un guide spirituel. Il montre un nouveau visage de l’écrivain et surtout une nouvelle manière d’écrire où le livre prime sur l’auteur. À tous ces écrivains ratés, oubliés, il fait écrire des histoires qu’ils échangent ensuite entre eux pour remanier ou continuer le récit, il veut ôter l’individualisme de l’écriture.

Ce rôle de mentor et guide s’exerce notamment sur l’auteur à qui cet enseignement permet de dépasser ses limites, les frontières entre réalité et fiction. Grâce à M. Cambreleng, Matéi Visniec  peut voir les fantômes des grands écrivains ayant séjourné à Paris, il peut leur parler, il peut également voir les mots « oraux » et cela ne l’interroge plus, il a accepté ce flou entre réel et imaginaire.

Nous apprenons au fil du roman que cette histoire est une retranscription de l’observation de l’auteur sur son entourage. Cela pose la question de la réalité des personnages. Existent-ils dans la vraie vie, quand s’arrête le récit d’événements réels et quand commence à s’exprimer l’imagination de Matéi Visniec ? Certains personnages dans le roman demandent à apparaître dans l’histoire. Il y a donc un enchâssement, une histoire dans l’histoire. 

Ce roman se caractérise également comme une autofiction. Au fil de son récit, l’auteur intègre des éléments autobiographiques, notamment sa vie en Roumanie avant de partir vivre à Paris. Il explique par exemple la manière dont il a obtenu son passeport, évoque quelques moments de sa vie passée avec ses amis, voire la personnalité de certains d’entre eux et il décrit le lieu de son enfance.

Il fait également référence à ses professions. Tout d’abord, dans le livre comme dans la vraie vie, il est écrivain et poète. Il parle notamment d’un poème qui a eu un impact important en Roumanie, Le Navire. De plus, au travers des personnages de François Comte et de Georges, nous nous doutons qu’il a un lien avec le monde de la radio et de l’information (il y a par exemple une visite de la Maison de la radio ou tout simplement le fait que Georges soit accro aux informations).

Au travers de son récit, il se livre à de nombreuses dénonciations. Tout d’abord sur les régimes politiques de certains pays, tels que la Roumanie, la Chine et la Tchécoslovaquie à l’époque du communisme. Également sur la radio : il sous-entend que les informations communiquées aux auditeurs sont fabriquées de toutes pièces, et ce depuis de nombreuses années. Enfin sur Paris et sur sa « déchéance artistique ». Au travers de M. Cambreleng, il déplore ce qu’est devenue cette ville : un lieu purement touristique, un cimetière des artistes où il n’est plus possible de percer mais où pourtant tout le monde continue d’aller. Il dénonce aussi le statut des écrivains actuels.

Enfin, en ce qui concerne le décor du roman, c’est-à-dire Paris, Matéi Visniec nous offre une balade singulière. Mr. Cambreleng le fait aller dans les cafés fréquentés par les grands écrivains ayant séjourné dans le Ville Lumière, ce sont donc des lieux empreints d’une histoire littéraire forte pour l’auteur. Il y a également une visite de la Maison de la radio, une description du jardin du Luxembourg ou encore du cimetière des Chiens (où il met surtout en avant la poésie des lieux). Pour finir, il y a la rue Mouffetard avec le café St-Médard, endroit où ce groupe d’écrivains passe la majorité de son temps à élaborer de nouvelles manières d’écrire. C’est le lieu central de ce roman.


Marine, 1ère année Bibliothèques 2012-2013

 

 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 07:00

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MURAKAMI Ryū
村上 龍
Les bébés de la consigne automatique, 1980
コインロッカー・ベイビーズ
Koinrokkā Beibīzu
Traduit du japonais
par Corinne Atlan
Picquier poche, 1998








Murakami Ryū
Murakami-Ryu.jpg
 Murakami Ryū — son vrai prénom est Ryūnosuke — est né le 19 février 1952 à Sasebo (préfecture de Nagasaki). Cette petite ville abritait une base navale de l'armée américaine. Murakami Ryū a donc été très tôt influencé par la culture occidentale. Il est aujourd'hui écrivain, scénariste et réalisateur. Il a d'abord étudié le design à l’université des Beaux-Arts de Tokyo  avant d'écrire son premier roman en 1976,  Bleu presque transparent. Ce livre se vendra à plus d'un million d'exemplaires en six mois au Japon et lui vaudra le prix Akutagawa.  Murakami Ryū obtiendra également le Prix Gunzō (1976), le Prix Yomiuri (1998) ainsi que le Prix Tanizaki en 2000.



L'histoire

Hashi et Kiku sont deux enfants liés par l’abandon de leurs mères respectives lors de l’été 1972.  Neuf enfants ont été abandonnés dans les mêmes conditions mais ce sont les seuls à avoir survécu. Ils se retrouvent dans le même orphelinat et ne se quitteront plus jusqu'à la fugue de Hashi des années plus tard. Tandis que Hashi est un enfant très timide et enfermé dans son monde, Kiku a tendance à défendre son frère en jouant des poings mais ces enfants sont tous deux diagnostiqués autistes. Un psychothérapeute va leur faire suivre une thérapie avant-gardiste qui consiste à les mettre sous somnifères et à leur faire écouter le bruit des battements de cœur de la mère qu'entend un fœtus. Les enfants ne se rendent absolument pas compte de ce qu'ils font lors de ces séances et leur autisme disparaîtra pour un temps.

Hashi sera à la recherche de ce son toute sa vie.  Le jour où il commence à s'en souvenir, il entreprend d’enregistrer tous les bruits de la rue, de la télévision, de la radio, etc. dans le but de retrouver ce fameux son qu'il n'arrive pas à définir. Et à force d’écouter et de mémoriser tous ces sons existants il deviendra un chanteur capable de contrôler, par sa seule voix, les émotions des gens. Quant à Kiku c'est sa rencontre avec Gazelle qui va être primordiale pour lui. Gazelle est un homme mystérieux et solitaire dont on ne sait pas beaucoup de choses. Il parle à Kiku, pour la première fois, de la datura. La datura est une sorte de drogue qui peut plonger une personne dans une véritable psychose destructrice. La victime se transforme en « machine à tuer ». Kiku n'a plus qu'une idée en tête trouver la datura et semer la destruction.

L’année de ses quinze ans, Hashi fugue à Tokyo dans le but de retrouver sa mère. Quelques mois plus tard,  Kiku part à sa recherche. Il retrouve Hashi qui se prostitue dans  « l’îlot de la drogue », un quartier au centre de Tokyo interdit car contaminé par un produit chimique. Après s’être retrouvés, les deux frères vont vivre chacun de leur côté à Tokyo. Kiku rencontre Anémone, une jeune mannequin qui vit avec son crocodile de compagnie. Tandis que Hashi parvient à devenir chanteur et connaît grâce à son manager un immense succès. Pour accroître encore ce succès, son manager tente de retrouver la mère biologique du chanteur afin d’organiser une émission consacrée à ces retrouvailles.



Une atmosphère dérangeante 

L'atmosphère générale, lourde et étouffante, est créée dès le début du livre par la répétition des mots « chaleur », « sueur », « étouffant », etc. Les deux premières pages sont très représentatives de ce que nous réserve la suite du récit. Les thèmes récurrents sont le sexe, la violence, la maladie mentale et physique, la cruauté dont l'Homme est capable. Malgré ces thèmes très sombres l'auteur parvient à utiliser l'humour mais un humour grotesque qui, dans le contexte, semble déplacé et rend l'atmosphère encore plus malsaine.

Les lieux sont un élément important de cette atmosphère dérangeante et malsaine. Il y a par exemple l'existence, au centre de Tokyo d'un quartier interdit à cause d'une contamination due à un produit chimique. Comme personne ne veut y aller, il est devenu le refuge de clochards, prostitués, criminels et drogués. Il y a également la mine désaffectée où jouent les garçons lorsqu'ils sont enfants, également lieu interdit habité par des mendiants.

Les personnages sont un autre élément important de cette atmosphère. Ils sont tous plus fous et marginaux les uns que les autres. Nous avons par exemple Anémone, la jeune mannequin que rencontre Kiku, qui vit avec un crocodile et qui partage les mêmes envies de destruction que Kiku :

 

« J’irai le brûler au soleil, il deviendra un énorme ballon d’air chaud qui se transforme en énorme nuage et quand ce nuage crèvera une pluie se mettra à tomber sans s’arrêter jusqu’à ce que tes poumons en pourrissent d’humidité, les trottoirs mouillés finiront par se fendre, les flaques s’élargiront en petites rivières coulant entre les buildings, le niveau de l’eau montera tous les jours jusqu’à ce que l’humidité empêche tout le monde de respirer et que les palétuviers poussent entre les fentes du béton, la villes les arbres s’écrouleront, pourriront dans l’eau et deviendront des nids d’insectes venimeux comme tu n’en as jamais vu, les insectes pondront des œufs d’où des larves sortiront en rampant et c’est alors que tes cauchemars d’alcoolique et d’overdose de sperme commenceront à se réaliser. » (page 177, édition Picquier poche).

 

Il y a également Mister D, le manager de Hashi, un homosexuel mégalomane qui, lorsqu'il mange beaucoup de gras de viande, peut coucher avec des femmes et ne plus avoir envie de coucher avec des hommes. Les relations entre les personnes sont aussi assez malsaines. En effet, c'est Mister D qui pousse Hashi à se prostituer avant d'en faire un chanteur.

Il y a aussi Hashi, homosexuel qui, finalement, l'année de ses dix-neuf ans, se marie avec Niva, une femme de 38 ans ; après un cancer du sein, elle a subi une ablation de la poitrine. Hashi retrouve donc un peu sa mère dans cette femme de 38 ans et, étant homosexuel, il choisit une femme sans poitrine. Nous avons donc là des relations très bizarres, troublantes et assez malsaines qui participe à cette atmosphère dérangeante.



Le style et le discours de l'auteur

Le procédé narratif de Murakami est vite repérable. On peut le qualifier de narration à tiroirs. Il consiste à faire rencontrer à son héros un personnage dont il raconte l'histoire. Nous trouvons également des extraits de livres ou un article à l'intérieur du récit. Les descriptions sont extrêmement visuelles, faisant surgir des images incongrues d'une précision qui ne fait qu'ajouter à notre malaise. L'auteur parvient ici, à mêler violence, humour mais aussi poésie, ce qui rend ce récit si particulier et inhabituel mais également très plaisant.

Murakami Ryū tient un discours des plus fatalistes. Il faut savoir que ce livre a été écrit en 1980 ; or, l'action se passe essentiellement en 1987 et c'est ainsi que l'auteur donne une vision prémonitoire de l'importante place des médias, de la pub et de la mode dans notre monde. L’univers décrit dans ce livre est proche de notre société de consommation d'aujourd'hui. Nous trouvons également au centre de ce récit l'idée de destruction de la ville en faveur d'un retour à la nature sauvage. Ce thème de la nature est très présent dans la culture japonaise mais ici, elle est défendue avec beaucoup de violence. À cela s'ajoute une critique d’une société japonaise très individualiste. Un passage du livre résume très bien toutes ces idées :

 

« Rien n’a changé depuis l’époque où on hurlait enfermés dans nos casiers de consigne, maintenant c’est une consigne de luxe, avec piscine, plantes vertes, animaux de compagnie, beautés nues, musique, et même musées, cinémas et hôpitaux psychiatriques, mais c’est toujours une boîte même si elle est énorme, et on finit toujours par se heurter à un mur, même en écartant les obstacles et en suivant ses propres désirs, et si on essaie de grimper ce mur pour sauter de l’autre côté, il y a des types en train de ricaner tout en haut qui nous renvoient en bas à coups de pied. […] il n'y a qu'une solution : foncer dans le tas, pulvériser tout ce qui se présente, retourner à zéro, réduire tout ça en cendres ! » (pages 416-417).

 

 

 

Avis

Un livre très prenant au début mais il arrive un seuil où une lassitude s'installe. Nous ne sommes plus vraiment sûr que tous les actes de violence soient justifiés, nous sommes dans la surenchère. Malgré cela c'est un livre à lire ne serait-ce que pour le style de Murakami. En effet, j'ai vraiment apprécié ce mélange de violence, d'humour et de poésie. Un livre qui ne nous laisse pas indifférent mais âmes sensibles s'abstenir.


Morgane Boubault, 1ère année Éd/Lib 2012-2013.

 

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

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article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 


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