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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 07:00
OGAWA-Yoko-Amours-en-marge.gif













OGAWA Yoko
Amours en marge

Titre original : Yohaku no ai
Traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2005
Babel, 2009



  







Yoko Ogawa est une écrivaine japonaise née en 1962 à Okayama. Dans sa jeunesse, elle est marquée par le Journal d’Anne Franck et sa philosophie mature, qui lui donnera le goût pour l’écriture. Elle a étudié à l’université Waseda à Tokyo (comme Haruki Murakami) et, grâce à son professeur de littérature, découvert Paul Auster. Elle est aussi influencée par d’autres auteurs comme Junichiro Tanizaki, Haruki Murakami mais aussi Fitzgerald, Capote et Carver.

Elle est l’auteure de nombreux romans ainsi que de nouvelles et d’essais ; elle a remporté le prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991, le prix Kaien pour La Désagrégation du papillon en 1988, et d’autres encore comme les prix Tanizaki, Izumi et Yomiuri.

Elle s’est mariée à 24 ans et vit aujourd’hui avec sa famille dans la vieille cité marchande de Kurashiki où elle se consacre à l’écriture.

Rose-Marie Makino-Fayolle est la traductrice en français des œuvres d’Ogawa.

[Ma bibliographie est la synthèse de plusieurs sites. Pour en avoir une plus détaillée :
http://www.shunkin.net/Auteurs/?author=49]

   
Amours en marge est un roman de 18 chapitres qui raconte l’histoire d’une jeune femme victime d'un problème avec ses oreilles : elle entend des bourdonnements, des instruments de musique et tous les sons sont amplifiés. Elle se fait soigner dans la clinique F. Un jour, elle se voit participer à une table ronde pour répondre aux questions du journaliste d’un magasine de santé. Elle tombe alors sous le charme des doigts du mystérieux sténographe Y. Qui est-il vraiment ? Tout au long du récit, la narratrice nous raconte la relation qu’elle entretient avec lui, et ce n’est qu’à la fin, malgré de nombreux indices, qu’on découvre la véritable identité de Y.

C’est avec simplicité et transparence que la narratrice donne de la force et de la fluidité à son récit, caractéristiques du style d’Ogawa, sans oublier le mystère qui entoure les personnages et les lieux. La narratrice nous fait croire dès le début que tout est normal : elle nous décrit minutieusement ses souvenirs d'un garçon de 13 ans, ses journées monotones, les visites de Hiro (fils de la sœur de son ex-mari), les tendres moments passés avec Y. Tout cela dans un souci du détail mais qui jamais n’étouffe, peut-être grâce à l’absence de repères temporels qui nous emprisonneraient.

Généralement dans les œuvres d’Ogawa, le narrateur est une femme et le récit est à la première personne. En tant que lecteur, on a l’impression d’être, avec la narratrice, spectateur de ses aventures ; c’est une sensation assez particulière mais c’est le style de l’auteure.


Ce « premier roman « long » […] aborde d’une manière très sensuelle et poétique un thème majeur de l’œuvre de la romancière : la mémoire préservée, embaumée, immortalisée par une imperceptible trace qui capture le souvenir en même temps que la douleur qu’il a suscitée. » (Quatrième de couverture) C’est un des thèmes de l’univers romanesque de Yoko Ogawa, tout comme l’analyse des sentiments de la narratrice : la représentation du garçon de 13 ans, le musée avec le cornet de Beethoven, ses bourdonnements dans les oreilles, la manière dont elle se fait couper les cheveux par son ex-mari.

Les lieux fermés, anciens (la clinique F, le vieil hôtel - ancienne demeure familiale) font partis de cet univers par le silence qu’ils imposent et l’histoire qu’ils renferment.

Le chapitre 9 est essentiel : le lecteur prend conscience qu’il existe une incohérence entre la réalité et les actions de la narratrice, on bascule d’un monde à un autre.

Le titre peut peut-être s’expliquer par le divorce évoqué dans les premiers chapitres, l’attirance que la narratrice éprouve pour Y ; deux amours qui ne sont pas véritablement le thème principal du roman comme on pourrait le croire (surtout pour le dernier), mais qui sont « en marge » de la véritable obsession de la narratrice pour sa mémoire.

Petite citation (p.73) :
«Ne vous méprenez pas. Lorsque l’homme est confronté à un grand malheur, l’équilibre de ses sentiments se rompt. C’est ce qui s’est passé dans son cas. Est-ce que je me fais bien comprendre ? J’ai mis toute mon énergie à essayer de comprendre. Puis j’ai cherché où se trouvait le lointain point d’aboutissement de ce récit. »

    Personnellement j’ai beaucoup aimé ce roman. Le style d’Ogawa et l’histoire de la narratrice m’ont transportée entre le monde réel et la mémoire. Je l’ai ressenti et lu comme si j’écoutais de la musique contemporaine : à la fois perplexe parce que la fin est inattendue, et en même temps envoûtée parce que la musique de Yoko Ogawa nous emmène dans un univers onirique, peut-être un peu magique, où la réalité se détache de nous l’espace de quelques minutes, quelques heures.


Lara S., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS


Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

 

ogawa002.jpg



article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 




ogawa.jpg


article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 19:00
thomasmann la mort a venise 1





 






Thomas MANN,
La Mort à Venise,

Der Tod in Venedig,1912

Stock, La Cosmopolite, 2003

 

















thomas-mann
Biographie

Thomas Mann est né en 1875 à Lübeck, dans le Nord de l’Allemagne. Il vient d’une famille de commerçants aisés. A la mort de son père en 1891, la famille abandonne le commerce et perd son statut social. Son roman le plus connu est La Montagne Magique, (Der Zauberberg), publié en 1924. Thomas Mann a vu la montée du national socialisme avec inquiétude, et a pris parti contre les régimes totalitaires dans son œuvre Mario et le Magicien (Mario und der Zauberer). Il part vivre en Suisse en 1933, aux Etats-Unis en 1936, où il publiera Doktor Faustus, une œuvre noire sur le mal qui ronge l’Allemagne et est déchu de sa nationalité allemande. Thomas Mann meurt en 1955 en Suisse. Jamais plus, il ne retournera en Allemagne.

 thomas mann la mort a venise

Résumé

Gustav von Aschenbach est un écrivain quinquagénaire connu. C’est un monsieur extrêmement respectable et respecté, qui a toujours mené une vie « rangée ». Une envie soudaine de voyage le prend, lorsqu’il croise le regard d’un voyageur étrange. Il décide de partir, et finit par aller à Venise. Il y fait la rencontre d’un jeune homme qu’il trouve extrêmement beau : Tadzio. Lui et sa famille vivent dans le même hôtel que Gustav von Aschebach, qui est fasciné par ce dernier. La beauté du jeune homme porte l’écrivain vers des pensées très profondes sur le Beau. Hélas, une maladie contamine en secret les rues de Venise : le choléra, mais l’écrivain, amoureux de Tadzio, ignore ce danger. Il suit le jeune homme et sa famille partout, et essaie de se faire aimer en retour. Jusqu’où ira l’écrivain ?

 
MORT A VENISE
Thomas Mann met en scène la déchéance d’un homme respecté, qui s’est laissé envahir pour la première fois par ses émotions. L’œuvre est parfois inspirée de la mythologie grecque, notamment lorsque Aschenbach est conduit par un batelier à passer de l’autre côté du Lido. Cela pourrait se référer au passage du Styx sur la barque de Charon pour se rendre dans le séjour des morts et, d’ailleurs, la suite du roman confirme cette référence. Tout au long de l’œuvre règne une atmosphère oppressante, lourde, et l’on croit presque sentir l’odeur de mort que le choléra dissipe dans les rues de Venise.



C’est une œuvre puissante, inquiétante qui fut adaptée en film et en opéra.




Blandine, 1ère année Bib-Med-Pat.

 
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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 19:00
Yoko Ogawa, Amours en marge 1










OGAWA Yōko
Amours en marge,
1991
Actes Sud, 2005

Babel, 2009


 

 

 










Ogawa Yoko




Yōko Ogawa, est une auteure japonaise de très courts romans pour lesquels elle a reçu de nombreux prix japonais et français.  Elle est l’auteur de l’Annulaire et de La formule préférée du professeur qui ont été adaptés au cinéma français en 2005.  Ses romans ont été traduits en français, en allemand, en anglais, en italien et même en grec ! Amours en marge est le premier roman « long » de Yōko Ogawa (il fait 190 pages). Il est sorti au Japon en 1991 et publié en France en 2005. On y retrouve le thème de la mémoire, un sujet cher à cette auteure de romans à succès.

 






C’est l’histoire d’une jeune femme dont on ne connaîtra pas le nom et qui souffre de bourdonnements d'oreilles. Ses bourdonnements prennent des formes variées. Il arrive qu’elle entende un bruissement de fond qui couvre tous les autres bruits, ou alors c’est le son d’un violon qui vient lui caresser les tympans, ou encore les sons de l’ordinaire qui s’amplifient et qui l’assourdissent. Elle se sent agressée par tout ce bruit, si bien qu’il faut chuchoter pour lui parler. Tout le roman se construit autour ce mal dont elle souffre. Elle a pourtant suivi un traitement dans une clinique, la clinique F,  spécialisée dans ce genre de maladies auditives. Le roman commence et s’achève par cette clinique. Notre héroïne va faire une rechute au début du roman mais elle finira par guérir complètement.

L’intrigue commence par une table ronde, dans un hôtel. La jeune femme est interviewée avec d’autres malades au sujet de leurs troubles auditifs pour un magazine de santé. Elle découvre, en racontant son expérience, que ses bourdonnements sont apparus le lendemain de sa séparation avec son mari. Un sténographe recueille ses paroles. Il s’appelle Y. Très rapidement, nous n’assistons plus à l’interview car toute l’attention de la femme est portée sur le mouvement des doigts du sténographe. Elle et lui vont être amenés à se revoir. Il n’existe pour elle presque que pour ses mains. Persuadée que des mains aussi fascinantes peuvent guérir ses oreilles, la jeune femme va se confier à Y qui immortalisera ses paroles sur son calepin. Elle replonge dans ses souvenirs. Le roman est rythmé par ces rencontres et ces voyages dans le temps. Il avance au fur et à mesure que le calepin se vide de ses pages. Y et la jeune femme ont une relation étroite et silencieuse. Il est toujours là pour elle. C’est un jeune homme mystérieux dont on comprend la présence à la fin du roman. Le deuxième homme à s’inquiéter de la santé de la jeune femme est Hiro, son neveu, qui s’occupe d’elle alors que toute sa famille la rejette à cause de l’échec de son mariage.

Amours en Marge est un roman d’amours. C’est d’abord un amour d’enfance avec le petit garçon de ses souvenirs que l’on découvre lorsqu’elle se laisse submerger par sa mémoire. Ce souvenir lui reviendra souvent. Ensuite, l’amour raté avec son ex-mari est la cause de sa maladie. Même si cette ancienne relation est peu évoquée, elle reste l’origine de l’intrigue. Et enfin, c’est un amour ambigu qui se construit avec le sténographe. On ne sait pas si elle est amoureuse de l’homme ou de ses doigts.

Amours en marge est aussi une histoire de monde à part. A cause de ses oreilles, la jeune femme est en marge. Ses bourdonnements l’empêchent de se mêler au monde extérieur. Elle est observatrice et nous décrit avec douceur et finesse ce qui l’entoure. Mais sa mise en marge la pousse à entrer en elle-même, à vivre dans sa mémoire et à mettre le présent de côté. De plus, on a l’impression que les personnages de Y, Hiro et la jeune femme sont les seuls de ce roman. Ils sont comme coupés du monde. Les personnages qu’ils peuvent croiser sont présents et transparents à la fois. Toutes ces nuances de présence et d’absence font que le lecteur est en marge lui aussi. L’auteure nous fait plonger complètement dans un univers à part et une fois la lecture commencée, le monde qui nous entoure nous semble silencieux. Ces mises en marge pourraient nous faire croire que Yōko Ogawa nous parle de solitude et d’isolement, mais c’est en fait une histoire de partage, d’échange et de communication. Hiro et Y aident la jeune femme à sortir de sa mémoire qui s’impose à elle et la poussent à communiquer avec le monde extérieur.

L’univers dans lequel nous fait plonger Yōko Ogawa, est un univers sensuel. Les cinq sens sont à l’honneur dans ce roman. Commençons par les oreilles. C’est le thème principal du roman. Elles perçoivent des bruits violents et des bruits plus doux. Elles écoutent le silence. L’héroïne se rappelle un cornet acoustique qu’elle avait vu pour la première fois dans un musée avec son premier amour. Cet objet revient souvent dans le texte. C’est comme si amour et oreilles étaient inséparables. Ensuite, vient le regard. Il permet à la jeune femme d'observer le monde qui l’entoure pour mieux nous le décrire. La bouche qui chuchote exprime le mal dont elle souffre et confie ses souvenirs. Les mains sont représentées par le sténographe. Yōko Ogawa, à travers la jeune femme, nous les décrit maintes et maintes fois. La malade caresse et saisit les doigts de Y avec ses propres mains ou bien elle découvre par le toucher les courbes des lobes de ses oreilles. Enfin, le nez et l’odeur ont aussi leur place dans le roman. Un de ses passages les plus poétiques selon moi est celui qui raconte l’histoire de la chambre au jasmin de l’hôtel. L’auteure, par la justesse et la force de ses mots ainsi que par sa description de petits détails nous entraîne dans son univers si sensuel. Le lecteur peut facilement s’imaginer aux côtés des héros grâce ces descriptions si précises qui font qu’on a l’impression d’entendre, de voir, de toucher et de sentir le monde dans lequel ils vivent.

Cet univers bruyant et silencieux à la fois où nous projette Yōko Ogawa semble irréel. Amours en marge nous touche par sa douceur. Bien que les bruits dérangent la jeune femme, on les imagine étouffés. Comme si l’on marchait dans de la neige. Le dernier mot du roman est « silencieuse ». Comme vous l’aurez compris, le silence est à l’honneur. C’est donc une atmosphère très douce et apaisante qui nous enveloppe lors de la lecture de l’ouvrage. On a presque envie d’en parler en chuchotant. Le lecteur découvre la clef de ce monde enchanteur au moment de la chute surprenante et troublante. On y comprend que tout est lié, du petit garçon des souvenirs au sténographe, en passant par une vieille photo dans un hangar et par l’hôtel. Peut-être le roman nécessite-t-il une relecture afin de trouver tous les indices subtilement déposés par l’auteur tout au long de l’intrigue. Mais une seule suffit pour nous séduire.

Image 3
 
Si les bourdonnements d’oreilles vous intéressent, vous pouvez lire aussi Le chasseur Zéro, de Pascale Roze, qui a reçu le prix Goncourt en 1996. Cette auteure française aborde tout à fait différemment ce problème auditif. C’est l’histoire d’une jeune fille, Laura, qui souffre de bourdonnements d’oreilles. Contrairement à l’héroïne d’Amours en marge, elle ne se soigne pas. Elle compare ses bourdonnements au vrombissement de l’avion d’un kamikaze japonais qui aurait tué son père lors d’une opération militaire pendant la Seconde Guerre mondiale. En contraste avec Yōko Ogawa, ce thème est traité de manière plus violente, plus saccadée. Ici, les bourdonnements nous dérangent, les bruits sont violents, forts, assourdissants. Mais selon moi, cette violence correspond parfaitement à la décadence de Laura. Un livre à lire.



Sara, 1ère année Ed.-Lib.


OGAWA Yōko sur LITTEXPRESS


 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 




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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

 

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articles d'Axelle, de Marie, de Laura sur Le Musée du silence,

 

 

 

 

 

 

 

 

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article de Sandrine sur La Grossesse,

 

 

 

 

 

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articles de Léa, de Lise, de Maëla sur L'Annulaire,

 

 

 

 

 

 

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articles de Maylis, d'E.B.,  de Delphine, de Marie sur les Paupières,

 

 

 

 

 

 


benediction-inattendue.jpg

 

 

 

article de G. sur La Bénédiction inattendue.
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 07:00
Jeffrey Eugenides Virgin Suicides









Jeffrey EUGENIDES
Virgin Suicides
J'ai lu, 2000

 




















 
Dans un quartier résidentiel de l’Amérique puritaine des années 1970, les cinq sœurs Lisbon se suicident la même année. Des années plus tard, des adolescents ayant connu les sœurs tentent de s’expliquer leur mort.
 
Virgin Suicides est le premier roman de Jeffrey Eugenides. C’est un romancier américain né en 1960 à Détroit dans le Michigan. Il écrit quelques articles pour The New Yorker mais Virgin Suicides qui sort en 1993 est son premier roman. Déjà salué par la critique, son roman connaît un nouveau souffle quand Sofia Coppola l’adapte au cinéma en 2000. Il reçoit en 2003 le prix Pulitzer pour son deuxième roman, Middlesex.
 
La famille Lisbon est menée d’une main de fer par Mrs Lisbon. Tout ce qui pourrait perturber l’innocence de ses filles et révéler leur féminité naissante est écarté de la maison : pas de maquillage, pas de garçon, des robes très chastes faites à la maison… La seule sortie de la famille semble être la messe du dimanche. Le suicide de la plus jeune des sœurs, Cécilia, est néanmoins un choc pour la famille et le voisinage.

La famille reprend peu à peu vie malgré le chagrin et le regard des voisins qui peinent à comprendre la cause de ce suicide. Lux, Bonnie, Mary et Therese retournent au lycée où elles exercent une fascination sur tous les adolescents par la vie singulière qu’elles semblent mener. Pourtant elles se mêlent de moins en moins aux autres élèves, excepté Lux qui multiplie les flirts. Mrs Lisbon continue de cloîtrer ses filles, pensant les protéger.
 
Quand arrive le bal de fin d’année, les filles sont autorisées à s’y rendre. Mais le retard de Lux qui rentre deux heures après ses sœurs va avoir de lourdes conséquences. Mrs Lisbon retire ses filles de l’école et plus aucune sortie ne leur est autorisée. Les seules fois où l’on entrevoit les sœurs, elles apparaissent décharnées et hagardes. Un an après la mort de Cécilia, ses quatre sœurs se suicident à leur tour.
 
Le narrateur du roman est un des adolescents du quartier qui parle au nom d’un « nous ». Après le premier suicide, ces garçons amoureux des sœurs Lisbon ont commencé à récupérer le moindre objet leur ayant appartenu. Le journal de Cécilia, un rouge à lèvre, une photo, etc., sont devenus
vingt ans plus tard
les pièces à conviction d’une enquête qu’ils mènent afin d’expliquer le suicide de ces cinq sœurs qu’ils ne peuvent oublier. Le roman est donc la succession de leurs souvenirs personnels, des témoignages des voisins, de leurs anciens camarades, des médecins, même des parents Lisbon et, petit à petit, dessinent la courte vie de Cecilia, Lux, Bonnie, Mary et Therese. Tout le monde possède une théorie sur ces suicides (des parents trop autoritaires, une prédisposition génétique, un pacte ésotérique) mais au fond personne ne sait ce qui a pu entraîner le mal-être de ces cinq adolescentes en fait très ordinaires et les pousser à se donner la mort.
   
Jeffrey Eugenides dresse donc le portrait-type d’une banlieue chic américaine, au milieu de laquelle cette famille ne trouvait pas sa place et où les suicides brisent l’harmonie d’un monde qui ne laisse aucune place à l’irrationnel. On pourrait lui reprocher de faire appel au mythe de la banlieue américaine si souvent utilisé, avec ses pelouses bien taillées et ses vies toutes tracées. Mais, placés dans cet univers si ordinaire, les suicides des adolescentes deviennent alors plus qu’incompréhensibles. C’était peut-être là la volonté de l’auteur : souligner les travers et les aspérités d’une certaine partie de la société américaine, son voyeurisme et sa fermeture d’esprit.

 
Extrait
 
« Ce qui restait après elles n’était pas la vie, qui a toujours raison de la mort naturelle, mais une liste futile de faits terre à terre: une pendule qui tictaque au mur, une pièce dans la pénombre de midi et l’indignité d’un être humain qui ne pense qu’à lui.[…] Puis la corde jetée par-dessus la poutre, le somnifère tombant dans la paume à la longue vie de ligne trompeuse, la fenêtre ouverte, le gaz libéré, tout ce qu’on voudra. Elles nous avaient fait participer à leur folie, parce que nous ne pouvions faire autrement que de revenir sur leur pas, repenser leur pensées, et voir qu’aucun d’eux ne menait à nous. »
 
Charlotte, 1ére année ED-LIB
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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 19:00
Daniel Arasse On n'y voit rien Denoel














Daniel ARASSE
On n’y voit rien

Descriptions
Denoël, 2000
Gallimard, Folio Essais, 2003
Denoël Médiations, 2005













Avant toute chose, quelques mots sur Daniel Arasse ; ceux qui le connaissaient intimement excuseront ces longueurs. Historien de l’art et « italomaniaque », dit-il, de la seconde moitié du XXe siècle. Ecole Normale Supérieure, agrégation de lettres classiques, y a-t-il un destin possible hors des murs de Sainte Geneviève ? Son parcours scolaire s’achève avec une thèse sur l'art italien de la Renaissance.

Que veut-il ? Dévoiler le quattrocento.
Bernard Comment, dans son introduction à l'ouvrage Histoires de peintures d’Arasse, parle d’« un souci permanent de transmettre et de convaincre ».

C’est dans cette veine humaniste qu’il écrit On n’y voit rien, recueil d’analyses qu’il a faites de cinq tableaux :

     – Mars et Venus surpris par Vulcain, de Tintoretto,
     – L’Annonciation, de Francesco del Cossa,
     – L’Adoration des Mages, de Brueg(h)el l’Ancien,
     – La Vénus d’Urbin, de Titien, et quelques mots sur l’Olympia,
     – Les Ménines, de Vélàzquez.

II ménage la matière grise de ses lecteurs en mettant en scène différentes situations de communication pour présenter ses théories :

      – une lettre polémique à une amie et collègue :
     « cette lettre […] risque de t’irriter »

     – un dialogue imaginaire avec le lecteur :
     « Je vous vois venir, vous allez encore dire que j’exagère, que je me fais plaisir mais que je surinterprète »
 
     – un récit du cheminement de sa réflexion vu par un narrateur omniscient :
     « D’abord, quand il a vu à la National Gallery de Londres L’Adoration des Mages de Bruegel, il a reconnu ce qu’il savait. »
 
     – un débat avec un confrère :
     « - Une pin-up ?
       - Et rien d’autre. Une pin-up, purement et simplement.
       - Tout dépend de ce que vous voulez dire par là. »

Pour ce qui est des Ménines, il a l’air de vouloir combattre un public qui considère que le sujet est épuisé.
« Les Ménines ! Encore ? Non ! Non ! Par pitié ! Ca suffit avec Les Ménines ! »

Arasse ajoute à son album une analyse d’un genre un peu différent qu’il appelle La Toison de Madeleine. Il reprend et explique la genèse du personnage multifacettes de Madeleine, et ceci à partir de sa chevelure.

Ni verbosité, ni politiquement correct. L’auteur-professeur veut nous apprendre à voir au-delà de ce que l’on pense savoir. N’allons pas jusqu’à le comparer à un Socrate du XXe siècle, pour qui le chemin du savoir n’est accessible qu’à celui qui regarde tout avec un oeil nouveau. Mais il bouscule quelques préjugés chers au cœur des historiens et théoriciens de l’art, et tout en proposant ses propres interprétations hors-piste, guide le lecteur dans la voie d’un examen personnel de la peinture du XIVe siècle.

On m’a dit : « Lis ca, j’ai eu une révélation ». J’ai lu. « De quel ordre, cette révélation ? » « La peinture du quattrocento, ça peut être intéressant ». Qu’est-ce que je veux dire ? Deux choses. La première : pour une fois, avec ce type d’essai, pas besoin d’avoir passé haut la main le concours de l’Ecole du Louvres pour pouvoir franchir le cap de la page 1. La deuxième : si on est novice, c’est encore plus profitable. Dans ma plus tendre enfance, je souffrais d’une insensibilité totale à la Peinture. Et puis l’illumination : j’ai assisté à une présentation des Tricheurs du Caravage. L’intérêt du tableau, c’est le sens que lui donne son créateur, et ses facéties. Au début, se laisser initier par les explications des connaisseurs, puis se lancer dans de timides tentatives d’observations critiques. Le génie pédagogique d’Arasse est de savoir guider et satisfaire ces deux attentes en même temps.

Cyrielle, 1ère année Ed.-Lib.


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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 07:00
Michel Foucault Surveiller et punir







Michel FOUCAULT
Surveiller et punir

Gallimard, première publication : 1975.
Collection Tel.


   















michel foucault


Michel Foucault est un philosophe né en 1926 et décédé en 1984. En 1961, il soutient sa thèse Histoire de la folie à l’âge classique ; il y adopte déjà une méthode de réflexion commune à la plupart de ses ouvrages, c'est-à-dire se fonder sur l’Histoire, et ce d’une manière chronologique, pour développer son analyse. Par exemple, dans Surveiller et punir, son étude porte sur une période qui va du XVIe à la fin du XIXe siècle, et se fonde sur un nombre considérable d’archives. Les thèmes abordés dans ses ouvrages sont principalement le savoir, le pouvoir et le sujet, le tout dans une critique des institutions. Foucault s’est intéressé à la place des marginaux, comme les fous ou les prisonniers, que le pouvoir rejette et qu’il nomme « les hommes infâmes » (« La vie des hommes infâmes », article paru dans Les cahiers du chemin, 1977). En 1971, il fonde le Groupe d’Information sur les Prisons (GIP), afin de permettre aux prisonniers de s’exprimer sur leurs conditions d’incarcération. C’est aussi une façon de dénoncer ces dernières.
   
Surveiller et punir ne s’inscrit pas dans une dénonciation directe du système carcéral, mais tente principalement de comprendre d’où provient l’incarcération. Le sous-titre du livre est d’ailleurs « Naissance de la prison ». Le livre s’ouvre sur le récit quasiment insoutenable du supplice de Damiens, parricide, en 1757. La pratique du supplice était pour le pouvoir en place une façon de se venger de l’offense faite par le criminel, mais aussi de condamner le désordre que cela produit dans la société. La condamnation en public, et l’horreur de celle-ci, permettait au souverain de dissuader toute possibilité de généralisation de l’acte criminel. Le but de Michel Foucault est bien ici de montrer de quelle façon nous sommes passés des supplices en public, véritable politique de l’effroi, aux prisonniers reclus dans leurs cellules. Car ce n’est pas simplement un art de punir qui a évolué mais c’est aussi une mutation du pouvoir exercé sur la société. En effet, lorsque les supplices prirent fin, un nouvel instrument fut créé : la police. C’est aussi l’époque de l’invention d’une nouvelle manière d’exercer un contrôle sur la population, et cela passe par la surveillance permanente, la normalisation et la discipline. Foucault nous apprend que la prison n’est qu’un élément de discipline parmi d’autres, comme l’armée, l’école, l’hôpital, l’atelier. Car le but de la discipline est de fabriquer des corps dociles, que ce soit celui de l’écolier, du soldat, du malade, de l’ouvrier ou du condamné, et de conserver une surveillance totale sur eux. L’architecture des prisons reprend ce modèle-là, et notamment le Panopticon de Jeremy Bentham, qui est un long objet d’étude de Foucault. Le Panopticon est une construction circulaire, les cellules étant placées autour de la tour centrale ; de celle-ci un surveillant peut observer les détenus sans être vu. Le regard est tout puissant.

Tout comme le supplice ne rétablissait pas la justice mais réactivait le pouvoir du souverain, la prison ne semble pas simplement une décision judiciaire mais surtout le lieu de formation de sujets obéissants, calculables, ne réservant aucune surprise à l’autorité qui s’exerce en permanence sur eux. Toujours sur la question de la justice, Foucault tente de comprendre pourquoi cette dernière préfère affirmer qu’elle soigne et corrige plutôt qu’elle punit. Sa réflexion porte aussi sur les sciences humaines qui émergent à mesure que le contrôle des comportements prend place. Un des derniers sujets abordés dans Surveiller et punir est la délinquance. Selon Foucault, la prison est une fabrique à délinquants, elle forme une communauté de personnes aux comportements illégaux, mais qui sont essentiels au fonctionnement de la société, et qui de plus, servent les intérêts politiques et économiques du pouvoir. Par exemple, sans délinquants il n’y aurait pas de police, donc personne pour exercer une surveillance sur la population.

   
La force de ce livre réside dans le fait de ne pas seulement s’intéresser à l’évolution du système pénal mais aussi de montrer que cette évolution est le résultat des changements de l’exercice du pouvoir. C’est un texte exigeant, ardu, qui prouve que la lecture n’est pas qu’un acte de divertissement. Surveiller et punir est une vive critique du pouvoir qui nous soustrait à la discipline et à un examen permanent. Ce livre est formateur pour l’esprit, il nous ouvre les yeux et nous fait nous interroger sur la réalité du système carcéral, sa légitimité, mais aussi sur un contrôle exercé sur la société qui est toujours présent aujourd’hui.

   
« Tous mes livres, que ce soit l’Histoire de la folie ou celui-là, sont, si vous voulez, de petites boîtes à outils. Si les gens veulent bien les ouvrir, se servir de telle phrase, telle idée, telle analyse, comme d’un tournevis ou d’un desserre-boulon pour court-circuiter, disqualifier, casser les systèmes de pouvoir, y compris éventuellement ceux-là mêmes dont mes livres sont issus… eh bien, c’est tant mieux ! »        (« Des supplices aux cellules », entretien avec R.-P. Droit, paru dans Le Monde du 21/02/1975, à l’occasion de la parution de Surveiller et punir).

Flora, 1ère année Ed.-Lib.
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 07:00








Eddy L. HARRIS
Paris en noir et black

traduit de l’américain
par Jean Guiloineau
Liana Levi, 2009



















Bercé par les récits de voyage de son oncle Charlie qui s’est rendu en France pendant la Seconde Guerre mondiale, enthousiasmé de découvrir cette langue à douze ans grâce à son professeur de français M. Cook et animé d’une volonté de s’échapper, de fuir sa condition noire pesante dans un pays raciste et ségrégationniste, Eddy L. Harris s’installe à Paris à 24 ans.

Aimant les voyages, il visite l’Europe, mais Paris, point de départ de ses nombreuses expéditions, sera la ville élue par l’écrivain.

Paris en Noir et Black, outre un formidable récit de voyage dans ce « paysage de rêves », offre au lecteur un résumé touchant de sa vie française combinée à une réflexion profonde sur sa condition de « Noiraméricain » et ce grâce à de très nombreuses anecdotes. Eddy L. Harris découvre la différence entre être Noir et « Noiraméricain » en France, entre laisser indifférent et susciter admiration.

Paris, « coin de paradis », devient un asile protecteur où le « fardeau » de la couleur de peau s’évapore. Il peut y oublier cette identité noire qui lui est imposée en Amérique où le racisme quotidien
sous-jacent,
très souvent délibérément dirigé contre lui et les siens, le torture en permanence.

Mais il note aussi ses déconvenues en France ou lors de ses voyages, qui rendent son récit très réaliste.

« Je ne me sens pas noir à Paris comme je me sens noir à Pittsburg ou à New York, parce que l’histoire de Paris est différente, et par conséquent les règles, les réactions et les attentes sont différentes et je peux vivre différemment.
Je suis autorisé et je m’autorise à vivre différemment en étant noir à Paris parce que ici, on m’autorise à avoir une définition de se que signifie être noir et Américain — deux choses qu’on ne peut séparer bien que je ne me sente pas particulièrement l’un ou l’autre, et même si les yeux des autres me le rappellent. »

Le récit est ainsi construit autour des thèmes de la ségrégation, du racisme, de l’exil, de la quête identitaire et des différences entre États-Unis et France. Ces thèmes servent de fil conducteur à son récit dévié en permanence par les anecdotes. Grâce à celles-ci, il réussit à partager son expérience avec le lecteur, lui montrant sa démarche de compréhension de la France et sa quête identitaire. Il l’implique et le fait réfléchir grâce à l’analyse de clichés et à la comparaison qu’il fait avec les États-Unis.

Eddy L. Harris livre ainsi un magnifique ouvrage à la fois biographique et analytique des sociétés française et américaine mais aussi un journal intime, se livrant à une introspection permanente étayée de nombreux témoignages extérieurs, qui sont autant d’éléments de réponse aux questions qu’il se pose concernant son exil et sa condition.

Malgré des redondances, il permet au lecteur une entrée dans ses pensées et lui donne un point de vue américain sur la France actuelle, très pertinent et intéressant.

Chloé Verdon, 1ère Année édition-librairie

Eddy L. HARRIS sur LITTEXPRESS





Article de Pauline sur Jupiter et moi.
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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 19:00


 
 

 








Russell BANKS,
Sous le règne de Bone

(Rule of the Bone)
Roman traduit de l'américain par Pierre Furlan
Actes Sud, 2002
Babel, 2005


 










L'Auteur


Russell Banks est née en 1940 dans le Massachusetts. Il a grandi dans le New Hampshire avec ses parents et ses trois frères et soeurs. L'enfance de Russell Banks est marquée par l'alcoolisme de son père, la violence et la pauvreté. En 1958, il étudie à l'université Colgate et découvre Sur la Route de Jack Kerouac qui le bouleverse profondément, il quitte les bancs de l'école et traverse les USA en voiture et, dans les années 60, vit de petits boulots. Après avoir repris ses études et être devenu professeur, Russell Banks part vivre quelque temps en Jamaïque avec sa famille et publie son premier roman : Survivants en 1975

Il a écrit depuis plusieurs ouvrages qui dénoncent le système économique actuel et est devenu président du Parlement national des écrivains créé par Salman Rushdie. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Il est aujourd'hui le président fondateur de Cities of Refuge North America, qui s'est donné pour mission d'établir aux États-Unis des lieux d'asile pour des écrivains menacés ou en exil.

C'est un auteur mondialement connu, traduit dans pas moins de 20 langues.


 

Quelques-uns de ses autres romans

Le livre de la Jamaïque (1980)

Affliction
(1989)

De beaux lendemains (1991)

American Darling (2005)

 
La Réserve (2007)

L'Histoire


 
Sous le Règne de Bone, c’est l’histoire de Chappie, 14 ans, piercing au nez et mohwak sur la tête. Son beau-père est alcoolique, pervers et violent, sa mère boit pour oublier et son vrai père a disparu quelque part dans les Caraïbes quand Chapman était tout petit. Ce roman, c’est le récit du périple d’un jeune ado américain livré à lui-même et qui ne peut compter sur personne.

Vivre dans un appart miteux avec une bande de Bikers violents et stupides, squatter une maison secondaire d’un couple riche, se retrouver face à un pedophile qui veut l’engager dans un film porno, telle va être la nouvelle vie de Chapman devenu Bone (grâce à son tatouage représentant deux fémurs) avant de rencontrer I-Man, Jamaïcain en situation irrégulière. Ce vieil homme, qui ne vit que pour la pensée de Jah, va devenir le guide spirituel et le meilleur ami de Bone.

Des Etats-Unis où rien de semble fait pour Bone, il va partir pour la Jamaïque, à la recherche d’une nouvelle vie mais aussi de son vrai père…

 Analyse de l’œuvre

Bone : présentation d’un ado américain à la dérive.

Sous le règne de Bone, c’est le récit d’une fugue initiatique mais aussi la dénonciation de ses jeunes Américains abandonnés et sans avenir.

Au travers de Bone (ou Chappie), Russel Banks pose beaucoup de questions sur la société : le problème de l’alcoolisme, les abus sexuels, la pédophilie, la drogue, la violence…

Comment, quand on a 14 ans, que nos parents nous ont comme qui dirait abandonné, peut-
on s’en sortir ?

Chappie est en rupture totale avec la société et sa famille mais souffre avant tout d’un profond sentiment d’abandon et d’un désarroi affectif et moral.

Russel Banks nous montre l’image d’un jeune ado sur les routes américaines. On suit son évolution, on le voit grandir, se forger son propre caractère. Tout le roman est écrit du point de vue de Bone, son histoire s’adresse à nous dés le départ ; ainsi, on est
directement
plongé au cœur du périple de Bone mais à sa manière : la langue est familière, presque vulgaire à la manière de celle d’un adolescent.

Durant ce roman, aucun détail ne nous est épargné : la drogue, la violence, le vol, les mauvaises rencontres que Bone fait, la perversité de son beau-père, l’alcoolisme de sa mère.

Cela devient choquant pour le lecteur car Bone, 14 ans, raconte son vécu comme quelque chose d’absolument normal, de façon très froide : il ne se rend pas compte de l’horreur de sa situation.

Mais Bone n’est pas un ado comme les autres : sans cesse, il essaye de réfléchir sur son identité, sur le bien et le mal pour évoluer, devenir qui il doit devenir.

On est frappé par l'objectivité absolue de ce jeune qui, dans ses propres récits, reconnaît le cas échéant, l'exactitude des défauts qu'on lui prête, sans se laisser démonter pour autant.

        
Les étapes du récit.

En deux ans, Bone change beaucoup, il évolue, grâce à son voyage mais surtout grâce à ses rencontres. En effet, tout le roman est marqué par les nombreux personnages que Bone croise. Le jeune ado sait tirer avantages et apprentissage de ses, parfois très mauvaises ou bonnes, rencontres.

Il y a d’abord, Russ, son meilleur ami de 16 ans, aussi paumé que lui, Bruce, chef des bikers avec qui Bone et Russ cohabitent, Buster le roi du porno et sa « protégée » Froggie, gamine de 7, 8 ans, James et Richard les deux frères drogués au crack qui vivent dans un bus scolaire, I-Man, homme d’une cinquantaine d’années, Jamaïcain en situation irrégulière, et enfin, le père de Bone, Paul ou Doc, drogué à la coke menant une double vie et sa jeune copine Evelyn Star, riche et femme libertine, installés à la Jamaïque.

Tous ses personnages sont représentatifs d’une catégorie de la société américaine, celle dont on ne veut pas entendre parler : les marginaux, ceux qui vivent au-dessus de la loi, qui ne veulent pas respecter les règles. Mais Bone en les rencontrant va faire son choix : devenir comme eux, tomber dans leurs pièges (porno, drogue, vol, deal, immoralité) ou apprendre chez eux ce dont il a besoin, juste ce qui lui est nécesaire pour devenir quelqu’un de « bien ».
 

Quelques extraits
 
« En général, je peux affirmer que jusque-là, au cours de mon existence, ce n’était pas parce que ma mère, mon beau-père, un prof ou un quelconque adulte ayant pouvoir sur moi m’avait dit que telle chose était bonne pour moi que je l’avais faite. Alors là, vraiment pas. Chaque fois qu’on m’avait dit ce genre de truc ça m’avait fait l’effet d’une alarme qui se déclenche sous un capot : ou-in-in-in, ou-in-in-in, je n’entendais plus que ça, il y’a quelqu’un qui essaie de voler un machin qui vaut cher, et du coup je faisais plutôt le contraire. La plupart du temps ce contraire n’était pas vraiment une réussite, mais je ne l’aurais pas fait d’abord si quelqu’un n’avait voulu me pousser à faire le contraire de ce contraire » (page 196, Babel)

« Je pensais, comme Russ venait de l’indiquer, qu’il y avait plein de choses sur le bien et le mal que mes parents ne m’avaient pas enseignées. A présent, à cause de ma situation,j’étais obligé d’en démêler tout seul la plus grande part (…). Tout le monde sauf moi semblait croire que la différence entre le bien et le mal était évidente. Pour eux, je suppose, était bien tout ce qu’on pouvait faire sans avoir d’ennuis, et mal tout ce qu’on ne pouvait pas faire sans s’en attirer, mais je me sentais bête de ne pas savoir ça moi aussi (…). Je trouvais ça effrayant (…). Comme tout le monde franchissait la ligne et faisait quelque chose de mal au moins une fois dans sa vie, tout le monde était donc condamné (…). Il fallait être un chat comme Willie ou un petit enfant comme je l’avais été pour ne pas être un criminel. Pour un être humain comme je l’étais devenu, c’était impossible » (page 84, Babel)

« L’expérience d’être né sur Terre et de vivre avec les humains, ne serait-ce que pour quelques années, vous change à jamais. Je suppose que tout ce qui reste à faire c’est de tirer le meilleur parti de ce qui est bien évidemment une mauvaise situation. » (page 436, Babel)


Laure, 1ère année Ed.-Lib.

Russell Banks sur Littexpress




Article de Chloé sur l'Ange sur le toit









Article de Marine sur Histoire de réussir









Article de Floriane sur De beaux lendemains








Article de P. Marini sur American Darling












Article d'Aurélie sur La Réserve.

 






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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 19:00




Eddy L. HARRIS

Jupiter et moi
Liana Levi, 2005
Coll. Piccolo, 2009

















1. Biographie de l’auteur

Eddy L Harris est né pendant la ségrégation à Indianapolis aux Etats-Unis. Là-bas, volonté de son père, il a étudié dans un lycée catholique pour les Blancs. Puis il est allé à l’université de Standord où il a évidemment subi un racisme quotidien. Mais il a très vite quitté les Etats-Unis pour venir en France, où il se sent maintenant plus libre. Aujourd’hui il a écrit de nombreux livres (essais, autobiographies…), dont Jupiter et moi où il retrace sa relation avec son père, étroitement liée à l’histoire des Noirs américains.


2. Résumé


Jupiter et moi est d’abord l’histoire d’un fils à la recherche de son père, mais aussi l’histoire d’un personnage à la recherche de ses origines. Ces deux quêtes sont étroitement liées puisque Eddy Harris ne trouve des réponses sur son père qu’en apprenant l’histoire des Noirs américains, mais c’est aussi son père qui lui apporte des informations précieuses sur le comportement des Blancs envers les Noirs américains.

Mais c’est aussi l’histoire d’un père fou d’amour pour ses fils et qui veut leur épargner les horreurs dont l’homme est capable, c’est-à-dire le racisme, la ségrégation, etc. Ainsi, Eddy Harris nous livre un personnage énigmatique et magnifique, émouvant qui n’hésite pas à être violent pour forger ses enfants.



3. Mon avis

Pour moi, Eddy Harris cherche certes, ses origines, mais souhaite surtout dénoncer un système racial qui est allé trop loin et dont, selon lui, les Etats-Unis ne se défont pas : « Je trouve que toute la société des Etats Unis est involontairement raciste » confie-t-il à Télérama en 2005. Je pense qu'Eddy Harris cherche à se défaire d'un poids, le poids d'un racisme avec lequel il a grandi et qui ne meurt pas.

De plus, tout au long de la lecture, on ressent une terrible émotion, que ce soit lorsqu’Eddy Harris nous parle du racisme ou lorsqu’il nous livre ses expérience et sa relation avec son père.

Il s’agit donc d’un beau livre grâce auquel on apprend beaucoup de choses sur le quotidien des Noirs américains, et dont la lecture nous procure de magnifiques émotions.

Pauline
Ganteille, 1ére année Edition-librairie
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 19:00







Russell BANKS
De beaux lendemains

Actes Sud, 1997
Babel, 1997













 Au nord de L’Etat de New York, dans les Adirondacks, une petite ville est touchée par l’accident d’un bus scolaire.







Publié pour la première fois en français aux éditions Actes Sud en 1993, De beaux lendemains est le septième des quatorze ouvrages publiés de Russell Banks. Il existe une adaptation cinématographique de ce roman. En effet sort, en 1997, De beaux lendemains, le film, qui est plus axé sur les personnage de Mitchell Stephens, Ian Holm et Nicole Burnell, Sarah Polley.

Bien qu’à quelques heures de New York, Sam Dent tient plus de la bourgade, située au milieu d’une zone de passage où on ne s’arrête guère, d’autant plus que le climat y est peu accueillant.

Le récit nous est raconté par quatre narrateurs différents :

−      Dolorès Driscoll, la conductrice du bus

−       Billy Ansel, un des parents : il a perdu ses deux enfants dans l’accident

−      Mitchell Stephens, avocat new-yorkais

−     Nicole Burnell, jeune rescapée de l’accident.

Banks a donc choisi de nous raconter l’histoire à travers les yeux de ces quatre personnages.

D’abord via Dolorès Driscoll, qui nous raconte cette dernière tournée en n'omettant aucun détail, du moment où elle a pris son café avec son époux au coup de volant qui a fait basculer le bus. L’auteur parvient à nous faire ressentir la peine, le sentiment de culpabilité de cette femme qui ressasse les événements afin de comprendre.

Puis vient Billy Ansel, ancien du Viêt-Nam, veuf ; il possède un garage qui semble être la seule affaire viable de la ville. Il perd ses deux enfants dans l’accident, des jumeaux prénommés Jessica et Mason. De ce dernier coup il ne se remettra pas, si l’on peut dire qu’il s’est remis des précédents.

Comme dans tout événement dramatique surtout s’il est médiatisé, viennent se joindre à la foule déjà présente les avocats ; ici représentés par Mitchell Stephens, avocat spécialisé dans ce type d’affaire. Pour lui, les accidents n’existent pas : la mort de ces enfants est due à un simple calcul de budget. Cynique, il calcule tout jusqu’à qui il est judicieux de défendre, de présenter au jury…

Dernier caractère, Nicole Burnell correspond au stéréotype créé par les séries américaine : pom-pom-girl girl, reine du bal de fin d’année, étudiante modèle…du moins en surface. Elle apportera la solution en recentrant l’accident sur ce qu’il est : « la perte d’une ville de ses enfants » et non une suite de procès opposant les membres d’une même communauté.

Banks donne le fin mot de l’histoire à Dolorès Driscoll. Ainsi la boucle est bouclée

Ces changements de points de vue permettent de suivre l’accident et ses conséquences dans le temps :

−       l’accident lui-même

−        le choc qui s’ensuit pour les proches des victimes

−        l’engrenage juridique : dégager la ou les responsabilités

−        la volonté d’avancer

−        le moment où l’on peut avancer

En leur donnant à chacun une voix mais surtout une vision du monde, Banks donne vie à ces personnages. Et au fur et à mesure que l’on avance dans le récit les perceptions de ces personnages très différents se superposent.

Par exemple le portrait d’Abott Driscoll vu par son épouse Dolorès et par Stephen Mitchell :

−             Dolorès le décrit comme quelqu’un de très intelligent, qui a une pensée propre. Elle nous explique aussi qu’elle une des rares à tenir une conversion avec lui.

−             Selon Mitchell, Abott est un homme qui certes a un regard vif, mais grandement amoindritet qui n’est plus qu’une marionnette aux mains de sa femme.

Nous finissons ainsi par avoir notre propre perception non seulement des narrateurs, des personnages secondaires qui se recoupent, tels que les Walker, les Otto, avec leurs secrets, mais plus largement  celle de toute la ville. Banks nous décrit ici une société.

Il concentre dans ce texte tous ses thèmes de prédilections :

−     les questions de citoyenneté : la réaction des habitants face aux traces visibles de l’accident, les survivants,

−      les questions de l’exclusion :

                             − urbaine :l’accès limité aux services à la personne tels que les premiers secours,

                             −  sociale : les différences entre Mitchell Stephens et ses clients,

                             −  raciale : la différenciation que fait Dolorès Driscoll entre Billy Ansel/les Otto/les Walker/… et les habitants des Wilmot Flats

−       les liens qui unissent parents et enfants : des parents qui portent le deuil de leur(s) enfant(s).

Je dois admettre que ma première réaction fut : « Je n’ai pas aimé ce livre ». Les personnages étaient trop noirs, désespérés. J’en suis même venue à me demander comment une si petite ville pouvait contenir tant de secrets, de souffrances. Puis j’ai parlé de cet ouvrage, des personnages, de l’accident, longuement, sans m’arrêter. Je n’avais pas aimé ce livre parce que les personnages sont si biens décrits qu’ils en deviennent réels. Nous ne pouvons alors que les accompagner passivement.


Floriane, 1ère année Ed.-Lib.

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Article d'Aurélie sur La Réserve.
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