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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 22:30





Stephen CLARKE

God save la France
titre original A year in the Merde.
traduit de l’anglais par Léon Mercadet
éditions du Nil, 2005


















Quelques mots sur l’auteur

Stephen Clarke est un journaliste britannique, né en 1958. Après avoir vécu dix ans en France, il décide d’écrire ce livre, comme « guide de survie » destiné à ses compatriotes. Au départ, il s’est chargé de diffuser le premier tirage à deux cents exemplaires par son propre site internet, mais très vite il devient un véritable best-seller en Angleterre et en France et de nouveaux tirages sont alors effectués.


Quelques mots sur l’histoire


Paul West est un jeune cadre britannique qui débarque à Paris pour lancer une chaîne de cafés, il découvre la vie d’entreprise française, les grèves successives, les joies de l’immobilier dans la capitale et bien sûr la vie de couple avec une Française. Au travers de ses descriptions hilarantes du monde parisien, avec notamment ces promenades inoubliables dans les rues semées de déjections canines… d’ailleurs je ne peux m’empêcher de vous citer un passage dans lequel Paul discute avec son égérie française de ces problèmes avec la propreté des trottoirs parisiens;:                                    


  « Près du Moulin Rouge, je m’arrangeai naturellement pour piétiner un étron canin tout sec qui évoquait du cacao vénéneux. La chose était tapie au pied d’un arbre, et me contraignit à une interprétation personnelle du french cancan avec un tronc pour en débarrasser ma semelle. Comme un crétin, j’avais ce jour-là mis des pompes élégantes à la place des nord-coréennes.[...]Devant des jus d’oranges pressées, des figues fraîches et des œufs pochés au saumon, elle m’encouragea à parler de mon handicap, et je pus tester me théorie selon laquelle il s’agissait d’un état psychique que les pavés de Paris avaient éveillé.
- C‘est une sorte de dyslexie. Tu connais la dyslexie ?
- Oui, oui, dit Alexa en hochant la tête tout en pelant sa figue bien mûre dans une image d’un symbolisme.douloureux;
- Eh bien, je suis un peu dyslexique. Ou daltonien. Il y a des gens qui oublient le sens des mots, d’autres qui ne voient pas les couleurs. Moi je ne vois pas les crottes de chien. Je suis merdlexique.»


Mon avis  
        

Ce livre est un éternel sourire dû à la rencontre des cultures anglaise et française. Dès le titre on a un mélange entre vocabulaire français et anglais. God save la France pour le titre français ou bien A year in the merde. Et l’auteur ne cesse de jouer sur cet assortiment de jeux de mots, tout en exagérant ses expériences. Son registre d’écriture est plutôt cru mais il rend les situations si comiques qu’on ne peut que s'en amuser, c’est d’ailleurs un livre devant lequel il peut nous arriver de rire seul au milieu des autres. Cependant il reste à mon avis un outil de culture intéressant. Tout comme Peter Mayle l’avait fait en 1989 avec A year in Provence, Stephen Clarke dresse à son tour notre portrait et on ne peut le prendre qu’avec humour. On retrouve également le stéréotype anglais au travers duquel on peut voir aussi une certaine caricature ; on peut ainsi comparer  et apprendre sur notre culture mais surtout sur celle d’outre-manche, un livre que je vous conseille en français et surtout en  version originale, à ne pas manquer si vous voulez vous détendre un peu…

Morgane, 1ère année Bibliothèques
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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 22:05


Ernest HEMINGWAY
Paris est une fête
Gallimard, 1973
rééd. Folio





























C’est avec Hemingway que j’ai commencé à aiguiser mes désirs en littérature. On sent derrière les mots de larges mains calleuses, un homme « shaped like a football player » ; ce fut cette puissance qui écrit « vrai », cette poésie simple qui « m’envoya au tapis » et me transcenda.


 Paris est une fête est un récit autobiographique qu’Hemingway écrivit 40 ans après les faits.  La mémoire n’est peut être pas fidèle aux réalités de l’époque, mais la main qui les écrit ne cherche pas à mentir.

Paris est une fête ce sont les aventures d’un jeune auteur américain dans le Paris des années 20. Les pérégrinations de Hem’ dans les quartiers de Paris, les bars, ses rencontres, les courses, son amour pour Hadley, sa femme. Les tableaux pittoresques ont sûrement contribué à la légende du Paris bohème de la « lost generation » et fait rêver les jeunes Anglo-Saxons.


Paris est une fête, c’était  aussi un peu  moi, Anaïs, 18 ans depuis 10 jours, arrivant à Paris seule pour la première fois le 31 juillet afin de travailler comme vacataire dans un musée de Paris avec une amie. J’avais acheté Paris est une fête à cause de ce « personnage », Gertrude Stein (je venais de voir cet horrible film retraçant la vie de Modigliani où elle m’apparaissait pour la première fois), que j’avais retrouvé en quatrième de couverture de Paris… qui m’avait poussée à choisir ce livre plutôt que Martin Eden, que j’achèterais quelques mois plus tard et qui ne me quitte plus.

Je commence  à lire Paris… le matin de mon premier jour de travail, dans le métropolitain. Je sors de la bouche de métro, demande mon chemin à la fleuriste : « eh bien il faut que vous remontiez la rue Cardinal  Lemoine, vous prenez le virage à droite, vous longez le lycée et voilà, vous y êtes à vot’ Panthéon !». La rue Cardinal Lemoine voyons voir…je sors du  sac mon folio, deuxième page, « Les citernes étaient  peintes en brun et  en safran et, dans le clair de lune, lorsqu’elles remplissaient  leur office le long de la rue Cardinal Lemoine… »Je sors mes lunettes de soleil et remonte pour la première fois cette rue qui grimpe, passe devant le lycée, un poème de Bonnefoy est peint, énorme sur une façade puis me mets  à attendre mon  amie dans une café.  « Une fille entra dans le café et s’assit, toute seule, à une table près de la vitre. Elle était très jolie, avec un visage aussi frais qu’un sou neuf, si toutefois l’on avait frappé la monnaie dans de la chair lisse recouverte d’une peau toute fraîche de pluie, et ses cheveux étaient noirs comme l’aile du corbeau et coupés net et en diagonale à hauteur de la joue ». J’aime beaucoup ce passage, cette fille à la peau rose et fraîche que j’imagine porter un rouge à lèvre mat. 

Ce que j’ai découvert  par exemple chez Hemingway, c’est la répétition de « et » dans une phrase. Choquée au début, je me mis à ressentir ce redondant manque de goût comme un charmant et naïf et enfantin émerveillement dans les descriptions des balades et des repas. Impression candide que je m’appliquai à utiliser dans mes dissertations où mes professeurs jugèrent que je ferais mieux de relire Lamartine plutôt que de plagier un effet de style inutile à la dissertation. Mais enfin, je n’étais pas de ce romantisme-là, et Lamartine au placard je relis plusieurs fois Paris… . Comment ne pas se laisser prendre par ce Paris génial, l’âge d’or du Paris bohème ?  Comment aussi ne pas se sentir à mon tour après Musset et Hemingway, une génération perdue ? Non pas à cause d’une guerre, mais  errante car sans héros. Allais-je moi aussi, un jour, vivre d’amour, de St James, de voyages et de ma plume ? Allais-je pouvoir parler du « Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux » ?

Paris est une fête : espoir, cachette secrète.

Il faut dire qu’Ernest s’y est très bien pris pour nous faire rêver. Simplicité de l’écriture, simplicité des sujets décrits, mise en relief des beautés quotidiennes d’une vie bohème où tout est merveilleux le ventre vide (et ça c’est lui qui le dit), aussi les rencontres avec les légendes de ce Paris génial ( F.S. Fitzgerald, Gertrude Stein, Sylvia Beach…).
 
Aujourd’hui, je relis ce livre et je ne retrouve plus l’insouciance d’il y a deux ans. Des idées barbares m’assaillent : combien gagnait-il pour vivre ? Que représentait un repas dans une brasserie dans son budget ? Agacée par ce bonheur tranquille, je commence à ne plus y croire.

Voilà, Paris est une fête c’est à lire et relire, c’est «  prendre la température », voir si ça nous fait toujours rêver ou bien se rendre compte qu’on devient cynique… !


A. J., 1ère année édition-librairie.
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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 22:30



 Nathacha APPANAH

Le dernier frère

 Editions de l'Olivier (23 août 2007)









 

 

 
















Raj rêve de son ami David, mort depuis soixante ans. C’est alors que ses souvenirs lui reviennent…

Raj, neuf ans, grandit dans le village de Mapou, au Nord de l’île Maurice, avec un père violent et alcoolique, une mère tendre et aimante et ses deux frères, Anil et Vinod, qu’il adore et avec qui il aime courir à travers la forêt. Malheureusement, un jour de tempête, les trois enfants se rendent près de la rivière. Ses deux frères sont alors emportés par un torrent de boue. La famille décide donc de déménager à Beau-Bassin et le père devient gardien de prison.

C’est là-bas qu’il fait la connaissance de David, dix ans, juif, orphelin et emprisonné. Un véritable amour fraternel naît entre les deux jeunes garçons. David réussit à s’échapper de la prison, il est alors recueilli pour deux nuits chez Raj. Cependant, il est obligé de se cacher du père. Raj décide de prendre la fuite avec David, son nouveau et dernier frère, pour retourner à Mapou et peut-être y trouver une vie sans misère. Raj prend soin de David tout comme ses frères le faisaient avec lui. Dans leur fuite, David meurt de la malaria. Ils n’étaient qu’à une heure de marche de la prison.

Ce n’est qu’à l’âge de trente-huit ans, en 1973, que Raj apprend la véritable identité de son ami disparu. David était juif tout comme les autres prisonniers. Ils avaient été refoulés de Palestine et avaient été déportés à l’île Maurice, considérés comme des immigrants illégaux. Aucun d’eux ne savait pourquoi ils se trouvaient ici. Ils voulaient seulement rejoindre Eretz, le Terre Promise. Suite à ce souvenir, Raj décide alors d’en parler à son fils.

 

Le dernier frère de Nathacha Appanah vient de recevoir le prix du roman FNAC 2007 et le prix des lecteurs de L’Express 2008. Il s’agit de l’histoire de « deux enfants du malheur accolés l’un à l’autre par miracle », l’un par la perte de ses frères, l’autre par l’arrachement à sa terre natale. L’auteur dit « avec une infinie pudeur le remords, le chagrin, la vie qui recommence, les temps qui se rejoignent ». Nous sommes touchés par le style sobre mais efficace qui rend le récit simple et réaliste, notamment grâce aux descriptions des personnages. D’autant plus que l’histoire est chargée d’émotions existentielles et singulières.

Le roman montre la continuelle survie des personnages ainsi que leurs caractères déterminés. Raj pense à rentrer et à retrouver sa mère, pourtant il continue sa fugue avec David pour survivre. Le dernier frère est aussi une fiction. En effet, l’auteur révèle un événement peu connu de l’histoire mauricienne lors de la Seconde Guerre mondiale : la déportation et l’internement à l’île Maurice de 1500 Juifs d’Autriche et de Tchécoslovaquie à la recherche d’une terre de refuge contre le nazisme.

Roman de la fraternité et du souvenir, Le dernier frère est le dernier roman de Nathacha Appanah.

 
Audrey MARTINEZ, 1ère année Edition-Librairie
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 21:42

 Emile AJAR (Romain GARY)
La vie devant soi
Gallimard, 1982,
rééd. Folio




















C'est à Belleville, au sixième sans ascenseur, chez Madame Rosa, une vieille Juive qui, il y a bien longtemps, " se défendait ", se prostituait,  rue Blondel. Elle tient une crèche clandestine où les dames   " qui se défendent " abandonnent leurs enfants. Momo, dix ans environ, raconte sa vie chez Madame Rosa et son amour pour cette dame respectueuse, grosse, laide, sans cheveux, mais qu'il aime de tout son cœur. Il va vivre avec elle une relation quasi maternelle car il sait que sans elle il n’est personne. Momo est dans un âge où des questions existentielles se posent à lui. Il a peur du futur car il sent bien que Madame Rosa va de moins en moins bien. Et sa seule autre attache sentimentale n’est qu’un vieux parapluie appelé Arthur à qui il confie toutes ses craintes.

Petit à petit, il va douter de ses origines et se demander qui est sa mère et surtout qui est son père. Un homme va se présenter chez Madame Rosa prétextant être le père de Momo. Il a séjourné 11 ans en hôpital psychiatrique. C’est à ce moment que Momo va découvrir qu’il est plus âgé que ce qu’a bien voulu lui dire Madame Rosa. En effet, il a 14 ans. Quand il apprend cela toute sa vie va en être bouleversée. Quatorze ans signifient qu’il a plus de responsabilité que la veille, que ce n’est quasiment plus un enfant et qu’il est le plus grand du groupe.

L’état de Madame Rosa se dégradant de jour en jour, les dames « qui se défendaient » viennent peu à peu récupérer leurs enfants. Momo sera le dernier à la pension de Madame Rosa et c’est lui qui va s’en occuper avec l’aide de Madame Lola une travestie qui vit dans l’immeuble. Lorsque Madame Rosa meurt dans son trou juif, à la cave,  avec l’aide de Momo, il prétend qu’elle est en voyage dans sa famille. Alors il lui peint le visage au Ripolin, l'arrose de parfum, se couche près d'elle pour mourir aussi. Madame Rosa est la seule personne qu’il aime sur cette terre, sans elle il n’est plus rien.

Tout le roman est écrit à travers les yeux de cet enfant avec simplicité et sincérité. Ce qui le rend d’autant plus authentique et sensible. Momo nous montre l’image d’une vie qui ne semble pas facile mais dans laquelle il se plaît et grandit. Il décrit très bien la dégradation de Madame Rosa et des peurs qui surgissent en fin de vie. Momo devient un personnage attachant qui à travers ses yeux d’enfants rend la maladie et la vieillesse moins impressionnantes

Romain Gary est le seul auteur qui ait été récompensé deux fois par le prix Goncourt. En effet, il l’a reçu en 1956 avec Les Racines du ciel et 1975 avec La vie devant soi écrit sous le pseudonyme d'Emile Ajar.


Maude 1ère année Edition / Librairie
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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 18:24




Josef BOR

Le requiem de Terezin,
1963,
traduit du tchèque par Zdenka et Raymond Datheil
Les éditions du Sonneur (1 août 2005)

Réédition Le Livre de Poche Biblio

LGF (14 mars 2008)















Inspirée d’une histoire vraie, cette œuvre d’un ancien prisonnier du ghetto de Terezin en République Tchèque, dont la femme et les enfants furent déportés, raconte l’incroyable expérience de Raphaël Shachter et son fou désir de faire rugir le requiem de Verdi dans un camp en pleine démence nazie. Ce virtuose juif a toutes les peines du monde à réunir des artistes chevronnés de tous horizons pour constituer le chœur qu’il va diriger. De plus les fréquents convois vers la mort ralentissent la progression du chef d’orchestre qui doit constamment composer avec le départ de ses meilleurs éléments. Sa détermination étonne, son perfectionnisme peut déranger mais sa passion musicale reste indéniable et lui permet de porter l’entreprise à bout de bras. Un tel détachement, une froideur et une concentration totale sur ses partitions expliquent cependant sa réussite. Il s’agit du cri d’effroi de tout un camp, de tout un peuple qui dans des conditions infectes de détention garde son honneur et sa noblesse pour se produire comme à la parade devant un contingent SS.       
                          

L’horreur quotidienne des camps de prisonniers n’est que suggérée : le chœur chante pour dire adieu aux camarades déportés. Ce qui importe ici c’est la force d’une épopée lyrique qui prend corps dans un milieu hostile et qui donne aux artistes la possibilité de supporter l’inconcevable horreur humaine. Le véritable espoir que la beauté artistique incarne semble coïncider avec la fin proche de la suprématie nationale socialiste. Ce témoignage singulier représente un éloge à la culture (plus particulièrement la musique) dont les geôliers nazis semblent dépourvus et démontre qu’elle peut être salutaire en grandissant au milieu de l’horreur. Cette lutte pour la vie quand la mort est certaine, ce souffle angoissant et coriace caressant l’échine nous émeut et nous rappelle la force et le talent dont certains ont fait preuve pour arracher leur liberté dans un combat inégal.  


Adrien, Édition-Librairie 1ère année


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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 07:29


LA BEAT GENERATION

 

1-Qu’est-ce que la Beat Generation ?


     Jack Kerouac évoque pour la première fois la Beat Generation en 1948 à New-York, pour décrire son groupe d’amis au romancier John CLELLON, qui en donne une définition officielle dans le New-York Times en 1952. Le terme a été universellement accepté par les critiques comme étant le plus adéquat pour décrire une rébellion sociale et littéraire d’importance en Amérique, un mouvement représenté par un petit groupe de poètes, romanciers et artistes authentiques et doués, ainsi que par un nombre bien plus grand de jeunes gens oisifs. Il est cependant nécessaire de comprendre avec plus de précision ce que Kerouac voulait dire en parlant de " Beat ", car l’expression n’est pas en elle-même suffisamment explicite.

     Gerard Millstein l'assimile à un " désir forcené de croire ".

     Jack Kerouac affirmait que Beat évoquait le rythme de jazz, et était une autre façon de dire " Béatitude ". Il a donc insisté sur les deux aspects qui caractérisaient la nouvelle génération : la révolte et l’attitude religieuse. Le mouvement beat est porteur d’un espoir de libération et de nombreux écrivains noirs y adhèrent. La Beat Generation c’est aussi une rupture certaine avec la littérature de la première moitié du 20ème siècle. Dans cette première moitié on cherche à comprendre et à analyser les causes d’un événement et à trouver des solutions de masse comme le militantisme pour sauver le monde. La Beat Generation observe le chaos dans lequel le monde de l’époque se trouve. La littérature des années 1950 rend compte de ce désordre ambiant. On essaye de se sauver soi-même et l’individualisme et présent partout à cause du dégoût des autres. Ce dégoût provient, nous le verrons, du système politique américain de l’époque.

 

2-La naissance de la Beat Generation


     La Beat Generation est née en 1948 et représentait une forme de rébellion sociale, la revendication d’une ère nouvelle.

 


     Cette génération fut extrêmement marquée par l’horreur de la Seconde Guerre mondiale et la mégalomanie du dictateur Hitler. Un grand nombre de jeunes doutaient des valeurs de la société dans laquelle ils vivaient et n'avaient plus confiance en leur gouvernement. Ils ne pensaient qu’à la destruction psychologique qu’avaient subie des millions d’hommes et de femmes durant la guerre. Il semblait que le monde ne retrouverait pas sa sérénité.

 


     Les Etats-Unis déjà grande puissance mondiale ne faisaient que subir la Guerre froide qui succéda à la Seconde Guerre mondiale. Bien que Kérouac fût encore très jeune à la fin de la guerre, il prit conscience des conséquences de ce drame sur la psychologie de la jeunesse américaine. Elle ne croit plus en la morale ni en ses valeurs. Le rêve américain a été ébranlé sous ses yeux et personne n’a plus confiance en ses promesses de paix. La grande Amérique n’empêche pas les scandales sociaux tels que le racisme et la pauvreté de certains états et populations.

 


     La Beat Generation naît de l'absurdité de la civilisation américaine, matérialiste et conformiste. La violence règne en maître et l’apparition des armes nucléaires révolte une minorité, qui s’aperçoit que le peuple américain a une confiance aveugle en des " pseudo-valeurs " sans fondement, qui les entraînent vers une destruction morale. La Beat Generation est une révolte sociale, qui a pour but de détruire les valeurs traditionnelles et de faire comprendre au peuple américain qu’elles sont obsolètes. La Beat Generation fut un véritable phénomène de société.

 

 Allen Ginsberg


3-Les Beatniks

 



     Les Beatniks sont les acteurs de la Beat Generation. Certains d’entre eux sont d’authentiques " clochards célestes " (Bowery Bums), d’autres sont mariés et ont des enfants. La Beat Generation n’est donc pas réservée aux jeunes. Un phénomène d’une telle envergure a ses idoles, ses règles, ses tabous.

 


     Leurs idoles : le jazzman Charly Parker, le poète Dylan Thomas, James Dean ont personnifié l’angoisse et la révolte. Kenneth Rexroth, beatnik, écrivit de Charly Parker et de Dylan Thomas : " Tous deux ont été submergés par l’horreur du monde dans lequel ils se sont trouvés. Pour eux, c’était l’agonie et la terreur. "

 


     " To be beatnik " : être beatnik ,c’est aussi une affaire de style. Il est de bon ton de porter un béret, comme Fidel Castro et Che Guevara. Les hommes ont le visage imberbe, excepté un léger bouc. Les femmes ont les yeux chargés d’ombre à paupière. Elles évoluent en ballerines tandis qu’ils portent des sandales, signe extérieur de pauvreté. Leurs vêtements sont chinés au marché aux puces. Le neuf est banni des garde-robes.


     Les refus : leur but était de faire entendre leurs idées sans toutefois entrer dans un jeu politique. Car pour eux les hommes politiques ne peuvent pas être des hommes de confiance


     Etre beatnik c’est manifester ; un beatnik est un rebelle et refuse toute convention ou presque. Quelque slogans de manifestants beatniks :

-
     " Nous sommes beatniks ,nous ne travaillons pas MAIS pour montrer que nous sommes REVEILLES et INTERESSES par les affaires du monde : NOUS MANIFESTONS !!! Ne sommes-nous pas cool ? "


     -" Nous sommes étudiants, chaque jour de la semaine, nous travaillons, le vendredi nous sommes ivres, et le samedi nous manifestons ! N’est-ce pas fun ? "


4-Contre quoi les Beatniks se battent-ils ?

 
     La rébellion Beat contre l’American Way of Life et contre les "squares" est essentiellement une révolte individualiste contre le collectivisme et le matérialisme.


     Les " Squares " sont ceux qui sont toujours occupés, qui ne se relaxent jamais et ne profitent pas de la vie. Ils sont rigides et conformistes, ils suivent aveuglément les règles et les codes sociaux de l’American Way of Life.


     Les " Hipsters "refusent de vivre dans ce que Henry Miller appelait un " cauchemar climatisé " et Kerouac la " folie absolue et la fantastique horreur de New York avec ses millions et ses millions d’êtres humains qui se battent indéfiniment entre eux pour un dollar ". Ils prennent de la drogue et boivent de l’alcool, ils mènent une vie de bohême et rejettent tous les tabous des " squares ", en particulier les tabous sexuels. Leur rébellion et leur rejet de la société vont de pair avec une quête spirituelle passionnée, une tentative de retrouver les valeurs originelles. En résumé, ils ont, de façon inattendue, assumé une attitude religieuse et par conséquent ont été appelés les " Saints Barbares " (Holy Barbarians). L’hipsterisme faisait originellement référence aux efforts de certains Noirs pour atteindre le détachement absolu, pour ne jamais entrer dans le moule, rester à part et échapper au rôle que la société américaine voulait leur faire jouer. L’hipsterisme est donc devenu le symbole de la révolte contre la société en général et a représenté un mouvement artistique important qui s’exprimait dans le " cool jazz ". C’est une contre-culture avant tout, essentiellement une révolte individualiste contre le collectivisme et le matérialisme.

 

5- Les auteurs de la Beat Generation :


Les Beatniks et leur rejet de la société ont donné naissance à un mouvement littéraire. Il est important de souligner que toutes les idoles du mouvement Beat étaient des artistes, car disent-ils, " Contre la ruine du monde, il n’y a qu’une défense : l’Art et la Création. ". Les écrivains de la Beat Generation s’inscrivent dans la tradition subversive de la littérature américaine. Le mouvement littéraire est né à San Francisco, aux alentours de 1950. Il réunit poètes et romanciers comme Allen Ginsberg, Gregory Corso, Gary Snyder, Jack Kerouac et William Burroughs. L’un des plus doués des poètes Beatniks, Lawrence Ferlinghetti, a fondé la Librairie City Lights et a édité et vendu les écrits des Beatniks. La Librairie City Light est bien sûr devenue leur lieu de prédilection.

 


Jack Kerouac

 



     Son univers romanesque se nourrit des lieux traversés, des personnages rencontrés .Sa famille déménage souvent et Kerouac a pour habitude de ne pas s’attacher à un quartier. Il fait des études près de Manhattan où il devient un professionnel du football. Mais Jack se casse une jambe et ne peut continuer sa saison sportive. Ses amis lui reprochent de s’être servi de ce prétexte pour se lancer dans une carrière peu glorieuse, selon eux, d’écrivain.

     Il quitte l’université et survit grâce à de multiple petits boulots comme beaucoup d’autres artistes américains. Mais c’est à New-York qu’il rencontre ses meilleurs amis, à l’université de Columbia dans les années 1940. Il devient l'ami de Lucien Carr, incarnation du " cool ", caractéristique de la génération beatnik. Carr refuse de céder aux avances d’un prétendant et le tue dans des circonstances troubles. Kerouac au courant du meurtre est accusé de non-dénonciation. Il échappe à la prison grâce à une jeune fille lettrée du nom d’Edith Parker, dont la famille règle la caution s’élevant à 5000 Dollars en échange d’une promesse de mariage. L’union de durera que deux mois mais Kerouac remboursera intégralement sa dette envers les Parker.

     L’insouciance de la vie new-yorkaise tranche avec le puritanisme du reste du pays. La fébrilité intellectuelle et la soif de sensations nouvelles sont les valeurs de Greenwich Village. Jack est happé par l’univers urbain, fasciné par sa suractivité, sa trépidation, son énergie, sa voracité. Pour ce poète beat, les influences sont nombreuses et variées : Blake ou encore Huncke, ancien ami qui l’initiera à la drogue. Huncke est Elmo Hussel dans l’œuvre Sur la Route de Kerouak, publiée en 1957. À la publication de Sur la route, il vit mal son succès public, s'éloigne de ses amis écrivains beat comme Allen Ginsberg et, dans une moindre mesure, William S. Burroughs. Il reproche à Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit beat. Même en ayant besoin d'argent, il ne se tourne plus vers eux et ne répond plus aux invitations des médias. Il est également irrité par le développement d'un bouddhisme de mode, duquel il est en partie responsable.

     Il voyagea constamment, à travers sa vie, pour trouver le bonheur, alors que le bouddhisme enseigne que nous sommes un refuge à l'intérieur duquel le bonheur doit être découvert. Là se trouve une des multiples contradictions qui marquèrent son existence.

 

 

     " L'écriture, le style d'un grand écrivain dépasse toujours la biographie de l'auteur. L'écriture de Kerouac ne se laisse nullement emprisonner, faut-il le dire, dans le mythe que l'écrivain lui-même s'est plu à créer autour de sa biographie. "


     L'écrivain Jack Kerouac existe d'abord et avant tout dans les ouvrages qu'il a écrits et c'est là qu'il faut le découvrir, l’appréhender, lire entre ses lignes, ses mots et même entre les lettres, par-delà la carapace dont il s'est systématiquement recouvert et le rempart qu’il a dressée tout autour de son œuvre. Par-delà le personnage que ses compagnons de la Beat Generation, plus particulièrement le poète Allen Ginsberg et le romancier William Burroughs, ont construit autour de lui et de son écriture qui ne sait pas mentir, il faut chercher, prêter son regard aux indices qui trahissent le VRAI Kerouac. Parce que Kerouac flanche et écrit pour tenter de se redresser, il se livre peu à peu aux lecteurs et ses œuvres sont un tableau qu’on peut admirer sous plusieurs angles. Kerouac est un homme aux multiples facettes comme la société américaine de son temps, une société aussi diversifiée et plurielle que peut l’être cette grande puissance mondiale.


     " L’œuvre de tout écrivain authentiquement américain commence toujours par témoigner d'un ancrage dans un lieu géographique bien circonscrit, dans un espace ethnique et linguistique particulier, dans une classe sociale aussi, comme s'il fallait que les lecteurs sachent d'emblée de quel (mi)lieu parle l'écrivain. "


     Kerouac n'a jamais caché qu'il était issu d'une famille de langue française, qu'il était un enfant de classe ouvrière, et que le catholicisme avait été la religion de ses ancêtres franco-canadiens.


     Mexico city blues
(première publication en 1959)

 



     Kerouac nous livre, en 242 chorus poétiques, d’intenses " méditations sensorielles ". Une poésie mélancolique et peu banale ; n’y cherchez pas ; de sens nul ne sait si Kerouac a voulu en donner. Vers après vers se révèle un homme étonnant et doté d'une sensibilité suprême : " Je veux être considéré comme un poète de jazz soufflant un long blues au cours d'une jam-session. " (Jack Kerouac). On constate ici la profonde empreinte que le jazz laisse dans les pensées de l’auteur.


     Kerouac aurait écrit cette œuvre en 15 jours (en août 1955), à Mexico, en écoutant les déblatérations subversives d'un vieux morphinomane sympathique. Le vieil homme fut sa muse. Il s'agit d'une sorte de transcription à peine contrainte formellement, dans laquelle se laissent discerner les deux voix : celle du type drogué et celle du type tendu, l'une qui erre sans but et sans trop savoir pourquoi, l'autre qui cherche une forme et qui aspire à la poésie dans ses instants de lucidité. On ne sait si ce duo justifie le nom de " chorus ", mais on comprend la volonté affichée de l'auteur d'épouser le style d'improvisations de jazz. On sent la présence de la drogue dans chacun des poèmes de Kerouac, que ce soit dans le non-sens de ses phrases, dans la sensation de douleur psychologique qu’on éprouve en lisant certains d’entre eux ou encore dans l’âme du poète en lui-même, touché par la drogue qui l’inspire et le détruit à la fois.

 

 

Allen GINSBERG

 



     Né le 3 juin 1926 à Newark, décédé le 5 avril 1997 à New York d'un cancer du foie, Ginsberg est un poète américain et un membre fondateur de la Beat generation.

 

     Il était le fils de Louis Ginsberg, poète à ses heures et professeur d'anglais, et de Naomi Levy Ginsberg. Son œuvre fut marquée par les rythmes et cadences du jazz et de la pop, sa foi bouddhiste et hindouiste, son ascendance juive et son homosexualité. Il fut l'artisan du rapprochement idéologique entre les beatniks des années 1950 et les hippies des années 1960, fédérant autour de lui des hommes comme Jack Kerouac, William Burroughs et plus tard Bob Dylan.(cf : Wikipedia pour plus de détails biographiques).

     Dans son œuvre La Chute de l’Amérique Ginsberg nous parle de son pays, des lieux où il a vécu, de son envie de fuir, de s’en séparer pour toujours. Mais en même temps le poète est fasciné devant les grandes villes américaines, une extase presque obsessionnelle, il est difficile de déterminer s’il aimait où s’il haïssait les Etats-Unis. On a cette sensation que l’auteur se sent coupable à travers ses dires, mais coupable de quoi ? On peut faire l’hypothèse qu’il est coupable de vivre dans ce pays qui ne lui correspond pas, qui le fascine et le rebute. Ou bien qu’il se sent coupable de ne pas faire changer les choses dans le fond. Ou peut-être n’est-ce pas un sentiment de culpabilité mais tout simplement d’impuissance face à la déchéance de son pays…

     La ville est présente partout et sous toutes ses formes chez les auteurs de la Beat Generation. Des bouches d’égout en passant par les phares des voitures, les camions, les tuyaux…tous ces éléments durs, noirs, agressifs ressortent en permanence dans leurs textes.

     Dans La Chute de l’Amérique ces composantes sont omniprésentes.

     Ginsberg s’attache également à la population américaine :

-les campeurs

-les bataillons des troupes U.S

-les vagabonds

-les auto-stoppeurs

-les enfants

-les étudiants…


     Tous les âges et toutes les catégories sociales sont évoqués.


     La route est également très présente chez Ginsberg comme chez Kerouac et Burroughs. La traversée des villes, la fuite vers de nouveaux mondes inconnus, tout quitter et surtout les Etats-Unis sont des thèmes récurrents de la Beat Generation. Un des textes les plus significatifs de ses opinions sur son pays de son œuvre La Chute de l’Amérique, est Bayonne en entrant dans NYC. Ginsberg nous livre prodigieusement les détails agressifs qui constituent la ville : les pylônes des lignes à haute-tension, l’autoroute multivoie, " la lumière d’Enfer de Newark ".


William Seward BURROUGHS

 

 Burroughs et Gysin à Paris


     William Seward Burroughs, plus connu sous son nom de plume William S. Burroughs, né le 5 février 1914 à Saint Louis (Missouri), mort à Lawrence (Kansas) le 2 août 1997), est un romancier américain. En 1944 , Burroughs vit dans un appartement partagé avec Jack Kerouac et sa première femme Edie Parker. C'est à cette période qu'il entame sa consommation d'héroïne.


     Le 6 septembre 1951, Burroughs est en voyage à Mexico, où, ivre, il tue accidentellement sa femme d'une balle en pleine tête alors qu'il essayait de reproduire la performance de Guillaume Tell. Il est inculpé pour homicide involontaire mais échappe à la prison en partant pour le Mexique en 1952 puis en vivant des années d'errance : il parcourt l'Amérique du Sud à la recherche d'une drogue hallucinogène du nom de Yagé, puis l'Afrique du Nord avant de s'installer à Tanger, au Maroc.


     En 1956, il entame une première cure de désintoxication avec l'aide de John Dent, un médecin londonien qui inventa la cure d'apomorphine, la seule efficace en matière de désintoxication selon Burroughs. À l'issue du traitement, il emménage au légendaire " Beat Hotel " à Paris, où il accumule des masses de fragments de pages manuscrites. Avec l'aide de Ginsberg et Kerouac, il fait éditer Le Festin nu par Olympia Press. Les fragments deviennent, eux, les œuvres d'une trilogie : La Machine molle, Le Ticket qui explosa et Nova express. Après sa sortie, le Festin nu est poursuivi pour obscénité par l'État du Massachusetts puis de nombreux autres. En 1966, la Cour Suprême du Massachusetts déclare finalement le livre " non obscène ". Burroughs retourne à New York en 1974 où il devient professeur d'écriture pendant quelque temps, avant de réaliser que l'écriture ne peut être enseignée. Les année 1980-1990 lui ouvrent les portes du cinéma. Il tourne pour Gus Van Sant et aide à l’écriture de pièces de théâtre. Comme pour beaucoup d’Américains de son temps, les petits jobs s’étaient accumulés et il voyait enfin " le bout du tunnel " avec ces nouvelle expériences. Il est décoré de l'ordre de Chevalier des Arts et Lettres en 1984, lors de sa venue en France au Printemps de Bourges. Il meurt dans sa propriété de Lawrence (Kansas) le 2 août 1997, de complications liées à une crise cardiaque.


     Il est aujourd’hui reconnu comme un écrivain important. Auteur d’une trentaine d’œuvres et collaborateur de nombreux projets notamment au cinéma, Burroughs fut une figure inoubliable du 20e siècle.



     Junky est écrit de manière crue ; c'est l'écriture d'un héroïnomane perdu qui n’a plus guère confiance en la vie ni en l’avenir. Il raconte les conséquences du manque et les techniques pour y échapper ; l’incarcération et la fuite sont racontées à la première personne et laissent finement échapper des remarques mordantes et cyniques sur l'Amérique des années cinquante. Pour Burroughs, c'est ce pays, non pas la drogue, qui façonne le modèle du toxicomane. Cet être humain dénué de toute âme n'a plus en effet d'existence que celle qu'on lui accorde. Le lecteur doit alors choisir : se faire contempteur ou laudateur de William Lee, double romanesque de Burroughs, dans son expérience des strates toxiques et sociales. Ce faisant, Burroughs nous enseigne que " si la came disparaissait de la surface de la Terre, il resterait sans doute des camés errant encore dans les quartiers à came, éprouvant un manque vague et tenace, pâle fantôme de la maladie du sevrage ". Junky fut publié pour la première fois sous le pseudonyme de William LEE en 1953. Quarante ans plus tard, Penguin décide de le rééditer dans sa série " modern classics ". Junky se lit comme un plan que chaque toxicomane pourrait suivre tant les détails sont nombreux sur les pratiques du camé. Alors que cet ouvrage pourrait être un moyen efficace de dissuasion contre la consommation et l’abus, d’autres pourraient y voir des instructions à suivre pour être un toxicomane de haut niveau. Dans l’édition anglaise on peut d’ailleurs lire sur la couverture " tenir hors de portée des enfants ". En France, cet ouvrage est disponible en poche 10/18 et cette information n’est pas présente.

 

 


6-Le " cut up "

 


     Dans une société sans réels points de repère, Burroughs découvre à Paris en 1959, dans le travail de juxtaposition du peintre Brion Gysin, un nouveaux procédé littéraire : le " cut up ". Dés le début des années 1960, paraissent ses premiers textes, mettant en scène l'usage du " cut up ".

 


     Le " cut up ", est un procédé artistique et littéraire qui consiste à découper différentes parties d'un texte, le sien ou celui d'un autre, et de les combiner de façon aléatoire, pour reformer un nouvel écrit, tout comme un collage en peinture ou le montage au cinéma. Au Beat Hotel en 1959, Brion Gysin invente le " cut up "en morcelant au cutter des feuilles de papier journal, qui se trouvaient sous la feuille de dessin qu'il était en train de découper. Il partage cette découverte avec son ami William S. Burroughs, qui en fit une grande utilisation.

 


     Minutes to go, écrit par Brion Gysin, Gregory Corso et Sinclaire Beiles à Paris, fut le premier écrit qui utilisa cette méthode. Il sera suivi par The Exterminator, de Brion Gysin et William S. Burroughs composé à Los Angeles. On peut aussi retrouver des exemples de " cut up " dans Nova Express et dans The Ticket That Exploded. Durant les années soixante, beaucoup de productions médiatiques firent l'objet de " cut up " et ce, toujours avec la participation de Brion Gysin.

 

 


     Le " cut up " se rattache à des mots tels que :

 

-la perception,

-les hallucinogènes,

-le sexe,

-la pensée,

-le pop art .


     Cette technique est à la base une combinaison du structuralisme et de la déconstruction, deux courants de pensée modernes. Cette équation entre l'espace-temps, le voyage, le passé et le présent aura permis à Burroughs de parcourir l'inconscient de l'écriture. La découverte, par accident, d'un sens nouveau, met en rapport l'impression de déjà vu, que l'on éprouve dans des lieux où l'on croit déjà être venu auparavant. Dans ses nombreux textes, on découvre des " cut up " effectués à partir d'extraits de romans de Kafka, Shakespeare, Conrad et Coleridge. Enfin, pour que le texte garde une certaine homogénéité, Burroughs apportera des arrangements et de nombreuses suppressions. Le " cut up " était une façon d’échapper au contrôle et aux règles en perturbant l’ordre établi.

 

 

(Ecoutez les poèmes de Gysin en ligne sur le site http://www.ubu.com/sound/gysin.html)

 

     La révolte de la Beat Generation ne se réduisait pas à une simple destruction des valeurs traditionnelles mais représentait un mode de vie. Du rejet de la société ont procédé une nouvelle éthique et un nouvel enthousiasme. Les Beatniks étaient toute une foule de gens qui étaient " fous, fous d'envie de vivre, fous d'envie de parler, d'être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne bâillent jamais et qui ne disent jamais de lieux communs, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d'artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles " Kerouac, Sur la route .


    La drogue occupe une place non-négligeable dans l’œuvre et dans la vie des écrivains Beat. Jack Kerouac écrit sous l’influence de la benzédrine qui est une amphétamine. Allen Ginsberg fait l’expérience du LSD et d’autres psychotropes. L’héroïne et la morphine sont au cœur des ouvrages de William Burroughs. Et tous fument de la ganja et boivent de grandes quantité d’alcool, ce qui finira par tuer Kerouac.

 

 


     Bien que, dans leur aspiration à une vie spirituelle plus éclairée, ils aient pris le chemin de la drogue, de l’alcool et du sexe, les Beatniks se sont toujours comportés de " façon pure "…Ou, du moins, ce qu’ils estimaient être une façon pure ! Leurs idéaux et leurs convictions n’ont jamais changé, le primitivisme opposé à une société organisée et corrompue. Leur rejet de la société a évolué en une attitude positive : la création d’un nouvel humanisme qui vénérait les sentiments élémentaires et les relations humaines les plus simples.

 

 

La Beat Generation a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré aussi bien les mouvements de mai 1968 que l’opposition à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Berkeley et Woodstock. Pourtant la Beat Generation a aussi contribué à enrichir le mythe américain. Sur la route, le roman le plus connu de Kerouac, est une ode aux grands espaces, à l’épopée vers l’ouest, à la découverte de mondes nouveaux.

En somme, malgré le fait que le mouvement beat soit aujourd’hui oublié et qu’il ne reste que les rebellions hippies, c’est pourtant la Beat Generation qui marquera la littérature grâce à ses auteurs talentueux et en dehors du moule de l’époque.


Charlotte, Ed.-Lib. 

 

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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 21:05

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OGAWA Yôkô,
La Grossesse,
traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 1997.







Sa biographie :

        Ogawa Yôko est née en 1962 à Okayama. C'est une écrivaine japonaise qui a écrit de nombreux romans courts, des nouvelles et des essais.

    A 13 ans elle a lu le Journal d'Anne Franck ; avec ce livre, dit-elle, « j'ai rencontré les mots et la cruauté de l'Holocauste ou d'Hirochima » (Lire, septembre 2OOO). Remarquée dès son premier roman, pour lequel elle obtient le prix KAIEN, sa renommée ne cesse de grandir et en 1991, elle remporte le prestigieux prix Akutagawa pour la Grossesse.

    Elle a étudié à l'Université de Waseda à Tokyo. Elle est influencée par les écrivains japonais classiques comme Junichiro Tanazaki mais également par son écrivain favori, Haruki Murakami, et aussi par des auteurs américains tels que F. Scott Fitzgerald, Truman Capote et Raymond Carver. Pendant ses études en littérature anglaise/américaine à l'Université de Tokyo, son professeur Motoyuki Shibata (qui a fait la première taduction d'Ogawa en anglais et traducteur japonais de Paul Auster) lui fait connaître ce dernier, dont le roman Moon Palace a eu une grande influence sur Ogawa Yôko.

    Ses oeuvres traduites en français par Rose-Marie Makino-Fayolle :

Une parfaite chambre de malade, 1989

La Piscine, 1990

Les Abeilles, 1991

La Grossesse, 1991

Amours en marge, 1991

Le Réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, 1991

L'Annulaire, 1994

La Petite Pièce hexagonale, 1994

Hôtel Iris, 1996

Parfum de glace, 1996

Tristes revanches, 1998

Le Musée du silence, 2000

La Bénédiction inattendue, 2000

Les Paupières, 2001

La Formule préféré du professeur, 2003


Sources www.shunkin.net/auteurs/?author=49

    Il s'agit d'un journal de bord ; Ogawa raconte d'une façon méticuleuse, mais zn même temps simple, sans description démesuré, l'évolution de la grossesse.

    Cet écrit est à la première personne. Aucun prénom n'est attribué aux personnages. La narratrice est une jeune femme moderne, de notre époque mais le lieu d'action n'est pas situé (le Pays?), les scènes se déroulent essentiellement dans la maison familiale. La narratrice a une soeur aînée, elles vivent dans la maison familiale ; sa soeur est mariée à un prothésiste dentaire. Un autre personnage intervient également, c'est le psychiatre de cette dernière.

    L'histoire se concentre principalement sur les deux personnages principaux que sont les soeurs.

    Le livre commence par la recherche de la courbe de température de la soeur aînée ; elle servira à établir avec exactitude la date de conception de la grossesse. Mais pourtant, suite à ce rendez-vous qui officialise la grossesse, aucune euphorie n'est exprimée par le couple ou la soeur.

Page 13 : « Elle est rentrée vers midi. Je m'apprêtais à partir travailler et je me suis retrouvé avec elle dans l'entrée.

  • Alors?

  • Deux mois. Exactement six semaines.

  • Quelle précision !

  • Grâce à mes graphiques.

Et elle s'est dirigée vers le fond de la maison en enlevant son manteau. Elle ne m'a pas paru particulièrement émue. Il ne m'est rien resté de particulier de cet échange, aussi banal qu'un autre du genre :

  • Qu'est-ce qu'il y a pour dîner?

  • De la bouillabaisse.

  • Ah oui?

  • Les calamars et les palourdes n'étaient pas chers.

C'est pour cette raison que j'ai oublié de la féliciter. »

    Par la suite, on va suivre l'évolution de la grossesse grâce au carnet de bord minutieusement tenu par la cadette. Comme par exemple : 3 janvier (samedi) 6 semaines + 5 jours.

    Elle raconte comment, du jour au lendemain, la future mère a des nausées et comment ses proches vont vivre ses difficultés ; le mari par signe de solidarité ne se nourrira plus, la cadette se posera des questions sur l'environnement de sa soeur. La future mère suit une thérapie depuis 10 ans et elle consulte régulièrement son psychiatre surtout quand elle traverse sa phase de déprime liée à ses nausées.

    Puis, un jour, ses nausées vont disparaître ; après 14 semaines de jeûne forcé la soeur enceinte va être prise de crises de boulimie et cela va s'acccentuer avec l'arrrivée des pamplemousses ramenés par la narratrice de son travail. Cette dernière va concocter pour sa soeur des marmelades de pamplemousses qui vont vite devenir une passion qui pourrait s'avérer destructrice. De ce fait, la soeur enceinte va grossir de façon dangereuse.

Analyse :

    Il est difficile de déterminer le ressenti de la mère face à sa grossesse, elle semble envahie par diverses émotions sans pour autant pouvoir les exprimer. Sa prise démesurée de nourriture révèle peut-être un mal-être face aux angoisses que peut susciter une grossesse et elle n'a alors pas conscience du mal fait à son corps, et à la santé de son futur enfant.

    C'est d'ailleurs ce qui l'amènera à s'interroger sur le fait que sa soeur grossisse tellement (13kg) car elle passe son temps à se « gaver » de marmelades de pamplemousses. La narratrice a entendu parlé des effets négatifs du PWH qui est un produit antimoisissure fortement cancérigène : il détruit les chromosomes humains. Mais elle n'en parlera jamais à sa soeur pour la dissuader de consommer autant de pamplemousses. Pourquoi?

Hypothèses : trop contente de voir enfin sa soeur se sentir mieux, elle n'ose pas en parler ? Elle pense que sa soeur a le désir inconscient de ne pas vouloir de cet enfant ?

    La narratrice se pose des questions sur la santé de l'enfant et de ses chromosomes à cause du PWH dans les pamplemousses.

    Finalemement, un dialogue entre les soeurs va permettre à la maman de prendre conscience de ses angoisses et de sa future maternité.


 

    Les personnages ne montrent pas d'émotion, ni au moment de l'officialisation de la grossesse, ni tout au long de celle-ci. La relation des soeurs semble simple mais pourtant la narratrice ne comprend pas le couple que forment sa soeur et son beau-frère (page 16). Pourtant les héroïnes semblent proches certainement du fait qu'elles sont seules au monde suite au décès de leurs parents. Quand la soeur se fiance, la narratrice rencontrera son beau-frère dans le cabinet dentaire où il excerce la profession de prothésiste dentaire. Ogawa raconte cette rencontre d'une façon désinvolte et drôle.

 
 

    Ogawa a un style franc et direct ; parfois les détails sont décrits de façon froide; par exemple lorsqu'elle décrit la clinique M où est suivie la grossesse de la soeur : « c'est vieux et démodé mais c'est propre et net ».

 

Cette nouvelle est sans début ni fin. Elle privilégie le réalisme au quotidien.

 
 

    On constate le nombre limité de personnages. Dans cette nouvelle, on se demande si la mère veut vraiment de cet enfant, cette crise de boulimie n'est-elle pas le signe d'un désir de ne pas devenir mère ? Ou cette crise est-elle meurtrière ?

Sandrine, Bib 1A.

 


 
 

 

 

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 19:10
PECHEALATRUITE.jpg
Richard BRAUTIGAN

La pêche à la truite en Amérique
suivi de Sucre de pastèque
Traduction de Marc Chénétier
10/18 Domaine étranger







Un beau bouquin tranquillement fou.
PECHEALATRUITE2.jpg
        Ecrivain maudit.    Richard Brautigan a commencé à écrire La pêche à la truite en Amérique pendant des vacances passées en camping avec sa femme et leur unique fille tout juste née. Néanmoins, il  s’était déjà essayé à l’écriture, en particulier à la poésie, mais ses précédentes publications ne rencontrèrent pas le succès. La pêche à la truite en Amérique est son premier roman et il le publiera quelques années plus tard, en 1967, en plein mouvement hippie. Une photo de lui et de sa femme posant devant la statue de Benjamin Franklin illustre la couverture de la toute première édition. A la différence du reste de ses œuvres, La pêche à la truite en Amérique a eu un succès fulgurant, en devenant presque le point de ralliement des hippies, faisant de Brautigan un leader de la beat génération. Ne se prêtant pourtant pas au rôle, Brautigan et ses truites furent pendant un temps oubliés. Il partit alors au Japon puis en France, où son écriture était mieux appréciée. Il finit tout de même par rentrer en Amérique où il publia d’autres romans avant de se suicider dans les années 80.

        Digression.     Le recueil de La pêche à la truite en Amérique est loin d’être un guide pour pêcheur, mais plutôt une sorte de parodie. Derrière ce titre peu accrocheur se cache en fait une œuvre totalement surprenante et farfelue. S’il parle effectivement de pêche et de truite, Brautigan aborde le sujet de manière ironique, et s’en sert surtout comme support à ses autres récits. Composé d’une cinquantaine de textes courts, le recueil ne semble suivre aucune logique, aucun schéma narratif. Chaque petite nouvelle, totalement indépendante de la précédente, développe fugitivement une pensée soudaine de l’auteur. Sans vraiment de début ni encore moins de fin, les nouvelles de Brautigan paraissent toutes suivre un maître mot : la digression. En effet, si Brautigan semble vouloir nous parler de ses vacances au camping, il préférera soudain suivre quelques instants l’existence d’un homme quelconque accoudé dans un bar. De même s’il se lance dans une profonde réflexion, ses pensées sont alors entrecoupées de phénomènes étranges et invraisemblables. Dans ce méli-mélo de récits, on peut tout de même distinguer trois catégories ou thèmes essentiels qui peuvent toutefois se retrouver simultanément dans une même nouvelle. Le thème qui prédomine est celui du souvenir, la première catégorie regroupe donc une grosse quantité d’anecdotes, de souvenirs en tout genre qui s’entrecoupent, se superposent ou se complètent. La deuxième ressemble à s’y méprendre à la première mais il s’agit en fait d’histoires imaginaires, de rêves éveillés ou tout simplement de délires de l’auteur. Enfin la dernière catégorie pourrait s’apparenter à un carnet de voyage ou un journal, car Brautigan y note le déroulement de ses journées. Ce thème apparaît essentiellement en tout début de nouvelle, juste le temps pour Brautigan de se remémorer une anecdote ou d’en imaginer une.
        Le recueil est donc composé d’un assortiment de tranches de vies anonymes dont un seul personnage semble se dégager : il s’agit de Baduc la pêche à la truite en Amérique, un ami de Brautigan que l’on retrouvera à trois moments précis de sa vie. En dehors de Baduc, les personnages évoqués  semblent s’évanouir aussi vite qu’ils se sont imposés à l’esprit de Brautigan.

Poésie.     L’écriture de Brautigan est basée sur la simplicité, sur des phrases courtes et des dialogues retranscrits tels quels, avec ses mots de tous les jours. Sans jamais chercher la complexité, on peut pourtant dire que Brautigan a un style bien à lui, un style d’un naturel naïf, presque puéril. Toutefois il emploie quelques figures de style, mais elles semblent si naturelles et en même temps si insolites que l’on comprend que ce n’est pas un artifice de la part de l’auteur mais bel et bien sa façon de ressentir son monde. Ainsi ses images et comparaisons paraissent surprenantes, parfois aberrantes tellement elles peuvent être éloignées du sens commun et de la raison. Le lien entre le comparé et le comparant n’est pas souvent évident, ce qui rappelle la poésie des Surréalistes. Outre les comparaisons, c’est avec ses personnifications et ses chosifications que Brautigan nous étonne. Il décrit par exemple de manière tout à fait naturelle et réaliste une photo d’un de ses amis au côté de l’Existentialisme. De même, le lieu où à été prise la photo de sa femme et lui devant la statue de Benjamin Franklin sera évoqué dans le recueil sous le nom de « la couverture ». De façon plus récurrente, il utilise le terme de « la pêche à la truite en Amérique » pour désigner tour à tour Baduc, un quelconque ami ou lui même. Ainsi Brautigan parvient à placer cette expression dans la quasi-totalité de ses nouvelles et même dans chacun de ses livres.
        Brautigan s’attache également à décrire de manière détaillée mais sincère certains lieux ou personnages qui traversent sa vie. Cet « arrêt sur image » contrastant avec l’habituelle urgence de vivre dont semble souffrir Brautigan nous permet de pénétrer dans l’intimité de ses relations et nous invite ainsi dans un univers certes dur mais possédant pourtant une certaine douceur.

        Sombre et fantastique, telle est effectivement la combinaison singulière qui résume le plus simplement le monde de Brautigan. Ainsi, dans La pêche à la truite en Amérique, il est tout aussi habituel de croiser une prostituée ivre morte sur un trottoir que d’aller acheter en magasin un bout de ruisseau d’occasion pour l’installer près de chez soi. Dans l’univers de Brautigan, les ivrognes comme les prostituées et les mutilés côtoient aisément les truites bossues, les cerfs domestiqués ou encore les demi-arbres destinés à être apposés à un mur de maison. Le personnage de Baduc la pêche à le truite en Amérique trahit toutefois l’auteur, puisque l’on peut voir en lui le symbole même du monde réel de Brautigan : mutilé, ivrogne et sans volonté, Baduc apparaît à trois reprises dans le recueil mais chaque fois sa situation a empiré. Ce personnage peut donc représenter la vie malheureuse et décadente que mène l’auteur.

Mayonnaise.     Outre sa lubie de vouloir placer « la pêche à la truite en Amérique » dans la quasi-totalité de ses nouvelles, Brautigan a également tenu à achever son roman avec le mot « mayonnaise ». Justifiant d’un besoin humain, il écrit donc en guise de dernier chapitre une lettre de condoléances fictive dans laquelle un post-scriptum s’excuse d’avoir oublié la mayonnaise. Cette note d’humour a marqué les esprits et est à l’origine de la Brautigan Library, une étrange bibliothèque qui ne contient que des manuscrits inachevés ou refusés par les maisons d’éditions. Ils sont classés en quatre catégories que Brautigan définit dans L’Avortement : le futur, l’aventure, l’amour et tout le reste. Les livres sont séparés par des pots de mayonnaise, qui tiennent aussi office de presse-papier.

Marianne, 1ère année Ed-Lib.

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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 21:03
Henry Miller,lirecabinets-copie-1.jpg
Lire aux cabinets
précédé d’Ils étaient vivants
et ils m’ont parlé

(2007)
Textes extrait de Les livres de ma vie
Traduit de l’anglais par Jean Rosenthal
112 pages sous couverture illustrée, 108 x 178 mm.
Collection Folio 2 euros, Gallimard
Parution le 10/05/2007

        « Il existe un aspect de la lecture qui vaut, je crois, qu’on s’y étende un peu, car il s’agit d’une habitude très répandue et dont à ma connaissance, on a dit bien peu de chose ? Je veux parler du fait de lire aux cabinets. »

        Cette œuvre n’est pas une nouvelle mais un essai amusant à lire de préférence ailleurs qu’aux cabinets.

Un auteur souvent incompris.

       miller.jpg Pour comprendre l’œuvre d’Henry Miller, il est utile d’avoir un bref aperçu de qui il était et de ce qu’il a fait. Henri Miller est un écrivain américain né le 26 décembre 1891 à New York et décédé le 7 juin 1980 en Californie. Son œuvre est crue, sensuelle et provocatrice ce qui a suscité quelques controverses aux Etats-Unis. Par ses œuvres, il tente de critiquer l’hypocrisie de la morale américaine et plus généralement la civilisation occidentale. L’obscénité qu’il manie est une arme dirigée contre le puritanisme sous toutes ses formes. Miller un conteur né et son écriture quelque peu scandaleuse a profondément marqué les auteurs de la beat génération. Il fait partie des écrivains qui sont responsables de la libération des mœurs ou « révolution sexuelle » dans les années soixante et soixante-dix aux Etats-Unis. Ce choix de Miller de lutter contre le puritanisme fit beaucoup pour libérer
la littérature américaine des tabous sexuels, d’un point de vue moral, social et légal. Sa littérature est puissante et socialement critique à l’exemple de Tropique du Cancer (1939) ou Printemps noir (1936) qui lui coûtera nombre de procès pour obscénité et pornographie. Ses oeuvres seront d’ailleurs censurées mais vendues sous le manteau, ce qui lui vaudra le titre d’auteur « underground » ou « avant-gardiste ».

Résumé

        Lire aux cabinets commence par l’interrogation de l’auteur sur cette pratique. Pour y répondre il nous entraîne d’une maison de campagne, à des souvenirs d’enfance en passant par ses premières amours et ses premières lectures. Il nous mène vers des réflexions philosophiques entrecoupées d’anecdotes amusantes.

Les toilettes ne sont pas un cabinet de lecture !

        Lire aux cabinets est un essai sur une question philosophique que se pose l’auteur. Le texte est décousu, tantôt sous forme narrative, tantôt sous forme de conversation à bâtons rompus. Le ton est délibérément sarcastique, ironique voire moqueur. Il critique les dérives de l’espèce humaine, ce court essai part d’une réflexion qui paraît absurde pour disserter sur des sujets de société plus sérieux. Il relève de la critique de société ou de l’essai humoristique.
        Pourquoi lire aux toilettes ? Henry Miller nous démontre que c’est une mauvaise façon d’utiliser le temps que nous avons, mieux vaut réfléchir à des choses plus essentielles. L’origine de cette pratique viendrait de la peur de se retrouver face à soi-même, l’impossibilité que l’on a de s’analyser dans les moments de pure intimité. Il invoque les mêmes raisons pour lesquelles certaines personnes regardent la télévision du matin au soir. Il pose également la question du temps qui passe, de l’usage qu’on en fait mais aussi de notre attitude face à la vie. Il définit deux individus
différents, celui qui vit le moment présent et celui qui fait deux choses à la fois. L’un se sentira plus libre alors que l’autre sera toujours frustré.

        C’est une lecture drôle et amusante mais à prendre avec un certain recul. Le texte prend tout son sens page après page. Certes, je n’adhère pas à la thèse mais ce qui est intéressant c’est qu’il remet en cause certaines pratiques de lecture. A bien y réfléchir, peut-on « bien » lire partout ?

F.S., 1ère année éd-lib.
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 23:15
RICHARD BRAUTIGAN
La pêche à la truite en Amérique
Collection domaine étranger édition 10/18,
315 pages


Richard Brautigan «  publie son premier recueil de poésie en 1958, mais ce n’est que 10 ans plus tard qu’il acquiert une notoriété avec la parution en 1967 de La pêche à la truite en Amérique  il devient alors le symbole de tout une génération, celle des Beatles et Grateful Dead. Il se retire dans le Montana où malgré le soutien de ses amis il va peu à peu s’enfoncer dans la folie paranoïaque et l’alcool. Il se donne la mort le 25 octobre 1984 ». Le titre de l’ouvrage paraît déconcertant, à l’image du texte. Il est d’ailleurs difficile de résumer ce livre dont la narration est décousue. Néanmoins, Brautigan explore dans cette œuvre une nouvelle façon de vivre.

Son roman (mais est-ce vraiment un roman ?) se compose de brefs chapitres précédés souvent de titres incongrus tels que « Mort d’une truite par porto ». Le livre n’est en rien un ouvrage spécialisé sur la pêche comme nous le fait penser le titre. Brautigan surprend ainsi son lecteur ; le titre au premier abord n’a pas de véritable rapport avec l’œuvre. Mais il annonce déjà le ton absurde de l’œuvre à l’image de l’ anecdote suivante dans    "La reine du pudding de Stanley Basin" : « La femme qui voyage avec moi a découvert  la meilleur technique pour attraper les vairons. Elle s’est servie d’une grande casserole au fond de laquelle restait attaché un peu de vieux pudding à la vanille ». Il ne faut donc pas chercher la logique, le titre dans ce contexte là est une mise en condition pour la lecture de l’ouvrage. Néanmoins, le titre annonce le « personnage » de la pêche à la truite en Amérique. L’évocation de ce groupe nominal est récurrent dans toute l’œuvre. Qui donc est La pêche à la truite en Amérique ? C’est tout naturellement un poisson, mais aussi une personne amie du personnage principal comme le montre l’échange épistolaire page 120 : « Votre ami, La pêche à la truite en Amérique » . Ce terme sert aussi à désigner des enfants page 63 au paragraphe "Les terroristes de La pêche à la truite en Amérique" : « Le petit élémentaire qui s ‘éloignait, avec « La pêche à la truite en Amérique » » marqué dans le dos. La pêche à la truite en Amérique est aussi le nom d’un hôtel comme l’indique page 103 le titre du chapitre « chambre 208, hôtel de La pêche à la truite en Amérique » . Enfin un des personnages importants du livre c’est-à-dire Baduc dont plusieurs anecdotes tracent  le portrait est surnommé page 98 : « Baduc La pêche à la truite en Amérique ». A vrai dire le titre du livre est assez vague, il permet ainsi l’évocation d’une multitudes d’anecdotes. Quel est donc l’intérêt de ce titre ? Peut-être la critique d’une littérature noble et sophistiquée. Il est à l’image du style de l’auteur avec cette importance du détail. Ce n’est pas n’importe quelle pêche mais une pêche en Amérique car ce dont nous parle l’auteur dans son ouvrage, c’est bien de son pays.
 
Ainsi, nous sommes bien avec Brautigan dans une écriture de l’imaginaire. Cette truite que l’auteur nous annonce par le titre de son livre est une métaphore de la vie (qui nous file entre les mains) à l’image de l’ouvrage.

Ce livre est composé de manière fragmentaire. Il y a plusieurs chapitres les uns à la suite des autres, chaque chapitre peut se comprendre sans les autres. On peut dire qu’il n’y a pas véritablement de sens pour lire ce livre, nous pouvons très bien commencer par la fin comme dans un recueil de poésie. D’ailleurs cet ouvrage s’apparente dans son style à un recueil de poésie comme le montre ce passage de "Dans la brousse californienne" : « l’odeur sucrée et chaude des mûres monte le long du sentier et tard le soir les cailles se rassemblent autour d’un arbre mort d’amour non partagé qui s’est effondré comme une jeune mariée en travers du sentier ». Néanmoins cela peut être remis en cause car nous suivons le cheminement du personnage principal qui n’a pas de véritable quête contrairement  au protagoniste du roman. Ce personnage n’a aucune dimension psychologique, nous n’avons aucune description physique de sa personne, il se caractérise uniquement par sa passion pour la pêche. Il est évident que l’auteur met tous ses personnages au même niveau, les descriptions des personnages dits seconds sont bien plus étoffées, à l’ exemple du portrait de Baduc page 75. L’action du personnage principal consiste à se rendre d’un point à un autre ce qui nous fait penser à la forme littéraire du road movie au cinéma. Nous ne savons pratiquement rien sur le protagoniste, seulement qu’il a une femme et un enfant. Ainsi, nous avons un vaste panorama de personnages atypiques imbibés d’alcool vus à travers le regard du personnage principal.
 La narration est décousue, le récit sort par de nombreux procédés des sentiers battus. Nous avons par exemple page 29-30 au paragraphe "Nouvelle technique de fabrication du catsup au noix" l’évocation de recettes de cuisines « Croûte permanente pour tartes magnifiques. Prenez un boisseau de farine et 6 livres de beurre que vous aurez fait bouillir dans 4 litres d’eau » ; nous avons aussi la présence de nombreuses digressions et des discours de l’auteur page 168 au chapitre "Prélude au chapitre sur la mayonnaise" : « Le langage humain ressemble par certains aspects à d’autres modes de communication animale, par d’autres il en diffère profondément ». Les frontières entre les genres sont bouleversées, l’auteur insère des lettres dans son livre, il se permet des libertés, il n’y a plus aucune norme typographique à l’exemple de l’énumération page 129 au chapitre "La pêche à la truite dans la vie de l’Eternité". Nous remarquons souvent une absence de lien logique dans la narration, la métaphore tient alors lieux  de raisonnement : « C’était aussi mortel que le cabinet du docteur Caligari.  Je me demande si le Missouri est toujours à la même place,  j’ai dit ».  
Cette narration privilégie non l’évocation des sentiments mais plutôt la narration du détail. L’auteur s’émancipe de toutes les règles d’une narration classique, c’est pourquoi nous pouvons parler de narration décousue.  
 
Brautigan explore dans son oeuvre l’imaginaire des années 60. Il nous montre une façon de vivre aux antipodes des valeurs traditionnelles de l ‘Amérique pesante. Bref, c’est un écrivain de la Beat Generation qui déteste toute les formes de fanatisme politique, religieux, idéologique. Il reprend les thèmes chers aux beatniks tels que le retour à la nature, etc. Mais sa force réside dans le ton général de son œuvre qui évite le didactisme. Brautigan nous parle de son pays dont il dresse la satire sociale avec l’exemple du paragraphe "La Pêche à la truite en biseau",  page 42 : « Il n’y avait pas de pierres tombales fantaisie  pour les morts pauvres. Leurs tombes étaient marquées de petites planches qui ressemblaient a des croûtons de pain rassis : X, père merdique et dévoué, Y, mère adorée morte à la tâche ».Il s’attache à décrire particulièrement des personnages des milieux défavorisés. Il désacralise les valeurs de l’Amérique pesante en s’en prenant au mythe de la statue et du patrimoine culturel commun par exemple page 77-78 ; l’auteur suggère d’ériger une statue du clochard Baduc  à coté de celle de Benjamin Franklin : «  Il faudrait enterrer Baduc La pêche à la truite en Amérique juste à côté de la statue de Benjamin Franklin ». Il dénonce ainsi le système des classes sociales. Il fait de Léonard de Vinci un inventeur d’hameçons, en quelque sorte il tourne ce monument de la culture en dérision page 163 au chapitre "Hommage d’un demi dimanche à un Léonard de Vinci" : « Ils ont regardé la cuiller et ils se sont tous évanouis. Tout seul debout près de leurs corps étendus, sa cuiller è la main,  il lui a donné un nom. Il l’a appelée « la Cène » ». Le personnage principal est un hippie qui pratique l’errance sans but jusqu’au jour où il s’installe dans un village hippie page 142, paragraphe "Dans la brousse californienne" : « Maintenant j’habite ici. Il m’a fallu la vie entière pour arriver jusqu’ici, pour arriver à cette étrange cabane au dessus de Mill Valley ». L‘auteur à travers les réflexions de ce personnage dénonce toutes formes de fanatisme politique au chapitre "Témoignage pour la paix de La pêche à la truite en Amérique" : « Puis ce groupe de communistes, purs produits des universités et des collèges, accompagnés de ministres du culte communiste et de leurs enfants endoctrinés par les marxistes, ont défilé en cortège de Sunnyvale à San Francisco ».
    Dans son œuvre Brautigan fait l’apologie d’une vie sans travail dans un cadre naturel fait d’errance sans but et d’alcool.

    Donc ce livre explore l’imaginaire des années 60 avec cette spécificité d’une écriture du détail, mais aussi une façon poétique de faire un portrait sarcastique de l’Amérique. Le ton poétique dénonçant par-ci par-là toute forme de fanatisme évite pour notre plus grand plaisir le didactisme. On peut d’ailleurs poser la question du rapport entre réalité et fiction dans cette œuvre, il est probable que Brautigan à travers cette galerie de personnages parle surtout de lui. Bref son texte est parsemé de messages énigmatiques à l’image de cette histoire du chantier de démolition de Cleveland où le personnage principal veut acheter « un ruisseau à truites d’occasion ».

Adèle, 1ère année BIB

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