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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 07:00

Hawthorne La Lettre écarlate

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nathaniel HAWTHORNE
La Lettre écarlate
The Scarlet Letter
Première publication en 1850
Traduction Marie Canavaggia
Edition Folio classique, 2009
 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nathaniel Hawthorne est né le 4 juillet 1804 à Salem dans le Massachusetts. Après ses études à Brunswick dans le Maine, il retourne à Salem où il souhaite vivre de sa plume. Il écrira pendant quelques années des contes et des nouvelles d’inspiration gothique. C’est en 1850 qu’il publie The Scarlett Letter (La Lettre écarlate). Par la suite en 1853, il devient consul des États-Unis à Liverpool en Angleterre puis finit par revenir dans son pays d’origine dans les années 60 où il tombe malade et meurt en 1864 à Plymouth.
 
Les origines de Hawthorne et l’histoire de sa famille ont joué un rôle important dans ses œuvres et l’ont beaucoup inspiré. En effet, Nathaniel Hawthorne a des ancêtres assez violents. Son arrière-arrière-grand-père par exemple, William Hathorne, avait ordonné que Anne Coleman et quatre autres personnes soient battues dans les rues de Salem car elles n’avaient pas la même religion que lui. C’étaient des Quarks, ce que l’on pourrait traduire aujourd’hui pas la « société des amis » et qui est une branche de la religion chrétienne.  Cet événement est un peu paradoxal, puisqu’à cette époque, les États-Unis étaient vus comme le pays de la liberté de religion.

Ensuite, son arrière-grand-père, John Hathorne, présida le procès des sorcières de Salem vers 1692 ; la ville reste d’ailleurs très célèbre pour cela encore aujourd’hui. De mai à octobre 1692, une série d’enquêtes fut réalisée et aboutit à  la persécution de dix-neuf supposées sorcières qui furent pendues ; beaucoup d’autres furent emprisonnées. Cela explique donc pourquoi le thème des sorcières est assez récurrent dans l’œuvre, quoique souvent abordé de manière assez sobre.

Enfin, Hawthorne fut fortement influencé par sa famille qui était très puritaine, pour écrire La Lettre écarlate. Mais il croyait également en l’existence du diable, de Satan que l’on retrouve dans l’œuvre, et il croyait aussi à la prédestination.

Un thème capital de l’œuvre reste quand même le Puritanisme, que l’on pourrait décrire rapidement comme une réforme religieuse du XVIe et XVIIe siècles qui cherchait à purifier l’église anglaise. Branche du protestantisme, le Puritanisme est caractérisé entre autre par une ferme et intense morale, des principes religieux forts, une importante relation avec Dieu et  une place capitale de la prière.



Œuvres

  • Fanshawe (1828)
  • Mosses from an Old Manse (1846)
  • The Scarlet Letter (1850)
  • The House of Seven Gables (1851)
  • The Snow-Image (1851)
  • The Blithedale Romance (1852)
  • Life of Franklin Pierce (1852)
  • The Marble Faun (1860)

 


Résumé
 
L’histoire se déroule en Nouvelle-Angleterre, (terme qui englobait à l’époque les états du Nord-Est des États-Unis) et plus précisément à Boston, capitale du Massachusetts.

On va suivre le personnage d’Hester Prynne, jeune épouse qui vient d’arriver dans la région et a mis au monde une petite fille. Mais on apprend en fait que cette femme a commis un crime fortement réprimé à l’époque : l’adultère. L’enfant qu’elle vient d’avoir n’est pas celui de son mari, ce dernier n’étant pas arrivé en même temps qu’elle à Boston. Hester se voit donc jugée pour son crime devant toute la ville. Elle est mise au pilori sur la place du marché et obligée de porter sur son vêtement au niveau de la poitrine une lettre rouge : A pour adultère. Placée ainsi sur l’estrade son enfant dans les bras, elle refuse de donner l’identité de son amant, ou de son mari, qu’elle peut apercevoir dans la foule, qui vient tout juste d’arriver. Elle est ensuite placée pendant quelque temps en prison, où son mari passe la voir pour lui demander de garder son identité secrète et pour lui dire qu’il trouvera celui avec qui elle l’a trompé. Les années passent, Hester réussit à sortir de prison mais elle est mise au ban de la société, certains la méprisent, la maltraitent, mais la plupart l’évitent, ne lui adressent jamais la parole et la regardent de travers. Hester prend tout cela avec beaucoup d’humilité et tente d’élever sa petite fille au mieux en même temps qu’elle essaie de racheter sa faute en aidant la communauté. Dans la suite de l’histoire, Hester va tenter de quitter les États-Unis avec son amant, mais ses espoirs tomberont vite à l’eau et elle quittera le pays avec sa fille avant d’y revenir seule pour finir sa vie dans la ville où elle a tant souffert. Pour sa fille, le narrateur nous fait comprendre, que après tout ce qu’elle a traversé avec sa mère, elle est promise à une belle existence en Angleterre.

 

 

Les personnages

 

Hester Prynne
 
Tout au long, du roman, c’est un personnage qui fait preuve de beaucoup de courage face à la situation ; jamais elle ne va perdre espoir ou se rebeller, elle reste calme et silencieuse face aux autres et à la lettre écarlate qui font de sa vie un enfer. C’est une héroïne assez moderne pour son époque et contrairement aux autres personnages fictifs que l’on trouve au XIXe siècle (on pense notamment à Anna Karénine et Emma Bovary), Hester ne se suicide pas et transforme ce A qu’elle est obligée de porter en une véritable œuvre d’art, une broderie, qui finit par perdre son sens initial.

 
Le docteur, mari d’Hester, Roger Chillingworth
 
Le personnage nous est présenté d’abord dans la foule devant le pilori, c’est un homme assez mystérieux, on ne sait pas beaucoup de choses sur lui. Il est âgé et va être rongé par la vengeance puisque très vite il découvre qui est l’amant de sa femme et va donc tout mettre en place pour se venger de lui, il va se rapprocher de l’amant qui est le pasteur et il va lui faire prendre toutes sortes de médicaments, ce qui va être une des causes de sa mort. Les habitants, en revanche, ne sauront jamais sa véritable identité ; il reste donc un peu un personnage dans l’ombre.

 
Le pasteur, l’amant d’Hester, Arthur Dimmesdale
 
C’est pour moi, un personnage plutôt lâche qui laisse Hester se faire punir seule et qui n’avouera jamais réellement que c’était lui l’amant. C’est seulement au moment de sa mort, lorsqu’il va demander à Hester et sa fille de venir à son chevet, que les habitants vont se poser des questions mais ils ne chercheront jamais vraiment à en savoir davantage. Le pasteur a toujours été un personnage très apprécié dans toute la ville et surtout reconnu. Mais il va passer le reste de sa vie à être rongé par les remords et c’est d’ailleurs l’autre raison qui a causé sa mort. On apprend également de manière assez floue que le pasteur aurait lui aussi une lettre écarlate sur sa poitrine ce qui pourrait expliquer pourquoi tout au long de l’œuvre il est toujours décrit avec la main sur le cœur.

 
La fille d’Hester, Pearl

Elle n’est jamais vraiment décrite comme une petite fille ; le narrateur ne cesse de lui donner des surnoms tels que : « l’enfant-lutin », « l’enfant de Satan » ou encore « l’enfant du péché ». Elle a un caractère très particulier, a du mal à donner de l’affection à sa mère et est toujours un peu dans la lune. Le narrateur la décrit même à un moment comme un animal sauvage.

La nature est un autre thème récurrent dans l’œuvre ; elles habitent à la lisière de la forêt et plusieurs scènes de rencontre ont lieu également dans la forêt.

Enfin, le narrateur perçoit aussi Pearl comme quelqu’un qui a sauvé sa mère ; elle lui est en effet bénéfique, elle arrive à l’aider à supporter tout cela.
 


Pour terminer, je dirai que ce livre est un classique de la littérature américaine, étudié constamment dans les lycées américains au même titre que d’autres œuvres classiques tels que L’Attrape-cœurs de Salinger ou encore Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee.

Le narrateur nous raconte l’histoire à la manière d’un conte, il s’adresse au lecteur à plusieurs reprises. Il permet au lecteur d’avoir toutes les cartes en main pour se faire son propre jugement. Et comme dans tout conte, le narrateur nous délivre même une morale : « Soyez sincère ! Soyez sincère ! Soyez sincère ! Laissez voir au monde, sinon ce qu’il y a de pire en vous, tout au moins certains traits qui peuvent laisser supposer ce pire. » (page289).

Enfin, je pense que si c’est un classique c’est aussi parce que l’histoire reste quand même très actuelle, en dehors du contexte historique ; c’est tout simplement l’histoire d’une personne mise à l’écart de la société et rejetée à cause de son passé. 


Estelle, 1ère année édition-librairie

 

 

Nathaniel HAWTHORNE sur LITTEXPRESS

 

Nathaniel Hawthorne Le Hall de l'imagination

 

 

 

 

 Article de Laëtitia sur Le Hall de l'imagination.

 

 

 

 

 

 

Hawthorne La Lettre écarlate

 

 

 

 

Article de Cynthia sur La Lettre écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 07:00

Patrick-deWitt-Les-freres-Sisters.jpg







Patrick deWITT
Les Frères Sisters
Sisters Brothers
traduit de l’anglais (Canada)
par Emmanuelle
et Philippe Aronson
Actes Sud
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Patrick deWitt

Né en 1975 sur l’île de Vancouver. Il vit actuellement à Portland. Son premier roman paru en France, Ablutions, a été publié en 2010.



Le livre

Charlie et Eli sont frères, les fameux frères Sisters. Ils n’ont pas bonne réputation et ils ont la gâchette facile. Généralement ceux qu’ils rencontrent ne sont plus vivants après leur passage. Ils travaillent pour le Commodore. Un homme puissant et surtout très riche, chose très importante en 1851, temps de la ruée vers l’or. Ils partent de la ville d’Oregon city, c’est là qu’ils habitent mais ils y sont très rarement car ils accomplissent des tâches pour le Commodore. Celui-ci leur a justement donné une nouvelle mission. Mais seul Charlie sait en quoi elle consiste, même si Eli se doute que de toute façon il faudra tuer.

La couverture reflète la première impression que l’on peut avoir en lisant la quatrième de couverture. En effet, y figurent deux hommes tenant chacun un pistolet. On peut donc supposer que se sont les Frères Sisters. Et derrière eux un visage grisé que l’on pourrait prendre pour la pleine lune. Les têtes noires des deux personnages s’inscrivant dans les orbites de l’arrère-plan forment une tête de mort. Le fond de la couverture est rouge.

Les 257 pages du livre se répartissent en trois chapitres décomposés en sous-chapitres qui peuvent ne faire qu’une page. Il y a aussi deux intermèdes.



Analyse

C’est le personnage d’Eli qui nous guide dans le roman. Il est notre narrateur. On sait aussi ce qu’il pense, ses sentiments et ses impressions.

Cette histoire est un western ; il s’inspire des codes cinématographiques de ce genre. C’est une histoire mouvementée avec comme base la ruée vers l’or, les héros, les méchants et les traditionnelles péripéties du western, les fusillades, les chevauchées, les saloons...Aucune loi n’est respectée, c’est donc le plus riche qui décide.

Au début du roman, les deux personnages sont présentés et ils partent pour une quête dont on ignore tout. On sait que ce sont des tueurs car eux-mêmes le disent. On peut donc penser qu’ils sont « sans cœur » bien que leur mission soit encore inconnue. La curiosité prend le dessus. On part à l’aventure dans les États-Unis du XIXème siècle.

Puis on apprend qu’ils doivent aller en Californie voir un certain Hermann Kermit Warm qui aurait volé quelque chose au Commodore. On sent aussi une certaine rivalité entre les deux frères. Charlie est vu par le Commodore comme le chef. Ce qui permet d’en apprendre plus sur leurs caractères. Au fur et à mesure que les frères Sisters traversent les États pour rejoindre la Californie, les rencontres se suivent et finissent toutes de la même façon : les personnages rencontrés meurent. Ces morts mettent du rythme dans le récit.

Les personnages eux, semblent avoir des caractères identiques : chacun pour soi mais ils ne forment qu’un. Puis on découvre qu’ils sont totalement différents. Eli est « sentimental », si on peut utiliser ce mot pour un tueur, et ne souhaitait pas être ce qu’il est devenu. Il a beaucoup de respect pour les gens.

 Alors que Charlie est un tueur sans vergogne, il n’a aucun sentiment ; il est alcoolique, profite de la vie et n’a aucune conscience ; il veut être craint et n’aime personne. L’histoire avance et on apprend leur histoire par bribes, un peu comme quand on voyage avec des personnes que l’on ne connaît pas. Et on comprend en particulier qui est véritablement Charlie. Il souhaite être calife à la place du calife, prendre la place du Commodore.

Il y aussi une histoire dans l’histoire. Les frères Sisters exécutent la mission ordonnée par le Commodore. Mais ils partent aussi pour eux, pour devenir plus riches et rapporter de l’or. On découvre également leur histoire, pourquoi ils sont là, sous les ordres du Commodore, leur passé, leur enfance et comment s’est constitué leur caractère.



Le livre a figuré dans la dernière sélection du Man Booker Prize 2012 (haute distinction littéraire aux États-Unis et il a reçu de bonnes critiques comme celle- ci :

 

Les dialogues sont aussi tordants que chez Tarantino. Les meurtres ressemblent à des gags. La rigolade survient avec une morsure d'araignée qui défigure le héros. Les moments d'émotion sont ceux où on enlève un œil abîmé à sa monture (se munir d'alcool pour désinfecter, s'éloigner pour éviter les ruades).
 

 

Le Figaro, le 10 décembre 2012

 

 

 

Mon avis

J’ai beaucoup apprécié ce livre. C’est le premier western que je lis et je n’ai pas été déçue car c’est l’idée que je me faisais du western. Malgré les tueries, l’histoire est légère et même drôle par moments. Même si certains moments peuvent être crispants pour les âmes sensibles.


Clémence, 1ère année Bib

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 21:02

Roberto-Bolano-Un-petit-roman-lumpen.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto BOLAÑO
Un petit roman lumpen
Una novelita lumpen
Mondadori, 2002
Anagrama, 2009
traduit de l'espagnol
par Roberto AMUTIO
Christian Bourgois, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Bolaño

Poète et romancier chilien (1953-2003), un des écrivains latino-américain les plus admirés de sa génération.
 
« Héritier hétérodoxe de Borges, de Cortázar, de Artl, d’Onetti, à la fois poète et romancier, il saisit à bras le corps la littérature et l’histoire de sa génération, et est passé maître du brassage des registres, situations et personnages. » (Christian Bourgois)
 

 
Analyse personnelle
 
Ce roman qui est le dernier de Bolaño n'est autre que le récit d'un deuil. Bianca, la narratrice, et son petit frère perdent leurs parents dans un accident de voiture alors qu'ils sont adolescents. La narratrice revient sur cette période de sa vie en tant qu'adulte. La difficulté de rappel des souvenirs, l'idée de mémoire sélective sont des enjeux de ce récit.

Cette œuvre m'a semblé pertinente car elle répond aux critères de la poétique d'une fiction courte moderne. En effet, d'un point de vue quantitatif, elle fait tout juste moins de cent pages. Cela facilite la lecture en une seule séance et permet « l'unité d'impression » (cf. E. Poe; The Philosophy of Composition).
 
Ensuite, l'histoire nous plonge dans le réel, les personnages voient leurs vies bouleversées par l'accident de leurs parents, ce qui rappelle une phrase de Goethe : « une nouvelle est-elle autre chose qu'un événement inouï qui a eu lieu ? »

Enfin, d'un point de vue narratif, il me semble qu'on peut qualifier ce récit de nouvelle-instant par son rythme et sa concentration temporelle. Il répond  à ce critère énoncé par René Godenne : « ce qui compte d'abord, c'est la substance émotionnelle de l'instant qui vit en lui pendant un temps ».
 


Dès le début, lorsque Bianca relate la mort de ses parents, on perçoit à travers l'écriture un calme fataliste : « on s'était retrouvés orphelins. D'une certaine manière ça justifiait tout. » C'est l'énonciation d'un fait, ni plus ni moins. Et de tout le récit émane cette (fausse) impression de distance. Toute l'émotion du récit est sous-jacente, comme dans l'inconscient de la narration (et donc de la narratrice). Elle est comme effacée d’elle-même et la distinction des temps d’écriture et d’action semble la rendre spectatrice bien que narratrice. Les événements percutants sont sur le même plan que l'anecdotique car c'est comme cela que Bianca les reçoit. Les choses de la vie semblent la traverser sans la toucher, elle est diaphane. À l'image des jours et des nuits qu'elle passe, ou plutôt qui passent pour elle.

D'ailleurs, la lumière a une place importante dans cette nouvelle, le noir de la nuit n'existe plus pour Bianca et son frère. Ce qui donne une autre dimension à la cécité de Maciste (p. 62). Sa réponse résume son état d'esprit à cette époque : « je ne sais pas si c'est nerveux ou surnaturel, et je m'en fiche. » Cette cécité est importante au niveau du rapport aux corps, puisque Maciste achète les services de Bianca, il est en quelque sorte la victime consentante de leur  délinquance.

En effet, dès les premières lignes du récit, l'accent est mis sur le fait que Bianca a été délinquante. Cela apparaît comme un élément essentiel au deuil. Déjà bien avant l'idée du plan avec Maciste, Bianca se sent hors-cadre. Se définir comme délinquante lui permet de cristalliser ce sentiment de marginalité, de rejet des autres et des normes, voire de le justifier. Justifier, nommer cette période indescriptible, ce statut inexistant. Cela donne une profondeur à ce sentiment qui lui échappe. On peut rapprocher cette idée du terme lumpen, qui vient du marxisme et désigne une personne prolétaire qui n'a pas conscience de sa classe sociale par désintérêt de tout cela.

 L'inconscience et le désintérêt font partie de Bianca. L'écriture à la première personne lui confère une fausse simplicité d'esprit (p.62), contrebalancée par une lucidité aiguë (p. 32 et sq.). Ce qui en fait un personnage complet attachant, humain, en somme.

 
 
Conclusion personnelle
 
J'ai lu ce récit d'une traite, et dès le début j'ai commencé à annoter, car avant même de penser à une fiche de lecture j'ai été touchée par la narration. Mais au fur et à  mesure de ma lecture, j'ai été happée par l'histoire, oubliant de faire attention aux détails de l'écriture. Et c'est en reprenant le livre que je me suis aperçue du foisonnement de fils conducteurs transparents (la folie, l’onirisme, la temporalité, le chapitrage…), l’œuvre est tellement complète que j’ai passé trop de temps sur l’analyse. Je ne voulais pas faire l’impasse sur tout ce que j’ai perçu et donc, quelque part, amoindrir la beauté de l'œuvre telle que je l'ai reçue ; mal retranscrire tout ce qu'elle m'a transmis. Mais le temps m’a fait défaut et je prends ce risque en espérant que d’autres prendront celui de se lancer dans cette lecture malgré ou grâce à cet article.


Louise Barillot, 1ère année bib.

 

 

 

Roberto BOLAÑO sur LITTEXPRESS



couverture-bolano.jpg



Article d'Annabelle sur Des putains meurtrières

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Bolano Le Secter du mal

 

 

 Article de Florian sur Le Secret du mal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert Amutio

 

 

Entretien avec Roberto Amutio, traducteur de Bolaño.

 

 

 

 

 

 

 


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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 07:00

Alessandro-Baricco-Ocean-mer.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alessandro BARICCO
Océan mer
Titre original
Oceano Mare
RCS Rizzoli Libri, 1993
traduit de l'italien
par Françoise Brun
Albin Michel, 1998
Folio, 2002

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

 http://littexpress.over-blog.net/article-alessandro-baricco-novecento-pianiste-un-monologue-63587071.html



 Résumé

L'histoire se passe tout près de la mer, sur une plage et dans une pension, la pension Almayer. On ne sait pas grand chose sur cette pension, sinon qu'elle est là, surplombant la mer et les vagues déchaînées. Elle est « posée sur la corniche ultime du monde » ; c'est un endroit étrange, où la temporalité est suspendue le temps du récit. Elle va héberger sept voyageurs, sept naufragés de la vie. Ils viennent dans cette pension avec l'espoir de guérir leurs maux par la mer. Cet endroit leur permet de « prendre congé d'eux-mêmes » et de renaître.



La structure du roman

Le livre est construit en trois grandes parties : « Livre premier : Pension Almayer », « Livre second : Le ventre de la mer », « Livre troisième : Les chants du retour ». Ces trois parties sont très importantes dans le récit car elles participent à sa structuration.

Dans la première partie, l'auteur plante le décor. Il présente les personnages un par un et montre ce qui qui les relie les uns aux autres. Il explique également l'histoire de ces sept individus et la cause de leur arrivée à la pension. Tous ne sont pas venus par hasard.

Dans la seconde partie, nous assistons à un naufrage au large des côtes du Sénégal, celui de la frégate L'Alliance, bateau de la marine française.

 

« Il ne restait plus qu'à abandonner le navire. Les canots disponibles ne suffisant pas pour accueillir tout l'équipage, on construisit et mit à flot un radeau long d'une quarantaine de pieds et large de la moitié. On y fit monter cent quarante-sept hommes : des soldats, des marins, quelques passagers, quatre officiers, un médecin et un ingénieur cartographe. Le plan d'évacuation du navire prévoyait que les quatre canots disponibles remorqueraient le radeau jusqu'au rivage. […] Cependant, les canots perdirent contact avec le radeau. […] Les canots continuèrent leur progression vers la terre et le radeau fut abandonné à lui même. ».

 

Le narrateur est l'un des malheureux rescapés sur le petit esquif. Il s'appelle Savigny et il est docteur. L'auteur, par cet épisode tragique, nous dépeint la cruauté humaine et l'horreur de ce drame. Cette scène peut nous faire penser au tableau de Théodore Gericault, Le Radeau de la Méduse. C'est une huile sur toile de 491 cm x 716 cm qui date de 1819.

 radeau-de-la-meduse.jpg


Description et petite analyse du célèbre tableau

Le peintre veut, avant tout, montrer par le réalisme saisissant et cru de la scène, les souffrances de l’être humain et sa déchéance. Les hommes et les femmes souffrent, mus par le seul instinct de conservation et de survie. Ils sont dominés par une souffrance toute animale. C'est une scène de désolation.

Cette œuvre évoque le naufrage du bateau La Méduse, coulé le 2 juillet 1816, cent quarante-neuf rescapés s’étant entassés sur un radeau de fortune à bord duquel ils devaient souffrir vingt-sept jours avant d’être sauvés par un autre navire, L’Argus, qui ne recueillit en définitive que quinze survivants. Géricault s’inspire d’un événement qui a vraiment eu lieu pour mettre au premier plan les souffrances des hommes dans des circonstances extraordinaires. Il choisit un moment de forte tension : à l’horizon un navire se profile ; les survivants rassemblent leurs forces, agitent des linges. Rien ne nous dit que leurs signaux seront perçus.

La composition du tableau est fondée sur un enchevêtrement de corps qui forment une pyramide humaine. De bas en haut, les personnages expriment toutes les attitudes humaines face à l'horreur et à la souffrance. Au premier plan gisent les morts et un vieil homme désespéré, le dos tourné à l'horizon et aux autres passagers. Il tient avec son bras le corps de son fils défunt. L'arrière de l'embarcation symbolise la perte d'espoir et la désolation. Puis viennent ceux qui sont près de mourir et ceux ont trouvé l'énergie de se redresser et de jeter un dernier regard au loin. L'avant du bateau constitue l'espérance avec les hommes qui agitent leurs bras et leurs chiffons.


La troisième partie du roman d'Alessandro Barricco, « Les chants du retour », constitue un épilogue sur chacun des personnages principaux. C'est le dénouement de chacune de leur histoire et nous voyons nettement toutes les pièces du puzzle s'assembler lentement. Tous ces personnages sont complémentaires et l'un apporte à l'autre ce qu'il était venu chercher en venant à la pension Almayer.



Les personnages

Nous comptons sept personnages principaux dans cette histoire. Au fil de l'histoire, nous découvrons leur histoire, leur spécificités et les raisons qui les poussent à venir à la pension Almayer. Ils sont tous atypiques. Nous apprenons à les aimer, à les comprendre... ils sont très attachants et touchants.


Elisewin est une jeune fille atteinte d'un curieux symptôme qui la dévore chaque jour un peu plus. Son hypersensibilité la rend très fragile. Le médecin qui s'occupe de sa maladie, le Père Pluche, choisit de la guérir d'une façon radicale, par la mer. Mais c'est finalement la petite fille qui se guérira toute seule en apprivoisant celle-ci.

 

« Je peux sauver votre fille […] mais ce ne sera pas simple et, en un certain sens, ce sera terriblement risqué […]. Le voilà le piège géométrique de la science, les voilà les impénétrables sentiers de chasse, la partie que cet homme vêtu de noir s'apprête à jouer contre la maladie rampante et insaisissable d'une petite fille trop fragile pour vivre et trop vivante pour mourir, maladie imaginaire mais qui a quand même son ennemi, et cet ennemi est monstrueux, une médication risquée mais fulgurante, absolument insensée, quand on y pense, au point que l'homme de science lui-même baisse la voix, à l'instant où, sous le regard immobile du baron, il prononce son nom, juste un mot, un seul, mais qui sauvera sa fille, ou alors la tuera, mais plus vraisemblablement la sauvera, un seul mot, mais infini, à sa manière, et magique, aussi, d'une intolérable simplicité. – La mer ? ».

 

La mer est prise comme une médication de dernier recours, extrêmement dangereuse. Elle peut guérir les hommes aussi simplement qu'elle peut les tuer. Le père de l'enfant est abasourdi par ce remède et terrifié à l'idée de confier sa fille à la mer, cet élément imprévisible et d'ordinaire funeste. Mais il va finir par accepter et laisser partir sa fille vers la guérison.

Le Père Pluche est un homme d'Église qui a été chargé par le père d'Elisewin il y a huit ans de la guérir. Mais toutes ses médications sont restées vaines. Il décide de tenter le tout pour le tout en l'emmenant à la pension Almayer. Cet homme écrit également de nombreuses prières sur toutes sortes de sujets, rassemblées en un grand recueil. Par exemple, il y a Prière pour un enfant qui n'arrive pas à dire les « r », Prière d'un homme qui est en train de tomber dans un ravin et qui ne veut pas mourir ou bien Prière d'un homme dont les mains tremblent.

Bartleboom est un professeur qui cherche la fin de la mer. Il écrit en effet depuis plus de deux ans un traité qui s'appelle Encyclopédie des limites observables dans la nature, avec un supplément consacré aux limites des facultés humaines. Il cherche le moment où finit la mer, le moment où la vague aura fini de s'étendre sur le sable et retournera vers les flots.

 

« – C'est-à-dire... vous voyez, là, l'endroit où l'eau arrive... elle monte le long de la plage puis elle s'arrête... voilà, cet endroit-là, exactement, celui où elle s'arrête... ça ne dure qu'un instant, regardez, voilà, ici par exemple... vous voyez? ça ne dure qu'un instant puis ça disparaît, mais si on pouvait fixer cet instant... l'instant où l'eau s'arrête, à cet endroit là exactement, cette courbe... c'est ça que j'étudie. L'endroit où l'eau s'arrête. […] – C'est là que finit la mer. La mer immense, l'océan mer, qui court à l'infini plus loin que tous les regards, la mer énorme et toute puissante – il y a un endroit, il y a un instant, où elle finit – la mer immense, un tout petit endroit, et un instant de rien. »

 

 

Le peintre Plasson est le contraire du professeur Bartleboom qui cherche la fin de la mer. C'est un curieux personnage car il cherche sans relâche les « yeux » de la mer :

 

« au milieu du néant, le rien d'un homme et d'un chevalet de peintre. Le chevalet est amarré par de minces cordes à quatre pierres posées dans le sable. Il oscille imperceptiblement dans le vent qui souffle toujours du nord. […] [L'homme] est debout, face à la mer, tournant entre ses doigts un fin pinceau. Sur le chevalet, une toile. […] De temps en temps, il trempe le pinceau dans une tasse de cuivre et trace sur la toile quelques traits légers. Les soies du pinceau laissent derrière elles l'ombre d'une ombre très pâle que le vent sèche aussitôt en ramenant la blancheur d'avant. »

 

Cet homme mystérieux fait le tableau de la mer avec de l'eau de mer. Il explique en effet à Bartleboom, qu'il était avant de venir séjourner à la pension Almayer un portraitiste reconnu dans le monde entier. Pour réussir d'un coup, un portrait magnifique, il commençait toujours par les yeux. Puis il décida de tout abandonner pour se lancer dans une expérience extraordinaire : faire le portrait de la mer. Cependant malgré toute sa bonne volonté et ses efforts acharnés, il n'y arrive pas car il ne trouve pas les « yeux » de la mer et désespère de déceler le commencement de celle-ci. C'est grâce à Bartleboom et à un petit garçon, Dood, cohabitant avec lui dans la pension, qu'il obtiendra la fameuse réponse qu'il recherche depuis tant d'années.

 

« Et Bartleboom. Les jambes pendant, au dessus du vide. Le regard pendant au dessus de la mer.

    Écoute Dood...

Dood, c'était son nom au petit garçon.

    Toi qui es toujours ici...

    Mmmmh.

    Tu dois le savoir, toi.

    Quoi?

    Où ils sont, les yeux de la mer ?

    …

    Parce qu'elle en a, hein ?

    Oui.

    Et où diable est-ce qu'ils sont, alors ?

    Les bateaux.

    Comment ça les bateaux ?

    Les bateaux sont les yeux de la mer.

Il en resta pétrifié, Bartleboom. Ça vraiment, il n'y avait jamais pensé.

    Mais les bateaux, il y en a des centaines...

    Et elle, elle a des centaines d'yeux. Vous ne voudriez quand même pas qu'elle doive se débrouiller avec deux.

Effectivement. Avec tout ce qu'elle a à faire. Et grande comme elle est. […]

    Et les naufrages ? Les tempêtes, les typhons, toutes ces choses... Pourquoi avalerait-elle tous ces bateaux, si c'étaient ses yeux ? […]

    Et vous... vous ne les fermez jamais vos yeux ? ».

 

 

Ann Déveria a été amenée à la mer par son mari pour la guérir de son adultère. Son époux espère que l'air marin lui fera oublier son amant et calmera ses passions. Elle est donc à la pension pour guérir de l'amour mais aidera paradoxalement le professeur Bartleboom à trouver l'amour qu'il recherche depuis longtemps. C'est une femme d'une grande douceur, emplie de bonté et de gentillesse qui connaîtra paradoxalement une fin atroce et horrible.


Savigny est le narrateur de la deuxième partie du roman. Il est l'un des survivants du naufrage, abandonné sur un radeau de fortune. Nous apprenons également à la fin du roman, que c'est lui l'amant d'Ann Déveria. Il perdra celle qu'il aime à la fin de l'histoire.


Adams est un ancien marin qui était également présent à bord du radeau en compagnie de Savigny. Adams est un surnom, il s'appelle en réalité Thomas. Il a un désir de vengeance tenace et une haine féroce envers le docteur Savigny car celui-ci, pendant la dérive du radeau, a tué la femme de Thomas. Il se vengera de Savigny à la fin du roman en tuant sauvagement Ann Déveria, son amante puis sera pendu en place publique. Elisewin, jeune fille pure et candide, va être la figure complémentaire d'Adams dans le récit : «  une jeune fille qui n'a rien vu et un homme qui a vu trop de choses ».


De jeunes enfants habitent à la pension. Ils sont autonomes et sont un peu les anges gardiens des personnages. Nous ne savons presque rien d'eux, ils sont étranges et mystérieux. Dira est une jeune fille de dix ans qui s'occupe du grand livre avec les signatures des pensionnaires et du fonctionnement de la pension. Un petit garçon, Dood, est assis toute la journée sur une fenêtre les pieds pendant dans le vide. Il ne cesse de regarder la mer.



La mer est omniprésente dans le récit, c'est la trame et le fil conducteur de l'histoire. C'est également le point commun entre tous les personnages. Elle peut même être considérée comme un personnage à part entière, comme LE personnage principal du roman. Elle est un protagoniste complexe et elle est associée à différentes fonctions. Tous les personnages principaux recherchent la richesse de la mer et la comparent à un médicament qui pourrait soigner tous les maux. Elle est considérée comme l'ultime remède et le plus radical afin de les guérir définitivement. Ils utilisent également l'océan pour faire le point sur leur vie et en recommencer une nouvelle. La pension Almayer est un refuge entre l'espace réel et la mer, qui est ici presque considérée comme un espace virtuel.

 

 

« Il ne la vit donc pas, la pension Almayer, se détacher du sol et se désagréger, légère, partir en milles morceaux, qui étaient comme des voiles et qui montaient dans l'air, descendaient, remontaient, volaient, et avec eux emportaient tout, loin, et aussi cette terre, et cette mer, et les mots et les histoires, tout dieu sait où, personne ne sait, un jour peut-être quelqu'un sera tellement fatigué qu'il le découvrira. ».

 

C'est un endroit qui existe juste le temps du récit et qui disparaît ensuite, après avoir accompli sa mission. Le temps est banni de la pension et les personnages vivent au rythme de la mer. Toute leur vie, durant leur passage à la pension, tourne autour de la mer. Elle permet aussi d'oublier un passé lourd et ténébreux et de recommencer une nouvelle vie en se déchargeant du fardeau de celui-ci au pied de la mer. Enfin l'étendue salée est aussi très mystérieuse. Tous les personnages en venant séjourner dans la pension Almayer, espèrent consciemment ou inconsciemment décrypter les secrets de l'océan silencieux.



Le style de l'auteur et mon avis

Alessandro Baricco nous offre un genre hybride, inclassable. C'est à la fois un roman à suspense, un livre d'aventure, une méditation philosophique et un poème en prose. Tous les registres, ou presque, s'y succèdent : réaliste, comique, dramatique... L'auteur les manie avec une réelle virtuosité. C'est un roman empreint d'humanité, d'humour, d'étrangeté, de douceur et de cruauté. Il est criant de vérité. L'auteur a un style d'écriture particulier, bien à lui, atypique, qui donne toute sa richesse au texte. Il alterne avec un savant dosage, les scènes de description, de dialogue et de narration. Par exemple toute la deuxième partie du roman est construite sur un leitmotiv, un schéma narratif développé au fur et à mesure par le narrateur.

 

« La première chose c'est mon nom, la seconde ces yeux, la troisième une pensée, la quatrième la nuit qui vient, la cinquième ces corps déchirés, la sixième c'est la faim, la septième l'horreur, la huitième les fantasmes de la folie, la neuvième est la chair et la dixième est un homme qui me regarde et ne me tue pas. La dernière c'est une voile. Blanche. À l'horizon. »

 

Le narrateur au fur et à mesure de son récit explique chaque chose en commençant par la première puis une fois l'explication terminée ajoute une nouvelle chose à son récit. C'est le même mécanisme de narration qui revient jusqu'à la fin de la deuxième partie.



Ce livre est un petit bijou de littérature. Le lecteur est transporté du début jusqu'à la fin du roman et n'a plus envie de s'arrêter de lire. Le style d'écriture m'a déroutée au début mais il m'a tout de suite conquise. Je n'avais jamais rien lu de pareil auparavant. La poésie des mots, toujours savamment choisis et coordonnés, m'a subjuguée. La langue d'Alessandro Barricco est une langue chantante emplie de poésie et de lyrisme. Ses descriptions sont toujours d'un très grand réalisme mais sont épurées, sont simplement dites et non écrites : «  Sable à perte de vue entre les dernières collines et la mer– la mer – dans l'air froid d'un après-midi presque terminé, et béni par le vent qui souffle toujours du nord. La plage. Et la mer. ». La disposition du texte sur la page n'est jamais linéaire. Alessandro Baricco est l'un des rares auteurs à savoir dire la mer.

 

« – Si on ne peut plus la bénir, la mer, peut-être qu'on peut encore la dire. Dire la mer. Dire la mer. Dire la mer. Pour que tout ne soit pas perdu, […] et parce qu'un petit bout de cette magie-là se promène peut-être encore à travers le temps, et quelque chose pourrait le retrouver, l'arrêter avant qu'il ne disparaisse à jamais. Dire la mer. Parce que c'est tout ce qu'il nous reste. Parce que devant elle, nous sans croix ni vieil homme ni magie, il nous faut bien une arme, quelque chose, pour ne pas mourir dans le silence et c'est tout. ».

 

 

Marine D., 1ère année bibliothèques-médiathèques

 


 

Alessandro BARICCO sur LITTEXPRESS

 

 

Alessandro Baricco Novecento

 

 

 

 

 

Articles de Margaux et de Lola sur Novecento : pianiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 07:00

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Matthew O’BRIEN
Blue Angel Motel
Nouvelles traduites de l’anglais (US)
parJérôme Schmidt
éditions Inculte
  Collection « Afterpop », 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le traducteur

Jérôme Schmidt est également l’un des fondateurs de ces éditions. Il est l’auteur d’ouvrages et documents culturels, notamment sur le thème des casinos et du gambling. Après lecture du texte, il semblait tout naturel qu’il en soit le traducteur.



L’éditeur

 Les éditions sont nées en septembre 2004 autour de la revue Inculte et de son collectif d’écrivains, traducteurs et essayistes. La revue cessera les publications en fin 2010 – 2011.

Depuis janvier 2009, des parutions grand format, articulées en six collections – essais, fictions [Afterpop], documents, anthologies, collectifs et monographies. Les éditions Inculte remettent au goût du jour le livre en tant qu’objet, le culte du livre-objet. Et en effet, le design des collections a également été primé, aux États-Unis par l’AIGA (Institut Américain des Arts Graphiques) et en France par le Concours des plus beaux livres français.



L’auteur

Matthew O’Brien est un écrivain et un journaliste américain. Il vit à Las Vegas depuis 1997, et c’est de là qu’il tire ses thèmes pour ses deux uniques livres publiés pour le moment.

Depuis les années 2000, O’Brien est rédacteur en chef et directeur de publication dans un journal alternatif de Las Vegas (Las Vegas City Life). O’Brien est interpellé par la poursuite de Timmy Weber, un homme suspecté d’avoir commis meurtres et viol sur sa petite amie et ses enfants, qui échappe à la police en passant par le système d’évacuation des eaux pluviales. Il se lance alors dans l’exploration de ces égouts. C’est évidemment avec stupeur qu’il découvre des centaines de personnes y vivant.

Il s’agit du thème principal de son recueil de nouvelles Sous les néons, qui sera repris dans deux autres nouvelles de Blue Angel Motel, « Notes sur les souterrains de Vegas » et « Le ventre de la bête ».

Après cette « découverte » médiatisée mondialement, plusieurs journalistes partiront à leur tour investir ces  réseaux abandonnés.

À côté de son activité littéraire et journalistique, O’Brien est le fondateur d’un projet communautaire, « Shine a light », visant à fournir un toit, faire de la prévention sur les drogues, et autres services aux sans-abris vivant dans les égouts.



Les thèmes

Ce qui est le plus récurrent dans le recueil, c’est le thème cher à l’auteur des sans-abris, de toutes ces zones dissimulées de Las Vegas, les motels, les parcs à caravanes, les égouts, où on retrouve « les parias, les paumés, les désespérés du bord de route ».

 

« Si les murs adjacents se mettaient à tomber – et cela ne saurait tarder –, vous verriez des couples tatoués en train de baiser et de se tabasser, des veuves en fauteuil roulant scotchées devant Judge Judy à la télé, des vétérans du Vietnam piquant du nez, des femmes obèses avachies sur leur lit en lisant un roman à l’eau de rose, des hommes aux cheveux gras rotant leur bière, des poètes en fuite rédigeant fiévreusement leur journal de bord.

Parmi les clients (personne, ici, n’oserait les qualifier d’ « invités »), on retrouve une foule de stripteaseuses, de prostituées, de prêteurs sur gages, de bookmakers à la petite semaine, d’ouvriers du bâtiment, de vagues fermiers, d’employés de fast-food, de guichetiers de supérettes et toute autre âme perdue et arnaqueur en herbe imaginable à Las Vegas ».

 

 

 

Les nouvelles

Toutes ces nouvelles sont tirées d’articles véritablement rédigés par Matthew O’Brien en tant que journaliste. Il me semble important de dresser un portrait rapide de chaque nouvelle du recueil pour se faire une idée aussi proche que possible de ce qu’il tend à transmettre.


Où est passée Jenny ?

Le lecteur se retrouve dans le même vol que le personnage, une mère à la recherche de sa fille disparue à Las Vegas. On se rend compte très vite que l’on n’accompagne pas ce personnage pour les mêmes raisons que la plupart des autres passagers. Ici, nous n’irons pas du côté des lumières de l’« Entertainment Capital of the World », bien au contraire. C’est à la recherche de sa fille que l’on découvre peu à peu les côtés les plus sombres de LV, les réseaux de prostitution notamment. L’auteur nous plonge doucement dans cet univers de déchéance, où même la police ne prend plus la peine de mener l’enquête. On tombe dans un monde totalement à l’abandon. C’est une nouvelle qui laisse présager l’insoutenable paupérisme qui va s’offrir à notre lecture.


Suivre Hunter à la trace

Dans cette nouvelle, l’auteur part sur les traces d’Hunter S. Thompson, auteur du livre préféré d’O’Brien : Las Vegas Parano (Fear and Loathing in Las Vegas : a Savage Journey to the Heart of the American Dream). Thompson est un journaliste célèbre pour avoir notamment inventé et popularisé le concept du journalisme gonzo, où le journaliste assume totalement sa subjectivité et va creuser au mieux son sujet pour être le plus fidèle à la réalité. C’est un style de journalisme qu’O’Brien tend à adopter tout au long du recueil.


La dernière tentative de Larry

Encore une fois, O’Brien cherche à mettre en avant ce qui est volontairement dissimulé lorsqu’on évoque Las Vegas. Dans cette nouvelle, il interviewe le propriétaire en fin de vie d’un célèbre club de strip-tease. D’abord intrigué par la personnalité qui peut se cacher derrière ce genre de propriété, il est confronté à une toute autre image, un homme qui se lance dans la construction d’une église pour mettre sa fortune au service de sa religion.


Ma semaine au Blue Angel Motel

Il s’agit de la nouvelle qui donne son titre au recueil (en anglais du moins). Le récit prend des allures de journal de bord. C’est au cours d’un voyage dans une zone de motels plus miteux les uns que les autres qu’O’Brien va véritablement entrer dans le vif du sujet. L’auteur dresse un portrait cinglant mais qui se veut totalement objectif.


Libéré sur parole

Après une incarcération d’une dizaine d’années, un homme de 28 ans est libéré.  C’est l’histoire d’un homme, auteur d’un homicide involontaire à main armée dont il s’est mille fois repenti, qui se retrouve enlisé dans sa condition d’ex-bagnard. Il est condamné par son passé, mais aussi par les statistiques (« 70% de récidive ») qui l’empêchent de se réinsérer professionnellement et socialement.


Le cimetière des caravanes

L’auteur nous plonge dans l’Amérique de l’après-crise et de ses oubliés.


Notes sur les souterrains de Las Vegas | Le ventre de la bête

Dans ces deux nouvelles abordant le même thème, l’auteur est parti d’une simple curiosité : savoir comment un meurtrier a pu échapper à la police par ces souterrains ; il cherche à les sillonner et découvre avec stupéfaction qu’un véritable monde souterrain s’est développé, tel un monde d’abris de derniers recours. L’investigation dans les souterrains de Vegas est le thème principal de son autre livre, Sous les néons.


Le royaume des eaux usées

En lien avec les deux nouvelles précédentes, O’Brien explique et raconte ce que sont les étapes préliminaires à un article de journal tel qu’il le conçoit. C’est une étape nécessaire pour pouvoir maîtriser son sujet. Ici, il part investir une station d’épuration, en lien direct avec les égouts. Au final, dans cette nouvelle, O’Brien n’aborde pas spécialement les aspects négatifs de la vie à Las Vegas, mais plutôt une réflexion sur son métier, le métier de journalisme.


Le cimetière des caravanes

J’ai choisi de présenter cette nouvelle car elle est à mi-chemin des différents textes de ce recueil qu’ elle illustre bien car elle est comme un carrefour de tous ces oubliés de la société américaine.

Dans cette nouvelle, O’Brien part enquêter dans les « campements de caravanes sédentaires » de la ville de Las Vegas. Ce sont des parcs de mobile homes et de caravanes où des gens vivent à l’année, à défaut de pouvoir se payer des maisons, des appartements, des motels à la semaine.

 

« Si vous êtes du genre froussard, n’explorez pas un casino abandonné. N’explorez pas les arrière-cours de Fremont Street. Ne lisez pas du Poe dans les égouts de Vegas. Contentez-vous de vous balader à minuit au beau milieu du Tropicana Mobile Home Park, un campement de caravanes sédentaires comme il en existe tant dans le Nevada. Vous aurez le souffle court et l’estomac noué, et n’aurez qu’une envie : fuir. »

 

Il s’intéresse au profil de ces habitants, à leurs conditions d’habitation, et surtout au fait qu’ils se font tous peu à peu expulser à cause du rachat des terrains par des promoteurs immobiliers.


Les profils

Les personnes qui habitent dans ces campements privés en perdition sont les retraités, ceux qui cumulent les petits boulots, les invalides de guerre, les handicapés, les familles nombreuses, les ouvriers, les bas-salaires d’une manière générale. Mais de plus en plus des sans-abris et des squatteurs. Ce sont toutes ces personnes qui voient dans ces campements une alternative financièrement très intéressante, des lieux où ils peuvent s’établire. Sans distinction d’âge et de genre, il dresse le profil type de ceux que la société cherche à évincer, à mettre de côté. Ce sont des personnes à qui on ne laisse plus rien, que l’on n’épargne pas, à qui l’on n’hésite pas à dissimuler la réalité, des personnes que l’on ne craint plus et envers qui l’on se croit tout permis. Des personnes qui sont même oubliées par les travailleurs sociaux.


Les conditions de vie

Alors même que toutes ces personnes vivent dans la précarité, les conditions se détériorent à cause de la destruction prévue de ces campements, au profit de terrains immobiliers plus chers.

Les gens vivent dans un « endroit ni fermé, ni ouvert, ni abandonné, ni habité ». Ils sont contraints à vivre dans un avenir incertain, dans un climat de peur (à 18h, ils n’osent plus sortir de chez eux à cause de l’insalubrité des lieux), au côté des pilleurs qui viennent au grand jour dérober les caravanes abandonnées.

Las Vegas tend à se débarrasser de tous ces campements qui nuisent à l’image de la ville. Ainsi ils sont démolis au fur et à mesure, et il n’y en a plus aucun en construction. Toutes ces personnes sont condamnées à quitter Las Vegas ou à vivre dans la rue, ils n’ont pas les moyens financiers pour vivre dans d’autres endroits que ceux-là.
 


Unité du recueil

Tout au long de ce recueil, on s’aperçoit que le style d’O’Brien reste inchangé. Il est très particulier dans le sens où l’on ne s’attend pas à ce type d’écriture. En effet, en lien avec son métier, son style est très journalistique, il garde un ton qui se veut neutre, il relate des faits précis, des chiffres, des noms, des déclarations.

Cependant, et O’Brien en a conscience,  car le journalisme gonzo transparaît dans ses textes, il n’est pas totalement impartial. Bien au contraire, il donne son avis clairement et n’accorde pas de crédit à la parole de ceux qui accablent toujours un peu plus les personnes en difficulté.

De fait, la critique est omniprésente, elle suinte dans chaque choix de mot, de discours. L’auteur utilise des termes forts et percutants, des images qui interpellent. Il mise beaucoup sur les contrastes entre Las Vegas telle qu’on se l’imagine, telle qu’on la connaît avec son « océan de néons, ses maisons de Monopoly, ses lumières clinquantes », et le Las Vegas avec ses quartiers suburbains où les gens vivent sous le seuil de pauvreté, dans la misère, dans la précarité, dans la peur du lendemain incertain.

O’Brien met en avant que rien n’est fait, que les travailleurs sociaux sont de mauvaise foi, que les promoteurs et les propriétaires ne sont obnubilés que par l’appât du gain, que l’État et les collectivités n’en ont que faire et se soucient davantage des profits et du rayonnement que Las Vegas apporte

C’est dans ce contexte qu’O’Brien s’insurge à sa façon en publiant ce recueil. On sent sa difficulté à accepter que tant d’indifférence règne dans une ville où tout n’est que luxe, abondance, opulence, richesse et exubérance. Ce recueil est un véritable plaidoyer sous forme de témoignages pour que les choses changent.



Avis

Surprise à la lecture, je ne m’attendais pas à des textes aussi proches de la réalité. Mais une agréable surprise car O’Brien a réussi à allier poésie, sincérité et l’effroyable réalité de beaucoup d’Américains dans ce contexte d’après crise. Je le recommande vraiment, d’autant plus que je ne pense que la seule volonté de l’auteur soit de dénoncer mais véritablement de bouleverser, de faire prendre conscience de l’existence de tout cela et par-dessus tout de faire changer les choses.


Mathilde, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 07:00

Oe Kenzaburo Une famille en voie de guérison

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ŌE Kenzaburō
大江 健三郎
Une famille en voie de guérison
恢復する家族
Kaifuku suru kazoku (1995)
A Healing Family (1996)
Traduction de Jean Pavans
Gallimard, 1998







 

 

 

 

 

Biographie

Ōe Kenzaburō est né en 1935 dans un village de montagne sur l'île de Shikoku, la plus petite des quatre îles principales du Japon, où sa famille avait vécu pendant des siècles.


Ses études

Il a étudié la littérature française à l'Université de Tokyo et a reçu son diplôme en 1959. Sa thèse de fin d'études portait sur l'écrivain français Jean-Paul Sartre.


Sa famille et son fils

Il s'est marié en 1960 avec Itami Yakari avec laquelle il a eu trois enfants, dont Hikari qui est né avec une anomalie congénitale du crâne. Les médecins lui avaient conseillé de le laisser mourir mais il ne les a pas écoutés. La naissance d'Hikari a été un tournant dans sa vie et dans sa carrière littéraire. Une grande partie de ses dernières œuvres décrivent la relation entre les personnes handicapées et la société. Hikari est devenu un surdoué de la musique l'un des compositeurs les plus célèbres au Japon.

L'auteur a également beaucoup voyagé à l'étranger.


Ses prix

En 1967, Ōe Kenzaburō remporte le Prix Tanizaki pour son livre Le jeu du siècle. Il remportera de nombreux prix littéraires durant sa carrière comme le Prix Noma en 1973, le Prix Osaragi Jiro en 1983, le Prix Europalia en 1989 et bien sûr le Prix Nobel de littérature en 1994.



Une famille en voie de guérison

Ce livre est paru en 1995 au Japon et en 1998 pour la traduction française, qui a d'ailleurs été réalisée à partir de la traduction anglaise, à la demande de l'auteur.


Cet ouvrage est l'un des derniers de Ōe Kenzaburō ; l'auteur est âgé d'une soixantaine d'années lorsqu'il paraît  et se considère comme étant « à l'automne de la vie ».

Ce livre est une oeuvre autobiographique et non de la fiction. L'auteur parle de lui à la première personne. Il y a bien un récit, qui donne un aperçu de la vie quotidienne de sa famille, mais l'oeuvre est surtout centrée sur les pensées de l'auteur vis-à-vis des personnes handicapées et de leur place dans notre société, ainsi que sur le langage et la littérature.

L'auteur nous raconte des événements de sa vie de famille avec Hikari, son fils handicapé, avec des mots simples. Il nous raconte aussi des souvenirs et des anecdotes dont il se souvient au moment où il écrit, ce qui donne au texte un aspect assez décousu. On a parfois l'impression de perdre le fil. On se trouve au cœur des réflexions de l'auteur, au cœur de ses pensées. Il va, à de nombreuses reprises, citer des passages de ses conférences, souvent sur le thème du handicap, sûrement pour nous donner les mots exacts qu'il avait utilisés à ce moment-là de sa propre histoire.

Ces réflexions sont dues au fait que son enfant Hikari est né handicapé. L'auteur avait alors 28 ans et n'était pas vraiment prêt à vivre une telle expérience. Son premier mouvement a été de fuir, ce qui peut sembler horrible mais reste humain. Il ressent beaucoup de culpabilité par rapport à cette réaction mais il a su ensuite l'accepter. Il donne des explications dans une conférence regroupant des experts internationaux dans le domaine du handicap, sur cette « acceptation » qui est importante non seulement pour la personne handicapée mais aussi pour ses proches. On voit qu'il a beaucoup réfléchi sur le sujet, que celui-ci est un thème central dans sa vie.

Il prononce, à la fin de sa conférence, les mots suivants : « afin de nous accepter tous ensemble comme un handicapé et comme une famille d'handicapés ». Ces mots correspondent bien au titre du roman Une famille en voie de guérison car ils expliquent qu'il n'y a pas que la personne handicapée qui vit ce processus de guérison, mais aussi toute sa famille.

L'auteur va beaucoup s'intéresser à la place des personnes handicapées dans la société et notamment dans la société japonaise, il va faire le lien avec le triste épisode d'Hiroshima. Le docteur Shigeto, qui était le médecin de la famille et celui qui s'est occupé d'Hikari, envers qui toute la famille est très reconnaissante, a raconté à l'auteur ses souvenirs concernant la période ayant suivi le bombardement. Ōé Kenzaburō raconte donc comment le docteur a essayé de rassurer les malades et de leur donner les premiers soins, même s’ils étaient condamnés à mourir ou, dans tous les cas, à ne pas vivre très longtemps.

L'auteur raconte ensuite des événements assez ordinaires de sa vie, des moments où il éprouvait de la colère envers Hikari. Il dit se rendre compte aujourd'hui, que ces moments étaient ridicules et que sa famille devait faire des efforts pour s'empêcher de rire, tellement leur colère à tous les deux ne semblait avoir était provoquée par aucune raison valable si ce n'est de tous petits événements agaçants de la vie quotidienne. Ce sont des moments ordinaires et des sentiments humains. Il y a une incompréhension entre les gens dans ces moments-là, et cette incompréhension peut-être d'autant plus grande entre un père et son fils handicapé. Mais ces moments de colère de ce père contre son enfant sont totalement naturels, même s'il semble en éprouver une certaine honte malgré tout.

Ce qui domine dans le texte, c'est l'amour de l'auteur mais aussi de toute sa famille pour Hikari. Il est expliqué plusieurs fois que c'est Hikari qui maintient l'unité familiale. Il a un lien très fort avec tous, notamment sa grand-mère qui est vieille et malade et ils se sentent très proches en raison de leurs infirmités respectives.

Hikari, cet enfant qui n'est pas comme les autres, a un don bien particulier pour la musique. Il est comme dans un autre monde lorsqu'il compose des morceaux. Il est difficile de toujours saisir le sens de ce qu'il essaie d'exprimer avec des mots, mais il arrive à le faire par un autre biais : la musique.

L'auteur explique à de nombreuses reprises que cet art est le moyen d'expression favori d'Hikari, il sait saisir une émotion, un instant de sa vie à travers un morceau. Et l'auteur explique qu'en écoutant ce morceau il arrive parfaitement à revivre le moment qu'Hikari a souhaité exprimer. Aussi bien les images que cela provoque en lui que les émotions exactes qu'il avait ressenties à ce moment-là.

Hikari a donc beaucoup plus de difficultés à s'exprimer par la parole à cause de son handicap et l'auteur va beaucoup s'intéresser à son expression, à sa façon de parler et de choisir ses mots qui est si particulière. Cela le conduit à un certain nombre de réflexions sur le langage et la littérature.

Il explique par exemple un terme qu'il trouve intéressant et qui a été « forgé », comme il l'explique, par un romancier en réunissant deux caractères chinois qui d'ordinaire ne s'assemblent pas mais qui, une fois réunis, forment une expression : yūjō. Cette expression traduite littéralement signifierait « d'une douce sorte d'humanité ». Il va trouver de nombreux exemples littéraires ou de sa vie personnelle pour illustrer cette expression, et il pousse sa réflexion plus loin encore sur le fait de choisir « les bons mots ».

Cela va rejoindre le fait qu'Hikari choisisse des titres pour ses morceaux qui correspondent parfaitement à ses oeuvres et à ce qu'elles illustrent. Ainsi, un jour, alors qu'ils sont en train d'écouter des enregistrements de violonistes, Hikari va déclarer en parlant d'une jeune violoniste : « je ne sais pas à quoi sa voix ressemble ». Suit une anecdote : un écrivain, Ooka, qui avait l'habitude de leur téléphoner, et qui avait toujours un ton enjoué et un mot gentil pour Hikari, va appeler et Hikari va dire avant de passer le téléphone à ses parents : « Monsieur Ooka est un ton plus bas aujourd'hui. ». Il avait en fait su saisir à l'intonation de sa voix qu'il n'allait pas bien et il avait raison : M. Ooka devait passer des examens à l'hôpital et il est mort quelques heures après d'une crise cardiaque.

Cette œuvre illustre bien le souci de l'auteur de défendre son fils, par exemple dans un discours avant un concert, contre un voisin qui accuse Hikari d'être célèbre seulement parce que son père est un écrivain renommé et qu'il s'est fait connaître de cette seule manière. L'ouvrage se termine après ce discours sur un court paragraphe où l'on sent la fierté de l'auteur pour son fils ; il pense à sa mort, quand il ne sera plus là, et est soulagé de voir que celui-ci arrivera à se débrouiller sans lui.

L'auteur utilise des mots simples et on a ici une sorte de discours plutôt autobiographique et non un récit de type romanesque. Ses réflexions sur le monde, sur le handicap, sur la musique, sur le langage ou encore la littérature sont très intéressantes et réellement approfondies. Je trouve ses phrases vraiment très bien construites, et les mots bien choisis ; cela donne quelque chose de très agréable à lire et on retrouve ici la beauté de l'écriture japonaise à mon goût.


Chloé, 2e année bibliothèques

 

Ōe Kenzaburō sur Littexpress.

 



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Sur Gibier d'élevage, articles de Jean-Baptiste.et de Camille







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Article de N.O. sur Agwii, le monstre des nuages

Article de Valentine sur Dites-nous comment survivre à notre folie.

 

 

 

 

 

Oe Kenzaburo Une affaire personnelle

 

 

Article d'Hafed sur Une affaire personnelle.

 

 

 

 

 

 

 

 


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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 07:00

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Steve TESICH
Karoo
traduit de l’anglais (États-Unis)
par Anne Wicke
Monsieur Toussaint Louverture, 2012


 

 

« Quand je craignais que quelque chose arrive à mon fils, à mes amis, à mon père, à ma mère, à ma femme, aux femmes que j’emmenais dans mon lit, à tout le monde et à n’importe qui, cela venait forcément de l’extérieur. Mais maintenant, il me semblait que le danger que quelque chose n’arrive était un danger qui venait de l’intérieur. » (p. 84).


 

 

 

 

Biographie

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Steve_Tesich

 

 

Résumé

Jusqu’à présent, Saul Karoo veut oublier ses problèmes et ceux des autres. Il a toutes sortes d’addictions, il est alcoolique et gros fumeur. Tous ses proches lui demandent de prendre plus soin de lui, le critiquent et le sermonnent, mais rien ne change. Sa situation familiale en subit les conséquences puisqu'il est séparé de sa femme, et ne voit plus son fils adoptif de 19 ans. Son métier est paradoxal par rapport à sa propre vie. En effet, il est surnommé « Doc » car il est script doctor pour Hollywood. Il reprend les scénarios des autres, pour en gommer toutes les imperfections. Il dit :

 

« Il me semble de plus en plus évident que ma vie personnelle est maintenant presque exclusivement composée de cette graisse, de ces scènes inutiles que j’ai si habilement éliminées des films et des scénarios des autres » (p. 58).

 

Ce livre nous montre le fonctionnement de l’industrie du spectacle et en fait la critique. Le narrateur gagne beaucoup d’argent grâce à son métier, et approche des femmes grâce à sa célébrité dans le monde du cinéma, et par le profil type du gros transpirant plein aux as. Par le biais de son travail, il réussit à retrouver la mère biologique de son fils, Leila, dans un film du vieil Arthur Houseman, qu’on lui a demandé de retravailler. 

Dès le début du roman on lui découvre une maladie. L’incapacité de se rendre saoul lorsqu’il boit de l’alcool. C’est un drame pour lui, car il est condamné à souffrir et à se rappeler. C’est pour lui un violent retour à la surface. Il se découvre un corps qu’il voyait moins gros et plus grand. Se retrouver dans l’intimité avec ses proches lui est difficile, il préfère avoir un public témoin de ses agissements. Le mot karoo signifie d’ailleurs en khoïkhoï « le pays de la soif ». D’après un article paru dans Le Magazine littéraire, le livre nous expose aussi, de la même manière, une critique de la société américaine « dont le gros Karoo offre un pathétique condensé : obèse, consumériste, égoïste et, au fond, complétement malade ». Je conteste cependant cette présentation de Karoo comme égoïste puisqu’il nous montrera par la suite sa volonté de rendre quelqu’un heureux,  même si sa bonne action n’a pas forcément l’effet escompté.

L’histoire est perçue du point de vue de Karoo. C’est lui le narrateur. Il parle d’une manière détachée mais nous pouvons voir qu’il cherche parfois à se justifier. Il nous fait une sorte de confidence.



La composition du texte

Le livre se découpe en cinq parties (New York, Los Angeles, Sotogrande, Pittsburgh, Ici et là) qui correspondent aux lieux où se déplace le narrateur. La première partie, où on nous fait le récit de la vie citadine et où on pose le contexte, est longue et le lecteur met du temps à comprendre le sens de l’histoire. Les suivantes s’enchaînent plus facilement et nous permettent de nous accrocher davantage. Nous sommes transportés dans un tourbillon d’événements et la chute est vertigineuse.



Mon avis

Ce livre m'a beaucoup touchée. Au début, j’ai eu énormément de difficultés à entrer dans l’œuvre mais plus l’histoire avance plus le personnage devient attachant et nous émeut. Le fait qu’il ne puisse plus ressentir les effets de l’alcool le rend meilleur même si parfois sa manière d’agir peut être perçue comme mauvaise. Il est difficile de vous expliquer clairement ce que l’on peut ressentir à son égard sans vous révéler l’intrigue. Je vous encourage donc à prendre un peu de votre temps pour vous essayer à lire ce chef-d’œuvre.



Émilie M, 1ère année bibliothèques-médiathèques



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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 07:00

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J.K. ROWLING
Une place à prendre

Titre original

The Casual Vacancy
 traduit de l'anglais

par Pierre Demarty

Grasset, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J. K. Rowling

 

Joanne K. Rowling est née en 1965 ; elle est anglaise  et diplômée en français et en fettres classiques ; elle est mondialement connue pour être l’auteur de la série des Harry Potter. Elle a été décorée de l’ordre de l'Empire britannique en 2001. Son nouveau roman, Une place à prendre, dont le titre original est The Casual Vacancy, est sorti le 27 septembre 2012 en Angleterre et le lendemain en France.



Résumé

L’action du roman se situe à Pagford, une petite ville anglaise typique où tout le monde se connaît. Après la mort soudaine de Barry Fairbrother d’une rupture d’anévrisme dès le premier chapitre, se met en place une compétition entre certains personnages pour prendre la place vacante que le décès laisse au conseil paroissial de la petite bourgade. Un poste convoité car il donne un certain pouvoir. Barry disparaît à un moment clé ; il devait se prononcer sur la question des HLM de Pagford, dont une partie des habitants souhaiterait se débarrasser estimant que ce qui s’y passe et l’ambiance qu’il y règne nuit à l’image de leur petite ville. L’annonce de sa disparition engendre dans un premier temps une succession de réactions très différentes de la part des nombreux personnages ; certains expriment un soulagement, d’autres clament ouvertement leur joie et d’autres encore sont réellement bouleversés. À partir de là, on entre dans la vie des différents personnages en les suivant le temps d’un chapitre.



Une comédie de mœurs

La comédie de mœurs est un terme qui revient souvent dans les critiques récentes du livre et dans les interviews de l’auteur elle-même ; il est vrai que bien que le livre soit écrit sur un ton plutôt léger et comique, JK Rowling fait effectivement une critique des relations dans une société moderne où règnent l’hypocrisie, la lâcheté et aussi le désespoir de la majorité des adolescents du roman qui se sentent perdus dans un monde où ils perçoivent l’hypocrisie des adultes et les coups bas qu’ils se font entre eux. Elle montre une société où les jeunes ont du mal à se construire et où il y a une forme de perte des valeurs, et notamment des valeurs de la famille.



Des adolescents en détresse

Bien loin de la saga Harry Potter, JK Rowling choisit des personnages qu’on pourrait qualifier d’adolescents à problèmes dans son livre.  Krystal, un des personnages principux du roman, est décrite ainsi :

 

« Andrew aperçut Krystal Weedon, emblème de la cité et objet de blagues salaces en tous genres. Elle marchait d’un pas bondissant […] à chacune de ses oreilles se balançaient plusieurs anneaux, et la ficelle de son string dépassait du pantalon de jogging qu’elle portait à mi-hanches »

 

Krystal, est scolarisée dans le lycée de la petite ville, elle insulte régulièrement ses professeurs, arrive perpétuellement en retard et mâche sans cesse son chewing-gum de manière vulgaire : elle est  le parfait cliché de l’adolescente en crise.

En plus des problèmes de fêtes, d’alcool ou de drogues, les adolescents du roman se retrouvent aussi confrontés à des problèmes de flirts, de jalousie, décuplés par les réseaux sociaux comme Facebook. Sans compter le fait que les conflits des adultes se répercutent sur eux, et sur leurs relations. Par exemple, il y a l’histoire d’un médecin, la mère d’une adolescente nommée Sukhvinder qui est accusée par cette dernière d’avoir tué la grand-mère de Krystal ; l’histoire prend une telle ampleur pour Sukhvinder qu’elle en arrive à avoir des pensées suicidaires.

 

« Si seulement elle arrivait à s’échapper, à rester loin d’eux cette après-midi, elle pourrait peut-être réfléchir à un moyen de se protéger, avant de retourner en classe. Ou alors elle pourrait se jeter sous les roues d’une voiture. Elle imaginait déjà le pare-chocs la percuter et lui briser tous les os du corps. Combien de temps mettrait-elle à mourir, disloquée au milieu de la route ? »

 

Dans le livre certains personnages adolescents viennent d’emménager à Pagford ; la plupart le vivent assez mal et regrettent le changement de vie que leur impose le fait d’être dans un petit village et dans un petit lycée. L’auteur montre que s’intégrer dans un village et être admis dans un groupe de jeunes peut parfois être difficile.

En résumé, JK Rowling choisit de se focaliser sur les adolescents et leurs problèmes, cette fois-ci bien éloignés d’un monde magique ; le roman est écrit dans un langage cru, les répliques des adolescents ainsi que leur sentiments sont très bien décrits et réalistes ; bien que j’aie eu du mal à me faire à ce style de langage et à cette vulgarité surtout venant de cet auteur, j’ai l’impression qu’elle a vraiment voulu contraster avec ses précédents livres en passant à la littérature pour adultes. J. K. Rowling avoue s’être inspirée de sa propre adolescence pour décrire celle des personnages dans le livre ; une partie de sa vie qui n’a pas été très heureuse, qu’elle a d’ailleurs passée dans un village qu’elle dit similaire à celui de Pagford ; c’est sans doute ce qui explique que tous les adolescents du roman soient si peu optimistes.



Une multitude de personnages

Le roman compte environ une trentaine de personnages, trente-quatre selon  le magazine The Telegraph qui a publié un petit guide : http://www.telegraph.co.uk/culture/books/booknews/9570116/JK-Rowling-The-Casual-Vacancy-the-cast-of-caricatures.html

Ce nombre étourdissant de personnages qui ont tous des liens entre eux et la longueur du livre (680 pages) font que l’intrigue a du mal à démarrer ; selon moi, on passe d’un personnage à l’autre très vite, sans avoir vraiment eu le temps de le comprendre, ou de s’attacher à lui ; on a du mal à saisir l’intrigue générale, car chacun des personnages a ses propres problèmes, envies et objectifs. Cependant on peut aussi dire que ce nombre de personnages permet d’avoir un échantillon assez large de la population de Pagford, et donc d’être au cœur des préoccupations des habitants et de ressentir l’ambiance, l’atmosphère du village.

En conclusion, on peut dire que le roman de JK Rowling n’a pas fait l’unanimité ni dans les critiques ni chez les adeptes d’Harry Potter ; voici quelque critiques qu’on a pu lire dans la presse mondiale :

 

New York Times : « Le monde que décrit Rowling est si banal, si stéréotypé que le roman n'est pas seulement décevant : il est fade. [...] De nombreux auteurs ont réussi à brosser un portrait de la classe-moyenne rurale, en rendant compte du quotidien des personnages tout en y insufflant beaucoup d'émotion. Malheureusement, ce n'est pas le cas ici. [...] Padford fait songer à un village factice dont les habitants seraient des jouets. [ …] Les personnages d'Une place à prendre n'ont pas été suffisamment construits et imaginés. Nous n'avons pas le sentiment d'être proches d'eux, de les connaître, comme c'était le cas dans Harry Potter. »

Fox news : « Si vous recherchez des sorciers, des formules magiques ou des balais volants, vous serez déçus […] Mais si vous recherchez l'émotion et le coeur qui faisaient le charme d'Harry Potter, vous les retrouverez dans Une place à prendre. »

The Telegraph : « Il y a beaucoup de violence – domestique, sexuelle, sociale – dans ce roman. Mais justice n'est jamais rendue, aucune solution n'est apportée [...] Une place à prendre nous démontre que la magie, ça n'existe pas. »

The Australian : « J.K. Rowling a échappé à la pauvreté. [...] Elle est aussi préoccupée par le sort des déshérités que l'était Dickens. Peut-être est-ce une bonne chose de rappeler que les romans, parfois, ne servent pas uniquement à nous divertir. »

 

Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-nouveau-roman-de-j-k-rowling-n-a-pas-le-charme-d-harry-potter_1166982.html

En ce qui me concerne,  je n’ai pas particulièrement apprécié le livre ; le sujet est intéressant, ainsi que la manière de le traiter, mais cependant le nombre trop important de personnages fait que l’intrigue générale semble, pour moi, sans cesse interrompue, ; il m’a fallu revenir plusieurs fois en arrière pour  relire des passages car j’oubliais sans cesse les liens entre les personnages. Cependant, on peut penser que l’auteur a souhaité ici traiter d’un sujet qui lui semblait important, qui lui rappelait sa propre histoire ; on sent dans son écriture teintée d’ironie, à certains moments, une pointe d’amertume et de colère envers la société et les adultes surtout lorsqu’on se situe du point de vue des adolescents.


Laura, 1ère anné bib.



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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 07:00

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Aravind ADIGA
Le Tigre blanc
The White Tiger
traduit de l’anglais
par Annick Le Goyat
Buchet/Chastel, 2008
10/18,2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biobibliographie

Aravind-Adiga.jpgAravind Adiga est né en 1974 en Inde à Madras. Migrant en Australie, il décide d’étudier la littérature anglaise. Avant de devenir romancier, il a débuté en tant que journaliste pour plusieurs journaux tels que le New Yorker, le Financial Times.

Il a obtenu le Man Booker Price en 2008 pour son premier roman, The White Tiger, prix littéraire créé en 1968 récompensant les romans écrits en langue anglaise par un citoyen du Commonwealth.

À l’occasion de la sortie du livre, les éditions Buchet Castel ont proposé un film d’animation d’une poignée de secondes (http://www.youtube.com/watch?v=iv0dIrxwwwo)



Ses œuvres

 

Le Tigre blanc, (The White Tiger), publié en 2008 aux Editions Buchet Chastel et traduit par Annick Le Goyat.


Last Man Tower, publié par Knopf, éditeur anglais, en 2011.


Les Ombres de Kittur (Between the Assassinations), publié aux éditions Buchet-Chastel en 2011 et traduit par Annick Le Goyat.

 

 

 

Le résumé, le contexte

Ce roman se déroule en Inde, d’abord à proximité des rives noirâtres du Gange, puis à New Delhi.

À l’occasion de la visite du Premier Ministre chinois en Inde, Balram Halwai, personnage principal du roman, décide de lui envoyer sept lettres dans lesquelles il raconte son élévation hors norme du statut de serviteur à celui d’entrepreneur.

Le tigre blanc, c’est Balram Halwai  à travers lequel on découvre les conditions de vie misérables des habitants de Laxmangarh (ville d’Inde), qui vivent sans eau potable ni électricité. Les maladies dues à la malnutrition, aux eaux boueuses et non traitées sévissent. Les enfants sont décrits comme «  trop maigres et trop petits pour leur âge, avec une tête surdimensionnée ». De plus, « un égout luisant » sépare la ville en deux.

Dans les « Ténèbres », surnom donné par Balram pour évoquer l’insalubrité des lieux, chacun sait que l’ascension sociale est impossible. Les rapports entre humains y sont largement régis par la hiérarchie des castes, au nombre de cinq, appelées aussi varnas.

On trouve en premier lieu la caste des brahmanes, qui regroupe les professeurs et les prêtres. Puis les kshatriya avec le roi, les princes, les soldats et les administrateurs. Suivent les vaishya, hommes d’affaires, artisans, commerçants. La caste des sudra, à la quatrième place, est celle des serviteurs. Enfin, celle des « Intouchables » vient en dernier, composée des personnes n’ayant aucune position. L’auteur dresse un tableau acerbe, incisif et mordant de la société indienne, où Balram Halwai, fils de conducteur de rickshaw, est destiné par sa caste d’intouchable à rester « inférieur », et à abandonner l’école pour travailler.



Le titre


Pourquoi le Tigre Blanc ? En référence à la rareté de cet animal, espèce peu répandue caractérisée par son intelligence. L’instituteur ébloui par l’intellect inaccoutumé du jeune garçon, décide de le surnommer ainsi : « Toi, petit, au milieu de cette bande d’abrutis, tu es un garçon intelligent, honnête et vif ». Ainsi, de fil en aiguille, il réussit à être employé dans une famille riche à New Delhi où il devient chauffeur et observe d’une part les habitudes de ses employeurs et d’autre part, la perversion de la société indienne, ses inégalités et sa corruption. Pour finir il endossera le statut d’entrepreneur, chose impensable et rare dans une telle société. Mais à quel prix ?



L’écriture

Aravind Adiga nous offre un voyage au cœur d’une Inde multiple, d’une culture complètement opposée à la nôtre, de mœurs différentes, un voyage au cœur de la corruption, de l’avilissement d’un système économique et politique. Il nous l’offre à travers une plume percutante, vive, mordante, des descriptions sans réserves, sans égards, sans mesure et un ton sans concession.

L’auteur n’hésite pas à dénoncer la société dans laquelle il a vécu plusieurs années, caractérisée par l’immobilité sociale, le mépris des plus forts, la manipulation présente dans les hautes sphères, les élections truquées, la pauvreté, les classes sociales qui se frôlent sans jamais se toucher, l’écart hallucinant et vertigineux entre les nantis qui vivent dans l’opulence, le luxe, la « Lumière » et les plus pauvres qui se perdent dans les « Ténèbres ».

 

« Les réverbères pâlots éclairaient les trottoirs ; dans leur faible lumière orangée, je distinguais des multitudes de petites silhouettes maigres et crasseuses accroupies […] qui s’apprêtaient à dérouler un matelas pour dormir là. Ces pauvres bougres étaient venus des Ténèbres à Delhi pour trouver un peu de lumière, mais ils restaient confinés dans l’obscurité ».

 

 L’auteur joue continuellement à travers son récit sur le contraste obscurité-lumière.




Mon avis

Un récit poignant, saisissant, sans détours, intéressant tant sur le point de l’écriture que sur celui de la connaissance dont nous fait part l’auteur sur l’Inde et son fonctionnement.

L'évolution du personnage principal est intéressante à suivre. En effet ses limites sont continuellement repoussées tout au long du récit, nous faisant ainsi découvrir à la toute fin un personnage différent en tout point à celui du départ, son intégrité et son honnêteté s'étant désagrégées.


Manon Borderie, 1ère année édition librairie

 

 


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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 07:00

Valerio-Evangelisti-Tortuga.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Valerio EVANGELISTI
Tortuga
traduction de Sophie Bajard
éditions Payot & Rivages, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Valerio-Evangelisti.jpgÀ propos de l’auteur

Né en 1952 à Bologne, diplômé de sciences politiques, Valerio Evangelisti a fait ses débuts d'auteur avec des essais historiques avant de passer à la littérature fantastique avec son célèbre cycle de l'inquisiteur Nicolas Eymerich qui s'est vu récompenser par le Grand Prix de l'Imaginaire (1998) et le Prix Tour Eiffel de Science-Fiction (1999). Il s'est depuis essayé avec succès à une veine plus noire. Collaborateur régulier du Monde diplomatique, il est aujourd'hui considéré en Italie comme l'un des maîtres du roman moderne.



À propos de Tortuga

En 1685, les jours des pirates regroupés dans la confrérie des Frères de la Côte, aux ordres du roi de France, sont comptés. Louis XIV a fait la paix avec son traditionnel ennemi, l’Espagne, et les attaques des flibustiers des Caraïbes à partir de l’île de la Tortue, désormais sous la coupe d’un nouveau gouverneur, ne sont plus les bienvenues.

C’est dans ce contexte qu’un ancien jésuite portugais de trente-deux ans au passé mystérieux, Rogério de Campos, va faire le dur apprentissage de la vie dans la piraterie du XVIIème siècle. Capturé par les pirates sur le vaisseau espagnol Le Rey de Reyes où il s’était enrôlé, il est contraint de jouer les maîtres d’équipage pour le capitaine Laurens de Graaf surnommé Lorencillo à bord du Neptune.

Quelques semaines plus tard il se retrouvera sous les ordres du cruel et diabolique capitaine De Grammont. Sa passion pour une esclave africaine l’entraînera dans une véritable descente aux enfers, au contact d’une société dont il découvrira, non sans une certaine fascination et horreur, la barbarie et les codes rigides. Devenu l’un des leurs, il participera à la dernière grande aventure des Frères de la Côte : la prise sanglante et audacieuse de la ville de Campeche sur la côte sud-est du Mexique.

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Les personnages

– Rogério de Campos : il est le personnage principal de l’histoire. Il nous raconte son itinéraire au sein des Frères de la côte, confrérie des pirates dans laquelle il se retrouve enrôlé de force. C’est un personnage dont on sait peu de choses et qui garde le silence sur son passé en tant que jésuite.

Au fil du roman, on va le voir évoluer. Alors qu’il ne comprenait pas la sauvagerie dont les pirates font preuve à l’égard de leur victime, il va finir par se rendre compte que cette cruauté est commune à tous les hommes, quelles que soient leurs motivations.

 

« Malgré la profonde foi chrétienne des pirates, ces derniers ne plaçaient pas leurs trafics de marchandises ou d’hommes sous la protection de Dieu. Ils vendaient de tout et acquéraient toute chose. N’importe quel Espagnol aurait, après avoir commis des crimes atroces et d’innombrables cruautés, imploré l’aide de la foi pour justifier ses actes, accomplis dans la perspective d’un bien supérieur. Sur l’île de la Tortue, nul n’aurait songé à invoquer Dieu pour se faire pardonner ses actes. L’or était là et la loi naturelle exigeait que l’on s’en empare. Dieu était, certes, parfois loué mais davantage comme complice que comme Seigneur. »

 

À bord du Neptune, premier bateau où il a été enrôlé, tout comme à bord du Hardi, navire du chevalier de Grammont, il va jouer un rôle de directeur de conscience auprès des pirates, grandissant ainsi dans leur estime car l’on a souvent tendance à oublier que la majorité des pirates étaient croyants.

Il obtiendra également la reconnaissance de la confrérie lors de l’assaut mené contre la forteresse de Campeche qui fut une réussite. Même si le butin fut assez maigre, la gloire retirée de cet épisode fut totale.


– Laurens de Graaf, surnommé Lorencillo. C’est le capitaine du Neptune. C’est lui qui enrôla de force Rogério de Campos en tant que maître d’équipage dans son navire.


Il est très connu et sa légende le précède sur terre comme sur mer. En effet, il a participé à la prise de Véracruz en 1683 avec le Chevalier de Grammont. Ce fut un véritable massacre.


– François le Bon est le maître d’équipage du Neptune. C’est lui qui initiera Rogério aux codes de la piraterie aux antipodes de ceux que connaissaient Rogério, quand il était dans la Marine.

À ses côtés, Rogério découvrira également la philosophie des pirates et cet instinct de survie qui les anime et qui finira également par s’emparer de lui : « Lorsque vous vivez dans un monde de brutes, vous devez en devenir une vous aussi pour survivre, se justifia Rogério. »


– Le Chevalier de Grammont est un autre grand nom de la piraterie. C’est un ancien officier qui servait dans l’armée royale sous les ordres de Louis XIV. Il a quitté de son plein gré sa fonction pour s’enrôler dans la confrérie des Frères de la Côte. La mort brutale de sa sœur tuée par l’inquisition a fait de lui l’un des pirates les plus cruels et sanguinaires de la confrérie.

C’est lui qui prendra Rogério à son service et lui confiera le commandement d’une de ses frégates ainsi que l’expédition de Campeche.



– Docteur Exquemelin : c’est le chirurgien du Hardi. Tout comme François le Bon, il contribuera à la formation de Rogério aux codes de la piraterie. Très cultivé, il partagera avec le jésuite de nombreux débats et réflexions sur la condition de l’homme et son essence animale.



Les thèmes présents dans le roman

– La mort. C’est le thème dominant. La mort est devenue indissociable des pirates qui la côtoient constammment. Cette proximité avec la mort donne lieu à de nombreuses réflexions philosophiques et existentielles.

 

« Seules les tragédies ont une valeur véritable. On vous y raconte comment les hommes meurent, tuent, voient les autres s’entretuer ou permettent qu’un autre soit tué.

– Alors, selon vous, l’essence de la vie se trouverait dans le mal ?

– Non, dans la mort. Qui n’est ni le bien ni le mal : juste l’inéluctable ».

 

Tout comme Rogério de Campo, on comprend de plus en plus, au fil du texte, cet instinct de survie qui leur est propre et cette manière qu’ils ont de se jouer de la vie, un peu comme si le fait de tuer leur permettait de mieux appréhender leur propre mort.

 

« Pour la première fois, il sentait qu'il appartenait à une race d'hommes hors du commun, accoutumés à l'odeur enivrante de la mer, rassemblés sur de fragiles embarcations, prêts à semer la mort. Une élite libre et virile, qui jamais n'accepterait de limites à sa propre puissance ni à sa propre capacité de décider de son avenir. »

 

 

– La passion qui mène bien souvent à la folie est notamment l’amour que Rogério conçoit pour l’esclave noire et qui animera aussi Le chevalier de Grammont avec qui il se déchirera pour obtenir cette femme allant jusqu’à se mutiler ce qui, dans la piraterie, donne le droit de revendiquer un esclave.

– La violence et la cruauté semblent aller de pair dans ce roman. En effet de nombreuses tortures et crimes sont commis par les pirates au cours de scènes que Valerio Evangelisti n’épargne pas à son lecteur.

– L’amitié est quand même présente. L’auteur exploite les liens particuliers qui se tissent entre les pirates, qui savent que la mort veille et peut leur arracher à tout moment leur compagnon de fortune.



Mon avis

Valerio Evangelisti nous plonge dans un univers très différent de celui auquel on est habitué dans les romans de piraterie. Le ton employé par l’auteur est cynique et la description de certains passages peut se révéler très crue.

L’auteur s’est vraiment attaché à restituer dans toute son authenticité le monde de la piraterie sans aucun artifice. On y voit sous un jour nouveau les pirates, qui chantent la Bamba à chaque abordage, se battent pour la gloire et vivent sans le souci de l’existence des prochains jours. Cette quête de la vérité menée par l’auteur les rend ainsi beaucoup plus crédibles, mettant fin aux fantasmes développés sur ce mythe.


Enfin, cette plongée au cœur de la conscience des personnes peut cependant s’avérer déroutante mais une chose est sûre, Tortuga n’est pas le style d’ouvrage qui vous laissera indifférent.


Célia, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

Sources


http://payot-rivages.net/livre_Tortuga_ean13_9782743622251.html

 

 

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