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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 07:00

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Boris VIAN
(alias Vernon SULLIVAN)
J’irai cracher sur vos tombes
Christian Bourgois, 1973

LGF/livre de poche, 2001

J'ai lu, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Édité pour la première fois en 1946 aux éditions du Scorpion sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, ce roman fut interdit en 1949 tandis que Boris Vian prétendait en être le traducteur. Il sera réédité seulement 24 ans après par Christian Bourgois en 1973.



Biographie de l’auteur

Voici une biographie de l’auteur : http://borisvian.mes-biographies.com/biographie-Boris-Vian.html



Résumé de l’œuvre et impressions

Le roman débute avec l’arrivée de Lee Anderson dans une petite ville appelée Buckton. Lee est un homme blanc de peau, assez jeune, qui avait deux frères noirs (il avait une mère blanche et un père noir). Cependant, au fil du roman, on comprend que l’un de ses frères fut tué à cause de sa couleur.

Dès le début du récit, nous sommes dans l’incompréhension, nous savons juste que cet homme possède une lettre et un dollar sur lui mais aussi le revolver du « gosse » dans la voiture. Ainsi on se pose déjà un tas de questions : qui est-ce gosse, pourquoi cherche-t-il un endroit où personne ne le connaît ?

Arrivé dans la ville, il occupe un emploi de libraire et sympathise vite avec les jeunes adolescents du coin qu’il séduit rapidement grâce à l’alcool, à la musique et au sexe dans un monde où les « noirs » sont rejetés et détestés. Il décide aussi de séduire deux jeunes bourgeoises, animé par une envie de vengeance omniprésente du début à la fin du roman.



Un roman plus que noir

Dans son roman, Boris Vian intrigue le lecteur dès le début et le place dans l’univers d’une petite ville du Sud des États-Unis raciste qui rappelle les romans policiers américains appelés « hard-boiled». Vian n’hésite pas à utiliser un vocabulaire cru et choquant qui peut être dérangeant mais est indispensable à l’ambiance de ce roman avec le thème du sexe et de la violence physique omniprésent jusqu’à la dernière phrase. De plus, on découvre aussi à l’humour bien typique de Boris Vian qui fait la satire de la société américaine de l’époque.

Ainsi avec ce mélange des genres, on perçoit bien le but principal de l’œuvre de Boris Vian qui est de dénoncer le racisme.

J’ai adoré ce roman pour son humour noir, le malaise qu’il crée et la manière dont Vian dénonce le racisme en mélangeant suspense, débauche, humour et psychologie mais aussien  rejetant l’idée de l’homme bon. Je trouve que ce roman reflète particulièrement bien le style de Boris Vian, mais aussi sa personnalité que l’on retrouve un peu partout dans le roman grâce à des petites références telles que le blues ou le jazz. Je pense qu’il s’agit d’une grande œuvre de cet auteur.


Lucille, 1ère année Bib.

 

 

Boris VIAN sur LITTEXPRESS

 

 

Boris Vian Mademoiselle Bonsoir 1

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Mademoiselle Bonsoir

 

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Pauline et de Tiphaine sur Le Loup-garou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:00

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Joseph CONNOLLY
Embrassez qui vous voudrez

Traduction

Alain Defossé

Seuil, Points, 2002





 

 

 

 

 

 

 

Biographie sur Wikipédia.



Résumé

Elisabeth et Howard Street souhaitent partir en vacances. Leurs voisins Dotty et Brian ainsi que leur fils, Colin, vont partir au même endroit qu’eux. Or ce n’est pas Howard qui part en vacances mais Melody, meilleure amie d’Elizabeth, qui prendra sa place avec son bébé, Dawn. Katie, fille d’Elisabeth et d’Howard, part pour Chicago avec Norman Furnish, employé de Monsieur Street.

Durant leurs vacances, Elisabeth, Melody et Dotty vont rencontrer Lulu Powers, la femme de John. Tous les deux ont changé de lieu de vacances car le premier ne plaisait plus à John. Elles font aussi la connaissance de Miles McInerney, commercial ; ses vacances lui sont offertes par son entreprise pour avoir fait un bon chiffre d’affaires, mais sa femme et ses enfants ne partent pas avec lui. Pendant ce temps Howard est resté à la maison pour pouvoir travailler dans son agence immobilière mais pas que…

Ces vacances révéleront beaucoup de choses sur les personnages. Ne vous attendez pas à des villégiatureses tranquilles, ce ne sera pas le cas.



Le livre

 « Embrassez qui vous voudrez »  est le titre du film réalisé par Michel Blanc, tiré du roman de Joseph Connolly, Summer Things, en français Vacances anglaises. La couverture du livre reprend l’affiche du film.

L’écriture est simple, il n’y a pas de mot compliqué, c’est compréhensible.
Le roman se décompose en trois parties :
Première partie : Avant les vacances
Seconde partie : Les vacances
Troisième partie : Après les vacances

Dans chaque partie, nous suivrons chacun des personnages, avec ce qu’ils ressentent et ce qu’ils pensent. Pendant que nous en suivons un, les autres continuent leur vie. C’est pourquoi, quand nous changeons de personnage, il y a une petite analepse effectuée par un narrateur omniscient qui nous aide à changer de personnage et nous « met à jour » sur ce qui a pu se passer pour le personnage que nous allons suivre.

Le narrateur peut être l’un des personnages principaux mais il peut aussi être extérieur au récit ; il a une vue d’ensemble sur les personnages, se moque de temps en temps en nous dévoilant ce que chacun peut ressentir et qu’il ne nous dira pas quand il sera narrateur à son tour.

Le narrateur donne l’impression de connaître le futur proche des personnages sans pour autant intervenir dans leur vie.



L’analyse

La libido prend une place importante dans le livre mais sous cette libido, on peut aussi voir de l’amour.

Les différentes formes de l’amour sont :

L’amour platonique semble être représenté par Elisabeth et Howard, mais ce n’est qu’une apparence. Ils restent ensemble, mais ont chacun un autre partenaire, ne dorment plus dans le même lit ; on peut cependant penser qu’ils s’aiment encore.

L’amour passion, qui rend violent et paranoïaque, se manifeste dans le couple de Lulu et John. John est tellement amoureux de Lulu qu’il en devient fou, violent et il ne peut plus lui faire confiance. Il met en même temps son couple en péril sans s’en rendre compte.

L’amour maternel que Dotty éprouve pour la fille de Melody, Dawn, l’amènera à en oublier le reste de sa vie et son excentricité.

L’amour de jeunesse, de vacances, est représenté par Colin ; cet amour sera de courte durée mais le souvenir restera longtemps.

De plus l’auteur montre que durant les vacances les gens changent car ils ne sont plus dans leur quotidien ce qui les amène à se révéler. Il va nous montrer le vrai caractère de ses personnages, leur vrais sentiments envers les autres, leurs plus gros secrets. Il nous amène à nous poser des questions sur les personnes qui nous entourent. Car à travers ce livre on peut vérifier la justesse dans motre société du  dicton « ne vous fiez pas aux apparences ».

Sur la quatrième de couverture figure la phrase suivante : « Au moins cette vacherie ne durera qu’une semaine. » Cette vacherie, ce sont bien sûr les vacances et ce qu’elles représentent dans ce livre ; chaque personnage peut faire ce qui lui plaît sans avoir à se cacher. C’est une semaine spéciale comme si elle était entre parenthèses ; après cette fameuse semaine de vacances tout reviendra comme avant. Tout le monde saura qu’elle a existé mais personne n’en dira rien à part les banalités d’usage.



Mon avis

Je n’ai pas particulièrement apprécié ce livre, j’ai eu un peu de mal à le lire au début. Le sujet qui me semblait principal, les vacances, s’est finalement retrouvé au second plan pour laisser place à la libido qui a envahi presque tous les personnages. De plus, au début, les personnages n’ont rien de très attirant, c’est monsieur et madame tout le monde. Puis on s’habitue à cette libido et au fur et à mesure on veut savoir ce que cachent les personnages.Au final, je reste mitigée sur ce livre, bien mais pas exceptionnel.


Clémence, 1ère année Bib

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Published by Clémence - dans fiches de lecture 1A
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 07:00

OGAWA YOKO Parfum de glace

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA Yōko
Parfum de glace
Première édition japonaise : 1998
Traduit par
Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, Babel, juin 2004
et Thesaurus, 2009






 
 

 

 

Une auteur reconnue, ses inspirations, son œuvre

Yōko Ogawa est née en 1962 au Japon et a suivi des études de littérature anglaise et américaine à l'université de Tokyo. Elle a remporté le prestigieux prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991, et également les prix Tanizaki, le prix Yomiuri, et le prix Kaien. De plus, le tome 1 de ses œuvres, dont fait partie Parfum de glace, est sorti dans la collection Thésaurus d'Actes Sud, tandis que deux de ses nouvelles, L'annulaire et La formule préférée du professeur ont été adaptées au cinéma. Ses romans ont été traduits en français, allemand, italien, grec, espagnol, catalan, chinois, coréen et récemment en anglais, ce qui montre à quel point Ogawa est une auteur emblématique de sa génération.

Durant ses études, elle a découvert l'œuvre de Paul Auster, qui l'a profondément marquée. Tout comme lui, elle souhaite décrire le réel que l'on ne voit pas, ce qui nous échappe. Elle est également influencée par Steven Millhauser, John Irving, Haruki Murakami et Gabriel García Márquez.

Ses livres sont tous liés, et des thèmes récurrents apparaissent. Le personnage central est toujours une femme, et les hommes, s'ils sont présents, sont difformes, lointains, ou morts. Il y a une nostalgie, un besoin vital de conserver ses souvenirs qui traverse toute son œuvre. L'obsession de la rigueur et de l'ordre est la seule réponse au délabrement des lieux, à la perte de la mémoire. De plus, dans ce besoin de classement, les mathématiques ont une importance primordiale, et Ogawa a elle-même écrit avec un mathématicien un ouvrage sur l'extraordinaire beauté des nombres en 2006.

Pour plus d'informations sur Ogawa et le détail de son œuvre :  http://www.plathey.net/livres/japon/ogawa.html



Résumé

Hiroyuki, le compagnon de la narratrice Ryoko, s'est suicidé. Sans raison, il avalé de l'éthanol anhydre dans le laboratoire de parfum où il travaillait. Ryoko ne comprend pas et cherche des réponses. Pourquoi lui a-t-il affirmé que sa famille était morte alors que son frère et sa mère sont bien vivants ? Pourquoi lui a-t-il caché son talent pour le patinage et ne lui a-t-il pas dit qu'il avait été un champion des concours de mathématiques durant sa jeunesse ? Mais surtout, pourquoi s'est-il suicidé ? Ryoko va partir à la recherche de cet être mystérieux perdu à jamais, et tenter de trouver des réponses à Prague, lieu où sa vie semble avoir basculé des années plus tôt.



Le rêve

On retrouve là l'une des caractéristiques d'Ogawa, c'est-à-dire une poésie et un goût pour l'inexplicable. Ryoko a perdu « son » Rookie au sens littéral mais aussi figuré, puisqu'elle apprend que le surnom qu'elle lui donnait était en fait celui qui le suivait depuis sa plus tendre enfance. Mais au fond, elle ne sait même pas qui était le jeune homme en réalité. Elle n'a connu qu'une facette de lui, n'a vu que ce qu'il voulait bien qu'elle voie, il a une fois de plus contrôlé sa vie. Ryoko est perdue sans lui, elle est obsédée par sa disparition et ne cesse de revivre leurs moments à deux en se demandant s'ils étaient bien réels. La famille du défunt est tellement émerveillée par lui, vit tellement dans son souvenir, au point de passer des heures à astiquer ses trophées, que l'on se demande si un tel être a réellement pu exister. Depuis sa mort, Ryoko ne vit plus, et l'auteur décrit si peu ses sentiments que le lecteur a l'impression qu'elle est engourdie, spectatrice, comme dans un rêve.

Cet aspect onirique est évident dans la deuxième partie du roman, lorsque Ryoko découvre à Prague une grotte où vit un éleveur de paons et son troupeau. Elle comprend qu'Hiroyuki connaissait lui aussi cet endroit, et qu'il s'en est inspiré pour créer la parfum qu'il lui a dédié juste avant sa mort, Source de mémoire. C'est un espace à l'abri du monde, clos, sans bruit et où elle peut enfin cesser de se poser des questions. Soudainement, elle accepte l'inexplicable, ce qui est déroutant pour le lecteur. Mais au fond, cette attitude est logique, puisque liée au rêve. Dans un rêve, tout est banal, même le fait le plus étrange.



Le deuil

Bien que mort, Hiroyuki est omniprésent. Pour Ryoko, il est impossible de faire son deuil d'une personne qu'elle ne connaissait pas réellement, d'un étranger. Partir à la recherche de son passé, c'est inconsciemment vouloir être capable de lui survivre. Quelque part, elle se sent coupable de n'avoir pu empêcher le drame. Elle ne peut pas le laisser partir sans savoir qui il était vraiment. Elle veut comprendre ce qui a pu se passer, lui échapper. Ce livre est une sorte de voyage initiatique, presque un roman d'apprentissage où la narratrice devrait apprendre à vivre sans l'homme qu'elle aimait et à se détacher de ses souvenirs. C'est aussi une réflexion sur la mémoire et sur la capacité à se construire un avenir. La mère d'Hiroyuki est enfermée dans le passé de son fils aîné, elle passe ses journées à se remémorer ses victoires aux concours de mathématiques et à nettoyer ses trophées. Elle ne peut pas avancer, et on ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre elle et Ryoko. Il faut que la jeune femme arrive son deuil, sinon elle risque de basculer dans la même folie. De plus, elle rentre totalement dans la famille du défunt puisque Akira, son frère, l'appelle « grande sœur ». Ce voyage est donc peut-être le seul moyen qu'elle a de surmonter cette épreuve. Enfin, l'histoire est hantée par une question cruciale : que reste-t-il de nous après la mort ? Lorsqu'elle voit le cadavre d'Hiroyuki, Ryoko veut l'embaumer pour garder quelque chose de lui. Mais au final, elle découvrira à Prague que l'essentiel n'est pas le corps, mais la mémoire. Le jeune homme a falsifié sa mémoire, a dit tant de mensonges qu'il est impossible de connaître la vérité, mais il est si important dans la mémoire de son entourage qu'il laisse une vive trace de lui. Grâce à son voyage à Prague, Ryoko va pouvoir lui dire adieu, et peut-être commencer son deuil.



Alors que l'on pourrait croire ce livre débordant d'amour et de désespoir, il n'en est rien. Ogawa décrit très peu les sentiments de la narratrice, elle est presque amorphe. Mais quelques passages nous touchent particulièrement par leur intensité, et c'est là que se trouvent la poésie et le lyrisme de l'œuvre. Elle nous pousse à nous poser des questions. Tout d'abord, le lecteur veut évidemment découvrir les raisons du suicide d'Hiroyuki. Il n'y a pas de réponse, car un suicide est difficilement explicable. C'est un geste personnel, poussé par le passé de chacun, son histoire, d'où l'importance de la mémoire. Avec un passé aussi falsifié que celui d'Hiroyuki, la mémoire devient trouble, incertaine. Ensuite, on se pose des questions sur notre propre vie. Est-ce que je connais bien mon entourage ? Comment une vie peut-elle basculer ainsi ? Est-il possible qu'il m'arrive la même chose ? Ainsi, on peut dire que Parfum de glace est un livre marquant, auquel vous repenserez peut-être furtivement en regardant votre compagnon (compagne), un ou une amie, un membre de votre famille que vous pensez parfaitement connaître.


Laura, 1ère année Éd.-Lib.

 

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

Ogawa Yoko La mer

 

 

Article de Marine sur La Mer.

 

 

 

 

 

 

OGAWA YOKO Parfum de glace

 

 

 

Article de Tiphaine sur Parfum de glace.

 

 

 

 

 


 

Ogawa Yoko Cristallisation secrete

 

 

 

 

Article de Lola sur Cristallisation secrète.

 

 

 

 

 

ogawa tristes revanches

 

 

 

Articles de Marie et d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 

 


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Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

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Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

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Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 07:00

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Patti SMITH
Just kids
traduit de l’américain
par Héloïse Esquié
éditions Denoël, 2010.



 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Patti Smith naît à Chicago le 30 décembre 1946 et grandit à Pittman dans le New-Jersey. Jeune fille, elle a déjà, malgré une éducation religieuse relativement féroce, une forte attirance pour le rock’n’roll, et en particulier pour la figure de Brian Jones à qui elle voue un véritable culte. Elle dévore les écrits de Dylan Thomas, Burroughs ou Ginsberg et rêve d’une vie aussi mouvementée et intense que celle de son héros Arthur Rimbaud. À vingt et un ans, sa décision est prise : il faut quitter le New-Jersey pour investir Greenwich Village (lieu de rassemblement de tous les artistes underground du moment). C’est de cette époque où elle n’était pas encore chanteuse que va nous parler Patti Smith dans Just Kids, son premier roman autobiographique.



L’écrit…

Just Kids tient avant tout du roman d’initiation : c’est la Patti arrivée à New-York en 1967 après avoir confié son bébé qu’elle a eu trop jeune à une famille d’accueil, qu’elle a choisi de raconter. Elle débarque à New-York sans argent ; d’abord employée dans une librairie de Manhattan, Patti Smith rencontre Robert Mapplethorpe, celui qui allait devenir l’un des plus grands photographes américains, et dont elle deviendra la fidèle amie et confidente. Celui-ci la prend sous son aile et l’invite à emménager avec lui au célèbre Chelsea Hotel, à la pointe d’East Village, où elle rencontre de nombreuses personnalités artistiques. Sa propre pratique artistique y prend de la force : elle ne cesse de peindre, d’écrire et joue de la musique.



… et sa visée

Just Kids s’ouvre et se ferme sur la disparition de Robert Mapplethorpe mort, en 1989, du sida. À l’évidence, il ne s’agit pas d’un livre sur le rock’n’roll ; le jour précèdant la mort de Robert, Patti Smith lui avait promis d’écrire un livre sur leur amitié et l’amour qu’ils se portaient. Donc son but n’était pas d’écrire sur le rock. Car la musique, dans ce livre, Patti Smith en parle très peu ; d’ailleurs le récit s’achève avec ses premiers concerts au CBGB et l’enregistrement de son premier album en 1975,  Horses. Sa route l’a menée au rock’n’roll, mais avant, il y a eu Robert. D’ailleurs Patti Smith s’épanche librement et abondamment sur son amour/amitié éperdu(e) pour lui. Au détour des pages, des clichés savamment choisis mettent en lumière cette relation amoureuse. Patti Smith a su saisir ces instants éphémères d’un bonheur (leur bonheur) noué par des lendemains incertains. Elle écrit avec dévotion cette relation, faite d’une amitié complexe, exigeante, toujours en constante évolution.



Une rétrospective des années 60

Just Kids s’impose aussi comme une formidable cartographie du New York Arty (Lower East Side) où se prostitue Robert Mapplethorpe dans les chambres miteuses du Chelsea Hotel où elle vit avec lui, du hall de cet hôtel où elle croise William Burroughs au Max’s Kansas City où se rendent Andy Warhol et sa clique, centre de la bohème new-yorkaise. C’est un temps où l’underground était possible que saisit et restitue Patti Smith .C’est cette fidélité aux artistes qui ont su si bien l’inspirer que Patti Smith va décrire avec l’âme du poète transformant au fil des pages son autobiographie en un document chargé d’émotion, retraçant le monde artistique des années 60/70. Elle a compulsé, pour ce livre qu’elle a pensé et écrit pendant plus de treize ans, tous ses journaux intimes, où chaque détail était consigné, des coupes de cheveux qu’elle administre à Mapplethorpe à la lumière de la lune, ou l’atmosphère du New-York des années 60 ou 70. On comprend alors mieux la parfaite description (à la perle près) des colliers qu’elle fabriquait avec Robert ou le récit détaillé de sa première rencontre avec Allen Ginsberg. C’est en nous emmenant au plus exact de sa vie dans les années 60 que Patti Smith arrive à recréer cette ambiance et à la faire partager.



Le style marqué d’une poètesse.

Il est connu que les lyrics de Patti Smith sont poétiques, qu’elle a publié des livres de poésie, qu’elle voue un culte depuis son plus jeune âge à Rimbaud, mais l’écriture de Just Kids va au plus précis, évite les grandes phrases, les effets lyriques. Limpide et dénué d’amertume malgré les coups durs (le sida, la pauvreté…), son style restitue son exaltation avec une innocence toujours intacte. Elle voulait aussi écrire un livre sur la loyauté, la découverte de soi à travers la poésie, le rock ou la photographie.

Et que cela inspire d’autres générations. Ce sont des descriptions simples, belles et puissantes que l’on retrouve dans Just Kids, et qui nous permettent de nous replonger dans un univers méconnu, inattendu et aux multiples facettes.

« J’ai voulu écrire un livre qu’un non lecteur puisse lire, mais qu’un amoureux de la lecture puisse apprécier aussi. J’ai essayé de faire un film avec les mots, avec, en tête, la nouvelle vague française »

« Même si William Burroughs était mon ami, si je voyais Gregory Corso tout le temps, si Allen Ginsberg m’a beaucoup appris, je n’ai pas voulu leur consacrer trop de place et risquer de dévier de mon histoire avec Robert. Et puis à l’époque tout était différent, il n’y avait pas un culte de la célébrité comme aujourd’hui. À l’époque, je pouvais me retrouver assise dans une pièce à discuter avec Janis Joplin, un type des Byrds et un autre du Jefferson Aiplane, alors qu’ils étaient connus et que moi j’étais juste une gamine qui travaillait dans une librairie. Il n’y avait pas tant d’écart entre nous. Nous étions habillés pareil, avions à peu près le même âge, ils ne vivaient pas dans des VIP room. Ils venaient des années 60, des beatniks, des luttes politiques, sociétales. Ils inventaient une forme à mesure qu’ils vivaient et travaillaient »

C’est de cette invention que témoigne Just Kids et c’est pour cela qu’il apparaît un peu comme une ode à la création. Patti Smith parle du temps révolu de la Beat-Génération où de multiples arts étaient réunis (notamment au Chelsea Hôtel, épicentre des artistes new-yorkais) et où on pensait encore pouvoir faire bouger les choses. Just Kids est au final un concentré d’espoir et d’idéaux qui émergeait ces années-là. Mais aussi une ode à la vie car c’est avant tout un livre sur et pour Robert Mapplethorpe, son premier amour, celui avec qui elle s’est construite et grâce à qui elle est devenue la chanteuse d’aujourd’hui.


Ésilda, 1ère année Éd.-Lib.

 


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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 07:00

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Jack KEROUAC
Sur la route (1957)
éditions Gallimard, 1960

Folio, 2007

(Nouvelle édition

Sur la route-Le rouleau original

Gallimard, 2010

Sortie folio

1er avril 2012)

 

 


 

« Notre vie est un voyage
Dans l'hiver et dans la nuit
Nous cherchons notre passage
Dans le ciel où rien ne luit. »

Chanson des Gardes Suisses, 1793
(« Notes de premières pages »
de Voyage au bout de la nuit,
Louis Ferdinand Céline)


 

 

Les boîtes de Greenwich, « The village », New-york, l'aube de Mille neuf cent cinquante ou quelque chose. Bouillonnante, cœur d'artiste protestataire.

Le Jack, « Ti-Jean » pour ses relents de Bretagne, il y'a peu craché par l'édition, désormais verse et bave, valsé de monotonie rythmée, improvisée, précipitée jusqu'à perdre le souffle, son On the Road, déroulant en vagues orales son rouleau de trente-six mètres. Une pluie battante, une déferlante d'histoires déçues, perdues, d'issues volées au vent kilométré. Héros déchus, furieux, dépravés, retrouvés, brûlante folie et fous de vivre, le souffle haletant, trop heureux pour s'arrêter dormir. Bien trop fous pour se laver de toute parole, parler, toujours, sans s'interrompre. Assez fous pour avaler dix-mille miles au vent et rattraper le vent, rattraper le temps invendu, le temps ivre en fausses méditations.

Les cafés-boîtes jazz, le renouveau artistique ou culturel grouillent d'idées nouvelles, contre-culture, création plurielle. Alternative. Oubliés-cramés-sacrifiés le « Square »-le salaud, le publicitaire -marche-aux-mensonges,  la décence et sa bonne clique, vendeurs de rêve en machine à laver. On lit la poésie, à haute voix, on vit, le Jazz, « swing » plein les veines, vie bohème ici vivent écrivains, musiciens, jongleurs, contorsionnistes. Parmi lesquels, Kerouac (Sal Paradise), Burroughs (Old Bull Lee) Cassady (Dean Moriarty) et Ginsberg (Carlo Marx), compagnons d'idées, pensées lucides désespérées, rimbaldiens voyageurs du Bout de la nuit.

« De nuit, le Missouri, les champs du Kansas, les vaches nocturnes du Kansas dans de mystérieux espaces, des villes de boîtes de biscuits avec une mer au bout de chaque rue […] Enfonçons-nous dans la nuit occidentale à la suite de ces mauvais garçons au cœur pur, « enfants de la nuit bop », tricheurs d'Amérique et aussi d'ailleurs, hurlant leur peine, et que « Personne n'écoute là-haut ».



Puis en voiture la « Beat generation » ; « Beatmen » désolidarisés, solitaires, esclaves ou liberté, enfuis et amers. « Je est un autre », Je est « qu'importe », San Francisco-NewYork-New York-Frisco- Onze collines-Douze allers-Quinze retours-Rocheuses-Denver-Chicago-Detroit... « Road is life » vous diront Vagabonds solitaires, Clochards Célestes, paumés-marginaux shootés à la vie, d'Est en Ouest, Nord au Sud, héroïnoman du blues de Mexico à Big Sur, Californie.
   
L'Ouest et les Pionniers, mysticisme en Amérique, la Route, le vice, l'alcool, la poussière, de regrets ou d'espoirs, des étoiles des gamins, voitures volées, « à cent mille à l'heure qu'il vrombissait Dean » des vieux et des filles, Marie-Jeanne-trompe-la-faim, héroïnes faciles ou pas, fuir les villes surtout, démentes et puantes jusqu'ici les montagnes puis la quête passionnée Frisco, toute en collines et « descentes ». Calme plat, brouillard, lendemain difficile toujours pour l'Amérique schizophrène.

« On vit la Nouvelle-Orléans dans la nuit devant nous, pleins de joie. Dean se frotta les mains au-dessus du volant. "C'est maintenant qu'on va s'en payer !" Au crépuscule, on fit notre entrée dans les rues fredonnantes de la Nouvelle-Orléans. "Oh ! Flaire le peuple !", gueula Dean en passant la tête par la portière, reniflant. "Oh ! Dieu ! Oh ! Vie !" Il évita un tramway d'un coup de volant. "Oui !" Il éperonna la bagnole et reluqua les filles dans toutes les directions. "Celle-ci, visez-là !" »



Vivre sans repos, sans prévisions, sans objectifs sinon que viles filles, villes de passage et camarades, et de l'alcool parfois pour sentir vivre, sentir en soi le souffle instable-impatient des imprévus, de virées sans fin, de rencontres hasardeuses, puis attraper l'instant d'extase, qui vous laisse croire que c'est unique, que l'on peut parfois être heureux, dès lors frottés d'une vie brûlante et sulfureuse. -D'une vie- d'Audace, Be-Bop et benzédrine. Improvisation-perception. Du cœur-des sensations. Essoufflé-nouveau né.

« Quel est ce sentiment qui vous étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous les voyez rapetisser dans la plaine jusqu'à, finalement, disparaître ? C'est le monde trop vaste qui nous pèse et c'est l'adieu. Pourtant nous allons tête baissée au-devant d'une nouvelle et folle aventure sous le ciel ».


Nicolas, 1ère année Bib

 

 


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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 08:24

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Darina AL-JOUNDI
Mohamed KACIMI
Le jour où Nina Simone à cessé de chanter
Actes Sud

Collection « Bleu », 2008

Babel, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

«– Arrêtez ce coran de malheur !


Je ne sais pas pourquoi j'ai crié. Mais je devais crier pour ne pas trahir la promesse faite à mon père : ne laisser personne lire le Coran à son enterrement. »


Le jour où Nina Simone a cessé de chanter est un roman autobiographique. La narratrice, Darina Al-Joundi, a confié le récit de sa vie à l’écrivain Mohamed Kacimi. De cette collaboration est né un livre ainsi qu'une pièce de théâtre qui aujourd'hui encore est jouée par Darina Al-Joundi.

Son histoire tient en 158 pages. Elle commence à sa naissance, en 1968, à Beyrouth, au Liban. Elle raconte son enfance et son éducation en contradiction avec les valeurs traditionnelles de son pays. Nous sommes au Liban, dans un pays en majorité musulman et déchiré par des guerres de religions. Chacun a sa place et surtout un rôle, imposé par la société.

Darina Al-Joundi  va sortir de ce moule dès son enfance. Son père, fervent laïc et anticonformiste, va l’élever dans le but d'en faire une femme libre, même si cela déplaît à son entourage ou le choque. Il va lui transmettre ses valeurs spirituelles, politiques ainsi que son mode de vie en contradiction avec sa société. Le but donné à sa fille : acquérir les moyens de se défendre et de choisir comment construire sa vie. Les femmes ont un rôle défini, une image à tenir ; Darina n'en aura pas, dans la mesure du possible. Cependant, les choix de son père en matière d’éducation provoquent de vives réactions.

«  – Tu es fou,déjà que tu es athée tu veux en plus faire de tes filles des putes. Tu leur donnes des cours d'ivresse, tu n'a pas honte !


Mon père toujours hilare lui a lancé :


– Je n'en fais pas des putes, pépé, j'en fais des femmes libres. »

 

 

Ce qui nous marque, dans ce livre, c'est l'esprit de la narratrice, farouchement attachée à sa liberté et prête à mener sa vie comme elle l'entend. Ce sentiment est renforcé par l’écriture, tout aussi libérée, de ce témoignage. Les mots sont crus, pas de fioritures, c'est avec un langage familier que nous est racontée l’histoire. Cela permet entre autres aux lecteurs d’être au plus près des personnages et de se projeter dans les situations. Le récit est dur mais cela marque l'importance des faits racontés.
 
 On évolue dans l'histoire et les traditions d'un pays. À travers le récit, nous est dépeint le Liban, pays déchiré par les traditions, les règles sociales, les religions et surtout les guerres et les massacres. La violence présente rythme le récit et alimente la réflexion de la narratrice sur la violence, les conflits entre les hommes et sur leur folie.

« Le 6 décembre, son père, armé d'un arsenal, descend dans Beyrouth et exécute à lui seul soixante-quinze personnes […] Là, j'ai commencé à sentir que cette guerre allait transformer en loups à la fois les bourreaux mais aussi les victimes. »

 

 

 

La religion est très présente dans ce récit. Deux points de vue sont donnés au lecteur ; tout d'abord les rites ou coutumes sont décrits au plus juste, avec même beaucoup d'innocence et de naïveté. Mais aussi avec un certain recul ; on contemple la scène en même temps que la narratrice. Cependant, le côté critique est présent et interprété par le personnage du père. Celui-ci est souvent très dur et sans retenue.

« — Tout ça, c'est la faute aux religions, c'est ce foutu bon dieu qui fout la merde partout. Le jour où l'on transformera  en bordels les églises et les mosquées, nous serons tranquilles. »

 

 

 

En parallèle, on voit Darina  Al-Joundi grandir et nous raconter son histoire dans un récit « audacieux, impudique et bouleversant ». Malgré la dureté des faits racontés, le récit garde un côté bon enfant, et ce grâce aux nombreuses anecdotes que nous conte la narratrice. Elle nous fait partager ses sentiments mais aussi ses premières expériences sans retenue. Alcool, sexe, et relations, elle confie tout avec liberté.

 


Ce livre nous fait découvrir tout un univers à travers un esprit provocateur et farouchement attaché à sa liberté. Malgré une histoire assez noire, le récit est léger et facile à s'approprier.


Anne-Morgane, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

 

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:00

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Malcom LOWRY
Au-dessous du volcan
Under the Volcano, 1947
traduction Stephen Spriel
Au-dessous du volcan
Gallimard, 1959
Folio, 1973






 

 

 

 

 

L’auteur

Malcolm Lowry est né en Angleterre en 1909 et conçoit très vite le projet de devenir écrivain. Il est accepté à Cambridge en mars 1929 et découvre l’écrivain Conrad Aiken. L’influence de celui-ci sur Lowry est décisive, il lui insuffle notamment l’idée que le malheur est le terrain d’élection du génie littéraire. Lowry met en chantier Au-dessous du volcan dès 1936. Mais son œuvre va traverser plusieurs difficultés avant d’être publiée. En 1940, une première version achevée du roman est refusée par douze éditeurs, Lowry se remet donc au travail. Lors de l’incendie de sa maison (juin 44) au cours duquel plusieurs de ses manuscrits brûlent, le Volcan est sauvé de justesse. Trébuchant à plusieurs reprises, l’œuvre est à l’image de son créateur, toujours fragile et toujours proche du précipice. Paru finalement en 1947, Au-dessous du volcan est considéré comme le chef-d’œuvre de Malcom Lowry, mais aussi comme l’un des grands ouvrages littéraires du XXe siècle.



Résumé

C’est la vie d’un homme en perdition, celle d’un alcoolique, d’un Consul, Geoffrey Firmin, exilé au Mexique. Le roman débute véritablement au deuxième chapitre, le jour de la fête des morts en 1938. Le consul retrouve sa femme Yvonne, qui l’avait quitté un an plus tôt et avec qui il est en instance de divorce. Yvonne a trompé Firmin il y a un an avec Jacques Laruelle, un résident de Quauhnahuac. Pendant toute une année, elle a écrit à Geoffrey des lettres tendres et désespérées auxquelles il n’a pas répondu, et pour cause. Quand Yvonne finit par revenir, la première carte qu’elle envoya après son départ un an plus tôt arrive enfin au Mexique, retardée par des problèmes postiers.

Yvonne et Geoffrey s’aiment encore, et n’ont jamais cessé de s’aimer mais, en dépit de leurs efforts, ils ne parviennent pas à se rejoindre. La séparation n’est pas entre eux, elle est en chacun d’eux... Se déroulant entre le lever et le coucher du soleil, les événements qui forment l’ossature de l’histoire, vont malmener les personnages, en  les faisant  s’aimer et se détester, se trahir et se quitter, se retrouver et se perdre... 



L’enfer en toutes lettres

L’enfer dans Volcano n’est pas celui qu’on retrouve après la mort, une fois le jugement établi. Non, ici l’enfer est lié à la condition humaine, à l’incapacité de saisir le bonheur, la rédemption, la réconciliation, alors qu’ils sont à portée. L’homme ne maîtrise pas tout, il est confronté à ses propres limites et souffre. L’enfer est ici un lieu ou un état de torture : ici torture due notamment à l’alcool mais pas seulement. Le Consul est aussi un personnage velléitaire, comme en témoigne le fait qu’il ne parvient pas à écrire son ouvrage sur la kabbale. Si la difficulté d’être saute aux yeux en ce qui concerne le consul, elle est partagée par Yvonne et par Hugh (le frère du consul qui séduit Yvonne), qui vivent l’un et l’autre un déchirement intérieur, rendu visible lorsque l’un et l’autre reviennent sur leur propre vie (Hugh dans le chapitre 6 et Yvonne dans le chapitre 9). L’enfer apparaît comme une expérience individuelle et universelle, elle s ‘inscrit d’ailleurs dans un ensemble plus vaste, puisqu’à cette date, le monde est au bord du gouffre du point de vue historique, l’ombre de la guerre d’Espagne, répétition générale à certains égards du conflit mondial qui débute peu après en Europe, plane sur le roman.



L’expérience de l’enfer

Le choix auquel est confronté le Consul est donc le suivant : renoncer à boire et retrouver Yvonne ou basculer définitivement dans l’enfer en continuant de boire. Or, le constat du Consul est : « Mais voilà ce que c’est de vivre en enfer ». Il met ainsi  en relief le fait que l’enfer n’est pas seulement un avenir. Geoffrey se rend compte qu’il est incapable de prendre une décision qu’il sait pourtant  bénéfique pour lui, le Consul fait déjà l’expérience de l’enfer.

Tout au long, l’œuvre est parsemée de multiples références à l’enfer et à la mort. Un élément traditionnellement rattaché à l’espace infernal est ainsi convoqué dans le roman, il s’agit de la roue. Attraction foraine dont la portée symbolique est manifestée à plusieurs reprises : il s’agit d’une « machina infernal » comme l’indique un panneau et le mouvement qu’elle dessine rappelle celui de la roue d’Ixion. (Puni par Zeus, Ixion est attaché à une roue enflammée qui tourne sans cesse). Lorsque par la suite, le Consul monte dans la roue pour échapper à des enfants harceleurs, la construction géante apparaît comme un instrument de torture, conformément à la tradition mythologique mais aussi comme un monstre vivant. Le Consul fait ici métaphoriquement l’expérience de l’enfer. Firmin est seul, tête en bas, torturé, tout proche de la mort, le monde tourne autour de lui, tout autant qu’il peut tourner lorsqu’il est sous l’emprise du mescal. Les quelques instants passés à bord de la roue dessinent à grands traits l’existence même du Consul, isolé et ballotté par les événements.

S’il donne à lire l’histoire pathétique d’une descente aux enfers, le roman est aussi une torture pour le lecteur qui garde constamment à l’esprit grâce aux présages, aux annonces, et aux symboles disséminés dans le texte, la menace qui plane. Alors même que l’issue est connue, dès les premières pages du roman, une tension s’installe, construite à partir du savoir dont dispose le lecteur, bien supérieur à celle d’un personnage qui s’estime encore à distance rassurante de sa propre mort.



Avis

Au-dessous du volcan est un magnifique roman qui ne laisse pas de marbre et nous entraîne chacun dans nos régions reculées. C’est également sans doute l’une des plus belles et des plus poignantes histoires d’amour écrites. Bourreau de lui-même, artisan de son propre malheur, Geoffrey Firmin, à l’image  du scorpion qui ne cesse d’apparaître à ses côtés, est ce genre d’homme capable de se donner la mort quand il se sent en danger. Le poison coule finalement depuis toujours dans ses veines, et lui seul peut décider de s’injecter la dose fatale.Ce qui marque d’autant plus la lecteur, est que l’œuvre rejoint intimement le créateur, ou bien peut-on dire l’inverse. Faisant de là un véritable écho aux splendides paroles d’Antonin Artaud : «  Ce que vous avez pris pour mes œuvres, n’était que les déchets de moi-même, ces raclures de l’âme que l’homme normal n’accueille pas ».



Phrases

« Comme ils allaient vite, comme ils allaient trop vite ! Au milieu de notre vie, au milieu de la sacrée route de notre vie... »


« Comment avait-il pu penser tant de mal du monde quand le secours avait été là de tout temps ? »


« Et peut être est-ce heureux que j'aie pris du whisky puisque l'alcool aussi est un aphrodisiaque. Ne jamais oublier non plus que l'alcool est une nourriture. »


« Lève la tête Geoffrey Firmin, exhale ta prière d'actions de grâces, agis avant qu'il ne soit trop tard. Mais le poids d'une lourde main semblait lui maintenir la tête baissée. »


Amélie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 07:07

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Etgar KELLER
La Colo de Kneller
Traduit de l'hébreu
par Rosie Pinhas-Delpuech
Actes Sud, 2001
Babel 2011.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Etgar Keret est l'un des auteurs majeurs de la nouvelle génération en Israël. Il est principalement reconnu pour ses bandes dessinées et ses films (Les Méduses). Né en 1967, il ne commencera à publier qu'en 1992, essentiellement des nouvelles. Et ce, durant son service militaire. Son travail est reconnu à la fois par les autorités artistiques, avec de nombreux prix, mais aussi par le jeune public.

Sa mère lui disait qu'il était comme un écrivain polonais en exil en terre d'Israël. Il a pris pour lui cette définition et voit l'identité d'un homme comme le résultat de l'environnement mais également comme quelque chose de propre à chacun. Comme un héritage qui lui permet de voir les choses autrement et de ne pas se sentir pleinement chez lui où qu'il soit.

Les traductions françaises sont disponibles chez Actes Sud



Hayim s'est suicidé, il n'avait pas espéré grand chose d'une éventuelle vie après la mort. Il a en tête quelque clichés : « des sons, comme un sonar, et des gens qui flottaient dans l'espace ». Pourtant c'est tout autre chose qui l'attend, ou plutôt un lieu très semblable à la vie : il faut travailler pour vivre, se trouver un loyer... Hayim trouve donc un travail dans une pizzeria et vit avec un collègue allemand un peu maniaque.

Hayim et Ari se rencontrent au Mort Subite, le seul bar un peu plus fréquentable que les deux autres de la ville. Les tendances suicidaires n'enlèvent rien au besoin de nouer contact avec les gens dans cette ville éteinte. Ari lui présente sa famille, tous les cinq réunis après leurs suicides respectifs : un semblant de famille un peu lugubre mais qui réconforte Hayim. La nostalgie point dans le coeur du jeune homme, ses parents arriveraient presque à lui manquer. Mais aussi son ancien amour Erga, qui a dû certainement beaucoup pleurer à son enterrement et se laisser réconforter dans d'autres bras.

Le rituel de la tournée des bars s'installe, à nouveau la routine. Après quelque temps, Hayim ne tient plus : il faut que quelque chose se passe ! Mais la sanction tombe de la bouche d'Ari : « Il faut que tu comprennes, Hayim, le fait qu'il ne se passe rien est un axiome. » (p 22). Au hasard d'une conversation, Hayim apprend que sa bien-aimée est également ici, dans cette ville sans horizon, sans perspective. Comme Orphée descendit chercher Eurydice, Hayim se lance à sa recherche. Un road trip bousculant leur rythme habituel. La ville s'étiole mollement autour d'eux. Leur voyage ne sera que diurne, les phares de la voiture sont impossibles à réparer et, comme rien ne change ici, personne n'interroge les incongruités de la vie. Sur le chemin, ils prennent en auto-stop une jeune fille, Lihi, qui se dit là par erreur. Avec Hayim, elle est là seule à vouloir se rebeller contre ce monde, elle cherche les « responsables de l'endroit » pour la faire rentrer (autrement dit, la ramener à la vie ou au moins l'amener au paradis). Après plusieurs jours de quête infructueuse, les trois compagnons de voyages rencontrent Keller, qui les invite dans sa maison. Un panneau peinturluré annonce malicieusement « La colo de Kneller » : une seule règle, savoir lâcher prise pour que quelque chose arrive – enfin – : des petits miracles en tout genre. Changer l'eau en vin, marcher sur l'eau, faire pousser des fleurs juste en effleurant le sol est possible si l'on n'y réfléchit plus.

La colo de Kneller n’est cependant pas la fin de l'aventure, Hayim sent que Erga n'est plus si loin de lui.



Etgar Keret rend possible un monde mortuaire de suicidés où l'humour reste toujours présent. A ce titre on retiendra la rencontre avec le chanteur Kurt Cobain qui ne saurait que faire sourire.

«Ari a amené son copain, Kurt, l'ancien chanteur de Nirvana, ce qui l'impressionne beaucoup, mais en fait c'est le mec gonflant au possible. [...] Une fois qu'on en a fini – avec toutes les douleurs qui vont avec, et je vous assure, vous ne pouvez pas savoir comme ça fait mal –, on n'a aucune envie d'écouter quelqu'un dont l'unique souci est de chanter à quel point il est malheureux. Si on en avait quelque chose à branler, au lieu d'arriver ici on serait encore en vie, avec un poster déprimant de Nick Cave au-dessus du lit.» (p 14-15)    ;

L'humour est toujours présent et fait de La Colo de Kneller un texte court, loin du lamento sur la mort auquel on pourrait s'attendre. Ce point de vue sur la mort vient certainement du fait que la mort se révèle aussi dérisoire que l'a été la vie : il n'y finalement rien de mieux. Il faut s'adapter encore une fois à un monde sans promesses, un peu terne. Le monde où on les laisse a toutes les caractéristiques d'une prison éternelle, le temps est monotone, les mêmes obligations régissent les « vies » (travail, loyer...) : puisqu'on ne peut pas y échapper, autant prendre les choses avec dérision et distance.

Une autre originalité délicieuse ponctue le texte : l'unique ligne annonçant le contenu du chapitre à suivre. La reprise de cet ancien code littéraire donne un ton solennel qui contraste avec le contenu du chapitre et même le style qui reste, lui, décontracté («Où Lihi raconte à Hayim une chose intime qu'Ari s'obstine à qualifier de baratin» p 59).

La simplicité du récit et du style n'enlève rien aux réflexions percutantes sur la société, les habitudes, les relations humaines. Les échos entre le monde des vivants et celui des suicidés se multiplient : Ari, en voyant des Arabes le long de la route, perpétue les vieilles querelles qui avaient déjà lieu « en haut » ; Lihi ne peut s'empêcher de chercher des dignitaires pour la faire sortir d'ici comme si la société était encore organisée.



À ce titre, La Colo de Kneller peut se lire comme un court récit sur la quête humaine du sens de l'existence, même s'il ne s'agit plus d'une vie à proprement parler. Il faut pour supporter ce temps qui s'allonge indéfiniment sans changement qu'il y ait une fin, quelque chose à attendre. Les personnages ont beau avoir renoncé au sens de leur vivant, ils s'y raccrochent une fois morts. C'est dans cette logique que la recherche d'Erga, même infructueuse, est un acte contre la mort. Les personnages vont avoir quelque chose à faire. Comme Ulysse luttant pour retourner à Ithaque, Hayim, Lihi et Ari continuent d’aller de l'avant même si renocer à ce projet quasi impossible serait plus aisé. Hayim et Lihi attendent tous les deux une rencontre (respectivement celle d'Erga et celle des autorités compétentes) qui est censée bouleverser leur existence pour quelque chose de meilleur. La rencontre avec Kneller va les arrêter en chemin à double titre. À la fois parce que les trois personnes vont prendre le temps de connaître la colonie et y restent plus longtemps que prévu. Mais aussi parce que Kneller et sa colonie donnent une nouvelle orientation à la vie de suicidés d'Hayim, Ari et Lihi. Kneller va leur apprendre à ne plus réfléchir, ne plus penser consciemment ce qu'ils font pour qu'enfin ils puissent comme tous les autres membres du groupe réaliser des miracles. Le sens ne doit plus être cherché : il vient de lui-même. Cependant, Hayim et Lihi ne pourront se contenter très longtemps de cette vie avec Kneller et les siens.



La Colo de Kneller est une petite parenthèse de 88 pages d'humour, d'originalité qui laissera à chacun le plaisir de plusieurs interprétations. Le style lapidaire a l'efficacité de croquer rapidement des enjeux existentiels sans les aborder de front. Une vie après la mort, peut-être, mais encore faut-il accepter de ne pas espérer qu'elle ait un sens.

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« Je ne pense pas que la littérature offre une vie meilleure mais elle peut créer une cohérence dans quelque chose qui est absolument arbitraire. Le besoin d'écrire c'est un besoin de survie. Mon entrée dansle monde de la littérature n'était pas une tentative d'échapper au monde mais de donner un sens au monde » (Etgar Keret)

 

L’œuvre d'Etgar Keret a été adaptée au cinéma sous le titre de « Petits Suicides Entre Amis » ; le film est assez respectueux du texte.

Le site de l'auteur : http://www.etgarkeret.com/


Clotilde P., 1ère année Éd/Lib

 


 

Etgar KERET sur LITTEXPRESS

 

etgar keret un homme sans tete

 

 

 

Article de Clémence sur Un homme sans tête

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 07:00

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Howard BUTTEN
Monsieur Butterfly
titre original : Mr Butterfly
traduit de l'anglais
par Jean-Pierre Carasso
editions du Seuil, 1987


 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Howard Butten est né en 1950. Il est psychologue et va se spécialiser dans l'étude des enfants autistes à la suite d'une rencontre avec un enfant nommé Adam Shelton. Il est aussi un clown nommé Buffo.

Il est l'auteur du livre Quand j'avais cinq ans je m'ai tué.



Résumé

Hoover Sears est clown professionnel. Il n'éprouve plus aucune passion pour son métier. Un jour, alors qu'il est en train d'exercer sa profession pour des enfants à l'hôpital, il apprend que le service réservé aux patients atteints de maladies mentales va changer de politique ; il faut trouver pour tous les enfants de ce service de nouveaux logements. Il décide d'arrêter son métier pour consacrer son temps à quatre enfants en échange d'une rénumération de 700 dollars par mois et par enfant. Au fur et à mesure que les jours passent de vrais liens commencent à se créer entre eux. Mais un jour, la commission des Méthodes et Moyens veut reprendre les enfants. Pour Hoover il n'en est pas question. Il va donc tout faire pour pouvoir les garder.



Les enfants dont il décide de s'occuper sont :

– Tina, la seule fille. Elle est née avec ses deux jambes à l'envers (tournées vers l'arrière). Elle a douze ans. Elle se trouve dans le service des maladies mentales car son esprit a été déformé par l'attitude de ses parents à son égard. Effectivement, ils rêvaient d'avoir une fille danseuse, donc ils n'ont pas supporté l'idée de se retrouver avec une enfant handicapée. Malgré cela elle a une intelligence supérieure à la moyenne. Elle reprend même parfois Hoover.

– Harold : il a douze ans comme Tina. Pendant dix ans, il a été victime de son père qui l'attachait au pied d'un lit de fer dans le sous-sol et le battait avec un tuyau d'arrosage.


Mickey : il a onze ans. Il est schizophrène. Il peut manger n'importe quoi ; aussi bien des lacets que des plantes. Il utilise plusieurs voix pour parler.
 
– Ralph : Il a une trisomie 21. Il peut se montrer agressif comme adorable. Il parle de manière incompréhensible pour la plupart des gens sauf pour Hoover qui dit le comprendre.



Le titre

Le titre de ce livre fait référence à l'opéra italien Madame Butterfly de Puccini, lui-même inspiré du roman de Pierre Loti Madame Chrysanthème. Cet opéra raconte l'histoire d'un Américain de passage au Japon, Pinkerton, et d'une jeune geisha nommé Cio-Cio-San et surnommée « Madame Butterfly ». Ils se marient et ont un enfant. Mais Pinkerton doit repartir en Amérique et laisse donc Cio-Cio-San seule avec l'enfant. Cette dernière attend désespérement le retour de Pinkerton qui effectivement va revenir mais sera acommpagné de son épouse américaine. Cio-Cio-San décidera alors de leur laisser l'enfant et de se donner la mort avec le sabre de son père.

Cet opéra est souvent cité dans le livre et Hoover va décider de le mettre en scène pour la commission des Méthodes et Moyens. Il souhaite interpréter le rôle de Madame Butterfly car il ne se sent pas vraiment à sa place dans ce monde et il dit lui-même en parlant de Madame Butterfly : «  ce monde dans lequel elle ne peut pas vivre ». D’autre part, la geisha a un visage poudré de blanc qui peut rappeler le déguisement de clown ; il dit d'ailleurs en parlant des déguisements : «  nos déguisements n'étant que nous-mêmes sous le couvert desquels nous avons vécu depuis toujours. ».



Avis

Pour moi ce livre est une histoire d'amour. Mais pas une histoire d'amour commune, c'est à dire le sentiment amoureux entre deux personnes. Une histoire d'amour entre ce clown qui semble abÏmé, malheureux et ces quatres enfants. On se demande qui a le plus besoin de qui. On se rend compte que les enfants deviennent la raison de vivre de Hoover, sa seule famille. On ne peut s'empêcher d'être ému et d'avoir de la peine pour ces personnages attachants. Ce livre peut se lire et se relire, la fin ne laisse jamais indifférent.


Emmanuelle, 1ère année Bib.

 

 


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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 07:00

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Mark Z. DANIELEWSKI
Les lettres de Pelafina
The Whalestoe letters, 2000
traduit de l’américain par Claro
Denoël, coll. Denoël et d’ailleurs, 2003
Gallimard,coll. Folio, 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Mark Z. Danielewski est un écrivain américain, fils du réalisateur Tad Danielewski, cinéaste d'avant-garde. Il a écrit trois ouvrages qui ont remporté, pour chacun d'entre eux, un succès critique unanime, malgré leurs formes peu conventionnelles. D’ailleurs, son plus célèbre livre, La Maison des feuilles (fruit de douze années de travail), a été souvent vu comme une satire de la critique académique. Et en effet, comme on pourra le constater un peu plus tard, Danielewski se plaît à utiliser des mises en page inhabituelles, des narrations, des styles et des genres sans cesse croisés. Dans son dernier roman, Only revolutions, il juxtapose deux récits, les récits des deux héros. Il peut ainsi se lire à l'endroit, mais aussi à l'envers.
 
Les lettres de Pelafina est un roman épistolaire écrit par Mark Z. Danielewski paru en 2003 aux éditions Denoël. Certaines de ces lettres étaient à l'origine contenues dans La maison des feuilles. Onze sont cependant inédites. Il s'agit donc ici d'une sorte de prolongement d'un roman.



« Cette vieille femme a la beauté de la soie mais elle est prisonnière d'un vieux métier délabré. » Cette femme, c'est Pelafina H. Lièvre, une mère brillante mais malade, qui ne cesse d'écrire avec amour à son fils, Johnny Truant, depuis l'institut psychiatrique Whalestoe. Une folle, mais qui, selon un employé de l'institut, Walden D. Wyrtha, est dans un état assez singulier :

« Le temps ou une puissance supérieure a veillé à ce que ses pensées, bien que miraculeuses, puissent à tout moment se disperser tels des oiseaux surpris par une détonation. Et parfois revenir. Parfois non. »
 
Ces lettres de Pelafina nous dévoilent le drame de l’anéantissement d’une femme par la maladie et l’internement psychiatrique. Gâchis tragique, elle est d’une éminence rare : son langage soutenu et l’emploi de citations latines montrent d’ailleurs qu’il s’agit d’une plume particulièrement cultivée. Cependant, on ne peut que constater dans certaines lettres si brillamment mises en page par Mark Z. Danielewski, sa démence et son délire grandissant. L’écriture de ces lettres apparaît alors comme la seule issue pour survivre à son internement. Elle y délivre un amour incommensurable à un fils dont on ne sait presque rien, et qui, aspect surprenant du livre, ne répond jamais. Seules les lettres de Pelafina sont ici publiées. Lui répond-il vraiment ? Le doute est toujours permis pour le lecteur ne sachant qui croire : la mère folle et son amour sans limites ; ou l’employé de l’Institut, qui publie des indices au cours du roman prouvant qu’une correspondance a existé entre la direction de l’Institut et Johnny.
 
Le roman est divisé en trois parties distinctes, comme pour souligner l’évolution (et la déchéance inévitable) de l’écriture (et donc de l’état mental, car les deux sont toujours liés ici) de Pelafina. Et c’est seulement, au final, dans la deuxième partie que le personnage est véritablement atteint de démence : elle devient paranoïaque, invente des nouveaux personnages (le nouveau directeur) et surtout se renferme fatalement sur elle-même. Les lettres deviennent de plus en plus extravagantes, et ses signatures se limitent parfois à son initiale, un « P ». Alors que, dans la troisième et dernière partie, la mort approchant, Pelafina semble être dans une grande lucidité, sachant sans doute consciemment que la fin est proche. Elle écrit à son fils Johnny comme si elle n’était déjà plus là, cherchant à le rassurer sur elle et sur le monde, avant de le prévenir, très humoristiquement, que son père (déjà décédé) va venir la chercher, et que les préparatifs et la paperasse accompagnant ce départ l’épuisent. Image même d’une femme suprêmement lucide, généreuse, belle et intelligente malgré une maladie qui la terrassera inévitablement.



Mark Z. Danielewski emploie ici des procédés littéraires spécifiques dans le but d’offrir une retranscription surréaliste de la tragique déchéance mentale de Pelafina. Au-delà de procédés déjà bien connus (préface d’éditeurs, avant-propos d’un employé de l’institut, notice nécrologique et photo d’une des lettres), l'œuvre de Danielewski trouve son originalité dans la manière formelle d'aborder la folie du personnage principal. Les lettres, qui se succèdent de façon chronologique, expriment au plus près l'instabilité mentale de Pelafina. On pourra ainsi trouver, au milieu de lettres poétiques et émouvantes écrites dans une extrême lucidité par le personnage principal, des lettres douloureuses particulièrement déconcertantes au niveau de la forme ou même au niveau typographique. Ainsi, il n’est pas surprenant de tomber sur des lettres avec des mots en tous sens, des phrases à l’envers, des caractères inconnus de l’alphabet, des suites de mots sans sens logique ou encore une suite de mêmes mots répétés. Parfois la disposition des mots sur la page rappelle la disposition poétique. Plus ahurissant encore, cette lettre codée qui se déchiffre en lisant seulement la première lettre de chaque mot. La lecture n’en est que plus complexe pour le lecteur mais l’auteur peut ainsi illustrer d’une remarquable manière le développement de la paranoïa du personnage principal. Des trouvailles qui font forcément penser à l’écriture d’Apollinaire, même s’il ne s’agit pas ici de calligrammes. Ces effets ne sont pas gratuits, ils soulignent simplement le déroulement d’un récit, et témoignent d’un bouleversement de la forme littéraire : la rupture avec l’unidimensionnalité du texte imprimé.
 
Danielewski, dans un entretien, considère que cette typographie ici utilisée n’est ni unique ni révolutionnaire, mais qu’il a été en revanche fortement influencé par le langage cinématographique pour tenter de faire vivre une expérience nouvelle au lecteur :

« La grammaire des images sait reconnaître comment les contrastes de couleur, la forme, les lignes et les mouvements, mais aussi le rythme des séquences, la maîtrise des trajectoires oculaires entre un cadre ou un autre, comment ces méthodes peuvent intensifier l’expérience du spectateur. L’utilisation de ces techniques sur du texte m’a permis d’intégrer sens et expérience dans la disposition même du livre. »



Ci-dessous, un documentaire produit pour France Culture, d’Irène Omélianenko et François Teste, sur l’histoire de femmes internées en psychiatrie. Il s’agit plus précisément  de la juxtaposition d’un témoignage réel d’une femme internée et d’une lecture des lettres de Pelafina. Lecture particulièrement intéressante au vu de la singularité et de la complexité formelle de l’ouvrage.
 
 http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-10-11-champ-libre-25-les-enfermes-lettres-de-pelafina-rediffusion-2011-03-15
 
 
Quentin, 1ère année Bib.

 

 


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