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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 09:00

 

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Pauline GEDGE

Amenhotep l’élu des dieux

Titre original

The Twice Born

Traduction de Daniel Garcia

Pauline Gedge, 2007

Éditions France loisirs, 2009

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

 

http://www.paulinegedge.com/aboutpauline.htm

(Site en anglais, créé par l'auteur !)

 

 

 

Résumé du livre

 

Amenhotep l’élu des dieux est le premier tome d'une trilogie consacrée au personnage historique éponyme.

 

Huy, fils d'Hapou, est un enfant gâté et égocentrique issu d'une famille de paysans du delta du Nil. Grâce à l'aide de son riche oncle Ker, la famille peut l'envoyer étudier à l'école de scribes d'Heliopolis, dans le temple de Râ. Ce qui était une corvée pour le jeune enfant devient bientôt un vrai plaisir bien qu'il soit le seul enfant issu d'un milieu social modeste dans l'école. Mais son existence bascule le jour où Sennefer, cancre malveillant, le tue par accident. Sa mystérieuse résurrection attirera à Huy bien des tourments et des curiosités, sans compter son amour à sens unique pour Anoukis, la sœur de son meilleur ami.

 

 

 

L'œuvre

 

L'œuvre se construit de façon similaire à un journal autour du personnage de Huy, dont les peines comme les joies nous sont contées avec une grande minutie. Régulièrement, on trouve une page blanche et une ellipse qui semblent signifier le début d'un nouveau chapitre bien qu'il n'y ait aucun titre à ceux-ci. Le tout rythme les différentes étapes les plus importantes de la vie du jeune garçon comme un refrain, de même que les mois de Paophi, dans lequel se situe l'anniversaire de Huy, et d'Epiphi, signalant le début des moissons, la fin de la décrue et donc la période à laquelle les différents lieux peuvent être rejoints. C'est là que se déroulent beaucoup de moments importants. Ces périodes, tantôt d'immobilité, tantôt de nouveauté, font penser aux battements d'un cœur, celui de Huy qui est encore vivant. Après sa résurrection, le récit ralentit jusqu'à s'arrêter dans un lieu précis : celui où les dons de divination vont mener Huy et sa servante Ishat à une vie sédentaire et routinière.

 

L'histoire est racontée avec des mots simples, un ton enfantin, qui nous plongent dans la peau du jeune garçon. Grâce au style de l'auteur on arrive à comprendre le caractère et les réactions de Huy qui manquent parfois de logique. En même temps qu'il grandit, le vocabulaire utilisé évolue et nous permet de vraiment comprendre le changement de mentalité qui s'exerce au fil du récit. Cela démontre une certaine virtuosité dans la présentation de la psychologie du personnage qui rend l'histoire très réelle et vraisemblable.

 

Pourtant, l'auteur note en préface qu'il s'agit bien d'une fiction imaginée à partir des faits réels concernant la vie adulte d'Amenhotep, le futur nom donné à Huy fils d'Hapou. Cette précision nous renseigne sur l'avenir, certainement riche et incroyable, de celui qui n'était au départ qu'un enfant banal. Il est difficile de démêler l'invention dans cette œuvre car Pauline Gedge n'hésite pas à y inclure des éléments vrais d'Histoire égyptienne, tels que la formation des scribes et certaines cérémonies très pratiquées dans l'Antiquité ( exorcisme, par exemple) ou des croyances de l'époque (la cosmogonie d'Heliopolis, celle d'Hermopolis, le Paradis d'Osiris...).

 

L'un des intérêts de suivre Huy dans sa jeunesse est également celui d'apprendre en même temps que lui les « règles de vie ». C'est donc avec une fluidité très bien maîtrisée que les descriptions et explications sur les différents rites s'enchaînent et s'incorporent au récit. Il n'y a presque aucune note en bas de page, tout est détaillé en temps voulu.

 

 

 

Mon avis

 

Ce livre est captivant, tant par son fond que sa forme, surtout pour les passionnés d'Égypte ancienne. Il réunit selon moi tous les éléments pour que le lecteur puisse comprendre le vocabulaire parfois spécifique des croyances, outils, loisirs et travaux que l'on peut rencontrer, que l'on soit débutant ou très renseigné sur la vie quotidienne de l'époque. Il se lit très rapidement malgré sa taille assez importante (571 pages) et il m'a vraiment donné envie de passer au deuxième tome de la trilogie. L'histoire est composée d'action, d'amour, de mythologie, de suspense parfois, de fantastique, de moments drôles comme de moments tristes. C'est un morceau de vie très agréable à imaginer que je conseille vivement.

 

 

 

Océane B, 1ère année Éd-Lib, 2011/2012

 

 


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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 07:00

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José Carlos SOMOZA
Clara et la pénombre
Titre original
Clara y la penumbra
  


Edition originale
éditorial Planeta SA
à Barcelone en 2001


 Traduit de l’espagnol
par Marianne Millon
Pour la traduction française
Actes Sud, 2003
Actes Sud-Babel, 2005
J’ai Lu, 2006


 

 

 


José Carlos Somoza est un auteur contemporain d’origine cubaine installé en Espagne qui a suivi des études de médecine et de psychiatrie. Après avoir exercé comme psychiatre, il se consacre à sa véritable passion, la littérature. Il est auteur de  nombreux romans ayant des sujets variés, comme la Grèce antique dans La Caverne des idées, Shakespeare dans son nouveau roman L’Appât ou alors la poésie dans La Dame n°13.

Dans Clara et la pénombre, Somoza choisit de parler de deux des sujets qui lui tiennent à cœur : tout d’abord l’art, et ensuite « les hommes ». Dès les premiers mots de la quatrième de couverture on découvre ce qui sera « notre monde » pour le reste du roman. L’action se déroule en Europe, pendant l’année 2006 ; le lecteur doit donc considérer l’histoire dans un  futur proche puisque le livre a été écrit en 2001. Comme les représentations picturales classiques ne sont plus prisées dans le monde de l’art, apparaît une nouvelle forme artistique, la représentation sur toiles humaines. Les toiles sont peintes puis exposées au regard de spectateurs pour être ensuite louées ou vendues pour une période définie à des amateurs d’art ou des collectionneurs. Bruno Van Tysch, le peintre à l’origine de cette nouvelle forme d’art, l’art hyperdramatique, est un personnage apprécié et reconnu pour son talent dans les plus grands cercles européens et propose de nombreuses collections. Il s’agit d’un courant artistique qui fait l’unanimité totale, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas de notre art contemporain actuel.

La jeune héroïne de l’histoire, Clara Reyes, est «un modèle » qui pose au début de l’ouvrage dans une galerie espagnole où elle est Jeune fille à son miroir du peintre Alex Bassan. Elle se rend donc chaque matin à la galerie où elle revêt une sorte de combinaison poreuse imprégnée des couleurs préparées par le peintre qui se fixent ensuite à sa peau qui a été auparavant «apprêtée » pour pouvoir recevoir la peinture. Elle passe ensuite sa journée, dans la position souhaitée par l’artiste, nue, sans bouger ou alors animée selon des codes très précis indiqués par celui ou celle qui la « signera» pour cette œuvre originale. Un modèle travaille en tant qu’œuvre d’art, et gagne même beaucoup d’argent pour faire ce travail-là.

On est donc confronté à un monde de l’art où les jeunes adultes mais aussi les enfants sont utilisés comme œuvres d’art originales mais où l’on trouve aussi des personnes qui ne peuvent pas servir d’œuvres d’art et donc qui servent de décorations ou même d’objets. Dans les pièces des musées ou des fondations artistiques, les protagonistes sont servis sur des tables « construites » avec des adultes mis dans des positions au préalable réfléchies par des artistes qui ne les considèrent pas assez aptes à devenir « modèle » et donc « toile ». Les lampes, les cendriers, les chaises sont des humains soumis au bon vouloir des personnes qui les utilisent. Ils sont équipés de cache-oreilles ainsi que de lunettes noires pour ne rien capter des conversations.

Se côtoient donc deux mondes artistiques dans l’art  hyperdramatique : les œuvres qui, si elles sont de grands maîtres et font partie d’expositions ou de collections prisées dans le monde entier, bénéficient d’un traitement de faveur et sont considérées comme extrêmement précieuses. Mais, de l’autre côté, on trouve des décorations humaines, de simples objets à la disposition complète de leurs acheteurs. Somoza tend même à proposer une forme dérivée de l’art hyperdramatique mais aussi interdite par les institutions de ce mouvement, les « art-shocks » et « art taché » allant jusqu’à l’extrême, démantelant et torturant des corps pour « les besoins de l’Art ».

L’intrique du roman est fondée sur la disparition mystérieuse d’une des toiles les plus prisées, Défloration, pièce maîtresse de la collection Fleurs du maître Bruno Van Tysch. Tout au long de l’histoire, on suit l’enquête réalisée par le service de sécurité des œuvres d’art, en vivant l’intrigue au côté d’un ancien policier hollandais, Lothar Bosch. Ce dernier tente au nom de la fondation Van Tysch, et en collaboration avec sa patronne, Melle Wood, de comprendre les scènes de meurtres très violentes auxquelles ils sont confrontés mais surtout de trouver pourquoi  l’une des plus belles œuvres du patrimoine artistique mondial a été détruite. En effet, il s’agit essentiellement de protéger les pièces principales des collections du maître de l’hyperdramatisme, Bruno Van Tysch, alors que planent dans l’air des menaces de destruction. Les mises en scène des corps massacrés sont, en quelque sorte, l’expression d’une forme d’art ; ainsi les « toiles » ont vécu et sont mortes en tant qu’œuvres et une sorte de déshumanisation, un détachement, presque obligatoire s’impose aux yeux de ceux qui sont confrontés à ces scènes d’horreurs. Hache, couteau et même acide sont utilisés pour les meurtres de celui que l’on nomme « l’Artiste ».

Clara est choisie pour être peinte par celui qu’elle considère comme « le dieu de l’hyperdramatisme », Bruno Van Tysch, pour sa nouvelle exposition consacrée à Rembrandt. En plus de rendre hommage à l’artiste du XVIIe siècle, par des références aux tableaux du maître du clair-obscur, Van Tysch en propose des interprétations personnelles. Il choisit de présenter au monde ses nouvelles toiles lors d’un immense et spectaculaire vernissage à Amsterdam, ayant pour but d’exciter le voyeurisme des gens par la sacralisation totale de l’art. En effet, mais encore plus dans l’œuvre, l’art permet de révéler les perversions tout en les masquant de manière à contenter les spectateurs.

 

 Pour pouvoir devenir l’œuvre du maître, la jeune Clara doit d’abord effectuer un apprêt, qui consiste à une préparation en quatre phases : « cutanée, musculaire, viscérale et mentale ». Cet apprêt a pour but la correction des imperfections du corps (épilation totale des cils et des sourcils, coloration de la peau …). Après la phase d’apprêt, Clara est transportée, comme un objet, vers l’un des ateliers du maître où elle pose pour des essais réalisés par des disciples et des stagiaires qui tentent diverses positions, couleurs ou matières avec elle. Elle subit ensuite une phase de «tension» longue et humiliante, destinée à la préparer mentalement à devenir une œuvre originale de Van Tysch (elle doit attendre des heures au téléphone avant que quelqu’un réponde, elle subit des  intrusions nocturnes qui la terrifient…) Il existe donc une véritable relation entre l’artiste et son œuvre mais aussi entre l’artiste et le modèle qui deviendra l’œuvre.

Lors du vernissage de l’exposition Rembrandt, l’histoire de Clara et l’enquête de Wood et Bosch se rejoignent. On vit heure après heure, minute après minute avec Bosch, les événements qui se déroulent et s’explicitent au fur et à mesure aux yeux de tous jusqu’à l’apothéose du dénouement !

Le fait que Clara considère comme la chose la plus importante à ses yeux d’être peinte par Van Tysch, qu’elle soit prête à tout pour cela et à le laisser faire d’elle n’importe quoi nous montre l’état d’esprit dans lequel se trouvent les œuvres. En plus d’un véritable désir de s’exposer aux regards des spectateurs, on se rend compte que les jeunes œuvres sont en recherche de l’immortalité, de la reconnaissance universelle de leur importance en tant que toiles. Cependant elles ne sont considérées que comme des marchandises et le principe fondamental de Bruno Van Tysch, « l’art est de l’argent », explique bien le rapport de cette société à l’art. On est face à une société uniquement mercantile, où l’éthique est bannie et la question des œuvres réalisées avec des mineurs étouffée par les génies hyperdramatiques. Pour eux, la valeur des œuvres d’art est bien plus importante que celle des êtres humains : « Ce n’est pas une fille ! C’est une toile ! ». Pour les artistes, la toile est avant tout une marchandise qui génère des flux monétaires, pour le créateur de l’œuvre et pour ceux qui ont fondé leur travail sur cette nouvelle tendance. On voit en effet de nombreux  ateliers d’apprêt qui fleurissent dans le monde, mais aussi la mise en place d’un étroit réseau des gardiens d’œuvres d’art chargés de leur transport et de leur protection.

Somoza nous propose donc dans ce roman une véritable réflexion. Par la création de cet univers particulier, si proche mais encore relativement éloigné artistiquement, il nous amène à réfléchir aux limites d’une société où tout devient marchandise. Celui pour qui « le roman doit être farouche, ne pas avoir d’étiquette » signe ici d’une plume magistrale une histoire à couper le souffle, issue d’une imagination époustouflante, qui reste un objet inclassable. Entre l’ode à l’art et à la création artistique visible dans de très nombreuses références et le suspense haletant de l’enquête liée à la recherche de « l’artiste »,  il est difficile de revenir au monde réel après avoir dévoré le livre, et vécu, quelques heures auprès de ces personnages hauts en couleur. Quant au titre … cela vaut le coup d’attendre jusqu’aux dernières pages pour pouvoir enfin en découvrir le sens !


Chloé B., 1ère année édition-librairie

 


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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 07:00

Couverture-de-De-sang-froid.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Truman CAPOTE
De sang-froid
In Cold Blood
Ed. Random House, 1966
traduction de
Raymond Girard
Gallimard, 1966
folio, 1972
rééd. 2006




 

 

 

 

 

 

 

Une première de couverture en noir et blanc, un homme menotté que l’on aperçoit entre deux barreaux, sûrement d’une grille mais qui nous évoque des barreaux de prison, tout comme les fenêtres alignées en arrière-plan. Une quatrième de couverture qui présente un extrait du roman, bref mais significatif, et dont la dernière phrase se grave dans notre esprit : « Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l’argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert. » Ainsi présenté d’une manière qui ne fait que rendre le titre du roman plus glaçant encore, De sang-froid de Truman Capote ne laisse personne espérer lire une jolie histoire d’amour ou un récit comique. On classe déjà ce roman dans la catégorie des thrillers, et pourtant, on est encore bien loin du compte. De sang-froid est un roman dramatique, certes, et qui débute avec rien moins qu’un quadruple meurtre lors d’une nuit apparemment comme les autres, mais ce roman n’a rien d’un thriller. Ce n’est que le récit d’un fait divers dont Truman Capote s’empare à l’aide de sa plume ; un récit dense, réaliste. Et glaçant.

La première partie du roman étant intitulée « Les derniers à les avoir vus en vie », on ne s’attend pas à un miracle : certains personnages vont mourir, et on le sait. Le narrateur nous les présente, nous donne de quoi les apprécier alors même qu’ils nous sont principalement décrits par le biais des dépositions de leurs proches, de ces derniers à les avoir vus en vie, et alors même que, parallèlement, on suit pas à pas le chemin qui conduit les deux meurtriers à leurs victimes. Aucune place n’est laissée à l’illusion car, dès les premières pages, nous savons pertinemment ce qu’il va se passer : « dans Holcomb qui sommeillait, pas une âme n’entendit les quatre coups de fusil qui, tout compte fait, mirent un terme à six vies humaines. […] ces sombres explosions qui allumèrent des feux de méfiance dans les regards que plusieurs vieux voisins échangeant entre eux, étrangement et comme des étrangers. » Ces meurtres vont bel et bien avoir lieu, et ils vont bouleverser l’équilibre ce cette petite ville jusque-là tranquille, où tout le monde se faisait confiance avant que le doute ne s’immisce et ne s’installe entre les habitants.

Les faits sont là, la plupart des clés nous sont données, et l’on souhaite que l’inspecteur Alvin Dewey du KBI (Kansas Bureau of Investigation) puisse trouver le fin mot de cette histoire, qui va d’ailleurs devenir une obsession pour lui. On souhaite que les coupables soient arrêtés, que justice soit rendue (que l’on soit favorable à la peine de mort ou non). Mais cette histoire n’est pas fondée sur une enquête policière dont l’intrigue et le mystère du dénouement nous poussent aux confins du suspense, on ne tourne pas les pages dans l’attente de découvrir enfin l’identité du ou des coupables, de pouvoir enfin comprendre ce qui s’est passé, non. Il y a certes la question de ce qu’il s’est passé exactement dans cette maison, ce soir-là, et dont on n'obtient la réponse qu’au bout d’un certain moment, mais là n’est pas le plus important. Car, au fil des pages, une part de nous en vient à espérer que cette enquête ne soit pas résolue, en partie parce que l’on sait que rien de tout ce qui sera fait ne pourra réparer quoi que ce soit, mais surtout parce qu’il nous est impossible de détester ou de haïr ces deux personnages qui sont les « méchants » de l’histoire : les deux meurtriers. Ils sont haïssables, par leur manière de tourner le dos à leurs méfaits comme ils sortiraient d’un magasin et par leur crime en lui-même, mais peut-on vraiment les haïr ? Ils nous dérangent, par bien des aspects, mais il est difficile de placer une limite entre l’horreur et l’affection qu’ils nous inspirent, car parmi ces nombreuses lignes on s’aperçoit qu’après tout ce sont des hommes, qui nous ressemblent plus que l’on ne le souhaiterait…

Hormis leurs difformités physiques respectives (Dick a un visage comme « fragmenté » et les jambes de Perry sont atrophiées), ils peuvent se fondre dans une foule, rien ne les voue plus que quelqu’un d’autre à « être criminels ». On apprend à les connaître, à comprendre que ce n’est pas parce qu’ils sont des criminels qu’ils sont fondamentalement mauvais pour autant : ils sont comme nous tous, des êtres avec des rêves, des envies et des talents, des expériences douloureuses, une famille et des amis, des mésaventures, des petits bonheurs, des souvenirs, des hontes et des secrets. La seule chose qui leur manque, ce sont les regrets, les remords. Ils ont leurs qualités et leurs défauts, et, surtout, ils ne pensent pas en termes de bien et de mal.

Des deux, Perry est sûrement le plus surprenant, et donc le plus dérangeant. D’un côté, nous lisons que « Dick parvint à la certitude que Perry était cette perle rare, “un tueur naturel”, absolument sain d’esprit, mais dénué de conscience et capable d’assener, avec ou sans motif, des coups mortels avec le plus grand sang-froid. », mais on nous présente également ses rêves, la part sensible et artistique de son être

 

(« le jeune homme ne cessait de projeter des voyages, et il en avait déjà fait un nombre considérable : Alaska, Hawaii et le Japon, Hong-Kong. Maintenant, grâce à une lettre, une invitation à un “coup”, il se trouvait ici avec toutes ses possessions terrestres : une valise en carton, une guitare et deux grosses boîtes de livres et de cartes, de chansons, de poèmes et de vieilles lettres, pesant un quart de tonne. »)

 

et on se sent inévitablement touché par ce personnage contrasté, et effrayant par bien des aspects, mais qui emmène partout avec lui un quart de tonnes de souvenirs.

Dick, quant à lui, est plus prévisible, car il est essentiellement motivé par l’argent tandis que Perry poursuit avant tout son rêve de voyager, de découvrir des trésors. Et, même si Perry est certainement le plus dangereux des deux, le plus sournois et malsain est bel et bien Dick, qui ne s’est lié d’amitié avec Perry que par pur calcul :

 

« il n’avait pas cru que cela valait la peine de cultiver son amitié jusqu’au jour où Perry lui décrivit un meurtre, racontant comment, simplement pour le plaisir, il avait tué un nègre à Las Vegas, comment il l’avait battu à mort avec une chaîne de bicyclette. […] il s’était mis à faire la cour à Perry, à le flatter, prétendant, par exemple, qu’il croyait toutes ses histoires de trésors cachés et qu’il partageait ses envies de se faire écumeur de grève et sa nostalgie des ports, alors que rien de tout ça ne le séduisait, lui. »

 

Il pense à l’argent, aux femmes, et pourtant on l’apprécie, parce que l’on peut aussi voir à quel point les membres de sa famille comptent pour lui, qu’il aurait donné beaucoup pour eux et aurait aimé ne jamais les décevoir.

L’un comme l’autre, ils en sont arrivés là par un enchaînement malheureux d’événements, victimes à la fois de leur personnalité et de leurs choix, et on ne peut pas les en blâmer. On se contente de les plaindre, surtout lorsque l’on apprend que Perry n’a fait que prétendre qu’il avait tué un homme parce qu’il voulait être certain d’être tranquille en prison, d’y survivre, or c’est ce qui a mené Dick à le choisir pour ce travail. Sans cela, tout aurait peut-être, et même sûrement, été différent…

De sang-froid n’est pas un roman policier, c’est un récit de faits réels, de personnages qui ont bel et bien vécu, existé, et qui sont morts tel qu’il nous l’est raconté. C’est une histoire qui soulève des questions, une histoire qui commence par déranger et finit par nous troubler, parce que rien ne saurait mieux dire qu’il y a dans la vie une part de choix et une part de fatalité, parce qu’on a la confirmation qu’un acte ne peut définir à lui seul une personne toute entière, mais qu’il peut par contre changer le cours de beaucoup de choses, de beaucoup de vies. C’est un roman sur l’âme humaine, un roman qui ne se contente pas d’une vision manichéenne des choses et des êtres, un roman qui s’étale sur des nuances de gris, qui nous présente l’être humain dans toute sa vérité, c’est-à-dire jusque dans les horreurs dont elle est capable, de sang-froid.


Maeva J., 1ère année Édition-Librairie

 

 

Truman CAPOTE sur LITTEXPRESS

 

Truman Capote La traversee de l ete 2

 

 

 

 

 

 

 

Article de Marie-Aurélie sur La Traversée de l'été

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 07:00

Elena-Poniatowska-Cher-Diego-Quiela-t-embrasse.gif




 

 

 

 

 

Elena PONIATOWSKA
Cher Diego, Quiela t’embrasse
Titre original
Querido Diego, te abraza Quiela, 1978
Traduction
Rauda Jamis
Actes Sud, 1993
Rééd. Babel, 2010






 

 

 

 

 

 

 

 

« Pas une ligne de toi, et le froid ne recule pas dans sa tentative de nous congeler. »
« Sans toi, je me sens fragile jusque dans mon travail. »
« Diego, je t’embrasse de toute mon âme, autant que je t’aime. »

 

 

 

Biographie

Voir le site du Centre national du livre :
http://www.centrenationaldulivre.fr/?Elena-PONIATOWSKA


 

Le livre


Beaucoup d’informations contenues dans ce roman ont été puisées dans le livre de Bertram Wolfe, La Vie fabuleuse de Diego Rivera.

 

 

 

Résumé

Elena Poniatowska imagine la correspondance entre Angela Beloff et Diego Rivera entre octobre 1921 et juillet 1922. Diego et Angela sont mariés depuis juin 1911. Ils vivent à Paris dans une incroyable misère. Angela, bien qu’artiste, vit dans l’ombre de son mari depuis le début tandis que son mari se dévoue corps et âme à sa peinture. Ils ont un fils mais sont pauvres et doivent donc le confier à un couple d’amis.

En 1917, alors que l’enfant est de retour au foyer, l’hiver est particulièrement rude et meurt des mauvaises conditions de vie. Diego n’a pas l’air très triste et ne veut pas d’un autre enfant. Il a la possibilité de partir au Mexique où il espère pouvoir s’installer en tant qu’artiste reconnu.

C’est à partir de ce moment, quand Diego part, que commence la correspondance, le monologue épistolaire d’Angela, plutôt. Diego ne lui répondra jamais en deux ans. Angela reste en France, enlisée dans sa solitude, dans ses doutes. Elle tente de partager ses joies liées à sa création : Angela est peintre et graveur. Elle essaye de voir du monde, des amis de Diego qui essayent de lui faire comprendre la réalité, de lui ouvrir les yeux. Mais elle est persuadée qu’il reviendra la chercher. Elle ne veut pas affronter la réalité. Elle sait qu’à quelques rues de là, vivent Marievna et sa fille, l’enfant de Diego. Elle devient presque folle, ne se rend pas compte que l’homme dont elle est amoureuse l’a abandonnée, seule. Mais elle continue de croire : Diego travaille, Diego l’aime, elle en est sûre, et il attend le moment opportun pour la faire venir au Mexique. Elle continue d’espérer…
 
Angela parviendra à réaliser son rêve, aller au Mexique et décidera de ne pas prévenir Diego pour ne pas le déranger. Diego passera à côté d’elle sans la reconnaître. Elle aura été très naïve…



Les thèmes

« Dans le studio, cher Diego, rien n’a changé ; tes pinceaux se dressent dans le verre, très propres, comme tu les aimes. Je thésaurise jusqu’au plus petit papier sur lequel tu as tracé une ligne. » Commence ainsi la première lettre d’une femme qui s’est mise à peindre des paysages, nostalgie et mélancolie sont toujours présents, elle ne vit qu’en regardant le passé « quelque peu douloureux et tristes, effacés et solitaires ».

Elle continue de voir les amis de Diego, comme Elie Faure, elle progresse en espagnol « à pas de géant » car ce n’est pas sa langue d’origine, elle avait suivi Diego.

La lettre suivante s’ouvre sur une plainte en vain répétée : « Pas une ligne de toi ».

Il y a des matins où elle craint de devenir folle, furieuse de l’absence de Diego : « Je ne veux pas, aujourd’hui, être douce, tranquille, décente, soumise, compréhensive, résignée, ces qualités que les amies louent tellement. » En effet, comment ne pas devenir folle quand on attend des nouvelles de son bien-aimé ?

L’auteur laisse transparaître les personnalités de chaque personne du roman avec subtilité, habileté et simplicité.

Elena Poniatowska nous plonge au cœur de la passion, de la solitude, de la création. Une lecture de Claude Fell en postface rappelle que le couple fréquentait à Paris Picasso, Braque, Juan Gris, Foujita. Nous nous immergeons donc dans cette époque de peintres célèbres. Ce roman est court, une cinquantaine de pages environ mais cela nous suffit pour imaginer le désarroi de cette femme.

Ces lettres imaginées à partir du moment où leur relation s’est brisée évoquent avec sensibilité ce destin de femme peintre qui affronte à la fois l’absence, la pénurie et le silence, les tourments et les joies de la création.

Dans cette œuvre, on plonge dans l’histoire du Mexique. On assiste aussi à une biographie. Et enfin, une leçon implicite se dégage de l’œuvre. A quoi sert d’attendre l’être aimé, à se gâcher la vie ? L’amour est peut-être l’essence de la vie mais quand il n’est pas partagé, on souffre plus que tout…

C’est un roman bouleversant d’attente vaine de l’âme soeur, de pudeur, d’espoir d’une femme ignorante, d’amour enfoui et même de passion, de rêves non partagés, car je ne pense pas que Diego l’ait vraiment aimée pour oser l’abandonner ainsi, de profonde solitude car cette femme vit seule et vivra toujours seule avec le souvenir de son mari ainsi que de son fils mort, d’un froid glacial et sans retour, cette femme est pauvre, a à peine de quoi manger pour vivre. On espère sans trop y croire, que la réalité a été moins cruelle mais tout compte fait, c’est une histoire vraie. Dure réalité…

« Les êtres trop généreux et qui s'oublient pour les autres sont rarement récompensés de leur patience et de leur délicatesse ! »

Ces lettres apocryphes sont bouleversantes.



Mon avis

On lit un récit à deux voix où l’une si présente, presque trop, fait écho à une autre absente et c’est elle, cette voix absente qui confère à ce très court texte sa dimension tragique. Il y a quelque chose de poignant dans l’innocence feinte ou non de ces lettres ; ce petit plus m’a permis de mieux me rapprocher de cette femme. Mais j’avais aussi pitié d’elle, cette femme n’ose pas affronter la réalité et aura gâché sa vie pour un homme qui a complètement refait la sienne. Ce roman est vraiment empreint de réalité.

C’est la première fois que je lis cet auteur et je ne regrette absolument pas. J’ai dévoré ce livre, l’auteur nous transporte dans son monde. On a l’impression d’assister aux scènes que la narratrice nous décrit, il n’y a aucun effet de style. Tout est mélancolique. L’écriture d’Elena Poniatowska est à la fois simple et riche ; c’est de cette histoire d’amour si triste, à sens unique, de cette femme complètement délaissée par celui qu’elle pense aimer que l’auteur a tiré la trame de son livre.

Elle décide d’en faire un roman épistolaire pour mieux nous faire plonger dans la vie misérable de cette femme. Mais je sors de ce roman quand même en colère et triste aussi… Pourquoi faut-il qu’une femme comme elle, une peintre renommée, passionnée par son travail sacrifie son art pour un homme ne lui apportant que souffrance, s’inflige de telles douleurs morales ? C’est du gâchis…


Émilie, 1ère année Éd.-Lib.

 


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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 07:00

Tawara-Machi-L-Anniversaire-de-la-salade.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

TAWARA Machi
俵 万智
L'anniversaire de la salade
Titre original
サラダ記念日
Sarada Kinenbi, 1987
traduit par Yves-Marie Allioux
Philippe Picquier, 2008

Picquier poche, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tawara-machi.jpgBiographie

TAWARA Machi est née à Ōsaka en 1962. Elle fait des études à Fukui et à l'Université Waseda où elle rencontre le dernier des grands poètes du tanka au Japon : YUKITSUNA Sasaki. En 1985, elle s'installe à Kanagawa et devient professeure de japonais dans un lycée, mais continue d’écrire de la poésie.

En 1987, elle publie son premier recueil de tankas, L'anniversaire de la salade. Cependant, elle ne se doutait sûrement pas du phénomène qu'allait provoquer son œuvre. Ce recueil a eu un grand succès, vendu à 2,8 millions d'exemplaires au Japon. A ce jour, L'anniversaire de la salade s'est vendu à plus de huit millions d'exemplaires dans le monde entier. En 1989, Tawara Machi a quitté son travail de professeur de japonais pour se consacrer à l'écriture. Elle écrit ses tankas en utilisant le japonais habituellement utilisé pour la prose et c’est ce qui la rend unique. Ajoutez-y un soupçon de désinvolture et de culture pop, et vous avez le style unique de Tawara Machi. En 1986, les critiques littéraires commencent à s’intéresser à ce nouveau genre et lui accordent le prix Kadokawa Tanka. Elle reçoit le prix de l'association des poètes japonais contemporains pour son recueil de tankas L'anniversaire de la salade en 1988, soit un an après sa publication.



Définition d'un tanka

Au même titre que le haïku dont il est l’ancêtre, le tanka tel que nous le pratiquons en Occident consiste en un emprunt à une forme d’expression poétique japonaise courte.

Le tanka trouve son origine dans le « waka » (forme traditionnelle de la poésie japonaise comprenant « choka » et « tanka ») dans le Japon du VIe siècle.Le tanka, pour sa part, correspond à une version abrégée du choka. Il se compose de cinq lignes de 5, 7, 5, 7, et 7 mores, soit un total de 31.

Il existe 3 manières différentes d’écrire un tanka :

Forme « Oriku » : cette forme correspond au tanka qui nous est parvenu.

Forme « Tsuketu » : poème composé à deux mains.

Forme « Renga » qui met à contribution plusieurs poètes différents, chacun apportant sa contribution tour à tour.



Bibliographie de l’auteur

L'anniversaire de la salade, Kawade Shobō Shinsha, 1987

La révolution du chocolat, Kawade Shobō Shinsha, 1997

Le nez de Winnie l'ourson, Bungei shunjū, 2005



Résumé de l’œuvre

Ce recueil contient exclusivement des tranches de vie de Tawara Machi ; en effet, cette dernière, dans son recueil, nous raconte des épisodes marquants de sa vie ; par exemple, dans le poème « Matin d'août » elle évoque sa rupture, des moments intimes avec ses parents, par exemple le moment où elle choisissait la cravate de son père ; elle cite également son nom ainsi que l'époque ou elle était professeure dans son poème « Le Lycée Hashimoto »... Tawara Machi, pour parler de ces moments-là, utilise la forme la plus traditionnelle de la poésie japonaise tout en abordant des sujets réellement contemporains ; de plus, en évoquant ces thèmes, elle emploie également des termes actuels. Malgré cela, elle arrive à conserver la mesure traditionnelle du tanka.



Quelques citations

« Vers la pluie qui s'est mise à tomber
je lève la tête et soudain dans cette posture
je réclame des lèvres. »
« Matin d'août »

 ««Born to run » Né pour courir...
Tu n'as pas de pays et je voudrais être
pour toi la mer. »
« Match de Base-Ball »

 « Que fais-tu ? Dis, en ce moment, à quoi penses-tu ?
Fait seulement de questions
l'amour est un cadavre »
«  Devenue vent »

 «Tandis que je surveille l'examen de mathématiques
une élève ne cesse de me regarder
de A jusqu'à Z »
« Le Lycée Hashimoto »

 « Plaisir de se disputer une même chose
concentré dans les rebonds
d'un ballon de rugby »
« L'anniversaire de la salade »



Pourquoi ai-je choisi ce livre ?

Tout d'abord, j'ai choisi ce livre parce que j’apprécie beaucoup la littérature asiatique ; de plus, lorsque j'ai pris le livre en main, le titre m'a réellement intriguée ; je me suis demandé de quoi pouvait bien traiter cet ouvrage ; la couverture est également très attrayante. Cependant je ne savais pas lorsque j'ai acheté ce livre qu'il s'agissait de poésie ; en effet, la couverture de cet ouvrage me l'a fait acheter sur un coup de cœur. C'est seulement au moment où j'ai ouvert le livre et que j'ai commencé à le lire que je me suis rendu compte de l'écriture particulière ; ce style d'écriture, bien qu'original, m'a permis d'aborder la poésie d'une autre façon que la poésie occidentale. De plus, une fois que j'ai eu commencé son recueil, j'ai trouvé tout à fait passionnante la manière dont elle parlait de ses propres expériences tout en arrivant à garder la forme traditionnelle du tanka. De ce fait, c'est un livre que je conseille grandement si comme moi vous avez envie d'avoir une nouvelle approche de la poésie ; c'est un livre qui plus est très facile à lire.



Lien pour lire un extrait du poème « L'anniversaire de la salade »

 http://guesswhoandwhere.typepad.fr/carnets_de_poesie/2008/06/tawara-machi---tankas-extraits-de-laniversaire-de-la-salade.html


Mylène R., 1ère année Bib.

 

 


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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 07:00

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Alessandro Baricco

Novecento : pianiste

Traduction de Françoise Brun

Gallimard

Folio, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Il l’était vraiment, le plus grand. Nous, on jouait de la musique, lui c’était autre chose. Lui, il jouait… quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay ?  »

 

 

 

Novecento : pianiste, un hommage vibrant à la musique.

 

 

Novecento : pianiste est un hymne à la musique. Un brin de lyrisme et de poésie, du théâtre et de l’humour, et beaucoup de plaisir. Plaisir à lire, plaisir à écouter, plaisir à voir. Car l’auteur le dit lui-même, son œuvre ne peut pas se classer dans un genre précis, elle oscille entre le conte et une pièce de théâtre, entre le plaisir muet et la lecture à haute voix.

 

Alessandro Baricco c’est l’auteur de Soie, de Océan Mer, de Châteaux de la colère. Ses livres, c’est l’unique plaisir de raconter une histoire. Ce ne sont pas des romans, ce ne sont pas des pièces, ce ne sont que des histoires que l’on savoure, où on se délecte des mots les plus simples. Alessandro Baricco, c’est une légende. Un écrivain qui compte, dont les critiques télévisuelles ont fait exploser les ventes des romans qu’il appréciait. Un écrivain qui organise des lectures publiques de ses histoires, et qui s’évapore avant de récolter des applaudissements. Dans ses livres, on perçoit l’immense tendresse, l’amour merveilleux qu’il voue à ses personnages. À la fatalité d’être humain avec une vie délimitée alors que le monde est infini.

 

Cette œuvre il l’a écrite pour deux amis : Gabriel Vacis, un metteur en scène, et Eugénio Allegri, un comédien. Ils l’ont jouée pour la première fois au Festival d’Asti de 1994. Alessandro Baricco a écrit une pièce de théâtre. Certes, il y a les didascalies, certaines plutôt longues, même. Mais, l’histoire s’apparente plus à un conte. Une histoire imaginaire qu’on se plaît à lire à haute voix, qui raconte la vie extraordinaire d’un marin qui ne quitta jamais l’Océan.

 

Il était une fois un bébé abandonné dans un bateau, The Virginian. Cet enfant, posé sur un piano, fut recueilli par un marin, Danny. Dans la couverture de l’enfant, il n’y a écrit que quelques mots « T.D Lemon ». Danny décide alors de donner à cet enfant un prénom : Danny T.D Lemon Novecento. Novecento car il lui fallait un grand final, un nom qui résume tout, un nom dont on se souvienne toujours. Novecento grandit dans le bateau, il n’a ni papier, ni véritable identité. Sur terre, c’est comme s’il n’existait pas. Mais sur la mer, tout le monde l’aime. À huit ans, il perdson père adoptif. Novecento disparaît, tout l’équipage est inquiet. Quelques jours plus tard, on le retrouve en train de jouer du piano. Merveilleusement. Une légende est née. Bien plus qu’un joueur talentueux, bien plus qu’un pianiste hors pair, c’est l’histoire d’un homme qui n’est jamais descendu sur terre. Sa vie, c’est son piano au rythme de l’Océan. C’est jouer des notes qui n’existent pas. Jouer à deux mains comme s’il en avait cinquante. Durant toute sa vie, Novecento sera le pianiste de l’orchestre du bateau. Et son histoire, elle nous est contée par son meilleur ami, le trompettiste Tim Tooney.

 

Le titre original est Novenceto : monologo, car la pièce est écrite pour un seul comédien. Un seul qui joue Tim Tooney puis se transforme en Novecento pour les dernières pages, les dernières paroles. L’action est simple : c’est la vie sur un bateau, la vie d’un pianiste un peu fou.  Il y a des voyageurs qui ne prennent ce bateau que pour entendre Novecento jouer. Il y a celui qu’on nomme « l’inventeur du jazz », Jerry Roll Morton, qui s’achète un billet juste pour provoquer en duel intense Novecento.  Et puis la fin, car il en faut bien une, qui nous laisse réfléchir sur des paroles à la fois belles, magiques et emplies de promesses. Mais ceci, je vous laisse le découvrir…

 

Novecento : pianiste est un hommage vibrant à la musique par plusieurs aspects. Tout dans cette œuvre reflète la magie d’une simple note. Les différentes couvertures du livre (la première de Mille et une nuits représente un piano, celle de Folio des doigts qui effleurent un clavier) nous interpelle et nous montre que ce que nous allons lire, ce que nous allons découvrir c’est une ode à la musique. La deuxième couverture, celle de Folio, est remplie de finesse et montre le caractère gracieux de la musique, des doigts longs qui galopent sur des touches blanches et noires dans un mouvement fin et beau. Ensuite, tout au long de la pièce, il y a des connotations, du vocabulaire technique, et dans les didascalies des instructions sur la musique. A tel moment, il faut quelque chose de lent, très lent puis ensuite des notes plus joyeuses et rythmées. Finalement, c’est comme si nous étions en train de lire une partition, avec des indications précises pour que les notes soient parfaites.

 

La musique revêt un caractère presque magique. Tim Tooney en fait l’expérience dès sa première rencontre avec Novecento, ce dernier joue, laissant le piano dériver au rythme des vagues :

 

« Et pendant qu’on voltigeait entre les tables, en frôlant les lampadaires et les fauteuils j’ai compris, à ce moment-là, que ce qu’on faisait, ce qu’on était en train de faire, c’était danser avec l’Océan, nous et lui, des danseurs fous, et parfaits, emportés dans une valse lente sur le parquet doré de la nuit. »

 

On s’envole dans un univers musical et fantastique à travers des métaphores lyriques. Tout peut être comparé mais ici c’est le piano, le clavier, les touches qui s’animent, qui changent de costume et qui défient tout, même Dieu.

 

« […] devant moi se déroule un clavier de millions de touches, [... ] / Des millions et des milliards de touches, qui ne finissent jamais, c'est la vérité vraie, qu'elles ne finissent jamais, et ce clavier-là, il est infini / Et si ce clavier est infini, alors / Sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer. Tu n'es pas assis sur le bon tabouret: ce piano-là, c'est Dieu qui y joue. »

 

À travers cette métaphore, Novecento explique qu’il est incapable de descendre du bateau, la terre est un « trop grand bateau pour lui ». Bien plus qu’un besoin, c’est une nécessité : il ne peut pas vivre autre part que sur l’Océan. De plus, il ne joue que lorsqu’il est en plein milieu de la mer, que la terre ne se voit plus à l’horizon. Tel Glenn Gloud, ce pianiste s’est confectionné sa propre chaise, à une taille qu’il juge parfaite et ne peut pas jouer sans elle. Ainsi, la musique semble rendre ses joueurs fous. Mais n’est-ce pas ce qui fait leur charme ?

 

La comparaison avec Glenn Gloud ne s’arrête pas là : Novecento est enfermé dans son bateau, Glenn dans ses studios d’enregistrement. Novecento a tout abandonné pour la musique. C’est elle qui domine tout, la folie se ressent ici : comment peut-on abandonner tous ses désirs pour n’en vivre qu’un seul, jouer du piano ?

 

« Moi qui n’avais pas été capable de descendre de ce bateau, pour me sauver moi-même, je suis descendu de ma vie. Marche après marche. Et chaque marche était un désir. À chaque pas, un désir auquel je disais adieu. […] J’ai désarmé le malheur. J’ai désenfilé ma vie de mes désirs. Si tu pouvais remonter ma route, tu les y trouverais, les uns après les autres, ensorcelés, immobiles, arrêtés là pour toujours, jalonnant le parcours de cet étrange voyage […]. »

 

Vivre sur un bateau, vivre avec son piano. Il n’existe rien d’autre pour Novecento, la vie sur terre il la voit à travers les histoires des passagers, à travers eux il visite Paris, il sait parler de n’importe quel monument, de l’odeur des rues, comme s’il y avait été. Il semble fou, il est un génie ; Glenn Gloud, lui, a quitté la scène définitivement, se consacrant à des enregistrements studio, solitaire et inconnu. Dans une biographie de Glenn Gloud, est écrit ceci : « […] sa vie s'est pliée en deux comme une lettre après qu'on l'a lue, s'est condamnée elle-même à la solitude comme on allait au désert, s'est abandonnée à l'extase. » Novecento est pareil : il est solitaire car personne ne peut le comprendre, personne ne peut savoir pourquoi il ne descendra jamais sur la terre ferme. La seule extase qu’il ressent c’est le bonheur d’un son, d’une note, d’une touche. Sa seule folie, c’est d’être fou de la musique.

 

 

Margaux, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Lire aussi l'article de Lola.

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 07:00

Shaffer-Barrows-Le-Cercle-litteraire-1.jpg

 

 

 

 

 

Mary Ann SHAFFER & Annie BARROWS
Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
Titre original 
The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society
Traduit de l’américain
par Aline AZOULAY
NiL, 2009
10-18, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 


Pourquoi deux auteurs ?

Mary Ann Shaffer, la créatrice du roman, a eu des problèmes de santé l’empêchant de le terminer. Elle a alors demandé à sa nièce, Annie Barrows, écrivain de métier, d’achever son œuvre. Mary Ann Shaffer décède en Février 2008, quelques mois seulement avant la publication de son livre.



Une œuvre à succès
 
« Absolument délicieux ! » selon Anna Gavalda, ce livre est aujourd’hui traduit dans plus de vingt pays.



Un roman original

Il se démarque des autres, ne serait-ce que par sa forme épistolaire. Au début, c’est un peu déstabilisant pour le lecteur, d’une part parce qu’il n’y est pas habitué, et d’autre part parce qu’il doit rapidement comprendre qui sont les nombreux personnages et quelles sont leurs relations, uniquement grâce à leur correspondance. Une fois cet obstacle franchi, le lecteur peut profiter pleinement de ce que lui offrent toutes ces missives : il en sait plus que chaque personnage, et bénéficie de leurs différents points de vue. Il se transforme, en quelque sorte, en détective, grappillant des informations par-ci, par-là, pour avoir une vision globale des événements. Son attention est ainsi sollicitée d’un bout à l’autre de l’œuvre.

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Une histoire captivante… ou plusieurs
 
Bien que l’intrigue tourne autour d’un personnage central, Juliet Ashton, les lettres nous révèlent chaque fois un peu plus de la vie des différents personnages.

Juliet Ashton est une jeune journaliste londonienne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle écrivait, sous le pseudonyme d’Izzy Bickerstaff, des articles légers et humoristiques, dans le but d’alléger un peu le climat pesant de l’époque. Désormais, nous sommes en 1946, et la guerre est donc terminée. Mais « tout semble si effondré : les routes, les bâtiments, les gens. Les gens, surtout. » C’est dans cette atmosphère de reconstruction que Juliet publie un recueil de ses articles, Izzy Bickerstaff s’en va-t-en guerre, et en fait la promotion. Son nouveau projet est d’écrire un livre, dont elle n’a cependant pas encore trouvé le sujet.
 
Autour d’elle gravitent non seulement ses amis, comme Sidney Stark qui est également son éditeur, mais aussi des inconnus que l’on découvre, en même temps que Juliet, à la lecture des lettres qu’ils s’envoient. De fil en aiguille, on apprend à connaître des personnages attachants qui nous font partager leurs souvenirs de l’occupation allemande à Guernesey, mais qui nous montrent surtout quelle est leur vie maintenant que la guerre est terminée.

Entre documentaire et histoire d’amour, ce livre nous emmène dans son univers, où la dureté des réalités de la guerre est compensée par l’humour des expéditeurs des lettres.



Pourquoi des « amateurs d’épluchures de patates » ?
 
À vous de lire ce roman pour trouver la réponse !
 
 
Lola, 1ère année Éd.-Lib.

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 07:00

Arto-PAASILINNA-petits-suicides-entre-amis.jpeg












Arto PAASILINNA
Petits suicides entre amis
Titre original
Hurmaava joukkoitsemurha
Traduction
d’Anne Colin du Terrail
Editions Denoël, 2003
Gallimard, folio, 2005








 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arto-PAASILINNA.jpeg

 

Biographie

Voir Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Arto_Paasilinna


Résumé

Un matin, l’homme d’affaires Onni Rellonen, dont les projets font faillite, décide de mettre fin à ses jours. Il songe à une vieille grange isolée en pleine campagne, un endroit tranquille, parfait pour quitter cette terre. Mais il est loin de se douter qu’au même moment, un autre homme a exactement la même idée que lui. Il s’agit du colonel Kemppainen, un homme veuf, rongé par une solitude insupportable. Dérangés par leur rencontre, les deux hommes doivent se rendre à l’évidence : les candidats au suicide sont nombreux. Ils font alors paraître une annonce dans le journal :

« Songez-vous au suicide ?

Pas de panique, vous n’êtes pas seul.

Nous sommes plusieurs à partager les même idées, et même un début d’expérience. Écrivez-nous en exposant brièvement votre situation, peut-être pourrons nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous vous contacterons. Toutes les informations recueillies seront considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées à aucun tiers. Pas sérieux s’abstenir. Veuillez adresser vos réponses Poste restante, Bureau central de Helsinski, nom de code ‘essayons ensemble. »

En l’espace d’une semaine, le président Rellonen et le colonel Kemppainen reçoivent plusieurs centaines de lettres de tous les coins de Finlande. Dépassés par l’ampleur de l’effet produit par leur annonce, ils décident de recruter parmi les expéditeurs Helena Puusaari, une directrice ajointe. Ainsi formé, le trio décide à l’unanimité de convier tous les désespérés à Helsinki dans le sous-sol d’un restaurant. Après une conférence, un échange de témoignages et un bon repas, les idées en vue d’un suicide collectif se précisent. Dès le lendemain, les suicidaires s’embarquent à bord d’un car de tourisme flambant neuf, voyageant à travers toute l’Europe, avant de se rendre au cap Saint Vincent au Portugal où se trouve la falaise idéale pour un dernier envol.

Au cours du voyage des liens se créent, un certain goût de la vie réapparaît chez quelque-uns des membres du groupe. Mais les membres semblent pourtant déterminés à mettre fin à leur jours. Le suicide collectif aura t-il lieu ?



Avis personnel

Un récit très bien mené, assez burlesque et rocambolesque, écrit avec beaucoup d’humour, de légèreté et de fantaisie et accompagné d’une pointe d’absurde et de démesure. Un vrai plaisir !



Citation

« Vers cinq heures du matin, le campement de la villa du lac des grives fut tiré du sommeil par l’apparition d’un gigantesque autocar de luxe. Le transporteur Rauno Korpela était arrivé. En marche arrière il gara son vingt tonnes entre l’abri et le pavillon de verdure dressé dans le jardin et fit hurler son klaxon.

L’on vit descendre du bus d’un bond agile un homme d’une soixantaine d‘années vêtu d’un costume bleu pareil à celui d’un aviateur et coiffé d’une casquette à visière vernie. Les côtés du pullman flambant neuf s’ornaient du logo du propriétaire, peint en couleurs métallisées : La Flèche du Tourisme de Korpela. Le transporteur héla les hommes couchés sous l’abri :

"Terminus, tout le monde descend ! C’est bien ici le camp des kamikazes ?" »


Myriam Bluteau, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Arto PAASILINNA sur LITTEXPRESS

 

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Articles d'Alix et de Jennifer  sur Le lièvre de Vatanen.

 

 

 

 

 

 

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 07:00

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ANONYME
Le Livre sans nom
 

Traduit de l'anglais

par Diniz Galhos

éditions Sonatine, 2010

Livre de poche, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les origines du livre

Le Livre sans nom est un livre publié en 2010 par les éditions Sonatine, à l'origine paru sur Internet durant l'année 2007. L'auteur est resté anonyme même aujourd'hui et, au fur et à mesure du succès de sa trilogie (Livre sans nom, Œil de la lune et Cimetière du Diable), a gagné le surnom de « Bourbon Kid » (le nom de son « héros »). Il a expliqué récemment les origines de l'œuvre dans une interview par e-mail. Au début, aucun éditeur ne voulait le publier, à cause de sa volonté de rester anonyme et du genre de l'histoire qui ne correspondait à aucun autre, d'où sa diffusion sur Internet, sur le site  lulu.com. Le livre a ensuite été vendu en ligne et par le bouche-à-oreille publié en anglais sous le titre de Book with no name par Michael O'Mara Books Ltd et finalement en France en 2010.

Dans une interview, Bourbon Kid lève le voile sur de nombreux mystères. Le refus d'un pseudonyme, tout simplement pour coller à l'histoire qui parle d'un livre sans nom à l'auteur anonyme, créant ainsi un effet d'abyme. Il avoue aussi être un grand cinéphile, révélation peu étonnante car le livre est truffé de références populaires, que ce soit dans les discours des personnages ou leur attitude.



Le livre

Histoire

L'histoire se déroule à Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud complètement coupée du reste du monde ; à l'instar de  Sin City, c'est la ville de tout les péchés, la mafia locale y est impitoyable, ses habitants sont tous des criminels, c'est le lieu de rendez-vous de tout les plus grands chasseurs de primes et tueurs du monde et certaines rumeurs parleraient même de créatures démoniaques.

Un peu à la façon de Pulp Fiction, le récit conte l'histoire d'une multitude de personnages dont les destins vont se croiser ,voire se « heurter » car comme l’indique « The Booklist » sur le quatrième de couverture : « Plus on avance dans le livre et plus une angoisse nous étreint : y aura-t-il assez de survivants dans l'histoire pour qu'on ait le plaisir de lire une suite ? ». On fait donc la connaissance de Sanchez, le barman bourru, de Bourbon Kid, le sérial killer à la réputation démoniaque, Kyle et Peto les moines karatékas, Jefe le chasseur de prime mexicain, El Santino, le parrain local, Dante et Kacy, le couple de voyous, Miles Jensen, le policier du paranormal et bien d'autres comme un sosie d'Elvis Presley tueur à gages.

C'est dans ce bouillon de personnages qu'apparaît l'intrigue, l'enquête concernant le Bourbon Kid et une pierre précieuse à la valeur inestimable, « l'Œil de la Lune » que tout le monde veut s'approprier car elle aurait en plus des pouvoirs magiques. Pendant ce temps une jeune femme se réveille de cinq ans de coma et découvre que le Bourbon Kid a essayé de la tuer.



Analyse

La publication du livre se heurtait au problème du style ; en effet, en lisant le premier chapitre, on jurerait avoir affaire à un western ; tous les éléments du genre sont réunis : le Tapioca est un bar miteux tenu par Sanchez, un barman patibulaire ; il n'y a pas beaucoup de règles dans ce bar, à part l'obligation de fumer et d'être armé. Un étranger fait son entrée et attire l'attention de Ringo, une raclure mal rasée, qui menace tout de suite l'étranger avec son revolver. L'étranger nullement intimidé commande un bourbon, le boit... et, d'après ce qu'on apprend quelques chapitres plus loin, massacre tout le monde dans une rage quasi schizophrène. Ce n'est que l'apparition d'une voiture et de Miles Jensen, inspecteur dans le paranormal, qui nous replace dans le roman policier du XXIe siècle pour enfin finir dans le roman fantastique avec sa fournée de vampires, épouvantails, légendes religieuses comme le Graal, la Sainte Croix et plusieurs immortels.

La force du livre est de relier tous ces éléments entre eux. A priori, on se demande comment tous les personnages peuvent cohabiter dans une histoire cohérente. Réponse : il suffit que cette histoire parte dans tous les sens. Cependant, même si elle est tirée par les cheveux, on ne peut pas s'empêcher de lire la suite. Chaque chapitre ou presque se termine par ce qu'on pourrait appeler dans la fiction un cliffhanger, (littéralement « suspendu à une falaise ») une situation où le héros est sans le savoir confronté à un grand danger : « c'est à ce moment-là que quelqu'un fracassa la porte et se rua dans sa direction » ou bien une phrase annonçant que l'action va bientôt arriver comme « Ce qui se passa cette nuit restera gravé à jamais dans l'histoire de Santa Mondega ». Le livre finit d'ailleurs sur une touche d' « à suivre... » avec les paroles du Bourbon Kid. Il m'est même arrivé à la lecture des premières lignes d'un chapitre d'être accroché et de ne pas pouvoir reposer le livre.

Le style d'écriture de Bourbon Kid est très accrocheur car il utilise  un langage très familier.

Despérado, The Ring, Pulp Fiction, Kill Bill, Indiana Jones, True Romance, Star Wars, Buffy contre les vampires, Terminator, les codes des films de western, des films de karaté, autant de références culturelles que s'approprie « Bourbon Kid » pour farcir son livre. Il ne se veut pas sérieux mais complètement décalé, parodique. Le Livre sans nom tourne en dérision ses références mais en même temps leur rend hommage ; l'un des plus grands plaisirs pour le lecteur est ainsi de s'amuser à retrouver et reconnaître ses références. « Vous désespérez de trouver un équivalent littéraire aux films de Quentin Tarantino, de John Carpenter, de Robert Rodriguez ? Lisez le Livre sans nom. À vos risques et périls. », lit-on au dos du livre. En effet, on peut comparer le livre aux œuvres de ces réalisateurs car tout est très exagéré, les personnages sortent une cigarette et l'attrapent au vol avec leurs lèvres, les armes sortent de leur holster pour n'importe quelle occasion et les cadavres sont cloués au plafond ou coincés dans le ventilateur.

« Juste au-dessus de la mare de sang se trouvait un ventilateur.[...] Il tournait très lentement en partie parce qu'il n'allait jamais bien vite, mais aussi parce que, en l'occurrence, le cadavre de Rodéo Rex y avait été attaché » (chapitre 47).

En conclusion, c'est un livre sur lequel (comme l'espérait l'auteur) je me suis jeté aveuglément et que je prends toujours plaisir à relire, la fin réussit le pari d'être encore plus déroutante que le reste du livre et j'attends avec impatience la parution du troisième volet en France.


Alexis, 1ère année Bib.-Méd. 2010-2011

 

 

 

 

 

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 07:00

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Philip ROTH
Indignation
traduit de l'américain
par Marie Claire Pasquier
Gallimard,

Coll. Du monde entier, 2010




 

 

 

 

 

 

 

 

Philip-Roth.jpgIndignation, qui s'inscrit dans la veine des romans courts d'apprentissage, est le 29e roman de Philip Roth. Cité par le célèbre critique Harold Bloom parmi les quatre principaux auteurs américains vivants, aux côtés de Cormac MacCarthy, Don DeLillo et Thomas Pynchon, il est, avec ces deux derniers, l'un des principaux représentants du courant postmoderne.

Entre autres récompenses, telles que le National Book Award, le National Book Critics Circle Award ou le prix Pulitzer,  Le Complot contre l'Amérique a été sacré meilleur livre de l'année par la New York Times Book Review. Le PEN Nabokov Award 2006 et le PEN Saul Bellow Award 2007 ont récompensé le romancier pour l'ensemble de son oeuvre.



Guerre-de-Coree.JPGNous sommes en 1951, deuxième année de la guerre de Corée. Marcus Mesner, jeune homme de dix-neuf ans d'origine juive, sérieux et travailleur, poursuit ses études de droit au Winesburg College, faculté lambda de l'Ohio. Il a quitté la faculté de Newark, sa ville natale où habitent ses parents, dans le but d'échapper à la domination de son père, boucher de profession et depuis peu en proie à une peur paranoïaque au sujet de son fils, due à un trop-plein d'amour et de fierté paternelle. Il va alors tenter sa chance dans une Amérique encore inconnue mais comprendra vite que, bien qu'il ait échappé à la tyrannie de son père, il ne pourra pas échapper à une autre forme de tyrannie : celle des conventions. L'amour qu'il va nourrir pour Olivia, la reine de la fellation 1951, ainsi que sa perpétuelle indignation vont le conduire à sa perte.

« Oui, le bon vieux défi américain, ''Allez vous faire foutre'', et c'en fut fait du fils de boucher, mort trois mois avant son vingtième anniversaire – Marcus Messner, 1932 -1952 –, le seul de sa promotion à avoir eu la malchance de se faire tuer pendant la guerre de Corée, qui se termina par la signature d'un armistice le 27 juillet 1953, onze mois pleins avant que Marcus, s'il avait été capable d'encaisser les heures d'office et de fermer sa grande gueule, reçoive son diplôme consacrant la fin de ses études à l'université de Winesburg – très probablement comme major de sa promotion –, ce qui aurait repoussé à plus tard la découverte de ce que son père, sans instruction, avait tâché de lui inculquer depuis le début : à savoir la façon terrible, incompréhensible dont nos décisions les plus banales, fortuites, voire comiques, ont les conséquences les plus totalement disproportionnées.»

En fait, toute l'ironie et la morale, l'importance de la chance et la force du destin contenues dans ce roman sont résumées dans cette citation, extraite de la page 193. Roth insiste tout particulièrement sur l'importance du destin dans le cours de la vie puisque ce ne sont en fait qu'une succession de choix, en apparence plutôt anodins qui ont conduit son héros à sa perte. Ainsi, page 55, on apprend que le héros est mort et qu'il nous parle d'outre-tombe, d'un au-delà vide et solitaire imaginé par Philip Roth.

« Et même mort, comme je le suis, depuis combien de temps je ne saurais le dire, j'essaie de reconstruire les moeurs qui régnaient sur ce campus et de récapituler les efforts tâtonnants pour y échapper qui engendrèrent la série de mésaventures dont la conclusion fut ma mort à l'âge de dix-neuf ans. »

Cette voix d'outre-tombe très vite révélée s'avère être une sorte d'uchronie par laquelle Roth décrit les événements s’ils s'étaient déroulés autrement. Le reste du roman ne sera qu'une sorte de compte à rebours.

Dans Indignation, l'ambiguïté du personnage de Marcus est frappante. Il est conformiste mais désireux de rompre avec son milieu. C’est à la fois un garçon simple, gentil et travailleur, ayant pour seul désir de réussir ses études, mais également un révolutionnaire en devenir et, qui plus est, un révolutionnaire en avance sur son temps. Roth insiste sur ce point à la fin du roman en faisant remarquer, par une note historique, que Marcus n'avait en quelque sorte qu'anticipé sur les événements à venir.

« En 1971, les bouleversements sociaux, les transformations et les mouvements de protestation des tumultueuses années 1960 finirent par atteindre l'université de Winesburg, si réactionnaire et apolitique qu'elle fût. »

Roth profite également de ce véritable parcours initiatique pour décrire la classe moyenne juive à travers une description précise de l'emploi de boucher casher qu'occupe le père de Marcus. Mais par l’évocation de cet univers, l'auteur semble également établir un parallèle entre la boucherie de Mr Mesner et la « boucherie » que fut la guerre de Corée. Bien qu'elle ne se situe qu'en arrière-plan, Roth insiste beaucoup sur cette guerre, comme pour avertir le lecteur qu'elle va jouer un rôle non négligeable dans l'histoire de Marcus.

Bien que Philip Roth ait intitulé son roman Indignation au singulier, Marcus Mesner aura exprimé un certain nombre d'indignations. En effet, au cours de sa courte jeunesse, le jeune homme se sera indigné face à l'autorité de son père, face à ses camarades de chambre, en réaction soit à un chahut incessant, soit à des insultes envers la fille qu'il aime, face à un proviseur trop soupçonneux, face au chantage affectif de sa mère, face aux pratiques de beuveries de ses camarades, puis enfin et surtout, face aux conventions d'une université de l'Amérique de années 50 en refusant d'assister à l'office religieux. En voulant échapper à la tyrannie familiale, le jeune Mesner se retrouvera confronté à une nouvelle forme de tyrannie, celle des conventions morales, religieuses, communautaires et sociétales.

Ces nombreuses indignations sont également l'occasion, pour Roth, d'aborder et d'approfondir un certain nombre de thèmes qui lui sont familiers. À travers Indignation, il nous livre une description de la société des États-Unis de la seconde moitié du XXe siècle, celle d'avant la révolution sexuelle, et de ses jeunes pour qui la sexualité est une énergie vitale. Il nous décrit aussi le passage à l'université, véritable rite pour les étudiants américains, transformant ainsi son ouvrage en roman d'initiation. Roth décrit le milieu familial juif, peut être celui dans lequel il a grandi, ainsi que les relations filiales difficiles qui peuvent y naître, comme dans toute autre famille. Enfin, Roth dénonce les tabous religieux de cette époque et l'hypocrisie puritaine américaine et nous livre ainsi une sorte d'histoire moderne des USA.

On retrouve dans Indignation de nombreux éléments autobiographiques chers à Philip Roth, à savoir l'éducation, l'identité et l'intégration, récurrents dans nombre de ses oeuvres. À l'instar de Marcus Mesner, Roth est d'origine juive et né à Newark, New Jersey. Indignation est l'occasion pour Philip Roth de parler de ses fantasmes à travers ceux de son personnage. On comprend aisément que l'auteur est ancré dans son roman, que c'est un moyen de parler de son vécu, de ce dont il a été témoin, de ce qui l'a touché ou le touche, de ce qui l'a frustré. Ce n'est pas un roman autobiographique mais par cette présence dans son histoire, l'auteur en fait un roman de la nécessité.


Manon, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

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