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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 07:07

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Léon TOLSTOÏ
La Guerre et la Paix
Titre Original
Voina i Mir, 1999
traduit du russe
par Bernard Kreise
éd. du Seuil,
Coll. Points, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette édition se présente en un volume de 1243 pages,et sept parties de 26 chapitres en moyenne.

L'auteur a repris le récit sept fois au total. Le début du roman fut d'abord publié dans le Russkij Vestnik, un journal, en 1865 et en 1866, puis il parut en six volumes en 1868-1869. D'autres versions se succédèrent, jusqu'à celle de 1873, qui est présentée ci-dessous. C'est une version plus courte, les réflexions philosophiques ont été condensées et l'action resserrée. Les nombreux passages en français dans le texte original sont signalés, et les noms des personnages conservés en russe, contrairement aux précédentes versions.


Les personnages principaux sont

  • Prince Andréï Bolkonsky
  • Princesse Liza Bolkonskaïa (épouse d' Andréï)
  • Princesse Maria Bolkonskaïa (sœur d' Andréï)
  • Prince Bolkonsky (le père d' Andréï)
  • Prince Nikolaï Bolkonsky (le fils d' Andréï)
  • Mlle Bourienne (dame de compagnie française de Maria)
  • Comte Pierre Bézoukhov
  • Princesse Hélène Vassilevna Kouraguina (devient Princesse Bézoukhova rapidement)
  • Prince Anatole Kouraguine (frère d'Hélène)
  • Prince Vassili Kouraguine (père d'Hélène et intendant de Pierre)
  • Comtesse Natacha Rostova (ou Natalia)
  • Comte Nikolaï Rostov (frère de Natacha)
  • Sonia Rostova (cousine adoptée par la famille Rostov)
  • Comte Rostov (le père de Natacha)
  • Comtesse Rostova (la mère de Natacha)
  • Comte Pétia Rostov (frère de Natacha)
  • Prince Boris Droubetskoï
  • Dolokhov
  • Dénissov
  • Général Koutouzov
  • Napoléon 1er
  • Anna Pavolvna




Le roman commence en juillet 1805 et se termine en 1813 ; le récit s'étend donc sur sept ans, avec de longues ellipses, en alternance avec des arrêts descriptifs sur des moments importants.

La complexité de l'histoire fait qu’il est difficile d'en faire un résumé ; c'est pourquoi, il est plus intéressant de parler de ce qui ressort en général de l'œuvre. Le récit tourne principalement autour de deux sujets : la guerre entre la Russie et la France d'une part, et les histoires d'amour entre les différents protagonistes d'autre part : entre Andréï et Natacha, entre Pierre et Natacha, entre Sonia et Nikolaï, entre Nikolaï et Maria, etc.

Cependant, le premier sujet l'emporte sur le second quant à la place qui lui est accordée dans la narration. Les batailles sont décrites et expliquées avec précision, notamment pour les plus connues, Austerlitz et Borodino. Les traditions de l'armée, la hiérarchie et les différents corps de l'armée sont présentés, en particulier pour les cosaques. Tout cela participe à en faire un livre d’histoire, en quelque sorte. Les idéaux des hommes avant la combat, la peur paralysante pendant, et les désillusions après la guerre pour ceux qui avaient rêvé de gloire structurent le récit.

Le roman traite également de la société de Saint-Pétersbourg et de Moscou, particulièrement la Cour, mais aussi les serfs, le clergé et les sociétés secrètes telle la franc-maçonnerie. Au fil du récit, on découvre les salons mondains, les relations très codées entre les nobles, les bals et autres réceptions. À ces occasions, le français est la langue de référence, aussi bien pour parler que pour penser. On découvre également les relations entre nobles et serfs qui ne reçoivent aucune éducation ; l'idée d'affranchissement est introduite avec le personnage de Pierre Bézoukhov.

Les personnages sont traités en profondeur, et on assiste à leur évolution psychologique. Évolution due à la maturation, aux aléas de leurs vies et à la guerre. Ils perdent progressivement leur tendance à la superficialité ou à la vanité, et prennent conscience de la fragilité du bonheur causée par les malheurs de la guerre.

Léon Tolstoï s'écarte parfois de la fiction pour insérer plusieurs paragraphes dans lesquels il énonce et développe ses propres réflexions philosophiques, entre autres à propos du rapport de l'homme au pouvoir, du libre arbitre, de la volonté, etc. :

« [...] Le roi est l'esclave de l'histoire, d'un événement cataclysmique, et il possède moins de libre arbitre que les autres hommes. Plus il a de pouvoir, plus il est lié aux autres hommes, et moins il a de libre arbitre. Il y a des actions nécessaires qui concernent la vie instinctive de l'homme ; il y a des actions contingentes, quoi qu'en pensent les physiologistes et quelle que soit l'exactitude de la recherche dans le domaine des nerfs. Un argument irréfutable contre eux est le fait que je peux maintenant lever le bras et je peux ne pas le lever. Je peux continuer d'écrire ou m'arrêter. C'est indéniable. Mais puis-je savoir ce que je dirai en étant au milieu de la mer, puis-je savoir ce que je ferai en étant à la guerre, puis-je savoir lors d'un conflit avec autrui, dans une action où, d'une manière générale, l'objet de mon action n'est pas moi même, puis-je savoir ce que je ferai alors ? [...] »

Ou encore :

« [...] Existe-t-il un seul vice, un seul mauvais côté de la nature humaine qui ne soit pas adapté aux conditions de la vie militaire ? Pour quelle raison la condition de militaire est-elle donc respectée ? Parce qu'elle représente le pouvoir suprême. Et le pouvoir a ses flatteurs.[...] »

C'est une œuvre profondément philosophique et morale ; même si le roman expose une vision assez déterministe sur la guerre et les choix des hommes, il reste optimiste ; en effet, après les épreuves et les mésaventures que connaissent les personnages, ces derniers mettent de côté leurs remords et leurs tourments pour repartir du bon pied.

Le texte est très agréable à lire, l'écriture est fluide, entrecoupée de dialogues, le vocabulaire recherché et le point de vue est celui d'un narrateur omniscient. Les descriptions sont nombreuses mais ne découragent pas pour autant le lecteur, au contraire, sauf peut-être en ce qui concerne les récits de batailles : allergiques à la stratégie militaire, s'abstenir !

S’il faut définir les grandes caractéristiques de cette œuvre : roman très long, description de la guerre et de la société, réflexions sur l'Homme, la religion, le pouvoir. C'est un récit profondément social et revendicateur, qui invite à plus d'égalité, à un retour à l'essentiel, à l'éducation et à l'affranchissement des serfs.
War_and_peace_1956.jpg
Le roman a été adapté de multiples fois au cinéma et pour le petit écran. La plus connue est War and Peace de King Vidor avec Henry Fonda et Audrey Hepburn, en 1956 , qui condense extrêmement le récit et peut décevoir à cause de l'interprétation peu crédible d’Audrey Hepburn. En revanche, le petit écran a proposé en 2007 une adaptation intéressante de l'œuvre, intitulée Guerre et Paix, en quatre épisodes, et coproduite par sept pays européens, réalisée par Robert Dornhelm, avec Clémence Poésy et Alessio Boni. Malgré une prise de liberté avec des changements dans le récit et une importance moindre accordée aux combats, le téléfilm reste très fidèle au ton et à la finalité du roman. Pour voir le générique, aller à cette adresse :

 http://www.youtube.com/watch?v=idEoomo6Abw


 

 

Biographie rapide de l'auteur

Léon Nikolaïevitch Tolstoï est né en 1828 au sein d'une famille appartenant à la noblesse russe. Il devient rapidement orphelin et son éducation est donc assurée par sa tante. Il découvre la littérature française et prend goût à l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau. Il entre dans l'armée pendant un moment puis rencontre Tourgueniev. Il écrit son autobiographie en trois volumes puis se lance dans l'écriture des Cosaques et de La Guerre et la Paix, début d'une longue liste de romans, nouvelles, essais, et pièces de théâtre. Par la suite il se penche sur les grands philosophes et se convertit au christianisme. Il décède en 1910 dans la solitude, des suites d'une pneumonie attrapée après avoir choisi l'errance. Il décide de reverser tous ses droits d'auteur au peuple russe dans la misère.

Pour une biographie plus complète consulter Wikipedia.



Bibliographie

Romans et récits

  • Enfance, adolescence,jeunesse,1852-1855
  • Récits de Sébastopol, 1855
  • Les Cosaques, 1863
  • La Guerre et la Paix, 1864-1873
  • Anna Karénine, 1873-1877
  • La Mort d'Ivan Illitch, 1886
  • La Sonate à Kreutzer, 1889
  • Mikhaïl, 1893
  • Une Paysanne russe
  • Résurrection, 1899
  • Hadji Mourat, 1904


Nouvelles

  • La Matinée du seigneur
  • La Tempête de neige
  • Lucerne
  • Un musicien déchu
  • Le Cheval
  • Maître et Serviteur
  • Le Réveillon du jeune tsar
  • Ainsi meurt l'amour
  • Histoire d'Ivan le petit sot
  • Le Diable
  • Le Père Serge
  • Le Faux Coupon


Théâtre

  • La Puissance des ténèbres
  • Les Fruits de la civilisation
  • Le Cadavre vivant
  • Et la lumière dans les ténèbres



Divers

Souvenirs et Récits
Journaux et carnets, vol.1 (1847-1889)
Journaux et carnets, vol.2 (1890-1904)
Journaux et carnets, vol.3 (1905-1910)
Lettres, vol.1&2 (1828-1879 1880-1910)
Guy de Maupassant
Pourquoi les hommes usent-ils de stupéfiants ?
Qu'est-ce que l'art ?
Confession

Pour une bibliographie plus complète, consulter Wikipedia.


Catherine, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 


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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 07:00

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John Howard GRIFFIN
Dans la peau d'un Noir
(Black Like Me)
traduit de l'anglais
par Marguerite de Gramont.
éditions Gallimard, 1962

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John Howard Griffin (1920-1980) est un journaliste et écrivain américain. Étudiant en français, littérature et médecine à l'université de Poitiers, il fut aussi rattaché au service psychiatrique d'un hôpital français lors de la Seconde Guerre mondiale. Il prend part à la résistance et sert dans l'armée américaine avant de revenir en Europe à la fin de la guerre. Une blessure le contraint à revenir vivre aux États-Unis où son engagement pour la paix sociale va motiver ses écrits et ses opinions. Les conditions de vie des Noirs américains du Sud sont pour lui insupportables. Son combat contre les discriminations raciales a fait sa renommée. L'ouvrage, Dans la peau d'un Noir (Black Like Me), récit d'une expérience singulière que J.H Griffin décide de vivre en 1959, illustre parfaitement ses convictions. Une adaptation cinématographique et documentaire fut, par la suite, inspirée de cet écrit.

J.H. Griffin est également l'auteur de nombreux autres ouvrages comme, par exemple, The Devil Rides Outside (1952), The Church and the Black Man (1959), A Time to be Human (1977), tous préoccupés par les relations sociales, économiques et politiques entre les « races ».



Dans la peau d’un Noir

Ce livre est un récit autobiographique sous forme de journal. Il relate une expérience véritable que J.H Griffin commence en 1959. Décidé à dénoncer la vie des Noirs du Sud des États-Unis, il considère que seule une immersion totale dans la vie d'un Noir confronté quotidiennement au racisme des Blancs, lui permettra de comprendre comment cela peut changer. Il désire aussi faire passer un message aux citoyens américains : il ne faut plus fermer les yeux sur la situation. La ségrégation raciale aux États-Unis est présente dans de nombreuse villes. Le passé du pays est à l’origine de cet ordre social. Les Blancs dominent les Noirs. Ces derniers vivent en communauté dans des quartiers misérables, sans aucun avenir ni espoir d’une quelconque reconnaissance sociale.

« Une idée m'avait hanté, pendant des années, et cette nuit-là, elle me revient avec plus d'insistance que jamais. Si au cœur des États du Sud, un Blanc se transformait en Noir, comment s'adapterait-il à sa nouvelle condition ? Qu'éprouve-t-on lorsqu'on est l'objet d'une discrimination fondée sur la couleur de peau, c'est-à-dire sur quelque chose qui échappe à votre contrôle ? »
 
L'expérience se déroule sur trois mois. J.H Griffin sous la surveillance d'un dermatologue se soumet à un traitement intensif aux ultraviolets et à des médicaments spécifiques à l'origine destinés, par petites doses, à soigner une maladie de peau, le vitiligo (maladie qui a pour symptômes des taches incolores sur le visage et le corps). Pour parfaire sa transformation, il se rase le crâne. Pendant toute l'expérience, il change littéralement d'identité et coupe toutes relations avec sa famille et ses amis, sa vie d'homme blanc. Il décide juste de conserver son nom.


Un ami à lui, George Levitan, propriétaire d'une revue à diffusion internationale, destinée aux Noirs, Sépia, accepte de publier ses comptes rendus journaliers. Il commence son voyage à travers le Sud du pays par la Nouvelle-Orléans. Il traversera ensuite cinq états différents où la ségrégation raciale envers les Noirs est forte. L'expérience de la vie d'un Noir des années 1960 va être révélatrice pour l'auteur. Il ne pensait pas que les Noirs avaient une vie aussi rude. Son constat est clair, il faut le vivre pour comprendre.

Les mondes des Noirs et des Blancs sont, dans une même ville, séparés par des barrières morales et psychologiques très fortes. Sa vie de Noir n'est pas de tout repos. Le plus simple des gestes quotidiens devient insurmontable ; il ne peut plus boire ou aller aux toilettes comme avant. La plupart des cafés et des restaurants lui sont fermés. Un simple trajet en bus, lui fait connaître les pires humiliations. Il est devenu noir. Son existence en tant que Blanc n'est plus considérée.

Il rencontre pourtant des Blancs qui lui viennent en aide (logement, trajet en voiture). Mais ces hommes, derrières leurs actes respectueux, le considèrent toujours comme inférieur. La haine raciale n'est pas toujours visible, le fait de ne pas considérer les hommes noirs comme des êtres humains égaux à l'homme blanc, est intériorisé par beaucoup. De nombreuses discriminations sont insidieuses et difficilement perceptibles quand on ne les subit pas. Des hommes noirs ou blancs qui désirent changer les choses, il va en rencontrer. De quoi redonner un espoir de voir disparaître, un jour peut-être, préjugés, haine raciale et inégalités.

Son retour en tant qu'homme blanc ne sera pas sans problème. Son expérience une fois connue de tous, il devra subir les réactions de ces concitoyens, souvent pleines de haine et d'incompréhension. Son témoignage aura des conséquences importantes. Sa vie de Blanc ne sera jamais plus la même. Il ne sera ni blanc ni totalement noir aux yeux de nombreuses personnes. Les changements ne se feront pas en un jour. Il faudra du temps et des personnes résolues pour parvenir à faire taire le racisme.
 


Extrait

« Je pris Chartres Street dans le quartier français et me dirigeai vers Brennan's, un des restaurants réputés de la Nouvelle Orléans. Dans un moment de distraction, je m'arrêtai pour consulter le menu qui était artistiquement mis en évidence dans la devanture. Je lisais, sachant que quelques jours auparavant j'aurais pu entrer et commander tous les plats que j'aurais voulu. Mais maintenant, tout en étant la même personne, avec le même appétit et les mêmes goûts et jusqu'au même portefeuille, aucun pouvoir au monde ne pouvait me faire entrer dans cet endroit et y prendre un repas. Je me souvins d'avoir entendu un Noir dire : ˜Vous pouvez vivre ici toute votre vie, mais vous n'entrerez jamais dans un des grands restaurants, sauf comme garçon de cuisine˝. C'est monnaie courante pour un Noir de rêver de choses dont il n'est séparé que par une porte, sachant qu'il ne les connaîtra jamais. Je déchiffrai le menu avec attention, oubliant qu'un Noir ne fait pas une chose pareille. »
 
Le récit de John Howard Griffin est un témoignage choquant et bouleversant. Ce qu'il vit paraît invraisemblable mais est pourtant réel. La situation actuelle des gens de couleur semble meilleure. Mais le racisme toujours présent s'exprime plus silencieusement. Cette expérience était révélatrice à l'époque d'un malaise social majeur. Pouvons-nous aujourd'hui prétendre que ce malaise a disparu ? La ségrégation sociale envers les immigrés ou les personnes de couleur est malheureusement toujours visible. Ce livre traverse tristement les années, en dénonçant des faits qui persistent; le racisme et la xénophobie.

« Maintenant, le témoignage est là, tangible, solide, prêt à prendre place dans les rayons de toute bibliothèque qui se respecte »  Robert Escarpit, Le Canard enchaîné.


Justine, 1ère année édition-librairie.

 

 

 

 

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 07:00

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Bernard LENTERIC
La nuit des enfants rois
Olivier Orban, 1981
LGF/Livre de poche, 2001
Réédition Numéro 1, 2011







 

 

 

 

 

 

 L'auteur en quelques mots
 
Bernard Lenteric est un écrivain français né à Paris en 1944 et décédé en 2009. Il exerce de nombreux métiers avant de se tourner vers la littérature. Son premier roman, La Gagne, sort en 1980 ; il acquiert une certaine notoriété en 1981 avec La nuit des enfants rois. Ce livre sera qualifié de « best-seller » en France et fera l'objet d'une adaptation cinématographique en 2010.

La bibliographie de Bernard Lenteric se compose d'une quinzaine de livres publiés chez divers éditeurs tels que Olivier Orban, Lattès, Plon.



Résumé
 
Jimbo Farrar informaticien de génie et surdoué de surcroît semble être la personne désignée pour mener à bien le projet de la fondation Killian. Ce dernier consiste à débusquer, dès la maternelle, des enfants qui présenteraient des capacités intellectuelles bien supérieures à la moyenne. Pour cela, Jimbo, aidé de son super ordinateur nommé Fozzy, traque et teste tous les enfants des États-Unis. Malgré des investissements financiers considérables, ce projet semble stérile jusqu'au 18 juin 1971 « et il est 10 heures du soir quand ça arrive ».

Sept écrans, sept dessins. Aucun ne ressemble pourtant aux autres. Jimbo est assailli par un malaise grandissant. Lorsqu'il ordonne à Fozzy de superposer les gribouillages et qu'il découvre les mots « WHERE ARE YOU ? » sur l'écran, il sait qu'il vient de faire une découverte qui dépasse l'entendement. Ces sept enfants ont entre quatre et cinq ans, ils sont dispersés aux quatre coins des États-Unis et ne se sont jamais rencontrés... Pourtant, un lien inexplicable les unit. Durant dix années, Jimbo Farrar rencontrera chacun d'eux à l'occasion d'une visite annuelle. À l'exception des phrases « Vous n'êtes pas seuls. Vous êtes sept » prononcées la première année, ses visites se résumeront à un regard, une sorte de piqûre de rappel. S'enclenche alors un compte à rebours avant que les Sept soient réunis à l'occasion d'une distribution de prix organisée par Killian Incorporated. Tout aurait pu laisser place à un bonheur parfait, celui d'être enfin ensemble ; pour la première fois de leur vie, ils se sentent entiers et apaisés. Fini la solitude et le mensonge. Plus besoin de paraître pour rester dans une invraisemblance acceptable. Ils peuvent être ce qu'ils sont réellement : de purs génies, bien plus intelligents que tous les autres, à eux sept ils ne font qu'un. « Ils sont un seul esprit, une seule volonté. »

Hélas ! la nuit de leur rencontre sera aussi celle de leur basculement dans la violence. Battus, violés et blessés, ils sortiront de cette expérience pleins de haine et de besoin de vengeance. Les Sept sont désormais des meurtriers en puissance. Le monde leur appartient ; il ne tient qu'à eux d'en prendre possession. Jimbo l'a compris, rien ne pourra les détruire, excepté celui qui les a créés. Lui. Jimbo. Tiraillé entre amour et admiration, il devra choisir son camp. S'il n'est pas avec eux il est contre eux. Il n'y a pas d'alternative.



Un roman plein d'inquiétude
 
Paru en 1981, ce roman met en scène un monde qui évolue en permanence, engagé dans une course stimulée par l’émergence de l'informatique et la rapidité du progrès technique. Le personnage principal, Jimbo Farrar, est le représentant de la génération qui arrive. Il est plongé au cœur de l'informatique à tel point que son ordinateur subit une personnification sans égal :

« On l'avait baptisé Fozzy. Il était tellement ultraperfectionné qu'il pouvait parler avec une vraie voix humaine, en imitant par exemple Cary Grant dans Philadelphia Story, Judy Garland dans A star is born ou Dustin Hoffman dans Macadam Cowboy. Et, mieux que cela, si on lui posait une question stupide, il était capable de réponses encore plus stupides. Plus ultraperfectionné que cela, c'est difficile. Et naturellement, quand cela arriva, il parlait avec Jimbo Farrar. »

Il me semble presque naturel de dire que Fozzy est un des protagonistes de l'histoire. C'est lui qui trouvera les Sept, qui sera le lien entre eux et Jimbo. Ce rôle accordé à l'ordinateur n'est pas anodin. Il traduit cette inquiétude ambiante face au progrès technique, à la méconnaissance de son influence sur l'homme, la société et l'économie.

Ce roman est une sorte de mise en garde contre la faiblesse de l'informatique malgré sa toute puissance apparente. Les Sept symbolisent cet aspect de la pensée. Bien qu’ils semblent indestructibles, les failles existent.

La nuit des enfants rois, c'est aussi un roman de l'adolescence et de ses conséquences sur le passage à l'âge adulte. Cette transition est également abordée d'une façon très noire. Les Sept sont au cœur de la violence générée par leur changement de statut, caractérisé par le passage de l'adolescence. Cette période est marquée par une haine destructrice qui va les mener jusqu'au meurtre. Ce passage, considéré comme « difficile » dans une vie humaine, est ici amplifié, dilaté jusqu'à être complètement destructeur. Le trauma généré par la nuit de viol et de passage à tabac déclenche le processus de transition. L'enfance est à jamais quittée mais ils ne veulent pas être adultes. Comme les Sept sont des génies, leur « crise » d'adolescence ne sera pas ordinaire. Pleins de haine et de rancœur, ils décident de voler des millions. Ils ne reculent devant rien et éliminent tous ceux qui approchent de la vérité.



Construction et écriture
 
Le roman se divise en huit chapitres eux-mêmes découpés en sous-chapitres. Cela donne un rythme particulier qui laisse plus de place à l'action qu'à la profondeur des personnages. Les Sept sont considérés comme une seule et même entité. Dans cette idée, Lenteric n'a pas étoffé sept personnalités différentes. On ne connaît pas bien leurs noms, excepté celui de Liza. Le lecteur a accès à son intériorité car elle sera une sorte de clé pour le dénouement final. Les enfants sont nommés « les Sept ».

Jimbo est marié à Ann. On n’a d'elle qu'une brève description très synthétique, presque comme une fiche technique :

« Ann vient d'achever des études de journalisme et de droit. Elle peut occuper un poste dans un journal de Denver avec d'autant plus de facilités que le journal appartient à la famille, comme pas mal de choses dans le Colorado. Elle peut aussi partir pour Los Angeles ou New York, ou pour l'Europe. Pas de problèmes. Et, si elle veut entrer dans la télévision, ABC, NBC ou CBS, aucune difficulté. L'oncle Harold leur verse assez d'argent en publicité. […] Ann Morton est blonde et grande. À trois reprises, les gens de Playboy sont venus lui demander de poser dans leur page triple du milieu, vêtue en tout et pour tout d'une rose entre les dents. Elle a failli dire oui à la seule fin d'emmerder Mme veuve et l'oncle Harold. Elle a dit non. »

Cet extrait à propos d'Ann est très représentatif des descriptions qui jalonnent le roman. Ce qui est important, c'est l'action et surtout l'inquiétude face à la société qui se développe. Les personnages n'ont pas besoin d'être profonds, le lecteur n'a pas de temps à perdre dans les méandres de leurs pensées ; ce qui prévaut, c'est l'intrigue.

Seul le personnage de Jimbo a une réelle profondeur. On le suit, lui et ses doutes. C'est une sorte de géant au cœur tendre. Le lecteur apprend peu à peu à le connaître à travers ses réflexions sur les Sept et la conduite à adopter à leur égard.
 


Avis personnel
 
La nuit des enfants rois est un roman de fiction et d'action. Il est très rapide à lire ; c'est un choix qui est accentué par la mise en page. On peut lui reprocher le manque de profondeur de certains personnages qui mériteraient un peu plus d'attention et la rapidité de la fin. J'aurais d'autant plus apprécié le roman si cette dernière avait dérogé à la règle de la vitesse pour nous accorder quelques pages de plus. Malgré ces quelques petits reproches, qui semblent être partagés par de nombreux lecteurs, je ne me lasse pas de ce roman. Il réussit à mettre en scène des personnages entre fiction et réalité. De telles intelligences confinent à la folie et pourtant les Sept sont attachants. Jimbo Farrar réussit à nous faire douter avec lui de la nécessité de les détruire. C'est aussi une critique, enfin plutôt une mise en garde, contre le progrès et ses effets. Ce roman s'inscrit contre l'idée générale de l'époque qui veut que la technique soit salvatrice. Il montre qu'elle peut être utilisée contre l’homme même si son but premier était de l’assister. Qu'elle peut même échapper à tout contrôle à travers une poignée de leaders. Jimbo soulève cette question en s'interrogeant sur les hommes qui ont marqué l'histoire et la conjoncture des événements qui a favorisé leur montée en puissance.

Il me semble que ce roman convient aussi bien aux adolescents qu'aux adultes. Les uns et les autres n'y verront pas les mêmes intérêts mais finalement chacun y trouve son compte.


Margaux, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 


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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 07:00

Ken-Grimwood-Replay-copie-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ken Grimwood
Replay
Titre original : Replay
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Françoise et Guy Casaril
Seuil, avril 1988
Collection Points

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ken-Grimwood.jpegKen Grimwood

 Auteur de fiction américain né à Dothan en Alabama. Ayant étudié à l’université d’Emory, il travaille dans les années soixante avec l’éditeur de fictions d’horreur EC Comics et touche au photojournalisme. Il étudie aussi la psychologie à l’université de Bard à New York et apporte sa contribution à un court-métrage, L’Observateur, en 1969. Il écrit ses premiers romans alors qu’il est rédacteur en chef de la radio KFWB News de Los Angeles mais le succès qu’il obtient avec son roman Replay, récompensé par le « World Fantasy Award » lui permet de se consacrer entièrement à ses projets de romans. Ses thèmes de prédilection tournaient autour de l'affirmation de soi, du contrôle de sa vie, de l’espoir et de concepts métaphysiques.



Replay

Jeffrey Lamar Winston ne s’attendait pas du tout, quand il mourut d’une crise cardiaque le 18 octobre 1988 à 13h06, à revenir en 1963 dans sa chambre d’étudiant à l’université d’Emory où il fit ses études 25 ans plus tôt. Alors âgé de 18 ans, mais avec la mémoire intacte de son ancienne vie, il se dit que c'est pour lui une nouvelle chance de ne pas refaire les erreurs qu’il a commises dans son autre vie. Voulant alors changer les choses, il arrête ses études et fait des paris sur des courses de chevaux. Avec l’argent amassé, il bâtit un empire financier puissant et tente d’éviter l’assassinat de Robert Kennedy mais sans succès. Il se marie et a une fille, Gretchen. Quand le jour fatidique de sa mort arrive, il s’y prépare et croit sincèrement qu’il restera en vie cette fois…Monumentale erreur…

Et le revoilà en 1963 dans sa vieille voiture avec sa petite-amie du moment, Judy, regardant un film d’Hitchcock. Il comprend alors que tout ce qu’il a pu construire dans sa dernière vie a été effacé y compris sa fille Gretchen qui maintenant n’existe plus que dans son souvenir. Et plusieurs fois la chose se produit. Et aucun moyen de changer la donne. Jeff est condamné à revivre la vie qu’il avait de 1963 à 1988. S’assurant un avenir matériel à chaque fois grâce aux courses de chevaux et aux tournois de baseball, il cherche des réponses sur la situation qu’il vit et vit et revit encore et encore. Il rencontre de nombreux personnages tels que Sharla Baker, qu’il verra dans deux de ses « replays » et qui l’entraînera sur le chemin du vice et de la perdition mais Jeff ne se laissera pas longtemps berner. Il ira dans différents pays, surtout en Europe. Il se mariera avec sa petite amie de la fac, Judy mais ne voudra plus jamais engendrer d’enfants à cause de la douleur de les perdre à chaque fois.

« Pour la première fois dans sa longue vie brisée, il comprit pleinement la lamentation de Lear pour Cordélia :

…car tu ne reviendras

Jamais, jamais, jamais, jamais, jamais. »

Il rencontrera Pamela, autre « répétitrice », une fois médecin, une autre fois productrice d’un film, Starsea, coproduit par Steven Spielberg dans lequel elle souhaitait faire comprendre au monde le phénomène qu’elle vivait. Avec elle, Jeff se rendra compte que ses « replays » se feront de plus en plus tard, raccourcissant ainsi le temps de chaque vie qu’il vivra. Ils tenteront au début, de vivre uniquement l’un pour l’autre puis l’idée de rechercher d’autres personnes dans leur situation leur permettra de trouver un « répétiteur » fou à lier, Stuart McCowan, persuadé qu’il est sur une scène de théâtre pour amuser des extra-terrestres.

« – Par qui ? Par quoi ? Par Dieu ? Toute cette affaire n’a fait que me renforcer dans mon sentiment, qui était aussi celui d’Albert Camus : si Dieu existe, je le méprise.

– Appelez ça Dieu, Atman ou comme il vous plaira. Vous connaissez la Gita :

L’esprit qui se ressaisit ouvre les yeux

A la connaissance de l’Atman,

Qui est nuit noire pour ceux qui ne savent pas.

Ceux qui ne savent pas ouvrent les yeux.

À la vie de leurs sens,

Qu’ils prennent pour la lumière du jour :

Pour celui qui voit, ce n’est que ténèbres. »

 

Dans une autre vie, Pamela et lui tenteront de faire bouger les différents organismes savants et de recherche et tomberont ainsi sous le joug du gouvernement et de Monsieur  Hedges, enquêteur de la CIA et intéressé par les prédictions que ces deux personnages peuvent faire sur l’avenir du monde. Prisonniers, seule la mort peut adoucir leurs peines et les renvoyer encore une fois au point de départ qui se déplace petit à petit dans le temps. Ils semblent revivre leurs vies propres mais au ralenti et en plusieurs cycles. Ils se rencontrent donc à plusieurs stades de leurs vies respectives, ne comprenant toujours pas ce qui leur arrive.

 

« Juste avant que la lumière disparaisse, il lui murmura quelques mots à l’oreille, un vers de Blake :

–         "Voir un monde dans un grain de sable et un paradis dans une fleur sauvage."

Elle lui prit les mains et termina la citation à mi-voix :

–        "Tenir l’infini dans la paume de sa main et l’éternité en une heure." »



Avis personnel

L’idée que certains d’entre nous revivent un morceau de leur vie passée me terrifie et me fascine en même temps. Le concept est intéressant dans le sens où il suggère une multitude de réalités intercalées dans la nôtre car quand on quitte une vie, en réaliser une autre ne signifie pas que la première ne continue pas sans nous.

Fascinée par cette chance artificielle que « les replays » permettraient de ne plus faire d’erreurs ou du moins de les éviter le plus possible et le fait aussi que grâce à eux, il serait possible de revoir des personnes qui ont aujourd’hui disparu.

Et terrifiée à l’idée qu'à chaque cycle, tout serait perdu et à refaire. On peut retrouver ici le mythe, raconté dans l’Odyssée, de Sisyphe qui, pour avoir osé défier les dieux, fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu'en haut d'une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet. Revivre sans fin un morceau de sa vie peut blaser au début et rendre fragile mentalement à la fin.

Mais même en sachant cela, les personnages de ce roman continuent à répéter leurs vies, profitant à chaque fois du temps qu’ils savent compté et fini.

J’ai adoré ce livre pour ces deux aspects et aussi parce que le fin mot de l’histoire, selon ce que j’en ai compris, est «carpe diem ».

 

Alice L., 1ère année Bib-Méd.

 

 

 

 

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 07:00

Paul-Auster-Le-Livre-des-illusions.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paul AUSTER
Le livre des illusions
The book of illusions
 

traduction de

Christine Le Bœuf
Actes sud, 2002

Babel, 2003

Livre de poche, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie de Paul Auster
http://www.evene.fr/celebre/biographie/paul-auster-1230.php

 

 

Résumé

David Zimmer vient de perdre sa femme et son fils dans un accident d'avion, il n'a plus le goût de vivre, plus de réaction à ce qui l'entoure, lorsqu'un jour il regarde une émission sur le cinéma muet. L'arrivée d'un extrait d'un film d'Hector Mann lui arrache un rire franc. C'est alors qu'il décide de se consacrer à l'écriture d'un livre sur cet acteur des années 20 porté disparu depuis 1929.

Il se lance à la recherche des quelques bobines qu'il reste dans le monde. Pendant trois ans, il analyse le jeu d'Hector et en 1988 son livre, Le Monde silencieux d'Hector Mann, est publié.


Alors que David reprend le cours de sa vie en enseignant, il reçoit un coup de téléphone : Hector voudrait le rencontrer et lui montrer d'autres films de lui... David croit à un canular jusqu'à ce qu'un jour, en rentrant chez lui dans le Vermont, il trouve une femme, Alma, qui l'attend. Elle vient le chercher pour l'emmener au nouveau Mexique où vit Hector : il est souffrant, il faut se dépêcher. David, énervé, ne veut rien entendre, elle est obligée de le menacer pour qu'il accepte enfin de rentrer avec elle.

Durant leur long voyage, elle lui raconte toute la vie d'Hector Mann après sa disparition. Hector avait deux amantes, Dolores Saint John et Bridgid O'Fallon. Il projetait de se marier avec Dolores. Bridgid par jalousie se rendit chez Dolores qui, prise de panique, la tua. Hector aida Dolores à se débarrasser du corps et fuit, seul.



Analyse

À la manière des écrivains américains du XIXe siècle


Comme Herman Melville dans Moby Dick situe l'aventure sur un navire, décrit ce dernier, nous explique les techniques de navigation et tout ce qu'il faut savoir sur les baleines...


Paul Auster ne dit pas seulement qu'Hector est acteur, mais il décrit chaque détail de chaque scène de ses films : les décors, costumes, angles de vue, scenarios... Si précisément qu'on en vient à croire qu'ils ont vraiment été réalisés.

« On passe de Martin à Claire, de Claire à Martin et, en l'espace de dix plans simples, nous saisissons enfin, nous comprenons enfin ce qui se passe. Martin revient alors dans la chambre et, en dix plans de plus, il finit par comprendre, lui aussi.

 

1. Claire se tord de douleur dans le lit, elle souffre intensément, elle lutte contre l'envie d'appeler à l'aide.

2. Martin arrive au bas d'une page, il la sort de le machine et en introduit une autre. Il se remet à taper.

3. La cheminée, dans la chambre ; le feu est presque éteint.

4. Gros plan des doigts de Martin en train de taper.

5. Gros plan du visage de Claire. Elle paraît plus faible, elle ne lutte plus.

6. Gros plan du visage de Martin. Devant sa machine, en train d'écrire.

7. Gros plan de la cheminée. Quelques braises rougeoient.

8. Plan moyen de Martin. Il tape le dernier mot de son histoire. Une pause brève. Et puis il enlève la page de la machine.

9. Plan moyen de Claire. Un léger frisson la parcourt – et puis elle semble mourir.[ … ] ».

 

 

La fabrication des costumes, le studio de production sont abordées.



Le complexe de Flitcraft

Hector Mann change deux fois de vie, abandonne tout de celle d'avant : nom, profession, apparence...Pour cela il change aussi de ville : c'est le complexe de Flitcraft.

La première fois, il quitte Los Angeles et sa vie d'acteur, prend le nom d'Herman Loesser, et dans cette fuite, commence son errance : Seattle, Portland puis Washington. Il choisit enfin d'aller à Spokane, la ville natale de Bridgid où il sera vendeur d'articles de sport. Herman continue sa fuite vers Chicago où il rencontre Sylvia Meers avec laquelle il fera des représentations érotiques avant de changer une dernière fois de lieu sous cette identité.

La deuxième fois qu'il change radicalement de vie, c'est à Sandusky, la ville où l'acteur disait être né bien qu'il n'y eût jamais mis les pieds. Il ira enfin s'installer au nouveau Mexique, à Tierra del sueño ; il y restera sous son dernier nom : Hector Spelling et y reprendra son « œuvre » cinématographique.


 

Des allures de tragédie

 

Les transitions entre civilisation et vie sauvage ne se font pas naturellement dans la douceur chez Jack London. Dans L'appel de la forêt puis dans Croc blanc, il y a un passage obligatoire par la violence, le sang. De la même façon les changements de vie d'Hector sont impulsés par des coups de feu : il a fallu que Dolores tue Bridgid pour qu'il devienne Herman Loesser ; en quelque sorte, il devient sauvage pendant deux ans. Pour son retour à la civilisation, il s'interpose lors d'un braquage de banque à Sandusky et reçoit une balle dans l'épaule ; il prend alors le nom d'Hector Spelling en se mariant.

Hector, au lieu de fuir totalement pour laisser passer l'affaire du meurtre de Bridgid, force la confrontation avec la famille O'Fallon, travaille pour son père et prend des cours avec sa sœur qui va tomber amoureuse de lui. Il se piège tout seul, refuse d'échapper à son destin. Les femmes qu'il rencontre se trouvent être comme des malédictions pour lui : plus tard, Dolores tue Bridgid ; celle avec qui il ne pouvait avoir aucune relation tombe amoureuse de lui ; Sylvia, lorsqu'elle découvre, qui il est vraiment essaie de le faire chanter...

S'il s'autorise enfin à reprendre son activité cinématographique, il s'interdit d'en montrer le résultat au public. Celui-ci restera caché, destiné à la destruction le jour de sa mort : il ne peut en laisser de traces derrière lui...



Jeu avec le lecteur

On peut trouver certaines coïncidences entre la vie de David et celle d'Hector : le fils de David est mort dans un accident d'avion, et le fils d'Hector aussi est mort.

Les passages importants de la vie d'Hector ont été marqués par les armes à feu et, lors de la rencontre de David avec Alma, la femme qui fait le lien entre les deux hommes, celle-ci pointe un revolver sur lui.


Le livre des illusions est parsemé de jeux sur les noms des personnages : à commencer par le nom qu'Hector Mann choisit :

« [ … ] Herman Loesser. Le nom lui parut bon, peut être même excellent, en tout cas un nom pas pire qu'un autre. N'était-il pas Herr Mann, après tout ? [ … ] D'aucuns prononceraient ça Lesser (moindre), et d'autres diraient Loser (perdant). Dans un cas comme dans l'autre, Hector se disait qu'il avait trouvé le nom qu'il méritait.».

Ensuite, dans le film d'Hector : La vie intérieure de Martin Frost :

« Claire, qui, en blue-jean et sweat-shirt, a l'air d'une étudiante, est étendue sur le lit avec The Principles of Human Knowledge, de George Berkeley. À un certain moment, nous remarquons que le nom du philosophe est imprimé en lettres capitales sur le devant du sweat-shirt : BERKELEY – et c'est aussi le nom de son université. Est-ce censé signifier quelque chose, ou n'est-ce qu'une sorte de jeu de mot visuel ? » ;

« Quel rapport entre elle et Hector et Frieda ? veut savoir Martin [ … ]. Il lui demande pour la troisième fois comment elle s'appelle. Claire, finit-elle par lâcher. Claire comment ? Elle hésite un instant et puis : Claire... Claire Martin. Martin renâcle, écœuré. C'est quoi, ça, demande-t-il, quelle genre de blague ? Je n'y peux rien, dit Claire. C'est mon nom. »



Manon, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, article d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 


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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 07:00

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Hans FALLADA
Seul dans Berlin
 Titre original : 
Jeder stirbt für sich allein
Traduit par

A. Vandevoorde et A. Virelle
Paru en 1947 en Allemagne
Puis en France chez Plon en 1967
Denoël, 2002
Gallimard (Folio), 2004

 

 

 

 

 

 

 

Hans Fallada

Seul dans Berlin, « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie » selon Primo Levi est le dernier roman d’Hans Fallada. Celui-ci, considéré comme l’un des plus grands écrivains allemands du XXe siècle, laisse une trentaine d’ouvrages derrière lui dont plusieurs sont traduits en français. Rudolf Ditzen dit Hans Fallada (ce pseudonyme fait référence à deux des personnages des contes des frères Grimm) est né en 1893 en Poméranie dans une famille aisée. En conflit avec son père dans son enfance, il est arrêté et interné dans une clinique psychiatrique à 18 ans après avoir tué son ami Hans Dietrich von Necker lors d’un duel. Il abandonne ses études et travaille successivement dans l’agriculture, l’édition et le journalisme tout en continuant d’écrire. Il mène une vie mouvementée et rencontre plusieurs problèmes. En effet ses succès littéraires vont être ponctués de cures de désintoxication et de séjours en prison.

Son premier succès a lieu en 1931 avec son roman Paysans, gros bonnets et bombes (Bauern, Bonzen und Bomben), puis l’année suivante Et puis après (Kleiner Mann, was nun ?) étend sa notoriété au-delà des frontières allemandes. L’auteur fait là une critique de la société allemande de l’entre-deux-guerres. Avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Hans Fallada augmente sa production mais se consacre à une littérature plus distrayante que critique afin de bénéficier de la tolérance du régime nazi. Il écrit en 1944 Le buveur (Der Trinker), un roman qui rappelle le parcours de l’auteur dans lequel il évoque son parcours d’alcoolique et de morphinomane depuis sa jeunesse.

Hans Fallada dresse des romans fidèles de la société allemande de l’entre-deux-guerres en mettant en scène la vie des petites gens. C’est ce qui fait de Seul dans Berlin une œuvre de fiction romanesque assez plausible pour prendre aussi une valeur de témoignage.

 

Un roman

Ce roman, dont le titre original est « Chacun meurt seul », est fondé sur l’histoire réelle d’Otto et Elise Hampel, exécutés pour actes de résistance et dont le dossier de la Gestapo a été transmis à Hans Fallada après la guerre.

L’œuvre se divise en quatre parties. Dans la première, Hans Fallada semble construire assez lentement son roman avec une présentation bien ficelée des personnages et du contexte. Seul dans Berlin raconte la vie de gens ordinaires d’un immeuble dans Berlin, rue Jablonski au moment où les nazis fêtent leur victoire en France. Du sous-sol au troisième étage, et à travers les histoires des habitants de cet immeuble, Hans Fallada nous raconte comment tous ces personnages parviennent à vivre ou survivre sous le régime d’Hitler. On fait alors au fil des pages la rencontre avec Frau Rosenthal, une veuve juive, la famille Persicke, tous nazis convaincus, l’ancien magistrat Fromm, Emil Borkhausen, profiteur et voleur ainsi que le couple d’ouvriers Otto et Anna Quangel. C’est sur ce couple, plus précisément, que l’auteur se concentre. Mais d’autres personnages interviennent dans le roman tels que le commissaire Escherich de la Gestapo ou Eva Kluge, postière et membre du Parti qui va apporter la triste nouvelle de la mort de leur fils unique aux Quangel. C’est à partir de là que débute la dynamique romanesque car les Quangel, désespérés par la mort de leur fils vont décider de se lancer dans une lutte contre le nazisme et le Führer en écrivant des cartes postales de contre-propagande qu’ils vont abandonner dans les cages d’escalier des immeubles de Berlin. « En les voyant passer personne ne les soupçonnerait de disséminer régulièrement des cartes postales appelant les Allemands à la résistance dans des cages d’escaliers choisies au hasard… »

La seconde partie s’apparente à une enquête policière durant laquelle le commissaire Escherich est chargé de retrouver celui qui ose disséminer dans Berlin des messages qui insultent le IIIe Reich. Par ce biais nous découvrons les méthodes de la Gestapo : corruption, chantage violence… dans un cadre parfaitement hiérarchisé. L’enquête fonctionne selon l’effet papillon en ouvrant de multiples pistes au commissaire. Toutes s’avèrent fausses jusqu’au jour où les Quangel commettent une faute qui resserrera l’étau autour d’eux d’un seul coup. Fallada dépeint alors cette société dans laquelle priment l’égoïsme pour sauver sa peau, la folie normalisée où chacun a sa place et la peur. La peur de dire, de lâcher un mot, un nom de trop lors d’un banal interrogatoire de routine.

Enfin les troisième et quatrième parties érigent progressivement le couple en héros de la résistance antinazie bien qu’en réalité les cartes postales aient quasiment toutes atterri à la Gestapo sans avoir été lues par ceux qui les ont ramassées tant la peur de la répression était forte. Quangel et sa femme sont évidemment condamnés, lui à la peine capitale et elle à la prison. Les fréquentations des Quangel sont aussi arrêtées et certaines exécutées. Mais cet acte de résistance finalement inutile mettra toutefois en valeur d’autres types de résistances à travers par exemple le conseiller Fromm qui héberge des juifs ou Eva Kluge qui adopte le fils abandonné de Borkmann. C’est ici l’héroïsme que Fallada a voulu mettre en valeur, de personnes qui en temps normal seraient des individus ordinaires et qui en temps de troubles ont choisi de résister.

«  – … Vous avez résisté au mal, vous et tous ceux qui sont dans cette prison. Et les autres détenus, et les dizaines de milliers des camps de concentration… Tous résistent aujourd’hui et ils résisteront demain.

Oui et ensuite, on nous fera disparaître ! Et à quoi aura servi notre résistance ?

A nous, elle aura beaucoup servi, car nous pourrons nous sentir purs jusqu’à la mort. Et plus encore au peuple, qui sera sauvé à cause de quelques justes, comme il est écrit dans la Bible. Voyez-vous Quangel, il aurait naturellement été cent fois préférable que nous ayons eu quelqu’un pour nous dire : " Voilà comment vous devez agir. Voilà quel est notre plan. " Mais s’il avait existé en Allemagne un homme capable de dire cela, nous n’aurions pas eu 1933. Il a donc fallu que nous agissions isolément. Mais cela ne signifie pas que nous sommes seuls et nous finirons par vaincre. Rien n’est inutile en ce monde. »

 

Un témoignage

Ce roman permet de se représenter la réalité de la vie à Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le style est littéraire et les descriptions précises, notamment dans l'évocation du fonctionnement de la police de l’époque. Fallada écrit avec réalisme et parvient à suggérer l’inquiétude et l’angoisse, à créer une atmosphère qui rend la fiction suffisamment plausible pour qu’elle puisse prendre une valeur de témoignage. En effet, ce roman social dépeint des péripéties dramatiques qui incitent à se laisser captiver, des moments plus drôles lorsque Borkhausen se prend lui-même à ses propres entourloupes, ainsi qu’un certain suspense pour savoir si oui ou non la Gestapo va finir par arrêter les Quangel. Le climat et les mentalités sont habilement rendus. Mais Fallada essaye de rendre également compte des délations, des menaces, des chantages et des pressions qui ont fait le quotidien des habitants berlinois sous le IIIe Reich.

Ce roman donne à comprendre de l’intérieur comment a fonctionné le régime nazi et l’immeuble de la rue Jablonski devient à lui seul un échantillon représentatif de tous les comportements qui ont pu exister durant cette période. Il n’y a aucun héros ni coup d’éclat dans cette histoire, puisque même les Quangel entrent en résistance en tant que simples gens plutôt pour se venger de la mort de leur fils que par réelle idéologie. L’auteur est témoin de l’intérieur et décrit l’engrenage des comportements face à la peur d’où découlent plusieurs attitudes possibles : la résistance, la lâcheté, la collaboration, la passivité, la délation, la paranoïa… Chacun s’observe, se jauge, à la limite du défi. Quel comportement adopter lorsque la terreur nous ronge en permanence ? Cet aspect moral met à nu l’âme humaine. La plupart du temps c’est l’égoïsme qui gagne et Fallada n’essaye pas de la cacher. Cependant il a voulu mettre en avant l’héroïsme de quelques-uns qui à travers leurs petits actes ont participé à leur façon à la chute de l’Empire d’Hitler.

En filigrane, Fallada se pose la question de savoir pourquoi la résistance ne s’est pas organisée en Allemagne sur une échelle comparable à celle des autres pays. En France, quand on luttait contre les nazis, on était un résistant à l’ennemi. En Allemagne, quand on faisait la même chose, on était un traître à la nation. L’auteur met cela sur le compte tout d’abord du lien puissant qui lie l’Allemand de l’époque au pouvoir et de la discipline germanique, puis sur celui de la lâcheté qui a affligé Borkhausen notamment, le désir de vivre même si cela doit en coûter aux autres.

 

Élisa Langdorf, 1ère année édition/librairie

 

 

 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 07:00

Juliette-Benzoni-Le-Temps-des-poisons.gif




Juliette BENZONI
Le Temps des poisons
Tome 1 : On a tué la reine !
Tome 2 : La Chambre du roi
Perrin, 2008
Pocket, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juliette-Benzoni.jpgL'auteure

Juliette Benzoni est née en 1920 dans un lieu béni pour les passionnés d'histoire, à St Germain des Prés. Elle grandit avec les livres d'Alexandre Dumas et dans la maison où vécurent Ampère et Mérimée, en face de celle où s'éteignit Oscar Wilde. Elle commença à publier en 1964 avec son premier succès, la série des Catherine qui va être traduite en plus de vingt langues et adaptée au cinéma. Aujourd'hui, elle a à son actif une soixantaine de romans.

Elle écrit donc des romans historiques qui peuvent se passer au Moyen-Âge comme en 1930. Ses personnages principaux sont tous des jeunes femmes de caractère, de petite ou de grande noblesse. On commence la lecture lorsque l'héroïne a environ seize ans, et on la voit évoluer au fil de l'histoire, lorsqu'elle est est confrontée aux règles, aux intrigues de la Cour. L'héroïne a du caractère, elle est ingénieuse, courageuse. Juliette Benzoni déclare dans une interview : « Je choisis mes héroïnes dans une époque donnée, mais je les fais réagir comme des femmes modernes pour que mes lectrices puissent se retrouver en elles ». Et les lectrices ne démentent pas ses propos, car aujourd'hui Juliette Benzoni est l'écrivain français le plus traduit au monde, et elle a su séduire cinquante millions de lecteurs.


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Le Temps des poisons

Dans ce roman en deux tomes, nous suivons les aventures de Charlotte de Fontenac. Avec cette jeune femme, nous nous faufilons dans les dédales des palais royaux pour découvrir les mystères qu'ils recèlent, et nous découvrons les trois plus grandes et influentes femmes du règne de Louis XIV :  la reine Marie-Thérèse, Madame de Montespan et Madame de Maintenon. Juliette Benzoni nous fait également découvrir un personnage moins connu, Monsieur de la Reynie, avec qui le lecteur peut suivre l'affaire des poisons.

Le roman commence lorsque Charlotte, 15 ans, s'enfuit du couvent et se met sous la protection de sa tante. Elle va alors faire ses premiers pas à la cour du roi Louis XIV malgré sa jeunesse et son inexpérience. Mais elle se retrouve en danger lorsqu'elle est témoin d'une messe noire, alors que l'affaire des poisons fait rage. Charlotte va donc devoir trouver Juliette-Benzoni-Le-Temps-des-poisons-2.gifsa place à la cour du roi de France où elle est aimée de la reine Marie-Thérèse, mais manipulée par Madame de Montespan et détestée par Madame de Maintenon.

Dans ce roman, le lecteur retrouve le plaisir de se plonger dans l'époque fastueuse et démesurée du Roi Soleil. L'auteure mêle les faits historiques avec le roman de cape et d'épée, et ajoute une pointe d'humour à ses personnages. L'histoire est divertissante, et, presque sans nous en rendre compte, nous révisons notre histoire en revivant d'une autre manière les événements historiques et en découvrant quels pouvaient être les caractères des grands de l'Histoire. Ce roman n'est donc pas écrit d'une façon quelconque. Juliette Benzoni s'est beaucoup documentée, et elle a travaillé sur les personnages, même secondaires. Elle a ainsi réussi à trouver le nom du principal favori du frère du roi Louis XIV et à en dessiner les traits.

Les inconditionnels de Juliette Benzoni, les amateurs de romans de cape et d'épée et de romans historiques seront comblés.


Pour plus d'informations sur l'auteure:  http://juliette.benzoni.free.fr/
(Site pour le moment en reconstruction.)


A.G, 1ère année Éd-Lib.

 


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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 13:00

martha_graham.gif

 

 

Martha GRAHAM
Mémoire de la danse
Titre original : Blood Memory
traduit de l’américain
par Christine Le Boeuf
Éditions Actes Sud
Collection Babel
1991 chez Doubleday, éditeur original
1992 pour la traduction française

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photographie de couverture : Martha Graham par Soichi Sunumi.

 

 
La danse contemporaine est un art quelque peu méconnu. Parfois qualifiée de « bizarre », elle peut soulever certaines réticences. Elle est pourtant digne du plus grand intérêt. J’ai choisi ce livre,afin de mieux faire connaître cet art, aujourd’hui majeur.

Martha Graham est une chorégraphe de danse contemporaine. Elle a contibué à libérer la danse de son corset classique. Loin des tutus, elle est pionnière du mouvement de la Modern dance.

Mémoire de la danse est un roman autobiographique. Martha y dévoile un parcours de vie à travers ses œuvres, ses choix et partis pris.

 

Son environnement familial

Martha est née le 11 mai 1894 dans l’environnement industriel de la Pennsylvanie. Elle évoque dans son livre des bribes et de nombreuses images de son enfance.

En premier lieu, la figure paternelle du docteur George Greenfield Graham, prépondérante dans son existence. Cet homme soignait les maladies nerveuses. Son métier s’apparenterait aujourd’hui à celui de psychanalyste. Le langage chorégraphique de Martha a de fait subi l’influence de la psychanalyse. Par ailleurs, il lui transmit son amour de l’Orient et la connaissance de la mythologie grecque. Il avait été élevé dans la religion catholique et il en fut de même pour Martha. Petite, elle se rendait à l’école du dimanche, où elle enseigna plus tard la religion, le chant et le piano. Elle ne s’affirme néanmoins pas croyante.

Sa mère, quant à elle, était une femme jeune et belle. Elle était sans expérience et ne savait pas tenir un foyer. Martha était l’aînée de ses deux sœurs, Mary et  Georgia. Elle a également eu un frère, William Henry Graham, mort très jeune d’une méningite.

L’enfance de la chorégraphe a également été habitée par la présence de Lizzie. Il s’agit d’une jeune femme un jour amenée à l’hôpital, atteinte de profondes morsures. Soignée par le père Graham, elle fut épargnée par la mort. Éternellement reconnaissante envers lui, elle lui promit de s’occuper fidèlement de ses enfants, ce qu’elle fit. Lizzie fut alors la « nounou » de la petite Martha et de ses sœurs. Martha grandit ainsi dans cet univers puritain, entre religion et bonnes mœurs, soumise également à l’éducation de sa grand-mère, qui avait pour ambition de faire de sa petite-fille une femme bien élevée et accomplie.

À l’âge de 14 ans, la famille Graham déménagea à Santa Barbara. Loin de Pittsburg, cette nouvelle ville offrit une vie plus exotique à l’adolescente. Durant cette période ensoleillée, elle noua des liens avec la famille Dreyfus, vivant à Santa Barbara, éloignée de France pour des raisons connues de tous.

La mort de son père fut une tragédie dans l’adolescence de la jeune fille. L’homme laissa derrière lui une maisonnée de filles où l’argent venait à manquer. Au sein de sa famille mais également plus tard dans sa compagnie, Martha fut soumise à une certaine précarité. Elle avait une seule robe correcte à se mettre et ses danseurs travaillaient le jour pour danser le soir. De plus, ils s’affairaient à coudre les costumes eux-mêmes.

C’est dans ce cadre familial, que Martha fit ses premiers pas. Sans être un public averti, ses parents ne l’ont pourtant jamais freinée dans sa vocation de danseuse puis de chorégraphe.

 

Parcours
 
Martha Graham n’a jamais dansé quand elle découvre Ruth Saint Denis en 1911. Elle rencontre cet artiste lors d’une de ses représentations, où elle danse ses solos réputés, les Cobras, Radka, la Bayadère et Egypta. Six ans plus tard, Martha intègre son école de danse, appelée Denishawn. Cette appellation est née de la contraction des noms de Ruth Saint Denis et de son époux, Ted Shawn. Martha est confiée au mari. Elle acquiert une formation très éclectique, sans aucun doute novatrice pour l'époque. Ted Shawn enseignait un art très exotique, inspiré de l’étude des cultes maya, aztèques et toltèques. La danse était avant tout expérimentale et non pas considérée en tant que chorégraphie, c’est-à-dire mouvement fini et figé.

C’est également dans cette école que Martha fit la connaissance de Louis Horst, avec qui elle  commença à enseigner au Neighborhood Playhouse, lorsqu’elle quitta Denishawn. Louis Horst était un musicien et compositeur talentueux, qui eut une grande influence sur le travail de Martha.

Plus tard, elle dansa également aux Freenwich Village Follies. En 1926, elle fonda sa propre compagnie, The Martha Graham Dance Company. Elle accèda au statut de chorégraphe et fut décorée de la médail of freedom par le président Ford. Durant toute sa carrière, elle refusa de danser dans l’Allemagne nazie et se trouvait sur la liste des gens à tuer si l’Allemagne venait à conquérir son pays.

 

 Le mouvement Graham

La chorégraphe s’inscrit dans une époque où la danse ne se veut plus jolie mais réelle. Il est question de se débarrasser des éléments décoratifs et fantaisistes pour ne laisser place qu’à l’essentiel. Martha fait part de sa réflexion sur le mouvement dans son livre. Elle y évoque ses amitiés, collaborations artistiques et philosophiques, et ses habitudes dans son studio de danse. C’est ainsi qu’elle décrit sa rencontre avec les œuvres de Kandinsky :Kandinsky Improvisations 26 avirons

« Pendant notre tournée aux États-Unis, l’une des étapes fut Chicago. Je me souviens d’être allée une après-midi à l’Art Institute. J’entr ai dans une salle où se trouvaient exposés les premiers tableaux modernes que j’eusse jamais vus – des Chagall, des Matisse – et je sentis en moi un écho à ces tableaux. De l’autre côté de la salle, j’aperçus une très belle toile, ce que l’on appelait alors de l’art abstrait, une idée étonnamment nouvelle. Je manquai de m’évanouir, car je découvrais que je n’étais pas folle, que d’autres voyaient le monde, voyaient l’art de la même façon que moi. C’était une toile de Wassily Kandinsky, parcourue d’un bord à l’autre par une traînée rouge. "Je ferai ça un jour, me dis-je. Je ferai une danse comme ça." »

 


Kandinsky, Improvisations 26

 

 

Les œuvres de Kandinsky sont en étroite correspondance avec sa pièce Diversion of Angel créée en 1948.

 Au-delà d’un point de vue philosophique, la danse est, de surcroît, la satisfaction de la maîtrise parfaite d’une technique, l’émerveillement ressenti grâce au travail, sublimé par l’écho de l’inspiration. Aussi, comment peut-on définir l’inspiration ? Merce Cunningham, danseur de la Martha Graham Dance Company disait que la danse est un mouvement net, précis, éloquent, témoin de l’assurance de la vie. Martha avait une amie aveugle et sourde qui était dotée d’une incroyable sensibilité. Elle lui fit découvrir la danse d’un tout autre point de vue :

« Je demandai à Merce Cunningham, qui faisait alors partie de ma compagnie, de se mettre à la barre et je plaçai les mains de Helen autour de sa taille. Merce sauta en l’air en première position avec les mains de Helen sur lui. Les mains de Helen montaient et retombaient en même temps  que Merce. Elle s’exclama en levant les deux bras au ciel : "C’est comme la pensée, c’est tout à fait comme la pensée !" ».

Sa réflexion sur le mouvement est également animée par ses rencontres. Les collaborations sont sources de richesse ; son travail avec Isamu lui a offert une nouvelle conception de l’espace, l’intimité du lien d’un artiste à un autre. La danse se conçoit dans un espace qu’il est nécessaire d’habiter. Par ailleurs, son rapport à la musique est des plus intéressants. Elle est un décor pour la danse. La musique ne doit en aucun cas dominer le mouvement de la danse, il n’est là que pour le sublimer. Martha a commandé un bon nombre de morceaux à Louis Horst. Il y surgissait une certaine préférence pour le piano, les percussions et les vents. En effet, le corps n’éprouve pas la même sensation au timbre d’un bois ou d’un instrument à cordes.

Il est nécessaire de danser tant que le propos de la chorégraphe connaît une résonance. Martha demande une réaction à son travail, quelle qu’elle soit, positive ou négative. Elle a su développer une technique propre:

 « Ma technique repose sur la respiration. J’ai fondé tout ce que j’ai fait sur la pulsation de la vie qui est, à mes yeux, celle de la respiration. Chaque fois qu’on inspire la vie ou qu’on expire, c’est un release ou une contraction. C’est aussi essentiel que ça pour le corps. Ce sont deux mouvements avec lesquels on naît et qu’on conserve jusqu’à la mort. Mais il faut apprendre à s’en servir consciemment de manière à enrichir la danse. Il faut animer cette énergie en soi-même. L’énergie est ce qui supporte l’univers et tout ce qu’il contient. J’ai reconnu très tôt dans ma vie l’existence de cette sorte d’énergie, l’étincelle créatrice, ou quel que soit le nom qu’on lui donne. Ce peut être Bouddha, ce peut être tout ou n’importe quoi. Cela commence avec la respiration. Je suis sûre que la lévitation est possible. Je ne parle pas d’un point de vue mystique, mais d’un point de vue pratique. Je suis sûre que je pourrai marcher dans les airs, sauf que mon cœur n’est pas entraîné à supporter la tension d’un tel vol, d’un tel mouvement, surgi du cœur et reposant sur lui. »

Les termes release et contraction sont propres à la technique Graham. Martha touche ici à une dimension fondamentale de la danse, il s’agit de la conscience de son corps. C’est ainsi qu’elle a appris le balancement du poids, aspect clé de la technique, jusqu’à obtenir une qualité animale du mouvement.

Son travail est de plus, un acte d’engagement. Elle décrit dans son ballet El Penintente en 1940, une réalité commune au sexe féminin : toute femme possède en elle la vierge, la catin tentatrice et la mère. Martha n’est pas féministe, bien qu’elle ait été présentée ainsi ; elle n’était pas une militante de ce mouvement.

 

Conclusion

Ce livre permet à un lecteur averti ou simplement curieux de pénétrer dans l’environnement familial d’une chorégraphe et de découvrir son parcours pour mieux assimiler le mouvement dans lequel s’inscrit Martha Graham. Une chorégraphe, qui par sa réflexion sur le mouvement a choqué : là où le public s’attendait à voir des pointes, ses danseurs avançaient sur scène pieds nus. Terminons cette découverte en goûtant  quelques images du ballet Hérétic créé en 1930.

 
Une autre biographie de Martha est disponible chez Bramddon house par Agnes de Mille The Life and Work of Martha Graham.

 

Roxane Boehm, 1ère année Bib.-Méd.

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 07:00

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Julia GREGSON
La fiancée de Bombay
Titre original
East of the Sun
publié par Orion Books, 2008
traduit de l’anglais
par Catherine Ludet
éditions France Loisirs


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie
 
Julia Gregson est une romancière britannique née en 1948. Elle débute en tant que mannequin puis se tourne finalement vers une carrière de journaliste et de correspondante étrangère au Vietnam, à New-York et Los Angeles. Elle a travailléepour le magazine Rolling Stone pour lequel elle a notamment interviewé Muhammad Ali, Buzz Aldrin et Ronnie Biggs.

Elle vit actuellement avec sa famille dans une ancienne ferme dans le Monmouthshire au Pays de Galles.

Cette année, Julia Gregson fut récompensée par la 8e édition du prix «Prince Maurice » pour son livre La fiancée de Bombay qui s’est vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires dans vingt pays.
 


Bibliographie (titres anglais) :
 
The water horse, 2004
East of the Sun (la fiancée de Bombay), 2008
Jasmine nights, 2010


 
Résumé
 
Trois jeunes Anglaises font route vers les Indes dans les années 20. Viva Hollaway est chargée de chaperonner ses deux compagnes. Pour la jeune femme, il ne s’agit pas de son premier voyage là-bas ; en effet elle y a passé une partie de son enfance. Une enfance qu’elle s’efforce d’oublier et dont elle parle très peu. Viva est considérée comme une personne très secrète et sûre d’elle mais en réalité elle est très sensible. La raison de son retour aux Indes est une lettre qu’elle a reçue d’une ancienne voisine de sa famille lui demandant de venir chercher une malle laissée par ses parents des années plus tôt ; ils sont décédés lorsqu’elle était encore une enfant. Ce voyage va faire resurgir en elle des souvenirs enfouis et douloureux mais cela va également lui permettre d’apprendre à s’ouvrir aux autres. Les deux jeunes femmes que Viva doit conduire aux Indes sont Rose et Victoria, plus souvent appelée par son surnom Tor. Elles sont de bonnes familles anglaises. Rose doit aller retrouver son futur époux, un militaire anglais. Tor sera sa demoiselle d’honneur. Tandis que l’une appréhende leur arrivée, l’autre souhaite plus que tout pouvoir rester dans ce pays et y trouver un mari convenable.

L’histoire va donc suivre le voyage, l’arrivée et la nouvelle vie de ces trois femmes aux Indes encore colonisées par les Anglais à cette époque. Entre la misère des jeunes orphelins et les joies de la haute société, l’auteur nous fait voyager dans ce mystérieux pays.


 
Analyse
 
L’auteur a fait le choix d’adopter un point de vue omniscient ce qui nous permet de nous attacher aux personnages. Les thèmes abordés dans cette œuvre sont l’amour, la confiance. A travers le personnage de Viva, on voit toutes sortes de sentiments se développer.

La fiancée de Bombay nous permet de mieux connaître la situation de l’Inde dans les années 1920. L’auteur nous fait découvrir la haute société indienne ainsi que la misère ; cela crée un contraste entre ces deux univers qui cohabitent dans un même pays.
 


Mon avis personnel
 
J’ai beaucoup aimé ce livre malgré le fait que j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire dès le début. Mais finalement le fait de découvrir, au fur et à mesure de la lecture, les sentiments de ces trois femmes les rend très attachantes. De plus le contexte historique nous aide à mieux connaître les Indes puisque l’histoire se déroule dans les années 1920, c’est-à-dire lorsque le mouvement de révolte pacifique de Gandhi se répand.


Élodie, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 


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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 07:00

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Chuck PALAHNIUK
Choke
Traduit de l'américain
par Freddy Michalski.
Denoël 2002
Gallimard
Folio policier, 2005
1ère édition Random House 2001.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Image-1.jpegChuck Palahniuk, né 1962 à Pasco (États-Unis).

Réputé pour détruire toute structure narrative dans certains de ses romans comme Pygmy (2009) à la limite du traduisible, pour plonger son lecteur averti dans des univers totalement burlesques, imprévisibles et dérangeants tel celui de Survivant (1999) ou encore s'attaquer de façon très virulente à la société américaine, Chuck Palahniuk peut être aujourd'hui considéré comme un auteur culte.

Le fait de ne pas pouvoir vivre de ses écrits journalistiques, d'être contraint de devenir mécanicien pendant dix ans pour subvenir à ses besoins alimentaires et de passer son temps libre dans un hôpital pour accompagner les personnes en phase terminale, pousse presque inévitablement cet homme terrifié par la mort vers une écriture très noire et incommodante. Son premier roman, Invisible Monsters, est d'ailleurs rejeté par tous les éditeurs en raison de son caractère dérangeant.


Pourtant, son style minimaliste, les thèmes de la mort, du sexe, de la folie, ses idées anticonformistes présentées avec une violence omniprésente trouvent le chemin du succès avec le roman Fight Club écrit en 1996, roman dans lequel son héros survit à une société de consommation et destructrice d'identité en devenant schizophrène. David Fincher le porte à l'écran en 1999 avec Edward Norton et Brad Pitt dans les rôles principaux et fait ainsi de Palahniuk un auteur à redécouvrir d'urgence. Suite à sa notoriété grimpante, ce dernier enchaînera rapidement les romans et écrira même un recueil de nouvelles intitulé Festival de la couille et autres histoires vraies.

 

 

Résumé

Victor Mancini, la trentaine, sexoolique. Emploi : figurant dans un musée vivant où les anachronismes sont punis « par la mise au pilori avec suspension de salaire » (éditeur). Moyen de financement pour les soins de sa mère folle à lier, qui ne reconnaît pas son fils : s'étouffer en public dans les restaurants jusqu'à ce qu'un sauveur inconnu intervienne et paie sa minute de gloire en envoyant tous les ans une somme d'argent et un mot réconfortant. Meilleur ami : Denny, qui combat sa dépendance du sexe par une régulière mise au pilori et en collectionnant les cailloux. Objectif du moment : dépasser son étape quatre du programme contre l'addiction sexuelle et les comportements sexuels compulsifs en rédigeant l'histoire intégrale et sans concessions de son existence de drogué.

Le héros de Chuck Palahniuk nous raconte tout cela sans nous épargner le moindre détail, faisant fi de toute morale, dignité et décence, en alternant présent, passé et réflexion personnelle. Le tout en essayant de découvrir le terrible secret de sa naissance, seul connu de sa mère délirante, au bord de la mort et souffrant d'agnosie.


Analyse

Avant même de pouvoir approcher l'univers de Choke, l'éditeur donne le ton en glissant une petite note d'avertissement au début du livre : « To choke : bloquer la respiration par serrage ou obstruction de la trachée. » Avertissement qui fait déglutir le lecteur et le met à juste titre en alerte.

Et puis, ça commence... Palahniuk n'y va pas par quatre chemins et tente dès la première ligne de désarçonner son lecteur : « Si vous avez l'intention de lire ceci, n'en faites rien, ne vous donnez pas cette peine ». « Allez vous-en, tant que vous êtes encore intact, en un seul morceau. Soyez votre propre sauveur. Il doit bien y avoir mieux à la télévision. » On ne le devine peut-être pas tout de suite mais ici, Palahniuk entreprend déjà son travail destructeur qui vise à se moquer ouvertement des individus lambda accrochés à leur valeurs morales, leur quotidien et leurs comportements normalisés qu'il ne faut surtout pas bousculer. Or c'est justement là, le but de Choke, qui démarre sur cette tentative de faire fuir le lecteur et qui en même temps aiguise habilement sa curiosité.

Le roman se raconte à travers les lèvres de Victor Mancini, personnage qui se caractérise par sa vie déjantée dominée par les femmes et ses problèmes identitaires. Après une enfance détruite par sa mère démente qui l'enlevait de ses familles d'accueil à chaque sortie de prison, Victor Mancini est un perpétuel insatisfait qui voit le monde comme un produit standardisé, cruel, destructeur, intolérant et où tout est mensonge.

« Nous sommes incapables de vivre avec les choses que nous ne pouvons pas comprendre, c'en est pathétique. À quel point nous avons besoin de voir tout étiqueté, expliqué, déconstruit. Même s'il est sûr que c'est inexplicable. Même Dieu. »

C'est un être qui, dans un monder pareil, a peur d'avoir des sentiments, d'être quelqu'un de bien. Il devient un drogué du sexe, seul moyen pour lui de pouvoir oublier la misère humaine pendant quelques minutes.

« Les orgasmes inondent le corps d'endorphines qui tuent la douleur et vous tranquillisent. Pendant les instants qui suivent jusqu'à je ne sais pas quand, je n'ai pas de problème sur cette terre. »

Durant ces libérations, Victor peut échapper à sa mère, à toutes les femmes qui dominent sa vie et ont toujours dicté sa conduite. Domination qu'on analyse en même temps que Mancini dans ses flash-back où il apparaît, enfant, totalement sous l'emprise de sa mère qui l'éduque à son image. « Parce que rien n'est aussi parfait que ce que tu peux imaginer ». Elle instaure une première réflexion religieuse dans le roman et, progressivement, présente son fils comme un homme doté de certains pouvoirs et responsabilités. « Je me dis que si Ève a réussi à nous coller dans ce foutoir, alors moi, je peux nous en sortir, disait la Man-man. » Avec l'aide de la belle doctoresse Marshall, qui en contrepartie veut un bébé, le héros palahniukien va découvrir son identité avec le lecteur, révélation bouleversante dans tous les sens du terme, puisqu'il est en fait, d'après sa mère, la seconde venue du Christ sur terre. À partir de ce moment-là, ce dernier fera tout pour échapper à ses responsabilités divines en développant des comportements extrêmes, se posant inlassablement la même question :  « Qu'est-ce que Jésus n'irait PAS faire ? », bien qu'il soit encore loin de tout savoir sur sa naissance...

Victor Mancini est arrivé à un moment de sa vie où il n'a aucune perspective d'évolution. Comme dans son travail, en tant que figurant de l'année 1734, il est bloqué  dans le temps, par son passé et le mystère qui entoure sa naissance. Le blocage est général si bien qu'il n'arrive pas à dépasser son étape quatre du programme des sexooliques. La thématique identitaire est au cœur du problème et pose de grandes questions sur la place de l'identité aujourd'hui dans notre société.

Le style de l'auteur est proprement ravageur. De même que le récit se divise entre présent et passé, l'écriture, elle, revêt deux formes qui s'entremêlent sans cesse. Tout d'abord, le langage cru et incisif des personnages, dont l'effet est renforcé par la construction des phrases. Courtes, peu imagées, avec usage de formules répétitives. « Pèlerinage n'est pas vraiment le mot qui convienne, mais c'est le premier qui vient à l'esprit. » Certains propos sont également rapportés sous forme de notes : «  À voir aussi : La queue de billard. À voir aussi : Le hamster-nounours. » ou encore « Qui dit : Critique... Qui dit : Mère... Qui dit : Intervenir ». Tout ce style, bien qu'omniprésent dans le livre, caractérise particulièrement les scènes burlesques et hilarantes.

Enfin, on retrouve l'utilisation régulière d'un vocabulaire très spécifique qui dévoile une deuxième facette de Mancini, celui d'un homme assez brillant, intelligent, qui se maintient lui-même dans un niveau intellectuel moyen, pour ne pas révéler ses capacités et rester ainsi un individu ordinaire. Il y a par exemple, de nombreuses énumérations, chacune propre à un domaine : « architraves composites toscano-corinthienne de l'entablure » en parlant des pierres collectionnées par son ami Denny, ou l'emploi de termes médicaux, « rougeur qui signife zona. Teigne. Gale. Maladie de Lyme, méningite, fièvre rhumatismale, syphilis », qui lui viennent naturellement à l'esprit lorsqu'il observe une danseuse.

L'écriture de Chuck Palahniuk peut paraître de prime abord,simple et efficace mais, au fil de la lecture, comique et folie se noient dans une ambiance non seulement malsaine mais aussi très noire et dérangeante. Mancini porte un regard extrêmement négatif sur la société et les gens qui l'entourent. L'atmosphère se fait étouffante, d'autant plus que certaines moqueries visent directement le lecteur. On se sent presque coupable de ne pas profiter de la vie comme on pourrait le faire. Les modèles sociaux règlent nos quotidiens et la mondialisation nous entraîne vers un conditionnement effrayant.

 

 

Mon avis

À ne pas mettre entre toutes les mains mais c'est pour moi un très bon roman. L'univers subversif de Palahniuk brille par son scénario plus qu'original et ses personnages décalés. Le désagréable et le burlesque s'harmonisent parfaitement, même si certaines scènes voluptueuses sont de trop. Tout est imprévisible, et c'est là le point fort du livre. D'une certaine manière, on peut rapprocher le style de cet auteur américain de celui de Frédéric Dard dans Le standinge selon Bérurier, bien que Choke se démarque grandement par ses critiques sociales venimeuses et sa vision noire du monde qui nous entoure.

S.R., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.   

 

 

Chuck PALAHNIUK sur LITTEXPRESS

 

 

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 Article d'Estelle sur Peste.

 

 

 

 

 

Palahniuk Le Festival de la couille

 

 

 

 

 

 Article de Nawal sur Le Festival de la couille.

 

 

 

 

 

 

 

 

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