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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 08:10







Markus ZUSAK,
La Voleuse de livres

(The Book thief)
traduit de l’anglais (Australie)
par Marie-France Girod 
OH ! éditions, Pocket jeunesse, 2007
Pocket, 2008














Un roman à part


Choix éditorial original au départ, l’ouvrage a été publié en France à la fois chez Oh ! éditions et Pocket jeunesse. Il s’adresse donc aussi bien au public adulte qu’aux adolescents.

La narratrice de ce roman est tout aussi insolite puisqu’il s’agit de la Mort en personne. La Faucheuse nous raconte l’histoire de celle qu’elle surnomme « la voleuse de livres ». Plongée dans l’Allemagne nazie, Liesel, jeune Allemande d’une dizaine d’années, est fascinée par les livres. Objets très précieux à ses yeux, elle ne résiste pas à la tentation de voler ceux qu’elle trouve par hasard sur sa route.

Liesel se lie d’amitié avec Max, un jeune homme juif que les parents adoptifs de la jeune fille cachent dans le sous-sol de la maison. Max découvre la passion de Liesel pour les livres et décide de lui offrir le récit de sa vie sous la forme d’un livre. Le lecteur découvre alors, au milieu du roman,  un album que le jeune homme a réalisé en peignant en blanc les pages de Mein Kampf afin d’y écrire et illustrer son histoire.

Les interventions personnelles de la Mort sont l’autre aspect formel original de ce roman. Dans une typographie différente, la narratrice insère des notes au fil du texte : « un détail, mais qui a son importance : au fil des ans, j’en ai vu, des jeunes hommes qui croient se précipiter sur d’autres jeunes hommes. Ils se trompent. Ils se précipitent à ma rencontre ». (p 205).

Point de vue très peu traité dans la littérature jeunesse, La Voleuse de livres nous fait vivre le quotidien de civils allemands qui tentent de résister à l’horreur du nazisme.

Ce roman est atypique par tous ses aspects. On retiendra surtout la force émotionnelle de ce livre qui se dévore de la première à la dernière page.


L'auteur

Markus Zusak, auteur australien de 34 ans, enseigne l’anglais à l’université de Sydney. Il a déjà écrit quatre romans, dont Combat de frères, paru en France en 2003 chez Hachette jeunesse.

Best-seller international, La Voleuse de livres, son cinquième ouvrage, a été traduit dans 20 langues et a reçu, en France, le prix Millepages jeunesse 2007 (prix décerné par les librairies Millepages).

Extrait

« Les survivants.
Ceux-là, je ne supporte pas de les regarder et je ne parviens pas toujours à m’y soustraire. Je recherche délibérément les couleurs pour ne plus penser à eux, mais j’en vois de temps en temps, effondrés entre surprise et désespoir. Leur cœur saigne. Ils ont les poumons en charpie.
Ce qui m’amène au sujet dont je veux vous parler ce soir, ou ce matin – qu’importent l’heure et la couleur. C’est l’histoire de quelqu’un qui fait partie de ces éternels survivants, quelqu’un qui sait ce qu’être abandonné veut dire.

Une simple histoire, en fait, où il est question, notamment :
- D’une fillette ;
- De mots ;
- D’un accordéoniste ;
- D’allemands fanatiques ;
- D’un boxeur juif ;
- Et d’un certain nombre de vols.

J’ai vu la voleuse de livres a trois reprises. » (p 13-14)


Pour aller plus loin dans la découverte de ce roman, lire l’interview de Markus Zusak :

http://www.oheditions.com/spip.php?page=interview&id_article=71


Cécile Bruny, 2 A BIB.
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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 08:31










Marina Lewycka,
A Short History of Tractors in Ukrainian

Penguin Books, 2006
Une brève histoire du tracteur en Ukraine
Éditions des Deux Terres, 2008
(trad. Française : Sabine Laporte)


 













 
Le premier roman de Marina Lewycka, Anglaise sexagénaire d’origine ukrainienne, a connu un grand succès commercial en Grande-Bretagne et a été acclamé par des journaux et revues anglaises comme le Daily Telegraph, le Daily Express, The Times, Literary Review,… ainsi que par des journaux américains.

Ce livre est lauréat du SAGA  Award for Wit et du Bolinger Everyman Prize for Comic Fiction ; il a été traduit dans plus de trente langues.



Bien que beaucoup moins remarqué en France, A Short History of Tractors in Ukrainian, littéralement traduit par Une brève histoire du tracteur en Ukraine, est une comédie acide et loufoque en bien des chapitres, mais aussi émouvante, à l’humour typiquement anglais (cela se ressent peut-être différemment dans la version française) et qui aborde la question de l’immigration, des relations avec les personnes âgées et de la manière dont ces personnes cohabitent avec les générations suivantes.

Marina Lewycka met en scène deux sœurs, Nadia et Vera (l’auteure leur attribue les mêmes origines ukrainiennes qu’elle) qui assistent, d’abord impuissantes, à l’arrivée tapageuse d’une Ukrainienne d’une quarantaine d’années plantureuse et fort blonde, ainsi que son fils, chez leur père veuf depuis peu, la quatre-vingtaine passée et deux fois plus âgé que sa future épouse dont il est fou amoureux.


« "You like vodka ?"
"I’ve made a pot of tea", I say.
My father’s eyes are fixed on her as she moves about the room.
»
(p.77)

L’invasion de Valentina est celle d’une femme qui réclame le luxe à l’occidentale et se moque de son vieillard de compagnon tout en espérant bien obtenir la nationalité anglaise, mais c’est aussi une réflexion sur ce que serait pour Nadia et Vera, qui sont fâchées pour des questions d’héritage et de tendance politique, un « véritable » immigrant, et les raisons « valables » pour immigrer.

« We snarl at each other like mongrels.
"Valentina, why are you driving around in two cars, when my father doesn’t have enough money to pay for the repairs on one car? Why are you talking on the telephone to Ukraina while he’s asking me for money to pay the bills? You tell me !"
"He give you money. Now you give him money," the big red mouth taunts.
»
(p.99)

Le roman prend toute son ampleur lorsque ces dernières conjuguent leurs efforts pour faire capoter le projet de remariage de leur père, désormais faible de cœur et d’esprit mais têtu et excentrique… et déterminé à terminer avant sa mort son œuvre qu’il a déjà intitulée A Short History of Tractors in Ukrainian.

La narration à la première personne par le personnage de Nadia nous montre que celle-ci n’a de cesse de chercher à protéger et comprendre son père Nikolaï, ex-ingénieur ès tracteurs, qui immigra en Grande-Bretagne pour échapper à la famine en Ukraine sous Staline. En se penchant sur le douloureux passé de ses parents, elle comprendra en quoi son enfance protégée durant la Paix la rend si différente de sa sœur aînée Vera, qui a connu la guerre.

Ce roman montre par moments des personnages absurdes et cruels, caricaturaux, mais parfois profonds et émouvants, à l’image du père qui subit plus qu’il n’agit alors qu’il avait un certain pouvoir sur son ancienne épouse Ludmilla. Entre humour et gravité, A Short History of Tractors in Ukrainian donne à réfléchir sur les rapports entre immigrants de l’ancienne et de la nouvelle génération, et Marina Lewycka exprime à travers tous ses personnages, mais selon des visions différentes, la souffrance du déracinement et l’immersion dans la société de consommation.


Eva, 2ème année Bib.-Méd.
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 07:42







YOSHIMURA Akira
La jeune fille suppliciée sur une étagère

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2002



















L'auteur


Yoshimura est né en 1927 dans un quartier populaire de Tôkyô. Il a été très marqué par  la Seconde Guerre mondiale pendant sa jeunesse. Son frère est mort durant les combats en Chine. En 1944, sa mère meurt d'un cancer, puis en 1945 son père, atteint également d'un cancer, décède à son tour. Adolescent à la fin de la guerre, Yoshimura est confronté à la misère. Ce traumatisme qu'il a subi se retrouve dans ses romans, et ses thèmes de prédilection sont la mort, la misère humaine, la solitude, l'isolement. Il réussit tout de même à entrer à l'université, et y étudie la littérature. Mais il a des soucis de santé et d'argent, et se fait expulser de l'université. Il se consacre alors à l'écriture. Il a écrit quelques récits historiques et une vingtaine de romans. Au Japon, il est considéré comme l'un des grands auteurs de la deuxième moitié du XXe siècle, mais il est très peu connu en France. Son roman le plus connu est Liberté conditionnelle, adapté au cinéma par Imamura Shôhei sous le titre L'anguille, qui a reçu la Palme d'Or au festival de Cannes en 1997. Yoshimura est mort le 31 juillet 2006. Il était atteint d'un cancer et a fini sa vie à l'hôpital. Durant les dernières semaines de sa vie, il a écrit son dernier roman, Shinigao, que l'on peut traduire par Le visage de la mort, avant de demander au médecin de le laisser mourir.


L'histoire

C'est l'histoire d'une jeune fille de 16 ans, Mieko, qui vient de mourir. Son corps est mort, mais elle continue à voir, à entendre et à ressentir tout ce qui se passe autour d'elle. C'est comme si son esprit s'était détaché de son corps et flottait tout autour. Ses sens sont même plus aiguisés qu'auparavant. Elle raconte elle-même ce qui arrive à son corps.

« A partir du moment où ma respiration s'est arrêtée, j'ai soudain été enveloppée d'air pur, comme si la brume épaisse qui flottait alentour venait de se dissiper pour un temps.
Je me sentais aussi fraîche que si l'on m'avait baigné le corps tout entier dans une eau limpide et pure. »


Elle habitait dans un quartier pauvre avec ses parents et ils vivaient tous les trois dans la misère. Elle était obligée de travailler comme danseuse dans un cabaret, et elle travaillait tellement qu'elle a fini par tomber malade et mourir. Ses parents, pour gagner un peu d'argent, vendent son cadavre à un hôpital universitaire. La jeune fille voit alors les croque-morts arriver, la mettre dans un cercueil, et l'emmener à l'hôpital. Un fois à l'hôpital, elle est installée sur un lit et les médecins commencent à disséquer son corps, à lui prélever des organes et retirer ses os. Son corps est ensuite mis dans un bain d'alcool avec d'autres cadavres, et il va être ressorti de temps en temps pour servir d'expérimentation à des étudiants. Enfin, au bout de deux mois, elle est incinérée pour être rendue à ses parents.

Tous les actes de dissection sont décrits très en détail, mais cela reste supportable grâce au style d'écriture de Yoshimura. Il a un style très fin, très détaché, et il utilise l'innocence de la jeune fille pour que cela passe mieux et éviter de basculer dans le morbide.

« Après avoir caressé ma tête d'un air las, l'homme tira un trait au scalpel de l'occiput jusqu'au front en passant par le sommet de mon crâne. Ensuite il décolla le cuir chevelu avec ses cheveux de part et d'autre de ce trait, comme s'il épluchait un haricot. Sous l'enchevêtrement des fins vaisseaux sanguins apparut la calotte crânienne.
L'homme prit une scie à lame fine sur la table afin de découper la calotte selon un cercle et, lorsqu'il eut terminé, l'enleva comme le couvercle d'une boîte de conserve. Et, après y avoir introduit le scalpel, il put sans difficulté sortir le cerveau à deux mains. »


La jeune fille n'est que spectatrice de ce qui se passe, et elle ne peut absolument pas influer sur ce qui arrive à son corps. D'ailleurs elle ne remet jamais en cause ce qui arrive, elle est totalement résignée. La seule question que la jeune fille se pose, et qu'elle répète plusieurs fois : « Le rôle de mon corps n'était donc pas encore terminé ? ». Elle espère tout de même trouver le repos après toutes les épreuves qu'elle subit.

Yoshimura est absolument fasciné par la mort et tout ce qui l'entoure : par exemple les personnes qui travaillent à l'hôpital et côtoient la mort tous les jours. Il décrit deux employés qui discutent, et qui se demandent comment cacher à leur femme le fait qu'ils transportent des cadavres toute la journée; ou bien une étudiante qui semble prendre du plaisir à disséquer des cadavres; ou encore un vieux médecin qui veut reconstituer le plus beau squelette du Japon.

Avec ce récit, Yoshimura montre que la misère humaine peut entraîner des comportements inhumains tout en paraissant légitimes. Il fait passer un message sur le respect des morts, mais surtout sur le respect de la mémoire des morts. A chaque fois que la jeune fille se fait amputer d'une partie du corps, c'est une part d'elle qui tombe dans l'oubli. Au début de l'histoire, lorsqu'elle arrive à l'hôpital, les médecins se disputent son corps encore frais,  puis, une fois qu'ils en ont retiré ce qu'ils voulaient, ils s'en désintéressent petit à petit, jusqu'à l'oubli total. Enfin la mère de Mieko, qu'elle admirait, refuse de conserver les cendres de la morte, et elle se rend finalement compte qu'elle est devenue un fardeau pour tout le monde, et que plus personne n'a besoin d'elle. Elle finit alors parmi les exclus, les rejetés, ceux que tout le monde a oubliés, au lieu d'obtenir le repos qu'elle escomptait après une vie misérable.



Eric, AS Bib.

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 07:32







Juan José MILLÁS,
Le désordre de ton nom

éditions Galaade, 2006



















Juan José Millás est né à Valence en 1946, et vit à Madrid depuis 1952. Après des études de philosophie, il travaille comme marionnettiste, postier, enseignant ou encore journaliste. En  1974, il publie son premier roman Cerbero son las sombras, récompensé par le prix Sésamo. Sa carrière sera par la suite ponctuée de prix littéraires ; il est lauréat du prix Nadal en 1990 pour son roman La solitude c’était cela, Primavera en 2002  pour Deux Femmes à Prague mais également du prix Mariano de Cavia en 1999 pour son travail de journaliste à El Pais.

Ses romans jouissent d’une grande notoriété en Espagne et dans le reste du monde puisqu’ils sont traduits en pas moins de 15 langues. La France le découvre grâce à Galaade, petite maison d’édition qui publie L'Affaire Nevenka ou encore Le Désordre de ton nom, bien que les éditions Robert Laffont en aient donné une première traduction en 1994.


Résumé

Julio Orgaz, éditeur, est un homme tourmenté. Il est en perpétuelle recherche de réussite, de ses rêves de jeunesse oubliés, brisés par le quotidien. Malheureusement,  ses relations amoureuses sont vaines (sa précédente amie, Teresa, est morte dans un accident de la route) et son désir d’écrire rabroué par les différents revers de son existence. Il souffre d’ailleurs de  troubles psychologiques : il entend l’Internationale à des moments improbables. Une rencontre, Laura, bouleverse sa vie. Il s’avère que cette jeune femme est l’épouse de son  psychanalyste, Carlos Rodo. Celui-ci le découvre mais garde ce secret pour lui, et tombe sous les charmes de sa propre femme par le biais de son patient pour en devenir enfin éperdument amoureux. Ce triangle sentimental est à l’origine d’un écheveau d’histoires liées par le secret, le désir et l’amour.

Analyse

La vie de Julio est habitée par la littérature mais il ne parvient pourtant pas à écrire. Il en vient à s’approprier les textes de jeunes auteurs et les présente comme les siens. Cependant nous découvrons au fil du roman, le travail d’écriture du personnage. Étant  à la recherche d’un sujet, d’une intrigue, il expose ses premières réflexions sous forme de liste comme s’il s’agissait d’ingrédients. Il fabrique son roman peu à peu en différentes combinaisons possibles : un homme tombe amoureux d’une femme qui s’avère être la femme de son psychanalyste et les hypothèses qui en découlent (le psy le découvre et les amants sont à sa merci, le psy ne sait rien mais les amants s’en rendent compte, tout le monde est au courant ou encore personne ne le sait). Ce récit est à première vue le fruit de l’imagination du narrateur, mais pourtant…

L’intrigue de ce livre est évidemment celle du roman que le lecteur tient entre les mains. Le protagoniste propose donc au lecteur les possibles dénouements de sa fable. L’imagination du lecteur n’est pas bridée mais le processus de création est surprenant. Le roman semble se dérouler sous nos yeux.
 
L’on assiste à une mise en abyme. Le clou de la machination de l’auteur est ponctuée par les derniers mots du roman : « Julio sourit dans son for intérieur et ouvrit le portail […] il eut la certitude absolue de trouver sur sa table de travail quand il entrerait dans l’appartement, le manuscrit complètement achevé qui avait pour titre : Le désordre de ton nom »

Le roman prend aussi la forme d’un polar. Au-delà de cette réflexion sur la littérature, l’intrigue du livre n’en est pas moins atténuée. Elle confère au texte une atmosphère mortifère. Les personnages sont pathétiques, humains mais n’en restent pas moins drôles. Les situations sont parfois cocasses. Pour ne citer qu’un exemple : « Julio se redressa, sortit du lit et se tint nu, debout sur la moquette ; il paraissait indécis. – l’Internationale, cet oiseau est en train de chanter l’Internationale. Il alla dans le salon et frappa sur la cage pour interrompre la mélodie ».

La frontière entre la réalité et la fiction est mince voire inexistante ; elles semblent parfois se superposer et engendrer un « brouillage narratif ». Les critiques littéraires disent de Juan José Millás qu’il s’inscrit dans la veine d’une littérature traditionnelle espagnole, proche de celle de Cervantès. La folie douce semble s’insinuer dans le texte, inoffensive.

Ce thème est récurrent dans le récit, en témoignent les dernières pages du roman :

«  [...] la réalité immédiate, la plus familière, celle de tous les jours, offrait de multiples fissures par où on pouvait s'introduire pour observer les choses de l'autre côté. Ces fissures étaient habilement camouflées par les usages, les règles, les habitudes de comportement. Mais elles apparaissent de temps à autre telle une blessure [...], et l'on pouvait pénétrer à l'intérieur du labyrinthe auquel elles donnaient accès, et actionner la vie à partir de là ainsi qu'on tire les fils d'une marionnette. »




Un personnage secondaire de l’histoire prononce les mots suivants : «C’est  une comédie d'intrigue, un triangle qui peut engendrer des péripéties amusantes et explosives. » Au-delà de ce thème déjà épuisé de la confusion des sentiments, le véritable mérite de Juan José Millás reste la perfection ciselé de son roman. A l’instar de Kafka, Borges, Burroughs ou plus récemment son confrère hispanisant Juan Carlos Somoza dans le très subtil Daphnée disparue (Actes Sud), Millás se joue du lecteur, cheminant entre réalité et imagination, tressant quelques fils pour aussitôt les retirer. Du reste, la meilleure synthèse de l’esprit même du roman, demeure le commentaire de l’éditeur français du Désordre de ton nom, apposé à même la couverture : « les clés de la réalité sont dans l’imagination ».


Camille Caup, A.S. BIB


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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 19:08







J
ørn RIEL

La vierge froide et autres racontars

traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet
10-18, Domaine étranger
1993














Biographie


Jørn Riel est né au Danemark en 1931. En 1950, il part avec l’expédition du Docteur Lauge Koch dans le Nord-est du Groenland où il restera 16 ans. Il en rapporte une bonne vingtaine d’ouvrages très populaires en Scandinavie.


Le versant arctique des écrits de Jørn Riel est constitué de la série des «racontars arctiques» ("racontars" du danois skröner que l'on peut également traduire par "boniments"). La Passion secrète de Fjordur et autres racontars vient clore la trilogie finale puisqu'il est précédé par La Vierge froide et autres racontars (1993) et Un Safari arctique et autres racontars (1994).


Les épisodes de la saga groenlandaise peuvent donc se lire séparément ; néanmoins, elle constitue un univers cohérent dans lequel on retrouve les personnages d'un recueil à l'autre. Certaines allusions contenues dans ce troisième tome ne se goûtent pleinement qu'au souvenir des récits précédents.

Jørn Riel vit aujourd’hui en Malaisie, histoire de décongeler, dit-il. «J’aime la nature, quand il y en a assez, les étendues de glace de l’Arctique et la jungle tropicale».



La Vierge froide et autres racontars


Ce recueil regroupe dix racontars arctiques. C'est une suite de fictions brèves qui a toujours pour «héros» les derniers trappeurs du nord-est du Groenland, bourrus bienveillants, aimant se retrouver pour parler autour de tord-boyaux qui les aident à affronter la nuit polaire, les tempêtes, la solitude et surtout le manque de présence féminine sur la banquise ! Ils sont les derniers hommes libres de ce siècle, hors d'atteinte de la folie de "ceux d'en bas", ainsi qu'ils désignent l'humanité qui vit en dessous du 73ème degré de latitude Nord.


Ces chasseurs, installés par groupes de deux, vivent isolés et ne se croisent que rarement durant la longue nuit hivernale. Le seul moment qui rompt cette solitude vient avec l'été, la fonte des glaces et l'arrivée du capitaine Olsen sur son bateau La Vesle Mari. Une fois par an, ce navire ravitaille les hommes et récupère les peaux des animaux tués au cours de l'hiver.


Emma...ou les ravages de la parole

Le style de Jørn Riel est simple. C'est une écriture sans fioritures associée à une langue très orale qui transporte dans une ambiance et donne un certain réalisme. Il faut ajouter à cela une bonne dose d'humour. Riel est un vrai conteur !


La parole a une réelle importance au sein de ces aventures qui nous livrent « un monde où la littérature ne se lit pas mais se dit, où l’épopée se confond avec le quotidien, où la parole a encore le pouvoir d’abolir le présent et de faire naître des légendes ».(Michèle Gazier, Télérama)


Ainsi, tous les personnages s'amourachent d'une créature imaginaire prénommée Emma, dont l'existence, uniquement verbale, passe de couchette en couchette et fait même l'objet de marchandages acharnés. L'un des prétendants, transis, propose même en échange de cette maîtresse chimérique son tatouage sur le dos...

L'idée que la vérité naît à mesure qu'elle s'énonce, tout enjolivée par l'imagination, est omniprésente dans ces contes à la frontière du vraisemblable.


Une saga nordique haute en couleur

Ce sont des récits picaresques, truculents, parfois dramatiques. On découvre une vie difficile, rythmée par la chasse, les soirées bien arrosées, la solitude, dans un décor de neige et de froid. Mais une sorte de joie de vivre se diffuse à travers l'oeuvre entière de Jørn Riel.


D'un recueil à l'autre, les personnages nous deviennent familiers. Riel nous balade sur la banquise et nous fait croiser la route d'une multitude de personnages tous plus étonnants les uns que les autres. Après nous être acclimatés aux noms étranges, nous faisons peu à peu connaissance avec Valfred, Anton, Herbert, William le Noir, Lodvig ou Magnus von Veile (dit le Comte), Mads Madsen ou encore  Lasselille...Cette série de portraits met en scène des hommes qui n'ont que les histoires comme échappatoire pour ne pas sombrer dans la folie et s'entre-tuer. Ils forment une communauté où le moindre événement a de l'importance. C'est dans ce monde clos que les anecdotes naissent...


Délire et chute glacés

Cette succession de petites histoires croustillantes révèle les passions secrètes, d'incroyables vantardises et des aventures extravagantes. L'imagination fertile vire parfois au délire collectif... Le point commun à tous ces récits est leur originalité et la chute inattendue.

On peut dégager une sorte de gradation dans l’intensité narrative des nouvelles et même au sein du recueil. L’auteur accentue les éléments de ses histoires jusqu’à l'apogée finale… et inattendue. La nouvelle du cochon "Le Roi Oscar" marque le paroxysme du recueil. Mais je vous laisse découvrir par vous-même...!

«Un dernier phénomène à signaler : tout fait ou tout être plongé dans l'encre de Jørn Riel suscite une forte poussée de rire, même dans des cas a priori défavorables..». (Le Matricule des anges)


Camille Le Jeune, AS Bibliothèque

Lire également l'article de Marine sur Un gros bobard et autres racontars.
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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 22:28







Vikas SWARUP,
Les Fabuleuses Aventures d’un Indien
malchanceux qui devint milliardaire
Traduit de l’anglais par Roxane Azimi
Belfond, 2006
Rééd. 10/18, 2007



















L’auteur

Né en Inde, Vikas Sarup est diplomate. Il a étudié l’histoire contemporaine, la psychologie et la philosophie. Aujourd’hui, il travaille au Ministère des Affaires Etrangères, à New Delhi. Ce livre est son premier roman. Il a été traduit en quinze langues et le prix grand public du Salon du Livre de Paris lui a été attribué en 2007.




Résumé


Ram Mohammad Thomas est un jeune serveur de dix-huit ans qui décide de participer au grand jeu télévisé Qui veut gagner un milliard de roupies. Contre toute attente, il répond à chacune des questions sans hésiter. Aussitôt, le producteur l’accuse de tricherie et use de son influence pour le faire incarcérer et torturer jusqu’à l’aveu. Après tout, comment un orphelin qui a passé sa vie dans la misère peut-il savoir quelle est la plus petite planète de notre système solaire ? Une avocate (non corrompue) le tire de prison et lui permet de s’expliquer.

Ram raconte alors sa vie, l’existence riche d’un enfant des rues qui a travaillé dans tous les milieux. Il déroule la trame d’une Inde contrastée, n’épargnant rien au lecteur, et montre comment chacune de ses aventures lui a apporté les réponses du jeu télévisé, et bien plus encore.



L’Inde, pays de la diversité

Les pérégrinations du héros nous donnent un aperçu du quotidien mouvant des Indiens. Nous pouvons en retenir certaines caractéristiques :


« Il frissonne quand il imagine son frère en train de se tordre dans les flammes. Il dit qu’il en vient à craindre et à haïr tous les hindous. Il me demande mon nom.
- Mohammad, lui dis-je. »


Les nombreuses religions de l’Inde entraînent des conflits souvent meurtriers. Le nom du héros découle de cette situation. Recueilli par un prêtre catholique, Ram s’appelait d’abord Joseph Michael Thomas. Le père Timothy fut accusé d’avoir converti un enfant dont on ignorait l’ascendance. Afin de contenter les deux principaux plaignants, le prête lui choisit deux autres noms, l’un hindou et l’autre musulman. Lorsqu’il fait la connaissance de Salim, une victime des guerres de religion dont l’entière famille a été détruite par les hindous, le héros se désigne sous son deuxième prénom.


« Je suis persuadé maintenant que tous les infirmes qu’on a rencontrés ici ont été délibéré-ment mutilés […] »

L’exploitation des enfants est commune dans ce pays. Les enfants doivent se débrouiller pour survivre. Les orphelinats, bondés, sont souvent des lieux de trafic. En tant qu’orphelin, Ram en fait les frais. Dès l’âge de neuf ans, il est contraint à gagner son pain. Son sort est enviable, par rapport aux enfants mutilés qui vendent de la nourriture dans les trains et à ceux qui se prostituent…


« Clapiers composés de logements d’une seule pièce, occupés par les classes moyennes aux revenus modestes, les chawls sont le dépotoir de Mumbai. »

Les inégalités économiques sont très importantes. Les classes supérieures vivent dans le luxe, les classes moyennes dans les chawls, les plus pauvres dans les bidonvilles. La vie est difficile, imprégnée d’alcool et de violence, dans ces chawls où s’entasse une grande partie de la population.


« Ceci est un braquage, annonce-t-il calmement sur le ton de quelqu’un qui dirait : ‘au-jourd’hui, nous sommes mercredi’ ».

La violence règne dans tous les rapports sociaux, si bien qu’il faut être constamment sur ses gardes. Le banditisme dans les trains est très fréquent.


« Avec une régularité d’horloge, la sirène du raid aérien retentit à vingt heures trente précises ».

La guerre contre le Pakistan est complètement banalisée. Entre deux coupures de publicité, le Premier Ministre annonce la victoire imminente de l’Inde, puis une actrice répète son discours de façon théâtralisée…



« Puisqu’il était tueur professionnel, avec un permis de tuer ».

La justice est souvent régie par la mafia et les pots de vin. Toutefois, il reste des avocats comme celle qui permet à Ram d’être innocenté.


« Comme Madhubala, je veux laisser derrière moi le souvenir d’une jeunesse et d’une beauté intactes, d’une grâce et d’un charme intemporels. »

A quatorze ans, Ram entre au service d’une actrice vieillissante et découvre la deuxième facette de la célébrité : la peur d’être oublié. Neelima Kumari ne supporte plus de se voir dans un miroir et se berce du souvenir des cent quatorze films dans lesquels elle a joué…


« Il a vu ce film huit fois déjà ».

Le cinéma bollywoodien a une très grande importance. Il ne s’agit pas d’un loisir réservé aux classes supérieures. Il offre du rêve aux enfants de Mumbai.


« Je fonce vers la gare locale et saute dans l’express à destination du terminus de Victoria ».

Le roman n’est pas seulement un voyage dans le temps, il est aussi un voyage dans l’espace. Ainsi, le héros verra Mumbai, Delhi, Agra. La population indienne est très mobile : les enfants exercent souvent le boulot de coursier et traversent la ville avec des plateaux-repas.


« Je contemple le jardin paysager avec des fontaines et de larges allées, le bassin avec le reflet du Taj dansant sur ses eaux, et alors seulement j’aperçois la foule de touristes ».

Ram s’improvise également guide touristique pour accueillir les généreux visiteurs du Taj Mahal. Le patrimoine de l’Inde est extrêmement riche, et le tourisme un enjeu économique fort.


« Shankar a contracté la rage – probablement à la suite d’une morsure de chien ».

Les maladies comme la rage déciment les chawls surpeuplés car les médicaments coûtent très cher. Ram aurait dû payer quatre cent mille roupies pour sauver son ami…

Conclusion

Vikas Swarup dresse un portrait de l’Inde assez sévère, mais l’innocence et l’humour d’un regard d’enfant nous incitent à découvrir la beauté derrière la pauvreté. La vie de Ram est racontée par fragments, dans l’ordre des questions posées par l’émission. Celles-ci se situent à la fin de chaque récit, affûtant notre curiosité.

Le plus surprenant est que nous croyons connaître la fin, puisque l’auteur ne cache pas que Ram a bel et bien gagné un milliard de roupies. Pourtant, une suite de coups de théâtre nous surprend. Le roman s’achève sur une note très douce, si bien que l’empreinte qu’il nous laisse peut durer des mois. Toutefois, il s’agit plus d’un bon souvenir que d’une prise de conscience…

    Ce roman a été adapté au cinéma sous le titre de Slumdog Millionnaire. Le film vient de sortir mais il a déjà fait l’objet de nombreuses récompenses. Cependant, il s’agit d’une adaptation très libre, et le film s’éloigne beaucoup de l’intrigue du roman.


Maylis Cassaigne, 2ème année Bib.-Méd.
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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 17:42







Antoine VOLODINE,
Des anges mineurs

Seuil, collection Fiction & Cie,
rééd. Coll. Points,
Paris, 1999 (218 pages).





















L’auteur

Antoine Volodine n’aime pas parler de sa vie mais préfère parler de ses livres, il y a donc certaines incertitudes autour de sa biographie comme par exemple sa date de naissance. Antoine Volodine serait né en 1950 à Chalon-en Saône. Il a passé son enfance et son adolescence à Lyon, où il fait également ses études supérieures. Après avoir enseigné le russe pendant quinze ans, une langue qui lui vient de sa grand-mère et dont il reprendra le nom pour en faire le sien en tant qu’écrivain, il choisit de se consacrer à l’écriture et à la traduction. En 1985, après avoir essuyé de nombreux refus de la part des maisons d’édition, il confie un manuscrit à Denoël,
qui publiera dans la collection Présence du futur ses quatre premiers romans, parmi lesquels Rituel du mépris, Grand Prix de la science-fiction française en 1987. Il passe alors aux Editions de Minuit et y publie Lisbonne en 1990, puis Alto solo (1991) ou encore Le nom des singes en 1994. Peu avant la parution d'Alto Solo, Volodine mentionne le terme de post-exotisme, qui servira finalement à qualifier le mouvement littéraire qu'il fait naître à lui seul. Les écrivains relevant de ce mouvement sont des prisonniers politiques, victimes d'un régime totalitaire. Leurs thèmes de prédilections sont donc la rumination sur l'échec des luttes révolutionnaires, les utopies et leur dégénérescence, la solitude, l'impuissance, le rêve et la folie. Volodine se place délibérément à l'écart des courants littéraires contemporains et se réclame à la fois du réalisme magique et d'une littérature internationaliste, engagée, où se croisent l'onirisme et la politique. Pour lui, il s'agit de donner à lire « une littérature étrangère écrite en français ». Son œuvre à la poétique exigeante échappe à toute classification et compte aujourd’hui près de quinze titres, dont Des anges mineurs, couronné en 2000 par le prix du Livre Inter. Parmi les auteurs qui ont pu marquer la vie et l’œuvre d’Antoine Volodine, on peut citer Lautréamont, Fedor Dostoïevski, Louis-Ferdinand Céline, Gabriel Garcia Marquez, Samuel Beckett ou encore Franz Kafka.



Le livre

Publié en 1999 aux éditions du Seuil dans la collection Fiction et Cie, ce récit est un des plus récents écrits par Antoine Volodine. Il se divise en quarante-neuf chapitres très courts (souvent quelques pages), chacun portant le nom du personnage que l’on va suivre dans ce chapitre. Ces chapitres courts sont appelés narrats par l’auteur et voici son explication :

“J’appelle narrats des textes post-exotiques à cent pour cent, j’appelle narrats des instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. (...) J’appelle ici narrats quarante-neuf images organisées sur quoi dans leur errance s’arrêtent mes gueux et mes animaux préférés, ainsi que quelques vieilles immortelles. (...) J’appelle narrats de brèves pièces musicales dont la musique est la principale raison d’être, mais aussi où ceux que j’aime peuvent se reposer un instant, avant de reprendre leur progression vers le rien.”


A la lecture de ces quarante-neuf fragments, on pourrait croire que ceux-ci ne seraient qu’une suite d’histoires aussi déconcertantes les unes que les autres. Cependant, au fur et à mesure de la lecture, on parvient à distinguer la toile de fond sur laquelle est fondé tout le récit. C’est l’histoire de Will Scheidmann, ficelé à un poteau comme un prisonnier de guerre, au beau milieu des steppes et des collines désertes. Allongées dans l’herbe à quelques pas de lui, des grands-mères le tiennent en joue et tirent. Pourtant, quelques décennies plus tôt, dans l’hospice expérimental du Blé Moucheté, ce sont elles qui l’ont enfanté, couvé, confectionné à l’aide de bouts de chiffons et d’incantations (narrat numéro 6 « Laetitia Scheidmann ») Elles l’ont éduqué pour qu’il soit le vengeur, celui qui rétablirait la civilisation des justes dans un monde pour lequel elles-mêmes ont combattu autrefois. Mais il les a trahies en aidant à remettre le capitalisme au pouvoir. Elles ratent leur coup. Will Scheidmann échappe à la mort pour cette fois. Alors depuis ce jour, il raconte des histoires aux grands-mères, pour gagner du temps sur la mort, d’où les nombreux et très différents narrats du récit, toujours ambigus, loufoques voire absurdes. Ces narrats prennent place dans des univers toujours délirants tout droit sortis de l’imaginaire de Volodine. On y croise des personnages étranges au cœur d’aventures insensées, des groupes d’hommes et de femmes dans l’errance. Le goût du curry de mouette, les femmes aux cheveux transparents, les ourses qui accouchent sur un paquebot (narrat numéro 3 « Sophie Gironde »), les fantasmes de Sophie Gironde, ou encore la procréation chamanique assistée sont autant d’exemples de l’étrangeté de ces récits.  Il y a bien plusieurs histoires dans l’histoire centrale, cependant, celles-ci se croisent et s’entrecroisent tellement que les traces de fiction et de réel dans l’univers du récit se trouvent bouleversées.

De plus, le titre, Des anges mineurs, constitue un point intéressant de cette œuvre à étudier. Celui-ci trouve toute sa signification dans le narrat numéro 43 intitulé "Maria Clementi," lorsque ce personnage explique directement la provenance de ce titre : « Cette nuit-là, ce 16 octobre-là, je lui suggérai de baptiser son prochain tas Des anges mineurs. C’était un titre que j’avais autrefois utilisé pour un romance, dans d’autres circonstances et dans un autre monde […] ».

Cependant, on pourrait interpréter ce titre d’une manière différente. En effet, les anges seraient les personnages éponymes de chaque narrat, et ceux-ci seraient mineurs car l’histoire ne tournerait pas uniquement autour d’eux. Ils composeraient, à eux tous, le récit et le récit les révèlerait les uns après les autres.

Le personnage de ce narrat informe aussi le lecteur du fond de l’histoire : « […] Will Scheidmann avait continué, en effet, à dire chaque jour une histoire, sans doute parce qu’il n’avait rien d’autre à dire ni à faire […] ».


En conclusion, il est vrai qu’Antoine Volodine est un auteur à part, créateur d’une littérature envoûtante et attirante, difficile à classifier. Son livre Des anges mineurs, illustre parfaitement le mouvement littéraire dont il est le père fondateur, le post-exotisme, à travers ces quarante-neuf instantanés à la fois sensuels et délirants.

La lecture de ce récit m’a plu, essentiellement par son côté un peu décalé, son univers étrange. Cependant, le caractère halluciné des différents acteurs du récit, leurs actions souvent ambiguës m’ont quelque peu troublée.

Ce qui est le plus étonnant avec ces quarante-neuf narrats, et qui révèle résolument le talent d’Antoine Volodine, c’est leur faculté à pouvoir être lus et compris indépendamment tout en constituant, une fois assemblés, une véritable fresque romanesque.

Hortense, 2ème année Ed-Lib

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 21:07







Neil GAIMAN,
Coraline

Titre original : Coraline
Première publication :
HarperCollins Publishers, New York, 2002
Traduction française :
Hélène Collon
pour les Editions Albin Michel, 2003
(collection Wiz)
















« Chapitre 1 :


Coraline découvrit la porte peu après avoir emménagé dans la maison. »


 Un drôle d’oiseau ce Neil Gaiman, qui ajoute une nouvelle corde à son arc d’auteur, déjà bien garni : journaliste, scénariste pour le petit et le grand écran, nouvelliste, auteur de comics, romancier pour adulte, voilà qu’il s’essaye au roman pour enfants.

Fan de Lewis Carroll, il a l’idée, pour distraire sa fille, de lui écrire un conte moderne dans la veine d’Alice au pays des Merveilles : « je voulais que l'héroïne soit une petite fille et que le livre donne la chair de poule, mais d’une manière originale. »

C’est bel et bien avec un frisson – de plaisir – que l’on dévore l’histoire de Coraline qui, en ouvrant une porte mystérieuse de son appartement, découvre un monde presque identique au sien mais qui lui semble parfait, où les grandes personnes prononcent son nom correctement (« Je m’appelle Coraline. Pas Caroline, Coraline ») où mille distractions s’offrent à elle, où elle peut manger tout ce qui lui fait envie… Et où l’attendent un autre père et une autre mère avec d’horribles boutons noirs cousus à la place des yeux, qui veulent plus que tout qu’elle reste avec eux pour toujours. Lorsqu’elle tente de s’échapper, elle s’aperçoit que ses vrais parents ont disparu, capturés par l’autre mère, prisonniers de son monde… La perfection du départ se teinte rapidement d’ombres inquiétantes, l’atmosphère s’alourdit, le danger rôde, prêt à nous piéger, mais Coraline ne se laisse pas faire : « Le courage, c’est quand on a peur mais qu’on y va quand même », dit-elle.

Neil Gaiman a réussi à camper une petite héroïne très vivante à laquelle on s’identifie sans mal, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses et, pour couronner le tout, une nature débrouillarde et un caractère bien trempé qui la rendent particulièrement attachante. Plus sombre et plus inquiétant que l’histoire d’Alice, ce ténébreux petit conte est une friandise que l’on croque avec grand plaisir, d’autant plus qu’on y retrouve par petites touches les thèmes chers à l’auteur précédemment développés dans ses autres écrits, notamment dans le roman Neverwhere : l’existence d’un autre monde, image en négatif du nôtre (dans Coraline, un appartement identique au sien ; dans Neverwhere, le Londres-d’en-bas s’étendant sous la ville de Londres) ; la trahison d’un être en qui le héros a confiance, qui semble lui vouloir du bien mais qui le manipule (l’autre mère, sosie machiavélique de la vraie mère de Coraline) ; la quête d’une clé verrouillant ou déverrouillant une porte qui occupe une place importante dans le récit… Autant de motifs que l’on redécouvre avec plaisir, d’autant plus qu’ils sont mis en scène par toute une galerie de personnages secondaires hauts en couleurs : l’autre mère, effrayante sorcière dont la véritable identité n’est jamais révélée, le chat, hautain jusqu’au snobisme mais tout de même serviable, monsieur Bobo, le « vieux toqué » de l’appartement du dessus qui forme un cirque de souris savantes que personne ne voit jamais, les demoiselles Spink et Forcibles, anciennes comédiennes qui se disputent sans cesse, plongées dans les souvenirs de leur gloire passée et les fantômes des enfants piégés en d’autres temps par l’autre mère, attendant qu’on vienne libérer leurs âmes du monde-piège de la sorcière.

Si les plus jeunes parviennent, comme Coraline, à surmonter les peurs enfantines que la lecture du roman peut faire resurgir, il semble que ce soit plus difficile pour les grands, ainsi qu’en témoigne l’auteur : « Quand les gens ont commencé à lire Coraline, je me suis rendu compte que les enfants y voyaient une aventure tandis qu’elle donnait des cauchemars aux grandes personnes. », dit-il avant de conclure : « C’est le plus bizarre de tous mes livres. C’est celui qui m’a pris le plus de temps, et celui dont je suis le plus fier. »

Il serait donc dommage de s’en priver, d’autant que l’adaptation cinématographique en animation 3-D, menée par Henry Selick (réalisateur de L’étrange noël de monsieur Jack et de James et la grosse pêche) ne devrait plus tarder à investir les salles obscures (le 6 février 2009 pour les Etats-Unis.) Tenez-vous prêts !


Fany D., AS EDLIB

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 18:42








Collectif
Nuits d'enfer au Paradis

Hachette Jeunesse, 2008
Collection Black Moon




















Nuits d’Enfer au Paradis
est un recueil de cinq nouvelles regroupant "L’Enfer sur Terre" de Stephenie Meyer, "La Fille de l’Exterminateur" de Meg Cabot, "Le Bouquet" de Lauren Myracle, "Madyson Avery et l’Ange des Ténèbres" de Kim Harrisson et "Baisers Divins" de Michele Jaffe. Toutes ces nouvelles sont écrites autour de deux types de personnages : Les « Princesses du bal » autrement dit des jeunes filles ayant tout pour réussir et des êtres tout ce qu’il y a de plus surnaturel (démons, vampires, morts-vivants…). Ces rencontres mêlent donc sentiments et danse avec l’étrange, tout cela écrit avec la plume des plus grandes auteures américaines de chick-lit. Voilà un cocktail envoûtant qui surprendra tous les lecteurs et ravira les amateurs de chick-lit en particulier.


Amandine Rolland, 2ème année Ed.-Lib.
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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 21:01




Ken KESEY

Vol au-dessus d’un nid de coucous
Stock, 2002,
Coll. La Cosmopolite























Miss Ratchet, infirmière en chef d’une maison de santé, dirige son service d’une main de fer. Elle réussit, grâce à des traitements de choc, « la lobotomie », à créer des pensionnaires dociles, léthargiques. C’est tout un système totalitaire qui est mis en place par « la chef ». Leur quotidien à tous va être bouleversé par l’arrivée de R.C.McMurphy, grand Irlandais, bavard, bruyant  et peu enclin à toute forme d’autorité.I l tente d’échapper à la prison en se faisant interner. On imagine déjà que le duel entre le deux protagonistes est inévitable et va prendre la forme d’un jeu à la fin tragique. Ce jeu va se dérouler sous le regard du Chef Bromden un indien géant, sourd et muet. McMurphy prend un malin plaisir à saboter les rouages bien huilés de la machine psychiatrique. Quant aux pensionnaires, ils se retrouvent rapidement confrontés  au caractère singulier de cet Irlandais, bien décidé à les sortir de leur léthargie et à créer un véritable front de rébellion. Malheureusement, c’est compter
sans le pouvoir castrateur et manipulateur de « l’infirmière major » qui ne se défait jamais de son sourire narquois.

Vol au-dessus d’un nid de coucous de Ken Kesey est aujourd’hui considéré comme l’un des classiques américains de la littérature contemporaine. De nombreux critiques littéraires vont jusqu'à le considérer comme un auteur à la mesure de Burroughs ou Kerouac, dans la droite lignée des Beatniks. Publié en 1962, cet ouvrage est paru en France en 1963, d’abord sous le titre de La machine à brouillard, puis sous celui qu’on lui connaît aujourd’hui. (La machine à brouillard est le terme utilisé par le Chef Bromden pour décrire l’atmosphère de l’asile avant  que les infirmiers amènent un patient pour les soins par électrochocs.)

Le titre donné par Ken Kesey a une origine souvent contestée mais il semblerait qu’il provienne d’un poème de Louis Untermeyer intitulé « Rainbow In The Sky ».

« wire briar,limber lock
three geese in a flock
one flew east, one flew west
and one flew over the cuckoo's nest »


Celui qui vola à l’est est representé par McMurphy, celui qui vola à l’ouest est Miss Ratchet, celui qui vola au dessus du nid de coucou n’est autre que le Chef Bromden qui réussit à s’échapper du nid : l’asile. Ces quelques lignes montrent l’antagonisme entre les deux personnages puisqu’ils vont dans des directions diamétralement opposées.

Certains pensent que le titre vient d’une comptine folklorique de Ma Mère l’Oye, « Vintery, Mintery, Cutery, Corn »

« Vintery, mintery, cutery, corn,
Apple seed and apple thorn;
Wire, briar, limber lock,
Three geese in a flock.
One flew east,
And one flew west,
And one flew over the cuckoo's nest. »

De ce livre est sortie une expression familière et très utilisée pour parler soit d’un aliéné soit d’un asile psychiatrique, « to fly over the cuckoo’s nest » ou «  he’s gone cuckoo».

Cette œuvre est un cri de révolte. C’est une critique virulente de l’oppression étatique que le peuple semble subir. Il dénonce également l’institution psychiatrique américaine. Elle reflète l‘esprit, les idéaux et les frustrations de toute une époque. C’est une période en pleine libération des mœurs entachées par la guerre du Vietnam. Elle accuse aussi la propagande individualiste orchestrée par le gouvernement Nixon. Un peuple en pleine mutation.

En 1976, Jack Nicholson joue le rôle de McMurphy dans le film réalisé sans complaisance par Milos Forman. Ce film obtiendra cinq oscars dont celui du meilleur acteur et celui de la meilleure adaptation cinématographique.



Fiona Salvi, 2ème année Ed.-Lib.



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